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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 18:11

Le 6 octobre 2017, le prix Nobel de la paix a été attribué à la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (acronyme anglais : ICAN), coalition de plus de 500 ONG à l'origine  de l'adoption par 122 Etats membres des Nations unies, le 7 juillet 2017, du projet de traité sur l'interdiction des armes nucléaires - qui entrera en application 90 jours après que cinquante Etats l'auront ratifié. Cette décision, qui intervient dans un contexte de fortes tensions autour de la péninsule coréenne où l'usage et le déploiement d'armes nucléaires sont dangereusement évoqués, conforte l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) dans son action plaidant pour revenir à la table des négociations et engager une désescalade qui doit conduire, à terme, à l'avènement d'un monde sans armes nucléaires. 

Corée : avec l'ICAN, l'AAFC plaide pour un retour immédiat à la table des négociations

Deux jours après l'ouverture à la ratification du projet de traité pour l'interdiction des armes nucléaires, l'Association d'amitié franco-coréenne, dans un article exprimant sa position publié le 22 septembre 2017, soulignait l'urgence, pour sortir de l'impasse dans la péninsule coréenne, de s'engager résolument sur la voie d'un désarmement nucléaire multilatéral - impliquant l'ensemble des pays disposant d'armes nucléaires : 

La seule issue à la crise en cours sur le nucléaire nord-coréen consiste donc à ce que les Etats-Unis cessent de menacer la RPD de Corée avec des armes nucléaires (en apportant par ailleurs des garanties de sécurité à la Corée du Nord) et s'engagent eux aussi sincèrement, comme la France et le Royaume-Uni, vers une interdiction complète des armes nucléaires dont ils restent les principaux détenteurs (si l'on juge par les critères du nombre d'essais et de têtes nucléaires). Ce processus sera long, exigeant des concessions de toutes les parties (et pas seulement de la Corée du Nord), mais en tout état de cause ils ne peuvent pas demander aux autres ce qu'ils refusent d'accomplir eux-mêmes. Dans ce seul contexte, il serait raisonnable pour Pyongyang d'abandonner également ses armes nucléaires, qui sont aujourd'hui son assurance-vie face aux menaces extérieures.

Ce désarmement multilatéral doit, selon l'AAFC, être engagé simultanément par les Etats dotés de l'arme nucléaire et proportionnellement aux arsenaux nucléaires dont ils disposent, afin qu'il ne serve pas de prétexte à certains Etats pour conserver le monopole de l'arme de destruction massive, sans équivalent au monde, que constitue l'arme nucléaire. A cet égard, il convient de rappeler que, selon les données de l'ICAN, près de 94 % des ogives nucléaires sont détenues par deux pays, la Russie (8 500 ogives) et les Etats-Unis (7 700 ogives), devant (dans cet ordre) la France (300 ogives), le Royaume-Uni (250 ogives), la Chine (225 ogives), le Pakistan (environ 110 ogives), l'Inde (environ 100 ogives), Israël (80 ogives) et la Corée du Nord (moins de 10 ogives).

Si aucun des neuf Etats aujourd'hui dotés de l'arme nucléaire n'a participé aux discussions sur le traité pour l'interdiction des armes nucléaires, leurs motivations ne sont pas identiques, comme l'avait rappelé le vote, le 27 octobre 2016, au sein du premier comité de l'Assemblée générale des Nations unies sur la résolution L. 41
 qui prévoyait l'ouverture de négociations cette année sur un "instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète". La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) avait voté pour la résolution L. 41, réaffirmant ainsi sa position traditionnelle selon laquelle elle n'avait développé des armes nucléaires qu'à des fins de dissuasion, mais restait fondamentalement attachée à un monde sans armes nucléaires. La Chine, l'Inde et le Pakistan s'étaient abstenus. Les cinq autres Etats dotés de l'arme nucléaire (Etats-Unis, France, Israël, Royaume-Uni, Russie) avaient voté contre la résolution L. 41. Nous avions alors souligné que la France avait été particulièrement active pour s'opposer à cette démarche visant à l'interdiction des armes nucléaires : 

La France a été particulièrement en pointe dans l'opposition à ce texte, en faisant pression sur les eurodéputés français pour qu'ils s'opposent à une résolution au Parlement européen confortant la démarche de l'Assemblée générale des Nations unies. L'argumentaire français est qu'il fallait s'opposer à un texte "inefficace et déstabilisateur", et donc en rester aux instruments existants... qui ont fait la démonstration de leur inefficacité.

Sur la question coréenne, l'ICAN est à l'origine d'une pétition dont l'AAFC partage le principe et les objectifs, à savoir le retour immédiat aux pourparlers à six et la fin de l'escalade militaire par l'ensemble des parties - y compris la fin des exercices de guerre américano-sud-coréens : 

La crise actuelle dans la péninsule Coréenne nécessite une action immédiate en vue de désamorcer les tensions. Les manoeuvres militaires qui ont lieu en Corée du Sud doivent être arrêtées et aucun test de missiles ou d’arme nucléaire ne doit avoir lieu dans les pays impliqués dans ce conflit. Nous appelons donc les six pays qui ont été parties à des négociations dans le passé à retourner immédiatement à la table des négociations pour discuter les termes d’un traité de paix.

http://www.icanw.org/petitionfrench/

Cependant, par réalisme quant aux équilibres diplomatiques et aux réalités stratégiques, l'AAFC adapte cet appel de l'ICAN dans son positionnement. Nous préconisons d'abord, dans un premier temps, un double moratoire (de ses essais nucléaires et balistiques par la Corée du Nord, de leurs manoeuvres militaires et de la course aux armements par les Etats-Unis), concurremment à la levée en tout ou partie des sanctions internationales qui menacent la vie même des populations nord-coréennes, pour enclencher un processus de dialogue en recréant les conditions d'une confiance mutuelle entre l'ensemble des Etats parties aux pourparlers à six. Cette dynamique, reposant sur le principe "action contre action", doit ainsi conduire, à terme, au désarmement nucléaire effectif de toute la péninsule coréenne. 

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 21:46

"Chuseok", ou la fête des récoltes, est l'une des principales fêtes traditionnelles coréennes, célébrée chaque année, dans l'ensemble de la péninsule, le quinzième jour du huitième mois lunaire. A cette occasion, les Coréens retournent sur le lieu de leur origine pour rendre hommage à leurs ancêtres. Le 4 octobre 2017, la fête de Chuseok a coïncidé avec le dixième anniversaire de la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007. A cette occasion, l'Association d'amitié franco-coréenne a organisé un dîner dans un restaurant coréen à Paris. 

Réunion de l'AAFC à l'occasion du 10e anniversaire de la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007

Il est des anniversaires tristes : 10 ans après le second sommet historique entre le Nord et le Sud de la Corée en octobre 2007, qui aurait dit que l'ensemble des acquis du dialogue et des échanges intercoréens auraient été réduits à néant - ou presque ? 

Mais l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est persévérante : se remémorant la longue période de gel des relations intercoréennes après la percée qu'avait constitué le communiqué conjoint Nord-Sud le 4 juillet 1972, ses adhérents réunis le 4 octobre 2017 ont exprimé leur conviction que les principes ayant fondé la déclaration du 4 octobre 2007 continueront d'inspirer des générations de Coréens et de militants progressistes pour créer les conditions et l'espoir d'une réunification future. Ils avaient d'ailleurs choisi un restaurant tenu par les Coréens de Chine vivant en France pour symboliser que la réunification de la Corée doit être l'oeuvre de tous les Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora.

A cet égard, l'AAFC a montré, lors des débats ouverts lors de ce dîner, qu'elle entend poursuivre ses actions pour favoriser et encourager la coopération franco-coréenne (Nord et Sud) dans les domaines culturel, scientifique et universitaire, pour lesquels la poursuite d'idéaux communs de paix et de solidarité implique de dépasser les différences de systèmes politiques et sociaux.

L'AAFC souhaite d'excellentes fêtes de Chuseok à tous les Coréens.

Réunion de l'AAFC à l'occasion du 10e anniversaire de la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007
Réunion de l'AAFC à l'occasion du 10e anniversaire de la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007
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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 19:39

 Réuni le 2 octobre 2017 à Paris pour évoquer la situation de la Corée, le Comité national de l'Association d'amitié franco-coréenne a adopté la déclaration suivante :

Le 19 septembre 2017, s'exprimant devant la 72ème Assemblée générale des Nations unies, le Président des États-Unis d'Amérique a menacé de « destruction totale » un pays de 25 millions d'habitants, la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord). Quelques jours auparavant, le 11 septembre, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait une nouvelle série de sanctions (la neuvième depuis 2006) contre la Corée du Nord coupable de vouloir se doter des mêmes outils destructeurs que ceux qui la menacent.

Les troupes des Nations unies sous commandement des États-Unis ont déjà procédé à ce qui était considéré comme la destruction presque totale de la Corée du Nord : entre 1950 et 1953, pendant ce qu'il est convenu d'appeler la Guerre de Corée. Ce conflit s'est achevé par l'accord d'armistice du 27 juillet 1953 et aucun traité de paix n'a été signé. Depuis 64 ans, la péninsule coréenne reste en état de belligérance, les États-Unis stationnant toujours des forces militaires massives en République de Corée (Corée du Sud), au Japon et dans la zone Asie-Pacifique.

Le Conseil de sécurité a été conduit par certains de ses membres à adopter des résolutions qui donnent l’impression que les tensions dans la péninsule coréenne ne sont imputables qu’à une seule partie. Les résolutions du Conseil imposent au peuple de Corée du Nord des sanctions qui aggravent encore les tensions, et encouragent d’autres pays à adopter unilatéralement leurs propres sanctions. En outre, les sanctions prises par le Conseil de sécurité enfreignent l'esprit, sinon la lettre, de la Charte des Nations unies.

Aux termes de l’article 39 de la Charte des Nations unies et dans le cadre de ses attributions exclusives en matière de sécurité collective, « le Conseil de sécurité constate l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales ».

Or, au regard des qualifications employées par le Conseil de sécurité par le passé, il est patent que la notion de « menace contre la paix » dans la péninsule coréenne est susceptible de concerner un grand nombre de situations et de démarches entreprises, pas seulement du fait de la Corée du Nord. À ce titre, la récurrence des exercices militaires menés conjointement par les États-Unis et la Corée du Sud sont clairement constitutifs d'une « menace contre la paix » en simulant un affrontement armé avec la Corée du Nord et une invasion de cette dernière.

Il est inacceptable que les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens n’aient jamais été inscrits à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, ni traités afin que des mesures soient adoptées par les Nations unies. En omettant de traiter cette situation, le Conseil de sécurité donne une impression de partialité, ce qui ne peut que compromettre les buts qu’il est supposé poursuivre au titre du chapitre VII de la Charte des Nations unies. La sécurité collective suppose une approche globale et honnête de la situation, non une position n’obéissant qu’à un seul point de vue, en l'occurrence celui des États-Unis d'Amérique.

Il est de la responsabilité de chaque membre du Conseil de sécurité, dont la France, de soulever tout ce qui pourrait menacer la paix dans la péninsule coréenne, et non de se focaliser sur les actions d’un seul protagoniste. La cause de la paix dans le monde suppose que les provocations récurrentes et réitérées ne soient pas tues et passées sous silence au motif que certains pays ne sont pas d'accord.

Enfin, au dixième anniversaire de la déclaration inter-coréenne du 4 octobre 2007 pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité, les Nations unies doivent s’engager dans une démarche associant tous les Coréens pour que, pacifiquement, ils soient les seuls à prendre leur destin en mains, conformément aux principes du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de non-ingérence exprimés par la Charte des Nations unies.

L'Association d'amitié franco-coréenne est déterminée à prendre toute sa part dans ces combats. 

Texte de la déclaration à télécharger

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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 19:31

Dans le contexte actuel de tensions autour de la péninsule coréenne, les analyses de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont été reprises (par exemple dans un article de L'Humanité qui nous a longuement cités pour dénoncer l'impact des sanctions sur les populations) et nos responsables interrogés : Robert Charvin, vice-président de l'AAFC, a répondu à Initiative communiste, et Benoît Quennedey, président de l'AAFC, à Nice Matin ou encore à Russia Today. Nous reproduisons ci-après le contenu de son entretien à Russia Today, le 27 septembre 2017.

RT France : Des bombardiers américains se sont approchés des côtes nord-coréennes et le chef de la diplomatie nord-coréenne Ri Yong-ho a déclaré au siège des Nations unies que le monde entier devrait se souvenir que «les Etats-Unis ont été les premiers à déclarer la guerre». Un conflit armé est-il proche selon vous ?

Benoît Quennedey (B. Q.) : Aujourd'hui, on ne déclare plus la guerre à un pays comme cela. La déclaration de guerre en droit suppose – du moins dans le droit français – une consultation du Parlement. On en est aujourd’hui pour moi toujours au stade de la guerre verbale, ce qui est en soi est un signe inquiétant, mais il n'y a pas d'action militaire.

Les relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis ont été émaillées de nombreux incidents depuis 1953, à la fin de la guerre de Corée. Il n'y a d'ailleurs pas eu de traité de paix, que l'on attend toujours, mais un traité d'armistice. Il y a eu la capture du Pueblo, le navire espion américain, dans les eaux coréennes en 1968. Il y a eu des affrontements maritimes avec la Corée du Sud, qui ont fait des morts à plusieurs reprises, notamment en 2010 à Yeonpyeong.

Si l'hypothèse d'un conflit armé peut être prise au sérieux face à la montée des tensions et à l'escalade verbale en cours, nous sommes toujours dans le domaine du discours. De chaque côté, il y a une grande fébrilité, une volonté de montrer qu'on est prêt à tout. Par le passé, les Nord-Coréens ont pu tenir des propos beaucoup plus durs, affirmant que, s'ils étaient attaqués, ils noieraient Séoul sous une mer de feu. Ce qui est nouveau c'est que, auparavant, ils disaient «si nous sommes attaqués» et qu'aujourd'hui, ils laissent entendre que la guerre aurait commencé. Mais à mon sens, une guerre se définit par un enclenchement action / contre-action, suivi d'un engagement total ou partiel de forces armées des pays dans un conflit de long terme. Il y a eu la guerre de Corée entre 1950 et 1953. Il y a eu depuis un certain nombres d'actions militaires, mais on n'en est pas encore arrivé au stade de la guerre. 

RT France : Si la Corée du Nord abattait comme elle l'a promis un bombardier américain, cela suffirait-il à déclencher un conflit armé ?

B. Q. : La comparaison avec le Pueblo est peut-être l'exemple le plus parlant. On avait alors eu une longue crise entre les deux pays. Même si on assistait à une action de ce type, cela resterait de l'ordre de l'action militaire et pas de la guerre. Une action militaire même ponctuelle n'est pas encore la guerre, même si, effectivement, on s'en rapproche.

RT France : «Petit homme fusée», «vieux sénile»... Les joutes verbales semblent de plus en plus tourner à l'attaque personnelle entre Donald Trump et Kim Jong-un. Y a-t-il matière à s’inquiéter de la tournure que prend cette crise ?

B. Q. : Par rapport aux termes employés par les Nord-Coréens, il faut comprendre que nous ne sommes pas dans une culture occidentale. On trouve dans les discours des comparaisons ou des termes qui représentent la culture politique de chaque pays. Pour donner un exemple, dans la culture vietnamienne, une des insultes les plus courantes est de comparer les personnes à des animaux, et surtout aux insectes. Ce qui donne souvent, dans les traductions, le terme «vermine». Tout propos doit être resitué dans un contexte politique et culturel. S'agissant de la Corée du Nord, le fait qu'ils aient des propos extrêmement forts vis-à-vis des dirigeants américains n’est pas tout à fait nouveau. Je me rappelle cette formule qui avait à l'époque suscité un tollé : les autorités nord-coréennes avaient comparé Barack Obama à un singe. C'était, à mon sens, une métaphore bestiale que l'on retrouve très souvent dans le discours politique coréen aussi bien du nord que du sud – les Sud-Coréens ont régulièrement décrit des dirigeants nord-coréens sous la forme de cochons. Cela relève du bestiaire, ce n'est pas nouveau ou inédit dans ces cultures. D'ailleurs, la comparaison sur Barack Obama n'avait pas nécessairement de connotation raciste. Ce qui est beaucoup plus nouveau est de voir Donald Trump tenir des propos du même type vis-à-vis d'un autre dirigeant étranger, et cela de manière aussi régulière et répétée, donnant effectivement l'impression que cela tourne à l'affaire personnelle. 

Les Nord-Coréens n'ont pas toujours eu des termes aussi négatifs à son encontre. Pendant la campagne présidentielle américaine, Pyongyang avait dit de Donald Trump qu'il était avisé et sage. J'ai l'impression qu'aujourd'hui la rhétorique employée à son encontre est presque à la hauteur de la déception, de l'agacement. Ensuite, il ne faut pas oublier que, pendant la guerre de Corée, la Corée du Nord a été recouverte de bombes. Chaque famille nord-coréenne compte une victime de ce conflit dans ses membres. Le nombre d'entre elles a atteint un quart de la population du pays. Ces propos sont à la mesure d'un ressentiment qui dure depuis plusieurs générations. En quelque sorte, quand les autorités nord-coréennes visent Donald Trump, elles visent le commandant en chef d'une force armée hostile qui, pour eux, a détruit leur pays et le menace à nouveau des pires châtiments.

RT France : Le nouveau président sud-coréen, Moon Jae-in, n'est pas aussi pro-américain que ses prédécesseurs et son pays serait le premier à souffrir d'un conflit armé. A force de provocations et d'escalades verbales, Donald Trump risque-t-il de perdre un allié de poids dans la région ?

B. Q. : Ce qui est très dommage est que la Corée du Sud, qui serait aux premières loges d'un conflit, a été marginalisée. Quand Moon Jae-in était en campagne électorale, il avait dit qu'il ne fallait pas que la diplomatie de la Corée du Sud s'aligne systématiquement sur celle des Etats-Unis. C'étaient bien sûr des propos de campagne, puisqu'une de ses premières visites en tant que chef d'Etat fut à la Maison Blanche. Néanmoins, la partition politique en Corée du Sud fait que chez les démocrates, dont est issu Moon Jae-in, le sentiment nationaliste est plus ancré. Ils sont pour un dialogue avec le Nord. La dépendance vis-à-vis des Etats-Unis, et notamment la dépendance militaire, est quelque chose qu'ils vivent mal.

La démarche qu'a eue Moon Jae-in quand il a été élu était de dire qu'il fallait poursuivre le dialogue avec la Corée du Nord tout en maintenant l'alliance avec les Etats-Unis. Or, Donald Trump a eu un mot malheureux, quand il y a eu le premier essai balistique intercontinental nord-coréen le 4 juillet, en disant que, désormais, la Corée du Sud se rendait parfaitement compte que cela ne servait à rien de dialoguer avec la Corée du Nord. Il était en train de donner des leçons à un chef d'Etat étranger. Or ce qui caractérise la diplomatie internationale est précisément de dire que tous les chefs d'Etat sont à égalité, qu'ils soient à la tête d'un petit ou d'un grand pays.

Il faut aussi rappeler que l'élection de Donald Trump a été accueillie avec effroi par les Sud-Coréens. Quand on leur demandait pour qui ils auraient voté, 90% déclaraient Hillary Clinton. Il était donc déjà mal perçu par l'opinion publique. Ajoutons à cela le faible tropisme américain de Moon Jae-in... Le risque que court Donald Trump est de voir la Corée du Sud, sans renier l'alliance traditionnelle avec les Etats-Unis, chercher par les voies diplomatiques à se rapprocher de partenaires tiers comme la Russie et la Chine. Deux pays qui, contrairement à ce que l'on dit, ne sont pas pro-Corée du Nord. Il y a la position de la Corée du Nord, celle des Etats-Unis et de leurs alliés – avec plus ou moins de nuance – et enfin il y a la position de la Russie et de la Chine, qui ont plutôt tendance à renvoyer dos à dos les deux premières, appelant chacun à mettre un terme à cette escalade.

Le risque aujourd'hui n'est donc pas que la Corée du Sud, qui est de toute façon liée par des accords militaires, ne suive plus les Etats-Unis, mais que Séoul joue un rôle diplomatique de rapprochement avec d'autres pays, ce qui pourrait contrarier la politique américaine qui est aujourd'hui au durcissement. Moon Jae-in a d'ailleurs clairement dit que, fondamentalement, ni lui ni le peuple sud-coréen ne souhaitaient une escalade ni même une action militaire américaine.

RT France : Quelle stratégie devrait-on suivre selon vous afin d'enfin apaiser la situation ?

B. Q. : Aujourd'hui, ce que proposent les Américains et leurs alliés n'est pas un dialogue mais un diktat. Leur stratégie revient à dire : «Nous allons tellement vous pressurer que vous n'aurez plus de pétrole, vous aurez des risques de famine, votre économie va s’effondrer, on interdit vos échanges et ainsi vous reviendrez forcément à la table des négociations.». Ce genre de méthodes ressemble à celle choisie vis-à-vis de l'Allemagne après la Première Guerre mondiale. Croire que la Corée du Nord, contrainte et forcée, reviendra à la table des négociations, c'est mal connaître le pays qui dans les années 90 a connu une très grave pénurie alimentaire. Il faut aussi comprendre que l'idée que l'arme nucléaire est comme un principe d'assurance-vie du régime est tellement forte à Pyongyang que cette méthode ne peut qu'échouer.

D'ailleurs, les Américains n'ont jamais dit, après le vote des résolutions au Conseil de sécurité, qu'ils avaient un calendrier avec la Corée du Nord, un agenda pour revenir aux négociations, un temps de travail fixé. Au contraire, ils sont dans une logique, presque de politique intérieure, qui est de dire : «Nous ne pouvons pas ne rien faire.» Donald Trump avait dit que jamais les Nord-Coréens ne disposeraient d'une capacité de dissuasion qui puisse atteindre les territoires américains. C'est aujourd'hui le cas. 

A mon sens, la seule façon de revenir à un contexte moins tendu est de renouer un dialogue en prenant en compte les attentes de chaque partie. Celles nord-coréennes sont connues : avoir des garanties de sécurité et ne pas subir le sort de l'Irak en 2003 et de la Libye en 2011. Par conséquent, au moins dans un premier temps, il faut avoir des actions de chaque partie afin de créer des conditions de confiance qui permettront le retour au dialogue. Il faudrait que Pyongyang cesse les tirs de missiles et les essais nucléaires avec un moratoire d'une certaine période. De son côté, Washington devrait arrêter les manœuvres militaires et a fortiori les vols de bombardiers dans le ciel coréen à proximité de la Corée du Nord. Ce n'est pas quelque chose d'impossible puisqu'on l'avait déjà vu dans les années 1990, où les Américains avaient suspendu leurs manœuvres militaires pour justement abaisser les tensions avec la Corée du Nord. Cette politique est raisonnable. Elle est d'ailleurs proposée par la Chine et la Russie, qui sont totalement sur la même ligne.

La principale difficulté désormais est de convaincre les Américains de revenir à une vraie phase de négociations. Dire aux Nord-Coréens qu'on ouvrira un dialogue une fois qu'ils auront abandonné l'arme nucléaire n'est plus possible. La Corée du Nord est de fait un Etat doté de l'arme nucléaire. Elle a des préoccupations sécuritaires qui sont celles de tout Etat souverain.

La question principale, selon moi, n'est pas tant de savoir si on reviendra à une phase de dialogue, car on y reviendra. Toutes les crises autour de la Corée du Nord ont fini par retomber, y compris en 2013. L'important est de savoir si la baisse des tensions sera momentanée, si elle durera six mois, un an ou si on va pouvoir assister au vrai retour d'un cycle de dialogues. Les négociations dans un cadre à six parties – les deux Corées, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon – sur le nucléaire coréen ont été suspendues il y a maintenant près de huit ans

Dans tous les cas, les Nord-Coréens attendent une chose : un signe de la part des Américains ainsi qu'une prise en compte de leur part de la nouvelle réalité stratégique. C’est d'ailleurs ce qu'avait proposé Xi Jinping, qui avait dit qu'il serait bien que Donald Trump prenne son téléphone et appelle Kim Jong-un pour montrer qu'il l'estime. Quand on est dans l'invective verbale vis-à-vis que quelqu'un, il est difficile de renouer les fils du dialogue.

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

 

Source :

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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 20:23

Dans un contexte de graves tensions autour de la péninsule, la Corée a occupé une place significative dans l'édition 2017 de la Fête de l'Humanité, les 15, 16 et 17 septembre 2017. Si l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est jugée persona non grata par les organisateurs depuis 2004 et en conséquence n'a plus de stand à la Fête de l'Huma depuis cette date, plusieurs des membres de l'AAFC étaient eux bel et bien présents et ont diffusé notre tract sur leurs stands respectifs, tandis que l'ouvrage de Robert Charvin, vice-président de l'AAFC, "Comment peut-on être Coréen (du Nord) ?" (éditions Delga, 2017) était disponible au Village du Livre. Enfin, le Parti démocratique populaire de la République de Corée (Corée du Sud) tenait son propre stand. 

Guy Dupré, président d'honneur de l'AAFC, avec d'autres membres et sympathisants de l'AAFC à la Fête de l'Humanité le samedi 16 septembre 2017.

Guy Dupré, président d'honneur de l'AAFC, avec d'autres membres et sympathisants de l'AAFC à la Fête de l'Humanité le samedi 16 septembre 2017.

La manifestation la plus visible de la présence coréenne était déjà l'important stand du Parti démocratique populaire (PDP) de Corée, qui rappelait l'importance des luttes sociales et politiques dans le Sud de la péninsule. Par ailleurs, la troupe de théâtre Donghaenuri, qui s'était produite place Edmond Michelet près du centre Beaubourg le 14 septembre 2017, a donné le spectacle "Ho Heo" qui a rappelé le sacrifice des combattants pour la démocratie en Corée du Sud.

Des tracts de l'AAFC étaient disponibles sur les stands du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) et du Parti communiste révolutionnaire de France (PCRF) à l'initiative, respectivement, de Madeleine Dupont et de Maurice Cukierman, également membres de l'AAFC. En outre, le PRCF a organisé un débat sur la Corée le 16 septembre, en présence des militants du PDP. La question coréenne a aussi été à l'ordre du jour des discussions animées par Dominique Dionisi, également membre de l'AAFC, à l'Association nationale des communistes.

Enfin, un débat à l'Agora, le samedi 16 septembre à 13h30, intitulé "Asie - crise coréenne : un danger pour le monde ?" a rassemblée un public nombreux, avec la participation de Juliette Morillot et Barthélémy Courmont, lors de discussions modérées par Lina Sankari, journaliste de L'Humanité. Jean-Pierre Méthion, membre de l'AAFC, est intervenu pour rappeler le rôle des Etats-Unis comme facteur de déstabilisation en Asie du Nord-Est et a souligné la nécessité de préserver la paix en stoppant les positions bellicistes de l'administration Trump. Ces propos de bon sens ont été largement approuvés par le public. 

De gauche à droite, Barthélémy Courmont, Lina Sankari et Juliette Morillot

De gauche à droite, Barthélémy Courmont, Lina Sankari et Juliette Morillot

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC Relations France-Corée
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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 07:35

L'informaticien et chercheur Maurice Nivat est décédé le 21 septembre 2017, à l'âge de 79 ans. Celui qui avait été un des pères - sinon le père - de l'informatique française avait aussi rejoint l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), à la suite des coopérations entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) que nous avions initiées dans le domaine des mathématiques. Nous saluons sa mémoire, en présentant nos plus sincères condoléances à sa famille, à ses collègues et ses proches. 

Normalien ayant découvert dès 1959 ce qui allait devenir l'informatique à l'Institut Blaise Pascal, membre de l'Académie des sciences à partir de 1983, Maurive Nivat avait apporté une contribution essentielle à l'informatique théorique, au sein de l'IRIA (devenu l'INRIA), des universités Paris VI et Paris VII en travaillant sur la programmation en informatique, aux côtés notamment de Marcel-Paul Schützenberger, son père spirituel, psychiatre et médecin de formation, ayant découvert les mathématiques pour tromper son ennui lors d'une campagne de vaccination de l'OMS en Indonésie. Marcel-Paul Schützenberger avait dirigé la thèse d'Etat en mathématiques de Maurice Nivat, présentée en 1967, consacrée aux transductions des langages mathématiques de Chomsky. Toujours avec Marcel-Paul Schützenberger, il avait été à l'origine de l'Association européenne d'informatique théorique (acronyme anglais : EATCS). 

Maurice Nivat avait ainsi créé en 1975 et co-dirigé jusqu'en 1985 le laboratoire d'Informatique Théorique et de Programmation des universités Paris VII et VI. Egalement fondateur de la revue Theoretical Computer Science (TCS) et des Ecoles de printemps d'informatique théorique, il avait milité pour que l'informatique constitue une science à part entière.

Il racontait ainsi comment il avait commencé la théorie de la programmation : 

Il nous a fallu environ dix ans, entre 1960 et 1970, pour comprendre ce qu'étaient les langages de programmation, apprendre à les compiler, les traduire. Cela peut paraître long mais il faut se replacer dans le contexte de l'époque, des machines à calculer programmées en langage machine - on ne parlait pas encore d'ordinateurs mais de machines (ou « bécanes »), ni d'informatique mais de calcul automatique – , des cartes perforées, où toute erreur de poinçonnage se payait au prix de la vérification de la totalité des cartes.

Dans la période récente, il avait dénoncé les lacunes de l'enseignement et de la recherche en informatique en France : 

On nous commente avec emphase les succès d'Ariane ou du TGV... mais les princes qui nous gouvernent ont abandonné l'informatique, pourtant clé de ces succès. Je ne comprends toujours pas pourquoi. Aux États-Unis, l'informatique est l'enjeu du moment, le bouillonnement d'idées y est relayé, financé par les agences fédérales, par les banques... Cette émulation n'existe pas en France : le logiciel n'est pas pris au sérieux, les financements ne sont pas octroyés au bon moment, on finance la création de start-up prometteuses mais ensuite, on ne leur donne pas les moyens de leur développement (...) Les chercheurs en informatique font les frais de l'absence de champ d'application de leurs recherches en France et en Europe, toutes deux dénuées d'industrie informatique, ajoute t-il. C'était criant, en octobre 2007, lors de la première demi-journée consacrée à l'informatique à l'Académie des sciences : nous y avons entendu des exposés brillants mais tellement éloignés de l'informatique réelle, de ce que font les machines.

L'AAFC salue la mémoire d'un humaniste visionnaire, engagé, passionné et passionnant. 

Source principale : 

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 21:27

Comme nous l'annoncions dans notre édition du 7 septembre 2017, un débat sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a été organisé par la librairie Tropiques, dans le 14e arrondissement de Paris, le 12 septembre 2017, autour de l'ouvrage de Robert Charvin, ancien doyen des facultés de droit de Nice, vice-président de l'AAFC, "Comment peut-on être Coréen (du Nord)", réédité par les éditions Delga avec une préface inédite de Jean Salem. Le débat a donné lieu à une présentation de la Corée du Nord spar Aymeric Monville, des éditions Delga, et Benoît Quennedey, président de l'AAFC. Nous reproduisons ci-après le compte rendu de cette conférence publié par la librairie Tropiques, sous le titre "De quoi la Corée du Nord est-elle le nom ?". 

La connaissance de L’autre est affaire délicate. Tenter de décrypter une société éloignée de l’aire culturelle à laquelle on appartient est aventure. Elle exclut l’arrogance ; elle exige l’humilité. Elle est donc totalement hors de portée de la presse institutionnelle française et de sa classe dirigeante ...

Des voyages et des rencontres, au fil des années, ne sont pas une garantie contre les erreurs d’interprétation. Le peuple coréen n’est ni « mystérieux » ni « étrange », du moins pas davantage que n’importe quel autre peuple. Il n’est « ermite » que de réputation dans un Occident malade de sa vieille hégémonie planétaire qui a débuté avec la Renaissance et du complexe de supériorité qui en résulte.

Présentation de la Corée du Nord par Benoît Quennedey autour du livre de Robert Charvin "Comment peut-on être Coréen du Nord ?"

Si on a présent à l'esprit que ce pays a été pratiquement rasé par des pluies de bombes américaines (sous l'égide de l'ONU) et qu'au cessez-le-feu en 1953 (les États-Unis refusent toujours tout traité de paix et d'engagement de non-agression) il ne restait plus un bâtiment de sa capitale (millénaire) Pyongyang, et qu'un quart de sa population avait été liquidé par les soins attentifs de la démocratie étasunienne...  on peut commencer à comprendre comment et pourquoi le peuple coréen du nord se perçoit aujourd'hui comme "le peuple le plus heureux sur terre", en dépit de la très faible bienveillance dont il a bénéficié de la part du "camp du bien".

Au-delà de la remarquable présentation de Benoît Quennedey (ci-dessus), ce reportage récent de RT (ci-dessous) est un des rares témoignages honnêtes et sérieux qui permette de s'en faire une idée visuelle et... sonore. L'école de cinéma documentaire russe n'est pas pour rien, depuis toujours, la meilleure du monde...

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 20:31

Le 9 septembre 2017, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé une réception à Paris à l'occasion du 69e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, le 9 septembre 1948. Après une discussion ayant porté sur le récent déplacement d'une délégation de l'AAFC en RPD de Corée du 12 au 19 août 2017, ainsi que sur l'actualité coréenne, les membres de l'AAFC présents ont été rejoints par S.E. M. Kim Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès de l'UNESCO, et son collaborateur M. Jong Chang-gwon, conseiller, autour d'un buffet franco-coréen. L'AAFC remercie toutes celles et tous ceux de ses membres, ainsi que les épouses des diplomates, qui se sont investis dans la participation à l'organisation matérielle de cette manifestation conviviale.

L'Association d'amitié franco-coréenne a organisé une réception à l'occasion de la fondation de la RPD de Corée

Organisée à l'occasion de la célébration, le 15 août, de l'anniversaire de la libération de la Corée de l'occupation japonaise, la visite en RPD de Corée des représentants de l'AAFC, aux côtés de délégations d'autres associations d'amitié et d'organisations originaires de plus de 60 pays dans le monde, coïncidait avec un inquiétant regain des tensions dans la péninsule coréenne. A cet égard, la sérénité dont faisaient preuve les Nord-Coréens tranchait singulièrement avec le climat d'inquiétude international dont rendaient compte au même moment les médias du monde entier. Le fait que la RPD de Corée dispose désormais d'une dissuasion nucléaire complète (y compris les vecteurs balistiques d'armes nucléaires) peut s'interpréter comme incitant les Nord-Coréens à une plus grande confiance, ouvrant la voie à une reprise ultérieure du dialogue multilatéral et à une levée des sanctions - ce qui favoriserait le développement du pays, alors que l'élévation du niveau de vie constitue plus que jamais l'objectif majeur des autorités nord-coréennes.

Au cours de son déplacement marqué par la participation à de nombreux événements officiels, la délégation de l'AAFC a également évoqué de possibles pistes concrètes de coopération - dans les domaines de l'architecture, de la francophonie ou encore de la viticulture - traduisant la priorité organisée par l'association à développer une solidarité en actes, et pas seulement verbale. 

Les discussions qui ont suivi ont porté, notamment, sur l'homogénéité culturelle du peuple coréen qui se traduit par une même volonté de figurer aux premiers rangs de la compétition internationale, le développement architectural de Pyongyang, les écarts entre la ville et la campagne ainsi que l'approvisionnement en énergie et la situation agricole. 

Les échanges se sont poursuivis avec les diplomates nord-coréens en poste en France, à l'occasion de la fête nationale du 9 septembre, jour de fondation de la République populaire démocratique de Corée. Benoît Quennedey, président de l'AAFC, a rappelé la solidarité de l'association avec le peuple coréen pour la construction du socialisme et la sauvegarde de la paix. S.E M. Kim Yong-il a remercié l'AAFC pour son soutien constant à la cause du peuple coréen, engagé dans l'édification d'un pays puissant et prospère soucieux de sauvegarder sa souveraineté nationale.

L'Association d'amitié franco-coréenne a organisé une réception à l'occasion de la fondation de la RPD de Corée
L'Association d'amitié franco-coréenne a organisé une réception à l'occasion de la fondation de la RPD de Corée
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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 23:38

Si l'hypothèse d'une frappe militaire des Etats-Unis en Corée aurait des conséquences catastrophiques, soulevant une levée de boucliers tant dans l'administration américaine que parmi les capitales occidentales (ainsi, Sud Info Belgique, citant la position du ministre des Affaires étrangères belge Didier Reynders, déclare : "le ministre des Affaires étrangères plaide pour que l'Europe joue un "rôle de médiation", en contraste avec la posture va-t-en-guerre de Donald Trump"), la guerre a ses partisans - y compris en France. Quitte à oublier qu'une guerre entre puissances nucléaires consacrerait une destruction mutuellement assurée... Retour sur ces déraisonnables propos d' "experts" ou prétendus tels, qui brillent d'abord par leur profonde méconnaissance de ce qu'impliquerait l'emploi d'armes de destruction massive.

Contre les va-t-en-guerre, une salutaire mise au point à la librairie Tropiques

Le 12 septembre 2017 à partir de 19h30, la librairie Tropiques à Paris organisera une soirée-débat autour du livre de Robert Charvin, par ailleurs vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) "Comment peut-on être Coréen (du Nord) ?", réédité par Delga, avec la participation de Benoît Quennedey, auteur de plusieurs ouvrages sur la Corée et président de l'AAFC. Cette rencontre sera l'occasion de démentir non seulement les (nombreuses) idées reçues sur la Corée du Nord, mais aussi les positions militaristes extrémistes qui s'expriment sous la plume d'experts ou prétendus tels.

Une belle illustration en est offerte par cette tribune qu'a publiée le quotidien Le Monde et signée Valérie Niquet, présentée comme spécialiste de l'Asie (un bien vaste continent), aux connaissances militaires incertaines, mais qui conclut sans l'ombre d'un doute (dans un article référencé sous le titre "face à la Corée du Nord l'option militaire est la moins risquée") : 

La spécialiste de l’Asie Valérie Niquet considère que frapper la Corée du Nord serait prendre le risque d’une riposte contre Séoul, mais que cela aurait un effet disruptif majeur sur le régime nord-coréen et son programme nucléaire.

Passons sur le langage jargonneux ("effet disruptif" sonne plus savant que "changement de régime" ou "soulèvement"), pour considérer ce qui fonde l'argumentaire de Mme Niquet :

- "prendre le risque d'une riposte contre Séoul" : c'est vrai que la capitale sud-coréenne n'est qu'à portée de missiles de la Corée du Nord et qu'il n'y aurait jamais que des millions de morts... une option certainement peu risquée pour notre expert... on appréciera la performance de l'artiste du stylo ; 

- "un effet disruptif majeur sur (...) [le] programme nucléaire" nord-coréen : Mme Niquet ignore sans doute que les armes nucléaires de Pyongyang sont enterrées, disséminées sur son territoire et que leur localisation n'est pas précisément connue des Etats-Unis ;

- engendrer un soulèvement en Corée du Nord : là encore, ce voeu pieux revient à ignorer qu'il n'y a aucune opposition organisée en RPD de Corée et les exemples historiques montrent que les guerres ressoudent au contraire les populations autour de leurs dirigeants, au moins dans un premier temps.

En revanche, il y a des certitudes qu'oublie opportunément notre experte. Que la Corée du Nord n'est pas l'Irak ni la Libye ; qu'elle est dotée d'armes nucléaires et de missiles balistiques intercontinentaux, et qu'une guerre ferait des millions de morts, démultipliant les effets des bombardements nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki en 1945. Un point de détail, certainement.

En Occident, faire l'apologie du terrorisme ou de crimes de guerre est un délit. Mais heureusement pour eux, certains experts peuvent en revanche faire en toute impunité l'apologie de la guerre - de la guerre nucléaire. A moins qu'il ne faille y voir une fascination pour les précédents irakien de 1993 et libyen de 2011, où la chute des régimes politiques a engendré des organisations terroristes internationales, d'apparence étatique, qui ont amené la guerre jusque sur le territoire des Etats occidentaux. 

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 12:27

La tension est encore montée d'un cran dans la péninsule coréenne après le sixième essai nucléaire auquel a procédé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 3 septembre 2017 : alors que la RPDC a toujours défendu la possession de l'arme nucléaire dans une logique de dissuasion, ce qui rend hautement improbable qu'elle agisse en premier, le risque d'embrasement et de guerre vient bien de l'administration Trump qui a réaffirmé une nouvelle fois la possibilité d'une action militaire dont les conséquences seraient désastreuses, en Asie du Nord-Est et au-delà. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) tient à réaffirmer son engagement pour la paix, convaincue de l'impérieuse nécessité d'un retour au dialogue pour dénouer une crise dont elle souhaite rappeler les enjeux principaux en huit points.

1. Le programme nucléaire nord-coréen a une logique pleinement rationnelle, correspond à la sauvegarde de sa souveraineté nationale par Pyongyang : il a été développé avec la ferme conviction que les exemples irakien et libyen montraient que l'on ne pouvait pas avoir confiance dans les Etats-Unis quant à un désarmement unilatéral.

2. La RPD de Corée est le seul pays au monde aussi lourdement sanctionné pour avoir développé une capacité de dissuasion nucléaire autonome : le fait que Israël ou le Pakistan, alliés des Etats-Unis, aient pu pour leur part se doter de l'arme nucléaire témoigne d'un "deux poids deux mesures" dans l'application par Washington et ses alliés du principe de non-prolifération nucléaire.

3. Les six essais nucléaires auxquels a procédé la RPDC depuis 2009 doivent être comparés au nombre d'essais américains (plus de 1 000) ; par ailleurs, les Etats-Unis sont très fortement soupçonnés de poursuivre la modernisation de leur armement nucléaire dans le cadre d'essais en laboratoire qui, eux, échappent au contrôle du dispositif issu du traité d'interdiction des essais nucléaires.

4. Les Etats-Unis sont le seul pays au monde à avoir utilisé l'arme nucléaire, lors des bombardements de Hiroshima et Nagaski en 1945, et ils ont envisagé de recourir à cette arme pendant la guerre de Corée, ce qui ne les qualifie pas pour donner des leçons en la matière aux autres pays du monde.

5. La seule issue à la crise en cours est l'engagement de véritables négociations, qui prennent en compte les exigences de sécurité de la Corée du Nord et conduisent à la signature d'un traité de paix et à la mise en place d'une régime de sécurité collective, et non des négociations léonines dans lesquelles Pyongyang commencerait par renoncer à ses programmes nucléaires et balistiques, comme le souhaite Washington.

6. La création d'un climat de confiance entre l'ensemble des parties suppose déjà que, en contrepartie du gel de ses programmes militaires par la RPDC, les Etats-Unis et leurs alliés cessent leurs exercices de guerre au large de la péninsule coréenne et l'installation du système de missiles THAAD en Corée du Sud et lèvent tout ou partie des sanctions à l'encontre de la Corée du Nord.

7. Non seulement les sanctions internationales n'ont pas empêché le développement par la RPDC de ses programmes nucléaires et balistiques, mais elles ont lourdement touché les populations ; le chantage à l'arme alimentaire ou aux livraisons de pétrole que pratiquent les Etats-Unis à l'égard de la RPDC est une attitude humainement inacceptable vis-à-vis des femmes, des hommes et des enfants qui vivent en Corée du Nord.

8. Les Etats membres des Nations unies devraient réfréner les ardeurs militaristes des faucons dans les cercles dirigeants américains, conformément aux objectifs de la Charte des Nations unies de préserver la paix et la sécurité mondiales.

 

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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)