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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 14:38

Le sommet de Sentosa, à Singapour, le 12 juin 2018 a donné lieu à une importante couverture médiatique : le matin du sommet, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), est intervenu sur le plateau de RT France ; le soir même, il faisait partie des experts invités par France 24 pour s'exprimer dans le cadre du débat d'actualité The Debate. Nous rendons compte ci-après de ces deux émissions.

Intervention de Benoît Quennedey au journal télévision de RT France le 12 juin 2018, à 7h (heure de Paris), alors qu’une déclaration - dont le contenu n'était alors pas encore connue - était annoncée à l’issue du sommet (en cours).

La journaliste Dora Abdel Razic (DAR) interroge Benoît Quennedey (BQ), président de l’AAFC.

DAR : Kim Jong-un est apparu souriant face à Donald Trump, les deux hommes ont un caractère imprévisible, quel scénario prévoyez-vous pour les heures à venir ?

BQ : Ce sommet historique entre un président américain en exercice et le dirigeant suprême nord-coréen a été voulu par les deux parties. Rien n’a été laissé au hasard, compte tenu du passé d’hostilité entre les deux pays. Cette rencontre avec un président américain en exercice est un objectif de longue date de la Corée du Nord. Kim Jong-un est souriant mais le fait que Trump ait l’air grave a été étudié pour ne pas troubler une partie des Américains.

DAR : Un dirigeant va-t-il avoir l’ascendant sur l’autre ?

BQ : Non, car ce serait une humiliation pour chacun des deux. L’important est la déclaration qui va être signée. Elle comprendra sans doute l’objectif de dénucléarisation, mais s’agira-t-il de la seule Corée du Nord ou, comme dans la récente déclaration commune Nord-Sud, de l’ensemble de la péninsule, donc aussi du territoire sud-coréen ? Un signal concernant la levée des sanctions sera-t-il donné ? L’objectif d’une paix durable et peut-être aussi des annonces de visite de Kim Jong-un aux Etats-Unis ou de Donald Trump en RPDC peuvent être envisagés.

DAR : Sur ces différents dossiers quelle est la place des autres acteurs, Corée du Sud, Chine … ?

BQ : Jusqu’ici l’approche américaine était multilatérale jusqu’à ce que Donald Trump, à l’automne 2017, menace de détruire la RPDC. On mesure donc le chemin parcouru. Pour la Corée du Sud, comme l'a observé le Président Moon Jae-in,  c’est le début d’un long processus, car aujourd’hui ce sera la signature d’une déclaration de principes plus que la présentation d’une feuille de route. Bien sûr, la Chine dont le dirigeant a rencontré deux fois en 40 jours son homologue nord-coréen, ne peut qu’approuver cette démarche de dialogue qu’elle a toujours appelée de ses vœux. Si un traité de paix remplace l’armistice, la Chine sera partie prenante, ayant participé au conflit de 1950-1953. Elle aura aussi un rôle à jouer dans le système de garanties collectives de sécurité que la Corée du Nord exigera en contrepartie de sa dénucléarisation. La Russie a aussi un rôle à jouer dans un tel système et une rencontre est d’ailleurs prévue entre les dirigeants russe et nord-coréen.

DAR : On a vu la destruction du site d’essais nucléaires nord-coréen, est-ce un pas en avant, un signe positif ?

BQ : Oui, et les Nord-Coréens ont multiplié les gestes concrets avec aussi la libération des trois ressortissants américains qui étaient emprisonnés.  Maintenant la RPDC attend des gestes concrets des Américains et pas seulement des déclarations d’intentions. Elle attend de voir ce qu’ils vont mettre sur la table des négociations.

The Debate (Le débat) sur France 24 (version anglophone). Le 12 juin2018, le journaliste franco-américain François Picard anime une émission de 19h10 à 20h00 sur la « poignée de mains historique » à Singapour.

Deux participants en duplex depuis les Etats-Unis : Katharine Moon (KM) titulaire de la chaire d’études Asiatiques Wasserman au collège Wellesley (Massachusetts), d’origine coréenne, et Sam Nunberg (SN) ancien conseiller de la campagne électorale de Donald Trump.

Deux participants français sur le plateau : Antoine Bondaz, enseignant à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, et Benoît Quennedey, président de l’AAFC. Compte tenu de la longueur de ce débat seuls des extraits sont repris ci-après.

L’animateur (A) s’adresse en premier à Katharine Moon pour lui demander, en entendant la voix de Kim Jong-un évoquer un avenir brillant pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC), ce qu’elle en pense de cette déclaration.

KM : Cela fait deux fois que je l’entends parler et je dois dire qu’il manie la langue coréenne avec éloquence, avec gravité et en utilisant des mots très simples. Il est très efficace et j’ai été impressionnée ces deux foix. Il semble très à l’aise et très désireux d’être pleinement un nouvel acteur sur la scène internationale

A : Nous avons toujours du mal à comprendre la structure du pouvoir à Pyongyang. Est-il vraiment le seul à tenir les rênes du pouvoir ?

KM : Oui, c’est lui qui dirige mais la Corée du Nord est un pays complexe et il doit prendre en compte des intérêts différents. Il a des défis importants à relever. D’abord gérer le commandement militaire qui se voit mis de côté avec les pourparlers. Economiquement il doit aussi tenir compte de ceux qui se sont enrichis avec les réformes et qui se demandent s’ils vont être les gagnants ou les perdants des annonces qui ont été faites très clairement.

A : Antoine Bondaz, qu’en pensez-vous ?

AB : C’est une rencontre historique mais pas un accord technique de dénucléarisation, ni même quelque chose se rapprochant de ce qui été conclu dans le cadre de l’accord avec l’Iran. C’est une déclaration d’intentions qui est vague et ne reprend pas les termes de dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible. Mais au moins, nous allons dans la bonne direction.

A : Va-t-on dans la bonne direction Benoît Quennedey ?

BQ : Oui. Je ne suis pas aussi sévère qu’Antoine Bondaz. Bien sûr c’est une déclaration d’intentions mais si nous considérons la déclaration commune de Panmunjom des deux dirigeants coréens le 27 avril 2018, nous voyons qu’elle incluait non seulement l’objectif de dénucléarisation mais aussi celui d’un traité de paix, qui sont cette fois repris dans une déclaration entre Américains et Nord-Coréens. La déclaration de ce jour prévoit aussi concrètement le rapatriement des restes de soldats américains morts en Corée entre 1950 et 1953. Le plus important est qu’il s’agit du début d’un processus qui sera long et difficile, mais si nous nous souvenons qu’il y a neuf mois Donald Trump menaçait à l’ONU de détruire la Corée du Nord nous pouvons apprécier le chemin parcouru depuis lors.

AB : Il n’y a rien de nouveau dans cette déclaration, par rapport aux engagements antérieurs de la Corée du Nord (notamment en 2005 et 2012), y compris la question du rapatriement des restes de soldats morts en Corée.

A : Sam Nunberg, êtes-vous d’accord ?

SN : Je suis en complet désaccord avec le dernier analyste qui vient de parler. Je sais que je parle à une audience européenne et vous devez mettre de côté votre aversion pour Donald Trump. Il a hérité d’une situation difficile, Barack Obama lui avait dit que c’était la menace numéro un et celui-ci a été très près d’un bombardement de la Corée du Nord. Donald Trump a une nouvelle approche et c’est ce que veulent les Américains. Les accords cités par l’analyste précédent comme celui de 2005 ont été des échecs constants de la diplomatie classique, ce dont nous ne voulons plus. Donald Trump ne lève pas les sanctions, il veut des gestes de Kim Jong-un. Si Kim Jong-un comprend qu’en échange de la dénucléarisation il obtiendra un  développement économique de son pays il acceptera cet accord.

A : Votre réaction, Katharine Moon ?

KM : Alors que Donald Trump avait annoncé un nouvel accord qui serait du jamais vu, celui qui a été conclu est inférieur aux attentes. Donald Trump a aussi cédé en renonçant aux manœuvres militaires conjointes avec les Sud-Coréens.

Puis le reporter de France 24 reprend la parole pour dire qu’au cours de la journée Donald Trump a été un « président normal », comme s’il avait rencontré Emmanuel Macron…

A : Trump parle du caractère provocateur des manœuvres. Etes-vous surpris Antoine Bondaz ?

AB : Je suis très surpris, il est en train d’affaiblir l’alliance avec la Corée du Sud, en mentionnant un possible retrait des troupes américaines de Corée du Sud sans réelles raisons alors qu’il parle d’exercices militaires qui sont plus que justifiés et défensifs par nature. Soyons clairs : Trump offre des concessions au Nord alors que celui-ci n’a rien fait. Le gel des essais nucléaires et des tirs de missiles ne veut rien dire.

SN : Nous n’abandonnons pas la Corée du Sud, nous installons là-bas le système THAAD. Ceux qui sur votre plateau critiquent l’abandon des manœuvres militaires doivent avoir à l’esprit qu’il s’agit des plus importants exercices militaires de l’histoire de l’humanité. Trump a fait un geste de bonne volonté, nous Américains ne voulons pas envoyer 300 000  soldats faire la guerre en Corée – car nous savons que ce serait à nous de le faire en cas de nécessité.

KM : Je vous interromps pour dire que c’est vrai que ces manœuvres sont devenues trop importantes, mais je précise qu’elles incluent 300 000 soldats sud-coréens et pas américains…Trump a fait cette annonce sans en informer son ministère de la Défense ni le gouvernement sud-coréen qui ont aussitôt déclaré qu’ils n’étaient pas au courant.

(…)

A : Benoît Quennedey, qu’en dites-vous ?

BQ : Il faut être clair. Comme cela a été dit, tout ce qui a été essayé avec la Corée du Nord n’a pas fonctionné. Je regrette d’avoir à le dire mais l’action de  Barack Obama a été un désastre au regard des objectifs visés, puisque  la Corée du Nord s’est équipée d’armes nucléaires et de missiles. Au moins Donald Trump a essayé et réussi à entamer un dialogue. L’arrêt des manœuvres n’affaiblit nullement l’alliance américano-sud-coréenne, mais par contre favorise le dialogue Nord-Sud que souhaite par ailleurs le président sud-coréen Moon Jae-in.

AB : Je ne suis pas sûr que les Japonais vont  penser ainsi. La diminution de l’ampleur des exercices militaires est différente de leur suspension, ce qui est une demande des Chinois et des Russes. Beijing aujourd’hui doit très content.

A : Katharine Moon, n’avez-vous pas l’impression que le leader japonais Shinzo Abe doit aujourd’hui se sentir un peu seul ?

KM : Les choses ne se passent pas comme il l’aurait voulu mais il envisage déjà un sommet avec Kim et je suis persuadée que ce sommet aura lieu car c’est une bonne période pour Kim.

Projection de la vidéo américaine montrant la future Corée du Nord en plein boom économique.

A : Benoît Quennedey, que peuvent penser les Nord-Coréens d’une telle vidéo ?

BQ : Depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un l’opinion publique nord-coréenne s’est habituée à un changement de styles. Rappelons nous en 2012 l’apparition des  personnages de Walt Disney dans des représentations artistiques du groupe Moranbong, alors nouvellement constitué. La Corée du Nord est déjà en boom économique, mais bien sûr un boom d’ampleur limitée à cause des sanctions dont les Nord-Coréens souhaitent avant tout la levée - et probablement sur ce point ont-ils l’oreille de la Chine.

A : Sam Nunberg, voyez-vous l’avenir de la Corée du Nord comme une démocratie occidentale ou plutôt comme la Chine ?

SN : C’est un sujet que j’ai souvent abordé avec le président Trump, il offre à la Corée du Nord la possibilité de suivre un développement comparable à celui la Chine, où Kim Jong-un resterait au pouvoir et dans lequel les Nord-Coréens seraient prospères.

A : Antoine Bondaz, pensez-vous aussi que Donald Trump offre à la Corée du Nord de suivre la voie empruntée par le modèle chinois ?

AB : Le Nord aura beaucoup de mal à mener de vraies réformes économiques. Leur dilemme est de savoir comment obtenir un développement économique tout en gardant un contrôle de la population.

KM : Toute voie qui sortirait ce pays de la voix nucléaire serait la bienvenue. Je ne suis pas sûre qu’ils aient le désir de suivre la voie chinoise. Ils sont très fiers, surtout par rapport aux grandes puissances. Ils vont  choisir  leur propre modèle et jouer des contradictions entre les grandes  puissances  pour obtenir un soutien économique. C’est ce que tout dirigeant conscient dans un pays souverain devrait faire. Les Sud-Coréens sont soulagés que le sommet se soit passé sans anicroches mais les Sud-Coréens conservateurs sont inquiets, ce qui pourrait se refléter dans les élections à venir [NdA : les élections locales du 13 juin 2018 ont au contraire été un désastre pour les conservateurs sud-coréens].

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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 19:57

Le sommet de Singapour entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un n'a pas fait que des heureux : les partisans de la pression maximale sur la République populaire démocratique de Corée - voire de l'option militaire - ont cherché à minimiser la portée de la déclaration conjointe entre Washington et Pyongyang, voire à la critiquer sinon comme contre-productive, du moins comme insuffisante. Ces positions ont notamment des partisans dans les cercles gouvernementaux au Japon - mais aussi en France, où la ministre des Affaires européennes Mme Nathalie Loiseau, invitée de LCP, "en est presque venue à  critiquer la décision de Donald Trump de signer un document devant les caméras à l'issue d'une rencontre qui a duré plus de quatre heures" comme l'a observé Le Huffington Post. Sans ignorer que le sommet historique du 12 juin 2018 n'est que le début d'un processus long et incertain vers la paix et la dénucléarisation de la Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne a jugé utile de répondre point par point aux arguments des sceptiques, relayés notamment dans des médias français

Nathalie Loiseau, ministre française des Affaires européennes, n'a pas été enthousiasmée par la rencontre, en déclarant sur LCP que "signer un document avec Kim Jong-un c'est quand même pratiquement récompenser quelqu'un qui a été à l'encontre de tous les traités internationaux"

Nathalie Loiseau, ministre française des Affaires européennes, n'a pas été enthousiasmée par la rencontre, en déclarant sur LCP que "signer un document avec Kim Jong-un c'est quand même pratiquement récompenser quelqu'un qui a été à l'encontre de tous les traités internationaux"

"La déclaration conjointe ne comporte aucun engagement nouveau / aucun engagement concret" (variante : "La déclaration conjointe marque un recul par rapport aux précédents engagements de Kim Jong-un")

Ceux qui critiquent la déclaration conjointe insistent notamment sur le fait qu'elle ne mentionne que la dénucléarisation "complète" de la Corée du Nord, et non sa dénucléarisation "complète, vérifiable et irréversible". Mais une dénucléarisation "complète" doit par nature être vérifiable vérifiée par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). De même une dénucléarisation complète est par définition totale et sans retour en arrière, sinon cela s'appellerait une suspension des programmes nucléaires.

Au demeurant, parler d'un processus irréversible, c'est ignorer l'adage "fontaine, je ne boirai pas de ton eau". La diplomatie est affaire de circonstances : pourquoi la RPD de Corée s'engagerait-elle à - tout - céder et définitivement aux Etats-Unis sur la question nucléaire, alors qu'elle n'a reçu à ce stade que d'encore vagues engagements de sécurité et de non-agression de la part de Washington ? Comment renoncerait-elle définitivement à sa force de dissuasion quand les motifs de la dissuasion (le risque d'une attaque) n'ont pas disparu ? N'en déplaise à ceux qui préféreraient qu'un diktat soit imposé à la Corée du Nord, il s'agit d'une processus de négociations, de discussions entre des Etats parties libres ou non de s'engager conformément à leurs intérêts. C'est le principe même de la diplomatie. 

Enfin, en termes de dénucléarisation la Corée du Nord s'est certes engagée auprès des Etats-Unis dans les mêmes termes que vis-à-vis de la Corée du Sud le 27 avril 2018 - mais avec cette différence (de taille) que les Etats-Unis sont le pays dont elle estime qu'il la menace directement, Pyongyang mettant en avant les précédents irakien de 2003 et libyen de 2011.

"Donald Trump a trop cédé à Kim Jong-un"

Dans le détail, Donald Trump n'a au contraire rien cédé sur la levée des sanctions économiques contre la RPD de Corée (qui constitue pour elle une priorité) et a renvoyé à plus tard l'éventuel établissement de relations diplomatiques bilatérales, sans davantage de calendrier sur ces deux points que la Corée du Nord concernant son processus de dénucléarisation. Ces détails - dont nous avons toujours souligné, à l'AAFC, qu'ils sont fondamentaux - sont renvoyés à des discussions ultérieures, qu'annonce précisément la déclaration conjointe en précisant qu'elles seront conduites, côté américain, par le secrétaire d'Etat Mike Pompeo.

Une concession importante a cependant été faite, mais lors de la conférence de presse du Président Donald Trump et non dans la déclaration elle-même : la suspension des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes décrites par le chef d'Etat américain comme des "exercices de guerre" et des "provocations". Cette suspension en elle-même n'est toutefois en rien exceptionnelle : un quart de siècle plus tôt il s'agissait déjà d'une mesure mise en place par les Etats-Unis dans le cadre du dialogue avec Pyongyang, afin d'établir un climat de confiance. Pour donner une comparaison, la procédure est comparable à celle, lorsque deux pays sont en guerre, qu'ils évitent de continuer les combats. La proposition de Donald Trump est une mesure de bon sens de nature à favoriser la désescalade des tensions, et qui trouve son pendant dans la suspension des essais nucléaires et de ses tirs balistiques déjà annoncée par Pyongyang et qui constituaient la réponse, précisément, aux manoeuvres militaires des Américains et de leurs alliés - qui étaient jusqu'à aujourd'hui les plus importantes au monde en temps de paix.

Proposer de réduire l'ampleur des exercices militaires, comme le formulent certains, n'est pas un argument sérieux : que penserait-on d'une proposition similaire de Pyongyang de limiter la puissance de ses essais nucléaires, plutôt que de les suspendre ? Une telle proposition serait évidemment rejetée comme un leurre.

"Donald Trump a rehaussé le statut diplomatique d'un dirigeant qui ne respecte pas les droits de l'homme et ne mérite pas de tels égards"

L'argument est particulièrement spécieux car il présume qu'on ne peut pas discuter avec le dirigeant nord-coréen. La diplomatie est pourtant l'art de discuter avec ses partenaires, voire ses ennemis... Pendant la guerre froide, aurait-on dû refuser toute négociation avec l'Union soviétique au motif qu'elle n'était pas une démocratie libérale ? Les défenseurs d'une telle position sont, en fait, implicitement, des partisans de la guerre - ou de sa poursuite sous d'autres formes (embargo, blocus, sanctions). 

"Donald Trump affaiblit l'alliance américano - sud-coréenne"

Cet argument est une reprise en droite ligne de l'argument d'autorité des néo-conservateurs de tous pays, notamment sud-coréens, extrêmement hostiles à une approche conciliante avec le Nord. En outre, d'une part il résume l'alliance bilatérale à ses aspects militaires, et d'autre part il en donne une vision particulièrement étriquée : en quoi défend-on mieux la Corée du Sud en poursuivant des manoeuvres militaires qui ont justifié la poursuite de ses programmes nucléaires et balistiques par la Corée du Nord, potentiellement une menace pour Séoul en cas de conflit ? Enfin, lorsque l'on sait que c'est le Président Moon Jae-in qui a souhaité reporter en début d'année les manoeuvres militaires avec les Etats-Unis après les Jeux olympiques de Pyeongchang auxquels ont participé les Nord-Coréens, il est permis de douter que le refus du dialogue avec Pyongyang corresponde aux intérêts de l'actuelle administration sud-coréenne, qui n'a pourtant à aucun moment émis le désir de s'éloigner de l'alliance avec Washington...

"La signature d'un traité de paix est une chimère renvoyée à un avenir lointain"

Un traité de paix a au contraire une portée très concrète : mettre en place des mécanismes de sécurité collective qui préviennent les affrontements qui ont, à de trop nombreuses reprises, endeuillé la péninsule coréenne depuis la signature de l'accord d'armistice (ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée) le 27 juillet 1953.

Comme la guerre de Corée a été menée par trois parties (y compris la Chine), et que la Corée du Sud aurait vocation à rejoindre un tel traité de paix, il est parfaitement logique que la déclaration de Singapour n'ait pas conduit à la signature d'un tel accord. Réaffirmer un tel objectif, dans un document signé en commun par les Présidents Kim Jong-un et Donald Trump, est le maximum de qui pouvait être fait. 

"Donald Trump a fait le jeu de la Chine"

L'intérêt de la Chine est de garantir la stabilité dans la péninsule coréenne et de permettre sa dénucléarisation : ce n'est pas parce que ces objectifs sont poursuivis par la déclaration commune qu'ils correspondent nécessairement à une manipulation chinoise... fort heureusement, les partisans de la paix ne sont pas tous les agents d'influence ou les mercenaires de Pékin. 

Au demeurant, Pyongyang a conduit depuis longtemps une politique indépendante de Pékin, et voir dans son attitude la main de la Chine est particulièrement méconnaître la nature des relations sino-nord-coréennes. 

"La Corée du Nord n'abandonnera jamais ses armes nucléaires, car elle n'a pas respecté ses précédents engagements"

C'est oublier que les Etats-Unis n'ont pas tenu non plus leurs engagements de l'époque : blâmer la seule Corée du Nord est une réécriture de l'histoire non conforme à la réalité des faits, chaque partie n'entendant alors pas abandonner ses intérêts unilatéralement et sans contreparties. Dans ce contexte, le processus était voué à l'échec.

La différence fondamentale est que le processus actuel traduit une implication directe des plus hauts dirigeants des pays concernés, à travers une série de rencontres au sommet sans précédent. Peut-on légitimement croire que tous ces acteurs jouent un double jeu consistant à n'afficher qu'un consensus de façade ? Il y a bien de toute évidence une volonté partagée d'aboutir, en prenant en compte les attentes des différentes parties. 

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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 22:32

Dans son édition du 7 juin 2018, Lina Sankari, spécialiste de la Corée à L'Humanité, a fait une présentation de l'ouvrage La Corée du Nord, cette inconnue (publié en 2017 aux éditions Delga) dans le quotidien communiste. Nous publions ci-après des extraits de sa critique. 

Lina Sankari présente "La Corée du Nord, cette inconnue" dans "L'Humanité"

Lina Sankari a cité à plusieurs reprises l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) dans ses articles. Sa recension d'un des deux ouvrages publiés par Delga et consacrés à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - avec Comment peut-on être Coréen (du Nord) ? de Robert Charvin, vice-président de l'AAFC, est toutefois la première publiée à notre connaissance dans un quotidien national français. 

D'emblée, Lina Sankari souligne la nécessité de dépasser les clichés et les idées reçues : 

Il est des images inévitables. À propos de la Corée du Nord, le cliché confine aux défilés militaires, aux foules endoctrinées et éplorées à la mort de chacun de ses dirigeants et à une famine que l’on voudrait endémique. Dans un essai pédagogique, Benoît Quennedey, président de l’Association d'amitié franco-coréenne confronte données fiables et travaux universitaires afin de comprendre le pays et ses évolutions.

Lina Sankari observe que l'ouvrage "passe au crible le système politique, économique et social" et aborde les enjeux militaires et diplomatiques, tout en concluant que 

[il] explique comment les agressions extérieures, l'impasse diplomatique et les sanctions ont jusqu'alors bloqué toute ouverture et développement du pays. A méditer à l'aune des sommets à venir entre les deux Corées puis entre Donald Trump et Kim Jong-un.

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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 19:16

Dans un contexte de revirements de l'administration américaine sur la tenue ou non sur le sommet du 12 juin 2018 à Singapour entre Donald Trump et Kim Jong-un - qui sera une première entre un président américain en exercice et le dirigeant suprême nord-coréen - Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), est intervenu à ce titre dans plusieurs médias : RT France le 31 mai 2018 puis France 24 (canal francophone et canal anglophone) le 1er juin 2018. Nous rendons compte ci-après de ses interventions sur RT France et sur le canal francophone de France 24. 

La Corée du Nord au centre de tractations diplomatiques. RT France invite le président de l'AAFC dans son journal télévisé du jeudi 31 mai 2018 à 19h. 

Stéphanie de Muru, (SdM) journaliste à RT France après avoir travaillé sur FR3, I-Télé et BFM TV, a posé trois questions à Benoît Quennedey (BQ).

SdM : Ce sommet a été annoncé puis annulé et enfin réannoncé à moitié. Aura-t-il lieu ?

BQ : Je suis un sempiternel optimiste et je pense qu’il aura lieu. Dans cette séquence il y a un temps record pour régler un certain nombre de questions. Des deux côtés on n’entend pas arriver à un accord défavorable. L’agacement nord-coréen suivi de l’épisode de l’annulation du sommet par les Américains a permis le retour dans le jeu de la Corée du Sud avec le deuxième sommet intercoréen tenu à la demande des Nord-Coréens. D’ailleurs le président sud-coréen Moon Jae-in n’a pas exclu un sommet tripartite si l’on devait, en particulier, discuter d’un traité de paix.

SdM : Qu’est ce qui peut sortir de ce sommet qui a un peu mal commencé ?

BQ : On peut arriver soit à un accord global prévoyant la dénucléarisation de la Corée et en contrepartie des garanties de sécurité pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) avec différentes étapes de mise en oeuvre, soit rester dans un cadre plus général avec tout un nuancier possible d'accords. Nous assistons actuellement à une multiplication des rencontres diplomatiques marquée dernièrement par la rencontre du ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie Sergueï Lavrov et du Président Kim Jong-un. La dénucléarisation de la RPDC que demande Washington doit être complète, vérifiable et irréversible mais les garanties de sécurité qu'apportera Washington doivent elles aussi être complètes, vérifiables et irréversibles - vérifiables par des parties tiers comme la Chine et la Russie. Sergueï Lavrov a mentionné également à Pyongyang la levée des sanctions au cours de ce processus, et pas in fine  comme le veulent certains faucons américains. L'accord sera global ou pas : il s’agit d’assurer non seulement la dénucléarisation mais aussi la paix dans cette région du monde.

SdM : Cette rencontre de Kim Jong-un et de Lavrov est aussi un évènement historique. En quoi peut-elle peser sur ce sommet ?

BQ : Lors des discussions des sanctions au Conseil de sécurité de l’ONU on a pu voir que progressivement la Russie a fait davantage valoir son point de vue. La Russie faisait partie des pourparlers à six. La Russie en dehors de son intérêt politique ne peut pas laisser passer l’occasion d’accords économiques dans les domaines des réseaux gaziers et ferroviaires. La Russie a d'ailleurs été l’une des principales victimes des sanctions sud-coréennes avec la suspension des projets de rétablissement des liaisons ferroviaires intercoréennes en mars 2016.

 

Message de Kim Jong-un à Donald Trump. Le vendredi 1er juin 2018, la chaîne de télévision France 24 (en français) dans son journal de 23h apporte un éclairage sur l'actualité en invitant Benoît Quennedey, président de l'AAFC

Sommet Kim Jong-un - Donald Trump : l'AAFC sur RT France et France 24

Après avoir montré les images de Donald Trump qui, après sa rencontre avec Kim Yong-chol, annonce que le sommet est en bonne voie, la première question a porté sur le sommet à venir entre Washington et Pyongyang.

France 24 : Le sommet est un début. Comment avez-vous réagi à l’annonce de Donald Trump ?

BQ : C’est un grand soulagement, car après des semaines de confrontation le sommet était réellement en danger. L’élément très important est le rôle de la Corée du Sud. Elle a fait tout ce qui était possible pour que ce sommet ait lieu. Kim Yong-chol reçu au Bureau Ovale, c’est déjà tout un symbole. Rappelons qu’il est personnellement sous le coup de sanctions américaines. Il y a 18 ans le processus engagé par l’administration Clinton n’avait pas été mené jusqu’au bout par souci, à la demande des républicains, de ne pas lier les mains de son successeur, à la veille d'une élection présidentielle. Les Nord-Coréens ont su se positionner par rapport à la politique extérieure atypique de Donald Trump et ont compris qu’il y avait une opportunité. Nous avons donc une configuration extrêmement favorable, mais comme l’a dit Donald Trump lui-même, « c’est le début d’un long processus ».

France 24 : Quel est l’intérêt des Coréens du Nord à cette rencontre ? La lettre de Donald Trump à Kim Jong-un était assez dure.

BQ : Le président américain nous avait habitué à un style encore moins diplomatique... Sinon, on ne connaît pas le contenu de la lettre de Kim Jong-un à Donald Trump. Ce qui apparaît actuellement en Corée du Nord est un regard différent par rapport aux étrangers, une réelle volonté d’ouverture, avec un intérêt pour les modèles chinois et plus encore vietnamien. Il y a une réelle volonté de développer le pays. Si des garanties de sécurité sont obtenues dans le cadre d’un processus de sécurité collective dont les contours restent à définir, et où la Chine et la Russie auront leur place, si les sanctions sont levées, alors Pyongyang n'aura aucune raison de refuser un processus qui garantirait son développement économique. Pour les Nord-Coréens cela vaut le coup d’essayer.

France 24 : Votre association est parfois jugée un peu trop complaisante à l’égard de la Corée du Nord. Est-ce que pour vous c’est une démocratie ? Est-ce qu’il faut négocier avec elle ?

BQ : C’est un régime né d’une guérilla militaire, avec une grande concentration des pouvoirs qui rappelle celui de la Chine. Il faut aussi tenir compte de l’influence du confucianisme. Le régime politique n’a rien à voir avec une démocratie de type occidental au sens où nous l’entendons ici.

La diplomatie relève d'un autre domaine, l'intérêt des Etats et le réalisme. Quand la France négocie avec l’Arabie Saoudite qui a des principes très éloignés des nôtres on ne pose pas cette question…

La paix en Corée est possible car les deux parties ont des intérêts qui convergent. Kim Jong-un représente une nouvelle génération et la Corée du Nord n’est pas un pays statique.

Les choses évoluent, et si le processus en cours aboutit peut-être verra-t-on un jour à Pyongyang, après des décennies de confrontation, les enfants d'expatriés américains jouer avec les enfants nord-coréens.

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 07:39

Le 22 mai 2018, la chaîne RT France a consacré son magazine L'échiquier mondial à la question de la paix et de la dénucléarisation dans la péninsule coréenne. En fin d'émission, Oleg Shommer (OS) a interrogé Benoît Quennedey (BQ), président de l'AAFC, déjà intervenu à plusieurs reprises sur la chaîne. Nous reproduisons ci-après leur échange.

L’animateur, après avoir présenté la succession rapide des évènements, rencontres et déclarations, demande à son invité si le leader Kim Jong-un est sincère dans son intention de renoncer à son programme nucléaire ou s’il s’agit d’une manoeuvre politique.

BQ - Si demain la Corée du Nord obtient des garanties des Etats-Unis dans le domaine économique, notamment la levée des sanctions, si elle obtient également des garanties dans le domaine de la sécurité, alors oui les conditions sont réunies pour avoir un accord qui fasse avancer la cause de la paix dans la péninsule coréenne.

OS - Au vu des dernières manœuvres militaires les Nord-Coréens peuvent-ils avoir confiance dans la bonne volonté Américaine affichée dans l’agenda?

BQ - La Corée du Nord veut tester la bonne volonté américaine ce qui n’est pas anodin quand on voit que l’accord sur l’Iran a été rayé d’un coup de crayon par les Etats-Unis. Elle attend des gestes concrets en contrepartie de ses efforts, dans le cadre d’un accord diplomatique reposant sur le principe action pour action, chaque partie avançant simultanément

OS- La rencontre entre les deux leaders coréens marque-t-elle le début d’un processus de réunification ?

BQ - La réunification est le serpent de mer des relations intercoréennes depuis la division en 1945. Aujourd’hui il faut recréer les conditions d’un dialogue, combler le fossé économique et culturel entres les deux Corées. Quand Donald Trump parle du possible avenir brillant de la Corée du Nord, il met l’accent sur un écart devenu très important. N’oublions pas que jusque dans les années 1970, la Corée du Nord était plus développée que la Corée du Sud. Déjà, revenir à la politique de dialogue qui a été suivie par le Sud jusqu’en 2008 représente un espoir. Ensuite, créer un processus de réunification est ce que souhaite tout le peuple coréen. Ce sera un processus long dont les modalités seront à définir par les Coréens eux-mêmes. Il est trop tôt pour dire s’il s’agira d’un modèle confédéral ou d’une solution comme entre la Chine et Hong-Kong « un pays deux systèmes  ». En tout cas le rapprochement intercoréen est à nouveau sur les rails.

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13 mai 2018 7 13 /05 /mai /2018 09:41

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) continue d'avancer rapidement sur la voie de sa dénucléarisation, en procédant comme convenu dans moins de deux semaines - sans attendre le sommet avec le Président Donald Trump le 12 juin 2018 - au démantèlement d'un élément majeur de son programme nucléaire : selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée reproduit par l'agence nord-coréenne KCNA, le site d'essais nucléaires du village de Punggye sera démantelé entre le 23 et le 25 mai prochains (selon les conditions diplomatiques), en présence de journalistes étrangers de Chine, de Russie, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la République de Corée (Corée du Sud). 

Pyongyang invite les médias internationaux à couvrir le démantèlement du site de Punggye-ri entre le 23 et le 25 mai 2018

L'annonce du démantèlement du site d'essais nucléaires de Punggye avait été faite dès la réunion du Comité central du Parti du travail de Corée du 20 avril 2018, une semaine avant le sommet intercoréen du 27 avril 2018 entre les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in - lors de laquelle il avait été confirmé que le processus serait mené de manière transparente, en mai 2018, et en présence de journalistes et d'experts étrangers. 

Conformément à leurs engagements, les autorités nord-coréennes ont rendu publique, le 12 mai 2018, la date de la destruction du site de Punggye, ainsi que ses modalités techniques : 

Conformément à la décision de la troisième réunion plénière du septième Comité central du Parti du travail, l'Institut des armes nucléaires et les autres institutions concernées sont en train de prendre des mesures techniques en vue de démanteler le site d'essais nucléaires du nord de la RPDC dans le but d'assurer la transparence de l'arrêt du site nucléaire.

Une cérémonie de démantèlement est prévue entre les 23 et 25 mai, selon les conditions météorologiques.

Le démantèlement du site d'essais nucléaires se déroulera dans l'ordre suivant : provoquer l'effondrement de tous les tunnels du site d'essais par explosion, bloquer complètement les entrées, retirer toutes les installations d'observation ainsi que les instituts de recherche et structures des unités de garde sur le site.

Parallèlement au démantèlement, les gardes et chercheurs seront retirés et la zone autour du site sera complètement fermée.

Le communiqué du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a aussi donné des détails précis sur la couverture de cette opération par les médias de cinq autre pays, en précisant leurs conditions d'accueil, de transport et d'hébergement :

[Le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée] a l'intention d'autoriser non seulement les médias locaux mais aussi les journalistes d'autres pays à effectuer une couverture sur le terrain afin de montrer, de manière transparente, que le site d'essais nucléaires du nord du pays sera conduit conformément à la décision de la troisième réunion plénière du septième Comité central du Parti du travail de Corée.

Au regard de l'espace exigu du site d'essais, les journalistes d'autres pays seront limités à ceux venant de la Chine, de la Russie, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Corée du Sud.

Les journalistes invités viendront de Corée du Sud et des pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies, à l'exception notable de la France - ce qui traduit l'effacement de notre pays sur la question nucléaire dans la péninsule coréenne, et peut aussi être interprété comme une conséquence de la volonté des gouvernements français successifs de ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée - contrairement à tous les autres pays de l'Union européenne (sauf l'Estonie), à la différence notamment du Royaume-Uni dont les journalistes seront, quant à eux, bien invités à venir couvrir la destruction du site d'essais nucléaires. 

La mesure a une portée réelle : elle traduit l'engagement concret de la RPD de Corée dans le processus de dénucléarisation - contrairement à des informations erronées relayées par certains médias, des experts ont souligné que le site, encore utilisé lors du sixième essai nucléaire nord-coréen le 3 septembre 2017, restait parfaitement opérationnel.

A l'annonce de cette décision, un mois avant son sommet avec le Président Kim Jong-un, le Président Donald Trump a salué une décision "intelligente".

Sources :
- KCNA

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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 21:20

Sommet historique intercoréen du 27 avril 2018, démantèlement annoncé du site d’essais nucléaires nord-coréen dès le mois de mai, avant le sommet entre les présidents Kim Jong-un et Donald Trump (que ce dernier envisage désormais dans un délai de 3 à 4 semaines)... CNews en parlait le 29 avril 2018, à partir de 21h15, lors d'un débat avec Benoît Quennedey, président de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC), dans l’émission de Harold Hyman « L’Actu à la carte ». Quelques jours plus tôt, le président de l'AAFC avait par ailleurs répondu aux questions de Claire Tervé pour le Huffington Post sur ce qu'un traité de paix changerait dans la péninsule coréenne.

Comprendre le sommet intercoréen : retour sur l'émission « L'Actu à la carte » sur CNews du 29 avril 2018

Sur le plateau pour parler de l’actualité concernant la Corée, après un sujet sur la situation en Arménie, se trouvait également Kim Souya, artiste plasticienne vivant à Paris, et active dans la communauté sud-coréenne en France.

Pendant dix minutes Harold Hyman a donné la parole aux deux intervenants en commençant par l’émotion soulevée par la rencontre entre Moon-Jae-in et Kim Jong-un.

D’abord Kim Souya a déclaré avoir passé une nuit blanche, compte tenu du décalage horaire, pour regarder en direct cette rencontre, et en a été émue au point d’en pleurer et a assuré « ne pas être la seule ». C’est la première fois qu’elle entendait la voix du leader du Nord qu’elle a décrite « avec un petit accent charmant ».

Ensuite Benoît Quennedey a donné son sentiment sur « l’emballement des évènements ». Il a fait le parallèle avec l’année 2017 et le contraste avec la situation d’aujourd’hui, en mettant l’accent sur la prise en mains par les deux parties coréennes de leur destin commun et sur l’importance de la déclaration commune qui va bien au-delà des rencontres au sommet de 2000 et 2007 en abordant à présent la question de la paix. « Cette fois-ci il semble que ce soit la bonne » et « on est peut-être sur une nouvelle ère ».

Harold Hyman a repris l’historique de la question nucléaire dans la péninsule en présentant une illustration récapitulative et a demandé en quoi cette fois-ci cela déboucherait positivement.

Benoît Quennedey a expliqué que la Corée du Nord maintenant possède un armement qui lui permet de discuter sur un pied d’égalité avec les Etats-Unis évoquant la « sérénité des Nord-Coréens » qui veulent désormais passer à un stade de prospérité et de développement économique.

L’animateur s’adressant à Kim Souya lui a demandé si en tant que Sud-Coréenne elle était prête à payer plus d’impôts pour aider ses frères du Nord a obtenu une réponse immédiate « Bien sûr et ce n’est pas seulement moi », puis ajoutant que « ce n’est pas vrai » qu’au Sud on se désintéresse de la situation au Nord. Une séquence d’émotion qui a poussé l’expert de l’Arménie encore présent sur le plateau à s’exprimer « il y a une fierté coréenne qui aujourd’hui est amenée à s’exprimer de manière très forte ».

Kim Souya a repoussé les craintes concernant l’avenir de « la démocratie sud-coréenne » et « l’arrivée d’idées néfastes en provenance du Nord ».

Enfin les deux intervenants ont insisté sur le sentiment d’unité entre les deux parties divisées de la Corée et sur la marche vers la paix et la dénucléarisation.

Conclusion de Harold Hyman « la sincérité sera le mot-clé de l’avenir ».

On peut remarquer que cette émission, pas seulement par ses intervenants, mais aussi par l’attitude presque bienveillante de son animateur témoigne d’un nouveau souffle dans la présentation médiatique en France de la situation dans et autour de la péninsule coréenne.

 

Revoir l'émission « L’Actu à la carte » du 29 avril 2018 (le sujet coréen est évoqué à partir de 11'07") : 

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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 21:52

Après l'annonce par Pyongyang de la suspension de ses essais nucléaires et de missiles balistiques intercontinentaux, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a donné son point de vue sur la chaîne RT France, le samedi 21 avril 2018, au journal télévisé de 12h, en répondant aux questions de la présentatrice pendant plus de six minutes. 

La fin des essais nucléaires et des tirs de missiles, concrètement cela veut dire quoi ?

Concrètement cet arrêt intervient à une semaine de la rencontre prévue entre les deux dirigeants du Sud et du Nord. Il est probable que Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA et actuel secrétaire d'Etat, lors de son récent voyage à Pyongyang, a demandé un geste de bonne volonté explicite, et cette demande a donc été exaucée. Du côté de la RPDC il s’agit d’une décision approuvée par le Comité central du Parti, dans le cadre d'un processus collectif. Ce geste montre que la préparation de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un avance bien.

Il ne s’agit pas d’un bluff ?

Non, les Nord-Coréens depuis leurs décisions de janvier sont dans une séquence diplomatique. Il ne s’agit certes que de la suspension de leur programme, une suspension mais pas forcément un arrêt définitif. C’est cependant un premier geste qui s’inscrit dans une séquence diplomatique qui est le fait des deux parties de la Corée, comme on l’a vu au moment des Jeux olympiques, avec ces images des athlètes défilant ensemble, et qui reprend en main son destin. Sur une question aussi sensible pour la Corée du Nord, qui considère l’arme nucléaire comme son assurance vie, il y a une volonté d’aller de l’avant.

On parlait jusqu’à présent d’apaisement mais est-ce qu’on se dirige vers une vraie réconciliation ?

Le président Moon-Jae-in en a parlé lors d'une conférence de presse il y a deux jours, donc peu avant la rencontre avec Kim Jong-un. Chaque partie doit faire des efforts et pour le moment c’est le Nord qui en fait. On doit donc espérer des gestes de l’autre partie dans la levée des sanctions et l’établissement de relations diplomatiques avec Washington.

Washington, Séoul, l’Union européenne ont réagi à cette annonce du Nord, mais quelles sont les conséquences pour la péninsule coréenne ?

Le plus important est de revenir à la paix et de permettre la prospérité. La Corée du Nord est soumise à un régime de sanctions draconien sans équivalent au monde. L’UNICEF a déclaré en janvier que 60 000 enfants allaient mourir si les sanctions n’étaient pas levées. Lors de la récente réunion du Comité central du Parti, Kim Jong-un a ainsi mis l’accent sur l’économie.

La Corée du Nord veut donc sortir de son isolement et revenir sur la scène internationale ?

C’est clair et cette volonté s’est déjà manifestée avec la rencontre du leader coréen avec Xi Jinping. Le Nord considère que, ayant atteint ses objectifs de défense qui lui permettent de discuter d’égal à égal avec les Etats-Unis, il n’y a pas de raison de conserver un armement nucléaire si sa sécurité est assurée. Mais la dénucléarisation est un processus long qui nécessitera des étapes, la suspension en étant une. Il y a la question des garanties de sécurité, d’où l’idée d’un traité de paix qui remplacerait enfin l’accord d’armistice de 1953. Enfin, pour la première fois va se dérouler un sommet intercoréen qui va précéder un sommet Etats-Unis et Corée du Nord. Ainsi, les diplomaties sont coordonnées, ce qui n’était pas le cas dans les années 2000 où la diplomatie du Sud ne coïncidait pas toujours avec la diplomatie américaine. On peut espérer un régime de paix permanent et de prospérité.

Vous avez quand même le Japon qui émet beaucoup de réserves. Pourquoi cette méfiance ?

Il y a un très vieil antagonisme entre le Japon et la Corée qui remonte à la colonisation japonaise de 1910 à 1945 et l’enrôlement des Coréens de force dans l’armée impériale japonaise et les Coréennes devenues des esclaves sexuelles. Dans ce contexte le Japon a toujours joué le rôle de « Monsieur plus ». Le Japon ne veut pas être l’oublié et l’abandonné de ces négociations, d'autant qu'il sait qu’en cas de conflit, après les Etats-Unis, la cible nord-coréenne serait le Japon. Ce n’est donc pas très surprenant que le Japon soit dans une situation de surenchère. On verra par la suite si le Japon propose aussi un sommet avec le dirigeant nord-coréen, ce qui a déjà eu lieu avec Junichiro Koizumi dans les années 2000.

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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 22:21

Le 10 avril 2018, le site en ligne du mensuel L'Incorrect a publié un entretien avec Benoît Quennedey : président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), auteur de La Corée du Nord, cette inconnue (Delga, 2018), il a répondu aux questions de Jérôme Besnard, dans un article intitulé "Le mystère de la Corée du Nord", que nous reproduisons ci-après - et qui revient sur des questions récurrentes, notamment en qui concerne l'idéologie directrice de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ou les évolutions diplomatiques récentes.

L'AAFC dans "L'Incorrect", pour lever le voile de mystère sur la Corée du Nord

Comment jugez-vous l’évolution de la situation géopolitique dans la péninsule coréenne ces dernières semaines et ces derniers mois ?

Le 7 septembre 2017, dans l’émission « On n’est pas forcément d’accord » sur RTL, Eric Zemmour disait que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avait fait la meilleure analyse de la situation internationale depuis 10 ans : l’acquisition d’une force de dissuasion nucléaire lui a permis de ne pas connaître le sort des dirigeants irakien Saddam Hussein et libyen Mouammar Kadhafi. On ne négocie pas avec les Etats-Unis un désarmement unilatéral et inconditionnel : on ne vient à la table des négociations qu’en position de force, ce qui est le cas à présent pour Pyongyang. La question n’est donc pas tant de savoir pourquoi la Corée du Nord a proposé une rencontre au sommet à Donald Trump, après la rencontre qui a eu lieu avec le dirigeant chinois Xi Jinping et celle prévue avec le Sud-Coréen Moon Jae-in le 27 avril – puisque la Corée du Nord a tout à gagner d’un dialogue avec les Etats-Unis : garanties de sécurité, contreparties économiques, levée des sanctions, reconnaissance diplomatique… – mais pourquoi le Président Donald Trump a dit « oui ». Il y a deux raisons fondamentales : le constat que la politique des administrations démocrates, dite de « patience stratégique », n’avait en aucun cas empêché la Corée du Nord de se doter d’une force de dissuasion nucléaire, et qu’il était donc temps de changer de logiciel d’analyse ; la réalité stratégique, à savoir que les villes américaines sont désormais à portée des têtes nucléaires nord-coréennes, comme l’a observé le nouveau conseiller à la stratégie du Président, John Bolton, sur Fox News. Et c’est un expert qui parle : John Bolton a justifié, et justifie, encore la guerre en Irak en 2003.

D’autres facteurs jouent bien évidemment un rôle, comme l’impact des sanctions internationales sur l’économie nord-coréenne – alors que le président nord-coréen a fait de l’élévation du niveau de vie de la population une priorité.

D’autres facteurs jouent bien évidemment un rôle, comme l’impact des sanctions internationales sur l’économie nord-coréenne – alors que le président nord-coréen a fait de l’élévation du niveau de vie de la population une priorité. C’est d’ailleurs sur cet aspect qu’insiste Donald Trump, pour justifier son acceptation de rencontrer Kim Jong-un. Le contexte reste toutefois très incertain, et un retour à l’escalade des tensions n’est pas à exclure, avec des risques de conflit : le lieu, la date et les modalités de la rencontre Trump-Kim ne sont pas encore fixés. Par ailleurs, les Nord-Coréens placeront la barre haut : ils n’abandonneront pas l’arme nucléaire sans de sérieuses garanties, tant en termes de sécurité qu’économiques. Le sommet – le premier avec un président américain en exercice – ne serait alors que le début d’un processus de dialogue, et non son point d’achèvement.

La Corée du Nord est-elle selon vos informations devenue une puissance nucléaire capable de rivaliser, à son niveau, avec les autres pays détenteurs de l’arme atomique ?

Elle dispose d’une force de dissuasion nucléaire, même si la précision de ses tirs fait encore l’objet d’interrogations, de même que la capacité de rentrée de ses missiles dans l’atmosphère. L’essentiel est donc atteint, indépendamment de la taille des arsenaux nucléaires (les Américains disposent d’au moins 100 fois plus de têtes nucléaires que les Nord-Coréens) : pouvoir dissuader tout ennemi d’une attaque par une capacité de représailles que ce dernier ne peut accepter. C’était la doctrine nucléaire française définie par le Général de Gaulle. C’est aujourd’hui celle du Maréchal Kim Jong-un.

La France est un des rares pays à ne pas entretenir de relations diplomatiques normalisées avec la RPDC, comment expliquer la pérennisation de cette situation ? Est-elle dommageable ?

Le Général de Gaulle avait décidé, en 1968, d’établir des relations diplomatiques au niveau de bureaux commerciaux – comme avec la République populaire de Chine à Taïwan. Sa décision relevait d’un principe de réalisme : la diplomatie se fonde sur des rapports de force tenant compte de l’existant. Au début des années 2000, tous les pays européens sauf deux (la France et l’Estonie) ont établi des relations diplomatiques complètes avec la Corée du Nord, ce qui permet de disposer d’un levier d’influence – dont a refusé de se doter notre pays. Par ailleurs, si l’on veut favoriser la francophonie dans toute la péninsule coréenne, mettre en place des investissements dans un pays doté des deuxièmes réserves au monde de terres rares, il est utile d’avoir une diplomatie d’influence… La France a fait le choix d’avoir en Corée du Nord une politique de puissance de second rang, renonçant à son statut de grande puissance. C’est évidemment dommage, mais comment pourrait-il en être autrement dans un contexte de désintérêt pour les questions coréennes au plus haut niveau de l’Etat, et de démission des prétendus experts du Quai d’Orsay pour un sujet qu’ils ne veulent pas connaître ?

La France a fait le choix d’avoir en Corée du Nord une politique de puissance de second rang, renonçant à son statut de grande puissance.

Les mêmes experts n’ont-ils pas armé Daech en prétendant soutenir l’opposition dite démocratique au gouvernement syrien (il est vrai que dans le même temps la Corée du Nord soutient politiquement et militairement Bachar El Assad par rejet fondamental de l’intégrisme islamiste de Daech, ce qui ne peut qu’évidemment la rendre suspecte aux yeux de ceux pour qui le régime syrien est l’ennemi principal…) ? Les mêmes experts ne continuent-ils pas, contre nos intérêts, à mener une politique de sanctions contre la Russie ? L’impuissance française sur le dossier coréen renvoie à d’autres démissions de l’exécutif français… le dernier chef de l’Etat français à avoir compris l’enjeu coréen était Nicolas Sarkozy, qui avait décidé l’ouverture d’une représentation diplomatique française à Pyongyang à l’automne 2011. Depuis, notre pays n’a brillé ni par sa capacité d’anticipation, ni par sa puissance d’analyse sur la question coréenne.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les deux grandes doctrines politiques en Corée du Nord, le Juche et le Songun ? En quoi se différencient-elles de la caricature de « dictature communiste » trop souvent véhiculée par la presse française et occidentale à propos du régime de Pyongyang ?


Au moment du schisme sino-soviétique, la Corée du Nord, foncièrement nationaliste, a refusé de s’aligner sur l’un ou l’autre de ces deux pays : elle a alors développé les idées du Juche suivant le principe d’une autonomie dans tous les domaines, économique, politique et militaire. Au plan individuel, les idées du Juche signifient que l’homme doit être maître de son destin. Dans le domaine international, les idées du Juche préconisent la souveraineté des nations comme base de l’ordre international. A l’ère de la globalisation, on devine ce que de telles théories peuvent avoir d’inacceptable pour les partisans de l’effacement des nations – et qui décriront, à force de mauvaise foi et de fausses informations fabriquées par le renseignement américain et/ou sud-coréen, la Corée du Nord comme un Etat « stalinien », alors qu’il n’y a plus le moindre portrait de Marx et Lénine… Certes, la Corée du Nord développe un socialisme à la coréenne, mais ce choix ne lui est pas propre : de nombreux Etats arabes se sont revendiqués à la fois du socialisme et de l’idée nationale… Du reste, comment accuser un pays divisé, victime pendant 35 ans d’une brutale colonisation japonaise, d’être attachée à l’idée de nation ? Ce serait comme accuser les résistants au nazisme pendant la Seconde guerre mondiale de faire preuve de nationalisme…

La politique de Songun est un développement des idées du Juche dans les années 1990 : dans un contexte d’effondrement des institutions et de l’économie, la priorité est donnée à l’armée d’abord, pour assurer la continuité de l’Etat et maintenir l’économie. Mais la Corée du Nord n’est pas un Etat militaire pour autant, plutôt un Etat guérilla pour reprendre l’expression du journaliste Philippe Pons. La Corée du Nord est née de la guérilla antijaponaise, et ses dirigeants ont conservé une mentalité de guérilla face à une adversité qui ne baisse pas la garde. Les précédents irakien de 2003 et libyen de 2011 montrent toute la cohérence de ce mode d’organisation, qu’on l’approuve ou non. L’objectif n’est pas de satisfaire des présupposés idéalistes, mais bien de partir de l’existant pour tendre vers un but commun : empêcher l’holocauste d’une guerre nucléaire entre la Corée du Nord et les Etats-Unis et leurs alliés.

Essayiste - Jérôme Besnard, jbesnard@lincorrect.org

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 10:23

Le vendredi 9 mars à 20h00, pendant six minutes, lors du journal de la chaîne Russia Today (en français) la présentatrice Magali Forestier a interrogé Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). Le sujet bien sûr est celui du jour, l’annonce d’une rencontre entre Donald Trump et Kim-Jong-un.

Qu’est ce qui a permis ce retournement ?

- Deux interprétations possibles. Celle de Donald Trump : les sanctions ont fonctionné, l’économie du pays est au bord du gouffre, le pays n’a plus d’autre choix que la négociation. Celle de la Corée du Nord qui considère que, disposant désormais de la capacité nucléaire, elle peut négocier en position de force. Ce qui compte c’est que les deux pays voient l’opportunité de pouvoir amorcer un dialogue et peut-être arriver à solder un conflit qui a commencé avec la guerre de Corée en 1950-1953, sans traité de paix jusqu'à ce jour.

Est-ce que la politique agressive de Donald Trump a porté ses fruits ?

C’est ce qu’il pense et aujourd’hui il est flatté d’avoir une proposition qui de plus lui est transmise par un responsable des services de sécurité nationale de Corée du sud qui sont très proches de leurs homologues américains. C’est une opération de séduction de Kim Jong-un qui a fonctionné.

Donald Trump sera-t-il celui qui réussira là où ses prédécesseurs ont échoué ?

Il rêve de réussir ce que les présidents démocrates ont échoué à résoudre. Il veut montrer que sa politique non-conventionnelle est efficace.

C’est donc un moment important.

Deux sujets vont immédiatement se retrouver sur la table de négociation. Côté américain la suspension des essais nucléaires et balistiques mais aussi une dimension à long terme avec un système de contrôle international et le retour des inspecteurs de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique). Côté coréen la diminution des sanctions. Tout ceci va prendre du temps.

Comment va se dérouler cette rencontre ?

Les deux partenaires doivent apprendre à se connaître. L'actuelle vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, spécialiste des affaires américaines, a été envoyée en Occident pour mieux comprendre la mentalité de Donald Trump, qui n’est pas toujours facile à appréhender. Restent les questions du lieu à déterminer, de l’agenda et des gestes de bonne volonté possibles. Par exemple les prochaines manœuvres militaires américano-sud-coréennes pourraient être d’ampleur inférieure ou au moins pas supérieure à celle de l’année dernière. La Corée du Nord ayant arrêté plusieurs ressortissants américains, elle pourrait offrir à Donald Trump de rentrer avec eux. Si au début les discussions sont bilatérales, la nécessité d'offrir des garanties de sécurité nécessitera l’inclusion de la Russie et de la Chine dans un accord international. Il faudra donc à un certain moment une série de négociations multilatérales.

Rencontre Donald Trump – Kim Jong-un, le point de vue de l’AAFC sur les plateaux télé. Benoît Quennedey a la parole.

A 22h00 dans le journal de France 24 (en français) c’est la journaliste Florence Thomazeau qui a questionné Benoît Quennedey. Bien entendu les questions étaient quasiment les mêmes et les réponses par conséquent très semblables. Nous n’en reproduirons donc pas l’intégralité.

Pourquoi ce changement de ton entre Donald Trump et Kim Jong-un ?

Il fallait sortir de l'impasse et c’est le cas avec l’intelligence historique des deux protagonistes de saisir l’opportunité de JO.

La rencontre est due à la réussite de la politique américaine ?

Chaque partie a sa propre interprétation…

Comment la Corée du nord pourrait-elle renoncer à l’arme nucléaire qui est le fondement de sa politique ?

Le processus de négociations sera long. Elle souhaite des garanties de sécurité, de non-attaque, la levée des sanctions, l'établissement de relations bilatérales avec Washington, de l’aide économique et un processus de sécurité collective.

En 1985 et 1993 il y a déjà eu des tentatives de dénucléarisation mais qui ont échoué, pourquoi aujourd’hui cela serait-il différent ?

La différence est qu’aujourd’hui la Corée du Nord dispose d’une réelle capacité de dissuasion et qu’elle aborde les négociations avec plus de confiance. De plus une rencontre au niveau des chefs d’Etat est inédite et importante pour un pays très fier. Le processus sera complexe mais peut aboutir à la fin de la situation résultant de la guerre de 1950-1953.

La Chine est absente de ce processus apparemment mais a-t-elle pu avoir un rôle d’intermédiaire ?

La Corée du Nord a choisi pour porter son message des Sud-Coréens et de plus membres des services de sécurité, qui sont proches des milieux américains. En 2017 sur ce dossier il est vrai que la Chine a montré de la lassitude et la Russie a repris l’initiative. La Chine ne veut pas d’escalade en Asie ; elle accueille ce sommet avec optimisme et elle sait que si un système de sécurité collective est mis en place elle aura un rôle à y jouer.

Rencontre Donald Trump – Kim Jong-un, le point de vue de l’AAFC sur les plateaux télé. Benoît Quennedey a la parole.
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