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26 novembre 2022 6 26 /11 /novembre /2022 23:59

Le sixième roi coréen de la dynastie Choseon, Danjong, qui a régné de 1452 à 1455, est une des figures connues de l'histoire royale dans l'opinion publique coréenne, en ayant inspiré récits et oeuvres de fiction. Cet intérêt s'explique par le destin tragique du jeune souverain, mort à l'âge de seulement 16 ans en 1457, deux ans après avoir été écarté du trône par son oncle.

Représentation du roi Danjong partant en exil après avoir été déposé

Représentation du roi Danjong partant en exil après avoir été déposé

La naissance de Yi Hwong-hi (au nord : Ri Hwong-hi), le futur roi Danjong, le 18 août 1441, est déjà marquée du sceau de la fatalité : le lendemain, sa mère, la princesse Gwon, meurt des suites de l'accouchement. Il est le petit-fils du roi Sejong, le plus grand souverain de la dynastie Choseon, à l'origine notamment de l'alphabet coréen.

Le 10 juin 1452, à l'âge de seulement 12 ans, Danjong accède au trône en succédant à son père, Munjong. En raison de la jeunesse du nouveau souverain, une régence est mise en place.  En 1454, il épouse celle connue sous la postérité comme la reine Jeongsun, membre du puissant clan de Yeosan Song.

Mais le 4 juillet 1455, son oncle, Sejo, convainc des fonctionnaires et des lettrés de renverser son neveu. Le coup d'Etat conduit Danjong - qui devient le prince Nosan - sur les routes de l'exil. Les mentors du jeune roi, qui exerçaient le pouvoir en son nom, sont exécutés. Le souverain déchu est aussi séparé de son épouse - la reine Jeongsun (devenue alors la princesse Nosan) - qui devait décéder octogénaire des décennies plus tard, en 1521.

Dès 1456, six officiels tentent de rétablir Danjong - mais ils échouent et sont exécutés. Sejo aurait alors pardonné à son neveu - avant de décider d'éliminer, l'année suivante, celui qui constituait un danger pour sa propre autorité. Danjong est disparu probablement le 17 novembre 1457 (il y a une petite incertitude sur la date exacte). S'il est alors difficile de distinguer l'histoire de la légende, un émissaire de l'oncle usurpateur aurait tenté en vain de convaincre Danjong de prendre un poison (là encore, les amateurs y verront une réminiscence des héros tragiques grecs...) et aurait été pendu par un serviteur déloyal. Selon d'autres sources, Danjong se serait suicidé par pendaison, ou encore l'empoisonnement aurait réussi - Danjong acceptant stoïquement son sort. Selon la tradition, les fonctionnaires déloyaux responsables de sa mort auraient péri à leur tour.

Si le roi Sejo avait interdit d'honorer la dépouille de son neveu, Eom Heung-do, un habitant de Yeongwol, où avait été exilé Danjong, aurait offert une sépulture à l'infortuné jeune roi. Yeongwol, dans la province de Gangwon, continue d'honorer la mémoire de Danjong - qui a été réhabilité dans l'historiographie officielle coréenne en 1698 (et retrouvé ainsi son nom de souverain). Un musée lui est dédié ; la tombe de Danjong, isolée à Yeongwol, fait ainsi partie de l'ensemble de celles des rois de la dynastie Choseon qui sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Vue du Musée d'histoire de Danjong

Vue du Musée d'histoire de Danjong

Sources : 

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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 11:56

Tous les Coréens célèbrent la fondation de l'alphabet qui leur est propre, appelé hangeul au Sud de la péninsule et chosongeul au Nord et dans la préfecture autonome de Yanbian, en Chine. Cette commémoration a toutefois lieu à des dates différentes : le 15 janvier en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), pour célébrer la création en 1444 du Hunminjeongeum ("Les sons corrects pour l'instruction du peuple"), document décrivant la nouvelle écriture coréenne ; le 2 septembre dans la préfecture autonome coréenne de Yanbian, cette célébration ayant commencé en 2014 ; enfin, le 9 octobre, correspondant au jour de promulgation du Hunminjeongeum en 1446, en République de Corée (Corée du Sud), où le jour de l'alphabet coréen est devenu une fête nationale en 1970. 

Le Hunminjeongeum

Le Hunminjeongeum

C'est à l'initiative du roi Sejong (1418-1450) qu'a été créé l'alphabet coréen, promulgué en 1446, après trois années de travaux de recherches confiés à des érudits et menés dans la plus grande discrétion, tant les élites nobles et intellectuelles étaient hostiles à abandonner l'écriture chinoise - et ainsi favoriser un changement dans l'ordre social. En effet, l'objectif des promoteurs du nouvel alphabet était de développer un système d'écriture phonétique non seulement plus adapté à la langue coréenne, mais aussi plus facile d'apprentissage alors que la population restait largement illettrée : cet accès élargi à l'éducation aurait ainsi été un ferment d'évolution sociale.

Au regard des conséquences de la création de l'alphabet coréen, le développement de l'alphabet coréen fut ensuite bridé au plus haut niveau de l'Etat : en 1504, un des successeurs du roi Sejong, Yeonsangun, en interdit l'usage et l'apprentissage. Son emploi subsista néanmoins, essentiellement grâce à sa promotion par les femmes et les catégories sociales les plus défavorisées - jusqu'à ce que le Japon n'en impose l'usage en 1894, pour signifier la rupture avec la culture chinoise traditionnelle. La langue - et l'écriture - coréennes deviendront ensuite pleinement des marqueurs de l'identité nationale dans la lutte contre la colonisation japonaise, qui aboutit en 1945 au rétablissement de l'indépendance du pays. Le terme hangeul (signifiant "grande écriture") est utilisé pour la première fois en 1912 par le linguiste Ju Si-gyeong, un des pères de la langue coréenne qu'il a contribué à normaliser. 

 

Ju Si-gyeong

Ju Si-gyeong

Dans la Corée indépendante après 1945, les caractères chinois (hanja) ont  progressivement disparu, ne servant plus qu'à distinguer des homophones ou marquer des nuances.

Compte tenu de son caractère logique, l'alphabet coréen - un des rares alphabets suffisamment récent pour qu'on en connaisse la date de création - est décrit par les Coréens comme hautement scientifique. La célébration du jour de l'alphabet est fériée en Corée du Sud à partir de 1970 - hormis une interruption entre 1990 et 2012, à la demande des employeurs qui estimaient que le trop grand nombre de jours fériés nuisait à la compétitivité de l'économie (et pour compenser que le jour des Nations Unions était devenu un jour de vacances en 1991).  Mais il est redevenu ensuite un jour férié à compter de 2013, après la campagne menée en ce sens par la Société Hangeul.

Principale source : 

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28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 21:30

En observant que la Corée a selon lui compté la plus longue histoire d'esclavage en Asie de l'Est, le coréanologue Mark Peterson y voit un signe de la stabilité et de la continuité politique au pays du Matin calme - puisque les changements politiques, et notamment de dynastie régnante, ne se sont pas traduits par l'affranchissement des esclaves. Le système d'esclavage a semble-t-il connu son apogée en Corée aux débuts de la dynastie Choseon, entre les XVe et les XVIIe siècles (sous réserve qu'une connaissance plus approfondie de l'histoire la plus ancienne de la Corée ne contredise ce constat) : à cette période, les esclaves (nobi) ont alors formé entre 30 % et 40 % de la population, se situant en bas de l'échelle sociale dans une société très hiérarchisée. Si le nombre d'esclaves a diminué drastiquement tout au long du XIXe siècle, l'esclavage n'a cependant disparu en Corée qu'en 1930, pendant la colonisation japonaise.

"La chaîne ininterrompue de l'esclavage en Corée" (Mark Peterson) pendant 1500 ans

Si le commencement de l'esclavage est discuté en Corée, il est manifestement apparu il y a 1500 à 2000 ans, à l'époque des trois royaumes. Comme partout, les esclaves ont déjà été formés par les vaincus dans les guerres. D'autres sont ensuite devenus des esclaves à la suite de jugements ou pour dette.

Si le terme d' "esclave" est parfois contesté pour désigner les nobi (selon un terme déjà attesté pendant la dynastie Goryeo), dès lors qu'il existait un autre terme ("noye") pour désigner les esclaves dans les sociétés autres que coréennes, leur statut est bien celui d'esclaves - et pas de serfs : les nobi pouvaient être achetés, vendus ou donnés, et étaient donc l'entière propriété de leur maître, selon un rapport de type confucéen entre le maître et l'esclave (où ce dernier était reconnu comme un être humain à l'instar du maître). On naissait nobi et ses descendants étaient nobi - quand bien même un seul des deux parents fût esclave. Une autre objection à l'emploi du terme "esclave" porte sur la possibilité, pour certains nobi, de disposer de droits civils. Des réformes du roi Sejong le grand entre 1426 et 1434 ont accordé des congés maternité et paternité aux nobi.

A l'époque de la dynastie Choseon, on distinguait deux catégories d'esclaves : les uns étaient la propriété de l'Etat, les autres des particuliers. Ces derniers étaient majoritairement employés dans l'agriculture, selon le système du double champ : un des champs était cultivé pour le maître et l'autre pour l'esclave - ou alors la moitié de la production était due au maître si le système agricole était fondé sur le métayage. Les nobi établis sur une terre agricole étaient les plus nombreux.

La chute du prix des esclaves à la fin du XVIIIe siècle, alors qu'ils sont alors devenus moins nécessaires à la production, a entraîné la diminution puis la réduction du nombre d'esclaves, parallèlement à une critique du système de l'esclavage par les lettrés dès le XVIIe siècle. En 1801 les esclaves publics ont été affranchis et en 1887 l'hérédite du servage a été supprimée. En 1858, les nobi ne formaient déjà plus que 1,5% de la population. Même si les réformes de l'an Gabo, en 1894, ont officiellement aboli l'esclavage, celui-ci subsistera jusqu'en 1930.

La prégnance de l'esclavage en Corée il y a encore un peu plus de deux siècles est, selon Mark Peterson, un facteur explicatif du petit nombre de patronymes en Corée.

 

Sources :

- Francis Macouin, La Corée du Choson (1392-1896), société d'édition Les Belles Lettres, Paris, 2009, pp. 69-70.

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9 septembre 2022 5 09 /09 /septembre /2022 10:46

Le 9 septembre 1948 était fondée la République populaire démocratique de Corée. Alors que la libération de la péninsule coréenne, au nord, a été le fruit des actions conjointes des partisans et des Soviétiques - comme l'a récemment rappelé le président russe Vladimir Poutine, dans un courrier à son homologue nord-coréen Kim Jong-un le 15 août 2022 - la fondation de la République populaire démocratique de Corée doit se resituer dans un contexte non seulement de partition de la péninsule, mais aussi de la mise en place d'institutions autonomes vis-à-vis des Soviétiques. Nous revenons ici sur l'autonomie acquise par les Nord-Coréens, dès les années suivant la Libération, vis-à-vis des Soviétiques.

Billet de 5000 won, représentant le Président Kim Il-sung, émis en 2008 à l'occasion du 60e anniversaire de la fondation de la RPD de Corée

Billet de 5000 won, représentant le Président Kim Il-sung, émis en 2008 à l'occasion du 60e anniversaire de la fondation de la RPD de Corée

Pour apprécier la nature des liens entre les Nord-Coréens et les Soviétiques, Bruce Cumings mentionne tout d'abord le nombre de conseillers soviétiques dans le nord de la Corée : 

Le nombre de conseillers soviétiques au nord n'a jamais été très élevé, même dans l'armée. Les sources britanniques estiment que les conseillers soviétiques au gouvernement central ont diminué de 200 en 1946 à seulement 30 en avril 1947, la plupart d'entre eux relevant probablement du ministère de l'intérieur. Le ministre de la défense sud-coréen a établi le nombre de conseillers militaires soviétiques à seulement 120 avant la guerre, ce qui est conforme avec les estimations des services de renseignement après le déclenchement de la guerre, affirmant que les Soviétiques utilisaient "approximativement quinze conseillers par division nord-coréenne".

Pour une approche plus globale de l'influence soviétique à cette époque, Bruce Cumings cite le diplomate britannique R. S. Milward, qui, tout en décrivant la Corée du Nord comme un Etat-satellite (suivant le point de vue répandu parmi les chancelleries occidentales à cette date), soulignait néanmoins son degré d'autonomie en écrivant en milieu d'année 1948 que :

[La Corée du Nord montre] d'apparentes similarités avec les Etats communistes occidentaux les plus autonomes comme la Yougoslavie. Kim Il-sung (...) avait grandi pendant la guerre comme un héros de guérilla presque légendaire... un Tito coréen. Par ailleurs, les Russes ont proposé de retirer leurs troupes de Corée, semblant faire confiance à leurs marionnettes (...) pour diriger le pays suivant les intérêts russes sans ingérence russe directe.

R. S Milward poursuivait en estimant que "cette autonomie de façade" était plus prononcée que "dans presque n'importe quel autre Etat situé dans l'orbite russe".

 

Selon Bruce Cumings, cette situation spécifique devait permettre à la toute jeune république fondée le 9 septembre 1948 de disposer d'une autonomie entre ses deux voisins géants soviétique et chinois. Nous ajouterons que, par la suite, lors de la dégradation des relations sino-soviétiques, cette position propre à la RPD de Corée l'a conduite à développer une idéologie propre, les idées du Juche. 

 

Source : Bruce Cumings, Korea's place in the sun, Norton et Company, New York, 2005. Extraits pp. 226-227 (traduits de l'anglais par l'AAFC).

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29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 18:34

Le 25 juin 1950 débutait la guerre de Corée, qui a été le premier conflit meurtrier de grande ampleur de la guerre froide. Si le bilan humain a été aussi lourd - se chiffrant en millions de morts - c'est aussi et d'abord parce que les bombardements aériens ont été particulièrement intenses, dans la continuité des offensives sur les villes allemandes et japonaises pendant la Seconde guerre mondiale - ainsi qu'on a rendu compte l'historien américain Bruce Cumings, dans son ouvrage devenu un classique The Korean War (Modern Library Edition, 2010). Nous reproduisons ci-après, traduit de l'anglais, le début du chapitre 6 de son ouvrage (p. 149), consacré à la guerre aérienne. Ce rappel historique nous conforte dans la conviction que, dans un contexte d'escalade dangereuse dans et autour de la péninsule coréenne, tout doit être mis en oeuvre pour empêcher que ne ressurgisse le spectre de la guerre.

Quatre B-29 de l'US Air Force "Superfortress" attaquant une cible en Corée en janvier 1951

Quatre B-29 de l'US Air Force "Superfortress" attaquant une cible en Corée en janvier 1951

Les Américains aujourd'hui à la retraite se souviendront, peut-être, que nous n'avons jamais gagné la guerre de Corée. Nous avons aidé le Sud à se défendre lui-même dans une guerre victorieuse pour contenir le communisme durant l'été 1950, et nous avons alors échoué dans notre tentative d'envahir et de renverser le communisme au Nord au cours du terrible hiver 1950-1951. Alors que la guerre s'éternisait elle devint aussi impopulaire que celle du Vietnam en 1968, et rendit Harry Truman plus détesté qu'aucun président américain dans l'histoire, avec un taux d'approbation de son action de 23 % en décembre 1951 (avant que George W. Bush ne le batte). Ce que peu d'Américains savent ou dont ils se souviennent et que nous avons couvert le Nord sous un tapis de bombes pendant trois ans, en ne nous souciant pas des pertes civiles. Encore moins se sentiront liés à cela. Pourtant quand des étrangers visitent la Corée du Nord c'est la première chose dont ils entendent parler à propos de la guerre. Les attaques aériennes sont allées des bombardements incendiaires (principalement au napalm), continus et à grande échelle aux menaces d'utiliser des armes nucléaires et des armes chimiques, jusqu'à finalement la destruction d'immenses barrages nord-coréens dans les dernières étapes de la guerre. C'était une mise en oeuvre et un perfectionnement des campagnes aériennes contre le Japon et l'Allemagne, à la différence que la Corée du Nord était un petit pays du Tiers monde qui avait perdu le contrôle des airs face aux Etats-Unis dans les premiers jours ayant suivi le déclenchement de la guerre.

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 20:09

Si l'anarchisme ne joue plus aujourd'hui qu'un rôle extrêmement mineur dans la politique sud-coréenne, il a été une importante force politique jusqu'à la guerre de Corée (1950-1953). Nous présentons brièvement ses origines (liées plus globalement à la découverte des idées socialistes par les Coréens en Chine et en Japon, ainsi qu'à la volonté de lutter contre la colonisation japonaise renforcée par le Mouvement du 1er mars 1919, même si les anarchistes coréens font généralement remonter leur inspiration au mouvement Tonghak et à la guerre paysanne de 1894) et son développement, entravé par la répression politique au Sud de la péninsule, où il représentait pourtant, à l'origine, une alternative de gauche au communisme de type soviétique. 

Shin Chae-ho

Shin Chae-ho

Deux événements ont marqué en 1923 l'irruption de l'anarchisme sur la scène politique coréenne, contre la colonisation japonaise de la Corée, la même année où des milliers de Coréens furent massacrés après le tremblement de terre de Tokyo. Ayant souligné l'importance de la notion de minjok (le peuple coréen) et d'autonomie (juche), l'écrivain et journaliste Shin Chae-ho publie ainsi en 1923 le Manifeste de la révolution coréenne, où il appelle à lutter - de manière violente et non violente - non seulement contre l'oppression japonaise et son système de pillage des ressources de la Corée, mais aussi contre toute forme d'exploitation par les classes possédantes, en appelant à une révolution directe, du "peuple" lui-même, qui devient la force agissante révolutionnaire - s'inscrivant ainsi dans la filiation du communisme libertaire. Toujours en 1923, Pak Yol (qui avait participé au Mouvement du 1er Mars) et d'autres patriotes coréens furent mis en cause dans le tremblement de terre de Tokyo et accusés de complot contre l'empereur ; Pak Yol passa ainsi 22 ans de prison (où sa compagne japonaise, Kaneko Fumiko, mourut en 1926), jusqu'à sa libération en 1945.

Tandis que Shin Chae-ho a été l'un des fondateurs de la Fédération anarchiste coréenne en Chine en avril 1924, qui publiera notamment le Bulletin de la justice (renommé ensuite la Conquête), au Japon un groupe d'anarchistes coréens et japonais avait déjà fondé, en 1922, un groupe appelé la Révolte, dont faisait partie Pak Yol, et lié au mouvement ouvrier - les anarchistes coréens étant souvent des étudiants qui travaillaient parallèlement pour financer leurs études. Les anarchistes japonais avaient déjà été victimes de la répression - comme Kotoku Shusui, exécuté en 1910, après s'être opposé à la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et avoir dénoncé l'invasion de la Corée par le Japon.

Ayant une forte coloration nationaliste, l'anarchisme coréen n'en insiste pas moins sur la solidarité internationale : en 1928, à l'initiative de la Fédération anarchiste coréenne basée en Chine se constitue la Fédération anarchiste orientale, formée notamment de camarades coréens, chinois, japonais, taïwanais et vietnamiens, dont le programme est le Manifeste de Shin Chae-ho. La contrefaçon de monnaies étrangères constituant un moyen de se procurer des ressources pour le mouvement, c'est ce motif qui justifiera son arrestation par la police japonaise en mai 1928 et sa condamnation à dix ans de prison. Il est mort d'une hémorragie cérébrale en prison le 21 février 1936.

En Corée même, des groupes anarchistes se constituèrent, notamment à Séoul, Taegu, Pyongyang, Wonsan et dans l'île de Jeju, à l'initiative notamment d'anciens camarades de Pak Yol (dont Hong Jin-yu et Seo Sang-kyeong, à l'origine de la Ligue du drapeau noir, poursuivie dès sa création en décembre 1924), et se confédérèrent en novembre 1929 dans la Fédération anarcho-communiste coréenne (dotée également de branches au Japon et en Mandchourie). Le journal Dong-a Ilbo, alors de sensibilité indépendantiste et progressiste, a rendu compte des actions menées par des groupes anarchistes dans la péninsule coréenne elle-même - comme la diffusion en janvier 1936 d'un Manifeste du parti nihiliste - et de la répression policière systématique dont ils ont été l'objet, y compris lorsque les anarchistes faisaient partie de sociétés artistiques, comme la Société du mouvement des artistes de Chungju (dont les membres ont été condamnés à des peines de prison en mars 1930).

A la même période (1928-1931), au Japon, une douzaine de groupes anarchistes étaient actifs seulement à Tokyo, regroupant plus de 600 membres, le plus important étant - de loin (avec 250 à 300 membres) - l'Union syndicale Dong Heong, fondée le 10 septembre 1926.

Organisée par Kim Jong-jin et Kim Jwa-jin, la Fédération coréenne anarchiste en Mandchourie, fondée en juillet 1929, projeta de mettre en place une société de type anarchiste, dans une région où vivaient alors 2 millions de Coréens, fondée notamment sur des coopératives agricoles, un cursus complet d'éducation, la libre administration des villages et l'auto-organisation militaire. Toutefois, la mort de plusieurs dirigeants du mouvement de janvier 1930 à l'été 1931, dans les combats tant avec les communistes que les Japonais, mit un terme à cette expérience politique.

 

Pak Yol

Pak Yol

Le cas de la Fédération coréenne anarchiste de Mandchourie illustre la transition de la lutte politique sur le terrain de la guérilla, alors qu'en septembre 1931 la Mandchourie est envahie par le Japon, et que la répression s'intensifie contre les différents mouvements indépendantistes coréens (y compris les anarchistes), avant de franchir un nouveau cap en 1937 avec le déclenchement de la guerre sino-japonaise qui contraignit les militants anarchistes à entrer dans la clandestinité. Mais dès 1929, un soulèvement étudiant à Kwangju (auquel participait notamment Ha Ki-rak) avait entraîné de nombreuses arrestations, pour activités anti-japonaises et pacifistes, tandis que les anarchistes inspiraient dès 1931-1932 différents mouvements ouvriers (comme à Pyongyang, dans l'usine de caoutchouc Pyeongwon) pour saboter la production des industries de guerre. 

C'est toutefois en Chine que la lutte armée anti-japonaise fut la plus active. En octobre 1931, à l'initiative de membres de la Fédération de la jeunesse coréenne du Sud de la Chine, 7 anarchistes coréens et 7 anarchistes chinois formèrent, dans la concession française de Shanghaï, la Fédération anti-japonaise et pour le salut national qui s'engagea sur le terrain de la lutte armée (au nom du Groupe de la Terreur Noire), sous forme d'actions menées par petits groupes (pose de bombes ou assassinats, contre des Japonais et des collaborateurs pro-japonais). Des unités de guérilla, sino-coréennes, se mirent en place après le début de la Seconde guerre mondiale en 1939, à l'initiative de la Fédération de la jeunesse coréenne du Sud de la Chine et de la Fédération anti-japonaise et pour le salut national, au sein de l'Unité opérationnelle coréenne en temps de guerre, alors dirigée par Na Wol-hwan, qui devint en 1941 le cinquième détachement de l'Armée de libération de la Corée (plus tard requalifié en second détachement de l'Armée de libération de la Corée, avec à sa tête Lee Beom-seok). En conséquence, les anarchistes devinrent, avec les nationalistes et des communistes, l'une des composantes du gouvernement provisoire coréen : 2 des 57 sièges du Parlement provisoire étaient occupés par des anarchistes, à savoir Yu Ja-myeong (de la Fédération révolutionnaire coréenne) et Yu Rim (de la Fédération anarchiste coréenne), qui devait ensuite devenir un membre du gouvernement provisoire. 

Après la libération de la Corée en août 1945, les groupes anarchistes coréens fondèrent la Fédération des bâtisseurs d'une société libre (FBSL), lors d'une réunion à Séoul le 29 septembre 1945. Le message introductif fut lu par Lee Eul-kyu, co-fondateur de la Fédération des anarchistes en Chine, et Ha Ki-rak prononça un discours introductif où il dénonça les risques de division du pays en une zone pro-américaine et une zone pro-soviétique. Le programme suivant en quatre points fut adopté : 

1. Nous voulons construire une nouvelle société dans laquelle tous les hommes sont égaux.
2. Nous voulons construire une nouvelle société dans laquelle les paysans possèdent eux-mêmes la terre et les ouvriers leurs industries.
3. Nous rejetons toute forme de gouvernement oppressif, dans lequel un peuple gouverne un autre peuple.
4. Nous rejetons toute guerre d'agression. Toute guerre autre que d'auto-défense doit disparaître.

La FBSL organisa également une Fédération autonome des paysans et une Fédération autonome des travailleurs. Libéré de prison le 27 octobre 1945, le vétéran de la lutte anarchiste Pak Yol appela à la constitution d'une société indépendante membre de la société internationale et contribuant à la paix internationale, rejetant "le nationalisme exclusif". Yu Rim, ancien membre du gouvernement provisoire, devint pour sa part secrétaire de la Fédération générale anarchiste coréenne (FGAC). Les deux organisations (FBSL et FGAC) organisèrent conjointement une Convention nationale anarchiste, réunie à Anui du 20 au 23 avril 1946. Enfin, le 7 juillet 1946 un nouveau rassemblement conduisit à la fondation du Parti indépendant des paysans et des travailleurs (PIPT), dont Yu Rim fut élu président, et qui réunit 300 délégués lors de sa première convention nationale, du 5 au 7 mai 1947. La nouvelle organisation refusa tant les élections séparées dans la seule partie sud de la péninsule (5 membres du PIPT, élus  députés après avoir concouru comme indépendants ou membres d'une autre organisation sociale, furent exclus), que de participer à la rencontre au nord avec le dirigeant Kim Il-sung (critiquant même vivement la tenue de la conférence de Pyongyang avec Kim Ku et Kim Kyu-sik). Yu Rim participa en octobre 1949 à la Conférence mondiale anarchiste s'étant tenue à Paris. Très affaibli par la guerre de Corée, le PIPT se maintint en tant qu'organisation jusqu'à la révolution d'avril 1960, durant laquelle Ha Ki-rak, un des dirigeants du parti, fut l'un des professeurs qui soutint le mouvement étudiant. La parenthèse démocratique qui s'ouvrit fut de courte durée : un mois après la disparition de Yu Rim le 1er avril 1961, le coup d'Etat militaire de Park Chung-hee jeta en prison les dirigeants du PIPT et entraîna sa dissolution en mai 1962.

Constatant le déclin continu du PIDT, des anarchistes coréens - conduits par Yi Jeong-gyu et Jeong Hwa-am - avaient fondé une nouvelle organisation, le Parti socialiste démocratique (PSD), dont l'inscription dans le cadre du mouvement anarchiste coréen est cependant discutable (membre du PIDT rival, Ha Ki-rak ne cite pas le PSD dans son histoire de l'anarchisme en Corée). Recherchant une affiliation à l'Internationale socialiste, critiquant le Parti progressiste de Cho Bong-am (alors principal opposant de gauche au régime autoritaire de Syngman Rhee) comme préparant l'avènement du communisme, le PSD apparaît en effet plutôt comme une organisation social-démocrate modérée, n'ayant pas d'ailleurs eu de réelle activité, et les anarchistes ne se distinguent pas dans la dénonciation des procès truqués contre Cho Bong-am et les membres du Parti progressiste.

La modération de Yi Jeong-gyu dans son opposition au régime autoritaire est considérée comme emblématique de la dé-radicalisation de l'anarchisme coréen, comme la qualifie l'auteur Dongyoun Hwang, et qui sera un des facteurs à l'origine de son déclin (un autre étant l'hostilité construite en Corée du Sud par les régimes autoritaires à l'égard de toute forme de socialisme, même social-démocrate). De fait, Yi Jeong-gyu s'est engagé dans un mouvement davantage culturel et économique de défense de l'autonomie des communautés rurales, en partant du principe de transformation individuelle, au succès très relatif, mais ayant eu le mérite de s'opposer à la modernisation forcée des villages, pilotée d'en haut par l'Etat, sous le régime de Park Chung-hee. Les activités pro-communautés rurales de Yi Jeong-gyu ont été menées dans le cadre de l'Institut pour l'étude de la culture nationale, dont il a été l'un des fondateurs, mais regroupant aussi des non-anarchistes (y compris des nationalistes de droite).

Une autre organisation (le Parti démocratique de la réunification) fut créée en avril 1972, à l'initiative de Yang Il-dong, Jeong Hwa-am et Ha Ki-rak, suivant les principes d'autonomie et de réunification, et militant notamment pour une réduction des forces armées à 100 000 hommes au Nord, d'une part, et au Sud, d'autre part. Le parti a été dissous en 1982, selon Ha Ki-rak.

Se revendiquant ouvertement des principes anarchistes, la Fédération anarchiste coréenne (FAC) a été créée dans un temple bouddhiste, à Séoul, le 22 juin 1972 - son nom exact en coréen étant alors "Fédération coréenne des personnes autonomes", sans doute pour ne pas subir les foudres de la répression. Regroupant des vétérans du mouvement anarchiste (Yi Jeong-gyu, Yi Eul-gyu, Jeong Hwa-am et Choe Gap-ryong), la FAC se veut l'héritière du PIPT mais est très vite entrée en hibernation, alors que la proclamation de la constitution Yusin marquait un nouveau tournant toujours plus autoritaire quelques mois plus tard. Le 21 août 1987, après le soulèvement démocratique de juin 1987, 50 anarchistes réunis à Daegu tiennent toutefois une nouvelle convention de la FAC, qui existe toujours mais n'a plus d'activités visibles en 2016 selon Dongyoun Hwang - qui cite toutefois les activités de la Société pour commémorer Yu Rim, animée par un anarchiste de troisième génération (Kim Young-chun) après avoir été créée par d'anciens membres du PIPT, pour maintenir la flamme des idéaux anarchistes.

Sources :
- Ha Ki-rak, A History of Korean Anarchist Movement, Anarchist Publishing Committee, Anarchist Publishers, Taegu, 1986 ;
- Dongyoun Hwang, Anarchism in Korea. Independence, transnationalism and the Question of National Development 1919-1984, Suny Press, New York, 2016. 

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 11:47

Le 15 août, jour de la libération de la Corée de la colonisation japonaise (1910-1945), est célébré dans les deux parties de la péninsule divisée. Au Sud, il s'agit également de la fête nationale : le 15 août 2018, à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation de la République de Corée proclamée le 15 août 1948, le Président Moon Jae-in a prononcé un discours au Musée national de Corée à Yongsan, à Séoul, où il a souligné la nécessité de surmonter la division nationale, en observant que  "même si l'unification politique est encore bien loin de nous, établir la paix entre le Sud et le Nord, visiter librement les deux [parties divisées de la Corée] et former une communauté économique conjointe seraient une véritable libération pour nous [Coréens]". Cette thématique de la libération totale de la Corée en mettant fin à la séparation et à la division est partagée avec la République populaire démocratique de Corée, alors que la tenue du troisième sommet inter-coréen à Pyongyang vient d'être annoncée d'ici fin septembre 2018. 

Le Président Moon Jae-in, le 15 août 2018

Le Président Moon Jae-in, le 15 août 2018

Pour fonder le sentiment de communauté nationale, certaines références sont incontournables. Pour les Coréens, le combat pour l'indépendance est rappelé lors de la célébration de la libération, le 15 août. Dans son discours du 15 août 2018, prononcé symboliquement à Yongsan qui a été pendant 114 ans une base militaire japonaise puis américaine en plein coeur de Séoul (cet emplacement doit désormais devenir un parc à vocation écologique), le Président Moon Jae-in a mis l'accent sur la lutte des femmes dans le combat pour la restauration de la souveraineté nationale : 

Même si les femmes subissaient de fortes discriminations tant en raison du système patriarcal que des inégalités économiques et sociales, elles se sont engagées dans le mouvement pour l'indépendance avec une indomptable volonté.

La travailleuse Kang Ju-ryong de l'Usine de caoutchouc Pyeongwon à Pyongyang a lancé un mouvement de protestation sur le toit du Pavillon Eulmildae, haut de 12 mètres, pour dénoncer les réductions unilatérales de salaires par le Japon impérialiste en 1931. Elle a crié pour la libération des femmes et la libération du travail.

A cette époque, les salaires des travailleurs coréens représentaient moins de la moitié de ceux des travailleurs japonais, et les travailleuses coréennes gagnaient elles-mêmes moins de la moitié de ce que percevaient leurs collègues masculins. Sa résistance acharnée a conduit à sa mort deux mois après sa libération de prison. Elle a été décorée à titre posthume, en 2007, de la médaille patriotique, dans le cadre de l'Ordre du Mérite pour la Fondation nationale.

En 1932, Gujwa-eup sur l'île de Jeju a été l'épicentre d'un combat par les plongeuses anti-japonaises lancé par cinq femmes : Ko Cha-dong, Kim Gye-seok, Kim Ok-nyeon, Bu Deok-nayng et Bu Chun-hwa. Le mouvement de lutte anti-japonais s'est étendu à près de 800 plongeuses, et quelque 17 000 femmes ont participé à 238 rassemblements pendant trois mois. Aujourd'hui, un monument au mouvement anti-japonais des plongeuses de l'île de Jeju a été dressé à Gujwa-eup.

Depuis le Jour de la Libération l'an dernier, le gouvernement a identifié 202 combattantes indépendantistes et leurs noms figurent fièrement dans l'histoire de la Libération. Parmi elles, 26 patriotes ont été distinguées en recevant aujourd'hui des honneurs et des décorations. Les autres continueront d'être honorées.

Tous les efforts pour la Libération recevront le crédit et l'estime qu'ils méritent. Le gouvernement continuera d'identifier davantage de combattants du mouvement pour l'indépendance sans discrimination fondée sur le genre ou le rôle qu'ils ont joué. Je suis convaincu que la complète mise à jour de l'histoire inconnue du mouvement d'indépendance et des militants pour l'indépendance marquera l'accomplissement d'une nouvelle libération.

Revenant par ailleurs sur les progrès accomplis depuis sept mois dans le dialogue entre les différentes parties impliquées dans la péninsule coréenne, le Président Moon Jae-in a rappelé l'alliance américano-sud-coréenne et fait une mention particulière des efforts accomplis par la Chine de Xi Jinping et l'Allemagne d'Angela Merkel. Il a aussi souligné que la paix, allant de pair avec la dénucléarisation de la péninsule, figurerait à l'ordre du jour du sommet de Pyongyang, en septembre 2018, ainsi que le développement des échanges Nord-Sud, sur la base de la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 : 

Je visiterai Pyongyang le mois prochain en portant les voeux du peuple (coréen]. Nous, les deux dirigeants, confirmerons la mise en oeuvre de la Déclaration de Panmunjom et ferons un pas décisif vers la déclaration de la fin de la guerre de Corée et la signature d'un traité de paix, ainsi que la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne.

A cet égard, pour lever notamment les réticences d'une partie de l'opinion publique, en Corée du Sud et à l'étranger, quant au coût supposé de la réunification, le président sud-coréen a mis en avant les bénéfices économiques à attendre de la formation d'une communauté économique inter-coréenne, en citant explicitement l'exemple de la construction européenne : 

Selon une étude effectuée par un think tank public, l'impact économique de la coopération économique entre le Sud et le Nord devrait atteindre 170.000 milliards de wons (150 milliards de dollars) sur les 30 prochaines années.

Selon le Président Moon Jae-in, les bénéfices proviendront notamment du rétablissement des liaisons ferroviaires inter-coréennes, de l'exploitation de certaines ressources naturelles et de la reprise des activités des zones économiques de Kaesong et des Monts Kumgang.

Il s'agit d'une feuille de route ambitieuse, dont la mise en oeuvre dépend de la volonté des différentes parties et, s'agissant du projet économique, de la levée de sanctions économiques qui tuent les populations. 

Sources : 

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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 05:29

L'île volcanique de Jeju, au sud de la péninsule coréenne, a connu une longue tradition d'auto-gouvernement, dans lequel les plongeuses de l'île ont joué un rôle important. Après avoir été un des bastions de la résistance à l'occupation japonaise, Jeju s'est dotée, à la Libération, d'un comité populaire qui a représenté le vrai gouvernement de l'île jusqu'en 1948 - alors que les comités populaires du reste de la partie sud de la péninsule étaient démantelés par l'administration militaire américaine. Mais la répression dans un bain de sang des manifestations gigantesques du 1er mars 1947, jour anniversaire du soulèvement du 1er mars 1919 et auxquelles auraient participé 50 000 insulaires (sur une population de 300 000 personnes), conduite par les forces de police aux ordres des Etats-Unis, accélère le cours des événements, en entraînant le déclenchement d'une grève générale le 14 mars 1947 - suivie à plus de 95 %. Les autorités d'occupation américaine réagissent en dépêchant des forces de police supplémentaires ainsi que des groupes paramilitaires qui se distinguent par leur extrême violence : issus de la Ligue de la jeunesse du nord-ouest, ils sont constituée de jeunes anticommunistes venus de la partie nord de la péninsule. Le Parti du travail (communiste), qui domine désormais le comité populaire de Jeju (et dont les services secrets américains estime que ses membres représentent au moins 20 % en 1948 de la population de l'île), encouragé par le Parti du travail sud-coréen dirigé par Pak Hon-yong, refuse la tenue des élections séparées dans la seule moitié sud de la péninsule prévues le 10 mai 1948. Cinq semaines avant le processus électoral, une action coordonnée est lancée par 3 500 insurgés contre la Ligue de la jeunesse du nord-ouest et 11 des 24 commissariats de police de l'île. Cette date marque le début officiel du soulèvement de Jeju. D'anciens collaborateurs des Japonais sont également tués.

L'offensive atteint son but premier : l'île de Jeju est le seul endroit du sud de la Corée où les élections ne peuvent pas se tenir le 10 mai 1948 - le taux de participation est si faible que les deux sièges réservés à Jeju sont laissés vacants. Mais l'administration militaire américaine est décidée à mater la rébellion : entre fin mars et mi-mai 10 000 habitants de l'île sont arrêtés et un régiment militaire ainsi que des forces de police supplémentaires, constitués chacun de 1 700 hommes coréens, sont envoyés à Jeju. Le lieutenant-général Kim Ik-ryeol reçoit l'ordre de pratiquer la politique de la "terre brûlée". 

Mais Kim Ik-ryeol choisit au contraire de négocier avec les rebelles : il conclut un accord avec Kim Dal-sam, qui dirige le Parti du travail dans l'île. Toutefois, l'accord est menacé par le massacre de partisans retournés à Orari et tués par les forces de police (crime que les Américains font passer comme ayant été perpétré par les insurgés). Surtout, si l'accord avait été approuvé par le colonel américain Mansfield (des responsables américains étaient arrivés dans l'île le 29 avril pour permettre sa mise en oeuvre), ses supérieurs le désapprouvent : le général Dean oppose son veto et une épuration violente de l'administration sud-coréenne est justifiée par la défection du gouverneur civil de Jeju, un Coréen conservateur choisi par l'administration américaine qui a rejoint les insurgés le 29 avril. Accusé de sympathies communistes, le lieutenant Moon Sang-gil est exécuté sommairement à Séoul, de même que trois sergents à Jeju, qui tous travaillaient pour les forces militaires américaines.

Kim Dal-sam, dirigeant de l'insurrection à Jeju

Kim Dal-sam, dirigeant de l'insurrection à Jeju

Après l'échec de l'accord avec la guérilla, celle-ci se replie à l'intérieur de l'île, notamment autour du mont volcanique Halla et dans les forêts, tandis que les zones côtières sont sous le contrôle du gouvernement - grâce notamment à la flotte américaine, qui opère un blocus en positionnant l'USS John R.Craig le 12 mai. Les affrontements avec la police sont violents et iront crescendo.

En effet, devenu Président de la République de Corée le 15 août 1948 à l'issue des élections législatives du 10 mai boycottées par la plupart des forces politiques, Syngman Rhee est déterminé à éradiquer le soulèvement. Néanmoins, les élections à l'Assemblée populaire suprême, réunie à Pyongyang en septembre et organisées clandestinement dans la partie sud de la péninsule le 25 août, se tiennent avec un certain succès à Jeju : la guérilla revendique un taux de participation de 85 % (77,52 % pour l'ensemble de la Corée du Sud selon le Parti du travail), quand des sources américaines évoquent une participation de 25 % du corps électoral - en tout état de cause bien supérieur à celui des élections du 10 mai. Parmi les 1 002 délégués sud-coréens qui se réunissent ensuite à Haeju pour désigner les députés à l'Assemblée populaire suprême, 5 sont originaires de Jeju - dont Kim Dal-sam, qui rejoindra finalement la moitié nord de la péninsule en mars 1949.

Le 20 octobre 1948, des soldats se mutinent et tuent leurs supérieurs, refusant d'aller combattre les habitants de Jeju.

Le 17 novembre 1948 la loi martiale est décrétée dans l'île : l'afflux de forces du continent, ainsi que de membres des groupes paramilitaires, qui pratiquent le viol et la torture et en profitent pour s'enrichir en accaparant les terres de ceux qu'ils éliminent, réduisent progressivement les positions des insurgés, mal armés, malgré l'offensive lancée le 1er janvier 1949. Les forces gouvernementales lancent une campagne d' "éradication" en mars 1949, tuant indistinctement femmes et enfants parlant le dialecte de Jeju. Le 17 août 1949, le principal dirigeant de la guérilla, Yi Tuk-ku, est tué : les insurgés ont perdu la bataille, et ne regagneront pas le terrain perdu malgré l'envoi en mars 1950 de soldats par la Corée du Nord, pour relancer - en vain - le mouvement de guérilla.

Il y a 70 ans : les habitants de l'île de Jeju se soulevaient contre l'autoritarisme et la division de la Corée

Les massacres commis à Jeju, essentiellement par les forces gouvernementales et para-militaires équipées et soutenues par les Américains qui portent aussi une lourde responsabilité dans les massacres en ayant fait échouer l'accord trouvé en avril 1948, ont longtemps été un sujet tabou dans l'île : les évoquer était un crime, exposant à la torture et à de lourdes peines d'emprisonnement. Un courant révisionniste conservateur sud-coréen continue de justifier l'action des forces gouvernementales menée principalement entre 1947 et 1950 (mais ces massacres se sont poursuivis jusqu'en 1954) par la lutte selon eux nécessaire contre la "subversion" communiste - alors qu'il est acquis que le soutien local de la guérilla dépassait très largement les seuls rangs de la gauche, et a fortiori des communistes du Parti du travail. 

La commission vérité et réconciliation, mise en place par les administrations démocrates (1998-2008), a recensé - de manière par nature incomplète - 14 373 victimes, dont 86 % par les forces gouvernementales et 14 % par les rebelles. Par extrapolation, le nombre de morts couramment admis est de 30 000 (les estimations les plus hautes étaient de 60 000 à 70 000 morts), pour une population de 300 000 habitants dans l'île en 1948. La majorité des villages ont été détruits, les forêts ont été rasées. Des preuves des massacres - comme dans la grotte de Darangshi - sont encore retrouvées, des décennies plus tard. Aux habitants de l'île tués s'ajoutent ceux qui ont fui, principalement au Japon où se seraient réfugiés 40 000 insulaires, dont Kim Sok-bom, écrivain né en 1925 dont l'oeuvre - notamment le roman fleuve L'île du volcan - est notamment consacrée au soulèvement de Jeju (son roman La mort du corbeau a été traduit en français et publié par L'Harmattan en 2000). Le film Jiseul, de 2012, est consacré au massacre de Jeju.

Le 31 octobre 2003, le Président Roh Moo-hyun a présenté des excuses pour les massacres qui ont été commis à Jeju - mais l'indemnisation des victimes reste largement à conduire. Les particularités propres aux insulaires de Jeju ont fait qualifier le massacre de ses habitants en 1948-1949 de génocide, notamment par l'historien américain Bruce Cumings.

Des restes humains retrouvés dans la grotte de Darangshi, preuve des massacres de 1948.

Des restes humains retrouvés dans la grotte de Darangshi, preuve des massacres de 1948.

Principale source : George Katsiaficas, Asia'sunknown uprisings : South Korean social movements in the 20th century, PM Press, 2012, Oakland, Californie, pp. 86-97.

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 21:16

Dans les années 1860, des paysans coréens fuyant l'oppression féodale commencèrent à s'établir dans l'extrême-orient russe - où ils furent ensuite rejoints par des résistants coréens au régime de protectorat (à partir de 1905) puis à la colonisation (1910) imposés par le Japon. Les conditions sociales objectives de la minorité coréenne, ainsi que son aspiration à la libération nationale, expliquent l'accueil favorable de la Révolution d'Octobre 1917 par les résistants coréens, ainsi que l'implication de militants coréens aux côtés des bolchéviques - tout particulièrement en Extrême-Orient, où ils constituaient alors une forte minorité. 

Alexandra Kim (Kim Aerim)

Alexandra Kim (Kim Aerim)

C'est en 1863 que les premiers immigrants coréens (soit 13 familles) s'établissent de manière certaine (car documentée) en Sibérie, dans la région de Posyet, avec l'accord des autorités tsaristes, pour développer une région fortement sous-peuplée. Fuyant le régime d'exploitation féodale, mais aussi la famine consécutive à de mauvaises récoltes qui frappe à plusieurs reprises la péninsule coréenne (notamment en 1869), les Coréens deviennent agriculteurs, pêcheurs ou mineurs et cultivent le ver à soie. A partir des années 1880, ils obtiennent la possibilité d'acquérir la nationalité russe et de posséder des terres, à la condition de se convertir à l'orthodoxie. Nombre d'entre eux deviennent commerçants ou marchands. 

Ils constituent assez tôt une minorité soucieuse de défendre ses intérêts et favorable aux idées nouvelles : des ouvriers coréens se joignent aux grévistes dans la région du fleuve Amour en 1900 et des militants coréens participent à la révolution russe de 1905.

La domination japonaise sur la Corée conduit des centaines de résistants coréens à s'établir en Russie, comme Yi Dong-hwi, né en 1873, qui se soulève contre les Japonais à Kanghwa dès 1907, ce qui lui vaut d'être arrêté par la police japonaise. Replié en Mandchourie en 1911, il s'établit dans la Province maritime (Primorsky Krai) de l'extrême-orient russe en 1913. Il y crée un Parlement coréen en exil et une académie militaire coréenne.

Un autre militant indépendantiste coréen, An Jung-geun, né en 1879, passe en Sibérie après 1905, où il dirige une unité de partisans (faisant partie de ces unités non régulières connues, dans l'histoire de la Corée, sous le nom d'armées de justice ou vertueuses). An Jung-geun a assassiné en gare de Harbin, ville alors contrôlée par la Russie, le 26 octobre 1909, Hirobumi Ito, premier résident général japonais en Corée (exerçant les fonctions de gouverneur militaire), et a été condamné à mort et exécuté le 26 mars 1910. La Russie a ainsi été utilisée comme base arrière par les partisans, lors d'opérations parfois importantes : par exemple, en avril 1908, environ un millier de combattants des armées de justice attaquent des troupes japonaises dans le Nord Hamgyong. Les armées de justice ne semblent toutefois plus avoir été en mesure de combattre après 1912.

Le destin de Kim Aerim est pour sa part emblématique de l'engagement politique des membres de la minorité coréenne nés en Russie ou y ayant longtemps vécu. Née en 1885 dans le village coréen de Sinelnikovo, en Sibérie, elle est la fille de Kim Du Suh, un patriote coréen ayant émigré en Russie et s'étant converti à la religion orthodoxe, devenu traducteur et ayant pris le nom de Kim Piotr. Après la mort de son père en 1902, Kim Aerim (dont le nom russe est Alexandra Petrovna Kim, ou Alexandra Kim) a été adoptée par un couple d'amis de son père dont lui, Jozef Stankevich, était un technicien d'origine polonaise travaillant dans les chemins de fer. Ayant suivi une école pour filles à Vladivostok, Alexandra Kim est devenue trilingue (parlant coréen, chinois et russe) et s'est ouverte aux idées socialistes - comme d'autres étudiants coréens à la même époque, qu'ils aient vécu en Russie, en Chine ou au Japon. Elle est aussi l'une des premières féministes coréennes de l'ère contemporaine.

Devenue à son tour traductrice, Alexandra Kim s'établit dans l'Oural où elle s'engage dans la défense des migrants coréens (souvent bûcherons dans cette région). Au plan politique, elle rejoint le parti bolchévique en 1916 ou début 1917 (suivant les sources). En juillet 1917, Lénine lui confie la mission de retourner en Sibérie pour organiser politiquement les Coréens et faire face tant aux corps expéditionnaires étrangers qu'aux seigneurs de la guerre de Sibérie (tels Grigori Semenov) et de leurs bandes, qui commettent pillages, viols et meurtres. A Khabarovsk, Alexandra Kim devient responsable des affaires extérieures de la province.


Le choix de Lénine de s'appuyer sur la minorité coréenne se fonde sur sa volonté d'émancipation des peuples de l'ancien empire tsariste et prend en compte leur importance numérique : au moment de la Révolution d'Octobre, la population coréenne en Russie est estimée à 100.000 membres, dont 81.825 dans la seule Province maritime (soit un tiers de la population de cette province) - tandis que les Coréens auraient été, à cette date, au nombre de 5.000 en Sibérie occidentale et de 7.000 dans la partie européenne de la Russie.

Comme le souligne Vladimir Tikhonov dans Modern Korea and its Others, la sympathie pour les révolutionnaires russes dépasse alors largement les rangs de la gauche radicale et concerne aussi "une proportion significative de l'intelligentsia coréenne non communiste". Le réformiste Park Eun-sik, dont l'idéal est inspiré de la culture confucéenne, voit dans la Révolution d'Octobre "le coup de feu d'une reconstruction globale, le printemps nouveau de l'humanité" ; pour sa part, le journal du gouvernement provisoire coréen Tongnip Shinmun dénonce "l'incompétence" et "l'impopularité" du gouvernement "bourgeois" mis en place après la révolution de février, puis salue la dissolution par les bolchéviques de l'assemblée constituante élue en 1918, qui est vue comme paralysée par les luttes de pouvoir entre les partis socialistes et bourgeois.

Le 28 avril 1918, Alexandra Kim, Yi Dong-hwi, Kim Rip et d'autres militants coréens fondent le Parti socialiste du peuple coréen - la même année, une autre organisation socialiste coréenne est par ailleurs fondée à Irkoutsk. Mais, sous la pression des armées blanches et des troupes étrangères hostiles à la révolution russe, Alexandra Kim et d'autres communistes coréens sont arrêtés et exécutés par des troupes japonaises le 16 septembre 1918. De nombreux Coréens sont massacrés, qu'ils soient ou non communistes. 

Pour sa part, Yi Dong-hwi parvient à s'enfuir avec ses partisans et s'établit à Shanghaï en 1919, où il devient membre du gouvernement coréen en exil - jusqu'à sa démission en 1921, à la suite de la révélation sur l'utilisation par Kim Rip, proche camarade de Yi Dong-hwi, à d'autres fins que celles prévues, d'une somme de 400.000 roubles qu'avait remise Lénine au gouvernement coréen en exil (à noter qu'à cette époque le gouvernement révolutionnaire russe soutient les mouvements de libération nationale, au nom de la solidarité anti-impérialiste, qu'ils leur soient ou non favorables). Retourné en Sibérie, Yi Dong-hwi s'est éteint à Vladivostok en 1935.

Lorsque les bolchéviques chassèrent finalement de Sibérie les armées blanches et les troupes étrangères, ils reçurent l'appui de partisans coréens : le général Kim Gyong-chun fut reconnu en 1922 par les Soviétiques commandant de toutes les unités d'autodéfense de la région, coréennes et russes. 

Sources :

- Pan Pyong Yul, The Life and Activities of Kim Alexandra Petrovna (Stankevich): A Short Biography of the First Korean Communist Yun Pyong Sok Kyosu Hwangapkinyom Hanguk Kundaesa Nonchong, Seoul, 1990 ; 
- Pak Hwan, Kim Alexandra Petrovna (Stankevich), Leader of Korean Socialist Party Hanguksahan Nonchong, Seoul, 1992 ;

- Vladimir Tikhonov, Modern Korea and its Others. Perceptions of the neighbouring countries and Korean modernity, Routledge, Londres et New York, 2016.

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 20:36

Huit jours après sa sortie, le film du Sud-Coréen Ryoo Seung-wan The Battleship Island a dépassé les 5 millions d'entrées : témoignant du travail forcé des Coréens et des Chinois dans l'île japonaise de Hashima pendant la Seconde guerre mondiale, ce film très largement diffusé en salles témoigne de la popularité des longs métrages historiques en Corée du Sud - puisque le jour où il dépassait les 5 millions d'entrées le film de Jang Hoon A Taxi Driver, consacré à un journaliste allemand témoin de la Commune de Gwangju en 1980, faisait une entrée fracassante au box office.  

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Etroite (elle ne mesure que 160 mètres de large sur 450 mètres de long, soit une superficie de seulement 6,3 hectares), l'île de Hashima, située à 19 kilomètres des côtes de Nagasaki a connu un destin exceptionnel lié à l'exploitation des mines sous-marines de charbon situées aux alentours, après son achat par Mitsubishi en 1890. Le groupe japonais met en valeur l'île, construit des immeubles et des infrastructures pour les ouvriers : abritant 5 229 habitants en 1959, Hashima est alors l'endroit comptant la plus forte concentration de population au monde - avec une densité de population de 83 500 habitants au kilomètre carré. Mais le déclin de l'industrie houillère entraîne le recul de l'exploitation minière : les derniers habitants quittent Hashima en 1974, qui devient une île fantôme ayant accueilli des décors de film - notamment pour Skyfall de Sam Mendes et Inception de Christopher Noland. L'île, en tant que site de la révolution industrielle de l'ère Meiji, est inscrite depuis juillet 2015 au patrimoine mondial de l'UNESCO.

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Le sang et les larmes des mineurs de Hashima sont aussi mêlés à l'histoire tragique de la colonisation japonaise, notamment le travail forcé des Coréens et des Chinois : derrière les murailles ceignant l'île navire de guerre (selon la traduction en français de son nom japonais) ont été déportés 800 travailleurs forcés coréens pendant la Seconde guerre mondiale. 134 d'entre eux y sont morts, et ceux qui tentaient de fuir étaient torturés.

Le film de Ryoo Seung-hwan The Battleship Island, sorti en salles fin juillet 2017, nous raconte la vie et le récit de l'évasion de Coréens déportés dans l'île - avec l'acteur Hwang Jung-min dans le rôle principal de Lee Kang-ok. Ryoo Seung-hwan a souligné que le film, tourné à Chuncheon où ont été reproduits les décors de Hashima, est une fiction - alors que certains médias japonais ont dénoncé le long métrage décrivant Hashima comme un enfer, négligeant de ce fait que le taux de mortalité (17 % des travailleurs forcés coréens y sont morts) suffit à rendre compte de leurs conditions terribles d'existence, encore largement méconnues en Occident.

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Des survivants interrogés par Yonhap ont rendu compte des conditions de travail forcé extrêmement dures dans l'île de Hashima.

Choi Chang-seop y est arrivé en 1943 à l'âge de 15 ans, et y est resté jusqu'à la capitulation japonaise en août 1945 :

J’ai vécu une vie de prisonnier pendant trois ans sur l’île de Hashima, totalement entourée par la mer (...) ça m’étouffe de me souvenir de l’époque où j’ai travaillé pendant 12 heures par jour en petite tenue au fond de cette mine de charbon

Mal nourri, Choi Chang-seop, comme les autres Coréens, était affecté aux tâches les plus dangereuses - non seulement  à extraire  du charbon mais aussi boucher les trous de la mine :

Lorsque j’ai eu cette mission, les Japonais responsables m’ont dit, ‘‘pauvre toi, jeune, faut faire attention à ta tête, on se blesse souvent la tête avec les pierres qui tombent’’. J’ai été plusieurs fois hospitalisé à cause de blessures à la tête.

Choi Chang-seop

Choi Chang-seop

Egalement interrogé par Yonhap, un autre survivant aujourd'hui âgé de 92 ans, Lee In-woo, qui est resté huit mois dans la mine, s'est dit sauvé quand il a été incorporé dans l'armée japonaise. Il raconte aussi qu'une petite île à côté de Hashima était appelé le crématorium, car "c'était le lieu où les Japonais incinéraient les cadavres des travailleurs et fugitifs morts".  

Lee In-woo

Lee In-woo

Sources :

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