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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 19:12

Ancien adversaire de Mme Park Geun-hye à l'élection présidentielle de 2012 (il avait alors remporté 48 % des voix), le démocrate Moon Jae-in a officialisé sa candidature dans une vidéo diffusée le 24 mars 2017, où il a promis un "changement de gouvernement". Les sondages en font plus que jamais le grand favori de l'élection présidentielle anticipée, dont la date a été fixée au 9 mai 2017, suite à la destitution de Mme Park Geun-hye.

Moon Jae-in, lors sa déclaration de candidature le 24 mars 2017.

Moon Jae-in, lors sa déclaration de candidature le 24 mars 2017.

Prônant la rupture avec les administrations conservatrices, au pouvoir à Séoul depuis 2008, et davantage de justice sociale ainsi qu'un retour au dialogue intercoréen, Moon Jae-in entend promouvoir une diplomatie plus indépendante des Etats-Unis - ce qui ne peut qu'inquiéter Washington.

Mais le candidat à la candidature démocrate devra déjà emporter l'élection primaire interne au Parti démocrate, principale formation d'opposition (centre-gauche) : si un sondage de Realmeter (principal institut de sondages indépendant en Corée du Sud) lui donnait plus de 50 % des voix dès le premier tour dans une enquête conduite à la mi-mars, il devrait retrouver face à lui, sur sa droite, Ahn Hee-jung gouverneur depuis 2010 de la province du Chungcheong du Sud, et sur sa gauche, le maire de Seongnam Lee Jae-myung, qui a la faveur d'une part non négligeable des millions de manifestants ayant mené, depuis l'automne 2016, la révolution pacifique des bougies qui a conduit à la destitution de la Présidente Park Geun-hye après l'éclatement du scandale Choi Soon-sil.

Dans l'élection présidentielle à un seul tour, propre au système électoral sud-coréen, l'institut Realmeter continue de tester les différents candidats, tant que ceux-ci ne se sont pas désistés à l'issue, ou non, d'une élection primaire. Dans cette configuration, Moon Jae-in est crédité de quelque 35 % des voix, Ahn Hee-jung de 15 à 17 % et Lee Jae-myung d'environ 10 %. Si Moon Jae-in remporte la primaire et que ses adversaires respectent le résultat du scrutin, il disposera donc d'une avance importante sur ses rivaux - sauf si ceux-ci arrivaient à s'unir, ce qui reste une hypothèse improbable à l'heure actuelle.

Son adversaire le plus dangereux pourrait être l'entrepreneur Ahn Cheol-soo, candidat indépendant qui s'était retiré en 2012 pour empêcher (en vain) l'élection de Mme Park Geun-hye. Ahn Cheol-soo avait ensuite rejoint le Parti démocrate, avant de le quitter et de former, quelques mois avant les législatives du printemps 2016 (perdues par les conservateurs), le Parti du peuple, arrivé troisième en nombre de sièges à ce scrutin. Plus conservateur que Moon Jae-in sur la question des relations avec le Nord, plus favorable à une ouverture à droite, Ahn Cheol-soo plafonne toutefois à 12% - 13% dans les sondages depuis plusieurs mois.

Les conservateurs, qui représentent un tiers de l'électorat et pourraient donc l'emporter en cas de divisions profondes des progressistes, sont affaiblis par la décision du Premier ministre Hwang Kyo-ahn, chef de l'Etat par intérim, de ne pas se présenter, et surtout par leurs propres dissensions suite à l'éclatement du scandale Choi Soon-sil : le parti Saenuri au pouvoir, rebaptisé Parti Liberté Corée, a vu partir la fraction anti-Park Geun-hye qui a fondé une nouvelle formation, le Bareun. Gouverneur de la province du Gyeongsang du Sud depuis 2012, Hong Jung-pyo est le candidat du Parti Liberté Corée le mieux placé dans les sondages (avec près de 10%), devant Kim Jin-tae (5%). Les candidats du Bareun sont crédités de moins de 7%, répartis entre Yoo Seong-min et Nam Kyung-pil.

A gauche de l'échiquier politique, seule la candidate du Parti de la Justice - Sim Sang-Jung - obtient un score significatif dans les sondages (autour de 4%).

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 13:48

Favori de la prochaine élection présidentielle sud-coréenne (dont la date a été fixée au 9 mai 2017, après la destitution de Mme Park Geun-hye), le démocrate (opposition) Moon Jae-in a déclaré, le 12 mars 2017, que la République de Corée (Corée du Sud) devait apprendre à dire "non" aux Etats-Unis. Bien qu'opposé au déploiement du systèmes de missiles THAAD, Moon Jae-in a par ailleurs critiqué les sanctions prises par la Chine suite à la mise en oeuvre de THAAD en Corée du Sud, en disant que le dispositif THAAD constituait une question de "souveraineté nationale". Indépendance par rapport aux Etats-Unis (notamment sur la question nord-coréenne), refus de l'unilatéralisme chinois, Moon Jae-in s'inscrit dans la tradition progressiste coréenne, pour laquelle la défense de la souveraineté nationale est un marqueur fondamental des différences politiques avec les conservateurs, pro-américains.

Moon Jae-in, le 12 mars 2017.

Moon Jae-in, le 12 mars 2017.

En France, défendre la souveraineté nationale est souvent considérée comme une position de droite - alors même que les Montagnards autour de Robespierre et les Communards défendaient la souveraineté nationale.

Tel n'est pas le cas en Corée, pays divisé après 1945 sous le jeu des grandes puissances. La Corée du Nord, dont le régime est issu de la résistance nationale antijaponaise et qui s'estime menacée par l'impérialisme américain, fait de la défense de la souveraineté nationale un principe fondamental de sa politique extérieure, voire de sa politique tout court. Au Sud, les régimes autoritaires qui se sont succédé pendant plus de 40 ans (et dont les conservateurs au pouvoir sont les héritiers), ont limité autant que faire se peut l'épuration des éléments projaponais à la libération, puis ont considéré l'alliance avec les Etats-Unis comme un principe de base de tout le système politique et social. En retour, les Etats-Unis ont soutenu les régimes très autoritaires qui se sont mis en place à Séoul, afin de disposer, au Sud de la Corée, d'un poste avancé - ayant créé une de leurs plus grandes bases militaires à l'étranger dans le centre même de la capitale sud-coréenne. Pour cimenter cette alliance, les nouvelles élites sud-coréennes se sont converties à un christianisme inspiré des églises américaines, ont fait de l'apprentissage de l'anglais une priorité nationale et envoient leurs enfants étudier chez le "grand frère" américain, pour s'imprégner de la langue, de la culture et des idées américaines. 

Dans ce contexte, les conservateurs sud-coréens voient avec hostilité tout dialogue préludant à une réunification avec la Corée du Nord qui refuse encore et toujours l'hégémonie culturelle américaine, quand les progressistes campent sur des positions inverses.

Tel sera l'un des enjeux, sinon l'enjeu majeur, de l'élection présidentielle sud-coréenne du 9 mai 2017 : savoir si se maintiendront au pouvoir à Séoul des conservateurs favorables à subordonner les intérêts sud-coréens à ceux de la puissance américaine.

Source :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne Relations Etats-Unis-Corée
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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 13:32

Après la confirmation par la Cour constitutionnelle sud-coréenne du vote de destitution de la Présidente Park Geun-hye, l'ancienne chef de l'Etat a quitté le palais présidentiel ce dimanche 12 mars 2017, pour emménager dans sa résidence privée - une grande maison individuelle entourée d'immeubles, dans un quartier d'habitations collectives de la capitale. Avec la perte de son mandat Mme Park Geun-hye ne dispose plus non plus de son immunité juridictionnelle : les manifestations de ses adversaires se sont ainsi poursuivies, en appelant à son emprisonnement, quand ses partisans crient au "complot"  et se radicalisent - trois d'entre eux étant morts dans les manifestations pro-Park Geun-hye après avoir semble-t-il mis d'eux-mêmes leur vie en danger.

La résidence privée de Mme Park Geun-hye est la maison individuelle entourée d'un parc, au milieu des immeubles.

La résidence privée de Mme Park Geun-hye est la maison individuelle entourée d'un parc, au milieu des immeubles.

Retour à la maison : Mme Park Geun-hye est retournée vivre dans sa vaste résidence privée, une maison individuelle construite en 1983 dans le quartier d'affaires de Gangnam, rendu célèbre par la chanson de Psy Gangnam style. Plus précisément, cette demeure, où elle a vécu pendant 23 ans jusqu'à son investiture comme Présidente de la République en février 2013, se trouve dans le dong de Samseong, où se trouvent également des hôtels de standing (appartenant aux chaînes Hyatt et Ramada) ainsi que le COEX, réputé constituer le plus grand centre commercial souterrain.

Il a fallu deux jours à Mme Park Geun-hye pour déménager après la décision de la Cour constitutionnelle, car des travaux étaient alors en cours dans sa maison. Manifestement, elle n'avait pas anticipé devoir quitter le palais présidentiel, son manque de coopération avec les autorités constitutionnelles étant de nature à expliquer le vote à l'unanimité, en faveur de la destitution, de juges constitutionnels pourtant proches des conservateurs au pouvoir à Séoul.

Alors que les juges constitutionnels l'ont démise de son mandat en estimant qu'elle avait enfreint à la loi fondamentale, Mme Park Geun-hye devra à présent répondre devant les juges de 13 chefs d'accusation, dont ceux corruption et d'abus de pouvoir, ayant été considérée comme "complice" des activités qualifiées de criminelles pour lesquelles est poursuivie sa gourou, Mme Choi Soon-sil, qui exerçait par ailleurs une influence occulte sur les affaires présidentielles.

Selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, Mme Park Geun-hye est notamment soupçonnée d'enrichissement personnel :




 

Le procureur indépendant Park Young-soo a conclu à la fin de son investigation que l'héritier de facto de Samsung Lee Jae-yong a versé ou promis environ 43 milliards de wons (37,4 millions de dollars) à Park et Choi en contrepartie d’un soutien du gouvernement pour la fusion entre deux filiales du groupe Samsung en 2015.

Héritier de Samsung, plus grand conglomérat de Corée du Sud notoirement proche des conservateurs et par ailleurs réputé pour ses pratiques antisyndicales et mettant en danger la santé et la vie de ses employeurs, Lee Jae-yong a été placé en détention le 17 février dernier dans le cadre d'une des affaires pour lesquelles Mme Park Geun-hye sera prochainement entendue : une fusion a été opérée entre deux branches de Samsung pour un montant de 7,6 milliards d'euros, grâce aux actions détenues par le fonds de pension National Pension Service (NPS), troisième plus important fonds de pension au monde, dont le président Moon Hyung-pyo a été arrêté fin décembre. Ministre de la Santé au moment de la fusion, Moon Hyung-pyo est mis en cause pour abus de pouvoir, après avoir reconnu avoir effectué des pressions sur le fonds de pension pour qu'il approuve la fusion.

Mme Park Geun-hye nie toutes les accusations portées à son encontre, tout en prétendant qu'elle coopèrerait avec les enquêteurs (elle avait déjà fait les mêmes promesses, non tenues, lorsqu'elle était présidente de la République après l'éclatement du scandale Choi Soon-sil).

En attendant, elle peut compter sur le soutien de ses partisans qui continuent de manifester sans relâche, certains de voir dans la situation politique ayant conduit à la destitution de leur idole l'effet d'un complot ourdi par des éléments subversifs aux mains de la Corée du Nord. Le 13 mars 2017, le député Kim Jin-tae, membre du Parti Liberté Corée (conservateur, au pouvoir), a pour sa part estimé que l'enquête devrait être repoussée jusqu'à l'élection du nouveau président, début mai 2017 : encore et toujours, la droite sud-coréenne entend gagner du temps, même si elle semble en bien mauvaise posture pour remporter l'élection présidentielle, de nombreux députés de la majorité, favorables à la destitution, ayant quitté leur parti et fondé leur propre formation politique, le parti Bareun.

 

Manifestations de partisans de l'ex-présidente, devant le mur d'enceinte de sa demeure.

Manifestations de partisans de l'ex-présidente, devant le mur d'enceinte de sa demeure.

Sources :

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 09:38

Le 10 mars 2017, les huit juges en fonctions de la Cour constitutionnelle ont confirmé à l'unanimité la destitution de la Présidente Park Geun-hye de la République de Corée (Corée du Sud), confortant ainsi le vote en ce sens de près des quatre cinquièmes des députés le 9 décembre 2016. C'est la première fois qu'un chef de l'Etat est destitué en Corée du Sud (un précédent vote de destitution par le Parlement, à l'encontre du Président Roh Moon-hyun en 2004, avait ensuite été invalidé par la Cour constitutionnelle faute d'éléments juridiques). Une élection présidentielle anticipée doit se tenir dans les 60 jours suivant cette décision, probablement début mai.

Scènes de joie en Corée du Sud.

Scènes de joie en Corée du Sud.

Immédiatement, la nouvelle a été accompagnée par des cris de joie à Séoul et dans toute la Corée – car le mandat de Park Geun-hye n'avait pas seulement été marqué par un retentissant scandale de corruption, mais aussi par des atteintes de plus en plus graves aux libertés démocratiques : interdiction d'un parti politique sur la base d'un procès truqué intenté au parlementaire Lee Seok-hee, emprisonnements d'opposants politiques et syndicaux, interdiction d'entrée sur le territoire sud-coréen d'étrangers exprimant pacifiquement et démocratiquement leurs opinions, mise à l'index de milliers de personnalités (notamment culturelles) interdites de subventions publiques, pouvoirs exorbitants de l'appareil sécuritaire, en premier lieu de services de renseignement hypertrophiés, bras armé des conservateurs au pouvoir pour harceler, traquer, emprisonner tout opposant réel ou imaginaire... Le mélange des genres entre administration et politique s'était exercé à tous les niveaux. L'ambassadeur de la République de Corée en France, M. Mo Chul-min, un ancien conseiller de Mme Park, avait notamment été entendu par la justice de son pays dans le cadre de l'affaire de la liste noire, avant de revenir récemment en France, manifestement conforté dans ses fonctions. Par ailleurs, le pouvoir conservateur sud-coréen avait failli dans sa mission d'assurer la sécurité de ses propres concitoyens, comme l'avait illustré le dramatique naufrage du Sewol ayant coûté la vie à plus de 300 personnes, majoritairement des lycéens en voyage scolaire. Au plan extérieur, la diplomatie de Mme Park avait été marquée par l'adoption d'une ligne intransigeante vis-à-vis du Nord, la volonté de mettre fin à tous les échanges intercoréens, le renforcement de l'alliance américaine avec l'intensification des manœuvres militaires et le déploiement en Corée du Sud à marche forcée, contre la volonté d'une majorité de Sud-Coréens et sans attendre le verdict de la Cour constitutionnelle, du système américain THAAD de missiles antibalistiques : Park Geun-hye ne symbolisait pas seulement une dérive autoritaire mais aussi une escalade des tensions diplomatiques aggravant les dangers de guerre. Suivant des semaines de crise politique après l'éclatement du scandale de corruption Choi Soon-sil (du nom de la gourou de Mme Park ayant usé de son influence pour mettre en place un système de corruption d'entreprises, jusqu'à l'arrestation récente du dirigeant de fait du plus grand conglomérat coréen, le groupe Samsung), le vote de destitution du 9 décembre avait ainsi été le fruit de mouvements de masse rassemblant, de manière spectaculaire, des millions de manifestants, en Corée et dans le monde – y compris en France avec le soutien du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD).

Fille d'un ancien président, le général Park Chung-hee, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1960 et ayant mis en place le régime le plus répressif qu'ait jamais connu la République de Corée jusqu'à son assassinat par son propre chef des services de renseignement en 1979, Mme Park Geun-hye avait manifesté son mépris de la démocratie en refusant de reconnaître le verdict des urnes après les législatives d'avril 2016, en dépit de la manipulation de l'opinion publique en tentant, comme toujours à la veille d'élections en Corée du Sud, de faire souffler le « vent du Nord ». Le Premier ministre Hwang Kyo-ahn, lui-même impliqué dans les atteintes à la démocratie sous la présidence de Mme Park Geun-hye, avait ainsi été maintenu en place au lendemain des élections législatives d'avril 2016, avant d'exercer les fonctions de président par intérim à la suite du vote de destitution du Parlement le 9 décembre 2016. Il est aujourd'hui le candidat conservateur le mieux placé pour l'élection présidentielle anticipée prévue début mai, pour laquelle le démocrate (opposition) Moon Jae-in surclasse aujourd'hui ses concurrents, dans un scrutin où les conservateurs, qui ont connu une scission avec le départ des opposants à Mme Park Geun-hye, sont nettement minoritaires.

La décision de la Cour constitutionnelle a été motivée par les violations de la Constitution commises par Mme Park Geun-hye, comme l'a souligné l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, citant la Cour constitutionnelle :

Lors de l’annonce du verdict ce matin, la chef par intérim de la Cour constitutionnelle, Lee Jung-mi, a indiqué que «le président doit exercer son pouvoir selon la Constitution et la loi et la mise en œuvre de la fonction doit être rendue au public pour sa transparence», «mais la présidente a caché complètement l’ingérence dans les affaires de l’Etat par Choi Soon-sil et à chaque allégation, elle a démenti et fustigé les mises en cause de ces problématiques».

La Cour constitutionnelle a évalué que les dispositifs de surveillance des institutions constitutionnelles et des médias n’ont pas pu être en marche en raison de cet acte de Park. Par ailleurs, «la présidente a soutenu les intérêts personnels de Choi Soon-sil pour l’établissement des fondations Mir et K-Sports et des sociétés Playground et KD Corporation, et les actes de violation de la Constitution et de la loi se sont poursuivis tout au long de son mandat», a noté la Cour.

«En conséquence, An Chong-bum (ex-conseiller présidentiel), Jeong Ho-seong (ex-assistant du cabinet présidentiel) et Kim Chong (ex-vice-ministre de la Culture), qui ont suivi les ordres de la présidente, ont été mis en détention provisoire. Les actes qui heurtent la Constitution et la loi vont à l’encontre de l’esprit du constitutionnalisme et du principe de la démocratie représentative», a fait remarquer la Cour constitutionnelle.

http://french.yonhapnews.co.kr/national/2017/03/10/0300000000AFR20170310003100884.HTML

Ayant désormais perdu l'immunité liée à son statut, après avoir refusé de coopérer avec la justice en dénonçant un « complot », la chef de l'Etat déchue devra à présent répondre de ses actes devant la justice de son pays.

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 13:07

Le 30 janvier 2017, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) ont coorganisé une conférence à Grenoble, sur le thème "Mouvement social en Corée du Sud, agressions impérialistes contre la Corée du Nord". Nous publions ci-après un compte rendu de cette conférence et deux vidéos présentant les interventions des conférenciers, publiées sur le compte Youtube du PRCF.

Présentation par Jin Yong-ha, responsable du Comité des Travailleurs du Parti Démocratique et Populaire (Corée du Sud)

1-Contexte historique

La situation en Corée est très mal connue en France. Pour connaître la situation en Corée, il faut connaître son histoire. La Corée est un petit pays entouré de grandes puissances qui a dû sans cesse lutter pour conserver son indépendance. La politique isolationniste poursuivie jusqu'en 1910 a empêché l'industrialisation du pays et l'a rendu vulnérable à l'invasion japonaise.
L'occupation japonaise se poursuivit de 1910 à 1945 avec pour objectif l'anéantissement de la culture coréenne et de sa langue. Lorsque les Américains occupèrent ensuite le sud de la péninsule, ils donnèrent à la Corée du Sud une apparence d'indépendance tout en mettant à la tête de l'Etat sud-coréen les anciens dirigeants de la collaboration avec les Japonais.
Cela conduisit à une révolte très forte des Coréens du sud et à la formation du Comité national des travailleurs de Corée. Ce syndicat appela à la grève générale puis fut dissout par l'Etat sud-coréen pour être remplacé par des syndicats jaunes.
Une dictature militaire perdura des années 1960 jusqu'à la fin des années 1980.

Un événement important fut l'immolation par le feu du jeune travailleur Jon Tae-Il en 1970 qui marqua le mouvement de résistance à  la dictature. En juillet-septembre 1987, une série de grèves eut pour revendication la création d'un syndicat démocratique. Celle-ci fut effective avec la création de la Confédération Générale des Syndicats (KCTU) en 1995.
De ce syndicat naquit le Parti Progressiste unifié en 2000. Il y a en Corée moins de distance entre parti et syndicat démocratique qu'en France.

2-Actualité

Le mandat du président sud-coréen  est de 5 ans. La présidence actuelle Park Geun-hye est la prolongation de la présidence réactionnaire précédente avec Lee Myung-bak.
La présidence de Lee Myung-bak fut entachée entre autres par le lancement du projet d'aménagement des quatre fleuves à  la fois inutile et dangereux pour l'environnement. 2009 fut une année d'importantes répressions contre les travailleurs avec l'interdiction du syndicat des fonctionnaires alors que le droit de se syndiquer est reconnu par la Constitution sud-coréenne.
La présidence Park Geun-hye a commencé en décembre 2012 suite à des fraudes électorales massives.
En décembre 2014, le Parti progressiste unifié fut interdit suite à l'affirmation mensongère selon laquelle il aurait préparé un coup d'Etat avec le soutien de la Corée du Nord. Ceci montre le caractère fascisant de la présidence Park Geun-hye. Il y eut également le scandale du naufrage du Sewol avec 300 enfants morts en avril 2014, scandale qui ne fut jamais éclairci. Des mesures de répression furent prises contre les parents des victimes et les militants pour la vérité sur le naufrage, avec des arrestations et gardes à  vue arbitraires de plusieurs jours.
En 2013, le siège de la KCTU fut perquisitionné et son dirigeant arrêté et condamné à  7 ans de prison ferme. L'Organisation internationale du travail émit des protestations. Les demandes de création de syndicats de fonctionnaires furent rejetées et le syndicat des enseignants interdit.
Il faut savoir que la Corée du Sud a 10 millions de travailleurs précaires et trois millions de chômeurs pour 50 millions d'habitant et n'a pas de système complet de sécurité sociale. Participer aux luttes sociales et syndicales en Corée du Sud mène très souvent en prison.
La répression est particulièrement forte dans les grandes entreprises comme Samsung et Hyundai, dont le poids économique est écrasant. A Hyundai, il y a deux fois pus de travailleurs précaires que de travailleurs permanents.
A Samsung, les syndicats sont interdits. Il y a eu récemment une tournée européenne des syndicalistes (illégaux) de Samsung. Un problème grave est notamment l'exposition des travailleurs à  des substances toxiques qui ont causé au moins 80 leucémies mortelles.
A cela s'ajoutent d'autres problèmes comme ceux de la dette étudiante.
En conclusion, la résistance est forte au sein du peuple de Corée du Sud, et porteuse d'espoir pour l'avenir.

Présentation sur la Corée du Nord et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) par Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération

La Corée du Nord est l'objet de tous les fantasmes. Toute personne portant un autre regard que celui des médias dominants sur la Corée du Nord sera facilement qualifiée de "suppôt du régime". L'image négative la Corée du Nord en Occident est largement fabriquée par les services secrets sud-coréens et américains, alors que les Etats-Unis stationnent près de 30 000 soldats dans la péninsule coréenne. Ceci s'explique notamment par son système économique capitaliste, sa position géostratégique entourée de grandes puissances et ses capacités technologiques puisque la Corée du Nord est un des quelque 10 pays au monde capables de lancer un satellite dans l'espace.

Les Nord-Coréens ne prétendent pas être un modèle. La culture politique locale est très marquée par le confucianisme. Il s'agit d'une adaptation locale des démocraties populaires.

L'Association d'amitié franco-coréenne considère le dialogue avec la Corée du Nord nécessaire comme avec tout pays différent du nôtre. Dès sa fondation en 1969, l'AAFC ne comporta pas que des communistes mais aussi des socialistes, des gaullistes de gauche ou encore des chrétiens progressistes.

Le destin des deux Corée est lié malgré la division. Comme l'a montré la succession d'une phase de démocratisation de la Corée du Sud en 1998-2008 et de dialogue avec le Nord, suivie d'une phase autoritaire et de fermeture du dialogue avec la Corée du Nord, le combat social en Corée du Sud et le combat pour la paix et la réunification en Corée sont liés.

L'AAFC n'a pas pour but défendre en bloc un gouvernement qui ne prétend pas exporter son modèle, mais de donner des clés pour mieux comprendre la situation en Corée. La situation française est particulière puisqu'il s'agit du seul pays européen avec l'Estonie qui n'a pas établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée. L'AAFC ne s'intéresse pas seulement au Nord mais aussi au Sud de la péninsule, d'où sa contribution à la fondation du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud.

La question est souvent posée de savoir si la Corée du Nord est un pays socialiste. Le socialisme est un concept qui prend dans la réalité des formes diverses. On retrouve en Corée du Nord les caractéristiques essentielles du socialisme développé dans les démocraties populaires, avec notamment la propriété collective des grands moyens de productions, le système de santé et d'éducation gratuits, les logements à  prix modiques. Cependant, la Corée du Nord ne se reconnaît plus dans le marxisme-léninisme mais dans une idéologie qui lui est propre, les idées du Juche

La Corée du Nord a été fondée par des résistants à l'occupation japonaise, et la menace impérialiste permanente l'a amenée à maintenir une certaine opacité des mécanismes décisionnels au sommet de l'exécutif comme il est d'usage dans tous les réseaux de résistance. On notera cependant que le pouvoir à la base est exercé par les cellules du Parti du travail de Corée, qui fait remonter ses décisions, informations et opinions en haut de la pyramide.

Lors des années 1990, la Corée du Nord a perdu subitement la plupart de ses partenariats commerciaux. De plus la perte d'accès au pétrole soviétique à des conditions préférentielles cumulé avec de graves inondations ont considérablement mis à mal l'agriculture nord-coréenne jusqu'alors assez fortement mécanisée. Cette situation a conduit à un certain nombre de réformes marquées par la légalisation et la généralisation des marchés de surplus agricoles, la monétarisation de l'économie et une autonomisation de gestion des entreprises.

Le programme nucléaire nord-coréen prend son origine dans son manque de confiance dans ses alliés qui s'avèrera ensuite justifié dans les années 1990. Les dirigeants nord-coréens furent d'avis que seule la dissuasion nucléaire pouvait protéger leur pays d'une invasion des Etats-Unis, et furent confortés dans cette opinion par l'invasion de l'Irak, de l'Afghanistan, de la Libye... La Corée du Nord se voit ainsi, non sans raisons, comme un Etat guérilla en permanence menacé.

 

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 13:12

Lors d'une conférence de presse organisée le 1er février 2017, Ban Ki-moon, ancien secrétaire général des Nations unies, a annoncé qu'il renonçait à se présenter à l'élection présidentielle qui devrait être organisée à la fin du premier semestre 2017 (si la Cour constitutionnelle confirme le vote de destitution de la Présidente Park geun-hye, auquel cas une élection aurait lieu dans les 60 jours - alors que le président sortant de la Cour constitutionnelle, Park Han-chul, a exhorté ses collègues à rendre une décision d'ici le 13 mars) ou en décembre 2017 - si la Cour constitutionnelle invalide le vote de destitution de Park Geun-hye. 

Ban Ki-moon, lors de sa conférence de presse à l'Assemblée nationale

Ban Ki-moon, lors de sa conférence de presse à l'Assemblée nationale

L'anguille, comme avait été surnommé Ban Ki-moon pour sa capacité à être de toutes les majorités politiques successivement au pouvoir à Séoul (il était devenu secrétaire général des Nations unies grâce aux démocrates, avant d'avoir aujourd'hui le soutien des conservateurs sud-coréens), a finalement renoncé à se présenter, dénonçant ceux qui l'ont attaqué et déplorant que les conditions ne soient pas réunies pour réaliser un consensus national.

La vérité est plus prosaïque : Ban Ki-moon espérait rallier, grâce à son positionnement ambigu, non seulement les différentes factions conservatrices (le parti au pouvoir s'étant scindé en deux entre partisans et adversaires de Mme Park Geun-hye), mais aussi un certain nombre de centristes, voire de démocrates d'opposition, qui auraient opportunément rallié le favori. Mais le discours de ce pseudo-candidat "indépendant" était bien celui d'un candidat de droite classique, qui a par ailleurs multiplié les maladresses et été embourbé dans des scandales, comme l'a rappelé en termes mesurés l'agence de presse officielle sud-coréenne Yonhap :

Selon un magazine local, Ban aurait reçu environ 230.000 dollars de Park Yeon-cha, un homme d'affaires, alors qu'il était ministre des Affaires étrangères dans les années 2000. L'intéressé a menacé de poursuivre le magazine en justice. Par ailleurs, son frère et son neveu ont récemment été impliqués dans une affaire de corruption. Ban s'est dit «sidéré» par la nouvelle et a assuré qu'il n'était pas au courant des faits.

Dans ce contexte, Ban Ki-moon était tombé à moins de 20 % dans les intentions de vote, loin derrière le principal candidat démocrate Moon Jae-in, crédité de près de 30 %, adversaire malheureux de Park Geun-hye à l'élection présidentielle de 2012. Si l'on ajoute qu'un des prétendants sérieux à l'investiture démocrate, le maire de Séoul Park Won-soo, a aussi renoncé à se présenter, et que le leader du deuxième parti de sensibilité démocrate (le Parti du peuple), Ahn Cheol-soo, piétine à moins de 10 % dans les sondages, le scénario s'éloignait d'une possible victoire de Ban Ki-moon comme unique candidat de la droite et du centre, face à une opposition démocrate morcelée et divisée - alors que la Corée du Sud utilise le mode de scrutin uninominal à un tour, en vigueur aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui permet d'être élu par une minorité de votants.

Désormais, le candidat qui sortira vainqueur de l'élection primaire des démocrates fera un pas supplémentaire vers la victoire à l'élection nationale. Si Moon Jae-in est plus que jamais favori, il trouvera notamment sur sa route le populaire maire de Seongnam, Lee Jae-myung, qui a officialisé sa candidature le 23 janvier dans une usine de montres où il a travaillé pendant sa jeunesse, sur une ligne plus marquée à gauche et mettant l'accent sur la lutte contre la corruption, comme l'a souligné Yonhap :

Sous le slogan «une société juste», Lee propose une législation pour la restitution des biens acquis d’une façon illicite, l’accroissement des impôts sur les sociétés, l’extension des emplois et de la couverture sociale, la hausse des revenus des ménages ainsi que la croissance et le cycle vertueux de l’économie. Lee a également déclaré qu’il souhaite devenir «le président le plus incorruptible», «un président dévoué aux classes démunies». Ses promesses électorales incluent une allocation pour la garantie d’un revenu minimum d’un million de wons (environ 800 euros) par mois dont le nombre de bénéficiaires s’élèverait à 2,8 millions d’habitants âgés de moins de 29 ans et de plus de 65 ans.

Les derniers sondages, qui mettent en compétition plusieurs candidats appartenant à la même sensibilité politique (et donc susceptibles de se retirer en cas de vainqueur de l'un d'entre eux à l'élection primaire), donnent un peu plus de 10 % des intentions de vote à Lee Jae-myung. Mais les rebondissements peuvent encore être nombreux d'ici un scrutin dont la date même reste inconnue...

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 18:26

Le 1er janvier 2017, Chung Yoo-ra a été arrêtée à Aalborg au Danemark, ne disposant pas d'un titre de séjour valide. La fille de Choi Soon-sil devait être extradée vers la Corée du Sud, après avoir fait l'objet d'un signalement sur Interpol : son témoignage devrait permettre de mieux comprendre le système de corruption des conglomérats (et notamment de Samsung) mis en place par la gourou de la Présidente Park Geun-hye.

Chung Yoo-ra, la fille de Choi Soon-sil, arrêtée au Danemark

Médaillée d'or par équipe en équitation, à l'épreuve de dressage, aux Jeux asiatiques d'Incheon en 2014, Chung Yoo-ra (20 ans) visait l'or aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020. Mais les malversations de sa mère ont mis un coup d'arrêt à sa carrière : alors que les notes d'entrée de Chung Yoo-ra à l'Université Ehwa ont été truquées, la jeune femme aurait aussi bénéficié de largesses du groupe Samsung (pour un montant de 2,8 millions d'euros) dans sa préparation olympique en Allemagne. Elle sera également entendue sur l'achat de biens immobiliers qu'elle a effectué outre-Rhin.

Au final, ce sont 16 millions d'euros qu'aurait versés le groupe Samsung aux fondations sportives et culturelles créées par Choi Soon-sil, soit le plus important donateur parmi les conglomérats ayant versé leur obole aux lucratives activités de Mme Park. Ces versements pourraient ne pas avoir été désintéressés, comme la justice sud-coréenne cherche actuellement à le vérifier : quelques mois plus tôt, une fusion avait été opérée entre deux branches de Samsung, Cheil Industries et Samsung C and T, pour un montant de 7,6 milliards d'euros, grâce aux actions détenues par le
fonds de pension National Pension Service (NPS), troisième plus important fonds de pension au monde, dont le président Moon Hyung-pyo a été arrêté fin décembre. Ministre de la Santé au moment de la fusion, Moon Hyung-pyo est mis en cause pour abus de pouvoir, après avoir reconnu avoir effectué des pressions sur le fonds de pension pour qu'il approuve la fusion.

Cette fusion entre les deux branches du groupe Samsung était déterminante pour renforcer la position au sein du groupe du vice-président du conglomérat, Lee Jae-yong, héritier de Samsung, soutien inconditionnel des conservateurs au pouvoir à Séoul, et par ailleurs mis en cause pour ses pratiques antisyndicales et ses atteintes aux droits des travailleurs (en particulier, des centaines de cas de leucémies mortelles que Samsung refuse encore de reconnaître, pour la plupart, comme maladies professionnelles).

Collusion entre le pouvoir politique et les conglomérats financiers, enrichissement personnel, manipulation des hommes et des femmes politiques (au premier chef la Présidente Park Geun-hye, dont les avocats continuent d'adopter la ligne de défense du déni, sous l'influence de sa gourou Choi Soon-sil) : si la justice doit encore démêler les fils de ce qui pourrait devenir le plus retentissant scandale politico-financier de l'après-dictature en Corée du Sud, les ingrédients de ce mauvais feuilleton n'ont malheureusement rien de nouveau. Et c'est ce système corrompu et inégalitaire, soutenu grâce à la bienveillance des gouvernements occidentaux (avec un zèle tout particulier du Président François Hollande), dont ne veulent plus entendre parler les Sud-Coréens, qui ont manifesté par millions pour le départ immédiat de Mme Park Geun-hye.

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 17:25

Dans le système politique sud-coréen, le Président sortant ne peut pas être immédiatement candidat à sa réélection. Alors que le mandat de la Présidente élue en 2012, Mme Park Geun-hye, devait normalement venir à échéance en février 2018 après une élection en décembre 2017, le vote de sa destitution par le Parlement devrait accélérer le calendrier électoral - dans l'attente toutefois de la confirmation par la Cour constitutionnelle de la procédure de destitution, ou d'une démission de la chef de l'Etat en titre. En tout état de cause, les événements politiques des derniers mois, marqués par des manifestations de masse contre la Présidente Park, ont fortement modifié le contexte politique. L'AAFC présente les principaux prétendants possibles, à ce jour, à la magistrature suprême.

Quel(le) prochain(e) Président(e) pour la Corée du Sud ?

L'opposition démocrate a tiré le principal bénéfice des manifestations anti-Park Geun hye, et en premier lieu Moon Jae-in, qui appartient au principal parti d'opposition (Parti Minjoo), première formation politique au Parlement. Candidat malheureux contre Mme Park Geun-hye à l'élection présidentielle de 2012 (en ayant obtenu 48,02 % des voix contre 51,55 % à sa rivale), il a remis en cause les choix les plus contestés de l'actuelle administration conservatrice au pouvoir à Séoul - de la politique de tensions délibérée avec la Corée du Nord, en passant par l'accord nippo - sud-coréen sur les "femmes de réconfort" et au déploiement dans la péninsule du dispositif de missiles américain THAAD, dont il exige qu'il soit différé.

Pour être élu encore Moon Jae-in doit-il rassembler son propre camp, alors que le système électoral à un tour est taillé sur mesure pour favoriser le camp conservateur, qui se réunit plus facilement derrière un seul candidat, comme en 1987 où l'opposition démocrate a été battue après avoir réuni plus de 55 % des suffrages. A cet égard, si Moon Jae-in est crédité de 22,8 % des voix par l'institut de sondages indépendant Real Meter, le créneau du centre-gauche est également occupé par Ahn Cheol-soo (7,4 %), principale figure du second parti d'opposition en nombre de voix, le Parti du peuple, qui avait renoncé à concourir en 2012 en se ralliant (tardivement) à Moon Jae-in après avoir été un temps le favori des sondages, et surtout Lee Jae-myung (10,9 %) : le populaire maire de Seongnam est un électron libre de l'opposition démocrate, comparé à Bernie Sanders ou à Donald Trump pour sa critique des élites (il a d'ailleurs déclaré qu'il serait prêt à travailler avec Donald Trump), qui a été au premier rang des manifestations anti-Park Geun-hye et exige que la lutte contre la corruption remette en cause les pouvoirs acquis par les conglomérats - les chaebols - depuis des décennies et surtout que les conservateurs au pouvoir soient poursuivis. Partisan d'un dialogue avec la Corée du Nord, dans le cadre duquel il s'est dit prêt à rencontrer le Président Kim Jong-un, Lee Jae-myung a aussi mis en place d'importantes politiques sociales à Seongnam - et a engagé une grève de la faim dans le cadre d'un bras-de-fer financier avec le pouvoir central menaçant la pérennité de ses politiques locales. Les autres figures du camp démocrate, notamment le maire de Séoul Park Won-soon, n'atteignent pas 5 % dans les sondages. Pour sa part, la gauche - représentée au Parlement par le Parti de la justice (social-démocrate) - obtient traditionnellement des scores inférieurs à 4% lors de l'élection présidentielle.

Face aux démocrates, les conservateurs se sont divisés lors des manifestations contre Mme Park Geun-hye : la moitié des députés du parti Saenuri (au pouvoir) ont voté la destitution de la Présidente Park. Vingt-neuf députés de la fraction anti-Park du parti Saenuri ont d'ores et déjà fondé une nouvelle formation politique, le Nouveau parti conservateur réformiste. Dans les simulations électorales en cas d'élections législatives, le Nouveau parti conservateur réformiste est crédité d'un score supérieur (17,4 %) au parti Saenuri (15,8 %).

L'absence de figure prééminente au sein du camp conservateur a conduit à ce qu'un "indépendant" (membre en tout cas d'aucun parti), le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, dont le mandat prendra fin le 31 décembre 2016, devienne de fait le candidat des électeurs conservateurs : Real Meter le crédite de 24,5 % des intentions de vote. Ancien ministre des Affaires étrangères d'un Président démocrate, Ban Ki-moon est surnommé "l'anguille" pour sa capacité à changer de bord politique. Conscient qu'être le candidat des conservateurs (mais tous le rallieront-ils ?) le desservirait, il cherche toutefois à élargir son assise politique en ralliant des démocrates opportunistes. Un récent scandale de corruption l'a affaibli, sans abattre sa candidature attendue.

A moins d'un an de l'échéance, alors que traditionnellement les candidats à l'élection présidentielle sont désignés dans le cadre d'élections primaires, le jeu politique, bien que penchant en faveur des démocrates, reste ouvert.

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 21:02

Du 2 au 18 décembre 2016, des ouvriers sud-coréens du groupe Samsung et des membres de leurs familles ont visité l'Europe (France, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, Suisse) pour dénoncer les conditions de travail au sein du conglomérat. Le 14 décembre 2016, ils ont donné une conférence à Grenoble, à l'initiative du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) et de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), avec le soutien du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF) et du Comité internationaliste pour la solidarité de classe (CISC) qui remercient chaleureusement les organisateurs de cette rencontre - la CGT Métallurgie Isère, l'Union Locale CGT Grenoble, les salariés Ecopla et Fakir - pour l'audience importante de cette conférence suite à l'invitation qu'ils ont donnée aux travailleurs de Samsung. Nous publierons ci-après le compte rendu de cette conférence, qui reprend en partie un article déjà publié sur le site du CILD.
 

Grand succès de la conférence du Syndicat Général de Samsung à Grenoble
Le 14 décembre 2016, les syndicalistes sud-coréens du Syndicat Général de Samsung en tournée en Europe sont passés par Grenoble pour y donner une conférence.

Grâce à l'appui de la CGT métallurgie Isère, ils ont pu s'exprimer juste avant la réunion "Alu Debout" organisée en coopération avec Fakir en soutien aux salariés d'Ecopla. Ceci a permis de faire connaître leur combat auprès de plusieurs centaines de personnes. Ce fut également l'occasion d'établir des contacts avec des syndicalistes du bassin grenoblois, qui abrite une importante industrie de la microélectronique.

Les syndicalistes ont d'abord commencé par entonner leur chant de combat pendant la manifestation puis chacun d'entre eux a exprimé son vécu et la situation générale des travailleurs de Samsung et des sous-traitants de Samsung.

Ils ont rappelé que Samsung représente un quart du PIB de la Corée du Sud. Cette situation particulièrement aiguë de concentration capitalistique donne aux propriétaires de Samsung une influence démesurée dans la politique de la Corée du Sud, ainsi surnommée "République de Samsung". Ils usent de leur influence pour une politique antisalariée particulièrement féroce: interdiction du Syndicat Général de Samsung, seul syndicat réellement combatif, salaires bas, conditions de travail malsaines, conditions dures envers les sous-traitants. Il est important que les conditions de travail à Samsung soient enfin connues à l'étranger pour mettre fin à ces faits inacceptables.

Kim Sung-hwan est intervenu en tant que Président du Syndicat général des travailleurs de Samsung, syndicat illégal. Alors qu’il travaillait auprès d’un sous-traitant de Samsung, Kim Sung-hwan a créé en 1996 un syndicat indépendant, ce qui a entraîné la rupture de son contrat de travail puis une condamnation à trois ans de prison, de 2005 à 2007, suite à une plainte pour diffamation déposée par la firme. Depuis octobre 2012, Kim et ses camarades manifestent tous les mercredi devant le siège de Samsung pour exiger le respect du droit constitutionnel de s’organiser en syndicat et, plus généralement, la défense des droits des travailleurs.

Jung Ae-jung a perdu son mari à l'âge de 31 ans suite à une exposition à des produits toxiques dans le cadre de son travail qui a entraîné une leucémie. Elle a également fait une fausse couche à cause de son travail.

Kim Ji-sook avait commencé à travailler pour le compte de Samsung avec sa sœur en installant un poste de fabrication à domicile. Il s'agissait pour elle de payer les soins à sa mère malade, sachant qu'il n'existe pas de couverture sociale généralisée en Corée du Sud. Malheureusement, l'exposition à des produits toxiques avec du nickel l'a rendue malade, atteinte de leucémie, ainsi que sa sœur. Si elle a pu survivre à sa leucémie, ce n'est pas le cas de sa sœur, qui en est morte, suivie peu après par sa mère tuée par le chagrin. Lorsqu'elle protesta devant l'entreprise, elle fut frappée et blessée par le personnel de sécurité.

Au total, 223 salariés ou anciens salariés du groupe sont atteints de leucémie, et 76 d’entre eux en sont morts. Pourtant, le groupe Samsung s’obstine à reconnaître le moins possible de leucémies comme des maladies professionnelles dont il est responsable. Le profit ne connaît pas la morale mais uniquement le rapport de force.

Choi Sung-chul était un ancien patron de PME sous-traitante de Samsung et avait trois usines, deux en Corée du Sud et une en Chine. Samsung donne des sommes importantes aux partis politiques et à leurs membres. Choi Sung-chul obéissait ainsi aux requêtes impérieuses du groupe Samsung en faisant des dons hors de tout lien contractuel. Cependant, les exigences devenant de plus en plus intolérables, il refusa un jour de donner. Cela conduisit Samsung à mettre fin à tous ses contrats et à mettre son entreprise en faillite : il a tout perdu. Cet exemple montre le haut niveau de concentration du capital en Corée du Sud, qui conduit à l'affaiblissement des PME au profit des monopoles, en particulier de Samsung.

Pour faire taire ses opposants, Samsung lance des procès, achète le silence des médias sud-coréens, met sur écoute et organise des filatures. C’est contre ce système politique et économique corrompu, dont Samsung est le symbole le plus flamboyant, que des millions de Coréens se sont soulevés ces dernières semaines, jusqu’à obtenir le vote par le Parlement d’une motion de destitution de la Présidente Park Geun-hye. Mais ce n’est qu’un début, pour l’avènement d’une réelle démocratie politique et sociale en République de Corée, et qui exige plus que jamais la solidarité internationale avec les militants politiques et syndicaux en lutte.

Nous pouvons nous aussi en France aider les Coréens dans leur lutte en faisant connaître le plus largement possible les pratiques intolérables du groupe Samsung.


Regarder toutes les photos du voyage en Europe sur le site Internet du Syndicat général du groupe Samsung (cliquer sur le jour correspondant)
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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne Social Activités AAFC
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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 19:03

Après le vote par le Parlement de la motion de destitution de la Présidente Park Geun-hye le 9 décembre 2016, les manifestations géantes qui se succèdent en République de Corée (Corée du Sud) depuis plus d'un mois ont pris une autre tournure : la célébration de la première victoire que représente le vote du Parlement, qui aurait été clairement inenvisageable il y a deux mois sans la mobilisation populaire. Or, précisément, le risque existe que rien ne change en Corée : que les conglomérats continuent de déterminer la vie de la nation, que des drames comme celui du naufrage du ferry Sewol continuent de se produire (un thème très présent dans l'expression des manifestants, souvent très jeunes), que les atteintes de plus en plus nombreuses aux libertés politiques et syndicales ne prennent pas fin... C'est pour toutes ces raisons que la mobilisation s'est poursuivie, non seulement à Séoul et dans les autres villes coréennes et dans le monde, à l'initiative des Sud-Coréens eux-mêmes, sans ingérence extérieure - avec évidemment des chiffres de mobilisation moins importants. Nous revenons ci-après en images sur la manifestation du 10 décembre 2016 à Paris, qui a réuni 150 participants, en remerciant Dominique de Miscault pour avoir permis ce reportage photo.

Un parfum de victoire
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Un parfum de victoire
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)