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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 15:29

Le 19 mars 2017, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'est félicitée du test réussi d'un nouveau moteur de fusée - au moment où le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson était en visite à Pékin, où il a rencontré le Président Xi Jinping. Si la RPD de Corée souligne que cet essai, réalisé en présence du Président Kim Jong-un, présente un caractère scientifique, d'aucuns y voient un pied de nez aux Etats-Unis... et à la Chine - alors que l'annonce coïncide avec la rencontre bilatérale de haut niveau entre Rex Tillerson et Xi Jinping. Au-delà des faits, la situation actuelle fait ressortir l'intérêt de revenir à la table des négociations, comme l'a montré le Professeur Kazuto Suzuki dans un entretien au quotidien Le Monde

En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

Pour l'agence nord-coréenne KCNA, l'affaire est entendue : il s'agit d'un progrès scientifique majeur, qui répond aux objectifs de l'ambitieux programme spatial national. Ainsi, selon KCNA :

Le développement et la mise au point d’un moteur à haute poussée nouvelle génération va aider à consolider les bases scientifiques et technologiques qui nous permettront d’atteindre le niveau mondial en matière de lanceurs de satellites et d’intervention dans l’espace (...) Le leader a souligné que le succès de ce test est un événement d’une signification historique et il a déclaré qu’il s’agissait d’une renaissance pour le programme de fusées du pays.

L'administration Trump ne l'interprètera certainement pas en ce sens, alors que le Président américain a déclaré qu'il empêcherait la RPD de Corée de se doter de missiles balistiques intercontinentaux pouvant atteindre le territoire américain, et que - de longue date - les Etats-Unis assimilent (de manière sinon abusive, tout au moins hâtive) les programmes balistique et spatial conduits parallèlement par la Corée du Nord.

Après avoir déclaré à Séoul lors de son actuelle tournée en Extrême-Orient (Chine, Corée, Japon) qu'il n'excluait pas l'option militaire contre Pyongyang, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson - un ancien ingénieur d'Exxon, républicain bon teint par ailleurs opposé aux sanctions contre la Russie - se retrouve dos au mur, alors qu'il s'efforce d'amener la Chine à se rapprocher des positions américaines, notamment sur la question coréenne. Cette coopération est entravée par des divergences stratégiques majeures (notamment le début du déploiement en Corée du Sud, en février 2017, du système américain de missiles antibalistique THAAD, qui a conduit la Chine à mettre en place des sanctions économiques contre Séoul). En outre, Washington avait déjà opposé une fin de non-recevoir au récent plan chinois de sortie de crise ayant conduit à l'escalade actuelle sur la question coréenne.

Rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 19 mars 2017.

Rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 19 mars 2017.

Dans ce contexte, le communiqué commun publié suite à la rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping, esquivant les points de divergence, tend à montrer que l'administration Trump n'a pas encore arrêté sa politique coréenne - tout en faisant par ailleurs le constat de l'échec de la politique dite de "patience stratégique" conduite par l'administration Obama.

Ce n'est pas la première fois que Pyongyang prend une initiative de nature à fortement déplaire aux Etats-Unis lors d'une rencontre bilatérale de haut niveau - le 12 février 2017, les autorités nord-coréennes avaient déjà procédé à un tir balistique de moyenne portée alors que le Président américain Donald Trump recevait le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

Il y a clairement, côté nord-coréen, l'engagement d'une diplomatie consistant à aller jusqu'au bord de la rupture (le tir du 12 février n'était pas un essai nucléaire, lequel aurait entraîné à coup sûr le renforcement des sanctions internationales contre la RPD de Corée ; de même, le 19 mars, il a été procédé à un essai de moteur de fusée, non au lancement d'une fusée ni à un tir balistique de longue portée). Par ailleurs, la RPD de Corée manifeste une volonté claire d'indépendance par rapport à la Chine - après avoir subi la décision chinoise de suspendre les achats de charbon nord-coréen.

Pour autant, il est hautement improbable - contrairement à ce que peuvent prétendre certains médias occidentaux - que la RPD de Corée envisage sérieusement une action militaire contre ses voisins ou les Etats-Unis, ne serait-ce qu'au regard du très net déséquilibre des forces.

Dans un entretien qu'il a donné au quotidien Le Monde, publié dans l'édition des 19 et 20 mars 2017, le Japonais Kazuto Suzuki, professeur de relations internationales à l'université d'Hokkaido, ancien membre du comité d'experts auprès du Comité des sanctions des Nations Unies sur le dossier iranien, estime que les conseillers militaires de Donald Trump décourageront ce dernier à engager des frappes militaires contre Pyongyang, car "même si leurs forces arrivent à détruire les installations, ils ne se débarrasseront pas des ingénieurs et du savoir que les Coréens ont accumulés" (on peut ajouter que la RPD de Corée a dû mettre à l'abri d'une attaque aérienne ses installations les plus sensibles, ainsi que son stock d'uranium et ses armes nucléaires). Dès lors, le professeur Kazuto Suzuki envisage clairement une négociation avec la RPD de Corée (que rechercherait par ailleurs cette dernière), en évitant que la Corée du Nord ne favorise la prolifération des armes nucléaires. A cette fin, il propose, en s'inspirant du précédent iranien, de reconnaître la Corée du Nord comme une puissance nucléaire :

Nous devons admettre cet état de fait - la Corée du Nord est une puissance nucléaire - et le considérer non pas comme un précédent mais comme un cas extrême. Nous devons ramener la Corée du Nord à l'intérieur du TNP [NdA : Traité de non-prolifération nucléaire]. C'est ce langage qui a été utilisé dans les négociations avec l'Iran.
Téhéran a obtenu le droit de posséder un nombre limité de centrifugeuses, un stock d'uranium appauvri et un réacteur à eau lourde, des concessions destinées à permettre des activités d'enrichissement qui ne sont pas destinées à fabriquer une bombe. Le président américain George W. Bush avait rejeté cette possibilité qui avait été négociée dès 2005 par la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne avec l'Iran de Mohammad Khatami. Cette option du "zéro enrichissement", défendue par M. Bush, a été abandonnée par Barack Obama, ce qui a permis de conclure l'accord nucléaire. M. Obama est ainsi passé du "zéro enrichissement" à "zéro bombe". Ce fut un tournant dans la négociation et cela peut aussi se produire avec la Corée du Nord.

En posant d'excellentes questions (retour de la RPD de Corée dans le régime du TNP, qui implique des obligations en matière de non-prolifération et de contrôle des activités ; reconnaissance de la Corée du Nord comme d'un Etat doté de l'arme nucléaire, à l'instar des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ; différence entre les activités d'enrichissement et la production de bombes nucléaires), le professeur Kazuto Suzuki montre qu'il y a du "grain à moudre" pour une négociation sur le nucléaire nord-coréen. Mais pour ce faire l'administration Trump devra faire preuve de pragmatisme, ce que lui a d'ailleurs proposé la Chine dans son dernier plan de sortie de crise qui a été rapidement rejeté par Washington. Au-delà des postures guerrières destinées, entre autres, à rassurer des administrations conservatrices sur le départ (s'agissant de la Corée du Sud) ou enfermées dans un anti-coréanisme primaire flattant les instincts de l'opinion publique (en ce qui concerne le gouvernement japonais de Shinzo Abe), Donald Trump est aujourd'hui confronté à résoudre, en homme d'Etat, une crise internationale à laquelle son prédécesseur a été incapable de mettre fin de manière satisfaisante sinon dans l'intérêt de la paix, du moins au regard des intérêts américains. 

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 14:59

Dans un entretien qu'il a accordé à l'agence américaine Associated Press (AP) - qui dispose d'un bureau à Pyongyang - le 28 juillet 2016, Hyon Kwang-il, directeur du département de recherches scientifiques de l'Agence nationale aérospatiale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), a fait part du projet des autorités nord-coréennes de planter le drapeau de la RPD de Corée sur la Lune d'ici dix ans. L'objectif Lune est jugé élevé, mais atteignable, par les experts occidentaux au regard du développement du programme aérospatial nord-coréen.

En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

Hyon Kwang-il a indiqué que son pays poursuivrait le lancement de satellites artificiels malgré les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies - qui procèdent d'une assimilation abusive et sans précédent d'un programme spatial avec un programme balistique - renforcées après le lancement réussi du satellite Kwangmyongsong-4 le 7 février 2016.

Selon M. Hyon, le satellite avait effectué 2 513 fois le tour de la Terre à la date du 27 juillet 2016 et envoyé 700 photos. Les experts occidentaux interrogés par l'agence AP affirment ne pas être en mesure de confirmer ou d'infimer l'envoi de photographies.

Un précédent satellite artificiel de la classe Kwangmyongsong (littéralement en coréen "étoile brillante") avait déjà été lancé avec succès le 12 décembre 2012.

Un vol nord-coréen non habité vers la Lune semble réalisable même s'il nécessite encore des progrès technologiques, selon l'astrophysicien Jonathan McDowell, qui tient un blog spécialisé sur les questions aérospatiales. L'expert américain Markus Schiller estime pour sa part que l'objectif d'atteindre la Lune prendra au moins dix ans.

Hyon Kwang-il a indiqué que le projet national de développement aérospatial sur cinq ans comporte le lancement de satellites géostationnaires, des vols habités et des recherches scientifiques dans l'espace, tandis qu'était conduit en parallèle un programme de formation scientifique. Il est aussi prévu d'explorer d'autres planètes.

Outre son aspect scientifique, M. Hyon a précisé que le programme spatial de la RPDC avait également des finalités économiques, notamment pour le suivi des récoltes et la reforestation du pays.

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 19:40

Sensation en Corée : en remportant les trois premières manches (qui en compte cinq) du duel qui l'oppose au champion du monde du jeu de go, le Coréen (République de Corée) Lee Se-dol, le programme d'intelligence artificielle AlphaGo, mis au point par DeepMind de Google, est assuré de permettre la victoire de l'ordinateur sur l'homme dans un jeu de réflexion (appelé paduk ou baduk en Corée) très populaire en Asie de l'Est. Mais avant AlphaGo, d'autres programmes d'intelligence artificielle avaient déjà fait merveille dans le domaine du jeu de go - dont l'un, Eunbyul, avait été développé par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), comme l'a rappelé le quotidien français Libération.

Lee Se-dol lors du troisième match qui l'oppose à AlphaGo, à l'hôtel "Four Seasons" de Séoul

Lee Se-dol lors du troisième match qui l'oppose à AlphaGo, à l'hôtel "Four Seasons" de Séoul

Lee Se-dol est un pur produit de l'excellence coréenne en jeu de go : passé professionnel dès l'âge de 12 ans, le champion du monde en titre compte 18 titres internationaux à son actif. Mais il aura été battu par l'ordinateur AlphaGo, la perte de la troisième manche (le jour de son dixième anniversaire de mariage !), le 12 mars 2016, scellant sa défaite lors de ce face-à-face historique - dont le cinquième et dernier match aura lieu le mardi 15 mars 2016.

Dans le domaine du jeu de go, l'intelligence artificielle a toutefois été développée de longue date : c'est en 1968 que l’Américain Alfred Zobrist a mis au point le premier ordinateur capable de battre un débutant.

Longtemps, l'un des meilleurs programmes pour débutants a été Eunbyul (littéralement, "Etoile d'argent"), créé en 1996 par le Centre informatique de Corée à Pyongyang, quelques années seulement après une irruption remarquée de la RPD de Corée dans les compétitions mondiales de jeu de go, à la faveur de sa popularisation par les Coréens originaires du Japon. En 1992, Moon Yong-sam est devenu le premier Nord-Coréen à participer au Championnat du monde amateur - les Nord-Coréens ne comptant pas de joueurs professionnels. Puis, en 2006, un Sud-Coréen en a acheté les droits d’importation pour le commercialiser dans le Sud de la péninsule, à une époque - pas si lointaine - où les échanges économiques et humains entre les deux Corée n'avaient pas encore été bannis par les conservateurs sud-coréens, revenus au pouvoir à Séoul en 2008. 

Actualisation 15 mars 2016 : AlphaGo a remporté le duel sur le score de 4-1.


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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 21:26

Alors que le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une déclaration "condamnant fermement" le lancement du satellite Kwangmyongsong-4 par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 7 février 2016, on en sait désormais un peu plus - de sources non nord-coréennes - quant à la mise sur orbite réussie du satellite.

Ce que l'on sait du satellite d'observation Kwangmyongsong-4

Tout d'abord, les Etats-Unis et la Corée du Sud sont d'accord quant à la réussite de la mise sur orbite. Selon Peter Cook, porte-parole du Pentagone américain, "nous avons pu établir qu'ils (Corée du Nord) ont été capables de lancer en orbite un satellite ou un autre dispositif spatial". De même, le ministère sud-coréen de la Défense a affirmé le 9 février, deux jours après le lancement, que la RPDC avait réussi la mise sur orbite de son satellite.

Pour ce faire, les trois étages de la fusée se sont normalement séparés, le premier étage s'étant dissocié deux minutes après le lancement, toujours selon les sources sud-coréennes. Mais, contrairement au lancement de 2012, celui-ci s'est autodétruit, ce qui correspondrait à une volonté délibérée des Nord-Coréens d'empêcher les Sud-Coréens, qui ont récupéré des débris, de les analyser pour obtenir des informations sensibles.

Le deuxième étage serait pour sa part retombé au large des Philippines, sur la côte Est, soit à près de 2 380 km de la base de lancement de Sohae.

Si les experts américains ont également reconnu (contredisant de premières annonces) que la trajectoire du satellite est stable, ils prétendent, contrairement aux Nord-Coréens, qu'il n'émet pas de signal.

Le parallèle rapidement dressé par les Etats-Unis et leurs alliés entre un programmes spatial et un programme à des finalités principalement - sinon exclusivement - militaires ne résiste pas à une analyse approfondie. John Schilling, interrogé sur le très bien informé site 38 North, souligne ainsi ces différences : il observe que la fusée Unha 3 n'a pas suffisamment de puissance pour lancer des missiles intercontinentaux (ICBM), et n'est pas le lanceur le mieux adapté pour porter une tête nucléaire. Toujours selon ce dernier, la fusée Unha 3 est trop lourde et requiert des heures de préparation préalables pour être alimentée en liquide. Comme le conclut l'expert Ankit Panda sur le site The Diplomat, "l'utilisation des fusées Unha comme ICBM à l'avenir n'est pas claire". Et c'est pourtant ce pré-supposé qui justifie la politique de sanctions des Etats-Unis et de leurs alliés à l'encontre du programme spatial nord-coréen... mais si ce programme n'avait pas, justement, des visées d'abord spatiales, comme l'affirme Pyongyang ?

 

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 14:44

Le 7 février 2016, l'agence spatiale nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé le lancement avec succès du satellite d'observation de la Terre Kwangmyongsong-4 - la réussite de la mise sur orbite ayant été reconnue peu après par l'armée sud-coréenne. Alors que les sanctions des Nations Unies visent non seulement le programme nucléaire militaire mais aussi celui balistique (auquel est assimilé le programme spatial) de la RPDC, les Etats-Unis ont vivement réagi face à ce qu'ils ont qualifié de "provocation", le lancement contrevenant aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies - et alors qu'est déjà en préparation une nouvelle résolution alourdissant les sanctions à l'encontre de la RPD de Corée suite à l'essai nucléaire nord-coréen du 6 janvier dernier. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé de tenir une réunion d'urgence. Par ailleurs, en annonçant l'engagement de discussions avec la République de Corée (Corée du Sud) sur le déploiement du système de missiles antibalistiques THAAD dans la péninsule, ainsi que l'engagement imminent de manoeuvres militaires conjointes avec la Corée du Sud d'une ampleur inédite, les Etats-Unis font le choix de l'escalade militaire - ignorant ainsi les déclarations de la RPD de Corée selon laquelle elle a le droit de conduire un programme d'exploration spatiale à des fins scientifiques et dans un but pacifique. De fait, si les technologies des programmes balistiques et de conquête spatiale sont en partie communes (la rivalité militaire américano-soviétique ayant été un moteur puissant d'accélération des programmes de ces deux pays pendant la guerre froide), la RPD de Corée est le seul pays engagé dans l'exploration de l'espace à avoir été sanctionné à ce titre.

Image de lancement du satellite Kwangmyongsong-4

Image de lancement du satellite Kwangmyongsong-4

Dans un communiqué publié le 7 février 2016 par l'agence de presse KCNA, l'agence spatiale nord-coréenne a annoncé, dans le cadre du programme spatial national de cinq ans, le décollage le même jour à 9h, du centre spatial de Sohae, du satellite d'observation Kwangmyongsong-4, puis la mise sur orbite réussie d'un satellite moins de dix minutes plus tard, suite aux instructions du Maréchal Kim Jong-un. Le nom du satellite signifie "Etoile brillante", qui désigne également l'anniversaire de naissance du Dirigeant Nord-Coréen Kim Jong-il, lequel sera célébré en RPD de Corée dans quelques jours, le 16 février prochain. 

Les scientifiques et techniciens de l’Agence nationale d’exploration spatiale de la RPD de Corée ont réussi à mettre en orbite le satellite d’observation du globe nouvellement développé « Kwangmyongsong-4» conformément au programme sur 5 ans de développement aérospatial national.

Le satellite d’observation du globe « Kwangmyongsong-4» a décollé du Centre spatial Sohae dans l’arrondissement de Cholsan, de la Province de Phyongan Nord à 09:00 le 7 février, Juche 105 (2016).

Le satellite est entré sur orbite comme prévu à 09:09:46, 9 minutes et 46 secondes après le décollage.

Le satellite est en orbite polaire à une altitude variant entre 465 km à son périgée et 502 km à son apogée suivant un angle de 97,4 degrés à son apogée. Son cycle est de 94 minutes et 24 secondes.

Sont installés sur «Kwangmyongsong-4» des appareils de mesure et de télécommunications nécessaires pour l'observation de la Terre.

Le succès complet du lancement de « Kwangmyongsong-4» est le fruit de la politique du Parti du Travail de Corée qui attache une importance majeure à la science et à la technologie. Il constitue un événement historique dans le développement des capacités scientifiques, technologiques, économiques et de défense nationale du pays qui exerce son droit légitime à utiliser l'espace à des fins pacifiques.

Selon l'agence de renseignement sud-coréenne, le satellite lancé le 7 janvier 2016 pèse 200 kg, soit le double du satellite Kwangmyongsong-3 mis en orbite le 12 décembre 2012 - indiquant ainsi les progrès réalisés par la RPD de Corée.
 

La Chine a « exprimé ses regrets », en appelant « toutes les parties prenantes » à « répondre à cette situation avec calme ». Pour sa part, la Russie a jugé le lancement du satellite Kwangmyongsong-4 « très dommageable pour la sécurité des pays de la région, en particulier et en premier lieu de la Corée du Nord elle-même ».

Si les condamnations fermes des Etats-Unis et de leurs alliés (dont la Corée du Sud, le Japon et la France), déjà exprimées après le lancement du satellite Kwangmyongsong-3, étaient attendues, la surprise est venue de l'annonce quasi-immédiate par Washington d'un renforcement de ses capacités militaires, ce qui ne correspond pas à la retenue à laquelle a exhorté la Chine.

Les Etats-Unis et la Corée du Sud ont ainsi fait savoir qu'ils engageaient des négociations officielles pour le déploiement dans la péninsule coréenne du système de défense antimissile à haute altitude THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), sur la "recommandation" du général Curtis Scaparrotti, qui dirige les forces américaines en Corée du Sud. Le déploiement de THAAD en Corée du Sud est un sujet de controverse qui divise l'opinion publique, et auquel s'opposent non seulement les pacifistes sud-coréens hostiles à une telle course aux armements, mais aussi la Chine et la Russie qui savent qu'elles sont implicitement visées par un dispositif qui, officiellement, vise à faire face à la "menace" nord-coréenne dont l'ampleur est très limitée au regard de la puissance américaine. En outre, THAAD consiste à détruire les missiles balistiques de portée moyenne ou intermédiaire en phase finale d'approche en s'écrasant contre eux : il n'a donc qu'un rapport lointain avec les missiles balistiques à longue portée, auquel les Etats-Unis assimilent les lancements de fusée nord-coréens. Le coût d’une batterie complète THAAD - formée d’une tour de contrôle, d’un radar, de 6 lanceurs et de 48 missiles - est estimé à 1,12 milliard d’euros par le ministère sud-coréen de la Défense.
Lancement de missile, en octobre 2013, dans le cadre du programme THAAD

Lancement de missile, en octobre 2013, dans le cadre du programme THAAD

Enfin, il a été annoncé que les manoeuvres militaires conjointes américano-sud-coréennes Key Resolve, régulièrement dénoncées par la RPD de Corée comme des exercices de guerre préalables à une invasion, seraient "de plus grande envergure cette année". Prévus du 7 mars au 30 avril 2016, les exercices Key Resolve impliqueraient "le USS John C. Stennis, porte-avion américain à propulsion nucléaire", selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap citant un responsable militaire de la Corée du Sud.

Les exercices militaires conjoints Etats-Unis-Corée du Sud Key Resolve et Foal Eagle, conduits deux fois par an, participent du pivot américain de redéploiement de l'armée américaine dans la région Asie-Pacifique, face à la montée en puissance de la Chine. Si Pékin a condamné l'essai nucléaire nord-coréen du 6 janvier 2016, comme les précédents tests, son soutien à l'adoption, et surtout à la mise en oeuvre, de sanctions plus sévères contre Pyongyang se trouve ainsi loin d'être acquis au regard des décisions précipitées prises par Washington : depuis maintenant dix ans, l'escalade militaire n'a jamais été la réponse appropriée à la diminution des tensions et à l'éloignement des risques de conflit dans la péninsule coréenne.

Sources :

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 12:36

Le 6 janvier 2016, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé avoir testé avec succès sa première bombe à hydrogène (bombe thermonucléaire), ou "bombe H". Il s'agit du quatrième essai nucléaire de la RPD de Corée, après ceux du 9 octobre 2006, du 25 mai 2009 et du 12 février 2013 qui avaient entraîné la mise en place d'un régime international de sanctions contre la RPD de Corée. L'essai du 6 janvier 2015 a ainsi suscité de fermes critiques des Etats-Unis et de leurs alliés, ainsi que des autres membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui doit se réunir le même jour. Pour sa part, Pyongyang a réaffirmé son droit à l'autodéfense face à la politique hostile des Etats-Unis.

L'annonce du premier essai nucléaire de bombe à hydrogène par la Corée du Nord - par la présentatrice Ri Chun-hee - a été suivie dans le monde entier (ici, en Corée du Sud).

L'annonce du premier essai nucléaire de bombe à hydrogène par la Corée du Nord - par la présentatrice Ri Chun-hee - a été suivie dans le monde entier (ici, en Corée du Sud).

Selon la RPDC, l'essai nucléaire a été conduit le 6 janvier 2016 au moyen d'une bombe miniaturisée à 10 heures (heure locale), par des technologies qu'elle a développées en propre. La Corée du Nord se félicite d'ainsi accéder au club des pays avancés en matière de technologie nucléaire.

Selon l'agence nord-coréenne KCNA, il s'agit d'une mesure d'autodéfense rendue nécessaire par la politique hostile des Etats-Unis, tandis qu'était rappelé l'attachement de Pyongyang à la paix et à la sécurité régionale qui implique, toujours selon KCNA, une politique de dissuasion nucléaire :

Cet essai est une mesure d'autodéfense prise par la RPDC pour protéger fermement la souveraineté du pays et le droit vital qu'a chaque nation de se protéger contre la menace nucléaire et le chantage toujours grandissants des forces hostiles conduites par les Etats-Unis, et pour sauvegarder de manière fiable la paix dans la péninsule coréenne et la sécurité régionale.

http://www.kcna.kp/

La RPD de Corée a réaffirmé qu'elle était une puissance nucléaire souveraine, excluant l'usage en premier d'armes nucléaires ainsi que les transferts de technologies :

La RPDC, qui est un Etat nucléaire responsable, n'utilisera jamais d'armes nucléaires en premier et ne transfèrera en aucunes circonstances les moyens et les technologies nécessaires, comme elle l'a déjà affirmé.

http://www.kcna.kp/

La condamnation rapide par les Etats-Unis et la communauté internationale n'est pas nouvelle. L'essai nucléaire nord-coréen intervient dans un contexte de blocage du dialogue, après que les propositions nord-coréennes de revenir à la table des négociations se sont heurtées à une fin de non-recevoir par Washington, qui avait posé des conditions préalables dont il savait qu'elles étaient inacceptables. De même, la proposition de la RPDC de conclure un traité de paix avec les Etats-Unis, réitérée en 2015, avait été rejetée par la Maison Blanche.

Dans ce contexte, la Corée du Nord a poursuivi le développement de son programme nucléaire, dont l'étape suivante était de se doter de la bombe H - suivant une annonce faite en ce sens, en décembre 2015, par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Les experts militaires occidentaux avaient alors mis en doute la maîtrise par la RPDC de la technologie de la bombe H. Le 6 janvier 2016, ils ont annoncé avoir détecté des mouvements sismiques sur le site de Punggye-ri à l'heure annoncée de l'essai nucléaire, tout en précisant qu'ils devaient conduire des recherches supplémentaires quant à sa nature et à sa portée.

Source (outre KCNA)

En plus de ces essais, Israël ou l'Afrique du Sud, voire les deux conjointement, auraient effectué un essai le 22 septembre 1979 dans l'océan Indien.

En plus de ces essais, Israël ou l'Afrique du Sud, voire les deux conjointement, auraient effectué un essai le 22 septembre 1979 dans l'océan Indien.

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 14:15

Le 1er janvier 2016 a été inauguré le complexe scientifique et technologique de l'île Ssuk, située sur le fleuve Taedong, à Pyongyang, en présence, entre autres, de Kim Jong-un, Premier secrétaire du Parti du travail de Corée (PTC) et de Pak Pong-ju, Premier ministre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Construit en seulement un an par les soldats de l'Armée populaire de Corée, le nouveau complexe - dont le bâtiment principal a la forme d'un atome - exprime les évolutions architecturales les plus récentes de la RPD de Corée, caractérisées notamment par un large recours aux façades en verre. Nous reproduisons ci-après des photos de l'inauguration - la première de l'année 2016 - qui témoigne de la volonté des autorités nord-coréennes de construire une "économie basée sur la connaissance" en cherchant à accélérer le développement scientifique et technologique.

Inauguration du complexe scientifique et technologique de l'île Ssuk
Inauguration du complexe scientifique et technologique de l'île Ssuk
Inauguration du complexe scientifique et technologique de l'île Ssuk
Inauguration du complexe scientifique et technologique de l'île Ssuk
Inauguration du complexe scientifique et technologique de l'île Ssuk
Inauguration du complexe scientifique et technologique de l'île Ssuk
Inauguration du complexe scientifique et technologique de l'île Ssuk
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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Sciences Architecture
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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 21:46

Le 25 septembre 2015, l'IUT de Saint-Dié a organisé une conférence-débat intitulée "La Corée du Nord, au-delà des idées reçues", animée par le grand reporter Claude Vautrin, avec les interventions de Damien Jamet, maître de conférences à l'Université de Lorraine, et Benoît Quennedey, vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des actions de coopération. Cette conférence faisait suite à un séjour - préparé par l'AAFC à partir de juillet 2014 - de Damien Jamet en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) au début de l'été 2015, afin de jeter les bases d'une future coopération universitaire en mathématiques avec l'Université Kim Il-sung, l'une des plus prestigieuses universités de la RPD de Corée. L'AAFC remercie l'IUT de Saint-Dié et l'Université de Lorraine, dont relève l'IUT, pour leur invitation et l'organisation de cette conférence. Les très riches discussions, couvertes par différents médias locaux, ont permis de chasser plusieurs idées reçues sur la Corée du Nord, en montrant l'intérêt et la pertinence de coopérations universitaires pour jeter des ponts entre la France et la RPDC et contribuer ainsi au rapprochement des peuples et à la paix dans cette région du monde.

Retour sur la conférence-débat "La Corée du Nord, au-delà des idées reçues"

Si l'on mesure le succès d'une conférence par le nombre de participants rapporté à la population du lieu d'accueil, l'IUT de Saint-Dié - implanté dans une ville de 21 000 habitants au coeur des Vosges - peut s'enorgueillir d'avoir établi une sorte de record s'agissant d'un événément lié à la Corée : plus de 70 personnes présentes, dont le directeur de l'IUT, Olivier Caspary, par ailleurs maître de conférences en informatique, différents médias locaux, ou encore des étudiants que n'avait pas rebuté l'heure tardive à laquelle nombre de leurs congénères avaient définitivement mis le cap vers d'autres activités extra-universitaires en cette veille de week-end...

Car la Corée du Nord fascine et intrigue. Comme l'a souligné l'animateur des débats, le grand reporter Claude Vautrin (auteur de Grand reporter, le pas de côté, publié en 2015 par Kairos), dès un exposé liminaire clair, dense et ouvrant la porte à la confrontation d'idées, le pays est sous le feu des différentes propagandes. Tout au long de la conférence débat, illustrée par les photos prises cet été par Damien Jamet, aucun des aspects qui fait la singularité de la Corée n'a été éludé : économie, société, politique, diplomatie et, bien évidemment, échanges universitaires, conformes à l'objectif de la mise en place - depuis septembre 2011 - d'un bureau français de coopération à Pyongyang, et dont Damien Jamet a logiquement rencontré le directeur, Emmanuel Rousseau lors de son séjour en RPD de Corée. Il s'agit de la première représentation diplomatique française jamais établie dans le pays avant, espérons-le, que se nouent des relations diplomatiques complètes. En effet, la France est l'un des deux derniers pays de l'Union européenne (avec l'Estonie) à ne pas avoir franchi le cap de l'établissement de relations diplomatiques complètes, ce qui a contribué au recul de son influence en Asie du Nord-Est par rapport à d'autres pays occidentaux, au premier rang desquels l'Allemagne.

Mais, au-delà de la singularité toute relative (car largement façonnée par les médias) de la Corée du Nord, c'est déjà un intérêt scientifique qui a motivé la volonté de Damien Jamet d'approfondir les échanges entre l'IUT de Lorraine et l'Université Kim Il-sung à Pyongyang : tout a commencé par la lecture, dans une revue internationale, d'un article relevant de sa spécialité écrit par un confrère nord-coréen, confirmant le haut niveau de la RPDC en mathématiques, et qui a donné lieu à un échange de correspondances. Comme Damien Jamet n'avait pas de connaissance préalable de la Corée du Nord, il s'est tourné vers l'AAFC qui, lors du voyage de la délégation de l'association qui s'est rendue en RPDC en août 2014, a discuté directement des modalités d'une coopération universitaire - qui n'est pas la première (ni sans doute la dernière) qu'a favorisée l'AAFC. Pour le lancement réussi de cet échange (le premier à notre connaissance, en France, avec la RPDC dans le domaine des sciences fondamentales) à maints égards prometteur, l'AAFC remercie par ailleurs M. Ri Tok-son, conseiller à la délégation générale de la RPD de Corée en France, et Mme Jong Un-a, secrétaire générale de l'Association d'amitié Corée-France au sein du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers, qui ont été des intermédiaires efficaces.

Retour sur la conférence-débat "La Corée du Nord, au-delà des idées reçues"

Pendant près de deux heures, les clichés sont tombés les uns après les autres : tout d'abord, il est possible de voyager en Corée du Nord, dont la culture confucéenne a façonné un respect de l'autorité (y compris celle des enseignants) devenue largement étrangère à nos modes de pensée. Il y a chez les Nord-Coréens une appétence pour les connaissances techniques et scientifiques occidentales, afin d'accomplir un nécessaire bond en avant dans le développement et la modernisation du pays. Quand les Français moroses font grise mine, les Coréens (et pas seulement du Nord) manifestent la volonté prométhéenne d'un peuple il y a encore peu soumis au joug d'une domination étrangère, aspirant à la réunification de sa patrie, et se projetant vers l'avenir avec la ferme conviction que l'homme est et doit rester maître de son destin. Par-delà l'échange universitaire entre la Lorraine et Pyongyang, qui n'en est qu'à ses débuts, c'est de la rencontre entre deux univers de pensées et deux sociétés très différentes dont a rendu compte une conférence-débat mémorable.

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 23:37

Souvent à l'origine d'insuffisances rénales, la sténose de l'artère rénale traduit un rétrécissement du calibre de l'artère rénale. Après 1945, les pays occidentaux ont mis en place de nouveaux traitements en utilisant des prothèses. Dans une dépêche de l'agence KCNA en date du 5 février 2015, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé avoir réussi, pour la première fois dans le pays, à opérer un traitement en utilisant une prothèse bifurquée de taille adaptée. Il s'agit d'un progrès médical appréciable, traduisant le fait que les Nord-Coréens disposent non seulement du matériel requis mais aussi qu'ils ont les ressources humaines nécessaires pour mettre en oeuvre ces techniques.

Sur ce schéma, l'artère rénale porte le numéro 3.

Sur ce schéma, l'artère rénale porte le numéro 3.

L'opération, utilisant une prothèse bifurquée de taille adaptée, a été réalisée avec succès par le Docteur Ri Yong-jin, à l'Hôpital général de la Croix-Rouge de RPD de Corée, sur une patiente âgée de 23 ans souffrant d'une sténose bilatérale de l'artère rénale. Sa pression artérielle est ensuite revenue à la normale, et elle ne présentait plus de symptomes de névropathie.

L'agence KCNA de la RPD de Corée a souligné l'intérêt du recours à de telles opérations, plutôt qu'à des traitements médicamenteux, pour soigner les sténoses de l'artère rénale, répandues notamment chez les femmes de moins de 40 ans, et qui peuvent être unilatérales ou bilatérales.

Source :

 

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 23:59

Première université privée à voir ouvert ses portes en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), grâce notamment à l'implication et à l'entregent d'un Coréen Américain, James Kim, la Pyongyang University of Science and Technology (PUST) accueille des professeurs étrangers. Parmi eux, un Américain, Will Scott, doctorant en informatique, a donné entre octobre et décembre 2013 des cours sur les systèmes d’exploitation, d'une part, et les bases de données, d'autre part - alors que les autorités nord-coréennes ont mis l'accent sur l'informatique depuis une génération pour accélérer les mutations économiques et technologiques, en envoyant notamment des étudiants dans des pays étrangers (Chine, Inde...). Will Scott a rendu compte de son expérience fin 2014 lors d'une conférence à Hambourg, et dans les médias occidentaux. Nous reprenons et commentons ci-après des extraits d'un entretien qu'il a accordé à Martin Untersinger, envoyé spécial du quotidien Le Monde à Hambourg.

Will Scott, un professeur d'informatique américain en Corée du Nord

S'agissant du profil de ses étudiants, Will Scott observe qu'ils ont quelques années d'études supérieures derrière eux et appartiennent à la "classe moyenne de Pyongyang" - ce qui correspond par ailleurs au profil des étudiants internationaux nord-coréens, qui étudient à l'étranger.

"Les étudiants avaient tous choisi cette université. Beaucoup semblaient issus de la classe moyenne de Pyongyang, avec des parents médecins par exemple. Agés de 21 ou 22 ans, ils avaient déjà une ou deux années d’études supérieures. Certains avaient déjà étudié l’informatique, mais beaucoup étaient des débutants."

 

S'agissant d'Internet, Will Scott relève que les étudiants connaissent le réseau, en soulignant que la visite en RPD de Corée d'Eric Schmidt, le PDG de Google, a été fortement médiatisée en interne (ainsi d'ailleurs que dans les médias anglo-saxons). Il mentionne également l'accès à l'Internet traditionnel (donc pas au seul réseau Intranet nord-coréen), avec un filtrage. Les étudiants n'ont pas d'adresses email personnelles - de fait, en RPDC, les adresses mél appartiennent à des institutions, et pas à des particuliers.


"Est-ce qu’ils connaissaient Internet ?

Oh oui, bien sûr, ils connaissaient Internet. Ils connaissaient Bill Gates, Mark Zuckerberg, Steve Jobs. Les informations leur parviennent d’un nombre surprenant d’endroits. Ils savaient aussi qu’Eric Schmidt [le PDG de Google] avait visité le pays, car cela avait été relayé dans les journaux. Ils connaissaient l’entreprise et savaient ce qu’elle faisait. On parlait des réseaux sociaux, je leur ai expliqué ce qu’était Dropbox."


"A quel réseau avaient-ils accès ?

Sur le campus, nous avions accès à l’Internet traditionnel. C’est un débat récurrent au sein de l’université : les professeurs plaident pour un accès plus large et la direction est réticente. Les étudiants en équivalent de master et de dernière année de licence ont accès à Internet. Il y a du filtrage, mais je ne sais pas exactement lequel. Ce n’est pas un accès complètement restreint. Les étudiants l’utilisent pour de la recherche et pour leurs devoirs. Ils n’ont pas d’adresse e-mail, ils ne l’utilisent pas pour socialiser."

 

Will Scott estime que les étudiants nord-coréens (qui, au PUST, sont tous anglophones), avec qui il avait des discussions sur des sujets de loisirs comme le sport, n'étaient pas différents des autres étudiants en informatique, notamment dans leur vision des outils informatiques à des fins utilitaires (par exemple commerciales) plus que pour créer des réseaux sociaux. Une des difficultés qu'il a rencontrées pour ses cours était les pannes de courant.

Il a notamment souligné l'accès au réseau de téléphonie mobile (en se trompant sur le nombre d'abonnés, estimé à 2 millions et pas 1 million, pour une population d'environ 25 millions d'habitants) et l'achat de tablettes (basées sur Android) par certains étudiants.


"Est-ce que l’informatique et Internet sont susceptibles de changer la façon dont ils voient le monde ?

J’espère. Les membres de la classe aisée que j’ai côtoyés veulent pouvoir dire ce qu’ils veulent. Ce sont eux qui utilisent Internet et les téléphones mobiles, auxquels environ un million de Nord-Coréens sont abonnés. Quelques magasins vendent des tablettes et certains de mes étudiants en possédaient."

 

En conclusion, Will Scott a déploré que l'émergence d'une classe moyenne ouverte sur l'étranger soit un aspect de la RPD de Corée qu'occultent les médias occidentaux. De fait, il s'agit d'un des changements les plus notables engendrés par la mise en oeuvre des mesures d'ouverture économique depuis 2002.


"Pensez-vous que les gens se font une fausse image de la Corée du Nord ?

La façon dont la Corée du Nord est vue sur la scène internationale est très différente de la réalité à Pyongyang. Il existe une classe moyenne dont on entend jamais parler, qui se rend en avion en Chine, dont les étudiants partent à l’étranger, notamment en Suède, en Suisse ou en France. Certains sont un peu des citoyens du monde, même en étant Nord-Coréens."

 

Sources :

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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)