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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 20:09

Si l'anarchisme ne joue plus aujourd'hui qu'un rôle extrêmement mineur dans la politique sud-coréenne, il a été une importante force politique jusqu'à la guerre de Corée (1950-1953). Nous présentons brièvement ses origines (liées plus globalement à la découverte des idées socialistes par les Coréens en Chine et en Japon, ainsi qu'à la volonté de lutter contre la colonisation japonaise renforcée par le Mouvement du 1er mars 1919, même si les anarchistes coréens font généralement remonter leur inspiration au mouvement Tonghak et à la guerre paysanne de 1894) et son développement, entravé par la répression politique au Sud de la péninsule, où il représentait pourtant, à l'origine, une alternative de gauche au communisme de type soviétique. 

Shin Chae-ho

Shin Chae-ho

Deux événements ont marqué en 1923 l'irruption de l'anarchisme sur la scène politique coréenne, contre la colonisation japonaise de la Corée, la même année où des milliers de Coréens furent massacrés après le tremblement de terre de Tokyo. Ayant souligné l'importance de la notion de minjok (le peuple coréen) et d'autonomie (juche), l'écrivain et journaliste Shin Chae-ho publie ainsi en 1923 le Manifeste de la révolution coréenne, où il appelle à lutter - de manière violente et non violente - non seulement contre l'oppression japonaise et son système de pillage des ressources de la Corée, mais aussi contre toute forme d'exploitation par les classes possédantes, en appelant à une révolution directe, du "peuple" lui-même, qui devient la force agissante révolutionnaire - s'inscrivant ainsi dans la filiation du communisme libertaire. Toujours en 1923, Pak Yol (qui avait participé au Mouvement du 1er Mars) et d'autres patriotes coréens furent mis en cause dans le tremblement de terre de Tokyo et accusés de complot contre l'empereur ; Pak Yol passa ainsi 22 ans de prison (où sa compagne japonaise, Kaneko Fumiko, mourut en 1926), jusqu'à sa libération en 1945.

Tandis que Shin Chae-ho a été l'un des fondateurs de la Fédération anarchiste coréenne en Chine en avril 1924, qui publiera notamment le Bulletin de la justice (renommé ensuite la Conquête), au Japon un groupe d'anarchistes coréens et japonais avait déjà fondé, en 1922, un groupe appelé la Révolte, dont faisait partie Pak Yol, et lié au mouvement ouvrier - les anarchistes coréens étant souvent des étudiants qui travaillaient parallèlement pour financer leurs études. Les anarchistes japonais avaient déjà été victimes de la répression - comme Kotoku Shusui, exécuté en 1910, après s'être opposé à la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et avoir dénoncé l'invasion de la Corée par le Japon.

Ayant une forte coloration nationaliste, l'anarchisme coréen n'en insiste pas moins sur la solidarité internationale : en 1928, à l'initiative de la Fédération anarchiste coréenne basée en Chine se constitue la Fédération anarchiste orientale, formée notamment de camarades coréens, chinois, japonais, taïwanais et vietnamiens, dont le programme est le Manifeste de Shin Chae-ho. La contrefaçon de monnaies étrangères constituant un moyen de se procurer des ressources pour le mouvement, c'est ce motif qui justifiera son arrestation par la police japonaise en mai 1928 et sa condamnation à dix ans de prison. Il est mort d'une hémorragie cérébrale en prison le 21 février 1936.

En Corée même, des groupes anarchistes se constituèrent, notamment à Séoul, Taegu, Pyongyang, Wonsan et dans l'île de Jeju, à l'initiative notamment d'anciens camarades de Pak Yol (dont Hong Jin-yu et Seo Sang-kyeong, à l'origine de la Ligue du drapeau noir, poursuivie dès sa création en décembre 1924), et se confédérèrent en novembre 1929 dans la Fédération anarcho-communiste coréenne (dotée également de branches au Japon et en Mandchourie). Le journal Dong-a Ilbo, alors de sensibilité indépendantiste et progressiste, a rendu compte des actions menées par des groupes anarchistes dans la péninsule coréenne elle-même - comme la diffusion en janvier 1936 d'un Manifeste du parti nihiliste - et de la répression policière systématique dont ils ont été l'objet, y compris lorsque les anarchistes faisaient partie de sociétés artistiques, comme la Société du mouvement des artistes de Chungju (dont les membres ont été condamnés à des peines de prison en mars 1930).

A la même période (1928-1931), au Japon, une douzaine de groupes anarchistes étaient actifs seulement à Tokyo, regroupant plus de 600 membres, le plus important étant - de loin (avec 250 à 300 membres) - l'Union syndicale Dong Heong, fondée le 10 septembre 1926.

Organisée par Kim Jong-jin et Kim Jwa-jin, la Fédération coréenne anarchiste en Mandchourie, fondée en juillet 1929, projeta de mettre en place une société de type anarchiste, dans une région où vivaient alors 2 millions de Coréens, fondée notamment sur des coopératives agricoles, un cursus complet d'éducation, la libre administration des villages et l'auto-organisation militaire. Toutefois, la mort de plusieurs dirigeants du mouvement de janvier 1930 à l'été 1931, dans les combats tant avec les communistes que les Japonais, mit un terme à cette expérience politique.

 

Pak Yol

Pak Yol

Le cas de la Fédération coréenne anarchiste de Mandchourie illustre la transition de la lutte politique sur le terrain de la guérilla, alors qu'en septembre 1931 la Mandchourie est envahie par le Japon, et que la répression s'intensifie contre les différents mouvements indépendantistes coréens (y compris les anarchistes), avant de franchir un nouveau cap en 1937 avec le déclenchement de la guerre sino-japonaise qui contraignit les militants anarchistes à entrer dans la clandestinité. Mais dès 1929, un soulèvement étudiant à Kwangju (auquel participait notamment Ha Ki-rak) avait entraîné de nombreuses arrestations, pour activités anti-japonaises et pacifistes, tandis que les anarchistes inspiraient dès 1931-1932 différents mouvements ouvriers (comme à Pyongyang, dans l'usine de caoutchouc Pyeongwon) pour saboter la production des industries de guerre. 

C'est toutefois en Chine que la lutte armée anti-japonaise fut la plus active. En octobre 1931, à l'initiative de membres de la Fédération de la jeunesse coréenne du Sud de la Chine, 7 anarchistes coréens et 7 anarchistes chinois formèrent, dans la concession française de Shanghaï, la Fédération anti-japonaise et pour le salut national qui s'engagea sur le terrain de la lutte armée (au nom du Groupe de la Terreur Noire), sous forme d'actions menées par petits groupes (pose de bombes ou assassinats, contre des Japonais et des collaborateurs pro-japonais). Des unités de guérilla, sino-coréennes, se mirent en place après le début de la Seconde guerre mondiale en 1939, à l'initiative de la Fédération de la jeunesse coréenne du Sud de la Chine et de la Fédération anti-japonaise et pour le salut national, au sein de l'Unité opérationnelle coréenne en temps de guerre, alors dirigée par Na Wol-hwan, qui devint en 1941 le cinquième détachement de l'Armée de libération de la Corée (plus tard requalifié en second détachement de l'Armée de libération de la Corée, avec à sa tête Lee Beom-seok). En conséquence, les anarchistes devinrent, avec les nationalistes et des communistes, l'une des composantes du gouvernement provisoire coréen : 2 des 57 sièges du Parlement provisoire étaient occupés par des anarchistes, à savoir Yu Ja-myeong (de la Fédération révolutionnaire coréenne) et Yu Rim (de la Fédération anarchiste coréenne), qui devait ensuite devenir un membre du gouvernement provisoire. 

Après la libération de la Corée en août 1945, les groupes anarchistes coréens fondèrent la Fédération des bâtisseurs d'une société libre (FBSL), lors d'une réunion à Séoul le 29 septembre 1945. Le message introductif fut lu par Lee Eul-kyu, co-fondateur de la Fédération des anarchistes en Chine, et Ha Ki-rak prononça un discours introductif où il dénonça les risques de division du pays en une zone pro-américaine et une zone pro-soviétique. Le programme suivant en quatre points fut adopté : 

1. Nous voulons construire une nouvelle société dans laquelle tous les hommes sont égaux.
2. Nous voulons construire une nouvelle société dans laquelle les paysans possèdent eux-mêmes la terre et les ouvriers leurs industries.
3. Nous rejetons toute forme de gouvernement oppressif, dans lequel un peuple gouverne un autre peuple.
4. Nous rejetons toute guerre d'agression. Toute guerre autre que d'auto-défense doit disparaître.

La FBSL organisa également une Fédération autonome des paysans et une Fédération autonome des travailleurs. Libéré de prison le 27 octobre 1945, le vétéran de la lutte anarchiste Pak Yol appela à la constitution d'une société indépendante membre de la société internationale et contribuant à la paix internationale, rejetant "le nationalisme exclusif". Yu Rim, ancien membre du gouvernement provisoire, devint pour sa part secrétaire de la Fédération générale anarchiste coréenne (FGAC). Les deux organisations (FBSL et FGAC) organisèrent conjointement une Convention nationale anarchiste, réunie à Anui du 20 au 23 avril 1946. Enfin, le 7 juillet 1946 un nouveau rassemblement conduisit à la fondation du Parti indépendant des paysans et des travailleurs (PIPT), dont Yu Rim fut élu président, et qui réunit 300 délégués lors de sa première convention nationale, du 5 au 7 mai 1947. La nouvelle organisation refusa tant les élections séparées dans la seule partie sud de la péninsule (5 membres du PIPT, élus  députés après avoir concouru comme indépendants ou membres d'une autre organisation sociale, furent exclus), que de participer à la rencontre au nord avec le dirigeant Kim Il-sung (critiquant même vivement la tenue de la conférence de Pyongyang avec Kim Ku et Kim Kyu-sik). Yu Rim participa en octobre 1949 à la Conférence mondiale anarchiste s'étant tenue à Paris. Très affaibli par la guerre de Corée, le PIPT se maintint en tant qu'organisation jusqu'à la révolution d'avril 1960, durant laquelle Ha Ki-rak, un des dirigeants du parti, fut l'un des professeurs qui soutint le mouvement étudiant. La parenthèse démocratique qui s'ouvrit fut de courte durée : un mois après la disparition de Yu Rim le 1er avril 1961, le coup d'Etat militaire de Park Chung-hee jeta en prison les dirigeants du PIPT et entraîna sa dissolution en mai 1962.

Constatant le déclin continu du PIDT, des anarchistes coréens - conduits par Yi Jeong-gyu et Jeong Hwa-am - avaient fondé une nouvelle organisation, le Parti socialiste démocratique (PSD), dont l'inscription dans le cadre du mouvement anarchiste coréen est cependant discutable (membre du PIDT rival, Ha Ki-rak ne cite pas le PSD dans son histoire de l'anarchisme en Corée). Recherchant une affiliation à l'Internationale socialiste, critiquant le Parti progressiste de Cho Bong-am (alors principal opposant de gauche au régime autoritaire de Syngman Rhee) comme préparant l'avènement du communisme, le PSD apparaît en effet plutôt comme une organisation social-démocrate modérée, n'ayant pas d'ailleurs eu de réelle activité, et les anarchistes ne se distinguent pas dans la dénonciation des procès truqués contre Cho Bong-am et les membres du Parti progressiste.

La modération de Yi Jeong-gyu dans son opposition au régime autoritaire est considérée comme emblématique de la dé-radicalisation de l'anarchisme coréen, comme la qualifie l'auteur Dongyoun Hwang, et qui sera un des facteurs à l'origine de son déclin (un autre étant l'hostilité construite en Corée du Sud par les régimes autoritaires à l'égard de toute forme de socialisme, même social-démocrate). De fait, Yi Jeong-gyu s'est engagé dans un mouvement davantage culturel et économique de défense de l'autonomie des communautés rurales, en partant du principe de transformation individuelle, au succès très relatif, mais ayant eu le mérite de s'opposer à la modernisation forcée des villages, pilotée d'en haut par l'Etat, sous le régime de Park Chung-hee. Les activités pro-communautés rurales de Yi Jeong-gyu ont été menées dans le cadre de l'Institut pour l'étude de la culture nationale, dont il a été l'un des fondateurs, mais regroupant aussi des non-anarchistes (y compris des nationalistes de droite).

Une autre organisation (le Parti démocratique de la réunification) fut créée en avril 1972, à l'initiative de Yang Il-dong, Jeong Hwa-am et Ha Ki-rak, suivant les principes d'autonomie et de réunification, et militant notamment pour une réduction des forces armées à 100 000 hommes au Nord, d'une part, et au Sud, d'autre part. Le parti a été dissous en 1982, selon Ha Ki-rak.

Se revendiquant ouvertement des principes anarchistes, la Fédération anarchiste coréenne (FAC) a été créée dans un temple bouddhiste, à Séoul, le 22 juin 1972 - son nom exact en coréen étant alors "Fédération coréenne des personnes autonomes", sans doute pour ne pas subir les foudres de la répression. Regroupant des vétérans du mouvement anarchiste (Yi Jeong-gyu, Yi Eul-gyu, Jeong Hwa-am et Choe Gap-ryong), la FAC se veut l'héritière du PIPT mais est très vite entrée en hibernation, alors que la proclamation de la constitution Yusin marquait un nouveau tournant toujours plus autoritaire quelques mois plus tard. Le 21 août 1987, après le soulèvement démocratique de juin 1987, 50 anarchistes réunis à Daegu tiennent toutefois une nouvelle convention de la FAC, qui existe toujours mais n'a plus d'activités visibles en 2016 selon Dongyoun Hwang - qui cite toutefois les activités de la Société pour commémorer Yu Rim, animée par un anarchiste de troisième génération (Kim Young-chun) après avoir été créée par d'anciens membres du PIPT, pour maintenir la flamme des idéaux anarchistes.

Sources :
- Ha Ki-rak, A History of Korean Anarchist Movement, Anarchist Publishing Committee, Anarchist Publishers, Taegu, 1986 ;
- Dongyoun Hwang, Anarchism in Korea. Independence, transnationalism and the Question of National Development 1919-1984, Suny Press, New York, 2016. 

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 11:47

Le 15 août, jour de la libération de la Corée de la colonisation japonaise (1910-1945), est célébré dans les deux parties de la péninsule divisée. Au Sud, il s'agit également de la fête nationale : le 15 août 2018, à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation de la République de Corée proclamée le 15 août 1948, le Président Moon Jae-in a prononcé un discours au Musée national de Corée à Yongsan, à Séoul, où il a souligné la nécessité de surmonter la division nationale, en observant que  "même si l'unification politique est encore bien loin de nous, établir la paix entre le Sud et le Nord, visiter librement les deux [parties divisées de la Corée] et former une communauté économique conjointe seraient une véritable libération pour nous [Coréens]". Cette thématique de la libération totale de la Corée en mettant fin à la séparation et à la division est partagée avec la République populaire démocratique de Corée, alors que la tenue du troisième sommet inter-coréen à Pyongyang vient d'être annoncée d'ici fin septembre 2018. 

Le Président Moon Jae-in, le 15 août 2018

Le Président Moon Jae-in, le 15 août 2018

Pour fonder le sentiment de communauté nationale, certaines références sont incontournables. Pour les Coréens, le combat pour l'indépendance est rappelé lors de la célébration de la libération, le 15 août. Dans son discours du 15 août 2018, prononcé symboliquement à Yongsan qui a été pendant 114 ans une base militaire japonaise puis américaine en plein coeur de Séoul (cet emplacement doit désormais devenir un parc à vocation écologique), le Président Moon Jae-in a mis l'accent sur la lutte des femmes dans le combat pour la restauration de la souveraineté nationale : 

Même si les femmes subissaient de fortes discriminations tant en raison du système patriarcal que des inégalités économiques et sociales, elles se sont engagées dans le mouvement pour l'indépendance avec une indomptable volonté.

La travailleuse Kang Ju-ryong de l'Usine de caoutchouc Pyeongwon à Pyongyang a lancé un mouvement de protestation sur le toit du Pavillon Eulmildae, haut de 12 mètres, pour dénoncer les réductions unilatérales de salaires par le Japon impérialiste en 1931. Elle a crié pour la libération des femmes et la libération du travail.

A cette époque, les salaires des travailleurs coréens représentaient moins de la moitié de ceux des travailleurs japonais, et les travailleuses coréennes gagnaient elles-mêmes moins de la moitié de ce que percevaient leurs collègues masculins. Sa résistance acharnée a conduit à sa mort deux mois après sa libération de prison. Elle a été décorée à titre posthume, en 2007, de la médaille patriotique, dans le cadre de l'Ordre du Mérite pour la Fondation nationale.

En 1932, Gujwa-eup sur l'île de Jeju a été l'épicentre d'un combat par les plongeuses anti-japonaises lancé par cinq femmes : Ko Cha-dong, Kim Gye-seok, Kim Ok-nyeon, Bu Deok-nayng et Bu Chun-hwa. Le mouvement de lutte anti-japonais s'est étendu à près de 800 plongeuses, et quelque 17 000 femmes ont participé à 238 rassemblements pendant trois mois. Aujourd'hui, un monument au mouvement anti-japonais des plongeuses de l'île de Jeju a été dressé à Gujwa-eup.

Depuis le Jour de la Libération l'an dernier, le gouvernement a identifié 202 combattantes indépendantistes et leurs noms figurent fièrement dans l'histoire de la Libération. Parmi elles, 26 patriotes ont été distinguées en recevant aujourd'hui des honneurs et des décorations. Les autres continueront d'être honorées.

Tous les efforts pour la Libération recevront le crédit et l'estime qu'ils méritent. Le gouvernement continuera d'identifier davantage de combattants du mouvement pour l'indépendance sans discrimination fondée sur le genre ou le rôle qu'ils ont joué. Je suis convaincu que la complète mise à jour de l'histoire inconnue du mouvement d'indépendance et des militants pour l'indépendance marquera l'accomplissement d'une nouvelle libération.

Revenant par ailleurs sur les progrès accomplis depuis sept mois dans le dialogue entre les différentes parties impliquées dans la péninsule coréenne, le Président Moon Jae-in a rappelé l'alliance américano-sud-coréenne et fait une mention particulière des efforts accomplis par la Chine de Xi Jinping et l'Allemagne d'Angela Merkel. Il a aussi souligné que la paix, allant de pair avec la dénucléarisation de la péninsule, figurerait à l'ordre du jour du sommet de Pyongyang, en septembre 2018, ainsi que le développement des échanges Nord-Sud, sur la base de la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 : 

Je visiterai Pyongyang le mois prochain en portant les voeux du peuple (coréen]. Nous, les deux dirigeants, confirmerons la mise en oeuvre de la Déclaration de Panmunjom et ferons un pas décisif vers la déclaration de la fin de la guerre de Corée et la signature d'un traité de paix, ainsi que la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne.

A cet égard, pour lever notamment les réticences d'une partie de l'opinion publique, en Corée du Sud et à l'étranger, quant au coût supposé de la réunification, le président sud-coréen a mis en avant les bénéfices économiques à attendre de la formation d'une communauté économique inter-coréenne, en citant explicitement l'exemple de la construction européenne : 

Selon une étude effectuée par un think tank public, l'impact économique de la coopération économique entre le Sud et le Nord devrait atteindre 170.000 milliards de wons (150 milliards de dollars) sur les 30 prochaines années.

Selon le Président Moon Jae-in, les bénéfices proviendront notamment du rétablissement des liaisons ferroviaires inter-coréennes, de l'exploitation de certaines ressources naturelles et de la reprise des activités des zones économiques de Kaesong et des Monts Kumgang.

Il s'agit d'une feuille de route ambitieuse, dont la mise en oeuvre dépend de la volonté des différentes parties et, s'agissant du projet économique, de la levée de sanctions économiques qui tuent les populations. 

Sources : 

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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 05:29

L'île volcanique de Jeju, au sud de la péninsule coréenne, a connu une longue tradition d'auto-gouvernement, dans lequel les plongeuses de l'île ont joué un rôle important. Après avoir été un des bastions de la résistance à l'occupation japonaise, Jeju s'est dotée, à la Libération, d'un comité populaire qui a représenté le vrai gouvernement de l'île jusqu'en 1948 - alors que les comités populaires du reste de la partie sud de la péninsule étaient démantelés par l'administration militaire américaine. Mais la répression dans un bain de sang des manifestations gigantesques du 1er mars 1947, jour anniversaire du soulèvement du 1er mars 1919 et auxquelles auraient participé 50 000 insulaires (sur une population de 300 000 personnes), conduite par les forces de police aux ordres des Etats-Unis, accélère le cours des événements, en entraînant le déclenchement d'une grève générale le 14 mars 1947 - suivie à plus de 95 %. Les autorités d'occupation américaine réagissent en dépêchant des forces de police supplémentaires ainsi que des groupes paramilitaires qui se distinguent par leur extrême violence : issus de la Ligue de la jeunesse du nord-ouest, ils sont constituée de jeunes anticommunistes venus de la partie nord de la péninsule. Le Parti du travail (communiste), qui domine désormais le comité populaire de Jeju (et dont les services secrets américains estime que ses membres représentent au moins 20 % en 1948 de la population de l'île), encouragé par le Parti du travail sud-coréen dirigé par Pak Hon-yong, refuse la tenue des élections séparées dans la seule moitié sud de la péninsule prévues le 10 mai 1948. Cinq semaines avant le processus électoral, une action coordonnée est lancée par 3 500 insurgés contre la Ligue de la jeunesse du nord-ouest et 11 des 24 commissariats de police de l'île. Cette date marque le début officiel du soulèvement de Jeju. D'anciens collaborateurs des Japonais sont également tués.

L'offensive atteint son but premier : l'île de Jeju est le seul endroit du sud de la Corée où les élections ne peuvent pas se tenir le 10 mai 1948 - le taux de participation est si faible que les deux sièges réservés à Jeju sont laissés vacants. Mais l'administration militaire américaine est décidée à mater la rébellion : entre fin mars et mi-mai 10 000 habitants de l'île sont arrêtés et un régiment militaire ainsi que des forces de police supplémentaires, constitués chacun de 1 700 hommes coréens, sont envoyés à Jeju. Le lieutenant-général Kim Ik-ryeol reçoit l'ordre de pratiquer la politique de la "terre brûlée". 

Mais Kim Ik-ryeol choisit au contraire de négocier avec les rebelles : il conclut un accord avec Kim Dal-sam, qui dirige le Parti du travail dans l'île. Toutefois, l'accord est menacé par le massacre de partisans retournés à Orari et tués par les forces de police (crime que les Américains font passer comme ayant été perpétré par les insurgés). Surtout, si l'accord avait été approuvé par le colonel américain Mansfield (des responsables américains étaient arrivés dans l'île le 29 avril pour permettre sa mise en oeuvre), ses supérieurs le désapprouvent : le général Dean oppose son veto et une épuration violente de l'administration sud-coréenne est justifiée par la défection du gouverneur civil de Jeju, un Coréen conservateur choisi par l'administration américaine qui a rejoint les insurgés le 29 avril. Accusé de sympathies communistes, le lieutenant Moon Sang-gil est exécuté sommairement à Séoul, de même que trois sergents à Jeju, qui tous travaillaient pour les forces militaires américaines.

Kim Dal-sam, dirigeant de l'insurrection à Jeju

Kim Dal-sam, dirigeant de l'insurrection à Jeju

Après l'échec de l'accord avec la guérilla, celle-ci se replie à l'intérieur de l'île, notamment autour du mont volcanique Halla et dans les forêts, tandis que les zones côtières sont sous le contrôle du gouvernement - grâce notamment à la flotte américaine, qui opère un blocus en positionnant l'USS John R.Craig le 12 mai. Les affrontements avec la police sont violents et iront crescendo.

En effet, devenu Président de la République de Corée le 15 août 1948 à l'issue des élections législatives du 10 mai boycottées par la plupart des forces politiques, Syngman Rhee est déterminé à éradiquer le soulèvement. Néanmoins, les élections à l'Assemblée populaire suprême, réunie à Pyongyang en septembre et organisées clandestinement dans la partie sud de la péninsule le 25 août, se tiennent avec un certain succès à Jeju : la guérilla revendique un taux de participation de 85 % (77,52 % pour l'ensemble de la Corée du Sud selon le Parti du travail), quand des sources américaines évoquent une participation de 25 % du corps électoral - en tout état de cause bien supérieur à celui des élections du 10 mai. Parmi les 1 002 délégués sud-coréens qui se réunissent ensuite à Haeju pour désigner les députés à l'Assemblée populaire suprême, 5 sont originaires de Jeju - dont Kim Dal-sam, qui rejoindra finalement la moitié nord de la péninsule en mars 1949.

Le 20 octobre 1948, des soldats se mutinent et tuent leurs supérieurs, refusant d'aller combattre les habitants de Jeju.

Le 17 novembre 1948 la loi martiale est décrétée dans l'île : l'afflux de forces du continent, ainsi que de membres des groupes paramilitaires, qui pratiquent le viol et la torture et en profitent pour s'enrichir en accaparant les terres de ceux qu'ils éliminent, réduisent progressivement les positions des insurgés, mal armés, malgré l'offensive lancée le 1er janvier 1949. Les forces gouvernementales lancent une campagne d' "éradication" en mars 1949, tuant indistinctement femmes et enfants parlant le dialecte de Jeju. Le 17 août 1949, le principal dirigeant de la guérilla, Yi Tuk-ku, est tué : les insurgés ont perdu la bataille, et ne regagneront pas le terrain perdu malgré l'envoi en mars 1950 de soldats par la Corée du Nord, pour relancer - en vain - le mouvement de guérilla.

Il y a 70 ans : les habitants de l'île de Jeju se soulevaient contre l'autoritarisme et la division de la Corée

Les massacres commis à Jeju, essentiellement par les forces gouvernementales et para-militaires équipées et soutenues par les Américains qui portent aussi une lourde responsabilité dans les massacres en ayant fait échouer l'accord trouvé en avril 1948, ont longtemps été un sujet tabou dans l'île : les évoquer était un crime, exposant à la torture et à de lourdes peines d'emprisonnement. Un courant révisionniste conservateur sud-coréen continue de justifier l'action des forces gouvernementales menée principalement entre 1947 et 1950 (mais ces massacres se sont poursuivis jusqu'en 1954) par la lutte selon eux nécessaire contre la "subversion" communiste - alors qu'il est acquis que le soutien local de la guérilla dépassait très largement les seuls rangs de la gauche, et a fortiori des communistes du Parti du travail. 

La commission vérité et réconciliation, mise en place par les administrations démocrates (1998-2008), a recensé - de manière par nature incomplète - 14 373 victimes, dont 86 % par les forces gouvernementales et 14 % par les rebelles. Par extrapolation, le nombre de morts couramment admis est de 30 000 (les estimations les plus hautes étaient de 60 000 à 70 000 morts), pour une population de 300 000 habitants dans l'île en 1948. La majorité des villages ont été détruits, les forêts ont été rasées. Des preuves des massacres - comme dans la grotte de Darangshi - sont encore retrouvées, des décennies plus tard. Aux habitants de l'île tués s'ajoutent ceux qui ont fui, principalement au Japon où se seraient réfugiés 40 000 insulaires, dont Kim Sok-bom, écrivain né en 1925 dont l'oeuvre - notamment le roman fleuve L'île du volcan - est notamment consacrée au soulèvement de Jeju (son roman La mort du corbeau a été traduit en français et publié par L'Harmattan en 2000). Le film Jiseul, de 2012, est consacré au massacre de Jeju.

Le 31 octobre 2003, le Président Roh Moo-hyun a présenté des excuses pour les massacres qui ont été commis à Jeju - mais l'indemnisation des victimes reste largement à conduire. Les particularités propres aux insulaires de Jeju ont fait qualifier le massacre de ses habitants en 1948-1949 de génocide, notamment par l'historien américain Bruce Cumings.

Des restes humains retrouvés dans la grotte de Darangshi, preuve des massacres de 1948.

Des restes humains retrouvés dans la grotte de Darangshi, preuve des massacres de 1948.

Principale source : George Katsiaficas, Asia'sunknown uprisings : South Korean social movements in the 20th century, PM Press, 2012, Oakland, Californie, pp. 86-97.

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 21:16

Dans les années 1860, des paysans coréens fuyant l'oppression féodale commencèrent à s'établir dans l'extrême-orient russe - où ils furent ensuite rejoints par des résistants coréens au régime de protectorat (à partir de 1905) puis à la colonisation (1910) imposés par le Japon. Les conditions sociales objectives de la minorité coréenne, ainsi que son aspiration à la libération nationale, expliquent l'accueil favorable de la Révolution d'Octobre 1917 par les résistants coréens, ainsi que l'implication de militants coréens aux côtés des bolchéviques - tout particulièrement en Extrême-Orient, où ils constituaient alors une forte minorité. 

Alexandra Kim (Kim Aerim)

Alexandra Kim (Kim Aerim)

C'est en 1863 que les premiers immigrants coréens (soit 13 familles) s'établissent de manière certaine (car documentée) en Sibérie, dans la région de Posyet, avec l'accord des autorités tsaristes, pour développer une région fortement sous-peuplée. Fuyant le régime d'exploitation féodale, mais aussi la famine consécutive à de mauvaises récoltes qui frappe à plusieurs reprises la péninsule coréenne (notamment en 1869), les Coréens deviennent agriculteurs, pêcheurs ou mineurs et cultivent le ver à soie. A partir des années 1880, ils obtiennent la possibilité d'acquérir la nationalité russe et de posséder des terres, à la condition de se convertir à l'orthodoxie. Nombre d'entre eux deviennent commerçants ou marchands. 

Ils constituent assez tôt une minorité soucieuse de défendre ses intérêts et favorable aux idées nouvelles : des ouvriers coréens se joignent aux grévistes dans la région du fleuve Amour en 1900 et des militants coréens participent à la révolution russe de 1905.

La domination japonaise sur la Corée conduit des centaines de résistants coréens à s'établir en Russie, comme Yi Dong-hwi, né en 1873, qui se soulève contre les Japonais à Kanghwa dès 1907, ce qui lui vaut d'être arrêté par la police japonaise. Replié en Mandchourie en 1911, il s'établit dans la Province maritime (Primorsky Krai) de l'extrême-orient russe en 1913. Il y crée un Parlement coréen en exil et une académie militaire coréenne.

Un autre militant indépendantiste coréen, An Jung-geun, né en 1879, passe en Sibérie après 1905, où il dirige une unité de partisans (faisant partie de ces unités non régulières connues, dans l'histoire de la Corée, sous le nom d'armées de justice ou vertueuses). An Jung-geun a assassiné en gare de Harbin, ville alors contrôlée par la Russie, le 26 octobre 1909, Hirobumi Ito, premier résident général japonais en Corée (exerçant les fonctions de gouverneur militaire), et a été condamné à mort et exécuté le 26 mars 1910. La Russie a ainsi été utilisée comme base arrière par les partisans, lors d'opérations parfois importantes : par exemple, en avril 1908, environ un millier de combattants des armées de justice attaquent des troupes japonaises dans le Nord Hamgyong. Les armées de justice ne semblent toutefois plus avoir été en mesure de combattre après 1912.

Le destin de Kim Aerim est pour sa part emblématique de l'engagement politique des membres de la minorité coréenne nés en Russie ou y ayant longtemps vécu. Née en 1885 dans le village coréen de Sinelnikovo, en Sibérie, elle est la fille de Kim Du Suh, un patriote coréen ayant émigré en Russie et s'étant converti à la religion orthodoxe, devenu traducteur et ayant pris le nom de Kim Piotr. Après la mort de son père en 1902, Kim Aerim (dont le nom russe est Alexandra Petrovna Kim, ou Alexandra Kim) a été adoptée par un couple d'amis de son père dont lui, Jozef Stankevich, était un technicien d'origine polonaise travaillant dans les chemins de fer. Ayant suivi une école pour filles à Vladivostok, Alexandra Kim est devenue trilingue (parlant coréen, chinois et russe) et s'est ouverte aux idées socialistes - comme d'autres étudiants coréens à la même époque, qu'ils aient vécu en Russie, en Chine ou au Japon. Elle est aussi l'une des premières féministes coréennes de l'ère contemporaine.

Devenue à son tour traductrice, Alexandra Kim s'établit dans l'Oural où elle s'engage dans la défense des migrants coréens (souvent bûcherons dans cette région). Au plan politique, elle rejoint le parti bolchévique en 1916 ou début 1917 (suivant les sources). En juillet 1917, Lénine lui confie la mission de retourner en Sibérie pour organiser politiquement les Coréens et faire face tant aux corps expéditionnaires étrangers qu'aux seigneurs de la guerre de Sibérie (tels Grigori Semenov) et de leurs bandes, qui commettent pillages, viols et meurtres. A Khabarovsk, Alexandra Kim devient responsable des affaires extérieures de la province.


Le choix de Lénine de s'appuyer sur la minorité coréenne se fonde sur sa volonté d'émancipation des peuples de l'ancien empire tsariste et prend en compte leur importance numérique : au moment de la Révolution d'Octobre, la population coréenne en Russie est estimée à 100.000 membres, dont 81.825 dans la seule Province maritime (soit un tiers de la population de cette province) - tandis que les Coréens auraient été, à cette date, au nombre de 5.000 en Sibérie occidentale et de 7.000 dans la partie européenne de la Russie.

Comme le souligne Vladimir Tikhonov dans Modern Korea and its Others, la sympathie pour les révolutionnaires russes dépasse alors largement les rangs de la gauche radicale et concerne aussi "une proportion significative de l'intelligentsia coréenne non communiste". Le réformiste Park Eun-sik, dont l'idéal est inspiré de la culture confucéenne, voit dans la Révolution d'Octobre "le coup de feu d'une reconstruction globale, le printemps nouveau de l'humanité" ; pour sa part, le journal du gouvernement provisoire coréen Tongnip Shinmun dénonce "l'incompétence" et "l'impopularité" du gouvernement "bourgeois" mis en place après la révolution de février, puis salue la dissolution par les bolchéviques de l'assemblée constituante élue en 1918, qui est vue comme paralysée par les luttes de pouvoir entre les partis socialistes et bourgeois.

Le 28 avril 1918, Alexandra Kim, Yi Dong-hwi, Kim Rip et d'autres militants coréens fondent le Parti socialiste du peuple coréen - la même année, une autre organisation socialiste coréenne est par ailleurs fondée à Irkoutsk. Mais, sous la pression des armées blanches et des troupes étrangères hostiles à la révolution russe, Alexandra Kim et d'autres communistes coréens sont arrêtés et exécutés par des troupes japonaises le 16 septembre 1918. De nombreux Coréens sont massacrés, qu'ils soient ou non communistes. 

Pour sa part, Yi Dong-hwi parvient à s'enfuir avec ses partisans et s'établit à Shanghaï en 1919, où il devient membre du gouvernement coréen en exil - jusqu'à sa démission en 1921, à la suite de la révélation sur l'utilisation par Kim Rip, proche camarade de Yi Dong-hwi, à d'autres fins que celles prévues, d'une somme de 400.000 roubles qu'avait remise Lénine au gouvernement coréen en exil (à noter qu'à cette époque le gouvernement révolutionnaire russe soutient les mouvements de libération nationale, au nom de la solidarité anti-impérialiste, qu'ils leur soient ou non favorables). Retourné en Sibérie, Yi Dong-hwi s'est éteint à Vladivostok en 1935.

Lorsque les bolchéviques chassèrent finalement de Sibérie les armées blanches et les troupes étrangères, ils reçurent l'appui de partisans coréens : le général Kim Gyong-chun fut reconnu en 1922 par les Soviétiques commandant de toutes les unités d'autodéfense de la région, coréennes et russes. 

Sources :

- Pan Pyong Yul, The Life and Activities of Kim Alexandra Petrovna (Stankevich): A Short Biography of the First Korean Communist Yun Pyong Sok Kyosu Hwangapkinyom Hanguk Kundaesa Nonchong, Seoul, 1990 ; 
- Pak Hwan, Kim Alexandra Petrovna (Stankevich), Leader of Korean Socialist Party Hanguksahan Nonchong, Seoul, 1992 ;

- Vladimir Tikhonov, Modern Korea and its Others. Perceptions of the neighbouring countries and Korean modernity, Routledge, Londres et New York, 2016.

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 20:36

Huit jours après sa sortie, le film du Sud-Coréen Ryoo Seung-wan The Battleship Island a dépassé les 5 millions d'entrées : témoignant du travail forcé des Coréens et des Chinois dans l'île japonaise de Hashima pendant la Seconde guerre mondiale, ce film très largement diffusé en salles témoigne de la popularité des longs métrages historiques en Corée du Sud - puisque le jour où il dépassait les 5 millions d'entrées le film de Jang Hoon A Taxi Driver, consacré à un journaliste allemand témoin de la Commune de Gwangju en 1980, faisait une entrée fracassante au box office.  

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Etroite (elle ne mesure que 160 mètres de large sur 450 mètres de long, soit une superficie de seulement 6,3 hectares), l'île de Hashima, située à 19 kilomètres des côtes de Nagasaki a connu un destin exceptionnel lié à l'exploitation des mines sous-marines de charbon situées aux alentours, après son achat par Mitsubishi en 1890. Le groupe japonais met en valeur l'île, construit des immeubles et des infrastructures pour les ouvriers : abritant 5 229 habitants en 1959, Hashima est alors l'endroit comptant la plus forte concentration de population au monde - avec une densité de population de 83 500 habitants au kilomètre carré. Mais le déclin de l'industrie houillère entraîne le recul de l'exploitation minière : les derniers habitants quittent Hashima en 1974, qui devient une île fantôme ayant accueilli des décors de film - notamment pour Skyfall de Sam Mendes et Inception de Christopher Noland. L'île, en tant que site de la révolution industrielle de l'ère Meiji, est inscrite depuis juillet 2015 au patrimoine mondial de l'UNESCO.

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Le sang et les larmes des mineurs de Hashima sont aussi mêlés à l'histoire tragique de la colonisation japonaise, notamment le travail forcé des Coréens et des Chinois : derrière les murailles ceignant l'île navire de guerre (selon la traduction en français de son nom japonais) ont été déportés 800 travailleurs forcés coréens pendant la Seconde guerre mondiale. 134 d'entre eux y sont morts, et ceux qui tentaient de fuir étaient torturés.

Le film de Ryoo Seung-hwan The Battleship Island, sorti en salles fin juillet 2017, nous raconte la vie et le récit de l'évasion de Coréens déportés dans l'île - avec l'acteur Hwang Jung-min dans le rôle principal de Lee Kang-ok. Ryoo Seung-hwan a souligné que le film, tourné à Chuncheon où ont été reproduits les décors de Hashima, est une fiction - alors que certains médias japonais ont dénoncé le long métrage décrivant Hashima comme un enfer, négligeant de ce fait que le taux de mortalité (17 % des travailleurs forcés coréens y sont morts) suffit à rendre compte de leurs conditions terribles d'existence, encore largement méconnues en Occident.

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Des survivants interrogés par Yonhap ont rendu compte des conditions de travail forcé extrêmement dures dans l'île de Hashima.

Choi Chang-seop y est arrivé en 1943 à l'âge de 15 ans, et y est resté jusqu'à la capitulation japonaise en août 1945 :

J’ai vécu une vie de prisonnier pendant trois ans sur l’île de Hashima, totalement entourée par la mer (...) ça m’étouffe de me souvenir de l’époque où j’ai travaillé pendant 12 heures par jour en petite tenue au fond de cette mine de charbon

Mal nourri, Choi Chang-seop, comme les autres Coréens, était affecté aux tâches les plus dangereuses - non seulement  à extraire  du charbon mais aussi boucher les trous de la mine :

Lorsque j’ai eu cette mission, les Japonais responsables m’ont dit, ‘‘pauvre toi, jeune, faut faire attention à ta tête, on se blesse souvent la tête avec les pierres qui tombent’’. J’ai été plusieurs fois hospitalisé à cause de blessures à la tête.

Choi Chang-seop

Choi Chang-seop

Egalement interrogé par Yonhap, un autre survivant aujourd'hui âgé de 92 ans, Lee In-woo, qui est resté huit mois dans la mine, s'est dit sauvé quand il a été incorporé dans l'armée japonaise. Il raconte aussi qu'une petite île à côté de Hashima était appelé le crématorium, car "c'était le lieu où les Japonais incinéraient les cadavres des travailleurs et fugitifs morts".  

Lee In-woo

Lee In-woo

Sources :

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 20:37

Le 8 juillet 2017 la République populaire démocratique de Corée célèbrera son fondateur, le Président Kim Il-sung, disparu vingt-trois ans plus tôt, comme l'homme ayant "vaincu deux impérialismes en une génération" (l'impérialisme japonais et l'impérialisme américain).  Mais un autre aspect mérite aussi d'être souligné : la capacité du Président Kim Il-sung, tout en renforçant le potentiel militaire national de dissuasion, à éviter que la péninsule ne plonge à nouveau dans la guerre, comme lorsqu'en juin 1994, soit moins d'un mois avant sa disparition, il scelle à Pyongyang un accord avec l'ancien président américain Jimmy Carter qui éloignera les menaces d'un nouveau conflit dévastateur en Corée. 

Kim Il-sung et Jimmy Carter

Kim Il-sung et Jimmy Carter

15 juin 1994 : réunis avec ses conseillers à la Maison Blanche, le Président William Clinton a décidé de frapper la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), qui ne donne pas plein accès à son territoire aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et vient d'annoncer son retrait de l'AIEA. Plusieurs options sont sur la table : un bombardement (entre autres) du site nord-coréen de Yongbyon, suspecté d'accueillir des activités nucléaires militaires, apparemment non retenu car il aurait causé (au bas mot) des dizaines de milliers de morts en précipitant la péninsule coréenne dans une nouvelle guerre ; le déploiement de 10 000 hommes supplémentaires mais aussi de bombardiers près de la Corée du Nord tout en évacuant les civils américains à Séoul, avec une incertitude majeure, comment réagira la RPD de Corée face à ce qu'elle pourrait considérer comme une rupture de l'accord d'armistice de 1953 ? Le risque d'un conflit n'a jamais été aussi élevé.

C'est alors que retentit un appel téléphonique : c'est Jimmy Carter. Il a rencontré Kim Il-sung à Pyongyang, et annonce qu'un accord a été trouvé. La RPD de Corée accepte de suspendre son programme nucléaire, contre (entre autres) un accès au nucléaire civil. L'escalade est évitée, et la voie ouverte vers un accord sur la question nucléaire. 

Les détails de ce récit sont connus depuis que William Perry, alors secrétaire à la Défense du président américain (c'est lui qui a reçu l'appel téléphonique de Jimmy Carter), en a donné les détails dans un ouvrage publié en 1999, avec son conseiller Ashton Carter - avec des précisions édifiantes, comme la nouvelle que la guerre contre la RPD de Corée avait alors été préparée pendant 6 mois dans le cadre de l'OPLAN (pour "plan opérationnel") 5027. Un plan opérationnel non seulement jamais abandonné, mais actualisé...

Ce qui est en revanche rarement souligné dans la presse occidentale est la capacité du Président Kim Il-sung à obtenir cet accord décisif, alors qu'il menait une diplomatie multi-cartes : parallèlement à sa négociation avec Jimmy Carter il s'engageait dans des discussions avec l'administration sud-coréenne, qui aurait dû déboucher sur un sommet intercoréen au plus haut niveau avec Kim Young-sam - un sommet finalement empêché par sa disparition le 8 juillet 1994, puis par le comportement des autorités sud-coréennes.

Jimmy Carter avait accepté de prendre en compte les attentes nord-coréennes, notamment leur demande de considération. Kim Il-sung avait accepté de rencontrer un chef d'Etat qui n'était pourtant plus en exercice, ayant dirigé un pays (les Etats-Unis) ayant une part décisive dans la partition
de la Corée, pour ne négliger aucun canal afin d'empêcher une nouvelle guerre, cauchemar de tous les Coréens de sa génération. Cet art de la diplomatie apparaît aujourd'hui plus que jamais nécessaire, alors que les tensions autour de la Corée ont atteint un niveau sans précédent depuis... 1994. 

Sources : 

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 14:54

Il y a 80 ans, la victoire des guérilleros menés par Kim Il-sung lors de la bataille de Pochonbo, le 4 juin 1937, a témoigné de la capacité d'unités de guérilla à l'emporter sur un ennemi mieux armé et supérieur en nombre en tirant profit de l'effet de surprise.  Ce fait d'armes a ainsi été largement célébré dans le mouvement de résistance antijaponais et relevé par la presse projaponaise, comme l'observe le Coréen américain Won-tai Sohn, dans son livre de témoignage Kim Il-sung and Korea's struggle. An unconventional firsthand history, dont nous traduisons de l'anglais ci-après des extraits relatifs à la couverture médiatique de la bataille de Pochonbo. Le père de Won-tai Sohn, le pasteur protestant Sohn Jong-do, a aidé Kim Il-sung (qui s'appelait alors encore Kim Sung-ju) à ses débuts dans la lutte antijaponaise, après la disparition du père de Kim Il-sung, Kim Hyong-jik, le 5 juin 1926. Par ailleurs, le frère de Won-tai Sohn,  Sohn Won-il, a été ministre de la Défense de la République de Corée (Corée du Sud).

Finalement, j'ai bien obtenu la preuve factuelle que je cherchais. Je ne me souviens plus de la date, mais le journal "Kyongsong Ilbo" a publié un article intitulé "Qui est le cerveau de l'attaque de Pochonbo ?" Il est paru immédiatement après que la bataille a eu lieu et a décrit les guérilleros conduits par Kim Il-sung comme des "bandits communistes". Avec pour sous-titre "Un père et un fils rebelles", l'auteur expliquait que le nom originel de Kim Il Sung était Kim Sung Ju, qu'il venait de la province de Pyongan et avait 27 ans, et qu'il était le fils de Kim Hyong Jik. J'ai eu alors la certitude que le général était mon ami, Kim Sung Ju, et je ne peux pas décrire de manière adéquate mes sentiments quand j'ai lu des informations détaillées sur ses activités dans le "Dagongbao" peu après (1).

Dans cette période où le Japon accroissait ses efforts pour conquérir tout le continent asiatique et recourait aux pires moyens pour effacer la nation coréenne, Kim Il Sung était le seul rayon d'espoir qui restait aux Coréens. L'article dans l'édition anglaise du "Dagongbao" de Shanghaï m'a assuré que, malgré les humiliations dont souffrait la patrie sous l'occupation japonaise, tôt ou tard la Corée redeviendrait indépendante.

Les personnes de la génération de mon père, qui avaient échoué à obtenir la libération de la Corée malgré tous leurs efforts, portaient maintenant tous leurs espoirs sur Kim Il Sung. J'ai appris plus tard que Kim Ku (alias Paek Pom), Kim Won Bong et d'autres qui étaient actifs en Chine même furent ravis d'apprendre que l'unité du Général avait franchi le fleuve Amnok et attaqué Pochonbo, tué les forces d'occupation et les unités de police japonaises, et ainsi ravivé la flamme de l'indépendance de la Corée. Ils ont rendu compte de la bataille victorieuse de Pochonbo dans leur journal "Jondo" ("Le Futur") sous le titre : "Bonne nouvelle du mouvement armé d'indépendance de la Corée".

Quand j'ai rencontré Mme Ryo Yon Gu, la fille de Ryo Un Hyong (2), à Pyongyang, elle m'a dit que son père, après avoir entendu la nouvelle de la bataille victorieuse, était allé en voiture à Pochonbo pour inspecter le site de la bataille et vérifier les faits. Ryo Un Hyong et Kim Ku ont voyagé au Nord après la libération pour discuter de projets de réunification de la Corée; On peut penser que leurs espoirs étaient enracinés dans leur confiance envers le jeune héros du Mont Paektu, le Général Kim Il Sung, des espoirs qui ont bourgeonné et grandi dès cette époque.

Lors de ma dernière visite à Pyongyang, j'ai été à nouveau frappé par la lecture d'un article sur le Général Kim Il Sung dans le "Sinhan Minbo", daté du 3 septembre 1937. Le journal, publié aux Etats-Unis pour mes compatriotes coréens, avait consacré un article de deux pages, mettant en avant le nom de Kim Il Sung. Ce qui m'a surpris est que le journal, publié par les Coréens résidant aux Etats-Unis et diffusé dans la société américaine, ait publié cet article.

Il m'a été rapporté que le révérend Hong Tong Gun, qui vivait à Los Angeles, en Californie, avait amené le journal avec lui lors de l'une de ses visites en Corée du Nord. Lors de sa précédente visite, lorsqu'il avait mentionné avoir lu cet article, les officiels nord-coréens lui avaient demandé de trouver une copie et de la leur envoyer. Le révérend Hong Tong Gun avait eu de grandes difficultés à trouver la copie d'un article paru il y a 60 ans, mais il y était parvenu et avait soigneusement photocopié celle moisie qu'il avait trouvée. Alors qu'il partageait avec d'autres la copie restaurée, il avait dit-on des larmes aux yeux, ce qui prouvait avec évidence son regret de n'avoir pas montré l'article au Président Kim Il Sung avant sa mort.

Voici ci-après un extrait de l'article :

"Le Général Jon Il Sung, commandant de la troisième division de l'unité coréenne de l'armée alliée des volontaires coréens et chinois, combat en volant comme un dragon et en se précipitant comme un tigre.

Nous avons déjà rendu compte dans notre précédente édition que la situation des Japs en Mandchourie se dégrade dans la guerre sino-japonaise en raison des opérations conjointes de l'armée d'indépendance de la Corée et de l'armée des volontaires chinois.

A présent une nouvelle détaillée qui vient de Tianjin dit que les forces combattantes les plus courageuses et les plus efficaces parmi les Coréens et les volontaires chinois appartiennent à la troisième division formée de Coréens et commandée par le Général Jon Il Sung, qui est coréen. (D'après des journaux au Japon et des nouvelles de Corée, la force armée de M. Kim Il Sung, opérant depuis sa base à Jiandao, a franchi la frontière en juin dernier et attaqué Pochonbo, à Kapsan, pour frapper de terreur dans leur coeur les militaires et les policiers japonais. Il a fréquemment été rendu compte des actions suivantes de son armée dans le "Dong-a Ilbo" et d'autres journaux. Se reporter à l'édition du 29 juillet de ce journal. Les comptes rendus de Chine l'appellent tous Jon il Sung et nous faisons l'hypothèse que le nom de famille Kim a été reporté par erreur en Jon, Kim étant un nom rare en Chine).

La portée de ses opérations militaires dans le nord-est de la Chine était très large, et son pouvoir tout à fait important alors qu'il relève d'une force spéciale organisée. La vie et les opérations de ses soldats sont caractérisées par l'esprit militaire chevaleresque des Orientaux. Entre nous, non seulement nous entendons le tonnerre de leur combat mais les ennemis japonais en font aussi la louange.

Un expert militaire soviétique a formulé la remarque suivante : "Si la Chine et le Japon entrent formellement en guerre, le Japon aura besoin de 200 000 hommes pour faire face aux troupes de volontaires dans ce coin de Mandchourie." Si cette remarque est fiable, alors ils constituent vraiment une grande force.

Le révérend Hong Tong Gun a fait un travail louable pour la nation."

Notes du traducteur :
(1)
Ou Ta Kung Pao, journal chinois de sensibilité républicaine fondé en 1902.
(2) Ryo Un Hyong ou Lyuh Woon-hyung ou Yo Un-hyung, militant communiste puis de centre-gauche sud-coréen (en tant que dirigeant du Parti du peuple de Corée), un des fondateurs de la République de Corée (dont il a été vice-président) à Séoul en 1945, assassiné à Séoul le 19 juillet 1947 par un jeune activiste nationaliste. Sa troisième fille Ryo Yong Gu, née en 1928 et disparue en 2009, a été vice-présidente de l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée et Présidente du Front démocratique pour la réunification de la Corée.

Source (extraits des pages 93-95, pour l'essentiel consultables à l'adresse suivante) :

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 15:04

L'année 2017 marque le centième anniversaire de la naissance de Yun Dong-ju le 30 décembre 1917 à Ryongjeong en Mandchourie (où s'était repliés nombre de Coréens fuyant l'oppression japonaise), décédé sous la torture il y a 72 ans, le 16 février 1945, dans les geôles japonaises. L'AAFC dresse le portrait de l'une des figures les plus attachantes de la poésie coréenne contemporaine, qui a exprimé dans son oeuvre une sensibilité traduisant les espoirs et les aspirations de toute une génération.

Yun Dong-ju, au deuxième rang, à droite

Yun Dong-ju, au deuxième rang, à droite

Yun Dong-ju était un esprit libre : après avoir manifesté très tôt des aptitudes littéraires exceptionnelles, il s'enfuit du domicile parental à l'âge de 16 ans pour étudier les lettres à l'école Yonhui (aujourd'hui l'université Yonsei, à Séoul), alors que son père, chrétien, refuse qu'il devienne poète. De cette époque date son recueil de poèmes qu'il intitule Ciel, vent, étoiles et poésie, qu'il ne parvient pas à faire éditer. Yun Dong-ju a poursuivi ses études à Tokyo, en littérature anglaise, où il est arrêté en juillet 1943 pour activités antijaponaises. Condamné à deux ans de prison, il meurt dans la prison de Fukuoka le 16 février 1945, affamé et torturé.

La puissance de l'oeuvre de Yun Dong-ju tient à sa capacité à inscrire le drame d'une nation, soumise au joug colonial et niée dans son identité même, dans un récit personnel subtil et sensible, après avoir lui-même grandi dans une famille de patriotes coréens - comme l'explique Lee Seung-ha, rédactrice du site Korea.net :

Yun Dong-ju a pu saisir, dans toute son abjection, la réalité de la vie coréenne sous le joug colonial japonais. Cette prise de conscience croissante et le conflit intérieur qui en résultait ont joué un rôle significatif dans la genèse de son approche critique comme de sa voix artistique lesquels se révèlent pleinement dans des oeuvres telles que "auto-portrait". Cette oeuvre dresse d'ailleurs un portrait assez éloquent de la frustration d'un homme qui, confronté à une oppression croissante, tente de se raccrocher à la découverte de soi.

La symbolique coréenne traditionnelle - la lune, le soleil (il a été lui-même surnommé Haewhan, lumière du jour) - tient une place fondamentale dans ses poèmes publiés à titre posthume, grâce à sa famille et à ses amis - notamment le recueil Ciel, vent, étoiles et poésie, qui compte 31 poésies dans la première édition (janvier 1948).

Nous reproduisons ci-après son poème La nuit où je comptais les étoiles (별 헤는 밤
) :

Yun Dong-ju, poète, martyr et icône

Poète, martyr, Yun Dong-ju est aussi devenue une icône de la culture coréenne. Un prix de poésie, institué par l'Université Yonsei en 1968, porte son nom. Une enquête de 1986 le consacrait comme le poète coréen le plus populaire au sein de la jeunesse - celle de la génération "386", qui a lutté avec succès pour la démocratisation de la Corée, jusqu'à lui sacrifier sa vie.

La colline Yun Dong-ju sur le mont Inwangsan, dans le quartier séoulite de Jongno, abrite un stèle où est gravé son poème Préface (서시, en anglais Foreword) - qui a inspiré, ainsi que la vie du poète, le roman L'Enquête de Lee Jeong-myeong.
 

La colline Yun Dong-jun sur le mont Inwangsan.

La colline Yun Dong-jun sur le mont Inwangsan.

La vie de Yun Dong-ju a aussi inspiré une comédie musicale créée en 2011 par la compagnie Seoul Performing Arts Company, intitulée Yun Dong-ju Shoots the Moon, et un film de Lee Joon-ik, sorti en février 2016, Dongju, the Portrait of a Poet.

Yun Dong-ju, poète, martyr et icône

Sources :

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 13:07

Le 30 janvier 2017, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) ont coorganisé une conférence à Grenoble, sur le thème "Mouvement social en Corée du Sud, agressions impérialistes contre la Corée du Nord". Nous publions ci-après un compte rendu de cette conférence et deux vidéos présentant les interventions des conférenciers, publiées sur le compte Youtube du PRCF.

Présentation par Jin Yong-ha, responsable du Comité des Travailleurs du Parti Démocratique et Populaire (Corée du Sud)

1-Contexte historique

La situation en Corée est très mal connue en France. Pour connaître la situation en Corée, il faut connaître son histoire. La Corée est un petit pays entouré de grandes puissances qui a dû sans cesse lutter pour conserver son indépendance. La politique isolationniste poursuivie jusqu'en 1910 a empêché l'industrialisation du pays et l'a rendu vulnérable à l'invasion japonaise.
L'occupation japonaise se poursuivit de 1910 à 1945 avec pour objectif l'anéantissement de la culture coréenne et de sa langue. Lorsque les Américains occupèrent ensuite le sud de la péninsule, ils donnèrent à la Corée du Sud une apparence d'indépendance tout en mettant à la tête de l'Etat sud-coréen les anciens dirigeants de la collaboration avec les Japonais.
Cela conduisit à une révolte très forte des Coréens du sud et à la formation du Comité national des travailleurs de Corée. Ce syndicat appela à la grève générale puis fut dissout par l'Etat sud-coréen pour être remplacé par des syndicats jaunes.
Une dictature militaire perdura des années 1960 jusqu'à la fin des années 1980.

Un événement important fut l'immolation par le feu du jeune travailleur Jon Tae-Il en 1970 qui marqua le mouvement de résistance à  la dictature. En juillet-septembre 1987, une série de grèves eut pour revendication la création d'un syndicat démocratique. Celle-ci fut effective avec la création de la Confédération Générale des Syndicats (KCTU) en 1995.
De ce syndicat naquit le Parti Progressiste unifié en 2000. Il y a en Corée moins de distance entre parti et syndicat démocratique qu'en France.

2-Actualité

Le mandat du président sud-coréen  est de 5 ans. La présidence actuelle Park Geun-hye est la prolongation de la présidence réactionnaire précédente avec Lee Myung-bak.
La présidence de Lee Myung-bak fut entachée entre autres par le lancement du projet d'aménagement des quatre fleuves à  la fois inutile et dangereux pour l'environnement. 2009 fut une année d'importantes répressions contre les travailleurs avec l'interdiction du syndicat des fonctionnaires alors que le droit de se syndiquer est reconnu par la Constitution sud-coréenne.
La présidence Park Geun-hye a commencé en décembre 2012 suite à des fraudes électorales massives.
En décembre 2014, le Parti progressiste unifié fut interdit suite à l'affirmation mensongère selon laquelle il aurait préparé un coup d'Etat avec le soutien de la Corée du Nord. Ceci montre le caractère fascisant de la présidence Park Geun-hye. Il y eut également le scandale du naufrage du Sewol avec 300 enfants morts en avril 2014, scandale qui ne fut jamais éclairci. Des mesures de répression furent prises contre les parents des victimes et les militants pour la vérité sur le naufrage, avec des arrestations et gardes à  vue arbitraires de plusieurs jours.
En 2013, le siège de la KCTU fut perquisitionné et son dirigeant arrêté et condamné à  7 ans de prison ferme. L'Organisation internationale du travail émit des protestations. Les demandes de création de syndicats de fonctionnaires furent rejetées et le syndicat des enseignants interdit.
Il faut savoir que la Corée du Sud a 10 millions de travailleurs précaires et trois millions de chômeurs pour 50 millions d'habitant et n'a pas de système complet de sécurité sociale. Participer aux luttes sociales et syndicales en Corée du Sud mène très souvent en prison.
La répression est particulièrement forte dans les grandes entreprises comme Samsung et Hyundai, dont le poids économique est écrasant. A Hyundai, il y a deux fois pus de travailleurs précaires que de travailleurs permanents.
A Samsung, les syndicats sont interdits. Il y a eu récemment une tournée européenne des syndicalistes (illégaux) de Samsung. Un problème grave est notamment l'exposition des travailleurs à  des substances toxiques qui ont causé au moins 80 leucémies mortelles.
A cela s'ajoutent d'autres problèmes comme ceux de la dette étudiante.
En conclusion, la résistance est forte au sein du peuple de Corée du Sud, et porteuse d'espoir pour l'avenir.

Présentation sur la Corée du Nord et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) par Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération

La Corée du Nord est l'objet de tous les fantasmes. Toute personne portant un autre regard que celui des médias dominants sur la Corée du Nord sera facilement qualifiée de "suppôt du régime". L'image négative la Corée du Nord en Occident est largement fabriquée par les services secrets sud-coréens et américains, alors que les Etats-Unis stationnent près de 30 000 soldats dans la péninsule coréenne. Ceci s'explique notamment par son système économique capitaliste, sa position géostratégique entourée de grandes puissances et ses capacités technologiques puisque la Corée du Nord est un des quelque 10 pays au monde capables de lancer un satellite dans l'espace.

Les Nord-Coréens ne prétendent pas être un modèle. La culture politique locale est très marquée par le confucianisme. Il s'agit d'une adaptation locale des démocraties populaires.

L'Association d'amitié franco-coréenne considère le dialogue avec la Corée du Nord nécessaire comme avec tout pays différent du nôtre. Dès sa fondation en 1969, l'AAFC ne comporta pas que des communistes mais aussi des socialistes, des gaullistes de gauche ou encore des chrétiens progressistes.

Le destin des deux Corée est lié malgré la division. Comme l'a montré la succession d'une phase de démocratisation de la Corée du Sud en 1998-2008 et de dialogue avec le Nord, suivie d'une phase autoritaire et de fermeture du dialogue avec la Corée du Nord, le combat social en Corée du Sud et le combat pour la paix et la réunification en Corée sont liés.

L'AAFC n'a pas pour but défendre en bloc un gouvernement qui ne prétend pas exporter son modèle, mais de donner des clés pour mieux comprendre la situation en Corée. La situation française est particulière puisqu'il s'agit du seul pays européen avec l'Estonie qui n'a pas établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée. L'AAFC ne s'intéresse pas seulement au Nord mais aussi au Sud de la péninsule, d'où sa contribution à la fondation du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud.

La question est souvent posée de savoir si la Corée du Nord est un pays socialiste. Le socialisme est un concept qui prend dans la réalité des formes diverses. On retrouve en Corée du Nord les caractéristiques essentielles du socialisme développé dans les démocraties populaires, avec notamment la propriété collective des grands moyens de productions, le système de santé et d'éducation gratuits, les logements à  prix modiques. Cependant, la Corée du Nord ne se reconnaît plus dans le marxisme-léninisme mais dans une idéologie qui lui est propre, les idées du Juche

La Corée du Nord a été fondée par des résistants à l'occupation japonaise, et la menace impérialiste permanente l'a amenée à maintenir une certaine opacité des mécanismes décisionnels au sommet de l'exécutif comme il est d'usage dans tous les réseaux de résistance. On notera cependant que le pouvoir à la base est exercé par les cellules du Parti du travail de Corée, qui fait remonter ses décisions, informations et opinions en haut de la pyramide.

Lors des années 1990, la Corée du Nord a perdu subitement la plupart de ses partenariats commerciaux. De plus la perte d'accès au pétrole soviétique à des conditions préférentielles cumulé avec de graves inondations ont considérablement mis à mal l'agriculture nord-coréenne jusqu'alors assez fortement mécanisée. Cette situation a conduit à un certain nombre de réformes marquées par la légalisation et la généralisation des marchés de surplus agricoles, la monétarisation de l'économie et une autonomisation de gestion des entreprises.

Le programme nucléaire nord-coréen prend son origine dans son manque de confiance dans ses alliés qui s'avèrera ensuite justifié dans les années 1990. Les dirigeants nord-coréens furent d'avis que seule la dissuasion nucléaire pouvait protéger leur pays d'une invasion des Etats-Unis, et furent confortés dans cette opinion par l'invasion de l'Irak, de l'Afghanistan, de la Libye... La Corée du Nord se voit ainsi, non sans raisons, comme un Etat guérilla en permanence menacé.

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 20:04

Homme politique et journaliste, le frère aîné de Park Chung-hee, Park Sang-hee, a joué un rôle dans le mouvement indépendantiste coréen et pour comprendre l'implication dans les rangs communistes, pendant ses années de jeunesse, du futur général Park Chung-hee, qui a établi un régime autoritaire résolument anticommuniste au sud de la péninsule. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) revient sur Park Sang-hee, figure oubliée de l'histoire coréenne.

Park Sang-hee, le frère communiste de Park Chung-hee

Né le 10 septembre 1906 dans le district de Chilgok de la province du Kyongsang du Nord, Park Sang-hee a fait de bonnes études, même si un doute demeure quant à son entrée ou non à l'université - à une période où l'accès à des études supérieures était très restreint, alors que la Corée subissait le joug de la colonisation japonaise (1910-1945).

Impliqué très tôt dans le mouvement indépendantiste, notamment au sein de l'association Singan (qui dépasse le clivage politique gauche-droite) créée le 15 février 1927 et dissoute par l'occupant japonais en 1931, Park Sang-hee a écrit pour le quotidien coréen Dong-A, alors de sensibilité indépendantiste, dans sa ville de Gumi.

Membre actif de l'Alliance pour la fondation de la Corée, d'obédience socialiste, Park Sang-hee est arrêté par les Japonais et est toujours emprisonné à la Libération, en 1945. Disposant d'une assise politique à Gumi, Park Sang-hee y crée une branche du Comité préparatoire pour la fondation de la nation. En 1946, il est membre du Parti communiste sud-coréen. Il est l'un des dirigeants du soulèvement du 1er octobre 1946 dans la région de Daegu, dont l'une des causes a été l'accès de tous au riz, dans les communes de Gumi et de Seongsan. La répression violente par les autorités sud-coréennes du soulèvement de Daegu conduit à l'assassinat de Park Sang-hee le 6 octobre 1946. La mort de son frère accélère la prise de conscience politique de son frère cadet Park Chung-hee, dans les rangs communistes - avant qu'il ne s'affirme à nouveau comme anticommuniste et poursuivre sa carrière militaire. Il a été avancé que Park Chung-hee aurait été infiltré dans les rangs communistes, mais sa relation à son frère Park Sang-hee contredit cette hypothèse - même si Park Chung-hee aurait pu être "retourné".

Parmi les proches de Park Sang-hee, Won Tai-song s'est réfugié au Nord, où il devient vice-ministre du Commerce. Après le coup d'Etat militaire de Park Chung-hee à Séoul le 16 mai 1961, Won Tai-song convainc Kim Il-sung de l'envoyer négocier avec Park Chung-hee, espérant que le nouvel homme fort de Séoul avait conservé au moins pour partie ses idéaux de jeunesse et pourrait en tout cas favoriser le dialogue Nord-Sud. Won Tai-song est d'autant plus optimiste que le bras droit de Park Chung-hee, Kim Jong-pil (futur chef des renseignements sud-coréens)  a épousé Park Young-ok, fille de Park Sang-hee (un autre enfant de Park Sang-hee, Park Jun-hong, né en 1947, a étudié aux Etats-Unis et est devenu un spécialiste de la Chine et des questions liées à la réunification de la Corée, et a également présidé l'Association de football (sud-)coréenne). Décédée en 2015 à l'âge de 86 ans, Park Young-ok s'est employée à nier l'évidence, à savoir l'engagement communiste de son père, ainsi qu'à prétendre que son père et son oncle n'auraient pas été si proches... La ville de Gumi, où est né Park Chung-hee, entretient le culte de la personnalité de ce dernier, et est farouchement conservatrice et anticommuniste.

Mais Park Chung-hee, soupçonné par ailleurs de penchants communistes par les Américains après le coup d'Etat de 1961, décide, en accord avec Kim Jong-pil, de faire exécuter Won Tai-song comme espion. Les conditions de l'assassinat de Won Tai-song n'ont jamais été totalement clarifiées, Kim Jong-pil ayant toujours observé le silence sur cet épisode peu glorieux.

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