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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 18:39

De longue date l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) s'est engagée pour la démocratisation de l'armée sud-coréenne et le recul du militarisme en Corée du Sud, y compris pour les droits des objecteurs de conscience - alors qu'au moins 20 000 jeunes hommes sud-coréens ont été emprisonnés depuis sept décennies parce qu'ils refusaient d'accomplir le service militaire, en l'absence de toute forme alternative de service civil. Coup sur coup, dans un contexte de réchauffement des relations inter-coréennes, deux décisions importantes ont été prises : le 28 juin 2018, la Cour constitutionnelle a enjoint les autorités sud-coréennes d'introduire un service civil alternatif d'ici le 31 décembre 2019 ; le 1er novembre 2018, la Cour suprême a reconnu l'objection de conscience en se prononçant contre la peine d'emprisonnement d'un objecteur qui est Témoin de Jéhovah. L'AAFC salue ces progrès majeurs, qui sont aussi le fruit de la mobilisation internationale - et notamment de la médiatisation de cas célèbres, comme celui de Lee Yeda, premier objecteur de conscience sud-coréen à avoir obtenu l'asile politique à ce titre dans le monde - en l'occurrence en France. Mais le combat ne s'arrête pas aujourd'hui, compte tenu des lourdes interrogations sur les formes alternatives de service civil, des limites posées par la Cour suprême dans sa décision du 1er novembre 2018, ainsi que des discriminations persistantes à l'égard des objecteurs de conscience. Nous reproduisons ci-après un article publié sur le site du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) le 3 novembre 2018, faisant le point sur la portée et les limites des récentes décisions prises par la Cour constitutionnelle et la Cour suprême de la République de Corée. 

La Cour suprême de la République de Corée

La Cour suprême de la République de Corée

Dans une décision rendue le 1er novembre 2018, une majorité des juges de la Cour suprême (huit sur treize) de la République de Corée a reconnu non coupable un objecteur de conscience, témoin de Jéhovah, au titre de son refus d'effectuer le service militaire. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) salue une décision majeure, tout en appelant à la vigilance sur sa portée, puisque la Cour suprême a limité sa jurisprudence aux cas où l'objection de conscience est "ferme, solide et réelle".

Avec près de 20 000 objecteurs de conscience emprisonnés depuis 1950, et 930 cas pendants devant les tribunaux, s'agissant des seuls témoins de Jéhovah pour lesquels des statistiques consolidées sont disponibles, la République de Corée enregistre le triste record d'être le pays au monde emprisonnant le plus grand nombre d'objecteurs de conscience. Le refus de reconnaître l'objection de conscience était régulièrement dénoncé par les organisations de défense des droits de l'homme comme contraire aux libertés fondamentales et aux engagements internationaux de la République de Corée, dont les autorités donnaient une interprétation infondée juridiquement de sa situation d'Etat techniquement en état de guerre (faute d'accord d'armistice signé entre les deux Corée, depuis la fin des combats de la guerre de Corée le 27 juillet 1953). Des objecteurs de conscience avaient ainsi obtenu le statut de réfugié politique dans le monde - et pour la première fois en France avec Lee Yeda.

Le 28 juin 2018, la Cour constitutionnelle - qui avait longtemps, contre toute évidence juridique, cherché à justifier sur la base de la Constitution le refus de toute forme d'objection de conscience - avait déjà opéré un revirement de jurisprudence, en déclarant anticonstitutionnelle l'absence de formes alternatives de service civil au service militaire, et en enjoignant au gouvernement de changer la loi d'ici le 31 décembre 2019. Le CILD avait salué cette décision, tout en en soulignant les limites - concernant les incertitudes sur la durée et la forme que revêtirait le nouveau service civil alternatif, l'absence de décriminalisation de l'insoumission (mais aussi, avaient relevé de nombreux juristes, de l'objection de conscience en soi), le maintien des formes de répression contre les objecteurs de conscience avant le changement de la législation et l'absence de politique de lutte contre les discriminations, très fortement ancrées socialement, à l'encontre des hommes n'accomplissant pas leur service militaire, et qui pourraient continuer à être traités comme des criminels par leurs potentiels employeurs. Un témoignage des discriminations est apporté par l'acharnement du système judiciaire sud-coréen à l'encontre du chanteur et acteur Yoo Seung-jun, interdit d'entrée en République de Corée car accusé d'avoir pris la nationalité américaine pour ne pas effectuer son service militaire. Si la décision rendue par  la Cour suprême décriminalise clairement l'objection de conscience (contrairement à la Cour constitutionnelle le 28 juin 2018), elle ne lève aucune des incertitudes et des inquiétudes mises en exergue par le CILD.

Sous ces réserves, la Cour suprême va changer la vie du requérant, Oh Seung-heon, 34 ans, marié et père de famille de deux enfants, qui avait été condamné à 18 mois de prison en juillet 2013 pour la Cour du district de Changwon pour son refus de porter les armes, et donc d'accomplir le service militaire, pour des raisons religieuses, comme d'ailleurs son père et son frère cadet, également témoins de Jéhovah. Une brochure d'Amnesty International Corée sur l'objection de conscience soulignait que les témoins de Jéhovah considèrent qu'ils naissent criminels au regard de la loi sud-coréenne.

La Cour suprême a formulé les observations suivantes à l'appui de sa décision, en mentionnant la liberté de conscience au titre des droits fondamentaux, ainsi que les valeurs démocratiques :

Obliger les objecteurs de conscience à accomplir leur service militaire en imposant des sanctions telles que des poursuites criminelles constituent une atteinte à leurs droits fondamentaux, notamment la liberté de conscience. Obliger uniformément à l'accomplissement de leurs obligations militaires et recourir à des poursuites pénales criminelles pour les sanctionner ceux qui ne satisfont pas à leur devoir [militaire] est également contraire à l'esprit de la démocratie libérale, à l'esprit de tolérance et de magnanimité. L'opinion de la majorité [des juges] est que le refus de servir militairement suivant de vrais motifs de conscience constitue l'une des raisons légitimes que la loi sur le service militaire énonce comme exception à l'application de poursuites.

Si la décision rendue est exceptionnelle, elle est toutefois limitée par des considérants selon laquelle l'objection de conscience doit être "ferme, solide et réelle", et les juges ayant émis une opinion dissidente se sont engouffrés dans la brèche en parlant de l'impossibilité selon eux d'apprécier la sincérité de l'objection de conscience. En d'autres termes, même pour le cas pourtant patent des témoins de Jéhovah, rien ne garantit que le droit à l'objection de conscience sera à nouveau reconnu, et qu'en sera-t-il des autres motifs d'objection de conscience, notamment pacifistes et anti-militaristes ? des personnes ayant changé de religion plus ou moins récemment ? du cas des conscrits (notamment issus de minorités sexuelles) victimes d'abus encore très rarement reconnus et punis ? des militants politiques refusant de porter les armes contre le Nord, dans un pays où le service militaire sert la propagande et le bourrage de crâne anti-Corée du Nord - ceux-ci étant des insoumis au sens juridique, mais pas des objecteurs de conscience ? Si la Cour suprême a assurément pris une décision qui va dans le bon sens, il serait naïf de croire que le combat juridique et politique est gagné d'avance, dans une société sud-coréenne où le militarisme reste omniprésent.

Le jour même où la Cour suprême rendait sa décision tombait le cas du footballeur Jang Hyun-soo, banni à vie de l'équipe nationale pour s'être soustrait à ses obligations militaires - car avoir été exempté du service militaire en raison de ses performances sportives ne vous exonère pas d'accomplir des périodes militaires. Et le plus triste dans l'affaire Jang Hyun-soo est sans doute le plaider coupable et les excuses présentées par l'intéressé, confirmant - si besoin était - qu'être soldat et/ou accomplir ses obligations militaires constitue toujours un devoir sacré pour la majorité de l'opinion publique sud-coréenne.

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 21:32

A plusieurs reprises, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a dénoncé les atteintes aux droits des Coréens qui résident au Japon et protesté auprès des autorités japonaises sur la répression contre l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon). En particulier, les Coréens du Japon continuent de lutter pour que leurs écoles (qui offrent un cursus complet d'études en coréen, jusqu'à l'université) ne soient plus exclus du champ des avantages fiscaux dont bénéficient les autres établissements d'enseignement de l'archipel : la lutte pour l'égalité des droits implique de mener la solidarité à l'échelle internationale. Afin d'éclairer les termes de ce combat pour les droits humains, l'AAFC présente et analyse le dernier rapport périodique, consacré au Japon, du Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale (acronyme anglais : CERD), adopté lors de sa soixante-neuvième session (en août 2018).

Rassemblement organisé par les Coréens du Japon en 2018, pour célèbrer l'anniversaire du soulèvement du 1er mars 1919 contre la colonisation japonaise

Rassemblement organisé par les Coréens du Japon en 2018, pour célèbrer l'anniversaire du soulèvement du 1er mars 1919 contre la colonisation japonaise

Composé de 18 experts indépendants, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale est chargé de la surveillance de l’application de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Fondé en 1969, le CERD examine les rapports que doivent présenter les Etats parties à la Convention tous les deux ans. 

Lors du dernier examen périodique de la situation au Japon, en août 2018, sur la base du rapport présenté par les autorités nippones, le CERD (dans les paragraphes 21 et 22 de sa recommandation) a rappelé ses recommandations de 2004 pour mettre fin aux discriminations à l'encontre des Coréens vivant au Japon (qui vivent dans l'archipel "depuis de nombreuses générations"), en demandant notamment qu'ils bénéficient du droit de vote aux élections locales et qu'ils puissent accéder à la fonction publique nationale :

Rappelant sa recommandation générale n° 30 (2004) sur les discriminations contre les non-citoyens, le Comité recommande que l'Etat partie assure aux Coréens qui vivent au Japon depuis de nombreuses générations se voient accorder le droit de vote aux élections locales, et de servir comme fonctionnaires publics nationaux pouvant également exercer l'autorité publiques ou participer au processus de décision.

Rapport du CERD : CERD/C/JPN/CO/10-11

Réitérant ensuite sa recommandation déjà formulée lors du précédent examen périodique de la situation au Japon, le Comité des Nations unies souligne ensuite que l'exclusion des écoles coréennes du dispositif de subventions scolaires pour les établissements secondaires porte atteinte au principe d'égalité d'accès à l'éducation (l'AAFC rappelle que - tous niveaux d'enseignements confondus - la Chongryon gère 65 établissements fréquentés par des dizaines de milliers d'élèves) :

Le Comité réitère sa précédente recommandation (CERD/C/JPN/CO/7-9, paragraphe 19) que l'Etat partie assure aux "écoles coréennes" de ne pas être discriminée dans le financement par le Fonds de Soutien à l'Education aux Lycées, afin d'assurer aux étudiants coréens les mêmes possibilités d'éducation, sans discrimination.

Rapport du CERD : CERD/C/JPN/CO/10-11

Enfin, le Comité rappelle que les autorités japonaises doivent prendre des mesures spécifiques pour protéger les femmes et les enfants coréens contre de multiples formes de discrimination, et notamment un discours haineux :

Le Comité recommande que l'Etat partie fasse des efforts pour assurer une protection aux femmes et aux enfants coréens contre de multiples formes de discrimination et les discours de haine.

Rapport du CERD : CERD/C/JPN/CO/10-11

Les discriminations basées sur l'origine sont particulièrement fortes vis-à-vis des femmes. Elles sont aussi le fait de groupes d'extrême-droite qui ciblent les enfants mineurs (notamment les primo-apprenant de la langue coréenne) afin de les effrayer, créer des sentiments d'anxiété et les dissuader de fréquenter les écoles coréennes. Le discours de haine ("hate speech") méconnaît les obligations internationales du Japon de réprimer les discriminations fondées sur la nationalité et le genre.

Manifestation de haine raciale au Japon

Manifestation de haine raciale au Japon

Dans son rapport, le Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale mentionne d'autres groupes victimes de discriminations : les Aïnous, les habitants de Ryukyu/Okinawa, les burakumin (descendants des castes de parias ouvertement discriminés à l'époque féodale), les musulmans, les femmes victimes de discriminations et de violence, les "femmes de réconfort" (anciennes esclaves sexuelles de l'armée japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale), les non-citoyens, les migrants, les demandeurs d'asile et les victimes du trafic des êtres humains.

Le paragraphe 47 de la recommandation du CERD attend des autorités japonaises des réponses plus particulièrement sur les observations formulées dans ses paragraphes 14 (mise en place d'un dispositif plus effectif de lutte contre les discriminations, en amendant la loi sur l'élimination des discours de haine), 22 (recommandations relatives aux Coréens du Japon) et 34 (fin des discriminations contre les non-citoyens et les résidents étrangers - ce qui inclut les Coréens du Japon - y compris l'accès aux retraites et aux pensions d'invalidité, la mise en place d'une législation contre les discriminations dans les lieux publics contre les personnes étrangères ou d'apparence étrangère et d'envisager la ratification de la convention de 1954 sur le statut des personnes sans Etat et de la convention de 1961 pour réduire le nombre de cas des personnes sans Etat).

Ce programme pour l'égalité des droits doit être une préoccupation, qui nécessité également de favoriser l'évolution des mentalités dans la société japonaise.

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 20:17

En décembre 2017 doit se tenir la prochaine élection présidentielle en République de Corée (Corée du Sud). Mais ce calendrier pourrait se trouver accéléré, alors que les Sud-Coréens manifestent depuis des semaines par centaines de milliers pour obtenir la démission de la Présidente Park Geun-hye, embourbé dans le scandale Choi Soon-sil qui a révélé son incompétence : dans ce contexte, les conservateurs au pouvoir à Séoul accélèrent le rythme pour réaliser leur programme de répression politique et antisyndicale, et renforcer l'alignement de Séoul sur l'axe Washington-Tokyo. Plus que jamais, il faut les empêcher de mettre en oeuvre une politique discréditée dans l'opinion : tel est le sens, notamment, de la manifestation à Paris le 26 novembre 2016, à 15h place du Trocadéro, pour le départ de Mme Park Geun-hye, à laquelle l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) appelle à participer.

Une manifestante coréenne le 23 novembre, contre l'accord nippo-sud-coréen en matière de renseignement

Une manifestante coréenne le 23 novembre, contre l'accord nippo-sud-coréen en matière de renseignement

Cela fait quatre ans que l'accord nippo - sud-coréen, de partage d'information en matière de renseignement, était bloqué en Corée du Sud : sentant le risque que cet accord impopulaire ne soit jamais mis en oeuvre après leur départ du pouvoir désormais exigé par une écrasante majorité de Sud-Coréens, les conservateurs qui tiennent encore le haut du pavé à Séoul ont engagé une manoeuvre pour une entrée en vigueur immédiate, le 23 novembre 2016, en prétextant - une fois encore - la menace nord-coréenne. Il n'y a pourtant eu aucune initiative nord-coréenne récente de nature à juger cet empressement... sinon le besoin de Mme Park Geun-hye et de ses affidés de lier les mains de leurs successeurs, comme pour le déploiement en Corée du système de missiles antibalistique THAAD, sans l'accord du Parlement et malgré l'opposition d'une majorité de citoyens. Tel est le sens de la démocratie pour Mme Park Geun-hye, qui trouve opportunément des alliés pour cautionner sa démarche autoritaire dans les dirigeants français, François Hollande en tête. La Corée du Sud de Mme Park accomplit parfaitement son rôle de supplétif des Etats-Unis.

Cette marche à la guerre, par le renforcement des systèmes d'alliances militaires, est indissociable des atteintes grandissantes aux libertés publiques en Corée du Sud, que le bellicisme permet de justifier. Un des symboles de cette dérive autoritaire est la condamnation à cinq ans de prison du syndicaliste Han Sang-gyun, suivant une décision qui a soulevé un tollé international tant elle constitue une atteinte inacceptable à la liberté d'expression et à la liberté de manifestation. Alors que le procureur exige l'alourdissement de cette peine à huit ans en appel (le jugement sera rendu le 13 décembre prochain), l'AAFC appelle toutes et tous à signer la pétition en ligne pour la libération de Han Sang-gyun et assurer le respect des droits des travailleurs en Corée du Sud. Cette pétition, disponible en plusieurs lignes sur le site change.org, a été initiée par le Réseau européen pour une Corée progressiste (basé en Allemagne) et est adressée au juge Shim Dam.

Sources :

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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 19:18

Le 26 février 2016, la base navale de Jeju a été officiellement inaugurée, entraînant des dommages irréversibles pour l'environnement, malgré l'opposition des habitants de l'île, dont le combat a été largement relayé dans le monde - y compris par l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). Mais de nouveaux combats sont à mener ; un projet d'aéroport géant serait un nouveau drame environnemental pour l'île, tandis que des poursuites judiciaires ont été engagées à l'encontre des opposants à la base. L'AAFC s'élève avec force contre ce procès indigne, dont le seul but est de briser les vies de tous ceux qui se sont opposés à la base navale en les ruinant financièrement. Le procédé apporte la preuve que les autorités réactionnaires sud-coréennes sont prêtes à tout pour étouffer toute voix dissidente. L'AAFC appelle tous les défenseurs des libertés publiques à s'opposer à la dérive autoritaire en Corée du Sud en étant solidaires des victimes de l'arbitraire du régime Park Geun-hye.

Les rochers Gureombi

Les rochers Gureombi

C'est la marine sud-coréenne qui a pris l'initiative d'intenter un procès en droit civil à l'encontre de 116 personnes qui se sont opposées à la construction de la base militaire sur l'île de Jeju, ainsi que contre 5 associations ou groupes civiques (dont l'association du village de Gangjeong, sur le territoire duquel la base a été construite). Il s'agit d'une demande de compensation au titre des retards pris sur le chantier, à hauteur de 3 millions de dollars. Elle fait suite à la décision du groupe Samsung d'engager des poursuites contre les autorités sud-coréennes en raison des retards de chantier, du fait de l'opposition à la construction de la base. 

Exiger de telles sommes revient à ruiner les habitants de Gangjeong et les opposants à la base. Il s'agit d'un procédé hélas habituel du patronat sud-coréen contre les syndicalistes et tous ceux qui, selon eux, entravent le processus de production. Le fait que ce soit le gouvernement sud-coréen qui prenne l'initiative d'un procès en dit long sur sa volonté d'éliminer les voix discordantes et de se venger de ses opposants.

En signe de protestation, la mairie de Gangjeong a décidé d'installer l'hôtel de ville sous une tente.

En signe de protestation, la mairie de Gangjeong a décidé d'installer l'hôtel de ville sous une tente.

Vétéran de l'armée américaine, réserviste, ayant servi pendant 16 ans comme diplomate au Département d'Etat, avant de démissionner de la fonction publique en mars 2003 par refus de la guerre en Irak, Ann Wright a rendu compte du combat pour la paix et la défense de l'environnement, notamment dans un article pour le site Consortiumnews où elle souligne la colère des habitants de Gangjeong en citant leurs avocats :

(Le procès) est une déclaration de guerre injustifiée contre le peuple (...) Condamner cette action [l'opposition à la construction de la base] comme illégalesape les fondements de la démocratie.

Plus que jamais, soyons solidaires de la lutte des habitants de Jeju, et des opposants à la base navale !

Source :

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 20:10

La présidente de la République de Corée (Corée du Sud), Mme Park Geun-hye, est en visite en France du 1er au 4 juin 2016, dans le cadre des "années croisées France-Corée" (du Sud). Dans ce contexte, et alors que les autorités publiques françaises qui se disent si soucieuses des droits de l'homme en Corée du Nord ne trouvent rien à dire quant aux atteintes aux libertés publiques grandissantes en Corée du Sud, le Comité international pour les libertés politiques en Corée du Sud (CILD) appelle à manifester place Saint-Michel, à Paris, le 3 juin 2016 de 19h à 21h, pour protester contre la répression politique et antisyndicale et appeler à la libération de tous les prisonniers politiques. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a relayé l'appel du CILD, apportant son plein soutien à cette initiative. Parmi les prisonniers politiques sud-coréens, une femme, Mme Kim Hye-young, arrêtée 26 juillet 2015, qui souffre d'un cancer de la thyroïde et ne reçoit pas un traitement approprié en prison, ce qui est contraire aux engagements internationaux de la Corée du Sud quant au traitement des prisonniers. Pour faire connaître le cas emblématique de Kim Hye-young au plus grand nombre, ses compagnons de lutte ont retracé son histoire dans une petite bande dessinée que l'AAFC reproduit ci-après.

Pour sauver Kim Hye-hyoung, faites parvenir le plus vite possible des appels aux destinataires mentionnés ci-après, en coréen, en anglais ou dans votre propre langue :

- exhortez les autorités sud-coréennes à abandonner les poursuites dans cette affaire et à libérer immédiatement et sans condition Kim Hye-young et les autres membres de l'Alliance coréenne pour une réunification indépendante et la démocratie qui n’ont fait qu’exercer légitimement leurs droits aux libertés d’expression et de réunion pacifique;

- dans l’attente de sa libération, appelez-les à autoriser immédiatement cette femme à recevoir les soins médicaux dont elle a besoin en dehors de la prison, sans ingérence indue;

- demandez-leur de cesser de recourir arbitrairement à la Loi relative à la sécurité nationale et de veiller à ce que les libertés d’expression, d’opinion et d’association soient pleinement respectées et protégées.

Envoyez vos appels avant le 13 juillet 2016 à :

Directeur du centre de détention de Séoul

Choi Gang-ju

143 Anyangpangyo-ro,

Euiwang-si, Gyeonggi-do,

République de Corée 16001

Courriel : Seouldc@korea.kr

Tél. : +82-31-423-6100

Formule d’appel : Dear Warden, / Monsieur le Directeur,

Ministre de la Justice

Kim Hyun-woong

Gwanmun_ro 47, Gwacheon-si,

Gyeonggi-do, République de Corée 13809

Fax : +82-2-2110-0350

Twitter : @happymoj

https://www.facebook.com/mojkorea/

Formule d’appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,

Premier ministre

Hwang Kyo-ahn

Government Complex Sejong,

261 Dasom-ro,

Sejong-si, République de Corée

Twitter : @PrimeMinisterKR

Formule d’appel : Your Excellency, / Monsieur le Premier ministre,

 

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de la Corée du Sud dans votre pays

 

Plus d'informations : www.amnesty.org/fr/documents/asa25/4150/2016/fr/

 

Pour rejoindre le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 21:39

Depuis l'interdiction du Parti progressiste unifié (PPU) en République de Corée (Corée du Sud), il y a un an, en décembre 2014, le Comité international pour les libertés démocratiques, en Corée du Sud (CILD) alarme l'opinion publique internationale et organise la solidarité avec les militants sud-coréens pour les droits de l'homme et la démocratie. Parmi les militants de l'ex-PPU, un groupe est particulièrement dans le viseur des autorités sud-coréennes : les membres de la tendance Corea21 du PPU, qui animent l'Alliance coréenne. Nous reproduisons ci-après un témoignage des militants de l'Alliance coréenne à Séoul. Le CILD appelle à leur libération immédiate, ainsi qu'à l'abrogation de la loi de sécurité nationale, instrument des régimes autoritaires au Sud de la péninsule !

PS : article reproduit du blog du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD). Le 14 mars 2015, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) avait co-organisé un colloque à Paris avec l'Alliance coréenne pour défendre les droits de l'homme et les libertés en Corée du Sud : l'AAFC est donc plus que jamais solidaire du combat pour la libération des militants progressistes emprsonnés en Corée du Sud et la fin de la répression politique. Les photos illustrant l'article nous ont été communiquées par l'Alliance coréenne.

Notre camarade Ji Young-chul (ancien co-président de l'Alliance coréenne pour la démocratie et la réunification indépendante) a été arrêté hier, mardi 20 octobre [2015], après trois mois de recherches. La police a pisté les camarades et sa famille, y compris ses deux enfants, pour trouver Ji Young-chul. Il se trouve en ce moment au commissariat de Jongro-gu, à Séoul. Il est actuellement en grève de la faim, exigeant l'abolition de la loi de sécurité nationale, la démission de la Présidente Park Geun-hye et refusant les persécutions judiciaires. Les camarades de l'Alliance coréenne ont commencé une manifestation illimitée à une personne devant le commissariat depuis hier soir.

Le lundi 19 octobre marquait le 71e jour de l'action illimitée de nos militants dormant à la belle étoile devant la maison de détention de Séoul et le dixième jour de la grève de la faim de Sang Hoon. En effet, Sang Hoon a commencé une grève de la faim en prison le samedi 10 octobre pour demander l'amélioration des conditions de vie des prisonniers et le respect des droits de l'homme, la libération de tous les prisonniers politiques et la fin de la répression politique contre les forces progressistes. Nos camarades de l'Alliance coréenne organisent des manifestations avec distribution de tracts tous les jours, matin et soir, depuis dix jours. Mme Lee Mi-sook, ancienne secrétaire générale du Forum coréen international, commencera aussi bientôt une grève de la faim en prison. Pour sa part, Mme Kim Hye-young ne peut pas mener une grève de faim à cause de sa maladie, souffrant d'un cancer de la thyroïde... Pourtant, la maison de détention ne lui permet toujours pas de suivre un traitement approprié à l'hôpital.

Hier [20 octobre 2015], a eu lieu l'audience publique de trois de nos camarades, sans résultat par rapport au précédent jugement début septembre. Le rapport d'accusation est long de 40 000 pages. Le combat sera difficile, mais nous ne lâcherons rien !



Ji Young-chul et, en bas, ses enfants
Ji Young-chul et, en bas, ses enfants

Ji Young-chul et, en bas, ses enfants

Manifestation le 20 octobre devant le commissariat de Jongro, à Séoul

Manifestation le 20 octobre devant le commissariat de Jongro, à Séoul

Kim Joong-hee, l'épouse de Ji Young-chul

Kim Joong-hee, l'épouse de Ji Young-chul

Non à la chasse à l'homme en Corée du Sud ! Libération des militants de l'Alliance coréenne emprisonnés !
Non à la chasse à l'homme en Corée du Sud ! Libération des militants de l'Alliance coréenne emprisonnés !
Non à la chasse à l'homme en Corée du Sud ! Libération des militants de l'Alliance coréenne emprisonnés !

Source :

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 17:47

En décidant d'ouvrir à Séoul un bureau sur les droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), les Nations Unies ont créé un précédent juridique lourd de conséquences au regard des principes du droit international public, et validant de surcroît une procédure d'évaluation des droits de l'homme menée en méconnaissance flagrante des standards juridiques internationaux, comme l'ont montrée plusieurs juristes français et belge, dans une lettre ouverte que l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) reproduit ci-après, et intitulée : "De quoi l'ouverture à Séoul d'un bureau sur les droits de l'homme en Corée du Nord est-elle le nom ?"

Le 23 juin 2015, à l’occasion de la visite en République de Corée (Corée du Sud) de Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a été inauguré à Séoul un bureau sur les droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette décision résulte d’une décision du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, suite à la publication, en février 2014, d’un rapport de la commission d’enquête des Nations Unies sur les droits de l’homme en RPDC.
La mise en place d’un tel bureau résulte, selon le Centre d’information des Nations Unies (UN News Centre), dans un compte rendu de la conférence de presse donnée par le Haut Commissaire à l’issue de sa visite en Corée du Sud, le 25 juin 2015, de la volonté de "créer un bureau sur le terrain pour renforcer la surveillance et la documentation de la situation des droits de l’homme en RPDC".
Une telle décision, à notre connaissance sans précédent en droit international, nous interpelle comme citoyens et comme juristes à de multiples titres.
Tout d’abord, le rapport de février 2014 dont elle procède souffre de graves insuffisances : auditions collectives de témoins exclusivement à charge, dont plusieurs se sont révélé être sinon des imposteurs, du moins des affabulateurs ; absence de tout débat contradictoire non seulement avec les autorités nord-coréennes, mais aussi avec les ONG présentes dans le pays ou des spécialistes de la question nord-coréenne n’appartenant pas au cercle étroit des milieux néo-conservateurs qui, inlassablement, plaident pour un étranglement économique et politique de la RPD de Corée en vue de produire, comme dans d’autres régions du monde, un changement de régime.
Mettre en place un organisme dédié aux droits de l’homme dans un pays spécifique, en dehors de tout cadre juridique international (comme celui des tribunaux pénaux internationaux), permet de s’affranchir des règles de droit qui président ou devraient présider à la création de telles juridictions d’exception. Le bureau nouvellement créé à Séoul est un OVNI juridique, aux mission mal définies et aux moyens inconnus : faut-il rappeler que, jusqu’à présent, le financement des seules initiatives sur le terrain des droits de l’homme en Corée du Nord provient d’Etats, et singulièrement de leurs services de renseignement (CIA américaine, NIS sud-coréen) ? S’agit-il de constituer un faux-nez de la CIA ou du NIS, même dissimulé sous l’étendard des croisés de l’extrême-droite anticommuniste, sous les couleurs des Nations Unies ? Alors que la guerre de Corée a été la première menée, par un camp, au nom des Nations Unies, la Corée est décidément l’objet de bien curieuses instrumentalisations du droit international pour répondre aux intérêts de certains Etats.
La fonction principale de l’ONU est le maintien de la paix (notamment par la non-ingérence et le respect de l’égale souveraineté des Etats). Or, par le jeu de fictions juridiques, l’ONU a endossé l’intervention militaire des Etats-Unis durant la guerre de 1950-1953. Pendant de nombreuses décennies, elle n’a pas réagi aux violations des droits de l’homme par la dictature militaire sud-coréenne. L’ONU n’a pas non plus, malgré la continuité de sa présence sur le territoire coréen, pris d’initiatives en faveur d’un rapprochement des deux Etats coréens ni en faveur d’un traité de paix clôturant définitivement le conflit de 1950-1953, y compris durant la période favorable de la “Sunshine Policy” sous la présidence de Kim Dae-jung au Sud.
Sous le couvert des droits de l’homme, dont les progrès dans la péninsule dépendent de la détente entre les parties, l’ONU accroît délibérément la tension, en contradiction avec sa raison d’être, mais conformément aux souhaits de Séoul et de Washington.
Choisir la Corée du Sud, qui tente d’imposer unilatéralement sa vision de tout ce qui a trait à la Corée du Nord et est toujours techniquement en état de guerre avec le Nord, comme siège de ce bureau relève, au mieux, de la naïveté, au pire, de la provocation – surtout lorsque l’on connaît les atteintes de plus en plus ouvertes aux droits de l’homme en Corée du Sud.
Que dirait-on de l’ouverture d’un bureau sur les violations des droits de l’homme en Syrie qui aurait son siège en Israël, ou d’un tel bureau à Damas sur les violations des droits de l’homme par Tsahal ? Que dirait-on d’un bureau à La Havane sur les violations des droits de l’homme dans la base américaine de Guantanamo ? Tous crieraient au parti pris et à la violation de la souveraineté des Etats, base du droit international. Pourquoi une telle règle connaîtrait-elle une exception s’agissant de la RPDC ? Le droit international n’est pas à géométrie variable, au gré des intérêts des Etats et des parties en présence. L’ouverture à Séoul d’un bureau sur les droits de l’homme en RPDC est l’expression d’une violation manifeste et sans équivoque du droit international.
Profondément attachés aux libertés publique et au respect du droit international, nous réaffirmons notre conviction que la question des droits de l’homme en RPD de Corée doit s’inscrire dans un cadre de la légalité internationale, et non dans la prise en otage de principes sacrés qui ont fondé la règle du vivre ensemble des nations depuis un siècle.

Robert Charvin, professeur émérite de droit à l'Université de Nice Sophia-Antipolis, doyen honoraire de la Faculté de Droit et des Sciences économiques de Nice

Paulette Pierson Mathy, professeur honoraire, Université libre de Bruxelles (ULB)

Benoît Quennedey, ancien élève de l’Ecole nationale d’administration, juriste.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 11:37

Dans un rapport publié le 13 mai 2015 intitulé "Condamnés à vie : les objecteurs de conscience en Corée du Sud", Amnesty International a appelé les autorités sud-coréennes à immédiatement libérer les centaines de jeunes hommes actuellement emprisonnés pour objection de conscience, en détaillant les discriminations dont ils sont ensuite l'objet leur vie durant. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) partage pleinement les positions d'Amnesty International, alors que la République de Corée (du Sud) est - de très loin - le premier Etat au monde s'agissant du nombre de personnes emprisonnées pour objection de conscience. La République de Corée doit se conformer à ses obligations internationales en matière de droits de l'homme : dans une décision rendue le 23 janvier 2007 (Yeo-bum Yoon et Myung-jin Choi contre République de Corée, CCPR/C/88/D/1321-1322/2004), le Comité des droits de l'homme des Nations Unies avait ainsi jugé que le droit sud-coréen applicable en matière d'objection de conscience violait l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la République de Corée en avril 1990, qui reconnaît le droit à la liberté de religion, de pensée et de conscience.

Manifestation de Témoins de Jéhovah devant la Cour constitutionnelle à Séoul en 2012, dans le cadre d'une campagne de pétition pour reconnaître l'objection de conscience. Les Témoins de Jéhovah représentent un nombre important des objecteurs de conscience emprisonnés en Corée du Sud : selon elle, 613 de ses membres sont emprisonnés à ce titre.

Manifestation de Témoins de Jéhovah devant la Cour constitutionnelle à Séoul en 2012, dans le cadre d'une campagne de pétition pour reconnaître l'objection de conscience. Les Témoins de Jéhovah représentent un nombre important des objecteurs de conscience emprisonnés en Corée du Sud : selon elle, 613 de ses membres sont emprisonnés à ce titre.

Le rapport d'Amnesty international se fonde sur les entretiens menés par l'ONG entre octobre 2014 et janvier 2015 auprès de 10 objecteurs de conscience, de leurs familles, de juristes, d'universitaires et d'organisations civiles et religieuses qui travaillent avec les objecteurs de conscience. La conclusion est sans ambiguïté : au regard des droits de l'homme, les autorités sud-coréennes doivent immédiatement mettre fin à l'emprisonnement inutile de centaines de jeunes refusant la conscription obligatoire pour des raisons philosophiques ou religieuses.

Le chercheur Hiroka Shoji observe que la conscription militaire obligatoire et le refus de l'objection de conscience, qui prend comme argument l'absence de traité de paix avec la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), n'est pas valide, et conduit à faire d'innocents des criminels dont les droits sont bafoués. Pour Hiroka Shoji,

 

L'emprisonnement des objecteurs de conscience ne rend pas la Corée du Sud plus sûre. Il sert seulement à stigmatiser et à détruire les aspirations de jeunes hommes qui avaient un avenir brillant.

Les récits de morts à l'armée, dans des circonstances témoignant de sévices et de l'incapacité à prendre en compte les troubles psychologiques, commencent à briser la loi du silence : le jour où Amnesty International publiait son rapport, des médias sud-coréens rendaient compte qu'un réserviste en avait tué un autre avant de se suicider en retournant l'arme contre lui. Le service militaire dure deux ans en Corée du Sud. Les anciens conscrits doivent ensuite effectuer des périodes de réserve pendant 8 ans, dans la limite de 160 heures par an.

Si les Témoins de Jéhovah constituent une part importante des objecteurs de conscience emprisonnés, on compte également parmi eux un nombre croissant de pacifistes pour des motifs non religieux. Les peines d'emprisonnement encourues sont d'une durée maximum de trois ans (en pratique, les peines prononcées sont souvent de dix-huit mois). A leur sortie de prison, les objecteurs de conscience, considérés comme des criminels, sont victimes d'une stigmatisation sociale et professionnelle leur vie durant.

Agé de 25 ans et Témoin de Jéhovah, ayant engagé une action juridique pour ne pas effectuer le service militaire obligatoire, Song In-ho, qui travaille dans l'entreprise de nettoyage de ses parents, a déclaré qu'il était condamné dès sa naissance à ne pas avoir de perspectives sociales ou professionnelles élevées :

 

Je ne pouvais pas trouver d'emploi. C'était à cause de mon refus du service militaire (...) Trouver un emploi dans une entreprise réputée est pratiquement impossible car la discrimination et le préjudice sont trop forts (...) Je suis né criminel. J'ai eu le sentiment pendant toute ma vie d'être comme un prisonnier parce que je savais que je serais envoyé en prison (...) J'étais [dès ma naissance] un futur criminel.

Egalement cité dans le rapport d'Amnesty International, Kim Sung-min, pacifiste, a observé que la conscription obligatoire est aussi utilisée comme un outil de militarisation de la société :

Pour moi, l'objection de conscience n'est pas seulement un refus comme acte militant, mais c'est aussi un combat contre l'esprit militaire profondément enraciné dans la vie quotidienne.

Si le ministère sud-coréen de la Défense avait envisagé en 2007 l'introduction de formes alternatives de service civil pour les objecteurs de conscience, le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul, dès 2008, a ensuite enterré tout projet en ce sens.

Le ministère de la Défense, de concert avec la Cour constitutionnelle (dans des décisions rendues en 2004 et 2011) et la Cour suprême (en 2004 et 2007), campent sur des positions de conformité selon eux à la Constitution sud-coréenne et d'obligation de respecter la loi. Si des tribunaux, en première instance, ont reconnu à plusieurs reprises des objecteurs de conscience non coupables (en particulier, le 12 mai 2015 une cour de disctrict à Gwangju s'est prononcée en ce sens), ces décisions n'ont jamais été confirmées en appel, et un sort identique est attendue quant au jugement rendu à Gwangju le 12 mai.

Les conservateurs, qui détiennent les pouvoirs politique, médiatique et judiciaire, affirment que la société n'acceptent pas l'objection de conscience. Des arguments comparables avaient déjà été servis pour criminaliser l'adultère, pendant des décennies, au Sud de la péninsule. Plus prosaïquement, ils ont fait de la menace venue du Nord un principe d'action politique et ils comptent dans leurs rangs les héritiers de la junte militaire (la Présidente sud-coréenne est elle-même la fille du général Park Chung-hee, qui a établi le régime le plus autoritaire qu'ait connu la Corée jusqu'à son assassinat en 1979). Dans ce cadre, la conscription militaire obligatoire est pour eux un instrument privilégié du contrôle social et idéologique de la population, à laquelle ils refusent de faire la moindre entorse.

Sources :

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 13:00

Le 16 avril 2014, le ferry Sewol faisait naufrage au sud-ouest des côtes coréennes, entraînant la mort de 304 personnes, en grande majorité des lycéens. Depuis, les familles des victimes cherchent désespérément à établir la vérité sur les causes du naufrage, y compris pour éviter qu’un tel drame se répète, mais se heurtent aux manœuvres dilatoires des autorités sud-coréennes. A l’approche du premier anniversaire de la tragédie du Sewol, l'International Strategy Center (ISC), de Corée du Sud, mène une campagne internationale pour soutenir les familles des victimes. L’objectif de cette campagne relayée, avec d’autres, par l’Association d’amitié franco-coréenne est d’attirer l'attention de l'opinion internationale sur le fait que le drame du Sewol reste à ce jour largement non-résolu. Vous trouverez ci-dessous la traduction française du texte de cette pétition que vous pouvez signer en ligne en cliquant ici (version en anglais). Comme l'ISC le suggère à la fin de l'appel, vous pouvez également vous prendre en photo en tenant dans vos mains un message reprenant les revendications des familles de victimes et envoyer le résultat par courrier électronique à iscenter2015@gmail.com. Par ailleurs, une manifestation de soutien aux familles des victimes du Sewol est organisée le samedi 18 avril 2015 à 18h à Paris, esplanade du Trocadéro.

Campagne de pétition internationale pour faire toute la lumière sur le drame du naufrage du « Sewol »

« Un an après, faire toute la lumière sur le drame du Sewol, punir les responsables et retrouver les corps des neuf personnes disparues »,

Pétition à destination du gouvernement coréen, initiée par l'International Strategy Center (ISC), Corée du Sud.


À 9 heures le 16 avril 2014, après un virage serré, le ferry Sewol, ses cales surchargées de containers, commençait à sombrer au sud-ouest des côtes de la Corée du Sud. Les premiers bulletins d'informations faisant état d'un sauvetage de l'ensemble de l'équipage suscita l'espoir des familles mais celui-ci fut rapidement brisé par la réalité des faits. Seulement 172 personnes ont pu être évacuées du bateau et secourues tandis que 304 – la plupart des lycéens – restèrent piégées à l'intérieur du navire. Les tâtonnements et les hésitations du gouvernement dans les heures déterminantes qui ont suivi le drame ont transformé les minutes en heures et les jours en mois, faisant fondre comme neige au soleil les espoirs de sauvetage. La colère grandissante des familles fut exacerbée par l'inexactitude des informations relayées par les médias et les tentatives du gouvernement pour masquer son incurie et la lenteur de sa réaction. Cupidité, corruption, dérégulation et incompétence ont fait d'un simple accident le pire désastre maritime coréen de ces 40 dernières années. Cette catastrophe questionne également la légitimité d'un gouvernement obnubilé par la croissance économique mais négligent du bien-être de son peuple.

Aujourd'hui, pratiquement un an après la tragédie, 295 corps ont été repêchés, mais 9 d'entre eux restent introuvables. Un nombre incalculable de manifestations, une pétition réunissant 6 millions de signatures, une occupation de 8 mois de la place Gwanghwamun et une grève de la faim par les membres des familles de victimes ont été menées pour réclamer que la vérité qui réside derrière cette tragédie soit révélée et que les responsables soient punis. Le gouvernement est resté sourd à ces demandes, paralysé par des intérêts particuliers et effrayé par les conséquences que pourraient avoir des révélations compromettantes. Aussi longtemps que des corps seront toujours manquants et que la vérité restera tue, les familles des victimes ne pourront pas refermer leurs plaies et faire dignement leur deuil.

Pour faire la lumière sur le drame et éviter la répétition de ces morts absurdes dans le futur, les familles de victimes ont demandé la création d'un comité disposant de toute l'autorité nécessaire en matière d'enquête et de poursuite. En réponse, le gouvernement a mis en place un timide comité qui n'a toujours pas lancé d'enquête à grande échelle à cause des désaccords ministériels quant au budget à lui accorder. De plus, alors que les familles des victimes encore portées disparues réclament que le Sewol soit repêché pour que l'on puisse récupérer les corps manquants et dévoiler la vérité, le gouvernement rechigne ostensibement en raison du coût d'une telle mission.

La mise en examen des responsables a été lente. Le président directeur général ainsi que cinq autres employés de la compagnie Cheonghaejin Marine, propriétaire du Sewol, sont poursuivis pour négligence dans la conduite de leurs affaires, négligence professionnelle ayant entraîné la mort, et pour violation de la loi sur la sécurité des navires. Ayant remis en circulation un bateau vieux de 20 ans, ils ont illégalement modifié sa structure et amplifié sa cargaison en surchargeant son pont supérieur de containers afin d'augmenter leurs profits.

Alors qu'approche le premier anniversaire de la tragédie du 16 avril, certains disent : « Assez, arrêtons de nous disputer et contentons-nous de commémorer cette tragédie dans le calme. » Pourtant, comment pouvons-nous garantir qu'une telle catastrophe ne se répètera pas ? Comment pouvons-nous soulager les familles des victimes quand la vérité est toujours étouffée, quand les coupables ne sont pas tenus pour responsables et quand neuf corps sont toujours manquants ?

Nous devons lutter contre le temps, contre les tentatives du gouvernement pour cacher la vérité, contre des médias sous influence du gouvernement et contre notre propre inaction pour ne pas oublier. En faisant cela, nous pourrons créer une société qui valorise le bien-être de sa population, qui préfère la sécurité aux profits, et dans laquelle une telle tragédie ne se reproduira pas.

Alors que nous nous approchons du premier anniversaire de la tragédie du Sewol, nous vous prions de bien vouloir prendre quelques minutes pour joindre notre campagne internationale en solidarité avec la lutte des familles des victimes :

Participez à notre campagne de photos, en tenant dans vos mains un message écrit reprenant les trois revendications suivantes et/ou en utilisant le hashtag #thetruthmustnotsinkwithsewol [la vérité ne doit pas couler avec le Sewol] :

- Une enquête complète pour faire la vérité sur le drame du Sewol.

- Une sanction pénale des responsables de la tragédie.

- Repêchage du Sewol et des neuf corps encore manquants.

Envoyez-nous une copie de votre photo à iscenter2015@gmail.com
L'ISC publiera les photos dans son Rapport mensuel d'informations mondiales du mois d'Avril et les remettra aux familles des victimes en signe de solidarité (de même que la pétition que vous pouvez signer ici).

Encouragez vos amis à participer à cette campagne.

Merci.

 

 

Source :

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 08:56
kim-jeong_woo_ssangyong-motor_korea_coree.jpgLe 17 mars 2014, Amnesty International a lancé une action pour la libération de Kim Jeong-woo (photo à gauche, source) : le syndicaliste (Korean Confederation of Trade Unions, KCTU) de l'entreprise Ssangyong Motor est emprisonné depuis dix mois pour obstruction à la justice, après s'être opposé à la destruction par la police d'un mémorial mis en place à la mémoire des travailleurs de Ssangyong Motor qui sont décédés. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient pleinement l'appel d'Amnesty International, alors que les restrictions aux droits des travailleurs - notamment l'exercice des droits syndicaux et du droit de grève - constituent l'une des plus principales atteintes aux droits et libertés en République de Corée (Corée du Sud), comme l'a souligné le rapport 2013 du Département d'Etat américain dans son chapitre consacré à la Corée du Sud.

Le nom de Ssangyong Motor est profondément attaché aux luttes ouvrières en Corée du Sud : de mai à août 2009, l'usine de Pyeongtaek du groupe a été le théâtre de l'une des principales luttes de l'histoire sociale récente du pays, en butte à la précarisation accrue de l'emploi, pour protester contre le licenciement et demander la réintégration de 2.646 salariés en partie remplacés par des travailleurs précaires.

La confrontation avec la police a été très violente. La situation désespérée des travailleurs a conduit à la mort d'au moins vingt-deux militants selon la KCTU : onze se sont suicidés, onze autres sont décédés de maladies cardiaques ou provoquées par le stress engendré par la précarité de leurs conditions de vie et la répression policière et judiciaire. En Corée du Sud, il est classique que les entreprises engagent des poursuites judiciaires contre les syndicalistes en demandant d'eux des sommes très élevées - qu'ils sont incapables de payer - au titre de la réparation du préjudice qu'elles disent avoir subi.

Les militants coréens ont décidé d'installer des tentes, notamment à Daehanmun, à Séoul, pour honorer leurs camarades de Ssangyong Motor qui sont morts et poursuivre leur combat, qui a valeur d'exemple : l'entreprise, la police et les tribunaux se sont opposés à ces démonstrations. Des tentes ont été brûlées, d'autres attaquées (cf. vidéo ci-dessous, source). Des militants ont été arrêtés.


Parmi eux, Kim Jeong-woo était le responsable pour Ssangyong Motor du syndicats des métallurgistes coréens, affilié à la KCTU. Il a été condamné à dix mois pour obstruction à la justice, après s'être opposé à la destruction par la police d'un mémorial mis en place près du palais Deoksu à la mémoire des travailleurs de Ssangyong Motor.

Le 17 mars, Amnesty International a lancé une action internationale, relevant de la catégorie de ses "actions urgentes", relayée par les plus de 150 organisations nationales qui sont affiliées à l'ONG, appelant à la libération de Kim Jeong-woo. Amnesty International souligne que la peine de prison ferme qui a été prononcée contre le dirigeant syndical s'inscrivait dans une "répression continue des syndicalistes en Corée du Sud". En outre, la peine contre Kim Jeong-woo risque d'être alourdie en appel.

Amnesty International dénonce également comme un outil de répression anti-ouvrière le montant des indemnités exigées à titre de compensation contre les syndicalistes (en mai 2013, les sommes exigées contre les syndicats affiliés à la KCTU s'élevaient à 122 millions de dollars), ce qui entraîne la saisie de leurs biens personnels.

Il s'agit de la première action urgente engagée par Amnesty International à propos de la Corée du Sud depuis 2011, traduisant une inquiétude grandissante sur la situation des droits de l'homme et des droits des travailleurs.A l'occasion du premier anniversaire de son entrée en fonctions, en février dernier, Mme Park Geun-hye avait reçu un courrier d'Amnesty International dans laquelle l'organisation internationale faisait part de ses préoccupations quant à la dégradation des droits de l'homme au Sud de la péninsule, en dénonçant également l'interdiction du principal syndicat enseignant et l'application arbitraire de la loi de sécurité nationale.

L'AAFC soutient totalement le combat pour la libération de Kim Jeong-woo, qui a valeur de symbole pour la liberté et les droits des travailleurs en Corée du Sud. Nous appelons également à mettre fin à toutes les sanctions pécuniaires (y compris sous forme de compensation des pertes subies par les entreprises) contre les syndicalistes sud-coréens, et plus généralement à garantir l'exercice plein et entier des libertés syndicales et du droit de grève.

Sources : AAFC, Hankyoreh, Youtube.

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