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1 août 2018 3 01 /08 /août /2018 11:01

A partir du 4 août 2018 les représentants de 27 pays se réuniront à Singapour dans le cadre du Forum régional de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE, plus connue sous son acronyme anglais : ASEAN), où la question coréenne devrait être une nouvelle fois abordée. Dans ce contexte, un premier bilan peut être établi de la mise en oeuvre des engagements pris, près de deux mois plus tôt, lors du sommet de Singapour entre les présidents Donald Trump (Etats-Unis d'Amérique) et Kim Jong-un (République populaire démocratique de Corée, RPDC ou Corée du Nord). Afin de mener une analyse objective, nous sommes partis du texte de la déclaration signée entre les deux hommes d'Etat , en commençant par le point 4 de ce texte et dans l'ordre inverse jusqu'au point 1, c'est-à-dire en commençant par les engagements les plus précis, les plus concrets et les plus immédiats, et en terminant par les engagements plus globaux et à plus long terme, dont l'atteinte est largement déterminée par la création d'un climat de confiance que doit permettre d'instaurer la réalisation des objectifs de plus court terme.

Où en est-on de la mise en oeuvre de la déclaration de Singapour du 12 juin 2018 ?

"Les Etats-Unis et la RPDC s’engagent à récupérer les restes de prisonniers de guerre/portés disparus, y compris à rapatrier immédiatement ceux qui ont déjà été identifiés"

La question du rapatriement des restes de soldats américains morts en Corée est une question extrêmement sensible et un baromètre des relations bilatérales, comme nous l'avions souligné dans notre édition du 22 juin 2018, tout en nous interrogeant sur la portée d'une déclaration ambiguë alors faite par le Président Donald Trump selon laquelle les restes de dépouilles de 200 GIs américains auraient été rapatriés. 

Sur ce point, la déclaration de Singapour a toutefois déjà porté ses fruits : une cérémonie a eu lieu le 1er août 2018 sur la base américaine aérienne d'Osan à Pyeongtaek, en République de Corée (Corée du Sud), pour marquer le rapatriement de 55 lots de dépouilles de soldats américains morts pendant la guerre de Corée, après une restitution par les Nord-Coréens le 27 juillet 2018 - date symbolique marquant le 65e anniversaire de l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée. 

Un minutieux travail d'identification doit à présent être mené, comme l'a souligné une dépêche de l'agence sud-coréenne Yonhap : 

Après la restitution par l'Etat communiste vendredi, les restes ont été examinés et catalogués à la base aérienne d'Osan par l'US Defense POW/MIA Accounting Agency (DPAA) jusqu'à mardi. POW signifie Prisoners of War (prisonniers de guerre) et MIA Missing in Action (disparus au combat).

Après la cérémonie de rapatriement, les restes seront transportés vers un laboratoire de la DPAA à la base commune de Pearl Harbor-Hickam à Hawaï, où des historiens et scientifiques travailleront pour leur identification médico-légale, a précisé le commandement.

Au laboratoire de la DPAA, qui compte plus de 30 anthropologues, archéologues et odontologistes légistes, les dépouilles seront examinées pour établir des profils biologiques qui comprendront le sexe, la race et l'âge des défunts. Les scientifiques utilisent diverses techniques, telles que l'analyse des restes du squelette et l'échantillonnage de l'ADN mitochondrial. Ils analysent également les preuves matérielles, y compris les uniformes, les effets personnels et les étiquettes d'identification.

Lorsque le processus d'identification est terminé, les dépouilles seront retournées à leurs plus proches parents pour être enterrées.

Yonhap

Où en est-on de la mise en oeuvre de la déclaration de Singapour du 12 juin 2018 ?

"En réaffirmant la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, la RPDC s'engage à oeuvrer à la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne"

Après le sommet de Singapour, le Président Donald Trump s'est félicité que la RPD de Corée a commencé à démanteler un de ses sites de lancement de missiles. Dans le même temps, les autorités nord-coréennes, tout en poursuivant le gel de leurs essais nucléaires et balistiques, n'entendent nullement mettre fin à leurs programmes nucléaires et balistiques tant que les Etats-Unis n'auront pas pris des engagements concrets (en matière de garanties de sécurité et de relations bilatérales, cf. infra) - suivant le principe "mesure contre mesure", appliqué lors des précédents cycles de négociations sur le nucléaire nord-coréen.

Les négociations entre Washington et Pyongyang sont ainsi sur une crête étroite, comme l'a reconnu le secrétaire d'Etat Mike Pompeo devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain le 25 juillet 2018, en déclarant tour à tour que les Nord-Coréens "continuent à produire des matières fissiles", c'est-à-dire qu'ils poursuivent leurs programmes d'enrichissement de matières fissiles (uranium et plutonium) pour produire des bombes nucléaires, tout en évoquant des "progrès" dans les discussions bilatérales (à cet égard, le rapatriement des restes de soldats américains en a apporté une illustration deux jours après son audition, cf. supra).

Une deuxième révélation, faite cette fois-ci par le Washington Post, a indiqué quelques jours plus tard que la RPD de Corée poursuit activement ses programmes balistiques, en construisant de nouveaux missiles intercontinentaux de type Hwasong-15, ces nouvelles se basant sur des sources du renseignement américain : 

Des preuves obtenues récemment, y compris des photos prises par satellites ces dernières semaines, indiquent que le travail est en cours sur au moins un, voire peut-être deux, ICBM (missile intercontinental, NDLR) à carburant liquide dans un grand complexe de recherche à Sanumdong, à proximité de Pyongyang

Le Figaro (avec AFP)

Mais le Washington Post a aussitôt pris soin d'indiquer qu'il ne fallait pas y voir le signe d'une rupture par Pyongyang de ses engagements pris à Singapour. Toujours selon le quotidien,  

Ces nouveaux renseignements ne suggèrent pas une augmentation des capacités de la Corée du Nord, mais cela montre que le travail sur des armements avancés se poursuit plusieurs semaines après que le président Trump a déclaré sur Twitter que Pyongyang "n'est plus une menace nucléaire".

Le Figaro (avec AFP)

En réalité, la RPD de Corée n'avait pas pris d'engagements sur ses programmes balistiques à Singapour le 12 juin 2018. Le fait que de telles informations sortent dans les médias doit en réalité s'interpréter comme un avertissement lancé par les Américains aux Nord-Coréens sur le mode : "nous ne disons pas que vous ne respectez pas vos engagements, mais nous savons ce que vous faites et cela ne va pas dans le sens d'une dénucléarisation. Nous laissons les médias, qui sont chez nous indépendants, parler à ce sujet... et l'opinion publique pourrait douter elle aussi de vos intentions. Que pouvons-nous faire contre l'opinion publique ? Il faut que vous nous apportiez des signes tangibles de dénucléarisation, avec un calendrier". En d'autres termes, cela s'appelle mettre la pression (les Nord-Coréens, courroucés, avaient déjà parlé, quant à eux, de "méthodes de gangster"). En tout état de cause, les Nord-Coréens ne peuvent pas ignorer les signes d'impatience de l'administration Trump, qui a besoin de résultats à faire valoir aux électeurs avant les élections parlementaires de mi-mandat, cet automne.

"Les Etats-Unis et la RPDC joindront leurs efforts pour construire un régime de paix durable et stable sur la péninsule coréenne"

Comme l'a souligné une autre dépêche de l'agence officielle sud-coréenne Yonhap, il s'agit d'un objectif partagé des deux Etats coréens, souligné lors du sommet de Panmunjom du 27 avril 2018 entre les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in, et réaffirmé par le leader nord-coréen lors de sa rencontre au sommet avec le Président Donald Trump : 

Un mouvement pour concrétiser cette initiative avant la fin de l'année a été promis par Moon et le leader nord-coréen Kim Jong-un lors de leur premier sommet intercoréen qui s’est déroulé le 27 avril. Les dirigeants des Corées divisées se sont revus le 26 mai.

Kim a réaffirmé son engagement à instaurer la paix dans la péninsule coréenne lorsqu'il a rencontré le président américain Donald Trump à Singapour le 12 juin.

Yonhap

Dans la mesure où la Chine a participé aux combats de la guerre de Corée, elle devrait également être partie prenante à la signature d'un traité de paix - et le sujet a d'ailleurs fait l'objet de discussions bilatérales entre Séoul et Pékin en juillet 2018.

Or des interrogations demeurent sur la volonté américaine de parvenir effectivement à un traité de paix : si le Président Donald Trump avait salué avec enthousiasme le sommet intercoréen de Panmunjom du 27 avril 2018 en évoquant la perspective de la paix, ce thème a été depuis occulté dans sa communication. Faut-il y voir des hésitations américaines sur les contours du mécanisme de sécurité collective, multipartite, qui serait le corollaire indispensable à un traité de paix ? En tout état de cause, cette question est intimement liée à deux autres enjeux : la dénucléarisation de la péninsule coréenne et les relations bilatérales entre Washington et Pyongyang.

"Les Etats-Unis et la RPDC s'engagent à établir de nouvelles relations Etats-Unis-RPDC en conformité avec le désir des peuples des deux pays pour la paix et la prospérité"

Chaque mot de la déclaration ayant été pesé, celle-ci n'évoquait pas - pas encore - la normalisation des relations entre les Etats-Unis d'Amérique et la République populaire démocratique de Corée. Toujours est-il que les autorités nord-coréennes avaient immédiatement mis en oeuvre cet engagement, en supprimant les signes d'hostilité vis-à-vis de l'impérialisme américain, comme l'avaient souligné plusieurs journalistes occidentaux à Pyongyang - par exemple, Chloé de Saint-Laurent pour Le Figaro

Ce premier point de la déclaration de Singapour doit être mis en relation avec un autre engagement que les Etats-Unis ont toutefois pris soin de faire figurer dans le préambule de la déclaration et non dans les quatre points de leur déclaration commune,
"le président Trump s’est engagé à fournir des garanties de sécurité à la RPDC". Les autorités nord-coréennes ont manifesté leur mécontentement lors de la dernière visite à Pyongyang du secrétaire d'Etat Mike Pompeo, qui était son premier déplacement dans le pays depuis le sommet du 12 juin, en l'absence, manifestement, de toute proposition américaine (calendrier, contenu) au titre des "garanties de sécurité" attendues des Etats-Unis - évoquant des "méthodes de gangster"... et renouant ainsi avec une rhétorique anti-américaine.

Le Président Donald Trump avait toutefois fait un geste immédiatement après le sommet de Singapour, en suspendant les "exercices de guerre" américano-sud-coréens, et avait ainsi pris une mesure essentielle pour l'établissement d'un climat de confiance entre les deux parties.

En ce qui concerne la "prospérité" de (toute) la Corée, celle-ci passe non seulement par une diminution du fardeau des dépenses militaires, mais aussi par une levée - au moins partielle - des sanctions internationales contre la RPD de Corée : la question des sanctions a été délibérément absente de la déclaration de Singapour du 12 juin 2018 (comme celle des programmes balistiques nord-coréens), ce texte marquant seulement une première étape dans le dialogue américano-nord-coréen en évitant d'afficher ouvertement les points de désaccord, à ce stade des échanges. Pour les Etats-Unis, les sanctions ne seront levées qu'à la fin du processus de dénucléarisation - même si une brèche pourrait être ouverte en utilisant la possibilité qu'offrent les textes de lancer des coopérations économiques autorisées chacune, à titre d'exception, par la commission des sanctions des Nations unies (ce qu'a aujourd'hui en tête la Corée du Sud pour favoriser les échanges économiques inter-coréens, à présent quasi-inexistants).

En conclusion, et pour reprendre une formule de Mike Pompeo lors d'une audition par le Sénat américain le 25 juillet 2018, il reste bien "un très long chemin à parcourir" jusqu'à la dénucléarisation de la RPDC et (précisons-nous) pour la définition d'un régime de paix permanent en Asie du Nord-Est, la normalisation des relations entre Washington et Pyongyang et la levée des sanctions qui frappent les populations nord-coréennes. Mais comme l'a précisé une dépêche du Monde et de Reuters citant le secrétaire d'Etat américain lors de cette même audition, le terme de ce processus est, au plus tard, la fin du mandat du Président Donald Trump, c'est-à-dire janvier 2021 : 

Mike Pompeo a admis mercredi qu’il restait « un très long chemin à parcourir » mais a déclaré que le but de Washington était d’obtenir de Pyongyang une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible avant la fin du mandat actuel de Trump, qui prend fin en janvier 2021. « Et si possible, avant », a ajouté le secrétaire d’Etat.

Le Monde

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