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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 22:52

A la tribune des Nations Unies le 19 septembre 2017, le président américain Donald Trump a menacé de "détruire totalement la Corée du Nord". Des propos irresponsables et dangereux pour la paix du monde qui ont coïncidé avec l'envoi, la veille, de deux bombardiers B-1B et de quatre chasseurs furtifs F-35B au-dessus de la Corée. Mais jusqu'où iront les provocations verbales et militaires de Washington ?

"Détruire totalement la Corée du Nord" : les propos irresponsables et dangereux de Donald Trump

Devant 130 chefs d'Etat et de gouvernement réunis dans le cadre de l'Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump a ressuscité le discours désuet de George W. Bush sur les Etats voyous à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et de l'Iran, tout en multipliant les imprécations contre la Corée du Nord, qualifiée d' "Etat vicieux" et "corrompu" qu'il a menacé de "détruire complètement" si les Etats-Unis devaient se défendre, eux ou leurs alliés.

Une fois encore, l'administration américaine a dû tempérer les ardeurs guerrières de son commandant en chef en déclarant que les Etats-Unis n'avaient pas l'intention de faire la guerre. Tout le problème est qu'à force de crier au loup et de vitupérer Donald Trump apparaît au mieux lancer des imprécations vaines qui ne sont que des rodomontades, au pire prouver son caractère instable et la difficulté qu'a à le retenir dans ses élans bellicistes un appareil d'Etat qui sait qu'une nouvelle guerre de Corée entraînerait des millions de morts.

Dans ce contexte dangereux, où Washington poursuit une escalade verbale et militaire qui apparaît comme autant de provocations à l'égard de Pyongyang, la Chine rejette dos à dos les Etats-Unis et la RPD de Corée, en menant par ailleurs des manoeuvres militaires conjointes avec la Russie qui font clairement apparaître trois blocs dans la crise actuelle (les Etats-Unis et leurs alliés, la RPD de Corée, la Chine et les pays qui - comme la Russie - plaident pour un dialogue passant par un "double gel" - de ses essais nucléaires et balistiques par la RPDC, de ses manoeuvres militaires pour les Etats-Unis).

Les autres Etats oscillent entre le bloc américain et celui sino-russe. Ainsi, la France d'Emmanuel Macron appelle au renforcement drastique des sanctions contre Pyongyang, et en même temps à la reprise du dialogue - ce qui est pourtant profondément contradictoire : personne ne négocie avec un pistolet posé sur sa tempe. Dans le débat sémantique sur le concept polémique d'Etat voyou, les méthodes de gangster sont bien celles des Etats-Unis.

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Etats-Unis-Corée
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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 21:47

Si la montée des tensions dans la péninsule coréenne a conduit l'administration Moon Jae-in à réaffirmer son alliance militaire avec les Etats-Unis, des responsables démocrates s'interrogent ouvertement sur la nécessité d'une sortie de crise impliquant que Washington accepte de reprendre le dialogue avec Pyongyang. Dans ce cadre, nous publions ci-après, traduit de l'anglais par BA, une tribune de Lee Jong-seok, chercheur à l'Institut Sejong et ancien ministre de la Réunification du Président de la République de Corée Roh Moon-hyun, publiée le 11 septembre 2017 dans le quotidien progressiste sud-coréen Hankyoreh et intitulée "Les Etats-Unis doivent établir des relations diplomatiques avec la Corée du Nord pour sortir de la crise. Le soutien sud-coréen aux sanctions ne fera qu'accroître la crise". La proposition de Lee Jong-seok de combiner reconnaissance diplomatique, dénucléarisation de la RPD de Corée et garanties de sécurité pour la Corée du Nord reprend un plan défendu de longue date par l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). Les liens intertexte ont été ajoutés par nous.

Lee Jong-seok

Lee Jong-seok

Il peut sembler étrange de parler de négociations au moment où la communauté internationale est furieuse en réaction au sixième essai nucléaire nord-coréen. L’histoire nous a cependant montré que le temps passant, après avoir regagné notre calme, nous serons face à la situation qui veut que notre approche « pas de réflexion, que des sanctions » ne fera qu’exacerber un cercle vicieux, et nous serons encore davantage conscients qu’il n’y a pas d’alternative à la négociation.

Certains avancent que l’on peut nuire aux intérêts vitaux de la Corée du Nord en coupant son ravitaillement en pétrole. Cependant, ainsi que de nombreux experts du pays l’ont montré, cette stratégie ne fera qu’endommager l’économie nord-coréenne sans parvenir à soumettre Pyongyang. Au lieu de cela, l’accroissement des souffrances subies par le peuple se traduiront uniquement par une augmentation des tensions, attisant une mentalité du « tout pour le tout » qui pourrait mener à des provocations militaires le long de la ligne d’armistice ou de la Zone de Limite Nord (NLL). Ce risque ne peut qu'aller grandissant quand c’est Séoul qui se place en tête de ceux qui demandent des sanctions. C’est pour cette raison que le gouvernement sud-coréen se doit d’adopter une approche équilibrée même dans le contexte des sanctions, et qu’il lui faut adopter une réponse prudente et stratégique.

La question suivante est de savoir s’il existe maintenant une possibilité de parvenir à ce que la Corée du Nord abandonne ses armes atomiques. Cela pourrait uniquement être possible avec un changement de stratégie de la part de Washington, mais il reste une dernière carte à jouer : l’établissement de relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Corée du Nord. Il s’agirait d’un troc entre les deux parties, chacun donnant à l’autre ce qu’il souhaite selon le principe d’actions simultanées – Washington proposant à Pyongyang l’établissement de relations diplomatiques et la signature d’un traité de non-agression en contrepartie de l’abandon par le Nord de son programme nucléaire et balistique intercontinental.

La Corée du Nord proclame peut-être qu’elle n’a aucune intention de renoncer à sa force nucléaire, mais elle a laissé un indice quant à cette possibilité. Le dirigeant Kim Jong Un a affirmé qu’il ne s’assiérait pas à la table des négociations pour la dénucléarisation « tant que la politique hostile américaine et les menaces nucléaires ne seront pas fondamentalement résolues ». Cela signifie que le pays pourrait abandonner son armement atomique si la relation antagoniste qu’il entretient avec les Etats-Unis s’améliore et que sa non-agression est garantie. Exposée ainsi de façon grossière, cette condition de la part de Pyongyang est quelque chose que la Corée du Nord a en permanence mis en avant durant les deux dernières décennies, depuis que la question nucléaire a émergé.

Une conclusion similaire peut être tirée si l’on considère les raisons pratiques derrière la volonté de Kim de posséder un armement nucléaire et des missiles intercontinentaux. On peut les diviser en trois grandes catégories : répondre à la politique hostile des Etats-Unis, affermir son pouvoir au sein du pays et empêcher la possible intervention physique de forces extérieures en Corée du Nord.

Pour faire court, l’objectif principal de Kim est d’assurer la stabilité de son régime. La dernière de ces préoccupations est devenue cruciale au regard du sort du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui a renoncé à son programme nucléaire et aux armes de destructions massives en échange de l’amélioration des relations avec les Etats-Unis, pour se faire destituer et tuer (en octobre 2011) durant la révolution démocratique avec l’aide des forces de l’OTAN menées par les Etats-Unis. Le second objectif – affermir le pouvoir de Kim à l’intérieur du pays par l’intermédiaire du développement nucléaire – semble avoir été déjà plus ou moins atteint.

En ce sens, l’établissement de relations diplomatiques entre la Corée du Nord et les Etats-Unis ainsi qu’une garantie de non-agression entraînera sans doute une avancée majeure vers l’abandon par Pyongyang de son programme nucléaire. Si les deux parties parviennent à atteindre un tel accord, le Nord devra geler son programme nucléaire et mettre un terme à ses provocations balistiques, tandis que l’ONU travaillera à la levée des sanctions économiques, créant un environnement favorable pour étoffer et mettre en oeuvre les termes d’un accord. Avec les Pourparlers à Six, nous pourrons obtenir des garanties internationales protégeant ce traité incluant l’abandon définitif de l’arme atomique par la Corée du Nord ainsi que la transition d’un système d’armistice vers une situation de paix dans la péninsule.

Il apparaît peu probable que les Etats-Unis prêtent la moindre attention à cette proposition – arguant comme ils le font actuellement qu’il ne peut y avoir de dialogue tant que la Corée du Nord ne met pas un terme à ses provocations et n’émet pas un signal montrant son intention de se dénucléariser. Mais s’ils perçoivent réellement la situation actuelle de la Corée du Nord et son armement atomique comme une menace sérieuse, ils n’ont aucune raison de ne pas s’y intéresser. Cela ne coûtera rien d’un point de vue américain. Bien qu’elles aient été considérées comme la « dernière solution » si la crise devenait incontrôlable, l’établissement de relations diplomatiques entre la Corée du Nord et les Etats-Unis a toujours été une solution, étant donné que l’origine de la question nucléaire nord-coréenne repose sur la méfiance mutuelle entre les deux parties.

Avec sa préférence affichée pour exercer une pression extrême sur le Nord, l’administration Moon Jae-in pourrait envisager cette suggestion avec suspicion. En vérité, cependant, cette idée représentait le cœur de l’approche de l’administration de Kim Dae-jung et de celle de Roh Moo-hyun, et cette dernière est partagée parmi un grand nombre d’experts qui ont soutenu la candidature de Moon à la présidence. Il ne sera sans doute pas aisé de passer par-dessus les Etats-Unis, mais il est cependant nécessaire de commencer dès à présent en prévision du rôle que Séoul sera amené à jouer, de la gravité de la situation du nucléaire nord-coréen et afin d’être le meneur d’une situation compliquée à l’aide d’une diplomatie créative plutôt que d’aligner les wagons de sanctions les uns derrière les autres.

Ce plan n’a pas besoin d’être respecté à la lettre, mais l’administration Moon a besoin d’une stratégie et d’actions indépendantes pour parvenir à des avancées pacifiques par la négociation.

Lee Jong-seok, Chercheur à l’Institut Sejong et ancien Ministre de la Réunification de l’administration Roh Moo-hyun

Article original en anglais :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Etats-Unis-Corée Relations intercoréennes
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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 07:25

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) avait vivement dénoncé les nouvelles sanctions prises à son encontre par le Conseil de sécurité des Nations unies, le 11 septembre 2017, comme une violation sans précédent de sa souveraineté : le tir de missile auquel elle a procédé le 15 septembre 2017 apparaît comme la réponse à la résolution 2375 du CSNU qui, selon ses promoteurs, devait forcer la RPDC à revenir à la table des négociations. Comme tous les experts de la question nord-coréenne l'avaient annoncé, c'est évidemment tout le contraire qui s'est produit : seul un vrai dialogue, prenant en compte les attentes de toutes les parties (y compris de la RPDC) pour sauvegarder leurs intérêts vitaux, sera de nature à mettre fin au cycle continu d'escalade des tensions et des sanctions.

La trajectoire du missile nord-coréen apparaît sur les écrans japonais.

La trajectoire du missile nord-coréen apparaît sur les écrans japonais.

Selon le ministère de la Défense de la République de Corée (Corée du Sud), le missile a parcouru une distance inédite : 3 700 kilomètres, atteignant une altitude de 770 kilomètres. Il a survolé le Japon, avant de s'abîmer en mer, dans l'océan Pacifique. Intervenant 12 jours après le sixième essai nucléaire nord-coréen, il montre la résolution de la RPD de Corée de se doter d'une force de dissuasion nucléaire complète pour prévenir toute attaque américaine à son encontre, quelles que soient les sanctions prises contre elle à l'initiative des Etats-Unis et de leurs alliés.

Comme toujours, la Corée du Sud et le Japon ont vivement protesté, de même que les Etats-Unis et les principales puissances occidentales - la Corée du Sud procédant même, unilatéralement, à un tir de missile balistique qui ne fera qu'envenimer davantage la situation. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir d'urgence le jour même du tir, le vendredi 15 septembre 2017.

Si de nouvelles sanctions devaient être proposées, elles ne freineraient en rien la détermination nord-coréenne - leur seul effet serait de frapper durement les populations. Une attaque militaire américaine serait dévastatrice, causant des millions de morts de chaque côté, car elle serait conduite à l'encontre d'un pays doté de missiles balistiques intercontinentaux et d'armes nucléaires. Reste la voie du dialogue (d'un vrai dialogue et pas d'un diktat imposé à un Etat souverain), qu'avaient à nouveau rappelé la veille du tir les dirigeants australien et allemand, et que préconisent de longue date la Chine et la Russie. Mais les Etats-Unis vont-ils enfin s'engager dans cette voie, en arrêtant leurs menaces inquiétantes de guerre ? Il est de la responsabilité de la communauté internationale de ramener l'administration Trump à une solution raisonnable, pour sortir d'une impasse dont l'issue serait une catastrophe planétaire, sept décennies après le lancement des bombes atomiques américaines sur Hiroshima et Nagasaki.

Source : 

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 23:13

Suite au sixième essai nucléaire auquel a procédé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 3 septembre 2017, les Etats-Unis font circuler une proposition de résolution auprès des autres membres du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) en vue de renforcer les sanctions, déjà draconiennes, contre Pyongyang. Si les Américains souhaitent un vote du CSNU dès le lundi 11 septembre 2017, un accord avec la Chine et la Russie est, à ce stade, plus qu'improbable. Décryptage d'un programme qui traduit à la fois une instrumentalisation impériale du droit des relations internationales ainsi qu'une volonté délibérée d'affamer et de tuer des millions d'hommes, de femmes et d'enfants nord-coréens. 

Le Conseil de sécurité des Nations unies

Le Conseil de sécurité des Nations unies

Bien que la RPD de Corée soit déjà, à ce jour, le pays le plus sanctionné de la planète, les Etats-Unis veulent aller encore plus loin : en faire le pays le plus lourdement sanctionné de l'histoire. Cette perspective d'un régime de sanctions sans équivalent à aucun endroit du monde ni aucune périodique historique apparaît alors que l'hypothèse d'une attaque militaire américaine s'éloigne au regard de la dissuasion nucléaire nord-coréenne du faible au fort. 

Embargo total sur les importations nord-coréennes de pétrole, interdiction des exportations nord-coréennes de produits textiles, gels des comptes et avoirs de cinq des principaux dirigeants nord-coréens (dont le Maréchal Kim Jong-un) et interdiction de leurs déplacements à l'étranger, interdiction d'envoi de travailleurs détachés nord-coréens à l'étranger, inspection en haute mer des navires nord-coréens... La liste des propositions américaines est impressionnante de par son ampleur.

A part peut-être, semble-t-il, les exportations de produits textiles, la Chine et la Russie, qui disposent d'un droit de veto au CSNU, ont fait part de leur désaccord. Ces deux pays estiment que l'étranglement économique de la Corée du Nord ne favorisera en rien un retour à une issue négociée à la crise en cours. Pékin a appelé d'autres Etats membres du CSNU, dont la France, pour les exhorter à favoriser la reprise du dialogue - mais rien n'indique à ce stade que Paris ait donné suite à ces propositions.

Si Pyongyang pratique une diplomatie au bord du gouffre, Washington a une conception impériale des relations internationales, fondée sur l'unilatéralisme (fini le temps de la concertation préalable avec Pékin), le chantage (avec la menace, en cas de non-satisfaction, d'établir son propre régime de sanctions ou encore d'étendre celles-ci aux pays tiers qui commercent avec la RPDC), la mise devant le fait accompli (les Etats-Unis exigent un vote sur les sanctions dès le lundi 11 septembre) et l'outrance délibérée (pour atteindre l'objectif visé en réalité il faut feindre de placer beaucoup plus haut la position initiale de négociation).

L'AAFC souligne en outre que les mesures proposées feront de nouveau comme principales - sinon seules - victimes les populations nord-coréennes. Un embargo total sur les produits pétroliers signifie par exemple le retour à la charrue avec l'impossibilité de disposer de carburant pour les tracteurs, ou encore la fin de la navigation en dehors de la pêche côtière pour les navires nord-coréens, faute de fioul... Lorsque l'on connaît le besoin des produits de la mer pour l'apport en protéines des Coréens, au regard des possibilités limitées d'élevage, les responsables américains brandissent bel et bien l'arme de la famine. L'AAFC appelle à rejeter avec force ce programme criminel, qui aurait pour effet de provoquer des millions de victimes. 

Sources : 

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 12:27

La tension est encore montée d'un cran dans la péninsule coréenne après le sixième essai nucléaire auquel a procédé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 3 septembre 2017 : alors que la RPDC a toujours défendu la possession de l'arme nucléaire dans une logique de dissuasion, ce qui rend hautement improbable qu'elle agisse en premier, le risque d'embrasement et de guerre vient bien de l'administration Trump qui a réaffirmé une nouvelle fois la possibilité d'une action militaire dont les conséquences seraient désastreuses, en Asie du Nord-Est et au-delà. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) tient à réaffirmer son engagement pour la paix, convaincue de l'impérieuse nécessité d'un retour au dialogue pour dénouer une crise dont elle souhaite rappeler les enjeux principaux en huit points.

1. Le programme nucléaire nord-coréen a une logique pleinement rationnelle, correspond à la sauvegarde de sa souveraineté nationale par Pyongyang : il a été développé avec la ferme conviction que les exemples irakien et libyen montraient que l'on ne pouvait pas avoir confiance dans les Etats-Unis quant à un désarmement unilatéral.

2. La RPD de Corée est le seul pays au monde aussi lourdement sanctionné pour avoir développé une capacité de dissuasion nucléaire autonome : le fait que Israël ou le Pakistan, alliés des Etats-Unis, aient pu pour leur part se doter de l'arme nucléaire témoigne d'un "deux poids deux mesures" dans l'application par Washington et ses alliés du principe de non-prolifération nucléaire.

3. Les six essais nucléaires auxquels a procédé la RPDC depuis 2009 doivent être comparés au nombre d'essais américains (plus de 1 000) ; par ailleurs, les Etats-Unis sont très fortement soupçonnés de poursuivre la modernisation de leur armement nucléaire dans le cadre d'essais en laboratoire qui, eux, échappent au contrôle du dispositif issu du traité d'interdiction des essais nucléaires.

4. Les Etats-Unis sont le seul pays au monde à avoir utilisé l'arme nucléaire, lors des bombardements de Hiroshima et Nagaski en 1945, et ils ont envisagé de recourir à cette arme pendant la guerre de Corée, ce qui ne les qualifie pas pour donner des leçons en la matière aux autres pays du monde.

5. La seule issue à la crise en cours est l'engagement de véritables négociations, qui prennent en compte les exigences de sécurité de la Corée du Nord et conduisent à la signature d'un traité de paix et à la mise en place d'une régime de sécurité collective, et non des négociations léonines dans lesquelles Pyongyang commencerait par renoncer à ses programmes nucléaires et balistiques, comme le souhaite Washington.

6. La création d'un climat de confiance entre l'ensemble des parties suppose déjà que, en contrepartie du gel de ses programmes militaires par la RPDC, les Etats-Unis et leurs alliés cessent leurs exercices de guerre au large de la péninsule coréenne et l'installation du système de missiles THAAD en Corée du Sud et lèvent tout ou partie des sanctions à l'encontre de la Corée du Nord.

7. Non seulement les sanctions internationales n'ont pas empêché le développement par la RPDC de ses programmes nucléaires et balistiques, mais elles ont lourdement touché les populations ; le chantage à l'arme alimentaire ou aux livraisons de pétrole que pratiquent les Etats-Unis à l'égard de la RPDC est une attitude humainement inacceptable vis-à-vis des femmes, des hommes et des enfants qui vivent en Corée du Nord.

8. Les Etats membres des Nations unies devraient réfréner les ardeurs militaristes des faucons dans les cercles dirigeants américains, conformément aux objectifs de la Charte des Nations unies de préserver la paix et la sécurité mondiales.

 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC Relations Etats-Unis-Corée
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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 09:07

Le 3 septembre 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à son sixième essai nucléaire : le Maréchal Kim Jong-un cité par la télévision nord-coréenne, qui le montre diriger cet essai, en a revendiqué la "réussite totale". Selon les autorités de la RPDC, "les scientifiques du domaine nucléaire de la République populaire démocratique de Corée ont conduit avec succès l'essai d'une bombe H" dans la partie nord du pays à 12h heure locale (3h30 heure GMT). Les Américains et leurs alliés n'avaient pas encore confirmé s'il s'agissait selon eux d'une bombe à hydrogène, alors qu'a été détectée une secousse tellurique environ dix fois plus puissante que lors des précédents essais nucléaires nord-coréens.

Les médias nord-coréens ont montré le Maréchal Kim Jong-un inspectant une bombe thermonucléaire

Les médias nord-coréens ont montré le Maréchal Kim Jong-un inspectant une bombe thermonucléaire

L'essai nucléaire a été effectué par le site de Punggye-ri, au nord-est du pays. Il a généré un séisme d'une puissance correspondant à une magnitude estimée entre 6,1 (selon les autorités géologiques chinoises) et 6,3 (selon leurs homologues américains) sur l'échelle de Richter.

Quelques heures après l'essai, la télévision centrale nord-coréenne a déclaré qu'il s'agissait d'une bombe thermonucléaire à deux étages pouvant être installée sur un missile intercontinental - comme ceux de type Hwasong-14, testés les 4 et 28 juillet 2017. Des images ont montré le Maréchal Kim Jong-un inspecter un composant nucléaire de type nouveau, ressemblant à une bombe thermonucléaire de type Teller-Ulam présentant deux protubérances pouvant correspondre à deux étages (l'un pour la fission, en partie haute ou primaire, l'autre pour la fusion, en partie basse ou secondaire : l'explosion de la bombe à fission entraîne le déclenchement de la fusion). 

Selon le dirigeant nord-coréen cité par l'agence nationale KCNA, "tous les composants de cette bombe H ont été fabriqués à 100 % nationalement" : il s'agit d' "une bombe thermonucléaire d'une très grande puissance fabriquée par nos efforts et notre technologie". 


Les experts militaires occidentaux avaient contesté les déclarations nord-coréennes selon lesquelles le quatrième essai nucléaire nord-coréen, et le premier revendiqué comme étant celui d'une bombe H, effectué le 6 janvier 2016, était celui d'une bombe thermonucléaire. Des analyses indépendantes de celles effectuées par la RPDC avaient cependant montré l'utilisation de matériaux, comme le lithium 6, pouvant être utilisés dans une bombe H, après les quatrième et cinquième essais nucléaires de la RPDC, les 6 janvier et 9 septembre 2016. Les recherches avaient été effectuées à partir de prélèvements de radionucléides libérés dans l'atmosphère par l'explosion, mais comme l'observe Ankit Panda pour The Diplomat "la Corée du Nord jusqu'à ce jour a connu des succès remarquables pour réduire le vent" généré par ses essais nucléaires pour opérer de tels prélèvements.

En tout état de cause, la bombe montrée ce 3 septembre 2017 a une apparence très différente de celle dévoilée par les Nord-Coréens en février 2016, après l'essai nucléaire du mois précédent, et son explosion a entraîné un séisme d'une puissance nettement accrue. Selon Lassina Zerbo, secrétaire exécutif de l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires cité par Le Monde "si cet événement venait à se confirmer comme étant un test nucléaire, cela voudrait indiquer que le programme nucléaire nord-coréen progresse très rapidement". 

La stratégie américaine de l'administration Obama, poursuivie et amplifiée par l'administration Trump à l'origine du plus sévère régime de sanctions jamais imposé, le 5 août 2017, à la RPD de Corée, consiste à empêcher la poursuite des programmes nucléaire et balistique nord-coréens et à contraindre la RPDC à revenir à la table des négociations pour acter l'abandon de ces programmes. Cette politique a clairement échoué en refusant de prendre en compte les attentes nord-coréennes en termes de sécurité nationale, au regard des progrès accomplis par la RPDC. L'approche américaine est ainsi de plus en plus ouvertement remise en cause par la Chine - qui a "fermement condamné" l'essai nucléaire de la Corée du Nord, en l'appelant à se conformer à ses obligations résultant des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies - et la Russie. Dans un mouvement de surenchère par rapport à l'administration Trump, l'administration du Sud-Coréen Moon Jae-in, par la voie de son conseiller Chung Eui-yong, a déclaré qu'il fallait renforcer les sanctions contre la Corée du Nord afin de "l'isoler complètement" - rompant ainsi avec ses précédentes déclarations appelant à la relance du dialogue intercoréen, auxquelles Pyongyang n'avait pas donné suite en estimant qu'elles manquaient de sincérité.

Sources : 

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 11:32

Le 29 août 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé dans la matinée à un tir de missile ayant survolé le Japon. Cette nouvelle initiative, après trois tirs de missile de courte portée le 26 août, apparaît comme la réponse de Pyongyang au renforcement toujours accru des sanctions internationales contre la RPD de Corée et aux exercices de guerre américano - sud-coréens  Ulji Freedom Guardian en cours jusqu'au 31 août. Le pari de l'administration Trump selon lequel la fermeté ferait plier la RPD de Corée s'est révélé une nouvelle fois erroné - ce qui n'est pas une surprise, la RPD de Corée ayant toujours répondu aux réactions hostiles des Etats-Unis et de leurs alliés par la poursuite de ses programmes nucléaire et balistique. Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne souhaite que les Etats-Unis formulent une offre sérieuse de dialogue comportant un geste significatif prouvant leur bonne volonté - suspension des manœuvres militaires, levée au moins partielle des sanctions en contrepartie d'une reprise des négociations - et pouvant prendre la forme d'un appel de Kim Jong-un par Donald Trump, afin de mettre fin au cycle sans cesse renouvelé des tensions et des sanctions.

Tir de missile au-dessus du Japon : la réponse nord-coréenne aux sanctions et aux exercices de guerre des Etats-Unis

Le missile a procédé au tir (qui n'est manifestement pas celui d'un ICBM, contrairement à juillet) en début de matinée depuis les environs de Sunan, ville qui abrite l'aéroport de Pyongyang - la RPD de Corée apportant ainsi la preuve qu'elle dispose de capacités de lancement réparties sur l'ensemble de son territoire, afin de dissuader les Etats-Unis de procéder à des frappes ciblées sur certaines de ses installations militaires. Le missile a parcouru 2 700 kilomètres pendant 15 minutes à une hauteur maximale de 550 kilomètres, avant de tomber en mer à environ 1 180 kilomètres des côtes japonaises. Précédemment, des fusées portant des satellites - et non des missiles balistiques - avaient déjà survolé le Japon à plusieurs reprises depuis 1998. Comme lors de ces précédents tirs de fusée, le Japon a dénoncé, par la voix de son Premier ministre Shinzo Abe, "une menace grave et sans précédent". Alors que ce lancement contrevient aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), le CSNU doit se réunir d'urgence le mardi 29 août après-midi, à la demande de Washington, Tokyo et Séoul. Donald Trump et Shinzo Abe se sont entretenus au téléphone pendant 40 minutes.

La Chine a appelé l'ensemble des parties à la retenue : la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hua Chunying a déclaré que "la Chine appelle l'ensemble des parties concernées à ne pas prendre de mesures qui pourraient provoquer une autre partie et conduire à l'escalade des tensions dans la région". Après avoir promis à la RPDC "le bruit et la fureur" dans une réaction d'une puissance telle que le monde ne l'a jamais connue, le Président Donald Trump entend à présent exercer une "pression pacifique" sur la Corée du Nord.

Si Tokyo avait menacé de détruire en vol un engin nord-coréen qui survolerait son territoire, il n'a pas été pris d'initiative en ce sens. Les habitants de l'île japonaise de Hokkaido, survolée pendant deux minutes, ont reçu un message leur demandant de se mettre à l'abri. Joshua Pollack, chercheur au Centre James Martin des études de non-prolifération, a déclaré à CNN que la trajectoire suivie (à l'Est de la Corée, et non en direction de Guam) représentait une "mesure de réduction des risques", au regard des zones habitées survolées, dans l'hypothèse où le tir aurait connu un problème. Le choix d'une trajectoire survolant le Japon peut aussi être rapproché de la conduite des exercices militaires conjoints américano-japonais Northern Viper à Hokkaido. Rendant ensuite compte de ce tir, les autorités nord-coréennes ont précisé qu'il était intervenu le jour anniversaire de l'entrée en vigueur du traité d'annexion de la Corée par le Japon, le 29 août 2010. Un porte-parole du ministère américain de la Défense a ajouté que ce tir n'avait "pas représenté une menace pour l'Amérique du Nord".

Même si elle n'était pas davantage menacée, la République de Corée (Corée du Sud) a procédé, quelques heures plus tard, à des exercices de bombardement par quatre F-15K, ayant largué près de la RPDC huit bombes d'une tonne MK-84, afin de montrer sa "capacité à détruire la direction nord-coréenne" en cas "d'urgence". Cette initiative rend encore un peu plus improbable une reprise du dialogue intercoréen, sacrifiée à l'espoir de Séoul - jusqu'ici déçu - de pouvoir peser davantage sur les orientations stratégiques prises par Washington en se positionnant comme le plus fidèle allié des Américains en Asie du Nord-Est.

 

Bombardement par la Corée du Sud

Bombardement par la Corée du Sud

Alors qu'il apparaît de plus en plus improbable que la RPD de Corée renonce volontairement à ses armes nucléaires au regard des progrès accomplis, des négociations - seule issue crédible et souhaitable à la crise en cours - porteraient à présent sur la non-prolifération et le gel éventuel des programmes nucléaires et balistiques nord-coréens. D'autant, comme l'observe CNN dans un encadré que nous reproduisons ci-après et traduisant le point de vue du consensus des experts américains, qu'une force de dissuasion nucléaire est pour les autorités nord-coréennes la garantie de ne pas connaître le sort de l'Irak et de la Libye, les experts (y compris les conseillers des gouvernements occidentaux) ne croyant pas à un recours en premier à l'usage de la force militaire par la Corée du Nord :

Pourquoi la Corée du Nord veut des armes nucléaires et des missiles

La Corée du Nord a depuis longtemps développé ses armes nucléaires et ses missiles de longue portée pour dissuader les Etats-Unis de tenter de renverser le régime de Kim Jong Un.

Pyongyang considère que les dirigeants de pays comme l'Irak - où l'ancien dictateur Saddam Hussein a été renversé par les Etats-Unis - et la Libye, dont l'ancien dirigeant a abandonné ses ambitions nucléaires contre un allègement des sanctions et une aide, ont été renversés et tués après une intervention américaine dans un contexte d'instabilité intérieure - et croit que seule la menace de frapper le territoire des Etats-Unis avec une force de représailles nucléaire empêchera une intervention militaire américaine.

Beaucoup d'experts pensent que la Corée du Nord n'utilisera pas ses armes en premier. Selon les experts, Kim Jong Un place la survie de son régime au-dessus de tout et sait que l'utilisation d'une arme nucléaire déclencherait une guerre qu'il ne pourrait pas gagner.

En revanche, le risque qu'une guerre soit déclenchée par les Etats-Unis de l'imprévisible Donald Trump est plus élevé - et c'est bien ce risque-ci qu'il convient de conjurer.

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 16:13

Lors de la crise qui a opposé l'Américain Donald Trump au Nord-Coréen Kim Jong-un en août 2017, peu de cas a été fait de la position de la Corée du Sud de Moon Jae-in : si ce dernier a affirmé le 17 août qu'il n'y aurait pas la guerre dans la péninsule car Séoul y opposerait son "veto", en réalité la République de Corée n'a jamais disposé tout au long de la crise, en droit ou en fait, d'une véritable capacité à peser sur les décisions de l'administration américaine, tout en ne disposant pas de leviers par ailleurs vis-à-vis de Pyongyang et de Pékin. Comme l'a montré Tim Beal, dans une analyse publiée par The Asia-Pacific Journal - Japan Focus que nous reprenons largement ci-après, l'impuissance sud-coréenne est le résultat d'un choix délibéré du Président sud-coréen d'éviter toute confrontation avec l'administration Trump et de ne pas utiliser les quelques marges de manœuvre dont il disposait pour relancer le dialogue intercoréen. Ces choix malheureux ont conduit à l'effacement du rôle de Séoul dans la crise récente.

La ministre des Affaires étrangères de la République de Corée Kang Kyung-wha pose, au centre, aux côtés de ses homologues américain Rex Tillerson et japonais Taro Kono, lors du forum régional de l'ASEAN à Manille début août 2017

La ministre des Affaires étrangères de la République de Corée Kang Kyung-wha pose, au centre, aux côtés de ses homologues américain Rex Tillerson et japonais Taro Kono, lors du forum régional de l'ASEAN à Manille début août 2017

Surtout, ne pas compromettre la relation stratégique Etats-Unis - République de Corée : cette obsession de Moon Jae-in l'a conduit à éviter les sujets de désaccord lors de sa rencontre aux Etats-Unis, fin juin 2017, avec le président américain Donald Trump (c'est à la demande de la partie sud-coréenne que la question du bouclier antimissile THAAD n'a pas été évoquée) - tout en se faisant imposer par Washington le principe d'une révision, à plus ou moins court terme, de l'accord de libre échange entre les deux pays, et sermonner sur le coût du fardeau que représenterait la défense de la Corée du Sud par les Etats-Unis - Donald Trump ayant réaffirmé sa volonté de faire payer davantage les Sud-Coréens.

Les médias sud-coréens ont alors loué la qualité de la relation personnelle qui aurait ainsi été établie entre les deux chefs d'Etat - bien qu'on ait vu ce qui était advenu des liens d'homme à homme prétendument noués entre Donald Trump et Xi Jinping. De même, les médias de Corée du Sud ont souligné que Moon Jae-in aurait obtenu des Américains de pouvoir relancer le dialogue intercoréen - autorisation qui, au demeurant, n'avait pas été sollicitée par les prédécesseurs de Moon Jae-in engagés dans la politique du "rayon de soleil", les démocrates Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun. En réalité, quelques semaines plus tard, Pyongyang devait ne donner aucune suite à la proposition de Séoul de relancer un dialogue duquel Séoul avait exclu non seulement les points les plus significatifs (à savoir, la relance des échanges économiques, notamment dans l'ancienne zone économique spéciale de Kaesong, le Président Moon abondant pleinement dans le sens de la politique américaine de sanctions économiques vis-à-vis du Nord), mais aussi des aspects plus symboliques - comme autoriser, sinon le retour au Nord, au moins dans un premier temps les échanges avec leurs familles des serveuses d'un restaurant nord-coréen en Chine, manifestement amenées contre leur gré en Corée du Sud à la veille des élections législatives d'avril 2016 (et dont on a appris récemment qu'elles auraient été mariées en Corée du Sud). Pis, quelques jours avant de formuler à un moment inopportun sa proposition de relance du dialogue intercoréen, l'administration Moon avait jugé devoir, en réaction au lancement d'un ICBM par la RPD de Corée, confirmer le déploiement du dispositif américain THAAD sur son territoire, révélant ainsi sa subordination aux intérêts stratégiques américains.

Comme l'observe Tim Beal, la marge de manœuvre du Président Moon Jae-in, comme celle de ses prédécesseurs, est étroite s'agissant des relations avec les Etats-Unis, mais le pari d'un alignement stratégique sur l'administration Trump pour peser sur les orientations américaines a été perdu. Non seulement vis-à-vis de Washington, Séoul adoptant un ton systématiquement conciliant qui a pu donner l'impression que le pays se satisfaisait pleinement de sa position d'allié subordonné, mais aussi à l'égard de Pékin et de Pyongyang. Par rapport à la Chine, le déploiement de THAAD en Corée du Sud, qui menace directement les intérêts stratégiques chinois, a entraîné un manque à gagner estimé à 4,8 milliards de dollars au premier semestre 2017 au titre des échanges économiques bilatéraux, à la suite des 
sanctions prises par Pékin et du boycott de la Corée du Sud comme destination touristique par les Chinois ; en outre, l'absence délibérée d'indépendance de Séoul par rapport à Washington sur la question nord-coréenne a privé  la République de Corée de la possibilité de jouer un rôle diplomatique propre lors des propositions de médiation formulées par Pékin. L'administration sud-coréenne n'a pas pu - ou voulu - voir que la Chine entendait désormais sanctionner plus fortement les initiatives nord-coréennes, et Séoul a ainsi laissé se mettre en place un dialogue direct entre Washington et Pékin sur la question nord-coréenne, dans lequel elle n'a pu ni défendre des positions qui lui sont spécifiques, ni a fortiori défendre ses propres intérêts économiques et stratégiques.


A l'égard de la République populaire démocratique de Corée, les choix de l'administration Moon Jae-in ont été encore plus néfastes : alors que Pyongyang fustige la soumission aux grandes puissances (sadae), l'attitude de la République de Corée a achevé de convaincre les autorités nord-coréennes qu'il valait mieux discuter avec le maître américain qu'avec son valet sud-coréen - tout en faisant apparaître le Président Moon Jae-in, dont sont apparues les contradictions avec le discours de candidat, comme un homme politique dépourvu de principes. Si les autorités sud-coréennes comptent désormais sur une participation nord-coréenne aux Jeux olympiques d'hiver qu'elle a accueillera à Pyeongchang en 2018 pour relancer le dialogue Nord-Sud, le temps manque et leur crédit est désormais sérieusement entamé aux yeux des Nord-Coréens, qui ont par ailleurs montré qu'ils attachaient plus d'importance à se doter d'une force de dissuasion complète qu'à une hypothétique participation aux Jeux de Pyeongchang.

Enfin, les propos du Président Moon Jae-in quant à sa volonté de promouvoir la paix sont par ailleurs d'autant plus décalés que, en cas de guerre, le commandement opérationnel des troupes sud-coréennes (OPCON)  serait assuré par les Etats-Unis - ce que le général Richard Stilwell, ancien commandant des forces américaines en Corée du Sud avait qualifié d' "abandon de souveraineté le plus remarquable au monde". L'accord qu'ont trouvé sur ce point les Présidents Moon et Trump, fin juin, apparaît ambigu - Tim Beal jugeant improbable que les Etats-Unis acceptent en pratique quelque formule qui conduise à subordonner leurs choix à ceux des Sud-Coréens. En outre, alors que le Président Roh Moon-hyun avait fixé une date pour le transfert d'OPCON aux Sud-Coréens, le communiqué conjoint Trump-Moon ne précise pas quand interviendrait cette opération (repoussée à plusieurs reprises par les présidents conservateurs sud-coréens) sur un sujet pourtant hautement symbolique des différences d'approche entre conservateurs et progressistes en Corée du Sud.

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 15:56

L'édition 2017 des exercices de guerre Ulji Freedom Guardian (UFG), menés par les Etats-Unis et leurs alliés en Corée du Sud, ont commencé le 21 août et doivent s'achever le 31 août. Alors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a renoncé le 15 août à procéder à des essais de missiles à proximité de l'île américaine de Guam, en déclarant qu'elle attendait d'observer la réaction américaine, le maintien des exercices de guerre UFG est un mauvais signal pour la paix et la stabilité en Asie du Nord-Est : en choisissant d'attiser les tensions, l'administration Trump accroît délibérément les risques de guerre.

Exercices de guerre : l'administration Trump attise les tensions

Le secret couvre traditionnellement le contenu des manoeuvres UFG, consistant essentiellement en des jeux de guerre basés sur des simulations par ordinateur. Selon la présentation officielle par le département américain de la Défense, il est indiqué, outre leurs dates, que les exercices UFG impliquent cette année 17 500 soldats américains (dont 3 000 qui ne sont pas basés dans la péninsule coréenne), ainsi que des forces de toutes les unités sud-coréennes et de sept autres pays (Australie, Canada, Colombie, Danemark, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Royaume-Uni) et des observateurs de la Commission de supervision des nations neutres présente dans la zone démilitarisée (DMZ). Selon d'autres sources, 50 000 soldats et 480 000 fonctionnaires sud-coréens seraient impliqués.

D'aucuns ont affirmé que la diminution du nombre de soldats américains impliqués par rapport à 2016 (l'an passé ils étaient 25 000), et l'absence visiblement d'utilisation des bombardiers stratégiques B-1B, serait le signe que les Etats-Unis ont réduit l'envergure des manoeuvres, dans un geste de bonne volonté vis-à-vis non seulement de Pyongyang, mais aussi de Pékin et Moscou qui avaient proposé la suspension des exercices militaires en contrepartie du gel par la RPDC de ses essais nucléaires et balistiques.

Cette interprétation est toutefois douteuse : vu la nature des exercices UFG (qui sont d'authentiques exercices de guerre et non pas des manoeuvres de troupes) ce n'est pas tant le nombre de soldats mobilisés qui est significatif que leur contenu. A cet égard, il est particulièrement inquiétant que, selon un responsable sud-coréen du ministère de la Défense cité par le très conservateur quotidien Chosun Ilbo, pour la première fois UFG comprenne des "jeux de guerre nucléaire". Dès lors, sans surprise, les autorités nord-coréennes ont vivement condamné la répétition de plans d'invasion de la péninsule.


Tout en observant avec satisfaction que la France ne participe pas aux exercices UFG, l'AAFC appelle à leur suspension immédiate, pour favoriser le retour au dialogue et à la paix dans la péninsule coréenne.

Sources : 

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 22:31

En annonçant le 15 août 2017 qu'il renonçait - tout au moins pour l'instant - à procéder à des exercices de tir de missiles à proximité de l'île américaine de Guam, le Maréchal Kim Jong-un de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a permis de faire baisser d'un cran les tensions autour de la péninsule, ce qui a été salué même par le président américain Donald Trump comme une décision "sage". De l'avis des experts occidentaux, les tensions avaient atteint leur point de paroxysme depuis 1994. Cette volonté de désescalade n'apparaît cependant pas nécessairement partagée par toutes les parties, puisque les exercices militaires annuels américano - sud-coréens Ulji Freedom Guardian, dénoncés par Pyongyang comme la préparation d'une invasion militaire, commencent comme prévu le 21 août 2017. Dans ce contexte, une délégation de l'AAFC était présente en RPD de Corée du 12 au 19 août - entraînant d'ailleurs la suspension de ses activités éditoriales, qui reprennent à compter de ce jour. En attendant la publication du compte rendu de ce déplacement, nous rendons compte de la sérénité qui prévalait alors en RPD de Corée.

Une famille à Pyongyang, le 16 août 2017

Une famille à Pyongyang, le 16 août 2017

Des Nord-Coréens vaquant à leurs occupations et profitant du 15 août, jour de la libération de l'occupation japonaise et qui est férié dans l'ensemble de la péninsule coréenne : l'atmosphère n'était pas celle d'une veillée d'armes à Pyongyang. Les mesures de sécurité n'étaient pas non plus particulièrement renforcées lors de notre visite de la DMZ, le 18 août - mais celle-ci intervenait, il est vrai, trois jours après les déclarations des autorités nord-coréennes affirmant attendre avant de procéder à d'éventuels exercices balistiques à proximité de Guam, siège d'une importante base militaire américaine dans le Pacifique.

Comment expliquer une telle différence de traitement médiatique avec l'Occident, où d'aucuns étaient prompts à voir la crise dégénérer en conflit ouvert très rapidement ? Car les exercices militaires américano - sud-coréennes sont tout aussi proches de la RPD de Corée que le serait de Guam un tir de missile nord-coréen. Si l'on considérait qu'il y avait une menace dans les deux cas, celle-ci serait alors équivalente tant pour la RPD de Corée que pour les Etats-Unis

Si les Nord-Coréens, toujours prêts à faire face à une attaque, affichaient le calme des vieilles troupes, la vérité est que la RPDC disposant à présent d'une dissuasion nucléaire complète (la miniaturisation des têtes nucléaires étant maîtrisée selon la plupart des experts occidentaux) se trouve au contraire plus en sécurité qu'auparavant, l'histoire récente faisant apparaître que jamais une puissance nucléaire n'attaque une autre puissance nucléaire. L'écart entre le traitement médiatique en Occident et en RPDC peut alors s'expliquer par le fait que, désormais, la Corée du Nord est en capacité de dissuader toute invasion étrangère - quand les Etats-Unis découvrent au contraire que leur territoire n'est plus sanctuarisé.

Les échanges qu'a eus la délégation de l'AAFC en RPDC, notamment avec le département des relations internationales du Parti du travail de Corée, confirment que les autorités nord-coréennes se préparent à toute éventualité - aujourd'hui comme hier et demain - tout en voulant préserver la paix et la stabilité. Il y a là la base d'un accord global. Mais les Etats-Unis et leurs alliés sauront-ils saisir cette opportunité, ou continueront-ils sur le chemin des sanctions et de l'escalade ? Dans l'immédiat, le maintien des exercices militaires Ulji Freedom Guardian n'apparaît pas comme le signal d'une volonté de reprendre le dialogue et de signer  - enfin - un traité de paix en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953. Il est plus que temps de garantir la paix et la prospérité en Corée et en Asie du Nord-Est.

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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)