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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 17:13

Le 1er juillet 2019, le gouvernement du Premier ministre japonais Abe Shinzo a annoncé la mise en place de restrictions à l'exportation vers la Corée du Sud de trois matériaux nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs et d'écrans, produits phares de l'industrie sud-coréenne. Cette mesure semble avoir été prise en représailles d'un verdict rendu en 2018 par la Cour suprême sud-coréenne, ordonnant à des entreprises japonaises d'indemniser des victimes du travail forcé, mais pourrait aussi être motivée par des considérations de politique intérieure.

Le Président Moon Jae-in passe devant  le Premier ministre Abe Shinzo après l'avoir salué à la réunion du G20 à Osaka le 28 juin 2019 (source : Yonhap) 

Depuis le 4 juillet 2009, les sociétés japonaises doivent demander une autorisation pour exporter trois matériaux vers la Corée du Sud : le polymère fluoré, la résine photosensible et le fluorure d'hydrogène. La procédure d'autorisation nécessite désormais 90 jours, là où le gouvernement japonais accordait auparavant un traitement préférentiel aux entreprises sud-coréennes. Les matériaux visés sont nécessaires à la fabrication des écrans pour smartphones et des puces mémoire, soit les principaux produits exportés par la Corée du Sud, laquelle a dépendu à plus de 90% du Japon pour ses approvisionnements en polymère fluoré et résine photosensible et à 44% pour le fluorure d'hydrogène entre janvier et mai 2019, selon l'Association coréenne du commerce international.

Dès l'annonce de la décision du Japon de restreindre l'exportation de certains produits nécessaires à l'industrie sud-coréenne, le ministère du Commerce, de l'Industrie et de l'Energie de Corée du Sud a accusé le Japon de violer un accord de l'Organisation mondiale du commerce et déclaré qu'il y répondrait « fermement ».

Le 4 juillet, jour d'entrée en vigueur des restrictions aux exportations japonaises, le ministre de l'Economie a dit que le gouvernement sud-coréen envisagerait « diverses mesures correspondantes » à moins que le Japon ne revienne sur sa décision.

Apparemment, la décision japonaise est une réponse à un jugement rendu en 2018 par la Cour suprême de Corée du Sud, ordonnant à des entreprises japonaises de dédommager des victimes coréennes du travail forcé pendant la période coloniale (1910-1945). Le Japon a dénoncé cette décision en affirmant que toutes les questions concernant les réparations liées à son régime colonial ont été résolues grâce à l'accord signé en 1965 par les gouvernements japonais et sud-coréen et normalisant les relations diplomatiques entre les deux pays.

Le 8 juillet, s'exprimant pour la première fois en public au sujet de la décision prise la semaine précédente par le Japon, le président sud-coréen Moon Jae-in a appelé ce dernier à lever les restrictions d'exportations imposées contre des entreprises sud-coréennes, en les décrivant comme une tentative de limiter le commerce dans un but politique. Le Président Moon a dit que le gouvernement sud-coréen mènerait d'abord des efforts « calmes » pour tenter de la résoudre de façon diplomatique. Mais, en cas de « dommages réels » subis par des entreprises sud-coréennes, le gouvernement n'aura pas d'autre choix que de prendre les mesures « nécessaires ».

Le Président Moon s'est aussi engagé à apporter tous les soutiens possibles aux entreprises sud-coréennes, de telle sorte à ce qu'elles puissent améliorer leur compétitivité internationale dans le secteur manufacturier en réduisant la dépendance aux importations de matériaux essentiels.

Pour justifier la décision prise par son pays, l'ambassadeur du Japon en Corée du Sud a déclaré le 8 juillet que les restrictions placées sur les exportations de matériaux technologiques vers la Corée du Sud étaient dues à un « effondrement » de la confiance mutuelle. Le lendemain, le gouvernement japonais est allé jusqu'à affirmer que le renforcement de ses réglementations sur les exportations de certains matériaux vers la Corée du Sud était dû en partie au non-respect par Séoul des sanctions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Ces allégations ont été immédiatement rejetées par le gouvernement sud-coréen.

Le 9 juillet, le Japon a refusé l'appel au dialogue de la Corée du Sud pour trouver une solution au différend commercial, disant n'avoir pas l'intention de lever les restrictions et que la question n'était pas sujette à des pourparlers, la décision du 1er juillet s'inscrivant dans le cadre des efforts du Japon visant à revoir les contrôles de ses exportations.

Comme les efforts visant à résoudre cette crise de manière bilatérale n'ont abouti à rien, la Corée du Sud cherche désormais à s'assurer un soutien de la communauté internationale, dont les Etats-Unis, afin de faire supprimer la mesure commerciale prise par le Japon. Les Etats-Unis ont un intérêt certain à trouver une issue à un conflit commercial entre deux de leurs principaux alliés en Asie, alors qu'il cherchent depuis longtemps à promouvoir la coopération, y compris militaire, entre eux face à la Corée du Nord et, surtout, à la Chine identifiée comme le principal adversaire stratégique des Etats-Unis depuis le début des années 2000.

Mais, au-delà des différends historiques entre la Corée et le Japon, la décision du gouvernement du Premier ministre Abe Shinzo de restreindre l'exportation de certains matériaux nécessaires à l'industrie sud-coréenne pourrait avoir été prise pour des considérations de politique intérieure japonaise, comme l'analyse le quotidien sud-coréen Hankyoreh.

La moitié de la Chambre des conseillers, chambre haute de la Diète du Japon, doit être renouvelée le 21 juillet 2019, et plusieurs experts estiment que l'objectif du gouvernement japonais est de mobiliser sa base conservatrice en s'en prenant à la Corée du Sud, afin de remporter le maximum de sièges, ce qui permettrait de s'assurer une majorité des deux tiers, nécessaire à la modification de la Constitution. Alors qu'on s'attendait à ce que le Japon prenne des mesures de rétorsion vers la fin de l'année 2019, lorsque les actifs sud-coréens des entreprises japonaises condamnées par la Cour suprême de Corée du Sud seraient mis aux enchères pour indemniser les victimes coréennes du travail forcé, le gouvernement Abe a rendu publique la mise en place de restrictions aux exportations vers la Corée du Sud dès le 1er juillet, soit le même jour que l'annonce du renouvellement de la moitié de la Chambre des conseillers. Plusieurs observateurs en ont conclu que le gouvernement japonais avait voulu que les restrictions aux exportations coïncident avec l'élection à la chambre haute.

Mais, souligne le Hankyoreh, le Premier ministre japonais n'a jamais pris de lui-même l'initiative d'évoquer les nouveaux contrôles sur les exportations, et ne l'a fait que lorsque des questions ont été posées à ce sujet par les journalistes ou dans les débats politiques. Cette attitude va à l'encontre de l'idée selon laquelle Abe Shinzo pousserait à s'en prendre à la Corée du Sud dans le cadre d'une stratégie électorale. Si une telle réserve du Premier ministre japonais peut être en partie motivée par sa crainte de réactions du monde des affaires, elle pousse aussi les analystes à penser que le gouvernement Abe a vu au-delà de l'élection en décidant de restreindre les exportations vers la Corée du Sud.

« Il est vrai que ces mesures ont été très efficaces pour susciter le vote conservateur. L'objectif d'Abe semble être de gagner non seulement l'élection à la Chambre des conseillers, mais aussi l'élection à la Chambre des représentants et [de profiter de cet élan] pour modifier la Constitution », a déclaré Lee Yeong-chae, professeur à l'université Keisen, le 9 juillet au Hankyoreh. Abe a déclaré que la mission de sa vie était de réviser la « Constitution pacifique » du Japon, interdisant à ce dernier de posséder une armée et de faire la guerre.

Pour le moment, les partis politiques japonais favorables à une révision constitutionnelle détiennent déjà les deux tiers des sièges à la Chambre des représentants (chambre basse de la Diète du Japon). Une majorité des deux tiers à la Chambre des conseillers ouvrirait donc la voie à une modification de la Constitution. Mais une telle révision doit ensuite être approuvée par référendum et les citoyens japonais restent en majorité opposés à la révision de l'article 9, crucial quant au caractère pacifique de la Constitution japonaise. Le Premier ministre japonais va donc vouloir maximiser les chances d'une révision constitutionnelle en remportant l'élection à la Chambre des représentants. La législature actuelle s'achève normalement à l'automne 2021, mais le Premier ministre japonais a le pouvoir de dissoudre la chambre basse quand il le souhaite.

Certains experts pensent que, en plus d'en tirer un avantage lors des élections à venir, Abe cherche à utiliser les restrictions posées aux exportations vers la Corée du Sud pour que celle-ci fasse d'énormes concessions.

« Cela ne peut pas être décrit comme totalement indépendant de l'élection, ni comme une stratégie électorale », a ainsi déclaré Junya Nishino, professeur à l'université Keio. « Ce problème est survenu parce que rien ne laisse supposer que le gouvernement sud-coréen change de position sur la décision de la Cour suprême [accordant des dommages et intérêts aux victimes du travail forcé]. Les élections coïncidaient avec cela. Ce problème a déjà pris de l'ampleur et il semble inévitable qu'il se prolonge », a déclaré le professeur Nishino.

Ce point de vue est partagé par une source diplomatique à Tokyo, citée par le Hankyoreh : « L'un des problèmes ici est que le Japon en a assez du problème des femmes de réconfort. Les élections ont sans aucun doute eu un effet, mais vous ne pouvez pas considérer que cela concerne uniquement les élections. »

Alors que le gouvernement sud-coréen soutient que la décision de la Cour suprême doit être respectée et qu’il ne peut pas intervenir dans les décisions judiciaires, le gouvernement japonais rétorque que la décision de la Cour suprême sud-coréenne constitue en soi une violation du droit international. Les positions du Japon et de la Corée du Sud quant à la question des réparations pour le travail forcé pendant la période coloniale semblent donc inconciliables.

Le Japon a déjà admis ouvertement qu’il prendrait des mesures de rétorsion : en mars, le vice-Premier ministre japonais, Taro Aso, a déclaré que le Japon envisageait de relever les droits de douane sur les produits sud-coréens et d'interdire les envois de fonds et les visas en cas de liquidation des actifs des entreprises japonaises.

Une première indication des véritables intentions du Japon et de la durée prévisible du conflit commercial en cours sera donnée le 1er août, après l'élection de la Chambre des conseillers. Le gouvernement japonais devra alors décider s'il enlève ou non la Corée du Sud de la « liste blanche » des pays bénéficiant d'un traitement préférentiel pour les exportations de matériaux destinés aux industries de pointe, en application de la loi japonaise relative à la gestion des échanges internationaux et du commerce extérieur (Foreign Exchange and Foreign Trade Management Act). Le retrait de la Corée du Sud de cette liste signifierait que le Japon peut imposer des restrictions à tous les produits autres que les produits alimentaires et le bois d'œuvre. Le conflit entre le Japon et la Corée du Sud franchirait alors un nouveau palier et échapperait à tout contrôle.


Sources :

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 18:30

Le lundi 28 janvier 2019, Mme Kim Bok-dong est décédée à Séoul à l'âge de 93 ans. Elle était une des dernières survivantes sud-coréennes du système d'esclavage sexuel mis en place à partir de 1937 par l'armée impériale japonaise, et se battait pour la reconnaissance de ce crime commis contre des centaines de milliers de femmes coréennes, chinoises et d'autres pays d'Asie, désignées par l'euphémisme « femmes de réconfort ».

Madame Kim Bok-dong lors d'une conférence donnée à Paris le 20 septembre 2013

Madame Kim Bok-dong lors d'une conférence donnée à Paris le 20 septembre 2013

Née en 1926 à Yangsan, dans la province du Gyeongsang du Sud, Kim Bok-dong fut réquisitionnée par l'armée impériale japonaise en 1940, à l'âge de 14 ans, et contrainte à la servitude sexuelle dans des bordels japonais en première ligne en Chine, à Hong Kong, en Malaisie, en Indonésie et à Singapour pendant la Deuxième Guerre mondiale.

En 1992, Kim Bok-dong s'engagea dans le combat pour la défense des droits des femmes après avoir révélé les atrocités dont elle fut elle-même victime en tant que « femme de réconfort ». En août de la même année, elle témoigna lors de la première réunion de la solidarité de l'Asie en vue de résoudre le problème des anciennes esclaves sexuelles de l'armée impériale japonaise.

En 1993, Kim Bok-dong participa à la conférence mondiale des droits de l'Homme à Vienne, en Autriche, avant de continuer de témoigner partout dans le monde.

« En tant que victime de l'esclavage sexuel de l'armée japonaise, je continue à mener le combat pour la restauration de notre honneur et de nos droits humains devant l'ambassade du Japon (en Corée du Sud) et je sais trop bien combien souffrent aujourd'hui les femmes qui subissent des violences sexuelles en temps de guerre comme nous aux quatre coins du monde », déclara-t-elle lors d'une conférence de presse donnée le 8 mars 2012. « J'aimerais aider ces femmes. »

En septembre 2018, elle manifestait encore devant le ministère des Affaires étrangères, à Séoul, pour appeler à la dissolution de la Fondation pour la réconciliation et la guérison créée suite à l'accord conclu le 28 décembre 2015 entre la Corée du Sud et le Japon sans le consentement des victimes.

Kim bok-dong s'est éteinte le 28 janvier 2019 à l'hôpital Severance de l'université Yonsei, dans l'ouest de Séoul, perdant un ultime combat contre la maladie. Son décès fait passer à 23 le nombre officiel de victimes encore en vie en Corée du Sud.

Le président sud-coréen Moon Jae-in faisait partie des centaines de personnes qui se sont rendues dans la chapelle ardente installée à l'hôpital Severance pour rendre un dernier hommage à Mme Kim Bok-dong dès l'annonce de son décès. « Envolez-vous comme un papillon », a écrit le Président Moon dans le registre de condoléances.

Madame Kim Bok-dong était une gardienne de la mémoire, doublée d'une combattante infatigable sillonnant le monde entier au service des victimes. L'Association d'amitié franco-coréenne, qui milite aussi pour la reconnaissance du crime commis contre les « femmes de réconfort », avait eu l'honneur de la rencontrer à l'occasion de sa venue à Paris en septembre 2013. Nous n'oublierons pas l'incroyable détermination de Mme Kim Bok-dong, que dissimulait à peine son extrême gentillesse, et adressons nos très sincères condoléances à ses proches et à celles et ceux qui poursuivent son combat.

Source :

Le long combat des « femmes de réconfort »

Janvier 1990

Yun Chung-ok, professeur de l'Université féminine d'Ewha, Corée du Sud, publie un article sur l'affaire des « femmes de réconfort » dans le journal Hankyoreh.

Juin 1990

Un représentant du gouvernement japonais nie à l'Assemblée nationale l'implication de l'Etat dans le système d'esclavage sexuel.

Août 1991

Kim Hak-soon, citoyenne sud-coréenne âgée de 68 ans, déclare publiquement qu'elle a été « femme de réconfort » de l'armée japonaise, pour protester contre les déclarations fallacieuses du gouvernement japonais. De nombreuses survivantes du système d'esclavage sexuel mis en place par l'armée japonaise vont suivre son exemple.

Décembre 1991

Kim Hak-soon et deux autres survivantes coréennes intentent un procès réclamant des excuses et des réparations officielles de la part du gouvernement japonais.

Janvier 1992

Première « manifestation du mercredi » qui se tiendra, dès lors, chaque semaine devant l'ambassade du Japon à Séoul

Découverte à la bibliothèque du ministère de la Défense du Japon de documents prouvant l'implication de l'Etat dans la mise en place et la gestion des bordels militaires de campagne de l'armée japonaise

Le Premier ministre japonais Kiichi Miyazawa présente des excuses officielles à l'occasion d'une visite en Corée du Sud. Néanmoins, le gouvernement japonais maintient sa position quant à la question des indemnisations, déclarant que toutes ces questions ont été définitivement réglées par les traités conclus après la guerre, notamment le traité de 1965 normalisant les relations entre le Japon et la Corée du Sud.

Décembre 1992

Procès des survivantes de Pusan, Corée du Sud, et des membres du Women's Labor Corps

Avril 1993

Procès des survivantes philippines

Procès de Song Shin-do, résidente coréenne au Japon

Août 1993

Le secrétaire général du cabinet japonais, Yohei Kono, admet l'implication des autorités japonaises dans le système des bordels militaires de campagne.

Janvier 1994

Procès des survivantes néerlandaises

Juin 1995

Plutôt que d'assumer ses responsabilités juridiques et de procéder à des réparations officielles, le gouvernement japonais établit un fonds privé, l'Asian Women's Fund, qui allouera de l'argent aux survivantes en guise de réparations.

Août 1995

Procès des survivantes chinoises (1er groupe)

Février 1996

Procès des survivantes chinoises (2eme groupe)

Avril 1996

Le rapport de Radhika Coomarasawamy, rapporteure spéciale chargée de la question de la violence contre les femmes, est adopté par la Commission des droits de l'homme des Nations Unies qui retient la notion de crime contre l'humanité.

Décembre 1997

Décès de Kim Hak-soon qui avait révélé son passé de "femme de réconfort" en aôut 1991.

Avril 1998

Le tribunal de première instance de Shimonoseki, Japon, reconnaît en partie la responsabilité du gouvernement japonais et lui ordonne d'indemniser les plaignantes. Cette seule victoire partielle parmi tous les procès intentés par les survivantes sera rejetée par la Cour suprême. 

Août 1998

La sous-commission pour la promotion et la protection des droits de l'homme de l'ONU adopte le rapport de Gay J. McDougall, rapporteure spéciale, exhortant le gouvernement japonais à indemniser les victimes.

Octobre 1998

Procès des survivantes de Shan-xi, Chine

Mars 1999

Le comité d'experts de l'Organisation internationales du travail (OIT) exhorte le gouvernement japonais à indemniser les victimes, estimant que l'établissement de l'Asian Women's Fundun fonds privé, n'est pas la bonne solution.

Juillet 1999

Procès de survivantes taïwanaises

Décembre 2000

Le « tribunal civil international des femmes contre l'esclavage sexuel de l'armée japonaise » se réunit à Tokyo, à l'initiative d'organisations non gouvernementales de plusieurs pays entendant protester contre l'impunité du crime

Janvier 2001

La chaîne de télévision publique japonaise NHK programme une émission consacrée au « tribunal civil international des femmes contre l'esclavage sexuel de l'armée japonaise ». A la veille de sa diffusion, l'émission est largement censurée à la suite de pressions politiques, suscitant de nombreuses protestations contre NHK.

Juillet 2001

Procès des survivantes de l'île de Haïnan, Chine

Décembre 2001

Le « tribunal civil international des femmes contre l'esclavage sexuel de l'armée japonaise » rend son verdict à La Haye.

Mars 2007

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe nie l'implication du gouvernement japonais dans l'enrôlement forcé des « femmes de réconfort ».

Juillet 2007

La Chambre des représentants des Etats-Unis adopte une résolution exhortant le Japon à présenter des excuses officielles aux survivantes.

Décembre 2007

Le Parlement européen adopte une résolution concernant les anciennes « femmes de réconfort », survivantes de l'esclavage sexuel de l'armée japonaise.

Le combat continue...

 

Site Internet du Conseil coréen pour les femmes requises pour l'esclavage sexuel militaire japonais : www.womenandwar.net (anglais et coréen)

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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 17:49

Les diplomaties de la République de Corée (Corée du Sud) et du Japon ont toujours été marquées par une approche différente du contentieux historique qui oppose les deux pays, du fait de la brutale colonisation japonaise de la péninsule (1910-1945) - et qu'exprime le drame des "femmes de réconfort", anciennes esclaves sexuelles de l'armée japonaise sur le sort desquelles le très conservateur Shinzo Abe refuse de présenter des excuses au nom du gouvernement japonais, le révisionnisme servant plus que jamais de boussole diplomatique à Tokyo. Mais la question nord-coréenne constitue aussi un important point de divergence entre les deux pays qui multiplient les efforts pour rallier d'autres pays à leur cause. Quand le Président Moon Jae-in, en visite en Europe, a reçu des soutiens plus ou moins affirmés à sa politique de dialogue avec le Nord qui suppose de considérer la levée d'une partie des sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (en contrepartie des efforts déjà accomplis par la Corée du Nord sur la voie de sa dénucléarisation, avec de nouveaux engagements au point 5.1 de la déclaration conjointe Nord-Sud du 19 septembre 2018, tandis que Moscou et Pékin plaident quant à eux ouvertement pour une levée partielle des sanctions), le Premier ministre Shinzo Abe se pose en leader du front de refus - à savoir le refus de lever la moindre sanction envers Pyongyang avant la fin définitive du processus de dénucléarisation, ce qui aurait pour effet de ruiner le dialogue qui se met en place entre Washington et Pyongyang. En effet, la renonciation unilatérale et sans contreparties de la Corée du Nord à sa force de dissuasion nucléaire est perçue par cette dernière comme un diktat inacceptable et un marché de dupes (d'autres pays ont, par le passé, désarmé unilatéralement, avant de connaître un changement de régime à l'initiative des Etats-Unis et de leurs alliés : l'Irak en 2003 et la Libye en 2011). 

Le Président Moon Jae-in et le pape François, le 18 octobre 2018

Le Président Moon Jae-in et le pape François, le 18 octobre 2018

Le Vatican, l'Italie et la Thaïlande soutiennent ouvertement et sans réserves les efforts de Séoul pour la paix dans une péninsule coréenne sans armes nucléaires

Après la déconvenue de sa rencontre avec le très fermé Emmanuel Macron, insensible à son appel à la paix et au dialogue, le Président Moon Jae-in a trouvé dans le Premier ministre italien Giuseppe Conte un homme plus ouvert que le président français, car plus en phase avec la conception progressiste de la société internationale défendue par le Président Moon. Selon la présidence sud-coréenne citée par l'agence Yonhap, 

Le Premier ministre Conte a grandement apprécié le pouvoir d'influence de notre gouvernement, qui a apporté des changements positifs sur la péninsule coréenne, et a exprimé son soutien indéfectible à la politique nord-coréenne de notre gouvernement.

Yonhap

Les deux dirigeants ont signé un communiqué conjoint défendant l'approche du Président Moon Jae-in pour la paix et la dénucléarisation de la Corée, et saluant ouvertement les trois rencontres au sommet Nord-Sud de l'année 2018 : 

Le Premier ministre Conte a salué et exprimé son soutien total aux initiatives diplomatiques entreprises par le président Moon dans le cadre des trois sommets intercoréens afin de faire progresser les relations intercoréennes et de parvenir à la dénucléarisation complète et à une paix permanente dans la péninsule coréenne.

Le président Moon a grandement apprécié la contribution et le soutien constants de l'Italie au processus de résolution pacifique du problème nucléaire nord-coréen et d'établissement de la paix dans la péninsule coréenne. Les deux dirigeants ont estimé que la dénucléarisation doit être réalisée de manière complète, vérifiable et irréversible.

Communiqué conjoint Moon-Conte (cité par l'agence Yonhap)

Les deux dirigeants ont signé des accords de coopération dans les domaines de la défense, des services aériens et du commerce.

L'entretien qu'a ensuite eu le Président Moon Jae-in avec le Pape François a été exceptionnel à plus d'un titre - par sa durée et son horaire, et par le fait que certains éléments des échanges ont été rendus publics, contrairement à l'usage. Selon l'agence Yonhap, le Pape François a déclaré au Président Moon Jae-in, qui s'est par ailleurs présenté à lui comme catholique : 

Je soutiens fermement les efforts du gouvernement sud-coréen qui cherchent un processus de paix sur la péninsule coréenne.

Yonhap

De fait, le Vatican a toujours soutenu une solution à la question coréenne dans le cadre de la paix et du dialogue - y compris au plus fort des tensions à l'été et à l'automne 2017.

Concernant la possibilité d'une visite du Pape François en Corée du Nord, le souverain pontife a déclaré attendre une invitation formelle, écrite, des autorités nord-coréenne, après avoir reçu l'invitation orale du Président Moon Jae-in, que le Président Kim Jong-un lui avait donnée lors du sommet entre les deux hommes en RPDC (du 18 au 20 septembre 2018). Le pape a fait état de sa disponibilité à honorer cette invitation - selon son agenda - ce qui serait une première en Corée du Nord (il était prévu que le pape Jean-Paul II se rende à Pyongyang, mais cette visite n'avait finalement pas eu lieu).

Enfin, le Président Moon Jae-in a poursuivi sa recherche de soutiens à sa politique de dialogue avec le Nord lors de rencontres bilatérales en marge du sommet du dialogue Europe-Asie (ASEM), qui se tenait pendant son séjour à Bruxelles.


Dans ce cadre, lors d'un entretien avec le Premier ministre thaïlandais Prayut Chan-o-cha, le Président Moon Jae-in a obtenu une promesse de soutien à sa politique de dialogue et de la paix en Corée dans le cadre de l'ASEAN, lorsque la Thaïlande en assurera la présidence en 2019 :  

Le Premier ministre thaïlandais a affiché son soutien à l'initiative de paix de Séoul et a promis que son pays qui assumera la présidence de l'Asean l'année prochaine prendra les mesures nécessaires pour soutenir cette initiative.

Yonhap

Egalement en marge du sommet de l'ASEM, le Président Moon Jae-in a obtenu un soutien de la chancelière allemande Angela Merkel. Selon l'agence Yonhap, elle aurait alors déclaré : 

J'apprécie le courage et la détermination dont le président Moon a fait preuve et salue les progrès accomplis dans le processus de dénucléarisation rendu possible grâce à la détermination du président et du président (Donald) Trump.

Yonhap

Front du refus : Emmanuel Macron en zélé défenseur de l'ultra-nationaliste Shinzo Abe

Le front du refus rassemble des éléments disparates : des chrétiens évangélistes, notamment américains, des partisans de la guerre (hier en Irak, demain en Iran... ou en Corée du Nord ?) et et de sa version soft (les sanctions qui tuent femmes et enfants en mettant à genoux des populations entières), très en cour dans certains milieux américains qui ont obtenu de Donald Trump qu'il s'engage - même s'il rencontre et parle avec les Nord-Coréens - à ne pas lever les sanctions avant la dénucléarisation complète de Pyongyang (que, dans leur jargon, ces va-t-en-guerre qualifient de "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible" ou CVID, suivant son acronyme anglais, la pertinence du distinguo étant pour le moins douteuse). Le front du refus rallie aussi des gouvernements, au premier rang desquels les ultra-nationalistes au pouvoir au Japon, engagés dans une politique de discrimination raciale tous azimuts. Shinzo Abe et ses acolytes ont applaudi aux bruits de bottes dans la péninsule coréenne en 2017, y voyant aussi une bonne occasion de provoquer des législatives anticipées, largement remportées en dépit des scandales de corruption. Tous ont besoin que le dialogue échoue,nécessairement, pour continuer à engranger les dividendes politiques des tensions et des crises. 

Les motivations de cet attelage de nationalistes, de fondamentalistes religieux, d'atlantistes en mal de nouvelle guerre sainte pour répandre les valeurs occidentales dites universelles, en font aussi les porteurs de valises du lobby militaro-industriel (pour lesquels les crises d'aujourd'hui sont les guerres de demain et les profits d'après-demain).  

Une des figures moins médiatisée du front de refus, malgré ses positions sans ambiguïté, est le Président Emmanuel Macron, qui s'était déjà distingué en répondant sèchement "non", de manière très peu diplomatique, au Président Moon Jae-in venu plaider un soutien français à sa politique de paix et de dialogue. Quelques jours plus tard, le jeune président a enfoncé le clou, en applaudissant des deux mains le plaidoyer du très droitier Shinzo Abe, rencontré en marge du dialogue Europe Asie à Bruxelles : dans un article de Brice Pedroletti, le quotidien Le Monde titre sans ambiguïté que "Shinzo Abe trouve en Macron un allié sur les sanctions contre la Corée du Nord". En soutenant sans réserves Shinzo Abe dans sa douteuse politique inspirée par le racisme anti-coréen, Emmanuel Macron, qui prétend lutter contre les nationalismes en Europe, approuve ouvertement un chef d'Etat sur lequel planent de forts relents de révisionnisme et de racisme, partisan bon teint du réarmement et du militarisme japonais. 

En haut : Emmanuel Macron étreignant l'ultra-nationaliste japonais Shinzo Abe. En bas : simple poignée de mains et sourire forcé d'Emmanuel Macron avec le progressiste sud-coréen Moon Jae-in (le 9 juillet 2017).
En haut : Emmanuel Macron étreignant l'ultra-nationaliste japonais Shinzo Abe. En bas : simple poignée de mains et sourire forcé d'Emmanuel Macron avec le progressiste sud-coréen Moon Jae-in (le 9 juillet 2017).

En haut : Emmanuel Macron étreignant l'ultra-nationaliste japonais Shinzo Abe. En bas : simple poignée de mains et sourire forcé d'Emmanuel Macron avec le progressiste sud-coréen Moon Jae-in (le 9 juillet 2017).

Si Emmanuel Macron soutient la politique "en même temps" de droite et d'extrême-droite de Shinzo Abe, cette complicité vient de loin : elle est le fruit d'une pénétration lente et ancienne de l'appareil d'Etat français par les réseaux japonais sur la question coréenne, ayant déjà permis au drapeau japonais, symbole des crimes de guerre de l'empire nippon, de flotter sur les Champs Elysées le 14 juillet 2018. 

Vu le 14 juillet 2018 à Paris : le drapeau de guerre japonais (un disque solaire rouge rayonnant sur fond blanc), un symbole des atrocités de guerre japonaises

Vu le 14 juillet 2018 à Paris : le drapeau de guerre japonais (un disque solaire rouge rayonnant sur fond blanc), un symbole des atrocités de guerre japonaises

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13 octobre 2018 6 13 /10 /octobre /2018 19:30

Les 10, 11 et 13 octobre à Paris - respectivement, place Saint-Michel, place de la République et place du Trocadéro - des expositions de photos et des représentations du spectacle intitulé "Les fleurs fanées fleuriront à nouveau" ont eu lieu à Paris, à l'initiative de l'association Machangjin - qui défend les anciennes esclaves sexuelles de l'armée japonaise ("femmes de réconfort") dans les villes sud-coréennes de Masan, Changwon et Jinhae - et de Coréens de France regroupés engagés auprès des victimes du naufrage du ferry Sewol. Mobilisée de longue date sur la question toujours non résolue des femmes de réconfort, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) rend compte ci-après de la performance du 13 octobre 2018 des artistes Bae Dallae (peintre travaillant également sur le thème de la division de la Corée) et Lee Jung-hun (mime, travaillant en collaboration avec plusieurs artistiques), magnifiquement servis par les musiciens Moon Jiyoon (violoncelliste) et Lee Han-joo (enseignant de musique à l'université de typographie PaTI à Paju, producteur d'instruments de musique et auteur d'improvisations expérimentales). Rhee Jae-yong et Kim Tae-kyun ont photographié l'événement.

Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier

Comment exprimer la souffrance endurée par ces centaines de milliers de femmes, coréennes mais aussi chinoises, indonésiennes, philippines, vietnamiennes..., obligées de se prostituer pendant des années dans les bordels militaires japonais, avant et pendant la Seconde guerre mondiale ? Comment agir pour empêcher que de tels crimes de guerre ne se reproduisent ?

C'est le tour de force qu'ont réussi les artistes réunis pour l'occasion à l'initiative de l'association Machangjin : sobriété des couleurs - le blanc, symbole de pureté, et le noir, exprimant les blessures dans leur chair de ces femmes souvent vierges lorsqu'elles ont été prises de force à leurs familles - élégance des danses mais aussi violence muette du rapt de ces jeunes femmes, qui ont pris ici les traits de l'artiste plasticienne Bae Dallae, face aux attaques sexuelles des Japonais, figurés par Lee Jung-hun. Ces violences âpres sont contextualisées - en période de guerre, dans l'Asie et l'Est et le Pacifique : mais elles ont une portée qui dépasse les années 1932-1945, et qui rend aussi compte avec force de la violence que revêt la domination sexuelle masculine. C'est sur toutes les femmes victimes de viols que les artistes ont braqué les projecteurs.

Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier
Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier
Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier
Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier
Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier

Représentante de l'association Machangjin ayant accompagné la troupe artistique à Paris, Lee Kyung-hee a souligné l'exemplarité du combat pour que justice soit rendue aux femmes de réconfort, en surmontant l'histoire de cette tragédie et en agissant pour la justice et les droits de l'homme : les femmes ne doivent plus être les victimes des crimes commis en temps de guerre, hier en Asie-Pacifique, aujourd'hui et demain partout dans le monde.

A cet égard, l'association fait signer la pétition pour que les voix enregistrées des "femmes de réconfort", recueillies grâce à 14 organisations privées, des universitaires et des instituts de recherche dans 9 pays, soient inscrites au patrimoine mondial de l'humanité. L'AAFC soutient pleinement ce combat, pour la mémoire, pour l'honneur et pour la dignité.

Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier

Photos : AAFC.

Pour signer la pétition : contacter l'association Masangjin (hersstory@hanmail.net).

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27 septembre 2018 4 27 /09 /septembre /2018 19:28

Il y a un an, le Président américain Donald Trump menaçait de "détruire complètement" la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à la tribune des Nations Unies. Lors du débat général de la 73e session, qui s'est ouvert le 25 septembre 2018, le ton a radicalement changé - alors que les deux Etats coréens se sont engagés, depuis le début de l'année 2018, dans un processus accéléré de rapprochement et ont plaidé conjointement pour la dénucléarisation, la paix et la sécurité collective dans la péninsule coréenne. L'Association d'amitié franco-coréenne examine les déclarations et positions adoptées par trois des protagonistes du dossier coréen dans le contexte de la session 2018 de l'assemblée générale : les Etats-Unis d'Amérique, la République de Corée et le Japon.

La 73e session de l'Assemblée générale des Nations unies

La 73e session de l'Assemblée générale des Nations unies

Donald Trump, entre enthousiasme réel et répétition à la tribune des éléments de langage préparés par son administration

Le 26 septembre, dans le contexte de l'assemblée générale des Nations Unies, Donald Trump a fait état d'une "lettre extraordinaire" qu'il a reçue du Président Kim Jong-un, avant un second sommet dont la préparation conduira à une nouvelle visite du secrétaire d'Etat Mike Pompeo en RPD de Corée dès octobre. Tout en remerciant pour leurs efforts diplomatiques la Corée du Sud (il avait reçu le Président Moon Jae-in le 24 septembre), la Chine et (plus curieusement, effet de l'alliance nippo-américaine ?) le Japon, le président américain a exprimé sa conviction que la RPD de Corée était déterminée à avancer sur la voie de la paix et de la prospérité :

Je viens de montrer une lettre que j'ai reçue hier du dirigeant Kim, qui est une lettre extraordinaire (...) J'ai reçu d'autres lettres du dirigeant Kim. Il veut voir se réaliser des choses formidables pour la Corée du Nord, pour en faire une puissance économique, et ils ont le potentiel pour accomplir cela (...) Je crois que le dirigeant Kim Jong-un, un homme que j'ai appris à connaître et à aimer bien, veut la paix et la prospérité pour la Corée du Nord (...) Beaucoup de choses se passent dans les coulisses, loin des médias, ce que personne ne sait, mais elles se produisent néanmoins et elles se déroulent de manière très positive. Je pense donc que vous aurez de très bonnes nouvelles en provenance de Corée du Nord dans les mois et les années à venir.»

Yonhap

Conscient que fixer une date butoir pour la dénucléarisation de la RPD de Corée (comme l'y appellent les faucons de son administration) est le meilleur moyen de faire échouer le dialogue avec Pyongyang, le Président Donald Trump a déclaré, lors d'une conférence de presse, qu'il refusait de se laisser prendre dans un "jeu du calendrier", et que l'essentiel était de poursuivre le moratoire sur les essais nucléaires et balistiques (auxquels il semble avoir assimilé les tests d'engins spatiaux, dont les finalités sont pourtant très différentes) :

Si cela prend deux ans, trois ans ou cinq mois, peu importe. Il n'y a pas de test nucléaire et il n'y a pas de test de fusées.

Yonhap

Ces propos font écho aux déclarations du Président Kim Jong-un rapportés par des officiels sud-coréens, selon lesquels le dirigeant nord-coréen envisagerait une dénucléarisation de la péninsule coréenne avant la fin du mandat de quatre ans du président américain (soit fin 2021). Cette date butoir n'a toutefois été confirmée ni par des sources nord-coréennes, ni dans le cadre du dialogue américano-nord-coréen. Elle est revanche crédible avec la volonté probable de Pyongyang d'éviter qu'un changement éventuel de locataire à la Maison Blanche ne remette en cause la pérennité du processus engagé.

En même temps, le discours de Donald Trump devant les Nations Unies - probablement écrit par ses conseillers - a été en revanche très conventionnel, sans aspérités ni déclaration marquante, en réaffirmant surtout qu'il n'y aurait pas de levée des sanctions avant l'achèvement du processus de dénucléarisation de la Corée du Nord. Une telle affirmation est le meilleur moyen de faire échouer le dialogue avec Pyongyang, et correspond à une constante du discours américain actuel.

Moon Jae-in : favoriser la pleine intégration de Pyongyang sur la scène internationale

Soucieux de convaincre les autres membres des Nations Unies de la nécessité de prendre en compte la nouvelle priorité accordée par la RPD de Corée à l'économie, le Président Moon Jae-in a exhorté la communauté internationale à aider à la pleine intégration de la RPD de Corée :

Le 20 avril, la Corée du Nord a officiellement mis fin à sa politique de développement nucléaire et concentre à présent tous ses efforts dans le développement économique (...) La Corée du Nord est sortie d'elle-même de son long isolement pour s'ouvrir à nouveau au monde (...) Maintenant, il est temps pour la communauté internationale de répondre au nouveau choix et aux efforts de la Corée du Nord.

Yonhap

S'agissant des relations inter-coréennes, Séoul a d'ailleurs formulé de nouvelles propositions : le 27 septembre 2018, Kim Young-choon, ministre de la Pêche et des Océans, a fait part de la possibilité - discutée avec ses interlocuteurs nord-coréens - de créer une zone de pêche commune près de la frontière maritime occidentale ainsi que de moderniser certains ports nord-coréens.

L'appel à saisir la main tendue par Pyongyang s'adressait en premier lieu aux pays qui n'ont toujours pas établi de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée - parmi lesquels les Etats-Unis, le Japon et la France. Le Japon a exprimé sa volonté d'améliorer les relations bilatérales avec Pyongyang, tandis que la France, une fois de plus, a occulté la question coréenne dans l'intervention à la tribune d'Emmanuel Macron.

Shinzo Abe : pour une rencontre avec Kim Jong-un, vraiment ?

Le Japon étant manifestement soucieux de ne pas être à la remorque des Etats-Unis en se faisant marginaliser sur le dossier nord-coréen, son Premier ministre Shinzo Abe a exprimé sa volonté d'un sommet avec le dirigeant nord-coréen, mais en le limitant visiblement à un unique objet - le rapatriement des Japonais enlevés par les services nord-coréens il y a plusieurs décennies, et constituant un dossier que Pyongyang tend à considérer comme ayant été réglé.

Pour pouvoir résoudre le problème des enlèvements, je suis également prêt à mettre fin à la méfiance mutuelle avec la Corée du Nord, prendre un nouveau départ et rencontrer en face-à-face le président Kim Jong-un.

France 24

Mais le Japon est-il sincère dans sa volonté de dialogue avec Pyongyang - Shinzo Abe ayant quand même dû préciser qu'aucun sommet n'est en cours actuellement ? On peut en douter, tant le Japon a été en pointe, au cours de l'année 2017, pour sanctionner toujours davantage la Corée du Nord, et au regard de l'opportunité qu'ont alors constitué les tensions autour de la péninsule coréenne pour que le Premier ministre conservateur dissolve la chambre basse et élargisse sa majorité - en surfant sur un discours violemment anti-RPDC. 

Sans répondre à la proposition japonaise, le Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, a répondu que le Japon devait d'abord s'excuser pour ses crimes de guerre (des millions de travailleurs forcés, des centaines de milliers d'esclaves sexuelles et également des centaines de milliers de conscrits malgré eux à la fin de la colonisation japonaise) et apporter des compensations - comme il l'a fait par ailleurs sur ce point en 1965, lors de la normalisation des relations diplomatiques entre Séoul et Tokyo :

Notre peuple n'a pas oublié les péchés commis dans le passé par le Japon, même maintenant (...) Sans repentance, excuses et compensations pour les péchés du passé, (le Japon) ne pourra pas vivre avec confiance dans la communauté internationale.

Rodong Sinmun

La porte au dialogue n'est pas fermée. Mais Tokyo devra encore faire un effort pour l'ouvrir.

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 11:28

Le défilé sur les Champs-Elysées du 14 juillet 2018 est toujours l'occasion pour la France de célébrer ses amitiés anciennes et nouvelles. Cette année, les observateurs attentifs auront ainsi pu apercevoir un drapeau de guerre japonais. Une provocation pour toutes les victimes de l'impérialisme japonais qui ne doit rien au hasard. Démonstration de l'influence du lobby militariste et révisionniste japonais dans les cercles des décideurs politiques français, avec des conséquences néfastes pour l'influence de la France dans le monde - résultant notamment de l'absence de relations diplomatiques complètes, à ce jour, avec la République populaire démocratique de Corée.

Vu le 14 juillet 2018 à Paris : le drapeau de guerre japonais (un disque solaire rouge rayonnant sur fond blanc), un symbole des atrocités de guerre japonaises.

L'armée impériale japonaise pendant le massacre de Nankin (décembre 1937-février 1938)

Imaginez un drapeau nazi vu lors d'une parade militaire : immédiatement, les protestations seraient - légitimement - unanimes. Mais lorsque le Japon impérial parade en France le jour de la fête nationale, les protestations des "femmes de réconfort" (euphémisme désignant les anciennes esclaves sexuelles de l'armée impériale nippone avant et pendant la Seconde guerre mondiale) n'ont que peu de poids face aux amitiés douteuses entretenues de longue date, au coeur du pouvoir français, par le lobby militariste japonais.

Il est en effet curieux de constater combien les positions les plus extrémistes au Japon reçoivent un accueil bienveillant dans notre pays. Un monument pour honorer les "femmes de réconfort", comme cela existe déjà dans d'autres pays ? Non, pas en France. Une évolution des positions de la France pour reconnaître que la nouvelle donne diplomatique autour de la Corée nécessite de revoir notre refus d'établir des relations diplomatiques avec Pyongyang ? Non, pas la France. Cette liste d'exemples significatifs n'est pas limitative : la France tend à s'aligner sur les desiderata de l'extrême-droite japonaise pour les questions touchant, hier, aux crimes de guerre nippons, et aujourd'hui à l'intransigeance vis-à-vis de la Corée du Nord au nom soi-disant des droits de l'homme... étonnamment oubliés dès lors qu'il s'agit des crimes de guerre japonais. Indignation sélective...

Certains beaux esprits diront naturellement que l'étendard aperçu sur les Champs Elysées est celui des actuelles forces terrestres de défense japonaises, hissées avec le drapeau national japonais. Fort bien, mais outre que la coïncidence avec le symbole de l'armée impériale nippone est tout sauf fortuite (et que la France n'est pas obligée de prêter la main, sur son territoire et le jour de sa fête nationale, à une opération de propagande révisionnistes japonaise), il existe d'autres symboles de l'armée japonaise : la cocarde des forces d'autodéfense, le drapeau des forces aériennes... qui, eux, n'ont rien de commun avec l'étendard symbole des crimes de guerre nippons. 

L'influence de l'armée japonaise, travaillée au corps par le révisionnisme, et singulièrement de ses services de renseignement, sur les militaires et le gouvernement français est discrète mais ancienne. Elle était déjà signalée dans l'ouvrage La guerre de Corée et ses enjeux stratégiques, de 1950 à nos jours, coordonné par Pierre Journoud, pour les activités des services : alors que les services sud-coréens sont très proches de leurs homologues américains, la France s'est appuyée sur les services japonais pour tout ce qui touche à la Corée du Nord, mais aussi à la Corée du Sud, comme l'AAFC l'avait déjà observé dans un article de 2013 faisant une analyse de la très documentée Histoire politique des services secrets français de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, publié aux éditions La Découvert en 2012 :

En général, les espions français comptent sur l'aide de leurs collègues nippons pour comprendre ce qui se passe dans leur ancienne colonie, la Corée. D'ailleurs, au même moment [au printemps 2007] un trio du desk Asie de la Direction du renseignement militaire a débarqué à Tôkyô : une locutrice de chinois et un officier parlant coréen menés par le colonel Charles-Philippe Godard, ex-attaché de défense en Corée du Sud six ans plus tôt où - en même temps que le chef de poste de la DGSE - il assurait la liaison avec les Sud-Coréens du National Intelligence Service (NIS), autre source privilégiée sur les "frères ennemis" du Nord.

Roger Faligot, Jean Guisnel, Rémi Kauffer, "Histoire politique des services de renseignement français de la Seconde Guerre mondiale à nos jours", La Découverte, 2012, pp. 611-613.

Au moment où le dégel diplomatique autour de la péninsule coréenne s'opère notamment par les canaux des services de renseignement des différents pays intéressés, il serait utile que la France ne rate pas une nouvelle fois le coche. A cet égard, deux députés français - le communiste Jean-Paul Lecoq et le centriste Michel Fanget (Modem) - ont plaidé dans un rapport parlementaire sur l'arme nucléaire, présenté devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, pour que la France établisse des relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) afin de pouvoir peser sur les débats relatifs aux questions de sécurité régionale et de désarmement nucléaire. Les deux parlementaires ont été cités par l'AFP et Europe 1 : 

La "situation singulière" de la France. "La France doit s'efforcer de faciliter le dialogue entre les puissances nucléaires" notamment "sur les problématiques de sécurité sur la péninsule coréenne", a déclaré le communiste Jean-Paul Lecoq en présentant le rapport, cosigné par le centriste Michel Fanget (Modem). "Mais il n'est pas de discussion possible sans relations (avec la Corée du Nord), selon nous. Notre pays est (de ce point de vue) dans une situation singulière en Europe", a-t-il ajouté devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.

Davantage de relations sans approbation du régime ? Outre la France, seuls les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l'Estonie ne reconnaissent pas la Corée du Nord, souligne le rapport sur "L'arme nucléaire dans le monde, 50 ans après l'adoption du Traité sur la non-prolifération nucléaire". Pour l'heure, la France n'a qu'un bureau de représentation au sein de l'ambassade allemande à Pyongyang, rappelle-t-il. Pour "jouer un rôle plus important et bénéfique" dans la région, elle doit développer "une expertise plus grande" de la Corée du Nord - y compris des "linguistes en nord-coréen" - et rétablir "un certain niveau de relations", ce qui "ne vaudrait pas (pour autant) approbation du régime nord-coréen", poursuit le rapport.

L'AAFC reviendra sur ce rapport, après sa publication, qui témoigne que les lignes commencent à évoluer en France, malgré les combats d'arrière-garde de certains lobbies influents - celui pro-militarisme japonais n'en étant qu'un parmi d'autres. 

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 21:25

Le 1er mai 2018, M. Ho Jong-man, président de l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon) nous a écrit, en amont de la 24e assemblée générale de la Chongryon, qui s'ouvrira le 24 mai 2018. En réponse, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a écrit au Président Ho Jong-man, en soulignant à cette occasion la solidarité de l'AAFC avec les luttes de la Chongryon pour les droits des résidents coréens au Japon, et contre les discriminations dont ils sont victimes. Nous reproduisons ce courrier ci-après (rédigé en anglais), ainsi que sa traduction en français. 

L'AAFC écrit à la Chongryon

Paris, le 12 mai 2018


Monsieur le Président,


En mon nom propre et en celui de l'Association d'amitié franco-coréenne, je vous exprime mes plus vives félicitations à l'occasion de la 24e assemblée générale de l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon). Nous sommes certains que votre assemblée sera couronnée de succès.

La Chongryon a joué un rôle moteur dans la promotion de la langue et de la culture coréennes au Japon, ainsi que dans le soutien à la réunification de la patrie coréenne. Comme vous, nous avons salué les pas de géant accomplis tant par le Président Kim Jong Un que par le Président Moon Jae In lors de leur récente rencontre à Panmunjom, le 27 avril. Fondée en 1969, l'Association d'amitié franco-coréenne soutient pleinement ces objectifs et poursuivra son combat pour la paix et la réunification, vers la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne. Les réunions de familles séparées prévues le 15 août seront la pierre angulaire pour le renouveau des relations Nord-Sud.

Pour nous, construire la paix doit aussi être corrélé à la fin des sanctions économiques, qui ont un impact très négatif sur la situation économique du peuple coréen en République populaire démocratique de Corée.

Parmi nos objectifs figure la défense des droits des citoyens coréens en dehors de la péninsule. En particulier, nous sommes extrêmement inquiets de la poursuite des discriminations contre la communauté coréenne au Japon, comme l'a montré la récente attaque en février du siège de votre organisation par deux individus de droite qui étaient armés. En outre, la récente décision des autorités de la préfecture de Gunma, au Japon, de suspendre le versement des subventions aux écoles coréennes constitue une autre atteinte aux droits fondamentaux des Coréens vivant au Japon. Les autorités japonaises envisagent aujourd'hui un sommet avec le Président Kim Jong Un : la question des droits des citoyens coréens au Japon doit figurer à l'ordre du jour.

Sur ces sujets et d'autres questions d'intérêt mutuel, nous serions ravis d'avoir un large échange de vues, y compris par des visites de délégation dans chacun de nos deux pays.

Avec tous nos voeux à l'Association générale des résidents coréens au Japon,

Benoît Quennedey
Président de l'Association d'amitié franco-coréenne

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21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 23:11

La délégation sud-coréenne de haut niveau qui a rencontré le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a rendu compte des échanges qu'elle a eus à Pyongyang non seulement aux Américains, mais également aux autres pays parties aux pourparlers à six (Chine, Japon, Russie) - qui tous adaptent leur diplomatie aux recompositions diplomatiques résultant des sommets annoncés intercoréen et Etats-Unis-Corée du Nord

Rencontre à Moscou le 13 mars 2018 entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et Chung Eui-yong, qui dirigeait la délégation sud-coréenne ayant rencontré le Président Kim Jong-un

Rencontre à Moscou le 13 mars 2018 entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et Chung Eui-yong, qui dirigeait la délégation sud-coréenne ayant rencontré le Président Kim Jong-un

Moscou : un soutien au dialogue et aux pourparlers

La Russie a toujours eu une position favorable à la reprise du dialogue dans la péninsule coréenne et n'a donc pu qu'accueillir très positivement les récents développements. Selon Chung Eui-yong : 

Le ministre Lavrov a déclaré que le gouvernement russe continuerait à soutenir activement les accords de principe concernant le dialogue intercoréen et le sommet Corée du Nord-Etats-Unis. Nous sommes convenus de maintenir la coopération étroite entre la Corée du Sud et la Russie pour aider à organiser avec succès les deux sommets (...).
La Russie continue à jouer un rôle constructif en vue de la réalisation pacifique de l’objectif de dénucléarisation sur la péninsule coréenne et à déployer des efforts considérables pour conduire la Corée du Nord au dialogue.

Pour la Russie, la question coréenne est d'abord un enjeu lui permettant réaffirmer ses ambitions de grande puissance en Extrême-Orient, alors même que sa présence économique en Corée du Nord est aujourd'hui très faible (elle représente au plus 3 % du commerce extérieur de la RPDC) et ne lui laisse qu'une faible marge de manoeuvre en la matière, tandis que Pyongyang a pris par ailleurs des positions favorables à Moscou dans la période récente (notamment sur la question de Crimée). Dans un second temps, il s'agit d'un levier pour développer l'extrême-orient russe - notamment à travers les projets, aujourd'hui bloqués du fait des sanctions internationales, de raccordement des liaisons ferroviaires et des gazoducs entre la Russie et la République de Corée (du Sud), et dont la relance sera activement recherchée. L'objectif pour la Russie, s'il se mettait en place un régime de sécurité international autour de la péninsule (de type OSCE), serait d'être pleinement partie prenante de ce dispositif. 

Pékin : ne pas se laisser marginaliser

Etre pleinement acteur d'un régime de sécurité internationale autour de la Corée est a fortiori la préoccupation première de la République populaire de Chine, qui est de surcroît le principal partenaire économique et politique de la RPD de Corée et dispose là d'un atout majeur. La difficulté pour elle est que les relations bilatérales avec Pyongyang se sont distendues du fait de son soutien constant à la politique américaine de sanctions internationales envers la Corée du Nord. Des relations directes Washington-Pyongyang pourraient en outre mettre à l'écart Pékin, qui s'inquiète aujourd'hui autant d'une marginalisation possible dans une région faisant partie de son étranger proche qu'hier d'un possible conflit à ses portes dont elle subirait les conséquences. Dans le même temps, les développements actuels traduisent la pertinence de l'approche diplomatique chinoise - basée sur le dialogue et la désescalade - sur le dossier coréen, renforçant encore la crédibilité de Pékin qui se retrouve dans une position de convergences de vues avec Séoul - d'autant que le Président Moon Jae-in a su spectaculairement restaurer une relation bilatérale gravement mise à mal par l'administration Park Geun-hye

Cette volonté de restaurer les relations d'amitié traditionnelles avec Pyongyang, tout en exhortant la RPDC à compter sur le soutien de la Chine (ce qui exprime la crainte qu'elle pourrait s'en passer...), se mesure dans les dernières phrases d'un éditorial du Global Times, le 18 mars 2018, proche des positions du Parti communiste chinois : 

Maintenir des relations d'amitié entre la Chine et la Corée du Nord correspond aux intérêts des deux parties.

Pour la Chine, cela est propice à la stratégie de Pékin dans sa périphérie et peut lui laisser une marge de manoeuvre dans les affaires du nord-est asiatique.

Pour la Corée du Nord, il serait difficile et dangereux de se débrouiller seulement avec Séoul, Washington et Tokyo. Le soutien de la Chine peut diminuer de beaucoup les risques.

Il faut souhaiter que le Parti communiste chinois et le Parti du travail de Corée pourront conserver les fondements de la relation entre les deux pays, en s'assurant qu'aucun opportuniste ne fera son marché ou trouvera le moyen de porter atteinte aux liens entre Pékin et Pyongyang.

Vis-à-vis de la Chine, un des premiers signe qu'appréciera la RPDC sera de savoir si Pékin continuera d'appliquer avec la même fermeté les sanctions à son encontre.

Tokyo : éviter un second choc Nixon

Le rapprochement Pékin-Washington au début des années 1970 avait été vécu à Tokyo comme un "choc Nixon", c'est-à-dire que le Japon s'était retrouvé mis devant le fait accompli d'une situation renversant des décennies de politique diplomatique anticommuniste et de relations privilégiées avec Taïwan. La réaction du pays du Soleil Levant avait été la normalisation accélérée de ses relations avec Pékin.

Si des relations Etats-Unis-RPDC devaient rapidement s'établir, il est probable que Tokyo chercherait aussi à ne pas être placée hors jeu en favorisant un sommet bilatéral avec Pyongyang (qui ne seraient pas une première, après ceux entre Joinichuro Koizumi avec Kim Jong-il en 2002 et 2004). Côté japonais, il s'agirait d'obtenir un règlement de la question des personnes japonaises "disparues" selon la terminologie nord-coréenne, enlevées selon Tokyo. Côté nord-coréen, le versement d'indemnités au titre des dommages subis pendant l'occupation japonaise et la guerre referait surface.

Dans l'immédiat, le gouvernement nationaliste de Shinzo Abe, qui a surfé sur la North Korean scare pour élargir son assise parlementaire lors des élections législatives convoquées en octobre 2017, a été pris en porte-à-faux en n'étant pas tenu au courant de l'annonce surprise du Président Donald Trump qu'il était prêt à rencontrer le dirigeant Kim Jong-un - une annonce qui va à l'encontre des positions de Tokyo systématiquement favorables à un durcissement des sanctions contre la RPDC. A présent, le Japon ne peut qu'espérer (comme il l'exprime ouvertement) que la question  - sensible dans l'archipel - des citoyens japonais enlevés par les services secrets nord-coréens sera au menu des discussions bilatérales entre Washington et Pyongyang, et prôner des discussions exigeantes - sans pouvoir publiquement désavouer l'allié américain... et préparer un virage sur l'aile dans l'hypothèse d'une percée diplomatique entre Pyongyang et Washington.

Sources : 

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 09:33

Il y a pratiquement deux ans jour pour jour, un accord était signé, le 28 décembre 2015, entre les ministres des Affaires du Japon et de la République de Corée (Corée du Sud) afin de résoudre "de manière finale et irréversible" la question des "femmes de réconfort" - euphémisme désignant les centaines de milliers d'esclaves sexuelles, souvent coréennes, de l'armée japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale. L'accord avait alors été bruyamment salué par les Etats-Unis, soucieux de renforcer la cohésion entre leurs alliés en Asie du Nord-Est et qui - dans les conflits entre la Corée et le Japon - prennent traditionnellement le parti de Tokyo, ainsi que par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, qui avait bâti sa carrière sur un soutien loyal (pendant près de quarante ans) à tous les gouvernements qui se sont succédé à Séoul, y compris les plus autoritaires. Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), de concert avec les organisations de défense des anciennes victimes de l'esclavage sexuel et l'opposition sud-coréenne, avait immédiatement dénoncé un accord inique, marquant un recul sans précédent pour la reconnaissance des crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort".

Après son élection le 9 mai 2017, le Président Moon Jae-in (qui s'était engagé pendant la campagne à revenir sur le déshonorant accord de décembre 2015) a mis en place un groupe d'enquête au sein du ministère des Affaires étrangères dont le chef, Oh Tai-kyu, a divulgué, le 27 décembre 2017, les clauses cachées à l'opinion publique et aux victimes, ainsi que l'implication de la présidence sud-coréenne.

Statue d'une jeune femme, symbolisant les anciennes victimes, devant l'ambassade du Japon à Séoul

Statue d'une jeune femme, symbolisant les anciennes victimes, devant l'ambassade du Japon à Séoul

Après la Première guerre mondiale, un consensus semblait devoir s'imposer quant à la nécessité de mettre fin à la "diplomatie secrète" - c'est-à-dire ces accords cachés, dont la conclusion, par le jeu des alliances, avait favorisé la montée des tensions ayant conduit au déclenchement du premier conflit généralisé à l'échelle de la planète. Mais la diplomatie secrète avait de beaux jours devant elle, notamment de la part des gouvernements d'Etats autoritaires ne voulant pas assumer leurs décisions de politique étrangère vis-à-vis de leurs opinions publiques.

Lorsque la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye avait finalisé la conclusion de l'accord du 28 décembre 2015 sur les "femmes de réconfort" (car on sait désormais que les négociations avaient été en pratique menées par la présidence de la République, et non par le ministre des Affaires étrangères, seul mis en avant dans la publicité autour de l'accord), elle pensait faire coup double. D'une part, elle s'attirerait les faveurs des nationalistes japonais, vus comme de précieux alliés par de larges pans de la droite et  de l'extrême-droite sud-coréennes face aux progressistes sud-coréens et à la Corée du Nord (l'accord de décembre 2015 était une condition posée par Tokyo pour un sommet entre elle-même et le Premier ministre japonais Shinzo Abe). D'autre part, elle pensait obtenir les faveurs de l'opinion publique en apparaissant comme la première chef d'Etat de la République de Corée à obtenir un règlement de la question des anciennes esclaves sexuelles de l'armée impériale japonaise, très sensible dans l'opinion publique non seulement coréenne, mais internationale - de plus en plus de voix s'élevant pour dénoncer les crimes sexuels perpétrés en temps de guerre.

Toutefois, les nombreux reculs assumés publiquement par Séoul lors de la conclusion de cet accord l'avaient rendu inacceptable à une majorité de Sud-Coréens - notamment le fait qu'il éludait la responsabilité morale de l'Etat japonais dans la mise en place du système d'esclavage sexuel, et que la République de Corée s'engageait à ne plus évoquer cette question dans les relations internationales, en contrepartie de la mise en place par le Japon d'un fonds d'indemnisation des victimes doté de 7,6 millions d'euros. Les associations défendant les anciennes femmes de réconfort, non consultées par les autorités sud-coréennes, avaient dénoncé un accord humiliant, où le silence de la Corée du Sud était acheté pour une poignée de yens.   

Avec les conclusions des travaux de la commission d'enquête dirigée par Oh Tai-kyu, contenues dans un rapport de trente pages, il est désormais de notoriété publique que l'administration Park Geun-hye a de surcroît voulu laisser certaines clauses secrètes, comme l'engagement des autorités sud-coréennes à ne pas favoriser les actions de groupes civiques tendant à ce que soient érigées des statues, de par le monde, représentant d'anciennes femmes de réconfort alors adolescentes ou jeunes femmes. La statue la plus connue est celle qui se trouve devant l'ambassade du Japon à Séoul. Lors de la conclusion de l'accord de décembre 2015, le Japon avait insisté sur la responsabilité des autorités sud-coréennes à retirer cette statue, et Séoul avait ensuite dit publiquement envisager une telle possibilité - qui ne s'était pas concrétisée, du fait de l'opposition et de la colère des Coréens.

Le rapport de la commission d'enquête précise que Séoul a cédé à la demande de Tokyo de mentionner les statues des femmes de réconfort dans l'accord, que les discussions sur l'accord avaient été menées pendant des années au niveau des directeurs d'administration japonais et sud-coréen et que des instructions avaient été données aux diplomates sud-coréens de ne plus évoquer ce sujet. Enfin, les associations de défense des femmes de réconfort avaient été tenues à l'écart des discussions et mises devant le fait accompli lors de l'annonce publique de l'accord, afin que les protestations des victimes ne soient pas un obstacle à la réconciliation nippo-sud-coréenne voulue par Mme Park.

Tous les mercredi des manifestations ont lieu à Séoul pour que justice soit rendue aux femmes de récconfort. Le 28 juin 2017, de jeunes Coréens en visite en France ont effectué une manifestation du mercredi place du Trocadéro, à Paris (source : AAFC, http://www.amitiefrancecoree.org/2017/06/sur-le-parvis-des-droits-de-l-homme-manifestation-du-mercredi-pour-que-justice-soit-rendue-aux-femmes-de-reconfort.html).

Tous les mercredi des manifestations ont lieu à Séoul pour que justice soit rendue aux femmes de récconfort. Le 28 juin 2017, de jeunes Coréens en visite en France ont effectué une manifestation du mercredi place du Trocadéro, à Paris (source : AAFC, http://www.amitiefrancecoree.org/2017/06/sur-le-parvis-des-droits-de-l-homme-manifestation-du-mercredi-pour-que-justice-soit-rendue-aux-femmes-de-reconfort.html).

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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 22:25

Si la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'est abstenue, depuis le 15 septembre 2017, de toute nouvelle initiative militaire (essai nucléaire, tir de missile) de nature à aggraver les tensions, tel n'est pas en revanche le choix opéré par l'administration américaine du Président Donald Trump : sous son impulsion, les Etats-Unis ont engagé de nouveaux exercices de guerre conjoints avec la République de Corée à compter du 11 novembre dernier, mis en place unilatéralement de nouvelles sanctions contre des organisations et des individus de nationalités chinoise et nord-coréenne et réinscrit la RPD de Corée sur la liste des Etats soutenant le terrorisme. Cette volonté américaine continue de faire peser des menaces de guerre, l'escalade n'étant évitée que par la retenue nord-coréenne - mais jusqu'à quand ? Dans ce contexte lourd de menaces, la Chine et la Russie ont présenté une feuille de route visant à revenir sur la voie de la paix et du dialogue en Asie du Nord-Est. Mais ces deux puissances seront-elles entendues ? Certains responsables politiques y font obstacle, comme le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Donald Trump à la base militaire de Camp Humphreys, en Corée du Sud, le 7 novembre 2017

Donald Trump à la base militaire de Camp Humphreys, en Corée du Sud, le 7 novembre 2017

Ce n'est malheureusement pas parce que la question coréenne n'est plus à la une de l'actualité que les tensions diminuent : le fait est que seules les initiatives nord-coréennes sont mises en exergue par les médias occidentaux, celles des Etats-Unis et de leurs alliés étant systématiquement sous-évaluées quant aux dangers qu'elles font courir sur la paix dans la région Asie-Pacifique.

La menace est d'abord d'ordre militaire : comme l'a souligné un article publié par BFM TV le 11 novembre 2017, les manoeuvres militaires qui ont été engagées du 11 au 14 novembre 2017 ont été exceptionnelles par l'ampleur des moyens déployés, en ayant mobilisé trois porte-avions de l'armée américaine : 

L'exercice conjoint dans le Pacifique occidental, qui doit se poursuivre durant quatre jours, mobilise les porte-avions USS Ronald Reagan, USS Nimitz et USS Theodore Roosevelt, ainsi que sept navires sud-coréens, dont trois destroyers, a précisé le ministère sud-coréen de la Défense. C'est la première fois depuis dix ans que des manœuvres de ce type mobilisent trois porte-avions.

L'administration américaine resserre par ailleurs son étau économique sur la Corée du Nord : le 21 novembre 2017, le département du Trésor américain a annoncé sanctionner une nouvelle personnalité chinoise, 13 entités chinoises et nord-coréennes supplémentaires ainsi que 20 nouveaux navires appartenant à des compagnies nord-coréennes, qui seront donc désormais coupés du système financier américain. Si, selon l'agence sud-coréenne Yonhap, ces mesures sont justifiées par des "soupçons" de financement des programmes militaires de la RPDC, aucune preuve n'est apportée quant à la réalité de ces accusations, les autorités américaines multipliant les arguments d'autorité sur de prétendus contournements des sanctions. Au contraire figurent dans cette liste des entités administratives nord-coréennes ayant des activités commerciales très générales, dont le nom même ("bureau de l'administration maritime", "ministère des Transports terrestres et maritimes") ne corrobore pas véritablement l'hypothèse d'une quelconque implication dans des activités militaires. Celle-ci est d'autant plus douteuse qu'il existe une séparation stricte entre l'administration civile et l'administration militaire en RPDC.

Montrant son peu de connaissance des réalités économiques nord-coréennes, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a par ailleurs déclaré, à la suite de Donald Trump, que les sanctions commenceraient à avoir de l'effet comme le prouveraient "de longues queues d'attente dans les stations-service" - dans un pays où pourtant la grande majorité des habitants n'ont pas de voiture individuelle ou de véhicule professionnel. 

Enfin, la réinscription par Washington, toujours fin novembre, de la Corée du Nord dans la liste des Etats soutenant le terrorisme, sans faits nouveaux de nature à justifier cette décision, relève autant de l'unilatéralisme discrétionnaire américain (destiné à provoquer une réaction de Pyongyang, laquelle justifierait ainsi de nouvelles sanctions ?) que d'un plan d'asphyxie économique de la RPDC poursuivi de manière constante par les Etats-Unis, afin de provoquer l'effondrement de son système économique et social.


Conscientes des risques de conflit que comporte une telle escalade des tensions, la Chine et la Russie plaident, de manière constante, pour un double gel : de ses essais nucléaires et balistiques par la Corée du Nord, de la poursuite de leurs manoeuvres militaires et de l'alourdissement continu des sanctions par les Etats-Unis et leurs alliés. Lors d'une session du club de discussions Valdaï, qui réunit hommes politiques, experts et universitaires ainsi qu'hommes d'affaires, qui s'est tenue à Séoul le 27 novembre 2017, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Igor Morgoulov a présenté les trois étapes de la feuille de route russo-chinoise :

- tout d'abord, le "double gel", avec une révision à la baisse des exigences attendues de la part de Washington (non plus la suspension des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, mais la diminution de leur intensité et de leur ampleur), afin de faire baisser les tensions diplomatiques et militaires ;

- puis l'engagement de négociations bilatérales directes entre Pyongyang et Washington d'une part, Séoul et Pyongyang d'autre part ;

- enfin, des négociations multilatérales portant sur la mise en place d'un dispositif collectif de maintien de la paix et de la sécurité en Asie du Nord-Est, impliquant notamment la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Si le gouvernement allemand - dans un pays où le sentiment pacifiste est très puissant - a soutenu la proposition du "double gel", celle-ci continue de se heurter à l'hostilité de plusieurs puissances internationales de premier plan. Au premier rang de celles-ci figure, le Japon, dont le Premier ministre a profité des tensions militaires actuelles pour provoquer et remporter largement des élections législatives anticipées en se déclarant "100 % d'accord" avec Donald Trump - suivant une position réaffirmée par le ministre des Affaires étrangères Taro Kono lors d'une rencontre à Moscou avec son homologue russe Sergueï Lavrov, le 24 novembre 2017.


Mais la France serait peut-être aussi sur la ligne dure, de manière plus surprenante au regard des déclarations du Président Emmanuel Macron quant au nécessaire retour à une tradition diplomatique "gaullo-mitterrandienne". Il est vrai cependant que le porte-parole de ces étranges déclarations de sympathie pour les "faucons" américains était le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, lors d'une rencontre à Pékin avec le Premier ministre chinois Li Keqiang. Or M. Le Drian est effet un des "transfuges" les plus visibles de la présidence de François Hollande, sous le mandat duquel il avait exercé les fonctions de ministre de la Défense et été en pointe dans l'engagement de la France sur de multiples terrains de guerre à l'étranger, comme la Syrie. En prenant le contrepied de la ligne diplomatique du Président Emmanuel Macron, sans doute M. Le Drian jouait-il l'une de ses innombrables partitions personnelles qui lui ont valu de devoir changer de département ministériel au printemps 2017 et d'être encadré par une administration plus respectueuse des lignes politiques fixées par le nouveau chef de l'Etat.

Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne reste comme toujours solidaire de toute initiative tendant à favoriser la paix et le dialogue en Asie du Nord-Est, quels qu'en soient les initiateurs. 

Sources : 

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