Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 19:16

La couverture médiatique des événements est parfois étrangement différente des faits eux-mêmes. Le traditionnel message de nouvel an télévisé du Président Kim Jong-un, le 1er janvier 2017, en offre une illustration frappante : alors que le numéro un nord-coréen a clairement mis en avant le souci d’œuvrer pour la paix et la sécurité en Corée, les médias anglo-saxons n'ont retenu que la poursuite du programme nucléaire et balistique de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour transformer un message de paix en un discours belliqueux. Décryptage (PS : les extraits cités dans l'article sont une traduction, non officielle, par l'AAFC).

Message de nouvel an de Kim Jong-un : pour la paix et la sécurité, pour la prospérité de la Corée

Une fois n'est pas coutume, alors que la part la plus importante du message de nouvel an a été consacré, comme à l'ordinaire, à la situation économique intérieure, la dépêche de l'agence KCNA en ayant rendu compte a déjà évoqué les questions internationales.

Selon l'agence KCNA, dans un contexte marqué en 2016 par le renforcement sans précédent des sanctions contre la RPD de Corée, le Président Kim Jong-un a déclaré que « tant que les États-Unis et leurs suiveurs n'abandonneront pas leurs exercices de guerre », la RPDC « continuera de renforcer son potentiel d'autodéfense et sa capacité à mener une attaque préventive avec comme pivot ses forces nucléaires », tout en précisant que « les tests d'un missile balistique intercontinental sont en phase finale » - une référence étant par ailleurs faite aux progrès réalisés l'an passé dans le domaine balistique et nucléaire, notamment les essais nucléaires de janvier et septembre 2016 présentés comme des essais de bombes H. Mais ces précisions, qui ne sont en rien nouvelles et doivent être envisagées sous l'angle nord-coréen selon lequel l'objectif du désarmement nucléaire n'est possible que dans un cadre global, contrairement au désarmement unilatéral de la RPDC que recherchent les États-Unis (et qui, une fois obtenu, leur ont permis d'agresser des pays dépourvus de moyens suffisants d'autodéfense, comme l'Irak et la Libye).

 

Le principe de la politique étrangère de la RPD de Corée reste, comme le rappelle le premier paragraphe de la dépêche de l'agence KCNA, « la défense de la paix et de la sécurité », dans la péninsule coréenne et dans le monde. La RPD de Corée entend continuer à développer une politique d' « indépendance, de paix et d'amitié », fondée sur des « relations de bon voisinage, d'amitié et de coopération » avec tous les États qui respectent sa souveraineté.

 

Selon la dépêche de l'agence KCNA, le Dirigeant Kim Jong-un a ensuite mis l'accent sur la nécessité d'améliorer les relations intercoréennes et d'encourager par tous les moyens la réunification de la patrie, alors que l'année 2017 marque le 45e anniversaire de la déclaration conjointe du 4 juillet 1972 et le 10e anniversaire de la déclaration du 4 octobre 2007. La RPDC est « constante dans sa position de ne pas combattre ses compatriotes mais de défendre ses compatriotes et la paix du pays (…) Tous les Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora, doivent être solidaires et se réunir autour du principe consistant à tout subordonner à la réunification » - par-delà les différences d'idéologies et de systèmes politiques. Ce message trouve une résonnance particulière après le vote par le Parlement sud-coréen d'une motion de destitution de la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye, qui a favorisé les tensions intercoréennes – le nom de Mme Park n'étant toutefois pas cité (tout comme d'ailleurs ceux des actuel et futur présidents américains).

 

La plus grande partie du message de nouvel an concerne, une nouvelle fois, la priorité portée à l'amélioration de la situation économique et au développement du pays, dans la continuité des orientations définies lors du septième Congrès du Parti du travail de Corée en mai 2016 dans le cadre de la stratégie quinquennale de développement économique (le mot « stratégie » étant employé de préférence à celui de « plan »), et sur la base des résultats obtenus l'an passé.

 

Trois secteurs industriels sont à privilégier : l'électricité, la métallurgie et la chimie. L'accent est porté non seulement sur les aspects quantitatifs, mais aussi sur l'amélioration de la qualité de la production – notamment pour la métallurgie afin de diminuer les coûts d'extraction en modernisant le processus de production (dans la dépêche de KCNA, cette modernisation est décrite comme un recours aux technologies modernes dans le cadre des idées du Juche). Les transports, qui sont un des freins au redressement de l'économie, sont à nouveau identifiés comme une priorité – notamment les transports ferroviaires.

 

Pour atteindre l'objectif d'autosuffisance alimentaire, le besoin d'accroître la production agricole est souligné – sont notamment cités l'amélioration de l'alimentation du bétail dans la région de Sepho, la production de fruits, de champignons et de légumes et la pisciculture.

 

Dans le domaine de la construction, plusieurs chantiers prioritaires sont identifiés : la construction de logements rue Ryomyong, la station électrique de Tanchon et la modernisation de l'usine de locomotives Kim Jong-thae.

 

Toujours selon le Président Kim Jong-un, l'atteinte des objectifs de développement exige une amélioration de modes de gestion, la mise en œuvre des progrès technologiques (il est fait allusion à la mise sur orbite du satellite Kwangmyongsong-4 en février 2016, ainsi qu'au développement d'un modèle coréen de robotisation) ainsi qu'un travail idéologique de mobilisation des travailleurs et des soldats – rappelant ainsi le rôle de l'armée comme acteur économique.

 

Les priorités ainsi définies constituent autant d'orientations pour la politique de la RPDC en 2017, justifiant l'intérêt d'en faire une analyse rigoureuse.

 

Source :

Repost 0
29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 19:18

Le lundi 26 septembre 2016, à l'appel du syndicat des métallurgistes KMWU, les travailleurs des entreprises automobiles de Hyundai ont stoppé toute leur activité sur les sites d'Ulsan, Jeonju et Asan après l'échec des négociations salariales. De nouvelles actions étaient d'ores et déjà prévues par le syndicat KMWU à l'issue de la journée du 26 septembre, avec des débrayages de six heures par jour. Il s'agit de la première "grève totale" chez le groupe sud-coréen depuis 12 ans, après plusieurs débrayages conduits depuis juillet 2016. Menées à leur terme, ces actions seraient à l'origine de la perte de 114.000 véhicules pour une valeur de près de 2 milliards d'euros - ayant d'ores et déjà contraint le groupe automobile à réviser à la baisse ses objectifs de production pour 2016.

Les salariés de Hyundai en "grève totale"

Les positions étaient bloquées à l'issue de la 26e séance de négociations salariales : alors que la direction de l'entreprise proposait une hausse moyenne mensuelle de 58.000 won (soit 46 euros), une augmentation des bonus et le transfert à chaque salarié de 10 actions, la KMWU exigeait une hausse au moins équivalente à celle de 2015, soit 85.000 won (ou 68 euros).

Si la direction de Hyundai, tout en se déclarant "déçue" par les actions entreprises, affirme ne pas vouloir rompre le dialogue, le gouvernement est à l'origine d'une répression antisyndicale accrue (avec la condamnation à de la prison ferme de Han Sang-gyun, dirigeant de la centrale KCTU à laquelle est affiliée la KMWU) dans un contexte de forte mobilisation sociale - notamment contre les projets de déréglementation libérale du marché du travail, à l'origine de la défaite des conservateurs au pouvoir lors des élections législatives d'avril 2016. Dans ce contexte, une mise en cause des syndicats a été formulée par Joo Hyung-hwan, ministre du Commerce, suivant une pratique très coréenne d'ingérence du gouvernement dans la vie sociale des entreprises :

 
 

Les exportations coréennes ont beaucoup souffert récemment du fait du ralentissement de l'économie globale. Les débrayages du syndicat de Hyundai Motor ne vont qu'aggraver ces difficultés.

Cinquième producteur mondial d'automobiles, la Corée du Sud a été dépassée par l'Inde pour les six premiers mois de l'année 2016 et est menacée par le Mexique, dont la production augmente aussi rapidement.

Forts d'une tradition de lutte sociale, les salariés de Hyundai ont un salaire moyen mensuel de 2.200 euros (contre 1.700 euros en moyenne en Corée du Sud, où la situation des travailleurs des PME-PMI est beaucoup plus difficile sur un marché du travail caractérisé par un fort dualisme).

Sources :

Repost 1
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Social Economie
commenter cet article
27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 12:49

La ville sud-coréenne d'Ulsan a décidé de lancer des taxis à hydrogène, tandis que par ailleurs la ville de Gwangju s'est lancée dans un projet de partage de véhicules électriques à hydrogène. L'entreprise Hyundai Motor est à l'origine de ces projets dessinant des alternatives aux voitures à essence, en liaison avec le ministère du Commerce, de l'Industrie et de l'Energie dirigé par Joo Hyung-hwan. 

Des taxis à hydrogène à Ulsan

Les dix premiers taxis électriques à hydrogène d'Ulsan, qui appartiendront à la compagnie Tucson ix, s'inscrivent dans une stratégie de couverture progressive du territoire national par ces véhicules innovants : au premier semestre 2018, Hyundai Motor prévoit que 100 taxis à hydrogène desserviront cinq grandes villes - dont Gwangju, après Ulsan.

Par ailleurs, le projet pilote de partage de véhicules électriques à hydrogène, qui sera lancé à Gwangju, comportera initialement une flotte de 15 véhicules électriques à hydrogène et de 15 véhicules électriques.

Selon Chung Jin-haeng, Président de Hyundai Motor, il s'agit d'encourager une évolution des modes de consommation :

Je souhaite que le peuple expérimente la sécurité et l'écologie des voitures roulant à l’hydrogène.

Source :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Environnement Société Economie
commenter cet article
24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 10:48

Après l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 2 mars 2016, de la résolution 2270 ayant significativement accru les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) au regard de la poursuite de ses programmes nucléaires, spatiaux et balistiques, les gouvernements occidentaux, sud-coréen et japonais poussent la République populaire de Chine à fortement diminuer ses échanges économiques avec la RPDC, dans le but de provoquer une asphyxie de l'économie nord-coréenne et un changement de régime à Pyongyang. Dans ce contexte, les données commerciales chinoises (en l'absence de séries statistiques comparables publiées par la RPD de Corée) sont scrutées avec attention, tout particulièrement dans les milieux néoconservateurs. Pékin est ainsi régulièrement condamnée de ne pas appliquer les sanctions contre la RPD de Corée en l'absence d'effondrement du commerce bilatéral Chine-Corée du Nord. Une analyse factuelle dépassant le procès d'intention montre pourtant que cette accusation reste à démontrer. 

La ville de Dandong, à la frontière sino-coréenne, est l'un des principaux points de passage des échanges entre la Chine et la RPD de Corée.

La ville de Dandong, à la frontière sino-coréenne, est l'un des principaux points de passage des échanges entre la Chine et la RPD de Corée.

Selon les données statistiques douanières chinoises, les échanges bilatéraux avec la RPD de Corée ont atteint 17,7 milliards de yuans (soit 2,2 milliards d'euros) au premier semestre 2016, en baisse de 5,6 % par rapport aux six premiers mois de l'année 2015, les importations nord-coréennes ayant diminué encore plus fortement (de 8,7 %). Un rebond a cependant été constaté en août 2016 (+ 30 % par rapport à août 2015, se répartissant entre + 41,6 % pour les exportations chinoises et + 18,7 % pour les importations chinoises), après un repli en juillet 2016 (- 15,7 % par rapport à juillet 2015), n'effaçant pas une tendance globale au ralentissement. Les importations chinoises de minerai de fer ont fortement augmenté en août 2016 ; en revanche, la Chine importe moins de charbon nord-coréen, dans un contexte de saturation du marché chinois. Si l'on complète ces données par des observations de visu des échanges à la ville frontalière chinoise de Dandong, les échanges par voie ferroviaire et terrestre se poursuivent à un rythme comparable avec la période antérieure à l'adoption de la résolution 2270.

Le fait que les exportations nord-coréennes, dominées par les produits miniers, aient plus fortement baissé que les importations de la RPD de Corée, est cohérent avec le fait qu'elles sont ciblées par la résolution 2270. Cette évolution doit cependant aussi tenir compte de l'évolution de la production nord-coréenne et des besoins chinois.

On ne constate donc pas l'effondrement attendu (espéré ?) par les faucons néo-conservateurs, à Washington, Séoul, Tokyo ou Paris. Mais de là à affirmer que la Chine n'applique pas les sanctions commerciales contre Pyongyang, il y a un pas que ces partisans de la guerre et du chaos n'ont pas hésité à franchir.

Il y a en effet tout lieu de croire la Chine quand, opposée au programme nucléaire militaire nord-coréen, elle affirme mettre en oeuvre les résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle a ainsi publié plus rapidement que d'ordinaire les textes réglementaires régissant son application des sanctions. Par ailleurs, le texte de la résolution 2270 reposait sur une ambiguïté - à savoir que les restrictions aux principales exportations de minerais (notamment charbon et minerai de fer) par la Corée du Nord seraient exclues du champ d'application de la résolution dès lors qu'elles seraient utilisées à "des fins concernant les moyens d'existence" de la population nord-coréenne. Cette précision a dû été acceptée par les Etats-Unis et leurs alliés, pour obtenir l'aval de la Chine dans l'adoption de la résolution : comment reprocher à présent aux autorités chinoises de ne pas respecter les termes d'un accord accepté par Washington et ses alliés,en pleine connaissance de cause ?

Dire aujourd'hui que "la Chine n'applique pas les sanctions contre la Corée du Nord", selon les éléments de langage de l'administration américaine volontiers repris par les médias occidentaux, relève ainsi d'une méconnaissance du texte de la résolution 2270 et occulte le fait que les Etats-Unis ne sont, pour leur part, guère sensibles au respect du multilatéralisme, en s'arrogeant le droit de prendre des initiatives unilatérales - qu'il s'agisse du déploiement en Corée du Sud du système de missiles THAAD (sans aucune concertation avec Pékin ni Moscou, pourtant directement concernées) ou de la mise en oeuvre de sanctions américaines contre la RPD de Corée, à nouveau sans consulter d'autres puissances que les Etats qui leur sont affidés

Le procès fait aux autorités chinoises est d'autant plus injuste que celles-ci n'hésitent pas à poursuivre leurs entreprises nationales qui enfreignent les règles clairement définies du régime de sanctions internationales - à savoir l'interdiction des exportations permettant la poursuite par Pyongyang de ses programmes nucléaires et balistiques.
Le département de la sécurité publique de la province de Liaonin vient ainsi d'annoncer des poursuites contre le conglomérat Hongxiang, dirigé par Mme Ma Xiaohong et qui constitue l'un des acteurs majeurs des échanges sino - nord-coréens, basé à Dandong. Les pousruites portent sur de "graves crimes économiques" - dont la nature n'a toutefois pas été précisée.

Principales sources :

 

Repost 1
24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 12:18

Le 25 août 1960 est célébré en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme le début de la politique de Songun par le Dirigeant Kim Jong-il. La politique de Songun consiste à donner la priorité aux affaires militaires. Dans ce contexte, le Président Kim Jong-un a défini la ligne byeongjin (byungjin dans les textes reprenant la graphie de l'anglais), consistant à poursuivre simultanément le développement de l'économie et la constitution d'une force de dissuasion nucléaire. Nous revenons ci-après sur la ligne byeongjin.

Lors du septième Congrès du Parti du travail de Corée qui s'est tenu en mai 2016, Kim Jong-un a réaffirmé la ligne byeongjin.

Lors du septième Congrès du Parti du travail de Corée qui s'est tenu en mai 2016, Kim Jong-un a réaffirmé la ligne byeongjin.

Lors de la réunion plénière du Comité central du Parti qui s'est tenue le 31 mars 2013, le Président Kim Jong-un a défini la ligne byeongjin comme une nécessité pour assurer la sauvegarde de la RPD de Corée "face à l'impérialisme américain", dans un contexte de graves tensions internationales :

Contre les impérialistes et ceux qui vénèrent leurs menaces ouvertes et les débats sur la possibilité d'une invasion, la ligne byeongjin du parti nous permettra de détenir la puissance nucléaire pour construire un pays puissance économiquement.

Alors que les sanctions internationales du Conseil de sécurité des Nations Unies visent à ce que la RPD de Corée renonce à son programme nucléaire militaire et à ses programmes balistiques et spatiaux, la ligne byeongjin prend le contre-pied de cette position en affirmant que la construction d'une puissance militaire (en l'occurrence, nucléaire) est au contraire un fondement du développement économique, et que ces deux objectifs doivent être poursuivis simultanément.

Ce lien a été explicité dans une brochure en coréen intitulée Aperçu sur la Corée d'aujourd'hui en 100 questions et 100 réponses, en mettant en parallèle le nucléaire militaire et le nucléaire civil, dans la perspective plus large de l'approvisionnement de la Corée du Nord en sources d'énergie :

En se reposant sur l'industrie de l'énergie nucléaire, [la ligne byeongjin] développera à la fois les capacités nucléaires et résoudra la question des pénuries d'énergie, en renforçant ainsi les capacités de défense et en développant l'économie pour améliorer le niveau de vie du peuple.

Trois ans après la définition de la ligne byeongin du Parti, l'agence nord-coréenne KCNA s'est félicitée, dans une dépêche en date du 31 mars 2016, que cette orientation avait "élevé la RPDC au rang de pays prospère pour le peuple, doté d'une puissance nucléaire invincible", en soulignant :

- s'agissant des capacités de défense, le test nucléaire du 6 janvier 2016 et le renforcement des capacités balistiques ;
- en ce qui concerne l'économie, plusieurs réalisations architecturales comme le quartier scientifique résidentiel de Wisong, les rues des scientifiques Unha et Mirae, la maison de retraite des scientifiques Yonphung, le parc aquatique Munsu et la station de ski de Masikryong.

En conclusion, KCNA observait que la ligne byeongjin ne correspondait pas à une position tactique dans uns situation économique reconnue comme en retard, mais bien à une ligne stratégique pour le développement de la révolution coréenne.

Source principale :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique de la RPDC Economie
commenter cet article
9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 18:35

Dans un article publié le 9 juin 2016, Frédéric Ojardias (RFI) souligne les paradoxes de la culture du riz en Corée : alors que le Sud souffre d'une surproduction, le Nord lutte toujours pour l'autosuffisance alimentaire... mais les autorités conservatrices sud-coréennes refusent résolument d'envoyer les surplus au Nord. Une politique cohérente avec la stratégie de la droite sud-coréenne : il faut affamer la Corée du Nord dans l'espoit de provoquer un changement de régime. Décryptage.

Rizière près de Paju, au Sud de la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée

Rizière près de Paju, au Sud de la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée

Dans la péninsule coréenne, c'est toujours le Sud qui a bénéficié des meilleures terres agricoles et de la plus forte production de riz, base de l'alimentation des Coréens - et c'est donc aussi dans les régions méridionales que la population a le plus fortement augmenté, bien avant la partition. Quand la Corée souffrait de famine, les populations du Nord, les plus touchées, allaient dans la Mandchourie voisine, où s'est ainsi installée une forte minorité coréenne dès les années 1860.

Dans le Nord, où un sixième seulement des terres sont arables, le riz ne constitue d'ailleurs que la moitié de la production céréalière - la production de maïs étant pratiquement aussi importante que celle de riz. Après la disette des années 1990, dans un contexte marqué notamment par des catastrophes climatiques à répétition (sécheresses, inondations), les autorités nord-coréennes ont encouragé la diversification de la production agricole, et si la production céréalière a retrouvé un niveau proche de l'autosuffisance, les aléas climatiques maintiennent une situation d'insécurité alimentaire.

Malgré la partition de la péninsule entérinée par la création de deux Etats en 1948, la solidarité a joué : le Nord a fourni de l'électricité au Sud après la Libération et est venu en aide aux victimes sud-coréennes des inondations en 1984, tandis que le Sud a décidé de livrer des céréales au Nord touché par les pénuries alimentaires après 1992.

Mais tout cela, c'était avant : avant que les conservateurs ne reviennent au pouvoir en Corée du Sud en 2008. L'une de leurs premières actions a été de stopper les livraisons de céréales et d'engrais au Nord, au prétexte que les aides seraient détournées : le prétexte est facile, car toute ONG humanitaire sait bien que refuser d'aider des populations dans le besoin s'exerce au détriment de toutes les couches sociales.

Si la guerre consiste à causer des pertes pour l'ennemi en utilisant tous les moyens disponibles, le Sud - toujours techniquement en état de guerre avec le Nord - utilise l'une des armes les plus abominables qui soit par les dommages irréversibles qu'elle cause : l'arme alimentaire. Le Sud n'a pas l'arme nucléaire, mais elle dispose de l'arme alimentaire, et pire, elle l'utilise - contrairement à l'arme nucléaire nord-coréenne.

Dès lors, conformément à cette logique criminelle qui porte un nom (poliorcétique), que valent les constats que les surplus de riz sud-coréens ne cessent d'augmenter, sous l'effet notamment du changement des habitudes alimentaires entraînant une baisse de la consommation au Sud, alors que les prix rendent le riz sud-coréen a priori non compétitif sur les marchés étrangers - comme l'observe Frédéric Ojardias pour RFI :

 

Résultat : les Coréens mangent moins de 63 kg de riz par personne et par an. Soit moins de deux bols de riz par jour. C’est deux fois moins qu’il y a 30 ans. Mais si la consommation chute, la production augmente. La dernière récolte a été excellente. Pis, la Corée du Sud, qui refuse d’ouvrir son marché du riz, se voit en contrepartie obligée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) d’importer plus de 400 000 tonnes de riz par an.

Dans ce contexte, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient les efforts d'une partie des paysans sud-coréens d'envoyer les surplus au Nord - ce qui relève autant de considérations humanitaires que de la simple logique économique. Mais des raisonnements rationnels ne pèsent guère sur des autorités sud-coréennes enfermées dans une mentalité obsidionale de guerre froide, qui ont besoin de la peur et de la répression pour maintenir une poigne de fer sur le pays qu'elles gouvernent. Le capitalisme autoritaire a sa logique, sinistre.

Source :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes Economie
commenter cet article
27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 12:02

Le 27 avril 2016, l'agence de presse officielle KCNA (Korean Central News Agency) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé que le 7e Congrès du Parti du travail de Corée (PTC) s'ouvrirait le 6 mai 2016 à Pyongyang en présence de 3 000 délégués - sans préciser la date de clôture (le précédent Congrès, en 1980, avait duré quatre jours). Alors que nombre d'observateurs étrangers s'attendent à l'annonce de nouvelles mesures économiques pour élever le rythme de croissance économique de la RPDC, parallèlement au renouvellement des instances dirigeantes du Parti, l'annonce publique de la date exacte du Congrès - dont la convocation avait donné lieu à un communiqué de l'agence KCNA le 29 octobre 2015 - intervient dans un contexte d'accélération des efforts pour le développement simultané de l'économie nationale et des capacités de défense.

Le septième congrès du Parti du travail de Corée s'ouvrira le 6 mai 2016

Au plan économique, les Nord-Coréens sont engagés dans une nouvelle "bataille de la production" à l'approche du Congrès du PTC, la campagne des 70 jours : si elle suscite peu d'intérêt dans les médias occidentaux, elle n'en traduit pas moins la mobilisation de millions de travailleurs et d'étudiants en impactant fortement leur vie quotidienne, et fait ainsi l'objet d'une assez large couverture dans les médias nord-coréens.

Les initiatives prises par les autorités nord-coréennes dans le domaine militaire ont été en revanche largement couvertes en Occident, depuis l'essai nucléaire du 6 janvier 2016 : le 23 avril, la RPDC s'est félicité du "succès" du lancement d'un nouveau missile balistique mer-sol depuis un sous-marin sur sa côte Est. Si les commandements militaires américain et sud-coréen ont parlé d'un "échec", tout en dénonçant une violation des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies, il est avéré que, quel que soit le régime draconien de santions auquel elle est soumise, la Corée du Nord progresse dans l'obtention d'une capacité de frappe nucléaire sur le territoire américain à l'aide d'un missile balistique intercontinental, prétendant avoir déjà franchi ce seuil technologique.

En tout état de cause, la montée en puissance militaire de la RPDC est prise au sérieux par les Etats-Unis et leurs alliés : les exercices de guerre américano - sud-coréens de ce printemps sont d'une ampleur exceptionnelle, et un ancien conseiller du département d'Etat américain, Rober Einhorn, vient de rappeler lors du forum "Asan Plenum 2016" à Séoul que "les Etats-Unis ont déjà déclaré qu'ils étaient prêts à employer l'arme nucléaire en premier, si nécessaire, soit en Europe, soit en Asie de l'est afin de soutenir la Corée du Sud et le Japon. Cette approche fait toujours partie de la politique américaine". Cette constance de la politique américaine à envisager une attaque nucléaire en premier sur la Corée du Nord explique la volonté de Pyongyang de contrer cette menace en disposant elle-même d'une capacité de dissuasion nucléaire significative. Pour sa part, l'AAFC estime que l'escalade militaire en Asie du Nord-Est traduit la faillite de la politique occidentale de sanctions et d'isolement de la RPDC menée sans discontinuer par les administrations américaines successives (Barack Obama ayant avoué être un partisan de la théorie de l'effondrement nord-coréen développée par les faucons néo-conservateurs), et qu'il importe de revenir enfin au dialogue et à une volonté sincère de dénucléarisation de toutes les parties pour stopper l'engrenage de la guerre et de son corollaire, la course aux armements qui détourne des sommes importantes de politiques concourant directement au bien-être des populations.

Sources :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique de la RPDC Relations Etats-Unis-Corée Economie
commenter cet article
29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 12:32

En février, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a lancé la "bataille des 70 jours" pour accroître la production avant la tenue du septième Congrès du Parti du travail de Corée en mai prochain. Le précédent Congrès, en 1980, avait déjà donné lieu à une bataille de la production de 100 jours. De précédentes campagnes de développement accéléré de l'économie avaient été conduites en 2009, avec les batailles de 100 jours et de 150 jours.

La Corée du Nord engagée dans la "bataille des 70 jours" pour accroître la production

Dans les médias nord-coréens la campagne de 70 jours pour élever le niveau de production occupe une place notable - dans la continuité de la ligne fixée au plus haut niveau par les autorités de la RPDC de développement simultané de l'économie et des capacités de défense.

L'actuelle bataille de la production vise non seulement à augmenter la quantité produite, mais aussi à améliorer la qualité et à encourager l'innovation : dans une dépêche publiée le 28 mars 2016 l'agence nord-coréenne KCNA souligne les efforts déployés par l'usine de bonneterie de Pyongyang en insistant sur la qualité de la production ; une autre dépêche, en date du 23 mars, souligne que les fermes fruitières d'Unryul et Sinchon, d'une part, et de la Jeunesse de Sukchon, d'autre part, ont mis en place des produits de substitution aux composants agrochimiques importés.

A l'issue du premier mois de la campagne des 70 jours (dont la durée fait référence à celle initiée par le Dirigeant Kim Jong-il en 1974), un compte rendu publié le 25 mars a fait état du dépassement des objectifs de production dans les secteurs de la production électrique, des mines et de la métallurgie. En particulier, selon l'agence KCNA :

Le complexe charbonnier et minier de la Jeunesse de la région de Sunchon a réalisé ses objectifs à hauteur de 117 % en moyenne quotidienne. 13 brigades de choc de la jeunesse du complexe charbonnier et minier de la région de Tokchon ont réalisé leur programme de creusement de tunnels pour la première moitié de l'année, tandis que plus de 1 000 mineurs de charbon ont réalisé les objectifs de production du premier semestre et que des milliers de mineurs ont atteint les objectifs du premier trimestre dans la province du Sud Phyongan.

La production minière a augmenté de 20 % par rapport à la même période de l'année 2015.

Les médias nord-coréens insistent aussi sur le rôle des troupes artistiques pour encourager les travailleurs - ainsi sur la tournée de la troupe de Wangjaesan dans la province de Jagang (dépêche du 24 mars).

Si les travailleurs les plus méritants sont mis à l'honneur sur leur lieu de travail, les dépêches nationales de KCNA insistent sur les résultats atteints collectivement par des groupes de travailleurs - sans citer de nom en particulier, afin de mettre en avant le collectif de production.

Sources :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Economie Politique de la RPDC
commenter cet article
29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 12:34

Alors qu'elles sont encore en discussion au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies, les nouvelles sanctions envisagées contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) après l'essai nucléaire du 6 janvier 2016 et le lancement d'un satellite le 7 février 2016 font d'ores et déjà l'objet de débats quant à leur portée et à leur mise en oeuvre. A supposer que le texte ne soit pas substantiellement modifié, il existe en effet une marge d'interprétation. En outre, la Russie examine en détail un texte à l'élaboration duquel elle n'a pas été associée : dans une conversation téléphonique à son homologue américain John Kerry, le 27 février, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a fait part de sa préoccupation quant à la nécessité de ne pas créer de difficultés pour les coopérations économiques avec la RPDC dans le secteur privé, en relevant par ailleurs les problèmes humanitaires rencontrés par la Corée du Nord.

Jetée au port de Dandong, en Chine, par lequel transite une part importante du commerce sino - nord-coréen.

Jetée au port de Dandong, en Chine, par lequel transite une part importante du commerce sino - nord-coréen.

Les "faucons" américains s'étaient bruyamment félicités après être parvenus à un accord avec la Chine sur un nouveau train de sanctions - d'une ampleur sans précédent - contre la RPD de Corée. Et effectivement, si leurs désirs étaient appliqués à la lettre ils porteraient un coup particulièrement rude à l'économie nord-coréenne - que nous avions estimé à potentiellement 10 points de PIB - entraînant la mort de nombreux civils, notamment d'enfants : un schéma qui, même s'ils s'en défendent, est conforme à leur volonté de mettre à genoux la population nord-coréenne dans l'espoir d'un effondrement de la RPDC, que l'administration Obama cherche ainsi à provoquer à défaut, pour les administrations américaines successives, de la voir survenir depuis plus de vingt ans.

Un des points essentiels concerne les restrictions aux exportations nord-coréennes de minerais - dont nous soulignions déjà, dans notre édition du 23 février, qu'elles méritaient d'être précisées.

Lee Je-hun, du quotidien sud-coréen Hankyoreh, a apporté les précisions suivantes, au regard des informations apparues ultérieurement dans les médias : 

Citant la copie du projet de résolution qu'elle a obtenue, l'agence Reuters a rendu compte que l'or, le titanium et les terres rares seraient soumis à un embargo, alors que le charbon et le minerai de fer seraient exclus de la liste des sanctions dès lors qu'ils seraient utilisés à "des fins concernant les moyens d'existence" et que ces sommes ne seraient pas détournées vers le développement des programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

L'or, le titanium et les terres rares constituent des ressources importantes de la RPD de Corée qui, davantage exploitées (surtout en ce qui concerne les terres rares), pourraient offrir d'importantes perspectives de développement à la RPD de Corée. Il n'est d'ailleurs pas anodin que la Chine ait accepté d'inclure les terres rares dans cette liste de produits soumis à une interdiction d'exportation : au regard des réserves connues ou estimées, le principal concurrent de la Chine pour l'exploitation des terres rares est... la Corée du Nord.

Néanmoins, les principaux minerais exportés par la Corée du Nord sont aujourd'hui le charbon (plus de 1 milliard de dollars en 2015) et le fer, d'abord à destination de la Chine (on notera par ailleurs que d'autres exportations minières significatives, comme le cuivre et la magnésite, ne sont actuellement pas citées dans la presse : qu'en sera-t-il pour elles ?). Cette dernière n'a donc pas intérêt à perdre une source d'approvisionnements.

La question est de savoir comment s'assurer que le produit des exportations nord-coréennes va à l'amélioration des conditions de vie de la population, et non aux programmes nucléaires et balistiques ? Une telle "traçabilité" est en pratique quasi-impossible, sauf par une pratique douteuse d'amalgame entre entreprises relevant de secteurs d'activité totalement différents : les Etats-Unis sont peut-être prêts à franchir un tel pas, mais la Chine certainement pas... les médias chinois s'étant d'ailleurs empressés d'affirmer que les sanctions n'affecteraient pas les moyens d'existence des populations.

Il en va de même pour les restrictions aux livraisons de carburants pour les avions. Potentiellement, une telle mesure est de nature à asphyxier l'économie nord-coréenne. Mais la Chine, principal fournisseur de la RPDC en pétrole et en produits dérivés du pétrole, n'entend visiblement pas s'engager sur cette voie en étant soucieuse d'assurer le fonctionnnement normal de l'économie nord-coréenne, alors que les Etats-Unis avaient rêvé d'un embargo total sur les livraisons d'hydrocarbures à la RPDC.

Enfin, le projet de sanctions exclut l'aide humanitaire et, plus généralement, toute mesure de nature à porter atteinte au "bien-être" des populations. Les Etats-Unis et leur alliés iront peut-être plus loin, via des sanctions unilatérales, que les sanctions des Nations Unies dans leur logique d'affamer les populations nord-coréennes - ainsi, en Corée du Sud, même l'aide humanitaire à la RPDC est soumise à autorisation gouvernementale (!). Mais au regard de la faiblesse de leurs liens commerciaux, voire humanitaires, avec la RPD de Corée, leur marge de manoeuvre est limitée.

Prise de court par les initiatives nord-coréennes, la Chine revient au centre du jeu diplomatique. Tout en réaffirmant qu'elle appliquerait bien les sanctions (la semaine dernière, le blocage de livraisons de charbon nord-coréen par les douanes chinoises était apparu comme un signe avant-coureur des nouvelles sanctions), elle n'a aucune raison de privilégier une interprétation non conforme à la lettre du projet de résolution, quelles que soient les tentatives des Etats-Unis de chercher à imposer une lecture politique et non juridique... et alors que la Russie examine en détail le projet de résolution. Cette préoccupation est d'autant plus légitime que, par le passé, la Chine et la Russie se sont fait imposer des lectures non juridiques de résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies - par exemple, en ce qui a concerné les actions contre la Jamahiriya arabe libyenne du colonel Mouammar Khadafi.

Principale source :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Etats-Unis-Corée Economie Relations Chine-Corée
commenter cet article
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 13:15

Le 10 février 2016, en rétorsion contre le lancement d'un satellite par la RPDC trois jours plus tôt, les autorités de la République de Corée (Corée du Sud) ont annoncé la "suspension" des activités de la zone économique intercoréenne de Kaesong, au Nord de la péninsule, où 124 entreprises du Sud emploient 54 000 ouvriers nord-coréens dans des activités manufacturières. Cette décision unilatérale est un mauvais coup porté aux relations intercoréennes, alors que les échanges intercoréens - 2 milliards de dollars par an - sont à présent presque exclusivement limités aux activités de la zone de Kaesong, après que les "mesures du 24 mai" (2010) eurent déjà pratiquement suspendu tous les autres courants d'échanges.

La zone économique intercoréenne de Kaesong

La zone économique intercoréenne de Kaesong

Dans le bras-de-fer entre les deux Corée, il est de bon ton, dans les médias occidentaux, de présenter le Nord comme un Etat provocateur ne respectant pas ses engagements, et le Sud comme responsable et ouvert au dialogue. Cette idée reçue est pourtant sans cesse contredite par les faits.

Depuis le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul en février 2008, ces derniers n'ont de cesse de saper un par un les fondements du dialogue intercoréen, patiemment mis en place par leurs prédécesseurs démocrates pendant la décennie de la "politique du rayon de soleil" (1998-2008). La zone économique intercoréenne de Kaesong avait jusqu'à présent résisté aux vicissitudes de l'évolution des relations Nord-Sud : tel n'est plus le cas avec la décision du gouvernement de Mme Park Geun-hye, ce 10 février 2016, de "suspendre" les activités de cette zone. Ce faisant, la fille du très auritaire général Park Chung-hee, qui avait gouverné la Corée du Sud d'une main de fer entre 1962 et 1979, fait un pas que même son prédécesseur, le Président Lee Myung-bak, n'avait osé franchir. En outre, elle trahit ouvertement l'engagement que son gouvernement avait pris le 14 août 2013 avec la RPDC - suite à une première suspension des activités de la zone de Kaesong pendant quatre mois en 2013 - de ne pas soumettre celles-ci aux aléas des relations géopolitiques. En effet, cet accord stipulait, en son point 1 :

 

Le Sud et le Nord tâchent de ne pas répéter une suspension du complexe par l’interdiction de son accès ou par le retrait des travailleurs et de garantir la normalité des activités, comme l’accès du personnel sud-coréen au complexe, le travail des ouvriers nord-coréens et la protection des biens des entreprises, quelle que soit la situation géopolitique.

Ce non-respect des engagements a été justifié par le fait que, selon le désormais bien mal-nommé ministère sud-coréen de la "Réunification", les 100 millions de dollars de devises que retirerait chaque année le Nord du fonctionnement du complexe industriel serviraient au développement des programmes militaires et spatiaux. Evidemment, une telle corrélation est des plus douteuses, car elle supposerait de tracer l'affectation de chaque dollar de la RPDC... mais ce faisant, Mme Park Geun-hye et ses ministres entonnent l'un des airs favoris des néoconservateurs américains et sud-coréens, selon lesquels il faut étrangler économiquement la RPDC, quelles que puissent être les conséquences catastrophiques - notamment humanitaires - produites, dans tous les pays du monde et à toutes les époques, par une politique d'embargo cynique, étrangère au bien-être des populations.

Accessoirement, les chefs d'entreprise sud-coréens présents à Kaesong vont être, une nouvelle fois, les victimes collatérales de la politique nord-coréenne des "faucons" sud-coréens, ce qu'ils ont immédiatement déploré. Séoul leur a promis une indemnisation, dont les modalités et le montant n'ont évidemment pas été précisés. 

Enfin, en choisissant de se retirer volontairement de la RPD de Corée, la Corée du Sud est amenée à disparaître économiquement du champ des échanges internationaux de la Corée du Nord, qui deviendrait ainsi encore un peu plus dépendante de ses relations avec la Chine. Avant sa disparition, l'ancien président sud-coréen Kim Dae-jung, à l'origine de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord, avait exprimé la crainte que la RPD de Corée ne soit absorbée économiquement par la Chine, contrariant ainsi toute perspective future de réunification. C'est ce scénario catastrophe qu'a décidé de réaliser, en pleine connaissance de cause, la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye. Décidément, à Séoul, il n'y a pas que dans le domaine des droits politiques et sociaux que s'opère un retour vers le passé.

Sources :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes Economie
commenter cet article

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Traduction automatique

French to Albanian  French to Arabic  French to Bulgarian  French to Chinese (Simplified)  French to Croatian  French to Czech  French to Danish

French to Dutch  French to English  French to Estonian  French to Finnish  French to German  French to Greek  French to Hebrew

French to Hindi  French to Hungarian  French to Indonesian  French to Italian  French to Japanese   French to Latvian  French to Lithuanian

French to Norwegian  French to Polish  French to Portuguese  French to Romanian  French to Russian  French to Serbian  French to Slovak

French to Slovene  French to Spanish  French to Swedish  French to Thai  French to Turkish  French to Ukrainian  French to Vietnamese

Attention !
Une traduction automatique
peut contenir des erreurs...

Recherche

D'où venez-vous?

aujourd'hui


depuis le début de ce mois

 
 

Teads - Top des blogs - International

Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)