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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 21:47

Si la montée des tensions dans la péninsule coréenne a conduit l'administration Moon Jae-in à réaffirmer son alliance militaire avec les Etats-Unis, des responsables démocrates s'interrogent ouvertement sur la nécessité d'une sortie de crise impliquant que Washington accepte de reprendre le dialogue avec Pyongyang. Dans ce cadre, nous publions ci-après, traduit de l'anglais par BA, une tribune de Lee Jong-seok, chercheur à l'Institut Sejong et ancien ministre de la Réunification du Président de la République de Corée Roh Moon-hyun, publiée le 11 septembre 2017 dans le quotidien progressiste sud-coréen Hankyoreh et intitulée "Les Etats-Unis doivent établir des relations diplomatiques avec la Corée du Nord pour sortir de la crise. Le soutien sud-coréen aux sanctions ne fera qu'accroître la crise". La proposition de Lee Jong-seok de combiner reconnaissance diplomatique, dénucléarisation de la RPD de Corée et garanties de sécurité pour la Corée du Nord reprend un plan défendu de longue date par l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). Les liens intertexte ont été ajoutés par nous.

Lee Jong-seok

Lee Jong-seok

Il peut sembler étrange de parler de négociations au moment où la communauté internationale est furieuse en réaction au sixième essai nucléaire nord-coréen. L’histoire nous a cependant montré que le temps passant, après avoir regagné notre calme, nous serons face à la situation qui veut que notre approche « pas de réflexion, que des sanctions » ne fera qu’exacerber un cercle vicieux, et nous serons encore davantage conscients qu’il n’y a pas d’alternative à la négociation.

Certains avancent que l’on peut nuire aux intérêts vitaux de la Corée du Nord en coupant son ravitaillement en pétrole. Cependant, ainsi que de nombreux experts du pays l’ont montré, cette stratégie ne fera qu’endommager l’économie nord-coréenne sans parvenir à soumettre Pyongyang. Au lieu de cela, l’accroissement des souffrances subies par le peuple se traduiront uniquement par une augmentation des tensions, attisant une mentalité du « tout pour le tout » qui pourrait mener à des provocations militaires le long de la ligne d’armistice ou de la Zone de Limite Nord (NLL). Ce risque ne peut qu'aller grandissant quand c’est Séoul qui se place en tête de ceux qui demandent des sanctions. C’est pour cette raison que le gouvernement sud-coréen se doit d’adopter une approche équilibrée même dans le contexte des sanctions, et qu’il lui faut adopter une réponse prudente et stratégique.

La question suivante est de savoir s’il existe maintenant une possibilité de parvenir à ce que la Corée du Nord abandonne ses armes atomiques. Cela pourrait uniquement être possible avec un changement de stratégie de la part de Washington, mais il reste une dernière carte à jouer : l’établissement de relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Corée du Nord. Il s’agirait d’un troc entre les deux parties, chacun donnant à l’autre ce qu’il souhaite selon le principe d’actions simultanées – Washington proposant à Pyongyang l’établissement de relations diplomatiques et la signature d’un traité de non-agression en contrepartie de l’abandon par le Nord de son programme nucléaire et balistique intercontinental.

La Corée du Nord proclame peut-être qu’elle n’a aucune intention de renoncer à sa force nucléaire, mais elle a laissé un indice quant à cette possibilité. Le dirigeant Kim Jong Un a affirmé qu’il ne s’assiérait pas à la table des négociations pour la dénucléarisation « tant que la politique hostile américaine et les menaces nucléaires ne seront pas fondamentalement résolues ». Cela signifie que le pays pourrait abandonner son armement atomique si la relation antagoniste qu’il entretient avec les Etats-Unis s’améliore et que sa non-agression est garantie. Exposée ainsi de façon grossière, cette condition de la part de Pyongyang est quelque chose que la Corée du Nord a en permanence mis en avant durant les deux dernières décennies, depuis que la question nucléaire a émergé.

Une conclusion similaire peut être tirée si l’on considère les raisons pratiques derrière la volonté de Kim de posséder un armement nucléaire et des missiles intercontinentaux. On peut les diviser en trois grandes catégories : répondre à la politique hostile des Etats-Unis, affermir son pouvoir au sein du pays et empêcher la possible intervention physique de forces extérieures en Corée du Nord.

Pour faire court, l’objectif principal de Kim est d’assurer la stabilité de son régime. La dernière de ces préoccupations est devenue cruciale au regard du sort du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui a renoncé à son programme nucléaire et aux armes de destructions massives en échange de l’amélioration des relations avec les Etats-Unis, pour se faire destituer et tuer (en octobre 2011) durant la révolution démocratique avec l’aide des forces de l’OTAN menées par les Etats-Unis. Le second objectif – affermir le pouvoir de Kim à l’intérieur du pays par l’intermédiaire du développement nucléaire – semble avoir été déjà plus ou moins atteint.

En ce sens, l’établissement de relations diplomatiques entre la Corée du Nord et les Etats-Unis ainsi qu’une garantie de non-agression entraînera sans doute une avancée majeure vers l’abandon par Pyongyang de son programme nucléaire. Si les deux parties parviennent à atteindre un tel accord, le Nord devra geler son programme nucléaire et mettre un terme à ses provocations balistiques, tandis que l’ONU travaillera à la levée des sanctions économiques, créant un environnement favorable pour étoffer et mettre en oeuvre les termes d’un accord. Avec les Pourparlers à Six, nous pourrons obtenir des garanties internationales protégeant ce traité incluant l’abandon définitif de l’arme atomique par la Corée du Nord ainsi que la transition d’un système d’armistice vers une situation de paix dans la péninsule.

Il apparaît peu probable que les Etats-Unis prêtent la moindre attention à cette proposition – arguant comme ils le font actuellement qu’il ne peut y avoir de dialogue tant que la Corée du Nord ne met pas un terme à ses provocations et n’émet pas un signal montrant son intention de se dénucléariser. Mais s’ils perçoivent réellement la situation actuelle de la Corée du Nord et son armement atomique comme une menace sérieuse, ils n’ont aucune raison de ne pas s’y intéresser. Cela ne coûtera rien d’un point de vue américain. Bien qu’elles aient été considérées comme la « dernière solution » si la crise devenait incontrôlable, l’établissement de relations diplomatiques entre la Corée du Nord et les Etats-Unis a toujours été une solution, étant donné que l’origine de la question nucléaire nord-coréenne repose sur la méfiance mutuelle entre les deux parties.

Avec sa préférence affichée pour exercer une pression extrême sur le Nord, l’administration Moon Jae-in pourrait envisager cette suggestion avec suspicion. En vérité, cependant, cette idée représentait le cœur de l’approche de l’administration de Kim Dae-jung et de celle de Roh Moo-hyun, et cette dernière est partagée parmi un grand nombre d’experts qui ont soutenu la candidature de Moon à la présidence. Il ne sera sans doute pas aisé de passer par-dessus les Etats-Unis, mais il est cependant nécessaire de commencer dès à présent en prévision du rôle que Séoul sera amené à jouer, de la gravité de la situation du nucléaire nord-coréen et afin d’être le meneur d’une situation compliquée à l’aide d’une diplomatie créative plutôt que d’aligner les wagons de sanctions les uns derrière les autres.

Ce plan n’a pas besoin d’être respecté à la lettre, mais l’administration Moon a besoin d’une stratégie et d’actions indépendantes pour parvenir à des avancées pacifiques par la négociation.

Lee Jong-seok, Chercheur à l’Institut Sejong et ancien Ministre de la Réunification de l’administration Roh Moo-hyun

Article original en anglais :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Etats-Unis-Corée Relations intercoréennes
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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 20:24

La date de la fête coréenne de Chuseok dépend du calendrier lunaire : elle tombera en 2017 le 4 octobre, coïncidant en outre avec le 10e anniversaire de la déclaration intercoréenne du 4 octobre 2007. Cette fête traditionnelle a été à plusieurs reprises l'occasion d'émouvantes réunions de familles séparées (ou à tout le moins d'en fixer les modalités) de part et d'autre du trente-huitième parallèle (la dernière fois en 2015). Mais les perspectives de telles retrouvailles se sont évanouies cette année, dans le contexte de montée des tensions autour de la péninsule coréenne. L'AAFC propose une analyse de cette mesure emblématique des échanges Nord-Sud qui ont lourdement pâti de la situation internationale. 

Le 26 octobre 2015, des Nord et des Sud-Coréens se disent une dernière fois au revoir après s'être trop brièvement retrouvés.

Le 26 octobre 2015, des Nord et des Sud-Coréens se disent une dernière fois au revoir après s'être trop brièvement retrouvés.

La réunion des familles coréennes séparées par la division de leur pays est un des rares sujets de relatif consensus entre progressistes et conservateurs en Corée du Sud concernant la politique vis-à-vis du Nord. C'est donc sans surprise que le libéral Moon Jae-in, après son élection le 9 mai 2017, a relancé le processus de réunion des familles divisées. Depuis la première rencontre en 1985, ce sont 19 800 Sud et Nord-Coréens qui se sont ainsi retrouvés, lors de rencontres organisées à 20 reprises. Les démarches ont été entreprises par les autorités sud-coréennes pour permettre aux 60 500 de leurs compatriotes figurant sur une liste d'attente d'espérer faire partie des heureux élus qui reverraient leurs proches cet automne. Malheureusement cet espoir a aujourd'hui tout lieu de devoir être déçu.

Le gouvernement sud-coréen a dénoncé l'absence de réponse du Nord, une fois passé la date limite qu'il avait fixée (le 1er août) pour des réunions préparatoires entre les Croix-Rouges des deux parties. La réalité est plus complexe : les autorités nord-coréennes ont souligné le double jeu selon elles du Sud, qui d'un côté parle d'améliorer les relations intercoréennes et de l'autre adopte une position de plus en plus intransigeante sur les questions de sécurité qui - pour Pyongyang - relèvent de l'autodéfense et de ses rapports avec les Etats-Unis, et non des échanges Nord-Sud. Par ailleurs, la République populaire démocratique de Corée n'avait pas fermé la porte au dialogue : elle souhaitait que soit mise sur la table la question des 12 employées d'un restaurant nord-coréen qui, selon Pyongyang, ont été emmenées de force au Sud par les services secrets, dans des conditions extrêmement troubles. Le refus de la République de Corée d'aborder ce sujet a achevé de ruiner les espoirs de dialogue.

Car aucune des deux parties n'envisageait initialement un échec des discussions. Lors de ses voeux de nouvel an, le Maréchal Kim Jong-un avait mis l'accent sur le fait que l'année 2017 comportait plusieurs dates anniversaires du dialogue intercoréen - dans une main tendue au Sud, alors que se profilait une alternance politique. Quant aux autorités sud-coréennes, elles prévoient encore une forte hausse des dotations budgétaires pour les échanges Nord-Sud en 2018 - en particulier, pour l'organisation de réunions de familles séparées à trois reprises. Il reste à espérer que la volonté se joigne aux moyens, en vue de renouer des échanges qui restent aujourd'hui au point mort, dans tous les domaines. 

Sources : 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes
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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 12:04

Du 22 au 29 juillet 2017, Séoul a accueilli le 102e congrès mondial d'espéranto. Parmi les participants figuraient Marianne Dunlop, Nathalie Kesler et François Lo Jacomo, membres du bureau du comité espéranto de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), qui avaient tous trois visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), dans le cadre d'un déplacement organisé par l'AAFC, en avril 2017. Ils ont ainsi pu intervenir dans les discussions sur la réunification de la Corée sur la base de ce qu'ils ont vu et entendu en RPD de Corée.  

Des membres de l'AAFC sont intervenus au congrès mondial d'espéranto à Séoul

Le 28 juillet 2017 s'est déroulé avec succès une expérience sans précédent dans le cadre des congrès universels d'espéranto : dans les locaux du Parlement de la République de Corée (Corée du Sud), les représentants de 21 pays ont donné leur point de vue, parfois similaires, parfois divergents voire même opposés, au sujet de la réunification de la Corée. Cet échange s'est effectué sur la base de questionnaires envoyés deux ans plus tôt par un des organisateurs du congrès, le professeur So Gilsu, membre d'honneur de l'association universelle d'espéranto (UEA), qui a fait une synthèse des réponses reçues de différents pays.

La rencontre a permis un débat très animé entre des personnes devant un public de plus de 130 personnes, en présence des médias nationaux sud-coréens. La France a pu compter exceptionnellement deux membres à la tribune (Nathalie Kesler et François Lo Jacomo), les représentants de trois des vingt-et-un pays sollicités étant absents et excusés. Ayant visité la RPD de Corée en avril 2017, les deux représentants français ont ainsi pu exposer le point de vue nord-coréen.

Les discussions ont porté notamment sur les origines de la guerre de Corée, guerre civile internationalisée qui a causé des millions de morts et entériné la division du pays. A cet égard, Nathalie Kesler a cité l'ouvrage du professeur Channing Liem La guerre de Corée : une question sans réponse. Ancien ambassadeur sud-coréen aux Nations unies, Channing Liem, né au Nord de la péninsule, était un chrétien opposé au régime autoritaire de Syngmann Rhee, premier président de la République de Corée. A contre-courant de l'opinion couramment admise en Occident, Channing Liem rejette l'imputation du déclenchement de la guerre aux Nord-Coréens, en soulignant les intentions bellicistes de Syngman Rhee et la multiplication des incidents meurtriers le long de la frontière bien avant la généralisation du conflit en juin 1950.

Plaidant pour une réunification pacifique de la Corée, les espérantistes français membres de l'AAFC ont aussi évoqué la présence des troupes américaines en Corée du Sud. ils ont appelé à la prudence concernant les données avancées sur le poids de l'armée en Corée du Nord : alors que les sources disponibles (nombre d'hommes, budget militaire, part des dépenses militaires dans le PIB) sont exclusivement occidentales, les militaires nord-coréens sont également affectés à des tâches civiles, notamment dans le domaine de la construction.
 
Ces échanges nourris ont montré la complexité de la question coréenne, alors que le souhait des Coréens de réunification de leur patrie est reconnu par la plupart des personnes interrogées dans le cadre du questionnaire qui avait été élaboré en amont du congrès.
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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC Relations intercoréennes
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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 21:59

Quand certains défecteurs nord-coréens en Corée du Sud deviennent célèbres (et riches) à force de récits en tout ou partie fabriqués, d'autres reviennent en République populaire démocratique de Corée, profondément désillusionnés par ce qu'ils ont vécu au Sud. Tel est le cas d'Im Ji Hyun, célébrité du petit écran au Sud qui se produisait dans l'émission "Femmes sud et nord-coréennes" - retournée au Nord où, sous l'identité de Jeon Hye Sung, elle a livré, dans un entretien donné à Uriminzokkiri et mis en évidence par le quotidien conservateur sud-coréen Joongang Ilbo, une histoire aux accents d'autant plus véridiques qu'elle traduit les aspirations et les frustrations de nombreux réfugiés nord-coréens - ainsi que l'exploitation de leur situation dans la société du divertissement. Extraits.

J'ai quitté la Corée du Nord en janvier 2014, et je suis rentrée le mois dernier (...) J'imaginais que je mangerais bien et pourrais gagner beaucoup d'argent mais la réalité est que je traînais de bar en bar et d'un lieu à l'autre, ce qui n'a fait que m'épuiser physiquement et mentalement. Je voulais faire de l'argent et agir et donc je suis apparue à la télévision, devenir une artiste était mon rêve depuis l'enfance.

Puis la jeune femme démonte les ressorts de l'utilisation des Nord-Coréens par la télévision sud-coréenne : 

J'ai rencontré une personne (Park) qui m'a fait passer un examen (une audition) pour une émission. J'ai reçu un appel en décembre 2016 me disant que j'étais acceptée... Je ne pouvais rien dire d'autre que ce qui était dans le scénario... ils attiraient les femmes nord-coréennes ayant fait défection pour apparaître dans les médias.

De fait, elle a souligné que les équipes de production lui interdisaient non seulement de présenter la Corée du Nord sous un jour positif, mais aussi qu'il était interdit de relever les erreurs faites par d'autres défecteurs nord-coréens. Obsédée par la volonté de gagner de l'argent, et par son apparence l'ayant amenée à pratiquer la chirurgie esthétique (comme très souvent dans les milieux du showbiz sud-coréen, qui ont influencé l'ensemble de la société), Elle insiste enfin sur le fait que son retour en Corée du Nord était une idée de longue date : 

J'étais très seule en Corée du Sud. Je disais aux autres défecteurs que je reviendrais en Corée du Nord mais ils me disaient que je serais tuée pour ce que j'avais fait en Corée du Sud.

Si Jeon Hye Sung n'est pas un cas isolé de "double défecteur" (passé du Nord au Sud, puis du Sud au Nord), il est exceptionnel dans le sens où il concerne une personne ayant acquis une certaine célébrité en Corée du Sud. En butte à des discriminations sociales, ne bénéficiant d'aucuns réseaux, les défecteurs nord-coréens en Corée du Sud sont souvent mêlés à des affaires crapuleuses et sont trois à quatre fois surreprésentés dans les prisons.

Sources :

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 20:06

Il y a 45 ans, le communiqué conjoint Nord-Sud du 4 juillet 1972 constituait une étape fondamentale dans la réconciliation et le rapprochement intercoréens, en posant pour la première fois le principe d'une réunification indépendante et pacifique de la Corée par les Coréens eux-mêmes, sans ingérence extérieure, au-delà des différences de systèmes politiques et sociaux. Les deux parties convenaient par ailleurs de mettre en place des structures communes (comité de coordination Nord-Sud) et des canaux d'échanges (avec l'établissement de lignes téléphoniques directes). Cette avancée, réalisée dans un contexte de rapprochement américano-chinois qui ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience des Coréens qu'un accord entre les grandes puissances pouvait s'opérer à leur détriment, avait été précédée de plusieurs échanges, dont rend compte le Centre de recherche Woodrow Wilson, qui publie et analyse des documents d'archives de la guerre froide : nous reproduisons ci-après, traduit de l'anglais (en respectant la graphie du texte originel pour les noms coréens, reprenant la translittération en usage au Sud de la péninsule), la première moitié du compte rendu de l'entretien entre Kim Il Sung, alors Premier ministre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et Lee Hu-rak, chef des services de renseignement sud-coréens (Korean Central Intelligence Agency, KCIA), le 4 mai 1972, qui conduisait la délégation sud-coréenne à Pyongyang. A plusieurs reprises, Lee Hu-rak fait référence à ses échanges antérieurs avec Kim Yong-ju, Directeur du département de l'organisation du Parti du travail de Corée (PTC). En soulignant alors leur indépendance vis-à-vis des grandes puissances, les Sud-Coréens levaient un obstacle majeur au rapprochement intercoréen, tandis que l'on observe une grande convergence des discours patriotiques et de réunification par des moyens pacifiques de chaque partie. Cet échange montre ainsi que les principes définis dans le communiqué conjoint du 4 juillet résultaient d'une approche commune.

Lee Hu-rak (à gauche) et Kim Il Sung (à droite)

Lee Hu-rak (à gauche) et Kim Il Sung (à droite)

Conversation avec Kim Il Sung 

Date et lieu : 4 mai 1972, 00:15 - 01:30
Lieu: résidence de Kim Il Sung, colline Mansu, Pyongyang

Participants :

De Séoul 

LEE Hu-rak, Directeur de la KCIA
JEONG Hong-jin, Directeur de la gestion des conférences, bureau des conférences, Croix-Rouge coréenne. 

De Pyongyang

KIM Il Sung, Premier ministre
PAK Seong-cheol [Pak Song Chol], second Vice-Premier ministre
KIM Yeong-ju, Directeur du département de l'organisation, Parti du travail de Corée
KIM Joong-lin, secrétaire du Comité central, Parti du travail de Corée
RYU Jang-sik, Directeur adjoint du département de l'organisation et Directeur des affaires extérieures. Comité central, Parti du travail de Corée.  
KIM Deok-hyeon, Directeur général du Politburo. Comité central, Parti du travail de Corée.  

Sud : J'ai appris que le Premier ministre avait énormément contribué au développement d'une nation socialiste durant ma visite à Pyongyang.

Nord : Je suis très heureux de vous rencontrer. C'est un grand plaisir de rencontrer un frère éloigné. Comment va le Président ?

Sud : Il m'a demandé de vous transmettre ses salutations. Il s'est légèrement blessé pendant une promenade mais il est globalement en très bonne santé.

Nord : Le fait que le Président Park a décidé de vous envoyer à Pyongyang est un témoignage de sa confiance en nous, provenant de sa volonté pour la réunification. Il a pris une grande décision. 

Sud : C'est une très bonne remarque. J'ai eu une discussion approfondie à ce sujet avec le Directeur Kim. Comme vous l'avez peut-être remarqué, au Sud, il y a des personnes qui croient que nous devrions nous réunifier avec le soutien des quatre grandes puissances plutôt que par notre propre volonté. Il y a aussi des personnes qui croient que nous devrions nous réunifier par la force. Le Président Park et moi-même pensons que nous devons parvenir à la réunification par nous-mêmes. De plus, la réunification n'est pas un sujet sur lequel les quatre grandes puissances doivent intervenir. C'est une question dont nous devons décider par nous-mêmes. C'est l'intention du Président Park. J'ai longuement discuté de cette question avec le Directeur Kim. Il y avait quelques désaccords. Cependant, je ne suis pas déçu par nos différences d'opinions. Je crois que cette discussion est en elle-même significative. Hier, le Directeur Kim  a souligné un point critique. Il a demandé si le Sud agissait comme un agent des Etats-Unis et du Japon. Je l'ai assuré du contraire. Nous croyons que nous devons résoudre ces questions nous-mêmes.

Nord : Tout d'abord, je suis confiant que la décision du Président Park d'envoyer le Directeur Lee à Pyongyang découle de son ardent désir pour la réunification. C'est la raison pour laquelle je suis ravi de vous rencontrer. Bien sûr, il y a beaucoup de malentendus et de méfiance en raison de notre séparation depuis plus de 20 ans. Si ces malentendus et cette méfiance devaient être résolus par quelques discussions, nous n'aurions pas été séparés en premier lieu depuis près de 26 ans. Néanmoins, toutes les questions seront résolues lors de nos rencontres et de nos discussions.

Sud : C'est très vrai. C'est la raison pour laquelle j'ai fait cette visite.

Nord : C'est pourquoi je suis certain que le Directeur Lee est une personne courageuse.

Sud : Ce n'est pas vrai. Je suis venu parce que nous devons laisser une patrie unifiée en héritage à nos descendants. Il y avait beaucoup de gens qui se sont opposés à ma visite. Cependant, je suis convaincu que nous pourrons résoudre les problèmes en discutant par nous-mêmes. Même si nous ne trouvons pas une solution à ces problèmes aujourd'hui, notre réunion en elle-même est très importante. Je ne doute pas que nous pourrons finalement résoudre les questions en suspens entre nous.

Nord : C'est d'une grande importance. Je suis très content que vous ayez fait cette visite, directeur Lee. Vous êtes vraiment un héros.

Sud : Merci de nous rencontrer si tard dans la nuit.

Nord : J'ai l'habitude de travailler jusque tard. Nous avons également nos programmes pour demain ... Je suis désolé de faire travailler les invités jusqu'à si tard. Veuillez accepter mes excuses. J'ai entendu ce que vous avez dit au Directeur de l'organisation et de l'orientation. Notre position est de ne pas faire confiance aux étrangers sur la question de la réunification. Surtout, c'est le terrain d'entente que nous avons entre le président Park et moi-même.

Sud : Cela me blesse le cœur que des étrangers interviennent dans nos affaires. C'est une énorme honte d'être incapable de résoudre par nous-mêmes nos propres problèmes et c'est très humiliant. Comment les étrangers nous regardent-ils ?

Nord : C'est un bon point. C'est pourquoi vous êtes une personne audacieuse.

Sud : J'ai été impressionné par vos combats dans la lutte anti-japonaise décrits dans l'opéra que j'ai vu aujourd'hui et aussi dans la maison où vous êtes né à Mangyongdae. Permettez-moi de vous le dire, votre patriotisme est semblable à mes sentiments pour le pays et c'est ce qui m'a amené ici.

Nord : Veuillez transmettre ce message au President Park. Nous sommes d'accord pour promouvoir la réunification de manière pacifique et indépendante, sans conflit militaire ni intervention étrangère. Depuis que nous avons été séparés il y a si longtemps, il y a eu beaucoup de malentendus. Cependant, les malentendus peuvent être facilement levés par notre patriotisme ardent. Ce qui nous intéresse est de trouver des points communs, pas de discuter des fautes passées. Ce serait péché envers notre peuple.

Sud : Je ne peux qu'être entièrement d'accord avec vous.

Nord : C'est pourquoi notre peuple doit se réunir. Une nation devrait se tenir unie au lieu d'être divisée. Nous devrions vivre en paix, ne pas nous battre les uns contre les autres, indépendamment des grandes puissances qui nous entourent. Pourquoi les gens d'une même nation devraient-ils se disputer sur ce qui est vrai et ce qui est faux ? Si nous devons nous réunifier, nous devons commencer par un terrain commun de solidarité. Si nous poursuivons la solidarité entre nos peuples, nous pouvons rejeter en arrière nos passés, nos malentendus et la méfiance et regarder au-delà des différences de religion. Le principe de solidarité est ce qui importe et nous devons partir de là.

Sud : Ce que vous venez de mentionner est parfaitement identique à ce que le président Park a à l'esprit. Le Président Park mentionne toujours que la question de notre pays n'est pas un sujet sur lequel les étrangers doivent intervenir. En ce qui concerne la résolution de la question de la réunification, il a des pensées similaires à celles du Premier ministre [Kim Il Sung]. Pour atteindre cet objectif, je discuterai avec le directeur Kim pour trouver des points d'accord

Nord : Le directeur Lee aurait certainement une idée sur la méthode et il est probable que nous en aurions une autre. Nous ne pouvons pas espérer que les idées soient les mêmes [d'emblée]. Par conséquent, nous devrions penser à ce que nous pourrions faire pour l'unité de notre nation avant de trouver la méthode. L'idée est donc de ne pas s'engager dans des conflits militaires. Nixon a récemment visité la Chine et a déclaré qu'ils n'auraient pas de conflit militaire pendant [au moins] une génération. Alors, les Chinois lui ont demandé : « Comment définiriez-vous une génération ? » Nixon a répondu : « Je pensais au reste des années 1970, et aux années 1980 et 1990 ». En d'autres termes, ils souhaitent ne pas avoir de conflits militaires pour le reste du 20ème siècle. Bien sûr, les impérialistes disent cela et souvent ne tiennent pas parole. Cependant, une déclaration a de la valeur. Il n'y a pas longtemps, des journalistes japonais m'ont demandé comment je voyais la visite de Nixon en Chine. J'ai répondu :« Jetez un coup d'œil à la Déclaration conjointe. Les États-Unis ont juste reconnu les cinq principes de la paix et les cinq principes de la Conférence de Bandung, qu'ils ont refusés pendant longtemps. Je l'ai lu moi-même et mes assistants l'ont lu également et m'ont signalé que les États-Unis ont reconnu les cinq principes. » Cela signifie quelque chose. Jusqu'à présent, les États-Unis avaient refusé de reconnaître ces principes, mais ils l'ont tout simplement fait. Alors, est-ce que tout cela n'est pas bien ? J'ai écrit un éditorial concernant l'annonce de la Déclaration conjointe. J'ai reçu de nombreux compliments. Lorsque Nixon a visité la Grande Muraille, il a fait cette remarque : « Il ne devrait pas exister de Grande Muraille nulle part dans le monde et nous devrions vivre en paix. » Je pense que c'est un excellent discours. Venant d'un chef d'Etat, c'est certainement un excellent commentaire. Il nous donne la liberté de discuter, si vous ne voulez pas que les Soviétiques forment un grand mur, pourquoi nous diviserions-nous avec une Ligne de Démarcation Militaire, en portant chapeaux sur lesquels il est inscrit “député”. En d'autres termes, personne, y compris Nixon, la Chine et l'Union soviétique, ne doit nous contraindre à aucune décision concernant la Corée.

Sud : C'est absolument vrai. Personne d'autre [que les Coréens] n'a le droit de [prendre une décision sur la question de la Corée]. Comme le Premier ministre l'a mentionné, les capitalistes et les impérialistes parlent d'une manière et agissent d'une autre. Nous sommes également un pays capitaliste. Cependant, nos mots et nos actions sont les mêmes.

Nord : Je parlais des impérialistes. La Corée du Sud n'est pas un pays impérialiste, n'est-ce pas?

Sud : En fait, ce sont les grandes puissances qui ont créé le trente-huitième parallèle. Si nous nous réunissons en une seule nation, nous sommes capables de démolir le trente-huitième parallèle. Si nous tentons de l'abolir avec l'aide des grandes puissances, nous allons bientôt faire face à une autre barrière.

Nord : Exact.

Sud : Monsieur le Premier ministre, je suis venu ici pour éviter que nous nous engagions dans un conflit.

Nord : C'est vrai. Les conflits armés ne résolvent aucun problème. Veuillez transmettre au président Park que je ne souhaite pas une confrontation armée...

Sud : Je rendrai compte de vos déclarations de manière claire et précise.

Nord : Je ne veux aucune guerre ni aucune diffamation.

Sud : J'ai parlé à fond de cette question avec le directeur de l'organisation et de l'orientation.

Nord : On peut parler cent fois de la vertu. Nous devons discuter des questions de notre pays de manière pacifique, sans conflit militaire. En termes de méthodes, il est possible que nous ayons un certain nombre de contentieux. Cependant, nous devons discuter pour résoudre le problème, et nous unir en une seule nation.


A suivre...

Source : 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 12:25

Si les échanges intercoréens redémarrent en dehors des circuits intergouvernementaux, les autorités de la République de Corée (au Sud) et de la République populaire démocratique de Corée (au Nord) ont formulé des propositions de reprise des discussions qui, au-delà de leur rejet par l'autre partie, témoignent que les deux Etats explorent bien la voie d'un nouveau dialogue. 

Dialogue intercoréen : les deux gouvernements se jaugent

Lorsque Moon Jae-in dénonce la RPD de Corée comme "irrationnelle", il faut y voir une réaction après que le Nord eut décrit le Président sud-coréen comme le "porte-parole" de Washington - alors qu'une rencontre au sommet entre Donald Trump et Moon Jae-in doit intervenir la semaine prochaine. Au regard des échanges très vifs, de part et d'autre, sous les présidences conservatrices à Séoul, ces propos, pour peu diplomatiques qu'ils soient, restent somme toute modérés.

La première proposition de reprise du dialogue est venue du Sud, lorsque Moon Jae-in a déclaré que la cessation par Pyongyang de ses "provocations" permettrait une reprise sans conditions des discussions entre le Nord et le Sud. Ces propos ont été particulièrement mal accueillis par la RPD de Corée, qui cherche à découpler les questions de sécurité (tenant selon elle à ses relations avec Washington) du dialogue intercoréen.

La RPD de Corée a ensuite mis sur la table un moratoire de ses essais nucléaires si Washington et Séoul arrêtaient leurs manoeuvres militaires. La proposition n'est pas nouvelle (elle avait déjà été formulée en janvier 2015), mais elle se rapproche d'une suggestion de Pékin vis-à-vis des Etats-Unis (suspendre les exercices militaires des Etats-Unis et de leurs alliés en contrepartie d'un gel par la RPD de Corée de ses activités balistiques et nucléaires). Plus encore, Moon Jae-in pense que la dénucléarisation de la péninsule coréenne exige d'abord un moratoire des activités nucléaires de Pyongyang, et son conseiller spécial pour la diplomatie et la sécurité, Moon Chung-in, a proposé lors d'un forum à Washington la diminution de l'ampleur des exercices militaires menés conjointement avec les Etats-Unis, en contrepartie d'une suspension par la RPD de Corée de ses essais nucléaires et balistiques.

Si les termes du dialogue restent différents, ils n'en tendent pas moins à se rapprocher. Reste à savoir si, sur ces questions où Séoul ne se désolidarise jamais totalement des Etats-Unis, quelle pourrait être la réaction de l'administration Trump.

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 21:09

Lors d'une audition devant les membres de la commission du renseignement de l'Assemblée nationale de la République de Corée (Corée du Sud) le 15 juin 2017, Suh Hoon, nouveau directeur de l'Agence nationale de renseignement (acronyme anglais : NIS) sud-coréenne, a annoncé que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) enverrait son équipe de démonstration aux Championnats du monde de Taekwondo qui s'ouvriront à Muju, dans la province du Jeolla du Nord, le 24 juin 2017 : une première qui s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre d'un accord conclu en 2015 entre les deux fédérations mondiales de Taekwon-Do (suivant l'orthographe en vigueur au Nord) / Taekwondo (si l'on retient la graphie en usage au Sud).

Suh Hoon, nouveau directeur du NIS nommé par le Président sud-coréen Moon Jae-in

Suh Hoon, nouveau directeur du NIS nommé par le Président sud-coréen Moon Jae-in

La division de la Corée a eu une incidence directe sur le Taekwon-Do, le sport national de combat coréen : alors que le Nord suit l'enseignement du fondateur, le général Choi Hong-hi - d'origine sud-coréenne mais réfugié au Nord - et que ses athlètes appartiennent à la Fédération internationale de Taekwon-Do (acronyme anglais : ITF), le Taekwondo pratiqué au Sud (et relevant de la Fédération mondiale de Taekwondo, acronyme anglais : WTF) a divergé de celui du Nord, et est devenu une discipline olympique sous la forme qu'il a ainsi prise au Sud de la péninsule.

Alors que les deux Corée organisent des compétitions distinctes, des discussions se sont engagées pour que, à défaut de règles unifiées, les athlètes de l'ITF puissent participer aux compétitions de la WTF, et ceux de la WTF à celles de l'ITF, suivant un accord conclu en 2015 entre les fédérations ITF et WTF.

Si aucun athlète nord-coréen n'avait participé, en 2016, aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro - marqués par un retour en force des Sud-Coréens - le changement de majorité à Séoul a manifestement favorisé de premiers échanges sur la base de l'accord de 2015 : selon Suh Hoon, chef de l'agence de renseignement sud-coréenne, lors d'une audition parlementaire, ce sont 32 membres de l'équipe de démonstration nord-coréenne qui seront présents aux championnats du monde WTF qui seront organisés à Muju, dans la province sud-coréenne du Jeolla du Nord, du 24 au 30 juin 2017. Il semblerait, bien que ce ne soit pas précisé, qu'il s'agit d'une équipe de démonstration, et non de compétiteurs aux épreuves du championnat. Toujours d'après Suh Hoon, la délégation serait conduite par Jang Ung, président de l'ITF depuis la disparition du général Choi Hong-hi en 2002, et par ailleurs membre du Comité international olympique de la RPD de Corée. Jang Wung est un des hommes-clés du dialogue intercoréen dans le domaine sportif, ce qui permet d'envisager que sa venue en Corée du Sud pourra être l'occasion de discuter d'autres projets communs Nord-Sud.

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 22:16

Il y a 17 ans, le 15 juin 2000, la première rencontre au sommet entre Kim Jong-il, Président de la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Kim Dae-jung, Président de la République de Corée (Corée du Sud), aboutissait à la signature d'une déclaration historique Nord-Sud qui ouvrait la voie au dialogue intercoréen, à la réconciliation et à la réunification. Alors que 9 ans de présidence conservatrice à Séoul ont rompu l'ensemble des canaux d'échanges intercoréens, le retour au pouvoir des démocrates au Sud, avec l'élection de Moon Jae-in, ouvre la voie à une reprise sincère des échanges Nord-Sud. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) fait le point, en reprenant chacun des cinq principes de la déclaration du 15 juin 2000.

17 ans après la déclaration du 15 juin 2000, quelles perspectives pour les relations intercoréennes ?

Le premier point de la déclaration commune Nord-Sud dispose que "le Nord et le Sud ont décidé de résoudre en toute indépendance le problème de la réunification du pays grâce à l'union de notre nation qui en est responsable". Alors que la RPD de Corée a fait du principe d'indépendance nationale la pierre angulaire de sa diplomatie, les nouvelles autorités sud-coréennes manifestent une volonté de plus grande indépendance vis-à-vis de Washington que les conservateurs - reste à savoir si Séoul découplera effectivement les questions de sécurité nationale de celles touchant à la réunification, alors que les récents tirs de missiles balistiques nord-coréens ont conduit la République de Corée à réaffirmer son alliance militaire traditionnelle avec les Etats-Unis.

Selon le point 2 de la déclaration du 15 juin, le Nord et le Sud
"ont reconnu qu'il y a des points communs entre le projet de fédération dans son étape inférieure présenté par le premier et le projet de commonwealth avancé par le second et décidé d'orienter dans ce sens la réunification". Si la RPD de Corée a réaffirmé à plusieurs reprises le principe de République fédérale démocratique de Koryo comme projet de réunification, la République de Corée s'était éloignée du principe de "commonwealth" pourtant défini de longue date, avant même le début de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord. Le fait que Moon Jae-in ait été l'un des responsables du dialogue intercoréen sous les administrations démocrates rend crédible le retour à cette ligne traditionnelle de coopération intercoréenne définie par Séoul.

Suivant le point 3 de la déclaration du 15 juin 2000, le Nord et le Sud  avaient "décidé, à l'occasion du 15 août prochain, d'échanger des groupes de visite de familles et de proches dispersés et de résoudre au plus tôt le problème des anciens prisonniers de guerre non convertis et d'autres problèmes humanitaires". La reprise des réunions de familles séparées est une perspective crédible pour une relance à court terme des échanges Nord-Sud. Par ailleurs, dix ans de dérive autoritaire, au Sud, ont conduit à l'emprisonnement de dizaines de nouveaux prisonniers politiques, dont la libération serait un signal de la volonté de libéralisation politique à Séoul. Enfin, les nouvelles autorités sud-coréennes sont favorables à une reprise des échanges humanitaires, notamment sous forme de livraisons de produits alimentaires et de première nécessité au Nord.

Aux termes du point 4, le Nord et le Sud avaient
"convenu de développer de façon équilibrée l'économie nationale par la coopération économique et de promouvoir la collaboration et les échanges dans différents domaines, notamment social, culturel, sportif, sanitaire et environnemental en vue d'approfondir la confiance mutuelle". Outre la reprise des échanges culturels, sportifs et sociaux par des canaux non gouvernementaux (à nouveau autorisés par Séoul), la réouverture de la zone économique intercoréenne de Kaesong, ayant fermé en février 2016, avait déjà été proposée par le Nord à la veille des élections législatives sud-coréennes du printemps 2016, en cas de victoire de l'opposition. La confiscation de sa victoire à l'opposition par les autorités conservatrices de Séoul avait cependant rendu caduc un tel projet, défendu sur le principe par les démocrates, ce qui rend crédible, à moyen terme, la réouverture du parc industriel de Kaesong, ou à défaut d'autres zones économiques spéciales qui seraient gérées conjointement par les deux parties.

Enfin, le point 5 de la déclaration du 15 juin 2000 convenait de la nécessité
"d'ouvrir au plus tôt un dialogue entre autorités" pour appliquer les points 1 à 4 de la déclaration. La réouverture des canaux de dialogue est aujourd'hui identifiée comme l'une des priorités par Séoul, notamment la hotline à Panmunjom établie en 1971.

 

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 19:44

Le 26 mai 2017, pour la première fois depuis l'entrée en fonctions du Président Moon Jae-in, un échange intercoréen - les contacts Nord-Sud étant toujours soumis à l'approbation des autorités gouvernementales sud-coréennes - a reçu l'accord du ministère de la Réunification à Séoul. Une décision qui signifie la volonté de Séoul de favoriser à nouveau les échanges intercoréens.

Moon Jae-in autorise un contact intercoréen non gouvernemental

La demande émane d'une ONG, le Korean Sharing Movement, dont la demande avait été formulée début mai, dans le cadre d'un projet Nord-Sud de lutte contre la malaria. Co-dirigée par un député démocrate (majorité), Won Hye-young, l'ONG, fondée en 1996 et active dans le domaine des aides agricoles et alimentaires, envisage également une visite au Nord vers le 10 juin - sous réserve d'obtenir l'autorisation du ministère de la Réunification.

19 demandes d'ONG auraient été déposée pour des coopérations intercoréennes, qui pourraient recevoir un avis favorable dès lors qu'elles ne remettent pas en cause les sanctions internationales contre la République populaire démocratique de Corée, ainsi que l'a observé l'agence sud-coréenne Yonhap :

Le ministère avait annoncé le 22 mai son intention d’autoriser la reprise des échanges intercoréens au niveau civil dans la mesure où ceux-ci ne vont pas à l’encontre des sanctions imposées au régime nord-coréen par la communauté internationale.

Source :

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 14:10

Le 14 mai 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a effectué un nouveau tir de missile - apparemment de moyenne portée. Plus que l'initiative elle-même (le précédent tir nord-coréen de ce type avait eu lieu il y a moins d'un mois, déjà un dimanche, le 16 avril dernier), dans un contexte marqué par les exercices de guerre américano-sud-coréens qui conduisent chaque partie à riposter, c'est le moment choisi par Pyongyang qui retient l'attention : la RPD de Corée a procédé à ce tir quelques jours seulement après l'élection et l'investiture du nouveau président sud-coréen Moon Jae-in, démocrate qui privilégie le dialogue plutôt que les sanctions pour aborder les relations Nord-Sud.

Tir de missile : la Corée du Nord teste l'administration Moon Jae-in

Une fois encore, ce sont les Américains et les Etats-Unis qui ont donné leur version de la dernière initiative sud-coréenne - même si lors des précédents tirs de missiles nord-coréens, les données factuelles apportées par Washington et Séoul se sont avérées globalement fiables.

Le tir - selon toute vraisemblance celui d'un missile balistique de portée intermédiaire - a eu lieu le dimanche 14 mai 2017 à 5h27 heure locale, depuis Kusong dans la province du Pyongan du Nord, en direction de la mer de l’Est. Le missile aurait parcouru 700 km, suivant un angle de tir pratiquement vertical.

Les condamnations les plus vives sont venues, comme d'habitude, des Etats-Unis et du Japon. Cependant, Donald Trump est apparu plutôt isolé à ce stade lorsqu'il a évoqué la nécessité selon lui de nouvelles sanctions contre la RPD de Corée. Ferme dans sa condamnation (en déclarant que "les autorités militaires doivent rester prêtes à répondre à n’importe quelle provocation militaire de la Coré du Nord" et en mentionnant "l’accélération du processus de conception du bouclier antimissile sud-coréen Korean Air and Missile Defense (KAMD)"), le Sud-Coréen Moon Jae-in n'a pas appelé à renforcer les sanctions contre Pyongyang, tout comme d'ailleurs l'Union européenne.

La position du nouveau président démocrate de la République de Corée est conforme à celle de ses prédécesseurs démocrates de la décennie du "rayon de soleil" de dialogue avec Pyongyang (1998-2008) : discuter avec la RPDC, certes, mais tout en maintenant l'alliance militaire avec les Etats-Unis et en condamnant la poursuite des programmes balistique et nucléaire nord-coréens. La vraie question est de savoir si Moon Jae-in liera ce sujet et celui des relations intercoréennes (comme les administrations conservatrices de Lee Myung-bak et Park Geun-hye), ou s'il tendra à les dissocier (à l'instar de Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun). Manifestement, le tir de missile de Pyongyang teste l'administration Moon Jae-in.

Si la Chine a également déclaré s'opposer aux violations par la Corée du Nord de ses obligations résultant des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, Pékin est de longue date favorable, de concert avec la Russie, à un règlement global de la question, en dénonçant également les initiatives américano-sud-coréennes.


Par ailleurs, au moment où les différentes parties (notamment Pyongyang et Washington) ont parlé de la possibilité de renouer le dialogue sous certaines conditions (restant à préciser), il ne fait guère de doutes que tant la RPDC que les Etats-Unis font monter les enchères pour aborder d'éventuelles négociations dans la meilleure position possible - même si les initiatives prises de part et d'autre n'encouragent pas de retour au dialogue, tout du moins à court terme. Pour ce faire, sans doute faudra-t-il au moins attendre la fin des manoeuvres militaires en cours conduites par Washington et Séoul.

Sources :

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