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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 12:39

Le 16 juillet 2018, la Filmothèque du Quartier Latin - qui avait déjà proposé en novembre 2008 une des plus importantes rétrospectives du cinéma (sud-)coréen en France - a organisé une projection-débat de JSA de Park Chan-wook, suivie d'un débat animé par Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne. Le premier long métrage qui a véritablement fait connaître Park Chan-wook - sorti en salles en Corée en 2000 - a dû attendre juin 2018 pour être projeté en salle dans notre pays (hormis des projections plus ponctuelles dans le cadre de festivals). Un chef d'oeuvre à découvrir ou à redécouvrir.

"Joint security area" : un récit de fraternisation par delà la frontière

En réalisant JSA - récit d'une improbable fraternisation entre soldats sud et nord-coréens le long de la zone démilitarisée (mais qui se terminera par un affrontement mortel, qui servira de trame au thriller qui caractérise toute la première partie du film) - Park Chan-wook a opéré un tournant dans la représentation des Nord-Coréens dans le cinéma sud-coréen : ayant fait le choix de s'intéresser aux hommes et non aux systèmes politiques, il a humanisé les traits des Nord-Coréens, qui se démarquent (enfin) des brutes épaisses, assommées par l'idéologie, que l'on retrouve dans tant d'autres films sud-coréens de l'époque (ou antérieurs) consacrés aux relations Nord-Sud. Il est vrai également que l'élection du Sud-Coréen Kim Dae-jung à la présidence de la République en Corée du Sud, en 1998, a permis d'engager un rapprochement Nord-Sud qui a desserré l'étau de la censure, héritée de l'époque de la junte militaire. Park Chan-wook reconnaît lui-même qu'il n'aurait pas pu tourner ce film, qui a connu un immense succès en salles en Corée du Sud, dix ans plus tôt.

Les héritages de Quentin Taratino et du film noir américain sont très prégnants dans ce long métrage palpitant, qui brosse avec subtilité les portraits de personnages complexes, loin des héros positifs qui peuplent la création artistique - commune à l'ensemble de la Corée - où l'artiste se doit avant tout d'être pédagogue et éducateur. Non que le film soit exempt d'un message que l'on considèrera comme politique (d'ailleurs, les seuls véritables héros, si l'on veut en trouver, sont un sergent nord-coréen et une Suissesse d'origine coréenne qui découvre qu'elle est la fille d'un général nord-coréen, ce qui est en soi une révolution conceptuelle), mais Park Chan-wook s'est intéressé à la beauté de la fraternisation entre Coréens du Nord et du Sud, dans une ode à la réconciliation et à la réunification qui résonnait fortement, après le premier sommet intercoréen du 15 juin 2000, et qui a - à ce titre - marqué des générations de Sud-Coréens dans leurs représentations des "frères ennemis" du Nord. A cet égard, le réalisme est servi par une série de références historiques exactes.

Le débat qui a suivi la projection a aussi mis en avant d'autres traits originaux du film : une représentation de la femme émancipée sous les traits de l'inspectrice suisse, un message homosexuel peu évident à nos yeux mais qui a soulevé l'intérêt de la critique française en 2018, et plus nettement une critique de l'institution militaire sud-coréenne au moment où la fin annoncée de la criminalisation des objecteurs de conscience en Corée du Sud rappelle que le service militaire reste un instrument privilégié du bourrage de crâne anti-Corée du Nord dans la très conservatrice société sud-coréenne.

"Joint security area" : un récit de fraternisation par delà la frontière
"Joint security area" : un récit de fraternisation par delà la frontière

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 20:53

Le 10 juillet 2018, les organisateurs du Festival international du film fantastique de Bucheon (BiFan) - créé en 1997 et dont la programmation s'est élargie à d'autres genres (film d'horreur, thriller, film d'animation...) - ont annoncé que la prochaine édition du festival, à partir du 12 juillet et jusqu'au 22 juillet, comporterait la projection de neuf films nord-coréens, dont trois longs métrages et six courts métrages. Un choix de programmation exceptionnel et courageux, alors que la simple détention et a fortiori la diffusion de créations culturelles de la République populaire démocratique de Corée (RPD de Corée) reste interdite et punie en République de Corée (du Sud), sauf autorisation, en application de la loi de sécurité nationale

Neuf films nord-coréens à l'affiche au Festival international du film fantastique de Bucheon

Les organisateurs du festival ont entendu s'inscrire dans le climat de détente des relations Nord-Sud depuis les deux sommets intercoréens du printemps 2018 (le 27 avril et le 26 mai), et qui se traduisent également par l'organisation en commun d'événements sportifs

Le Festival international du film fantastique de Bucheon va organiser une projection spéciale de films nord-coréens pour refléter l'atmosphère de paix grandissante sur la péninsule coréenne et a récemment obtenu l'autorisation du gouvernement pour les projeter.

Les films nord-coréens projetés, qui datent de 1980 à 2016, comportent notamment The Story of Our Home, comédie primée au Festival international du film de Pyongyang (PIFF) lors de sa sortie en 2016, et Comrade Kim Goes Flying, comédie romantique retraçant le récit d'une trapéziste de la troupe de cirque de Pyongyang, et co-production du Belge Anja Daelemans, du Coréen Kim Gwang-hun et du Britannique Nicholas Bonner, diffusé notamment - lors de sa sortie en 2012 - au Festival international du film de Toronto et au Festival international du film de Busan. 

Image de "The Story of our Home"

Image de "The Story of our Home"

Sources : StraitsTimes, Yonhap

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5 juillet 2018 4 05 /07 /juillet /2018 17:27

Journaliste, écrivain et réalisateur, ancien résistant et directeur de la revue Les Temps Modernes de 1986 jusqu'à sa mort, Claude Lanzmann s'est éteint à Paris le 5 juillet 2018, à l'âge de 92 ans. L'auteur de Shoah et de Tsahal avait eu d'autres engagements, moins médiatisés : son avant-dernier film, Napalm, sorti en 2017, revenait sur son séjour en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) près de six décennies plus tôt, en 1958.

Disparition de Claude Lanzmann : l'AAFC salue la mémoire du réalisateur de "Napalm"

Il ne fait pas bon ne pas se mettre au diapason de l'opinion dominante : Claude Lanzmann en avait fait l'expérience, en voyant son film Napalm être l'objet de critiques souvent agressives, fondées non pas sur ses qualités cinématographiques mais sur une mise en cause du point de vue qu'il aurait dû - forcément - adopter : celui de la dénonciation d'une Corée du Nord (nécessairement) inhumaine.

Pourtant, pas plus dans son film de 2017 que lors de sa première visite dans le pays en 1958 Claude Lanzmann n'avait fait l'apologie de la République populaire démocratique de Corée - bien au contraire, les critiques nombreuses qu'il formulait en 1958 avaient le don d'agacer ses autres compagnons de voyage, qui en ont tiré d'autres témoignages : Moranbong de Jean-Claude Bonnardot (sur un scénario d'Armand Gatti), ou Coréennes de Chris Marker. 

Esprit indépendant, Claude Lanzmann était sans doute mal à l'aise entre une critique fleurant bon l'anticommunisme le plus primaire et un plaidoyer pro domo qui n'était pas dans son caractère. Et de fait, il lui aura fallu plus d'un demi-siècle pour qu'il en parle ouvertement et librement, déjà dans son livre autobiographique Le lièvre de Patagonie (Gallimard, 2009), puis dans le film Napalm qui rappelait la destruction systématique de la Corée par les troupes des Nations unies sous commandement américain pendant la guerre de Corée (1950-1953), et l'usage d'armes de destruction massives, biologiques et chimiques. Indéniablement, Claude Lanzmann avait de l'admiration pour la résistance héroïque du peuple coréen, lui, l'ancien résistant de la Seconde guerre mondiale - tout en mêlant le souvenir d'une courte idylle, fortement romancée, avec une infirmière nord-coréenne, qui a fait grincer des dents ses détracteurs mais tellement en accord avec l'hypersensibilité romantique propre aux Coréens - à tous les Coréens.

Car en 1958, déjà, Claude Lanzmann s'engageait dans un des autres grands combats de sa vie militante : le rejet du colonialisme et de l'impérialisme, sous toutes leurs formes, de Pyongyang à Alger. Il reviendra dans la péninsule coréenne en 2004, et à nouveau plus de dix ans plus tard, pour y tourner les images du fascinant film Napalm.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) salue la mémoire d'un homme de combats et d'engagements, en présentant ses condoléances à sa famille, ses amis et ses proches. 

Lire aussi : 

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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 21:36

Le 23 mai 2009, l'ancien Président de la République de Corée Roh Moo-hyun (2003-2008) se donnait la mort, poursuivi par des accusations calomnieuses de corruption. Sa disparition tragique soulevait une immense vague d'émotion, en Corée et au-delà. Huit ans après, un film documentaire, dont le titre peut se traduire par Notre Président Roh Moo-hyun, lui rend hommage et atteint les 2 millions d'entrées au box office sud-coréen. Le réalisateur, Lee Chang-jae, n'est pourtant pas connu pour son engagement progressiste. Le succès de son film tient certes à un contexte spécifique (la révolution des bougies a chassé de la Maison Bleue la très autoritaire Park Geun-hye, avant qu'une élection présidentielle anticipée ne mène au pouvoir le démocrate Moon Jae-in, ancien proche collaborateur du Président Roh Moo-hyun). Mais plus encore, Lee Chang-jae a su montrer la profonde humanité de l'ancien avocat des droits de l'homme devenu chef de l'Etat, à travers des dizaines de témoignages qui font ressortir la communion entre un dirigeant et son peuple. 

Affiche du film

Affiche du film

Si le documentaire est en France un genre cinématographique à l'audience relativement limitée, tel n'est pas le cas en Corée du Sud :  le succès époustouflant remporté par Notre Président Roh Moo-hyun (titre anglais : Our President) fait écho à l'audience qu'obtiennent plus largement les productions cinématographiques ayant un contenu historique. A cet égard, le drame The Attorney (en français, Le Défenseur) de Yang Woo-seok, sorti en Corée fin 2013, était déjà consacré à l'ancien Président, tandis que le drama  biographique coréen Anarchist from Colony, de Lee Joon-ik, également sorti cette année, met en lumière le militant anarchiste Park Yeol et a été en tête du box office la semaine de sa sortie, en dépassant alors les 800 000 entrées. Des choix non sans risques dans une société où la férule des conservateurs (au pouvoir à Séoul entre 2008 et 2017) a conduit à multiplier les entraves à la liberté de création, notamment pour les cinéastes : la sortie de The Attorney avait donné lieu à des pressions de la présidence sud-coréenne sur le conglomérat CJ, dont la filiale CGV avait eu le malheur de produire avec The Attorney un film inspiré du combat pour les droits démocratiques...

Il y a quinze ans, l'élection de Roh Moo-hyun avait été une surprise pour tous les observateurs (les premiers sondages ne le créditaient que de 2 % des intentions de vote) : le candidat démocrate avait bâti son succès sur une campagne relayée par Internet qui lui avait valu une incroyable popularité auprès des électeurs les plus jeunes, devenus ses relais les plus fervents, alors même qu'ils étaient enfants ou n'étaient pas nés pendant les années de plomb du régime militaire qu'avait combattu sans relâche Roh Moo-hyun. Si ses choix politiques avaient ensuite entraîné une désillusion dans l'électorat progressiste, les circonstances tragiques de sa disparition ont contribué à élever au rang de mythe celui qui a indiscutablement été le chef de l'Etat sud-coréen le plus attaché aux valeurs démocratiques. 

Dans un très bon article consacré au film documentaire de Lee Chang-jae, Philippe Mesmer souligne le charisme exercé par l'ancien Président : 

Trente-neuf personnes interviennent. Comme Lee Hwa-choon, un membre des services secrets chargé de le surveiller, et qui deviendra son ami. "Sa voix claire et sonnante, ses jurons, ses blagues, je n'oublierai jamais tout cela", raconte-t-il.

Impressionnée par la lutte victorieuse du peuple coréen au Sud de la péninsule qui a abattu le régime autoritaire et corrompu de Mme Park Geun-hye (combat que, dans notre pays, nous avons soutenu sans réserve et seuls parmi les Français, au prix pour certains des nôtres d'être désormais interdits de séjour en Corée du Sud), l'Association d'amitié franco-coréenne voit, dans le succès de Notre Président Roh Moo-hyun, le signe de l'esprit toujours vivant du combat qui doit être mené à son terme pour la démocratie, la paix et les droits de l'homme. 

Source principale : 

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 20:36

Huit jours après sa sortie, le film du Sud-Coréen Ryoo Seung-wan The Battleship Island a dépassé les 5 millions d'entrées : témoignant du travail forcé des Coréens et des Chinois dans l'île japonaise de Hashima pendant la Seconde guerre mondiale, ce film très largement diffusé en salles témoigne de la popularité des longs métrages historiques en Corée du Sud - puisque le jour où il dépassait les 5 millions d'entrées le film de Jang Hoon A Taxi Driver, consacré à un journaliste allemand témoin de la Commune de Gwangju en 1980, faisait une entrée fracassante au box office.  

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Etroite (elle ne mesure que 160 mètres de large sur 450 mètres de long, soit une superficie de seulement 6,3 hectares), l'île de Hashima, située à 19 kilomètres des côtes de Nagasaki a connu un destin exceptionnel lié à l'exploitation des mines sous-marines de charbon situées aux alentours, après son achat par Mitsubishi en 1890. Le groupe japonais met en valeur l'île, construit des immeubles et des infrastructures pour les ouvriers : abritant 5 229 habitants en 1959, Hashima est alors l'endroit comptant la plus forte concentration de population au monde - avec une densité de population de 83 500 habitants au kilomètre carré. Mais le déclin de l'industrie houillère entraîne le recul de l'exploitation minière : les derniers habitants quittent Hashima en 1974, qui devient une île fantôme ayant accueilli des décors de film - notamment pour Skyfall de Sam Mendes et Inception de Christopher Noland. L'île, en tant que site de la révolution industrielle de l'ère Meiji, est inscrite depuis juillet 2015 au patrimoine mondial de l'UNESCO.

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Le sang et les larmes des mineurs de Hashima sont aussi mêlés à l'histoire tragique de la colonisation japonaise, notamment le travail forcé des Coréens et des Chinois : derrière les murailles ceignant l'île navire de guerre (selon la traduction en français de son nom japonais) ont été déportés 800 travailleurs forcés coréens pendant la Seconde guerre mondiale. 134 d'entre eux y sont morts, et ceux qui tentaient de fuir étaient torturés.

Le film de Ryoo Seung-hwan The Battleship Island, sorti en salles fin juillet 2017, nous raconte la vie et le récit de l'évasion de Coréens déportés dans l'île - avec l'acteur Hwang Jung-min dans le rôle principal de Lee Kang-ok. Ryoo Seung-hwan a souligné que le film, tourné à Chuncheon où ont été reproduits les décors de Hashima, est une fiction - alors que certains médias japonais ont dénoncé le long métrage décrivant Hashima comme un enfer, négligeant de ce fait que le taux de mortalité (17 % des travailleurs forcés coréens y sont morts) suffit à rendre compte de leurs conditions terribles d'existence, encore largement méconnues en Occident.

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Des survivants interrogés par Yonhap ont rendu compte des conditions de travail forcé extrêmement dures dans l'île de Hashima.

Choi Chang-seop y est arrivé en 1943 à l'âge de 15 ans, et y est resté jusqu'à la capitulation japonaise en août 1945 :

J’ai vécu une vie de prisonnier pendant trois ans sur l’île de Hashima, totalement entourée par la mer (...) ça m’étouffe de me souvenir de l’époque où j’ai travaillé pendant 12 heures par jour en petite tenue au fond de cette mine de charbon

Mal nourri, Choi Chang-seop, comme les autres Coréens, était affecté aux tâches les plus dangereuses - non seulement  à extraire  du charbon mais aussi boucher les trous de la mine :

Lorsque j’ai eu cette mission, les Japonais responsables m’ont dit, ‘‘pauvre toi, jeune, faut faire attention à ta tête, on se blesse souvent la tête avec les pierres qui tombent’’. J’ai été plusieurs fois hospitalisé à cause de blessures à la tête.

Choi Chang-seop

Choi Chang-seop

Egalement interrogé par Yonhap, un autre survivant aujourd'hui âgé de 92 ans, Lee In-woo, qui est resté huit mois dans la mine, s'est dit sauvé quand il a été incorporé dans l'armée japonaise. Il raconte aussi qu'une petite île à côté de Hashima était appelé le crématorium, car "c'était le lieu où les Japonais incinéraient les cadavres des travailleurs et fugitifs morts".  

Lee In-woo

Lee In-woo

Sources :

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 15:08

En 1958, un groupe d'intellectuels français (dont faisait notamment partie Francis Lemarque, futur membre fondateur de l'AAFC), qui s'étaient opposés à la guerre de Corée, se rend en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) : plusieurs œuvres rendront compte de leur expérience, notamment Coréennes de Chris Marker et le film franco-nord-coréen Moranbong de Jean-Claude Bonnardot, sur un scénario d'Armand Gatti. Dans le groupe, le réalisateur Claude Lanzmann, auteur de Shoah, avait déjà raconté une brève d'histoire d'amour, platonique, avec une infirmière nord-coréenne, Kim Kum-sun, dans son livre Le lièvre de Patagonie. Près de 60 ans plus tard, il en a fait un film de cent quarante minutes, Napalm, présenté en sélection officielle au festival de Cannes.

Quand on parle de la Corée du Nord il y a des figures imposées (le triptyque « famine – dictature – armées nucléaires »). Pour avoir refusé de s'y soumettre dans son film Napalm, Claude Lanzmann s'est naturellement attiré les foudres d'une bonne partie de la critique qui, au mieux, a décrit comme un OVNI ce que le réalisateur refuse de classer dans la catégorie des documentaires. Pourtant, la confession intime qu'il livre est passionnante à plus d'un titre. Elle émane d'un homme qui, pas plus en 1958 qu'aujourd'hui (ses remarques sur les guides ou la nourriture suffisent amplement à le prouver), n'idéalise ni même ne défend la RPD de Corée - les compagnons de voyage de Claude Lanzmann lui ont fortement reproché, en 1958, d'adopter un regard systématiquement critique, mais il pouvait en tout cas faire valoir une activité de résistant qui a forcément résonné pour les Nord-Coréens, la RPDC tirant sa légitimité de la résistance à l'occupation japonaise). Ainsi elle permet de comprendre les évolutions dans la relation que la Corée du Nord a entretenue avec l'Occident et surtout d'offrir un témoignage dépouillé de toute considération lourdement politique.

 

Pourtant, le premier voyage de Claude Lanzmann en 1958 était éminemment politique. À cette date, le Parti communiste français est la plus grande force politique française - le général de Gaulle, qui allait instaurer peu après la Cinquième République, ayant d'ailleurs estimé a posteriori que, sans les événements du printemps 1958, les communistes auraient probablement pris la tête du gouvernement français. Avec le Mouvement de la paix, le Parti s'est engagé résolument dans les manifestations (interdites) contre la guerre de Corée, qui ont fait deux morts à Paris, tombés près de la place de Stalingrad. La délégation d'intellectuels dont fait partie Claude Lanzmann est reçue avec honneurs à Pyongyang – où elle rencontrera à deux reprises le Président Kim Il-sung – et ses membres sont loin d'être tous, loin s'en faut, des membres du Parti communiste français (Claude Lanzmann n'avait d'ailleurs pas sa carte au PCF). Au-delà de leurs sensibilités politiques diverses, ils sont animés par le même refus de la guerre, une guerre civile internationalisée qui, pendant trois ans, a causé des millions de morts. Le titre du film Napalm est d'ailleurs hautement significatif : avant la guerre du Vietnam, la Corée a été le premier théâtre d'opérations militaires où l'armée américaine a fait un usage intensif du napalm.

 

En 1958, les visiteurs occidentaux qui se rendent à Pyongyang sont déjà invités à témoigner de la volonté du peuple nord-coréen de bâtir le socialisme et de reconstruire leur pays dévasté au rythme de Cheollima, le cheval ailé des légendes coréennes qui parcourt 1.000 ri par jour. Claude Lanzmann le reconnaît : lorsqu'il revient en Corée du Nord en 2004, à l'occasion d'une extension dans le cadre d'un séjour en Chine où il présentait Shoah, le visage de la capitale s'est radicalement modifié.

 

Après cette visite fortuite - c'est seulement après son arrivée à Pékin en 2004 que Claude Lanzmann apprend qu'il peut visiter pendant quatre jours la RPDC, en compagnie d'Anglo-Saxons qu'il décrit comme des adeptes de Noam Chomski enchantés de « découvrir le communisme pur et dur » - Claude Lanzmann envisagera de revenir en Corée du Nord y tourner un film, de manière tout à fait officielle – nous l'avons d'ailleurs croisé à plusieurs reprises aux réceptions de la délégation générale nord-coréenne en France, à l'instar d'autres artistes ou de journalistes ayant des projets de visite en Corée du Nord. Cette troisième visite au Nord de la Corée interviendra finalement en 2015.

 

Il venait y retrouver les souvenirs d'une brève idylle – ce qui aurait été, selon lui, impossible à expliquer aux Nord-Coréens, si bien qu'il leur a parlé d'un film documentaire sur le Taekwon-do, le sport national de combat coréen pour justifier son déplacement de 2015.

 

Victime d'un coup de fatigue lors de son séjour en 1958, il lui est fait une piqûre de vitamines « dans le gras de la fesse » par une jeune infirmière, Kim Kum-sun, sous le regard de militaires. Un baiser sera échangé en cachette, des messages échangés sous forme de dessins... et une lettre reçue d'elle, six mois après son retour en France. Revenant sur son histoire d'amour, Claude Lanzmann l'avoue : « Ça marque, une histoire comme ça ! Elle n'a jamais cessé de me hanter. »

 

Quelque romancée qu'elle puisse être, c'est une histoire humaine, profondément humaine – qui en rappelle d'autres (comme celle entre une Est-Allemande et un Nord-Coréen qui étudiait à Berlin après la guerre de Corée, mariés puis séparés après son retour en Corée et qui se sont revus un demi-siècle plus tard) – et s'inscrit dans la continuité des leçons d'humanité que nous a prodiguées Claude Lanzmann dans ses documentaires sur la Seconde guerre mondiale et le génocide des Juifs, qui représentaient jusqu'ici la totalité de sa filmographie.

 

Le réalisateur n'a pas souhaité revoir Kim Kum-sun. Elle était plus jeune que lui, né en novembre 1925 et alors âgé de 32 ans. Mais à quoi bon ? C'est le souvenir de la Kim Kum-sun de 1958 qui a ému et hanté Claude Lanzmann pendant toutes ces années, et c'est cette seule image qu'il faut garder.

 

Source :

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 14:15

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient la diffusion du film documentaire de Jero Yun Madame B., histoire d'une Nord-Coréenne - qui raconte la vie d'une réfugiée nord-coréenne et de sa famille, sorti en salles le 22 février 2017 en France. Le film a donné lieu à des avant-premières, à l'initiative notamment de membres de l'AAFC, à Tousson et à Pithiviers le 18 février 2017, en présence du réalisateur Jero Yun. Le cinéma d'art et d'essai "Les 3 Luxembourg", à Paris, a projeté deux séances suivies de rencontres-débats : le 22 février avec Jero Yun, et le 27 février avec Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération. Nous revenons sur la séance-débat du 27 février. 

"Madame B. histoire d'une Nord-Coréenne" : projection-débat avec l'AAFC au cinéma "Les 3 Luxembourg"

Madame B. histoire d'une Nord-Coréenne est un film d'accès apparemment difficile : filmé dans un style dépouillé, parfois brut, à mille lieues des clichés sur les réfugiés nord-coréens véhiculés par des stars (ou supposées telles) ayant des besoins de reconnaissance et/ou financiers, le long métrage invite les spectateurs à se forger leur propre opinion et ne délivre pas d'autre message que celle de l'humanité d'une femme, Mme B., qui, comme des dizaines de milliers de Nord-Coréens, a quitté son pays à la recherche d'une vie économique meilleure. Son récit devient, par extension, celui de nombreux réfugiés de par le monde. Comme l'observe Isabelle Regnier du quotidien Le Monde,

La force du film tient à la tension qu’il instaure entre le tableau cataclysmique des conditions de vie de ces migrants d’Asie extrême et la personnalité fascinante de son personnage, bloc de volonté qui oppose aux coups de massue du destin un désir de vivre dévorant, et une capacité de résilience qui laisse pantois.

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/02/21/madame-b-le-periple-d-une-battante-entre-les-deux-corees_5082797_3476.html#g45ZObYMiz8lUArg.99

Animé par Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC, le très riche débat qui a suivi la projection, en présence de Coréens et de spécialistes de la Corée, a permis d'aborder de multiples autres questions qui touchent à la société coréenne dans son ensemble, Nord comme Sud : les représentations réciproques entre Coréens du Nord et du Sud ; l'intégration (ou non) des Nord-Coréens en Corée du Sud, confrontés à l'anticommunisme viscéral d'une société où ils souffrent de l'absence de réseaux, essentiels pour réussir au Pays du Matin Calme ; la question des femmes dans la société coréenne, marquée par une culture patriarcale d'origine néo-confucéenne... Car Mme B. traduit aussi l'émancipation de millions de femmes (nord-)coréennes, à la faveur de l'ouverture économique du pays, à la mesure des positions privilégiées qu'elles occupent souvent dans les activités commerciales privées, légales ou non, qui permettent aujourd'hui à la RPD de Corée de poursuivre son développement économique et social.

Jero Yun a réussi le tour de force d'accepter que parle, sous l'oeil de sa caméra, toute une famille de réfugiés nord-coréens - alors que les réfugiés coréens, qu'ils soient du Nord ou du Sud, sont le plus souvent réservés à témoigner. Par la force de sa volonté, Mme B. a d'ailleurs aujourd'hui réussi à ouvrir un café en Corée du Sud, tandis que son fils aîné enchaîne tous les travaux, ne rechignant pas devant les tâches les plus difficiles, et que son fils cadet est engagé dans des études pour devenir acteur - ce qui répond en partie aux interrogations qui se font jour à la fin du film.

A travers un récit individuel, c'est aussi une certaine histoire de la Corée que nous raconte la vie de Mme B. - et qui fait plus que jamais ressortir la nécessité de réunifier un pays divisé depuis sept décennies. Quant à lui, Jero Yun a pour sa part exprimé sa reconnaissance envers les réfugiés nord-coréens qui l'ont soutenu, lorsqu'il les accompagnait lors de leur périple express (cinq jours !) de la Chine du Nord-Est jusqu'en Thaïlande, lui qui était blessé, découragé parfois, mais avait promis à Mme B. de transcrire dans un film l'histoire d'une vie peu banale. 

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 14:08

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient la diffusion du film documentaire de Jero Yun Madame B., histoire d'une Nord-Coréenne - qui raconte la vie d'une réfugiée nord-coréenne et de sa famille, Madame B., loin des clichés sur les réfugiés nord-coréens en Corée du Sud, avant une sortie en salles le 22 février 2017 en France. Le long métrage produit par ZORBA a été présenté à Cannes en 2016 à la sélection de l'ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion). Plusieurs avant-premières en France ont eu lieu avec la participation de membres des comités régionaux de l'AAFC, le comité régional Bourgogne-Franche-Comté ayant par ailleurs relayé la diffusion en avant-première au Festival international du film de Belfort. Le 18 février 2017, deux avant-premières suivies d'un débat avec le réalisateur ont eu lieu, à l'initiative de Pierrot Beltante, animateur du foyer rural de Tousson "La tête des trains", le foyer rural de Tousson ayant une longue tradition de présentation de la culture coréenne et du cinéma de et sur la Corée, en partenariat avec l'AAFC : à Tousson (en présence de 25 participants, la capacité maximale d'accueil de la salle de projection) et au cinéma Le Mail à Pithiviers, devant 120 spectateurs. Des délégations du bureau national de l'AAFC étaient présentes lors des projections-débats à Tousson et Pithiviers. L'AAFC remercie Pierrot Beltante (qui avait découvert le film et rencontré Jero Yun lors de la sélection à Cannes), l'équipe du foyer rural de Tousson et le cinéma Le Mail à Pithiviers pour l'organisation de ces avant-premières, suivies d'excellents buffets, et relayées dans les médias locaux (journaux, site de la mairie de Pithiviers et web-télévision).

Projection en avant-première à Pithiviers

Projection en avant-première à Pithiviers

Comment parler du film Madame B., histoire d'une Nord-Coréenne ? On peut retenir une approche sociale et politique, mettant l'accent sur les raisons qui ont conduit des dizaines de milliers de Nord-Coréens à quitter définitivement leur pays - essentiellement pour des raisons économiques, comme Madame B., qui pensait initialement revenir en Corée du Nord après un an - avant souvent de déchanter lors de l'arrivée au sud de la péninsule - où nombre d'entre eux sont accusés d'espionnage et doivent purger de longues peines de prison.

On peut aussi s'intéresser à l'esthétique du film, sobre, dépouillée, qui évite tout jugement de valeur, et à ses conditions de réalisation particulièrement difficiles pour Jero Yun, qui avait fait à Madame B. la promesse de porter son histoire à l'écran - une promesse qu'il mettra trois ans à honorer. Ayant suivi le groupe de fugitifs nord-coréens dont faisait partie Madame B. dans leur périple de la Chine du Nord-Est jusqu'en Thaïlande (d'où ils rejoindront la Corée du Sud), Jero Yun a déclaré :  

Marcher avec les autres clandestins tout en filmant et en prenant le son seul m’était cependant devenu impossible tant j’avais moi-même du mal à survivre. Des réfugiés nord-coréens m’aidaient, c’était une relation très étrange, car j’étais pour ma part incapable de les aider physiquement. Parfois, les passeurs soutenaient quelques groupes épuisés en portant leurs sacs. Il y avait des moments d’entraide et de partage. Durant le périple, j’ai donc filmé tout ce que je pouvais filmer, mais dans certaines situations, c’était impossible. Un passeur laotien, notamment, avait un visage qui ne m’incitait pas à sortir la caméra… D’autres fois, ma blessure et la faim m’empêchaient de filmer. Quand je suis arrivé en Thaïlande, je ressemblais à un clochard. Sur place, je me suis fait contrôler quatre fois par les autorités, tant ma situation de clandestin était évidente.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm-246814/secrets-tournage/

On peut, enfin, retenir une approche centrée sur la leçon d'humanité que délivre le film, né de la relation exceptionnelle qui s'est créée entre Jero Yun et Madame B., mais aussi la famille de cette dernière - notamment ses deux fils, dont le plus jeune a commencé des études pour devenir acteur de cinéma. Comme l'a déclaré une spectatrice de l'avant-première à Tousson, le film est une histoire d'amour - ou plutôt une histoire d'amours. Celles de Madame B. pour son mari nord-coréen, pour son mari chinois et pour ses deux fils, son départ pour la Corée du Sud tenant à sa seule volonté de gagner mieux sa vie pour leur offrir la possibilité de poursuivre des études universitaires, très coûteuses en Corée du Sud. Alors que le film se termine sur les questions que se pose Madame B., elle a aujourd'hui créé un café à Séoul, où elle vit toujours, en ayant par ailleurs obtenu la nationalité et un passeport sud-coréens.

Femme exemplaire, déterminée à lutter pour obtenir ses droits, Madame B. témoigne du rôle nouveau joué par les femmes dans la société nord-coréenne (ce sont d'ailleurs elles qui tiennent les échoppes des marchés généraux de biens et de services), le portrait que dresse d'elle Jero Yun dépassant le cadre strict du contexte coréen pour gagner une portée universelle.

Pour aller plus loin, quelques critiques du film : 

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 20:27

Première université fondée en 1946 dans le Nord de la Corée après la libération du pays en 1945, l'Université Kim Il-sung témoigne de l'importance accordée aux questions d'éducation par les nouvelles autorités politiques. Le long métrage nord-coréen Graduation diploma, sorti en salles fin 2016, est consacré à la première promotion d'étudiants de l'université.  

Affiche du film

Affiche du film

Tout régime politique a besoin de références fondatrices mettant en place un système de valeurs, ou de "lieux de mémoire" - forgeant la mémoire nationale - pour reprendre le titre de l'ouvrage collectif dirigé par Pierre Nora. La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ne fait pas exception, ce dont rend compte le film historique Graduation diploma, consacré à la première promotion d'étudiants de l'Université Kim Il-sung, sorti en salles à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation du plus prestigieux établissement d'enseignement supérieur en Corée du Nord.

La création artistique coréenne, qu'elle soit littéraire ou cinématographique, exalte des héros positifs dont l'action doit avoir valeur d'exemplarité - conformément à une approche qui puise ses racines dans la culture confucéenne commune à toute la Corée. Elle se focalise ici sur les doubles figures de la jeunesse (magnifiée par le personnage même de Kim Il-sung, qui avait 34 ans lors de la fondation de l'Université) et de l'intellectuel - ce dont rend compte l'ajout du pinceau à la faucille et au marteau dans les symboles du Parti du travail de Corée. Suivant un style réaliste socialiste ancré dans la vie quotidienne, le film retravaille une thématique qu'on retrouve dans d'autres longs métrages nord-coréens récents, comme Le journal d'une écolière, sorti en salles en France en 2006-2007.

"Graduation diploma", un long métrage consacré à la première promotion de l'Université Kim Il-sung
"Graduation diploma", un long métrage consacré à la première promotion de l'Université Kim Il-sung
"Graduation diploma", un long métrage consacré à la première promotion de l'Université Kim Il-sung

Source :

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 19:01

Après la guerre de Corée (1950-1953), les passages du Sud au Nord de la Corée (et du Nord au Sud de la péninsule) sont devenus quasi-impossibles, et n'ont donné lieu qu'à des mouvements de population très limités (dans les deux sens). La sévère pénurie alimentaire qu'a ensuite connue la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) entre 1992 et 1999 a alors conduit, à partir de cette date, des dizaines de milliers de Nord-Coréens à se rendre en Chine avant de rejoindre, pour une partie d'entre eux, la Corée du Sud - où résiderait aujourd'hui une communauté d'environ 30 000 réfugiés nord-coréens, soit environ un millième de la population nord-coréenne. Les réfugiés nord-coréens sont l'objet de nombreux débats : si le regard que les Occidentaux portent sur eux (et par extension, sur la Corée du Nord) est largement conditionné par les récits spectaculaires, en grande partie fantasmés et instrumentalisés par l'extrême-droite, de défecteurs célèbres (comme Shin Dong-hyuk et Park Yeon-mi), une partie des réfugiés nord-coréens regrette pour sa part sa vie au Nord de la péninsule (où certains ont choisi de retourner vivre). Dans ce contexte, il importe de dépassionner la question des réfugiés nord-coréens en Corée du Sud : c'est tout l'intérêt d'un film comme Madame B, Histoire d'une Nord-Coréenne, qui sortira prochainement en France, d'offrir une approche documentaire, loin des jugements de valeur, pour comprendre la vie peu commune de nombre de ces réfugiés. L'Association d'amitié franco-coréenne a apporté son soutien à la diffusion du film.

Madame B, histoire d'une Nord-Coréenne sortira en salles le 22 février 2017 : ce long-métrage franco-sud-coréen de Jero Yun a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival international de Moscou et au Festival de Zurich. Caméra au poing, Jero Yun a suivi dans son périple, de la Chine jusqu'en Corée du Sud, dans des conditions particulièrement difficiles, Madame B., Nord-Coréenne ayant quitté clandestinement son pays, mariée à un paysan chinois par ses passeurs, devenue passeuse elle-même.

Madame B. ne prétend pas être une héroïne. Dans le film elle ne porte pas de jugement sur son pays d'origine, ni sur la Corée du Sud où elle vit désormais, ce qui déconcertera assurément les amateurs d'histoires à faire peur sur la Corée du Nord. Ce qui la guide, c'est la volonté d'aider sa famille, son mari et ses enfants (nord-coréens), puis son second mari (chinois), ce qui en soi relève certainement d'une forme de grandeur morale qui mérite d'être saluée - la fin justifiant les moyens. Les motivations très personnelles, profondément apolitiques, de Madame B. reflètent celles d'une immense majorité des réfugiés nord-coréens en Corée du Sud, qui ont découvert, à leur arrivée à Séoul, une société travaillée au corps par l'anticommunisme, qui prend en Corée du Sud la forme d'une paranoïa à l'égard de la Corée du Nord. Madame B. est d'ailleurs victime de cette paranoïa, elle et les siens ayant subi les sévices des services secrets sud-coréens, qui les soupçonnent d'espionnage pour le Nord. Un soupçon qui ne repose sur aucune preuve concrète, témoignant du caractère encore autoritaire de la Corée du Sud - à mille lieux des images d'Epinal d'une démocratie sud-coréenne pure et parfaite.

Le film est servi par une grande finesse dans les procédés techniques, où les silences des personnages et les clairs-obscurs laissent à comprendre sans jamais asséner de vérité révélée. Les portraits psychologiques, magnifiques, sont ceux de Madame B., mais aussi de ses deux familles, coréenne et chinoise. La caméra donne à voir, de manière pudique, tout comme la voix off qui créent une atmosphère exprimant de manière subtile les doutes et les tensions qui animent des personnages portant, chacun en eux, une part touchante d'humanité. Madame B, histoire d'une Nord-Coréenne est un film documentaire puissant et beau, qui nous réconcilie avec un genre qui n'a été que trop souvent malmené quand il a abordé les questions nord-coréennes.

Lire la fiche du film et sa présentation sur le site de l'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) :

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