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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 07:52

Le 7 juillet 2017, 122 Etats membres des Nations unies (sur les 192 que compte l'organisation) ont adopté le projet de traité sur l'interdiction des armes nucléaires, ouvert à la ratification depuis le 20 septembre et qui entrera en vigueur après avoir été ratifié par cinquante Etats. Aucune des puissances nucléaires n'a participé aux discussions sur le traité, mais le vote, le 27 octobre 2016, du premier comité de l'Assemblée générale des Nations unies en faveur de la résolution L.41 prévoyant l'ouverture de négociations  sur un "instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète" faisait clairement apparaître quelles puissances nucléaires envisagent réellement l'interdiction des armes nucléaires, éclairant ainsi d'un jour nouveau les enjeux de la crise actuelle autour de la Corée sur la question nucléaire.

Essai nucléaire français "Licorne" (puissance : 1 Mt) sur l'atoll de Mururoa le 3 juillet 1970

Essai nucléaire français "Licorne" (puissance : 1 Mt) sur l'atoll de Mururoa le 3 juillet 1970

Un seul pays doté de l'arme nucléaire, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), avait voté pour la résolution L. 41. Le vote de la délégation nord-coréenne était cohérent avec sa position de principe pour un monde sans armes nucléaires : la RPDC a développé sous la contrainte ses armes nucléaires comme un outil de dissuasion pour ne pas subir le sort de pays comme l'Irak et la Libye, alors que l'administration Trump laisse sous-entendre que les Etats-Unis pourraient bien, en revanche, utiliser à nouveau des armes nucléaires contre la Corée du Nord - comme ils l'ont déjà fait en 1945 en bombardant et tuant à Hiroshima et Nagasaki. 

Sans surprise, les Etats-Unis et leurs alliés (Corée du Sud, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Australie, Israël...) ont voté contre la résolution L. 41, de même que la Russie, tandis que la Chine, l'Inde et le Pakistan se sont abstenus.

Si les Etats-Unis et leurs alliés multiplient les sanctions contre la RPD de Corée, c'est bien pour conserver le monopole de l'arme nucléaire, inquiets à l'idée que des Etats qui ne soient pas leurs clients se dotent de cette arme en suivant l'exemple de la RPD de Corée. Une telle conception des relations internationales nie la souveraineté des Etats, qui est pourtant officiellement la base du droit international.

La seule issue à la crise en cours sur le nucléaire nord-coréen consiste donc à ce que les Etats-Unis cessent de menacer la RPD de Corée avec des armes nucléaires (en apportant par ailleurs des garanties de sécurité à la Corée du Nord) et s'engagent eux aussi sincèrement, comme la France et le Royaume-Uni, vers une interdiction complète des armes nucléaires dont ils restent les principaux détenteurs (si l'on juge par les critères du nombre d'essais et de têtes nucléaires). Ce processus sera long, exigeant des concessions de toutes les parties (et pas seulement de la Corée du Nord), mais en tout état de cause ils ne peuvent pas demander aux autres ce qu'ils refusent d'accomplir eux-mêmes. Dans ce seul contexte, il serait raisonnable pour Pyongyang d'abandonner également ses armes nucléaires, qui sont aujourd'hui son assurance-vie face aux menaces extérieures.

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 06:37

Adoptée à l'unanimité par ses membres, alors que la Russie et la Chine menaçaient d'opposer leur veto, la résolution 2375 du Conseil de sécurité des Nations unies impose de nouvelles sanctions drastiques contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à la suite de son sixième essai nucléaire, après la très sévère résolution 2371. Après avoir fait monter les enchères tant sur le contenu du texte qu'en ce qui concerne son adoption rapide, les Etats-Unis ont dû composer avec la Russie et la Chine, tandis que la RPDC avait menacé les Etats-Unis de contre-mesures après la présentation par Washington de propositions sans équivalent dans l'histoire du Conseil de sécurité des Nations unies. 

L'ambassadrice américaine aux Nations unies Nikki Haley et son homologue chinois Liu Jieyi, le 11 septembre 2017

L'ambassadrice américaine aux Nations unies Nikki Haley et son homologue chinois Liu Jieyi, le 11 septembre 2017

Les Etats-Unis avaient avancé l'idée d'un embargo total sur les produits pétroliers nord-coréens, ce qui aurait eu pour effets de briser l'économie nationale et de causer de très nombreuses victimes. Le texte adopté par les Nations unies, en imposant des limitations aux échanges, rappelle le précédent irakien qui avait conduit à cette situation absurde qu'un des plus grands producteurs au monde de pétrole et de gaz naturel soit privé de ses ressources d'exportations et doive mendier la livraison de produits alimentaires pour nourrir ses populations. Il en avait résulté un vif ressentiment contre les Etats-Unis et leurs alliés, qui avait alimenté des années plus tard le terrorisme islamiste contre l'Occident. 

La RPD de Corée, quant à elle, n'exploite pas de pétrole ni de gaz, souffre déjà d'un manque d'énergie pour l'approvisionnement de son économie et la vie quotidienne de ses habitants mais disposerait de stocks d'hydrocarbures pour un certain nombre de mois. 

La résolution 2371 prévoit 
 un embargo sur le gaz naturel et une limitation des importations nord-coréennes de pétrole à 500.000 barils pendant trois mois à partir du 1er octobre, puis 2 millions de barils à partir du 1er janvier pour une période de 12 mois - montrant ainsi clairement quelle pourrait être la prochaine restriction, pour Washington et ses alliés, si la RPDC procédait à de nouveaux essais balistiques et nucléaires. Il s'agirait d'un tiers du volume des approvisionnements du pays en produits pétroliers.

Outre cette restriction inédite sur les achats d'hydrocarbures par Pyongyang, la résolution 2375 interdit les exportations de produits textiles par la Corée du Nord - soit un manque à gagner de 800 millions de dollars par an, ou le quart de ses exportations, ce qui s'ajoute à la limitation d'environ un tiers des exportations nord-coréennes résultant de la résolution 2371. C'est bien une autarcie qu'entend imposer l'administration Trump aux Nord-Coréens. 

En raison visiblement de l'hostilité de la Russie, les sanctions ciblées contre le dirigeant nord-coréen (gel des avoirs, interdictions de voyager) ont été abandonnées. Moscou a observé que ce serait une mesure relevant d'une politique de changement de régime, que Washington prétend ne pas mener. De nouvelles personnalités et entités, liées notamment au programme balistique, sont toutefois placées sur la liste noire des interdictions bancaires.

La résolution prévoit également des inspections en haute mer des navires nord-coréens mais avec l'accord de l'Etat du pavillon, ainsi qu'un échange d'informations sur les contrats de travail des quelque 50 000 Nord-Coréens à l'étranger. Les Etats-Unis avaient envisagé des mesures beaucoup plus sévères dans ces deux domaines.


Sources :

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 10:37

Alors que les Etats-Unis font pression sur la Chine et la Russie pour l'adoption d'une résolution par le Conseil de sécurité des Nations unies qui aurait des conséquences catastrophiques sur la vie des populations, un article de Iouri Selivanov pour l'agence russe News Front (intitulé "La politique d'apaisement avec l'agresseur, c'est la voie directe vers une nouvelle guerre"), publié le 5 août 2017, soulignait le danger pour la Russie de céder face aux exigences américaines. Nous publions ci-après une traduction du russe (par YB) de cet article, qui reflète également les réticences de l'opinion publique russe vis-à-vis de la politique américaine en Corée - alors que le président Vladimir Poutine a exprimé publiquement son refus de nouvelles sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). 

Ce graphique, intitulé "Un embargo sur le pétrole nord-coréen rajouterait de l'huile sur le feu", montre que la Chine est le principal exportateur de pétrole vers la Corée du Nord (source : "The Korea Herald", http://www.koreaherald.com/view.php?ud=20170910000225)

Ce graphique, intitulé "Un embargo sur le pétrole nord-coréen rajouterait de l'huile sur le feu", montre que la Chine est le principal exportateur de pétrole vers la Corée du Nord (source : "The Korea Herald", http://www.koreaherald.com/view.php?ud=20170910000225)

La politique d’apaisement avec l’agresseur c’est la voie directe vers une nouvelle guerre

Une certaine « source dans le conseil de sécurité de l'ONU », dont l’opinion a été instantanément reprise par la partie politiquement correcte de la presse russe, a communiqué à l'agence Reuter qu'il y a « une haute assurance » à ce que Moscou et Pékin votent pour de nouvelles sanctions contre Pyongyang.

Le caractère provocateur et spéculatif de cette « information », qui est évidemment dirigée vers la création de motivations psychologiques supplémentaires pour Moscou et Pékin à ne pas s'opposer à « l'opinion publique mondiale », déjà formée par la machine médiatique occidentale, est tout à fait évident.

J'espère sincèrement que cette provocation médiatique ne correspond pas du tout à la réalité. Premièrement parce que proposée par un pays "impartial", comme les États-Unis la nouvelle résolution proposée au conseil de sécurité de l’ONU concernant la RPDC n’est rien d’autre qu’un plan d’asphyxie économique complète de cet État. il suffit de mentionner le point qui interdit aux ports de tous les pays du monde l’accès de tout navire sous pavillon de la RPDC ! Ce qui est équivaut au blocus commercial complet de ce pays, le tout appuyé par les marines militaires.

Deuxièmement, il serait extrêmement peu pratique, en tout cas pour Moscou, de soutenir une telle résolution juste après que les autorités américaines ont introduit de nouvelles sanctions économiques draconiennes contre la Russie. Et en outre ils ont fait cela dans un paquet commun concernant aussi la RPDC et l’Iran. Le soutien dans de telles conditions du blocus américain de la Corée du Nord serait équivalent au signal de divergences profondes entre des adversaires les plus rigides des États-Unis les obligeant à s’étouffer entre eux dans les conditions d’une menace commune américaine.

Un tel soutien naturellement, pourrait inspirer aux Américains de nouveaux "exploits" agressifs. En réalité, maintenant à l'exemple de la Corée du Nord le système sera rodé et on approuvera la stratégie américaine de l'isolement international complet  d’un autre pays avec son asphyxie économique et sa soumission militaire et politique.

Et si Washington réussi cette manoeuvre avec Pyongyang il tentera de l'appliquer de nouveau. Y compris par rapport à la Russie. Et même, probablement, par rapport à elle, en prenant en considération le degré élevé de la tension dans ses relations avec les États-Unis.

Dans tous les cas l'acceptation d'une telle résolution clairement agressive en ce qui concerne la RPDC est absolument impossible sans le soutien de la Fédération de Russie et de la République Populaire de Chine, devenant une grande victoire géopolitique des États-Unis et une puissante motivation pour l'accroissement ultérieur des appétits globaux de ce pays et de ses ambitions militaristes.

Si nous voulons obtenir un tel résultat, alors il faut absolument voter pour cette résolution au conseil de sécurité de l'ONU !

Mais il est peu probable que nous voulions cela. Parce que nous comprenons parfaitement à quoi cela ressemble. Ceci ramène tristement à la mémoire « la politique d’apaisement » des puissances occidentales, qui dans les années 30, cédaient l'Europe par morceaux à Hitler à la mesure de l'accroissement de ses appétits. Notamment la politique de non résistance de l’occident, même liée à ses propres intérêts géopolitiques, a amené à ce que l'Allemagne nazie a perdu définitivement toute mesure et s'est assurée de son invincibilité. Et finalement le monde est tombé dans la deuxième Guerre mondiale.

La même chose peut se passer aujourd'hui. Sûr de lui jusqu'à perdre toute conscience de la réalité, le monstre géopolitique s’enflera de la conscience de sa grandeur personnelle au fur et à mesure qu'on lui jettera de nouvelles proies, et son appétit grandira.

On peut certes amener un tas "d'arguments" au profit de la nécessité d’une certaine « flexibilité tactique » en vue de trouver des décisions mutuellement acceptables. D'autant plus qu'en faveur d'une telle "flexibilité" travaillent des intérêts commerciaux considérables, y compris ceux des élites russes. Mais je crains qu'à l'étape actuelle ce soit déjà des illusions mal fondées.

De façon évidente n'importe quelles concessions ultérieures à l'Occident seront perçues par celui-ci que comme une manifestation de faiblesse de ses adversaires, comme leur non préparation à une opposition ferme et, par conséquent, comme une invitation à l'intensification ultérieure de ses prétentions et de la pression en vue de l'extorsion de plus larges concessions. Et ainsi à l'infini. Et en effet pourquoi l’Occident changerait-il de tactique, s'il est persuadé qu'elle fonctionne ?

Il y a de plus en plus de signes permettant une telle interprétation de la position occidentale dans le monde. Et cela se manifeste le plus clairement dans les lieux périphériques, où les roquets locaux ont constamment le nez en l’air, saisissent les moindres changements dans l'humeur de leur maître et commencent de plus en plus à aboyer sur ses adversaires.

Un exemple typique, une sorte de girouette géopolitique est constituée par la Roumanie proaméricaine. Ces derniers temps, elle devient chaque jour de plus en plus insolente par rapport à la Russie. Auparavant les Roumains, même en rêve, n’auraient pu imaginer ce qu'ils font aujourd'hui en plein jour. L'interception de l'avion avec une délégation russe gouvernementale à bord est un fait extraordinaire dans les relations entre Moscou et Bucarest. Mais comme si cela ne suffisait pas, le jour suivant le gouvernement de la Moldavie, qui danse sur la partition de Bucarest, a déclaré "persona non grata" le vice-premier ministre de la Fédération de Russie Dimitri Rogozine, représentant russe pour la Transnistrie. Et, ainsi, on a fait dérailler les négociations et tout le processus de paix sur les bords du Dniestr !

Que tout soit dirigé entièrement de Bucarest, est confirmé par les demandes récentes du Ministre des Affaires étrangères Melechkanu, qui sur un ton extrêmement impertinent a conseillé au représentant autorisé russe pour les pourparlers de la paix sur la Transnistrie d’ «exprimer ses points de vue à Moscou ou quelque part ailleurs», mais non en Moldavie. Ainsi que le ministre roumain le dise d'une façon directe et sans la moindre réserve diplomatique et commande la politique d’un autre État, la Moldavie, en lui indiquant qui on peut admettre chez lui, et qui on ne peut pas, est, premièrement, une indication singulièrement claire qu'à Bucarest on a effacé depuis longtemps la Moldavie de la carte politique, comme État indépendant. Et deuxièmement, avec un tel degré d'audace et d’assurance, le fait que les Roumains ne font que le retransmettre directement des bords de la rivière de Potomak.

C’est seulement un cas, mais très typique de la conduite d’un roquet géopolitique des États-Unis, qui, par son degré extrême d’excitation révèle l'état d'esprit agressif de son maître transocéanique. Et de tels cas aujourd'hui il y en a quantité. Montrer de la faiblesse face à une telle meute c’est la dernière chose à faire. C’est le pire modèle de conduite. Parce qu'il suffit que cette meute sente chez l’autre la peur ou l'indécision, et c’est la fin. Elle se jettera sur vous sans cérémonie. En tout cas je ne donnerai pas un sou de l’intégrité de vos pantalons et de l’inviolabilité de votre derrière.

Iouri Selivanov, spécialement pour News Front

Article original en russe : 

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 20:58

A la suite du lancement par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de deux missiles balistiques intercontinentaux les 4 et 28 juillet 2017, le Conseil de sécurité des Nations unies, à l'unanimité de ses membres, a très significativement alourdi les sanctions contre la RPD de Corée, dans le cadre d'une nouvelle résolution (2371) adoptée le 5 août 2017.

Des sanctions à 1 milliard de dollars

A l'issue de discussions qui auront duré près d'un mois entre les Etats-Unis et la Chine, le Conseil de sécurité des Nations unies a une nouvelle fois alourdi les sanctions à l'encontre de la RPD de Corée : en particulier, le charbon, le fer, le minerai de fer, le plomb , le minerai de plomb et les produits de la mer figurent désormais parmi les produits interdits d'exportation. Au total, selon les Américains qui ont été les parrains de ce nouveau train de mesures sans équivalent au monde, ce sont un tiers des exportations nord-coréennes (estimées à 1 milliard de dollars par an) qui seraient amputées.

Alors que la RPD de Corée a un besoin urgent d'investissements étrangers pour moderniser son économie, la résolution 2371 interdit également la création de nouvelles sociétés conjointes (joint ventures) entre des entreprises nord-coréennes et étrangères. Les joint ventures déjà implantées en RPDC ne pourront pas accroître leurs investissements.

Pyongyang ne pourra pas non plus augmenter le nombre de ses travailleurs à l'étranger.

Les navires nord-coréens ne respectant pas l'embargo seraient menacés d'une interdiction d'accoster dans tous les ports du monde.

Parmi les individus et les entités figurant sur une "liste noire", interdits d'activités bancaires internationales et dont les avoirs sont gelés, est ajoutée, entre autres, la Banque du commerce extérieur qui réalise les opérations sur devises.

Officiellement, il s'agit d'empêcher Pyongyang de poursuivre ses programmes nucléaires et balistiques en la privant des devises nécessaires - mais d'aucuns y verront surtout une nouvelle illustration de la stratégie d'étranglement économique mise en œuvre par Washington, à défaut de pouvoir conduire une opération militaire en Corée du Nord dont les conséquences seraient catastrophiques.

Les populations nord-coréennes seront les premières - sinon, les seules - victimes de cet embargo toujours accru : dans un actuel contexte marqué par le grave impact de la sécheresse, et alors que les Etats-Unis n'honorent pas leurs livraisons d'aide alimentaire dans le cadre des Nations unies, ce sont d'ores et déjà des centaines de milliers de tonnes de produits alimentaires, qui auraient pu être achetés par le gouvernement nord-coréen, dont seront privés des enfants, des femmes et des hommes qui, en Corée du Nord, sont soumis à une insécurité alimentaire chronique. L'argument chinois, défendu en 2016, selon lequel les sanctions ne devaient pas toucher les populations vole en éclats avec la résolution 2371.

Alors que la paix se construit en favorisant les échanges de toutes natures, les Etats-Unis et leurs alliés contraignent la RPD de Corée à un isolement forcé. En particulier, la relance des échanges économiques intercoréens, auquel le nouveau gouvernement démocrate de Séoul se disait favorable lors de la campagne présidentielle de ce printemps, est désormais exclue. Dans le contexte des négociations internationales sur la résolution 2371, qui ont reçu l'aval de Séoul, on comprend mieux désormais pourquoi Pyongyang a rejeté comme hypocrites les offres de dialogue récemment formulées par la Corée du Sud.

Il y a un an et demi, après le quatrième essai nucléaire nord-coréen, les Etats-Unis avaient opté pour l'interdiction totale ou partielle des exportations par la RPD de Corée : après discussion avec la Chine, principal partenaire économique de Pyongyang, ils n'avaient pu que limiter le volume de certaines exportations. A la suite des deux récents tirs d'ICBM par la Corée du Nord, ils progressent dans leur objectif d'asphyxie économique totale de la RPD de Corée - avec l'aval chinois, même si Pékin s'est opposée à certaines mesures initialement envisagées (comme les interdictions de livraison de pétrole à la Corée du Nord).

Si la Chine a sacrifié ses propres intérêts en Corée du Nord, alors qu'elle est par ailleurs directement visée par le déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles antimissile THAAD, c'est probablement parce qu'elle a craint des mesures pires de rétorsion sur ses exportations aux Etats-Unis - et a donc préféré joué l'apaisement avec Washington.

Alors que les Etats-Unis et leurs alliés prétendent que la Corée du Nord est désormais confrontée à la détermination unanime de la communauté internationale, il est pour le moins improbable que Pyongyang renonce à ses programmes balistiques et nucléaires. En effet, la RPDC pourrait être en mesure de doter ses missiles ICBM de têtes nucléaires d'ici un an de l'aveu même des experts occidentaux et donc disposer d'une force de dissuasion pleinement opérationnelle. Si près du but, la Corée du Nord n'a aucune raison de se détourner de cet objectif, alors même que les précédentes sanctions internationales ont échoué à stopper les progrès militaires de Pyongyang.

Loin de favoriser le retour à la table des négociations, les sanctions onusiennes renforcent plus que jamais les risques de guerre dans en Asie du Nord-Est, en confortant les autorités nord-coréennes dans une vision obsidionale de leur rapport au monde.

Sources :


 

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 20:50

Le 4 juillet 2017, soit le jour de la fête nationale américaine, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a procédé au tir d'un missile balistique de type Hwasong-14 : elle affirme avoir lancé avec succès, pour la première fois, un missile balistique intercontinental (acronyme anglais : ICBM). Si les experts étrangers discutent la portée de ce tir, de nouveau unanimement critiqué par les Etats-Unis et les pays occidentaux car contrevenant aux sanctions des Nations Unies, il marque en tout cas un nouveau progrès dans le programme balistique nord-coréen, posant de nouveau la question de l'efficacité de la politique de sanctions pour empêcher le développement des programmes balistiques et nucléaires de la RPD de Corée. 

Photo (non datée) de lancement d'un missile balistique de type Hwasong-14

Photo (non datée) de lancement d'un missile balistique de type Hwasong-14

Selon les autorités nord-coréennes, le lancement, décidé et supervisé par le Maréchal Kim Jong-un, aurait permis à l'engin d'atteindre une altitude de 2 802 km. Il aurait volé sur une distance de 933 km, avant de tomber dans la mer de l'Est. Toujours selon les médias de la RPDC, la Corée du Nord, puissance nucléaire, serait désormais dotée d'ICBM lui permettant de "frapper tout endroit au monde". 

Si les militaires occidentaux ont été très prudents sur la portée de ce tir, la Russie, d'après les données paramétriques, a estimé qu'il s'agissait d'un tir de portée intermédiaire - soit une catégorie immédiatement inférieure à celle des missiles de type ICBM, dont la portée est supérieure à 5 600 kilomètres. Pour sa part, David Wright de l'Union of Concerned Scientists, estime, avec d'autres experts, la portée du missile nord-coréen à 6 700 kilomètres, ce qui permettrait à la RPDC d'atteindre l'Alaska. Les Etats-Unis ont ensuite reconnu qu'il s'agissait bien du lancement d'un ICBM. Dans tous les cas, les progrès du programme balistique nord-coréen sont réels, et ceux-ci se sont manifestement accélérés sous l'impulsion du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un depuis son arrivée au pouvoir en 2011.

Sur les motivations des programmes balistiques et nucléaires de la RPDC, l'historienne Juliette Morillot observe, dans un entretien à 20 minutes, que leur développement procède d'un sentiment légitime d'insécurité des Nord-Coréens face à la politique américaine, aujourd'hui marquée par l'imprévisibilité de l'administration Trump : 

La Corée du Nord se sent menacée par les Américains, et de fait, elle l’est. En atteste il y a quelques semaines l’annonce par Trump de l’envoi d’un porte-avions américain dans la zone. Kim Jong-un craint que Donald Trump, qui a 28.000 soldats américains postés sur le sol sud-coréen, ne décide d’envoyer ses troupes envahir la Corée du Nord. D’ailleurs, entre Donald Trump et Kim Jong-un, c’est bien Donald Trump qui est le plus imprévisible des deux.

Pour Europe 1 et le JDD, le journaliste Vivien Vergnaud souligne que la poursuite du programme balistique nord-coréen s'inscrit dans "un contexte de menaces répressives" : 

La Corée du Nord réalise des tirs de missiles balistiques dans un contexte de menaces répressives, qu'elles viennent des sanctions des Nations Unies portées par les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud.

Pour l'auteur Philippe Pons, les programmes militaires nord-coréens ne s'inscrivent ainsi plus dans une logique de négociation (qui consisterait à les arrêter, voire les démanteler, en contrepartie notamment de garanties de sécurité), mais "relèvent d'une nécessité stratégique" : 

Les programmes nucléaires et balistiques nord-coréens ne sont plus une monnaie d'échange dans une négociation : ils relèvent d'une nécessité stratégique.

Comme le souligne des experts nord-américains cités par Laurent Barthélémy (bureau de l'AFP à Washington), il convient que l'administration américaine prenne acte de l'échec de la politique de sanctions et se fixe d'autres objectifs de négociation que ceux, désormais dépassés, d'une dénucléarisation de la péninsule coréenne :

Pour un certain nombre d'experts américains, les États-Unis n'ont plus d'autre choix aujourd'hui que de prendre acte des progrès de Pyongyang, et de rechercher désormais des objectifs moins ambitieux qu'un abandon pur et simple de son programme de missiles nucléaires.

«Aujourd'hui, la fenêtre pour négocier une dénucléarisation de la péninsule coréenne», objectif traditionnel de l'administration américaine, «est close», a déclaré à l'AFP Jeffrey Lewis, un chercheur de l'Institut Middlebury des études internationales, dont le siège est en Californie.

Washington doit prendre acte des progrès nord-coréens et désormais chercher à «réduire la tension» avec Pyongyang, «tout en renforçant la dissuasion» face aux armes nucléaires du régime, explique-t-il.

«Ça ne sert à rien de faire pression pour empêcher le passage d'un seuil déjà franchi», a renchéri Adam Mount, un expert du cercle de réflexion Center for American progress, à Washington.

Cette position réaliste et raisonnable est celle de Moscou et Pékin, qui relançaient le même jour (avant le tir nord-coréen) leur proposition que Washington et Séoul suspendent leurs manoeuvres militaires dans la péninsule coréenne, en contrepartie d'un gel (et non d'un démantèlement) de ses programmes balistiques et nucléaires militaires par Pyongyang. La Chine, qui préside par ailleurs le Conseil de sécurité des Nations Unies au mois de juillet, a affirmé, par la voix de son ambassadeur aux Nations Unies Liu Jeyi, la nécessité de diminuer les tensions pour empêcher des conséquences "désastreuses", en revenant à la table des négociations : 

Si les tensions s'enveniment... Tôt ou tard, cela va devenir hors de contrôle et les conséquences seront désastreuses (...) Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre trop longtemps sans que le dialogue ait lieu.

Mais Donald Trump, qui a réagi par un tweet de colère au tir balistique nord-coréen ("La Corée du Nord vient juste de lancer un autre missile. Ce type n'a-t-il rien de mieux à faire de sa vie ?") est-il prêt à agir de manière raisonnable ? Formons le voeu que la communauté internationale saura l'en convaincre, pour la paix et la prospérité non seulement de l'Asie du Nord-Est, mais aussi les nôtres, au regard des conséquences effroyables qu'aurait un affrontement militaire entre ces deux puissances nucléaires que sont la Corée du Nord et les Etats-Unis.

Source : 

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 21:00

A l'initiative de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), et près de deux ans après un précédent séminaire s'étant tenu à Helsinki, une conférence internationale consacrée à la paix et la réunification en Corée a réuni à Paris, pendant deux jours, les 23 et 24 juin 2017, les représentants d'associations d'amitié avec la Corée de douze pays, aux côtés d'une délégation du Comité coréen de solidarité avec les peuples du monde qui était invitée en Europe : la Belgique, la Bulgarie, le Danemark, la Finlande, la France, Haïti, l'Irlande, le Luxembourg, la Pologne, le Royaume-Uni la Suisse et le Tchad. Cet événement exceptionnel, qui se tenait 40 ans après la création du Comité international de liaison pour la paix et la réunification en Corée (CILRECO) à la suite de la conférence de Bruxelles de février 1977, visait à relancer la coordination de la solidarité internationale avec la Corée - dans une période lourde de menaces pour la paix dans cette partie du monde. L'AAFC remercie les membres de l'association Espéranto France, présents tout au long des deux journées, ses adhérents bénévoles  et les membres de la communauté coréenne de RPD de Corée en France qui ont permis la bonne organisation de cette journée, notamment pour l'accueil café et le buffet du 24 juin, et tout particulièrement Dominique de Miscault pour les photos et vidéos de ces deux jours de débats et d'échanges, qui donneront lieu ultérieurement à la publication et la mise en ligne de documents complets. Le tour opérateur Phoenix Voyages, basé au Vietnam et proposant notamment des déplacements touristiques en RPD de Corée, avait en outre parrainé cet événement.

Conférence internationale de Paris pour la paix et la réunification en Corée : une solidarité internationale en actes

La première journée de la conférence était consacrée à des travaux universitaires (qu'encourage l'AAFC en préparant et en facilitant le déplacement de chercheurs en RPD de Corée, ainsi qu'en participant à des échanges académiques), dans une salle de la Sorbonne prêtée grâce au concours du professeur Jean Salem. Ce dernier, par ailleurs président du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, a souligné en ouverture de la journée les implications de la méconnaissance profonde de la Corée, et singulièrement de sa moitié Nord, ce qui rend extrêmement difficile toute approche culturelle et scientifique qui sorte des lieux communs rebattus par les médias, focalisés sur les questions sécuritaires avec un prisme tendant à faire porter à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) toute la responsabilité dans les tensions actuelles, aux imbrications infiniment plus complexes. C'est ce que devait démontrer l'après-midi le professeur Robert Charvin, ancien doyen des facultés de droit de Nice : dans un exposé magistral, il a rappelé les causes et les conséquences de la division de la péninsule coréenne sous l'influence des grandes puissances. Sa présentation a été suivie d'une séance de dédicace de la nouvelle édition de son ouvrage Comment peut-on être Coréen (du Nord), publié par Delga.

Les présentations de la matinée du 23 juin ont été consacrées à l'exposé par leurs auteurs de plusieurs travaux universitaires, en cours ou achevés, sur la RPD de Corée. Dans son intervention liminaire, Patrick Maurus, ancien professeur de coréen à l'INALCO, ancien conseiller culturel de l'ambassade de France à Séoul, et fondateur de la revue Tangun, a souligné la nécessité et la possibilité d'engager des échanges universitaires avec les chercheurs nord-coréens en sortant des stéréotypes ; il est à l'origine de la publication du premier roman nord-coréen en France, Des amis de Baek Nam-ryong (ayant donné lieu à l'organisation d'une conférence par l'AAFC en 2012), et des premiers échanges universitaires avec les professeurs chinois d'ethnie coréenne de la province autonome de Yanbian, en Chine. Bryan Sauvadet - qui avait déjà participé à un compte rendu devant l'AAFC de son séjour d'échange linguistique en RPD de Corée, avec d'autres étudiants de l'INALCO - a abordé avec brio la question de la conservation du patrimoine en Corée du Nord, ses travaux étant consacrés aux représentations des enfers dans l'art bouddhique. Puis Benoît Berthelier, co-traducteur d'une anthologie de nouvelles nord-coréennes, ayant consacré ses travaux de doctorat à la littérature nord-coréenne à ses débuts après 1945, a souligné la richesse de la production littéraire au Nord de la péninsule - dans des conditions, à ses débuts, bien plus libérales qu'au Sud. La littérature rend compte des évolutions de la société nord-coréenne, ainsi que de la place qu'y occupent les intellectuels : être auteur vous garantit un statut et des revenus.

Les débats de la matinée ont aussi été consacrés aux échanges universitaires dans les sciences exactes, à partir du témoignage de Damien Jamet, maître de conférences en informatique à l'Université de Lorraine : le bon niveau des Nord-Coréens demande à être conforté par des échanges universitaires, auquel Damien Jamet contribue, dans sa discipline, avec plusieurs de ses collègues qui étaient aussi présents à la conférence de la Sorbonne.

Conférence internationale de Paris pour la paix et la réunification en Corée : une solidarité internationale en actes
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Après la présentation des enjeux diplomatiques autour de la péninsule coréenne par Robert Charvin, l'après-midi a tout d'abord donné lieu à une conférence sur la comparaison entre les idées du Juche (idéologie directrice de la RPD de Corée) et le gaullisme : si les principes définis par le Général de Gaulle n'ont pas donné lieu à la constitution d'un corpus idéologique analogue aux idées du Juche, l'importance consacrée à l'homme rapproche les deux doctrines, au-delà de leur attachement similaire à la défense de la souveraineté nationale.

La première journée s'est achevée par un exposé très complet de la situation et des perspectives de développement de l'Espéranto dans les deux moitiés divisées de la Corée : à partir du voyage qu'ils ont effectué en Corée du Nord en avril 2017, au sein du comité Espéranto de l'AAFC, François Lo Jacomo et Nathalie Kesler ont observé que les valeurs de solidarité humanistes et pacifistes que porte la langue internationale en font un vecteur possible pour la réunification de la Corée - qui sera l'un des thèmes du Congrès mondial d'Espéranto qui se tiendra à Séoul, en Corée du Sud, cet été, et auquel ils assisteront.

Conférence internationale de Paris pour la paix et la réunification en Corée : une solidarité internationale en actes
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Organisée dans les salles Pierre Nicolle, la journée du 24 juin 2017 a été dédiée à des échanges d'expériences, des débats et des discussions entre associations d'amitié avec la Corée de différents pays du monde sur les moyens d'organiser la solidarité à l'échelle internationale. Outre S.E. M. Kim Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur auprès de l'UNESCO, ses collaborateurs et leurs familles, une délégation du Comité coréen de solidarité avec les peuples du monde était présente, conduite par M. Ryu Kyong-il, directeur du département Europe du Comité, et également composée de Mmes Jong Un-a et Yun So-hyon. Arrivée en France le 22 juin, la délégation nord-coréenne invitée par l'AAFC a quitté la capitale française pour la Belgique le 26 juin, après avoir visité la Pologne et la Suisse, également à l'invitation des associations d'amitié de ces pays. L'AAFC a pris en charge le déplacement entre l'Europe et l'Asie, ainsi que le séjour en France.

Secrétaire général du CILRECO, et par ailleurs président d'honneur de l'AAFC, Guy Dupré a rappelé et souligné les enjeux du mouvement de solidarité internationale, marqué par les figures de plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement, comme le maréchal Francisco da Costa Gomes (Portugal), Dom Mintoff (de Malte), Didier Ratsiraka (de Madagascar) ou encore Léopold Sedar Senghor (de Côte d'Ivoire). Si les conditions objectives d'action ont changé, les objectifs demeurent : remplacer l'accord d'armistice de 1953 par un traité de paix garantissant la sécurité et la prospérité dans cette partie du monde, favoriser le dialogue et les échanges avec toute la Corée, soutenir le mouvement pour la réunification de la Corée, au Nord, au Sud et dans la diaspora, sur la base des déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007.

S'exprimant ensuite au nom du Comité coréen de solidarité avec les peuples du monde de la RPD de Corée,  et après avoir remercié de leur soutien les organisateurs de l'AAFC et du CILRECO ainsi que l'ensemble des associations d'amitié pour leur appui invariable, Ryu Kyong-il a souligné que la RPDC poursuivrait ses programmes d'autodéfense tant que les Etats-Unis ne mettront pas fin à leur politique hostile, aujourd'hui perpétuée par l'administration de Donald Trump. Par ailleurs, alors que cette année marque le 45e anniversaire de la Déclaration conjointe du 4 juillet 1972 et le 10e anniversaire de la Déclaration du 4 octobre 2007, des progrès nouveaux doivent être accomplis par les Coréens eux-mêmes sur la voie de la réunification de leur patrie.

Conférence internationale de Paris pour la paix et la réunification en Corée : une solidarité internationale en actes
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Les interventions des représentants des différents pays ont ensuite commencé par celle de Benoît Quennedey, président de l'AAFC. Rappelant que l'association française, qui était une association d'amitié avec toute la Corée depuis 1989, avait fait des solidarités concrètes (dans les domaines universitaires, économiques, culturels ou encore humanitaires) la pierre angulaire de ses interventions pour la paix et la réunification en Corée, il a souligné l'importance prise, en 2015-2016, par le soutien au mouvement démocratique en Corée du Sud, et l'utilité des contacts noués avec les milieux politiques français, gouvernementaux et parlementaires. Quelles que soient par ailleurs les difficultés réelles que connaît la Corée du Nord, qui ne prétend en aucun cas constituer un modèle politique pour le reste du monde, la présentation presque systématiquement négative de la RPD de Corée dans les médias occidentaux (illustrée encore dernièrement par l'opération de piratage WannaCry), sur la base souvent d'une désinformation entretenue par les services secrets de certains pays, montre la nécessité d'élargir l'audience du mouvement de solidarité, y compris en organisant la solidarité à l'échelle internationale, comme dans le cadre de la présente conférence.

Dans certains pays qui étaient anciennement des démocraties populaires (Bulgarie, Pologne), les relations de solidarité ont pu se fonder sur des relations personnelles, ainsi que sur le soutien des autorités gouvernementales. Les conditions nouvelles après 1989 et la fin des démocraties populaires ont rendu particulièrement difficile la poursuite des échanges antérieurs, les représentants des associations d'amitié étant par ailleurs parfois victimes de pressions, sinon d'une répression. A contrario, dans les pays en développement, comme Haïti ou le Tchad, la RPD de Corée jouit d'une image positive pour son combat anti-impérialiste et au sein du mouvement de décolonisation et des pays non-alignés. La réduction du périmètre des représentations diplomatiques de la RPDC, consécutive aux difficultés économiques des années 1990, a cependant rendu plus difficile les échanges directs entre les associations d'amitié et les Coréens.

Le Royaume-Uni apparaît en première ligne, par le soutien de son gouvernement à la politique internationale étatsusienne. Dans ce contexte, les actions de solidarité - qui ont pris des formes originales, comme l'accueil de troupes de jeunes artistes nord-coréens handicapés en 2015 et en 2017 - requièrent une importance particulière, qui permet de témoigner de la possibilité d'actions pour la paix et la réunification même dans les contextes a priori les moins favorables.

Les contacts et les échanges avec les démocrates sud-coréens ont été soulignés par les représentants luxembourgeois et belges, alors qu'il s'agissait d'un des axes d'action principaux du CILRECO.

Pour tenir compte des différents degrés d'implication dans le soutien au peuple coréen, l'association finlandaise distingue entre des activités de solidarité à large spectre, et des actions plus politiques - comme l'étude des idées du Juche - menées par des militants plus engagés au sein de structures distinctes de l'association d'amitié.

En Finlande, en Suisse et au Danemark, des rassemblements populaires dépassant le seul cadre de la Corée, permettent de sensibiliser à la question coréenne un plus large public.

Plusieurs associations d'amitié ont mis en place des coopérations entre elles : c'est le cas entre les associations belge, irlandaise, française et haïtienne, pour la traduction et l'échange de documents ou encore la mise en place de circuits d'échanges (comme l'envoi de livres en RPDC). L'association belge, qui a présenté un film, a noué des relations de partenariat précises, dans le cadre d'un jumelage avec une ferme coopérative ou de l'envoi de médicaments.

A l'issue de ces échanges, les participants ont adopté une déclaration et une lettre au Président Kim Jong-un de la Commission des affaires d'Etat de la RPD de Corée. Ils ont notamment souligné la nécessité de renforcer la lutte contre la désinformation à propos de la RPD de Corée, d'agir pour l'établissement d'un traité de paix en Corée et la fin des manœuvres militaires américano-sud-coréenne, ainsi que la levée des sanctions et des embargos frappant depuis plus de 70 ans les populations coréennes au Nord de la péninsule. Enfin, la conférence s'est poursuivie par une manifestation pour la paix et la réunification en Corée place de la Sorbonne.

 

Conférence internationale de Paris pour la paix et la réunification en Corée : une solidarité internationale en actes
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CONFERENCE INTERNATIONALE

POUR LA PAIX ET LA REUNIFICATION EN COREE

PARIS, FRANCE, 23-24 JUIN 2017

Déclaration finale

Nous, associations d'amitié avec la Corée venues de douze pays, réunies à Paris (France) le 24 juin 2017, veille du 67ème anniversaire du déclenchement de ce qui est appelé dans nos pays la « guerre de Corée »,

attachées au respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, tel qu'énoncé dans la Charte de l'Organisation des Nations unies,

solidaires du peuple coréen face à l'injustice historique de la division arbitraire de son pays par les grandes puissances au lendemain de la Seconde Guerre mondiale,

conscientes que, compte tenu des forces en présence sur et à proximité de la péninsule coréenne, la paix en Corée représente un enjeu vital pour la paix mondiale,

exigeant que les États-Unis et les pays à leur remorque mettent fin à leurs politiques hostiles sous couvert des Nations unies, aux embargos et aux sanctions à l'égard de la République populaire démocratique de Corée,

opposées à toute vision biaisée de la situation qui fait porter l'entière responsabilité des tensions en Corée sur une seule des parties, la République populaire démocratique de Corée,

fières de notre tradition d'amitié et de notre diversité, qui font de nos associations un irremplaçable réseau dédié à la paix en Corée et dans le monde, qu'il convient de faire vivre et d'étendre,

décidées à renforcer la coopération entre nos organisations dans l'esprit de la conférence de Bruxelles qui, il y a 40 ans, jeta les bases du mouvement international de solidarité avec le peuple coréen pour la réunification et la paix en Corée,

nous nous engageons :

1) À travailler au retrait inconditionnel de toutes les troupes étrangères de Corée ;

2) À travailler à la levée des sanctions et embargos qui frappent la République populaire démocratique de Corée ;

3) À intervenir auprès des autorités de nos pays respectifs pour qu'elles soutiennent franchement l'application complète des déclarations inter-coréennes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 et le dialogue entre les deux parties de la Corée ;

4) À œuvrer à l'établissement de relations équilibrées entre tous les pays du monde et les deux parties de la Corée, ce qui passe par l'établissement de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée par les pays qui n'en ont pas ;

5) À alerter les opinions publiques de nos pays respectifs sur la situation injuste et dangereuse qui prévaut en Corée, notamment du fait des grandes puissances, par tous les moyens à notre disposition et dans le respect de la souveraineté de chaque peuple ;

6) À lutter contre la présentation erronée de la situation de la péninsule coréenne par les grands médias de nos pays respectifs, y compris contre la propagation de « fausses nouvelles » ;

7) À renforcer la coopération entre nos associations, notamment en organisant des actions conjointes, toujours dans le respect des particularités de chacun et avec l'objectif commun de promouvoir le dialogue inter-coréen et la paix en Corée ;

8) À chercher les meilleurs moyens pour mutualiser les bonnes pratiques de nos associations, impliquant la nécessité d'une information rapide et complète sur les succès et les difficultés rencontrées dans la poursuite de nos objectifs.

Paris, le 24 juin 2017

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC Relations internationales de la Corée CILRECO Culture
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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 22:31

Taïwan et la RPDC n'entretiennent pas actuellement entre elles de relations diplomatiques. Toutefois l'histoire, l'économie ainsi que le tourisme et le problème des déchets nucléaires, la présence de la Chine Populaire et des Etats-Unis, font que ces deux pays ne sont pas de facto si éloignés que cela. Article rédigé par Florent Charles, docteur en droit.

A) L'Histoire

À la suite de la guerre civile chinoise, le gouvernement nationaliste du Kuomintang se replie sur des îles, dont les principales sont Haïnan et Taïwan. Un exode massif de civils accompagne l'état-major nationaliste et les troupes rescapées : Taipei est proclamée capitale provisoire de la République de Chine.

Alors que les États-Unis avaient reconnu le gouvernement de Tchang Kaï-chek comme le seul représentant légitime de toute la Chine, le président Harry Truman annonce le 5 janvier 1950 qu'ils ne s'impliqueraient pas dans un conflit éventuel entre la Chine populaire et Taïwan. Toutefois, le déclenchement de la guerre de Corée modifie la position américaine au sujet de Taïwan.

Le président Truman déclare le 27 juin 1950 que :

L'attaque sur la Corée fait comprendre clairement que le communisme a dépassé l'utilisation de subversion pour conquérir des nations indépendantes et va maintenant utiliser l'invasion armée et la guerre. Il a défié les ordres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies conçu pour préserver la paix et la sécurité internationales. Dans ces circonstances, l'occupation de Formose par les forces communistes serait une menace directe pour la sécurité de la région du Pacifique et aux forces des États-Unis exerçant leurs fonctions légitimes et nécessaires dans ce domaine. En conséquence, j'ai ordonné à la 7ème flotte d'empêcher toute attaque contre Formose. Comme corollaire de cette action, je fais appel au gouvernement chinois de Formose de cesser toutes opérations aériennes et maritimes contre le continent. La 7ème flotte veillera à ce que cela soit réalisé. La détermination du statut futur de Formose doit attendre le rétablissement de la sécurité dans le Pacifique, un accord de paix avec le Japon, ou d'examen par les Nations-Unies.

Ainsi, sans l'intervention des États-Unis Taïwan ne serait pas de facto un État. Par ailleurs, sans l'intervention chinoise dans la guerre de Corée, la RPDC n'existerait sûrement plus.

Utilisation du napalm par les Américains pendant la guerre de Corée

Utilisation du napalm par les Américains pendant la guerre de Corée

La RPD de Corée ne doit sa survie qu'à la décision de Mao Tsé-Tung qui s'est débarrassé des nationalistes chinois de jouer un rôle de premier plan en Asie. Ainsi début novembre, près d'une cinquantaine de divisions chinoises franchissent le Yalu. Si officiellement il s'agit de volontaires, dans les faits l'armée chinoise impliquée ressort bien de Pékin. Dans les airs elle est couverte par une aviation aux commandes de Soviétiques qui alignent les fameux Mig 15.

Devant un tel déploiement de forces les troupes de MacArthur ne peuvent que reculer, la RPDC est rapidement libérée par les troupes chinoises. La situation est tellement sérieuse pour les Américains que MacArthur demande au président Truman de faire exécuter des frappes nucléaires sur la Mandchourie. Ces demandes et la radicalité de son engagement anti-chinois lui vaudront d'être remplacé par le général Ridgway. Après avoir frôlé la catastrophe durant l'hiver 1950-1951, les troupes onusiennes et sud-coréennes se ressaisissent et la guerre de mouvement cède peu à peu la place à une guerre de position coûteuse. A l'été 1953 la ligne de front s'est stabilisée non loin du 38ème parallèle. La RPDC et la République de Corée commencent alors leur reconstruction, laquelle sera plus rapide pour la première.
 

B) L'option taïwanaise

Selon Roger Cavazos ancien membre de l'armée américaine ayant travaillé au contact de nombreux pays d' Extrême-Orient, quand les leaders politiques chinois souhaitent que la RPDC ne soit pas un pays développant des armes de destruction massive, il se peut qu'ils fassent aussi référence au fait que Taïwan puisse obtenir de Pyongyang de telles armes afin de se défendre. Selon Mycal Ford, consultant associé auprès de l'université américaine dans l’État de Washington aux États-Unis, sans aller vers des relations aussi extrêmes entre les deux pays, on peut considérer qu'entre Taipei et Pyongyang existe un minimum d'échanges.

Il est relativement rare d'entendre parler de Taïwan sur la scène internationale sauf lorsque la République populaire de Chine tire des missiles dans le détroit de Taïwan ou tente de s'imposer militairement sur les quelques îles de l'ouest ou du sud de la mer de Chine. Cela ne veut pas dire pour autant que la RPDC ne prend pas acte de l'existence de Taïwan.

Les relations entre les deux États sont à la création de la RPDC quasi-inexistantes. En effet, les chinois nationalistes ont souhaité se battre contre la Corée du Nord lors de la guerre de Corée en aidant les États-Unis et dès l'arrivée des Chinois continentaux à Taïwan la RPDC a préféré se ranger du côté de son allié, Pékin.

Par ailleurs le Parti communiste chinois a toujours été soutenu sur le plan politique par Pyongyang lorsqu'il s'agit de l'unité de la Chine et du problème de la réintégration de Taïwan à l'ONU. La République populaire de Chine a reconnu l’État sud-coréen en 1992 mais la RPDC n'a jamais reconnu le régime de Taipei, un tel acte serait un suicide économique pour Pyongyang.

Régulièrement, Pyongyang condamne les autorités taïwanaises lorsqu'elles souhaitent organiser un référendum concernant le retour de Taïwan à l'ONU et lorsqu'elles tentent de quelque façon que ce soit de rejoindre cette organisation. Un tel référendum toujours selon Pyongyang poserait des problèmes majeurs concernant les relations entre la Chine populaire et Taïwan et déstabiliserait les équilibres géopolitiques extrême-orientaux. La RPDC soutient le principe d'une réunification chinoise basée sur le principe d'une seule Chine et d'un pays deux systèmes.

Mais que se passerait-il si les relations sino-nord-coréennes s'étendaient à Taïwan, si les sinophones de plus en plus nombreux en Corée du Nord avaient la possibilité de communiquer avec Taïwan ?

La RPDC depuis plusieurs années considère sérieusement l'hypothèse de développer ses relations économiques et touristiques avec l'étranger. Avec Taïwan, Pyongyang a de rares relations commerciales non officielles. Pékin interdit tout tourisme entre la Corée du Nord et Taipei. Ces considérations nous font prendre conscience que Taïwan pour la Corée du Nord n'est en aucun cas une alternative commerciale à la Chine.

Lorsqu'une relation commerciale ou touristique s'établit entre Taïwan et la RPDC elle revêt un caractère éminemment politique et diplomatique mais reste cachée. Par exemple en juin 2012 le journal taïwanais Huanqiu Shibao a révélé l'existence d'un voyage non prévu à Taipei effectué par Zhao Chengkui, vice-ministre du bureau du tourisme de la Corée du Nord, non invité par le gouvernement de Taïwan.

Zhao Chengkui a rencontré lors de son déplacement des agences de voyage taïwanaises afin de faire fructifier les échanges touristiques entre les deux pays en permettant aux Taïwanais de se rendre plus facilement dans son pays en y dépensant leur argent.

Le ministère des Affaires étrangères de Taïwan (acronyme anglais : MOFA) n'a pas été consulté ni prévenu de la visite de ce diplomate nord-coréen alors que le MOFA est une structure administrative et politique importante et que les deux pays n'entretiennent pas entre eux de relations diplomatiques. Celui-ci n'a pas violé les lois taïwanaises de l'immigration parce qu'il est arrivé à Taipei avec un visa de touriste. C'est toutefois uniquement en regardant les informations à la télévision taïwanaise que les membres du MOFA ont pu savoir quelques heures après que Zhao Chengkui était bien à Taïwan.

On peut se demander si le déplacement d'un tel vice-ministre est légal à Taïwan parce que celui-ci a un rang officiel dans son pays et qu'il lui a été accordé un visa pour touriste uniquement. Le MOFA ne s'est pas montré intransigeant en le laissant rentrer à Taïwan. Les États-Unis auraient pu s'insurger contre une telle visite mais Taipei aurait pu répondre qu'il n'en savait rien. En effet la loi taïwanaise est assez souple en ce qu'elle permet aux officiels nord-coréens arrivant à Taïwan d'obtenir un visa sur place et oblige uniquement les services de l'immigration d'informer le MOFA après la délivrance d'un tel visa.

Taïwan malgré tout n'a pas fourni à Zhao Chenkui un visa diplomatique parce que les États-Unis auraient été contre et ces derniers auraient pu remettre en cause la fourniture de ventes d'armes de Washington à Taipei.

La RPDC en plus de vouloir attirer des touristes dans son pays souhaite lors de foires commerciales qui se tiennent à Dandong en Chine tout près de la frontière nord-coréenne attirer des entreprises taïwanaises dans son pays en montrant à ces dernières la qualité de sa main d’œuvre.

Lors de ces foires, des petites entreprises taïwanaises vendent différents produits comme des composants électroniques, des produits cosmétiques, des vélos et du thé. Par ailleurs, des restaurants taïwanais sont présents sur place. C'est grâce à une décision provenant du gouvernement nord-coréen que les entreprises taïwanaises sont invitées régulièrement à Dandong.

La main d’œuvre nord-coréenne est peu onéreuse et très qualifiée selon les Taïwanais qui participent à ces foires. Pour les Nord-Coréens pouvant se rendre en Chine, travailler pour des entreprises taïwanaises est une expérience de grande importance. En fait, Taipei n'a jamais vraiment rompu complètement ses relations commerciales avec la Corée du Nord. Il y a environ cent entreprises taïwanaises installées en RPDC par l'intermédiaire de sociétés chinoises qui exportent majoritairement des produits chimiques et du matériel médical.


C) Les déchets nucléaires


Le Liberty Times, un journal taïwanais très populaire sur l'île reflétant souvent les idées du Parti démocrate progressiste local a en 2013 informé le public que la RPDC a décidé d'assigner en justice la société taïwanaise Taipower qui gère la production et la gestion du nucléaire en République de Chine.

Pyongyang n'en démord pas selon le journal : Taipower a rompu un contrat d'une durée de seize ans conclu entre la Corée du Nord et Taïwan qui donnait la possibilité à cette société d'exporter des déchets radioactifs de faible intensité dans le nord de la péninsule coréenne pour y être stockés en 1996.

Taipower devait payer à la RPDC 8,72 millions de dollars américains dans le cadre de ce contrat non écrit. Pyongyang, par l'intermédiaire de l'avocat Caihui Ling, lui réclame maintenant 300 millions de dollars américains de dédommagements.

Le ministère de l'économie taïwanais a tenu à préciser suite à la révélation de cette affaire que ce contrat a dû être suspendu en raison d'une importante pression politique provenant de Séoul et de Washington. Cependant, deux ans après en 1998 Taipower et la RPDC ont signé ce contrat malgré les réticences internationales : Pyongyang devait continuer à construire à un prix élevé des sites dans son pays où les déchets nucléaires taïwanais allaient être déposés, et par la suite Taipei règlerait la somme d'argent prévue dans le contrat.

L'entreprise taïwanaise n'a jamais pu respecter les termes du contrat parce qu'elle n'obtint jamais de la part de l'organisme officiel à l'énergie atomique taïwanais le droit d'exporter de tels déchets nucléaires à l'étranger. L'auteur Mycal Ford pense que Taipower n'a pas pu résister à la pression internationale et au fait qu'il était délicat de commercer avec un État « paria qui laisse mourir de faim sa population ». En fait, le gouvernement taïwanais ne voulait pas froisser les États-Unis qui lui vendent de nombreuses armes défensives pour rééquilibrer le rapport de force militaire dans le détroit de Taïwan.

L'organisme officiel à l'énergie atomique taïwanais prit malgré tout la décision de vérifier si en Corée du Nord le site où les déchets radioactifs de son pays allaient être déposés avait été bien construit. Il n'en fut rien. L'auteur s'interroge également sur le fait de savoir comment Taipower avait pu faire autant confiance en la capacité pour la RPDC à construire un tel site de dépôt de déchets radioactifs alors que celui-ci faisait face à une sévère pénurie alimentaire dans les années 1990. Quoiqu'il en soit l'avocat qu'a choisi Pyongyang continue toujours de travailler sur cette rupture de contrat de la part de Taipower.

Ce que l'on doit retenir selon Mycal Ford c'est qu'il est compliqué de s'engager dans des relations commerciales avec Pyongyang, particulièrement pour Taïwan qui est un allié des États-Unis. Par ailleurs, cet engagement peut poser un problème au regard de la réputation de l'île qui se veut être démocratique et constituer une alternative à la Chine continentale.

Si le problème des déchets nucléaires taïwanais a pu se poser pour la RPDC qui était censé les recevoir, la question se pose aussi de déchets radioactifs nord-coréens qui seraient entreposés au large des côtes taïwanaises. Cette information a pu voir le jour suite à une déclassification de documents officiels italiens par le service de renseignement militaire italien.

Ces déchets ont été entreposés durant les années 1990 selon ces documents et l'auraient été par l'intermédiaire d'un homme d'affaire italien Giorgio Comerio qui aurait fait fortune en entreposant également d'autres déchets près des côtes méditerranéennes et somaliennes.

Le fait d'entreposer de tels déchets était une pratique acceptée avant que l'organisation non gouvernementale Greenpeace s'empare de l'affaire. Les documents déclassifiés ont révélé que M. Comerio a commencé à collaborer avec le gouvernement de la RPDC vers 1995. L'affaire était simple : il obtint 227 millions de dollars américains et on lui confia 200.000 barils de déchets radioactifs à entreposer près des côtes taïwanaises, à un endroit où il est possible d'enfouir très profondément de tels barils.

La révélation de cette affaire en février 2017 coïncide avec le renouvellement de sanctions par l'ONU contre la RPDC après le succès de tirs de missiles balistiques stratégiques nord-coréens.

Des organisations environnementales taïwanaises ont été offusquées suite à cette révélation et ont protesté en demandant que le gouvernement taïwanais éclaircisse ce problème en souhaitant qu'il soit procédé à des tests pour savoir si l'environnement taïwanais et l'océan Pacifique avaient été impactés et que soit trouvé le lieu des déchets. Contrairement à ce qui s'est passé en Europe, la police du pays n'est pas intervenue pour disperser les manifestants.

Le cabinet du conseil à l'énergie atomique taïwanais a répondu aux manifestants qu'il n'était pas au courant des informations déclassifiées par le gouvernement italien.

 

    D) Les relations avec les États-Unis

      La décision de Donald Trump d'accepter de répondre à un appel téléphonique de la part de la nouvelle présidente taïwanaise Tsai Ing-wen pour la féliciter d'être parvenue à ce poste a créé une nouvelle donne dans les relations entre les États-Unis et la Chine populaire, non pas pour le contenu de l'appel mais pour cet appel lui-même.

      Tsai Ing-wen

      Tsai Ing-wen

      Si les États-Unis veulent jouer la carte taïwanaise en humiliant la Chine et le Parti communiste Chinois en revenant sur le principe d'une seule Chine, il n'est pas sûr du tout que le président Xi Jinping ne réagisse pas. En effet, ce dernier considère que Taïwan est une province chinoise qui devra un jour où l'autre être contrôlée par Pékin et non plus par les autorités locales taïwanaises.

      Le président chinois pourrait tout à fait entraîner une escalade des tensions entre Pékin et Washington en reconsidérant les relations sino-nord-coréennes et en agissant de trois façons différentes si le président Trump était amené à donner plus de contenu aux rapports entre les États-Unis et Taïwan. On pourrait imaginer une administration Trump acceptant de recevoir des officiels taïwanais aux États-Unis et une administration taïwanaise acceptant de recevoir des officiels américains.

      La Chine populaire pourrait ne plus voter les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU allant à l'encontre de la RPDC en ne la sanctionnant plus économiquement lorsque cette dernière teste de nouveaux missiles ou procède à une nouvelle expérimentation nucléaire.

      La Chine populaire pourrait également ignorer les sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU à l'encontre de la RPDC. La récente résolution 2321 du Conseil votée avec l'accord de Pékin est une résolution qui isole économiquement encore plus Pyongyang. Pékin pourrait ne plus la respecter et cela redonnerait de l'oxygène à l'économie nord-coréenne. Cela permettrait à la Corée du Nord de se maintenir et ainsi d'éviter une réunification éventuelle de la péninsule coréenne par absorption qui aboutirait à une présence possible des troupes américaines jusqu'à la frontière nord-coréenne ou à un exode massif de Nord-Coréens en Chine populaire, ce que redoute Pékin.

      Pékin pourrait aussi changer radicalement sa politique envers la RPDC si Washington prévoyait de discuter avec Taipei d'une façon de plus en plus formelle sur le plan diplomatique. La Chine populaire pourrait alors soutenir une Corée du Nord nucléarisée. La position stratégique de la Chine en Asie-Pacifique n'a jamais été déséquilibrée par la présence d'une Corée du Nord nucléarisée.

      D'après Daniel R. DePetris, analyste en géostratégie auprès de la société Wikistrat, les États-Unis doivent choisir. Selon eux est-il préférable que Taïwan ait une stature internationale plus importante que maintenant pour relever le niveau de la sécurité géostratégique dans le Pacifique, ou faut-il permettre à moyen terme que la péninsule coréenne soit dénucléarisée ?

      Les règles du jeu ne sont pas aussi simples dans le domaine des relations internationales. Le 1er mai 2013 un tribunal américain de l'Illinois a sanctionné une société taïwanaise et un ressortissant taïwanais pour avoir enfreint les lois américaines relatives aux règles régissant l'interdiction de la prolifération des armes de destruction massive en commerçant avec la RPDC. Il n'y a pas qu'un bon et qu'un méchant.

      Si ces considération relatives aux prises de position des États-Unis face au problème chinois ne concernent pas directement les relations entre Taïwan et la RPDC, on peut remarquer à travers ces informations que Washington a une influence importante en Extrême-Orient, quoique pondérée par la présence de Pékin.

      C'est en redéfinissant ici leurs relations avec Taïwan que les États-Unis peuvent avoir une emprise directe sur les relations qu'entretiennent l'île et la RPDC, tout comme lorsque Washington tente de faire évoluer ses relations avec Pyongyang vers plus ou moins d'ouverture entre les deux capitales.


      La RPDC et Taïwan n'entretiennent donc pas entre elles de relations diplomatiques. Il existe cependant des bribes de relations économiques et touristiques entre ces deux pays, notamment par l'intermédiaire de la Chine populaire. L'influence des États-Unis en Extrême-Orient a des conséquences non négligeables sur ces relations.

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      1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 18:54

      Les tensions autour de la Corée ont encore monté d'un cran après un nouvel essai - raté - par Pyongyang de tir de missile à moyenne portée, le 29 avril 2017. Plus que le tir lui-même - qui n'est ni le premier, ni le dernier d'une longue série, alors que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a déclaré qu'il visait le lancement pour la première fois d'un missile balistique intercontinental qui serait donc susceptible d'atteindre le territoire américain - ce sont les réactions de Washington qui soulèvent le plus d'inquiétudes. Ainsi, les appels à la retenue de Pékin et Moscou, traditionnellement adressés en premier lieu à Pyongyang, sont à présent envoyés tout d'abord aux Etats-Unis de Donald Trump. 

      Donald Trump

      Donald Trump

      Jusqu'où ira l'impatience stratégique de Donald Trump sur le dossier nord-coréen ? Face aux déclarations contradictoires des responsables américains - alternant déclarations prétendant privilégier le dialogue et propos belliqueux - qui semblent indiquer une grave absence de ligne politique, le pape François et le secrétaire général des Nations unies Antonio Gutteres ont l'un et l'autre appelé Washington à la retenue, en s'inquiétant de la possible survenance d'un conflit sur un malentendu qui aurait des conséquences dramatiques. Le Centre d'actualités de l'ONU a ainsi rappelé la position d'Antonio Gutteres qui, tout en rappelant Pyongyang au respect de ses obligations, plaide pour des efforts de la communauté internationale afin de parvenir à "une solution pacifique".

      Le chef de l'ONU s'est dit « alarmé par le risque d'une escalade militaire dans la région, y compris par erreur de calcul ou à cause d'un malentendu ». Il s'est dit particulièrement préoccupé par la possibilité que les efforts visant à contrebalancer les activités déstabilisatrices de la RPDC « pourraient également entraîner un accroissement des tensions et de la course aux armements, empêchant davantage la capacité de la communauté internationale à maintenir son unité et arriver à une solution pacifique ».

      http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=39384#.WQd6WH3SOWQ

      Le double discours américain est particulièrement patent vis-à-vis de la Chine. Si le président américain Donald Trump loue la relation selon lui privilégiée qu'il a nouée (récemment) avec Xi Jinping, le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson, s'exprimant devant le Conseil de sécurité des Nations unies le 28 avril 2017, soit la veille du dernier tir nord-coréen, a évoqué la nécessité de renforcer encore davantage les sanctions à l'égard de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en envisageant - fait sans précédent - la rupture des relations diplomatiques avec Pyongyang. Les observateurs y ont lu des pressions à peine voilées à l'égard de la Chine, qui représente plus de la moitié du commerce extérieur nord-coréen - alors même que Pékin n'est certainement pas la source des tensions autour de la Corée et que l'influence chinoise doit être ramenée à de justes proportions : les programmes balistiques et nucléaires nord-coréens se sont accélérés il y a plus de dix ans contre la volonté et les intérêts stratégiques de Pékin, qui n'a aucun intérêt à une course aux armements dans la région (qui verrait notamment la Corée du Sud, voire le Japon, se doter à leur tour de l'arme nucléaire).

      Revenir au dialogue, mais sur quelles bases (Rex Tillerson a une nouvelle fois rejeté la proposition équilibrée de la Chine consistant à ce que les Etats-Unis suspendent leurs manoeuvres militaires conjointes en contrepartie d'un gel de ses programmes nucléaire et balistique par Pyongyang), et surtout avec qui ? Car si les Etats-Unis ne manquent pas d'experts éprouvés des questions coréennes, ceux-ci font cruellement défaut dans l'entourage proche du président américain.

      Ainsi, selon Gérard Lopez, ancien expert du comité des Nations unies sur les sanctions à l'encontre de la Corée du Nord, Donald Trump "s'appuie trop sur les militaires. M. Trump ne s'est pas entouré d'experts en politique étrangère sur l'Asie de l'Est ou la Corée du Nord et il ne réalise sans doute pas très bien comment ses menaces sont perçues dans la région par des pays amis ou ennemis".

      Le Français Barthélémy Courmont est encore plus explicite dans une tribune publiée sur Asialyst, et intitulée "Quand Washington perd le Nord en Corée" :

      Parmi les conseillers au National Security Council (NSC) supposés apporter leur expertise sur le dossier nord-coréen et placés sous la direction du général McMaster, se trouve le général Joseph Dunford, surtout connu pour avoir servi en Afghanistan ; l’ancien sénateur d’Indiana Dan Coats qui n’a aucun antécédent sur l’Asie ; Christopher Ford, assistant-spécial sur les questions de non-prolifération nucléaire, qui a publié quelques travaux sur la Chine (mais pas sur la Corée) ; Matthew Pottinger, assistant-spécial sur l’Asie, ancien journaliste couvrant la Chine et Marine ayant servi en Afghanistan ; ou Victoria Coates, assistante-spéciale sur les questions stratégiques, ancienne consultante et conseillère de campagne de Ted Cruz. Parmi les autres membres du NSC légèrement plus expérimentés, mentionnons Kathleen McFarland (qui va devenir ambassadrice à Singapour) ou Dina Powell (plus connue pour ses antécédents économiques chez Goldman Sachs). Si on ajoute à cette liste les secrétaires (ministres) qui participent aux réunions du NSC, Mattis, Tillerson, et le Secrétaire à l’Énergie Rick Perry, en plus de Mike Pence et du clan Trump, force est de constater qu’il ne se dégage dans l’entourage du président américain pas un expert pointu de la Corée du Nord, ni même d’ailleurs des questions de prolifération et de contrôle des armements. C’est peut-être justement là le problème : après avoir essayé la fermeté sous l’administration Bush, puis le dialogue sous l’administration Obama, mais à chaque fois en imaginant des scénarii et en cherchant à percer les mystères de la Corée du Nord, la Maison-Blanche se risque au jeu du hasard.

      Quant à la menace du Président Trump d'envoyer le porte-avions USS Carl Vinson au large de la Corée (alors qu'on sait depuis qu'il était à cette date dans le détroit de la Sonde), Barthélémy Courmont émet une autre hypothèse que celle d'un bluff du chef d'Etat américain : celle d'une ignorance d'un chef de l'Etat tenu non informé, qui révèle un "amateurisme" qu'il juge "extrêmement inquiétant".

      De deux choses l’une : soit Donald Trump bluffait quand il affirmait que le bâtiment se dirigeait vers la Corée, auquel cas il devrait s’assurer d’avoir de meilleures cartes dans son jeu avant de faire une annonce aussi risquée ; soit il ne savait pas de quoi il parlait. On ose à peine croire à cette seconde hypothèse, et pourtant. La rumeur enfle à Washington : les officiels du Pentagone n’ont pas osé signaler à leur président que l’USS Carl Vinson ne se dirigeait pas vers la Corée. Pour ne pas le contrarier ? Ou alors en se disant que l’affaire passerait inaperçue ? Le commandant en chef des forces armées ne serait ainsi pas informé de l’état et de la disponibilité des forces sur lesquelles il entend s’appuyer pour rendre sa politique étrangère et de défense crédible ? Voilà qui est, au-delà de l’amateurisme dans la gestion de cette nouvelle crise nord-coréenne, extrêmement inquiétant.

      L'AAFC ne peut que partager la conclusion de Barthélémy Courmont, de concert avec la Russie, la Chine, le secrétaire général des Nations unies ou encore le pape François : la navigation à vue de l'administration Trump sur le dossier nord-coréen expose à tous les dangers l'Extrême-Orient - et en tout cas pas le territoire américain, hors de portée des missiles nord-coréens.

      Sources :

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      Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations internationales de la Corée
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      20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 18:49

      Les membres du bureau du comité Espéranto de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) – Marianne Dunlop, présidente du comité, professeure de russe et de chinois, Nathalie Kesler, professeure de lettres classiques et d’histoire-géographie, et François Lo Jacomo, membre de l’Académie internationale d’Espéranto, professeur de mathématiques et linguiste,) – ont visité pendant 9 jours la République populaire démocratique de Corée, du 4 au 12 avril 2017, avant d’achever leur périple par la visite du club d’Espéranto de Dandong (situé à la frontière sino-coréenne, lieu chargé d’histoire avec le fleuve Yalu où nombre de Chinois sont morts pour repousser les assaillants américains de leurs frontières pendant la guerre de Corée), où Zhang Wei rêve de marcher sur les pas de son prédécesseur chinois qui organisait des voyages en RPDC autrefois. Leur voyage fut beaucoup plus fructueux qu’ils ne le pensaient initialement, et ponctué de rebondissements très intéressants pour le développement de l’Espéranto. Un premier compte rendu du voyage a eu lieu au château de Grésillon, maison culturelle de l’Espéranto, le 16 avril 2017.

      Des espérantistes invités à Pyongyang…

      Les membres du comité Espéranto de l’AAFC avaient été fort surpris de savoir que des traces de militantisme pour faire connaître cette langue avaient pu être décelés en évoquant une initiative intéressante à initier en Corée dans le cadre du prochain congrès d’Espéranto en Juillet prochain qui aura lieu à Séoul, au Sud de la péninsule.

      L’action a donc été amorcée grâce au dictionnaire Espéranto-coréen retrouvé entre les mains d’un linguiste nord-coréen reconnu comme très célèbre (en Corée du sud !) du nom de Jong Sun Gi, et à présent d’un âge respectable. Il a confié aux membres de la délégation de l’AAFC avoir été invité lors d’un congrès de linguistes sur l’analyse de la langue coréenne qui a évolué de manière très différente entre le Nord et le Sud (le lexique au Sud étant empli d’anglicismes quasi-inexistants au Nord). Avec étonnement les participants ont également appris qu’il avait pu effectuer des rencontres dans le Sud grâce à cette association de linguistes.

      Voici la réponse d’un correspondant sud-coréen aux participants au voyage en RPDC à leur proposition d’invitation d’une délégation nord-coréenne au congrès universel d’Espéranto à Séoul en juillet 2017 :

      1. inviti delegacion de lingivistoj. d-ro Jong Sun Gi estas la membro de ‘Kun-eldona Asocio de Granda Vortaro de Koreio Sud- kaj Nord-, financata de ambaŭ registaro. ĝi fondiĝis en 2006, kaj havas apartan oficejon kun 30 labarantoj en Seulo(en Nordo la Insutucio). notindas, ke la asocio publike dungis novan oficiston en 2016, kio signifas, ke la asocio ankoraŭ bonege funkcias, kvankam momente la libera iroreveno haltis pro la politika kialo. jen, ni vidas, ke ni ne povas havi apartan pli valoran eventon, per kiu esperantistoj povas kontribui ion por la lingva problemo de ambaŭ koreioj, ili nun uzas gigantan budĝeton de la ambaŭ ŝtatoj. sola ebleco estas inviti delegacion de esperantistoj. unue mi volas diri du eventojn de ambaŭ Koreioj. en la 6a de aprilo, antaŭ 11 tagoj okazis la matĉo de glacihokeo en Suda Koreio, en kiu Norda teamo partoprenis, kaj en la 7a de aprilo, antaŭ 10 tagoj okazis la matĉo de virina piedpilko en Norda Koreio, en kiu Suda teamo partoprenis.

      (Le docteur Jong Sun Gi est membre de l’association du Grand Dictionnaire des deux Corée Sud et Nord, financée par les deux parties, fondée en 2006 et qui possède son propre bureau qui fonctionne à l’aide de 30 salariés à Séoul, et une institution au Nord). À noter que l’association a employé une nouvelle recrue en 2016, ce qui signifie que l’association fonctionne encore très bien, bien que les aller-retour ont cessé pour l’instant à cause de la situation politique. Voilà, nous constatons donc qu’il serait difficile de concurrencer un tel événement et que les espérantistes ne pourraient guère contribuer mieux à faire avancer la cause linguistique de la langue entre les deux Corée. De plus ils disposent d’un budget très conséquent déjà.
      Une meilleure idée serait donc d’inviter une délégation d’espérantistes nord-coréens. En premier lieu il faut préciser que deux événements récents réunissant les deux Corée ont pu avoir lieu récemment, le 6 avril [2017], le match de hockey sur glace au sud, où une équipe nord-coréenne a pu participer et le 7 avril [2017], le match de football féminin a eu lieu à Pyongyang, avec la participation d’une équipe du Sud.)

      Jong Sun Gi nous a donné une version différente de celle des participants issue d’un blog espérantiste « libera folio », qui annonçait que c’est un ancien ministre qui avait fondé le groupe Espéranto en RPDC, avant de subir une répression politique. Au contraire, le linguiste leur a affirmé que le groupe avait été fondé par de très grandes figures intellectuelles de l’époque, en 1951, tous étudiants en langues européennes (allemand, espagnol, anglais, russe…), avec un président en études de médecine qui avait dû quitter l’université à la suite d’une promotion l’ayant conduit à déménager dans une autre ville, et le second principal protagoniste qui était décédé d’une maladie par la suite. C’est donc selon lui le départ de ces deux éminentes figures, qui portaient le mouvement, qui est à l’origine de la fin de la dynamique Espérantiste en RPDC.

      En outre, il a ajouté six noms d’autres personnes profondément impliquées dans le mouvement, Yang Hyong Man, Kim Hui Chol, Ri Yong Nam, Hwang Kyong Ae, Kim Su Gyong, et a évoqué ses souvenirs concernant les premières affiches qu’il avait pu lire au sein de l’université, vantant les mérites de la langue universelle.

      En tant que linguiste il trouvait que la structure même de présentation du dictionnaire Espéranto-coréen n’était pas dénuée d’intérêt.

      Des espérantistes invités à Pyongyang…

      Par ailleurs, les participants ont été très heureux de constater l’ouverture d’esprit affichée par leurs interlocuteurs lors de leurs diverses rencontres, avec des représentants des départements des sciences sociales de trois grandes universités (Université Kim il Sung, Université des langues étrangères de Pyongyang et Pyongyang University of Science and Technology, PUST). Un autre professeur a confirmé que l’Espéranto était une langue connue chez les Nord-Coréens. Redynamiser cette langue est donc un objectif qui a semblé séduire au vu de l’accueil très chaleureux et privilégié reçu par les membres de la délégation de l’AAFC.

      Par-contre, ceux-ci n’ont pu visiter (à cause du match de foot auquel ils ont assisté mais qui a désorganisé le programme) qu’à la fin seulement de leur séjour les studios de cinéma de Pyongyang, alors que cette visite était prévue à l’origine au début du séjour, et le mystère du nom de l’association des cinéastes et autres artistes coréens « korea artista proleta federacio » n’est ainsi toujours pas levé à ce jour.

      Ils ont pu revoir en revanche une seconde fois le linguiste qui était en possession du dictionnaire d’Espéranto, toujours accompagné du nouveau directeur des sciences sociales d’une des universités,(docteur Pang Jong Ho) preuve de la volonté de tenter de renouer avec cette langue. Ils ont alors longuement discuté du rôle de l’association universelle d’Espéranto dont le fonctionnement a intéressé les Nord-Coréens, puis des documents remis lors de leur première entrevue (le « fundamento » : livre écrit par le fondateur de la langue (Zamenhof), avec les règles qu’il a lui-même édictées sur l’Espéranto). Entretemps le linguiste Jong Sung Gi a pu effectuer quelques recherches en bibliothèque et leur a confié avoir retrouvé un exemplaire du « fundamento » dans une bibliothèque de Pyongyang. Il était intrigué par l’aspect deux fois plus volumineux de l’exemplaire que les membres de la délégation venaient de lui offrir. En effet ce dernier a été augmenté par cinq traductions en différentes langues, tout simplement. De manière logique, c’est le dictionnaire de référence qui fut sollicité par les linguistes et nous avons regretté de ne pas avoir emmené de PIV, le grand dictionnaire unilingue de l’Espéranto.

      En conclusion, les participants remercient leur guide féminine, jeune et l’esprit vif, qui a réussi à absorber en huit jours les règles essentielles de l’Espéranto, et le second guide, moins motivé en début de séjour par la langue universelle mais qui était conquis à leur départ, très motivé pour apprendre la langue en comprenant ses enjeux (langue propédeutique, facile à assimiler, aux réseaux déjà creusés dans le monde entier.) Les participants sont donc très confiants pour la dynamique de création peut-être extrêmement rapide d’un nouveau club d’Espéranto en RPDC.

      Enfin, des professeurs de toutes origines sont sollicités, pour lesquels seul le billet d’avion devrait être la plus grosse dépense car les professeurs qui seraient volontaires pour donner des cours dans les universités pourraient bénéficier des mêmes avantages que les Coréens. (logement, nourriture, énergie et transports quasi gratuits…).

      Les participants espèrent que les tensions politiques n’entravent pas des relations si bien amorcées pour l’avenir de l’Espéranto en RPDC.

      Des espérantistes invités à Pyongyang…
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      12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 18:52

      Face à l'attitude belliqueuse des Etats-Unis (qui ont dépêché le porte-avions à propulsion nucléaire USS Carl Vinson, avec sa flotte d'escorte, au large de la péninsule coréenne), tant la République de Corée (du Sud) que le Japon ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas de frappes américaines sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qui feraient courir le risque d'un embrasement de la région - Séoul et Tokyo étant alors aux premières loges. Dans ce contexte particulièrement tendu - où il convient de relativiser la portée de la démonstration de force de Donald Trump (le porte-avions USS Carl Vinson est déjà dans la région Pacifique depuis janvier) - un pays porte le poids des efforts diplomatiques pour une issue négociée, loin des réactions passionnées et impulsives et faisant appel à la raison : la République populaire de Chine.

      Donald Trump et Xi Jinping lors de leur rencontre en Floride, le 8 avril 2017

      Donald Trump et Xi Jinping lors de leur rencontre en Floride, le 8 avril 2017

      Dans la diplomatie chinoise, on évalue la situation la tête froide sans réaction impulsive - un peu le contraire de l'Américain Donald Trump lorsqu'il a pris la décision de frapper la Syrie, faisant planer une menace de guerre dans la péninsule coréenne, théâtre de très larges exercices de guerre.

      Dans ce contexte, le Président chinois Xi Jinping a pris acte des frappes américaines en Syrie (intervenues pendant son sommet aux Etats-Unis), réaffirmé la volonté de Pékin d'agir de concert avec Washington (qui a menacé d'agir unilatéralement), notamment sur la question coréenne, en plaidant pour le multilatéralisme. Médiateur de longue date entre les Etats-Unis et leurs alliés d'une part, la RPD de Corée d'autre part, sur la question coréenne, la Chine a agi avec calme, en appelant une nouvelle fois les différentes parties à la retenue - alors que la RPD de Corée est par ailleurs soupçonnée de pouvoir procéder à un essai nucléaire ou un essai balistique avant le 15 avril 2017, 105e anniversaire de la naissance du fondateur du pays, le Président Kim Il-sung.

      Cette fois, le Président Xi Jinping a choisi d'appeler lui-même son homologue américain Donald Trump le 12 avril 2017, afin de le dissuader d'une action aux conséquences imprévisibles. Selon le Korea Times, le Président américain aurait été pressé de

      trouver une solution pacifique aux tensions croissantes autour du programme nucléaire nord-coréen.

      Dans un éditorial cité par Courrier international, le Huanqiu Shibao a souligné les limites d'une aventure militaire unilatérale américaine :

      Si l’Amérique veut agir seule, le ‘résultat’ sera là, mais le soutien international sera faible. La question nucléaire nord-coréenne ne se résume pas à une question militaire, il faudra toujours au bout du compte parvenir à une solution politique, et la coopération internationale ne devra pas faire défaut.

      Le même éditorial incitait par ailleurs Pyongyang à s'abstenir de toute initiative dans le contexte présent, "pour sa propre sécurité et pour préserver sa capacité de négociation". Au même moment, l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée s'est réunie pour prendre des décisions budgétaires (le budget militaire a été accru de 5,4 % par rapport à 2016, pour faire face aux menaces américaines, représentant ainsi 15,8 % du budget national), et reconstituer par ailleurs une commission des Affaires étrangères - traduisant la volonté de relancer la diplomatie parlementaire.

      Si la Chine sanctionnerait probablement une nouvelle fois la RPDC en cas d'essai nucléaire, elle a aussi ses propres intérêts stratégiques (qui l'amène à s'opposer au déploiement de THAAD en Corée du Sud) et entend exercer ses responsabilités de grande puissance pour préserver la paix et la stabilité dans son environnement immédiat.

      Sources :

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