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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 13:27

La politique coréenne de la Chine, sur les questions stratégiques, est guidée par des principes constants : assurer la stabilité de la péninsule en évitant que ses partenaires (notamment, Corée du Nord, Etats-Unis, Corée du Sud, Japon) prennent des initiatives qui aggravent les tensions ; régler par la voie du dialogue les différends en suspens. Dans ce contexte, deux décisions ont été prises quasi-simultanément, qui témoignent des tensions pesant sur la politique coréenne de la Chine : l'expulsion de plusieurs dizaines de missionnaires sud-coréens actifs dans le Nord-Est de la Chine où sont présents illégalement des milliers de Nord-Coréens ; la suspension jusqu'à la fin de l'année 2017 des importations de charbon nord-coréen par la Chine.

Centrale à charbon chinoise

Centrale à charbon chinoise

Aucune des deux initiatives prises récemment par la Chine ne semble être le fruit du hasard. S'agissant de la suspension des importations de charbon nord-coréen, à compter du 19 février 2017 et jusqu'au 31 décembre 2017 (y compris pour les cargaisons en attente d'examen par les douanes), les autorités chinoises ont affirmé qu'il ne s'agissait que de l'application des sanctions prises par le Conseil de sécurité des Nations unies, la résolution 2321 plafonnant les ventes nord-coréennes de charbon à 400,9 millions de dollars (ou 7,5 millions de tonnes) par an à partir de 2017 - pour mémoire, en 2016 la Chine a importé 22,5 millions de tonnes de charbon de la République populaire démocratique de Corée (soit une hausse de 15 % par rapport à 2015), pour une valeur de 1,19 milliard de dollars, selon les statistiques des douanes chinoises. L'impact sur l'économie nord-coréenne est donc réel, cette annonce coïncidant avec le lancement d'un missile de moyenne portée par la RPD de Corée le 12 février 2017. D'aucuns analystes y voient le signe que Pékin entendrait punir Pyongyang en utilisant l'arme économique. En tout cas, la Chine dément de fait les critiques américaines de l'administration Donald Trump sur son manque supposé d'application des sanctions internationales contre la RPD de Corée. 

Il serait cependant hasardeux d'en déduire une simple volonté des autorités chinoises de se rapprocher des Etats-Unis sur la question coréenne. Dans le même temps, les autorités chinoises ont expulsé plusieurs dizaines de missionnaires sud-coréens qui, sous couvert d'assistance humanitaire, cherchent à convertir les dizaines de milliers de Nord-Coréens présents en Chine - le plus souvent, pour des raisons économiques et de manière temporaire, avant de retourner en RPD de Corée. Il n'est pas nouveau que la Chine, en application de ses accords de coopération avec Pyongyang (qui impliquent l'expulsion vers la RPD de Corée des Nord-Coréens présents illégalement sur le territoire chinois) et pour des raisons de maintien de l'ordre public, voit d'un mauvais oeil le prosélytisme des missionnaires sud-coréens dans le Nord-Est du pays (qui implique le passage des Nord-Coréens en Corée du Sud) et n'hésite pas à expulser des Sud-Coréens participant à des activités illicites en droit chinois. Toutefois, cette décision coïncide avec une expression accrue du mécontentement chinois sur le déploiement en Corée du Sud du bouclier de missiles américain THAAD qui, officiellement dirigé contre la Corée du Nord, vise en pratique la Russie et la Chine.

En prenant des initiatives sur la question coréenne qui ne rompent pas avec ses engagements antérieurs, la Chine envoie donc des signaux à l'administration Trump : mais celle-ci acceptera-t-elle de discuter avec Pékin des questions stratégiques liés à la péninsule coréenne ?

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Chine-Corée
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 13:28

Chercheur associé au Centre d’études coréennes de l’Institut pour les études sur l’Extrême-Orient de l’Académie des sciences de Russie, Konstantin Asmolov est un des meilleurs spécialistes de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et, plus largement, des questions coréennes, dont l'Association d'amitié franco-coréenne a déjà traduit certaines articles (notamment sur l'affaire des mines, qui avait provoqué un bras-de-fer intercoréen en août 2015). Nous publions ci-après la traduction en français d'un article de Konstantin Asmolov pour New Eastern Outlook, parue sur le site Internet Le Saker francophone. Nous remercions la traductrice Diane Gilliard, qui a signalé cet article sur la page Facebook de l'Association d'amitié franco-coréenne  pour qu'il soit reproduit sur le site Internet de l'AAFC : il analyse et met en perspective les démarches américaines faisant pression sur la République populaire de Chine pour que la RPD de Corée abandonne son programme nucléaire militaire, pourtant développé en réaction à la politique anti-RPDC de Washington. 

USA-Chine : qui est responsable du développement du programme des armes nucléaires de la Corée du Nord ?

par Konstantin Asmolov

New Eastern Outlook - 15 novembre 2016

 

Les annonces de la Corée du Nord sur l’achèvement de son programme de développement d’armes nucléaires ont fait exploser les discussions sur «qui est responsable». Plus précisément, cela concerne qui est prioritairement responsable de l’escalade de la situation au niveau actuel. Dans le contexte d’une opposition croissante entre les États-Unis et la Chine, c’est Beijing qui est maintenant accusé, les accusations allant de «n’a rien fait, alors qu’il le pouvait» à «a apporté une aide active».

Commençons par les déclarations de la candidate à la présidence des États-Unis, Hillary Clinton. Le 13 octobre 2016, lors d’une conférence devant des responsables de Goldman Sachs, Hillary Clinton a souligné que l’Armée de libération chinoise est le principal soutien de la Corée du Nord. C’est à ce moment qu’elle a déclaré sa position : si Beijing n’est pas en mesure d’empêcher la Corée du Nord de construire un missile balistique intercontinental capable de transporter des armes nucléaires, les États-Unis peuvent encercler la Chine avec des systèmes de défense antimissile et des bases navales.

Sankei Shimbun (un quotidien japonais) cite le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter: «La Chine est la première responsable des actions présentes de la Corée du Nord. Elle couvre le comportement dangereux de ce pays.» Il suggère aux lecteurs que Beijing est engagé dans un complot évident. Poussant jusqu’au bout la critique de Washington pour sa politique de grande puissance, il a décidé de répondre de cette manière. Comme preuve, le journal japonais se réfère à Chosun Ilbo [un quotidien sud-coréen, NdT], qui a rapporté que, selon un ancien employé de l’Agence de renseignement de la défense des États-Unis, Bruce Vector, dont l’opinion a été publiée le 1er septembre, la fusée nord-coréenne est une copie exacte du missile balistique à gaz propulseur à deux étages chinois Tszyuylan-1, conçu pour être placé sur des sous-marins.

Alors qu’il donnait une conférence à l’Université nationale de Séoul, le secrétaire adjoint au Département d’État américain, Tony Blinken, a aussi annoncé qu’on ne peut pas parler de l’économie nord-coréenne sans mentionner la Chine. Pyongyang dépend totalement de la coopération avec Beijing, donc la Chine est particulièrement responsable de la mise en place de sanctions contre la Corée du Nord.

Le but de ces accusations est de forcer la Chine à être «plus constructive». Pendant ce temps, les politiciens chinois déclarent constamment que le problème nucléaire dans la péninsule de Corée n’est pas provoquée par les actes de Beijing et que la Chine ne peut pas agiter une baguette magique et résoudre la situation. Les racines du problème émanent des conflits entre les États-Unis et la Corée du Nord, et c’est l’Amérique qui devrait faire preuve d’une approche constructive. Le 12 septembre 2016, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hua Chunying a noté que le cœur du problème nucléaire sur la péninsule de Corée, réside dans le conflit entre les États-Unis et la Corée du Nord et que c’est l’Amérique qui devrait en assumer la responsabilité. «Nous appelons une fois encore toutes les parties à examiner la situation générale, à agir avec prudence afin d’éviter les provocations réciproques, ainsi qu’à promouvoir conjointement la dénucléarisation et à faire de réels efforts pour atteindre la paix et la stabilité dans la péninsule de Corée», a dit le diplomate chinois, notant que la situation actuelle témoigne de l’importance et de l’urgence véritables à revenir aux négociations à six, aussitôt que possible.

Le 14 septembre 2016, des suggestions américaines que la Chine devrait participer activement à l’isolement de la Corée du Nord ont été rejetées dans le Quotidien du peuple chinois (Renmin Ribao). Le journal déclare que la responsabilité principale de la situation actuelle ne peut pas être imputée à la Corée du Nord, mais aux États-Unis. Le 21 septembre, dans son discours aux Nations unies, le Premier ministre chinois, Li Keqiang, n’a pas non plus mentionné les sanctions.

Le 2 novembre 2016, Hua Chunying [la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, NdT] a annoncé une fois de plus qu’il n’est pas possible de parvenir à la solution fondamentale du problème nucléaire dans la péninsule de Corée, uniquement par des sanctions et des pressions. Commentant la récente réunion des chefs des délégations des États-Unis et de la République de Corée lors des négociations à six, pendant lesquelles il y a eu des appels répétés à renforcer les sanctions et à augmenter la pression contre la Corée du Nord dans l’espoir que la nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU introduirait des restrictions forcées des exportations de charbon nord-coréennes, Hua Chunying a dit que le Conseil de sécurité de l’ONU examinait et discutait du problème nucléaire nord-coréen. Cependant, une part importante de la résolution 2270 du Conseil de sécurité fait référence à la nécessité de reprendre les négociations à six et de chercher à réduire la tension en Asie du Nord-Est par des moyens politiques et diplomatiques. C’est ainsi qu’une solution sensée au problème nucléaire nord-coréen peut être trouvée.

Deux jours plus tard, le 4 novembre, elle a déclaré que le déploiement du système de défense antimissile américain sur la péninsule de Corée ruinerait l’équilibre stratégique des forces dans la région, et que Beijing se réserve le droit de prendre les mesures nécessaires pour préserver sa propre sécurité. Les actes des États-Unis vont à l’encontre des efforts déployés pour assurer la paix et la stabilité sur la péninsule de Corée, a dit Hua Chunying, appelant les parties concernées à prendre en compte les préoccupations légitimes de la Chine.

Le cœur de la politique chinoise est à la fois la question THAAD [Terminal High Altitude Area Defense, système de missiles antibalistiques américain, NdT] (vue par la Chine comme visant à contenir ses capacités en missiles) et la perception plus large que les préparatifs militaires étasuniens contre la Corée du Nord sont en fait dirigés contre la Chine. Résultat, en dépit d’un grand nombre de différences importantes entre les pays, les relations entre Beijing et Pyongyang sont fondées sur le principe «l’ennemi de mon ennemi est mon ami». Il est plus facile de soutenir la Corée du Nord, que de risquer davantage de conséquences graves qui pourraient se produire si elle était trop durement mise sous pression. La volonté de la Chine d’enquêter sur les liens illégaux entre un grand nombre d’entreprises chinoises et la Corée du Nord montre que «la fenêtre n’est pas totalement close» et peut être vue comme une tentative d’affaiblir les efforts des États-Unis d’imposer des sanctions contre les sociétés chinoises qui font des affaires légales avec la Corée du Nord.

La Chine et la Corée du Nord étendent en même temps leur coopération économique, malgré les effets des sanctions internationales. Selon le journal Rodong Sinmun, la troisième rencontre de la Commission intergouvernementale de Corée du Nord et de Chine, où les questions frontalières ont été discutées, s’est tenue à Pyongyang le 25 octobre. La partie chinoise était dirigée par Liu Zhenmin, et la nord-coréenne par le vice-ministre des Affaires étrangères Pak Myong-guk. La discussion a porté sur l’organisation d’un nouveau passage de la frontière, puisqu’un pont entre la ville de Sinuiju (en Corée du Nord) et la ville de Junchun (en Chine) a été construit en septembre. En outre, un pont sera ouvert entre Sinuiju et Dandong (en Chine) dans un proche avenir.

Par ailleurs, le chiffre d’affaires entre la Corée du Nord et la Chine, au troisième trimestre de cette année, a augmenté de 3,4% par rapport à la même période de l’an dernier. Les Chinois construisent de nouveaux entrepôts et des bureaux dans la zone économique spéciale de Rason, ce qui signifie un afflux d’investissements. L’importation en Chine de voitures en provenance de Corée du Nord a fortement augmenté.

L’importation de riz chinois a également augmenté. Selon l’administration chinoise des douanes, en septembre 2016, 18 477 tonnes de céréales ont été livrées par la Chine à la Corée du Nord. C’est 2,7 fois plus qu’en août et six fois plus qu’en septembre dernier. Ce mois-là, 16 000 tonnes de riz ont été importées (2 000 tonnes de plus qu’en janvier et août). Bien que les experts sud-coréens expliquent ce fait par la décision du gouvernement de Corée du Nord de stabiliser les prix du riz, puisque les stocks ont baissé l’an dernier, tout fait lié à la Corée du Nord a été considéré exclusivement comme le signe d’une famine imminente et d’un effondrement en cours depuis un certain temps.

De manière générale, tandis qu’une partie accuse l’autre et fourbit ses armes, l’autre cherche des manières de résoudre le problème, ce qui montre clairement qui pourrait encourager le dialogue, mais ne veut pas le faire.

 

Konstantin Asmolov, docteur en Histoire, premier chercheur associé au Centre d’études coréennes de l’Institut pour les études sur l’Extrême-Orient de l’Académie des sciences de Russie, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Nadine pour le Saker francophone

 

Source :

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 10:48

Après l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 2 mars 2016, de la résolution 2270 ayant significativement accru les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) au regard de la poursuite de ses programmes nucléaires, spatiaux et balistiques, les gouvernements occidentaux, sud-coréen et japonais poussent la République populaire de Chine à fortement diminuer ses échanges économiques avec la RPDC, dans le but de provoquer une asphyxie de l'économie nord-coréenne et un changement de régime à Pyongyang. Dans ce contexte, les données commerciales chinoises (en l'absence de séries statistiques comparables publiées par la RPD de Corée) sont scrutées avec attention, tout particulièrement dans les milieux néoconservateurs. Pékin est ainsi régulièrement condamnée de ne pas appliquer les sanctions contre la RPD de Corée en l'absence d'effondrement du commerce bilatéral Chine-Corée du Nord. Une analyse factuelle dépassant le procès d'intention montre pourtant que cette accusation reste à démontrer. 

La ville de Dandong, à la frontière sino-coréenne, est l'un des principaux points de passage des échanges entre la Chine et la RPD de Corée.

La ville de Dandong, à la frontière sino-coréenne, est l'un des principaux points de passage des échanges entre la Chine et la RPD de Corée.

Selon les données statistiques douanières chinoises, les échanges bilatéraux avec la RPD de Corée ont atteint 17,7 milliards de yuans (soit 2,2 milliards d'euros) au premier semestre 2016, en baisse de 5,6 % par rapport aux six premiers mois de l'année 2015, les importations nord-coréennes ayant diminué encore plus fortement (de 8,7 %). Un rebond a cependant été constaté en août 2016 (+ 30 % par rapport à août 2015, se répartissant entre + 41,6 % pour les exportations chinoises et + 18,7 % pour les importations chinoises), après un repli en juillet 2016 (- 15,7 % par rapport à juillet 2015), n'effaçant pas une tendance globale au ralentissement. Les importations chinoises de minerai de fer ont fortement augmenté en août 2016 ; en revanche, la Chine importe moins de charbon nord-coréen, dans un contexte de saturation du marché chinois. Si l'on complète ces données par des observations de visu des échanges à la ville frontalière chinoise de Dandong, les échanges par voie ferroviaire et terrestre se poursuivent à un rythme comparable avec la période antérieure à l'adoption de la résolution 2270.

Le fait que les exportations nord-coréennes, dominées par les produits miniers, aient plus fortement baissé que les importations de la RPD de Corée, est cohérent avec le fait qu'elles sont ciblées par la résolution 2270. Cette évolution doit cependant aussi tenir compte de l'évolution de la production nord-coréenne et des besoins chinois.

On ne constate donc pas l'effondrement attendu (espéré ?) par les faucons néo-conservateurs, à Washington, Séoul, Tokyo ou Paris. Mais de là à affirmer que la Chine n'applique pas les sanctions commerciales contre Pyongyang, il y a un pas que ces partisans de la guerre et du chaos n'ont pas hésité à franchir.

Il y a en effet tout lieu de croire la Chine quand, opposée au programme nucléaire militaire nord-coréen, elle affirme mettre en oeuvre les résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle a ainsi publié plus rapidement que d'ordinaire les textes réglementaires régissant son application des sanctions. Par ailleurs, le texte de la résolution 2270 reposait sur une ambiguïté - à savoir que les restrictions aux principales exportations de minerais (notamment charbon et minerai de fer) par la Corée du Nord seraient exclues du champ d'application de la résolution dès lors qu'elles seraient utilisées à "des fins concernant les moyens d'existence" de la population nord-coréenne. Cette précision a dû été acceptée par les Etats-Unis et leurs alliés, pour obtenir l'aval de la Chine dans l'adoption de la résolution : comment reprocher à présent aux autorités chinoises de ne pas respecter les termes d'un accord accepté par Washington et ses alliés,en pleine connaissance de cause ?

Dire aujourd'hui que "la Chine n'applique pas les sanctions contre la Corée du Nord", selon les éléments de langage de l'administration américaine volontiers repris par les médias occidentaux, relève ainsi d'une méconnaissance du texte de la résolution 2270 et occulte le fait que les Etats-Unis ne sont, pour leur part, guère sensibles au respect du multilatéralisme, en s'arrogeant le droit de prendre des initiatives unilatérales - qu'il s'agisse du déploiement en Corée du Sud du système de missiles THAAD (sans aucune concertation avec Pékin ni Moscou, pourtant directement concernées) ou de la mise en oeuvre de sanctions américaines contre la RPD de Corée, à nouveau sans consulter d'autres puissances que les Etats qui leur sont affidés

Le procès fait aux autorités chinoises est d'autant plus injuste que celles-ci n'hésitent pas à poursuivre leurs entreprises nationales qui enfreignent les règles clairement définies du régime de sanctions internationales - à savoir l'interdiction des exportations permettant la poursuite par Pyongyang de ses programmes nucléaires et balistiques.
Le département de la sécurité publique de la province de Liaonin vient ainsi d'annoncer des poursuites contre le conglomérat Hongxiang, dirigé par Mme Ma Xiaohong et qui constitue l'un des acteurs majeurs des échanges sino - nord-coréens, basé à Dandong. Les pousruites portent sur de "graves crimes économiques" - dont la nature n'a toutefois pas été précisée.

Principales sources :

 

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 12:48

L'Institut russe d'Extrême-Orient est l'un des organismes internationaux les plus réputés pour ses analyses sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Le 7 septembre 2016, le site russe Newsinfo a publié un entretien avec un des chercheurs du centre, Evgeny Kim, sous le titre "Les sanctions des Etats-Unis rendront le régime de Kim Jong-un éternel". Nous publions ci-après cet article traduit du russe, qui revient en détail sur la situation internationale actuelle en Asie du Nord-Est et aussi les politiques des principaux acteurs en présence, y compris la Russie et la Chine.

"Les sanctions des États-Unis rendront le régime de Kim Jong-un éternel"

En quoi  l’arme nucléaire est-elle utile à la direction de la RPDC ? Quel rôle jouent les États-Unis dans la rivalité entre la Corée du Sud et la Corée du Nord ? Comment les gens vivent-ils maintenant en République Populaire Démocratique de Corée, et pourquoi la Russie et la Chine misent-elles sur ce pays ? Sur ces questions nous donnons la parole à Evgeny Kim, candidat en sciences philosophiques et collaborateur scientifique principal du Centre des études coréennes de l'Institut d'Extrême-Orient.

— Que représente la République populaire démocratique de Corée ? Comme le pays vit derrière un  rideau de fer, des rumeurs circulent selon lesquelles les gens y souffrent de la faim. Qu’en est-il réellement ?

— Le peuple vit  non dans l'aisance, comme en Amérique ou en Suède. Sans doute leur niveau de vie n’atteint pas le nôtre. Et en ce sens, certes, le pays est pauvre. Mais d'autre part, je voudrais remarquer que c'est un pays avec une économie en croissance. Si vous vous rappelez, dans les années 90 et au début des années 2000 vous aviez une économie périssante, qui allait en général vers le désarroi. Ils ont surmonté cette étape, et c'est maintenant une économie en expansion.

De plus je voudrais remarquer qu'il n'y a pas là-bas de gens mourant de famine. Oui, puisque le pays est  modeste, leur approvisionnement n’est pas celui auquel nous sommes habitués. On estime là-bas normal que, chez eux, une personne consomme environ 1700-1800 kilocalories (kcal) par jour, et non 8000 kcal, comme le champion olympique Phelps, ou  3000 kcal, comme le Russe ordinaire. Mais, selon les normes de l'Organisation mondiale de la santé, le minimal nécessaire pour le maintien de l'activité vitale et pour le travail normal d’une personne est de 1430 kcal. Tout cela est assuré. De plus, le pays a des relations diplomatiques avec environ 150 États. Peut-on parler d'isolement ? Il me semble que non. Naturellement,  on ne va pas là-bas très facilement, un visa est nécessaire. Mais dans le monde il en est de même dans de nombreux pays.

Pourquoi le pouvoir nord-coréen veut-il l’arme nucléaire ?

Il faut prendre en considération que le pays vit en réalité en état de siège, parce que les troupes américaines se trouvent en Corée du Sud. Elles ne sont pas très nombreuses (28 500 soldats), mais elles sont équipées de l'armement le plus moderne.

De plus il y a une immense base américaine militaire sur le territoire du Japon, depuis laquelle le temps de vol jusqu'en Corée n'est que de 2 à 3 heures. En outre l'armée sud-coréenne, qui comprend 660 000 personnes est environ la cinquième armée, en nombre de militaires, dans le monde. Les dépenses militaires annuelles de l'armée sud-coréenne sont d'environ 35 milliards de dollars. Pour que vous ayez une idée claire de ce que cela représente pour le Nord, j’ajoute que le produit intérieur brut de la Corée du Nord est d’environ 33 à 34 milliards de dollars.

Les potentiels militaires de la Corée du Sud et de la Corée du Nord ne sont  pas comparables. La  Corée du Nord a décidé de miser notamment sur l'armement nucléaire et les missiles, parce qu’elle ne peut pas rivaliser avec le Sud en termes d’armements conventionnels.

Ils ont vu  comment Kadhafi a renoncé à l'arme nucléaire, et ce qui lui est arrivé ensuite. Ils ont vu également comment, en son temps, Saddam Hussein a renoncé lui aussi à se doter de l'arme nucléaire, et ils en sont arrivés à la conclusion : si tu as l’arme nucléaire, on ne te touchera pas.

Certes, cela demande de l'argent, mais la présence de cette arme permet de dépenser moins pour la mise en place d’armements conventionnels faisant contrepoids à ceux de la Corée du Sud. On a l’impression que les États-Unis et la Corée du Sud agissent d'une manière délibérée pour le renforcement du régime de la Corée du Nord. Ainsi, ce printemps ont eu lieu les manœuvres militaires "Key Resolve"  et "Foal Eagle". Le but de ces manoeuvres est de tester, préparer et répéter de la réalisation du plan rapide 5015 (OPLAN 5015), qui prévoit la destruction de la direction de la Corée du Nord, la destruction des centres spatiaux du pays, des centrales nucléaires et de tous les systèmes liés aux centres de gestion de la force de frappe nucléaire et des missiles.

C'est un plan de déclaration de guerre contre un autre pays, l’inconnue étant sa date de mise en oeuvre. C'est pourquoi la direction de la Corée du Nord peut raisonner à peu près ainsi : "Regardez, nous tentons de leur parler, et eux essaient constamment de nous anéantir. C'est pourquoi nous devons être unis tous ensemble et résister face aux impérialistes américains".

Que les États-Unis, et la Corée du Sud rêvent de liquider le régime de la Corée du Nord ne fait pas l'objet du moindre  doute. Ils le déclarent ouvertement. Bien que, officiellement, la direction sud-coréenne dise : "Nous ne sommes pas pour le remplacement du régime politique de la Corée du Nord, nous voulons seulement qu'ils renoncent à  l'arme nucléaire". Or ils ne peuvent pas renoncer à l'arme nucléaire tant que les  Américains seront présents sur territoire de la Corée du Sud, et chaque année les manoeuvres recommencent !

 

 La Chine a bloqué récemment au Conseil de sécurité de l'ONU une résolution, qui condamne l'essai de missiles. Cette décision est liée au fait que les Américains installent  leur propre défense antimissiles, mais la Chine considère qu'il faut d’abord y mettre fin, et ensuite parler des essais de fusées nucléaires. C'est-à-dire que la Chine a pris la défense de la Corée du Nord. Pourquoi pas la Russie ?

Vous savez, nous avons une répartition des rôles bien définie. L'application du droit du veto au  Conseil de sécurité de l’ONU est une mesure extraordinaire, et il ne faut pas l'utiliser en toute occasion. Nous avons, si vous voulez, un accord  officieux avec la Chine : tout ce qui touche à la Corée du Nord  à l'ONU sera réglé par elle. Et nous appuyons automatiquement toutes les résolutions du Conseil de sécurité liées aux sanctions contre la Corée du Nord parce que les Américains les ont coordonnées avec les Chinois. Y compris la résolution 2270 du Conseil de sécurité de l'ONU qui interdit les exportations de charbon par la RPDC.

Ainsi  la Chine fait preuve d’hypocrisie en ce qui concerne la Corée du Nord et quand elle en prend la défense c'est seulement quand l'affaire concernée touche ses propres intérêts ?

La Chine a accédé en son temps aux désirs des Américains, et maintenant  il lui faut continuer à soutenir automatiquement cette position. Mais la Chine, en prenant tout en compte, n’est pas à même de mettre en oeuvre cette résolution. C'est aussi le cas maintenant. Le commerce entre la Corée du Nord et les régions frontalières de la Chine n'est pas fermé, il se poursuit. Et c'est pour cela qu’il n’y a pas encore en RPDC de signes de détérioration de son approvisionnement. Tout va normalement.

Mais il me semble qu'en leur temps nos diplomates, de même que les diplomates chinois, ont fait une erreur, en pensant que s’ils accédaient aux désirs des Américains, ceux-ci accéderaient aux leurs. Il n'en est rien. Le jour même où la Chine a accepté la résolution la plus dure contre la Corée du Nord, proposée par les Américains, ceux-ci ont avancé leurs  navires en mer de Chine. Le jour même où nous avons accepté cette résolution, à la suite de la Chine, les États-Unis ont annoncé qu’ils prolongeaient les sanctions contre nous.

Depuis toujours les États-Unis se renforcent en Corée pour une toute autre raison que le bien des Coréens. Ils sont installés en Corée pour contrer la Chine, et le système de défense antimissiles n'est pas directement dirigé contre la Corée du Nord. Quand les hommes politiques du Sud disent que les missiles du Nord menacent la sécurité nationale du pays, je me demande toujours : "prennent-ils l’avis de leurs militaires, oui ou non ?"

Le système qui s'installera est étudié pour détruire des missiles à hauteur de 50 à 150 kilomètres. 100 kilomètres et au-delà c’est déjà au-delà de l’espace aérien. Ne sont donc concernées que les fusées balistiques intercontinentales. Pour les Coréens du Nord pilonner ou détruire quelque chose sur le territoire de la Corée du Sud n'a aucun sens si c'est pour utiliser des missiles balistiques intercontinentaux, beaucoup trop coûteux et trop imprécis. Ils feront cela par des missiles tactiques à proche rayon d’action. Et ce système, que les Sud-Coréens veulent installer, ne sera aucunement utile, mais est par contre adapté pour tenter d’intercepter des missiles qui seraient lancés depuis la Chine ou la Fédération de Russie.

On estime que les Américains ont investi dans la Corée du Sud après la guerre pour en faire l'image du miracle asiatique et que les habitants du Nord envient le niveau de vie des Sud-Coréens et renversent leur gouvernement. Pourquoi la Chine et la Russie ne peuvent pas maintenant, s'étant unies, créer un pareil miracle avec la Corée du Nord ?

En ce qui concerne le miracle coréen, les Américains ont injecté environ cinq milliards de dollars dans l'économie de la Corée du Sud jusque dans les années 1960. L'Union Soviétique et la République populaire de Chine ont davantage investi dans l'économie de la Corée du Nord. Jusqu'en 1972 la Corée du Nord avait un niveau de vie plus élevée que la Corée du Sud, l'économie se développait avec davantage de succès, la formation était plus élevée.

Comment les Sud-Coréens ont-ils commencé à gagner ? Quand les Américains ont commencé la guerre contre le Viêt Nam en 1965, le pouvoir sud-coréen a envoyé là-bas deux divisions, et les États-Unis, en échange, ont augmenté l'aide militaire à la Corée du Sud et lui ont accordé un certain nombre de crédits. De plus les Américains ont également vu que leurs militaires qui faisaient la guerre au Viêt Nam avaient besoin de repos, de traitement, ils devaient coudre l'équipement, la literie … et il les fallait les approvisionner. Les Américains ont confié tout cela à la Corée du Sud. Et la Corée du Sud a gagné beaucoup d'argent. Si l'Amérique avait passé ces commandes au Japon ou en Amérique, cela aurait coûté deux fois plus cher. C'est pourquoi il n'y avait pas de place pour de la bienfaisance, c'était un calcul du côté des États-Unis de se servir du bas niveau de vie de la population de la Corée du Sud et d'une main d'oeuvre à bas coût pour recevoir toutes les facilités attendues : les vêtements, le confort et les femmes…

Mais pour le compte de quoi la rivalité entre la Corée du Sud et la Corée du Nord se prolonge-t-elle à  longueur d’années ?

 La compétition a lieu non pas dans l'intérêt de l'aide directe américaine, mais au compte de la création de conditions plus favorables aux capitaux en dehors du pays et sur le marché international grâce à l'accès au FMI et au bénéfice de conditions favorables pour l'exportation de biens aux États-Unis.

Pourquoi la Russie et la Chine n’aident-elles pas les Coréens du Nord à se redresser un peu économiquement ?

 La Russie est un pays capitaliste, pourquoi  aiderait-elle  un pays socialiste ?

 

Il faut y trouver quelque intérêt. Nous aidons la Syrie, nous aidons l'Ukraine.

Il y des intérêts.  Par exemple, depuis  longtemps j’ai dit que la Corée du Nord a des minérais très intéressants, qui seraient utiles à notre économie. Et aussi des réserves très intéressantes de terres rares. Vladimir Poutine a récemment organisé une conférence sur ce sujet. Il est intéressant de noter que nos grandes entreprises achetaient les minerais et terres rares en Amérique latine. Je dis : "Pourquoi ? Vous comprenez qu'à n'importe quel moment peut surgir un  conflit militaire, et tout cela s'arrêtera". Et ici nous avons une frontière commune, nous pourrions acheter à la République populaire démocratique de Corée ! Mais les sociétés pensent seulement uniquement à leurs bénéfices à court terme. L'avenir leur importe peu.

Il faut qu'ici les compagnies d'État agissent, or chez nous on tente de réduire le rôle de l'État. En conséquence, sans soutien de l'État, nos sociétés travailleront difficilement avec la Corée du Nord. Il faut ici que l'État manifeste sa volonté et élabore un programme précis de coopération économique avec la Corée du Nord. Par exemple, la Corée du Nord avait une dette envers nous, nous avons déprécié 90 pour cent de cette dette, et en avons maintenu 10 pour cent (un milliard de dollars). Si les Coréens du Nord disent qu’ils ont élaboré des projets réalisables avec la Russie, alors nous pouvons considérer cet argent comme notre placement, qui irait sur de telles affaires. Nous soustrairions cela de la dette restante, et nous considèrerions cela comme notre apport. Ainsi, on peut aider Corée du Nord à moderniser certaines entreprises.

 

Maria Snytkova a préparé cette publication.

Lioubov Lioulko posait les questions.

Traduction du russe YB.

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 15:10

En septembre 2015, la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye se démarquait des dirigeants occidentaux en se rendant à Pékin pour les cérémonies commémorant la fin de la Seconde guerre mondiale, arrivant à mener une politique d'équilibre entre Washington et Pékin. En février 2016, l'adoption, avec le soutien de la République populaire de Chine, de sanctions d'une ampleur sans précédent contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pouvait à nouveau être perçue par les autorités sud-coréennes comme le signe que la Chine se rapprochait fortement de leurs positions sur la question nucléaire dans la péninsule coréenne. Mais la décision américano - sud-coréenne de déployer en Corée le système américain THAAD de missiles antibalistiques a mis fin à ce qui apparaissait comme un début de rapprochement stratégique entre Séoul et Pékin : en choisissant clairement le camp américain par une décision qui menace les intérêts stratégiques chinois (la portée du THAAD permettant d'atteindre la Chine du Nord-Est), Séoul est à nouveau perçue comme le simple supplétif de Washington en Asie du Nord-Est, soulevant colère et incompréhension dans l'opinion publique chinoise.

Dessin paru dans le quotidien chinois (pro-gouvernemental) "Global Times" du 20 juillet 2016, pour illustrer un article de Ding Gang intitulé "THAAD pourrait faire l'objet d'une frappe chirurgicale".

Dessin paru dans le quotidien chinois (pro-gouvernemental) "Global Times" du 20 juillet 2016, pour illustrer un article de Ding Gang intitulé "THAAD pourrait faire l'objet d'une frappe chirurgicale".

Il n'est pas fortuit que l'opposition chinoise au système de missiles THAAD ait été exprimée dans un rapport sur la mise en oeuvre de la résolution 2270 imposant de nouvelles sanctions contre la RPD de Corée, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies après l'essai nucléaire nord-coréen du 6 janvier 2016 et le lancement d'un nouveau satellite par Pyongyang le 7 février 2016. En effet, pour Pékin les sanctions contre la RPD de Corée ne sont pas une fin en soi, mais doivent conduire à un retour au dialogue et aux négociations sur la question nucléaire dans la péninsule coréenne. Or, pour Washington (comme pour les faucons au pouvoir à Séoul), les sanctions sont bien une fin en soi, visant à provoquer l'effondrement de la RPD de Corée et étant combinées avec une escalade des tensions entretenue par Washington pour accélérer le processus militaire devant conduire à la chute du régime nord-coréen. Pour les partisans américains et sud-coréens de l'option militaire, le déploiement de THAAD n'est d'ailleurs que l'une des facettes les plus visibles de leur jeu hypocrite - prétendant parer à la menace d'un adversaire cent fois plus faible - mais elle n'est pas la seule : le commandement militaire américain utilise au maximum la carte des médias pour mener une guerre psychologique consistant à décrire les dirigeants nord-coréens (comme d'ailleurs ceux de tout pays s'opposant à la domination américaine) comme des dictateurs atteints de folie, tandis que s'amplifient des manoeuvres militaires désormais tripartites - associant Washington, Tokyo, Séoul et dont l'adversaire réel est bien Pékin, et pas Pyongyang.

L'opposition de la Chine au déploiement de THAAD, rappelée dans le rapport remis par Pékin sur la mise en oeuvre de la résolution 2270, fait écho à la colère de l'opinion publique chinoise vis-à-vis des dirigeants sud-coréens, et dont rend compte un éditorial du Global Times (titre lié au Quotidien du Peuple) en date du 22 juillet 2016. Cet éditorial s'offusque également de la manière dont  les positions de principe chinoises pour la paix et le désarmement en Asie du Nord-Est (y compris pour le désarmement nucléaire de la RPDC) sont travesties par les médias conservateurs sud-coréens, qui lient le refus par Pékin du système THAAD et l'application par la Chine des sanctions contre la RPD de Corée :

Séoul est-elle consciente des dégâts qu'elle a créés sur les intérêts de sécurité chinois et de la confusion qui en découle quant aux perceptions et aux analyses nouvellement partagées en ce qui concerne les sanctions [contre la RPDC] ? (...) La Chine a déjà payé le prix d'un refroidissement de ses relations avec la Corée du Nord, et a enregistré les pertes diplomatiques les plus importantes quant à la question nucléaire nord-coréenne.

En d'autres termes, pour l'auteur de l'éditorial du Global Times du 22 juillet 2016, la Chine ne s'apprête pas à remettre en cause le principe des sanctions contre la RPDC, mais elle ne veut pas non plus être le jouet des intérêts américains servis par les autorités sud-coréennes - alors qu'elle a beaucoup perdu en termes non seulement d'intérêts nationaux (du fait des sanctions économiques contre Pyongyang, où elle a investi des milliards de dollars), mais aussi de prestige diplomatique, dans un contexte d'impasse des pourparlers à six (la Chine, les Etats-Unis, les deux Corée, la Russie et le Japon) sur la question nucléaire dans la péninsule.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 21:04

Les tensions continuent de monter dans la péninsule coréenne : alors que les Etats-Unis mènent cette année, conjointement avec la République de Corée (Corée du Sud), des exercices militaires d'une ampleur exceptionnelle, la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) a annoncé qu'elle procèderait bientôt à de nouveaux essais nucléaires et à des lancements de missiles balistiques capables de transporter des ogives nucléaires - tandis qu'un étudiant américain (Otto Warmbier) a été condamné à quinze ans de travaux forcés par les autorités nord-coréennes. Dans ce contexte, la Chine, qui a été l'hôte des pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, se fait, conjointement avec la Russie, l'avocat de la reprise du dialogue, en appelant l'ensemble des parties à la retenue - alors même qu'elle serait en première ligne en cas de conflit.

L'agence officielle nord-coréenne KCNA a annoncé, le 16 mars 2016, que le Maréchal Kim Jong-un avait fait procéder à une simulation d'entrée dans l’atmosphère d’une fusée balistique.

L'agence officielle nord-coréenne KCNA a annoncé, le 16 mars 2016, que le Maréchal Kim Jong-un avait fait procéder à une simulation d'entrée dans l’atmosphère d’une fusée balistique.

Si la résolution 2270 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a renforcé les sanctions contre la RPDC à un niveau sans précédent, a bien été adoptée à l'unanimité, tous les membres du Conseil de sécurité n'en donnent pas la même lecture. En visite à Moscou, Wang Yi, ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, a déclaré, lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue russe Sergueï Lavrov, que la résolution devait être pleinement appliquée afin d'empêcher le développement par la RPDC de son programme nucléaire et balistique, mais sans avoir d'impact sur les populations - cette dernière précision, qui conditionne la mise en oeuvre de nouvelles restrictions aux principales exportations nord-coréennes de minerais, étant systématiquement rappelée par Pékin - à la différence, bien évidemment, de Washington et Séoul, qui souhaitent l'application la plus large possible des sanctions.

Lors de cette même conférence de presse, la Russie et la Chine ont appelé à la reprise des pourparlers à six (qui réunissent les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon)
, alors que les néo-conservateurs américains et sud-coréens (ces derniers, par la voix de la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye elle-même) ont envisagé la tenue de pourparlers multilatéraux excluant la Corée du Nord.

Les autorités chinoises ont même fixé un objectif aux pourparlers à six : non seulement la dénucléarisation de l'ensemble de la Corée, mais aussi la signature d'un traité de paix entre, notamment, les Etats-Unis et la RPDC.

Si les autorités chinoises ont toujours été défavorables à ce que la RPDC se dote d'armes nucléaires (votant constamment les sanctions contre Pyongyang après chacun de ses essais nucléaires), elles sont également conscientes que la montée de tensions sert de prétexte au déploiement du système THAAD en Corée, qui les vise implicitement. A cet égard, selon l'agence chinoise Xinhua, les chefs de la diplomatie russe et chinois ont  formulé en termes diplomatiques une mise à garde vis-à-vis de Washington :

 

Interrogés sur le possible déploiement en Corée du Sud du bouclier anti-missiles balistiques américain THAAD, les deux diplomates ont jugé que celui-ci excédait les besoins de défense de la région et qu'il ne pourrait conduire qu'à une course aux armements.

Alors que le bon sens et la raison impliquent de donner toutes leurs chances au dialogue et à la paix pour empêcher un nouvel embrasement dans la péninsule coréenne, la Chine, avec l'appui de la Russie, milite avec constance pour trouver une issue diplomatique à l'escalade en cours.

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 12:34

Alors qu'elles sont encore en discussion au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies, les nouvelles sanctions envisagées contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) après l'essai nucléaire du 6 janvier 2016 et le lancement d'un satellite le 7 février 2016 font d'ores et déjà l'objet de débats quant à leur portée et à leur mise en oeuvre. A supposer que le texte ne soit pas substantiellement modifié, il existe en effet une marge d'interprétation. En outre, la Russie examine en détail un texte à l'élaboration duquel elle n'a pas été associée : dans une conversation téléphonique à son homologue américain John Kerry, le 27 février, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a fait part de sa préoccupation quant à la nécessité de ne pas créer de difficultés pour les coopérations économiques avec la RPDC dans le secteur privé, en relevant par ailleurs les problèmes humanitaires rencontrés par la Corée du Nord.

Jetée au port de Dandong, en Chine, par lequel transite une part importante du commerce sino - nord-coréen.

Jetée au port de Dandong, en Chine, par lequel transite une part importante du commerce sino - nord-coréen.

Les "faucons" américains s'étaient bruyamment félicités après être parvenus à un accord avec la Chine sur un nouveau train de sanctions - d'une ampleur sans précédent - contre la RPD de Corée. Et effectivement, si leurs désirs étaient appliqués à la lettre ils porteraient un coup particulièrement rude à l'économie nord-coréenne - que nous avions estimé à potentiellement 10 points de PIB - entraînant la mort de nombreux civils, notamment d'enfants : un schéma qui, même s'ils s'en défendent, est conforme à leur volonté de mettre à genoux la population nord-coréenne dans l'espoir d'un effondrement de la RPDC, que l'administration Obama cherche ainsi à provoquer à défaut, pour les administrations américaines successives, de la voir survenir depuis plus de vingt ans.

Un des points essentiels concerne les restrictions aux exportations nord-coréennes de minerais - dont nous soulignions déjà, dans notre édition du 23 février, qu'elles méritaient d'être précisées.

Lee Je-hun, du quotidien sud-coréen Hankyoreh, a apporté les précisions suivantes, au regard des informations apparues ultérieurement dans les médias : 

Citant la copie du projet de résolution qu'elle a obtenue, l'agence Reuters a rendu compte que l'or, le titanium et les terres rares seraient soumis à un embargo, alors que le charbon et le minerai de fer seraient exclus de la liste des sanctions dès lors qu'ils seraient utilisés à "des fins concernant les moyens d'existence" et que ces sommes ne seraient pas détournées vers le développement des programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

L'or, le titanium et les terres rares constituent des ressources importantes de la RPD de Corée qui, davantage exploitées (surtout en ce qui concerne les terres rares), pourraient offrir d'importantes perspectives de développement à la RPD de Corée. Il n'est d'ailleurs pas anodin que la Chine ait accepté d'inclure les terres rares dans cette liste de produits soumis à une interdiction d'exportation : au regard des réserves connues ou estimées, le principal concurrent de la Chine pour l'exploitation des terres rares est... la Corée du Nord.

Néanmoins, les principaux minerais exportés par la Corée du Nord sont aujourd'hui le charbon (plus de 1 milliard de dollars en 2015) et le fer, d'abord à destination de la Chine (on notera par ailleurs que d'autres exportations minières significatives, comme le cuivre et la magnésite, ne sont actuellement pas citées dans la presse : qu'en sera-t-il pour elles ?). Cette dernière n'a donc pas intérêt à perdre une source d'approvisionnements.

La question est de savoir comment s'assurer que le produit des exportations nord-coréennes va à l'amélioration des conditions de vie de la population, et non aux programmes nucléaires et balistiques ? Une telle "traçabilité" est en pratique quasi-impossible, sauf par une pratique douteuse d'amalgame entre entreprises relevant de secteurs d'activité totalement différents : les Etats-Unis sont peut-être prêts à franchir un tel pas, mais la Chine certainement pas... les médias chinois s'étant d'ailleurs empressés d'affirmer que les sanctions n'affecteraient pas les moyens d'existence des populations.

Il en va de même pour les restrictions aux livraisons de carburants pour les avions. Potentiellement, une telle mesure est de nature à asphyxier l'économie nord-coréenne. Mais la Chine, principal fournisseur de la RPDC en pétrole et en produits dérivés du pétrole, n'entend visiblement pas s'engager sur cette voie en étant soucieuse d'assurer le fonctionnnement normal de l'économie nord-coréenne, alors que les Etats-Unis avaient rêvé d'un embargo total sur les livraisons d'hydrocarbures à la RPDC.

Enfin, le projet de sanctions exclut l'aide humanitaire et, plus généralement, toute mesure de nature à porter atteinte au "bien-être" des populations. Les Etats-Unis et leur alliés iront peut-être plus loin, via des sanctions unilatérales, que les sanctions des Nations Unies dans leur logique d'affamer les populations nord-coréennes - ainsi, en Corée du Sud, même l'aide humanitaire à la RPDC est soumise à autorisation gouvernementale (!). Mais au regard de la faiblesse de leurs liens commerciaux, voire humanitaires, avec la RPD de Corée, leur marge de manoeuvre est limitée.

Prise de court par les initiatives nord-coréennes, la Chine revient au centre du jeu diplomatique. Tout en réaffirmant qu'elle appliquerait bien les sanctions (la semaine dernière, le blocage de livraisons de charbon nord-coréen par les douanes chinoises était apparu comme un signe avant-coureur des nouvelles sanctions), elle n'a aucune raison de privilégier une interprétation non conforme à la lettre du projet de résolution, quelles que soient les tentatives des Etats-Unis de chercher à imposer une lecture politique et non juridique... et alors que la Russie examine en détail le projet de résolution. Cette préoccupation est d'autant plus légitime que, par le passé, la Chine et la Russie se sont fait imposer des lectures non juridiques de résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies - par exemple, en ce qui a concerné les actions contre la Jamahiriya arabe libyenne du colonel Mouammar Khadafi.

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 13:28

Le 25 février 2016 l'ambassadrice américaine auprès des Nations Unies, Mme Samantha Power, a communiqué sur un projet de résolution soumis aux autres membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies, issu de longues négociations avec la Chine, qui prévoit des sanctions d'une ampleur sans précédent contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), suite à son essai nucléaire du 6 janvier 2016 et au lancement d'un satellite le 7 février 2016. Si les Etats-Unis espèrent une adoption de cette résolution ce week-end, la Russie a annoncé qu'elle l'examinerait en détail, ce qui pourrait en retarder l'adoption - sans toutefois devoir en changer substantiellement le fond, Moscou ayant fermement condamné les récentes initiatives de Pyongyang.

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies

Selon les éléments communiqués par les Etats-Unis, les éléments du projet de résolution sont les suivants :

- une inspection obligatoire de toutes les cargaisons à destination ou en provenance de la Corée du Nord, quel que soit le mode de transport (terrestre, aérien, maritime), ainsi qu'une interdiction pour les navires nord-coréens "soupçonnés de transporter des produits illicites" de faire relâche dans les ports étrangers ; trente-deux navires nord-coréens sont placés sur une liste noire ;

- un embargo total sur les armes conventionnelles et sur les équipements à usage dual (civil ou militaire ;

- des restrictions, voire des interdictions, d'exportation par la RPD de Corée de certains minerais (sont cités le charbon, le fer, le titane, l'or et les terres rares) ;

- une interdiction des livraisons de carburants à la RPD de Corée pour les avions et les fusées ;

- la fermeture de succursales bancaires en Corée du Nord et de succursales nord-coréennes à l'étranger, et un doublement du nombre de personnes (17 au total) et d'entités (12) nord-coréennes sanctionnées au plan financier en raison de leur rôle supposé dans les programmes nucléaire et balistique de la RPD de Corée ;

- des compléments et précisions sur la liste des produits dits de luxe interdits d'importation par la Corée du Nord.

Enfin, les membres des Nations Unies seront invités à "expulser les diplomates nord-coréens impliqués dans des activités illicites".

Selon les Etats-Unis et leurs alliés, il s'agit d'exercer une pression sans précédent contre Pyongyang pour l'inciter à abandonner ses programmes nucléaire militaire et balistique.

L'inflexion de la position chinoise est à relever : Pékin a manifestement choisi de sacrifier tout ou partie de ses intérêts économiques en RPD de Corée (investissements à l'étranger, échanges commerciaux) - certes dans un contexte où son ralentissement économique diminue son besoin en minerais nord-coréens - sur la base de considérations stratégiques (avec l'espoir manifestement d'empêcher le déploiement du dispositif militaire THAAD, que les Etats-Unis veulent désormais conditionner à l'abandon de son programme nucléaire par la RPD de Corée), mais aussi - et peut-être surtout - du poids de ses échanges économiques avec la Corée du Sud et les Etats-Unis.

Si certains points méritent d'être précisés - par exemple, le contenu exact des restrictions aux exportations de minerais qui représentent près de la moitié du commerce extérieur de la RPD de Corée (le commerce total de la RPDC atteint 8 à 10 milliards de dollars par an jusqu'en 2015), lui-même déjà amputé de plus de 20 % depuis la fermeture il y a quelques semaines de la zone industrielle de Kaesong - il s'agit de mesures extrêmement sévères, dont on peut estimer, en première analyse, qu'elles pourraient impacter l'économie nord-coréenne de l'ordre de 10 % du PIB, entraînant ainsi une grave crise économique qui affecterait lourdement les populations et risquerait de faire resurgir le spectre des pénuries alimentaires qui ont causé, dans les années 1990, une surmortalité de plusieurs centaines de milliers de personnes. C'est le choix conscient fait par les diplomates américains et leurs alliés (dont la France), quelles que soient leurs dénégations, la main sur le coeur, que les populations civiles seraient soi-disant épargnées.

Par exemple, les restrictions aux livraisons de fioul pour les transports par voie aérienne entraîneront un déport sur le transport ferroviaire, routier et maritime - lui-même déjà soumis à des pénuries. Il en résultera des difficultés accrues à assurer le ramassage et le transport des produits alimentaires d'une part, et à la navigation des bateaux de pêche en haute mer d'autre part - réduisant gravement l'alimentation des populations en produits de la mer. L'AAFC dénonce les choix opérés sciemment par les gouvernements occidentaux qui conduiront à tuer de nombreux civils innocents, y compris les enfants qui sont parmi les populations les plus fragiles, reproduisant des scénarios déjà connus - comme naguère en Irak.

Au plan international, il est très improbable que la RPD de Corée se plie à la volonté américaine, surtout si les Etats-Unis n'offrent aucune contrepartie concernant notamment un traité de paix ou le déploiement de leurs forces en Asie de l'Est. Pire, les manoeuvres militaires conjointes avec la Corée du Sud qui débuteront début mars devraient être les plus importantes jamais réalisés, accroissant les risques d'escalade et de conflit.

Un chantage visant les populations civiles, qui sont comme toujours les premières victimes des sanctions internationales ? Des risques de conflit local généralisé ? A l'AAFC, nous ne voulons pas du remake de ce mauvais film, et mettrons tout notre poids pour faire prévaloir la voie du dialogue et de la raison, de la paix, des coopérations et du soutien aux populations.

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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 11:39

Après la conduite le 6 janvier 2016 d'un essai nucléaire que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a présenté comme celui d'une bombe H, une déclaration du favori à la primaire républicaine aux Etats-Unis Donald Trump - déclarant qu'il fallait envisager des sanctions contre la République populaire de Chine si elle ne changeait pas sa politique nord-coréenne - a révélé sa profonde ignorance de la politique nord-coréenne de la Chine. Si Pékin et Pyongyang partagent des intérêts stratégiques et économiques communs, la Chine a en effet vivement condamné l'essai nucléaire nord-coréen - comme les précédents conduits en 2006, 2009 et 2013 - et a appuyé, au sein du Conseil du Sécurité des Nations Unies, une déclaration tendant au renforcement du régime international de sanctions contre Pyongyang. Cet article vise à rappeler les enjeux que représente la RPDC pour la Chine.

Le Maréchal Kim Jong-un de la RPDC et le Liu Yunshan, secrétaire exécutif du Parti communiste chinois, lors des cérémonies ayant célébré, à Pyongyang, le 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, le 10 octobre 2015.

Le Maréchal Kim Jong-un de la RPDC et le Liu Yunshan, secrétaire exécutif du Parti communiste chinois, lors des cérémonies ayant célébré, à Pyongyang, le 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, le 10 octobre 2015.

L'amitié et la solidarité sino-nord-coréenne est ancienne, depuis la participation des volontaires chinois aux combats de la guerre de Corée (1950-1953) et la signature, en 1961, d'un traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle - prévoyant une assistance mutuelle en cas d'attaque militaire de l'une des deux parties. Dans ce contexte, des hauts représentants chinois participent aux principales commémorations à Pyongyang - au niveau du vice-président de la République lors de la célébration de la fin de guerre de Corée en juillet 2013, et du secrétaire exécutif du Parti communiste chinois en octobre 2015, pour le 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée. Représentant près de la moitié du commerce extérieur de la RPDC, les échanges commerciaux sino-nord-coréens - qui approvisionnent notamment la Corée du Nord en pétrole et en céréales, et la Chine en minerais, charbon et autres matières premières - ont pour pendant des investissements chinois en RPD de Corée, pour un montant au moins égal à 1 milliard de dollars, notamment dans le secteur des matières premières. Ces échanges s'effectuent aux conditions du marché, voire de manière plus favorable pour les investisseurs chinois.

Au regard de l'ancienneté, de l'étendue et de la diversité de leurs relations, la Chine fait de la stabilité de la péninsule coréenne un de ses objectifs de diplomatie, tout en encourageant la RPDC à adopter des réformes économiques similaires aux siennes pour accroître son rythme de développement économique. Les voyages en Chine de l'ancien dirigeant nord-coréen Kim Jong-il - alors que son successeur ne s'y est pas rendu depuis son accession aux plus hautes responsabilités du Parti et de l'Etat -  fin 2011 et début 2012 ont témoigné d'une influence du "socialisme de marché" à la chinoise sur les "mesures économiques" adoptées par la RPD de Corée depuis 2002, même si les réformes nord-coréennes ne sont aussi ni linéaires, ni aussi systématiques que dans la Chine des années 1980.

Après le premier essai nucléaire nord-coréen en d'octobre 2006, la Chine a fortement promu, tout en hébergeant les sessions de pourparlers, le dialogue à six (les deux Corée, la Chine, les Etats-Unis, la Russie et le Japon) pour résoudre pacifiquement la question nucléaire dans la péninsule coréenne. L'accord conclu à Pékin en février 2007 validait apparemment l'efficacité de la voie diplomatique. Mais les Etats-Unis et la Corée du Nord se sont accusés mutuellement de non-respect de leurs engagements, conduisant à une escalade des tensions marquées par un accroissement des exercices militaires américano-sud-coréens, la poursuite du programme nucléaire militaire et balistique nord-coréen et l'adoption en conséquences de sanctions toujours plus lourdes par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Dans ce contexte, et alors que le dirigeant chinois Xi Jinping a davantage mis l'accent sur les relations avec les deux Corée (la Corée du Sud et la Chine étant devenues des partenaires économiques majeurs), l'essai nucléaire nord-coréen de février 2013 a amené les autorités chinoises à renforcer leurs contrôles dans l'application des sanctions internationales, tout en gelant les avoirs de la RPDC dans la Foreign Exchange Bank. Des voix plus nombreuses - même si elles n'étaient pas les premières - se sont élevées en Chine pour remettre en cause l'alliance traditionnelle avec Pyongyang, et les gouvernements occidentaux ont espéré un changement de la politique nord-coréenne de la Chine, qui ne s'est toutefois pas produit malgré des ajustements et des infléchissements qui devraient se poursuivre après l'essai du 6 janvier dernier - notamment en ce qui concerne l'application des sanctions, le commerce bilatéral et plus particulièrement les livraisons d'hydrcocarbures nécessaires à l'économie nord-coréenne qui souffre toujours de pénuries d'énergie. Par ailleurs, la diplomatie chinoise est définie au plus haut niveau, et il ne faut pas surestimer l'influence de ceux qui préconisent en Chine même un changement de politique.

Après le rapprochement entre Pékin et Pyongyang opéré en 2015, les autorités chinoises ne peuvent qu'être irritées de la poursuite par la RPD de Corée d'une politique qui lui est propre, qu'elle définit elle-même sans concertation avec la Chine, et qui pourrait conduire à ce que d'autres Etats de la région (Corée du Sud et surtout Japon), qui expriment une certaine défiance vis-à-vis de la Chine, se dotent à leur tour de l'arme nucléaire. Par ailleurs, les tensions occasionnent un renforcement de la présence militaire américaine en Corée du Sud, déjà dirigée contre Pékin - comme en témoigne la construction de la base navale dans l'île sud-coréenne de Jeju. Enfin, le rapprochement nippo-sud-coréen, fin 2015, sur la question des "femmes de réconfort" (anciennes esclaves sexuelles de l'armée impériale japonaise)  est pleinement favorable aux intérêts américains pour forger une alliance tripartite visant implicitement la Chine - et alors même que les femmes de réconfort chinoises sont - avec d'autres - les grandes oubliées de l'accord Tokyo-Séoul du 28 décembre 2015. Le renforcement des sanctions internationales contre la Corée du Nord est enfin défavorable aux intérêts économiques chinois en RPDC. A plus long terme, la politique de sanctions des Etats-Unis et de leurs alliés tend à un étranglement économique visant à l'effondrement de la Corée du Nord - qui entraînerait une réunification sous l'égide du Sud pro-américain, héritant de l'arme nucléaire, et conduirait à l'accroissement des flux de réfugiés nord-coréens vers la Chine tout en créant une région d'instabilité et de trafics en tous genres à la frontière chinoise. Pékin est particulièrement concerné par les implications d'un tel scénario catastrophe.

Que Pékin appelle une nouvelle fois au dialogue entre toutes les parties et à la retenue est dans la continuité de sa politique coréenne. Il y a toutefois fort à parier que la Chine envisage d'autres voies pour y parvenir, utilisant ses relations avec toutes les parties, mais qui ne correspondront pas à un alignement sur les intérêts de Washington et Séoul, lesquels ne sont pas ceux de Pékin au-delà, à court terme, du renforcement des sanctions.

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 22:07

A l'occasion des cérémonies marquant le 70e anniversaire de la victoire en Asie lors de la Seconde guerre mondiale, la République populaire de Chine accueille (RPC) quelque trente chefs d'Etat et de gouvernement étrangers - dont le Russe Vladimir Poutine et la Sud-Coréenne Park Geun-hye. Cette dernière, présente à Pékin du 2 au 4 septembre 2015, se démarque des pays occidentaux, qui n'ont pas souhaité être représentés au plus haut niveau, notamment lors de la parade militaire dans la capitale chinoise le 3 septembre, tandis que le Japon est absent. Si l'actuelle diplomatie sud-coréenne entend ne pas choisir entre les Etats-Unis, principal allié politique et militaire, et la Chine, premier partenaire économique, ce choix  de Mme Park Geun-hye d'aller à Pékin traduit une marque d'indépendance vis-à-vis de Washington, qui tranche avec l'alignement systématique de son prédécesseur Lee Myung-bak. Cette évolution favorise un approfondissement des échanges intercoréens, alors que Pékin se pose en médiateur, encourageant le dialogue entre la République de Corée (Corée du Sud) et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Rencontre au sommet entre Park Geun-hye et Xi Jinping

A l'occasion de leur sixième rencontre au sommet depuis 2013, la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye et le président chinois M. Xi Jinping ont convenu, le 2 septembre 2015, d'approfondir leur coopération bilatérale, traditionnellement forte dans le domaine économique. En particulier, le Président Xi Jinping a rappelé la mise en place officielle de l'accord de libre échange et les progrès réalisés au sein de la Banque asiatique d'investissement et de développement des infrastructures (BAII).

S'agissant de la péninsule coréenne, si l'agence officielle sud-coréenne Yonhap a joué son rôle d'organisme pro-gouvernemental en titrant sur une prétendue "mise en garde" vis-à-vis de la RPDC "contre toute provocation", le texte précis émanant de la Maison Bleue sud-coréenne (et confirmé par le communiqué de l'agence officielle chinoise Xinhua) indique simplement que "les deux parties se sont opposées à tout acte pouvant attiser les tensions". Il s'agit de la reprise très exactement de la position chinoise, hostile tant aux essais nucléaires nord-coréens qu'aux manoeuvres militaires américano - sud-coréennes au large de la péninsule. Mais la formulation elliptique permet à Séoul d'en donner une interprétation conforme à sa position traditionnelle.

L'élément le plus significatif est en fait que les deux chefs d'Etat "s’accordent à penser que les pourparlers à six doivent reprendre rapidement", suite notamment au récent accord sur le nucléaire iranien. Ces pourparlers, visant à la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, impliquent les deux Corée, la Chine, les Etats-Unis, la Russie et le Japon et sont interrompus depuis 2008. Si la Chine est favorable à leur reprise sans conditions préalables, de telles conditions sont régulièrement rappelées par Washington et Séoul. Le fait que le communiqué ne mentionne plus ces préconditions peut être interprété comme un pas de Séoul en faveur de la reprise du dialogue multilatéral, même si cette position doit encore être exprimée plus explicitement par la République de Corée.

Par ailleurs, dans un contexte de tensions toujours vives entre Séoul et Tokyo à propos du révisionnisme historique japonais, il est significatif d'observer la représentation de la République de Corée à Pékin au plus haut niveau, à l'occasion de cérémonies qui, selon l'agence chinoise Xinhua, célèbrent la "victoire de la Guerre de résistance du Peuple chinois contre l'agression japonaise et de la Seconde Guerre mondiale". Les deux chefs d'Etat ont rappelé qu'ils avaient lutté ensemble contre le Japon. Ils n'en ont pas moins convenu d'organiser un sommet trilatéral avec le Japon, fin octobre ou début novembre, pour relancer le dialogue trilatéral, bloqué par les contentieux territoriaux et historiques, la dernière réunion datant de 2012, Mme Park Geun-hye remerciant par ailleurs Pékin pour son rôle joué dans l'apaisement des tensions régionales.

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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)