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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 13:06

Après la disparition tragique de l'étudiant américain Otto Warmbier six jours après sa libération par les autorités nord-coréennes, l'administration Trump a décidé d'interdire à ses ressortissants de visiter la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) : la mesure doit entrer en vigueur le 27 juillet 2017 avec une période de tolérance d'un mois ; passé ce délai, les détenteurs d'un passeport américain visitant la RPD de Corée verraient leur passeport invalidé. Si la mesure aura des conséquences importantes sur les agences spécialisées proposant des circuits touristiques en Corée du Nord (comme Koryo Tours, qui aurait accueilli 40 % des 800 touristes américains ayant visité la RPD de Corée en 2016), ce sont les coopérations américano-nord-coréennes - à caractère humanitaire, culturel, sportif, scientifique... - qui seront le plus fortement impactées, comme l'a observé Richard Stone de la revue Science, en citant l'exemple emblématique de l'Université de Science et de Technologie de Pyongyang (Pyongyang University of Science and TechnologyPUST). L'université privée américaine, qui a ouvert ses portes dans la capitale nord-coréenne en 2009 avant d'accueillir la première promotion d'étudiants nord-coréens en 2010, compte une quarantaine d'universitaires et administratifs américains, dont son Président, Yu-taik Chon, et forme des centaines d'étudiants de la RPD de Corée. Bien que particulièrement concernée par les arrestations de citoyens américains en RPD de Corée (sur les trois actuellement emprisonnés, on compte deux enseignants de la PUST : Sang-duk (Tony) Kim et Hak-song Kim), la PUST a déploré la décision de l'administration américaine, par la voix de son chancelier Chan-mo Park, informaticien coréen américain, ancien Président de l'Université Pohang de Science et de Technologie (POSTECH), basée en Corée du Sud. Nous traduisons ci-après de l'anglais l'entretien donné par M. Chan-mo Park à Richard Stone, publié le 21 juillet 2017 dans Science, et qui revient également sur l'impact négatif des sanctions pour les échanges universitaires conduits par la PUST et les fantasmes quant à l'impact de ces échanges sur le développement des programmes militaires nord-coréens.

Chan-mo Park

Chan-mo Park

Question : Si les citoyens américains sont interdits de voyager en Corée du Nord pour enseigner à la PUST, dans quelle mesure votre université sera-t-elle affectée ?

Réponse : Ce serait une très mauvaise nouvelle. Nous devrions trouver des enseignants d'autres pays. Les professeurs nord-coréens peuvent enseigner certaines matières, mais seulement quelques-uns d'entre eux peuvent donner des cours en anglais, et nous sommes partisans que tous les cours à la PUST soient donnés en anglais. Il y aurait donc des conséquences irrémédiables sur les programmes actuels. C'est vraiment décourageant pour moi.

Q. : Quels efforts a faits la PUST en ce qui concerne Tony Kim et Hak-song Kim ? 

R. : Depuis leurs arrestations qui n'étaient pas liées à leur travail à la PUST, les professeurs et les personnes administratifs n'ont rien pu faire d'autre que prier beaucoup pour eux. 

Q. : Comment leur détention a-t-elle affecté la perception de l'Université en dehors de la Corée du Nord ?


R. Beaucoup de personnes, en particulier parmi nos familles et ceux qui nous soutiennent, ont été très surpris et inquiets quant à la sécurité des citoyens américains à la PUST. Toutefois, je vois que la plupart des enseignants des cours d'été [venant des Etats-Unis] sont actuellement sur le campus.

Q. : Les sanctions imposées à la Corée du Nord ont-elles touché la PUST ? 

R. : En raison des sanctions [des Nations unies], il est devenu difficile depuis le début de l'année dernière d'envoyer de l'argent en Chine pour acheter du matériel et des équipements de recherche. Alors que des universitaires sud-coréens viennent enseigner à la PUST, les sanctions imposées par la Corée du Sud interdisent aux ressortissants sud-coréens de visiter la Corée du Nord. Et certains pays - comme l'Allemagne et l'Italie - n'ont pas délivré de visas pour des étudiants de la PUST qui avaient été admis dans des universités pour des formations diplômantes, en particulier à Göttingen, Sannio et Brescia.

Q. : Quelles garanties pouvez-vous apporter que les diplômés de la PUST ne finiront pas par travailler pour des unités cyberterroristes ou d'autres secteurs de l'armée sud-coréenne ?

R. : Je peux vous assurer que la PUST n'aide absolument pas à former des pirates ou des "cybercombattants". Récemment, Thae Yong-ho, un ancien conseiller à l'ambassade nord-coréenne au Royaume-Uni qui a fait défection en Corée du Sud, a déclaré à des journalistes à l'Assemblée nationale sud-coréenne qu'il ne pensait pas que la PUST enseignait le piratage informatique. Il a ajouté qu'en Corée du Nord ils apprennent le piratage à des lycéens sélectionnés qui montrent des capacités en informatique. La plupart de nos diplômés rejoignent le secteur académique comme enseignants ou chercheurs. Certains continuent leurs études pour obtenir des diplômes dans des universités étrangères ou obtiennent des emplois dans des entreprises nord-coréennes travaillant à l'étranger, comme en Chine et en Malaisie. Les incompréhensions et les accusations sans fondement empêchent les progrès de la PUST.
 

Sources : 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Etats-Unis-Corée Société
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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 20:30

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a été destinataire d'un appel lancé par la Taskforce to stop THAAD in Korea and militarism in Asia and the Pacific ("Force d'intervention pour stopper THAAD en Corée et le militarisme en Asie et dans le Pacifique"), dont elle publie ci-après une traduction en français, établie par nos soins. L'AAFC a signé cet appel, partageant pleinement l'objectif de promouvoir la paix et de lutter contre le militarisme dans la région Asie-Pacifique en refusant le déploiement, au sud de la Corée, du système américain de missiles antibalistiques THAAD (acronyme de Terminal High Altitude Area Defense). THAAD accroît les risques de guerre en précipitant une course aux armements visant, au-delà de la seule République populaire démocratique de Corée, la République populaire de Chine et la Fédération de Russie. 

L'AAFC signe l'appel de la "Force d'intervention pour stopper THAAD en Corée et le militarisme en Asie et dans le Pacifique"

Non à THAAD en Corée,
Oui à la paix par le dialogue

Délégation pour la paix et la solidarité de la Force d'intervention pour stopper THAAD en Corée et le militarisme en Asie et dans le Pacifique (Taskforce to Stop THAAD in Korea and Militarism in Asia and the Pacific) et de la Fondation Channing et Popai Liem pour l’éducation, juillet 2017

Subrepticement, le système antimissile de défense terminale en haute altitude (THAAD) a été installé dans la ville de Seongju, en République de Corée, le 26 avril de cette année, en dépit de l’opposition quotidienne et grandissante des villageois locaux et de leurs partisans à travers le pays et en l’absence de délibération officielle des organismes gouvernementaux sud-coréens. Les manifestants ont peur à juste titre que son déploiement tende les relations déjà compliquées avec la Chine, favorise les forces politiques militaristes et anti-démocratiques au sein de leur propre pays, et envenime les relations entre la Corée du Sud et la Corée du Nord. Ils s’inquiètent également des conséquences négatives sur la santé et l’environnement induites par le système radar de THAAD, ainsi que de la profanation de terres sacrés telles que le proche site de pèlerinage de la communauté bouddhiste Won.

Les Etats-Unis et certains officiels de la République de Corée prétendent que le système THAAD protégera la Corée du Sud face à la menace des missiles nord-coréens. Cependant, du fait qu’il est installé à 200 kilomètres au sud de Séoul, la quasi-totalité des observateurs s’accordent pour dire que les 25 millions de Coréens vivant dans l’agglomération de la capitale se situent hors du bouclier protecteur de THAAD. Encore plus préoccupant, Ted Postol, physicien au MIT et expert en défense antimissile, ajoute qu’il n’y a pas de preuves tangibles que le THAAD soit efficace dans des conditions de tir réelles, face à l'arrivée de multiples missiles et leurres. D'un autre côté, le radar de THAAD en Corée du Sud a la capacité de surveiller le système balistique chinois, ce que beaucoup soupçonnent d’être l’objectif premier des Etats-Unis dans leur insistance à le déployer en Corée. La Chine a exprimé son opposition à la présence de THAAD en Corée de façon explicite, mis en place des sanctions économiques contre la Corée du Sud, et menacé d’une accélération de la course aux armements.

Le déploiement de THAAD par les Etats-Unis en Corée du Sud fait partie du « pivot » américain vers l’Asie Pacifique. Il élargit le système de défense antimissile déjà important encerclant la Chine et la Russie. Cet effort visant à renforcer l’influence politique et économique déclinante des Etats-Unis dans la région a cependant un coût important pour le peuple américain. Il détourne des milliards de dollars de besoins intérieurs critiques dans une période de délabrement des infrastructures du pays, d’inégalités économiques sans précédent et d’accès limité aux services humains de première nécessité. Cela compromet également les principes ainsi que la sécurité des Américains épris de paix en intensifiant les tensions militaires régionales, en alimentant une course aux armements et en faisant planer la menace d’un nouveau conflit armé dans la péninsule coréenne, impliquant cette fois des armes nucléaires qui auront des conséquences inimaginables pour la vie humaine.

Le déploiement de THAAD complique aussi les relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud à un moment où la Corée du Nord propose de geler son programme d’armement nucléaire en échange d’un arrêt ou d'une réduction significative des exercices de guerre annuels américano-sud-coréens. Cette proposition a été systématiquement rejetée par l’administration Obama. Mais, maintenant, un nombre croissant d’officiels américains et d’analystes tels que Richard Haass, président du Council on Foreign Relations, Jane Harman, ancienne membre du Congrès et directrice du Woodrow Wilson International Center for Scholars, et William Perry, secrétaire à la Défense pendant la première administration Clinton, ont exprimé leur soutien à la perspective d'un gel puis d'un arrêt des exercices de guerre en tant que premier pas pour répondre aux préoccupations de la Corée du Nord quant à sa sécurité ainsi qu’à celles des Etats-Unis, de leur alliés, de la Chine et de la Russie face aux progrès réalisés par la Corée du Nord dans la fabrication de missiles balistiques intercontinentaux capables d'emporter une charge nucléaire.

La plupart des Américains ne connaissent rien à propos de THAAD, de l’opposition des Sud-Coréens à son déploiement ou des récentes ouvertures diplomatiques de la Corée du Nord visant à réduire les tensions dans la péninsule coréenne. Un nombre encore plus faible se souviennent de la guerre de Corée, sont conscients que les Etats-Unis détiennent le contrôle des forces armées sud-coréennes en temps de guerre, ou comprennent le désir du peuple coréen de parvenir à une réunification pacifique de leur pays. Pourtant, ces lacunes devraient constituer une préoccupation vitale pour le peuple américain. Si le fragile armistice qui a arrêté les combats mais n’a pas mis un terme à la guerre de Corée devait laisser place à une reprise des hostilités, nous, avec les Coréens du Nord et du Sud ainsi que d’innombrables êtres humains dans la région souffririons de pertes indescriptibles. Selon les propres mots du secrétaire à la Défense des Etats-Unis, James Mattis, « […] si cela débouche sur une solution militaire, ce sera incroyablement tragique […] ».

En cet instant crucial, les gouvernements américain et sud-coréen peuvent continuer d'alimenter le feu d'une guerre en Corée en militarisant encore davantage la Corée du Sud, ou bien faire le premier pas pour créer des conditions internationales propices pour une paix durable en Corée. Quelle que soit la voie que les Etats-Unis adoptent, cela sera fait au nom du peuple américain. Il incombe donc aux citoyens des Etats-Unis de s’engager et de travailler avec le peuple coréen pour arriver à des moyens pacifiques et mutuellement bénéfiques pour dissiper les antagonismes dans la région. Commencer ce travail collectif est l’objectif principal de notre délégation.

La Délégation pour la paix et la solidarité se déplace en Corée du Sud pour exprimer la solidarité des Américains épris de paix avec les Coréens luttant contre le déploiement de THAAD et cherchant une solution au conflit dans la péninsule et dans la région. Nous voulons renforcer la compréhension mutuelle concernant les moyens de parvenir à ces objectifs dans le but d’aligner la politique des Etats-Unis sur le désir du peuple coréen de mettre en place une paix durable dans la péninsule et, finalement, de réunifier la Corée de manière pacifique et indépendante.

Consciente de l’immense coût social et économique lié à la militarisation croissante de la Corée pour les peuples américain et coréen, la Délégation pour la paix et la solidarité demande aux gouvernements des Etats-Unis et de la République de Corée de :

 

1. retirer le système THAAD de Corée du Sud :
2. stopper la course aux armements dans la péninsule coréenne en arrêtant les exercices de guerre en échange d'un accord avec la Corée du Nord pour geler sa production d’armes nucléaires et ses essais de missiles ;
3. s'engager dans la diplomatie avec la Corée du Nord pour mettre un terme à la guerre de Corée par la signature d’un traité de paix, normaliser les relations avec la Corée du Nord et soutenir tous les efforts du peuple coréen pour parvenir à la réunification pacifique de leur pays.

Enfin, nous déclarons notre intention de bâtir la solidarité aux Etats-Unis pour lutter contre la présence de THAAD en Corée du Sud et l’expansion du militarisme des Etats-Unis en Asie. Nous appelons également les personnes éprises de paix aux Etats-Unis et dans le monde entier à nous rejoindre dans cette tâche.


Soutiens :
Taskforce to Stop THAAD in Korea and Militarism in Asia and the Pacific
Fondation Channing et Popai Liem pour l'éducation

Délégués :
Medea Benjamin, CODEPINK
Reece Chenault, U.S. Labor Against the War
Will Griffin, Veterans for Peace, Taskforce to Stop THAAD in Korea and Militarism in Asia and the Pacific
Juyeon Rhee, Taskforce to Stop THAAD in Korea and Militarism in Asia and the Pacific
Jill Stein, candidate du Parti vert des Etats-Unis à l'élection présidentielle de 2016


Les soutiens d'organisations et individuels à cette déclaration apparaîtront à la suite des noms des premiers soutiens et délégués. Pour ajouter votre soutien, merci de remplir le formulaire à l'adresse : https://goo.gl/EkVRGX avant le 19 juillet 2017 (fin de journée).

 

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 16:51

En réaction au lancement d'un missile balistique intercontinental (ICBM) par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 4 juillet 2017 - jour de la fête nationale américaine - les Etats-Unis et la République de Corée (Corée du Sud) ont procédé à des manoeuvres aériennes impromptues, consistant dans le largage de bombes, à proximité immédiate de la Corée du Nord, le 8 juillet 2017 - jour anniversaire du décès du Président Kim Il Sung, fondateur de la RPD de Corée. Pyongyang a dénoncé des "provocations" - le terme de "provocations" dépendant du point de vue duquel on se situe (pour Washington, Pyongyang provoque la communauté internationale en poursuivant ses programmes balistiques et nucléaires à l'encontre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, tandis que pour Pyongyang ce sont les Etats-Unis qui la provoquent en ne lui laissant pas d'autre choix que de renforcer ses capacités d'autodéfense). En tout état de cause, le choix par les Etats-Unis et leurs alliés de l'escalade militaire ne fait qu'aggraver les tensions et les risques de guerre.

Un bombardier américain B-1B large une bombe sur le terrain d'exercices militaires de Pilseung, dans la province sud-coréenne de Gangwon

Un bombardier américain B-1B large une bombe sur le terrain d'exercices militaires de Pilseung, dans la province sud-coréenne de Gangwon

Le 8 juillet 2017, deux bombardiers américains à long rayon d'action B-1B - habituellement stationnés à Guam - et des chasseurs sud-coréens F-15 K et américains F-16 ont procédé à des exercices de largage de bombes guidées de haute précision d'un poids de 900 kilos, en détruisant des batteries de missiles. Les appareils ont approché de la zone démilitarisée qui sépare les deux moitiés divisées de la Corée. 

Le Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, a vivement dénoncé des "provocations" qui font monter dangereusement les tensions dans la péninsule coréenne, dont la situation a été comparée par le journal à celle d'une poudrière où tout étincelle pourrait déclencher un conflit mettant aux prises des puissances nucléaires :  

Avec leur dangereuse provocation militaire, les Etats-Unis font progresser le risque d’une guerre nucléaire sur la péninsule vers un point de basculement.

http://www.kcna.kp/kcna.user.home.retrieveHomeInfoList.kcmsf

Au regard de la détermination nord-coréenne à faire face à toute attaque contre elle, les exercices de guerre à répétition des Américains et de leurs alliés (principalement sud-coréens, mais aussi britanniques, français, japonais...) ne favorisent pas la paix et le désarmement en Asie du Nord-Est, alors que le déploiement du système américain de missiles THAAD en Corée du Sud est vivement dénoncée par la Chine et la Russie comme une atteinte à leur sécurité. Dans ce contexte, il n'est guère surprenant que la RPDC n'ait pas été mentionnée dans la déclaration adoptée par les membres du G20, réunis à Hambourg, le 8 juillet 2017. En dénonçant la Russie comme une menace et en étendant à des entreprises chinoises les sanctions à l'encontre de la RPD de Corée, tout en multipliant les initiatives militaires à proximité du territoire chinois, l'administration Trump s'est définitivement aliénée Moscou et Pékin dans sa recherche vaine d'un consensus international - tant au sein du G20, que quelques jours plus tôt au Conseil de sécurité des Nations Unies - pour condamner le lancement de l'ICBM nord-coréen du 4 juillet 2017.

Sources : 

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 20:37

Le 8 juillet 2017 la République populaire démocratique de Corée célèbrera son fondateur, le Président Kim Il-sung, disparu vingt-trois ans plus tôt, comme l'homme ayant "vaincu deux impérialismes en une génération" (l'impérialisme japonais et l'impérialisme américain).  Mais un autre aspect mérite aussi d'être souligné : la capacité du Président Kim Il-sung, tout en renforçant le potentiel militaire national de dissuasion, à éviter que la péninsule ne plonge à nouveau dans la guerre, comme lorsqu'en juin 1994, soit moins d'un mois avant sa disparition, il scelle à Pyongyang un accord avec l'ancien président américain Jimmy Carter qui éloignera les menaces d'un nouveau conflit dévastateur en Corée. 

Kim Il-sung et Jimmy Carter

Kim Il-sung et Jimmy Carter

15 juin 1994 : réunis avec ses conseillers à la Maison Blanche, le Président William Clinton a décidé de frapper la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), qui ne donne pas plein accès à son territoire aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et vient d'annoncer son retrait de l'AIEA. Plusieurs options sont sur la table : un bombardement (entre autres) du site nord-coréen de Yongbyon, suspecté d'accueillir des activités nucléaires militaires, apparemment non retenu car il aurait causé (au bas mot) des dizaines de milliers de morts en précipitant la péninsule coréenne dans une nouvelle guerre ; le déploiement de 10 000 hommes supplémentaires mais aussi de bombardiers près de la Corée du Nord tout en évacuant les civils américains à Séoul, avec une incertitude majeure, comment réagira la RPD de Corée face à ce qu'elle pourrait considérer comme une rupture de l'accord d'armistice de 1953 ? Le risque d'un conflit n'a jamais été aussi élevé.

C'est alors que retentit un appel téléphonique : c'est Jimmy Carter. Il a rencontré Kim Il-sung à Pyongyang, et annonce qu'un accord a été trouvé. La RPD de Corée accepte de suspendre son programme nucléaire, contre (entre autres) un accès au nucléaire civil. L'escalade est évitée, et la voie ouverte vers un accord sur la question nucléaire. 

Les détails de ce récit sont connus depuis que William Perry, alors secrétaire à la Défense du président américain (c'est lui qui a reçu l'appel téléphonique de Jimmy Carter), en a donné les détails dans un ouvrage publié en 1999, avec son conseiller Ashton Carter - avec des précisions édifiantes, comme la nouvelle que la guerre contre la RPD de Corée avait alors été préparée pendant 6 mois dans le cadre de l'OPLAN (pour "plan opérationnel") 5027. Un plan opérationnel non seulement jamais abandonné, mais actualisé...

Ce qui est en revanche rarement souligné dans la presse occidentale est la capacité du Président Kim Il-sung à obtenir cet accord décisif, alors qu'il menait une diplomatie multi-cartes : parallèlement à sa négociation avec Jimmy Carter il s'engageait dans des discussions avec l'administration sud-coréenne, qui aurait dû déboucher sur un sommet intercoréen au plus haut niveau avec Kim Young-sam - un sommet finalement empêché par sa disparition le 8 juillet 1994, puis par le comportement des autorités sud-coréennes.

Jimmy Carter avait accepté de prendre en compte les attentes nord-coréennes, notamment leur demande de considération. Kim Il-sung avait accepté de rencontrer un chef d'Etat qui n'était pourtant plus en exercice, ayant dirigé un pays (les Etats-Unis) ayant une part décisive dans la partition
de la Corée, pour ne négliger aucun canal afin d'empêcher une nouvelle guerre, cauchemar de tous les Coréens de sa génération. Cet art de la diplomatie apparaît aujourd'hui plus que jamais nécessaire, alors que les tensions autour de la Corée ont atteint un niveau sans précédent depuis... 1994. 

Sources : 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Etats-Unis-Corée Histoire de la Corée
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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 21:27

Si les médias sud-coréens ont tenté de faire ressortir la convergence de vues entre le Coréen Moon Jae-in et l'Américain Donald Trump lors de la visite du premier au second, ou du moins la prise en compte des attentes sud-coréennes par l'administration américaine, la réalité mérite d'être nuancée au regard de l'obstination de Donald Trump à marteler le même message néoconservateur - ce qu'a analysé John Burton dans un article publié dans Nikkei Asian Review, que nous publions ci-après traduit de l'anglais, avec pour titre et sous-titre (en français) "Moon face à un Trump obstiné lors de sa visite aux Etats-Unis" - "Les négociations commerciales ont pris une importance inattendue lors des discutions américano-coréennes", même si l'on peut objectivement s'interroger sur ce que Moon Jae-in aurait pu davantage obtenir, au regard du peu de considérations manifestement de l'administration Trump pour la République de Corée et les Sud-Coréens.

 

"Moon face à un Trump obstiné lors de sa visite aux Etats-Unis" (John Burton)

Le président sud-coréen Moon Jae-in était conscient qu’il lui faudrait faire preuve de discernement durant sa rencontre à Washington avec le président américain Donald Trump, qui privilégie les affinités personnelles avant tout autre chose dans ses relations avec les dirigeants étrangers.

 

La rencontre du 30 juin a été perçue comme le premier grand test pour Moon, qui a été élu sept semaines après la destitution de son prédécesseur. Les chances étaient grandes que cette réunion puisse déterminer le futur de l’alliance américano-sud-coréenne en matière de sécurité à un moment où la Corée du Nord accélère le développement de ses programmes nucléaires et balistiques.

 

Les médias américains avaient prédit un affrontement entre les deux dirigeants, Moon privilégiant une approche plus conciliante envers la Corée du Nord que celle de l’administration Trump, qui favorise un durcissement des sanctions. La majeure partie des diplomates américains se méfient de Moon du fait du durcissement de l’attitude des Etats-Unis envers la Corée du Nord. Moon fut le chef de cabinet de Roh Moo-hyun, le président sud-coréen de 2003 à 2008, qui était perçu comme un défenseur d’une politique d’apaisement face à la Corée du Nord.

 

Les conseillers de Moon ont organisé la visite comme un exercice soigneusement calibré de relations publiques visant à gagner la confiance de l’administration Trump et de l’opinion publique américaine.

 

Moon, par exemple, s’est servi de sa poignante histoire personnelle pour délivrer le message indiquant que l’alliance militaire américaine est le fondement de la démocratie sud-coréenne. Son premier geste après avoir atterri à Washington fut de visiter le Musée National du Corps des Marines, qui commémore la grande opération d’évacuation de réfugiés nord-coréens fin 1950 durant de la Guerre de Corée, réfugiés parmi lesquels se trouvaient les parents de Moon.

 

Moon a également tenté de minimiser les différents avec l’administration Trump concernant les problèmes sécuritaires. Le sujet le plus controversé est le récent déploiement du système antibalistique américain Terminal High Altitude Area Defense, auquel Moon s’est opposé durant sa campagne pour la présidence de la République. Bien que le système THAAD soit prévu pour défendre la Corée du Sud contre une attaque de missiles nord-coréenne, la Chine y voit une menace potentielle à l’encontre de sa force nucléaire stratégique et a imposé des restrictions sur les importations sud-coréennes en représailles.

 

Peu avant la rencontre, Moon a affirmé qu’il ne bloquerait pas la mise en place du système THAAD comme il l’avait suggéré auparavant, mais qu’il retarderait son complet déploiement jusqu’à ce qu’une étude exhaustive sur son impact environnemental soit menée à son terme. Moon espère que ce délai lui donnera le temps de répondre aux inquiétudes de la population sud-coréenne ainsi qu’à celles du gouvernement chinois.

 

Moon était accompagné lors de son voyage aux Etats-Unis par plus d’une cinquantaine de chefs d’entreprise qui se sont engagés à y investir 12,8 milliards de dollars pendant les cinq prochaines années ainsi qu’à dépenser 22,4 milliards de dollars supplémentaires dans le gaz naturel et l’aéronautique, entre autres.

 

Les reproches américains

 

Mais si Moon pensait que ces actions amadoueraient Trump, il découvrit rapidement la réalité après s’être assis pour discuter avec le président américain et son cabinet. Le dirigeant sud-coréen a reçu en public un exposé donné par le Secrétaire Américain au Commerce Wilbur Ross, qui a reçu une décoration du gouvernement sud-coréen pour ses efforts visant à aider à reconstruire l’économie du pays après la crise financière de 1997.

 

Ross se plaignit du fait que Séoul continue à maintenir des barrières douanières sur les produits américains, dans des secteurs tels que l’automobile, en dépit de la mise en place d’un accord bilatéral de libre-échange en 2011. Le déficit commercial avec la Corée du Sud a plus que doublé pour atteindre les 27 milliards de dollars depuis.

 

Gary Cohn, le conseiller économique en chef de Trump, a accusé la Corée du Sud de servir d’intermédiaire pour l’exportation de produit métallurgiques chinois bon marché. La Corée du Sud est le deuxième plus grand exportateur d’acier vers les Etats-Unis et pourrait subir des pénalités douanières une fois que l’enquête américaine sur le dumping sur le commerce mondial de l’acier sera terminée.

 

Dans une déclaration commune face aux médias avec Moon, Trump a affirmé qu’il souhaiterait renégocier l’accord commercial bilatéral avec Séoul, qu’il a décrit comme étant « pas exactement une bonne affaire » et « injuste envers le travailleur américain ». Il a également suggéré que Séoul devrait payer davantage « pour assurer un partage équitable du coût lié à la présence militaire américaine en Corée du Sud ».

 

Les officiels sud-coréens ont admis après coup avoir été pris de court par la sévère critique de l’administration Trump concernant les échanges commerciaux. « Nous pensions que le thème central du sommet serait la sécurité, mais ce fut seulement lors des dernières 48 heures que nous avons compris que le commerce serait d’une importance équivalente », indique un fonctionnaire sud-coréen en charge du commerce.

 

L’attitude de Trump envers Moon représente une volte-face soudaine dans l’approche de son administration vis-à-vis des échanges commerciaux avec la Chine et la Corée du Sud ainsi que par rapport à sa position concernant la menace nucléaire nord-coréenne. Cela marque également un renversement de la rhétorique employée durant sa campagne présidentielle, il accusait alors à la fois Pékin et Séoul de se comporter comme des passagers clandestins au sein des échanges économiques mondiaux.

 

Le paramètre chinois

 

Tôt au cours de son mandat, Trump surprit un grand nombre d’observateurs en acceptant de diminuer l’intensité de ses critiques envers les pratiques commerciales chinoises en échange de l’acceptation par Pékin de la mise en place de sanctions économiques renforcées à l’encontre de Pyongyang afin de l’aider à freiner son programme nucléaire et balistique.

 

Cependant, depuis peu, Trump a indiqué avoir perdu patience face au manque de résultats de la Chine. Le 29 juin, son administration a imposé des sanctions sur plusieurs entités chinoises commerçant avec la Corée du Nord, en approuvant au même moment une vente d’armement à Taiwan pour un montant de 1,4 milliard de dollar entraînant une réaction furieuse de la part de Pékin.

 

En critiquant la politique commerciale sud-coréenne, Trump a également insinué que la Corée du Sud devait se ranger derrière une politique américaine plus agressive envers Pyongyang si elle désire éviter des problèmes dans l’exportation de ses marchandises vers les Etats-Unis.

 

Bien que le président américain ait réaffirmé son soutien à l’alliance militaire avec la Corée du Sud, il semble accorder peu de valeur au désir de Moon de régler la crise nucléaire par le dialogue, arguant que « l’ère de la patience stratégique avec la Corée du Nord a échoué ».

 

Moon s’est retrouvé dans une situation délicate en tentant de défendre sa politique « alliant les sanctions au dialogue », cela même lorsqu’il se fait l’avocat de la ligne dure prônée par Trump en déclarant que « les menaces et les provocations du Nord feront face à une réponse impitoyable ».

 

La question principale est de savoir si Moon, qui bénéficie d’une popularité dépassant les 80%, souffrira politiquement une fois rentré dans son pays du peu de résultats à faire valoir. Les Sud-Coréens ont témoigné de l’indice de confiance le plus faible concernant Trump parmi les pays asiatiques, 17%, selon une nouvelle étude menée par le Pew Research Center. Moon est d’ores et déjà critiqué pour avoir promis que son pays investirait massivement aux Etats-Unis alors qu’une hausse des dépenses est nécessaire au niveau national pour faire face au chômage record de la jeunesse.

 

La popularité de Moon dans son pays se fonde principalement sur ses efforts pour mettre un terme à la bipolarisation entre conservateurs et progressistes dans l’espoir de voir émerger une nouvelle politique de synthèse. En matière de diplomatie, cela signifie l’affirmation de l’importance de l’alliance militaire américano-sud-coréenne, tout en demandant la reconnaissance des intérêts légitimes de la Corée du Sud dans la mise en place d’une politique commune avec la Corée du Nord. Cet objectif est maintenant remis en question à la lumière de la récente visite de Moon aux Etats-Unis.

 

Tel le jeune idéaliste dans le film de 1939, « Monsieur Smith au Sénat », Moon a déjà découvert que la capitale américaine pouvait être un cimetière pour les espoirs que l’on caresse.


Article original en anglais : 

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 20:50

Le 4 juillet 2017, soit le jour de la fête nationale américaine, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a procédé au tir d'un missile balistique de type Hwasong-14 : elle affirme avoir lancé avec succès, pour la première fois, un missile balistique intercontinental (acronyme anglais : ICBM). Si les experts étrangers discutent la portée de ce tir, de nouveau unanimement critiqué par les Etats-Unis et les pays occidentaux car contrevenant aux sanctions des Nations Unies, il marque en tout cas un nouveau progrès dans le programme balistique nord-coréen, posant de nouveau la question de l'efficacité de la politique de sanctions pour empêcher le développement des programmes balistiques et nucléaires de la RPD de Corée. 

Photo (non datée) de lancement d'un missile balistique de type Hwasong-14

Photo (non datée) de lancement d'un missile balistique de type Hwasong-14

Selon les autorités nord-coréennes, le lancement, décidé et supervisé par le Maréchal Kim Jong-un, aurait permis à l'engin d'atteindre une altitude de 2 802 km. Il aurait volé sur une distance de 933 km, avant de tomber dans la mer de l'Est. Toujours selon les médias de la RPDC, la Corée du Nord, puissance nucléaire, serait désormais dotée d'ICBM lui permettant de "frapper tout endroit au monde". 

Si les militaires occidentaux ont été très prudents sur la portée de ce tir, la Russie, d'après les données paramétriques, a estimé qu'il s'agissait d'un tir de portée intermédiaire - soit une catégorie immédiatement inférieure à celle des missiles de type ICBM, dont la portée est supérieure à 5 600 kilomètres. Pour sa part, David Wright de l'Union of Concerned Scientists, estime, avec d'autres experts, la portée du missile nord-coréen à 6 700 kilomètres, ce qui permettrait à la RPDC d'atteindre l'Alaska. Les Etats-Unis ont ensuite reconnu qu'il s'agissait bien du lancement d'un ICBM. Dans tous les cas, les progrès du programme balistique nord-coréen sont réels, et ceux-ci se sont manifestement accélérés sous l'impulsion du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un depuis son arrivée au pouvoir en 2011.

Sur les motivations des programmes balistiques et nucléaires de la RPDC, l'historienne Juliette Morillot observe, dans un entretien à 20 minutes, que leur développement procède d'un sentiment légitime d'insécurité des Nord-Coréens face à la politique américaine, aujourd'hui marquée par l'imprévisibilité de l'administration Trump : 

La Corée du Nord se sent menacée par les Américains, et de fait, elle l’est. En atteste il y a quelques semaines l’annonce par Trump de l’envoi d’un porte-avions américain dans la zone. Kim Jong-un craint que Donald Trump, qui a 28.000 soldats américains postés sur le sol sud-coréen, ne décide d’envoyer ses troupes envahir la Corée du Nord. D’ailleurs, entre Donald Trump et Kim Jong-un, c’est bien Donald Trump qui est le plus imprévisible des deux.

Pour Europe 1 et le JDD, le journaliste Vivien Vergnaud souligne que la poursuite du programme balistique nord-coréen s'inscrit dans "un contexte de menaces répressives" : 

La Corée du Nord réalise des tirs de missiles balistiques dans un contexte de menaces répressives, qu'elles viennent des sanctions des Nations Unies portées par les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud.

Pour l'auteur Philippe Pons, les programmes militaires nord-coréens ne s'inscrivent ainsi plus dans une logique de négociation (qui consisterait à les arrêter, voire les démanteler, en contrepartie notamment de garanties de sécurité), mais "relèvent d'une nécessité stratégique" : 

Les programmes nucléaires et balistiques nord-coréens ne sont plus une monnaie d'échange dans une négociation : ils relèvent d'une nécessité stratégique.

Comme le souligne des experts nord-américains cités par Laurent Barthélémy (bureau de l'AFP à Washington), il convient que l'administration américaine prenne acte de l'échec de la politique de sanctions et se fixe d'autres objectifs de négociation que ceux, désormais dépassés, d'une dénucléarisation de la péninsule coréenne :

Pour un certain nombre d'experts américains, les États-Unis n'ont plus d'autre choix aujourd'hui que de prendre acte des progrès de Pyongyang, et de rechercher désormais des objectifs moins ambitieux qu'un abandon pur et simple de son programme de missiles nucléaires.

«Aujourd'hui, la fenêtre pour négocier une dénucléarisation de la péninsule coréenne», objectif traditionnel de l'administration américaine, «est close», a déclaré à l'AFP Jeffrey Lewis, un chercheur de l'Institut Middlebury des études internationales, dont le siège est en Californie.

Washington doit prendre acte des progrès nord-coréens et désormais chercher à «réduire la tension» avec Pyongyang, «tout en renforçant la dissuasion» face aux armes nucléaires du régime, explique-t-il.

«Ça ne sert à rien de faire pression pour empêcher le passage d'un seuil déjà franchi», a renchéri Adam Mount, un expert du cercle de réflexion Center for American progress, à Washington.

Cette position réaliste et raisonnable est celle de Moscou et Pékin, qui relançaient le même jour (avant le tir nord-coréen) leur proposition que Washington et Séoul suspendent leurs manoeuvres militaires dans la péninsule coréenne, en contrepartie d'un gel (et non d'un démantèlement) de ses programmes balistiques et nucléaires militaires par Pyongyang. La Chine, qui préside par ailleurs le Conseil de sécurité des Nations Unies au mois de juillet, a affirmé, par la voix de son ambassadeur aux Nations Unies Liu Jeyi, la nécessité de diminuer les tensions pour empêcher des conséquences "désastreuses", en revenant à la table des négociations : 

Si les tensions s'enveniment... Tôt ou tard, cela va devenir hors de contrôle et les conséquences seront désastreuses (...) Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre trop longtemps sans que le dialogue ait lieu.

Mais Donald Trump, qui a réagi par un tweet de colère au tir balistique nord-coréen ("La Corée du Nord vient juste de lancer un autre missile. Ce type n'a-t-il rien de mieux à faire de sa vie ?") est-il prêt à agir de manière raisonnable ? Formons le voeu que la communauté internationale saura l'en convaincre, pour la paix et la prospérité non seulement de l'Asie du Nord-Est, mais aussi les nôtres, au regard des conséquences effroyables qu'aurait un affrontement militaire entre ces deux puissances nucléaires que sont la Corée du Nord et les Etats-Unis.

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 13:07

Le 30 juin 2017, à l'occasion de la première visite aux Etats-Unis de Moon Jae-in, nouvellement élu président de la République de Corée (Corée du Sud), un communiqué conjoint a été publié avec son homologue américain Donald Trump. Alors que le déplacement des chefs d'Etat sud-coréens aux Etats-Unis après leur élection est vu à Séoul comme un exercice obligé, cette rencontre au sommet était attendue et observée au regard des distances qu'avait prises Moon Jae-in avec les Etats-Unis au cours de sa campagne électorale. Si de l'aveu même des communicants de chaque partie il s'agissait pour les deux hommes d'apprendre à se connaître et que certains sujets ont donné lieu à des discussions "franches" (soit, en langage diplomatique, l'expression nette de divergences), le moment n'était pas à l'expression publique de désaccords - mais plutôt à l'affichage d'un "consensus de façade" (selon l'expression des journalistes du quotidien Le Monde Stéphanie Le Bars et Philippe Pons) - tandis que sur la forme Moon Jae-in n'a pas été reçu dans la résidence privée de Donald Trump à Mar-a-Lago, contrairement au Premier ministre japonais.

Que retenir du sommet entre Moon Jae-in et Donald Trump ?

Surtout, éviter les sujets qui fâchent : le communiqué conjoint américano-sud-coréen exclut ainsi la délicate question du déploiement en Corée du Sud du bouclier de missiles américain THAAD, dont le nouveau chef d'Etat sud-coréen a obtenu qu'il soit suspendu

Si le sujet de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est a priori moins conflictuel - les deux pays partagent au moins l'objectif de mettre fin aux programmes balistiques et nucléaires de Pyongyang, tout en poursuivant leurs manoeuvres militaires conjointes de grande ampleur et en accroissant les sanctions internationales contre la Corée du Nord - la volonté sud-coréenne de dialoguer avec la Corée du Nord n'a guère de répondant à ce jour aux Etats-Unis, le président américain ayant commencé à mettre en place des sanctions contre les entreprises chinoises commerçant avec la RPD de Corée, et jugé utile de souligner que sa patience était à bout - même s'il ne fait que poursuivre dans ses grandes lignes la politique nord-coréenne de son prédécesseur, en augmentant toujours davantage les sanctions contre la RPDC. Néanmoins, en s'affirmant ouvert au dialogue, Donald Trump a apparemment modéré son approche et tenu compte du changement de majorité à Séoul - c'est du moins ce que veut accréditer l'agence officielle de presse sud-coréenne, en présentant le communiqué conjoint Washington-Séoul sous le titre : "Trump soutient l'initiative sud-coréenne de redémarrer le dialogue avec Pyongyang", tout en citant par ailleurs le communiqué conjoint selon lequel les deux partes
"ont affirmé leur engagement à mettre en œuvre pleinement les sanctions actuelles et imposer de nouvelles mesures destinées à appliquer une pression maximale sur la Corée du Nord". Dans l'avion qui le conduisait à Washington, Moon Jae-in avait ainsi déclaré être pour la reprise inconditionnelle du dialogue avec la Corée du Nord : 

Il ne s’agit pas de récompenser la Corée du Nord pour son comportement répréhensible, mais Séoul et Washington devraient examiner ensemble ce qu’ils pourraient lui offrir en échange d’un gel de son programme nucléaire (...) Nous devons engager un dialogue avec Pyongyang (...) Sans condition.

Autre sujet de discorde, l'accord de libre-échange Etats-Unis - République de Corée, entré en vigueur en 2012, dont Donald Trump a souligné pendant sa rencontre au sommet avec Moon Jae-in qu'il entendait le renégocier. Comme le souligne l'agence Yonhap, le communiqué conjoint mentionne seulement la nécessité de créer les conditions d'un commerce "équitable" : 

A propos des questions économiques, Moon et Trump se sont mis d'accord pour créer des conditions du marché «équitables» pouvant aider à résoudre le déficit commercial des Etats-Unis.

Le communiqué n'a cependant pas fait allusion à une renégociation imminente de l'accord de libre-échange (ALE) entre les deux pays qui a été décrit dans le passé par le président américain comme un «accord horrible».

Enfin, alors que la Corée du Sud a réaffirmé son engagement à soutenir les Etats-Unis dans la lutte contre l'Etat islamique et, plus largement, contre le terrorisme, les Américains ont fait un geste en direction des Sud-Coréens en évoquant la possibilité de transférer à Séoul le commandement opérationnel des forces sud-coréennes en temps de guerre, qui avait été refusé par les conservateurs sud-coréens, mais sous certaines conditions également soulignées par l'agence Yonhap : 

Le communiqué a aussi noté que les dirigeants ont également convenu de travailler en vue d'assurer dans les meilleurs délais le transfert à Séoul du contrôle opérationnel en temps de guerre des forces sud-coréennes, une mesure qui a été initialement convenue il y a plus d'une décennie mais qui a été reportée à une date indéterminée sous l'ancien gouvernement conservateur.

Le transfert dépendra toutefois des futures acquisitions de Séoul en matière de capacités de défense indépendantes, a-t-il indiqué.

Au final, le déplacement de Moon Jae-in aux Etats-Unis n'a certes pas levé tous les points de désaccord avec l'administration Trump, mais a permis de poser les conditions d'une poursuite et d'une éventuelle évolution des termes de l'alliance traditionnelle américano-sud-coréenne, au regard des attentes de chacune des deux parties. 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 12:25

Si les échanges intercoréens redémarrent en dehors des circuits intergouvernementaux, les autorités de la République de Corée (au Sud) et de la République populaire démocratique de Corée (au Nord) ont formulé des propositions de reprise des discussions qui, au-delà de leur rejet par l'autre partie, témoignent que les deux Etats explorent bien la voie d'un nouveau dialogue. 

Dialogue intercoréen : les deux gouvernements se jaugent

Lorsque Moon Jae-in dénonce la RPD de Corée comme "irrationnelle", il faut y voir une réaction après que le Nord eut décrit le Président sud-coréen comme le "porte-parole" de Washington - alors qu'une rencontre au sommet entre Donald Trump et Moon Jae-in doit intervenir la semaine prochaine. Au regard des échanges très vifs, de part et d'autre, sous les présidences conservatrices à Séoul, ces propos, pour peu diplomatiques qu'ils soient, restent somme toute modérés.

La première proposition de reprise du dialogue est venue du Sud, lorsque Moon Jae-in a déclaré que la cessation par Pyongyang de ses "provocations" permettrait une reprise sans conditions des discussions entre le Nord et le Sud. Ces propos ont été particulièrement mal accueillis par la RPD de Corée, qui cherche à découpler les questions de sécurité (tenant selon elle à ses relations avec Washington) du dialogue intercoréen.

La RPD de Corée a ensuite mis sur la table un moratoire de ses essais nucléaires si Washington et Séoul arrêtaient leurs manoeuvres militaires. La proposition n'est pas nouvelle (elle avait déjà été formulée en janvier 2015), mais elle se rapproche d'une suggestion de Pékin vis-à-vis des Etats-Unis (suspendre les exercices militaires des Etats-Unis et de leurs alliés en contrepartie d'un gel par la RPD de Corée de ses activités balistiques et nucléaires). Plus encore, Moon Jae-in pense que la dénucléarisation de la péninsule coréenne exige d'abord un moratoire des activités nucléaires de Pyongyang, et son conseiller spécial pour la diplomatie et la sécurité, Moon Chung-in, a proposé lors d'un forum à Washington la diminution de l'ampleur des exercices militaires menés conjointement avec les Etats-Unis, en contrepartie d'une suspension par la RPD de Corée de ses essais nucléaires et balistiques.

Si les termes du dialogue restent différents, ils n'en tendent pas moins à se rapprocher. Reste à savoir si, sur ces questions où Séoul ne se désolidarise jamais totalement des Etats-Unis, quelle pourrait être la réaction de l'administration Trump.

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 10:29

L'étudiant américain Otto Warmbier avait été arrêté en janvier 2016 en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), où il s'était rendu dans le cadre d'un voyage touristique organisé par l'agence Young Pioneer Tours, après avoir confessé avoir tenté de voler une affiche de propagande. Condamné à quinze ans de travaux forcés, il avait été libéré le 13 juin dernier, après une médiation par le département d'Etat américain sur laquelle ce dernier est resté très discret. Libéré en état de coma, (un "état d'éveil non réactif", selon les médecins), Otto Warmbier est décédé six jours plus tard, à l'âge de 22 ans.

Otto Warmbier, lors de son procès à Pyongyang

Otto Warmbier, lors de son procès à Pyongyang

Avant d'examiner les termes du débat sur les causes de la mort d'Otto Warmbier, l'Association d'amitié franco-coréenne souhaite tout d'abord témoigner de sa profonde tristesse quant à ce dénouement tragique, tant pour le jeune homme - certes mort auprès des siens - que de sa famille. Quels que soient les actes commis par l'étudiant américain, peut-être un rapatriement sanitaire plus précoce aurait-il été nécessaire. Si la médecine n'est pas une science exacte, nous formulons l'espoir que, à l'avenir, dans des circonstances similaires, une solution diplomatique soit explorée  dès que possible pour empêcher que de tels drames se reproduisent.

Selon la RPD de Corée, Otto Warmbier souffrait de botulisme, une maladie paralytique rare mais grave, d'origine infectieuse et pouvant aboutir à une paralysie des muscles, notamment respiratoires.

A son retour aux Etats-Unis, le jeune homme avait subi une batterie d'examens, qui ne permettaient pas de déterminer avec précision les causes de son grave état de santé, comme l'a indiqué le Washington Post :

Les docteurs disent ne pas savoir ce qui a causé les dommages cérébraux. A la question de savoir si ce pouvait être le résultat de coups ou d'autres violences pendant son emprisonnement, ils ont répondu que Warmbier ne présentait aucun signe de traumatisme, ni de fractures sévères ou cicatrisées.

Daniel Kanter, directeur d'unité médicale de soins intensifs en neuroscience, a au contraire affirmé que l'origine de la lésion cérébrale apparue dans les résultats des IRM correspondait à un arrêt cardiopulmonaire avec des dommages aux tissus cérébraux dus à un manque d'irrigation en sang du cerveau.

Toujours selon les médecins, il n'aurait pas été trouvé de traces de botulisme dans le corps d'Otto Warmbier et les lésions sont antérieures à avril 2016, suivant les résultats de deux IRM envoyés par les médecins nord-coréens à leurs collègues américains. 

Malgré ces conclusions médicales prudentes, un certain nombre de médias ont relayé la thèse d'une mort suite à des coups et blessures, entretenue par le département d'Etat américain - bien que ce dernier affirme ne pas pouvoir dire si Otto Warmbier aurait été frappé en RPDC, par égards pour la famille qui, pour sa part, a mis vivement en cause les autorités nord-coréennes avant même la libération du jeune homme.

Alors que trois autres citoyens américains (un homme d'affaires et deux universitaires) restent détenus en Corée du Nord - ils constituent d'ailleurs pratiquement les seuls ressortissants étrangers arrêtés en RPDC - la disparition d'Otto Warmbier dégrade encore un peu plus les relations bilatérales déjà tendues entre Pyongyang et Washington.


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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 21:53

Le 7 juin 2017, le Président de la République de Corée Moon Jae-in a annoncé la suspension du déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles antimissile THAAD, dans l'attente que soit menée une étude d'impact environnemental. Cependant, deux jours plus tard la Maison Bleue - siège de la présidence sud-coréenne - a annoncé que le déploiement du THAAD se déroulera "comme prévu". Décryptage.

Militante dans le comté de Seongju, site retenu pour le déploiement de THAAD, fait signer une pétition contre THAAD.

Militante dans le comté de Seongju, site retenu pour le déploiement de THAAD, fait signer une pétition contre THAAD.

L'annonce du Président Moon Jae-in a été saluée par tous ceux qui veulent la paix et refusent la course aux armements en Asie du Nord-Est : le déploiement du très controversé dispositif THAAD est suspendu dans l'attente des résultats d'une étude d'impact, qui pourrait durer plus d'un an, qui devrait notamment mesurer l'impact sur la santé du champ magnétique du radar AN/TPY-2. Une telle étude d'impact était obligatoire, mais avait été omise dans le but manifestement d'accélérer la mise en place de THAAD avant l'élection présidentielle du 9 mai, remportée par l'opposition démocrate, pour mettre le nouveau chef de l'Etat devant le fait accompli.  

Non seulement il s'agissait de passer en force contre l'opinion publique, mais la réalité même du déploiement de THAAD a été cachée par l'armée sud-coréenne au Président Moon Jae-in : fin mai, un rapport qui lui avait été transmis afin de préparer sa rencontre aux Etats-Unis avec Donald Trump, en juin, avait délibérément supprimé un passage indiquant l'arrivée de quatre camions lanceurs de missiles sur le sol sud-coréen. Il ne fait guère de doute que cette indiscipline de l'armée, qui a entraîné le renvoi du vice-ministre de la Défense en charge des affaires politiques, conjuguée aux efforts déployés par le ministère de la Défense pour empêcher l'étude d'impact environnemental, a pesé dans l'annonce du Président Moon Jae-in sur la suspension de la mise en oeuvre de THAAD.

Mais suspension ne signifie pas démantèlement de THAAD, comme l'a souligné le surlendemain Chung Eui-yong, chef du bureau de la sécurité nationale à la présidence sud-coréenne :

Le gouvernement gérera le déploiement du THAAD selon ses principes tout en étant pleinement conscient des menaces nucléaires et balistiques de la Corée du Nord (...) Le gouvernement n'a pas l'intention de changer fondamentalement ce qui a été promis dans le cadre de l'alliance Corée – États-Unis.

L'administration Moon Jae-in marche sur des œufs. Elle ne peut pas se permettre une remise en cause immédiate et radicale de THAAD, surtout à la veille d'un sommet américano-sud-coréen, vu la relation militaire entre Séoul et Washington. Le président sud-coréen ne peut pas non plus afficher une autre attitude que la fermeté face aux lancements répétés de missiles par la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), au risque sinon de perdre toute crédibilité dans l'opinion publique sud-coréenne.

L'étude d'environnement a aussi le mérite de laisser du temps au temps, tout en freinant l'escalade engendrée par le déploiement de THAAD : Moon Jae-in a adopté, de manière courageuse et prudente, la seule position réaliste et crédible pour abaisser les tensions qu'avait attisée l'administration conservatrice dans la péninsule coréenne.

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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)