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5 décembre 2023 2 05 /12 /décembre /2023 18:21

Les Français qui s'intéressent un peu à la généalogie savent que, en l'absence d'obligations de tenir des registres d'état civil dans notre pays jusqu'au XVIe siècle, disposer de données pour les périodes antérieures implique généralement de compter un ancêtre appartenant à la noblesse. L'ancienne Corée royale ne fait pas exception : ce sont les nobles (yangban) qui étaient les plus attachés à tenir des documents prouvant leur ascendance. Cette fonction était assurée par les registres généalogiques, appelés en coréen jokbo.  

Diagramme montrant les principaux patronymes en Corée

Diagramme montrant les principaux patronymes en Corée

Chaque famille se devait de tenir un jokbo, qui était transmis de génération en génération en étant reçu et conservé par le fils aîné. Dans la société coréenne traditionnelle, il servait notamment de preuve à une ascendance yangban - ce qui explique qu'il pouvait être falsifié et amène à recourir à toutes les précautions d'usage quand le jokbo est utilisé comme source historique. Idéalement, il doit en effet pouvoir être recoupé avec d'autres sources.

Dans la société de classes qu'était la Corée du Choseon, les clans familiaux jouaient par ailleurs un rôle primordial. Manifestement inspiré des registres établis par la Chine impériale (le premier jokbo coréen serait celui du philosophe et poète Choe Chiwon, mort au Xe siècle, à la fin de la dynastie Silla), le jokbo attestait ainsi de l'appartenance à un même clan tout en permettant d'identifier les différentes générations. Il servait aussi - et sert toujours - de base pour pratiquer le culte des ancêtres, sa tenue étant associée à l'entretien des tombes et plus largement des lieux liés à l'histoire de la famille, notamment les demeures familiales.

Le film éponyme Jokbo (en français : Généalogie), réalisé par Im Kwon-taek et sorti en 1979, combine le thème de la résistance antijaponaise (impliquant l'obligation pour les Coréens d'adopter un patronyme japonais) et le récit d'une famille qui s'organise autour de la figure de son patriarche. 

Alors que beaucoup de Coréens portent un même patronyme, le jokbo permet d'identifier ceux qui appartiennent à une même famille. Kim Il-sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée, appartient pour sa part à une lignée de gardiens de tombes de yangban. En 1992, Kim Il-sung a indiqué que sa famille appartenait aux Kim de Jeonju (aujourd'hui la capitale de la province du Jeolla du Nord, en République de Corée), où le tombeau du fondateur est conservé dans les monts Moak, situés dans la zone de montagne entre Jeonju et Wanju. Les ancêtres de Kim Il-sung auraient déménagé à Mangyongdae, près de Pyongyang, entre 1810 et 1820, en restant des gardiens de tombes. 

Sources : 

- Kim Hakjoon, Dynasty, université Stanford, 2015, p. 25 sq.

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18 juin 2023 7 18 /06 /juin /2023 11:02

Avant la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945), la péninsule a été soumise à des influences étrangères majeures - et des luttes de pouvoir entre grandes puissances. Le 8 octobre 1895, l'assassinat atroce de la reine Min (connu en Corée comme l'incident Eulmi), par les Japonais, est l'un des points paroxysmiques de ces rivalités dont la Corée a payé lourdement le prix : alors que le traité inégal avec le Japon s'était traduit par une crise politique, économique et sociale dans la péninsule, la reine Min (également désignée comme l'impératrice Myeongseong, ayant obtenu le titre d'impératrice après sa mort, en 1902) exerçait le pouvoir réel en tant qu'épouse du roi Gojong. Elle favorisa l'influence russe pour contrebalancer le rôle croissant du Japon après la défaite chinoise à l'issue la première guerre sino-japonaise (août 1894-avril 1895). Des troupes pénétrèrent dans le palais impérial vers 4 heures du matin à l'instigation de Miura Goro, ministre résident au Japon, et opérèrent un massacre qui souleva une vague de protestation internationale - conduisant au procès de Miura Goro, finalement acquitté par la justice japonaise.

Portrait présumé de l'impératrice Myeongseong

Portrait présumé de l'impératrice Myeongseong

Le déroulé des événements de l'incident Eulmin a pu être reconstitué grâce à divers témoignages.

Le rôle de collaborateurs japonais quant à l'entrée dans la résidence impériale est discuté. Le roi Gojong - qui se réfugiera dans la légation russe - s'efforça de retarder les assaillants pour permettre la fuite de son épouse, et fut frappé, à l'instar du prince héritier. Menacé par un couteau, le prince héritier ne révéla pas où se trouvait sa mère. La reine Min s'était déguisée en courtisane, mais le geste héroïque - et vain - du grand chambellan qui voulut empêcher l'accès à la souveraine la désigna en réalité aux assassins. Son meurtre est ainsi décrit par l'historien Christian Kessler : 

Face à eux se dresse alors le grand chambellan qui, les bras croisés, impressionnant, était le dernier rempart avant les appartements de la reine. On lui coupe les mains, le larde de coups de couteau avant de le laisser mort baignant dans son sang. Les assaillants se précipitent dans les appartements de la souveraine. Là, ils découvrent une femme de très petite taille, cachée dans un recoin. S’agit-il de la reine ? Elle nie farouchement, se débat, s’enfuit même en hurlant dans les corridors. Rapidement rattrapée, elle est percée par les sabres. On fait venir les femmes de la cour pour identification. A leur effroi, au cri de « Mais c’est la reine ! », les assaillants savent qu’ils ont accompli leur sinistre besogne.

La reine vit encore. On l’attache à une planche et l’enveloppe d’une couverture de soie. Puis on porte le corps jusqu’à un bosquet de pins non loin du palais et on le brûle.

Ce récit, exact, ne retrace cependant pas toute l'horreur du crime ainsi perpétré : la résistance acharnée (et qui causa des pertes importantes) des troupes coréennes protégeant le souverain et son épouse et lui restèrent fidèles ; la mort également de courtisanes ; le viol du corps défunt de la reine Min. Des Japonais n'appartenant pas aux forces régulières (membres des yakuzas) jouèrent aussi un rôle déterminant en prêtant main forte aux assaillants dont certains portaient des vêtements civils.

Il faudra attendre 1897 pour que le roi Gojong - revenu au pouvoir, avec le soutien russe - honore la mémoire de son épouse, lors de funérailles somptueuses à la hauteur de l'amour qu'il lui portait. 

La reine Min est également restée dans l'histoire pour le rôle qu'elle a joué, en tant que femme, dans la modernisation de la Corée - alors que mariée jeune à Gojong elle avait alors été perçue comme facilement manipulable. Le site "l'histoire par les femmes" souligne ses initiatives réformatrices : 

Une école pour les enfants de l’élite ouvre au palais, avec des professeurs étrangers qui enseignent en anglais. La reine Min fait également ouvrir la première école destinée aux fillettes et ouverte aux enfants défavorisées. Elle cherche à mettre un terme aux persécutions contre les chrétiens et invite même des missionnaires. Sous son règne, le premier journal du gouvernement parait. Elle modernise en profondeur l’armée et son armement, mais néglige la marine.

Ce portrait favorable mérite cependant d'être nuancé. La reine Min a également favorisé la soumission à des puissances étrangères, y compris dans la répression du mouvement Tonghak - et a maintenu un exercice du pouvoir resté traditionnel, marqué notamment par la corruption et l'élimination de ses opposants.

Sources : 

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18 mai 2023 4 18 /05 /mai /2023 23:49

Comme l'indique le site de l'UNESCO, "le Registre international Mémoire du Monde comprend le patrimoine documentaire (...) répondant aux critères de sélection en ce qui concerne son intérêt international et sa valeur universelle exceptionnelle. L'inscription au registre affirme publiquement l'importance du patrimoine documentaire, le fait mieux connaître et permet d'y accéder plus facilement, facilitant ainsi la recherche, l'éducation, le divertissement et la préservation dans le temps. En décembre 2017, on dénombrait 430 inscriptions sur le registre international MoW." Dans ce cadre, ce sont trois nouvelles séries de documents - deux sud-coréennes et une nord-coréenne - qui ont été inscrites le 18 mai 2023 au Registre international Mémoire du monde de l'UNESCO, portant le nombre total d'inscriptions coréennes à 18 pour la République de Corée (Corée du Sud) et à 2 pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).  

Capture de Jeon Bong-jun, dirigeant du mouvement Donghak, en décembre 1894

Capture de Jeon Bong-jun, dirigeant du mouvement Donghak, en décembre 1894

En choisissant, d'une part, des documents sur des révolutions coréennes, d'autre part, une archive à caractère scientifique, l'UNESCO a mis en exergue le rôle joué par les Coréens dans l'histoire politique mondiale ainsi que leur contribution au progrès technique et scientifique - en l'espèce, en astronomie, alors que les Coréens ont été pionniers pour d'autres technologies, comme l'imprimerie.

Le document scientifique est le Hon Chon Jon Do, une illustration de l'ensemble de la carte céleste, gravée sur bois, dont l'inscription a été soumise par la RPD de Corée. Pour leur part, les autorités sud-coréennes ont proposé - et obtenu - que soient retenus 185 documents relatifs au mouvement Donghak, révolte paysanne qui, en 1894 et 1895, a été une étape marquante dans le mouvement d'émancipation de la Corée et plus largement dans la lutte pour les droits de l'homme dans le monde, ainsi que 1 019 documents portant sur la révolution d'avril 1960. Ces deux événements occupent également une place importante dans l'historiographie nord-coréenne.

Les archives relatives à la guerre paysanne du Donghak témoignent du refus de la corruption, ainsi que de la volonté des masses paysannes de fonder une société plus juste.

Constitués de documents provenant des agences gouvernementales, des partis politiques, de l'Assemblée nationale ou encore de particuliers, les documents relatifs à la révolution de 1960 permettent de retracer la genèse, le déroulement et l'issue du soulèvement initiés par les étudiants, ayant causé 186 victimes, et qui à certains égards préfigure les mouvements étudiants de la fin de la décennie.

Principale source : 

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3 mai 2023 3 03 /05 /mai /2023 10:51

Le 28 avril 1960 étaient retrouvés les corps sans vie de Lee Ki-poong, dont l'élection frauduleuse à la vice-présidence de la République avait entraîné le déclenchement de la révolution d'avril 1960, de sa femme Maria Park, et de leurs deux fils, l'aîné Lee Kang-seok et le cadet Lee Kang-wook. Lee Kang-seok avait encore dans la main son pistolet militaire .45 ACP. Ainsi se dénouait tragiquement l'existence de toute une famille qui avait joué un rôle grandissant dans les dernières années du mandat de Syngman Rhee et avait semblé promise à un encore plus grand avenir. 

De gauche à droite : Lee Kang-seok, Lee Ki-poong, Maria Park et Lee Kang-wook

De gauche à droite : Lee Kang-seok, Lee Ki-poong, Maria Park et Lee Kang-wook

Lorsque l'autocrate Syngman Rhee, âgé de 85 ans, se représente une nouvelle fois à l'élection présidentielle, le décès de son concurrent démocrate (ce qui lui assure une élection automatique), son âge et son état de santé conduisent à ce que la désignation du vice-président constitue le véritable enjeu de l'élection : le colistier de Syngman Rhee, Lee Ki-poong, du Parti libéral, a comme concurrent principal le vice-président sortant, Chang Myon (Parti démocratique), qui l'avait battu - de peu - en 1956 (46,43 % contre 44,03 %). Contre toute attente, Lee Ki-poong obtient une victoire écrasante (79,19 % contre 17,51 % à Chang Myeon). L'ampleur de la fraude électorale est telle que le Parti démocratique refuse de reconnaître les résultats et que la révolution éclate. 

Si la personnalité de Syngman Rhee a dominé la vie politique sud-coréenne jusqu'en 1960, le rôle de Lee Ki-poong mérite cependant d'être rappelé à sa juste valeur. Issu d'une famille yangban déchue, tombée dans le dénuement, Lee Ki-poong, né le 12 décembre 1896 dans la province de Chungcheong, a perdu son père à l'âge de 7 ans. Il était un descendant de Taejong, troisième roi de la dynastie Joseon. Parti étudier aux Etats-Unis, où il multiplie les petits boulots et se lance dans des affaires peu fructueuses, il rencontre Syngman Rhee, dont il devient un proche collaborateur, et s'implique dans les milieux indépendantistes. Il fait aussi la rencontre de Maria Park, issue d'une lignée yangban et enseignante à l'université Ewha ; leur union est célébrée en 1934, malgré l'opposition initiale de la belle-famille, estimant qu'il s'agissait d'une mésalliance. Après la Libération, Lee Ki-poong est devenu le secrétaire particulier de Syngman Rhee, ce qui lui permet d'occuper des postes de confiance, comme maire de Séoul, et un temps ministre de la défense pendant la guerre de Corée, et surtout d'être un des principaux dirigeants et organisateurs du parti au pouvoir. Maria Park est aussi très proche de Francesca Donner, l'épouse autrichienne de Syngman Rhee. Sans enfants, Syngmann Rhee et Francesca Donner adoptent en 1957 Lee Kang-seok, le fils de Lee Ki-poong et Maria Park, né le 1er février 1937.  Après avoir envisagé des études de droit, Lee Kang-seok rejoint l'Académie militaire et devient officier. Lee Ki-poong et sa famille deviennent alors, aux yeux de l'opinion publique sud-coréenne, les symboles honnis d'un système de pouvoir clanique.

Les circonstances de la mort de Lee Ki-poong, Maria Park, Lee Kang-seok et Lee Kang-wook (qui n'avait que 18 ans) sont controversées. La famille vivait alors retranchée, sous protection, menacée par les manifestants. Dans la tradition orientale, Lee Ki-poong, estimant n'avoir plus d'avenir, aurait pu juger honorable un suicide collectif dont Lee Kang-seok aurait été l'exécutant, avant que ce dernier retourner sa propre arme contre lui-même. D'autres modes opératoires auraient été envisagés par Lee Ki-poong - notamment le recours au poison. Pour d'autres, c'est Lee Kang-seok qui avait le plus à perdre, étant le fils adoptif et l'héritier présumé de Syngman Rhee, et il aurait pris l'initiative de tuer son père, sa mère et son jeune frère avant de se suicider. Enfin, selon d'autres auteurs s'appuyant sur des éléments balistiques quant à la mort de Lee Kang-seok, Kwak Young-joo, le chef de la garde présidentielle, aurait assassiné les quatre membres de la famille Lee, dans l'espoir de calmer les manifestants. Quelles que soient les circonstances, ainsi prenait fin tragiquement la vie de Lee Ki-poong, Lee Kang-seok et Maria Park, qui avaient exercé une influence majeure dans les affaires publiques sud-coréennes et avaient été si proches d'exercer le pouvoir suprême. 

Pour leur part, Syngman Rhee et Francesca Donner devront prendre le chemin de l'exil, à Hawaï, où Syngman Rhee décèdera le 19 juillet 1965. Francesca Donner retournera alors en Autriche, puis en Corée du Sud dans l'ancienne maison du Président Rhee, accompagnée de son troisième et dernier fils adoptif, Rhee In-soo, avant de disparaître le 19 mars 1992. 

Sources : 

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25 mars 2023 6 25 /03 /mars /2023 22:56

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1961, dirigeant incontesté de la République de Corée jusqu'à son assassinat en 1979, le Président Park Chung-hee a mis en place un régime très autoritaire où les droits sociaux étaient largement méconnus, tout en ayant engagé la Corée du Sud sur la voie d'un développement économique et d'une modernisation conduits sous la houlette de l'Etat. Ces options peuvent avoir en partie pour origine l'admiration de Park Chung-hee pour la France et plus particulièrement pour Napoléon - même s'il n'aura finalement jamais visité la patrie de Robespierre et du général de Gaulle, qu'il tenait également en haute estime. 

Le rêve français et napoléonien de Park Chung-heeLe rêve français et napoléonien de Park Chung-hee

Dans ses mémoires, le général Park Chung-hee souligne que l'empereur Napoléon est devenu son modèle quand, encore enfant, il a lu sa biographie : 

En sixième, j'ai lu une biographie de Napoléon, il est devenu mon idole.

Après s'être passionné pour l'histoire de France contre l'avis de ses professeurs, le jeune Park Chung-hee poursuivit son désir de suivre l'exemple du général Napoléon Bonaparte en embrassant la carrière des armes. Il aurait aussi voulu rencontrer le général de Gaulle - mais en réalité le Président Park Chung-hee ne devait jamais visiter la France. Son déplacement en Europe, en décembre 1964, aurait dû le conduire en France et en Allemagne - mais le programme de visite fut finalement limité à l'Allemagne, pour des raisons essentiellement financières. Un second projet de déplacement en France, en 1971, ne se concrétisa pas davantage - les autorités françaises ne souhaitant pas qu'il interfère avec l'élection présidentielle sud-coréenne prévue un mois plus tard, alors que son principal adversaire, le démocrate Kim Dae-jung, devait aussi visiter la France. Le tropisme français de Park Chung-hee contribua par ailleurs à ce que sa fille étudie en France la langue de Molière, en 1974 - ce séjour étant toutefois écourté par l'assassinat de sa mère, conduisant Park Geun-hye à revenir en Corée pour exercer les fonctions de première dame. Ce sera finalement Park Geen-hye, devenue à son tour présidente (2013-2017), qu'il appartiendra de réaliser le voyage en France dont avait rêvé son père en tant que chef d'Etat.

Si l'intérêt pour Napoléon et la France du général Park Chung-hee apparaît bel et bien sincère, il semble surtout trouver son expression dans le rôle dévolu à l'Etat en Corée du Sud sous la présidence Park pour la construction d'une société nouvelle, y compris par l'interventionnisme économique - ainsi que par le rôle majeur dévolu au dirigeant, dont le pouvoir a été, en France après 1799 comme en République de Corée après 1961, issu d'un coup d'Etat militaire, puis légitimé par des processus qui, à défaut d'être démocratiques, étaient basés sur un processus électoral. 

Sources : 

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15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 21:39

Pendant la guerre du Vietnam, la République de Corée (Corée du Sud) a envoyé 320 000 soldats combattre aux côtés des Sud-Vietnamiens, soit le plus important contingent étranger (ex aequo avec la Chine) après celui des Etats-Unis. Si des atrocités ont été commises, dont a notamment rendu compte l'ancien combattant Hwang Sok-yong dans L'ombre des armes (édité en France par Zulma en 1992), il a fallu attendre 2023 pour que, pour la première fois, un tribunal sud-coréen décide d'indemniser une victime - comme l'a indiqué Shin Hyon-hee, dans une dépêche de l'agence Reuters du 7 février 2023 - traduite ci-après de l'anglais et reproduite avec leur autorisation par Les nouveaux carnets du Viêt Nam.

Soldats sud-coréens au Vietnam appartenant à la 9e division d'infanterie (photo Phillip Kemp)

Soldats sud-coréens au Vietnam appartenant à la 9e division d'infanterie (photo Phillip Kemp)

La justice sud-coréenne ordonne une première indemnisation pour une victime de la guerre du Vietnam

Un tribunal sud-coréen a ordonné mardi au gouvernement d'indemniser une victime d'atrocités pendant la guerre du Vietnam dans les années 1970, quand environ 300 000 soldats sud-coréens combattaient aux côtés des forces américaines. [entre 1965 et 1973, note des Carnets]

Cette décision a marqué une première reconnaissance juridique de la responsabilité de la Corée du Sud pour les atrocités commises pendant la guerre et pourrait potentiellement ouvrir la voie à d'autres demandes de réparation de la part de victimes

Le tribunal du district central de Séoul a ordonné au gouvernement de fournir environ 30 millions de wons (23 800 dollars) en compensation ainsi que des fonds supplémentaires à cause du retard à Nguyen Thi Thanh, une survivante des meurtres de civils commis par les troupes sud-coréennes.

Nguyen Thi Thanh, 63 ans, a déposé une plainte contre le gouvernement sud-coréen en 2020 pour obtenir environ 30 millions de won en compensation, affirmant qu'elle a perdu des membres de sa famille et qu’elle-même a été blessée lorsque des marines sud-coréens ont tué environ 70 civils dans village de la province de Quang Nam en 1968.

A l'époque, les militaires ont forcé la famille de la plaignante à sortir de chez elle, "sous la menace de fusils à balles réelles et, avant de leur tirer dessus", selon l'agence de presse Yonhap.

En conséquence, il est reconnu que la famille de la requérante est décédée sur les lieux et qu’elle et d'autres personnes ont subi de graves blessures.

Un responsable du tribunal a confirmé la décision, mais a déclaré que le verdict complet n'était pas immédiatement disponible pour publication.

Nguyen Thi Thanh, lors d'un appel vidéo depuis le Vietnam organisé par ses avocats après la décision, a salué la décision et a déclaré que ce serait "un réconfort pour les âmes victimes du drame".

Le ministère de la Défense de Séoul n'a pas immédiatement commenté. Le ministère a déclaré que les deux pays avaient eu des consultations étroites sur les questions en suspens pour l'avancement "orienté vers l'avenir" des relations diplomatiques, qui ont été officiellement établies en 1992.

"La Corée et le Vietnam, au cours des 30 dernières années, ont atteint un développement sans précédent de leurs relations sur la base du principe "laissons les événements malheureux du passé et allons vers l'avenir" ", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le ministère des Affaires étrangères de Hanoï n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire

(1 dollar = 1 261,74 won)

Reportage de Hyonhee Shin; Reportage supplémentaire de Khanh Vu à Hanoi; Montage par Raju Gopalakrishnan.

Source : 

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9 février 2023 4 09 /02 /février /2023 23:50

Le paysage religieux coréen, s'il est aujourd'hui dominé par le bouddhisme, le protestantisme et le catholicisme, comporte aussi des religions indigènes, ancrées dans l'histoire nationale. L'une des principales religions nationales est l'église Cheondogyo (ou cheondoïsme), dont le nom signifie littéralement "Religion de la voie céleste", et qui est toujours implantée tant au sud qu'au nord de la péninsule.

Le Temple central Cheondogyo, à Séoul

Le Temple central Cheondogyo, à Séoul

La religion Cheondogyo s'est fondée sur les révoltes paysannes, à la fois antiféodales et anti-occidentales, qui marquent la Corée au XIXe siècle. Se voulant une religion purement orientale, par opposition aux croyances occidentales - au premier rang desquelles le christianisme - elle inclut des éléments provenant du confucianisme, du bouddhisme et du taoïsme. Comme dans le confucianisme, les fidèles de cette religion monothéiste vénèrent le Ciel (Cheon) comme le principe ultime du bien et de la justice. La divinité (haneullim) et l'homme se confondent : l'homme, les autres êtres vivants et les choses sont engendrés par une divinité présente en chacun d'eux - et ils ne sont donc pas créés par un dieu surnaturel. Une conséquence est que tous les hommes naissent égaux, ce principe démocratique étant l'une des causes de la popularité du cheondoïsme.

La religion cheondogyo tire ses origines du mouvement Donghak développé à partir de 1860 par le lettré Choe Je-u (condamné à mort pour sédition et exécuté en 1864), et ayant inspiré la guerre paysanne de 1894. Plus exactement, Cheondogyo en tant que religion se structure au début du XXe siècle en reprenant les enseignements de Choe Je-u. Les révoltes paysannes refusèrent l'exploitation des couches les plus pauvres de la société et s'opposèrent au gouvernement, en éliminant les fonctionnaires locaux.

Choe Je-u

Choe Je-u

Comme pour le confucianisme, le nombre de fidèles est difficile à évaluer précisément, car les pratiquants sont moins nombreux que les Coréens se revendiquant du cheondoïsme  : si l'église Cheondogyo revendiquait plus de 5 millions de fidèles au Sud et près de 3 millions au Nord dans les années 2000, selon les recensements officiels sud-coréens le nombre de fidèles s'élevait à 65 000 en 2015, en hausse (puisque seulement 28 000 fidèles étaient recensés en 1995). Au Nord, les autorités évaluent à environ 15 000 les fidèles cheondoïstes. Un des partis alliés au Parti du travail de Corée, le parti Cheondogyo-Chong-u se fonde sur le cheondoïsme. Dans ses mémoires A travers le siècle, le Président Kim Il-sung salue la contribution de la religion Cheondogyo, religion "progressiste" intrinsèquement populaire, à la lutte pour la libération nationale contre la colonisation japonaise.

Plusieurs des dirigeants de Cheondogyo au sud de la péninsule, engagés dans la réunification, ont par ailleurs rejoint la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) : en 1986, l'ancien ministre des Affaires étrangères de Park Chung-hee (1961-1963) Choe Deok-sin (1914-1989) et son épouse Ryu Mi-yong (1921-2016) (auparavant, ils avaient émigré aux Etats-Unis en 1977 où ils avaient obtenu l'asile politique) ; en 1994, Oh Ik-jae. Choe Deok-sin était le fils du militant pour l'indépendance Choe Dong-o (1892-1963), qui dirigeait en Mandchourie l'école Hwaseong où Kim Il-sung était scolarisé. En 2019, un des enfants sud-coréens de Choe Deok-sin et Ryu Mi-yong, Choe In-guk, a annoncé s'installer à Pyongyang. 

Sources :

- Suh Cheong-soo, An encyclopaedia of Korean culture, Hansebon, Séoul, 2004, p. 246-249.

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26 novembre 2022 6 26 /11 /novembre /2022 23:59

Le sixième roi coréen de la dynastie Choseon, Danjong, qui a régné de 1452 à 1455, est une des figures connues de l'histoire royale dans l'opinion publique coréenne, en ayant inspiré récits et oeuvres de fiction. Cet intérêt s'explique par le destin tragique du jeune souverain, mort à l'âge de seulement 16 ans en 1457, deux ans après avoir été écarté du trône par son oncle.

Représentation du roi Danjong partant en exil après avoir été déposé

Représentation du roi Danjong partant en exil après avoir été déposé

La naissance de Yi Hwong-hi (au nord : Ri Hwong-hi), le futur roi Danjong, le 18 août 1441, est déjà marquée du sceau de la fatalité : le lendemain, sa mère, la princesse Gwon, meurt des suites de l'accouchement. Il est le petit-fils du roi Sejong, le plus grand souverain de la dynastie Choseon, à l'origine notamment de l'alphabet coréen.

Le 10 juin 1452, à l'âge de seulement 12 ans, Danjong accède au trône en succédant à son père, Munjong. En raison de la jeunesse du nouveau souverain, une régence est mise en place.  En 1454, il épouse celle connue sous la postérité comme la reine Jeongsun, membre du puissant clan de Yeosan Song.

Mais le 4 juillet 1455, son oncle, Sejo, convainc des fonctionnaires et des lettrés de renverser son neveu. Le coup d'Etat conduit Danjong - qui devient le prince Nosan - sur les routes de l'exil. Les mentors du jeune roi, qui exerçaient le pouvoir en son nom, sont exécutés. Le souverain déchu est aussi séparé de son épouse - la reine Jeongsun (devenue alors la princesse Nosan) - qui devait décéder octogénaire des décennies plus tard, en 1521.

Dès 1456, six officiels tentent de rétablir Danjong - mais ils échouent et sont exécutés. Sejo aurait alors pardonné à son neveu - avant de décider d'éliminer, l'année suivante, celui qui constituait un danger pour sa propre autorité. Danjong est disparu probablement le 17 novembre 1457 (il y a une petite incertitude sur la date exacte). S'il est alors difficile de distinguer l'histoire de la légende, un émissaire de l'oncle usurpateur aurait tenté en vain de convaincre Danjong de prendre un poison (là encore, les amateurs y verront une réminiscence des héros tragiques grecs...) et aurait été pendu par un serviteur déloyal. Selon d'autres sources, Danjong se serait suicidé par pendaison, ou encore l'empoisonnement aurait réussi - Danjong acceptant stoïquement son sort. Selon la tradition, les fonctionnaires déloyaux responsables de sa mort auraient péri à leur tour.

Si le roi Sejo avait interdit d'honorer la dépouille de son neveu, Eom Heung-do, un habitant de Yeongwol, où avait été exilé Danjong, aurait offert une sépulture à l'infortuné jeune roi. Yeongwol, dans la province de Gangwon, continue d'honorer la mémoire de Danjong - qui a été réhabilité dans l'historiographie officielle coréenne en 1698 (et retrouvé ainsi son nom de souverain). Un musée lui est dédié ; la tombe de Danjong, isolée à Yeongwol, fait ainsi partie de l'ensemble de celles des rois de la dynastie Choseon qui sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Vue du Musée d'histoire de Danjong

Vue du Musée d'histoire de Danjong

Sources : 

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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 11:56

Tous les Coréens célèbrent la fondation de l'alphabet qui leur est propre, appelé hangeul au Sud de la péninsule et chosongeul au Nord et dans la préfecture autonome de Yanbian, en Chine. Cette commémoration a toutefois lieu à des dates différentes : le 15 janvier en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), pour célébrer la création en 1444 du Hunminjeongeum ("Les sons corrects pour l'instruction du peuple"), document décrivant la nouvelle écriture coréenne ; le 2 septembre dans la préfecture autonome coréenne de Yanbian, cette célébration ayant commencé en 2014 ; enfin, le 9 octobre, correspondant au jour de promulgation du Hunminjeongeum en 1446, en République de Corée (Corée du Sud), où le jour de l'alphabet coréen est devenu une fête nationale en 1970. 

Le Hunminjeongeum

Le Hunminjeongeum

C'est à l'initiative du roi Sejong (1418-1450) qu'a été créé l'alphabet coréen, promulgué en 1446, après trois années de travaux de recherches confiés à des érudits et menés dans la plus grande discrétion, tant les élites nobles et intellectuelles étaient hostiles à abandonner l'écriture chinoise - et ainsi favoriser un changement dans l'ordre social. En effet, l'objectif des promoteurs du nouvel alphabet était de développer un système d'écriture phonétique non seulement plus adapté à la langue coréenne, mais aussi plus facile d'apprentissage alors que la population restait largement illettrée : cet accès élargi à l'éducation aurait ainsi été un ferment d'évolution sociale.

Au regard des conséquences de la création de l'alphabet coréen, le développement de l'alphabet coréen fut ensuite bridé au plus haut niveau de l'Etat : en 1504, un des successeurs du roi Sejong, Yeonsangun, en interdit l'usage et l'apprentissage. Son emploi subsista néanmoins, essentiellement grâce à sa promotion par les femmes et les catégories sociales les plus défavorisées - jusqu'à ce que le Japon n'en impose l'usage en 1894, pour signifier la rupture avec la culture chinoise traditionnelle. La langue - et l'écriture - coréennes deviendront ensuite pleinement des marqueurs de l'identité nationale dans la lutte contre la colonisation japonaise, qui aboutit en 1945 au rétablissement de l'indépendance du pays. Le terme hangeul (signifiant "grande écriture") est utilisé pour la première fois en 1912 par le linguiste Ju Si-gyeong, un des pères de la langue coréenne qu'il a contribué à normaliser. 

 

Ju Si-gyeong

Ju Si-gyeong

Dans la Corée indépendante après 1945, les caractères chinois (hanja) ont  progressivement disparu, ne servant plus qu'à distinguer des homophones ou marquer des nuances.

Compte tenu de son caractère logique, l'alphabet coréen - un des rares alphabets suffisamment récent pour qu'on en connaisse la date de création - est décrit par les Coréens comme hautement scientifique. La célébration du jour de l'alphabet est fériée en Corée du Sud à partir de 1970 - hormis une interruption entre 1990 et 2012, à la demande des employeurs qui estimaient que le trop grand nombre de jours fériés nuisait à la compétitivité de l'économie (et pour compenser que le jour des Nations Unions était devenu un jour de vacances en 1991).  Mais il est redevenu ensuite un jour férié à compter de 2013, après la campagne menée en ce sens par la Société Hangeul.

Principale source : 

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28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 21:30

En observant que la Corée a selon lui compté la plus longue histoire d'esclavage en Asie de l'Est, le coréanologue Mark Peterson y voit un signe de la stabilité et de la continuité politique au pays du Matin calme - puisque les changements politiques, et notamment de dynastie régnante, ne se sont pas traduits par l'affranchissement des esclaves. Le système d'esclavage a semble-t-il connu son apogée en Corée aux débuts de la dynastie Choseon, entre les XVe et les XVIIe siècles (sous réserve qu'une connaissance plus approfondie de l'histoire la plus ancienne de la Corée ne contredise ce constat) : à cette période, les esclaves (nobi) ont alors formé entre 30 % et 40 % de la population, se situant en bas de l'échelle sociale dans une société très hiérarchisée. Si le nombre d'esclaves a diminué drastiquement tout au long du XIXe siècle, l'esclavage n'a cependant disparu en Corée qu'en 1930, pendant la colonisation japonaise.

"La chaîne ininterrompue de l'esclavage en Corée" (Mark Peterson) pendant 1500 ans

Si le commencement de l'esclavage est discuté en Corée, il est manifestement apparu il y a 1500 à 2000 ans, à l'époque des trois royaumes. Comme partout, les esclaves ont déjà été formés par les vaincus dans les guerres. D'autres sont ensuite devenus des esclaves à la suite de jugements ou pour dette.

Si le terme d' "esclave" est parfois contesté pour désigner les nobi (selon un terme déjà attesté pendant la dynastie Goryeo), dès lors qu'il existait un autre terme ("noye") pour désigner les esclaves dans les sociétés autres que coréennes, leur statut est bien celui d'esclaves - et pas de serfs : les nobi pouvaient être achetés, vendus ou donnés, et étaient donc l'entière propriété de leur maître, selon un rapport de type confucéen entre le maître et l'esclave (où ce dernier était reconnu comme un être humain à l'instar du maître). On naissait nobi et ses descendants étaient nobi - quand bien même un seul des deux parents fût esclave. Une autre objection à l'emploi du terme "esclave" porte sur la possibilité, pour certains nobi, de disposer de droits civils. Des réformes du roi Sejong le grand entre 1426 et 1434 ont accordé des congés maternité et paternité aux nobi.

A l'époque de la dynastie Choseon, on distinguait deux catégories d'esclaves : les uns étaient la propriété de l'Etat, les autres des particuliers. Ces derniers étaient majoritairement employés dans l'agriculture, selon le système du double champ : un des champs était cultivé pour le maître et l'autre pour l'esclave - ou alors la moitié de la production était due au maître si le système agricole était fondé sur le métayage. Les nobi établis sur une terre agricole étaient les plus nombreux.

La chute du prix des esclaves à la fin du XVIIIe siècle, alors qu'ils sont alors devenus moins nécessaires à la production, a entraîné la diminution puis la réduction du nombre d'esclaves, parallèlement à une critique du système de l'esclavage par les lettrés dès le XVIIe siècle. En 1801 les esclaves publics ont été affranchis et en 1887 l'hérédite du servage a été supprimée. En 1858, les nobi ne formaient déjà plus que 1,5% de la population. Même si les réformes de l'an Gabo, en 1894, ont officiellement aboli l'esclavage, celui-ci subsistera jusqu'en 1930.

La prégnance de l'esclavage en Corée il y a encore un peu plus de deux siècles est, selon Mark Peterson, un facteur explicatif du petit nombre de patronymes en Corée.

 

Sources :

- Francis Macouin, La Corée du Choson (1392-1896), société d'édition Les Belles Lettres, Paris, 2009, pp. 69-70.

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