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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 13:07

Le 30 janvier 2017, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) ont coorganisé une conférence à Grenoble, sur le thème "Mouvement social en Corée du Sud, agressions impérialistes contre la Corée du Nord". Nous publions ci-après un compte rendu de cette conférence et deux vidéos présentant les interventions des conférenciers, publiées sur le compte Youtube du PRCF.

Présentation par Jin Yong-ha, responsable du Comité des Travailleurs du Parti Démocratique et Populaire (Corée du Sud)

1-Contexte historique

La situation en Corée est très mal connue en France. Pour connaître la situation en Corée, il faut connaître son histoire. La Corée est un petit pays entouré de grandes puissances qui a dû sans cesse lutter pour conserver son indépendance. La politique isolationniste poursuivie jusqu'en 1910 a empêché l'industrialisation du pays et l'a rendu vulnérable à l'invasion japonaise.
L'occupation japonaise se poursuivit de 1910 à 1945 avec pour objectif l'anéantissement de la culture coréenne et de sa langue. Lorsque les Américains occupèrent ensuite le sud de la péninsule, ils donnèrent à la Corée du Sud une apparence d'indépendance tout en mettant à la tête de l'Etat sud-coréen les anciens dirigeants de la collaboration avec les Japonais.
Cela conduisit à une révolte très forte des Coréens du sud et à la formation du Comité national des travailleurs de Corée. Ce syndicat appela à la grève générale puis fut dissout par l'Etat sud-coréen pour être remplacé par des syndicats jaunes.
Une dictature militaire perdura des années 1960 jusqu'à la fin des années 1980.

Un événement important fut l'immolation par le feu du jeune travailleur Jon Tae-Il en 1970 qui marqua le mouvement de résistance à  la dictature. En juillet-septembre 1987, une série de grèves eut pour revendication la création d'un syndicat démocratique. Celle-ci fut effective avec la création de la Confédération Générale des Syndicats (KCTU) en 1995.
De ce syndicat naquit le Parti Progressiste unifié en 2000. Il y a en Corée moins de distance entre parti et syndicat démocratique qu'en France.

2-Actualité

Le mandat du président sud-coréen  est de 5 ans. La présidence actuelle Park Geun-hye est la prolongation de la présidence réactionnaire précédente avec Lee Myung-bak.
La présidence de Lee Myung-bak fut entachée entre autres par le lancement du projet d'aménagement des quatre fleuves à  la fois inutile et dangereux pour l'environnement. 2009 fut une année d'importantes répressions contre les travailleurs avec l'interdiction du syndicat des fonctionnaires alors que le droit de se syndiquer est reconnu par la Constitution sud-coréenne.
La présidence Park Geun-hye a commencé en décembre 2012 suite à des fraudes électorales massives.
En décembre 2014, le Parti progressiste unifié fut interdit suite à l'affirmation mensongère selon laquelle il aurait préparé un coup d'Etat avec le soutien de la Corée du Nord. Ceci montre le caractère fascisant de la présidence Park Geun-hye. Il y eut également le scandale du naufrage du Sewol avec 300 enfants morts en avril 2014, scandale qui ne fut jamais éclairci. Des mesures de répression furent prises contre les parents des victimes et les militants pour la vérité sur le naufrage, avec des arrestations et gardes à  vue arbitraires de plusieurs jours.
En 2013, le siège de la KCTU fut perquisitionné et son dirigeant arrêté et condamné à  7 ans de prison ferme. L'Organisation internationale du travail émit des protestations. Les demandes de création de syndicats de fonctionnaires furent rejetées et le syndicat des enseignants interdit.
Il faut savoir que la Corée du Sud a 10 millions de travailleurs précaires et trois millions de chômeurs pour 50 millions d'habitant et n'a pas de système complet de sécurité sociale. Participer aux luttes sociales et syndicales en Corée du Sud mène très souvent en prison.
La répression est particulièrement forte dans les grandes entreprises comme Samsung et Hyundai, dont le poids économique est écrasant. A Hyundai, il y a deux fois pus de travailleurs précaires que de travailleurs permanents.
A Samsung, les syndicats sont interdits. Il y a eu récemment une tournée européenne des syndicalistes (illégaux) de Samsung. Un problème grave est notamment l'exposition des travailleurs à  des substances toxiques qui ont causé au moins 80 leucémies mortelles.
A cela s'ajoutent d'autres problèmes comme ceux de la dette étudiante.
En conclusion, la résistance est forte au sein du peuple de Corée du Sud, et porteuse d'espoir pour l'avenir.

Présentation sur la Corée du Nord et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) par Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération

La Corée du Nord est l'objet de tous les fantasmes. Toute personne portant un autre regard que celui des médias dominants sur la Corée du Nord sera facilement qualifiée de "suppôt du régime". L'image négative la Corée du Nord en Occident est largement fabriquée par les services secrets sud-coréens et américains, alors que les Etats-Unis stationnent près de 30 000 soldats dans la péninsule coréenne. Ceci s'explique notamment par son système économique capitaliste, sa position géostratégique entourée de grandes puissances et ses capacités technologiques puisque la Corée du Nord est un des quelque 10 pays au monde capables de lancer un satellite dans l'espace.

Les Nord-Coréens ne prétendent pas être un modèle. La culture politique locale est très marquée par le confucianisme. Il s'agit d'une adaptation locale des démocraties populaires.

L'Association d'amitié franco-coréenne considère le dialogue avec la Corée du Nord nécessaire comme avec tout pays différent du nôtre. Dès sa fondation en 1969, l'AAFC ne comporta pas que des communistes mais aussi des socialistes, des gaullistes de gauche ou encore des chrétiens progressistes.

Le destin des deux Corée est lié malgré la division. Comme l'a montré la succession d'une phase de démocratisation de la Corée du Sud en 1998-2008 et de dialogue avec le Nord, suivie d'une phase autoritaire et de fermeture du dialogue avec la Corée du Nord, le combat social en Corée du Sud et le combat pour la paix et la réunification en Corée sont liés.

L'AAFC n'a pas pour but défendre en bloc un gouvernement qui ne prétend pas exporter son modèle, mais de donner des clés pour mieux comprendre la situation en Corée. La situation française est particulière puisqu'il s'agit du seul pays européen avec l'Estonie qui n'a pas établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée. L'AAFC ne s'intéresse pas seulement au Nord mais aussi au Sud de la péninsule, d'où sa contribution à la fondation du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud.

La question est souvent posée de savoir si la Corée du Nord est un pays socialiste. Le socialisme est un concept qui prend dans la réalité des formes diverses. On retrouve en Corée du Nord les caractéristiques essentielles du socialisme développé dans les démocraties populaires, avec notamment la propriété collective des grands moyens de productions, le système de santé et d'éducation gratuits, les logements à  prix modiques. Cependant, la Corée du Nord ne se reconnaît plus dans le marxisme-léninisme mais dans une idéologie qui lui est propre, les idées du Juche

La Corée du Nord a été fondée par des résistants à l'occupation japonaise, et la menace impérialiste permanente l'a amenée à maintenir une certaine opacité des mécanismes décisionnels au sommet de l'exécutif comme il est d'usage dans tous les réseaux de résistance. On notera cependant que le pouvoir à la base est exercé par les cellules du Parti du travail de Corée, qui fait remonter ses décisions, informations et opinions en haut de la pyramide.

Lors des années 1990, la Corée du Nord a perdu subitement la plupart de ses partenariats commerciaux. De plus la perte d'accès au pétrole soviétique à des conditions préférentielles cumulé avec de graves inondations ont considérablement mis à mal l'agriculture nord-coréenne jusqu'alors assez fortement mécanisée. Cette situation a conduit à un certain nombre de réformes marquées par la légalisation et la généralisation des marchés de surplus agricoles, la monétarisation de l'économie et une autonomisation de gestion des entreprises.

Le programme nucléaire nord-coréen prend son origine dans son manque de confiance dans ses alliés qui s'avèrera ensuite justifié dans les années 1990. Les dirigeants nord-coréens furent d'avis que seule la dissuasion nucléaire pouvait protéger leur pays d'une invasion des Etats-Unis, et furent confortés dans cette opinion par l'invasion de l'Irak, de l'Afghanistan, de la Libye... La Corée du Nord se voit ainsi, non sans raisons, comme un Etat guérilla en permanence menacé.

 

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 21:02

Du 2 au 18 décembre 2016, des ouvriers sud-coréens du groupe Samsung et des membres de leurs familles ont visité l'Europe (France, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, Suisse) pour dénoncer les conditions de travail au sein du conglomérat. Le 14 décembre 2016, ils ont donné une conférence à Grenoble, à l'initiative du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) et de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), avec le soutien du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF) et du Comité internationaliste pour la solidarité de classe (CISC) qui remercient chaleureusement les organisateurs de cette rencontre - la CGT Métallurgie Isère, l'Union Locale CGT Grenoble, les salariés Ecopla et Fakir - pour l'audience importante de cette conférence suite à l'invitation qu'ils ont donnée aux travailleurs de Samsung. Nous publierons ci-après le compte rendu de cette conférence, qui reprend en partie un article déjà publié sur le site du CILD.
 

Grand succès de la conférence du Syndicat Général de Samsung à Grenoble
Le 14 décembre 2016, les syndicalistes sud-coréens du Syndicat Général de Samsung en tournée en Europe sont passés par Grenoble pour y donner une conférence.

Grâce à l'appui de la CGT métallurgie Isère, ils ont pu s'exprimer juste avant la réunion "Alu Debout" organisée en coopération avec Fakir en soutien aux salariés d'Ecopla. Ceci a permis de faire connaître leur combat auprès de plusieurs centaines de personnes. Ce fut également l'occasion d'établir des contacts avec des syndicalistes du bassin grenoblois, qui abrite une importante industrie de la microélectronique.

Les syndicalistes ont d'abord commencé par entonner leur chant de combat pendant la manifestation puis chacun d'entre eux a exprimé son vécu et la situation générale des travailleurs de Samsung et des sous-traitants de Samsung.

Ils ont rappelé que Samsung représente un quart du PIB de la Corée du Sud. Cette situation particulièrement aiguë de concentration capitalistique donne aux propriétaires de Samsung une influence démesurée dans la politique de la Corée du Sud, ainsi surnommée "République de Samsung". Ils usent de leur influence pour une politique antisalariée particulièrement féroce: interdiction du Syndicat Général de Samsung, seul syndicat réellement combatif, salaires bas, conditions de travail malsaines, conditions dures envers les sous-traitants. Il est important que les conditions de travail à Samsung soient enfin connues à l'étranger pour mettre fin à ces faits inacceptables.

Kim Sung-hwan est intervenu en tant que Président du Syndicat général des travailleurs de Samsung, syndicat illégal. Alors qu’il travaillait auprès d’un sous-traitant de Samsung, Kim Sung-hwan a créé en 1996 un syndicat indépendant, ce qui a entraîné la rupture de son contrat de travail puis une condamnation à trois ans de prison, de 2005 à 2007, suite à une plainte pour diffamation déposée par la firme. Depuis octobre 2012, Kim et ses camarades manifestent tous les mercredi devant le siège de Samsung pour exiger le respect du droit constitutionnel de s’organiser en syndicat et, plus généralement, la défense des droits des travailleurs.

Jung Ae-jung a perdu son mari à l'âge de 31 ans suite à une exposition à des produits toxiques dans le cadre de son travail qui a entraîné une leucémie. Elle a également fait une fausse couche à cause de son travail.

Kim Ji-sook avait commencé à travailler pour le compte de Samsung avec sa sœur en installant un poste de fabrication à domicile. Il s'agissait pour elle de payer les soins à sa mère malade, sachant qu'il n'existe pas de couverture sociale généralisée en Corée du Sud. Malheureusement, l'exposition à des produits toxiques avec du nickel l'a rendue malade, atteinte de leucémie, ainsi que sa sœur. Si elle a pu survivre à sa leucémie, ce n'est pas le cas de sa sœur, qui en est morte, suivie peu après par sa mère tuée par le chagrin. Lorsqu'elle protesta devant l'entreprise, elle fut frappée et blessée par le personnel de sécurité.

Au total, 223 salariés ou anciens salariés du groupe sont atteints de leucémie, et 76 d’entre eux en sont morts. Pourtant, le groupe Samsung s’obstine à reconnaître le moins possible de leucémies comme des maladies professionnelles dont il est responsable. Le profit ne connaît pas la morale mais uniquement le rapport de force.

Choi Sung-chul était un ancien patron de PME sous-traitante de Samsung et avait trois usines, deux en Corée du Sud et une en Chine. Samsung donne des sommes importantes aux partis politiques et à leurs membres. Choi Sung-chul obéissait ainsi aux requêtes impérieuses du groupe Samsung en faisant des dons hors de tout lien contractuel. Cependant, les exigences devenant de plus en plus intolérables, il refusa un jour de donner. Cela conduisit Samsung à mettre fin à tous ses contrats et à mettre son entreprise en faillite : il a tout perdu. Cet exemple montre le haut niveau de concentration du capital en Corée du Sud, qui conduit à l'affaiblissement des PME au profit des monopoles, en particulier de Samsung.

Pour faire taire ses opposants, Samsung lance des procès, achète le silence des médias sud-coréens, met sur écoute et organise des filatures. C’est contre ce système politique et économique corrompu, dont Samsung est le symbole le plus flamboyant, que des millions de Coréens se sont soulevés ces dernières semaines, jusqu’à obtenir le vote par le Parlement d’une motion de destitution de la Présidente Park Geun-hye. Mais ce n’est qu’un début, pour l’avènement d’une réelle démocratie politique et sociale en République de Corée, et qui exige plus que jamais la solidarité internationale avec les militants politiques et syndicaux en lutte.

Nous pouvons nous aussi en France aider les Coréens dans leur lutte en faisant connaître le plus largement possible les pratiques intolérables du groupe Samsung.


Regarder toutes les photos du voyage en Europe sur le site Internet du Syndicat général du groupe Samsung (cliquer sur le jour correspondant)
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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne Social Activités AAFC
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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 19:18

Le lundi 26 septembre 2016, à l'appel du syndicat des métallurgistes KMWU, les travailleurs des entreprises automobiles de Hyundai ont stoppé toute leur activité sur les sites d'Ulsan, Jeonju et Asan après l'échec des négociations salariales. De nouvelles actions étaient d'ores et déjà prévues par le syndicat KMWU à l'issue de la journée du 26 septembre, avec des débrayages de six heures par jour. Il s'agit de la première "grève totale" chez le groupe sud-coréen depuis 12 ans, après plusieurs débrayages conduits depuis juillet 2016. Menées à leur terme, ces actions seraient à l'origine de la perte de 114.000 véhicules pour une valeur de près de 2 milliards d'euros - ayant d'ores et déjà contraint le groupe automobile à réviser à la baisse ses objectifs de production pour 2016.

Les salariés de Hyundai en "grève totale"

Les positions étaient bloquées à l'issue de la 26e séance de négociations salariales : alors que la direction de l'entreprise proposait une hausse moyenne mensuelle de 58.000 won (soit 46 euros), une augmentation des bonus et le transfert à chaque salarié de 10 actions, la KMWU exigeait une hausse au moins équivalente à celle de 2015, soit 85.000 won (ou 68 euros).

Si la direction de Hyundai, tout en se déclarant "déçue" par les actions entreprises, affirme ne pas vouloir rompre le dialogue, le gouvernement est à l'origine d'une répression antisyndicale accrue (avec la condamnation à de la prison ferme de Han Sang-gyun, dirigeant de la centrale KCTU à laquelle est affiliée la KMWU) dans un contexte de forte mobilisation sociale - notamment contre les projets de déréglementation libérale du marché du travail, à l'origine de la défaite des conservateurs au pouvoir lors des élections législatives d'avril 2016. Dans ce contexte, une mise en cause des syndicats a été formulée par Joo Hyung-hwan, ministre du Commerce, suivant une pratique très coréenne d'ingérence du gouvernement dans la vie sociale des entreprises :

 
 

Les exportations coréennes ont beaucoup souffert récemment du fait du ralentissement de l'économie globale. Les débrayages du syndicat de Hyundai Motor ne vont qu'aggraver ces difficultés.

Cinquième producteur mondial d'automobiles, la Corée du Sud a été dépassée par l'Inde pour les six premiers mois de l'année 2016 et est menacée par le Mexique, dont la production augmente aussi rapidement.

Forts d'une tradition de lutte sociale, les salariés de Hyundai ont un salaire moyen mensuel de 2.200 euros (contre 1.700 euros en moyenne en Corée du Sud, où la situation des travailleurs des PME-PMI est beaucoup plus difficile sur un marché du travail caractérisé par un fort dualisme).

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Social Economie
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 22:46

Le 19 décembre 2015, une nouvelle manifestation à Séoul a rassemblé des milliers de participants - à l'appel notamment du syndicat KCTU, dont l'arrestation du président Han Sang-gyun, à la veille de cette nouvelle journée d'action, pour le grief de "sédition" (inusité depuis  1986, à l'époque du régime militaire à Séoul) témoigne d'un nouveau tour de vis dans la répression antisyndicale en cours à Séoul. Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est solidaire des militants qui luttent pour la démocratie politique et syndicale en Corée du Sud.

Nouveau rassemblement pro-démocratie à Séoul, pour faire entendre la voix de la liberté et de la justice

Si les motifs des précédentes manifestations n'avaient pas suffi - refus de l'imprimatur gouvernemental sur les futurs livres scolaires d'histoire, condamnation de la répression antisyndicale - l'arrestation pour "sédition" du président de la Confédération coréenne des syndicats (acronyme anglais, KCTU) Han Sang-gyun aurait suffi à galvaniser les participants pour la troisième journée d'action depuis celle du 14 novembre 2015, qui avait réuni un nombre record de manifestants - ce qui avait entraîné un raid policier sans précédent dans les locaux de la KCTU. Visiblement, après le Parti progressiste unifié banni il y a un an, la très autoritaire Park Geun-hye semble décidée à interdire à présent la KCTU.

A l'annonce de l'arrestation de son principal dirigeant, la KCTU a d'ailleurs publié, le 18 décembre 2015, un communiqué où elle a dénoncé les manoeuvres en cours visant in fine à l'interdire :

 

La police essaie de présenter toute la KCTU comme une organisation violente et illégale, afin retirer comme des voleurs les fondements de notre existence légale.

Par dérision, les organisateurs ont appelé la manifestation du 19 décembre "fête de la sédition" - un délit passible de dix ans de prison. Ils ont également déclarer espérer le prompt rétablissement de Baek Nam-gi, leader paysan toujours entre la vie et la mort après les affrontements lors de la manifestation du 14 novembre : si des échauffourées ont bien eu lieu, le sort de Baek nam-gi suffit à rappeler qui disposait de la capacité de tuer, entre les forces de l'ordre et les manifestants.

Plus sensibles que leurs confrères européens à l'évolution de la situation politique en Corée du Sud, les journalistes américains s'alarment de la dérive autoritaire en cours au Sud de la Corée, en rappelant que Park Geun-hye est la fille du général Park Chung-hee dont le régime avait assassiné des milliers d'opposants.

Soulignant que les conservateurs au pouvoir à Séoul n'aiment pas les divergences d'opinion ("distate for dissent"), l'agence Associated Press souligne que la répression antisyndicale s'inscrit dans le cadre plus général d'un recul de la liberté d'opinion :

Des poursuites ont été engagées ces derniers mois, pour crime de diffamation, à l'encontre de journalistes et de militants qui ont publiquement critiqué Park [Geun-hye].

De fait, au milieu des tambours et des cornes de brume, les participants ont appelé une nouvelle fois, le 19 décembre, à la démission de la chef de l'Etat.

Alors que les élections législatives se tiendront en Corée du Sud au printemps prochain, la volonté de faire taire l'opposition la plus déterminée témoigne de la volonté des autorités sud-coréennes de tout faire pour conserver un pouvoir gagné, en 2012, sur fond de manipulation de l'opinion, sinon des votes.

Sources :

Lire également, sur le blog de l'AAFC :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne Social
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 18:17

Une semaine après les manifestations d'envergure exceptionnelle du 14 novembre 2015, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a décidé de frapper vite et fort, comme elle l'avait menacé avant même que ne commence la journée d'action : le siège de la Confédération coréenne des syndicats (Korean Confederation of Trade Unions, KCTU), principal organisateur des manifestations du 14 novembre, a été la cible d'un raid policier sans précédent depuis sa fondation en 1995, sous la présidence de Kim Young-sam - qui était devenu en 1993 le premier président civil de la République de Corée (Corée du Sud) depuis plus de trente ans, et vient par ailleurs de décéder. Le raid policier a duré six heures : 700 agents de police ont pénétré à l'intérieur du siège de la KCTU pour saisir documents et matériels informatiques, quand 1.840 de leurs collègues étaient positionnés autour du bâtiment. Leur but ? Trouver les preuves d'une implication de la KCTU dans les incidents violents qui ont émaillé - comme trop souvent, hélas, en Corée du Sud - les manifestations du 14 novembre. La répression policière a causé quelque 30 blessés dans les rangs des manifestants (dont l'un est toujours entre la vie et la mort) - sur le sort desquels les médias conservateurs et pro-gouvernementaux sud-coréens éviteront soigneusement de faire allusion dans leurs comptes rendus d'une des plus spectaculaires descentes de police contre une organisation forte de centaines de milliers de membres, et ayant toujours agi dans la légalité.

Raid policier sans précédent au siège du syndicat KCTU

La descente de police opérée ce week-end en Corée du Sud a un air de déjà vu : de même, le principal parti de gauche, le Parti progressiste unifié (PPU), avait fait l'objet d'un raid des forces de l'ordre avant d'être interdit et ses députés déchus de leur mandat, sur la base de preuves fabriquées et d'un amalgame effectué à dessein entre l'action d'une partie de ses membres et l'ensemble de l'organisation.

Car Mme Park Geun-hye a besoin de preuves si elle veut détruire la KCTU, comme elle a fait auparavant interdire le PPU par une décision de la Cour constitutionnelle qui a été une farce juridique : les forces de l'ordre n'ont trouvé qu'un talkie-walkie et un casque au siège de la KCTU ? C'est bien maigre pour prouver qu'il s'agit d'une organisation poursuivant des objectifs insurrectionnels... Qu'à cela ne tienne : il suffit de rajouter dans la liste des documents saisis des haches, des marteaux et des cordes. Les dirigeants de la KCTU auront beau affirmer que lorsqu'ils organisent des rassemblements à la campagne ils ont besoin de haches pour couper du bois, et que les marteaux servent à briser la glace, l'essentiel est ailleurs : en communiquant opportunément sur la liste des objets saisis (ce qui, par ailleurs, n'est absolument pas l'usage), le gouvernement sud-coréen cherche à distiller l'idée que la KCTU, fondée il y a 20 ans, serait subitement devenue une organisation violente, dont la répression s'impose.

Car s'il est exact que des échauffourées ont eu lieu avec les forces de l'ordre sud-coréennes, ces dernières ne sont pas spécialement réputées pour leur faiblesse - le syndicaliste paysan toujours dans le coma suffirait à nous le rappeler... Voix fidèles du gouvernement conservateur, les médias de droite ou à capitaux publics ne manquent pas de souligner à satiété que certains manifestants avaient, le 14 novembre, des barres de fer et que des véhicules de police ont été détruits. Des véhicles de police dont ils se gardent de rappeler qu'ils étaient utilisés, au nombre de 700, comme éléments de barrage, dans une stratégie d'aiguisement des tensions savamment organisée par le pouvoir sud-coréen... Et que les barres de fer deviennent des haches dans l'imaginaire répressif de la droite sud-coréenne est une incohérence qui n'effleure pas davantage les partisans de Mme Park.

Dans leur offensive policière et juridique contre la KCTU, les autorités sud-coréennes cherchent aussi toujours à faire arrêter le leader de la centrale syndicale, Han Sang-gyun, qu'elles avaient déjà tenté de faire enlever à l'occasion des manifestations du 14 novembre lors d'une piteuse opération menée par des policiers en civil. Son crime ? Avoir activement permis l'organisation, ce 1er mai, des plus importantes manifestations jamais vues en Corée du Sud pour une fête du travail - lors desquelles des affrontements ont eu lieu entre la police et les manifestants. Au nom du principe de culpabilité par association (si un membre de la KCTU a agi en dehors du cadre légal pacifique, toute la KCTU est responsable), déjà utilisé pour interdire un syndicat enseignant trop critique vis-à-vis du pouvoir (le syndicat a été dissous car certains de ses membres n'étaient plus enseignants), Han Sang-gyun a écopé d'un mandat d'arrêt. Depuis, il se cacherait dans un temple bouddhiste de l'ordre Jogye.

Et si les disques durs saisis au siège de la KCTU ne disent rien ? C'est qu'ils auront été purgés, forcément, ont déjà prévenu par avance les autorités sud-coréennes : le même artifice avait déjà été utilisé en juillet pour emprisonner le militant des droits de l'homme Park Rae-gun ("si nous n'avons trouvé aucunes preuves à son domicile, c'est qu'il les a détruites"), placé depuis en liberté conditionnelle après le versement d'une caution. Des preuves ? Vous êtes coupable. Pas de preuves ? Vous êtes aussi coupable. L'argument est imparable.

A l'approche des élections législatives du printemps 2016 le pouvoir sud-coréen a besoin de criminaliser ses opposants, hier le PPU, aujourd'hui la KCTU - avant de chercher à impliquer les démocrates dans les combats du PPU et de la KCTU, en pratiquant l'amalgame. Avant, demain, de frapper cette même opposition libérale ? Si un tel scénario se produisait, il serait la réplique de ce qu'a ourdi le père de l'actuelle chef de l'Etat, le général Park Chung-hee, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat militaire, en 1961, avec le soutien au moins tacite des Etats-Unis. Son régime était devenu de plus en plus autoritaire jusqu'à ce qu'il soit assassiné en 1979 par son chef des services de renseignement, dans des conditions qui n'ont jamais été élucidées. 

Face aux menaces grandissantes qui pèsent sur les libertés politiques et syndicales en Corée du Sud, la vigilance et la solidarité avec les démocrates s'imposent : demain comme hier, l'AAFC répondra toujours présente dans le combat pour la démocratie en Corée du Sud.

Source :

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 10:48

L'affluence à Séoul a été exceptionnelle pour un 1er mai : 150 000 personnes (ayant fait face à un déploiement de 62 000 policiers) se sont réunies dans la capitale sud-coréenne pour refuser les projets gouvernementaux de déréglementation du droit du travail. Une exaspération sociale sur fond de mécontentement politique, alors qu'un nouveau scandale de corruption a conduit à la démission du Premier ministre, et que le Gouvernement refuse de céder aux demandes des familles des victimes du naufrage du ferry "Sewol" - qui, il y a un an, a entraîné la mort de 304 personnes, dont 250 élèves d'un même lycée. Ce 1er mai 2015, les autorités sud-coréennes ont à nouveau frappé fort, en procédant à 12 arrestations.

1er mai : nombre record de manifestants à Séoul

Le rassemblement organisé à 15 heures place de Séoul par la Confédération coréenne des syndicats (acronyme anglais : KCTU), la plus revendicative des deux principales centrales syndicales, a réuni 50 000 personnes. Han Sang-gyun, président de la KCTU, a souligné son refus des modifications unilatérales du marché du travail, qui consiste à faciliter les licenciements et à encourager les recrutements en contrat à durée déterminée, et demandé le retrait des projets de diminution des retraites des fonctionnaires. Il a aussi demandé au Gouvernement d'assumer toutes ses responsabilités dans la tragédie du "Sewol", en retirant le décret d'application de la loi sur le "Sewol". La KCTU a également mis en avant sa demande de revalorisation du salaire minimum horaire, pour qu'il soit porté de 5 580 won (soir 4,61 euros) à 10,000 won (soit 8,27 euros).

La police a fait un barrage avec des bus et des camions et utilisé de l'eau et du gaz lacrymogène contre les manifestants qui protestaient à propos du "Sewol", et voulaient se rapprocher de la Maison bleue, siège de la présidence.

La police a fait un barrage avec des bus et des camions et utilisé de l'eau et du gaz lacrymogène contre les manifestants qui protestaient à propos du "Sewol", et voulaient se rapprocher de la Maison bleue, siège de la présidence.

La Fédération coréenne des syndicats (acronyme anglais : KFTU), l'autre principale centrale syndicale, a réuni 100 000 de ses membres au parc Yeouido, à Séoul, à partir de 14 heures. Kim Dong-man, président de la KFTU, a également dénoncé le projet gouvernemental de déréglementation du marché du travail, en estimant qu'il allait accroître sa segmentation en un secteur plus protégé et un secteur précaire. Il a envisagé le lancement d'une grève générale contre le projet de réforme, rejoignant ainsi les revendications de la KCTU avec laquelle des initiatives communes deviennent ainsi envisageables.

Quand des membres de la KCTU ont tenté de s'approcher des quartiers d'Insa et Anguk, qui ne faisaient pas partie du trajet déclaré de la manifestation, la police a immédiatement bloqué les accès et lancé du gaz lacrymogène. Certains syndicalistes ont tenté de forcer le barrage, entraînant l'arrestation de 12 personnes (selon un bilan effectué à 20 heures) à l'issue d'échaffourées avec les forces de l'ordre qui avaient mobilisé 190 compagnies et 15 000 hommes.

Une centaine de membres des familles des victimes du "Sewol" ont également rejoint les manifestants, tenant un rassemblement pendant toute la nuit pour exiger du Gouvernement qu'il cesse les entraves à la révélation de la vérité.

1er mai : nombre record de manifestants à Séoul

Principale source :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Social Naufrage du "Sewol"
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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 23:55

En République de Corée (Corée du Sud), le syndicat des travailleurs à temps partiel a décidé d'occuper, le 7 février 2015, deux McDonald's à Séoul : dans le quartier de Sinchon et à l'Université Yonsei. Dans un entretien au quotidien Hankyoreh, Lee Hye-jeong, secrétaire générale du syndicat, a déclaré souhaité dénoncer les pratiques du groupe américain qui méconnaissent les droits des travailleurs depuis son implantation en Corée en 1988. Retour sur un mouvement social qui vient de loin.

Manifestation en novembre 2014 à l'extérieur du restaurant McDonald's de Yeokgok, à Bucheon, après le non-renouvellement du contrat de Lee Ga-hyun, qui était syndiquée

Manifestation en novembre 2014 à l'extérieur du restaurant McDonald's de Yeokgok, à Bucheon, après le non-renouvellement du contrat de Lee Ga-hyun, qui était syndiquée

Les syndiqués sud-coréens ne mâchent pas leurs mots : pour eux, la multinationale américaine est devenue un symbole du travail précaire qui, en Corée du Sud, prend la forme du travail à temps partiel subi. Et un événement est devenu un symbole : en novembre 2014, Lee Ga-hyun, une employée de 21 ans, a vu son contrat non renouvelé, au prétexte qu'elle ne respectait pas ses horaires de travail... alors qu'elle était forcée d'arriver plus tard et de partir plus tôt. Par ailleurs, son employeur lui a reproché, en étant syndiquée, de mettre "mal à l'aise" ses collègues de travail... une discrimination à l'encontre des syndiqués hélas monnaie courante en Corée du Sud, où la pratique de refus de création de syndicats est pratiquée dans de nombreuses sociétés, y compris parmi les plus importantes.

Le groupe a répondu en mettant en avant la promotion sociale de nombre de ses employés. Mais aussi en dissimulant les vraies raisons du non-renouvellement du contrat de Mme Lee, qui selon lui serait partie de son plein gré... Car les faits sont têtus : selon une enquête conduite par le syndicat des travailleurs à temps partiel, respectivement 65 % et 22 % d'entre eux ont déclaré que leurs horaires de travail n'étaient pas respectés et qu'ils subissaient des retards dans le versement de leurs salaires, souvent très proches du minimum légal.

Sollicité par le Hankyoreh, McDonald's n'a pas souhaité repondre : il est des silences éloquents.

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 08:47

Le dimanche 13 juillet 2014, la coupe du monde de football au Brésil s'est terminée sur la victoire de l'équipe allemande face à l'Argentine. Bien organisée, sans réels débordements, cette coupe du monde peut être considérée comme une réussite du point de vue de l'organisation et du spectacle offert. Pourtant, avant l'ouverture d'un des événements sportifs les plus rentables et les plus regardés au monde, de nombreuses voix se sont élevées au Brésil contre son organisation dans un Etat souvent considéré comme le pays du football. Les opposants ont trouvé des relais à l'étranger, notamment en Corée du Sud.

Soutien en Corée du Sud aux manifestants brésiliens contre la coupe du monde

De nombreux Brésiliens sont descendus dans la rue dès le mois de mai. D'abord des manifestations pacifiques, les rassemblements ont ensuite donné lieu à des affrontements avec la police et l'armée qui ont conduit une répression sévère. Parties de Porto Alegre suite à l'annonce de la hausse des tarifs d'autobus, les manifestations se sont étendues à l'ensemble du Brésil et ont débouché sur un mouvement aux revendications plus larges, critiquant la politique du Gouvernement et en particulier les dépenses liées à l'organisation de la coupe du monde de football de 2014, jugées dispendieuses : les opposants ont considéré que ces sommes auraient été plus utilement consacrées à l'action sociale, à la santé et à l'éducation. 

Ces actions ont rencontré un soutien international, notamment du mouvement sud-coréen  세월 호 몰살 에 분노 하는 노동자 행동 (Travailleurs en colère contre le meurtre du Sewol, créé suite au naufrage de ce ferry).

Le groupe, créé par des membres du syndicat coréen KCTU, a vivement critiqué la répression des autorités brésiliennes contre les manifestants. Dans une conférence de presse qui s'est tenue le 16 juin 2014, il a dénoncé le recours par les forces de l'ordre à des pistolets avec des balles en caoutchouc, 200.000 soldats ayant été déployés, ainsi qu'une hausse des prix des biens de consommation courante de plus de 6 % en un mois -  quand dans le même temps les bénéfices de la FIFA tirés de la vente des billets d'entrée aux matchs de la coupe du monde auraient atteint 4,5 milliards de dollars. Le collectif a aussi dénoncé les menaces de sanctions administratives du gouvernement sud-coréen contre les diffuseurs des chaînes de télévision et de radio si les matchs n'étaient pas retransmis - alors que le secteur sud-coréen des médias a connu de nombreux mouvements sociaux.  Les militants sud-coréens se sont ainsi déclarés solidaires de la lutte et de la résistance des travailleurs et des citoyens sud-coréens contre la coupe du monde, événement mercantile.


Les militants sud-coréens ont également entendu dénoncer les relations entre le pouvoir et les médias, dont rend compte la note du gouvernement sud-coréen aux chaînes de télévision et de radio. Déjà, en 2002, lors de la co-organisation de la coupe du monde par le Japon et la Corée du Sud, des scandales de manipulation des médias et de corruption avaient éclaté.

 

Le début des matchs a entraîné une nette baisse d'intensité des manifestations, à laquelle ont contribué tant le renforcement du dispositif militaire et policier qu'une forme d'union sacrée des Brésiliens autour de leur équipe nationale. Mais la contestation sociale devrait reprendre après le mondial raté de la sélection brésilienne suite à sa débâcle en demi-finale (défaite 1-7 contre l'Allemagne).

Sources :

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 12:25

Depuis 2008, les habitants de Miryang, dans la province de Gyeongsang du Sud en République de Corée (du Sud), refusent l'implantation de tours à haute tension de 765 kV le long des lignes électriques desservant Ulsan au District de Changnyeong dans la province de Gyeongsang du Sud. La motivation de ces habitants - majoritairement des personnes âgées, et parmi elles de nombreux agriculteurs - est double : les risques que font peser ces tours sur leur santé, et les pertes de terres agricoles mal indemnisées. Le sujet a pris une ampleur nationale en Corée du Sud depuis le suicide d'un habitant, M. Lee Chi-woo, qui s'est incendié le 16 janvier 2012. Une autre habitante, Mme Yoo Han-sook, s'est à son tour suicidée le 6 décembre 2013, en buvant des pesticides - et une autre tentative de suicide a eu lieu le 13 décembre 2013. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est solidaire du combat des habitants de Miryang, rejoints par des militants politiques : il n'est que trop temps que leurs revendications soient entendues et qu'un dialogue puisse enfin s'instaurer.

La lutte des habitants de Miryang est symptomatique des maux politiques et sociaux dont souffre la Corée du Sud : une entreprise (en l'occurrence, Korea Electric Power Corporation, ou KEPCO) qui refuse le dialogue ; un gouvernement qui recourt à la méthode forte en assimilant la légitime contestation démocratique à des formes de désobéissance, voire de subversion ; enfin, des habitants qui, désespérés, choisissent de faire le sacrifice de leur vie pour réveiller les consciences de leurs concitoyens.

Car depuis la décision gouvernementale de l'implantation des tours à haute tension en 2007, les protestations continues des habitants - depuis juillet 2008 - n'ont, semble-t-il, que conduit à un durcissement des positions gouvernementales. la suspension de la construction en 2012 est apparue a posteriori comme une manoeuvre dilatoire, après qu'un premier suicide avait soulevé l'indignation dans l'ensemble du pays.

Plus grave encore, alors que la Corée du Sud souffre d'un très fort exode rural, les études conduites en 2009, et concluant que les seuls risques sur la santé pèseraient sur les villageois de Miryang et des environs, est révélatrice d'un mépris pour les populations rurales. Le développement industriel forcé - qui, en Corée du Sud, a pris la forme du choix de l'électricité nucléaire, comme dans le cas d'espèce - a accentué les déséquilibres régionaux et réduit les zones rurales à une lente mort économique, corrélative à un dépeuplement sans perspective de retournement de tendance.

La répression s'est accentuée ces derniers jours. Le 9 juin 2014, les autorités locales de Miryang ont annoncé l'exécution de la décision d'expulser de force les protestataires. Ce sont au total 2 000 policiers qui ont été déployés le 11 juin, et ont délogé les contestataires dans un accès de violence inacceptable, en détruisant les tentes mises en place.

Il est temps de connaître et faire connaître, en France, le juste combat des habitants de Miryang, dans un mouvement de solidarité internationale.

Le combat des habitants de Miryang : une lutte exemplaire
Le combat des habitants de Miryang : une lutte exemplaire
Les contestataires de Miryang ont été délogés de force par la police le 11 juin 2014

Les contestataires de Miryang ont été délogés de force par la police le 11 juin 2014

Source :

Source des images et sur l'intervention des forces de police le 11 juin 2014 :

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 00:37

Another-Promise_poster_Kim-Tae-Yun_Korea.jpgDans son édition du 20 février 2014, le site américain The Verge a publié un article racontant comment un journal sud-coréen en ligne, NewDaily Biz, avait retiré de son site un article relatif au film Another Promise de Kim Tae-yun - une fiction adaptée d'un cas réel : la mort, suite à une leucémie, d'une jeune ouvrière de Samsung, Hwang Yu-mi, après son exposition à des substances toxiques dans une usine de semi-conducteurs - et dont avait rendu compte l'Association d'amitié franco-coréenne. Les excuses du président du journal sud-coréen éclairent d'un jour très cru les relations de dépendance des médias sud-coréens vis-à-vis des grands groupes privés, illustrant une autre lacune de la démocratie en Corée du Sud.  Nous publions ci-après une traduction d'un article paru dans The Verge, en appelant chacune et chacun à continuer la mobilisation pour que Samsung reconnaisse la réalité des morts au travail dans ses usines, et que le film Another Promise reçoive toute l'audience qu'il mérite.
   
Le président d’un journal sud-coréen en ligne aurait ordonné à ses rédacteurs en chef de retirer un article sur un film hostile à Samsung, Another Promise, puis envoyé des messages d’excuse aux dirigeants de Samsung qui se seraient plaints de la couverture médiatique par le journal. Mais les messages du président de NewDaily Biz, Park Jung-kyu, ont été envoyés par erreur aux journalistes d’une publication sud-coréenne qui lui est associée, Pressian, qui les a alors publiés mais sans les noms des personnes concernées. Ces messages suggèrent que NewDaily Biz aurait fait disparaître l’article sur Another Promise sous la pression de Samsung. Samsung nie avoir exercé la moindre pression.
   
L’article, publié le 5 février, rapporte que des célébrités ont fait des dons personnels pour financer la diffusion du film. Another Promise est une fiction qui dépeint Hwang Sang-ki, dont la fille de 23 ans est décédée d’une leucémie aiguë en 2007. Hwang Yu-mi est tombée malade après avoir été exposée à des produits chimiques dangereux dans une usine de Samsung à Suwon. Elle fait partie des nombreux travailleurs tombés malades après avoir travaillé dans des usines de semi-conducteurs. Un tribunal de Séoul a donné raison au père de Hwang en 2011, en déclarant qu’il y avait une forte probabilité que la leucémie provienne de son exposition à des substances dangereuses.  


Des détails changés dans le film pour éviter une action en justice


Dans Another Promise, l’entreprise où travaille Hwang Yu-mi s’appelle « Jinsung ». Les réalisateurs ont déclaré au Guardian qu’ils avaient modifié certains détails du film pour éviter une action légale de Samsung. Le film, qui est sorti en salles en Corée du Sud le 6 février, a retenu l’attention en étant le premier film coréen entièrement financée par des dons privés et des appels à la générosité publique.


Ces donations ont été partiellement motivées par des inquiétudes croissantes sur les conditions de travail des employés des usines de semi-conducteurs. Un groupe d’activistes, les partisans de la santé et des droits des personnes de l’industrie des semi-conducteurs, a déclaré au Guardian que 200 employés produisant des puces électroniques étaient tombés malades après une exposition prolongée aux produits chimiques. Mais ils sont peu nombreux à avoir réussi à obtenir des dédommagements.

Par ailleurs, l’entreprise a connu une série de fuites de gaz toxiques ou d’acides dans ses usines coréennes. Les fuites ont entraîné la mort d’un travailleur et blessé quatre autres personnes.

 

Dans les messages adressés à Samsung, Park a déclaré qu’il avait eu des problèmes de sommeil et dans son travail depuis qu’il avait pris ses fonctions de président de NewDaily Biz, plus tôt dans le mois. Compte tenu des pratiques journalistiques en Corée, Pressian a censuré les noms dans son compte rendu originel, y compris en ce qui concerne NewDaily Biz. Tous les détails ont été ensuite publiés dans un article du journal coréen Mediatoday. Park a écrit en coréen qu’ « il avait fait de son mieux pour créer des relations de confiance entre Samsung et Newdaily (…). J’ai parlé à Park Jong-moon, qui m’a fait part de la déception de Samsung quant à l’article que nous avions publié le mois précédent sur Another Promise. Après un examen détaillé, j’ai directement donné l’ordre de retirer l’article. L’éditorialiste n’avait aucune mauvaise intention, et les responsables seniors n’avaient rien remarqué ».  

 

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Park a déclaré que l’article était un « doublon »  

 

Interrogé sur ses messages par les journalistes de Pressian, Park a déclaré que l’article avait été retiré le 18 février parce qu’il constituait un « doublon » reprenant les informations d’un précédent article. Il a ainsi nié que Samsung ait pu exercer des pressions sur lui.  

 

L’influence de Samsung pèse fortement en Corée, et les médias du pays se sont longtemps abstenus d’écrire des articles qui pourraient avoir des effets négatifs sur le conglomérat. Quand un livre critique sur le président de Samsung, Lee Kun-hee, a été publié en 2010, la plupart des grands médias ont refusé d’en rendre compte. Les messages de Park montrent combien la presse coréenne s’efforce de préserver des bonnes relations avec les grands groupes – et donne une idée de l’agressivité avec laquelle Samsung gère son image dans les médias coréens.  

 

Mise à jour : après la publication de cet article, Samsung a publié le droit de réponse ci-après :  

 

Nous nions catégoriquement les allégations selon lesquelles Samsung aurait essayé d’user de son influence sur la couverture par les médias, y compris en ce qui concerne ce film, qui avait déjà largement été couvert par les médias nationaux et internationaux, avant même sa sortie en salles début février. Les allégations concernant l’article en question sont clairement sans fondements.  

 

Hyunhu Jang a contribué à cet article.

Source : The Verge (dont photos des messages en coréen). Traduction AAFC 

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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)