Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 00:30

Le 15 juin 2019, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a tenu son assemblée générale annuelle au siège national du Secours populaire français, à Paris. Après les tensions de l'année 2017, l'année 2018 a connu des évolutions positives, à la fois pour les relations inter-coréenne et pour les relations entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et les Etats-Unis, validant nombre des analyses et prises de position de l'AAFC qui fête cette année son cinquantième anniversaire. Mais d'autres difficultés sont apparues, de nature à ralentir l'activité de l'association. Il apparaît donc nécessaire que les membres de l'Association d'amitié franco-coréenne restent mobilisés, en portant leur regard au-delà des obstacles du moment.

En ouverture des travaux de l'assemblée générale, Guy Dupré, président d'honneur de l'AAFC, a souligné la responsabilité importante qui incombe à l'association dans un contexte d'apaisement des tensions en Corée, après les sommets inter-coréens d'avril 2018 et septembre 2018, et les sommets RPDC-Etats-Unis de juin 2018 et février 2019. Il importe que l'AAFC fasse connaître et encourage le processus historique en cours en Corée.

Le nouveau contexte coréen valide nombre des analyses faites par l'AAFC depuis 50 ans quant à la nécessité du dialogue entre les parties en présence, en plus d'offrir des opportunités faisant plus que en plus apparaître la politique française en Corée, et plus particulièrement vis-à-vis de la RPDC, comme une anomalie, y compris au regard de ce qu'est la tradition diplomatique française (reconnaissance des Etats et non des régimes politiques).

Guy Dupré a aussi tenu à rendre hommage à Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français, décédé le 26 avril 2019. Sous la présidence de Julien Lauprêtre, le Secours populaire français a mené dès 1999 des actions de solidarité avec la Corée du Nord, sur place (distribution de produits alimentaires et de première nécessité, mise en place de projets de santé et d’éducation...) et en France (accueil de médecins nord-coréens pour des formations dans les hôpitaux français). Le Secours populaire français a aussi encouragé les échanges culturels en accueillant des enfants nord-coréens, avec d'autres venus de tous les continents, pendant l'opération « Copains du monde » à Gravelines (Nord). Guy Dupré a rappelé les liens qui unissent de longue date l'AAFC et le Secours populaire français, lesquels ont permis d'organiser en commun plusieurs actions en direction des populations coréennes touchées par les catastrophes naturelles, comme une soirée de solidarité le 1er décembre 2007 suite aux terrible inondations de l'été précédent en RPDC.

Pour terminer son exposé introductif, le président d'honneur de l'Association d'amitié franco-coréenne a redit la confiance et l'amitié que l'AAFC porte à son président, Benoît Quennedey, sans lequel rien de ce qui a été accompli au cours des dernières années n'aurait été possible.

Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, a ensuite présenté le rapport d'activité et d'orientation 2018-2019.

Dans un contexte marqué par l'apaisement des tensions dans la péninsule coréenne, il a rappelé les actions menées en 2018 par l'AAFC en faveur de la paix et du dialogue en Corée qu'il s'agisse d'un déplacement en RPDC, d'actions culturelles et de coopération (agriculture), ou de la participation à des événements relatifs à la Corée avec des organisations françaises ou étrangères.

A cet égard, le secrétaire général de l'AAFC a rappelé un grand symbole du nouveau climat de détente dans la péninsule coréenne : l'invitation, le 7 novembre, d'une délégation de l'AAFC par la section française du Comité consultatif pour la réunification nationale (NUAC), organisation sud-coréenne présidée par le président de la République de Corée lui-même, pour assister à une réunion s'adressant à un public composé des associations des Coréens vivant en France, dont la très officielle Association des résidents coréens en France et les Jeunes actifs coréens en France. Au cours de cette réunion, le vice-président exécutif du NUAC a encouragé les Coréens de France à « rassembler l'opinion publique » concernant la réunification, en soulignant qu'il était de leur « rôle et responsabilité » d'intervenir en ce sens, y compris auprès des autorités françaises.

Intervenir auprès des autorités françaises pour qu'elles soutiennent le dialogue inter-coréen est un des axes majeurs de l'action de l'AAFC. Dans une déclaration publique faite quelques semaines auparavant (16 octobre), l'AAFC déplorait d'ailleurs l'attitude peu constructive du Président de la République française recevant son homologue de Corée du Sud venu en Europe rechercher un tel soutien.

En 2018, l'AAFC a pu faire connaître ses positions en intervenant sur des médias audiovisuels nationaux (CNews, France 24, RT France) et locaux (Radio Primitive, à Reims), et dans revues (Un autre monde, revue de l'ONG Nord-Sud XXI, L'Incorrect,...) dont la diversité traduit bien le caractère pluraliste de l'Association d'amitié franco-coréenne. L'AAFC a pu aussi s'appuyer sur ses propres médias, qu'il s'agisse de son site Internet ou de son bulletin trimestriel. La publication du bulletin a malheureusement due être suspendue après le numéro 136 (3ème trimestre 2018), faute d'effectifs suffisants pour le rédiger, le mettre en forme, l'imprimer et l'envoyer, ce qui montre l'urgence d'une mobilisation des adhérents de l'AAFC, car rien n'est acquis!

Les adhérents de l'AAFC sont appelés à prendre toute initiative (rédaction d'articles, mise à disposition d'espaces de réunions, etc). Ils peuvent s'appuyer sur les instances nationales de l'association ainsi que sur ses comités locaux et thématiques qui ont eu une activité soutenue en 2018 et qu'il convient de développer comme un puissant relais de l'AAFC en province et auprès de divers partenaires.

Concernant les orientations à donner à l'action de l'AAFC, le secrétaire général de l'association a commencé par constater que l'Association d'amitié franco-coréenne joue un rôle dont l'importance est inversement proportionnelle à ses moyens. D'autre part, l'« exception française » à l'égard de la Corée ne saurait être une situation appelée à durer tant elle apparaît, de plus en plus, comme une anomalie dans le nouveau contexte des relations inter-coréennes et des relations entre la RPDC et les Etats-Unis.

Pour l'avenir, l'AAFC doit donc continuer de poursuivre les objectifs qui ont été définis lors de la conférence pour la paix et la réunification en Corée, tenue à Paris le 24 juin 2017, parmi lesquels la lutte contre la présentation erronée de la situation de la péninsule coréenne et les fake news véhiculées par les grands médias au sujet de la Corée.

Si des ajustements organisationnels sont aujourd'hui nécessaires pour tenir compte d'une situation complexe, les adhérents de l'AAFC doivent en faire une motivation supplémentaire pour se mobiliser, et mobiliser autour d'eux, afin de préserver l'œuvre accomplie depuis 50 ans par l'AAFC et continuer à faire vivre l'association pour que celle-ci sorte renforcée des épreuves.

Dans l'immédiat, il a été proposé

  • que l'AAFC fasse un don au Secours populaire français, pour soutenir son action en France et à l'étranger,

  • que l'AAFC adopte une déclaration pour la réunification et la paix en Corée à l'occasion du 19ème anniversaire de la Déclaration commune Nord-Sud du 15 juin 2000 ;

  • que l'AAFC participe à la réunion des associations européennes d'amitié avec la Corée qui doit se tenir à Helsinki (Finlande) le 29 juin 2019.

Après une large discussion, les rapports d'activité et d'orientation ont été adoptés à l'unanimité,

Présentant le rapport financier pour 2018, le trésorier de l'Association d'amitié franco-coréenne a mis en évidence un excédent pour la gestion 2018, après le déficit de 2017, année pendant laquelle l'AAFC avait organisé la conférence pour la paix et la réunification en Corée, un événement qui avait mobilisé une bonne partie des ressources de l'association.

Outre l'absence d'événement coûteux à organiser en 2018, l'excédent de gestion s'explique par davantage de ventes, notamment de livres, et par une bonne consolidation dans les adhésions et les abonnements au bulletin trimestriel (dont la publication est néanmoins suspendue depuis le numéro 136).

On constate également une baisse des charges. Mais, comme l'a rappelé le trésorier de l'AAFC, il faut faire face à une nouvelle situation en 2019 et le fait de dépenser peu est en fait une contrainte.

Il faudra donc lancer une grande campagne d'adhésion et de ré-adhésion à l'AAFC, car une association ne fait pas que vivre par des adhésions pour des raisons financières, mais plus simplement humaines.

Le rapport financier a été adopté à l'unanimité.

Les participants ont ensuite réélu les membres des instances nationales de l'Association d'amitié franco-coréenne (comité national et, en son sein, bureau national), lesquels, dans une période difficile, auront en charge de mener l'association vers de nouveaux succès tout en consolidant ceux déjà enregistrés.


 

Partager cet article

Repost0
15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 22:24
A l'occasion du 19ème anniversaire de la Déclaration commune Nord-Sud du 15-Juin

Réunie à l'occasion de son assemblée générale annuelle, l'Association d'amitié franco-coréenne tient à s'associer à la célébration du dix-neuvième anniversaire de l'historique Déclaration commune signée par la Corée du Nord et la Corée du Sud le 15 juin 2000.

La Déclaration du 15-Juin a été une contribution essentielle à la cause de la réunification indépendante et pacifique de la Corée - divisée contre son gré en 1945 -, aspiration légitime du peuple coréen et enjeu vital pour la paix du monde, car la Corée reste un foyer de tensions où peut toujours éclater un conflit d'ampleur planétaire.

La première rencontre des dirigeants suprêmes des deux États coréens en juin 2000, laquelle a abouti à la signature de la Déclaration du 15-juin, a été suivie d'autres rencontres au sommet, en 2007 et 2018, qui ont encore renforcé le dialogue inter-coréen et porté plus haut l'espoir d'une réunification de la Corée dans l'indépendance et dans la paix.

Il est du devoir de la France d'appuyer, par tous les moyens dont elle dispose, ce processus qui pose des bases solides pour établir une paix durable, promouvoir les échanges et favoriser la réunification entre les deux parties de la péninsule coréenne divisée. Tel est l'intérêt de la France, laquelle doit suivre, en Corée comme ailleurs, une politique indépendante.

La France reste le seul pays de l'Union européenne – avec l'Estonie – qui n'a pas de relations diplomatiques avec la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord). L’établissement de relations diplomatiques normales et équilibrées entre la France et les deux États coréens apparaît pourtant comme une mesure qui, en plus d’être conforme à la tradition diplomatique française, serait de nature à faire jouer à la France un rôle positif en Corée, dans l’intérêt des populations coréennes mais aussi de tous les peuples du monde.

L'Association d'amitié franco-coréenne n'aura de cesse de rappeler aux autorités françaises leur responsabilité en la matière. Pour cela, l'Association d'amitié franco-coréenne peut s'appuyer sur son expérience de cinquante ans au service de la paix et d'une meilleure compréhension entre les peuples, ainsi que sur le dévouement de ses adhérents et dirigeants, malgré les obstacles et difficultés.

 

Paris, le 15 juin 2019


 

Partager cet article

Repost0
22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 21:32

C'est avec beaucoup de tristesse que l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a appris la disparition d'Etienne Huchet le 31 août 2018 à Paris, à l'âge de 92 ans. Ancien rapporteur pour l'Asie au sein de la commission internationale du Parti socialiste - auparavant il avait été un militant radical, avant de rejoindre les rangs socialistes à la suite du référendum de 1969 - Etienne Huchet a oeuvré inlassablement pour la paix et la réconciliation en Asie de l'Est - au Cambodge, dont il était l'un des meilleurs connaisseurs français, mais aussi en Corée. A ce titre, sans adhérer à l'AAFC, Etienne Huchet, homme de grande valeur et de parole, était l'un de nos interlocuteurs réguliers et fidèles - abonné d'ailleurs à notre bulletin trimestriel. Nous saluons sa mémoire, en adressant nos condoléances à son épouse, Colette, à ses proches et à ses camarades. 

Etienne Huchet, au centre, avec S. E. Yun Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur auprès de l'UNESCO, et Guy Dupré, président d'honneur de l'AAFC.

Etienne Huchet, au centre, avec S. E. Yun Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur auprès de l'UNESCO, et Guy Dupré, président d'honneur de l'AAFC.

Né en 1926, honoré de la Croix du combattant pour sa participation à la Résistance durant la Seconde guerre mondiale (et par ailleurs chevalier de la Légion d'honneur), Etienne Huchet avait ensuite vécu six ans au Cambodge et au Vietnam entre 1950 et 1956, en tant que cadre dans une plantation d'hévéa. A son retour en France, il s'était orienté vers le secteur du BTP, faisant de la sécurité sur les chantiers l'un de ses chevaux de bataille. Elu local en Saône-et-Loire (à Saint-Vincent-en-Bresse entre 1965 et 1977, puis en tant que maire de Montret de 1977 à 1982), où il avait soutenu dans ses débuts politiques Arnaud Montebourg, Etienne Huchet était aussi l'une des voix les plus écoutées sur l'Asie de la commission internationale du Parti socialiste. Familier de Norodom Sihanouk (qu'il avait notamment rencontré à Pyongyang lors de son exil), il avait activement participé au retour à la paix au Cambodge entre 1990 et 1993 - ce qui lui vaudra d'ailleurs le titre d'officier dans l'ordre royal du Cambodge. Il avait aussi contribué à faire adhérer à l'Internationale socialiste plusieurs partis d'Asie de l'Est partageant les valeurs de la social-démocratie et du socialisme. 

C'est cette même volonté d'ouverture réciproque entre la France et l'Asie qui l'avait conduit à s'intéresser à la question coréenne, et singulièrement à la situation au nord de la péninsule. En 1986, il avait ainsi conduit une délégation du Parti socialiste en Corée du Nord, avant d'être l'un des artisans des relations entre le Parti socialiste et le Parti du travail de Corée. Dans la période la plus récente, il avait plaidé - malheureusement sans être suivi - auprès du Quai d'Orsay et du Parti socialiste pour une compréhension de la question coréenne dans sa spécificité et en respectant la souveraineté coréenne, ce qui selon lui impliquait l'établissement de canaux d'échanges et de dialogue, ainsi que l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la République française et la République populaire démocratique de Corée, nonobstant les divergences sur la question nucléaire ou celle des droits de l'homme. Humaniste, Etienne Huchet savait mieux que d'autres qu'il faut respecter les autres cultures pour que naisse un dialogue fécond. 

L'AAFC remercie grandement Etienne Huchet pour avoir établi des contacts avec des spécialistes de l'Asie, y compris au sein du ministère des Affaires étrangères, et mis à disposition la très riche documentation qu'il avait recueillie, notamment des documents d'archives personnels. 

Photo : Alain Noguès (archives AAFC)

Sources : 

Partager cet article

Repost0
16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 13:01

Réuni le 15 novembre 2018, le comité national de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a décidé d'inviter en France, en octobre et novembre 2019, une délégation du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers (lequel chapeaute les organisations d'amitié de la Corée avec les pays étrangers), qui pourrait être conduite par M. So Ho-won, président de l'Association d'amitié Corée-France - homologue coréenne de l'AAFC - et vice-président du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers. 

L'AAFC invitera une délégation nord-coréenne en France à l'automne 2019

La visite de la délégation nord-coréenne en France s'inscrira dans la cadre de la commémoration du cinquantième anniversaire de l'AAFC, déclarée en préfecture le 30 octobre 1969 par le journaliste Raymond Lavigne, premier président de l'AAFC. Elle fera suite aux précédentes visites en France de délégations du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers, notamment en 2009 (à l'occasion du 40e anniversaire de l'AAFC) et en 2017, dans le cadre d'une conférence internationale de Paris pour la paix et la réunification de la Corée. 

Outre une discussion approfondie sur les autres actions de coopération franco-coréenne en cours, le comité national a également débattu de l'actualité coréenne, marquée par une évolution des positions des différents acteurs : alors que les sensibilités et les approches sont multiples au sein de l'administration américaine (ce qui est un facteur d'explications, parmi d'autres, des changements de ligne de Donald Trump), la République de Corée sous la direction du Président Moon Jae-in est devenue une puissance motrice pour le dialogue et la paix, la poursuite du dialogue exigeant désormais une levée de tout ou partie des sanctions.

Dans ce contexte,  le comité national de l'AAFC a regretté - et l'avait d'ailleurs fait savoir par voie de communiqué - l'absence d'évolution de la position de la France, le Président Emmanuel Macron n'ayant pas répondu aux demandes de gestes d'ouverture formulée par le Président Moon Jae-in lors de sa visite en France et en Europe.

La situation actuelle implique, plus que jamais, de travailler avec toutes celles et tous ceux qui sont également favorables au dialogue et à la paix en Corée, que tendent à miner différentes entreprises de déstabilisation, menées notamment sur le terrain médiatique. 

Partager cet article

Repost0
4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 18:39

De longue date l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) s'est engagée pour la démocratisation de l'armée sud-coréenne et le recul du militarisme en Corée du Sud, y compris pour les droits des objecteurs de conscience - alors qu'au moins 20 000 jeunes hommes sud-coréens ont été emprisonnés depuis sept décennies parce qu'ils refusaient d'accomplir le service militaire, en l'absence de toute forme alternative de service civil. Coup sur coup, dans un contexte de réchauffement des relations inter-coréennes, deux décisions importantes ont été prises : le 28 juin 2018, la Cour constitutionnelle a enjoint les autorités sud-coréennes d'introduire un service civil alternatif d'ici le 31 décembre 2019 ; le 1er novembre 2018, la Cour suprême a reconnu l'objection de conscience en se prononçant contre la peine d'emprisonnement d'un objecteur qui est Témoin de Jéhovah. L'AAFC salue ces progrès majeurs, qui sont aussi le fruit de la mobilisation internationale - et notamment de la médiatisation de cas célèbres, comme celui de Lee Yeda, premier objecteur de conscience sud-coréen à avoir obtenu l'asile politique à ce titre dans le monde - en l'occurrence en France. Mais le combat ne s'arrête pas aujourd'hui, compte tenu des lourdes interrogations sur les formes alternatives de service civil, des limites posées par la Cour suprême dans sa décision du 1er novembre 2018, ainsi que des discriminations persistantes à l'égard des objecteurs de conscience. Nous reproduisons ci-après un article publié sur le site du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) le 3 novembre 2018, faisant le point sur la portée et les limites des récentes décisions prises par la Cour constitutionnelle et la Cour suprême de la République de Corée. 

La Cour suprême de la République de Corée

La Cour suprême de la République de Corée

Dans une décision rendue le 1er novembre 2018, une majorité des juges de la Cour suprême (huit sur treize) de la République de Corée a reconnu non coupable un objecteur de conscience, témoin de Jéhovah, au titre de son refus d'effectuer le service militaire. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) salue une décision majeure, tout en appelant à la vigilance sur sa portée, puisque la Cour suprême a limité sa jurisprudence aux cas où l'objection de conscience est "ferme, solide et réelle".

Avec près de 20 000 objecteurs de conscience emprisonnés depuis 1950, et 930 cas pendants devant les tribunaux, s'agissant des seuls témoins de Jéhovah pour lesquels des statistiques consolidées sont disponibles, la République de Corée enregistre le triste record d'être le pays au monde emprisonnant le plus grand nombre d'objecteurs de conscience. Le refus de reconnaître l'objection de conscience était régulièrement dénoncé par les organisations de défense des droits de l'homme comme contraire aux libertés fondamentales et aux engagements internationaux de la République de Corée, dont les autorités donnaient une interprétation infondée juridiquement de sa situation d'Etat techniquement en état de guerre (faute d'accord d'armistice signé entre les deux Corée, depuis la fin des combats de la guerre de Corée le 27 juillet 1953). Des objecteurs de conscience avaient ainsi obtenu le statut de réfugié politique dans le monde - et pour la première fois en France avec Lee Yeda.

Le 28 juin 2018, la Cour constitutionnelle - qui avait longtemps, contre toute évidence juridique, cherché à justifier sur la base de la Constitution le refus de toute forme d'objection de conscience - avait déjà opéré un revirement de jurisprudence, en déclarant anticonstitutionnelle l'absence de formes alternatives de service civil au service militaire, et en enjoignant au gouvernement de changer la loi d'ici le 31 décembre 2019. Le CILD avait salué cette décision, tout en en soulignant les limites - concernant les incertitudes sur la durée et la forme que revêtirait le nouveau service civil alternatif, l'absence de décriminalisation de l'insoumission (mais aussi, avaient relevé de nombreux juristes, de l'objection de conscience en soi), le maintien des formes de répression contre les objecteurs de conscience avant le changement de la législation et l'absence de politique de lutte contre les discriminations, très fortement ancrées socialement, à l'encontre des hommes n'accomplissant pas leur service militaire, et qui pourraient continuer à être traités comme des criminels par leurs potentiels employeurs. Un témoignage des discriminations est apporté par l'acharnement du système judiciaire sud-coréen à l'encontre du chanteur et acteur Yoo Seung-jun, interdit d'entrée en République de Corée car accusé d'avoir pris la nationalité américaine pour ne pas effectuer son service militaire. Si la décision rendue par  la Cour suprême décriminalise clairement l'objection de conscience (contrairement à la Cour constitutionnelle le 28 juin 2018), elle ne lève aucune des incertitudes et des inquiétudes mises en exergue par le CILD.

Sous ces réserves, la Cour suprême va changer la vie du requérant, Oh Seung-heon, 34 ans, marié et père de famille de deux enfants, qui avait été condamné à 18 mois de prison en juillet 2013 pour la Cour du district de Changwon pour son refus de porter les armes, et donc d'accomplir le service militaire, pour des raisons religieuses, comme d'ailleurs son père et son frère cadet, également témoins de Jéhovah. Une brochure d'Amnesty International Corée sur l'objection de conscience soulignait que les témoins de Jéhovah considèrent qu'ils naissent criminels au regard de la loi sud-coréenne.

La Cour suprême a formulé les observations suivantes à l'appui de sa décision, en mentionnant la liberté de conscience au titre des droits fondamentaux, ainsi que les valeurs démocratiques :

Obliger les objecteurs de conscience à accomplir leur service militaire en imposant des sanctions telles que des poursuites criminelles constituent une atteinte à leurs droits fondamentaux, notamment la liberté de conscience. Obliger uniformément à l'accomplissement de leurs obligations militaires et recourir à des poursuites pénales criminelles pour les sanctionner ceux qui ne satisfont pas à leur devoir [militaire] est également contraire à l'esprit de la démocratie libérale, à l'esprit de tolérance et de magnanimité. L'opinion de la majorité [des juges] est que le refus de servir militairement suivant de vrais motifs de conscience constitue l'une des raisons légitimes que la loi sur le service militaire énonce comme exception à l'application de poursuites.

Si la décision rendue est exceptionnelle, elle est toutefois limitée par des considérants selon laquelle l'objection de conscience doit être "ferme, solide et réelle", et les juges ayant émis une opinion dissidente se sont engouffrés dans la brèche en parlant de l'impossibilité selon eux d'apprécier la sincérité de l'objection de conscience. En d'autres termes, même pour le cas pourtant patent des témoins de Jéhovah, rien ne garantit que le droit à l'objection de conscience sera à nouveau reconnu, et qu'en sera-t-il des autres motifs d'objection de conscience, notamment pacifistes et anti-militaristes ? des personnes ayant changé de religion plus ou moins récemment ? du cas des conscrits (notamment issus de minorités sexuelles) victimes d'abus encore très rarement reconnus et punis ? des militants politiques refusant de porter les armes contre le Nord, dans un pays où le service militaire sert la propagande et le bourrage de crâne anti-Corée du Nord - ceux-ci étant des insoumis au sens juridique, mais pas des objecteurs de conscience ? Si la Cour suprême a assurément pris une décision qui va dans le bon sens, il serait naïf de croire que le combat juridique et politique est gagné d'avance, dans une société sud-coréenne où le militarisme reste omniprésent.

Le jour même où la Cour suprême rendait sa décision tombait le cas du footballeur Jang Hyun-soo, banni à vie de l'équipe nationale pour s'être soustrait à ses obligations militaires - car avoir été exempté du service militaire en raison de ses performances sportives ne vous exonère pas d'accomplir des périodes militaires. Et le plus triste dans l'affaire Jang Hyun-soo est sans doute le plaider coupable et les excuses présentées par l'intéressé, confirmant - si besoin était - qu'être soldat et/ou accomplir ses obligations militaires constitue toujours un devoir sacré pour la majorité de l'opinion publique sud-coréenne.

Partager cet article

Repost0
18 octobre 2018 4 18 /10 /octobre /2018 20:28
 

Le 15 octobre 2018, à l'issue de sa rencontre avec le président sud-coréen Moon Jae-in, Emmanuel Macron a déclaré que la France « n'envisage pas d'établir des relations diplomatiques à ce stade » avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et que ces relations « sont évaluées à l'aune des progrès sur le dossier nucléaire et balistique, des relations inter-coréennes et la situation des droits de l'homme ». « C'est en fonction des évolutions qui seront constatées sur le terrain que nous envisagerons d'une part des évolutions en terme de relations bilatérales diplomatiques et d'autre part des évolutions en terme de politique des sanctions », a ajouté le président français. Ces déclarations sont dans la droite ligne de celles faites depuis au moins dix ans par le ministère français des Affaires étrangères, notamment en réponse aux questions de l'Association d'amitié franco-coréenne.

La France rate ici une troisième occasion d'établir des relations diplomatiques avec la RPDC (après 1994 et 2000). Outre son caractère parfaitement contraire à la tradition diplomatique française - qui est de reconnaître des États et non des gouvernements ou des régimes politiques -, cette attitude marque la difficulté de la diplomatie française à appréhender l'évolution de la situation en Corée, marquée par les sommets d'avril, de mai et de septembre 2018 entre les dirigeants des Corée du Nord et du Sud, et par le sommet de juin 2018 entre les dirigeants de la Corée du Nord et des États-Unis d'Amérique. Les propos d'Emmanuel Macron sont totalement décontextualisés et marginalisent un peu plus la France parmi les acteurs pouvant exercer une influence positive dans la résolution de la crise coréenne et, plus généralement, dans la zone Asie-Pacifique.

La France a voulu s'aligner sur la position américaine de « pression maximum » à l’égard de la Corée du Nord en votant toutes les sanctions économiques à l’ONU. Or, aujourd'hui, la levée des sanctions n'est pas seulement une exigence logique de réponse aux efforts déjà accomplis par la RPDC, à commencer par l'arrêt des tests nucléaires et balistiques et le démantèlement de ses sites d'essais : la levée des sanctions est une nécessité pour ne pas faire de la vie des populations la variable d'ajustement des besoins diplomatiques du moment.

Au moment où le Président Moon Jae-in effectue une tournée en Europe, il est déplorable que la France continue une diplomatie d’agressivité contre la RPDC, héritée de la période de la guerre de Corée (1950-1953). La France, dernier pays de l'Union européenne (avec l'Estonie) à ne pas reconnaître la RPDC, va jusqu'à se retrouver à contre-courant des autres pays de l'Union et, de fait, au moins officiellement, des États-Unis eux-mêmes ! Ce cavalier seul d'une France tournant le dos à ses meilleures traditions diplomatiques pour obéir aux pires logiques néo-conservatrices ne saurait toutefois être qualifié de politique authentiquement indépendante.

L'Association d'amitié franco-coréenne salue les déclarations inter-coréennes des 27 avril 2018 et 19 septembre 2018, lesquelles posent des bases solides pour établir une paix durable, promouvoir les échanges et favoriser la réunification entre les deux parties divisées de la péninsule coréenne, et appelle l'ensemble des acteurs de la communauté internationale à favoriser effectivement la mise en place d'un système de sécurité collective, corollaire indispensable à une prévention efficace des conflits, au désarmement et à la démilitarisation.

Militant depuis près de cinquante ans pour la paix et la réunification de la Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne a toujours refusé la voie de l'escalade militaire et de l'isolement de la République populaire démocratique de Corée sur la scène internationale. Aujourd'hui confortée dans ses choix pour la paix et la réunification de la Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne réitère son appel aux autorités françaises pour que la France ait - enfin - dans cette partie du monde une politique à la hauteur de son rang. Cela passe nécessairement par la prise en compte du caractère historique du processus en cours dans la péninsule coréenne, par la levée des sanctions et par l'établissement de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée.

 

Contact : M. Benoît Quennedey, président de l'AAFC - 06 87 24 93 00

Télécharger la déclaration du bureau national de l'AAFC

Partager cet article

Repost0
14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 21:53

Le 12 octobre 2018 (près du pont des Arts) et le 14 octobre 2018 (près du centre Beaubourg), quatre artistes coréens ont effectué une performance à Paris pour la paix en Corée : la peintre Bae Dallae, le mime Lee Jung-hun, la violoncelliste Moon Jiyoon et le musicien Lee Han-joo, qui se sont par ailleurs produits pour les "femmes de réconfort" les 10, 11 et 13 octobre 2018, ont exprimé leur volonté qu'advienne une ère de paix et de prospérité, ouvrant la voie vers la réunification.

Un spectacle pour la paix en Corée

Pour l'Occidental, à qui la Corée évoque au mieux un pays lointain situé quelque part très à l'Est sur le continent eurasiatique, parler de division nationale est une question abstraite - mis à part pour les Allemands, qui ont eu, eux, à souffrir de la partition de leur pays pendant plus de quatre décennies. Mais l'histoire du peuple coréen depuis 1945 est modelée par cette séparation subie, produit d'une guerre froide qui n'a jamais pris fin sur le sol de la péninsule, à laquelle le spectaculaire rapprochement inter-coréen en cours ouvre l'espoir de mettre un terme - par l'action des Coréens eux-mêmes, sans ingérence extérieure.

La troupe artistique sud-coréenne a exprimé sa volonté et son espoir d'une ère nouvelle, vers une réunification symbole d'une explosion de couleurs - et de joie, joie de retrouver ses proches et une unité nationale plus que millénaire. Il est fréquent de figurer les deux parties divisées de la Corée sous des traits masculins et féminins : ici, Bae Dallae et Lee Jung-hun ont représenté la séparation puis l'union des corps, tout au long d'une performance impliquant une participation du public qui agitait les drapeaux de la Corée unifiée (la carte en bleu de la péninsule frappée sur fond blanc) et lançait des avions en papier multicolores vers les deux danseurs. Car la réunification et le dialogue inter-coréens seront bien l'expression d'une volonté collective, mobilisant l'élan de toute une nation.

A l'issue de la spectacle donné le 14 octobre 2018, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne, a souligné que celui-ci coïncidait avec la venue en Europe du Président Moon Jae-in, qui cherche en France - auprès du Président Emmanuel Macron, rencontré le 15 octobre - un soutien effectif à sa politique de rapprochement et de dialogue Nord-Sud, pour écarter définitivement les risques de guerre dans une péninsule dévastée par le feu des armes il y a 65 ans.

A cette fin, les organisateurs ont convié les participants à signer une pétition pour la paix en Corée et son corollaire immédiat : la levée des sanctions qui frappent les populations nord-coréennes et sont aujourd'hui en déphasage avec l'engagement de la Corée du Nord sur la voie de sa dénucléarisation.

Un spectacle pour la paix en Corée
Un spectacle pour la paix en Corée
Un spectacle pour la paix en Corée
Un spectacle pour la paix en Corée
Un spectacle pour la paix en Corée

Partager cet article

Repost0
30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 09:31

Du 4 au 13 septembre 2018, une délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'invitation du Comité coréen pour les relations culturelles avec les pays étrangers, dans le contexte de la célébration du 70e anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, proclamée le 9 septembre 1948. Pour l'organisation de leur visite, les participants remercient tout particulièrement Mme Jong Un-a, secrétaire générale de l'Association d'amitié Corée-France. Alors que ce déplacement prenait place dans un contexte diplomatique nouveau, marqué par l'amorce d'un dialogue direct américano - nord-coréen au plus haut niveau et avant un nouveau sommet inter-coréen à Pyongyang, du 18 au 20 septembre 2018, l'AAFC a interrogé Benoît Quennedey et Patrick Kuentzmann, respectivement président et secrétaire général de l'AAFC, qui faisaient partie de la délégation de l'AAFC.

AAFC - Les commémorations ont compris notamment une parade civile et militaire, une nouvelle représentation des jeux de gymnastique de masse, et une parade aux flambeaux. Que doit-on retenir de ces cérémonies, sur la forme et sur le fond ?

Benoît Quennedey - Les représentations de gymnastique de masse sont devenues l'une des expressions de l'identité de la République populaire démocratique de Corée, en constituant le plus grand spectacle vivant au monde - même s'il a également des équivalents dans d'autres pays, notamment en Asie de l'Est. La longue préparation des spectacles de masse, pendant plusieurs mois, avec la participation de nombreux citoyens de la ville de Pyongyang, est l'expression de la primauté du collectif sur l'individu dans la société fortement empreinte de tradition confucéenne, qui se réclame aujourd'hui du socialisme, qu'est la Corée du Nord. La parade militaire n'est pas, en revanche, propre à la RPD de Corée : la France a aussi son défilé du 14 juillet, le jour de la fête nationale, pour ne citer que notre pays... Cette année, les exercices de voltige des avions militaires avaient gagné en précision et en dextérité, alors qu'il s'agit d'appareils peu adaptés à ce type de prouesses - comme un signal des capacités de défense aérienne du pays, qui subit des menaces militaires d'abord aériennes. Enfin, la parade aux flambeaux et surtout le spectacle de gymnastique de masse ont encore fait progresser la République populaire démocratique de Corée dans une maîtrise totale de ce type de spectacle à nul autre pareil au monde... Toujours sur la forme, j'observe que les apparitions publiques du Président Kim Jong-un auxquelles nous avons assisté ont été moins nombreuses qu'en 2012 (seulement deux : lors de la parade civile et militaire et pour l'inauguration du spectacle de gymnastique de masse), et que cette année il ne s'est pas exprimé publiquement. Il ne s'agit pas à mon sens d'un retrait, mais de la volonté de rappeler que l'exercice du pouvoir en RPD de Corée repose sur un collectif. Je laisse toutefois le soin à Patrick Kuentzmann, "vétéran" de l'AAFC quant au nombre de visites effectuées depuis 2005 (personnellement, je me rendais à Pyongyang pour la huitième fois depuis 2005), de détailler les évolutions sur le fond de ces manifestations officielles, qui ont dominé la couverture médiatique des cérémonies en dehors de la Corée - notamment de la part des différents médias français présents (TF1, France Télévisions, Le Monde, Europe 1...).

Quelques tableaux du spectacle de gymnastique de masse "Le Glorieux pays" (photos : KCNA)

Patrick Kuentzmann - C'était ma dixième visite (depuis 2005) en République populaire démocratique de Corée. Les manifestations officielles étaient, comme d'habitude en RPD de Corée, parfaitement organisées. En revanche, le message transmis à l'occasion de ces manifestations était nouveau, et peut même être considéré comme un message de paix adressé au monde, et aux Etats-Unis en particulier. D'abord, la parade militaire du 9 septembre ne présentait aucun missile, de courte, moyenne ou longue portée, et faisait la part belle aux armements défensifs, surtout anti-aériens. Le message était donc clair : la RPD de Corée, si elle reste bien décidée à se défendre, veut avancer dans ses négociations avec les Etats-Unis sur ses programmes nucléaire et balistique. Le défilé civil qui a immédiatement suivi le défilé militaire était particulièrement imposant, mettant l'accent sur le développement économique, avec la participation de tous les corps sociaux et professionnels du pays : femmes, étudiants, infirmiers, sportifs, scientifiques, etc. Là encore, aucune allusion au nucléaire, fût-il civil, ou même à la conquête spatiale, alors que la RPD de Corée se montrait jusque là très fière des progrès accomplis dans ce domaine. Mais la présentation d'une fusée spatiale aurait pu être mal interprétée, et les Coréens ont donc préféré s'abstenir. On peut voir dans cette prudence un signe supplémentaire de la bonne volonté des Coréens dans leurs négociations en cours avec les Etats-Unis, et espérer que ces derniers fassent preuve d'autant de sagesse. Il n'y a eu aucune allusion non plus aux programmes nucléaire et spatial dans le spectacle de gymnastique de masse, intitulé "Le Glorieux pays", où les différents tableaux ont mis l'accent sur le développement économique, mais aussi sur la coopération internationale et sur le dialogue intercoréen. Un des tableaux présentait même le film de la rencontre du 27 avril 2018 entre le dirigeant Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in, déclenchant les applaudissements du public présent dans le stade du Premier-Mai. Quelque chose de proprement inédit, inenvisageable il y a encore quelques mois. Le ressenti face à tous ces éléments est que l'évolution positive des relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, d'une part, entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, d'autre part, est quelque chose de profond pouvant aboutir à un apaisement durable dans cette région du monde.

Parade militaire et civile du 9 septembre 2018 à Pyongyang (photos : KCNA)

AAFC - La délégation de l'AAFC a aussi participé à des rencontres internationales avec les associations d'amitié avec la Corée. Quel message a plus particulièrement délivré l'AAFC lors de ces manifestations ? 

PK - Les manifestations à l'occasion des grands anniversaires de la RPD de Corée sont aussi l'occasion de réunir les associations d'amitié avec la Corée venues du monde entier. Cette année, une réunion était plus particulièrement consacrée aux échanges d'expérience des différentes associations. Dans son exposé, le président de l'Association d'amitié franco-coréenne a fait part des actions récentes de l'association dans divers domaines (voir exposé ci-dessous). Le message principal qu'on peut en retenir est que l'amitié avec la RPD de Corée, et la Corée en général, passe par un soutien au dialogue intercoréen, impliquant lui-même de soutenir le mouvement pro-réunification, au Nord comme au Sud, en étant, entre autres, solidaire avec les militants réprimés au nom de l'anachronique (plus que jamais) loi sud-coréenne dite de sécurité nationale. Envisager la question coréenne dans sa globalité est une la ligne constante de l'Association d'amitié franco-coréenne.

Préparation de l'intervention de Benoît Quennedey, président de l'AAFC, avant la réunion des associations d'amitié le 11 septembre 2018 à Pyongyang (photo : AAFC)

BQ - Soutenir par des déclarations la paix et la réunification en Corée est nécessaire, mais pas suffisant : la particularité de l'AAFC, du moins parmi les associations d'amitié basées en Europe, est d'être structurée dans les régions françaises, de prendre toute notre place dans des manifestations qui ont rassemblé à Paris jusqu'à 800 personnes (pour obtenir le départ de la présidente conservatrice sud-coréenne Park Geun-hye), et de ne jamais négliger l'importance de promouvoir la connaissance de la langue et de la culture coréennes - y compris dans les coopérations que nous avons initiées, en particulier dans le domaines universitaire (architecture, mathématiques fondamentales...). Nous avons aussi participé à la mise en place, à Paris, du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), pour lutter contre la répression politique et favoriser la pleine démocratisation de la République de Corée. Outre la présentation des activités de l'AAFC que j'ai été amenée à faire à Pyongyang, je relève que, lors d'une marche pour la paix, la banderole de l'AAFC était la première du cortège après celle du cortège de tête (ne mentionnant aucune association en particulier). J'y vois le signe d'une reconnaissance, par nos homologues coréens, du rôle joué par l'Association d'amitié franco-coréenne dans le mouvement de solidarité internationale.

Délégation de l'AAFC participant à la marche internationale pour la paix, la prospérité et la réunification de la Corée le 11 septembre 2018 à Pyongyang (photo : AAFC)

AAFC - La délégation de l'AAFC a eu un entretien avec M. So Ho-won, président de l'Association d'amitié Corée-France et vice-président du Comité coréen de solidarité avec les peuples du monde. Quels sujets ont été abordés lors de cette rencontre ?

PK - Le président de l'Association d'amitié Corée-France a exprimé à nouveau ses remerciements pour tout ce qu'a fait l'Association d'amitié franco-coréenne depuis près de 50 ans. Il est notamment revenu sur la conférence organisée à Paris en juin 2017, un événement qui a apparemment marqué nos amis coréens. A cet égard, il est significatif que le Comité des relations culturelles avec les pays étrangers, qui chapeaute toutes les associations d'amitié entre la RPD de Corée et les autres pays, ait prévu une réunion consacrée aux échanges d'expérience entre associations d'amitié, puisque l'échange d'expérience était précisément un des points figurant dans la déclaration finale de la conférence de Paris. Et puisque l'Association d'amitié fêtera son cinquantième anniversaire en octobre 2019, nous avons convenu de la venue en France d'une délégation de notre association homologue coréenne pour participer à la célébration de ce cinquantenaire.

BQ - Lors de la rencontre avec M. So Ho-won, j'ai aussi souligné la diversité professionnelle et d'origine géographique des membres qui composaient la délégation de l'AAFC présente lors des cérémonies, ainsi que les visites régulières en RPD de Corée d'autres membres de l'AAFC : dans le cadre d'un accueil universitaire de plusieurs mois ce printemps, au sein d'une délégation spécialisée dans le tennis de table en juillet 2018 et, quelques jours après le retour en France de la délégation, à l'occasion du Festival international du film de Pyongyang (PIFF). Chacune de ces participations est l'occasion de promouvoir concrètement les coopérations franco-coréennes. L'occasion a aussi été donnée de parler des activités futures de l'AAFC, dont effectivement l'accueil d'une délégation du Comité coréen des relations culturelles avec les pays étrangers en France (idéalement, à Paris et dans l'un des comités régionaux de l'AAFC) dans un peu plus d'un an, et qui pourra aussi être l'occasion d'une nouvelle conférence internationale sur la Corée, après celle de juin 2017 que nous avions organisée à Paris.

M. So Ho-won, président de l'Association d'amitié Corée-France, et Mme Jong Un-a, secrétaire générale de l'Association d'amitié Corée France, le 5 septembre 2018 à Pyongyang (photo : AAFC)

AAFC - Le programme de visites de la délégation comportait aussi, à sa demande, des rencontres plus spécifiques - avec l'Université d'architecture et des matériaux de construction de Pyongyang (PUA), le ministère de la Sécurité de la construction et l'usine de panneaux solaires de Pyongyang. Comment l'AAFC a-t-elle pu, dans ces différents domaines, faire progresser la coopération franco-coréenne ? On retient aussi que la défense de l'environnement et la sécurité des travailleurs ne sont pas seulement des slogans...

BQ - Des rencontres avec la PUA ont lieu à l'occasion de chacune des visites de délégations de l'AAFC en RPD de Corée depuis avril 2012 : outre des donations de matériel scientifique (tandis que des demandes ont été à nouveau formulées par nos interlocuteurs dans d'autres domaines, comme l'architecture paysagère), il s'agit de connaître les attentes des Coréens pour les mettre en contact avec des homologues français. Une délégation européenne pluridisciplinaire de spécialistes de la Corée, composée notamment d'architectes et d'urbanistes, s'est ainsi rendue en RPD de Corée à l'automne 2013, et cette coopération se poursuit depuis cette date (accueil d'universitaires nord-coréens en France et français en Corée du Nord).

Un des membres de la délégation étant chef d'entreprise dans le secteur du BTP, nous avons souhaité savoir quelle était la politique nord-coréenne en matière de sécurité des travailleurs : nous avons ainsi pu avoir une discussion ouverte sur les causes et les conséquences du dramatique effondrement d'un immeuble dans le quartier de Pyongchon, à Pyongyang, en 2014 : était en cause la mauvaise qualité de matériaux de construction (en l'occurrence, du ciment), d'origine chinoise et qui n'avait pas été vérifiée par les organismes compétents du ministère... Le fait que la sécurité de la construction soit désormais un ministère à part entière depuis 1996 atteste d'une préoccupation réelle, même si nos interlocuteurs sont conscients des progrès qui restent à accomplir : ils ont été désireux de disposer des normes françaises en la matière. Enfin, les préoccupations environnementales sont apparues très présentes : l'objectif est de parvenir à une autosuffisance en énergie des bâtiments à hauteur de 50 %.

Rencontre des membres de la délégation de l'AAFC avec les professeurs de l'Université d'architecture et des matériaux de construction de Pyongyang le 5 septembre 2018 (photo : AAFC)

La défense de l'environnement a été encore plus marquée lors de la visite de l'usine de panneaux solaires de Mokran Kwangmyong, à Pyongyang, que nous avions spécifiquement demandée : aujourd'hui, environ 50 % des panneaux solaires du pays proviennent d'une production propre, à l'usine de Pyongyang, créée en 2011 et toujours en cours d'agrandissement, ainsi que dans trois autres usines (situées, pour l'une d'entre elles, à Nampo, et pour deux autres dans la province du Hwanghae du Sud). Il n'y a rien d'exceptionnel qu'un pays sous embargo (y compris énergétique) développe ses propres capacités d'énergie ; ce qui est plus original est que l'essor des énergies renouvelables constitue une priorité pour le développement du pays, affirmée au plus haut niveau de l'Etat, et qui repose tant sur des capacités d'innovation que sur l'accumulation primitive de capitaux permettant une diversification des activités (l'usine de Mokran Kwangmyong était initialement spécialisée dans la production de DVD, où elle se positionne d'ailleurs en leader sur le marché nord-coréen, tout en développant par ailleurs une recherche dans le secteur de l'éolien).

Usine de panneaux solaires de la compagnie Mokran Kwangmyong à Pyongyang le 12 septembre 2018 (photo : AAFC) 

AAFC - La délégation française a aussi fait une donation à la Foire internationale du livre scientifique et technique...

PK -  A l'occasion de la Foire internationale du livre scientifique et technique, qui avait lieu au complexe des sciences et techniques de Pyongyang, l'Association d'amitié franco-coréenne a donné des livres, sous format papier et électronique, exposés sur le stand des associations d'amitié. Des éditeurs étrangers, surtout russes et chinois (Chine continentale et Taïwan), étaient aussi présents. Il faut noter que trois gouvernements étrangers disposaient de leur propre stand pour y exposer des livres sur leur pays : le Nigéria, le Laos et la Roumanie. La Roumanie était donc la digne représentante de la culture latine, la France, qui a ouvert en 2011 un bureau dévolu aux affaires humanitaires et culturelles à Pyongyang, n'ayant pas jugé utile d'exposer à la Foire du livre. Cet investissement (minime) n'aurait pourtant pas été de trop, alors que l'apprentissage du français est en perte de vitesse et que des perspectives nouvelles se dessinent dans cette partie du monde. A moins que les autorités françaises considèrent que la culture française est un produit de luxe entrant dans le champ des sanctions internationales décrétées par la "communauté internationale" à l'encontre de la Corée du Nord.

Inauguration de la Foire internationale du livre scientifique et technique au Complexe des sciences et techniques de Pyongyang le 10 septembre 2018 (photos : AAFC)

AAFC - Le programme du déplacement comporte aussi  des visites permettant de disposer d'un aperçu sur la vie économique et sociale : école normale de Pyongyang, institut d'ophtalmologie, usine textile Kim Jong-suk... Où en est la Corée du Nord ?

BQ - L'école normale de Pyongyang que nous avons visitée a mis l'accent sur le développement de technique modernes d'apprentissage, tant en ce qui concerne les moyens matériels (avec un recours à l'imagerie 3D) que les méthodes (les futurs enseignants étant placés en position interactive avec les élèves, alors que l'enseignement en Corée est traditionnellement très vertical, les élèves recevant les connaissances des enseignants).

Ecole normale de Pyongyang le 11 septembre 218 (photos : AAFC)

Ce qu'il faut retenir de ces visites est que le pays, en dépit des sanctions (à moins que la production intérieure et l'innovation ne soient stimulées par les sanctions ?), continue son processus de modernisation : c'est patent dans le cas de l'usine de textile Kim Jong-suk, si l'on compare avec la visite qu'y avait effectuée une autre délégation de l'AAFC une dizaine d'années plus tôt (diversification de la production, automatisation accrue, même si le travail s'effectue toujours en deux équipes de huit heures, traduisant le manque continu d'énergie pour un fonctionnement des usines à plein rendement), ainsi que dans la mise en place de nouvelles infrastructures collectives, en particulier dans le secteur prioritaire de la santé (avec la visite, pour la première fois cette année, de l'institut d'ophtalmologie). A cet égard, j'ai obtenu la confirmation que la médecine moderne (dite occidentale) est combinée avec la médecine traditionnelle, si décriée en Occident où le poids du lobby pharmaceutique  a contribué au discrédit des médecines dites alternatives. 

Usine textile Kim Jong-suk de Pyongyang le 7 septembre 2018 (photos : AAFC)

Supermarché Potonggang de Pyongyang le 7 septembre 2018 (photo : AAFC)

AAFC - Vous avez aussi eu l'occasion sur place de rencontrer la délégation française conduite par Yann Moix et dont faisait partie Gérard Depardieu...

BQ - La première fois que j'ai pu apercevoir la délégation dont faisait partie Gérard Depardieu, une nuée de journalistes et de curieux s'est précipitée sur lui. D'une voix de stentor il a écarté tout ce petit monde - il m'expliquera ensuite qu'un coup de gueule permet d'éloigner les importuns. Je ne parle pas des autres invités - il est d'un abord extrêmement facile et chaleureux, extrêmement curieux de connaître et de comprendre d'autres cultures - mais d'une certaine presse, qui le dézingue systématiquement, et à qui il rend bien le mépris qu'elle lui oppose.

PK - Toutes les délégations étrangères étant logées dans le même hôtel, le Yanggakdo, nous avons effectivement eu l'occasion de rencontrer la délégation conduite par Yann Moix, avec Gérard Depardieu. Prendre son petit-déjeuner, le plus naturellement du monde, avec un des plus grands acteurs français est un moment privilégié et une expérience originale qui ne peut advenir qu'en Corée. Un moment marquant de plus au milieu de toutes les festivités auxquelles nous avons pu assister ! Yann Moix prévoit de réaliser un film sur Depardieu en Corée du Nord - à moins qu'il s'agisse d'un film sur la Corée du Nord visitée par Depardieu -, l'un et l'autre fêtant cette année leur soixante-dixième anniversaire.

AAFC - Enfin, nous avons cru comprendre que le transit par Pékin n'a pas été exempt de complications. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

PK - Il faut ici entrer dans les subtilités du règlement chinois sur l'immigration. Les ressortissants de certains pays, dont la France, peuvent séjourner sans visa à Pékin, à condition d'arriver à l'aéroport international de Pékin et de repartir de ce même aéroport dans les 144 heures vers un pays tiers. On ne peut donc pas bénéficier de cette mesure si on fait la moindre escale en Chine avant d'arriver à Pékin, et il faut alors un visa en bonne et due forme. En 2015, pour avoir mal compris ce point du règlement, certains membres de l'AAFC, qui avaient fait une escale de seulement quelques heures à Kunming pendant leur trajet vers Pékin d'où ils devaient repartir au bout de 48 heures pour Pyongyang, se sont retrouvés, en toute bonne foi, sans titre de séjour valable et ont dû payer une amende au moment de leur départ vers la Corée. On aurait pu en rester là et, d'ailleurs, ces mêmes personnes n'ont eu aucun problème en 2017 pendant leur transit par Pékin. Mais cette année, le service chinois de l'immigration s'est souvenu de l'incident de 2015, et les personnes concernées se sont vu interdire l'entrée en Chine à l'aéroport de Pékin. Elles ont donc été accompagnées jusqu'à l'embarquement du vol pour Pyongyang, mais sans leurs bagages déjà débarqués en Chine. Les bagages ont été livrés plusieurs jours après à Pyongyang, non sans l'intervention - insistante - de la compagnie nord-coréenne Air Koryo auprès des autorités chinoises. Les membres d'autres délégations étrangères venus en Corée en passant par Pékin ont subi le même sort. A quelque chose malheur est bon puisque cette mésaventure a permis de mesurer le dévouement de nos amis coréens, cherchant à régler au plus vite cette affaire. Elle a aussi été l'occasion d'une séance mémorable de shopping à Pyongyang, au milieu de Coréens amusés, pour reconstituer une partie du contenu des bagages "perdus". Enfin, elle a permis de tester l'efficacité du service consulaire de l'ambassade de République populaire de Chine à Pyongyang, puisque, même pour un transit de quelques heures à Pékin, il a fallu y effectuer les démarches pour demander un visa chinois afin d'éviter de connaître le même genre d'ennui au retour.

AAFC - Merci Patrick Kuentzmann et Benoît Quennedey.

Quartier Ryomyong de Pyongyang (rénové en 2017), le 12 septembre 2018 (photo : AAFC)

Programme de la délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne en République populaire démocratique de Corée du 4 au 13 septembre 2018

Mardi 4 septembre 2018

Arrivée en Corée

Mercredi 5 septembre 2018

10h : rencontre avec M. So Ho-won, président de l'Association d'amitié Corée-France

11h : rencontre avec le ministère de la Sécurité de la construction

14h30 : visite du Musée de la victoire dans la guerre de libération de la patrie

16h30 : visite du métro

18h30 : rencontre avec les professeurs de l'Université d'architecture et des matériaux de construction de Pyongyang

Jeudi 6 septembre 2018

8h : départ pour Kaesong

10h30 : visite de Panmunjom, dans la zone démilitarisée

12h30 : déjeuner traditionnel coréen

14h : visite du Musée de Koryo

16h : retour à Pyongyang

Vendredi 7 septembre 2018

9h30 : visite du Musée de la révolution coréenne

11h : visite de l'usine textile Kim Jong-suk

14h30 : visite du quartier sportif de la rue Chongchun

16h : visite du centre de tir Meari

17h30 : visite du supermarché Potonggang

Samedi 8 septembre 2018

8h : grand monument de Mansudae

9h : réunion internationale des participants aux cérémonies du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée

11h : visite de Mangyongdae, maison natale du Président Kim Il-sung

15h : visite du Musée national des cadeaux

18h30 : banquet pour les participants aux cérémonies du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée

20h : concert

Dimanche 9 septembre 2018

9h : défilé militaire et parade civile

20h : spectacle de gymnastique de masse

Lundi 10 septembre 2018

Deux programmes alternatifs le matin pour les membres de la délégation de l'AAFC

10h : Cérémonie d'ouverture de la Foire internationale des livres scientifiques et techniques

ou 9h30 : tour aux idées du Juche

10h30 : arc de triomphe

11h : exposition artistique Wolhyang

14h30 : centre informatique de musique Hana

15h40 : exposition de timbres

20h : défilé aux flambeaux

Mardi 11 septembre 2018

10h : marche internationale pour la paix, la prospérité et la réunification de la Corée

14h30 : école normale de Pyongyang

16h : réunion des associations d'amitié avec la Corée

18h30 : banquet pour les donateurs à la la Foire internationale des livres scientifiques et techniques

Mercredi 12 septembre 2018

9h30 : usine de panneaux solaires de la compagnie Mokran Kwangmyong

15h : hôpital ophtalmologique de Ryukong

16h : exposition de produits artisanaux

19h : visite de la rue Ryomyong et dîner en ville

Jeudi 13 septembre 2018

Départ pour Pékin
 

Intervention de Benoît Quennedey, président de l'AAFC,
lors d'un échange-discussion entre associations d'amitié sur leurs activités
(hôtel Yanggakdo, Pyongyang, 11 septembre 2018)

Au nom de l'Association d'amitié franco-coréenne, permettez-moi tout d'abord de remercier le Comité coréen pour les relations culturelles avec les pays étrangers pour accueillir notre délégation, et de féliciter le Maréchal Kim Jong-un pour le 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée.

Mon propos répondra à une question simple : quel peut être le rôle d'une association d'amitié ? Les exemples que je développerai sont fondés sur l'expérience de l'Association d'amitié franco-coréenne, créée en 1969, mais je tiens également à saluer la diversité et la richesse des actions conduites par les associations d'amitié de par le monde, ici représentées : nous en avions d'ailleurs rendu compte lors d'une conférence internationale pour la paix et la réunification en Corée, organisée par l'AAFC et qui s'était tenue à Paris les 23 et 24 juin 2017, à une date qui coïncidait avec le 40e anniversaire de la fondation du Comité international de liaison pour la paix et la réunification en Corée (CILRECO) en 1977. Guy Dupré, président d'honneur de l'AAFC et secrétaire général du CILRECO, s'est engagé inlassablement depuis plus de quarante ans dans les actions de solidarité internationale avec la Corée, en France et dans le monde : que son dévouement exemplaire soit ici salué à sa juste mesure !

Dès sa fondation, l'AAFC s'est ainsi attachée à faire connaître la réalité de la situation dans la péninsule coréenne en réunissant des personnalités issues d'horizons politiques très divers : communistes, socialistes, gaullistes, chrétiens, radicaux... Nous avons compté dans nos rangs des ambassadeurs de France, comme André Lewin, d'anciens ministres, tels que le gaulliste Louis Terrenoire qui a présidé l'AAFC, et d'anciens parlementaires, comme André Aubry, aujourd'hui président d'honneur de l'AAFC, et Bernard Hugo, vice-président. Aujourd'hui encore, l'AAFC peut s'enorgueillir de compter parmi ses membres des élus en fonctions, des universitaires, des chefs d'entreprise, des étudiants... il s'agit de représenter la société française dans toute sa diversité, pour en sensibiliser les différentes composantes. En 2017 et 2018, nous avons ainsi pu nous exprimer dans de nombreux médias français ou étrangers en France : des chaînes d'information continue françaises et étrangères, des quotidiens nationaux, ou encore des journaux de sensibilité souverainiste. Nous avons ainsi contribué, à notre mesure, à l'inflexion de la position des médias français sur la question coréenne.

Au regard de la profonde méconnaissance en Occident des idées du Juche et de la politique de Songun, l'AAFC a créé en son sein un Comité d'étude des sciences politiques et sociales de la Corée et nos adhérents sont à l'origine de plusieurs articles sur ces questions dans les meilleures revues françaises de sciences politiques.

Au-delà des actions de communication, qui passent par la publication régulière d'articles sur nos différents sites Internet, la publication d'ouvrages et la parution depuis 1972 d'un bulletin trimestriel, nous soulignons aussi la nécessité d'être solidaires du peuple coréen en menant des actions concrètes qui conduisent à une élévation réelle du niveau de vie du peuple coréen, notamment :

- dans le domaine universitaire, nous avons initié des coopérations dans les secteurs de l'architecture ou encore des mathématiques, en contribuant à la venue en Corée d'universitaires français et étrangers ; des sujets plus pointus sont également dans notre champ d'actions, comme la défense de la francophonie et la promotion de l'Espéranto, tout en faisant des donations régulières à la Foire du livre scientifique et technique ;

- au plan culturel, nous avons notamment accueilli en France en février 2015, en collaboration avec l'ONG britannique DULA, une délégation de membres de la Fédération coréenne des personnes handicapées ;

- la solidarité s'exerce par le recueil de dons et le soutien aux populations frappées par les catastrophes naturelles (inondations, sécheresses), en liaison étroite avec des ONG françaises et étrangères implantées en Corée ; nous faisons ainsi nôtre le proverbe coréen selon lequel il vaut mieux apprendre à quelqu'un à pêcher que lui donner du poisson ; c'est pourquoi, en liaison avec des agriculteurs membres de l'association, nous avons fait parvenir des semences diverses en Corée, qui ont permis des expérimentations par les scientifiques coréens pour améliorer les rendements et diversifier la production ;

- s'agissant des échanges économiques, malgré l'embargo et les sanctions, des chefs d'entreprise français sont présents en Corée ou cherchent à s'y implanter ; il est actuellement envisagé de mettre en place un comité économique au sein de l'AAFC pour coordonner les échanges d'expériences et créer une plateforme d'informations.

Mettant ainsi en relation les responsables coréens avec personnalités françaises, l'AAFC est structurée en dehors de Paris en comités régionaux.

Enfin, nous avons initié ou participé à des manifestations pour la paix en Corée, pour refuser la révision de la Constitution japonaise dans un sens militariste, contre les manœuvres militaires américaines, pour la libération des prisonniers politiques sud-coréens, pour défendre les victimes du naufrage du ferry Sewol ou encore obtenir le départ du pouvoir de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye. Pour ce faire, nous avons pratiqué l'unité, en particulier avec les différentes composantes des progressistes sud-coréens en France, tout en soutenant les Sud-Coréens de France victimes de la répression du régime Park, au sein notamment d'un Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, fondé à Paris en avril 2017. Des militants de l'AAFC se sont aussi engagés personnellement auprès de Sud-Coréens de France qui ont obtenu le statut de réfugié politique.

Le nouveau contexte international est pour nous riche de promesses, marqué par des progrès diplomatiques sans précédent incarnés par la déclaration de Panmunjom, le 27 avril 2018, entre les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in. Mais de nombreux combats restent à mener : levée des sanctions ; mise en place d'un régime de paix permanent autour de la péninsule coréenne ; abrogation de la loi de sécurité nationale en Corée du Sud... Nous savons que nous ne serons qu'une des composantes de ces nouveaux combats, mais nous nous y engagerons résolument, en nous plaçant à l'avant-garde de la solidarité avec le peuple coréen – comme nous nous sommes efforcés de l'être depuis près de cinquante ans.

Je vous remercie pour votre attention.

Partager cet article

Repost0
21 septembre 2018 5 21 /09 /septembre /2018 22:55

Le point de vue de l’AAFC dans les médias. Benoît Quennedey dans les journaux télévisés de France 24 le mardi 18 septembre. A 22h un passage sur France 24 en français et à 22h30 sur sa version en anglais, les deux dans une atmosphère très professionnelle et à chaque fois en ouverture du journal télévisé.

Sommet inter-coréen : l'AAFC sur France 24

A 22h pour illustrer le sujet sur le sommet en cours entre les deux leaders coréens à Pyongyang la journaliste Claire Bonnichon (CB) interroge Benoit Quennedey (BQ)

CB : Pour la première fois en 11 ans un président de la Corée du Sud est à Pyongyang. Au Sud comme au Nord on attend beaucoup de cette rencontre.

BQ : La Corée reprend en main son destin. C’est très important que les Coréens dessinent eux-mêmes leur avenir. Car on a dit que le Nord dépendait de la Chine et le Sud des Etats-Unis. De plus, la première réunion a eu lieu au siège du Comité Central du Parti du travail de Corée ; c’est tout un symbole.

CB : 17 patrons accompagnent le président Moon Jae-in. Que peut-il se passer ?

BQ : Les quatre principales entreprises du Sud sont représentées par leurs dirigeants. Pour le moment les sanctions bloquent encore les échanges économiques potentiels.

CB : C’est pourquoi rien ne débouchera.

BQ : Oui mais dans une perspective de long terme cela permet d’étudier ce qui peut être réalisé. Par exemple il ne faut pas oublier que la Corée du Sud est enclavée comme une île et que le raccordement et le développement des voies ferrées pourraient amener à la possibilité, par exemple, de relier Busan à Marseille.

CB : Les pourparlers entre la RPDC et les Etats-Unis sont au point mort..

BQ : Il n’y a pas de calendrier avec un contenu, pas de système de sécurité collective proposé. Par contre les rapports avec la Chine sont bons et j’étais présent à Pyongyang la semaine dernière quand, devant la foule présente pour fêter le 70e anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, Kim Jong Un a pris, pour la lever avec la sienne, la main du représentant de la Chine Li Zhangshu (un des sept plus hauts dirigeants du Parti communiste chinois). Pyongyang a clairement manifesté, lors des cérémonies, sa volonté d'aller de l'avant sur le chemin de la paix.

A 22h30 changement de plateau et c’est Mark Owen (MO) qui interroge en anglais Benoît Quennedey (BQ).

MO : Voyons-nous des changements à Pyongyang ?

BQ : J’étais présent à Pyongyang pour les la commémoration du 70e anniversaire de la fondation de la RPD de Corée. Il y a des changements dont la venue, la première fois en 11 ans, du président sud-coréen.

MO : La grande question c’est la dénucléarisation, mais pour la population ?

BQ : La RPDC est toujours sous le coup de sanctions mais la présence des patrons du Sud montre que ceux-ci prennent en compte la possibilité de levée de ces sanctions.

MO : Réouvrir la zone spéciale de Kaesong, développer les échanges c’est ce que veulent ces grands patrons.

BQ : Oui, le Sud ne prend pas seulement sa part dans le volet diplomatique mais aussi dans le volet économique. Le Sud développe son indépendance par rapport aux Etats-Unis comme d’ailleurs le Nord vis-à-vis de la Chine.

MO : Je ne suis jamais allé en Corée du Nord mais j’espère le faire un jour. Peut-on se déplacer librement ?

BQ : J’y suis allé huit fois depuis 2005. Le programme des visites est discuté en commun. Il faut sortir de la capitale pour avoir une image plus complète du pays. C’est clair qu’est en cours une ouverture au monde extérieur et que le pays est beaucoup plus ouvert qu’il y deux décennies.

Partager cet article

Repost0
16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 11:34

Le mardi 11 septembre 2018, l’Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé, à l'initiative de Pierre Beltante, la visite d’une ferme maraîchère et de menthe poivrée, pour la délégation générale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) en France. S.E. M. Kim Yong-Il, délégué général, et le premier conseiller M. Jong Chang-gwon ont participé à cette visite, avec en perspective l’idée d’un partage de connaissances dans le cadre d’un woofing dans des fermes biologiques. Madame Catherine Bosc-Biern, directrice de l’établissement « L’Herbier de Milly » à tout d’abord présenté un petit historique de la menthe poivrée de Milly et de l’entreprise familiale. L'AAFC tient à la remercier pour sa disponibilité et la qualité de son accueil.

Présentation de la menthe poivrée

Présentation de la menthe poivrée

Milly-la-Forêt, au sud de l’Essonne est connu depuis des siècles par la culture des simples et plantes médicinales. La Chapelle Saint Blaise des Simples atteste que des soins ont été apportés aux lépreux avec les plantes au XVsiècle.

Au XIXe siècle, près d’une centaine de familles vit de la culture de la menthe poivrée, de la Mélisse, Bourrache, Belladone… mais à partir des années 1930, les cultures se développent à l’étranger à moindre coût, les prix s’effondrent et les cultivateurs herboristes disparaissent les uns après les autres. Une seule famille perpétue aujourd’hui la culture de la menthe poivrée, introduite en France en 1900 par un autre cultivateur Armand Darbonne, la Mitcham ou « Menthe noire » qui deviendra la fameuse menthe poivrée, un hybride de menthe verte et de menthe noire. L’usine Darbonne, située à l'entrée de Milly-la-Forêt, est désormais une multinationale et produit principalement des herbes aromatiques pour la cuisine qu’elle vend dans l’industrie agroalimentaire (Ducros, Gym par exemple) ou sous sa propre marque Darégal El Taste. Elle ne produit plus de menthe poivrée.

Les propriétés de la menthe poivrée

Catherine Bosc Biern explique que la menthe poivrée a une action très importante sur la sphère digestive. Elle stimule la sécrétion des sucs digestifs et de la bile et décontracte les muscles intestinaux. Elle lutte aussi contre la paresse intestinale, ce qui la rend utile dans les cas de constipation ou de colites, comme dans les diarrhées. Fortement antispasmodique, elle soulage les douleurs d'estomac, les ballonnements, et les nausées. Elle aide aussi à se débarrasser des migraines d'origine digestive. La menthe agit aussi contre le mal des transports, en infusion froide, pastille ou encore huile essentielle. Enfin, la menthe poivrée n’empêche pas de dormir en raison de son faible taux de menthone. Elle reste toutefois contre-indiquée à forte dose pour des femmes enceintes ou des jeunes enfants et naturellement en cas de traitement homéopathique.

L'huile essentielle en application externe est aussi très intéressante, puisqu'elle est antibactérienne et antalgique par son effet rafraîchissant. Ainsi, on peut l'appliquer diluée dans un peu d'huile végétale (par exemple, mettre 5 gouttes d'huiles essentielles pour 30 ml d'huile végétale, type amande douce) sur les douleurs musculaires et sur les crampes. Elle va détendre le muscle.

Le stockage de la menthe

Le stockage de la menthe

La dernière famille de producteurs

La famille Bosc-Bierne reste l’héritière en quelque sorte d’une tradition multiséculaire qui se perpétue d’une manière toujours artisanale et naturellement en culture biologique. L’exploitation est constituée de plusieurs lieux exploités par Catherine et son frère Alain.

- des champs de menthe poivrée, de mélisse ;
- des champs de culture maraîchère ou de serres de pleine terre : salade, poireaux, choux de 6 variétés différentes, courgettes, rhubarbe, courges, bettes, tomates de 5 variétés, betterave, fenouil, haricots verts, concombre, raisins de table, et naturellement d’herbes aromatiques courantes ;
- une ferme comprenant les aires de séchage, de stockage, de préparation ;
- un séchoir centenaire (le séchoir du Père Jules) ;
- une distillerie pour la production d’huiles essentielles.

L’exploitation compte deux salariés permanents ainsi que des vacataires en fonction des récoltes et plantations ainsi que deux autres vacataires pour la vente en boutique « l’Herbier de Milly ». Cette boutique vend la production (légumes, herbes, huiles) qui sont également vendus dans des réseaux de l'Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP).

D’autres produits biologiques sont en vente dans la boutique. Pour ces derniers, les employés apportent des conseils selon les demandes.

L’exploitation est labellisée par le Parc Naturel du Gâtinais Français.

La visite de la délégation coréenne s'est déroulée en plusieurs endroits, les visiteurs ayant découvert une partie de la Forêt de Fontainebleau en se rendant à Arbonne-la-Forêt pour les champs et serres, ainsi que le village d’Oncy-sur-Ecole où se trouve la ferme familiale, qui a récemment fait l’objet d’une émission avec Gérard Depardieu sur France 3. A l’issue de cette visite, Catherine a offerts quelques produits de menthe poivrée et il a été envisagé que cette rencontre puisse se prolonger dans le cadre d'un projet de woofing.

 

Test de thym pour huile

Test de thym pour huile

Le séchoir historique du Père Jules

Le séchoir historique du Père Jules

Visite de la serre aux raisins (Chasselat de Fontainebleau)

Visite de la serre aux raisins (Chasselat de Fontainebleau)

La serre aux tomates

La serre aux tomates

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?