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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 13:59

Le 7 novembre 2018, dans les locaux de la Fondation Deutsch de la Meurthe à la Cité internationale universitaire de Paris, Kim Deok-ryong, vice-président exécutif du Comité consultatif pour la réunification national (acronyme anglais : NUAC) de la République de Corée (Corée du Sud), est intervenu pour encourager les Coréens de France à "rassembler l'opinion publique" concernant la réunification, en soulignant qu'il était de leur "rôle et responsabilité" d'intervenir en ce sens, y compris auprès des autorités françaises. Des membres de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont répondu favorablement à l'invitation qui leur avait été donnée par la section française du NUAC d'assister aux discussions, qui se sont adressées en priorité à un public composé des associations des Coréens vivant en France, dont la très officielle Association des résidents coréens en France et les Jeunes actifs coréens en France, qui développent aujourd'hui une activité particulièrement importante dans la communauté coréenne de France. 

M. Kim Deok-ryong, vice-président exécutif du NUAC

M. Kim Deok-ryong, vice-président exécutif du NUAC

Un vent nouveau se lève sur la péninsule coréenne, rendant à nouveau tangible l'espoir d'une réunification pacifique après les graves tensions de l'année 2017. Les Coréens de l'étranger doivent ainsi jouer un rôle auprès des opinions publiques de leurs pays respectifs pour montrer les opportunités du contexte actuel. Tel est le message qu'a délivré Kim Deok-ryeong, vice-président exécutif du NUAC (qui a rang de ministre), qui était à Paris avant de poursuivre en Allemagne son déplacement sur le continent européen. 

Organisme officiel créé en 1980, le Comité consultatif pour la réunification nationale a développé des propositions qui ont suivi les évolutions du gouvernement sud-coréen. Le NUAC regroupe 228 organisations en Corée du Sud, et 43 autres dans le monde. 

M. Kim Deok-ryeong faisait ainsi partie de la délégation qui a accompagné le Président Moon Jae-in en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) du 18 au 20 septembre 2018. Il a fait part de son émotion quand les Nord-Coréens réunis dans le stade du 1er mai à Pyongyang avaient alors applaudi le Président Moon Jae-in - dont une telle intervention en public au Nord de la Corée était sans précédent. Il a également exprimé sa confiance dans les engagements du Président Kim Jong-un à engager la dénucléarisation de son pays, la priorité étant désormais donnée au développement économique. Cette nouvelle situation nécessite également l'aide de la communauté internationale pour encourager le processus conduisant à la paix et à la réunification de la Corée, après que les Jeux olympiques de Pyeongchang eurent marqué l'avènement d'une ère nouvelle : "le climat de guerre froide qui a persisté entre les deux Corée commence aujourd'hui à se dissiper".

M. Kim Deok-ryeong a estimé que toutes les sanctions contre la Corée du Nord devaient être levées - une appréciation que partage pleinement l'AAFC - tout en mentionnant par ailleurs que la RPD de Corée devait procéder à sa dénucléarisation.

Ayant rappelé que le gouvernement provisoire coréen avait été hébergé dans les locaux de la concession française à Shanghaï, puis que l'année 2019 marquerait le centième anniversaire du mouvement pour l'indépendance du 1er mars 1919 (qui est commémoré dans toute la Corée), il a fait un parallèle avec la Révolution française de 1789 en exhortant la diaspora coréenne à l'étranger à diriger un nouveau mouvement révolutionnaire, conduisant le monde vers un régime de paix permanente, en Asie du Nord-Est et au-delà. 

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 21:32

A plusieurs reprises, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a dénoncé les atteintes aux droits des Coréens qui résident au Japon et protesté auprès des autorités japonaises sur la répression contre l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon). En particulier, les Coréens du Japon continuent de lutter pour que leurs écoles (qui offrent un cursus complet d'études en coréen, jusqu'à l'université) ne soient plus exclus du champ des avantages fiscaux dont bénéficient les autres établissements d'enseignement de l'archipel : la lutte pour l'égalité des droits implique de mener la solidarité à l'échelle internationale. Afin d'éclairer les termes de ce combat pour les droits humains, l'AAFC présente et analyse le dernier rapport périodique, consacré au Japon, du Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale (acronyme anglais : CERD), adopté lors de sa soixante-neuvième session (en août 2018).

Rassemblement organisé par les Coréens du Japon en 2018, pour célèbrer l'anniversaire du soulèvement du 1er mars 1919 contre la colonisation japonaise

Rassemblement organisé par les Coréens du Japon en 2018, pour célèbrer l'anniversaire du soulèvement du 1er mars 1919 contre la colonisation japonaise

Composé de 18 experts indépendants, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale est chargé de la surveillance de l’application de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Fondé en 1969, le CERD examine les rapports que doivent présenter les Etats parties à la Convention tous les deux ans. 

Lors du dernier examen périodique de la situation au Japon, en août 2018, sur la base du rapport présenté par les autorités nippones, le CERD (dans les paragraphes 21 et 22 de sa recommandation) a rappelé ses recommandations de 2004 pour mettre fin aux discriminations à l'encontre des Coréens vivant au Japon (qui vivent dans l'archipel "depuis de nombreuses générations"), en demandant notamment qu'ils bénéficient du droit de vote aux élections locales et qu'ils puissent accéder à la fonction publique nationale :

Rappelant sa recommandation générale n° 30 (2004) sur les discriminations contre les non-citoyens, le Comité recommande que l'Etat partie assure aux Coréens qui vivent au Japon depuis de nombreuses générations se voient accorder le droit de vote aux élections locales, et de servir comme fonctionnaires publics nationaux pouvant également exercer l'autorité publiques ou participer au processus de décision.

Rapport du CERD : CERD/C/JPN/CO/10-11

Réitérant ensuite sa recommandation déjà formulée lors du précédent examen périodique de la situation au Japon, le Comité des Nations unies souligne ensuite que l'exclusion des écoles coréennes du dispositif de subventions scolaires pour les établissements secondaires porte atteinte au principe d'égalité d'accès à l'éducation (l'AAFC rappelle que - tous niveaux d'enseignements confondus - la Chongryon gère 65 établissements fréquentés par des dizaines de milliers d'élèves) :

Le Comité réitère sa précédente recommandation (CERD/C/JPN/CO/7-9, paragraphe 19) que l'Etat partie assure aux "écoles coréennes" de ne pas être discriminée dans le financement par le Fonds de Soutien à l'Education aux Lycées, afin d'assurer aux étudiants coréens les mêmes possibilités d'éducation, sans discrimination.

Rapport du CERD : CERD/C/JPN/CO/10-11

Enfin, le Comité rappelle que les autorités japonaises doivent prendre des mesures spécifiques pour protéger les femmes et les enfants coréens contre de multiples formes de discrimination, et notamment un discours haineux :

Le Comité recommande que l'Etat partie fasse des efforts pour assurer une protection aux femmes et aux enfants coréens contre de multiples formes de discrimination et les discours de haine.

Rapport du CERD : CERD/C/JPN/CO/10-11

Les discriminations basées sur l'origine sont particulièrement fortes vis-à-vis des femmes. Elles sont aussi le fait de groupes d'extrême-droite qui ciblent les enfants mineurs (notamment les primo-apprenant de la langue coréenne) afin de les effrayer, créer des sentiments d'anxiété et les dissuader de fréquenter les écoles coréennes. Le discours de haine ("hate speech") méconnaît les obligations internationales du Japon de réprimer les discriminations fondées sur la nationalité et le genre.

Manifestation de haine raciale au Japon

Manifestation de haine raciale au Japon

Dans son rapport, le Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale mentionne d'autres groupes victimes de discriminations : les Aïnous, les habitants de Ryukyu/Okinawa, les burakumin (descendants des castes de parias ouvertement discriminés à l'époque féodale), les musulmans, les femmes victimes de discriminations et de violence, les "femmes de réconfort" (anciennes esclaves sexuelles de l'armée japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale), les non-citoyens, les migrants, les demandeurs d'asile et les victimes du trafic des êtres humains.

Le paragraphe 47 de la recommandation du CERD attend des autorités japonaises des réponses plus particulièrement sur les observations formulées dans ses paragraphes 14 (mise en place d'un dispositif plus effectif de lutte contre les discriminations, en amendant la loi sur l'élimination des discours de haine), 22 (recommandations relatives aux Coréens du Japon) et 34 (fin des discriminations contre les non-citoyens et les résidents étrangers - ce qui inclut les Coréens du Japon - y compris l'accès aux retraites et aux pensions d'invalidité, la mise en place d'une législation contre les discriminations dans les lieux publics contre les personnes étrangères ou d'apparence étrangère et d'envisager la ratification de la convention de 1954 sur le statut des personnes sans Etat et de la convention de 1961 pour réduire le nombre de cas des personnes sans Etat).

Ce programme pour l'égalité des droits doit être une préoccupation, qui nécessité également de favoriser l'évolution des mentalités dans la société japonaise.

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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 13:53

La petite salle du restaurant coréen Morann, dans le 15e arrondissement, était pleine ce jeudi 12 juillet 2018 (et la majorité des participants français, parmi eux des membres de l'AAFC), pour entendre Mme Kim Jung-hee, Sud-Coréenne naturalisée française, faire le récit de son quatrième voyage en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), du 19 au 26 mai 2018. Une présentation suivie d'une discussion qui a également montré l'attachement des Coréens d'outre-mer à être pleinement acteurs du processus de rapprochement intercoréen en cours. 

Mme Kim Jung-hee

Mme Kim Jung-hee

D'emblée, Mme Kim a dû préciser que s'intéresser à la Corée du Nord, en Corée du Sud, n'est jamais neutre, et s'y rendre encore moins : le poids de l'éducation, longtemps marquée par un fort anticommuniste, fait soupçonner tout visiteur de sympathies communistes. Kim Jung-hee répond très simplement qu'aller en Corée du Nord consiste pour elle à s'intéresser à la moitié de son pays, certes divisé mais partageant une même culture et une même langue. Se déclarant très touchée par la rencontre à Panmunjom, le 27 avril 2018, entre les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un, elle est convaincue de la possibilité d'un avenir de paix si la réconciliation se poursuit.

S'appuyant sur les nombreuses photos qu'elle a pu prendre au cours de son récent séjour en mai 2018, elle a mis en évidence les changements qu'elle a observés depuis sa première visite en 2014 : un usage qui se généralise du vélo, un code vestimentaire marqué par un recours accru aux couleurs vives et la coquetterie de plus en plus prononcée des femmes...

C'est sur la vie quotidienne qu'elle a choisi de mettre l'accent, chacune de ses visites étant marquée par la conduite d'actions de coopération dans les domaines agricole et alimentaire : elle a ainsi visité la ferme-prairie de Sepodeungpan, au nord de la zone démilitarisée (acronyme anglais : DMZ), où les pluies abondantes du printemps 2018 ont été la promesse de bonnes récoltes cette année. La ferme de Sepodeungpan s'étend sur 50 000 hectares, entre 450 et 600 mètres d'altitude, et met l'accent sur l'élevage caprin et bovin en comptant aujourd'hui 100 000 têtes de bétail - l'objectif étant de porter ce nombre à 500 000 têtes. La ferme est caractérisée par un degré élevé de mécanisation (avec un système de contrôle central permettant notamment d'échanger des informations sur les bêtes malades, les paysans étant en outre très fiers que les machines à peser les bêtes soient fabriquées en RPD de Corée, de même selon eux que 90 % des tracteurs qu'ils utilisent) et un recours intensif aux énergies renouvelables (éolienne et solaire, des petits panneaux solaires - ici d'origine chinoise - étant installés sur les toits des différentes habitations). La ferme tire profit de son environnement naturel, mais elle le subit également : certains endroits trop ventés sont impropres à l'agriculture et à l'élevage - pour mémoire, un sixième seulement de la superficie totale de la Corée du Nord est constituée de terres arables. Un important effort est consacré à diminuer le taux d'acidité des terres.

La ferme constitue une agroville, disposant de son propre Institut de recherche vétérinaire, sanitaire et alimentaire, qui a été visité par des équipes originaires d'Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas. Pour sa part, l'Italie a fourni des plants de pommiers.

Si la ferme-prairie de Sepodeungpan a constitué l'élément le plus original de la visite de Mme Kim Jung-hee en Corée du Nord, sur lequel ce compte rendu met l'accent, elle a pu se déplacer largement dans le reste du pays : à Wonsan, en cours d'aménagement de manière à devenir une station balnéaire de première importance, à Gosong (port desservant les monts Kumgang, où le dynamique tourisme intercoréen s'est brutalement arrêté en juillet 2008 et où les installations hôtelières sud-coréennes - comme l'hôtel Haekeumgang - se dégradent fortement), la zone démilitarisée - où elle a pu voir l'arbre planté par les deux présidents le 27 avril 2018 - et bien sûr Pyongyang, où la construction de nouvelles avenues témoigne du renouveau architectural en cours. 

Interrogée sur la nature des actions de coopération qu'elle conduit, Kim Jung-hee a précisé collecter des dons avec une demi-douzaine d'amis Coréens de par le monde, notamment des Coréens des Etats-Unis, les sommes recueillies ayant permis l'achat de pompes, de canalisations ou encore de filets pour protéger les plantations de jeunes arbres. 

L'exposé de Mme Kim, puis les réponses claires aux questions qui lui ont été posées, toujours dans un très bon français, a été empreint de cet enthousiasme qui témoigne combien la réunification fait toujours vibrer de nombreux Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora, même après 70 ans d'une cruelle séparation. 

Photo AAFC

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 21:25

Le 1er mai 2018, M. Ho Jong-man, président de l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon) nous a écrit, en amont de la 24e assemblée générale de la Chongryon, qui s'ouvrira le 24 mai 2018. En réponse, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a écrit au Président Ho Jong-man, en soulignant à cette occasion la solidarité de l'AAFC avec les luttes de la Chongryon pour les droits des résidents coréens au Japon, et contre les discriminations dont ils sont victimes. Nous reproduisons ce courrier ci-après (rédigé en anglais), ainsi que sa traduction en français. 

L'AAFC écrit à la Chongryon

Paris, le 12 mai 2018


Monsieur le Président,


En mon nom propre et en celui de l'Association d'amitié franco-coréenne, je vous exprime mes plus vives félicitations à l'occasion de la 24e assemblée générale de l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon). Nous sommes certains que votre assemblée sera couronnée de succès.

La Chongryon a joué un rôle moteur dans la promotion de la langue et de la culture coréennes au Japon, ainsi que dans le soutien à la réunification de la patrie coréenne. Comme vous, nous avons salué les pas de géant accomplis tant par le Président Kim Jong Un que par le Président Moon Jae In lors de leur récente rencontre à Panmunjom, le 27 avril. Fondée en 1969, l'Association d'amitié franco-coréenne soutient pleinement ces objectifs et poursuivra son combat pour la paix et la réunification, vers la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne. Les réunions de familles séparées prévues le 15 août seront la pierre angulaire pour le renouveau des relations Nord-Sud.

Pour nous, construire la paix doit aussi être corrélé à la fin des sanctions économiques, qui ont un impact très négatif sur la situation économique du peuple coréen en République populaire démocratique de Corée.

Parmi nos objectifs figure la défense des droits des citoyens coréens en dehors de la péninsule. En particulier, nous sommes extrêmement inquiets de la poursuite des discriminations contre la communauté coréenne au Japon, comme l'a montré la récente attaque en février du siège de votre organisation par deux individus de droite qui étaient armés. En outre, la récente décision des autorités de la préfecture de Gunma, au Japon, de suspendre le versement des subventions aux écoles coréennes constitue une autre atteinte aux droits fondamentaux des Coréens vivant au Japon. Les autorités japonaises envisagent aujourd'hui un sommet avec le Président Kim Jong Un : la question des droits des citoyens coréens au Japon doit figurer à l'ordre du jour.

Sur ces sujets et d'autres questions d'intérêt mutuel, nous serions ravis d'avoir un large échange de vues, y compris par des visites de délégation dans chacun de nos deux pays.

Avec tous nos voeux à l'Association générale des résidents coréens au Japon,

Benoît Quennedey
Président de l'Association d'amitié franco-coréenne

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 19:58

Les Coréens du Japon, dont la présence dans l'archipel est un legs de la colonisation japonaise de la péninsule (1910-1945), sont pris malgré eux dans l'engrenage des relations nippo - coréennes, et plus particulièrement des relations entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'agissant de la communauté nord-coréenne du Japon, regroupée au sein de l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon). L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) milite de longue date pour la fin des discriminations, de droit et de fait, dont est victime la minorité coréenne au Japon - notamment dans un courrier recommandé adressé le 23 mai 2015 par Guy Dupré, Président de l'AAFC, au Premier ministre Shinzo Abe, et dont les services n'avaient même pas jugé utile d'accuser réception.

Une délégation de l'Alliance de la jeunesse coréenne en RPD de Corée (août 2014)

Une délégation de l'Alliance de la jeunesse coréenne en RPD de Corée (août 2014)

Le 10 février 2016, soit trois jours après le lancement du satellite nord-coréen "Kwangmyongsong-4", les autorités japonaises avaient annoncé l'adoption unilatérale de nouvelles sanctions contre la RPD de Corée. Ces mesures ont été approuvées par le gouvernement Shinzo Abe le 19 février 2016.

Ces sanctions comprennent l'interdiction d'entrée dans les ports japonais de tous les navires nord-coréens (y compris - ont précisé les autorités nippones - ceux ayant un caractère humanitaire), ainsi que des navires de pays tiers précédemment passés par la Corée du Nord. Sont par ailleurs interdits les transferts vers la RPDC d'un montant supérieur à 100 000 yens (soit 800 euros). Tout autant (sinon davantage que la RPDC), ces sanctions visent implicitement les Coréens du Japon affiliés à la Chongryon, dans la mesure où leurs liaisons avec la RPD de Corée s'effectuent essentiellement par voie maritime, et qu'ils transfèrent de l'argent à leurs familles en Corée du Nord. Ils sont ainsi les victimes collatérales de la dégradation des relations entre Tokyo et Pyongyang.

Dénonçant le non-respect par le Japon des engagements qu'il a conclus dans l'accord intergouvernemental de mai 2014, les autorités nord-coréennes ont réagi en annonçant la suspension des travaux de sa commission d'enquête sur les citoyens japonais portés disparus.

La situation internationale pèse enfin sur la vie quotidienne des Nord-Coréens du Japon. Ainsi, alors que la quasi-totalité des écoles coréennes de l'archipel sont gérées par la Chongryon, ces dernières restent exclues d'un programme d'exonérations fiscales dont bénéficient les autres écoles au Japon. Les perspectives de levée de cette discrimination, encore dénoncée lors d'un rassemblement des Coréens du Japon qui s'est tenue à Osaka le 13 février 2016, n'en apparaissent malheureusement qu'encore plus lointaines.

Lire aussi, sur les blogs de l'AAFC et de l'AAFC-Bourgogne :

Source :

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 17:09

La Conférence populaire des Coréens américains (Korean American Grassroots Conference) s’est réunie pour la deuxième année consécutive : elle s’est tenue à Washington DC les 21 et 22 juillet 2015, avec l’objectif affiché que les enjeux intéressant la communauté coréenne aux Etats-Unis soient encore mieux pris en compte par les décideurs publics américains, à un an des échéances électorales nationales de 2016.

Mme So Jung-lim, présidente de l’Association des Coréens américains de l’aire métropolitaine de Washington, s'exprime à la Conférence populaire des Coréens américains

Mme So Jung-lim, présidente de l’Association des Coréens américains de l’aire métropolitaine de Washington, s'exprime à la Conférence populaire des Coréens américains

Financée par l’Association des Coréens américains de l’aire métropolitaine de Washington, que préside So Jung-lim, et organisée par l’Emancipation civique des Coréens américains (association basée à New York et dans le New Jersey), la Conférence populaire des Coréens américains a réuni 300 participants originaires de 18 Etats américains, en hausse par rapport à 2014 (250 participants de 14 Etats). Par ailleurs, cette année des rencontres préparatoires avaient eu lieu dans 15 Etats.

 

Forte de 2 millions de membres, la communauté coréenne aux Etats-Unis a un poids électoral réel, toutefois inférieur à son potentiel du fait d’une inscription encore trop faible sur les listes électorales (40 %). La Conférence a ainsi décidé de conduire une campagne intitulée « 8080 », visant à porter à 80 % le taux d’inscription sur les listes électorales, et également à 80 % le taux de participation parmi les électeurs inscrits.

 

Signe d’une prise de conscience du poids électoral de la communauté coréenne américaine, 13 parlementaires américains, siégeant au Sénat ou à la Chambre des représentants, ont participé au dîner organisé le 22 juillet dans un hôtel près du Capitole. Ed Royce, président de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, Bob Menendez, ancien président de la Commission des affaires étrangères du Sénat, et les députés Mike Honda et Charles Rangel ont pris la parole lors du dîner, en évoquant différents sujets auxquels sont attachés l’ensemble des Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora : les « femmes de réconfort » qui ont été les esclaves sexuelles de l’armée japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale ; la souveraineté des îles Dokdo ; l’utilisation du nom « Mer de l’Est » (et non « Mer du Japon ») sur les cartes ; les réformes de la législation sur l’immigration ; les réunions de familles coréennes séparées entre le Nord et le Sud de la péninsule.

 

Plus tôt dans la journée, des rencontres avec des parlementaires avaient eu lieu au Sénat et à la Chambre des représentants. Une demande a porté sur l’augmentation du nombre de visas de travail.

 

Alors que les Coréens de l’étranger peuvent désormais voter aux élections nationales en République de Corée (Corée du Sud), plusieurs parlementaires sud-coréens étaient également présents, dont Na Kyung-won, Président de la Commission des affaires étrangères et de la réunification, Shim Yoon-joe (parti Saenuri, conservateur), Baek Duk-kwang (Saenuri) et Oh Jae-se (Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie, démocrate).

 

Source :

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 12:09

Le Professeur Won Tai Sohn (ou Sohn Won-tai, si l'on suit l'usage coréen de placer le prénom après le nom), devenu Coréen américain, a été un témoin oculaire privilégié des débuts de la résistance engagée par le Président Kim Il-sung en Chine du Nord-Est. Alors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'apprête à commémorer le vingt-et-unième anniversaire de la disparition de son fondateur, le 8 juillet 1994, nous reproduisons ci-après, traduit de l'anglais, l'opinion qu'a gardée du Président Kim Il-sung Won Tai Sohn, un Coréen américain marqué par le christianisme et a revu le fondateur de la RPD de Corée dans les dernières années de sa vie, et qui témoignent d'une reconnaissance du rôle historique qu'il a joué au-delà des milieux de gauche.

Comment Won Tai Sohn considérait le Président Kim Il-sung

Je pense que Kim Il Sung, au cours de sa direction de la Corée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, a mérité et reçu une reconnaissance comme étant un dirigeant politique de grande envergure dans de nombreuses parties du monde. Il existe diverses approbations de son idéologie politique et de sa direction politique des affaires sous une forme de gouvernement socialiste-communiste. Ayant été docteur en médecine pendant la plus grande partie de ma vie, je n'ai pas l'intention de m'engager dans des débats pour savoir si telle ou telle interprétation peut évaluer de manière correcte sa contribution politique. Néanmoins, je considère devoir formuler mes idées concernant ce que j'ai vu, entendu et ressenti pendant mes visites en Corée du Nord.

J'ai trouvé une réponse à beaucoup de mes questions de mes expériences personnelles en République populaire démocratique de Corée. Le patriotisme est une vertu dont il est plus facile de se revendiquer que de la mettre en oeuvre. Mon père, le Révérend Sohn Jong Do, était un ministre méthodiste qui avait un profond amour pour la Corée et ses compatriotes. Malgré les persécutions, ce sont l'amour et le patriotisme qui ont fondé son opposition à l'occupation japonaise de la Corée et à travailler pour sa liberté, même si cet engagement devait finalement lui coûter la vie. Sa motivation était la même que celle d'Ahn Chang Ho, un des proches amis de mon père et également un combattant pour l'indépendance. M. Ahn était l'un des dirigeants du gouvernement provisoire coréen à Shanghaï, tout comme Syngman Rhee. Tous, y compris Kim Il Sung, ont fait la preuve de leur patriotisme par leurs actions, et non par grandiloquence politique.

Le Président Kim Il Sung a dédié sa vie à sa vision du communisme et il est resté immuable à ses principes tout en travaillant pour le bien du peuple. Il a maintenu l'idée que les intérêts du pays et du peuple doivent être placés au-dessus de l'idéalisme communiste et que la révolution n'était juste que si elle était menée pour l'amour du peuple. Ma vision du communisme est très simple : s'il a pour objectif d'aider les pauvres et de garantir à tous les citoyens les moyens de mener une vie égale et heureuse, il n'est pas très différent de la pure doctrine du christianisme des origines. Néanmoins, je m'oppose totalement aux doctrines extrêmes qui appellent à l'abolition de la propriété privée et à l'expropriation des riches. L'idée selon laquelle les travailleurs n'ont pas de patrie me semble tout aussi absurde.

En Corée du Nord, j'ai appris qu'était suivie une doctrine différente du communisme. Juste à la sortie de la voie rapide qui mène de Sunan à Pyongyang, près de l'aéroport international, se trouve le cimetière des Martyrs patriotes. Sont enterrés là des patriotes qui ont dédié leur vie à la libération et à l'indépendance de la Corée. J'ai trouvé là les tombes de Choe Tong Ho, que j'avais connu pendant mon enfance à Jilin, An Jae Hong, Jo So Ang, Jo Wan Gu et Om Hang Sop. Ils étaient de vrais nationalistes et des figures importantes du gouvernement coréen provisoire à Shanghaï. La Corée du Sud considère qu'ils ont tous été "enlevés" par la Corée du Nord. Kim Il Sung m'a dit qu'il aurait également voulu que les restes de mon père soient enterrés là mais qu'ils n'avaient pas été retrouvés (...)

Je ne peux qu'admirer la sensibilité du Président Kim Il Sung. C'était un homme qui aimait la nation et le peuple et plaçait le bien-être du pays au-dessus de tout autre but ou idéal. J'ai pu reconnaître son patriotisme dans chaque aspect de la construction du gouvernement socialiste de la Corée du Nord.

é

Source : Won-tai SOHN, Kim Il-sung and Korea's Struggle. An unconventional firsthand story, Mc Farland and Company Inc. Publishers, Jefferson (Caroline du Nord) et Londres, 2003. ISBN 0-7864-1589-4. Extraits du chapitre 19 (titre anglais : "Genuine Patriotism"), p. 174 sq.

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 21:30

La répression en cours contre l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon), proche de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), soulève une vague internationale de protestations, à laquelle s'est associée l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) qui a toujours dénoncé les discriminations dont sont victimes les Coréens du Japon. Nous publions ci-après la traduction en français d'un courrier en anglais adressé au Premier ministre japonais Shinzo Abe, le 23 mai 2015, par Guy Dupré, président de l'AAFC, au nom du bureau national de l'AAFC. Une copie de cette lettre a été remise en pièce jointe à un message de félicitations de Guy Dupré à M. Ho Jong Man, Président du Comité central de la Chongryon, alors que l'organisation a fêté son 60ème anniversaire le 25 mai 2015.

Paris, le 23 mai 2015

 

M. Shinzo Abe

Premier ministre

Service des relations publiques

Secrétariat du cabinet

1-6-1 Nagata-cho

Chiyoda-ku

Tokyo 100

8968 Japon

 

 

Monsieur le Premier ministre,

Les membres du bureau national de l’Association d’amitié franco-coréenne, qui défend depuis 46 ans une réunification pacifique de la Corée, sont profondément préoccupés par les discriminations en cours contre la communauté coréenne au Japon, tout particulièrement à l’encontre de l’Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon). Fin mars, les domiciles de plusieurs dirigeants de la Chongryon ont été fouillés par la police japonaise en méconnaissance des droits de l’homme, et tout particulièrement de leur droit de propriété. Par ailleurs, agir aussi ouvertement méconnaissait le principe de présomption d’innocence. Plus récemment, le fils du Président Ho Jong Man a également fait l’objet d’un harcèlement policier. Compte tenu du rôle joué par la Chongryon comme ambassade de fait de la République populaire démocratique de Corée au Japon, de telles actions doivent cesser immédiatement, dans la mesure où elles mettent en danger la paix et la stabilité en Asie du Nord-Est en créant de nouveaux contentieux avec la République populaire démocratique de Corée.

Votre gouvernement doit aussi s’excuser pour la colonisation japonaise de la Corée. Il a été porté atteinte à la dignité de millions de travailleurs coréens obligés de travailler pour les industries militaires pendant la Seconde guerre mondiale. De jeunes hommes coréens ont été conscrits de force dans l’armée impériale. Enfin, l’esclavage sexuel de celles qu’on appelle « les femmes de réconfort » a détruit la vie de centaines de milliers de femmes coréennes. Les membres du bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne sont vivement déçus que vous n’ayez mentionné aucun de ces sujets lors de votre récente visite aux Etats-Unis. Les victimes de l’impérialisme japonais attendent des excuses sincères, ce qui pourrait ouvrir la voie d’une réconciliation entre le Japon et la Corée 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale.

Cette lettre sera rendue publique.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, mes salutations les meilleures.

 

Au nom du bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne,

Guy Dupré

Président

 

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 15:59

La répression en cours par les autorités japonaises contre l'Association générale des résidents coréens au Japon (nom usuel en coréen : Chongryon, en japonais : Chosohren) a soulevé une vague internationale de protestations, exprimée en France par l'AAFC. Dans ce contexte, les Coréens américains du Conseil national de coordination des Coréens américains (Korean American National Coordination Council, KANCC) ont écrit une lettre ouverte de protestation au Premier ministre japonais M. Shinzo Abe, dont la KANCC a adressé une copie à l'AAFC. Nous reproduisons ci-après cette lettre, traduite de l'anglais, dont nous partageons pleinement les objectifs.

Lettre ouverte à M. Shinzo Abe
Premier ministre
Japon

Le 8 avril 2015

Cher M. Abe,

Les nouvelles publiques récentes selon lesquelles la police japonaise était entrée dans les demeures du Président et du Vice-Président de la Chosen Sohren (Association générale des résidents coréens au Japon) et les avait fouillées de fond en comble sans notification préalable a soulevé un choc et suscité la colère de la communauté coréenne américaine. Cette violation du droit de propriété légitime comme des droits humains fondamentaux à l'encontre des plus haut responsables de l'organisation Chosen Sohren attriste plus particulièrement les membres de la communauté progressiste américaine coréenne, représentée par le Conseil national de coordination des Coréens américains (KANCC), dont les objectifs affichés sont la paix et la réunification de la péninsule coréenne, ainsi que la protection des droits des Coréens d'outre-mer.

Cher M. Abe,

Comme vous le savez la Chosohren joue souvent un rôle d'intermédiaire entre le Japon et la Corée du Nord en l'absence de relations diplomatiques officielles entre les deux pays. Par conséquent, l'action illégale incompréhensible conduite par votre gouvernement a inutilement tendu les relations internationales, tout particulièrement dans les circonstances actuelles où les tensions dans la péninsule coréenne sont à leur plus haut. En outre, vous devez savoir que la Sohren est la seule organisation significative qui représente et protège les résidents coréens au Japon, majoritairement constituée des Coréens déplacés de force au Japon par les autorités impériales pendant la Seconde guerre mondiale, ainsi que de leurs descendants. C'est pourquoi l'action conduite par votre gouvernement reflète leur vie au Japon et leur histoire, marquée par leur lutte pour la survie et la justice face aux lourdes discriminations dont ils sont l'objet dans la société japonaise. En d'autres termes, elle a encore aggravé les discriminations contre les résidents coréens au Japon, qui est une violation à peine voilée des droits de l'homme !

Cher M. Abe,

Etant donné que vous appartenez à la génération d'après-guerre, vous devez être conscient que les actions menées par votre gouvernement assombrissent durablement les relations internationales en Asie du Nord-Est ; il n'y a jamais eu de véritable réconciliation avec les peuples des pays de la péninsule coréenne, de la Chine et d'autres Etats dont les mémoires restent marquées par l'impitoyable colonisation japonaise. Les peuples de la région se souviendront de votre action regrettable contre la Chosohren, comme de votre visite inappropriée au sanctuaire  Yasukuni, votre refus d'admettre la responsabilité de l'Etat sur la question des "femmes de réconfort" et la déclaration de votre grand-père  M. Abe Nobuyuki, dernier dirigeant colonial japonais, lors de son départ forcé de Corée à la fin de la guerre, où il a plaidé, sans aucun repentir, pour le retour du Japon et de lui-même en Corée comme un maître colonial !

Cher M. Abe,

La KANCC, représentant les Coréens américains progressistes préoccupés par ces questions, vous incite à prendre les mesures nécessaires pour prévenir que de faits de cette nature se reproduisent à l'avenir, et à vous excuser auprès de la Chosen Sohren pour l'épisode qu'elle a vécu.

En attendant, cette action illégale de votre gouvernement sera diffusée largement parmi la communauté coréenne américaine et dans la société américaine, notamment dans les médias, le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire et auprès de l'opinion publique.

Nous vous remercions pour votre attention.


Korean American National Coordinating Council (KANCC)
475 Riverside Drive,
#1368 New York,
NY 10115, USA

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 23:31

A la différence de la Corée, la Chine est un État pluriethnique qui mélange plus d’une cinquantaine de « nationalités » (selon le lexique chinois), dont notamment l’ethnie ultramajoritaire Han qui compose 92% de la population de la République Populaire de Chine. Parmi les autres nationalités, on compte notamment les Ouïghours, les Tibétains, les Zhuang (un groupe vietnamien de Chine), les Hui et… les Coréens. Alors que les premiers, beaucoup plus importants en termes démographiques, disposent tous de régions autonomes de niveau national (respectivement le Xinjiang, le Tibet, le Guangxi, le Ningxia), les Coréens de Chine habitent d’abord la Préfecture Autonome Coréenne de Yanbian, située dans la province chinoise du Jilin et frontalière de la République Populaire et Démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). A l’occasion d’un séjour en RPDC courant mai, un adhérent de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) a eu l’opportunité de séjourner dans la capitale de la préfecture autonome coréenne de Chine, Yanji, à la rencontre des Chaoxianju (Coréens de Chine).

 

Selon diverses estimations, il existe actuellement entre deux et trois millions de Chinois d’ethnie coréenne. Si l’immense majorité d’entre eux réside dans le nord-est chinois (le fameux Dongbei, composé du Liaoning, Jilin, Heilongjiang), ils sont particulièrement concentrés à Yanbian, puisque la préfecture en héberge plus de 800 000. La structuration de la minorité coréenne de Chine est particulièrement complexe puisque les Coréens de Chine sont à la fois issus de vagues d’immigration plus ou moins récentes, mais aussi de la mobilité extrême de la frontière Chine/Corée/Russie au fil des siècles. Rappelons-le, il y a de cela plusieurs siècles, l’actuel territoire coréen a été occupé au moins en partie par plusieurs dynasties « chinoises » (au sens politique plus qu’ethnique, certains empereurs chinois ayant occupé une partie de la péninsule coréenne étant issus de diverses ethnies mongoles – les dynasties Liao et Yuan notamment), d’où un métissage ethnique déjà relativement ancien et des liens culturels très forts : avant l’invention de l’alphabet syllabaire coréen en 1443 (appelé hangeul en Corée du Sud et chosongeul en Corée du Nord), la langue coréenne s’écrivait par exemple à l’aide des sinogrammes. Par ailleurs, comme les lecteurs réguliers du blog de l’AAFC le savent peut-être, parmi les Coréens ayant vécu une partie de leur vie dans le nord-est chinois et l’actuelle Yanbian, on trouve notamment Kim Il-sung (ayant animé en exil la guérilla antijaponaise) et son fils Kim Jong-il, respectivement président de la RPDC et Secrétaire Général du Parti du Travail de Corée.

 

Plus récemment, la frontière sino-(nord)-coréenne a été tracée à la fois à l’occasion des « traités inégaux » opposant la dynastie russe des Romanov à celle, sur le déclin, des Qing chinois (d’ethnie mandchoue), ce qui a eu pour principal effet la perte de la façade maritime chinoise (la ville de Vladivostok redevenant ainsi russe en 1860). Un siècle plus tard, avec l’avènement de la République Populaire de Chine (1949), et l’alliance sino-coréenne forgée dans le feu de la Guerre de Corée (1950-1953), naissait la « zone autonome » puis la « préfecture autonome » de Yanbian. Si la décentralisation importante de pouvoirs politiques à une ethnie n’était pas chose rare en Chine au début des années 1950 (c’est l’époque du fameux accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet), Yanbian revêt très vite un statut tout à fait particulier de par sa localisation stratégique : sas de communication et couloir économique de première importance entre Chine et Corée populaire, l’état-major militaire américain envisagera, au plus fort de la Guerre de Corée, de procéder à des frappes nucléaires sur la zone pour isoler la péninsule du continent (créer une « ceinture de cobalt radioactif » selon le vocable américain). Par ailleurs, l’histoire personnelle du dirigeant chinois Mao Zedong témoigne de l’importance prise par la préfecture de Yanbian : alors qu’est souvent évoqué le destin tragique de Mao Anying, fils de Mao disparu pendant la Guerre de Corée, il est moins connu que son propre neveu fut un temps (en pleine révolution culturelle) à la tête de Yanbian.

 

Un temps « minorité modèle », les Coréens de Yanbian ont subi coup sur coup un certain nombre de revers économiques majeurs, notamment la perte d’attractivité du Dongbei (aujourd’hui cœur industriel en net déclin) après la disparition de l’Union Soviétique, et la concurrence des provinces côtières exportatrices du sud de la Chine (Guangdong, Fujian) après « l’ouverture » menée par Deng Xiaoping dans les années 1980. Frontalière à la fois de la Corée du Nord et de la Russie, Yanbian a connu à la fois un sévère ralentissement économique consécutif à l’implosion soviétique et la « dure marche » en RPDC dans les années 1990. Aujourd’hui, les choses semblent lentement évoluer positivement, grâce notamment à l’investissement sud-coréen (en témoignent les nombreux édifices chrétiens de Yanji) et aux perspectives offertes par la Zone Économique Spéciale nord-coréenne de Rajin-Sonbong située à moins de 50km au sud. Cette dernière offre à Yanbian un débouché sur la mer de l’Est qui permet de désenclaver l’ensemble du nord-est chinois et offre une alternative au port russe de Vladivostok, qui gèle durant l’hiver. La mise en valeur relativement nouvelle de cette situation de carrefour (la ZES de Rason a été ouverte en 1991, mais le projet n’a véritablement pris forme qu’avec l’inspection du dirigeant Kim Jong-il en 2009) n’est pas sans soulever beaucoup d’espoir pour l’ensemble de l’Asie du nord-est, dont l’économie stagne depuis plusieurs années. Certains programmes soutenus par l’ONU (notamment le Greater Tumen Initiative) ont d’ailleurs pour objet de développer les infrastructures nord-coréennes et les liaisons entre Yanbian et la RPDC (ainsi que, dans une moindre mesure, la Russie). En effet, une part importante des investisseurs chinois en RPDC sont d’ethnie coréenne, issus de Yanbian, ce qui explique notamment la présence d’une délégation commerciale de la ZES de Rason dans la capitale de la préfecture, Yanji. Nous avons eu l’occasion de rencontrer des investisseurs chinois (et coréens américains) actifs dans la zone, qui ont pu nous exposer les difficultés mais aussi les perspectives offertes par le commerce transnational.

 

Si les grandes villes de la zone comme Yanji ou Tumen évoquent surtout la tristesse granitique de beaucoup de villes chinoises de cette importance, il ne faut pas s’y tromper : il existe encore de nombreuses traces d’architecture coréenne traditionnelle à découvrir, ainsi que de vibrants quartiers coréens, qui mélangent des Coréens du Nord, du Sud, de Chine ainsi que quelques Coréens américains. Située à trois heures de route de la ZES de Rason, deux heures du mont Paektu (Changbai en chinois) et une demi-heure de la frontière sino-nord-coréenne, il est plus que conseillé aux lecteurs intéressés par l’amitié sino-coréenne de s’attarder dans cette troisième Corée.

Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise

Sources :

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