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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 22:31

Taïwan et la RPDC n'entretiennent pas actuellement entre elles de relations diplomatiques. Toutefois l'histoire, l'économie ainsi que le tourisme et le problème des déchets nucléaires, la présence de la Chine Populaire et des Etats-Unis, font que ces deux pays ne sont pas de facto si éloignés que cela. Article rédigé par Florent Charles, docteur en droit.

A) L'Histoire

À la suite de la guerre civile chinoise, le gouvernement nationaliste du Kuomintang se replie sur des îles, dont les principales sont Haïnan et Taïwan. Un exode massif de civils accompagne l'état-major nationaliste et les troupes rescapées : Taipei est proclamée capitale provisoire de la République de Chine.

Alors que les États-Unis avaient reconnu le gouvernement de Tchang Kaï-chek comme le seul représentant légitime de toute la Chine, le président Harry Truman annonce le 5 janvier 1950 qu'ils ne s'impliqueraient pas dans un conflit éventuel entre la Chine populaire et Taïwan. Toutefois, le déclenchement de la guerre de Corée modifie la position américaine au sujet de Taïwan.

Le président Truman déclare le 27 juin 1950 que :

L'attaque sur la Corée fait comprendre clairement que le communisme a dépassé l'utilisation de subversion pour conquérir des nations indépendantes et va maintenant utiliser l'invasion armée et la guerre. Il a défié les ordres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies conçu pour préserver la paix et la sécurité internationales. Dans ces circonstances, l'occupation de Formose par les forces communistes serait une menace directe pour la sécurité de la région du Pacifique et aux forces des États-Unis exerçant leurs fonctions légitimes et nécessaires dans ce domaine. En conséquence, j'ai ordonné à la 7ème flotte d'empêcher toute attaque contre Formose. Comme corollaire de cette action, je fais appel au gouvernement chinois de Formose de cesser toutes opérations aériennes et maritimes contre le continent. La 7ème flotte veillera à ce que cela soit réalisé. La détermination du statut futur de Formose doit attendre le rétablissement de la sécurité dans le Pacifique, un accord de paix avec le Japon, ou d'examen par les Nations-Unies.

Ainsi, sans l'intervention des États-Unis Taïwan ne serait pas de facto un État. Par ailleurs, sans l'intervention chinoise dans la guerre de Corée, la RPDC n'existerait sûrement plus.

Utilisation du napalm par les Américains pendant la guerre de Corée

Utilisation du napalm par les Américains pendant la guerre de Corée

La RPD de Corée ne doit sa survie qu'à la décision de Mao Tsé-Tung qui s'est débarrassé des nationalistes chinois de jouer un rôle de premier plan en Asie. Ainsi début novembre, près d'une cinquantaine de divisions chinoises franchissent le Yalu. Si officiellement il s'agit de volontaires, dans les faits l'armée chinoise impliquée ressort bien de Pékin. Dans les airs elle est couverte par une aviation aux commandes de Soviétiques qui alignent les fameux Mig 15.

Devant un tel déploiement de forces les troupes de MacArthur ne peuvent que reculer, la RPDC est rapidement libérée par les troupes chinoises. La situation est tellement sérieuse pour les Américains que MacArthur demande au président Truman de faire exécuter des frappes nucléaires sur la Mandchourie. Ces demandes et la radicalité de son engagement anti-chinois lui vaudront d'être remplacé par le général Ridgway. Après avoir frôlé la catastrophe durant l'hiver 1950-1951, les troupes onusiennes et sud-coréennes se ressaisissent et la guerre de mouvement cède peu à peu la place à une guerre de position coûteuse. A l'été 1953 la ligne de front s'est stabilisée non loin du 38ème parallèle. La RPDC et la République de Corée commencent alors leur reconstruction, laquelle sera plus rapide pour la première.
 

B) L'option taïwanaise

Selon Roger Cavazos ancien membre de l'armée américaine ayant travaillé au contact de nombreux pays d' Extrême-Orient, quand les leaders politiques chinois souhaitent que la RPDC ne soit pas un pays développant des armes de destruction massive, il se peut qu'ils fassent aussi référence au fait que Taïwan puisse obtenir de Pyongyang de telles armes afin de se défendre. Selon Mycal Ford, consultant associé auprès de l'université américaine dans l’État de Washington aux États-Unis, sans aller vers des relations aussi extrêmes entre les deux pays, on peut considérer qu'entre Taipei et Pyongyang existe un minimum d'échanges.

Il est relativement rare d'entendre parler de Taïwan sur la scène internationale sauf lorsque la République populaire de Chine tire des missiles dans le détroit de Taïwan ou tente de s'imposer militairement sur les quelques îles de l'ouest ou du sud de la mer de Chine. Cela ne veut pas dire pour autant que la RPDC ne prend pas acte de l'existence de Taïwan.

Les relations entre les deux États sont à la création de la RPDC quasi-inexistantes. En effet, les chinois nationalistes ont souhaité se battre contre la Corée du Nord lors de la guerre de Corée en aidant les États-Unis et dès l'arrivée des Chinois continentaux à Taïwan la RPDC a préféré se ranger du côté de son allié, Pékin.

Par ailleurs le Parti communiste chinois a toujours été soutenu sur le plan politique par Pyongyang lorsqu'il s'agit de l'unité de la Chine et du problème de la réintégration de Taïwan à l'ONU. La République populaire de Chine a reconnu l’État sud-coréen en 1992 mais la RPDC n'a jamais reconnu le régime de Taipei, un tel acte serait un suicide économique pour Pyongyang.

Régulièrement, Pyongyang condamne les autorités taïwanaises lorsqu'elles souhaitent organiser un référendum concernant le retour de Taïwan à l'ONU et lorsqu'elles tentent de quelque façon que ce soit de rejoindre cette organisation. Un tel référendum toujours selon Pyongyang poserait des problèmes majeurs concernant les relations entre la Chine populaire et Taïwan et déstabiliserait les équilibres géopolitiques extrême-orientaux. La RPDC soutient le principe d'une réunification chinoise basée sur le principe d'une seule Chine et d'un pays deux systèmes.

Mais que se passerait-il si les relations sino-nord-coréennes s'étendaient à Taïwan, si les sinophones de plus en plus nombreux en Corée du Nord avaient la possibilité de communiquer avec Taïwan ?

La RPDC depuis plusieurs années considère sérieusement l'hypothèse de développer ses relations économiques et touristiques avec l'étranger. Avec Taïwan, Pyongyang a de rares relations commerciales non officielles. Pékin interdit tout tourisme entre la Corée du Nord et Taipei. Ces considérations nous font prendre conscience que Taïwan pour la Corée du Nord n'est en aucun cas une alternative commerciale à la Chine.

Lorsqu'une relation commerciale ou touristique s'établit entre Taïwan et la RPDC elle revêt un caractère éminemment politique et diplomatique mais reste cachée. Par exemple en juin 2012 le journal taïwanais Huanqiu Shibao a révélé l'existence d'un voyage non prévu à Taipei effectué par Zhao Chengkui, vice-ministre du bureau du tourisme de la Corée du Nord, non invité par le gouvernement de Taïwan.

Zhao Chengkui a rencontré lors de son déplacement des agences de voyage taïwanaises afin de faire fructifier les échanges touristiques entre les deux pays en permettant aux Taïwanais de se rendre plus facilement dans son pays en y dépensant leur argent.

Le ministère des Affaires étrangères de Taïwan (acronyme anglais : MOFA) n'a pas été consulté ni prévenu de la visite de ce diplomate nord-coréen alors que le MOFA est une structure administrative et politique importante et que les deux pays n'entretiennent pas entre eux de relations diplomatiques. Celui-ci n'a pas violé les lois taïwanaises de l'immigration parce qu'il est arrivé à Taipei avec un visa de touriste. C'est toutefois uniquement en regardant les informations à la télévision taïwanaise que les membres du MOFA ont pu savoir quelques heures après que Zhao Chengkui était bien à Taïwan.

On peut se demander si le déplacement d'un tel vice-ministre est légal à Taïwan parce que celui-ci a un rang officiel dans son pays et qu'il lui a été accordé un visa pour touriste uniquement. Le MOFA ne s'est pas montré intransigeant en le laissant rentrer à Taïwan. Les États-Unis auraient pu s'insurger contre une telle visite mais Taipei aurait pu répondre qu'il n'en savait rien. En effet la loi taïwanaise est assez souple en ce qu'elle permet aux officiels nord-coréens arrivant à Taïwan d'obtenir un visa sur place et oblige uniquement les services de l'immigration d'informer le MOFA après la délivrance d'un tel visa.

Taïwan malgré tout n'a pas fourni à Zhao Chenkui un visa diplomatique parce que les États-Unis auraient été contre et ces derniers auraient pu remettre en cause la fourniture de ventes d'armes de Washington à Taipei.

La RPDC en plus de vouloir attirer des touristes dans son pays souhaite lors de foires commerciales qui se tiennent à Dandong en Chine tout près de la frontière nord-coréenne attirer des entreprises taïwanaises dans son pays en montrant à ces dernières la qualité de sa main d’œuvre.

Lors de ces foires, des petites entreprises taïwanaises vendent différents produits comme des composants électroniques, des produits cosmétiques, des vélos et du thé. Par ailleurs, des restaurants taïwanais sont présents sur place. C'est grâce à une décision provenant du gouvernement nord-coréen que les entreprises taïwanaises sont invitées régulièrement à Dandong.

La main d’œuvre nord-coréenne est peu onéreuse et très qualifiée selon les Taïwanais qui participent à ces foires. Pour les Nord-Coréens pouvant se rendre en Chine, travailler pour des entreprises taïwanaises est une expérience de grande importance. En fait, Taipei n'a jamais vraiment rompu complètement ses relations commerciales avec la Corée du Nord. Il y a environ cent entreprises taïwanaises installées en RPDC par l'intermédiaire de sociétés chinoises qui exportent majoritairement des produits chimiques et du matériel médical.


C) Les déchets nucléaires


Le Liberty Times, un journal taïwanais très populaire sur l'île reflétant souvent les idées du Parti démocrate progressiste local a en 2013 informé le public que la RPDC a décidé d'assigner en justice la société taïwanaise Taipower qui gère la production et la gestion du nucléaire en République de Chine.

Pyongyang n'en démord pas selon le journal : Taipower a rompu un contrat d'une durée de seize ans conclu entre la Corée du Nord et Taïwan qui donnait la possibilité à cette société d'exporter des déchets radioactifs de faible intensité dans le nord de la péninsule coréenne pour y être stockés en 1996.

Taipower devait payer à la RPDC 8,72 millions de dollars américains dans le cadre de ce contrat non écrit. Pyongyang, par l'intermédiaire de l'avocat Caihui Ling, lui réclame maintenant 300 millions de dollars américains de dédommagements.

Le ministère de l'économie taïwanais a tenu à préciser suite à la révélation de cette affaire que ce contrat a dû être suspendu en raison d'une importante pression politique provenant de Séoul et de Washington. Cependant, deux ans après en 1998 Taipower et la RPDC ont signé ce contrat malgré les réticences internationales : Pyongyang devait continuer à construire à un prix élevé des sites dans son pays où les déchets nucléaires taïwanais allaient être déposés, et par la suite Taipei règlerait la somme d'argent prévue dans le contrat.

L'entreprise taïwanaise n'a jamais pu respecter les termes du contrat parce qu'elle n'obtint jamais de la part de l'organisme officiel à l'énergie atomique taïwanais le droit d'exporter de tels déchets nucléaires à l'étranger. L'auteur Mycal Ford pense que Taipower n'a pas pu résister à la pression internationale et au fait qu'il était délicat de commercer avec un État « paria qui laisse mourir de faim sa population ». En fait, le gouvernement taïwanais ne voulait pas froisser les États-Unis qui lui vendent de nombreuses armes défensives pour rééquilibrer le rapport de force militaire dans le détroit de Taïwan.

L'organisme officiel à l'énergie atomique taïwanais prit malgré tout la décision de vérifier si en Corée du Nord le site où les déchets radioactifs de son pays allaient être déposés avait été bien construit. Il n'en fut rien. L'auteur s'interroge également sur le fait de savoir comment Taipower avait pu faire autant confiance en la capacité pour la RPDC à construire un tel site de dépôt de déchets radioactifs alors que celui-ci faisait face à une sévère pénurie alimentaire dans les années 1990. Quoiqu'il en soit l'avocat qu'a choisi Pyongyang continue toujours de travailler sur cette rupture de contrat de la part de Taipower.

Ce que l'on doit retenir selon Mycal Ford c'est qu'il est compliqué de s'engager dans des relations commerciales avec Pyongyang, particulièrement pour Taïwan qui est un allié des États-Unis. Par ailleurs, cet engagement peut poser un problème au regard de la réputation de l'île qui se veut être démocratique et constituer une alternative à la Chine continentale.

Si le problème des déchets nucléaires taïwanais a pu se poser pour la RPDC qui était censé les recevoir, la question se pose aussi de déchets radioactifs nord-coréens qui seraient entreposés au large des côtes taïwanaises. Cette information a pu voir le jour suite à une déclassification de documents officiels italiens par le service de renseignement militaire italien.

Ces déchets ont été entreposés durant les années 1990 selon ces documents et l'auraient été par l'intermédiaire d'un homme d'affaire italien Giorgio Comerio qui aurait fait fortune en entreposant également d'autres déchets près des côtes méditerranéennes et somaliennes.

Le fait d'entreposer de tels déchets était une pratique acceptée avant que l'organisation non gouvernementale Greenpeace s'empare de l'affaire. Les documents déclassifiés ont révélé que M. Comerio a commencé à collaborer avec le gouvernement de la RPDC vers 1995. L'affaire était simple : il obtint 227 millions de dollars américains et on lui confia 200.000 barils de déchets radioactifs à entreposer près des côtes taïwanaises, à un endroit où il est possible d'enfouir très profondément de tels barils.

La révélation de cette affaire en février 2017 coïncide avec le renouvellement de sanctions par l'ONU contre la RPDC après le succès de tirs de missiles balistiques stratégiques nord-coréens.

Des organisations environnementales taïwanaises ont été offusquées suite à cette révélation et ont protesté en demandant que le gouvernement taïwanais éclaircisse ce problème en souhaitant qu'il soit procédé à des tests pour savoir si l'environnement taïwanais et l'océan Pacifique avaient été impactés et que soit trouvé le lieu des déchets. Contrairement à ce qui s'est passé en Europe, la police du pays n'est pas intervenue pour disperser les manifestants.

Le cabinet du conseil à l'énergie atomique taïwanais a répondu aux manifestants qu'il n'était pas au courant des informations déclassifiées par le gouvernement italien.

 

    D) Les relations avec les États-Unis

      La décision de Donald Trump d'accepter de répondre à un appel téléphonique de la part de la nouvelle présidente taïwanaise Tsai Ing-wen pour la féliciter d'être parvenue à ce poste a créé une nouvelle donne dans les relations entre les États-Unis et la Chine populaire, non pas pour le contenu de l'appel mais pour cet appel lui-même.

      Tsai Ing-wen

      Tsai Ing-wen

      Si les États-Unis veulent jouer la carte taïwanaise en humiliant la Chine et le Parti communiste Chinois en revenant sur le principe d'une seule Chine, il n'est pas sûr du tout que le président Xi Jinping ne réagisse pas. En effet, ce dernier considère que Taïwan est une province chinoise qui devra un jour où l'autre être contrôlée par Pékin et non plus par les autorités locales taïwanaises.

      Le président chinois pourrait tout à fait entraîner une escalade des tensions entre Pékin et Washington en reconsidérant les relations sino-nord-coréennes et en agissant de trois façons différentes si le président Trump était amené à donner plus de contenu aux rapports entre les États-Unis et Taïwan. On pourrait imaginer une administration Trump acceptant de recevoir des officiels taïwanais aux États-Unis et une administration taïwanaise acceptant de recevoir des officiels américains.

      La Chine populaire pourrait ne plus voter les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU allant à l'encontre de la RPDC en ne la sanctionnant plus économiquement lorsque cette dernière teste de nouveaux missiles ou procède à une nouvelle expérimentation nucléaire.

      La Chine populaire pourrait également ignorer les sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU à l'encontre de la RPDC. La récente résolution 2321 du Conseil votée avec l'accord de Pékin est une résolution qui isole économiquement encore plus Pyongyang. Pékin pourrait ne plus la respecter et cela redonnerait de l'oxygène à l'économie nord-coréenne. Cela permettrait à la Corée du Nord de se maintenir et ainsi d'éviter une réunification éventuelle de la péninsule coréenne par absorption qui aboutirait à une présence possible des troupes américaines jusqu'à la frontière nord-coréenne ou à un exode massif de Nord-Coréens en Chine populaire, ce que redoute Pékin.

      Pékin pourrait aussi changer radicalement sa politique envers la RPDC si Washington prévoyait de discuter avec Taipei d'une façon de plus en plus formelle sur le plan diplomatique. La Chine populaire pourrait alors soutenir une Corée du Nord nucléarisée. La position stratégique de la Chine en Asie-Pacifique n'a jamais été déséquilibrée par la présence d'une Corée du Nord nucléarisée.

      D'après Daniel R. DePetris, analyste en géostratégie auprès de la société Wikistrat, les États-Unis doivent choisir. Selon eux est-il préférable que Taïwan ait une stature internationale plus importante que maintenant pour relever le niveau de la sécurité géostratégique dans le Pacifique, ou faut-il permettre à moyen terme que la péninsule coréenne soit dénucléarisée ?

      Les règles du jeu ne sont pas aussi simples dans le domaine des relations internationales. Le 1er mai 2013 un tribunal américain de l'Illinois a sanctionné une société taïwanaise et un ressortissant taïwanais pour avoir enfreint les lois américaines relatives aux règles régissant l'interdiction de la prolifération des armes de destruction massive en commerçant avec la RPDC. Il n'y a pas qu'un bon et qu'un méchant.

      Si ces considération relatives aux prises de position des États-Unis face au problème chinois ne concernent pas directement les relations entre Taïwan et la RPDC, on peut remarquer à travers ces informations que Washington a une influence importante en Extrême-Orient, quoique pondérée par la présence de Pékin.

      C'est en redéfinissant ici leurs relations avec Taïwan que les États-Unis peuvent avoir une emprise directe sur les relations qu'entretiennent l'île et la RPDC, tout comme lorsque Washington tente de faire évoluer ses relations avec Pyongyang vers plus ou moins d'ouverture entre les deux capitales.


      La RPDC et Taïwan n'entretiennent donc pas entre elles de relations diplomatiques. Il existe cependant des bribes de relations économiques et touristiques entre ces deux pays, notamment par l'intermédiaire de la Chine populaire. L'influence des États-Unis en Extrême-Orient a des conséquences non négligeables sur ces relations.

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      1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 18:54

      Les tensions autour de la Corée ont encore monté d'un cran après un nouvel essai - raté - par Pyongyang de tir de missile à moyenne portée, le 29 avril 2017. Plus que le tir lui-même - qui n'est ni le premier, ni le dernier d'une longue série, alors que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a déclaré qu'il visait le lancement pour la première fois d'un missile balistique intercontinental qui serait donc susceptible d'atteindre le territoire américain - ce sont les réactions de Washington qui soulèvent le plus d'inquiétudes. Ainsi, les appels à la retenue de Pékin et Moscou, traditionnellement adressés en premier lieu à Pyongyang, sont à présent envoyés tout d'abord aux Etats-Unis de Donald Trump. 

      Donald Trump

      Donald Trump

      Jusqu'où ira l'impatience stratégique de Donald Trump sur le dossier nord-coréen ? Face aux déclarations contradictoires des responsables américains - alternant déclarations prétendant privilégier le dialogue et propos belliqueux - qui semblent indiquer une grave absence de ligne politique, le pape François et le secrétaire général des Nations unies Antonio Gutteres ont l'un et l'autre appelé Washington à la retenue, en s'inquiétant de la possible survenance d'un conflit sur un malentendu qui aurait des conséquences dramatiques. Le Centre d'actualités de l'ONU a ainsi rappelé la position d'Antonio Gutteres qui, tout en rappelant Pyongyang au respect de ses obligations, plaide pour des efforts de la communauté internationale afin de parvenir à "une solution pacifique".

      Le chef de l'ONU s'est dit « alarmé par le risque d'une escalade militaire dans la région, y compris par erreur de calcul ou à cause d'un malentendu ». Il s'est dit particulièrement préoccupé par la possibilité que les efforts visant à contrebalancer les activités déstabilisatrices de la RPDC « pourraient également entraîner un accroissement des tensions et de la course aux armements, empêchant davantage la capacité de la communauté internationale à maintenir son unité et arriver à une solution pacifique ».

      http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=39384#.WQd6WH3SOWQ

      Le double discours américain est particulièrement patent vis-à-vis de la Chine. Si le président américain Donald Trump loue la relation selon lui privilégiée qu'il a nouée (récemment) avec Xi Jinping, le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson, s'exprimant devant le Conseil de sécurité des Nations unies le 28 avril 2017, soit la veille du dernier tir nord-coréen, a évoqué la nécessité de renforcer encore davantage les sanctions à l'égard de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en envisageant - fait sans précédent - la rupture des relations diplomatiques avec Pyongyang. Les observateurs y ont lu des pressions à peine voilées à l'égard de la Chine, qui représente plus de la moitié du commerce extérieur nord-coréen - alors même que Pékin n'est certainement pas la source des tensions autour de la Corée et que l'influence chinoise doit être ramenée à de justes proportions : les programmes balistiques et nucléaires nord-coréens se sont accélérés il y a plus de dix ans contre la volonté et les intérêts stratégiques de Pékin, qui n'a aucun intérêt à une course aux armements dans la région (qui verrait notamment la Corée du Sud, voire le Japon, se doter à leur tour de l'arme nucléaire).

      Revenir au dialogue, mais sur quelles bases (Rex Tillerson a une nouvelle fois rejeté la proposition équilibrée de la Chine consistant à ce que les Etats-Unis suspendent leurs manoeuvres militaires conjointes en contrepartie d'un gel de ses programmes nucléaire et balistique par Pyongyang), et surtout avec qui ? Car si les Etats-Unis ne manquent pas d'experts éprouvés des questions coréennes, ceux-ci font cruellement défaut dans l'entourage proche du président américain.

      Ainsi, selon Gérard Lopez, ancien expert du comité des Nations unies sur les sanctions à l'encontre de la Corée du Nord, Donald Trump "s'appuie trop sur les militaires. M. Trump ne s'est pas entouré d'experts en politique étrangère sur l'Asie de l'Est ou la Corée du Nord et il ne réalise sans doute pas très bien comment ses menaces sont perçues dans la région par des pays amis ou ennemis".

      Le Français Barthélémy Courmont est encore plus explicite dans une tribune publiée sur Asialyst, et intitulée "Quand Washington perd le Nord en Corée" :

      Parmi les conseillers au National Security Council (NSC) supposés apporter leur expertise sur le dossier nord-coréen et placés sous la direction du général McMaster, se trouve le général Joseph Dunford, surtout connu pour avoir servi en Afghanistan ; l’ancien sénateur d’Indiana Dan Coats qui n’a aucun antécédent sur l’Asie ; Christopher Ford, assistant-spécial sur les questions de non-prolifération nucléaire, qui a publié quelques travaux sur la Chine (mais pas sur la Corée) ; Matthew Pottinger, assistant-spécial sur l’Asie, ancien journaliste couvrant la Chine et Marine ayant servi en Afghanistan ; ou Victoria Coates, assistante-spéciale sur les questions stratégiques, ancienne consultante et conseillère de campagne de Ted Cruz. Parmi les autres membres du NSC légèrement plus expérimentés, mentionnons Kathleen McFarland (qui va devenir ambassadrice à Singapour) ou Dina Powell (plus connue pour ses antécédents économiques chez Goldman Sachs). Si on ajoute à cette liste les secrétaires (ministres) qui participent aux réunions du NSC, Mattis, Tillerson, et le Secrétaire à l’Énergie Rick Perry, en plus de Mike Pence et du clan Trump, force est de constater qu’il ne se dégage dans l’entourage du président américain pas un expert pointu de la Corée du Nord, ni même d’ailleurs des questions de prolifération et de contrôle des armements. C’est peut-être justement là le problème : après avoir essayé la fermeté sous l’administration Bush, puis le dialogue sous l’administration Obama, mais à chaque fois en imaginant des scénarii et en cherchant à percer les mystères de la Corée du Nord, la Maison-Blanche se risque au jeu du hasard.

      Quant à la menace du Président Trump d'envoyer le porte-avions USS Carl Vinson au large de la Corée (alors qu'on sait depuis qu'il était à cette date dans le détroit de la Sonde), Barthélémy Courmont émet une autre hypothèse que celle d'un bluff du chef d'Etat américain : celle d'une ignorance d'un chef de l'Etat tenu non informé, qui révèle un "amateurisme" qu'il juge "extrêmement inquiétant".

      De deux choses l’une : soit Donald Trump bluffait quand il affirmait que le bâtiment se dirigeait vers la Corée, auquel cas il devrait s’assurer d’avoir de meilleures cartes dans son jeu avant de faire une annonce aussi risquée ; soit il ne savait pas de quoi il parlait. On ose à peine croire à cette seconde hypothèse, et pourtant. La rumeur enfle à Washington : les officiels du Pentagone n’ont pas osé signaler à leur président que l’USS Carl Vinson ne se dirigeait pas vers la Corée. Pour ne pas le contrarier ? Ou alors en se disant que l’affaire passerait inaperçue ? Le commandant en chef des forces armées ne serait ainsi pas informé de l’état et de la disponibilité des forces sur lesquelles il entend s’appuyer pour rendre sa politique étrangère et de défense crédible ? Voilà qui est, au-delà de l’amateurisme dans la gestion de cette nouvelle crise nord-coréenne, extrêmement inquiétant.

      L'AAFC ne peut que partager la conclusion de Barthélémy Courmont, de concert avec la Russie, la Chine, le secrétaire général des Nations unies ou encore le pape François : la navigation à vue de l'administration Trump sur le dossier nord-coréen expose à tous les dangers l'Extrême-Orient - et en tout cas pas le territoire américain, hors de portée des missiles nord-coréens.

      Sources :

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      Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations internationales de la Corée
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      20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 18:49

      Les membres du bureau du comité Espéranto de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) – Marianne Dunlop, présidente du comité, professeure de russe et de chinois, Nathalie Kesler, professeure de lettres classiques et d’histoire-géographie, et François Lo Jacomo, membre de l’Académie internationale d’Espéranto, professeur de mathématiques et linguiste,) – ont visité pendant 9 jours la République populaire démocratique de Corée, du 4 au 12 avril 2017, avant d’achever leur périple par la visite du club d’Espéranto de Dandong (situé à la frontière sino-coréenne, lieu chargé d’histoire avec le fleuve Yalu où nombre de Chinois sont morts pour repousser les assaillants américains de leurs frontières pendant la guerre de Corée), où Zhang Wei rêve de marcher sur les pas de son prédécesseur chinois qui organisait des voyages en RPDC autrefois. Leur voyage fut beaucoup plus fructueux qu’ils ne le pensaient initialement, et ponctué de rebondissements très intéressants pour le développement de l’Espéranto. Un premier compte rendu du voyage a eu lieu au château de Grésillon, maison culturelle de l’Espéranto, le 16 avril 2017.

      Des espérantistes invités à Pyongyang…

      Les membres du comité Espéranto de l’AAFC avaient été fort surpris de savoir que des traces de militantisme pour faire connaître cette langue avaient pu être décelés en évoquant une initiative intéressante à initier en Corée dans le cadre du prochain congrès d’Espéranto en Juillet prochain qui aura lieu à Séoul, au Sud de la péninsule.

      L’action a donc été amorcée grâce au dictionnaire Espéranto-coréen retrouvé entre les mains d’un linguiste nord-coréen reconnu comme très célèbre (en Corée du sud !) du nom de Jong Sun Gi, et à présent d’un âge respectable. Il a confié aux membres de la délégation de l’AAFC avoir été invité lors d’un congrès de linguistes sur l’analyse de la langue coréenne qui a évolué de manière très différente entre le Nord et le Sud (le lexique au Sud étant empli d’anglicismes quasi-inexistants au Nord). Avec étonnement les participants ont également appris qu’il avait pu effectuer des rencontres dans le Sud grâce à cette association de linguistes.

      Voici la réponse d’un correspondant sud-coréen aux participants au voyage en RPDC à leur proposition d’invitation d’une délégation nord-coréenne au congrès universel d’Espéranto à Séoul en juillet 2017 :

      1. inviti delegacion de lingivistoj. d-ro Jong Sun Gi estas la membro de ‘Kun-eldona Asocio de Granda Vortaro de Koreio Sud- kaj Nord-, financata de ambaŭ registaro. ĝi fondiĝis en 2006, kaj havas apartan oficejon kun 30 labarantoj en Seulo(en Nordo la Insutucio). notindas, ke la asocio publike dungis novan oficiston en 2016, kio signifas, ke la asocio ankoraŭ bonege funkcias, kvankam momente la libera iroreveno haltis pro la politika kialo. jen, ni vidas, ke ni ne povas havi apartan pli valoran eventon, per kiu esperantistoj povas kontribui ion por la lingva problemo de ambaŭ koreioj, ili nun uzas gigantan budĝeton de la ambaŭ ŝtatoj. sola ebleco estas inviti delegacion de esperantistoj. unue mi volas diri du eventojn de ambaŭ Koreioj. en la 6a de aprilo, antaŭ 11 tagoj okazis la matĉo de glacihokeo en Suda Koreio, en kiu Norda teamo partoprenis, kaj en la 7a de aprilo, antaŭ 10 tagoj okazis la matĉo de virina piedpilko en Norda Koreio, en kiu Suda teamo partoprenis.

      (Le docteur Jong Sun Gi est membre de l’association du Grand Dictionnaire des deux Corée Sud et Nord, financée par les deux parties, fondée en 2006 et qui possède son propre bureau qui fonctionne à l’aide de 30 salariés à Séoul, et une institution au Nord). À noter que l’association a employé une nouvelle recrue en 2016, ce qui signifie que l’association fonctionne encore très bien, bien que les aller-retour ont cessé pour l’instant à cause de la situation politique. Voilà, nous constatons donc qu’il serait difficile de concurrencer un tel événement et que les espérantistes ne pourraient guère contribuer mieux à faire avancer la cause linguistique de la langue entre les deux Corée. De plus ils disposent d’un budget très conséquent déjà.
      Une meilleure idée serait donc d’inviter une délégation d’espérantistes nord-coréens. En premier lieu il faut préciser que deux événements récents réunissant les deux Corée ont pu avoir lieu récemment, le 6 avril [2017], le match de hockey sur glace au sud, où une équipe nord-coréenne a pu participer et le 7 avril [2017], le match de football féminin a eu lieu à Pyongyang, avec la participation d’une équipe du Sud.)

      Jong Sun Gi nous a donné une version différente de celle des participants issue d’un blog espérantiste « libera folio », qui annonçait que c’est un ancien ministre qui avait fondé le groupe Espéranto en RPDC, avant de subir une répression politique. Au contraire, le linguiste leur a affirmé que le groupe avait été fondé par de très grandes figures intellectuelles de l’époque, en 1951, tous étudiants en langues européennes (allemand, espagnol, anglais, russe…), avec un président en études de médecine qui avait dû quitter l’université à la suite d’une promotion l’ayant conduit à déménager dans une autre ville, et le second principal protagoniste qui était décédé d’une maladie par la suite. C’est donc selon lui le départ de ces deux éminentes figures, qui portaient le mouvement, qui est à l’origine de la fin de la dynamique Espérantiste en RPDC.

      En outre, il a ajouté six noms d’autres personnes profondément impliquées dans le mouvement, Yang Hyong Man, Kim Hui Chol, Ri Yong Nam, Hwang Kyong Ae, Kim Su Gyong, et a évoqué ses souvenirs concernant les premières affiches qu’il avait pu lire au sein de l’université, vantant les mérites de la langue universelle.

      En tant que linguiste il trouvait que la structure même de présentation du dictionnaire Espéranto-coréen n’était pas dénuée d’intérêt.

      Des espérantistes invités à Pyongyang…

      Par ailleurs, les participants ont été très heureux de constater l’ouverture d’esprit affichée par leurs interlocuteurs lors de leurs diverses rencontres, avec des représentants des départements des sciences sociales de trois grandes universités (Université Kim il Sung, Université des langues étrangères de Pyongyang et Pyongyang University of Science and Technology, PUST). Un autre professeur a confirmé que l’Espéranto était une langue connue chez les Nord-Coréens. Redynamiser cette langue est donc un objectif qui a semblé séduire au vu de l’accueil très chaleureux et privilégié reçu par les membres de la délégation de l’AAFC.

      Par-contre, ceux-ci n’ont pu visiter (à cause du match de foot auquel ils ont assisté mais qui a désorganisé le programme) qu’à la fin seulement de leur séjour les studios de cinéma de Pyongyang, alors que cette visite était prévue à l’origine au début du séjour, et le mystère du nom de l’association des cinéastes et autres artistes coréens « korea artista proleta federacio » n’est ainsi toujours pas levé à ce jour.

      Ils ont pu revoir en revanche une seconde fois le linguiste qui était en possession du dictionnaire d’Espéranto, toujours accompagné du nouveau directeur des sciences sociales d’une des universités,(docteur Pang Jong Ho) preuve de la volonté de tenter de renouer avec cette langue. Ils ont alors longuement discuté du rôle de l’association universelle d’Espéranto dont le fonctionnement a intéressé les Nord-Coréens, puis des documents remis lors de leur première entrevue (le « fundamento » : livre écrit par le fondateur de la langue (Zamenhof), avec les règles qu’il a lui-même édictées sur l’Espéranto). Entretemps le linguiste Jong Sung Gi a pu effectuer quelques recherches en bibliothèque et leur a confié avoir retrouvé un exemplaire du « fundamento » dans une bibliothèque de Pyongyang. Il était intrigué par l’aspect deux fois plus volumineux de l’exemplaire que les membres de la délégation venaient de lui offrir. En effet ce dernier a été augmenté par cinq traductions en différentes langues, tout simplement. De manière logique, c’est le dictionnaire de référence qui fut sollicité par les linguistes et nous avons regretté de ne pas avoir emmené de PIV, le grand dictionnaire unilingue de l’Espéranto.

      En conclusion, les participants remercient leur guide féminine, jeune et l’esprit vif, qui a réussi à absorber en huit jours les règles essentielles de l’Espéranto, et le second guide, moins motivé en début de séjour par la langue universelle mais qui était conquis à leur départ, très motivé pour apprendre la langue en comprenant ses enjeux (langue propédeutique, facile à assimiler, aux réseaux déjà creusés dans le monde entier.) Les participants sont donc très confiants pour la dynamique de création peut-être extrêmement rapide d’un nouveau club d’Espéranto en RPDC.

      Enfin, des professeurs de toutes origines sont sollicités, pour lesquels seul le billet d’avion devrait être la plus grosse dépense car les professeurs qui seraient volontaires pour donner des cours dans les universités pourraient bénéficier des mêmes avantages que les Coréens. (logement, nourriture, énergie et transports quasi gratuits…).

      Les participants espèrent que les tensions politiques n’entravent pas des relations si bien amorcées pour l’avenir de l’Espéranto en RPDC.

      Des espérantistes invités à Pyongyang…
      Des espérantistes invités à Pyongyang…
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      Des espérantistes invités à Pyongyang…
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      12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 18:52

      Face à l'attitude belliqueuse des Etats-Unis (qui ont dépêché le porte-avions à propulsion nucléaire USS Carl Vinson, avec sa flotte d'escorte, au large de la péninsule coréenne), tant la République de Corée (du Sud) que le Japon ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas de frappes américaines sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qui feraient courir le risque d'un embrasement de la région - Séoul et Tokyo étant alors aux premières loges. Dans ce contexte particulièrement tendu - où il convient de relativiser la portée de la démonstration de force de Donald Trump (le porte-avions USS Carl Vinson est déjà dans la région Pacifique depuis janvier) - un pays porte le poids des efforts diplomatiques pour une issue négociée, loin des réactions passionnées et impulsives et faisant appel à la raison : la République populaire de Chine.

      Donald Trump et Xi Jinping lors de leur rencontre en Floride, le 8 avril 2017

      Donald Trump et Xi Jinping lors de leur rencontre en Floride, le 8 avril 2017

      Dans la diplomatie chinoise, on évalue la situation la tête froide sans réaction impulsive - un peu le contraire de l'Américain Donald Trump lorsqu'il a pris la décision de frapper la Syrie, faisant planer une menace de guerre dans la péninsule coréenne, théâtre de très larges exercices de guerre.

      Dans ce contexte, le Président chinois Xi Jinping a pris acte des frappes américaines en Syrie (intervenues pendant son sommet aux Etats-Unis), réaffirmé la volonté de Pékin d'agir de concert avec Washington (qui a menacé d'agir unilatéralement), notamment sur la question coréenne, en plaidant pour le multilatéralisme. Médiateur de longue date entre les Etats-Unis et leurs alliés d'une part, la RPD de Corée d'autre part, sur la question coréenne, la Chine a agi avec calme, en appelant une nouvelle fois les différentes parties à la retenue - alors que la RPD de Corée est par ailleurs soupçonnée de pouvoir procéder à un essai nucléaire ou un essai balistique avant le 15 avril 2017, 105e anniversaire de la naissance du fondateur du pays, le Président Kim Il-sung.

      Cette fois, le Président Xi Jinping a choisi d'appeler lui-même son homologue américain Donald Trump le 12 avril 2017, afin de le dissuader d'une action aux conséquences imprévisibles. Selon le Korea Times, le Président américain aurait été pressé de

      trouver une solution pacifique aux tensions croissantes autour du programme nucléaire nord-coréen.

      Dans un éditorial cité par Courrier international, le Huanqiu Shibao a souligné les limites d'une aventure militaire unilatérale américaine :

      Si l’Amérique veut agir seule, le ‘résultat’ sera là, mais le soutien international sera faible. La question nucléaire nord-coréenne ne se résume pas à une question militaire, il faudra toujours au bout du compte parvenir à une solution politique, et la coopération internationale ne devra pas faire défaut.

      Le même éditorial incitait par ailleurs Pyongyang à s'abstenir de toute initiative dans le contexte présent, "pour sa propre sécurité et pour préserver sa capacité de négociation". Au même moment, l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée s'est réunie pour prendre des décisions budgétaires (le budget militaire a été accru de 5,4 % par rapport à 2016, pour faire face aux menaces américaines, représentant ainsi 15,8 % du budget national), et reconstituer par ailleurs une commission des Affaires étrangères - traduisant la volonté de relancer la diplomatie parlementaire.

      Si la Chine sanctionnerait probablement une nouvelle fois la RPDC en cas d'essai nucléaire, elle a aussi ses propres intérêts stratégiques (qui l'amène à s'opposer au déploiement de THAAD en Corée du Sud) et entend exercer ses responsabilités de grande puissance pour préserver la paix et la stabilité dans son environnement immédiat.

      Sources :

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      Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations internationales de la Corée Relations Chine-Corée
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      25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 22:24

      Le 16 mars 2017, le journal russe en ligne Vzgliad, dont la fréquentation estimée à 20 millions de visiteurs par mois, a publié un article d'Andrei Rezchikov intitulé (en français) : "Les « mises en garde » chinoises sur la défense anti missiles commencent à produire leur effet", revenant sur la montée des tensions dans la péninsule coréenne, à la suite notamment du déploiement dans le Sud de la Corée du système américain de missiles antibalistique Terminal High Altitude Area Defense (THAAD). Nous reproduisons ci-après une traduction en français de cet article par Marianne Dunlop, par ailleurs adhérente de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), publiée sur le site Histoire et société. L'AAFC a ajouté les liens dans cet article vers d'autres articles du blog de l'AAFC.

      Moon Jae-in, favori de l'élection présidentielle anticipée sud-coréenne du 9 mai 2017.

      Moon Jae-in, favori de l'élection présidentielle anticipée sud-coréenne du 9 mai 2017.

      Il semble bien que la Corée du Sud ait l’intention de reconsidérer sa décision de déployer sur son territoire le système de défense antimissile des États-Unis. Des allusions en ce sens ont commencé à apparaître au sein du parti dont le représentant est susceptible de diriger le pays après la prochaine élection. La Chine a trouvé des arguments très sensibles pour les Coréens.

      Jeudi, le chef de l’opposition parlementaire sud-coréenne « Toburo » (« Ensemble ») A San-ho a appelé à renoncer à l’installation du système anti-missile US THAAD – tant que le pays n’aura pas obtenu le consentement de la Russie et de la Chine.

      Le politicien a expliqué que le déploiement du système anti-missile n’est possible que si cela ne porte pas atteinte aux relations de Séoul avec les pays voisins, rapporte TASS en référence à « Yonhap. » « Nous devons être très prudents dans cette affaire délicate, – a-t-il dit. – La Chine exerce une forte pression économique ».

      Début mars, le commandement du contingent américain en Corée du Sud a annoncé avoir commencé le déploiement du complexe anti- missile THAAD. Les deux premiers lanceurs ont été acheminés vers une base militaire près de la ville de Pyeongtaek, à 70 km de Séoul. Selon la position officielle de Washington, la raison de l’installation de THAAD dans la région a été la menace nucléaire de la Corée du Nord.

      Initialement le déploiement de THAAD était prévu pour l’été, mais le processus a été accéléré après que la Corée du Nord a mené une série de lancements de missiles. A Moscou, le Conseil de la Fédération a qualifié l’apparition de THAAD en Corée du Sud « un nouveau défi à la Russie », une tentative de « l’encercler par l’est et l’ouest. » La Chine est encore plus préoccupée. Pékin estime que la puissance de THAAD est excessive pour dissuader la Corée du Nord, et son véritable objectif est la surveillance de la partie nord-est de la Chine avec l’aide d’un puissant radar. « Nous ne permettrons pas de porter atteinte à nos intérêts de sécurité nationale », – a déclaré à cette occasion le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hong Lei.

      Le fait que ce soit la gauche qui s’oppose au déploiement du système antimissile américain n’est pas un hasard. Selon un expert de la Corée, le Professeur de l’Université d’Etat de St. Petersbourg Irina Lantsova, la vie politique de la Corée du Sud comprend principalement : une aile droite conservatrice, qui est basée sur une alliance étroite avec les Etats-Unis, et un groupe de partis, dont le « Toburo », qui peut être qualifié de centre-gauche. Ils préconisent une politique étrangère plus équilibrée avec un appui non seulement sur les États-Unis mais aussi d’autres puissances régionales.

      « Déjà au printemps et en été de l’année dernière, beaucoup de personnalités de centre-gauche se sont opposées au système de défense antimissile en Corée. La société en Corée du Sud n’est pas unie sur cette question. Et maintenant, avec la crise politique que connaît le pays, lorsque les chances pour l’arrivée du centre-gauche au pouvoir sont accrues, des voix s’élèvent à nouveau pour que soit révisée la décision sur la défense antimissile », – dit Lantsova à notre journal.

      Pour rappel, des élections présidentielles anticipées sont prévues à la date du 9 mai. Elles ont été rendues nécessaires après que le Parlement a voté la destitution de la présidente Park Geun-hye, et maintenant la décision a été approuvée par la Cour constitutionnelle. Selon Lantsova, après le fiasco de Park Geun-hye, la cote de la droite a chuté et les chances d’arrivée au pouvoir du centre-gauche sont grandes. Comment l’écrivait jeudi « Kommersant », le favori incontesté de la course est aujourd’hui le représentant du parti « Toburo », Moon Jae-in.

      Des sanctions non annoncées officiellement, mais néanmoins efficaces

      En outre, un grand impact sur la politique de Séoul a été exercé par les sanctions de la Chine, qui a commencé à restreindre le commerce avec son voisin, y compris l’annulation officieuse des tournées de chanteurs et la diffusion de films en provenance de Corée du Sud. « La Chine est le principal partenaire économique de la République de Corée. Les restrictions commerciales concernent principalement les biens de consommation de la jeunesse. En outre, les Chinois ont limité la présence de grandes sociétés coréennes comme le groupe Lotte », – dit-elle. Le ministère de la Défense coréen a reconnu que la tension dans ce domaine s’est également amplifiée – la coopération militaire entre les deux pays est presque au point mort. C’est la société Lotte qui a fourni un emplacement sur le territoire de Corée pour l’installation de THAAD, et maintenant la moitié de son réseau de supermarchés en Chine a déjà fermé – sous divers prétextes.

      Le politologue de Corée du Sud Pak No-ja a expliqué au journal VZGLIAD que, selon les sondages, la plupart des Coréens considèrent déjà ces sanctions comme une menace pour l’économie du pays, jusqu’à 30% du commerce étant effectué avec la Chine (en comptant Taiwan et Hong Kong). « Du point de vue de nombreux Coréens, qui sont essentiellement préoccupés par la survie économique, THAAD  est de la folie complète », – a dit Pak.

      Le parti « Toburo » s’appuie sur de grands conglomérats tels que Samsung et Hyundai, qui sont maintenant liés à la Chine, et non aux États-Unis. La plus grande usine de Samsung pour la production de semi-conducteurs se trouve en Chine. « Du point de vue du capital monopoliste coréen, une rupture avec la Chine serait un coup mortel, couvrir de telles pertes à court terme serait absolument impossible », – dit-il.

      En fin de compte, tout se résume à qui l’emportera, du grand capital en alliance avec les libéraux et le centre-gauche, ou de la droite étroitement associée au lobby militaire, puisque le ministère de la Défense est le principal soutien du THAAD. Pak prévoit que l’élection de mai portera sans doute au pouvoir l’opposition, et le président sera le représentant de « Toburo » Moon, et ensuite, avec le soutien de la grande entreprise, le nouveau chef va se battre contre le ministère de la Défense. « Le résultat de cette lutte montrera quels sont les rapports de forces sociales et politiques dans la société, leur influence, leurs possibilités », – prédit Pak No-ja.

      Dans le cas d’une telle lutte, l’expert n’exclut pas que les Etats-Unis par la suite abandonnent le système de défense antimissile en Corée du Sud, afin de conserver leur influence sur la partie sud de la péninsule coréenne. « Les Etats-Unis comprennent qu’il leur faut maintenir l’hégémonie idéologique. Il faut que la majorité des Coréens soient persuadés que la suprématie politique et militaire américaine en fin de compte est à leur avantage », – a-t-il conclu.

      La situation autour du radar américain en Corée du Sud ressemble à celle autour du radar américain en Pologne. Les États-Unis envisagent de déployer un radar en Pologne pour surveiller la Russie, de même que leur radar en Corée du Sud est conçu pour avoir un œil sur la Chine. Cependant, la peur de fâcher la Chine en Corée du Sud, semble-t-il, a été beaucoup plus forte que la peur de fâcher la Russie en Pologne.

      Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

      Sources :

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      19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 15:29

      Le 19 mars 2017, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'est félicitée du test réussi d'un nouveau moteur de fusée - au moment où le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson était en visite à Pékin, où il a rencontré le Président Xi Jinping. Si la RPD de Corée souligne que cet essai, réalisé en présence du Président Kim Jong-un, présente un caractère scientifique, d'aucuns y voient un pied de nez aux Etats-Unis... et à la Chine - alors que l'annonce coïncide avec la rencontre bilatérale de haut niveau entre Rex Tillerson et Xi Jinping. Au-delà des faits, la situation actuelle fait ressortir l'intérêt de revenir à la table des négociations, comme l'a montré le Professeur Kazuto Suzuki dans un entretien au quotidien Le Monde

      En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

      En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

      Pour l'agence nord-coréenne KCNA, l'affaire est entendue : il s'agit d'un progrès scientifique majeur, qui répond aux objectifs de l'ambitieux programme spatial national. Ainsi, selon KCNA :

      Le développement et la mise au point d’un moteur à haute poussée nouvelle génération va aider à consolider les bases scientifiques et technologiques qui nous permettront d’atteindre le niveau mondial en matière de lanceurs de satellites et d’intervention dans l’espace (...) Le leader a souligné que le succès de ce test est un événement d’une signification historique et il a déclaré qu’il s’agissait d’une renaissance pour le programme de fusées du pays.

      L'administration Trump ne l'interprètera certainement pas en ce sens, alors que le Président américain a déclaré qu'il empêcherait la RPD de Corée de se doter de missiles balistiques intercontinentaux pouvant atteindre le territoire américain, et que - de longue date - les Etats-Unis assimilent (de manière sinon abusive, tout au moins hâtive) les programmes balistique et spatial conduits parallèlement par la Corée du Nord.

      Après avoir déclaré à Séoul lors de son actuelle tournée en Extrême-Orient (Chine, Corée, Japon) qu'il n'excluait pas l'option militaire contre Pyongyang, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson - un ancien ingénieur d'Exxon, républicain bon teint par ailleurs opposé aux sanctions contre la Russie - se retrouve dos au mur, alors qu'il s'efforce d'amener la Chine à se rapprocher des positions américaines, notamment sur la question coréenne. Cette coopération est entravée par des divergences stratégiques majeures (notamment le début du déploiement en Corée du Sud, en février 2017, du système américain de missiles antibalistique THAAD, qui a conduit la Chine à mettre en place des sanctions économiques contre Séoul). En outre, Washington avait déjà opposé une fin de non-recevoir au récent plan chinois de sortie de crise ayant conduit à l'escalade actuelle sur la question coréenne.

      Rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 19 mars 2017.

      Rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 19 mars 2017.

      Dans ce contexte, le communiqué commun publié suite à la rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping, esquivant les points de divergence, tend à montrer que l'administration Trump n'a pas encore arrêté sa politique coréenne - tout en faisant par ailleurs le constat de l'échec de la politique dite de "patience stratégique" conduite par l'administration Obama.

      Ce n'est pas la première fois que Pyongyang prend une initiative de nature à fortement déplaire aux Etats-Unis lors d'une rencontre bilatérale de haut niveau - le 12 février 2017, les autorités nord-coréennes avaient déjà procédé à un tir balistique de moyenne portée alors que le Président américain Donald Trump recevait le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

      Il y a clairement, côté nord-coréen, l'engagement d'une diplomatie consistant à aller jusqu'au bord de la rupture (le tir du 12 février n'était pas un essai nucléaire, lequel aurait entraîné à coup sûr le renforcement des sanctions internationales contre la RPD de Corée ; de même, le 19 mars, il a été procédé à un essai de moteur de fusée, non au lancement d'une fusée ni à un tir balistique de longue portée). Par ailleurs, la RPD de Corée manifeste une volonté claire d'indépendance par rapport à la Chine - après avoir subi la décision chinoise de suspendre les achats de charbon nord-coréen.

      Pour autant, il est hautement improbable - contrairement à ce que peuvent prétendre certains médias occidentaux - que la RPD de Corée envisage sérieusement une action militaire contre ses voisins ou les Etats-Unis, ne serait-ce qu'au regard du très net déséquilibre des forces.

      Dans un entretien qu'il a donné au quotidien Le Monde, publié dans l'édition des 19 et 20 mars 2017, le Japonais Kazuto Suzuki, professeur de relations internationales à l'université d'Hokkaido, ancien membre du comité d'experts auprès du Comité des sanctions des Nations Unies sur le dossier iranien, estime que les conseillers militaires de Donald Trump décourageront ce dernier à engager des frappes militaires contre Pyongyang, car "même si leurs forces arrivent à détruire les installations, ils ne se débarrasseront pas des ingénieurs et du savoir que les Coréens ont accumulés" (on peut ajouter que la RPD de Corée a dû mettre à l'abri d'une attaque aérienne ses installations les plus sensibles, ainsi que son stock d'uranium et ses armes nucléaires). Dès lors, le professeur Kazuto Suzuki envisage clairement une négociation avec la RPD de Corée (que rechercherait par ailleurs cette dernière), en évitant que la Corée du Nord ne favorise la prolifération des armes nucléaires. A cette fin, il propose, en s'inspirant du précédent iranien, de reconnaître la Corée du Nord comme une puissance nucléaire :

      Nous devons admettre cet état de fait - la Corée du Nord est une puissance nucléaire - et le considérer non pas comme un précédent mais comme un cas extrême. Nous devons ramener la Corée du Nord à l'intérieur du TNP [NdA : Traité de non-prolifération nucléaire]. C'est ce langage qui a été utilisé dans les négociations avec l'Iran.
      Téhéran a obtenu le droit de posséder un nombre limité de centrifugeuses, un stock d'uranium appauvri et un réacteur à eau lourde, des concessions destinées à permettre des activités d'enrichissement qui ne sont pas destinées à fabriquer une bombe. Le président américain George W. Bush avait rejeté cette possibilité qui avait été négociée dès 2005 par la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne avec l'Iran de Mohammad Khatami. Cette option du "zéro enrichissement", défendue par M. Bush, a été abandonnée par Barack Obama, ce qui a permis de conclure l'accord nucléaire. M. Obama est ainsi passé du "zéro enrichissement" à "zéro bombe". Ce fut un tournant dans la négociation et cela peut aussi se produire avec la Corée du Nord.

      En posant d'excellentes questions (retour de la RPD de Corée dans le régime du TNP, qui implique des obligations en matière de non-prolifération et de contrôle des activités ; reconnaissance de la Corée du Nord comme d'un Etat doté de l'arme nucléaire, à l'instar des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ; différence entre les activités d'enrichissement et la production de bombes nucléaires), le professeur Kazuto Suzuki montre qu'il y a du "grain à moudre" pour une négociation sur le nucléaire nord-coréen. Mais pour ce faire l'administration Trump devra faire preuve de pragmatisme, ce que lui a d'ailleurs proposé la Chine dans son dernier plan de sortie de crise qui a été rapidement rejeté par Washington. Au-delà des postures guerrières destinées, entre autres, à rassurer des administrations conservatrices sur le départ (s'agissant de la Corée du Sud) ou enfermées dans un anti-coréanisme primaire flattant les instincts de l'opinion publique (en ce qui concerne le gouvernement japonais de Shinzo Abe), Donald Trump est aujourd'hui confronté à résoudre, en homme d'Etat, une crise internationale à laquelle son prédécesseur a été incapable de mettre fin de manière satisfaisante sinon dans l'intérêt de la paix, du moins au regard des intérêts américains. 

      Sources :

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      9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 14:02

      Le 7 mars 2017 de 19h10 à 19h50, la chaîne française d’information internationale France 24 (version anglaise) a organisé son débat d’actualité The debate sur le thème « La RPDC : l’escalade ». Le présentateur François Picard a ainsi animé un débat en anglais de 40 minutes où sont intervenus : en duplex depuis Denver (Etats-Unis) Christopher Hill, ancien ambassadeur américain en Corée du Sud de 2004 à 2005 et ancien assistant au secrétaire d’Etat de 2005 à 2009, actuellement doyen de l’Ecole d’études internationales Joseph Korbell de l’université de Denver ; en duplex depuis Leeds (Grande-Bretagne) Adam Cathcart, enseignant d’histoire de la Chine à l’université de Leeds et coauteur de l’ouvrage Change and Continuity in North Korean Politics ; en duplex de Manchester (Grande-Bretagne) Jihyun Park, militante de l’Alliance européenne pour les droits de l’homme en Corée du Nord ; seul présent sur le plateau à Paris, Benoît Quennedey, vice-président de l’Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des actions de coopération.

      La chaîne de télévision France 24 (version anglaise) a consacré un nouveau débat d’actualité à la Corée du Nord

      Le journaliste animateur du débat a commencé par présenter l’actualité avec les relations compliquées entre la Malaisie et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), les récents tirs de missiles nord-coréens et l’attitude selon lui réservée de l’administration Trump.

      Christopher Hill a répondu le premier en assurant qu’il n’avait aucun doute sur l’identité du mort de l’aéroport de Kuala Lumpur et sur le fait qu’il s’agissait d’un meurtre de sang-froid perpétré à l’instigation du régime de Pyongyang. Sur l’insistance du journaliste quant aux circonstances très particulières de ce décès, Christopher Hill a déclaré que la traque et l’assassinat avaient été menés de façon très professionnelle.

      Adam Cathcart, après avoir rappelé le mode de vie de Kim Jong-nam et les circonstances d’accession au pouvoir de Kim Jong-un, a déclaré que le fait que la RPDC ait attendu 5 jours pour mentionner (en la niant) l’utilisation supposée du neurotoxique VX après l’annonce des autorités de Malaisie pourrait être le signe que la RPDC veut faire savoir au monde qu’elle possède un stock d’armes neurotoxiques.

      Jihyun Park a utilisé son tour de parole non pas pour répondre aux questions posées mais pour revenir sur le thème des droits de l’homme en RPDC (reprenant notamment le chiffre contestable et contesté de 3 millions de morts de la famine à la fin des années 1990), en entonnant les couplets habituels de la propagande des services secrets sud-coréens dont elle est très proche. Mieux vaut, sur cette question, aller voir le film de Jero Yun actuellement diffusé dans les salles françaises Madame B, histoire d’une Nord-Coréenne.

      Benoît Quennedey a replacé l’attitude des autorités de RPDC dans leur contexte. Tout d’abord pour elles il s’agit d’un citoyen porteur d’un passeport diplomatique nord-coréen répondant au nom de Kim Chol. A ce titre elles estiment que, en application du droit international, le corps aurait dû leur être rendu, ce que n'ont pas fait les autorités malaisiennes - ce qui a entraîné les protestations de l’ambassadeur de la RPD de Corée à Kuala Lumpur puis son expulsion. Enfin il a rappelé les mystères entourant cette affaire car le neurotoxique VX qui aurait été utilisé est si dangereux que les deux femmes arrêtées auraient dû subir des séquelles.

      Christopher Hill a approuvé la manière de procéder des autorités de Malaisie face à l’attitude irresponsable d’un «Etat voyou » (sic). En tant qu’ancien haut dignitaire de l’administration Bush qui avait fait usage de ce concept il apparait tout à fait légitime pour utiliser cette expression. Il a terminé son intervention en assurant que d’ici quatre ans la RPDC aurait des missiles dotés de têtes nucléaires, ce qui amèneraient les Etats-Unis « à un point de crise absolue ». Quant aux manoeuvres militaires en cours, il a déclaré : « je regrette seulement qu’elles n’aient pas eu lieu au printemps 1950 ce qui aurait empêché l’invasion nord-coréenne. » Pour lui les protestations du Nord contre ces manoeuvres  relèvent de la manipulation. Reprenant une antienne du discours néo-conservateur, il a déclaré : « nous allons réellement arriver à une crise et il nous faut être préparés à tout. » S'agissant de l’installation des missiles THAAD au sud, selon lui, les Chinois ne comprennent pas qu’ils ne sont pas visés et il faut les convaincre qu’une péninsule coréenne réunifiée sous la houlette de Séoul serait dans l’intérêt de la Chine… Pour lui, la Corée va être le problème numéro un de l’administration Trump, plus que la Syrie ou d'autres régions, mais il faut du temps pour mettre en ordre de bataille une nouvelle administration américaine.

      Concernant l’installation des missiles THAAD, Adam Cathcart a répondu que, plus qu’une pression accrue sur Pyongyang de la part du gouvernement chinois, c’est envers Séoul que s'exerce une pression accrue de la part de la Chine, en particulier dans le domaine économique. Il est allé jusqu’à dire qu’à cet égard le déploiement du système THAAD était une aubaine pour Pyongyang.

      La deuxième intervention de Jihyun Park a été sans aucun rapport avec les questions posées. Ce faisant, Christopher Hill en a profité pour féliciter les autorités sud-coréennes de leur activité dans le champ des droits de l’homme et pour assurer ce pays de l’alliance indéfectible des Etats-Unis. Selon lui si l’administration Trump se lance dans une guerre commerciale avec la Chine ce ne sera pas le bon moment pour les amener à revoir leur position sur la Corée.

      Benoît Quennedey a élargi le propos sur l’installation du système THAAD. Tout d’abord il n’y a pas que les Chinois qui s’y opposent et qui se sentent visés, car les Russes, pour les mêmes raisons, n’en veulent pas non plus. Il a aussi rappelé la position de faiblesse de l’actuel gouvernement de Corée du Sud qui cherche à mettre en place THAAD dès que possible alors que le principal parti d’opposition est contre ce déploiement et en position de regagner le pouvoir en remportant l'élection présidentielle à venir très prochainement. Il a été le premier intervenant à mentionner aussi l’opposition de l’opinion publique sud-coréenne au dispositif THAAD. Il a également rappelé que la situation restait ouverte pour les Etats-Unis et qu’il ne fallait pas négliger le rôle éventuel d'intermédiaire et de négociateur de la Russie.

      Puis Adam Cathcart s’est étendu sur la campagne contre les intérêts économiques sud-coréens mené en Chine, et qui vise notamment le groupe sud-coréen Lotte (qui possède dizaines de supermarchés en Chine..) et a cédé un terrain de golf pour l’installation du radar et des missiles THAAD.



      Revoir l'intégralité du débat sur le site de France 24 :

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      8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 13:14

      Après le tir de quatre missiles par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 6 mars 2017, en réaction au lancement de manoeuvres militaires conjointes américano - sud-coréennes d'une ampleur sans précédent, la tension a encore monté d'un cran avec le début du déploiement, au sud de la péninsule, du dispositif américain de missiles antibalistiques Terminal High Altitude Area Defense (THAAD), dont les premiers équipements sont arrivés à Osan, au sud de Séoul le 7 mars 2017. La République populaire de Chine a réagi par la voie de son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, qui, lors d'une conférence de presse s'étant tenue le 8 mars, a réitéré l'opposition de son pays au déploiement de THAAD, tout en esquissant les voies d'une sortie de crise qui permettrait de préserver la paix et la stabilité en Asie du Nord-Est.

      Wang Yi, lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017.

      Wang Yi, lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017.

      Dans la doxa néoconservatrice, l'affaire est entendue : la Chine serait toujours in fine l'alliée d'une Corée du Nord belliqueuse et aventurière, et la course aux armements entretenue en Asie du Nord-Est par les Etats-Unis relèverait de la légitime défense du Japon et de la République de Corée (Corée du Sud) face à un adversaire pourtant infiniment moins puissant (le budget militaire américain est plus de 100 fois supérieur à celui de la Corée du Nord).

      Mais avec le début du déploiement de THAAD en Corée du Sud, Pékin dénonce à présent ouvertement l'utilisation du prétexte nord-coréen pour redéployer les forces armées américaines dans la région Asie-Pacifique et bien contrecarrer, en premier lieu, la montée en puissance de la Chine. Lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017, le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi a rappelé "solennellement" l'opposition de son pays au déploiement de THAAD :


       

      Nous demandons à la Corée du Sud de ne pas insister à vouloir prendre ce chemin, car le résultat ne peut qu'être dommageable pour les autres et ne peut que faire du mal à soi-même.

      Plus qu'un moyen d'intercepter un hypothétique missile nord-coréen (dont la réussite technique serait de surcroît hasardeuse), le dispositif THAAD permet un espionnage militaire de la Russie et de la Chine, et affaiblit donc les capacités d'autodéfense de Pékin et Moscou.

      Wang Yi a usé d'une métaphore ferroviaire pour analyser la situation en Corée, en évoquant l'image de

       

      deux trains qui accélèrent l'un en face de l'autre sans qu'aucun des deux ne veuille céder le passage.

      Dans ce contexte, la Chine renvoie dos à dos les deux Etats coréens. Vis-à-vis de Pyongyang, Pékin a suspendu les importations de charbon nord-coréen suite à l'essai balistique auquel a procédé la RPD de Corée le 12 février 2017. Selon une source très proche des services de renseignement américains (Radio Free Asia), la RPD de Corée aurait réagi en suspendant ses exportations de terres rares vers la Chine. Enfin, la Chine a donné son accord sur le communiqué de presse du Conseil de sécurité des Nations unies, rédigé par les Etats-Unis,  condamnant les tirs de missiles balistiques nord-coréens du 6 mars 2017, adopté à l'unanimité des membres du Conseil de sécurité.

      Il n'est pas nouveau que la Chine applique les sanctions internationales contre la Corée du Nord, dont elle a toujours désapprouvé le programme nucléaire. En revanche, les sanctions économiques prises à l'encontre de la Corée du Sud suite au déploiement de THAAD sont relativement inédites par leur ampleur. Ainsi, les agences de voyages chinoises ont suspendu leurs circuits touristiques en Corée du Sud. 

      Un autre sujet concerne le conglomérat sud-coréen de l'agroalimentaire Lotte, qui a cédé à l’armée sud-coréenne un terrain de golf pour accueillir le système THAAD. Les activités de 23 magasins du groupe Lotte ont été suspendues par les autorités chinoises pour infraction aux règles de sécurité incendie. Les autorités sud-coréennes dénoncent une mesure de rétorsion contre THAAD et entendent saisir l'Organisation mondiale du commerce (OMC). En tout état de cause, des manifestations appelant au boycott des produits sud-coréens ont éclaté en Chine, alors qu'un nombre croissant de voix appelle, en Chine, à "sanctionner la Corée du Sud".

      Manifestation à Jilin (Chine) contre le déploiement de THAAD et pour le boycott des produits sud-coréens.

      Manifestation à Jilin (Chine) contre le déploiement de THAAD et pour le boycott des produits sud-coréens.

      Dans ce contexte, les propositions chinoises d'une sortie de crise ne doivent pas être interprétées comme de nature à favoriser la Corée du Nord ou bien les Etats-Unis et la Corée du Sud, mais traduisent bien une volonté de renouer le dialogue - tout en préservant les intérêts chinois.

      Lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017, Wang Ji a ainsi déclaré :

      Afin de désamorcer la crise qui se prépare dans la péninsule, la Chine propose que, dans un premier temps, [la Corée du Nord] suspende ses programmes nucléaire et balistique, en échange de l'arrêt des manœuvres militaires à grande échelle des Etats-Unis et de la Corée du Sud.

      Cette proposition est raisonnable : elle reprend le principe "action contre action" qui avait permis d'aboutir à de précédents accords sur la question nucléaire en Asie du Nord-Est, en visant à créer un climat de confiance mutuel et à engager une désescalade par étapes, dans laquelle  chacune des parties s'engage à accomplir simultanément un geste d'apaisement. De fait, les Etats-Unis avaient déjà arrêté leurs exercices de guerre dans les années 1990 pour créer les conditions d'un dialogue avec Pyongyang - et une telle initiative ne serait donc pas nouvelle. Pour sa part, la Corée du Nord a proposé à de multiples reprises de suspendre son programme nucléaire et balistique contre la reprise de dialogue en vue de parvenir à des garanties de sécurité, qui pourraient lui permettraient de renoncer in fine à sa force de dissuasion nucléaire - mais elle ne peut pas accepter le diktat de l'administration Obama consistant en un désarmement nucléaire complet, unilatéral et sans contreparties.

      La proposition chinoise est désormais sur la table. Les Etats-Unis et la Corée du Sud vont-ils sérieusement l'envisager, ou préfèreront-ils s'entêter dans une course aux armements qui ne peut que précipiter les dangers de guerre en Asie ?

      Principales sources :

       

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      6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 13:39

      Dans la matinée du 6 mars 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé au tir de quatre missiles balistiques - apparemment de courte ou de moyenne portée, les travaux des experts américains et sud-coréens étant encore en cours à l'heure où nous publions ces lignes. Ces nouveaux tirs apparaissent comme une riposte à l'engagement des manoeuvres militaires conjointes américano - sud-coréennes qui, année après année, mobilisent un nombre croissant d'hommes en recourant à des équipements toujours plus sophistiqués, et sont ainsi dénoncés par Pyongyang comme des préparatifs d'invasion de la péninsule.

      Tir d'un missile à partir d'un sous-marin par la RPDC le 23 avril 2016

      Tir d'un missile à partir d'un sous-marin par la RPDC le 23 avril 2016

      Le 1er mars 2017 a commencé l'exercice militaire annuel Foal Eagle, devant mobiliser 290 000 soldats sud-coréens et 10 000 soldats américains, ainsi que le porte-avions USS Carl Vinson. Ils doivent être suivis, à partir du 13 mars, de l'exercice militaire Key Resolve, basé sur une simulation informatique, pour une durée de deux semaines. Ces manoeuvres militaires - les plus grandes au monde, et de surcroît d'une ampleur sans précédent cette année de l'aveu même d'un responsable militaire sud-coréen à l'agence séoulite Yonhap - mobilisent notamment le dernier cri des bombardiers américains - qui sont l'une des armes favorites des Etats-Unis pour attaquer un pays. Ainsi, parmi l'équipement stratégique utilisé pour ces exercices, on retrouve l'avion de chasse furtif F-35B, déployé en janvier dernier sur la base aérienne américaine au Japon.  Doivent aussi être mobilisés un bombardier stratégique B-1B et un bombardier nucléaire  B-52, tous deux basés à Guam, ainsi qu'un avion de chasse furtif F-22 stationné au Japon.

      La RPD de Corée avait promis de riposter fermement à ce qu'elle dénonce comme la répétition générale d'un plan d'invasion. De fait, les exercices participent à la mise en oeuvre du plan opérationnel OPLAN 5027, dont le but revendique est  « l'élimination du régime nord-coréen » et l'anéantissement de l'armée nord-coréenne.

      La réaction militaires des autorités nord-coréennes a consisté, ce 6 mars, dans le lancement de quatre missiles balistiques en direction de la mer de l'Est, qui ne constituent manifestement pas des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, citant le Comité des chefs d’état-major interarmées (JCS) du ministère sud-coréen de la Défense :

      Les quatre projectiles ont été tirés vers 7h34 depuis le site de lancement de Tongchang-ri, dans la province du Pyongan du Nord, et ont été détectés à 7h36, a précisé le JCS dans un communiqué. Tous les engins ont volé environ 1.000 km et atteint une altitude de 260 km avant de retomber dans la mer de l'Est.

      «La Corée du Sud et les Etats-Unis sont en train d'effectuer une analyse minutieuse sur les informations supplémentaires. Il faudra un certain temps pour obtenir les résultats de l’analyse», a ajouté le JCS.

      Vu le nombre de missiles et la distance de vol, il ne s’agirait pas de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) capables d'atteindre la côte est du continent américain, a évalué le ministère de la Défense lors d'un point de presse.

      Plus tôt dans la journée, des officiels ont noté que les projectiles pourraient être confondus avec des ICBM s'ils sont lancés avec un grand angle.

      Des experts ont quant à eux estimé qu'il s'agirait de missiles de courte portée Scud (500-700 km) ou de missiles de portée moyenne Rodong (1.300-1.500 km).

      Yonhap, 6 mars 2017

      Les Etats-Unis, le Japon et la République de Corée (Corée du Sud) ont vivement dénoncé une "provocation" contrevenant aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour leur part, la Russie et la Chine ont appelé l'ensemble des parties à faire preuve de retenue.

      Les tirs de missiles balistiques nord-coréens, de même que les exercices de guerre américano - sud-coréens, s'inscrivent dans une escalade des tensions où chaque partie riposte en graduant sa réponse. Washington justifie l'intensification chaque année des manoeuvres militaires menées avec ses alliés par la poursuite des programmes nucléaire militaire et balistique nord-coréens, tandis que la RPD de Corée répond qu'elle n'a d'autre choix pour défendre sa souveraineté que de disposer d'une capacité de dissuasion nucléaire... et donc de répondre aux menaces américaines par de nouveaux essais nucléaires et/ou tirs de missiles. 

      Cette escalade des tensions traduit une impasse, dont seule une reprise du dialogue permettra de sortir. Malheureusement, à ce jour, Washington et Séoul entendent accélérer la course aux armements, en envisageant le déploiement en Corée du Sud d'armes nucléaires tactiques ainsi que l'accélération de la mise en place du système de missiles balistiques THAAD - vivement dénoncé comme une menace par la Russie et la Chine (laquelle a par ailleurs commencé à prendre des mesures de rétorsion économique vis-à-vis de la Corée du Sud suite au déploiement de THAAD) :

      Washington a par ailleurs annoncé, le 5 mars, étudier la possibilité de déployer en Corée du Sud des armements nucléaires tactiques en guise de dissuasion. Séoul et Washington ont également décidé d’accélérer l’installation en Corée du Sud du Thaad (Terminal High Altitude Area Defense – système de missiles antibalistiques américain).

      Le Monde, 6 mars 2017

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      26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 11:03

      Depuis le 14 février 2017, la mort, la veille, de celui qui est présenté comme étant Kim Jong-nam retient toute l’attention des médias internationaux pour ce qui concerne l’actualité coréenne. De fait, tous les ingrédients d’un roman d’espionnage sont réunis - y compris la fascination de l’assassinat par empoisonnement. Toutefois, un certain nombre de zones d’ombre demeurent et justifient, compte tenu des conséquences géopolitiques de cette affaire et de la manière avec laquelle elle est généralement présentée par les grands médias, que la rédaction de l’Association d’amitié franco-coréenne juge utile de lister ces interrogations, en laissant au lecteur le soin de se faire sa propre opinion.

      Les mystères de Kuala Lumpur

      Qui est mort ?

      Un citoyen nord-coréen, mort le 13 février au cours de son transport de l’aéroport vers l’hôpital de Kuala Lumpur en Malaisie, détenteur d'un passeport diplomatique au nom de Kim Chol, né en 1970, a été présenté, dès le lendemain par la presse sud-coréenne comme étant Kim Jong-nam, demi-frère du dirigeant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) Kim Jong-un. Seul un test ADN pourrait avec certitude déterminer l’identité du défunt. Cependant, l’article 40 (alinéas 3 et 4) de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques stipule que les personnes munies d’un passeport diplomatique bénéficient d’un principe d’inviolabilité personnelle. A ce titre, la réalisation d’un test ADN et d’une autopsie suppose l’accord préalable de la République populaire démocratique de Corée. La RPDC - comme le droit international l'autorise - a refusé la réalisation de ce test ADN et de cette autopsie et a demandé à ce que le corps du défunt lui soit remis. Par son refus, l’attitude de la Malaisie est doublement critiquable.

      Premier point critiquable, la réalisation d’une autopsie et d’un test ADN sans l’accord de la RPDC est constitutive d’une violation des conventions internationales ainsi que l’a rappelé le Comité des juristes coréens (de la RPD de Corée) le 22 février.

      Par ailleurs, la réalisation d’un test ADN suppose un prélèvement, en Malaisie ou ailleurs, sur un membre de la famille du défunt. Or, à ce jour, aucune information quant à l’arrivée prochaine en Malaisie d'un membre de la famille de Kim Jong-nam n'a été vérifiée de manière certaine. Le corps n'a pas non plus été réclamé par la famille et, conformément aux conventions internationales, aurait dû être immédiatement remis aux représentants de la RPDC à Kuala Lumpur.

      Le test ADN réalisé par la Corée du Sud sur la base d’empreintes digitales laissées dans un restaurant manque quant à lui de crédibilité et d’impartialité et doit donc être écarté.

      Second point critiquable, le gouvernement de la RPD de Corée a demandé à être associé à l’enquête. Cette requête a été refusée par la Malaisie. Le rejet de cette proposition d’enquête conjointe formulée par la RPDC traduit un refus manifeste de coopération mais pourrait aussi témoigner de la peur de la part de la police malaisienne que des lacunes de l’enquête puissent être révélées au grand jour - après la tragique disparition du vol MH370 en mars 2014, où les autorités malaisiennes ont été très critiquées pour leur gestion calamiteuse de la catastrophe et de ses suites.

      Quelle est la cause de la mort ?

      Des zones d’ombre entourent les circonstances et la cause de la mort du citoyen nord-coréen, la presse internationale s’étant contentée de relayer la thèse diffusée - très rapidement - par les médias sud-coréens (cf. ci-dessous la réponse à la question « D'où vient l'information relayée par les médias occidentaux ? ») selon laquelle il s’agirait d’un assassinat par empoisonnement. L’autopsie, réalisée sans autorisation de la République populaire démocratique de Corée (cf. question « Qui est mort ? »), ne lève pas toutes les questions, en l’absence, visiblement à ce jour, de test ADN. En attendant, deux thèses s’opposent.

      La mort du citoyen nord-coréen a tout d’abord été présentée par la police malaisienne comme étant la conséquence d’un accident cardiaque. Certains médias sud-coréens ont cependant affirmé qu’il s’agissait d’un « assassinat par empoisonnement » et cette thèse a immédiatement été reprise par la police malaisienne puis par les médias internationaux. Cette affirmation, par son caractère précipité, pour le moins, devrait pourtant susciter un certain nombre d’interrogations.

      Une vidéo récupérée de manière incertaine avant d'être diffusée par la télévision japonaise FujiTV a depuis été largement relayée et sert de pierre angulaire à la thèse selon laquelle le citoyen nord-coréen aurait été assassiné. Or, sur cette vidéo, ni l’angle de la prise de vue ni la mauvaise qualité des images ne permettent d’établir avec certitude l’existence d’un assassinat par empoisonnement, tandis que le visage de la personne est difficile à discerner. Une photo a circulé, publiée notamment en France par l'hebdomadaire Paris Match, d'un homme présenté comme Kim Jong-nam, évanoui après l' « attentat ». Mais c’est manifestement un faux, les vêtements n’étant pas les mêmes que sur la vidéo diffusée par la télévision japonaise.

      D’après les tenants de la thèse de l’assassinat par empoisonnement, le citoyen nord-coréen aurait été empoisonné à l’aide du poison VX, « plus mortel que le gaz sarin » (c'est à dire plus mortel que mortel !) comme le souligne la dépêche AFP ayant alimenté une bonne partie de la presse française...  Inventé par les Britanniques et modifié par les Etats-Unis, assimilé à une arme de destruction massive, ce poison est extrêmement dangereux et doit être manipulé avec une extrême précaution. L’Institut coréen pour les analyses de défense (KIDA), relevant du ministère sud-coréen de la Défense, avait avancé en 2016 que la RPD de Corée disposerait de six types de gaz innervant dont le VX. La thèse selon laquelle une femme aurait pu, sans aucune protection, asperger le citoyen nord-coréen de ce poison est cependant sujette à caution, et ce point a été souligné par la partie nord-coréenne. Elle n'est cependant pas la seule à s’interroger. Dans un article du quotidien français Le Monde, l’idée que ce poison ait été utilisé est écartée par deux spécialistes :

      Pour le médecin général Patrice Binder, spécialiste des armes biologiques, aujourd’hui à la retraite, il n’est cependant pas crédible que le VX ait pu être appliqué à mains nues sur le visage de la victime par les deux exécutantes présumées. 'Elles auraient été en état de choc, même sous atropine', principal antidote au VX. 'Même en se protégeant avec des gants, manipuler ce produit à la toxicité diabolique est extrêmement dangereux', ajoute Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, auteur d’une thèse sur l’utilisation des armes chimiques pendant la première guerre mondiale.

      "Le Monde", 24 février 2017

      L’identité et le parcours des deux femmes accusées d’avoir participé à l’empoisonnement posent de sérieux doutes (voir question « Que sait-on des deux femmes soupçonnées d'avoir assassiné la victime ? »).

      Contre cette théorie, la République populaire démocratique de Corée a exprimé un certain nombre d’objections, récusant catégoriquement la thèse de l’empoisonnement faute de traces toxiques indubitables ou de lésions. Pour faire la lumière sur ce décès, la RPD de Corée a même proposé au gouvernement malaisien l’envoi d’une délégation pour permettre la réalisation une enquête conjointe et indépendante de toute pression, notamment de la part de la Corée du Sud dont elle dénonce l’ingérence dans cette affaire. Cette proposition n’a pour le moment pas été acceptée. Dans l’attente d’une éventuelle coopération, la RPDC s’en tient à ce qui avait été affirmé initialement par l’hôpital de Kuala Lumpur et le gouvernement malaisien, à savoir une attaque cardiaque.

      D'où vient l'information relayée par les médias occidentaux ?

      La chaîne sud-coréenne Chosun TV est la première à avoir annoncé, le 14 février 2017, l'assassinat de Kim Jong-nam, d'après d’une « source gouvernementale » non précisée. Chosun TV est la chaîne du quotidien ultra-conservateur Choson Ilbo, très proche des services de renseignement sud-coréens, à quelques mois (semaines ?) d'une élection présidentielle mal engagée pour les conservateurs au pouvoir à Séoul (voir question « En cas d'assassinat de Kim Jong-nam, quels seraient les commanditaires et leurs mobiles ? »).

      Dans la première information diffusée par Chosun TV, la victime, immédiatement présentée comme étant Kim Jong-nam, aurait été tuée à l’aide d’aiguilles empoisonnées puis aspergée ; dans un second temps, un tissu lui aurait été mis de force sur le visage pendant quelque quinze secondes, cette durée variant ensuite à quelques secondes ; la nature du poison prétendument utilisé a ensuite été précisée. A ces quelques éléments près (mais qui ont leur importance), le scénario présenté par Chosun TV n’a guère évolué dans ses grandes lignes. Les services de renseignement sud-coréens n’ont pas souhaité, dans un premier temps, faire de commentaires à la presse, la désignation de la Corée du Nord étant alors du fait de la police malaisienne. Toujours selon les médias sud-coréens, ce serait la Malaisie qui aurait informé la Corée du Sud, alors que la victime est nord-coréenne et (s’il s’agissait bien de Kim Jong-nam) résidait en Chine. Ces éléments ont naturellement conduit la RPDC, par la voix de son Comité des juristes, à dénoncer une collusion entre la Malaisie et la Corée du Sud.

       

      Que sait-on des deux femmes soupçonnées d'avoir assassiné la victime ?

      Peu après le décès du citoyen nord-coréen, la police malaisienne a annoncé l’arrestation de deux femmes. Au cours des interrogatoires, elles ont affirmé qu’elles pensaient prendre part à un jeu télévisé de type « caméra cachée » et auraient reçu une somme d’argent assez dérisoire (90 dollars) pour asperger le visage de la victime d’un produit qu’elles pensaient être de l'« huile pour bébé ». Cependant, l’identité, l’activité et le parcours de ces deux femmes posent un certain nombre d’interrogations qui sont de nature à remettre en cause la thèse d'un assassinat par empoisonnement orchestré par la RPDC. En effet, au regard de leur vulnérabilité et des pressions dont elles peuvent faire l’objet, notamment au cours des interrogatoires par la police malaisienne, leurs témoignages doivent être considérées avec prudence. De nationalités indonésienne et vietnamienne, elles travaillent toutes les deux dans le milieu de la prostitution et ont l’habitude de se déplacer en Asie pour leurs activités. L’une d’elles, Doan Thi Huong, est de nationalité vietnamienne et l’étude de son compte Facebook est troublante car elle révèle des liens avec de nombreux citoyens sud-coréens (27 sur un total de 65 amis) ainsi qu’une connaissance de l’alphabet coréen. Une enquête indépendante serait donc la bienvenue pour déterminer la nature exacte de ses liens avec la Corée du Sud.

      En cas d'assassinat de Kim Jong-nam, quels seraient les commanditaires et leurs mobiles ?

      La RPDC a-t-elle assassiné Kim Jong-nam? On peut s’interroger sur l’intérêt pour les Nord-Coréens d’éliminer un homme volontairement à l'écart des jeux de pouvoir en RPDC, qui n’était pas un opposant ni un dissident, et de surcroît sous la protection des autorités chinoises, alors que Pékin est le principal partenaire de la Corée du Nord. Les critiques de Kim Jong-nam contre la RPD de Corée ne doivent pas être surinterprétées : elles sont anciennes et parcellaires, certaines déclarations de Kim Jong-nam allant même dans le sens d’un souhait que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un réussisse dans sa direction du pays. A l’appui cependant d’une mise en cause de la Corée du Nord, les médias ont affirmé que le fils aîné de Kim Jong-nam, Kim Han-sol, aurait renoncé à commencer des études à Oxford - Kim Han-sol ne s’étant par ailleurs pas exprimé publiquement depuis le 13 février 2017. La victime était dans la partie de l’aéroport de Kuala Lumpur dévolue aux vols low cost, ce qui ne correspond pas au mode de vie prétendu de Kim Jong-nam. Le mode opératoire supposé, particulièrement peu discret, a entraîné une large publicité nuisant à l’image de la RPD de Corée. L’amateurisme extrême de ce qui est présenté comme un assassinat par empoisonnement, avec le recours à des civils de nationalité étrangère, peut être de nature à écarter l'idée une intervention du gouvernement nord-coréen (et, si c'est le cas, à quel niveau ?). Si la RPDC avait réellement eu l’intention d’éliminer Kim Jong-nam, on peut objecter qu’elle l’aurait fait avec d’autres moyens et dans un autre lieu qu’un hall d’aéroport bondé.

      En outre, la République populaire démocratique de Corée et la Malaisie entretiennent de longue date d'excellentes relations allant jusqu'à l'absence de visas entre les deux pays. Quelques semaines avant l'incident du 13 février 2017, la RPD de Corée et la Malaisie avaient même signé un accord pour approfondir leur coopération dans le domaine culturel. Quel intérêt avait la RPD de Corée à ainsi ruiner une si belle entente ?

      Pour accréditer le mobile de l’assassinat par la RPD de Corée, différentes hypothèses (d’origine sud-coréenne ou occidentale) ont été émises mais toutes restent à être étayées : Kim Jong-nam aurait voulu faire chanter les autorités de la RPD de Corée en menaçant de gagner la Corée du Sud, il aurait pu prendre la tête d’un gouvernement en exil, etc…

      En tout état de cause, la Malaisie recherche des suspects nord-coréens, y compris un diplomate, dont plusieurs ont quitté la Malaisie peu après l'incident du 13 février. La RPDC parle quant à elle de manipulation et d'atteinte à sa souveraineté au regard du principe d’immunité diplomatique dont jouissent les diplomates, immunité consacrée par les conventions internationales et devant à ce titre être respectées. La Malaisie objecte que les circonstances de la mort justifieraient ce non-respect du droit international.

      Les triades chinoises ont-elles assassiné Kim Jong-nam? Le mode de vie et les dettes potentielles de Kim Jong-nam, passant le plus clair de son temps à Macao, en font une cible potentielle pour certains intérêts économiques chinois liés aux triades. L’assassinat en dehors du territoire chinois traduirait alors une volonté de brouiller les pistes en évitant de se soumettre aux juridictions chinoises. En outre, les deux assassins présumées fréquentaient des milieux interlopes dont Kim Jong-nam aurait été un habitué.

      Les services secrets sud-coréens ont-ils assassiné Kim Jong-nam? Cette hypothèse a des partisans, en Corée du Sud notamment, où les services secrets ont été impliqués dans des opérations pour tout ou partie non élucidées. Parmi les dernières affaires en date, la manipulation de l’élection présidentielle sud-coréenne de décembre 2012 et la dissimulation des causes du naufrage du ferry Sewol ayant entraîné en avril 2014 la mort de quelque 300 passagers - majoritairement des lycéens en voyage scolaire. En outre, une élection présidentielle doit intervenir dans les prochains mois en Corée du Sud, alors que la présidente conservatrice Park Geun-hye a été destituée par le Parlement en décembre dernier et que la Cour constitutionnelle devrait confirmer (ou non) d’ici la mi-mars ce vote de destitution. L’affaire fait opportunément le jeu des services secrets proches de la droite sud-coréenne. En tout état de cause, cette affaire détourne provisoirement l’attention de la presse des nombreux problèmes internes à la Corée du Sud (procédure de destitution, enquêtes pour corruption, manifestations massives…) et constitue donc un parfait contre-feu médiatique. Les citoyens sud-coréens ont une expression pour désigner ce genre d'incident spectaculaire impliquant la RPDC et survenant très opportunément à la veille d'échéances majeures en Corée du Sud : le « vent du Nord ».

      Un autre pays a-t-il assassiné Kim Jong-nam? A supposer que le poison puissant soupçonné (le VX) ait été utilisé, peu de pays peuvent le produire. Parmi ces pays, il y a la Russie, laquelle est un partenaire important (à défaut d’être un allié) de la RPDC. Il est notoire qu'une partie des techniciens et scientifiques russes s’est engagée dans des activités illicites après la disparition de l’Union soviétique en 1991. Certaines agences des Etats-Unis, autres producteurs du VX, auraient aussi eu intérêt à commettre un attentat spectaculaire « sous fausse bannière », en l'occurrence celle de la Corée du Nord, pour faire avancer les intérêts stratégiques américains en Asie et particulièrement en Corée où l'installation prochaine du système antimissile THAAD soulève une vive opposition. Dans sa déclaration du 22 février, le Comité des juristes de la RPDC s'étonne d'ailleurs que la mise en place du système THAAD ait été évoquée lors d'une réunion ministérielle tenue le 16 février en Corée du Sud et ayant pour sujet l'incident de Kuala Lumpur.

      Enfin, la possibilité selon laquelle Kim Jong-nam aurait simulé sa propre mort avec le recours à un tiers n’est pas à exclure. Kim Jong-nam, passionné de jeux et père de famille, a toujours préféré les joies d'une vie discrète aux lumières du pouvoir et aurait eu tout intérêt à passer pour disparu et ainsi recommencer une nouvelle vie.

      Les mystères qui entourent la disparition d’un Nord-Coréen le 13 février 2017 à Kuala Lumpur doivent inciter à n'écarter aucune hypothèse et, en tout cas, à rester extrêmement prudent face à une histoire vendue un peu trop vite par les grands médias malgré ses trop nombreuses incohérences.

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      Nouvelles de la "liste noire"

      Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

       

       

      * Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)