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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 23:13

Dans notre édition du 13 novembre 2018, nous mettions en garde contre un article du New York Times citant une étude qui entendait dénoncer les sites cachés de missiles de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Nous décrivions notamment des méthodes analogues à la désinformation sur les armes de destruction massive ayant conduit à la guerre d'Irak en 2003. De fait, le 17 novembre 2018 le journaliste d'investigation Tim Shorrock (à l'origine de la publication de preuves sur le fait que les Américains ont laissé faire en connaissance de cause le massacre de Kwangju en 1980) révélait, dans The Nation, comment l'article du New York Times s'inscrit bien dans une démarche de manipulation de l'opinion publique. Son enquête a été intitulée "Comment le New York Times a trompé l'opinion à propos de la Corée du Nord", par référence directe à l'article du New York Times qui dénonçait l'attitude selon lui "trompeuse" des autorités nord-coréennes.

Tim Shorrock

Tim Shorrock

Tim Shorrock observe tout d'abord que les prétendues révélations de l'étude à laquelle le New York Times a donné sa publicité planétaire émane d'un organisme, le Centre d'études stratégiques et internationales, qui est totalement intégré au complexe militaro-industriel américain. 

Alors que les auteurs de l'étude mettaient en garde contre la possibilité que "certaines informations puissent se révéler fausses ou incomplètes" (et ils savaient de quoi ils parlaient, puisque la présidence sud-coréenne devait réagir quasi-immédiatement sur les erreurs de cette étude), cette réserve méthodologique a totalement disparu dans l'article du New York Times qui a "révélé" l'information au monde entier. 

Et pour cause : l'auteur de l'article du New York Times, David Sanger, est un journaliste de "l'Etat profond", en l'occurrence un agent d'influence des services de renseignement qui l'alimentent en fuites dûment orchestrées - ce qui a permis à David Danger de devenir l'une des voix autorisées sur les programmes militaires nord-coréens. Pour Tim Shorrock, David Sanger n'est que depuis trop longtemps le porte-voix des services de renseignement américains.

Au-delà des divergences d'approches entre la République de Corée (Corée du Sud) et les Etats-Unis sur la question coréenne, il est désormais patent que les autorités américaines utilisent tous les moyens en leur pouvoir - à commencer par le pouvoir médiatique - pour imposer des réponses qui ne sont pas celles de Séoul - qui a dû, en l'espèce, contre-attaquer, mais n'a pas osé mettre directement en cause David Sanger et le  puissant New York Times.

Washington a lancé de longue date la guerre médiatique contre la Corée du Nord, et c'est le rôle des citoyens conscients d'empêcher que l'appareil de propagande des renseignements américains ne précipite la planète dans un nouveau conflit pour le seul profit du lobby militaro-industriel.

Sources : 

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 23:08

Dans un contexte où le dialogue américano - nord-coréen est pour le moment suspendu, un certain nombre d'acteurs tentent de faire pencher la balance dans le sens d'un arrêt des discussions et d'un retour au cycle antérieur des tensions et des sanctions, dont ils espèrent qu'elles entraînent l'effondrement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). C'est ainsi qu'un rapport émanant notamment de milieux du renseignement, publié par un groupe ("Beyond Parallel") relevant d'un certain Centre d'études stratégiques et internationales, a été publié fort à propos dans le New York Times, pour démontrer la "grande supercherie" à laquelle se livrerait la Corée du Nord, en entretenant un réseau d'au moins vingt bases secrètes de missiles balistiques. Sauf que le contenu du rapport n'a rien de scoop, et encore moins valeur de preuve quant à une supposée duplicité dont ferait preuve Pyongyang dans ses discussions avec les Etats-Unis. 

Les photos de la base de Sakkanmol, présentées comme l'une des principales pièces à conviction

Les photos de la base de Sakkanmol, présentées comme l'une des principales pièces à conviction

Comme toujours, le rapport présente toutes les garanties attendues d'un travail d'experts dont les conclusions seraient recoupées, vérifiées et indubitables, en se fondant sur des images satellitaires et de "nombreux" entretiens avec des experts occidentaux du renseignement et des transfuges nord-coréens. 

Mais l'entreprise de déstabilisation du dialogue entre Washington et Pyongyang est tellement évidente, et par ailleurs contraire aux intérêts de Séoul, que c'est  la présidence sud-coréenne (citée par l'agence Yonhap) a jugé nécessaire de démonter, une à une, les conclusions d'un rapport destiné, une fois encore, à dresser l'opinion publique occidentale contre le régime de la RPD de Corée, suivant des méthodes qui rappellent la salve médiatique menée à grande échelle à la veille de l'invasion de l'Irak en 2003. 

Première faille du rapport : les informations données ne constituent pas un scoop, et sont d'ailleurs connues de longue date par Séoul et Washington qui dispose d'informations plus complètes et plus fiables.  Selon Kim Eui-kyeom, porte-parole de la présidence sud-coréenne cité par Yonhap : 

Les autorités des services de renseignement de la Corée du Sud et des Etats-Unis ont des informations beaucoup plus détaillées fournies par les satellites militaires et sont en train de suivre étroitement (cela).

Deuxième faille : l'amalgame opéré entre les missiles balistiques intercontinentaux et les missiles balistiques de courte et moyenne portée. Toujours selon le porte-parole de la présidence sud-coréenne cité par l'agence Yonhap, "les installations n'ont rien à voir avec les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et les missiles balistiques à portée intermédiaire (IRBM)". 

Troisième faille : Pyongyang ne s'est engagé en rien sur ces sites de missiles et ne peut donc pas être accusé d'en avoir dissimulé l'existence. Selon Yonhap, 

Le Nord n'a pas promis de fermer la base et il n'y a pas eu d'accord ou de négociations pour celle-ci, a souligné Kim.

Bref, beaucoup de bruit pour rien ? Non, car dans la guerre médiatique contemporaine l'ennemi à abattre doit faire l'objet d'attaques systématiques, sur tous les fronts, en engageant les grandes manoeuvres préalables sur le terrain de la manipulation des opinions publiques, sans laquelle aucune guerre ne peut aujourd'hui être menée en Occident, avant le déclenchement des hostilités.  

Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne amène à redoubler d'efforts dans le combat contre la désinformation, pour le dialogue et pour la paix.

Principale source : 

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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 13:37

Le 9 novembre 2018, le Président Moon Jae-in a remplacé les deux principaux acteurs de la politique économique du gouvernement : le ministre de l'Economie Kim Dong-yeon et le conseiller présidentiel en charge de l'économie Jang Ha-sung étaient ouvertement en désaccord, le second voulant poursuivre une politique de croissance basée sur l'augmentation des revenus (dont il est l'inspirateur, et qui figurait dans le programme du Président Moon Jae-in), quand le premier entendait mettre l'accent sur la déréglementation de l'économie. Kim Dong-yeon et Jang Ha-sung ont été remplacés respectivement par Hong Nam-ki et Kim Su-hyun. Alors que la politique économique est un sujet majeur de divergences entre le gouvernement et l'opposition conservatrice (avec la politique d'ouverture au Nord du Président Moon), les médias français ont très largement répété les éléments de langage figurant dans une dépêche de l'AFP, laquelle apporte une image complètement biaisée des termes du débat en reprenant les arguments douteux des opposants de droite au Président Moon. 

De gauche à droite : Hong Nam-ki et Kim Su-hyun, respectivement nouveau ministre de l'Economie et nouveau conseiller présidentiel chargé des politiques économiques

De gauche à droite : Hong Nam-ki et Kim Su-hyun, respectivement nouveau ministre de l'Economie et nouveau conseiller présidentiel chargé des politiques économiques

En apparence, la dépêche de l'AFP peut sembler factuelle : elle précise les changements d'acteurs, met en exergue le conflit qui opposait Kim Dong-yeon et Jang Ha-sung et rappelle les données macro-économiques de la Corée du Sud. En réalité, elle biaise - délibérément ? - les données politiques et économiques en soulignant implicitement que la politique du Président Moon Jae-in serait à l'origine d'un ralentissement de l'économie présenté comme inquiétant. Cette lecture partisane s'inspire directement de l'argumentaire de la droite conservatrice qui avait engagé la République de Corée sur une pente autoritaire avant d'être chassée par le peuple lors de la révolution des bougies. Cette présentation et cette analyse biaisées ne résistent pourtant pas à l'examen des faits. 

Le remaniement ministériel est d'abord décrit comme un "limogeage". Nous avons de la chance, le journaliste de l'AFP aurait pu parler de "purge" - mais l'accusation de "dictature"  (à laquelle les "purges" sont nécessairement liées) ne fait pas (pas encore ?) partie des faux procès lancés contre les démocrates coréens, qui sont au contraire - faut-il le préciser ? - les héritiers de ceux qui ont abattu le régime de la junte militaire. Le journaliste de l'AFP aurait été bien inspiré de rappeler que dans le système sud-coréen c'est le Président de la République qui forme le gouvernement sans le paratonnerre du Premier ministre, mais donner au lecteur des clés pour se forger sa propre opinion ne fait pas partie de la culture de l'AFP. 

Ensuite, la politique de relance économique du Président Moon Jae-in - d'inspiration keynésienne - est réduite à quelques appréciations sommaires et, bien entendu, décrite comme "sujette à controverse". Relisons les éléments de langage de l'AFP : 

À l'international, Moon s'est fait connaître pour son rôle dans la spectaculaire détente en cours avec le voisin du Nord armé de la bombe nucléaire. Mais à domicile, sa politique économique est de plus en plus sujette à controverse et sa cote de popularité descend dans les sondages. Son gouvernement a nettement augmenté le salaire minimum, réduit la durée du travail et transformé des contrats de travail temporaires en contrats à durée indéterminée dans le cadre d'une politique de redistribution destinée à stimuler une "croissance portée par les revenus".

AFP (via "La Tribune")

La désinformation commence dès la première phrase : Moon Jae-in a le mauvais goût de vouloir dialoguer avec le régime honni - forcément honni - du Nord car "armé de la bombe nucléaire" (le mot "armé" est employé de préférence à celui de "doté", car il occulte délibérément la stratégie de dissuasion nucléaire de la Corée du Nord qui a développé l'arme atomique pour ne pas connaître le sort de l'Irak ou de la Libye, et parce qu'il a le mérite d'introduire dans l'esprit du lecteur l'idée d'un risque de guerre fondé, forcément, sur la dangerosité d'un Etat puissance nucléaire).

Le processus de réécriture des faits continue en utilisant le procédé de l'omission : la cote de popularité du Président Moon Jae-in diminue. C'est un fait, indéniable, sauf qu'elle n'est jamais tombée en dessous de 50 %. Une précision que le journaliste de l'AFP juge sans doute contre-productive, car elle irait à l'encontre de sa démonstration. Et corréler cette cote de popularité sur la politique économique relève de la pure désinformation : la cote de popularité du président sud-coréen suit au contraire les développements internationaux autour de la péninsule coréenne, rebondissant lors des sommets inter-coréens. Et si elle baisse aujourd'hui, c'est d'abord parce qu'elle part de très haut (jusqu'à 75 % de satisfaits !). 

Vient enfin l'essentiel : la politique menée, basée sur une hausse du salaire minimum, une résorption de l'emploi précaire (par la transformation de contrats de travail en contrats à durée indéterminée) et la réduction du temps de travail. Tout cela est balayé en une demi-phrase, sans recontextualiser ni juger utile d'apporter des détails : rappeler que la durée maximum hebdomadaire de travail a été réduite de... 68 à 52 heures ou que la République de Corée est le champion de l'OCDE pour la durée du travail, ou encore que le travail précaire place la Corée du Sud très en-dessous des standards de l'OCDE, serait allé à l'encontre de la démonstration forcée imposée par l'AFP, et reprise par l'immense majorité des médias français. 

Après cette mise en bouche - ou ce conditionnement - est asséné l'argument d'autorité : la politique économique du gouvernement sud-coréen rompt avec le passé et aujourd'hui la croissance diminue. La boucle est bouclée : il faut accréditer l'idée que la Corée du Sud suivrait un mauvais chemin économique et devrait impérativement changer de cap. Citons là encore ce que dit l'AFP, qui fait pleinement coprs avec les conservateurs sud-coréens (qui, faut-il le préciser, recueillent 20 % des intentions de vote, soit moitié moins que les démocrates au pouvoir) : 

Il s'agit d'un revirement complet par rapport au modèle de croissance passé, porté par les exportations et les investissements des énormes conglomérats sud-coréens, et qui a vu l'économie sud-coréenne se hisser au quatrième rang asiatique.
Les critiques du gouvernement affirment que cette politique a eu l'effet inverse de celui escompté, en aggravant la situation des gens aux revenus les plus faibles et en forçant les petites entreprises à licencier, tandis que les mastodontes hésitent à investir au vu du renforcement des régulations. Le mois dernier, la banque centrale avait ramené sa prévision de croissance annuelle à 2,7%, contre un taux effectif de 3,1% en 2017. Au troisième trimestre, le taux de chômage a avancé de 0,4%, à 3,8%, le taux de chômage des jeunes s'établissant à 9,4%, soit son plus haut niveau depuis 1999.

AFP (via "La Tribune")

Relisons bien ce qu'écrit l'AFP : auparavant la Corée du Sud suivait un "modèle de croissance", un modèle qui lui a permis de devenir la quatrième économie d'Asie. L'auteur de la dépêche n'ose pas parler de miracle, mais seul le mot manque, et l'idée implicite est limpide : la rupture avec le modèle produit des effets négatifs. 

La déformation des faits attend ici des sommets : non seulement ce n'est pas parce qu'un modèle a fonctionné qu'il sera toujours performant, mais plus fondamentalement le miracle du fleuve Han (qui traverse Séoul) est en partie la création d'économistes néolibéraux qui omettent quelques points pourtant fondamentaux : que la croissance sud-coréenne a été basée sur un dirigisme étatique accordant des avantages à une poignée de conglomérats liés au pouvoir militaire (les chaebols) ainsi que sur l'injection massive de capitaux étrangers, et pas sur l'application de la doxa libérale ; que les contreparties (très longues journées de travail, faible protection sociale, dualisme entre les grandes entreprises et le reste de l'économie, milices privées brisant les grèves et tuant au besoin les syndicalistes) sont la face cachée de ce qui n'est pas précisément un paradis des travailleurs. Enfin, les conglomérats ont dû être réformés de force, l'accumulation de dettes pourries au sein de ces entreprises étant une des causes directes de la crise asiatique de 1998, qui a conduit au plongeon de l'économie sud-coréenne et à l'injection la plus massive de l'histoire de capitaux des institutions financières internationales dans l'économie d'un pays. A l'époque le chômage (et singulièrement le chômage des jeunes) a atteint un pic en 1999, point certes mentionné par l'AFP mais en oubliant curieusement de faire la moindre référence à la crise asiatique de 1998.

Rapprocher la politique actuelle du ralentissement économique en cours relève non seulement de la mauvaise foi, mais de mensonges sur les mécanismes économiques : la politique de relance actuelle par les revenus produit nécessairement de la croissance à court terme (c'est sur le plus long terme que les économistes divergent, suivant leurs références), si bien que la croissance économique de l'année 2018 serait au contraire encore plus faible sans le soutien aux revenus et à la consommation des ménages. Si l'économie sud-coréenne s'est autant ralentie ces dernières années, c'est bien davantage du fait des effets à moyen et long termes des politiques de dérégulation des prédécesseurs libéraux-autoritaires du Président Moon, qui eux n'ont pas été avares en "réformes". Qu'il est loin le temps où le président Lee Myung-bak (au pouvoir entre 2007 et 2012, et aujourd'hui en prison pour corruption) promettait 7 % de croissance économique par an !

Ce qui est reproché au Président Moon Jae-in est bien son refus de s'inscrire dans la politique de déréglementation néolibérale : ne pas se soumettre aux injonctions des détenteurs de capitaux lui vaut une volée de bois vert, et suffit manifestement à justifier les arrangements de l'AFP avec la vérité. 

PS : la dépêche de l'AFP a été reprise pratiquement mot à mot par les médias suivants, entre autres : 

- Ouest France

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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 22:52

C'est le dernier rapport sur les droits de l'homme en Corée du Nord dont les médias français (de France 2 dans son journal télévisé de 20h, le 1er novembre 2018, au Figaro) jugent utile de rendre compte sans porter la moindre appréciation critique sur la façon dont le travail d'enquête a été mené : selon Human Rights Watch, des violences sexuelles seraient commises de manière systématique et sans protection ni réparation des victimes. L'Association d'amitié franco-coréenne a mené, pour sa part, le travail d'investigation qui constitue la base du métier de journaliste. 

La conclusion du rapport est sans appel : les viols et autres violences sexuelles contre les femmes seraient monnaie courante, acceptés socialement et le fait de hauts fonctionnaires et autres personnes en position d'autorité. Selon Human Rights Watch

Le rapport de 86 pages, intitulé « ‘You Cry at Night, but Don’t Know Why’: Sexual Violence against Women in North Korea » (« ‘Vous pleurez la nuit sans savoir pourquoi’ : Violence sexuelle à l’égard des femmes en Corée du Nord »), décrit les contacts sexuels non désirés et la violence sexuelle qui sont devenus si courants en Corée du Nord qu’ils en sont venus à être acceptés comme faisant partie de la vie ordinaire. De nombreux Nord-Coréens – hommes et femmes – ont déclaré à Human Rights Watch que lorsqu’un responsable en position de pouvoir « sélectionnait » une femme, elle n’avait d’autre choix que de céder à toutes ses exigences, qu’elles soient sexuelles, pécuniaires ou autres. Les femmes interrogées ont déclaré que ces prédateurs sexuels comprenaient de hauts responsables du parti, des gardes et interrogateurs des prisons et d’autres lieux de détention, des policiers et agents de la police secrète, des procureurs et des soldats. Craignant de subir déchéance sociale et représailles, et sans presque aucune voie de recours, les Nord-Coréennes dénoncent rarement les abus.

Human Rights Watch

Sur quels éléments se base cette conclusion, dans un rapport au titre sensationnaliste à souhait (comme si la force des mots devait pallier le manque d'éléments tangibles incontestables) ? Les récits, encore et toujours, d'une poignée de réfugiés nord-coréens, dont on sait pourtant que nombre d'entre eux sont employés et rémunérés par les services de renseignement, qu'ils soient sud-coréens ou - plus rarement - ceux de pays occidentaux. A contrario les propos de réfugiés nord-coréens qui, eux, ne cherchent pas à attirer la lumière sont rejetés dans l'ombre. Le film (Madame B. Histoire d'une Nord-Coréenne) retraçant le récit d'une réfugiée nord-coréenne ordinaire, dont l'AAFC a soutenu la diffusion, ne parle ainsi pas tant des violences faites aux femmes (bien que le héros du documentaire soit une héroïne) que des violences et des discriminations qu'encourent les Nord-Coréens candidats à l'asile politique en Corée du Sud puis une fois sur place, à commencer par les interrogatoires inhumains qu'ils subissent dans les centres de rétention gérés par les autorités sud-coréennes. Mais cette violence-là, elle documentée de manière incontestable, n'a pas droit de cité : elle ne cadre pas avec les schémas de la presse occidentale.

Car qui retrouve-t-on comme grands témoins du rapport de HRW ? Choi Seong-guk, dont les dessins illustrent l'article de HRW cité plus haut : coïncidence, M. Choi travaillait pour les services de propagande du Nord, avant de passer au Sud... où il poursuit, comme nombre d'anciens agents du Nord ayant fait défection, le même travail de conditionnement des opinions publiques, mais naturellement à fronts renversés. Que notre interlocuteur ne présente pas les garanties de crédibilité minimums qu'est en droit d'attendre le lecteur n'effleure pas le moins du monde les salariés de HRW, qui jugent même bon d'ajouter comme commentaires de son dessin : "ce dessin n’est pas un portrait de personnes réellement observées, mais illustre une situation typique décrite par des femmes ayant vécu ce genre de situation." Il ne s'agit pas "de personnes réellement observées", mais doit-on considérer qu'il s'agit d'une fiction ? Plus fondamentalement, accepterait-on comme récit indubitable de prisonniers de Guantanamo le reportage d'une ancienne victime de la torture américaine à Guantanamo passée dans les rangs des communicants de Daech ? A tout le moins, un caveat serait émis. Rien de tel, naturellement, dans le cas de la Corée du Nord, qui pour le journaliste occidental moyen a forcément tort, car elle est la Corée du Nord.


Autres témoignages : ceux de "commerçantes". Que les femmes soient les principales commerçantes en Corée du Nord pourrait déjà, en soi, susciter un débat sur le rôle qu'elles jouent dans une société où l'argent occupe une place de plus en plus importante (et un excellent observateur de la Corée du Nord comme Philippe Pons a bien relevé, dans Corée du Nord : Un Etat-guérilla en mutation, qu'il s'agissait d'un élément montrant une émancipation des femmes dans la période récente). Mais là n'est pas le débat : ces commerçantes parlent de rapports sexuels forcés - commis par ceux qui contrôlent les marchés généraux de biens et de services où elles opéraient. Que de tels rapports coercitifs et de violence existent est probable vu l'étendue des marchés généraux en Corée du Nord, mais qu'ils soient présentés comme la norme est un raccourci saisissant, surtout si l'on recontextualise les propos de ces anciennes commerçantes. En Corée du Nord, ces détenteurs de l'autorité ainsi mis en cause sont fréquemment haïs - ils concentrent le ressentiment de larges pans de la population, et l'image qu'ils véhiculent est, peu ou prou, celle du contrôleur du fisc ou de l'huissier de justice en Occident. Si l'on ajoute que les commerçant-e-s ayant fui la Corée du Nord ont souvent commis des infractions graves qualifiées de crimes dans les législations dans tous les pays du monde, quelle valeur accorder à ces témoignages, qui combinent le ressenti et la vengeance personnels avec le besoin de se valoriser par des récits extraordinaires ? Ce biais ("plus mes propos narrent des choses horribles, plus ils ont de valeur") est bien connu des chercheurs sud-coréens qui travaillent sur les difficultés, pourtant réelles, vécues par les réfugiés nord-coréens, et qui cherchent ainsi à approcher la vérité. Pourtant, à aucun moment ce biais n'a été pris en compte par les salariés de HRW. Pire, les propos témoignant des violences les plus graves ont été considérés comme les plus crédibles, au point de servir de titre au rapport mené. 

Or les violences faites aux femmes constituent précisément, parce qu'il s'agit d'un point sur lequel les vérifications sont difficiles, l'un des cas les plus fréquents de distorsion entre la réalité vécue par les réfugiés et ce qu'ils expriment, et qui aurait ainsi mérité un travail plus sérieux sur un sujet éminemment important. La jeune et photogénique Park Yeonmi, dont les affabulations ont été démontées par une journaliste australienne peu suspecte de sympathies pour la Corée du Nord, Mary Ann Jolley, parlait ainsi de violences sexuelles dans un centre pour réfugiés en Mongolie où, selon des sources fiables, de telles pratiques n'existent pas.

Mais là où l'enquête de HRW pêche le plus fortement réside dans ses affirmations à l'emporte-pièce selon lesquelles il n'y aurait pas de politique de protection des droits des femmes par les autorités nord-coréennes, à commencer par la répression des crimes sexuels, ce qui revient donc à faire l'Etat et de son appareil judiciaire un complice (quand il n'est pas l'auteur des crimes, par les personnes dépositaires de l'autorité publique ouvertement mises en cause de par leurs fonctions, du reste assez floues). Pourtant, c'est le contraire qui ressort du discours des officiels nord-coréens (que les auteurs n'ont d'ailleurs pas jugé utile d'interroger, instruisant exclusivement un procès à charge). Ainsi, lorsqu'elles démontent les mensonges du réfugié Shin Dong-hyuk (qui a ensuite décidé de se mettre en retrait, après avoir présenté ses excuses pour n'avoir pas dit la vérité), le célèbre faux Rescapé du camp 14, les autorités nord-coréennes soulignent que ce dernier aurait commis une agression sexuelle, à l'origine de son emprisonnement. Qu'elle soit vraie ou fausse, étayée ou de circonstance, l'accusation des Nord-Coréens envers Shin Dong-hyuk révèle néanmoins un point important : les crimes sexuels sont pris au sérieux par la justice nord-coréenne, et ce malgré les dénégations de HRW. 


Mais pourquoi cet intérêt spécifique pour les droits des femmes, et les crimes sexuels en particulier, et maintenant ? Il convient tout d'abord de rappeler qu'il s'agit d'une préoccupation constante des services de renseignement sud-coréens, grands pourvoyeurs d'éléments de langage prêts à l'emploi sur les droits de l'homme en Corée du Nord, surtout au moment où le mouvement #MeToo touche - plus que d'autres - la société sud-coréenne. De ce point de vue, renvoyer la Corée du Nord aux vicissitudes de la Corée du Sud est un expédient utile, surtout en ces temps où le rapprochement inter-coréen ne fait pas que des heureux - et comme à chaque fois en semblables circonstances, la question des droits de l'homme en Corée du Nord resurgit opportunément. Le rapport de HRW tombe à pic, et il n'est pas étonnant qu'un média public comme France 2 lui accorde une couverture maximale en y consacrant un reportage de son journal télévisé de 20 heures, alors que les autorités françaises ont encore récemment démontré qu'elles étaient arc-boutées sur une position hostile à tout dialogue avec la Corée du Nord

Si Human Rights Watch a donc abordé un sujet important, il est extrêmement regrettable que les conditions de son travail d'enquête l'invalident. Les droits des femmes en Corée du Nord méritent mieux qu'un rapport de circonstance, conduit à charge et sans esprit critique, fortement influencé par des acteurs qui ont un intérêt à présenter la Corée du Nord telle qu'ils voudraient qu'elle soit et non telle qu'elle est.

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21 septembre 2018 5 21 /09 /septembre /2018 22:55

Le point de vue de l’AAFC dans les médias. Benoît Quennedey dans les journaux télévisés de France 24 le mardi 18 septembre. A 22h un passage sur France 24 en français et à 22h30 sur sa version en anglais, les deux dans une atmosphère très professionnelle et à chaque fois en ouverture du journal télévisé.

Sommet inter-coréen : l'AAFC sur France 24

A 22h pour illustrer le sujet sur le sommet en cours entre les deux leaders coréens à Pyongyang la journaliste Claire Bonnichon (CB) interroge Benoit Quennedey (BQ)

CB : Pour la première fois en 11 ans un président de la Corée du Sud est à Pyongyang. Au Sud comme au Nord on attend beaucoup de cette rencontre.

BQ : La Corée reprend en main son destin. C’est très important que les Coréens dessinent eux-mêmes leur avenir. Car on a dit que le Nord dépendait de la Chine et le Sud des Etats-Unis. De plus, la première réunion a eu lieu au siège du Comité Central du Parti du travail de Corée ; c’est tout un symbole.

CB : 17 patrons accompagnent le président Moon Jae-in. Que peut-il se passer ?

BQ : Les quatre principales entreprises du Sud sont représentées par leurs dirigeants. Pour le moment les sanctions bloquent encore les échanges économiques potentiels.

CB : C’est pourquoi rien ne débouchera.

BQ : Oui mais dans une perspective de long terme cela permet d’étudier ce qui peut être réalisé. Par exemple il ne faut pas oublier que la Corée du Sud est enclavée comme une île et que le raccordement et le développement des voies ferrées pourraient amener à la possibilité, par exemple, de relier Busan à Marseille.

CB : Les pourparlers entre la RPDC et les Etats-Unis sont au point mort..

BQ : Il n’y a pas de calendrier avec un contenu, pas de système de sécurité collective proposé. Par contre les rapports avec la Chine sont bons et j’étais présent à Pyongyang la semaine dernière quand, devant la foule présente pour fêter le 70e anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, Kim Jong Un a pris, pour la lever avec la sienne, la main du représentant de la Chine Li Zhangshu (un des sept plus hauts dirigeants du Parti communiste chinois). Pyongyang a clairement manifesté, lors des cérémonies, sa volonté d'aller de l'avant sur le chemin de la paix.

A 22h30 changement de plateau et c’est Mark Owen (MO) qui interroge en anglais Benoît Quennedey (BQ).

MO : Voyons-nous des changements à Pyongyang ?

BQ : J’étais présent à Pyongyang pour les la commémoration du 70e anniversaire de la fondation de la RPD de Corée. Il y a des changements dont la venue, la première fois en 11 ans, du président sud-coréen.

MO : La grande question c’est la dénucléarisation, mais pour la population ?

BQ : La RPDC est toujours sous le coup de sanctions mais la présence des patrons du Sud montre que ceux-ci prennent en compte la possibilité de levée de ces sanctions.

MO : Réouvrir la zone spéciale de Kaesong, développer les échanges c’est ce que veulent ces grands patrons.

BQ : Oui, le Sud ne prend pas seulement sa part dans le volet diplomatique mais aussi dans le volet économique. Le Sud développe son indépendance par rapport aux Etats-Unis comme d’ailleurs le Nord vis-à-vis de la Chine.

MO : Je ne suis jamais allé en Corée du Nord mais j’espère le faire un jour. Peut-on se déplacer librement ?

BQ : J’y suis allé huit fois depuis 2005. Le programme des visites est discuté en commun. Il faut sortir de la capitale pour avoir une image plus complète du pays. C’est clair qu’est en cours une ouverture au monde extérieur et que le pays est beaucoup plus ouvert qu’il y deux décennies.

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 20:57

Du 20 au 22 août 2018 puis du 24 au 26 août, des centaines de membres de familles coréennes séparées de part et d'autre du trente-huitième parallèle se retrouvent dans les monts Kumgang, au nord de la péninsule. La déclaration de Panmunjom, signée lors du sommet inter-coréen du 27 avril 2018 entre les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in, avait prévu ces nouvelles rencontres - riches en émotions - entre des parents et des enfants, des frères et des sœurs, ou entre des cousins sans aucune possibilité de communiquer ou d'échanger entre eux depuis plus de 65 ans. Les autorités sud-coréennes envisagent la possibilité d'organiser ces rencontres sur une base régulière, alors que beaucoup des personnes qui s'étaient inscrites pour revoir une dernière fois leurs proches sont hélas aujourd'hui décédées. Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a été invité aux journaux télévisés de France 24, le 20 août 2018, pour évoquer ces réunions, sur la chaîne francophone (à 20h) puis sur la chaîne anglophone (20h30). Nous rendons compte ci-après de son entretien sur le canal francophone de la chaîne internationale.

Lee Keum-som (Sud, 92 ans) retrouve son fils Ri Sang-chol (Nord, 71 ans)

Lee Keum-som (Sud, 92 ans) retrouve son fils Ri Sang-chol (Nord, 71 ans)

Le journaliste Mathieu Cavada (MC) commence l'entretien en demandant si cette séparation des familles est un traumatisme profond.

Benoît Quennedey (BQ) : C’est la 20e rencontre depuis le début des années 2000 et la première depuis octobre 2015. Pendant près de sept décennies ces familles ont été complètement séparées, aucun moyen de communication n’étant possible entre leurs membres

MC : Combien de personnes sont séparées ?

BQ : Au sud on comptait plus de 100 000 personnes concernées par la séparation ayant demandé à revoir un membre direct de leur famille dans le cadre des réunions de familles séparées, mais si l'on inclut toutes les familles ayant un proche direct de l'autre côté de la zone démilitarisée (parents/enfants, frères/sœurs) cela représente au bas mot des millions de personnes, sans parler évidemment des relations amicales ou des voisins. L’absence totale de communications amène à des surprises, ainsi une femme pasteur sud-coréenne vivant en France a découvert que sa sœur, vivant au Nord, était l'équivalent chez nous d’Edith Piaf.

MC : Il n’y a pas beaucoup d’intimité dans ces retrouvailles, tout se passe devant des caméras.

BQ : Il y a aussi, pendants ces retrouvailles de deux fois trois jours, des moments de rencontre dans des salons ou des chambres d'hôtel de façon plus intime et sans la présence des caméras. Auparavant il s'agissait plutôt de rencontres entre frères et sœurs et entre parents et enfants, maintenant c'est souvent entre cousins. Bien sûr que c’est un choc de se retrouver ainsi et cela même peut être douloureux. Il faut aussi éviter d’aborder des sujets polémiques tels que la politique.

MC : Est-ce qu’ils reconnaissent leurs proches ?

BQ : La presse rapporte le cas d’une mère de 92 ans séparée de son enfant qui avait 5 ans… En plus de cette difficulté il y a les distances physiques, ou encore vestimentaires, créées par la division du pays. Par contre les mots restent les mêmes avec quelques anglicismes au Sud et russismes au Nord, nonobstant le sentiment d’avoir conservé la pureté de la langue au Nord.

MC : Cette rencontre n’est-elle pas pour Kim Jong-un un moyen de faire diversion alors que la dénucléarisation n’avance pas ?

BQ : Le processus de dénucléarisation est un processus de longue durée, où tant les Etats-Unis que la Corée du Nord attendent des gestes de l'autre partie. Ces rencontres entre familles séparées marquent déjà la force du rapprochement en cours Nord-Sud et sont vécues par les deux parties divisées de la Corée comme un processus d'abord humanitaire.

 

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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 13:01

Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a dû le concéder : les négociations avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sont longues et difficiles, les Nord-Coréens ayant le mauvais goût de ne pas renoncer unilatéralement, immédiatement et sans garanties de sécurité à leurs armes nucléaires, qui sont leur assurance-vie face aux menaces d'agression américaines. Dans ce contexte, les autorités américaines brandissent à nouveau la menace des sanctions - un rapport que des "experts" viennent opportunément de remettre Conseil de sécurité des Nations unies déplorant que les Nord-Coréens sont des méchants et des hors-la-loi qui cherchent à contourner des sanctions destinées à les étrangler économiquement et à tuer des populations - hommes, femmes, enfants... - prises dans des enjeux qui leur sont étrangers. Mais qui sont vraiment les criminels : ceux qui refusent de négocier un pistolet sur la tempe, ou ceux qui tiennent le pistolet et prennent des populations entières en otage ?  

Le conseil de sécurité des Nations unies

Le conseil de sécurité des Nations unies

Tout d'abord, examinons les pièces du procès fait à la Corée du Nord :

- des transbordements de produits pétroliers auraient lieu en mer, et auraient porté sur 500 000 barils depuis le début de l'année, c'est-à-dire 6 heures de la consommation nationale de pétrole en France, soit moins de 1/1.400e de la consommation annuelle française, alors que la population nord-coréenne atteint près de la moitié de celle de la France ; oui, vous avez bien lu, l'objectif des sanctions est qu'il n'y ait plus du tout de pétrole en Corée du Nord, ramener le pays et sa population à l'âge de pierre étant sans doute le plus sûr moyen de l'amener à accepter les diktats américains et de leurs alliés ; 
- la vente de petits armements et d'armes légères, pour des montants certainement si dérisoires (en centaines de milliers d'euros, pour des exportations d'armes de la Corée du Nord qui étaient auparavant en dizaines ou en centaines de millions d'euros ?) qu'ils ne sont même pas indiqués ;
- l'existence de plus de 200 "co-entreprises" avec la Corée du Nord, le rapport d'experts omettant naturellement de préciser si les co-entreprises en question ont (encore ?) une activité, si les comptes bancaires associés sont actifs et quel est le volume des transactions financières opérées, seul vrai critère en la matière, tout en pointant opportunément du doigt la Russie, autre pays dans le viseur des sanctions américaines ; 
- des exportations "illégales" de charbon, de fer, d'acier et d'autres marchandises nord-coréennes, notamment à la Chine et à l'Inde, qui auraient rapporté 14 millions de dollars à la Corée du Nord entre octobre 2017 et mars 2018, soit un peu plus de 2 million de dollars par mois... ou moins de 1 % des exportations mensuelles de la Corée du Nord avant l'imposition du plus drastique régime de sanctions jamais mis en place sous l'égide des Nations unies. 

Au regard de ces chiffres, la conclusion s'impose d'elle-même : si les "experts" n'ont rien trouvé, malgré des efforts déployés des mois durant, c'est soit qu'ils sont très mauvais (mais dans ce cas, pourquoi faire autant de bruit pour rien ? ), soit qu'il n'y a rien - ou plutôt quasiment rien - à trouver.

Mais s'est alors que s'est opéré le miracle de cette arme qu'est la propagande : comme disait Goebbels, un mensonge cent fois répété devient une grande vérité. Or, quelle vérité nous assènent nos "experts" des Nations unies ? Que les sanctions imposées l'an dernier seraient "sans effet" ! Les exportations nord-coréennes se sont effondrées, les preuves de contournement de l'embargo sont pratiquement inexistantes... bref les sanctions fonctionnent à plein régime, mais ce n'est pas encore assez. Comme le bourreau qui torture sa victime, tant que celle-ci n'est pas morte, quelques raffinements de cruauté seront les bienvenus pour extorquer les aveux tant attendus (en l'espèce, la dénucléarisation immédiate, unilatérale et sans contreparties tangibles de la Corée du Nord).

Et alors que les sanctions sont devenues pour les Etats-Unis une des alternatives privilégiées à la guerre ouverte (avec l'avantage qu'elles coûtent moins de vies en soldats américains, que les pacifistes n'ont généralement pas conscience de l'effet criminel des sanctions et se mobilisent bien faiblement contre ces guerres qui ne disent pas leur nom, et enfin que les morts - de faim - sont moins visibles que les charniers des champs de bataille et peuvent être mis sur le compte du régime honni avec cet argument imparable "s'ils faisaient ce qu'on leur dit de faire, leurs populations ne mourraient pas"), la presse occidentale entonne le grand air des vilains Nord-Coréens qui violeraient l'ordre juridique international, forcément incontestable, représenté par le Conseil de sécurité des Nations unies - qui, en l'espèce du moins , est pourtant instrumentalisé au profit des intérêts de la superpuissance américaine, en violation flagrante des principes de la charte des Nations unies.

Lisons en effet ce que nous disent quelques médias français.

Pour RFI / Reuters, le coupable, c'est la Corée du Nord, qui "viole" les sanctions et refuse de dénucléariser (deux arguments massue, le premier systématisé et exagéré contre toute évidence et le second largement contestable ; ces arguments sont une reprise en droite lignes des "éléments de langage" - comme l'on dit aujourd'hui pour éviter le mot "propagande", réservée aux régimes ennemis -  de l'administration américaine) : 

(...) la Corée du Nord a dénoncé l'impatience de Washington sauf qu'il n'y a toujours aucun véritable signe de dénucléarisation. Dans un rapport remis à l'ONU hier, plusieurs experts détaillent comment le régime de Kim Jong-un viole les sanctions prises par les Nations-Unies.

RFI

Plus mesuré, Le Monde reprend longuement une dépêche de l'AFP et se contente apparemment de titrer que : 

La Corée du Nord poursuit ses programmes nucléaire et balistique, selon l’ONU

Le Monde

Sauf que le rapport parle du contournement des sanctions, pas de la poursuite des programmes nucléaires et balistiques ! L'idée subliminale est ainsi de faire croire que si ces programmes se poursuivent, c'est parce que les sanctions sont violées. Habile, n'est-ce pas ? Le Pentagone n'aurait pas trouvé mieux. Même si la suite de l'article est plus mesurée et évoque les positions nord-coréennes, tout bon communicant sait que de nombreux articles de journaux ne sont pas lus au-delà de leur titre et (souvent) des premiers paragraphes. Les nuances échappent à 90 % des lecteurs, et c'est à eux que ciblent les opérations de désinformation massive.

Paresse intellectuelle à Libération - même dépêche AFP reprise sans recul ni esprit critique, et même titrage fallacieux qui, cette fois, opère directement le lien entre contournement supposé des sanctions et poursuite des programmes nucléaires et balistiques : 

La Corée du Nord poursuit son programme nucléaire et contourne les sanctions de l’ONU

Libération

Les spin doctors que sont les communicants aux ordres de la Maison Blanche et du Pentagone peuvent être fiers d'eux : la presse occidentale a gobé avec empressement la propagande qui lui a été servie sur un plateau, en en rajoutant dans la surenchère. 

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3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 20:25

Dès l'annonce du sommet de Singapour, nous observions qu'une partie des médias occidentaux, relayant des positions anti-Donald Trump et anti-Corée du Nord, ferait tout pour torpiller le fragile processus de discussion venant de s'établir entre Washington et Pyongyang. Nos craintes étaient prémonitoires : une vaste entreprise de désinformation ou de mésinformation est en cours pour faire croire aux opinions publiques que la Corée du Nord aurait berné le président américain et poursuivrait ses programmes nucléaires et balistiques en contradiction avec les engagements pris à Singapour. Nous avons analysé ci-après les deux principales pièces à conviction du mauvais procès fait aux autorités nord-coréennes.

Non, la Corée du Nord n'a pas rompu ses engagements pris lors du sommet de Singapour

Première (fausse) pièce à conviction : une interprétation erronée et tronquée du très bien informé site 38 North 

Pour illustrer notre propos, citons par exemple Arnaud Vaulerin, de Libération, qu'on a connu jadis mieux informé sur la Corée du Nord : 

La semaine dernière, le site d’expertise 38 North sur la Corée du Nord écrivait, photo et analyses à l’appui, que les «améliorations sur l’infrastructure du centre de recherche scientifique nucléaire de Yongbyon se poursuivaient à un rythme rapide». Et concluait à la «poursuite des activités à l’usine d’enrichissement d’uranium» sur ce site installé à une centaine de kilomètres de Pyongyang.

Sauf que 38 North ne dit absolument pas cela, mais conclut... en sens inverse du journaliste de Libération, en précisant que rien ne prouve une rupture des engagements pris par la Corée du Nord ! Selon 38 North,  

La poursuite des travaux sur le site de Yongbyon ne doit pas être vue comme ayant un quelconque lien avec l'engagement de la Corée du Nord à dénucléariser. Il est attendu que le cadre des activités nucléaires de la Corée du Nord se poursuive comme d'ordinaire dans l'attente que des ordres spécifiques viennent de Pyongyang.

Deuxième (fausse) pièce à conviction : la poursuite par Pyongyang de ses activités balistiques dénoncée comme une rupture de ses engagements

Sur ce point, il y a un florilège de sources :  des images satellites de Planet Labs analysées par l’Institut d’études internationales de Middlebury aux Etats-Unis, une source du renseignement indiquant que la RPDC poursuivrait la construction d'engins transporteur-érecteur-lanceur (TEL) pour des missiles balistiques, et une citation abondante d'un rapport du renseignement américain selon lequel la Corée du Nord tenterait de tromper les Etats-Unis en poursuivant ses programmes balistiques et nucléaires.

Problème : il s'agit de « sources anonymes bien informées des renseignements », qui ne peuvent bien sûr pas être citées ni vérifiées... quelle aubaine pour les médias qui relaient l'information, qui sont souvent (est-ce un hasard ?) parmi les plus farouches opposants à Donald Trump. Comme l'observe un spécialiste russe de la question coréenne, Constantin Asmolov, cité par Sputnik


 

«Cela prête à penser que ces médias sont prêts à tout pour inventer quelque chose afin de montrer au monde entier que Trump ne maîtrise pas la situation et qu'il n'est pas un président digne et compétent. Il faut présenter la situation comme si le dirigeant américain s'était trompé et que la Corée du Nord l'avait mené en bateau comme certains s'y attendaient», explique Constantin Aslomov.

Faut-il pour autant considérer comme acquis que la Corée du Nord a cessé ses programmes nucléaires et balistiques ? Certainement pas, d'autant plus qu'elle n'a jamais annoncé qu'elle mettrait fin à ces programmes militaires : son seul engagement concret est la suspension de ses essais nucléaires et de tirs balistiques. Jusqu'à preuve du contraire et jusqu'à présent, elle tient parfaitement cet engagement.

Enfin, l'accord signé à Singapour a été volontairement restreint : les Etats-Unis refusant le moindre allègement des sanctions contre Pyongyang, la Corée du Nord n'a pas pour sa part mentionné nulle part dans cet accord d'engagements dans le domaine balistique. Si les Etats-Unis veulent réellement la dénucléarisation de la Corée du Nord, ils devront s'engager au-delà des formules incantatoires sur la paix et les promesses de prospérité pour Pyongyang. Faute ainsi d'engagements complets, vérifiables et irréversibles de l'administration américaine, les Nord-Coréens ne désarmeront jamais unilatéralement, et maintiendront donc opérationnelles leurs capacités nucléaires et balistiques. Vu les différences de points de vue, il y aura nécessairement des accrocs et des tensions dans le processus de désarmement nord-coréen, sans qu'il soit besoin - comme le font aujourd'hui certains médias - d'inventer des problèmes qui n'existent pas.

Sources : 

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30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 08:28

Séparées par des milliers de kilomètres, la République de Cuba et la République populaire démocratique de Corée sont deux nations soumises à des agressions et à des sanctions de la part des États-Unis et de leurs alliés. États en résistance, les deux républiques sont également la cible de campagnes médiatiques de dénigrement à grande échelle depuis plusieurs décennies, rabaissant, pour une grande majorité du public, la connaissance de leurs réalités à des clichés et des stéréotypes véhiculés par leurs adversaires. Soucieux de resituer chacune des deux républiques dans son contexte historique et actuel, le Comité jeunes et étudiants de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé une réunion publique « Cuba et la Corée du Nord à l’épreuve de la guerre médiatique » le 26 juin 2018 à Paris, avec pour intervenants :

- pour Cuba, Viktor Dedaj, administrateur du site d’information legrandsoir.info, co-auteur (avec Danielle Bleitrach et Jacques-François Bonaldi) du livre Cuba est une île

- pour la Corée, le colonel Alain Corvez, ancien conseiller du général commandant la Force des Nations unies déployée au Sud-Liban (FINUL) et ancien conseiller en relations internationales aux ministères de la Défense et de l’Intérieur, se revendiquant du gaullisme et par ailleurs membre du comité Valmy.

La réunion, à laquelle ont participé des diplomates et/ou des représentants de la République populaire démocratique de Corée, de la République de Cuba et de la République bolivarienne du Venezuela, a été animée par Loïc Ramirez, président du Comité jeunes et étudiants de l'AAFC. 

Cuba et la Corée du Nord à l'épreuve de la guerre médiatique

En ouverture, Viktor Dedaj a tenu à rappeler le danger qui pèse sur la vie de Julian Assange, retenu depuis six ans à l'ambassade d'Equateur à Londres, et qui fait l'objet d'une violente vindicte américaine.

Il a ensuite souligné que la République de Cuba constituait un excellent exemple de désinformation, situé à l'épicentre des lignes de fracture Est-Ouest et Nord-Sud. Pour comprendre quels pays sont critiqués par les médias dominants, Viktor Dedaj a souligné la nécessité de réfléchir sur le modèle de société adopté dans les différents Etats de la planète :
- un premier cas de figure porte sur les pays dont les modèles est comparable au nôtre, qui ne sont pas critiqués dans la mesure où notre modèle économique et social est présenté comme le meilleur possible ;
- un deuxième cas concerne des pays dont le modèle économique et social est proche de celui des Etats occidentaux, comme le Venezuela - qui a fondamentalement une économie de marché et un système politique multipartite - mais qui ne sont pas pour autant exempts de critiques par les médias, le Venezuela étant ainsi régulièrement qualifié de "dictature" ;

- un troisième cas de figure porte sur les pays dont le modèle de société n'est en rien occidental, mais qui échappent pourtant à la critique systématique : l'Arabie Saoudite, bien qu'étant une dictature théologique de droite, n'est jamais stipendiée comme telle ; la Corée du Sud des généraux relevait aussi de cette catégorie ;
- une quatrième catégorie englobe les pays dont le système économique et social est différent du nôtre, et qui font l'objet de critiques nombreuses et systématiques (Cuba, la République populaire démocratique de Corée - Corée du Nord -, l'Iran...).


Ce rapide tour d'horizon montre qu'un pays n'est pas critiqué suivant son modèle économique et social ; le degré de mise en cause médiatique par la doxa occidentale dépend en réalité de son degré de résistance, que celle-ci soit à bon ou à mauvais escient. Et c'est bien tout le malheur de Cuba : avoir osé défié la superpuissance américaine toute proche, l'île n'étant située qu'à 150 kilomètres des côtes américaines.

Viktor Dedaj a ensuite examiné les axes du processus de désinformation. Celle-ci a comme instrument privilégié les fausses nouvelles, ou faked news, en mobilisant plusieurs moyens :
- le vocabulaire utilisé : dans le cas de Cuba, employer le termes "embargo" plutôt que celui (correspondant pourtant à la réalité, inavouable car relevant de la catégorie du crime contre l'humanité) de "blocus" ; désigner Fidel Castro comme le Leader Maximo, terme qu'on ne trouve nulle part dans les textes officiels cubains... ; 
- le deuxième outil repose sur la décontextualisation : l'agressivité américaine sera tue, le blocus sera présenté comme ayant prétendument été levé ; s'agissant enfin de l'accusation de terrorisme, on oubliera opportunément que 3000 attentats - faisant autant de morts (et, rapporté à la population française, l'équivalent de 20 000 morts) - ont été commis à Cuba ;

- le troisième outil est la fabrication de récits, comme celui d'Armando Valladarès, prisonnier qui écrit (un poète), en tout cas ancien policier du régime de Batista, arrêté pour avoir transporté des explosifs pour préparer des attentats contre Cuba socialiste, et faux paralytique. 

Les mêmes pays qui se revendiquent de l'Etat de droit n'ont pas hésité à le bafouer ouvertement : la loi Helms-Burton a ouvert le bal des lois d'extraterritorialité, ignorant le principe fondamental de territorialité de la loi (à savoir que la loi américaine s'applique aux Etats-Unis et pas dans le monde entier). Elle vise ouvertement le changement de régime économique et social à Cuba, et prévoit même que ceux qui se disent victimes de l'Etat cubain fixent eux-mêmes le montant des remboursements auxquels ils estiment avoir droit : nul doute que les multinationales feront preuve, comme toujours, de pondération et de modération, pour ne pas porter atteinte au bien-être du peuple cubain en réclamant des dommages et intérêts trop élevés. 

Le Colonel Corvez a ensuite abordé le cas nord-coréen, qu'il a étudié à partir de sa formation de géopoliticien. Ayant rappelé le paroxysme des tensions autour de la péninsule coréenne tout au long de l'année 2017, il avait alors affirmé (notamment dans une tribune de septembre 2017 intitulée "Corée : ne pas confondre coercition et dissuasion) que le danger d'éclatement d'une troisième guerre mondiale devait être écarté. En effet, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a parfaitement assimilé le concept de dissuasion nucléaire, et c'est parce que la Corée du Nord dispose désormais d'une force de dissuasion que - à l'instar de la France du général de Gaulle - le risque de guerre nucléaire esr désormais écarté. A cet égard, Alain Corvez rappelle la réponse faite par de Gaulle à Alain Peyrefitte sur le risque que comportait l'arme nucléaire française selon le porte-parole du Gouvernement à cette époque : 

Alain Peyrefitte dans son œuvre magistrale «C’était de Gaulle» rapporte comment le Général lui explique après l’explosion de la première bombe atomique française, qui n’était encore qu’une bombe A, le principe de la dissuasion :

«J’allais lui demander: ça ne vous fait rien de penser que vous pourriez… (Tuer vingt millions d’hommes deux heures après le déclenchement d’une agression)

Il me répond tranquillement: Précisément, nous ne les tuerons pas, parce qu’on saura que nous pourrions le faire. Et, à cause de ça, personne n’osera plus nous attaquer. Il ne s’agit plus de faire la guerre, comme depuis que l’homme est homme, mais de la rendre impossible comme on n’avait jamais réussi à le faire. Nous allons devenir un des quatre pays invulnérables. Qui s’y frotterait s’y piquerait mortellement. La force de frappe n’est pas faite pour frapper mais pour ne pas être frappé».

L'arme nucléaire est une menace pour l'humanité dont il faut se débarrasser. Mais en attendant la réalisation de cette promesse de fin de l'arme nucléaire, celle-ci constitue aujourd'hui une arme de non-emploi (à l'exception évidemment des bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki), dont la détention garantit l'absence d'attaque - et donc la paix. 

Toujours selon le Colonel Corvez, le sommet de Singapour du 12 juin 2018 a été la conséquence de la prise de conscience, par le Président Donald Trump, que la guerre nucléaire étant impossible, seule restait l'issue de la négociation. Le sommet a eu lieu aux conditions fixées par les Nord-Coréens, qui ont obtenu que le texte adopté évoque la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne (ce qui remet en cause la présence éventuelle d'armes nucléaires américaines en Corée du Sud, voire le parapluie nucléaire militaire américain sur la Corée du Sud) et que n'y figure pas, à ce stade, la formule, contraignante, de "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible", mais seulement celle de denucléarisation "complète" et - comme cela vient d'être souligné - de toute la péninsule coréenne, à égalité de devoirs pour chacune des parties signataires. Cependant, pour sa part, le président américain peut se prévaloir d'être le premier commandant en chef des Etats-Unis à avoir réussi une telle négociation avec la Corée du Nord, là où ses prédécesseurs ont échoué. 

Au regard du précédent iranien, Alain Corvez a cependant exprimé sa conviction que la RPD de Corée ne procédera pas à sa dénucléarisation tant que les troupes américaines demeureront en Corée du Sud. 

L'accord trouvé entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un a toutefois soulevé une levée de boucliers de tous ceux qui s'opposent au président américain. A cet égard, les processus de désinformation à l'oeuvre pour Cuba se retrouvent dans le cas nord-coréen, et notamment la diffusion massive de fausses informations : faux écrivains comme Bandi, dissidents mentant sur ce qu'ils ont vécu (comme Park Yeon-mi et Shin Dong-hyuk, qui a eu, quant à lui, le mérite de se mettre en retrait, mais dont les ouvrages n'ont, eux, pas disparu des rayonnages des bibliothèques et des librairies). Tous les médias occidentaux prêtent leurs micros à ces auteurs ou à leurs porte-voix, amplifiant l'écho de prospères entreprises de propagande, ces ouvrages constituant les best-sellers sur la Corée du Nord, grâce à des diffusions massives en librairie sans équivalent pour aucun autre livre sur le même thème : le conditionnement des opinions publiques est à ce prix. 

Pour lutter contre la "mal-information", qui relève du mauvais exercice de la profession de journaliste, Viktor Dedaj a développé une méthode identifiant les contradictions du discours (les "ruptures narratives"), qu'il présente dans le cadre d' "ateliers d'auto-défense intellectuelle". 

En conclusion, Viktor Dedaj a appelé à mettre en avant certaines vérités tues par les médias dominants. Ainsi, Cuba a développé le plus fortement au monde l'agriculture biologique ; 40 000 médecins cubains sont envoyés gratuitement à l'étranger, pour des salaires modestes car ils ont embrassé leur profession par vocation et non par appât du gain. A Cuba, le médecin de quartier est par ailleurs responsable pénalement de ses fautes éventuelles dans les soins qu'il apporte aux familles de son périmètre d'intervention. Pour sa part, la Corée du Nord a généralisé la santé et l'éducation gratuites, adopté en 1946 la loi la plus avancée d'Asie de l'Est sur l'égalité femmes-hommes et apporté un soutien constant aux luttes de libération nationale des peuples soumis aux jougs colonial puis néo-colonial.

Cuba et la Corée du Nord à l'épreuve de la guerre médiatique

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 21:56

Alors que le président nord-coréen Kim Jong-un a achevé sa troisième visite en Chine en l'espace de trois mois, et que le président sud-coréen Moon Jae-in s'apprête à partir pour la Russie pour rencontrer le président Vladimir Poutine (et accessoirement assister au match de la coupe du monde du football entre la Corée du Sud et le Mexique), la recomposition diplomatique en cours s'accélère, après le sommet de Singapour entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un. Pour sa part, le président américain s'est concerté avec son allié sud-coréen pour ne pas mener en août prochain les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes - conformément à l'engagement qu'il avait pris de cesser les "exercices de guerre" "provocateurs" vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Analyse - avec en annexe un compte rendu de l'entretien donné par le président de l'AAFC à RT France le 19 juin 2018.

Kim Jong-un et Xi Jinping le 19 juin 2018

Kim Jong-un et Xi Jinping le 19 juin 2018

Le chemin sera long sur la voie de la normalisation des relations entre les Etats-Unis et la RPD de Corée, d'autant que la dénucléarisation de la péninsule coréenne devra avoir pour contrepartie des garanties de sécurité à l'égard de la Corée du Nord non seulement de la part des Etats-Unis, mais aussi dans un cadre collectif amené à impliquer la Chine et la Russie. Dans ce contexte, il est logique que Pékin et Moscou souhaitent être étroitement associés au processus de recomposition diplomatique en cours. Si le troisième sommet entre Xi Jinping et Kim Jong-un a porté sur la dénucléarisation de la Corée, les relations bilatérales et l'amélioration des échanges économiques (en mettant notamment l'accent sur le renforcement des liaisons de transport, la présence du Premier ministre Pak Pong-ju aux côtés du dirigeant nord-coréen étant symptomatique de la priorité donnée au développement économique), une nouvelle fois le dirigeant nord-coréen a très certainement informé son allié chinois (en vertu du traité d'alliance de 1961, toujours valide) des résultats de sa rencontre avec le Président Trump - le numéro un chinois avait déjà rappelé, lors de sa première rencontre de 2018 avec le Président du Parti du travail de Corée, qu'il entendait réaffirmer l'alliance stratégique Pékin-Pyongyang, ce qui implique des échanges d'informations en ce domaine.

La Russie, d'une certaine manière en concurrence avec la Chine pour être un partenaire sinon privilégié du moins majeur de Pyongyang,  alors qu'elle n'est plus le principal partenaire politique et économique de la RPD de Corée depuis la disparition de l'URSS, a une diplomatie plus audacieuse : elle mentionne plus directement que la Chine a la nécessité de lever les sanctions économiques qui frappent la RPDC sans attendre la fin du processus de dénucléarisation qui, selon les experts, prendra des années. C'est en ce sens qu'il faut interpréter la visite d'Etat, au cours des prochains jours, de Moon Jae-in en Russie : alors que le dialogue direct qui s'est établi entre Washington et Pyongyang, avec Pékin en juge de paix, pourrait tendre à marginaliser Moscou et Séoul sur les questions de sécurité, ces deux capitales réaffirment leurs convergences de vue en ce domaine, dessinant une possible convergence qui permettrait à la Corée du Sud de s'affranchir (un peu) de la tutelle militaire américaine sans nécessairement devoir se coordonner avec la Chine (d'autant que le contentieux bilatéral sur le déploiement de THAAD n'est pas entièrement soldé). La Russie n'est peut-être plus un acteur économique majeur en Asie du Nord-Est, mais elle reste un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et a une courte frontière commune avec la Corée du Nord : alors que la relance du contentieux commercial entre Pékin et Washington ne fait pas nécessairement de la Chine le meilleur arbitre d'un différend potentiel entre la Corée du Nord et les Etats-Unis sur le rythme, les modalités et le contreparties du processus de dénucléarisation, la Russie pourra utilement apporter ses bons offices. Dans l'immédiat, il s'agit pour elle de ne pas être marginalisée dans le processus multilatéral en cours - si elle a été partie aux pourparlers à six sur la dénucléarisation de la Corée, elle ne figurait pas (de même que le Japon) dans les pourparlers à quatre qui s'étaient mis en place lors de la première crise nucléaire, dans les années 1990.

Reste l'inconnue japonaise. Le très conservateur Premier ministre japonais Shinzo Abe a dû être réconforté que Donald Trump ne signe pas un accord global détaillé le 12 juin 2018 : Tokyo a le temps d'infléchir sa stratégie d'intransigeance à l'égard de Pyongyang, le temps de voir la rapidité - ou non - de la résolution des questions en suspens entre la RPD de Corée et les Etats-Unis d'Amérique. Dans tous les cas, fautes d'alliés de premier plan pour maintenir une pression maximale sur Pyongyang, le Japon doit déjà se préparer à une inflexion diplomatique, qui pourrait passer par une normalisation des relations diplomatiques, voire une visite de Shinzo Abe à Pyongyang - tout en continuant certainement à défendre des positions sceptiques tendant à parier sur l'échec des discussions américano - nord-coréennes.

Annexe : compte rendu de l'interview sur RT France le 19 juin 2018, au journal de 21h

Magali Forestier (MF), présentatrice du journal télévisé reçoit le président de l’AAFC, Benoit Quennedey (BQ).

-MF : Donald Trump suspend les prochains exercices de guerre, il respecte ses engagements, c’était une volonté de la Corée du nord qui les considérait comme une agression.

-BQ : Ces exercices de guerre sont les plus grandes manœuvres militaires en temps de paix, et elles n’ont cessé de gagner en ampleur depuis leur début dans les années 1970. C’est d’ailleurs Donald Trump lui-même qui utilise le terme "exercices de guerre" en remarquant qu’ils ont un caractère "provocateur". Ceux-ci s'inscrivent dans le cadre des dispositifs OPLAN qui ont pour but un changement de régime à Pyongyang. Cette suspension tant qu’il y a des négociations en cours et que la Corée du Nord arrête ses essais nucléaires et de tirs balistiques intercontinentaux revêt une importance considérable. En d"autres termes, on crée les conditions de la confiance pour engager le dialogue sur une bonne voie.

-MF : Aujourd’hui le leader nord-coréen est en Chine, quel est l’objet de cette visite ?

-BQ : C’est la troisième visite en trois mois. La Chine est le poumon économique de la Corée du Nord. Celle-ci est étranglée par des sanctions économiques. Donald Trump a dit que la levée des sanctions n’était pas à l’ordre du jour. Mais au-delà du vote par le Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine a une certaine marge de manœuvre dans leur application. Le premier objectif des Nord-Coréens est d’obtenir un soutien chinois en cas d’échec des négociations avec les Américains et déjà de subir une application moins stricte des sanctions. Deuxième objectif important : la Chine et la Corée du Nord restent liées par une alliance militaire datant de 1961, aux termes de laquelle les deux parties doivent se consulter sur les questions d’intérêt mutuel. On peut donc penser que les Nord-Coréens ont rendu compte de la rencontre avec le président Donald Trump, ce qui répond aussi à la volonté des Chinois d’être pleinement partie prenante du jeu diplomatique qui se met en place.

-MF : Cette cessation des manœuvres militaires fait extrêmement peur au Japon qui a toujours compté sur son allié américain pour protéger cette région. Donald Trump prend des décisions sans même consulter ses alliés historiques...

-BQ : Lors de son annonce du 12 juin, ni le commandement américain, ni la Corée du Sud n’avaient manifestement été informés et ils ont réagi avec surprise. Le Japon est dans un situation de confrontation ancienne avec la Corée du Nord au point d’avoir participé aux récentes manœuvres militaires américano-Sud-Coréennes. Le Japon a poussé à la montée des tensions et est aujourd’hui dans une position jusqu'au-boutiste dans laquelle il s’est un peu marginalisé. Comme lors de l’établissement des relations entre les Etats-Unis et la Chine populaire en 1972 le Japon ne veut pas être marginalisé… On peut penser que le Japon vise un sommet avec la Corée du Nord. Dans le jeu diplomatique en cours c’est la dernière pièce du puzzle qui manque.

- MF : Donald Trump a tendance à annoncer les choses de façon rapide sans même consulter parfois ses conseillers à la défense. Il semble que certains membres du Pentagone aient été surpris.

BQ : Les membres du Pentagone sont extrêmement réticents vis-à-vis de la Corée du Nord qu’ils considèrent comme un pays retors et susceptible de ne pas tenir ses engagements, mais les Etats-Unis ont montré qu’ils ne tenaient pas non plus leurs engagements. On est dans un jeu de poker menteur. Il faut aussi voir que dans l’administration américaine il n’y pas un bloc homogène. Entre Mike Pompeo qui est devenu l’interlocuteur des Nord-Coréens et qui a rencontré plusieurs fois Kim Jong-un à Pyongyang, et John Bolton le faucon interventionniste qui justifie la guerre en Irak, hier, aujourd’hui et s'il le faut demain, les positions ne sont pas du tout les mêmes. Il est probable que, pour ne pas avoir de bâtons dans les roues, Donald Trump a choisi les interlocuteurs qu'il a mis dans la confidence.

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