Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 14:12

La société coréenne traditionnelle, empreinte de confucianisme, est conservatrice sur les questions de société, tendant ainsi souvent à considérer que l'homosexualité n'existerait pas en Corée du Sud. Dans les faits, des mentions de l'homosexualité figurent bien dans le droit sud-coréen pour établir des règles répressives, ainsi dans le code pénal militaire, une chasse à l'homme étant en cours sur cette base dans l'armée, au mépris des engagements internationaux de la République de Corée en matière de droits de l'homme. Dans la période récente, l'émergence de mouvements religieux homophobes militants a favorisé un climat d'intolérance, y compris dans les rangs des progressistes qui militaient naguère pour la démocratie et les libertés publiques au Sud de la péninsule coréenne. Alors que le scrutin du 9 mai 2017 désignera un nouveau chef de l’État en Corée du Sud, les militants LGBT ont décidé de renforcer leurs actions en interpellant les candidats – comme en rend compte un article du quotidien progressiste Hankyoreh, publié le 24 avril 2017, intitulé « Les candidats à la présidentielle évasifs sur la question des droits LGBT », et dont nous publions ci-après une traduction de l'anglais.

Des membres de « Solidarité universitaire pour les minorités sexuelles », qui fédère 108 groupes d'étudiants, a tenu une conférence de presse le 20 avril place Gwanghwamun au centre de Séoul, avec comme mot d'ordre « Notre génération est différente », en appelant à l'adoption d'une législation anti-discriminations (photographie : Kim Kyung-ho)

Des membres de « Solidarité universitaire pour les minorités sexuelles », qui fédère 108 groupes d'étudiants, a tenu une conférence de presse le 20 avril place Gwanghwamun au centre de Séoul, avec comme mot d'ordre « Notre génération est différente », en appelant à l'adoption d'une législation anti-discriminations (photographie : Kim Kyung-ho)

Apparemment désireux de ne pas s'aliéner les chrétiens conservateurs, les candidats ne s'engagent pas sur une législation anti-discriminations.

« Je rêve d'un jour où nous pourrons nous aimer et qu'on ne nous crée pas d'histoires. Mais la réalité aujourd'hui est que nous sommes arrêtés parce que nous nous aimons. »

Ces vers du poème de Hwang In-chan Une forêt de figuiers ont été cités sur une affiche diffusée le 20 avril sur le campus de l'Université Sogang. « Arrêtez-moi aussi », a écrit un étudiant qui s'est défini comme un homme gay n'ayant pas effectué son service militaire obligatoire. D'autres affiches ont été diffusées dans l'école par des étudiants se revendiquant de « Gay KATUSA » et des « Réservistes gay. Cette campagne est menée pour protester contre l'arrestation d'un capitaine gay pour avoir violé l'article 92-6 du Code pénal militaire en ayant commis des actes homosexuels.

Parmi les voix qui regrettent la « criminalisation de l'amour », d'aucuns accusent également certains des principaux candidats à l'élection présidentielle de se taire sur les droits des personnes LGBT tout en se définissant eux-mêmes comme défendant les « droits de l'homme » ou comme « féministes ». Les observateurs relèvent que même si les démonstrations aux bougies ont fait des droits des personnes LGBT un sujet plus important que lors des précédentes élections présidentielles, les favoris sont trop préoccupés d'apaiser les conservateurs chrétiens homophobes pour se prononcer.

Les groupes LGBT sont beaucoup plus impliqués dans cette élection qu'ils ne l'ont jamais été auparavant. Le 15 avril, le groupe pour les droits des gays Chingu Sai a organisé le premier « sommet gay » de l'histoire de la Corée, en ayant réuni environ 100 dirigeants de la communauté gay qui ont publié une liste des « demandes de la communauté gay pour l'élection présidentielle de 2017 ». Les dirigeants ont fixé au 1er mai la réponse des candidats à leurs demandes, lesquelles comprennent l'adoption d'une législation anti-discriminations, la légalisation du mariage pour les personnes de même sexe, des garanties quant à l'établissement des différents types de famille et l'abolition de l'article 92-6 du Code pénal militaire. Une liste de 10 tâches politiques pour l'égalité des droits des personnes LGBT avait été annoncée en mars par Rainbow Action, un groupe qui s'oppose aux discriminations contre les personnes LGBT. Des demandes spécifiques portent sur l'adoption d'une législation spécifique facilitant la chirurgie pour un changement de sexe et une interdiction de louer les bâtiments publics à des personnes affirmant que les personnes LGBT doivent être « soignées ».

Les positions de candidats sur les droits LGBT peuvent se ramener à la question de savoir s'ils envisagent d'adopter une législation anti-discriminations, qui comprendrait des mesures interdisant les discriminations contre une personne sur la base de son identité ou de son orientation sexuelle. Le 20 avril, la section sud-coréenne d'Amnesty International a publié des réponses à huit questions relatives aux droits de l'homme que lui ont faites Moon Jae-in, Ahn Cheol-soo, Hong Joon-pyo, Sim Sang-jung et Yoo Seong-min. Parmi les cinq candidates, seule Sim Sang-jung du Parti de la justice, marqué à gauche, a fait part de son intention de « mettre en œuvre » une législation anti-discriminations. Le candidat du Parti de la liberté de la Corée (conservateur) Hong a dit qu'il ne « pourrait pas » la mettre en œuvre, tandis que les autres trois candidats ont évité de donné une réponse claire.

Moon, candidat du Parti Minjoo de la Corée (libéral), et Ahn, candidat modéré du Parti du peuple (modéré), qui se classent respectivement premier et deuxième dans les intentions de vote, ont fait part de leur opposition aux discriminations mais ont souligné la nécessité d'un consensus au sein de la société. Yoo, candidat du Parti Bareun (conservateur), n'a pas répondu.

Une affiche à l'Université Sogang de Séoul, où l'on peut lire « Arrêtez-moi aussi » (source : Twitter)

Une affiche à l'Université Sogang de Séoul, où l'on peut lire « Arrêtez-moi aussi » (source : Twitter)

Le 20 mars, des représentants des candidats Moon, Hong, Ahn et Yoo ont tous affirmé leur opposition à l'établissement d'une législation anti-discriminations alors qu'ils assistaient à la Présentation de la politique du public chrétien pour la 19e élection présidentielle, organisée par la Sainte Conférence pour l’Évangélisation des 80 millions de Coréens et la Conférence politique du public chrétien. Dans un entretien récent sur YTN, Hong a fait des déclarations homophobes sur les droits LGBT, en disant qu'il « détestait ces trucs ». Parmi les candidats en lice pour le scrutin, seulement deux – Sin et Kim Seon-dong, candidat du parti de l'Unité populaire – ont fait figurer les droits des personnes LGBT dans leurs engagements, y compris l'adoption d'une législation anti-discriminations et l'abolition de l'article 92-6.

Les observateurs disent que les réticences et les évitements des candidats sur les droits des personnes LGBT montrent leur incapacité à prendre en compte les évolutions de la situation en Corée du Sud. Dans les universités, les positions anti-LGBT ont suffisamment reflué pour que plusieurs étudiants ayant fait leur coming out deviennent présidents des conseils étudiants, depuis que la lesbienne Kim Bo-mi a été élue à ce poste à l'Université de Séoul en 2015 – et pourtant, les critiques pointent l'incapacité des candidats à avoir activement pris en compte cette évolution. Les mêmes voix critiques ont aussi incité les candidats à ne pas se dérober à leur devoir de protéger les droits des personnes LGBT au profit d'efforts à courte vue pour gagner des voix, mais à s'affirmer comme des hommes et des femmes politiques qui n'ont pas être gênés devant l'histoire.

« Les partis établis parlent tous de 'réforme' et de 'mettre fin aux crimes du passé', mais ils ne disent jamais un mot sur une législation anti-discriminations ou sur les questions LGBT », a déclaré Na Ra, secrétaire général de Solidarité pour les droits de l'homme des personnes LGBT en Corée.

« Cela montre avec évidence leur approche des droits de l'homme. »

Par Park Su-ji, journaliste.

Merci d'envoyer directement vos questions ou vos commentaires à [english@hani.co.kr] (NdT : écrire en anglais)

Source :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne Société
commenter cet article
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 18:49

Les membres du bureau du comité Espéranto de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) – Marianne Dunlop, présidente du comité, professeure de russe et de chinois, Nathalie Kesler, professeure de lettres classiques et d’histoire-géographie, et François Lo Jacomo, membre de l’Académie internationale d’Espéranto, professeur de mathématiques et linguiste,) – ont visité pendant 9 jours la République populaire démocratique de Corée, du 4 au 12 avril 2017, avant d’achever leur périple par la visite du club d’Espéranto de Dandong (situé à la frontière sino-coréenne, lieu chargé d’histoire avec le fleuve Yalu où nombre de Chinois sont morts pour repousser les assaillants américains de leurs frontières pendant la guerre de Corée), où Zhang Wei rêve de marcher sur les pas de son prédécesseur chinois qui organisait des voyages en RPDC autrefois. Leur voyage fut beaucoup plus fructueux qu’ils ne le pensaient initialement, et ponctué de rebondissements très intéressants pour le développement de l’Espéranto. Un premier compte rendu du voyage a eu lieu au château de Grésillon, maison culturelle de l’Espéranto, le 16 avril 2017.

Des espérantistes invités à Pyongyang…

Les membres du comité Espéranto de l’AAFC avaient été fort surpris de savoir que des traces de militantisme pour faire connaître cette langue avaient pu être décelés en évoquant une initiative intéressante à initier en Corée dans le cadre du prochain congrès d’Espéranto en Juillet prochain qui aura lieu à Séoul, au Sud de la péninsule.

L’action a donc été amorcée grâce au dictionnaire Espéranto-coréen retrouvé entre les mains d’un linguiste nord-coréen reconnu comme très célèbre (en Corée du sud !) du nom de Jong Sun Gi, et à présent d’un âge respectable. Il a confié aux membres de la délégation de l’AAFC avoir été invité lors d’un congrès de linguistes sur l’analyse de la langue coréenne qui a évolué de manière très différente entre le Nord et le Sud (le lexique au Sud étant empli d’anglicismes quasi-inexistants au Nord). Avec étonnement les participants ont également appris qu’il avait pu effectuer des rencontres dans le Sud grâce à cette association de linguistes.

Voici la réponse d’un correspondant sud-coréen aux participants au voyage en RPDC à leur proposition d’invitation d’une délégation nord-coréenne au congrès universel d’Espéranto à Séoul en juillet 2017 :

1. inviti delegacion de lingivistoj. d-ro Jong Sun Gi estas la membro de ‘Kun-eldona Asocio de Granda Vortaro de Koreio Sud- kaj Nord-, financata de ambaŭ registaro. ĝi fondiĝis en 2006, kaj havas apartan oficejon kun 30 labarantoj en Seulo(en Nordo la Insutucio). notindas, ke la asocio publike dungis novan oficiston en 2016, kio signifas, ke la asocio ankoraŭ bonege funkcias, kvankam momente la libera iroreveno haltis pro la politika kialo. jen, ni vidas, ke ni ne povas havi apartan pli valoran eventon, per kiu esperantistoj povas kontribui ion por la lingva problemo de ambaŭ koreioj, ili nun uzas gigantan budĝeton de la ambaŭ ŝtatoj. sola ebleco estas inviti delegacion de esperantistoj. unue mi volas diri du eventojn de ambaŭ Koreioj. en la 6a de aprilo, antaŭ 11 tagoj okazis la matĉo de glacihokeo en Suda Koreio, en kiu Norda teamo partoprenis, kaj en la 7a de aprilo, antaŭ 10 tagoj okazis la matĉo de virina piedpilko en Norda Koreio, en kiu Suda teamo partoprenis.

(Le docteur Jong Sun Gi est membre de l’association du Grand Dictionnaire des deux Corée Sud et Nord, financée par les deux parties, fondée en 2006 et qui possède son propre bureau qui fonctionne à l’aide de 30 salariés à Séoul, et une institution au Nord). À noter que l’association a employé une nouvelle recrue en 2016, ce qui signifie que l’association fonctionne encore très bien, bien que les aller-retour ont cessé pour l’instant à cause de la situation politique. Voilà, nous constatons donc qu’il serait difficile de concurrencer un tel événement et que les espérantistes ne pourraient guère contribuer mieux à faire avancer la cause linguistique de la langue entre les deux Corée. De plus ils disposent d’un budget très conséquent déjà.
Une meilleure idée serait donc d’inviter une délégation d’espérantistes nord-coréens. En premier lieu il faut préciser que deux événements récents réunissant les deux Corée ont pu avoir lieu récemment, le 6 avril [2017], le match de hockey sur glace au sud, où une équipe nord-coréenne a pu participer et le 7 avril [2017], le match de football féminin a eu lieu à Pyongyang, avec la participation d’une équipe du Sud.)

Jong Sun Gi nous a donné une version différente de celle des participants issue d’un blog espérantiste « libera folio », qui annonçait que c’est un ancien ministre qui avait fondé le groupe Espéranto en RPDC, avant de subir une répression politique. Au contraire, le linguiste leur a affirmé que le groupe avait été fondé par de très grandes figures intellectuelles de l’époque, en 1951, tous étudiants en langues européennes (allemand, espagnol, anglais, russe…), avec un président en études de médecine qui avait dû quitter l’université à la suite d’une promotion l’ayant conduit à déménager dans une autre ville, et le second principal protagoniste qui était décédé d’une maladie par la suite. C’est donc selon lui le départ de ces deux éminentes figures, qui portaient le mouvement, qui est à l’origine de la fin de la dynamique Espérantiste en RPDC.

En outre, il a ajouté six noms d’autres personnes profondément impliquées dans le mouvement, Yang Hyong Man, Kim Hui Chol, Ri Yong Nam, Hwang Kyong Ae, Kim Su Gyong, et a évoqué ses souvenirs concernant les premières affiches qu’il avait pu lire au sein de l’université, vantant les mérites de la langue universelle.

En tant que linguiste il trouvait que la structure même de présentation du dictionnaire Espéranto-coréen n’était pas dénuée d’intérêt.

Des espérantistes invités à Pyongyang…

Par ailleurs, les participants ont été très heureux de constater l’ouverture d’esprit affichée par leurs interlocuteurs lors de leurs diverses rencontres, avec des représentants des départements des sciences sociales de trois grandes universités (Université Kim il Sung, Université des langues étrangères de Pyongyang et Pyongyang University of Science and Technology, PUST). Un autre professeur a confirmé que l’Espéranto était une langue connue chez les Nord-Coréens. Redynamiser cette langue est donc un objectif qui a semblé séduire au vu de l’accueil très chaleureux et privilégié reçu par les membres de la délégation de l’AAFC.

Par-contre, ceux-ci n’ont pu visiter (à cause du match de foot auquel ils ont assisté mais qui a désorganisé le programme) qu’à la fin seulement de leur séjour les studios de cinéma de Pyongyang, alors que cette visite était prévue à l’origine au début du séjour, et le mystère du nom de l’association des cinéastes et autres artistes coréens « korea artista proleta federacio » n’est ainsi toujours pas levé à ce jour.

Ils ont pu revoir en revanche une seconde fois le linguiste qui était en possession du dictionnaire d’Espéranto, toujours accompagné du nouveau directeur des sciences sociales d’une des universités,(docteur Pang Jong Ho) preuve de la volonté de tenter de renouer avec cette langue. Ils ont alors longuement discuté du rôle de l’association universelle d’Espéranto dont le fonctionnement a intéressé les Nord-Coréens, puis des documents remis lors de leur première entrevue (le « fundamento » : livre écrit par le fondateur de la langue (Zamenhof), avec les règles qu’il a lui-même édictées sur l’Espéranto). Entretemps le linguiste Jong Sung Gi a pu effectuer quelques recherches en bibliothèque et leur a confié avoir retrouvé un exemplaire du « fundamento » dans une bibliothèque de Pyongyang. Il était intrigué par l’aspect deux fois plus volumineux de l’exemplaire que les membres de la délégation venaient de lui offrir. En effet ce dernier a été augmenté par cinq traductions en différentes langues, tout simplement. De manière logique, c’est le dictionnaire de référence qui fut sollicité par les linguistes et nous avons regretté de ne pas avoir emmené de PIV, le grand dictionnaire unilingue de l’Espéranto.

En conclusion, les participants remercient leur guide féminine, jeune et l’esprit vif, qui a réussi à absorber en huit jours les règles essentielles de l’Espéranto, et le second guide, moins motivé en début de séjour par la langue universelle mais qui était conquis à leur départ, très motivé pour apprendre la langue en comprenant ses enjeux (langue propédeutique, facile à assimiler, aux réseaux déjà creusés dans le monde entier.) Les participants sont donc très confiants pour la dynamique de création peut-être extrêmement rapide d’un nouveau club d’Espéranto en RPDC.

Enfin, des professeurs de toutes origines sont sollicités, pour lesquels seul le billet d’avion devrait être la plus grosse dépense car les professeurs qui seraient volontaires pour donner des cours dans les universités pourraient bénéficier des mêmes avantages que les Coréens. (logement, nourriture, énergie et transports quasi gratuits…).

Les participants espèrent que les tensions politiques n’entravent pas des relations si bien amorcées pour l’avenir de l’Espéranto en RPDC.

Des espérantistes invités à Pyongyang…
Des espérantistes invités à Pyongyang…
Des espérantistes invités à Pyongyang…
Des espérantistes invités à Pyongyang…
Repost 0
2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 18:02

Le 30 mars 2017, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé que le Maréchal Kim Jong-un avait envoyé une couronne de fleurs après la disparition, la veille à Pyongyang, de Kim Ki-ryong. Figure moins médiatisée que d'autres dirigeants nord-coréens, occasionnellement cité dans les dépêches de KCNA, Kim Ki-ryong avait néanmoins joué un rôle clé dans le monde de l'information en RPDC pendant plus de deux décennies, ayant occupé toutes les fonctions majeures en ce domaine (notamment, président de l'agence KCNA, rédacteur en chef du Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, président du Comité de l'information publique), et aussi initié des coopérations intercoréennes et internationales. L'Association d'amitié franco-coréenne revient sur son parcours, en présentant ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Disparition de Kim Ki-ryong, un géant des médias en Corée du Nord

Kim Ki-ryong était né dans la province de Ryanggang en 1940, sous l'occupation japonaise. Diplômé de la prestigieuse Université Kim Il-sung, il avait commencé à travailler comme journaliste au Rodong Sinmun en 1965, grimpant dans la hiérarchie du quotidien jusqu'à assumer des responsabilités de rédacteur en chef en 1985.

Les fonctions qu'il exerça alors successivement témoignent qu'il était devenu une des personnalités les plus influences des médias en RPD de Corée : en 1988, il est nommé directeur du Bureau d'orientation des publications (organisme qui veille à leur ligne éditoriale, conformément à la politique du Parti du travail) ; en 1989, il devient président de l'agence KCNA (jusqu'en 1996, et à nouveau de 2000 à 2010) et parallèlement président du Comité de l'information publique, fonction équivalente à celle, en Occident, de ministre de l'Information. Kim Ki-ryong est aussi devenu député de l'Assemblée populaire suprême (en 1990), membre (suppléant, en 1991, puis titulaire, en 1992) du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC). Lors de sa disparition en 2017, il appartenait toujours au Comité central du PTC.

En 2010, il avait abandonné la présidence de l'agence KCNA pour redevenir rédacteur en chef du Rodong Sinmun, avant d'être remplacé à ce poste en 2013 par Yun U-chol et faire valoir ses droits à la retraite à la faveur d'un changement de génération après la disparition du Dirigeant Kim Jong-il, en décembre 2011. Quarante-troisième dans l'ordre protocolaire lors des funérailles de l'ancien Président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée, Kim Ki-ryong a été parmi les premiers récipiendaires, en février 2012, de l'Ordre de Kim Jong-il. La dépêche de KCNA ayant annoncé que le Maréchal Kim Jong-un adressait une couronne de fleurs et présentait ses condoléances à la famille du défunt a d'ailleurs fait mention, non de ses fonctions passées comme homme des médias ni comme homme politique (membre du Comité central du Parti), mais de sa double qualité de titulaire de l'Ordre de Kim Il-sung et de l'Ordre de Kim Jong-il - soulignant ainsi qu'il avait été un des grands serviteurs de l'Etat.

Sa longévité dans le monde des médias nord-coréens en avait fait une personnalité de confiance du centre du Parti, impliquée dans les échanges non seulement avec ses homologues étrangers (en mai 2004, il avait rencontré à Pyongyang le vice-président de l'agence chinoise Xinhua, Xu Xian, se félicitant de la coopération entre leurs deux agences), mais aussi dans la promotion des relations intercoréennes. En août 2000, il avait rencontré l'ancien ministre sud-coréen de la Culture et du Tourisme Park Jie-won, et exprimé le souhait d'accueillir son homologue de l'agence Yonhap de la République de Corée (du Sud). Ce sera chose faite le 12 octobre 2007, à Pyongyang, comme l'a relevé Aidan Foster-Carter de l'Université britannique de Leeds, dans un article consacré aux relations Nord-Sud :

Les chefs des agences d'information des deux Corée se sont rencontrés pour la première fois à Pyongyang. Kim Ki-seo, président de l'agence Yonhap de la République de Corée, propose des "échanges actifs" ; Kim Ki-ryong de KCNA a dit que "nous l'étudions sérieusement", ce que Yonhap a interprété comme un geste tiède. L'un et l'autre ont co-organisé une exposition de photos des peintures murales du royaume de Koguryo avec l'agence japonaise Kyodo News Service, qui a été inaugurée le 11 octobre.

https://csis-prod.s3.amazonaws.com/s3fs-public/legacy_files/files/media/csis/pubs/0704qnk_sk.pdf

En fait, la fin de la politique du "rayon de soleil" à partir de 2008 allait ruiner les progrès du dialogue intercoréen, alors que, comme nous l'avons vu, Kim Ki-ryong avait été initiateur d'échanges Nord-Sud - dès 2000 - qui auraient également pu concerner les sujets sensibles des médias et de l'échange d'informations si la politique du "rayon de soleil" s'était poursuivie.

Avec la disparition de Kim Ki-ryong, les Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora, perdent aussi un homme qui était sincèrement attaché à la réunification.

Source principale :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Société Politique de la RPDC Relations intercoréennes
commenter cet article
28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 14:15

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient la diffusion du film documentaire de Jero Yun Madame B., histoire d'une Nord-Coréenne - qui raconte la vie d'une réfugiée nord-coréenne et de sa famille, sorti en salles le 22 février 2017 en France. Le film a donné lieu à des avant-premières, à l'initiative notamment de membres de l'AAFC, à Tousson et à Pithiviers le 18 février 2017, en présence du réalisateur Jero Yun. Le cinéma d'art et d'essai "Les 3 Luxembourg", à Paris, a projeté deux séances suivies de rencontres-débats : le 22 février avec Jero Yun, et le 27 février avec Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération. Nous revenons sur la séance-débat du 27 février. 

"Madame B. histoire d'une Nord-Coréenne" : projection-débat avec l'AAFC au cinéma "Les 3 Luxembourg"

Madame B. histoire d'une Nord-Coréenne est un film d'accès apparemment difficile : filmé dans un style dépouillé, parfois brut, à mille lieues des clichés sur les réfugiés nord-coréens véhiculés par des stars (ou supposées telles) ayant des besoins de reconnaissance et/ou financiers, le long métrage invite les spectateurs à se forger leur propre opinion et ne délivre pas d'autre message que celle de l'humanité d'une femme, Mme B., qui, comme des dizaines de milliers de Nord-Coréens, a quitté son pays à la recherche d'une vie économique meilleure. Son récit devient, par extension, celui de nombreux réfugiés de par le monde. Comme l'observe Isabelle Regnier du quotidien Le Monde,

La force du film tient à la tension qu’il instaure entre le tableau cataclysmique des conditions de vie de ces migrants d’Asie extrême et la personnalité fascinante de son personnage, bloc de volonté qui oppose aux coups de massue du destin un désir de vivre dévorant, et une capacité de résilience qui laisse pantois.

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/02/21/madame-b-le-periple-d-une-battante-entre-les-deux-corees_5082797_3476.html#g45ZObYMiz8lUArg.99

Animé par Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC, le très riche débat qui a suivi la projection, en présence de Coréens et de spécialistes de la Corée, a permis d'aborder de multiples autres questions qui touchent à la société coréenne dans son ensemble, Nord comme Sud : les représentations réciproques entre Coréens du Nord et du Sud ; l'intégration (ou non) des Nord-Coréens en Corée du Sud, confrontés à l'anticommunisme viscéral d'une société où ils souffrent de l'absence de réseaux, essentiels pour réussir au Pays du Matin Calme ; la question des femmes dans la société coréenne, marquée par une culture patriarcale d'origine néo-confucéenne... Car Mme B. traduit aussi l'émancipation de millions de femmes (nord-)coréennes, à la faveur de l'ouverture économique du pays, à la mesure des positions privilégiées qu'elles occupent souvent dans les activités commerciales privées, légales ou non, qui permettent aujourd'hui à la RPD de Corée de poursuivre son développement économique et social.

Jero Yun a réussi le tour de force d'accepter que parle, sous l'oeil de sa caméra, toute une famille de réfugiés nord-coréens - alors que les réfugiés coréens, qu'ils soient du Nord ou du Sud, sont le plus souvent réservés à témoigner. Par la force de sa volonté, Mme B. a d'ailleurs aujourd'hui réussi à ouvrir un café en Corée du Sud, tandis que son fils aîné enchaîne tous les travaux, ne rechignant pas devant les tâches les plus difficiles, et que son fils cadet est engagé dans des études pour devenir acteur - ce qui répond en partie aux interrogations qui se font jour à la fin du film.

A travers un récit individuel, c'est aussi une certaine histoire de la Corée que nous raconte la vie de Mme B. - et qui fait plus que jamais ressortir la nécessité de réunifier un pays divisé depuis sept décennies. Quant à lui, Jero Yun a pour sa part exprimé sa reconnaissance envers les réfugiés nord-coréens qui l'ont soutenu, lorsqu'il les accompagnait lors de leur périple express (cinq jours !) de la Chine du Nord-Est jusqu'en Thaïlande, lui qui était blessé, découragé parfois, mais avait promis à Mme B. de transcrire dans un film l'histoire d'une vie peu banale. 

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC Cinéma Relations intercoréennes Société
commenter cet article
19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 14:08

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient la diffusion du film documentaire de Jero Yun Madame B., histoire d'une Nord-Coréenne - qui raconte la vie d'une réfugiée nord-coréenne et de sa famille, Madame B., loin des clichés sur les réfugiés nord-coréens en Corée du Sud, avant une sortie en salles le 22 février 2017 en France. Le long métrage produit par ZORBA a été présenté à Cannes en 2016 à la sélection de l'ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion). Plusieurs avant-premières en France ont eu lieu avec la participation de membres des comités régionaux de l'AAFC, le comité régional Bourgogne-Franche-Comté ayant par ailleurs relayé la diffusion en avant-première au Festival international du film de Belfort. Le 18 février 2017, deux avant-premières suivies d'un débat avec le réalisateur ont eu lieu, à l'initiative de Pierrot Beltante, animateur du foyer rural de Tousson "La tête des trains", le foyer rural de Tousson ayant une longue tradition de présentation de la culture coréenne et du cinéma de et sur la Corée, en partenariat avec l'AAFC : à Tousson (en présence de 25 participants, la capacité maximale d'accueil de la salle de projection) et au cinéma Le Mail à Pithiviers, devant 120 spectateurs. Des délégations du bureau national de l'AAFC étaient présentes lors des projections-débats à Tousson et Pithiviers. L'AAFC remercie Pierrot Beltante (qui avait découvert le film et rencontré Jero Yun lors de la sélection à Cannes), l'équipe du foyer rural de Tousson et le cinéma Le Mail à Pithiviers pour l'organisation de ces avant-premières, suivies d'excellents buffets, et relayées dans les médias locaux (journaux, site de la mairie de Pithiviers et web-télévision).

Projection en avant-première à Pithiviers

Projection en avant-première à Pithiviers

Comment parler du film Madame B., histoire d'une Nord-Coréenne ? On peut retenir une approche sociale et politique, mettant l'accent sur les raisons qui ont conduit des dizaines de milliers de Nord-Coréens à quitter définitivement leur pays - essentiellement pour des raisons économiques, comme Madame B., qui pensait initialement revenir en Corée du Nord après un an - avant souvent de déchanter lors de l'arrivée au sud de la péninsule - où nombre d'entre eux sont accusés d'espionnage et doivent purger de longues peines de prison.

On peut aussi s'intéresser à l'esthétique du film, sobre, dépouillée, qui évite tout jugement de valeur, et à ses conditions de réalisation particulièrement difficiles pour Jero Yun, qui avait fait à Madame B. la promesse de porter son histoire à l'écran - une promesse qu'il mettra trois ans à honorer. Ayant suivi le groupe de fugitifs nord-coréens dont faisait partie Madame B. dans leur périple de la Chine du Nord-Est jusqu'en Thaïlande (d'où ils rejoindront la Corée du Sud), Jero Yun a déclaré :  

Marcher avec les autres clandestins tout en filmant et en prenant le son seul m’était cependant devenu impossible tant j’avais moi-même du mal à survivre. Des réfugiés nord-coréens m’aidaient, c’était une relation très étrange, car j’étais pour ma part incapable de les aider physiquement. Parfois, les passeurs soutenaient quelques groupes épuisés en portant leurs sacs. Il y avait des moments d’entraide et de partage. Durant le périple, j’ai donc filmé tout ce que je pouvais filmer, mais dans certaines situations, c’était impossible. Un passeur laotien, notamment, avait un visage qui ne m’incitait pas à sortir la caméra… D’autres fois, ma blessure et la faim m’empêchaient de filmer. Quand je suis arrivé en Thaïlande, je ressemblais à un clochard. Sur place, je me suis fait contrôler quatre fois par les autorités, tant ma situation de clandestin était évidente.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm-246814/secrets-tournage/

On peut, enfin, retenir une approche centrée sur la leçon d'humanité que délivre le film, né de la relation exceptionnelle qui s'est créée entre Jero Yun et Madame B., mais aussi la famille de cette dernière - notamment ses deux fils, dont le plus jeune a commencé des études pour devenir acteur de cinéma. Comme l'a déclaré une spectatrice de l'avant-première à Tousson, le film est une histoire d'amour - ou plutôt une histoire d'amours. Celles de Madame B. pour son mari nord-coréen, pour son mari chinois et pour ses deux fils, son départ pour la Corée du Sud tenant à sa seule volonté de gagner mieux sa vie pour leur offrir la possibilité de poursuivre des études universitaires, très coûteuses en Corée du Sud. Alors que le film se termine sur les questions que se pose Madame B., elle a aujourd'hui créé un café à Séoul, où elle vit toujours, en ayant par ailleurs obtenu la nationalité et un passeport sud-coréens.

Femme exemplaire, déterminée à lutter pour obtenir ses droits, Madame B. témoigne du rôle nouveau joué par les femmes dans la société nord-coréenne (ce sont d'ailleurs elles qui tiennent les échoppes des marchés généraux de biens et de services), le portrait que dresse d'elle Jero Yun dépassant le cadre strict du contexte coréen pour gagner une portée universelle.

Pour aller plus loin, quelques critiques du film : 

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Cinéma Activités AAFC Société Relations intercoréennes
commenter cet article
4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 18:43

Un article en coréen publié le 13 octobre 2015 sur Wikitree a mis en exergue un élément significatif des problèmes de compréhension culturelle entre Français et Coréens : la façon dont les spectateurs occidentaux interprètent le geste, fréquent notamment dans les séries sud-coréennes, par lequel une personne (généralement, un homme) saisit le poignet d'une autre personne (le plus souvent, une femme), critiqué par les Occidentaux comme une forme de violence - et tout particulièrement de violence faite aux femmes.

Pour bien comprendre la nature du geste controversé, commençons d'abord par donner quelques illustrations tirées de séries télévisées (dramas) sud-coréennes.

Quand les spectateurs occidentaux des séries coréennes sont choqués de voir une femme saisie par le poignet
Quand les spectateurs occidentaux des séries coréennes sont choqués de voir une femme saisie par le poignet
Quand les spectateurs occidentaux des séries coréennes sont choqués de voir une femme saisie par le poignet
Quand les spectateurs occidentaux des séries coréennes sont choqués de voir une femme saisie par le poignet
Quand les spectateurs occidentaux des séries coréennes sont choqués de voir une femme saisie par le poignet

Tout d'abord, il convient d'observer que ce geste n'est pas spécifique aux relations entre hommes et femmes, mais qu'il marque toujours une forme d'emprise d'un homme sur une femme ou sur un autre homme, et n'autorise que bien peu de liberté de mouvement à la personne dont le poignet est ainsi agrippé. L'expression des visages et la posture générale des protagonistes ne laisse par ailleurs guère de doutes sur le fait qu'il s'agit de scènes marquées par une forte intensité dramatique - et donc tout particulièrement adaptées aux séries coréennes, volontiers mélodramatiques.

Dans les séries coréennes, plutôt policées, ces gestes ne laissent pas les spectateurs indifférents, qu'ils soient Coréens ou Occidentaux. Faut-il pour autant porter un jugement de valeur, comme tendent à le faire les Occidentaux (suivant un raisonnement qui, mené à son terme, pourrait conduire à censurer - pardon, occulter - de telles scènes dans les versions destinées à un public occidental - ce qui serait regrettable du point de vue de la compréhension de l'intrigue et du dialogue interculturel) ?

Les Coréens sont beaucoup plus tactiles que les Occidentaux, et d'autres gestes n'existent pas dans les cultures occidentales - comme le fait de taper la tête d'une autre personne, le poing fermé, en guise de punition bénigne. Sortir une gestuelle, certes non dénuée d'une certaine violence, de son contexte culturel est se condamner à une incompréhension et à des contresens.

Ce qu'on peut en revanche plaider est qu'on voit là les marques d'une certains forme de domination masculine, dans une société restée patriarcale dans ses fondements. Ce n'est pas le seul geste à avoir cette signification : par exemple, si beaucoup de Coréennes font porter leur sac à main par leur mari ou leur petit ami, procéder de même avec une femme occidentale risque en revanche de vous exposer, en retour, à une réaction peut-être non dénuée de violence...

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Société
commenter cet article
28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 17:30

A l'instar des Chinois et des Vietnamiens, les Coréens – du Nord, du Sud et de la diaspora – célèbrent ce 28 janvier 2017 le nouvel an dans le calendrier lunaire, qui marque l'entrée dans l'année du coq. Le jour du nouvel an est appelé Seolnal en Corée. Si le 1er janvier est aujourd'hui également fêté dans la péninsule coréenne, le nouvel an lunaire reste l'une des fêtes nationales les plus populaires.

Enfants portant le costume traditionnel à l'occasion du Nouvel An lunaire (Corée du Nord)

Enfants portant le costume traditionnel à l'occasion du Nouvel An lunaire (Corée du Nord)

Le nouvel an lunaire est déjà une fête de famille où l'on échange mutuellement des vœux, et qui est l'occasion de réunir la famille élargie, traditionnellement dans la maison du parent masculin le plus âgé, ce qui conduit – tout particulièrement au Sud de la péninsule – à d'importants mouvements de population vers les villages et les villes de moins grande taille. Ayant revêtu des habits neufs (seolbim), les membres de la famille rendent hommage aux ancêtres, selon un rite appelé charye. Lors du Seolnal, on rend également visite à ses voisins.

Le plat traditionnel est la soupe de gâteau de riz (tteokguk) : en manger signifie qu'on est plus âgé d'un an. Après le repas, les plus jeunes rendent hommage aux parents plus âgés en s'inclinant face à eux (sebae). Les enfants reçoivent des jouets ou de l'argent (sebaetdon).

Sebae (Corée du Sud)

Sebae (Corée du Sud)

Des jeux traditionnels sont pratiqués, tout particulièrement dans le Nord de la péninsule, comme le cerf-volant et le jeu du yut (ou yunnori), jeu de plateau d'origine chinoise rappelant le jeu des petits chevaux, comportant des pions et des dés qui prennent traditionnellement la forme de bâtons (yutgarak) ou encore (notamment au Nord) de haricots.

En Corée du Nord, où le nouvel an lunaire donne lieu à un regain de célébrations depuis 2003, les citoyens rendent également hommage aux pères fondateurs de la République populaire démocratique de Corée, aujourd'hui décédés : le Président Kim Il-sung et le Dirigeant Kim Jong-il.

Jeu du yut

Jeu du yut

Source principale : Suh Cheong-soo (sous la direction de), An Encyclopaedia of Korean Culture, Hansebon, Seoul, République de Corée, 2004, p. 363-364.

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Société
commenter cet article
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 20:27

Première université fondée en 1946 dans le Nord de la Corée après la libération du pays en 1945, l'Université Kim Il-sung témoigne de l'importance accordée aux questions d'éducation par les nouvelles autorités politiques. Le long métrage nord-coréen Graduation diploma, sorti en salles fin 2016, est consacré à la première promotion d'étudiants de l'université.  

Affiche du film

Affiche du film

Tout régime politique a besoin de références fondatrices mettant en place un système de valeurs, ou de "lieux de mémoire" - forgeant la mémoire nationale - pour reprendre le titre de l'ouvrage collectif dirigé par Pierre Nora. La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ne fait pas exception, ce dont rend compte le film historique Graduation diploma, consacré à la première promotion d'étudiants de l'Université Kim Il-sung, sorti en salles à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation du plus prestigieux établissement d'enseignement supérieur en Corée du Nord.

La création artistique coréenne, qu'elle soit littéraire ou cinématographique, exalte des héros positifs dont l'action doit avoir valeur d'exemplarité - conformément à une approche qui puise ses racines dans la culture confucéenne commune à toute la Corée. Elle se focalise ici sur les doubles figures de la jeunesse (magnifiée par le personnage même de Kim Il-sung, qui avait 34 ans lors de la fondation de l'Université) et de l'intellectuel - ce dont rend compte l'ajout du pinceau à la faucille et au marteau dans les symboles du Parti du travail de Corée. Suivant un style réaliste socialiste ancré dans la vie quotidienne, le film retravaille une thématique qu'on retrouve dans d'autres longs métrages nord-coréens récents, comme Le journal d'une écolière, sorti en salles en France en 2006-2007.

"Graduation diploma", un long métrage consacré à la première promotion de l'Université Kim Il-sung
"Graduation diploma", un long métrage consacré à la première promotion de l'Université Kim Il-sung
"Graduation diploma", un long métrage consacré à la première promotion de l'Université Kim Il-sung

Source :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Cinéma Histoire de la Corée Société
commenter cet article
14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 19:01

Après la guerre de Corée (1950-1953), les passages du Sud au Nord de la Corée (et du Nord au Sud de la péninsule) sont devenus quasi-impossibles, et n'ont donné lieu qu'à des mouvements de population très limités (dans les deux sens). La sévère pénurie alimentaire qu'a ensuite connue la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) entre 1992 et 1999 a alors conduit, à partir de cette date, des dizaines de milliers de Nord-Coréens à se rendre en Chine avant de rejoindre, pour une partie d'entre eux, la Corée du Sud - où résiderait aujourd'hui une communauté d'environ 30 000 réfugiés nord-coréens, soit environ un millième de la population nord-coréenne. Les réfugiés nord-coréens sont l'objet de nombreux débats : si le regard que les Occidentaux portent sur eux (et par extension, sur la Corée du Nord) est largement conditionné par les récits spectaculaires, en grande partie fantasmés et instrumentalisés par l'extrême-droite, de défecteurs célèbres (comme Shin Dong-hyuk et Park Yeon-mi), une partie des réfugiés nord-coréens regrette pour sa part sa vie au Nord de la péninsule (où certains ont choisi de retourner vivre). Dans ce contexte, il importe de dépassionner la question des réfugiés nord-coréens en Corée du Sud : c'est tout l'intérêt d'un film comme Madame B, Histoire d'une Nord-Coréenne, qui sortira prochainement en France, d'offrir une approche documentaire, loin des jugements de valeur, pour comprendre la vie peu commune de nombre de ces réfugiés. L'Association d'amitié franco-coréenne a apporté son soutien à la diffusion du film.

Madame B, histoire d'une Nord-Coréenne sortira en salles le 22 février 2017 : ce long-métrage franco-sud-coréen de Jero Yun a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival international de Moscou et au Festival de Zurich. Caméra au poing, Jero Yun a suivi dans son périple, de la Chine jusqu'en Corée du Sud, dans des conditions particulièrement difficiles, Madame B., Nord-Coréenne ayant quitté clandestinement son pays, mariée à un paysan chinois par ses passeurs, devenue passeuse elle-même.

Madame B. ne prétend pas être une héroïne. Dans le film elle ne porte pas de jugement sur son pays d'origine, ni sur la Corée du Sud où elle vit désormais, ce qui déconcertera assurément les amateurs d'histoires à faire peur sur la Corée du Nord. Ce qui la guide, c'est la volonté d'aider sa famille, son mari et ses enfants (nord-coréens), puis son second mari (chinois), ce qui en soi relève certainement d'une forme de grandeur morale qui mérite d'être saluée - la fin justifiant les moyens. Les motivations très personnelles, profondément apolitiques, de Madame B. reflètent celles d'une immense majorité des réfugiés nord-coréens en Corée du Sud, qui ont découvert, à leur arrivée à Séoul, une société travaillée au corps par l'anticommunisme, qui prend en Corée du Sud la forme d'une paranoïa à l'égard de la Corée du Nord. Madame B. est d'ailleurs victime de cette paranoïa, elle et les siens ayant subi les sévices des services secrets sud-coréens, qui les soupçonnent d'espionnage pour le Nord. Un soupçon qui ne repose sur aucune preuve concrète, témoignant du caractère encore autoritaire de la Corée du Sud - à mille lieux des images d'Epinal d'une démocratie sud-coréenne pure et parfaite.

Le film est servi par une grande finesse dans les procédés techniques, où les silences des personnages et les clairs-obscurs laissent à comprendre sans jamais asséner de vérité révélée. Les portraits psychologiques, magnifiques, sont ceux de Madame B., mais aussi de ses deux familles, coréenne et chinoise. La caméra donne à voir, de manière pudique, tout comme la voix off qui créent une atmosphère exprimant de manière subtile les doutes et les tensions qui animent des personnages portant, chacun en eux, une part touchante d'humanité. Madame B, histoire d'une Nord-Coréenne est un film documentaire puissant et beau, qui nous réconcilie avec un genre qui n'a été que trop souvent malmené quand il a abordé les questions nord-coréennes.

Lire la fiche du film et sa présentation sur le site de l'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) :

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes Société Cinéma
commenter cet article
27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 00:29

Il y a 20 ans, la République de Corée (Corée du Sud) devenait membre de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Pour le 20e anniversaire de l'accession de la Corée du Sud à l'OCDE, le magazine anglophone de l'OCDE (OECD Observer) a consacré un numéro spécial (n° 308, décembre 2016) à la Corée du Sud. Si ce type de publication, comme il est d'usage, fait largement la promotion des pays membres, plusieurs articles méritent de retenir l'attention par leur approche relativement objective (bien que sous un angle essentiellement libéral, considérant l'éducation comme devant d'abord former les futurs travailleurs de l'entreprise capitaliste) du développement économique de la Corée du Sud et des défis actuels qu'elle rencontre. Dans ce cadre, l'AAFC a traduit ci-après de l'anglais un article intitulé "Education : la classe coréenne confrontée à de nouvelles épreuves" (titre original en anglais : Education : Korea's class act faces new tests). Dans cet article, le mot "Corée" doit se lire comme désignant "la République de Corée" (du Sud).

Les Sud-Coréens au moment de la préparation de l'examen d'entrée à l'université (suneung).

Les Sud-Coréens au moment de la préparation de l'examen d'entrée à l'université (suneung).

La transformation de la Corée en une mine économique en seulement 20 ans s'explique pour une large part par ce qui est souvent considéré comme sa seule ressource naturelle : ses habitants. Des investissements massifs dans l'éducation et la formation ont dynamisé la productivité et la croissance, transformant le pays en un acteur international avec une économie basée sur les exportations et un secteur high-tech en développement rapide.

Entre 1970 et 2000, la Corée a généralisé l'éducation primaire et secondaire, et en 2010 elle avait la plus forte proportion de 25-34 ans disposant au moins d'un niveau d'éducation secondaire parmi les pays membres de l'OCDE. Les jeunes Coréens de 15 ans ont aussi un niveau élevé. L'étudiant moyen atteint le score de 542 en lecture, en mathématiques et en sciences dans le programme PISA de l'OCDE (Programme for International Student Assessment), au-dessus de la moyenne de l'OCDE (497) et aux plus hauts niveaux du classement.

Les excellents résultats académiques de la Corée sont un des fondements de la croissance économique, mais son système éducatif ne rend pas les citoyens aussi heureux qu'ils pourraient l'être. La pression pour réussir à l'école est incessante. Le seul examen d'entrée à l'université, le suneung, est si crucial que les avions sont cloués au sol le jour de l'examen de compréhension auditive pour ne pas perturber les élèves. Seulement 60 % des élèves coréens répondent oui à la question de savoir s'ils sont heureux à l'école, ce qui les place en bas du classement ; la moyenne de l'OCDE est de 80 %. Les élèves âgés de 11 à 15 ans sont les plus stressés parmi ceux des 30 pays développés membres de l'OCDE, et le suicide est la première cause de mortalité parmi les adolescents.

Les jeunes gens considèrent également que le passage de l'école au travail est difficile, d'abord en raison d'une disparité entre leurs acquis éducatifs et les compétences sur le lieu de travail. Bien qu'étant parmi les meilleurs en termes d'aptitudes, comme le mesure l'étude de l'OCDE sur les capacités des adultes (PIAAC), moins de la moitié des 15-29 ans étaient sur le marché du travail en 2013 - 42 % pour les hommes et 44,4 % pour les femmes, ce qui est faible par rapport aux moyennes de l'OCDE qui atteignent, respectivement, 64,1% et 53 %.

Le chômage des jeunes a augmenté depuis la fin de l'année 2012, et a atteint 10,9 % en 2015 - auquel s'ajoute un certain nombre de jeunes de 15 à 24 ans qui ne sont ni sur le marché du travail, ni dans le système éducatif ou en formation, en particulier parmi les titulaires d'un diplôme de troisième cycle. Dans le cadre de l'initiative pour une économie créative, le gouvernement doit maintenant offrir de nouvelles possibilités, comme l'éducation et la formation professionnelles qui introduiraient une compétence basée sur le travail, et initier une implication des employeurs ayant une expérience des secteurs industriels appropriés dans la définition des programmes et des formations.

La Corée a développé des standards nationaux de compétences (SNC) depuis 2013, avec des modules d'apprentissage fondés sur les SNC pour les écoles de formation professionnelle et les premiers cycles universitaires. Ont également été mis en place des programmes de "semestres libres" pour les lycéens afin de favoriser la motivation, le bien-être et le bonheur en développant le goût de la discussion, des expérimentations, des projets, des exercices physiques, des arts et d'autres activités ne comportant pas d'examens écrits.

Le réseau des universités Meister a aussi commencé à aligner le niveau des étudiants sur le monde réel. Créés en 2010, ces instituts soutenus par l'industrie ont un programme basé sur le développement de capacités qui préparent les étudiants à la vie professionnelle. Ils offrent une quasi-garantie d'emploi à leurs diplômés. Une autre initiative intéressante est le "Monde du Travail", qui a ouvert ses portes dans la ville de Seongnam en 2012. Il apporte un guide de carrière de manière interactive, avec comme but d'offrir à ses 3 000 visiteurs quotidiens un aperçu réaliste des possibles choix professionnels.

Développer des capacités plus adaptées aiderait à créer une force de travail mieux insérée, ce qui à son tour pourrait compenser le fardeau financier à venir d'une population vieillissante. Les travailleurs plus âgés ont des compétences moindres, significativement inférieures à la moyenne pour les plus de 45 ans - qui luttent pour trouver du travail s'ils doivent quitter leur emploi de manière anticipée. Les employeurs devraient être encouragés à changer leur approche envers cette tranche d'âge, souvent exclue des programmes de formation à cause de l'idée d'une employabilité à moins long terme.

Cependant, les élèves coréens ont déjà montré leur capacité à s'adapter à un environnement plus approprié. Dans la première enquête PISA de 2012 sur la résolution de problèmes faisant appel à la créativité, les étudiants coréens ont été parmi les meilleurs, en montrant qu'ils apprenaient vite, étaient très curieux et capables de résoudre des problèmes non structurés dans des contextes qui ne leur sont pas familiers.

L'avenir semble donc brillant, suggérant qu'il n'y a plus besoin du système d'éducation intensif qui a propulsé si fortement la Corée depuis 1996, mais qu'il faut plutôt une expérience qui aiguise les capacités à résoudre les problèmes et qui inclut des connaissances de terrain, et qui prenne aussi en compte l'intérêt de seulement laisser jouer les enfants.

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Société
commenter cet article

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Traduction automatique

French to Albanian  French to Arabic  French to Bulgarian  French to Chinese (Simplified)  French to Croatian  French to Czech  French to Danish

French to Dutch  French to English  French to Estonian  French to Finnish  French to German  French to Greek  French to Hebrew

French to Hindi  French to Hungarian  French to Indonesian  French to Italian  French to Japanese   French to Latvian  French to Lithuanian

French to Norwegian  French to Polish  French to Portuguese  French to Romanian  French to Russian  French to Serbian  French to Slovak

French to Slovene  French to Spanish  French to Swedish  French to Thai  French to Turkish  French to Ukrainian  French to Vietnamese

Attention !
Une traduction automatique
peut contenir des erreurs...

Recherche

D'où venez-vous?

aujourd'hui


depuis le début de ce mois

 
 

Teads - Top des blogs - International

Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)