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3 octobre 2022 1 03 /10 /octobre /2022 21:14

Chaque année, dans l'ensemble de la péninsule coréenne le 3 octobre est célébré comme le jour de la fondation de la Corée (gaecheonjol). Fête nationale en République de Corée (Corée du Sud), le 3 octobre n'est pas férié en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) mais est également célébré et donne lieu à une cérémonie au Mausolée de Tangun, à Kangdong.

Représentation de Tangun, le fondateur de la Corée

Représentation de Tangun, le fondateur de la Corée

Selon la légende, la Corée a été fondée par Tangun, le 3 octobre de l'an 2333 avant notre ère. Fils du dieu du ciel Hwanin, Hwanung régnait sur l'Etat de Shinshi. Un tigre et un ours prièrent Hwanung de leur donner forme humaine. Ce dernier les mit à l'épreuve de rester dans une grotte, hors de la lumière, pendant 100 jours, en ne se nourrissant que de vingt gousses d'ail et d'un bouquet d'armoise. Si le tigre abandonna au bout de 20 jours, l'ours surmonta l'épreuve et devint une femme qui épousa Hwanung : de leur union naquit Tangun. Cette légende des origines a imprégné le vieux fonds chamaniste de la Corée, qui est toujours présent : les montagnes sont sacrées, au premier rang desquelles le Mont Paektu, point culminant à la frontière sino-coréenne, où serait née la Corée.

Le mot coréen gaecheonjeol signifie littéralement le jour de l'ouverture du ciel (gaecheon), faisant référence au jour où Hwanung est descendu du ciel pour vivre avec l'humanité. C'est en 1909 que le jour de la fondation de la Corée est officiellement devenu une fête nationale, Tangun étant aussi célébré comme le fondateur de Gojoseon, le premier Etat coréen. Initialement fixé au troisième jour du dixième mois du calendrier lunaire, gaecheonjol a ensuite été fixé au 3 octobre lorsqu'il est devenu la fête nationale coréenne par le gouvernement provisoire de la République de Corée, fondé en 1919 dans le contexte du soulèvement du 1er mars

Le jour de la fondation de la Corée est très lié à Tangun, lequel a donné lieu à un culte, la religion de Tangun ou taejongkyo, fondée en 1909 par Na Cheol et s'inscrivant dans le fond chamaniste national. Très lié au mouvement pour l'indépendance de la Corée, persécuté par les Japonais pendant la colonisation, le culte de Tangun aurait été pratiqué par 400 000 Coréens durant les années 1910-1920 et compte encore aujourd'hui encore au moins 10 000 croyants en Corée du Sud. 

Na Cheol, le fondateur du culte de Tangun

Na Cheol, le fondateur du culte de Tangun

Principale source :

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28 août 2022 7 28 /08 /août /2022 21:41

Alors que l'opinion publique française est alertée sur la situation terrible de Sébastien Raoult, jeune hacker français de 21 ans détenu au Maroc et menacé d'extradition vers les Etats-Unis, un citoyen britannique est menacé d'un sort similaire : Christopher Emms est actuellement détenu en Arable Saoudite, risquant une extradition vers les Etats-Unis après l'émission d'un mandat d'arrêt par le FBI. Pourtant, un Britannique ne devrait pas être soumis à une juridiction américaine pour des faits commis en dehors du territoire américain : le principe d'extraterritorialité est contraire aux règles de droit international. Les accusations à l'encontre de Christopher Emms sont par ailleurs absurdes : pour avoir participé à une conférence internationale sur la blockchain en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en avril 2019, il deviendrait soudainement co-organisateur de cette conférence selon la justice américaine - et à ce titre coupable de complot pour avoir tenté de soustraire la RPD de Corée aux sanctions internationales. Christopher Emms encourt vingt ans de prison aux Etats-Unis. L'Association d'amitié franco-coréenne se joint aux défenseurs de l'informaticien britannique, qui rejette catégoriquement les accusations à son encontre, pour qu'il puisse enfin bénéficier de la protection consulaire des autorités britanniques en étant rapatrié au Royaume-Uni, et que dans son pays il puisse se défendre librement d'accusations dont tout indique qu'elles sont infondées.

Justice et liberté pour Christopher Emms !

Les poursuites contre Christopher Emms - ainsi que l'Espagnol Alejandro Cao de Benos - s'inscrivent dans le prolongement de la condamnation du développeur d'Ethereum, Virgil Griffith, à 63 mois de prison par la justice américaine. Tous les trois avaient participé à une conférence sur la blockchain, organisée en 2019 à Pyongyang par Alejandro Cao de Benos. Après avoir défendu n'avoir apporté aucune information sensible de nature à permettre aux Nord-Coréens d'échapper aux sanctions internationales, Virgil Griffith avait finalement plaidé coupable à la suite d'un placement en détention provisoire - ce qui lui avait permis de réduire la très lourde peine à laquelle il était exposé (jusqu'à 20 ans de prison). Après sa condamnation, Christopher Emms et Alejandro Cao de Benos sont poursuivis pour complicité en ayant prétendument aidé les Nord-Coréens à utiliser les crypto-monnaies pour contourner les sanctions internationales. Ni l'un ni l'autre ne sont pourtant américains et les faits incriminés n'ont pas été commis aux Etats-Unis. L'affaire Julian Assange a apparemment donné des ailes aux procureurs américains pour faire appliquer la loi américaine partout dans le monde, en méconnaissance du principe de souveraineté des Etats.

 

Comme l'a souligné Christopher Emms, non seulement il n'était pas impliqué dans l'organisation de la conférence à Pyongyang, mais la description qu'il en donne peut difficilement laisser penser qu'une quelconque information utile ait pu être apportée aux Nord-Coréens : 

Nous n'avons reçu aucune préparation, on nous a donné un tas de merde, des copiés-collés de Google qui nous ont été donnés par [Cao de Benós] avec différents sujets de discussion, des trucs de haut niveau comme “Blockchain et technologie” et “Blockchain et la paix.”

Blockworks

De la description qu'il donne de son voyage (payant) en RPD de Corée, Christopher Emms ne peut vraiment pas être décrit comme un défenseur à quelque titre que ce soit du régime nord-coréen. Pourtant, à en croire le FBI, il aurait permis aux Nord-Coréens d'acquérir des connaissances pour échapper aux sanctions frappant la RPDC... 

 

Non seulement Christopher Emms est détenu en Arabie Saoudite, dans un état de pression psychologique intense, mais ses comptes bancaires ont été bloqués par décision de la justice américaine et il en est réduit à emprunter de l'argent à sa famille et ses amis.

 

Malgré l'engagement courageux en sa faveur du député britannique conservateur Crispin Blunt, les autorités londoniennes ont manifestement abandonné l'un de leurs ressortissants.  Tout ce qu'il demande est de pouvoir retourner au Royaume-Uni et se défendre :

Emms maintient qu'il est innocent, mais même s'il ne l'était pas, il considère qu'il a le droit de “rentrer à la maison et de traiter avec le système judiciaire britannique, ce qui n'est pas, je pense, une énorme chose à demander, même aux Américains”

Coingeek

Les poursuites contre Christopher Emms s'inscrivent plus largement dans un mouvement inquiétant de criminalisation des activités liées aux crypto-monnaies, ainsi que de mise en oeuvre d'un délit d'opinion - ce dont a également souffert le président de l'AAFC : au fond, la principale critique contre Christopher Emms n'est-elle pas d'avoir dénoncé comme particulièrement injustice la gestion par les autorités américaines du système monétaire global ? Les fondateurs des crypto-monnaies ont rêvé d'un monde meilleur en instituant un système monétaire qui puisse échapper aux Etats ; aujourd'hui, l'appareil répressif des Etats cherche à étouffer leurs voix indépendantes et libres.

 

Sources :

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20 juillet 2022 3 20 /07 /juillet /2022 20:32

Quand vous demandez à un Sud-Coréen ou à une Sud-Coréenne vivant à l'étranger son âge, il est fréquent que l'on vous réponde "ici j'ai X... ans", mais "en Corée j'ai X+1 [ou X+2] années". Mais il serait plus exact d'écrire "quand vous demandiez". Car l'administration présidentielle intérimaire (avant l'entrée en fonctions du chef de l'Etat Yoon Seok-yeol) de la République de Corée (Corée du Sud) a décidé de mettre fin à ce qui était une spécificité de la culture sud-coréenne - et qui n'était d'ailleurs pas appliqué au nord de la péninsule.

Comment expliquer cette différence ?

 

A votre naissance vous étiez considéré comme ayant déjà 1 an - afin de prendre en compte la durée de la grossesse. Enfin, le 1er janvier de l'année suivant notre naissance vous aviez 1 an de plus - ce qui n'empêchait évidemment pas de célébrer votre anniversaire le jour commémorant votre date de naissance. En conséquence, une personne née un 31 décembre avait 2 ans dès le lendemain - et non 1 jour selon l'usage en vigueur dans la plupart des pays du monde. Mais l'écart de 2 ans se résorbait à 1 an le jour de l'anniversaire.  

 

Mais cette façon de compter son âge - qui suscitait bien des interrogations parmi les étrangers - a vécu. Désormais, le décompte de l'âge en Corée du Sud suit les standards internationaux, par souci de standardisation. Reste maintenant à savoir quel sera le délai pour que la pratique administrative entre dans les usages des Sud-Coréens. 

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1 juillet 2022 5 01 /07 /juillet /2022 22:37
"Faire du terrain en Corée du Nord" ? La réponse d'universitaires et de chercheurs

En 2021, l' "Atelier des Cahiers" a édité un essai intitulé "Faire du terrain en Corée du Nord", publié sous la direction de Valérie Gelézeau et Benjamin Joineau. Cet ouvrage relate et analyse le déplacement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en octobre 2013, de sept chercheurs : outre les deux auteurs précités, Yannick Bruneton, Evelyne Chérel-Riquier, Koen De Ceuster, Alain Delissen et Françoise Ged. A la suite de ce déplacement, la géographe et urbaniste Valérie Gelézeau, spécialiste de la Corée, et l'architecte Françoise Ged ont pu initier une coopération franco-(nord-)coréenne dans leurs domaines de spécialité, accueillant ensuite à plusieurs reprises des confrères nord-coréens en France. L'Association d'amitié franco-coréenne revient sur la manière dont les auteurs ont rendu compte de leur échange, à la lumière de cette question : comment faire un travail de recherche de terrain, réputé impossible, en Corée du Nord ?

Lorsqu'en avril 2012 une délégation de l'AAFC en visite en Corée du Nord rencontrait des architectes nord-coréens formés en France qui lui avaient fait part de leur intérêt d'engager des coopérations avec des universitaires français, elle ne se doutait pas que plusieurs de ses interlocuteurs de l'EHESS, spécialistes de la Corée, souhaitaient alors eux aussi mettre en place un programme d'échanges avec la RPDC. Cette question d'un échange universitaire devait à nouveau être abordée lors d'un nouveau voyage de l'AAFC au nord de la péninsule, en juillet-août 2013, au cours duquel nous avons à nouveau remis de la documentation dans le domaine de l'architecture. Dans ce contexte, nous nous sommes félicités de la concrétisation du programme universitaire et pluridisciplinaire, engagé en octobre 2013 sous l'impulsion notamment de Valérie Gelézeau, et à la préparation duquel nous avions modestement contribué. L'ouvrage paru aux éditions de l'Atelier des Cahiers rend compte de ces échanges, huit ans après leur mise en place, et auxquels un coup d'arrêt (espérons-le temporaire) a été donné par la fermeture des frontières nord-coréennes depuis le début de l'année 2020, dans le contexte de lutte contre la pandémie liée au Covid-19.

Il y a plusieurs niveaux de lecture de ce qui constitue fondamentalement un essai sur la notion de travail de terrain dans le domaine de la recherche universitaire. Tout d'abord, nous pouvons lire les résultats concrets de ces échanges à partir d'une lecture de l'urbanisme de Pyongyang, en particulier dans le compte rendu de mission qu'a effectué Françoise Ged. Nous pouvons aussi découvrir une expérience de ce qu'on peut qualifier de choc interculturel, même pour des universitaires spécialistes de la Corée (mais plutôt du Sud). Enfin - et c'est sans doute le plus intéressant - les auteurs (et plus particulièrement Valérie Gelézeau, dans le chapitre consacré au "making off" du terrain) posent des questions essentielles sur la difficulté de mener des travaux de recherche au regard des contraintes imposées à tout voyageur en Corée du Nord : en particulier, c'est l'organisme d'accueil qui détermine, certes en lien avec les visiteurs, le programme de visite, dans une volonté de contrôle totale et constante - laquelle s'inscrit en filiation avec les modalités des déplacements qui pouvaient naguère être effectués en Union soviétique et dans la Chine avant 1979. De ce point de vue, la Corée du Nord ne constitue pas une exception de lieu et de temps, mais ces spécificités posent d'évidentes questions éthiques pour le visiteur que les auteurs traitent tant avec la distance scientifique qui s'impose qu'en maniant un humour qui rend leur ouvrage attrayant pour le néophyte soucieux de découvrir la Corée du Nord (et procède à une utile démystification). Et au final, nous faisons nôtres leurs conclusions selon lesquelles c'est en favorisant les interactions que l'on contribue le plus utilement à la compréhension de l'autre, en évitant les jugements de valeur et les a priori : "cela fait plus de quarante ans que les sciences humaines et sociales ont abandonné l'illusion de cette entreprise totalitaire qu'est le terrain ; il est temps de lâcher prise et d'abandonner aussi pour la Corée du Nord cette illusion. C'est la première condition qui permettra de tirer les études nord-coréennes d'une préhistoire méthodologique prisonnière non seulement des limites d'un "contexte fermé", mais d'une conception orientalisante et moralisante de tout ce qui touche à la Corée du Nord." (p. 139)

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 17:57

Le comté de Samjiyon, situé au nord-est de la péninsule coréenne, dans la province du Ryanggang de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), occupe une place de premier plan dans l’histoire de la RPDC : le Président Kim Il-sung y a dirigé la guérilla jusqu'en 1945, alors que la Corée était sous le joug de l'empire du Japon. Par ailleurs, c’est dans un camp situé au pied du Mont Paektu,  point culminant de la péninsule coréenne situé dans le même comté, qu’est né le 16 février 1942 le Dirigeant Kim Jong-il, successeur de Kim Il-sung de 1994 à 2011. Alors qu'était commémoré le 17 décembre 2019 le huitième anniversaire de la disparition de Kim Jong-il, Kim Jong-un, Chef d’État de la RPDC, a inauguré quelques jours auparavant, le 2 décembre, la nouvelle ville de Samjiyon, après des travaux qui ont complètement transformé cette dernière.

La ville de Samjiyon inaugurée le 2 décembre 2019 (source : KCNA)

La ville de Samjiyon inaugurée le 2 décembre 2019 (source : KCNA)

À un moment où la perspective d’un accord entre les États-Unis et la RPDC s’éloigne chaque jour d’avantage – et, avec elle, un allègement des lourdes sanctions pesant sur la RPDC -, l’inauguration de la « nouvelle ville de Samjiyon » démontre au monde que, malgré les difficultés, la RPDC dispose des ressources humaines et matérielles nécessaires pour réaliser en un temps record d’immenses projets d’infrastructures. Car l’inauguration de Samjiyon - la ville ne sera achevée en totalité qu’en 2021 - n’est qu’un des projets civils lancés ces dernières années sous l’impulsion de Kim Jong-un. On peut citer, entre autres, le Complexe scientifique et technologique (inauguré en 2016) et l'avenue Ryomyong (inaugurée en 2017), à Pyongyang, la cité balnéaire de Wonsan (en cours d'achèvement) ou encore le Complexe des sources chaudes de Yangdok, inauguré le 7 décembre 2019.

L'avenue Ryomyong inaugurée en 2017 (source : KCNA)

L'avenue Ryomyong inaugurée en 2017 (source : KCNA)

Le Complexe des sources chaudes de Yangdok inauguré le 7 décembre 2019 (source : KCNA)

Le Complexe des sources chaudes de Yangdok inauguré le 7 décembre 2019 (source : KCNA)

Ces immenses chantiers mobilisent tout un peuple et nombreux sont les volontaires et soldats mobilisés qui affluent de tout le pays pour participer à l’effort de construction. Surtout, ils illustrent des principes depuis longtemps ancrés dans le Juche, idéologie directrice de la RPDC, notamment les principes d’indépendance et de créativité.

Kim Jong-il (1942-2011) a joué un rôle primordial dans le développement des idées du Juche. Plus précisément, à partir de 1974, alors qu’il était  directeur du département de l'organisation et de l'orientation du Parti du travail  de Corée, Kim Jong-il a accompli un grand travail de théorisation, dont l’aboutissement fut la publication en 1982 d’un ouvrage important dans l'histoire des idées en RPDC : Des Idées du Juche.

De l'action politique de Kim Jong-il, on peut retenir deux événements marquants,  sur le plan intérieur et en matière de politique étrangère.

Sur le plan intérieur, il s’agit bien évidemment de la lutte contre les conséquences des tragiques événements de la décennie 1990, période désignée en RPDC comme la « dure marche ». Si le bilan humain de la famine qui frappa la RPDC à la fin des années 1990 est toujours controversé, il s’agit sans doute de l’événement le plus dramatique de l’histoire de la péninsule coréenne depuis la fin de la guerre  en 1953. Aussi, cette période reste durablement ancrée dans les mémoires, tant en Corée qu’à l’étranger. Pourtant, on ne peut que regretter que beaucoup d’observateurs étrangers et experts plus ou moins autoproclamés de la Corée du Nord mettent toujours en avant des images et témoignages vieux de plus de 20 ans, et soient incapables de mesurer et apprécier l’importance de la modernisation voulue et accomplie ces dernières années  par la RPD de Corée sous la direction de Kim Jong-il puis de Kim Jong-un.

Alors que la RPDC était en proie à d’immenses défis, Kim Jong-il a d'abord voulu protéger les intérêts vitaux de son pays, notamment face aux tentatives de déstabilisation d'ampleur croissante. En ce sens, la poursuite du programme de développement d'une force de dissuasion nucléaire autonome, malgré les difficultés économiques, grâce à la politique du Songun (priorité aux affaires militaires), a sans doute permis à la RPDC de conserver sa souveraineté et de maintenir l’équilibre des forces en Corée. Ainsi, Kim Jong-il a écrit : « Se défendre par ses propres moyens est un des principes essentiels de l'édification d'un État indépendant et souverain. Tant qu'existe l'impérialisme, un pays qui ne dispose pas de forces armées d'autodéfense susceptibles de repousser ses ennemis, de l'intérieur comme de l'extérieur, ne peut, en fait, être considéré comme un pays complètement indépendant et souverain. » (Kim Jong-il, Des Idées du Juche,  « L’autodéfense en matière de sécurité nationale », Éditions en langues étrangères, Pyongyang, 1982).

Il convient de noter que la dissuasion « du faible au fort » pratiquée par la RPDC est analogue à la doctrine française de dissuasion voulue par le Président Charles de Gaulle dans les années 1960, dans un contexte différent puisque, à cette époque, la France bénéficiait encore du  « parapluie nucléaire » des États-Unis et ses intérêts vitaux étaient moins menacés que ceux de la RPDC dans les années 1990...

Mais la politique de priorité aux affaires militaires ne fut jamais une fin en soi et s’est accompagnée d'efforts diplomatiques de la part de la RPDC qui ont marqué un tournant décisif pour la Corée et pour le monde.

On retiendra d'abord la relance du dialogue inter-coréen entre 1998 et 2008 et les historiques sommets entre Kim Jong-il et les présidents sud-coréens Kim Dae-jung, en juin 2000, et Roh Moo-hyun, en octobre 2007.  Les déclarations signées conjointement par les dirigeants suprêmes des deux États coréens le 15 juin 2000 et le 4 octobre 2007 posèrent les bases d'une réunification de la Corée dans l'indépendance et la paix « par les propres efforts du peuple coréen ». Deux des résultats les plus emblématiques de la relance du dialogue inter-coréen furent le circuit touristique des monts Kumgang et la zone industrielle de Kaesong, projets malheureusement arrêtés, respectivement, en juillet 2008 et février 2016 par les gouvernements conservateurs revenus au pouvoir en Corée du Sud.

Le Dirigeant Kim Jong-il accueille le Président Kim Dae-jung à Pyongyang le 13 juin 2000

Le Dirigeant Kim Jong-il accueille le Président Kim Dae-jung à Pyongyang le 13 juin 2000

Kim Jong-il a aussi tendu la main aux pires ennemis de son pays, en déléguant à Washington du 9 au 12 octobre 2000 le vice-président de la Commission de la défense nationale de la RPDC, le vice-maréchal Jo Myong-rok, visite suivie par celle de la secrétaire d'État américaine Madeleine Albright à Pyongyang le 23 octobre 2000. Le 17 septembre 2002, Kim Jong-il reçut aussi à Pyongyang le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi.

La secrétaire d'État Madeleine Albright accueillie par Kim Jong-il à Pyongyang le 23 octobre 2000

La secrétaire d'État Madeleine Albright accueillie par Kim Jong-il à Pyongyang le 23 octobre 2000

À l'instar des grands projets civils menés en dépit des difficultés économiques - souvent imposées de l'extérieur -, les gestes diplomatiques spectaculaires accomplis par la RPDC au cours des deux dernières décennies, démontrant que le dialogue est toujours possible, adressent un message d'espoir au monde entier.

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 18:30

Le lundi 28 janvier 2019, Mme Kim Bok-dong est décédée à Séoul à l'âge de 93 ans. Elle était une des dernières survivantes sud-coréennes du système d'esclavage sexuel mis en place à partir de 1937 par l'armée impériale japonaise, et se battait pour la reconnaissance de ce crime commis contre des centaines de milliers de femmes coréennes, chinoises et d'autres pays d'Asie, désignées par l'euphémisme « femmes de réconfort ».

Madame Kim Bok-dong lors d'une conférence donnée à Paris le 20 septembre 2013

Madame Kim Bok-dong lors d'une conférence donnée à Paris le 20 septembre 2013

Née en 1926 à Yangsan, dans la province du Gyeongsang du Sud, Kim Bok-dong fut réquisitionnée par l'armée impériale japonaise en 1940, à l'âge de 14 ans, et contrainte à la servitude sexuelle dans des bordels japonais en première ligne en Chine, à Hong Kong, en Malaisie, en Indonésie et à Singapour pendant la Deuxième Guerre mondiale.

En 1992, Kim Bok-dong s'engagea dans le combat pour la défense des droits des femmes après avoir révélé les atrocités dont elle fut elle-même victime en tant que « femme de réconfort ». En août de la même année, elle témoigna lors de la première réunion de la solidarité de l'Asie en vue de résoudre le problème des anciennes esclaves sexuelles de l'armée impériale japonaise.

En 1993, Kim Bok-dong participa à la conférence mondiale des droits de l'Homme à Vienne, en Autriche, avant de continuer de témoigner partout dans le monde.

« En tant que victime de l'esclavage sexuel de l'armée japonaise, je continue à mener le combat pour la restauration de notre honneur et de nos droits humains devant l'ambassade du Japon (en Corée du Sud) et je sais trop bien combien souffrent aujourd'hui les femmes qui subissent des violences sexuelles en temps de guerre comme nous aux quatre coins du monde », déclara-t-elle lors d'une conférence de presse donnée le 8 mars 2012. « J'aimerais aider ces femmes. »

En septembre 2018, elle manifestait encore devant le ministère des Affaires étrangères, à Séoul, pour appeler à la dissolution de la Fondation pour la réconciliation et la guérison créée suite à l'accord conclu le 28 décembre 2015 entre la Corée du Sud et le Japon sans le consentement des victimes.

Kim bok-dong s'est éteinte le 28 janvier 2019 à l'hôpital Severance de l'université Yonsei, dans l'ouest de Séoul, perdant un ultime combat contre la maladie. Son décès fait passer à 23 le nombre officiel de victimes encore en vie en Corée du Sud.

Le président sud-coréen Moon Jae-in faisait partie des centaines de personnes qui se sont rendues dans la chapelle ardente installée à l'hôpital Severance pour rendre un dernier hommage à Mme Kim Bok-dong dès l'annonce de son décès. « Envolez-vous comme un papillon », a écrit le Président Moon dans le registre de condoléances.

Madame Kim Bok-dong était une gardienne de la mémoire, doublée d'une combattante infatigable sillonnant le monde entier au service des victimes. L'Association d'amitié franco-coréenne, qui milite aussi pour la reconnaissance du crime commis contre les « femmes de réconfort », avait eu l'honneur de la rencontrer à l'occasion de sa venue à Paris en septembre 2013. Nous n'oublierons pas l'incroyable détermination de Mme Kim Bok-dong, que dissimulait à peine son extrême gentillesse, et adressons nos très sincères condoléances à ses proches et à celles et ceux qui poursuivent son combat.

Source :

Le long combat des « femmes de réconfort »

Janvier 1990

Yun Chung-ok, professeur de l'Université féminine d'Ewha, Corée du Sud, publie un article sur l'affaire des « femmes de réconfort » dans le journal Hankyoreh.

Juin 1990

Un représentant du gouvernement japonais nie à l'Assemblée nationale l'implication de l'Etat dans le système d'esclavage sexuel.

Août 1991

Kim Hak-soon, citoyenne sud-coréenne âgée de 68 ans, déclare publiquement qu'elle a été « femme de réconfort » de l'armée japonaise, pour protester contre les déclarations fallacieuses du gouvernement japonais. De nombreuses survivantes du système d'esclavage sexuel mis en place par l'armée japonaise vont suivre son exemple.

Décembre 1991

Kim Hak-soon et deux autres survivantes coréennes intentent un procès réclamant des excuses et des réparations officielles de la part du gouvernement japonais.

Janvier 1992

Première « manifestation du mercredi » qui se tiendra, dès lors, chaque semaine devant l'ambassade du Japon à Séoul

Découverte à la bibliothèque du ministère de la Défense du Japon de documents prouvant l'implication de l'Etat dans la mise en place et la gestion des bordels militaires de campagne de l'armée japonaise

Le Premier ministre japonais Kiichi Miyazawa présente des excuses officielles à l'occasion d'une visite en Corée du Sud. Néanmoins, le gouvernement japonais maintient sa position quant à la question des indemnisations, déclarant que toutes ces questions ont été définitivement réglées par les traités conclus après la guerre, notamment le traité de 1965 normalisant les relations entre le Japon et la Corée du Sud.

Décembre 1992

Procès des survivantes de Pusan, Corée du Sud, et des membres du Women's Labor Corps

Avril 1993

Procès des survivantes philippines

Procès de Song Shin-do, résidente coréenne au Japon

Août 1993

Le secrétaire général du cabinet japonais, Yohei Kono, admet l'implication des autorités japonaises dans le système des bordels militaires de campagne.

Janvier 1994

Procès des survivantes néerlandaises

Juin 1995

Plutôt que d'assumer ses responsabilités juridiques et de procéder à des réparations officielles, le gouvernement japonais établit un fonds privé, l'Asian Women's Fund, qui allouera de l'argent aux survivantes en guise de réparations.

Août 1995

Procès des survivantes chinoises (1er groupe)

Février 1996

Procès des survivantes chinoises (2eme groupe)

Avril 1996

Le rapport de Radhika Coomarasawamy, rapporteure spéciale chargée de la question de la violence contre les femmes, est adopté par la Commission des droits de l'homme des Nations Unies qui retient la notion de crime contre l'humanité.

Décembre 1997

Décès de Kim Hak-soon qui avait révélé son passé de "femme de réconfort" en aôut 1991.

Avril 1998

Le tribunal de première instance de Shimonoseki, Japon, reconnaît en partie la responsabilité du gouvernement japonais et lui ordonne d'indemniser les plaignantes. Cette seule victoire partielle parmi tous les procès intentés par les survivantes sera rejetée par la Cour suprême. 

Août 1998

La sous-commission pour la promotion et la protection des droits de l'homme de l'ONU adopte le rapport de Gay J. McDougall, rapporteure spéciale, exhortant le gouvernement japonais à indemniser les victimes.

Octobre 1998

Procès des survivantes de Shan-xi, Chine

Mars 1999

Le comité d'experts de l'Organisation internationales du travail (OIT) exhorte le gouvernement japonais à indemniser les victimes, estimant que l'établissement de l'Asian Women's Fundun fonds privé, n'est pas la bonne solution.

Juillet 1999

Procès de survivantes taïwanaises

Décembre 2000

Le « tribunal civil international des femmes contre l'esclavage sexuel de l'armée japonaise » se réunit à Tokyo, à l'initiative d'organisations non gouvernementales de plusieurs pays entendant protester contre l'impunité du crime

Janvier 2001

La chaîne de télévision publique japonaise NHK programme une émission consacrée au « tribunal civil international des femmes contre l'esclavage sexuel de l'armée japonaise ». A la veille de sa diffusion, l'émission est largement censurée à la suite de pressions politiques, suscitant de nombreuses protestations contre NHK.

Juillet 2001

Procès des survivantes de l'île de Haïnan, Chine

Décembre 2001

Le « tribunal civil international des femmes contre l'esclavage sexuel de l'armée japonaise » rend son verdict à La Haye.

Mars 2007

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe nie l'implication du gouvernement japonais dans l'enrôlement forcé des « femmes de réconfort ».

Juillet 2007

La Chambre des représentants des Etats-Unis adopte une résolution exhortant le Japon à présenter des excuses officielles aux survivantes.

Décembre 2007

Le Parlement européen adopte une résolution concernant les anciennes « femmes de réconfort », survivantes de l'esclavage sexuel de l'armée japonaise.

Le combat continue...

 

Site Internet du Conseil coréen pour les femmes requises pour l'esclavage sexuel militaire japonais : www.womenandwar.net (anglais et coréen)

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 21:43

Du 4 au 6 novembre 2018, Miguel Diaz-Canel, Président du Conseil d'Etat et Président du Conseil des ministres de la République de Cuba, a visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'invitation de Kim Jong-un, Président du Parti du travail de Corée, Président de la Commission des affaires d'Etat de la RPD de Corée, dans le cadre d'une tournée internationale qui a également conduit le Président Miguel Diaz-Canel en Russie, en Chine et au Vietnam. Cette visite, qui était la première d'un président cubain en RPD de Corée depuis l'accueil à Pyongyang de Fidel Castro en 1986, a permis de réaffirmer les liens d'amitié et de solidarité entre les deux Etats socialistes, l'un et l'autre ciblés par les sanctions et les campagnes de dénigrement de l'impérialisme américain - tandis que la mise en avant par l'agence nord-coréenne KCNA d'un programme spécifique à Lis Cuesta Peraza, épouse du Président Diaz-Canel, est un nouveau signe de l'émancipation des femmes au Nord de la péninsule. 

En visite à Pyongyang, Miguel Diaz-Canel réaffirme la solidarité de Cuba avec la RPD de Corée

Il est des solidarités qui s'inscrivent dans la durée et dépassent les alliances de circonstance : la République de Cuba a toujours été aux côtés des Nord-Coréens, dans la construction du socialisme selon une voie propre à chaque pays, le refus constant des sanctions contre la RPD de Corée ou encore la non-participation aux Jeux olympiques de Séoul en 1988. Pour sa part, la République populaire démocratique de Corée n'a jamais failli dans le soutien à Cuba socialiste, qu'il s'agisse naguère de l'aide publique au développement ou, en 2016, du deuil national de trois jours décrété lors de la disparition de Fidel Castro, salué non seulement comme un camarade et ami du peuple coréen, mais aussi comme "un dirigeant exceptionnel", ayant "établi un système socialiste dans lequel le peuple a été le vrai maître [de son destin] pour la première fois dans l'hémisphère occidental". 

L'amitié coréano-cubaine a ainsi été célébrée dans le spectacle de gymnastique de masse auquel a assiste la délégation d'Etat cubaine, les relations entre les Présidents Kim Jong-un et Miguel Diaz-Canel ayant succédé à celles qui s'étaient établies entre Fidel et Kim Il-sung puis entre Raoul Castro et Kim Jong-il. Un indice de la reconnaissance du destin singulier qui unit La Havane et Pyongyang a été les rencontres à cinq reprises entre le Président Miguel Diaz-Canel et le Président Kim Jong-un lors cette visite de trois jours, les invités cubains étant chaleureusement accueillis : à l'arrivée et au départ du président cubain, dans le cadre d'une discussion puis d'un dîner officiel, lors de la représentation du spectacle de gymnastique de masse et, enfin, d'une visite aux studios artistiques Mansudae. Ce traitement de faveur s'ajoute au fait que le Président Miguel Diaz-Canel est devenu le premier chef d'Etat étranger (non coréen) à visiter Pyongyang après l'accession aux plus hautes responsabilités du Parti et de l'Etat du Président Kim Jong-un en décembre 2011, en dehors de l'accueil de chefs d'Etat et de gouvernement lors des cérémonies de commémoration de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, le 9 septembre 2018. Ni le président chinois Xi Jinping, ni le président russe Vladimir Poutine, ni encore le président syrien Bachar el-Assad (aussi attendu à Pyongyang) n'ont donc eu la primeure d'une première visite officielle en RPD de Corée : les deux dirigeants coréen et cubain ont affirmé partager une totale identité de vues sur les questions internationales, tandis qu'il a été appelé au renforcement des relations bilatérales dans les différents domaines, économiques, culturels ou encore de la santé publique. 

En visite à Pyongyang, Miguel Diaz-Canel réaffirme la solidarité de Cuba avec la RPD de Corée
En visite à Pyongyang, Miguel Diaz-Canel réaffirme la solidarité de Cuba avec la RPD de Corée

Signe qu'il s'agit d'une domaine privilégié pour les relations entre Cuba et la RPD de Corée, les visites culturelles (universités, studios Mansudae de création artistique) ont occupé une place importante dans le programme de la délégation cubaine, l'agence officielle KCNA mentionnant en outre, au titre des activités du dirigeant suprême, une visite non pas du Président Kim Jong-un, mais de son épouse Ri Sol-ju et de l'épouse du président cubain Lis Cuesta Peraza à l'Université de musique Kim Won-gyun, rendant compte que la Corée du Nord n'est pas à l'écart du mouvement tendant à voir les épouses des chefs d'Etat jouer une partition qui leur est propre sur la scène politique et à l'international.

Le journaliste et spécialiste de la Corée du Nord Philippe Pons, dans Corée du Nord : un Etat guérilla en mutation, a souligné qu'une révolution féminine est bien en cours en RPD de Corée, qu'il s'agisse du rôle considérablement accru des femmes en économie du fait de la place qu'elles occupent sur les marchés généraux de biens et de services, ou encore de la marche vers l'égalité réelle des droits - au travail et dans la famille - après l'égalité des droits proclamée dès 1946 dans une société traditionnelle empreinte de confucianisme, et alors que la création des régimes de démocratie populaire s'est traduite par une promotion générale des droits des femmes et la conquête de libertés nouvelles, comme l'a analysé Kristen R. Ghodsee.

S'agissant de l'émancipation des femmes
, un vent de changement, certes moins immédiatement visible que les nouveaux gratte-ciels qui s'élèvent dans le ciel de la capitale et ou encore l'essor des énergies renouvelables (panneaux solaires, éoliennes), est bien également à l'oeuvre à Pyongyang. 

En visite à Pyongyang, Miguel Diaz-Canel réaffirme la solidarité de Cuba avec la RPD de Corée
En visite à Pyongyang, Miguel Diaz-Canel réaffirme la solidarité de Cuba avec la RPD de Corée
En visite à Pyongyang, Miguel Diaz-Canel réaffirme la solidarité de Cuba avec la RPD de Corée

Sources : 
- KCNA

Autres articles sur les relations entre Cuba et la République populaire démocratique de Corée sur le site de l'AAFC : 

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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 18:39

De longue date l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) s'est engagée pour la démocratisation de l'armée sud-coréenne et le recul du militarisme en Corée du Sud, y compris pour les droits des objecteurs de conscience - alors qu'au moins 20 000 jeunes hommes sud-coréens ont été emprisonnés depuis sept décennies parce qu'ils refusaient d'accomplir le service militaire, en l'absence de toute forme alternative de service civil. Coup sur coup, dans un contexte de réchauffement des relations inter-coréennes, deux décisions importantes ont été prises : le 28 juin 2018, la Cour constitutionnelle a enjoint les autorités sud-coréennes d'introduire un service civil alternatif d'ici le 31 décembre 2019 ; le 1er novembre 2018, la Cour suprême a reconnu l'objection de conscience en se prononçant contre la peine d'emprisonnement d'un objecteur qui est Témoin de Jéhovah. L'AAFC salue ces progrès majeurs, qui sont aussi le fruit de la mobilisation internationale - et notamment de la médiatisation de cas célèbres, comme celui de Lee Yeda, premier objecteur de conscience sud-coréen à avoir obtenu l'asile politique à ce titre dans le monde - en l'occurrence en France. Mais le combat ne s'arrête pas aujourd'hui, compte tenu des lourdes interrogations sur les formes alternatives de service civil, des limites posées par la Cour suprême dans sa décision du 1er novembre 2018, ainsi que des discriminations persistantes à l'égard des objecteurs de conscience. Nous reproduisons ci-après un article publié sur le site du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) le 3 novembre 2018, faisant le point sur la portée et les limites des récentes décisions prises par la Cour constitutionnelle et la Cour suprême de la République de Corée. 

La Cour suprême de la République de Corée

La Cour suprême de la République de Corée

Dans une décision rendue le 1er novembre 2018, une majorité des juges de la Cour suprême (huit sur treize) de la République de Corée a reconnu non coupable un objecteur de conscience, témoin de Jéhovah, au titre de son refus d'effectuer le service militaire. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) salue une décision majeure, tout en appelant à la vigilance sur sa portée, puisque la Cour suprême a limité sa jurisprudence aux cas où l'objection de conscience est "ferme, solide et réelle".

Avec près de 20 000 objecteurs de conscience emprisonnés depuis 1950, et 930 cas pendants devant les tribunaux, s'agissant des seuls témoins de Jéhovah pour lesquels des statistiques consolidées sont disponibles, la République de Corée enregistre le triste record d'être le pays au monde emprisonnant le plus grand nombre d'objecteurs de conscience. Le refus de reconnaître l'objection de conscience était régulièrement dénoncé par les organisations de défense des droits de l'homme comme contraire aux libertés fondamentales et aux engagements internationaux de la République de Corée, dont les autorités donnaient une interprétation infondée juridiquement de sa situation d'Etat techniquement en état de guerre (faute d'accord d'armistice signé entre les deux Corée, depuis la fin des combats de la guerre de Corée le 27 juillet 1953). Des objecteurs de conscience avaient ainsi obtenu le statut de réfugié politique dans le monde - et pour la première fois en France avec Lee Yeda.

Le 28 juin 2018, la Cour constitutionnelle - qui avait longtemps, contre toute évidence juridique, cherché à justifier sur la base de la Constitution le refus de toute forme d'objection de conscience - avait déjà opéré un revirement de jurisprudence, en déclarant anticonstitutionnelle l'absence de formes alternatives de service civil au service militaire, et en enjoignant au gouvernement de changer la loi d'ici le 31 décembre 2019. Le CILD avait salué cette décision, tout en en soulignant les limites - concernant les incertitudes sur la durée et la forme que revêtirait le nouveau service civil alternatif, l'absence de décriminalisation de l'insoumission (mais aussi, avaient relevé de nombreux juristes, de l'objection de conscience en soi), le maintien des formes de répression contre les objecteurs de conscience avant le changement de la législation et l'absence de politique de lutte contre les discriminations, très fortement ancrées socialement, à l'encontre des hommes n'accomplissant pas leur service militaire, et qui pourraient continuer à être traités comme des criminels par leurs potentiels employeurs. Un témoignage des discriminations est apporté par l'acharnement du système judiciaire sud-coréen à l'encontre du chanteur et acteur Yoo Seung-jun, interdit d'entrée en République de Corée car accusé d'avoir pris la nationalité américaine pour ne pas effectuer son service militaire. Si la décision rendue par  la Cour suprême décriminalise clairement l'objection de conscience (contrairement à la Cour constitutionnelle le 28 juin 2018), elle ne lève aucune des incertitudes et des inquiétudes mises en exergue par le CILD.

Sous ces réserves, la Cour suprême va changer la vie du requérant, Oh Seung-heon, 34 ans, marié et père de famille de deux enfants, qui avait été condamné à 18 mois de prison en juillet 2013 pour la Cour du district de Changwon pour son refus de porter les armes, et donc d'accomplir le service militaire, pour des raisons religieuses, comme d'ailleurs son père et son frère cadet, également témoins de Jéhovah. Une brochure d'Amnesty International Corée sur l'objection de conscience soulignait que les témoins de Jéhovah considèrent qu'ils naissent criminels au regard de la loi sud-coréenne.

La Cour suprême a formulé les observations suivantes à l'appui de sa décision, en mentionnant la liberté de conscience au titre des droits fondamentaux, ainsi que les valeurs démocratiques :

Obliger les objecteurs de conscience à accomplir leur service militaire en imposant des sanctions telles que des poursuites criminelles constituent une atteinte à leurs droits fondamentaux, notamment la liberté de conscience. Obliger uniformément à l'accomplissement de leurs obligations militaires et recourir à des poursuites pénales criminelles pour les sanctionner ceux qui ne satisfont pas à leur devoir [militaire] est également contraire à l'esprit de la démocratie libérale, à l'esprit de tolérance et de magnanimité. L'opinion de la majorité [des juges] est que le refus de servir militairement suivant de vrais motifs de conscience constitue l'une des raisons légitimes que la loi sur le service militaire énonce comme exception à l'application de poursuites.

Si la décision rendue est exceptionnelle, elle est toutefois limitée par des considérants selon laquelle l'objection de conscience doit être "ferme, solide et réelle", et les juges ayant émis une opinion dissidente se sont engouffrés dans la brèche en parlant de l'impossibilité selon eux d'apprécier la sincérité de l'objection de conscience. En d'autres termes, même pour le cas pourtant patent des témoins de Jéhovah, rien ne garantit que le droit à l'objection de conscience sera à nouveau reconnu, et qu'en sera-t-il des autres motifs d'objection de conscience, notamment pacifistes et anti-militaristes ? des personnes ayant changé de religion plus ou moins récemment ? du cas des conscrits (notamment issus de minorités sexuelles) victimes d'abus encore très rarement reconnus et punis ? des militants politiques refusant de porter les armes contre le Nord, dans un pays où le service militaire sert la propagande et le bourrage de crâne anti-Corée du Nord - ceux-ci étant des insoumis au sens juridique, mais pas des objecteurs de conscience ? Si la Cour suprême a assurément pris une décision qui va dans le bon sens, il serait naïf de croire que le combat juridique et politique est gagné d'avance, dans une société sud-coréenne où le militarisme reste omniprésent.

Le jour même où la Cour suprême rendait sa décision tombait le cas du footballeur Jang Hyun-soo, banni à vie de l'équipe nationale pour s'être soustrait à ses obligations militaires - car avoir été exempté du service militaire en raison de ses performances sportives ne vous exonère pas d'accomplir des périodes militaires. Et le plus triste dans l'affaire Jang Hyun-soo est sans doute le plaider coupable et les excuses présentées par l'intéressé, confirmant - si besoin était - qu'être soldat et/ou accomplir ses obligations militaires constitue toujours un devoir sacré pour la majorité de l'opinion publique sud-coréenne.

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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 22:52

C'est le dernier rapport sur les droits de l'homme en Corée du Nord dont les médias français (de France 2 dans son journal télévisé de 20h, le 1er novembre 2018, au Figaro) jugent utile de rendre compte sans porter la moindre appréciation critique sur la façon dont le travail d'enquête a été mené : selon Human Rights Watch, des violences sexuelles seraient commises de manière systématique et sans protection ni réparation des victimes. L'Association d'amitié franco-coréenne a mené, pour sa part, le travail d'investigation qui constitue la base du métier de journaliste. 

La conclusion du rapport est sans appel : les viols et autres violences sexuelles contre les femmes seraient monnaie courante, acceptés socialement et le fait de hauts fonctionnaires et autres personnes en position d'autorité. Selon Human Rights Watch

Le rapport de 86 pages, intitulé « ‘You Cry at Night, but Don’t Know Why’: Sexual Violence against Women in North Korea » (« ‘Vous pleurez la nuit sans savoir pourquoi’ : Violence sexuelle à l’égard des femmes en Corée du Nord »), décrit les contacts sexuels non désirés et la violence sexuelle qui sont devenus si courants en Corée du Nord qu’ils en sont venus à être acceptés comme faisant partie de la vie ordinaire. De nombreux Nord-Coréens – hommes et femmes – ont déclaré à Human Rights Watch que lorsqu’un responsable en position de pouvoir « sélectionnait » une femme, elle n’avait d’autre choix que de céder à toutes ses exigences, qu’elles soient sexuelles, pécuniaires ou autres. Les femmes interrogées ont déclaré que ces prédateurs sexuels comprenaient de hauts responsables du parti, des gardes et interrogateurs des prisons et d’autres lieux de détention, des policiers et agents de la police secrète, des procureurs et des soldats. Craignant de subir déchéance sociale et représailles, et sans presque aucune voie de recours, les Nord-Coréennes dénoncent rarement les abus.

Human Rights Watch

Sur quels éléments se base cette conclusion, dans un rapport au titre sensationnaliste à souhait (comme si la force des mots devait pallier le manque d'éléments tangibles incontestables) ? Les récits, encore et toujours, d'une poignée de réfugiés nord-coréens, dont on sait pourtant que nombre d'entre eux sont employés et rémunérés par les services de renseignement, qu'ils soient sud-coréens ou - plus rarement - ceux de pays occidentaux. A contrario les propos de réfugiés nord-coréens qui, eux, ne cherchent pas à attirer la lumière sont rejetés dans l'ombre. Le film (Madame B. Histoire d'une Nord-Coréenne) retraçant le récit d'une réfugiée nord-coréenne ordinaire, dont l'AAFC a soutenu la diffusion, ne parle ainsi pas tant des violences faites aux femmes (bien que le héros du documentaire soit une héroïne) que des violences et des discriminations qu'encourent les Nord-Coréens candidats à l'asile politique en Corée du Sud puis une fois sur place, à commencer par les interrogatoires inhumains qu'ils subissent dans les centres de rétention gérés par les autorités sud-coréennes. Mais cette violence-là, elle documentée de manière incontestable, n'a pas droit de cité : elle ne cadre pas avec les schémas de la presse occidentale.

Car qui retrouve-t-on comme grands témoins du rapport de HRW ? Choi Seong-guk, dont les dessins illustrent l'article de HRW cité plus haut : coïncidence, M. Choi travaillait pour les services de propagande du Nord, avant de passer au Sud... où il poursuit, comme nombre d'anciens agents du Nord ayant fait défection, le même travail de conditionnement des opinions publiques, mais naturellement à fronts renversés. Que notre interlocuteur ne présente pas les garanties de crédibilité minimums qu'est en droit d'attendre le lecteur n'effleure pas le moins du monde les salariés de HRW, qui jugent même bon d'ajouter comme commentaires de son dessin : "ce dessin n’est pas un portrait de personnes réellement observées, mais illustre une situation typique décrite par des femmes ayant vécu ce genre de situation." Il ne s'agit pas "de personnes réellement observées", mais doit-on considérer qu'il s'agit d'une fiction ? Plus fondamentalement, accepterait-on comme récit indubitable de prisonniers de Guantanamo le reportage d'une ancienne victime de la torture américaine à Guantanamo passée dans les rangs des communicants de Daech ? A tout le moins, un caveat serait émis. Rien de tel, naturellement, dans le cas de la Corée du Nord, qui pour le journaliste occidental moyen a forcément tort, car elle est la Corée du Nord.


Autres témoignages : ceux de "commerçantes". Que les femmes soient les principales commerçantes en Corée du Nord pourrait déjà, en soi, susciter un débat sur le rôle qu'elles jouent dans une société où l'argent occupe une place de plus en plus importante (et un excellent observateur de la Corée du Nord comme Philippe Pons a bien relevé, dans Corée du Nord : Un Etat-guérilla en mutation, qu'il s'agissait d'un élément montrant une émancipation des femmes dans la période récente). Mais là n'est pas le débat : ces commerçantes parlent de rapports sexuels forcés - commis par ceux qui contrôlent les marchés généraux de biens et de services où elles opéraient. Que de tels rapports coercitifs et de violence existent est probable vu l'étendue des marchés généraux en Corée du Nord, mais qu'ils soient présentés comme la norme est un raccourci saisissant, surtout si l'on recontextualise les propos de ces anciennes commerçantes. En Corée du Nord, ces détenteurs de l'autorité ainsi mis en cause sont fréquemment haïs - ils concentrent le ressentiment de larges pans de la population, et l'image qu'ils véhiculent est, peu ou prou, celle du contrôleur du fisc ou de l'huissier de justice en Occident. Si l'on ajoute que les commerçant-e-s ayant fui la Corée du Nord ont souvent commis des infractions graves qualifiées de crimes dans les législations dans tous les pays du monde, quelle valeur accorder à ces témoignages, qui combinent le ressenti et la vengeance personnels avec le besoin de se valoriser par des récits extraordinaires ? Ce biais ("plus mes propos narrent des choses horribles, plus ils ont de valeur") est bien connu des chercheurs sud-coréens qui travaillent sur les difficultés, pourtant réelles, vécues par les réfugiés nord-coréens, et qui cherchent ainsi à approcher la vérité. Pourtant, à aucun moment ce biais n'a été pris en compte par les salariés de HRW. Pire, les propos témoignant des violences les plus graves ont été considérés comme les plus crédibles, au point de servir de titre au rapport mené. 

Or les violences faites aux femmes constituent précisément, parce qu'il s'agit d'un point sur lequel les vérifications sont difficiles, l'un des cas les plus fréquents de distorsion entre la réalité vécue par les réfugiés et ce qu'ils expriment, et qui aurait ainsi mérité un travail plus sérieux sur un sujet éminemment important. La jeune et photogénique Park Yeonmi, dont les affabulations ont été démontées par une journaliste australienne peu suspecte de sympathies pour la Corée du Nord, Mary Ann Jolley, parlait ainsi de violences sexuelles dans un centre pour réfugiés en Mongolie où, selon des sources fiables, de telles pratiques n'existent pas.

Mais là où l'enquête de HRW pêche le plus fortement réside dans ses affirmations à l'emporte-pièce selon lesquelles il n'y aurait pas de politique de protection des droits des femmes par les autorités nord-coréennes, à commencer par la répression des crimes sexuels, ce qui revient donc à faire l'Etat et de son appareil judiciaire un complice (quand il n'est pas l'auteur des crimes, par les personnes dépositaires de l'autorité publique ouvertement mises en cause de par leurs fonctions, du reste assez floues). Pourtant, c'est le contraire qui ressort du discours des officiels nord-coréens (que les auteurs n'ont d'ailleurs pas jugé utile d'interroger, instruisant exclusivement un procès à charge). Ainsi, lorsqu'elles démontent les mensonges du réfugié Shin Dong-hyuk (qui a ensuite décidé de se mettre en retrait, après avoir présenté ses excuses pour n'avoir pas dit la vérité), le célèbre faux Rescapé du camp 14, les autorités nord-coréennes soulignent que ce dernier aurait commis une agression sexuelle, à l'origine de son emprisonnement. Qu'elle soit vraie ou fausse, étayée ou de circonstance, l'accusation des Nord-Coréens envers Shin Dong-hyuk révèle néanmoins un point important : les crimes sexuels sont pris au sérieux par la justice nord-coréenne, et ce malgré les dénégations de HRW. 


Mais pourquoi cet intérêt spécifique pour les droits des femmes, et les crimes sexuels en particulier, et maintenant ? Il convient tout d'abord de rappeler qu'il s'agit d'une préoccupation constante des services de renseignement sud-coréens, grands pourvoyeurs d'éléments de langage prêts à l'emploi sur les droits de l'homme en Corée du Nord, surtout au moment où le mouvement #MeToo touche - plus que d'autres - la société sud-coréenne. De ce point de vue, renvoyer la Corée du Nord aux vicissitudes de la Corée du Sud est un expédient utile, surtout en ces temps où le rapprochement inter-coréen ne fait pas que des heureux - et comme à chaque fois en semblables circonstances, la question des droits de l'homme en Corée du Nord resurgit opportunément. Le rapport de HRW tombe à pic, et il n'est pas étonnant qu'un média public comme France 2 lui accorde une couverture maximale en y consacrant un reportage de son journal télévisé de 20 heures, alors que les autorités françaises ont encore récemment démontré qu'elles étaient arc-boutées sur une position hostile à tout dialogue avec la Corée du Nord

Si Human Rights Watch a donc abordé un sujet important, il est extrêmement regrettable que les conditions de son travail d'enquête l'invalident. Les droits des femmes en Corée du Nord méritent mieux qu'un rapport de circonstance, conduit à charge et sans esprit critique, fortement influencé par des acteurs qui ont un intérêt à présenter la Corée du Nord telle qu'ils voudraient qu'elle soit et non telle qu'elle est.

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29 septembre 2018 6 29 /09 /septembre /2018 22:18

Mois après mois, l'agence de presse sud-coréenne Yonhap rend désormais compte des statistiques relatives au nombre de naissances et à l'indice synthétique de fécondité (ISF) - en chute continue, faisant de la République de Corée un des pays où l'ISF est parmi les plus bas au monde (seuls Singapour, Macao, Taïwan et Hong Kong affichent des niveaux d'ISF plus bas). L'attention des médias sur la dénatalité traduit ce qui est désormais une préoccupation publique majeure, exigeant davantage que des politiques de subventions publiques pour changer les comportements dans une société restée fondamentalement machiste.

L'inquiétant effondrement de la natalité en Corée du Sud

En 2017, selon les statistiques nationales 357 800 bébés sont nés en Corée du Sud - soit une très forte baisse (de 48 500 naissances, soit 11,9 %) par rapport à 2016, et la plus importante depuis 2002, faisant passer le nombre de naissances annuelles sous le seuil de 400 000. L'indice synthétique de fécondité (c'est-à-dire le nombre d'enfants par femme) s'est élevé à 1,05 (contre 1,25 en 2015 et 1,17 en 2016), très en-dessous du seuil de 2,05 à 2,10 pour assurer le renouvellement des générations.

Toujours en 2017, les femmes étaient âgées en moyenne de 32,6 ans lors de la naissance de la premier enfant (contre 32,4 ans en 2016).

Cette tendance s'est poursuivie, à peine ralentie, au cours des six premiers mois de l'année 2018, avec une diminution du nombre de naissance de 8,8 % par rapport au premier semestre de l'année 2017. L'ISF devrait ainsi passer sous la barre des 1 en 2018, soit un niveau qui n'était traditionnellement observé qu'en période de guerre ou de famine.

Pour enrayer cette évolution le gouvernement a mis en place des politiques de primes à la naissance (un peu plus de 7 milliards d'euros par an depuis 2006), dont l'efficacité est mise en cause face à la pesanteur des comportements sociaux : il est fréquent que les femmes qui travaillent soient mises à la porte quand elles demandent un congé maternité. Dans une société fortement patriarcale qui manquent de structures d'accueil pour la petite enfance, où les tâches domestiques restent assumées à près de 80 % par les femmes et où le coût de l'éducation scolaire est parmi les plus élevés de l'OCDE, des faits divers dramatiques ont souligné que la dénatalité n'était pas seulement une question de moindre compétitivité économique et de charges sociales accrues pour l'ensemble de la société : la mort d'épuisement d'une mère de trois enfants âgée de 34 ans, qui avait réussi un difficile concours d'entrée dans la fonction publique, avait choqué. A son retour de congé maternité, elle avait multiplié les journées de travail de 12 heures, week-end compris - elle était retournée travailler le dimanche à 5 heures du matin.

Beaucoup de femmes sud-coréennes ont fait un choix radical : pas de mariage, pas de vie de couple, pas d'enfants - et embrasser une carrière professionnelle plutôt que d'être des machines à faire des enfants.

Sources :

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