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2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 21:23

Alors que les sanctions internationales de plus en plus lourdes prises contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à partir de 2006 ont pu être adoptées grâce au ralliement de la Russie et de la Chine aux propositions des Etats-Unis et de leurs alliés au Conseil de sécurité des Nations unies, le nouveau contexte international, marqué par les tensions croissantes entre les Etats-Unis, d'une part, la Russie et la Chine, d'autre part, offre une opportunité pour Pyongyang de renforcer ses échanges avec Moscou et Pékin - alors que la RPDC a annoncé réouvrir ses frontières après avoir déclaré terminée l'épidémie de "fièvre" (interprétée comme une épidémie de Covid-19) - et fermé ses frontières avec la Chine il y a plus de deux ans et demi, en début d'année 2020. 

Rencontre à Vladivostok, Le 25 avril 2019, entre Kim Jong-un, président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie.

Rencontre à Vladivostok, Le 25 avril 2019, entre Kim Jong-un, président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie.

Si le renforcement des relations bilatérales de la RPDC avec la Russie et la Chine s'était traduit, en 2019, par des rencontres au sommet entre leurs dirigeants (du Président Kim Jong-un à Vladivostok en avril 2019, et du Président Xi Jinping en RPD de Corée les 20 et 21 juin 2019), la fermeture des frontières dans le contexte international de la lutte de pandémie de Covid-19 avait mis fin à ces échanges au plus haut niveau quelques mois plus tard. Durement touchée par les sanctions internationales, l'économie nord-coréenne avait nettement reculé, selon les estimations occidentales - en l'absence de statistiques officielles publiées par la RPDC.

Le nouveau contexte international offre à Pyongyang une opportunité de renforcer ses échanges avec ses deux principaux voisins - et tout d'abord au plan diplomatique. Lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, la RPDC a dénoncé la responsabilité selon elle des Etats-Unis et de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) - dénonçant par ailleurs les perspectives de création d'un OTAN asiatique qui se constituerait autour des alliances militaires privilégiées de Washington avec Tokyo et Séoul. De fait, l'agence de renseignement sud-coréenne a été la première, en Asie, à rejoindre cette année le groupe de défense cyber de l'OTAN.

La possibilité d'un axe Moscou-Pékin-Pyongyang apparaît dans les analyses partagées de ces trois puissances contre l'hégémonie américaine, nonobstant la position de la Chine qui, sur la guerre en Ukraine, modère son ton pour préserver ses relations économiques avec les puissances occidentales. 

Entre la Russie et la RPD de Corée, le fait le plus notable est la reconnaissance par Pyongyang des républiques de Donetsk et de Lougansk le 13 juillet 2022. La RPD de Corée est également apparue prête à participer à la reconstruction économique de ces zones en guerre, par l'envoi de travailleurs - ce qui s'inscrirait dans le prolongement d'une pratique ancienne, naguère de la Corée du Sud, et de la Corée du Nord jusqu'aux récentes sanctions internationales l'interdisant à Pyongyang. De fait, les sanctions ne seraient alors plus appliquées par la Russie - du moins, sur ce point.  

A l'occasion de l'anniversaire de la libération de la Corée le 15 août 1945, les courriers échangés au niveau des chefs d'Etat traduisent la volonté de renforcer les relations bilatérales. Vladimir Poutine a rappelé les combats menés "entre l'Armée rouge et les patriotes de Corée" pour la libération de la péninsule de l'occupation japonaise pendant la Seconde guerre mondiale, et exprimé son souhait de renforcer "la sécurité et le stabilité de la Corée". Kim Jong-un lui a répondu en observant qu'un "front commun" permettait de contrer "les menaces et les provocations des forces hostiles".

Alors que Pyongyang a critiqué la visite de Nancy Pelosi à Taïwan, et rappelé sa position de principe sur une seule Chine (à l'instar de Moscou), les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes d'août 2022 (les plus importantes depuis 2018, bien que d'une ampleur non rendue publique) ont été dénoncées non seulement par la RPD de Corée, mais aussi par la Chine - et par l'ambassadeur russe à Pyongyang. Alors que les experts occidentaux s'attendent à un nouvel essai nucléaire nord-coréen, il semble improbable que Pékin et Moscou accepteraient alors de renforcer les sanctions contre la RPD de Corée, voire même de se joindre à une condamnation verbale. Le 26 mai 2022, la Chine et la Russie avaient opposé leur veto à une proposition de résolution, d'origine occidentale, appelant à renforcer les sanctions contre la RPD de Corée après le lancement par cette dernière de plusieurs missiles balistiques. La Chine et la Russie appellent à présent au dialogue avec Pyongyang et à commencer à lever les sanctions. Si les Occidentaux venaient à prendre de nouvelles sanctions contre la RPDC, celles-ci n'auraient qu'une portée somme toute réduite - vu la quasi-absence de relations et d'échanges avec la Corée du Nord.

La situation géopolitique actuelle a déjà fait une victime : les relations intercoréennes, qui s'étaient réchauffées pendant la présidence du démocrate Moon Jae-in en République de Corée (Corée du Sud), sont au plus bas. Le nouveau président conservateur Yoon Suk-yeol, qui avait déjà qualifié la RPD de Corée d' "ennemi principal" de la Corée du Sud pendant la campagne électorale en mars 2022, a profité de l'anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août 2022, pour formuler une proposition consistant à apporter une aide économique au Nord en contrepartie de sa dénucléarisation. Les observateurs étaient sceptiques sur la réponse de Pyongyang à ce qui apparaissait surtout comme une opération de communication à peu de frais pour apparaître vouloir un dialogue : en effet, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait formulé une proposition très proche en 2008, qui avait été rejetée par le Nord. Sans surprise, la RPD de Corée avait répondu quelques jours plus tard que sa sécurité internationale n'était pas négociable - et pas à vendre.

Alors que la France et l'Union européenne se démarquent des Etats-Unis sur la montée des tensions avec la Chine (notamment, s'agissant de la France, lors de la conclusion de l'alliance militaire AUKUS entre l'Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, en septembre 2021), il apparaîtrait utile de promouvoir le dialogue et de prévenir les risques d'escalade et de tensions à la frontière est de la Russie, dans et autour de la péninsule coréenne. Dans le site d'analyse de référence sur la Corée du Nord 38 North, Jagannath Panda ne dit pas autre chose, en soulignant qu' "il est impératif d'empêcher une confrontation de type russe en Asie du Nord-est". Nous faisons nôtres ces propos raisonnables et de bon sens.

 

Sources :

Jagannath Panda, "Will Pyongyang's NATO tirades pay dividends", 38 North, 19 août 2022

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28 août 2022 7 28 /08 /août /2022 21:41

Alors que l'opinion publique française est alertée sur la situation terrible de Sébastien Raoult, jeune hacker français de 21 ans détenu au Maroc et menacé d'extradition vers les Etats-Unis, un citoyen britannique est menacé d'un sort similaire : Christopher Emms est actuellement détenu en Arable Saoudite, risquant une extradition vers les Etats-Unis après l'émission d'un mandat d'arrêt par le FBI. Pourtant, un Britannique ne devrait pas être soumis à une juridiction américaine pour des faits commis en dehors du territoire américain : le principe d'extraterritorialité est contraire aux règles de droit international. Les accusations à l'encontre de Christopher Emms sont par ailleurs absurdes : pour avoir participé à une conférence internationale sur la blockchain en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en avril 2019, il deviendrait soudainement co-organisateur de cette conférence selon la justice américaine - et à ce titre coupable de complot pour avoir tenté de soustraire la RPD de Corée aux sanctions internationales. Christopher Emms encourt vingt ans de prison aux Etats-Unis. L'Association d'amitié franco-coréenne se joint aux défenseurs de l'informaticien britannique, qui rejette catégoriquement les accusations à son encontre, pour qu'il puisse enfin bénéficier de la protection consulaire des autorités britanniques en étant rapatrié au Royaume-Uni, et que dans son pays il puisse se défendre librement d'accusations dont tout indique qu'elles sont infondées.

Justice et liberté pour Christopher Emms !

Les poursuites contre Christopher Emms - ainsi que l'Espagnol Alejandro Cao de Benos - s'inscrivent dans le prolongement de la condamnation du développeur d'Ethereum, Virgil Griffith, à 63 mois de prison par la justice américaine. Tous les trois avaient participé à une conférence sur la blockchain, organisée en 2019 à Pyongyang par Alejandro Cao de Benos. Après avoir défendu n'avoir apporté aucune information sensible de nature à permettre aux Nord-Coréens d'échapper aux sanctions internationales, Virgil Griffith avait finalement plaidé coupable à la suite d'un placement en détention provisoire - ce qui lui avait permis de réduire la très lourde peine à laquelle il était exposé (jusqu'à 20 ans de prison). Après sa condamnation, Christopher Emms et Alejandro Cao de Benos sont poursuivis pour complicité en ayant prétendument aidé les Nord-Coréens à utiliser les crypto-monnaies pour contourner les sanctions internationales. Ni l'un ni l'autre ne sont pourtant américains et les faits incriminés n'ont pas été commis aux Etats-Unis. L'affaire Julian Assange a apparemment donné des ailes aux procureurs américains pour faire appliquer la loi américaine partout dans le monde, en méconnaissance du principe de souveraineté des Etats.

 

Comme l'a souligné Christopher Emms, non seulement il n'était pas impliqué dans l'organisation de la conférence à Pyongyang, mais la description qu'il en donne peut difficilement laisser penser qu'une quelconque information utile ait pu être apportée aux Nord-Coréens : 

Nous n'avons reçu aucune préparation, on nous a donné un tas de merde, des copiés-collés de Google qui nous ont été donnés par [Cao de Benós] avec différents sujets de discussion, des trucs de haut niveau comme “Blockchain et technologie” et “Blockchain et la paix.”

Blockworks

De la description qu'il donne de son voyage (payant) en RPD de Corée, Christopher Emms ne peut vraiment pas être décrit comme un défenseur à quelque titre que ce soit du régime nord-coréen. Pourtant, à en croire le FBI, il aurait permis aux Nord-Coréens d'acquérir des connaissances pour échapper aux sanctions frappant la RPDC... 

 

Non seulement Christopher Emms est détenu en Arabie Saoudite, dans un état de pression psychologique intense, mais ses comptes bancaires ont été bloqués par décision de la justice américaine et il en est réduit à emprunter de l'argent à sa famille et ses amis.

 

Malgré l'engagement courageux en sa faveur du député britannique conservateur Crispin Blunt, les autorités londoniennes ont manifestement abandonné l'un de leurs ressortissants.  Tout ce qu'il demande est de pouvoir retourner au Royaume-Uni et se défendre :

Emms maintient qu'il est innocent, mais même s'il ne l'était pas, il considère qu'il a le droit de “rentrer à la maison et de traiter avec le système judiciaire britannique, ce qui n'est pas, je pense, une énorme chose à demander, même aux Américains”

Coingeek

Les poursuites contre Christopher Emms s'inscrivent plus largement dans un mouvement inquiétant de criminalisation des activités liées aux crypto-monnaies, ainsi que de mise en oeuvre d'un délit d'opinion - ce dont a également souffert le président de l'AAFC : au fond, la principale critique contre Christopher Emms n'est-elle pas d'avoir dénoncé comme particulièrement injustice la gestion par les autorités américaines du système monétaire global ? Les fondateurs des crypto-monnaies ont rêvé d'un monde meilleur en instituant un système monétaire qui puisse échapper aux Etats ; aujourd'hui, l'appareil répressif des Etats cherche à étouffer leurs voix indépendantes et libres.

 

Sources :

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22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 10:43

Le 19 août 2022, à l'initiative de Mme Kim un rassemblement pour la paix en Corée s'est tenu à Paris, place du Trocadéro - suscitant l'intérêt du public pour un conflit qui n'a jamais pris fin depuis l'armistice du 27 juillet 1953. Cette manifestation a été organisée à la veille de nouveaux exercices militaires américano - sud-coréens. Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne réaffirme sa position de principe pour la paix et le dialogue, ainsi que pour la levée des sanctions qui frappent les populations nord-coréennes.

Manifestation à Paris pour la paix en Corée

A partir du 22 août 2022 les forces militaires américaines et sud-coréennes conduisent des manœuvres militaires de grande ampleur intitulées « Bouclier de la liberté Ulchi », dans et autour de la péninsule coréenne. Elles combinent les moyens de toutes les armes – notamment le recours à des bombardiers F35 – et des actions cyber, la guerre cybernétique représentant aujourd’hui l’une des menaces majeures qui pèse sur la sécurité mondiale en l’absence de toute régulation par le droit international public.

Ces exercices de guerre constituent le plus vaste déploiement de forces militaires en dehors d’un conflit armé. Ils avaient été interrompus en 2019 par le Président de la République de Corée (Corée du Sud) Moon Jae-in, en vue de favoriser le dialogue et les échanges intercoréens. Leur reprise dans un contexte marqué par une escalade des tensions, en Asie du Nord-Est et dans le monde, constitue le pire signal pour toutes celles et tous ceux qui sont épris de paix

Les manœuvres militaires menées conjointement par les soldats américains et sud-coréens sont régulièrement dénoncées par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme la répétition d’une invasion de la péninsule coréenne. Elles font courir un grave risque de montée des tensions, justifiant la poursuite par la Corée du Nord de son programme nucléaire et balistique. Elles interviennent cette année après des exercices militaires conduits par la Chine autour de Taïwan, signalant une dangereuse montée des tensions dans la zone Asie-Pacifique, la plus militarisée au monde.

La montée des tensions n’est pas une fatalité : il est urgent de renouer le dialogue en Asie du Nord-Est, en mettant fin à l’escalade militaire et en opérant une levée des sanctions qui frappent durement les populations nord-coréennes : c’est la seule voie crédible vers la paix et la dénucléarisation de l’ensemble de la péninsule coréenne.

Le dialogue, engagé fermement à la suite des déclarations conjointes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, permettra aux Coréens – à tous les Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora – de redevenir maîtres de leur destin, en vue de la réunification de leur patrie.

Toute l’initiative du rassemblement du 19 août 2022 place du Trocadéro, à Paris, en revient au cri du cœur de Kim, Coréenne mariée à un Français. Elle avait préparé lors de son précédent et récent voyage en Corée une série de panneaux légers dont les sérigraphies sont, à la coréenne, propres et clairs aussi bien pour les textes que pour les couleurs. Etait notamment présent à ses côtés Olivier, dont le timbre de stentor est impressionnant.

Après cette sensibilisation réussie, les organisateurs se sont donnés rendez-vous pour poursuivre la mobilisation, en envisageant de se retrouver autour d'un repas coréen à Paris et d'organiser de nouveaux rassemblements.

Manifestation à Paris pour la paix en Corée
Manifestation à Paris pour la paix en Corée
Manifestation à Paris pour la paix en Corée

Photos : AAFC / Dominique de Miscault

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10 août 2022 3 10 /08 /août /2022 00:19

Si la visite à Taïwan de Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, a été amplement commentée car elle s’est accompagnée d’un regain de tensions entre Pékin et Washington à propos de l’île nationaliste, ce déplacement s’inscrivait dans le cadre plus large d’une tournée est-asiatique qui a également conduit la délégation parlementaire menée par Nancy Pelosi à Singapour, en Malaisie et en République de Corée (Corée du Sud) , avant de rejoindre le Japon. C’était le premier déplacement d’un président de la Chambre des représentants américaine en Corée du Sud depuis 2002.

Lors de sa visite de deux jours en Corée du Sud, Nancy Pelosi, loin d’appeler au dialogue intercoréen et à la désescalade, a tenu un discours au contraire de nature à attiser les tensions en mettant l’accent sur la démocratie et la défense de la Corée du Sud, visant – bien qu’en évitant de la nommer directement – la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) :

Les Etats-Unis et la Corée du Sud partagent un lien fort formé pour la sécurité et forgé par des décennies d’amitié chaleureuse (…) Notre délégation du Congrès a voyagé à Séoul pour réaffirmer nos liens précieux et notre engagement commun à faire progresser la sécurité et la stabilité, la croissance économique et la gouvernance démocratique.

Sa visite dans la zone démilitarisée a mis en avant que les questions sécuritaires étaient considérées par Nancy Pelosi comme primordiales dans la relation américano – sud-coréenne, la délégation parlementaire américaine choisissant par ailleurs d’être hébergée symboliquement, pour sa visite dans la péninsule coréenne, dans la base aérienne américaine d’Osan, ouverte pendant la guerre de Corée et ayant joué à ce titre un rôle essentiel pour couvrir la Corée d’un tapis de bombes. Enfin, Nancy Pelosi a loué la présence militaire américaine en Corée du Sud : dans un entretien téléphonique avec le président sud-coréen Yoon Suk-yeol, elle a remercié ce dernier « pour l’hospitalité coréenne des 28 000 militaires américains et de leurs familles » et « exprimé la gratitude du Congrès et du pays pour le service patriotique de nos militaires, qui sont des sentinelles de la démocratie sur la péninsule coréenne ».

La RPD de Corée a réagi en dénonçant Nancy Pelosi comme la « pire destructrice » de la paix internationale et de la sécurité, et estimé que sa visite dans la zone démilitarisée témoignait de la « politique hostile de l’actuelle administration américaine » à son encontre. Jo Yong-nam, directeur général du département de la presse et de l’information du ministère nord-coréen des affaires étrangères, a justifié ses critiques contre la Présidente Nancy Pelosi en rappelant sa visite en Ukraine en avril, ainsi que son récent voyage à Taïwan. Un porte-parole de la RPDC avait alors dénoncé l’ingérence américaine dans les affaires intérieures de la Chine et la remise en cause de son intégrité territoriale, en voyant dans l’attitude américaine la source des menaces sur la paix et la sécurité dans la région. 

Nancy Pelosi a aussi délibérément occulté que les exercices militaires de grande ampleur qui se tiennent régulièrement autour de la péninsule coréenne sont menées ici non pas par Pékin, mais bien par les Etats-Unis et leur allié sud-coréen. Ces manœuvres sont dénoncées par Pyongyang comme des préparatifs à une guerre d’invasion. Pourtant, les chancelleries occidentales ne disent pas autre chose lorsqu’elles dénoncent les manœuvres militaires chinoises au large de Taïwan. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » ?

Pour sa part, l’Association d’amitié franco-coréenne plaide encore et toujours pour le dialogue et la paix dans la péninsule coréenne, seule la désescalade pouvant prévenir tout risque de dérapage vers un conflit dont les Coréens seraient les premières et innocentes victimes. La diplomatie parlementaire doit y contribuer – et non attiser les braises de conflits loin d’être éteints – et dont la guerre en Ukraine nous rappelle qu’ils ont de lourdes conséquences, y compris économiques et sociales, dans le monde entier.

 

Sources :

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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 15:39

Le 1er janvier 2020, pour la première fois depuis 2013, Kim Jong-un, chef d’État de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et président du Parti du travail de Corée (PTC) n’a pas prononcé de discours de Nouvel An. En revanche, il s’est exprimé au cours de la 5ème session plénière du 7ème Comité central du PTC qui s'est tenue du 28 au 31 décembre 2019. La durée exceptionnelle de cette session et le choix d'une intervention devant les plus hauts cadres du PTC, plutôt que d’une allocution publique, traduisent sans doute la gravité de la situation, dans un contexte où semble s'achever la phase diplomatique amorcée avec les Etats-Unis en 2018, et marquée par les sommets RPDC-Etats-Unis de juin 2018 et février 2019 (auxquels il convient d'ajouter une rencontre « impromptue » à Panmunjom le 30 juin 2019). Les discussions entre la RPDC et les Etats-Unis n’ont permis aucune avancée concrète sur les questions de l'établissement d'un régime de paix permanent en Corée, de la dénucléarisation de la péninsule coréenne et de la levée des sanctions à l'encontre de la RPDC. Au cours de son discours, Kim Jong-un semble donc avoir tiré le bilan de l'absence d'avancées diplomatiques et tracé une nouvelle voie pour 2020, tant dans la conduite des affaires diplomatiques qu’en matière de politique intérieure et de développement économique.

Faute d'avancées diplomatiques, la RPDC prône le renforcement de la défense et l'autosuffisance en 2020

Si, en théorie, ni les Etats-Unis ni la RPDC n’ont annoncé leur volonté de mettre fin à leurs négociations, les dernières semaines de l'année 2019 semblent avoir, en pratique, sonné le glas de tout espoir d’un accord, alors que se rapprochait la date butoir du 31 décembre fixée par Kim Jong-un dans son discours du 12 avril 2019 lors de la première session de la 14ème législature de l'Assemblée populaire suprême. Devant le Comité central du PTC, Kim Jong-un a déclaré que « l’intention des Etats-Unis est de tergiverser sous couvert de dialogue et de négociations afin d’atteindre leurs visées politiques et diplomatiques et en même temps de maintenir indéfiniment leurs sanctions dans le but d’user et d’affaiblir de plus en plus nos forces ».

De fait, incapables de présenter un plan de route crédible ni de faire la moindre concession permettant de parvenir à un accord équilibré, les Etats-Unis ont favorisé ce qui s’apparente à un « retour à la case départ ». Kim Jong-un a ainsi rappelé les efforts engagés par son pays en vue d'apaiser les tensions et l'hostilité constante manifestée par les Etats-Unis : « Rien que ces deux dernières années où notre République avait pris des mesures préalables de haute importance pour la création de la confiance entre la RPDC et les Etats-Unis, notamment la cessation des essais nucléaires et des tests de lancements de fusées balistiques intercontinentales et la suppression de la base d’essai nucléaire, les Etats-Unis, loin d’y répondre par leurs mesures correspondantes, ont effectué à des dizaines de reprises les exercices militaires conjoints d’une grande et petite envergure que le Président américain avait promis lui-même de cesser, et introduit en Corée du Sud des matériels de guerre de pointe pour nous menacer militairement, et adopté plus de dix fois des mesures de sanctions séparées contre nous. Ils ont ainsi montré de nouveau au monde que leur ambition d’écraser notre régime est invariable. »

Même si Donald Trump ne parle plus de « détruire complètement » la Corée du Nord, comme en septembre 2017 devant l'Assemblée générale des Nations unies, le risque d’un affrontement armé en Corée est désormais plus élevé. Le discours de Kim Jong-un au sujet des impératifs de la défense nationale tient évidemment compte de cette nouvelle donne et il a souligné la nécessité de prendre des « mesures offensives pour assurer efficacement la souveraineté et la sécurité de notre Etat ».

Deux informations d’une particulière importance ont été annoncées. Premièrement, la RPDC ne s'estime plus tenue par ses engagements de suspendre les essais nucléaires et les tests de lancements de missiles balistiques. Deuxièmement, la RPDC va développer de nouvelles « armes stratégiques » que « le monde verra dans un proche avenir ».

Justifiant ces annonces, Kim Jong-un a déclaré que, « à cause des actes brutaux des Etats-Unis, l’environnement extérieur de notre République ne change nullement à une heure où nous concentrons toutes nos forces sur l’édification économique, comme à l’époque où nous poursuivions la voie du développement parallèle [de l'économie et d'une force de dissuasion nucléaire], et les actes hostiles, la menace et le chantage nucléaires ne cessent de s’accentuer ». Tirant les conséquence de cette situation, le dirigeant de la RPDC a ajouté que, « dans cette circonstance, nous ne pouvons pas délaisser la sécurité de notre avenir en aspirant uniquement aux succès économiques concrets et au bien-être ».

La session plénière du Comité central du PTC a aussi abordé les difficultés économiques rencontrées en RPDC. Avec l'absence d'avancées diplomatiques avec les Etats-Unis, l’espoir d’un allègement des sanctions économiques semble s’éloigner et, avec lui, la possibilité d’une amélioration rapide de l’économie nord-coréenne.

Dans son discours, Kim Jong-un n’a ainsi pas caché l’existence des difficultés causées par les sanctions et les souffrances qui en découlaient pour la population : « Comme de tangibles succès n’ont pas été enregistrés dans la direction unifiée et la gestion stratégique des affaires économiques ni dans l’amélioration des méthodes de gestion et d’administration des entreprises, l’Etat n’a pas réussi à jouer son rôle d’organisation de l’économie, et de sérieux problèmes surgissent dans l’effort pour rajuster, étoffer et activer l’économie dans son ensemble et la porter à une étape d’accroissement. »

La RPDC devra continuer à privilégier le chemin de l’« autosuffisance », lequel a montré qu’il constituait une alternative crédible, notamment par le développement de grands projets d’infrastructures et de constructions. Le mot d’ordre est donc le suivant : « Plus nous renforçons notre propre force et créons de précieuses richesses sur la base de l'autonomie et de l'autosuffisance, plus les ennemis seront entraînés dans une agonie profonde et plus tôt viendra le jour de la victoire du socialisme. »

Dans ce cadre, Kim Jong-un a proposé un plan pour réaliser un « tournant décisif dans le développement de l'économie du pays et du niveau de vie de la population ». L’accent a notamment été mis sur les questions des sciences, de la santé et de l’éducation.

Kim Jong-un a beaucoup insisté sur la nécessité de réformer l’organisation économique, particulièrement dans les « secteurs industriels clés, piliers de l’économie indépendante », tels que notamment les « industries métallurgique, chimique, houillère et mécanique, des matériaux de construction, du transport ferroviaire et de l’industrie légère ». La nécessité de lutter contre les désastres naturels et d’agir en faveur de l’environnement a aussi été rappelée.

A l'issue de la réunion, la 5ème session plénière du 7ème Comité central du PTC a adopté un projet de résolution comportant les huit décisions suivantes :

1 - Mettre en ordre de nouveau les assises économiques du pays et mobiliser toutes les potentialités de production pour faire face aux nécessités du développement économique et de la vie du peuple ;

2 - Accorder de l’importance à la science et à la technique et améliorer l’enseignement et la santé publique reflétant l’aspect du régime socialiste ;

3 - Protéger l’écosystème et prendre des mesures de gestion de la crise dans le cadre de l’Etat pour faire face aux calamités naturelles ;

4 - Garantir la victoire de la lutte pour vaincre de front les difficultés grâce à la puissante offensive politique, diplomatique et militaire ;

5 - Intensifier la lutte contre les actes antisocialistes et non socialistes, instaurer la discipline morale et soigner l’éducation idéologique dans les organisations de travailleurs ;

6 - Renforcer le Parti, état-major de la révolution, et accroître sa capacité de direction considérablement ;

7 - Les cadres, personnel dirigeant de la révolution, se dévoueront pour s’acquitter de leur responsabilité et de leur devoir assumés devant le Parti, la révolution et le peuple dans la lutte pour surmonter de front les difficultés rencontrées sur la voie de l’édification du socialisme ;

8 -Les organisations du Parti à tous les échelons et les organismes politiques soigneront le travail d’organisation et la politique pour appliquer cette décision et les organismes concernés, notamment le Présidium de l’Assemblée populaire suprême et le Cabinet, prendront des mesures pratiques pour réaliser parfaitement les tâches définies dans la décision.

KCNA, 1er janvier 2020

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 19:18

Après que le président des Etats-Unis Donald Trump a limogé le 10 septembre 2019 son conseiller à la sécurité nationale, le « super faucon » John Bolton, les perspectives semblent meilleures pour une reprise des négociations entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et les Etats-Unis, susceptibles cette fois d'aboutir à un accord sur le programme nucléaire de la RPDC, acceptable par les deux parties. Ces perspectives de dialogue ne sont même pas compromises par les trois nouveaux essais balistiques de la RPDC (16 août, 24 août et 10 septembre), en réaction aux manœuvres militaires conjointes des armées américaine et sud-coréenne. Ces essais n'auront pas non plus dissuadé la Corée du Sud de mettre fin à un accord de partage des renseignements militaires avec le Japon, pourtant un élément essentiel de l'alliance entre la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis.

Après les séries d'essais de missiles à courte portée et de lance-roquettes mutliples effectués en mai 2019 et en juillet-août 2019, la RPDC a procédé une série de trois nouveaux essais du 16 août au 10 septembre 2019 :

Le 16 août, la RPDC a testé sur sa côte orientale ce qu'elle a présenté comme une « nouvelle arme », sans donner davantage de renseignements sur l'arme en question. Selon l'armée sud-coréenne, il s'agirait de deux missiles balistiques de courte-portée similaires, au moins par leur aspect, au Army Tactical Missile System (ATACMS) de l'armée américaine. Les projectiles testés auraient parcouru 230 km à une altitude maximale de 30 km.

Essai ballistique mené par la RPD de Corée le 16 août 2019 (photo : KCNA)

 

Le 24 août, la RPDC a testé, toujours depuis sa côte orientale un « lance-roquettes multiple de très grande taille nouvellement développé » d'une portée présumée d'au moins 400 km.

Enfin, le 10 septembre, la RPDC a procédé à l'essai d'un autre « lance-roquettes multiple de très grande taille », cette fois depuis sa région occidentale, dont deux projectiles ont parcouru environ 330 kilomètres selon l'armée sud-coréenne.

L'essai du 10 septembre constituait le dixième de l'année 2019 et les armes testées, qu'il s'agisse de missiles à courte portée ou de lance-roquette multiples sont capables d'atteindre les forces que déploient les Etats-Unis dans la péninsule coréenne et ses alentours.

C'est néanmoins le 10 septembre que le président américain Donald Trump a choisi de se séparer de son conseiller à la sécurité nationale, le très belliciste John Bolton, ensuite remplacé par Robert O'Brien.

Bolton est considéré comme le principal responsable de l'échec du sommet de Hanoï des 27 et 28 février 2019. A Hanoï, Les deux parties avait échoué à s'entendre sur les étapes de la dénucléarisation de la RPDC et de la levée des sanctions frappant cette dernière, Bolton plaidant pour l'application du « modèle libyen », soit la renonciation par la Corée du Nord à son programme d'armement nucléaire comme préalable à d'hypothétiques concessions de la part des Etats-Unis.

John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis

 

« [John Bolton] a fait de très grosses erreurs. Quand il a parlé du modèle libyen pour Kim Jong-un, ce n'était pas une bonne déclaration à faire », a déclaré Donald Trump le 11 septembre aux journalistes à la Maison-Blanche. « Voyez ce qui s'est passé avec Kadhafi. Ce n'était pas une bonne déclaration à faire, et cela nous a retardés. »

Pour mémoire, la Libye a abandonné son programme d'armement nucléaire en 2003, huit ans avant le renversement et l'assassinat du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi par des forces rebelles soutenues par l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

« Voyez ce qui est arrivé à Kadhafi avec le modèle libyen. Et il se sert de cela pour conclure un accord avec la Corée du Nord ? », a déclaré Donald Trump. « Je ne blâme pas Kim Jong-un pour ce qu'il a dit après cela. Et il ne voulait rien avoir à faire avec John Bolton. Dire quelque chose comme ça, ce n'est pas une question d'être dur, c'est une question de ne pas être intelligent. »

Ces déclarations sont plutôt de nature à rassurer la RPDC sur les intentions des Etats-Unis. De fait, le départ du « super faucon » Bolton a coïncidé avec la proposition de la Corée du Nord de reprendre à la fin du mois de septembre les négociations sur la dénucléarisation, dans l'impasse depuis le sommet sans accord de février entre les dirigeants nord-coréen et américain.

Ainsi, le 10 septembre, la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, Choe Son-hui, a déclaré dans un communiqué que la RPDC souhaitait reprendre les négociations sur la dénucléarisation avec les Etats-Unis à la fin de septembre, en demandant que Washington vienne avec une nouvelle proposition acceptable.

« Nous sommes disposés à nous asseoir avec la partie américaine pour des discussions complètes sur les enjeux que nous avons abordés à une date et un endroit à déterminer à la fin de septembre », a dit la vice-ministre Choe.

Choe Son-hui, vice-ministre des Affaires étrangères de la RPD de Corée

 

Pour la vice-ministre, les Etats-Unis ont eu « suffisamment de temps » pour réviser leur méthode de calcul, conformément au souhait exprimé par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un dans son discours du 12 avril 2019 lors de la première session de la 14ème législature de l'Assemblée populaire suprême de RPDC.

« Je pense que les Etats-Unis viendront avec une proposition adaptée aux intérêts de la RPDC et des Etats-Unis et basée sur une méthode de calcul acceptable pour nous », a déclaré Choe Son-hui.

La position nord-coréenne a été réaffirmée par Kim Myong-gil, ancien ambassadeur nord-coréen au Vietnam et nouveau représentant de la RPDC pour les négociations avec les Etats-Unis.

Dans un communiqué publié le 21 septembre, l'ambassadeur Kim a favorablement accueilli les propos du président américain qui a suggéré une « nouvelle méthode » pour sortir les négociations de dénucléarisation de l'impasse.

« En tant que chef de la délégation de la partie de la RPDC aux négociations de travail RPDC-Etats-Unis, j'aimerais saluer la décision politique judicieuse du président Trump d'aborder les relations RPDC-Etats-Unis d'un point de vue plus pratique », a déclaré Kim Myong-gil.

« Pour le moment, je ne suis pas tout à fait certain de ce que [le président Trump] sous-entend dans sa proposition de "nouvelle méthode" mais il me semble qu'il veut dire qu'une solution par étape en commençant d'abord par les choses faisables, tout en construisant une confiance mutuelle, serait la meilleure option », a-t-il dit.

« J'aimerais rester moi-même optimiste quant aux résultats des prochaines négociations RPDC-Etats-Unis en prévoyant que la partie américaine viendra aux négociations avec une méthode de calcul correcte », a-t-il encore ajouté.

La position de la RPDC constitue un grand changement par rapport aux critiques émises à l'égard des Etats-Unis au cours de l'été 2019. Ainsi, en août, le ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Ri Yong-ho, avait qualifié son homologue américain Mike Pompeo de « toxine conservatrice de la diplomatie américaine », Pompeo ayant déclaré que toutes les sanctions imposées contre la RPDC seraient maintenues jusqu'à sa dénucléarisation. Pour sa part, la vice-ministre nord-coréenne des affaires étrangères Choe Son-hui avait déclaré fin août que les attentes pour le dialogue avec les Etats-Unis étaient « en train de disparaître progressivement ».

La mise à l'écart de John Bolton, champion des néoconservateurs adeptes de « changements de régime » dans les pays considérés comme hostiles, aura donc permis de sortir de l'impasse les négociations entre la RPDC et les Etats-Unis. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, les essais balistiques menés par la RPDC en juillet et août n'ont pas empêché la Corée du Sud de mettre un terme à l'accord de partage de renseignements militaires avec le Japon, élément essentiel de l'alliance entre la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis tant désirée par ces derniers pour affronter la Chine avec la prétendue menace nord-coréenne comme prétexte.

En effet, le 22 août 2019, la Corée du Sud a annoncé sa décision de ne pas renouveler l'Accord de sécurité générale d'informations militaires (General Security of Military Information Agreement, GSOMIA) avec le Japon, accord arrivant à échéance en novembre et considéré comme l'une des rares plates-formes de sécurité pour promouvoir la coopération trilatérale en matière de défense entre les deux pays et leur allié commun, les Etats-Unis.

La décision sud-coréenne est intervenue sur fond de conflit commercial avec le Japon. Début août, le Japon a décidé de supprimer la Corée du Sud de sa liste des partenaires commerciaux dignes de confiance, justifiant cette décision par des « problèmes sécuritaires », après avoir imposé le 4 juillet des restrictions d'exportation vers la Corée du Sud de trois matériaux clés dans le cadre de représailles apparentes contre les verdicts rendus par la Cour suprême sud-coréenne quant au travail forcé en temps de guerre.

Dans un rapport préparé pour une réunion parlementaire, le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a indiqué : « Nous avons déterminé qu'il n'était plus dans l'intérêt national de maintenir un pacte conclu pour partager des informations militaires sensibles avec le gouvernement japonais qui a soulevé des questions sur la confiance endommagée et les préoccupations sécuritaires. »

Le département d'Etat américain a quant à lui fait part de sa « profonde inquiétude et déception sur le fait que l'administration Moon a refusé le renouvellement » du GSOMIA, et le secrétaire américain à la Défense Mark Esper a manifesté ses préoccupations sur la décision de la Corée du Sud de mettre fin à l'Accord dans un entretien téléphonique avec son homologue sud-coréen.

Le prétexte de la « menace nord-coréenne » a donc fait long feu. Les négociations entre la RPDC et les Etats-Unis en vue de la signature d'un accord de dénucléarisation mutuellement acceptable sont à nouveau sur les rails, et la Corée du Sud n'hésite plus à mettre en avant les intérêts coréens, communs aux Coréens du Sud, du Nord et d'outre-mer, quitte à s'opposer aux intérêts stratégiques des Etats-Unis.

Tout cela fait émerger en Corée un nouveau contexte - un nouveau monde? - et il n'y a plus guère que la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne pour condamner les mesures prises par la RPDC pour sa propre défense, comme ils l'ont encore fait le 27 août en convoquant une session, à huis clos, du Conseil de sécurité des Nations unies, et en faisant une déclaration par laquelle, tels la mouche du coche de la fable, ils appellent la Corée du Nord à « s'engager dans des négociations significatives avec les Etats-Unis »Mais, aussi significatif, si ce n'est plus, que les négociations réclamées par Paris, Londres et Berlin, les Etats-Unis ne se sont pas associés à cette déclaration, sans doute pour ne pas nuire aux efforts visant la reprise des négociations avec la RPDC.

La nouvelle modération de l'administration américaine en Corée l'éloigne de la rhétorique habituelle des néoconservateurs dans le style de John Bolton, lequel aura au moins la satisfaction de savoir qu'il est un peu regretté dans certaines capitales européennes.

 

Sources :

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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 11:06

Entre le 25 juillet et le 10 août 2019, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à cinq reprises à des essais de missiles à courte portée et de lance-roquettes multiples. Cette accélération des exercices militaires nord-coréens visait à répondre à la reprise, à partir du 5 août, des exercices militaires menés par les armées sud-coréenne et américaine, contraires, selon la RPDC, à l'esprit des déclarations signées lors des sommets inter-coréens d'avril et septembre 2018 et du sommet RPDC-Etats-Unis de juin 2018.

Kim Jong-un assiste à un essai de missiles à courte portée le 25 juillet 2019 (photo : KCNA)

 

La RPDC a annoncé avoir procédé à l'essai de missiles à courte portée les 25 juillet, 6 août et 10 août 2019, et à l'essai de lance-roquettes multiples les 31 juillet et 2 août 2019. Ces tirs, tous effectués en direction de la mer de l'Est (mer du Japon) ont été confirmés par les armées de la Corée du Sud et des Etats-Unis, le Comité des chefs d'état-major interarmées (JCS) sud-coréen estimant toutefois que les essais des 31 juillet et 2 août concernaient aussi des missiles balistiques à courte portée.

L'agence officielle nord-coréenne KCNA a rapporté que les essais des 25 juillet, 31 juillet, 2 août, 10 août étaient supervisés par le dirigeant de la RPDC Kim Jong-un, lequel, selon l'agence, « a souligné que nous ne pouvons que développer sans cesse des systèmes d'armes hyperpuissants pour éliminer les menaces éventuelles et directes à la sécurité de notre pays qui existent au Sud ». En décrivant le déploiement par Séoul de nouvelles armes et l'organisation d'exercices militaires comme un « acte suicidaire », le dirigeant nord-coréen a exhorté le président sud-coréen Moon Jae-in à « revenir à la position correcte d'avril et septembre de l'année dernière » lorsque les Corée du Nord et du Sud ont tenu des sommets.

Ces essais étaient destinés à envoyer un « avertissement solennel » aux « forces militaires bellicistes sud-coréennes » qui sont en train de déployer des « armes offensives ultramodernes en Corée du Sud » et cherchent à « organiser un exercice militaire en défiant les mises en garde répétées » de la RPDC, a aussi dit KCNA en référence à l'acquisition d'avions de combat furtifs F-35 par la Corée du Sud et à l'organisation d'exercices militaires par les armées sud-coréenne et américaine, que la RPDC considère dirigés contre elle.

L'exercice militaire américano-sud-coréen qui a débuté le 5 août 2019 a été décrit par l'armée sud-coréenne comme un « entraînement du personnel pour la gestion de crises » constituant une séance préliminaire d'un exercice de poste de commandement ayant, lui, commencé le 11 août.

Cet exercice vise à tester la capacité opérationnelle initiale de la Corée du Sud qui prévoit de reprendre contrôle opérationnel de ses forces en temps de guerre, actuellement entre les mains des Etats-Unis (la Corée du Sud a repris le contrôle opérationnel de ses forces en temps de paix en 1994).

La Corée du Sud et les Etats-Unis sont restés très discrets quant à leurs manœuvres conjointes : ils n'ont pas annoncé officiellement le lancement des exercices, ni dévoilé de détails tels que leur nom et leur durée (l'agence de presse sud-coréenne Yonhap a évoqué une durée de trois semaines). Mais cette discrétion n'a pas calmé la colère de la Corée du Nord qui, parallèlement à la poursuite de ses essais, a, dans un communiqué de son ministère des Affaires étrangères publié le 6 août, qualifié les manœuvres américano-sud-coréennes de violation des accords de paix et averti que la RPDC pourrait rechercher une « nouvelle voie » si de telles actions hostiles se poursuivaient.

Critiquant une nouvelle fois Séoul et Washington à propos de l'introduction en Corée du Sud d'armes telles que les chasseurs furtifs, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a déclaré qu'une telle mesure montre que les deux pays « n'ont pas du tout la volonté politique de mettre en œuvre les déclarations conjointes », dans lesquelles ils se sont engagés à améliorer les relations Etats-Unis-Corée du Nord et les relations intercoréennes.

« Nous maintenons notre position de résoudre les problèmes par le dialogue. Mais la dynamique du dialogue sera inefficace tant que les mouvements militaires hostiles se poursuivront », a aussi déclaré le ministère nord-coréen des Affaires étrangères dans son communiqué du 6 août.

La critique la plus cinglante à l'égard des manœuvres militaires américano-sud-coréennes est venue de Kwon Jong-gun, directeur général du département des Affaires américaines au ministère des Affaires étrangères de la RPDC, qui a signé le 11 août un communiqué au ton aussi ironique qu'inhabituel, dont voici la traduction intégrale à partir de la version anglaise publiée par KCNA :

« "Un imbécile devient un imbécile plus grand avec l'âge." Ce dicton s'applique aux autorités sud-coréennes.

Il est bien attesté par les autorités sud-coréennes, lesquelles ont changé le nom de l'exercice militaire conjoint, passant de "Alliance 19-2" à l'origine à "exercice de poste de commandement combiné Corée du Sud-Etats-Unis du second semestre", et ont annoncé qu'elles entameraient leur exercice à grande échelle à partir du 11 août.

C’est une erreur de calcul s’ils pensent que le simple changement du nom de l’exercice peut modifier sa nature agressive ou que nous le ferions passer tranquillement.

La merde, bien que dure et sèche, pue encore même si elle est enveloppée dans un tissu à fleurs.

Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est le fait que Chongwadae [NdT : siège de la présidence sud-coréenne] a eu une activité intense, appelant à une "réunion d'urgence des ministres concernés", alors même qu'il n'y a pas de guerre, au sujet des mesures régulières prises par la RPDC pour moderniser ses armes conventionnelles.

La dernière fois, ils sont devenus la risée mondiale quand ils ont perdu la tête, faute de pouvoir calculer correctement la portée du tir de démonstration de notre armée. Au lieu d'en tirer une leçon, ils se sont mêlés de ce qui ne les regarde pas et s'agitent jusqu'à en perdre le sommeil à l'aube. C'est vraiment un spectacle à voir.

Une telle attitude de la part de Chongwadae pourrait passer aux yeux du "peuple" sud-coréen comme celle d'un "maître" de la mise en ordre de la sécurité. Mais nous ne voyons cela que comme celle d'un chien craintif aboyant de façon plus sauvage.

En ce qui concerne notre test de développement des armes conventionnelles, même le Président des Etats-Unis a fait une remarque reconnaissant en effet le droit à l'autodéfense d'un Etat souverain, affirmant qu'il s'agit d'un petit test de missile comme le font de nombreux pays. Mais les autorités sud-coréennes qualifient l'édification de nos forces armées d'autodéfense de source de tension militaire tout en demandant instamment d'y mettre fin. Alors, comment les autorités sud-coréennes peuvent-elles avoir le courage de proférer un tel non-sens? Cela ne rime à rien.

De plus, nous nous trouvons maintenant dans une situation extraordinaire qui voit les autorités sud-coréennes mener avec défiance un exercice de guerre agressif contre nous. Dans le tourbillon de cette affaire, ils préfèrent se déchaîner pour tenter de ternir l'image de la RPDC. C'est bien le cas d'un voleur qui crie "Arrêtez le voleur!"

Il est seulement regrettable que nos homologues ne soient pas à la hauteur des exigences actuelles.

Si les autorités sud-coréennes pensent qu'elles peuvent surmonter cette crise en changeant simplement le nom de l'exercice militaire, c'est vraiment une grave erreur.

Bien que nous devions engager un dialogue à l'avenir, une fois qu'un courant favorable au dialogue aura été créé, il convient de garder à l'esprit que ce dialogue se tiendra strictement entre la RPDC et les Etats-Unis, et non entre le Nord et le Sud.

Etant donné que l'exercice militaire nous place clairement comme un ennemi dans son concept, ils devraient penser qu'un contact inter-coréen sera difficile à établir en soi à moins de mettre fin à un tel exercice militaire ou avant de fournir une excuse plausible ou une explication sincère pour la conduite de l'exercice militaire.

Nous réglerons certainement cela à tous égards et surveillerons de près l'action des autorités sud-coréennes.

Si les autorités sud-coréennes proféraient des propos insensés pour sauver la face en mobilisant à nouveau un homme aussi drôle que Jeong Kyong Du [NdT : ministre sud-coréen de la Défense], ce serait un acte aussi idiot qu'éteindre le feu avec de l'huile.

Cela a déjà mal tourné pour que Chongwadae dorme bien à l’aube du jour, tant il maintient notoirement la sécurité en bon ordre. »

La RPDC entend donc résoudre la question nucléaire en discutant avec les seuls Etats-Unis et les négociations entre les deux pays pourraient reprendre dès la fin des manœuvres américano-sud-coréennes. Une reprise rapide des contacts inter-coréens à haut niveau est, elle, plus incertaine.

Le communiqué du directeur Kwon fait référence à un message publié le 2 août par Donald Trump sur les réseaux sociaux. Confronté aux essais balistiques nord-coréens, le Président des Etats-Unis en relativisait la gravité, mettant en avant ses bonnes relations avec Kim Jong-un :

« Kim Jong Un et la Corée du Nord ont testé 3 missiles à courte portée dans les derniers jours. Ces tests de missiles ne sont pas une violation de notre accord signé à Singapour, et nous n'avons pas discuté de missiles à courte portée quand nous nous sommes serré la main. Il pourrait y avoir violation des Nations unies, mais le Président Kim ne veut pas me décevoir par une violation de la confiance, il y a bien trop à gagner pour la Corée du Nord – le potentiel du pays, sous la direction de Kim Jong Un, est illimité. De même, il y a bien trop à perdre. Je peux avoir tort, mais je crois que le Président Kim a une grande et belle vision pour son pays, et seuls les Etats-Unis, avec moi comme Président, peuvent faire de cette vision une réalité. Il fera la bonne chose parce qu'il est bien trop intelligent pour ne pas le faire, et il ne veut pas décevoir son ami, le Président Trump ! »

 

Le 10 août, après avoir reçu une lettre de Kim Jong-un, Donald Trump affichait même une certaine compréhension à l'égard de la colère de la RPDC face aux exercices américano-sud-coréens qualifiés de « ridicules et chers » :

« Dans une lettre que m'a envoyée Kim Jong Un, il a affirmé, très gentiment, qu'il aimerait me rencontrer et démarrer des négociations dès que l'exercice conjoint entre les Etats-Unis et la Corée du Sud sera terminé. C'était une longue lettre, se plaignant en majeure partie d'exercices ridicules et chers. C'était aussi une petite excuse pour avoir testé des missiles à courte portée, et ces tests prendront fin dès que les exercices finiront. J'ai hâte de voir Kim Jong Un dans un avenir pas si éloigné ! Une Corée du Nord dénucléarisée mènera à un des pays réussissant le mieux dans le monde ! »

Si le Président des Etats-Unis s'est montré optimiste quant à une reprise rapide des discussions en vue d'une résolution de la crise dans la péninsule coréenne, d'autres pays ont adopté une attitude plus alarmiste... mais pas plus constructive.

Ainsi, le 1er août, après le deuxième essai balistique nord-coréen du mois de juillet, une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies s'est tenue, à huis clos, à la demande de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni. L'Allemagne préside le comité de l'ONU chargé de surveiller l'application des sanctions contre la Corée du Nord. La France et le Royaume-Uni sont membres permanents du Conseil de sécurité. La dernière résolution en date (2397) sanctionnant la RPDC pour ses essais nucléaires et balistiques a été adoptée le 22 décembre 2017 et la réunion du 1er août n'a débouché sur aucun nouveau texte.

Le Conseil de sécurité pourrait être utile à la résolution de la crise en Corée en en revenant seulement à la Charte des Nations unies, notamment à son article 39 qui stipule que « le Conseil de sécurité constate l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. »

La notion de « menace contre la paix » dans la péninsule coréenne est susceptible de concerner un grand nombre de situations et de démarches, pas seulement du fait de la RPDC. A ce titre, la récurrence des exercices militaires menés conjointement par les Etats-Unis et la Corée du Sud sont clairement constitutifs d'une « menace contre la paix » en simulant un affrontement armé avec la Corée du Nord et une invasion de cette dernière.

Pourtant, les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens n’ont jamais été inscrits à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, ni traités afin que des mesures soient adoptées par les Nations unies. En omettant de traiter cette situation, le Conseil de sécurité a souvent donné une impression de partialité, ce qui ne peut que compromettre les buts qu’il est supposé poursuivre au titre du chapitre VII de la Charte des Nations unies, particulièrement dans le nouveau contexte de détente qui prévaut dans la péninsule coréenne depuis 2018 : agir en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression.

 

Autres sources :

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 22:51

Pour la Corée et pour le monde, le 30 juin 2019 restera une journée historique : à Panmunjom, dans la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corée, un Président des Etats-Unis en exercice a foulé pour la première fois le sol de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). C'était aussi la première rencontre entre dirigeants suprêmes des Etats-Unis et de RPDC dans la DMZ, et l'occasion d'une première réunion des dirigeants américain, nord-coréen et sud-coréen. Si la rencontre de Panmunjom était surtout riche en symboles, elle constitue un nouveau pas important vers l'établissement d'une paix permanente en Corée.

Tout a commencé le 28 juin 2019 par une proposition originale du président américain Donald Trump, alors à la réunion du G20 à Osaka, formulée sur son compte Twitter quelques heures avant sa visite à Séoul :

Après des réunions très importantes, dont ma réunion avec le Président Xi de Chine, je quitterai le Japon pour la Corée du Sud (avec le Président Moon). Pendant que je serai là-bas, si le Président Kim de Corée du Nord voit cela, j'aimerais le rencontrer à la frontière/DMZ juste pour lui serrer la main et dire bonjour(?)!

Le Président de la Commission des affaires d'Etat de la RPDC, Kim Jong-un, a vite accepté l'invitation du Président des Etats-Unis, et ce qui aurait pu rester une simple plaisanterie de Donald Trump a donné lieu le 30 juin après-midi à une rencontre des dirigeants des deux pays à Panmunjom, au cœur de la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corée, et symbole, s'il en est, de la tragique division de la nation coréenne.

Kim Jong-un et Donald Trump, qui ne s'étaient pas vus depuis le sommet de Hanoï des 27 et 28 février 2019, se sont serré la main, juste sur la ligne de démarcation entre les deux Corée. Une telle rencontre, à cet endroit précis, entre un dirigeant suprême de la RPD de Corée et un président des Etats-Unis constituait une première depuis l'armistice de 1953 ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée et était déjà historique.

Puis, à l'invitation de Kim Jong-un, Donald Trump a franchi la ligne et fait quelques pas du côté nord de la DMZ, devenant ainsi le premier Président des Etats-Unis en exercice à fouler le sol nord-coréen.

Repassant du côté sud, les dirigeants américain et nord-coréen ont répondu aux nombreux journalistes présents.

Donald Trump a dit « être fier d'avoir franchi la ligne ». « C'est un grand honneur. C'est un grand jour pour le monde. »

Soulignant que Donald Trump était le premier Président des Etats-Unis en exercice à avoir foulé le sol de la RPDC, Kim Jong-un a déclaré qu'un tel geste indique une « décision courageuse de mettre fin au passé antagoniste et d'ouvrir un beau futur ».

Revenant sur le caractère original de l'invitation lancée par le Président des Etats-Unis, Kim Jong-un a dit : « J'étais très surpris en voyant le président américain Donald Trump afficher cette volonté [de me rencontrer]. Le fait que nos deux pays qui avaient une relation hostile pendant longtemps échangent une poignée de main de la paix sur un tel lieu, symbole de la division entre les deux Corée, qui rappelle le mauvais passé, montre qu'aujourd'hui est différent d'hier. J'ai accueilli positivement la rencontre comme celle-ci peut montrer à un grand nombre de personnes que nous pouvons changer d'une meilleure façon. Je pense qu'une telle rencontre ne pourrait avoir lieu de manière inattendue en une seule journée si nos relations n'étaient pas bonnes. J'espère que ces bonnes relations continueront à produire de bonnes choses de manière inattendue et fourniront une force mystérieuse permettant de surmonter les difficultés et obstacles à l'avenir. »

Donald Trump et Kim Jong-un ont alors été rejoints par le président sud-coréen Moon Jae-in qui a échangé des salulations chaleureuses avec le dirigeant nord-coréen qu'il rencontrait pour la quatrième fois, après les sommets inter-coréens d'avril, mai et septembre 2018. C'était la première fois que des dirigeants américain, nord-coréen et sud-coréen étaient ainsi réunis.

Donald Trump et Kim Jong-un ont ensuite eu un entretien de 53 minutes, en présence du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo et du ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho. Ce qui ne devait être qu'une simple poignée de main sur la ligne de démarcation pour « dire bonjour » s'est donc transformé en un mini-sommet entre les Etats-Unis et la RPDC.

Selon l'agence de presse officielle nord-coréenne KCNA, les deux dirigeants « ont expliqué les enjeux de la réduction des tensions sur la péninsule coréenne pour mettre un terme aux relations déshonorantes entre les deux pays et réaliser un tournant spectaculaire, ainsi que les enjeux de préoccupations et d'intérêts mutuels qui constituent un frein pour résoudre ces questions, et ils ont exprimé une compréhension et une sympathie entières. Les dirigeants suprêmes sont convenus de rester en contact étroit dans l'avenir et de reprendre et faire avancer des dialogues productifs afin de réaliser une nouvelle percée dans la dénucléarisation de la péninsule coréenne et dans les relations bilatérales».

Après l'entretien, Donald Trump et Moon Jae-in ont raccompagné Kim Jong-un jusqu'à la ligne de démarcation.

A propos de la rencontre du 30 juin, le président sud-coréen a expliqué que « le processus de paix destiné à réaliser la dénucléarisation complète et instaurer une paix permanente sur la péninsule coréenne a franchi un grand col ».

En effet, une nouvelle étape semble avoir été franchie.

Après la rencontre, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a déclaré que les négociations avec la Corée du Nord sur son programme d'armes nucléaires devraient être reprises à la mi-juillet.

« Nous pensons avoir un point de départ pour ces discussions qui nous mettent là où nous pouvons évaluer réellement s'il y a une voie claire vers l'avant », a dit le secrétaire d'Etat américain. « J'ai écouté le dirigeant Kim Jong-un aujourd'hui. Je pense qu'il y en a une. »

Il a ajouté que l'équipe de négociation américaine serait dirigé par Stephen Biegun, le représentant spécial pour la Corée du Nord, alors que la partie nord-coréenne serait menée par des officiels du ministère des Affaires étrangères.

En février, le sommet de Hanoï n'avait pu aboutir à un accord en raison de divergences trop profondes sur l'étendue de la dénucléarisation à opérer par la RPDC et de la levée des sanctions par les Etats-Unis. De manière significative, le conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, le « super-faucon » John Bolton dont les positions maximalistes sont largement considérées comme à l'origine de l'échec de Hanoï, était absent ce 30 juin 2019 à Panmunjom...

Pompeo a aussi déclaré que les sanctions contre la Corée du Nord resteraient en vigueur mais, dans son discours du 12 avril 2019 lors de la première session de la 14ème législature de l'Assemblée populaire suprême de RPDC, le dirigeant Kim Jong-un avait dit qu'il était prêt à attendre « jusqu’à la fin de cette année la décision des Etats-Unis [quant à la levée des sanctions frappant la RPDC] ».

« Nous sentons leurs attentes et, de différentes manières, cela devrait aller de l'avant. C'est ce dont nous discuterons dans les conversations et le dialogue », a dit Pompeo. « Nous ne savons pas quelle voie sera devant nous. Cependant, nous ne sommes pas dans le cas où nous sommes là où nous étions... il y a un an. Nous ne sommes pas là où nous étions il y a 12 mois. Nous sommes à un niveau plus avancé. »

Une semaine après la visite d'Etat effectuée en RPDC les 20 et 21 juin 2019 par le président chinois Xi Jinping, le sommet « improvisé » le 30 juin à Panmunjom n'a pas débouché sur un quelconque accord - ce n'était pas le but - mais il a permis de prendre date et de confirmer que le processus en vue de l'établissement d'une paix permanente en Corée a été remis sur de bons rails.

Photos : KCNA

 

Sources :

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 22:17

Les 20 et 21 juin 2019, le secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois et président de la République populaire de Chine, Xi Jinping a effectué une visite d'Etat en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), la première visite d'un dirigeant suprême chinois en RPDC depuis 2005. Cette rencontre entre le Président Xi et le président du Parti du travail de Corée et président du Comité des affaires d'Etat de la RPDC, Kim Jong-un, était la cinquième en un peu plus d'un an. Cette rencontre intervenait aussi une semaine avec le sommet du G20 des 28 et 29 juin à Osaka, au Japon, au cours duquel Xi Jinping doit rencontrer, entre autres, le président des Etats-Unis Donald Trump, ce dernier devant ensuite visiter la Corée du Sud les 29 et 30 juin.

Xi Jinping et Kim Jong-un à Pyongyang le 20 juin 2016 (photo : KCNA)

 

Réaffirmation de l'amitié tradititonnelle entre la RP de Chine et la RPD de Corée et soutien de la Chine à une résolution politique de la question de la péninsule coréenne

L'agence de presse officielle chinoise, Xinhua, a ainsi rendu compte de l'entretien que les dirigeants nord-coréen et chinois ont eu à Pyongyang le 20 juin 2019 :

Les plus hauts dirigeants de Chine et de République populaire démocratique de Corée (RPDC) ont déclaré jeudi que les deux pays devaient rester fidèles à leurs aspirations originelles, et s'efforcer de créer, à un nouveau point de départ historique, un avenir prometteur pour les relations entre les deux partis et entre les deux Etats.
Ces objectifs ont été formulés au cours d'une rencontre à Pyongyang entre le secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) et président chinois, Xi Jinping, et le président du Parti des travailleurs de Corée (PTC) et président de la Commission des affaires d'Etat de la RPDC, Kim Jong Un.
M. Xi a souligné que M. Kim et lui s'étaient rencontrés quatre fois au cours de l'année écoulée, ce qui leur avait permis d'ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre la Chine et la RPDC et de nouer une profonde amitié.
Le dirigeant chinois a remercié M. Kim pour la cérémonie de bienvenue grandiose et fascinante organisée en son honneur, et ajouté qu'il avait ressenti avec une intensité toute particulière une amitié quasi familiale qui unit les deux peuples, tout au long du trajet entre l'aéroport de la capitale de RPDC et la résidence des invités d'Etat.
Cette année marque le 70ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la RPDC et revêt donc une grande importance, et elle permettra notamment aux deux partis et aux deux pays de s'appuyer sur les réalisations acquises pour aller de l'avant et continuer à progresser, a déclaré M. Xi, soulignant que c'était dans une telle optique qu'il a rencontré M. Kim à Pyongyang.
M. Xi a indiqué que sa visite avait pour objectif de consolider et de perpétuer l'amitié entre la Chine et la RPDC, et de faire avancer le processus de résolution politique de la question de la péninsule coréenne.
Il s'est déclaré convaincu que Beijing et Pyongyang savaient mettre à profit cette visite afin de planifier conjointement un meilleur développement de leurs relations bilatérales, et ouvrir un nouveau chapitre dans l'histoire de l'amitié Chine-RPDC.
Si l'on examine le développement des relations entre la Chine et la RPDC, il apparaît clairement que ces relations sont avant tout caractérisées par le fait que les deux pays sont des pays socialistes placés sous la direction d'un parti communiste, a souligné M. Xi.
Les idéaux, les convictions et les objectifs partagés des deux pays constituent la force motrice de leurs relations, l'amitié qui unit leurs hauts dirigeants et la gouvernance stratégique apportée par ces dirigeants constituent leur plus grande force, tandis que leur voisinage géographique et leurs affinités culturelles renforcent encore ces relations, a-t-il ajouté.
L'amitié Chine-RPDC découle d'une décision stratégique prise par les deux parties en fonction d'une vision globale et à long terme, cette amitié ne sera jamais affaiblie par les aléas et les changements de la situation internationale, a déclaré M. Xi, ajoutant que leurs liens d'amitié étaient conformes aux aspirations des deux peuples, aux intérêts fondamentaux des deux pays et aux tendances de développement de l'époque.
Soulignant que les relations entre la Chine et la RPDC sont entrées dans une nouvelle étape de leur histoire, M. Xi a déclaré que le PCC et le gouvernement chinois attachaient une grande importance aux relations d'amitié et de coopération entre les deux pays, et qu'il s'agissait d'une politique inébranlables du PCC et du gouvernement chinois de maintenir, de consolider et de développer les relations Chine-RPDC.
Face aux changements profonds et complexes survenus dans le paysage mondial et régional, la Chine et la RPDC doivent renforcer leurs contacts à haut niveau pour mieux guider le développement des relations bilatérales, a déclaré M. Xi, ajoutant qu'il était prêt aux échanges plus étroits avec M. Kim pour consolider la confiance politique mutuelle et maintenir le cap des relations bilatérales.
Les deux parties doivent approfondir leur communication stratégique et échanger des avis plus rapidement sur les grandes questions afin de créer un environnement favorable au développement des deux pays, a indiqué M. Xi.
Il a également suggéré aux deux parties de développer leur coopération pratique pour apporter plus d'avantages concrets aux deux peuples.
La Chine est prête à travailler de concert avec la RPDC pour approfondir les échanges entre partis en matière de gouvernance, renforcer la formation des cadres, et développer les échanges de personnel dans les domaines de l'économie et du bien-être social, a affirmé M. Xi.
Le dirigeant chinois a également exhorté les deux parties à approfondir leurs échanges amicaux, dans le but de jeter des bases solides pour la consolidation et le développement de l'amitié entre la Chine et la RPDC.
La Chine est prête à travailler de concert avec la RPDC pour mettre en oeuvre le programme de commémoration du 70ème anniversaire de l'établissement de leurs relations diplomatiques, et à organiser des échanges dans divers domaines tels que l'éducation, la santé, les sports, les médias, la jeunesse et la coopération locale pour perpétuer l'amitié traditionnelle Chine-RPDC et améliorer le bien-être des deux peuples.
Pour sa part, M. Kim a chaleureusement souhaité la bienvenue à M. Xi au nom du parti, du gouvernement et du peuple de la RPDC, soulignant que plus de 250 000 personnes sont venues dans les rues de Pyongyang pour accueillir M. Xi.
Cette visite qui coïncide avec la célébration par les deux pays du 70ème anniversaire de leurs relations diplomatiques, représente à la fois un encouragement et un soutien politique considérables pour le parti, le gouvernement et le peuple de la RPDC, et revêt une grande importance dans l'histoire des relations RPDC-Chine, a-t-il ajouté.
Dans la conjoncture actuelle, la visite de M. Xi permettra de faire le point sur les relations entre la RPDC et la Chine au cours des 70 dernières années, de discuter de l'avenir des relations bilatérales, et de montrer au monde entier l'inébranlable solidité des liens d'amitié traditionnelle qui unissent les deux pays, a ajouté M. Kim.
Il a déclaré être entièrement d'accord avec M. Xi sur ses analyses et plans d'avenir en matière de relations bilatérales. M. Kim a souligné que le parti et le gouvernement de la RPDC ne cesseraient jamais de perpétuer de génération en génération l'amitié entre les deux pays.
Il a ajouté qu'il chérissait la profonde amitié qu'il avait nouée avec M. Xi, et attachait une grande importance aux importants consensus auxquels il était parvenu avec le dirigeant chinois.
M. Kim s'est déclaré prêt à tirer parti de la visite de M. Xi pour renforcer la communication stratégique entre les deux parties, approfondir leurs échanges amicaux dans divers domaines, et faire franchir une nouvelle étape aux relations entre la RPDC et la Chine.
Soulignant que cette année marquait à la fois le 70ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la RPDC et le 70ème anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, M. Kim a déclaré que la RPDC était disposée à organiser des célébrations chaleureuses et de grande envergure avec la Chine.
A l'heure actuelle, le parti et le peuple de la RPDC font tout leur possible pour appliquer la nouvelle ligne stratégique nationale, a indiqué M. Kim, ajoutant que son pays était prêt à s'inspirer davantage de l'expérience de la Chine pour développer son économie et améliorer les moyens de subsistance de sa population.
En ce qui concerne la question de la péninsule coréenne, M. Xi a réaffirmé le soutien de la Chine aux efforts visant à trouver une solution politique et à créer les conditions d'un règlement du problème.
M. Xi a également salué les efforts déployés par la RPDC pour sauvegarder la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne et promouvoir la dénucléarisation de la péninsule.
La situation dans la péninsule coréenne exerce une influence directe sur la paix et la stabilité régionales, a souligné M. Xi. Au cours de l'année écoulée, une perspective positive avait vu le jour en faveur de la résolution de cette question par le dialogue, et elle a en effet gagné en reconnaissance et suscité des attentes de la part de la communauté internationale, a-t-il ajouté.
La communauté internationale espère que les pourparlers entre la RPDC et les Etats-Unis pourront progresser et porter leurs fruits, a indiqué M. Xi.
Soulignant que la question de la péninsule coréenne était extrêmement sensible et complexe, M. Xi a déclaré qu'une vision stratégique à long terme était nécessaire pour guider avec précision l'évolution de la situation et maintenir efficacement la paix et la stabilité dans la péninsule.
La Chine est disposée à fournir son assistance à la RPDC, dans la limite de ses capacités, afin de l'aider à trouver une solution à ses préoccupations légitimes en matière de sécurité et de développement. Elle est également prête à renforcer sa coordination et sa coopération avec la RPDC et avec toutes les autres parties concernées, et à jouer un rôle positif et constructif pour parvenir à la dénucléarisation de la péninsule coréenne et à la stabilité à long terme de la région, a indiqué M. Xi.
M. Kim a quant à lui déclaré qu'au cours de l'année écoulée, la RPDC avait pris de nombreuses initiatives pour éviter les tensions et garder la situation sous contrôle dans la péninsule, mais qu'elle n'avait pas reçu de réponses positives de la part de la partie concernée, une situation que la RPDC ne souhaite pas rencontrer.
La RPDC est cependant prête à faire preuve de patience, et espère que la partie concernée parviendra à coopérer avec elle pour trouver des solutions aux préoccupations légitimes de chacun et obtenir de nouveaux résultats par le biais du dialogue, a ajouté M. Kim.
La RPDC apprécie grandement le rôle de premier plan joué par la Chine dans la résolution du problème de la péninsule coréenne, a-t-il déclaré, soulignant que son pays était prêt à continuer à renforcer sa communication et sa coordination avec la Chine pour faire progresser le règlement politique du problème et sauvegarder la paix et la stabilité dans la péninsule.
M. Xi est arrivé jeudi à Pyongyang pour une visite d'Etat en RPDC, alors que les deux pays célèbrent le 70ème anniversaire de l'établissement de leurs relations diplomatiques. Il s'agit de la première visite de M. Xi en RPDC en tant que secrétaire général du Comité central du PCC et chef de l'Etat chinois, et de la première visite du genre depuis 14 ans.

Xinhua, 20 juin 2019

Entretien entre Xi Jinping et Kim Jong-un le 20 juin 2019 à Pyongyang (photo : KCNA)

Un banquet a ensuite été donné en l'honneur du Président chinois, suivi d'un spectacle de gymnastique de masse au stade du Premier-Mai de Pyongyang, célébrant l'amitié sino-coréenne.

La journée du 21 juin a vu le Président Xi se recueillir à la Tour de l'amitié  érigée dans la capitale nord-coréenne en hommage aux Volontaires du peuple chinois qui ont combattu aux côtés de l'Armée populaire de Corée de 1950 à 1953.

Hommage aux Volontaires du peuple chinois le 21 juin 2019 à Pyongyang (photos : KCNA)

Quelle conséquence pour la paix en Corée?

Au-delà de l'amitié sino-coréenne qu'elles ont permis d'affirmer, les dernières rencontres entre les dirigeants chinois et nord-coréen sont intéressantes par les circonstances qui les entourent : les deuxième et troisième visites effectuée par Kim Jong-un en Chine en 2018 (à Dalian les 7 et 8 mai et à Pékin les 19 et 20 juin) ont eu lieu avant et après le premier sommet RPDC-Etats-Unis tenu à Singapour le 12 juin ; sa quatrième visite au début de 2019 (à Pékin du 7 au 10 janvier) a eu lieu avant le second sommet RPDC-Etats-Unis tenu à Hanoï à la fin du mois de février. Il est également notable que la première visite de Kim Jong-un en Chine (à Pékin du 25 au 28 mars 2018) a eu lieu avant son premier sommet avec le président sud-coréen Moon Jae-in (27 avril), et que sa deuxième visite en Chine a eu lieu quelques jours avant un deuxième sommet inter-coréen tenu à Panmunjom le 26 mai 2018.

Cette chronologie permet de penser que la visite du Président Xi Jinping en RPDC annonce un quatrième sommet inter-coréen dans un avenir proche, si ce n'est un troisième sommet entre la RPDC et les Etats-Unis. D'ailleurs, en tournée en Finlande, Norvège et Suède du 9 au 16 juin 2019, le président sud-coréen Moon Jae-in n'a pas hésité à évoquer la possibilité d'un quatrième sommet inter-coréen en déclarant que cette question « dépend de la décision du Président Kim ».

Dès le 17 juin, soit trois jours avant le sommet de Pyongyang, la porte-parole de la Maison-Bleue (le siège de la présidence de Corée du Sud), citée par le quotidien sud-coréen Hankyoreh, déclarait que le gouvernement sud-coréen « pense qu'une visite du Président Xi en Corée du Nord pourrait contribuer à une résolution pacifique des questions de la péninsule coréenne, et mène des discussions étroites avec le gouvernement chinois pour y parvenir rapidement ».

« Nous attendons avec impatience que cette visite contribue à un retour rapide aux négociations pour une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne et l'instauration d'une paix permanente dans la péninsule qui en résultera », ajoutait-elle.

Un autre haut responsable sud-coréen, toujours cité par le Hankyoreh, déclarait que « la visite du Président Xi en Corée du Nord est un facteur pour des changements positifs. [...] Nous pourrions dire que les chances d'un sommet inter-coréen sont bien plus grandes aujourd'hui. ».

Il ne fait pas de doute que le sommet du G20 à Osaka les 28 et 29 juin sera l'occasion pour le Président chinois d'évoquer avec son homologue des Etats-Unis les discussions qu'il a eues avec le dirigeant de la RPDC. Le Président chinois pourrait aussi utiliser sa visite en RPDC dans le cadre de la guerre commerciale en cours entre la Chine et les Etats-Unis, en se présentant comme un partenaire incontournable dans la résolution de la crise coréenne, qu'il convient, à ce titre, de ménager.

Cela nourrira sûrement la réflexion du Président des Etats-Unis lorsqu'il se rendra en Corée du Sud les 29 et 30 juin. Il aura aussi à l'esprit les lettres échangées pendant le mois de juin avec le dirigeant de la RPDC. Ces lettres, décrites comme « très amicale » par Donald Trump et « au contenu excellent » par Kim Jong-un, constituent en fait la première correspondance entre les deux dirigeants depuis le sommet RPDC-Etats-Unis de Hanoï de février 2019, lequel s'est terminé sans aucun accord à cause du caractère exorbitant des exigences américaines.

Kim Jong-un lit une lettre adressée par le Président Trump (photo diffusée par l'agence KCNA le 23 juin 2019)

L'ancien ministre sud-coréen de la Réunification Lim Dong-won a énoncé les « quatre piliers de la Guerre froide » dans la péninsule coréenne : l'antagonisme et la méfiance réciproque entre le Nord et le Sud, les relations hostiles entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, une course aux armements au moyen d'armes de destruction massive (y compris des armes nucléaires), et un régime d'armistice militaire. Pour éliminer ces « quatre piliers », la participation de la Chine est bien entendu nécessaire.

Une plus grande implication de la Chine sur le dossier coréen, la volonté de la Corée du Sud de maintenir le dialogue inter-coréen, et les bonnes relations personnelles affichées entre les dirigeants nord-coréen et américain constituent un « alignement des planètes » qui pourrait annoncer des progrès majeurs dans la résolution de la crise coréenne, pourquoi pas au travers de négociations à quatre pays en vue de l'instauration d'un régime de paix permanent en Corée, remplaçant l'accord d'armistice de 1953 - qui n'est qu'un cessez-le-feu le long de la ligne de front. En se focalisant sur le seul programme nucléaire nord-coréen, nombre d'experts et de médias ont trop souvent oublié - ou feint de ne pas savoir - que l'absence d'un régime de paix permanent dans la péninsule coréenne est la cause, et non la conséquence, de ce programme.


Sources :

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30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 09:50

Le 9 mai 2019, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a testé deux missiles à courte portée en les lançant en direction de l'est depuis la région de Kusong, dans le nord-ouest de la RPDC. Selon le Comité des chefs d'état-major interarmées de la Corée du Sud, ces deux missiles ont volé pendant 420 et 270 km au-dessus du territoire nord-coréen avant de retomber dans la mer de l'Est (mer du Japon). Le 4 mai, la RPDC avait procédé à un premier essai d'un tel missile depuis la presqu'île de Hodo, près de Wonsan, sur la côte orientale, ainsi qu'à des exercices de systèmes de lance-roquettes multiples. La RPDC qualifie ces lancements d'« exercice militaire régulier », mais, le 25 mai, quelques heures avant l'arrivée au Japon du président américain Donald Trump pour une visite d'Etat de quatre jours, son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, a déclaré  à Tokyo qu'il n'y avait « aucun doute » sur le fait que la RPDC a violé des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies en lançant ce que Bolton a décrit comme des « missiles balistiques ». Cette dernière sortie de Bolton, un « super faucon » partisan de longue date d'une ligne très dure à l'égard de la Corée du Nord, a suscité une vive réaction de la part de la RPDC.

Test d'un missile nord-coréen à courte portée le 9 mai 2019 (source : KCNA)

 

Le 27 mai 2019, l'agence officielle KCNA citait un porte-parole du ministère nord-coréen des affaires étrangères :

« Bolton, conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis a réagi à l'exercice militaire régulier de notre armée, déclarant qu'il s'agit d'une violation des "résolutions" du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette déclaration va vraiment au-delà de l'ignorance.

En ce qui concerne les "résolutions" du CSNU, auxquelles Bolton fait référence de manière irréfléchie, jamais une seule fois nous ne les avons reconnues ou avons été restreints par elles, parce qu'elles sont une négation totale et scandaleuse du droit à l'existence et au développement d'un pays souverain, comme nous l'avons déjà déclaré à plusieurs reprises.

Si un objet est lancé, il est tenu de suivre une trajectoire. Ce qui compte pour les Etats-Unis, ce n'est pas la portée mais l'interdiction même d'un lancement utilisant la technologie balistique. Cela équivaut finalement à exiger de la RPDC qu'elle renonce à son droit à l'autodéfense.

Notre exercice militaire n'a visé personne et n'a pas mis en danger les pays environnants, mais Bolton prétend avec acharnement qu'il constitue une violation des "résolutions", en se mêlant imprudemment des affaires internes des autres. Nul besoin d'être très perspicace pour deviner que Bolton a clairement une structure mentale différente de celle des gens ordinaires.

Bolton, comme il l'a lui-même avoué, a servi de "marteau" pour "briser" l'Accord-cadre signé en 1994 par la RPDC et les Etats-Unis, et il est bien connu en tant que "maniaque de la guerre" opposé à la RPDC et qui a conçu diverses politiques provocatrices telles que la désignation de notre pays comme membre de l'"axe du mal", une frappe préventive et un changement de régime.

Pire encore, Bolton s'est tenu à l'avant-garde de la direction de la guerre en Irak et de l'abrogation du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire qui a permis de garantir la paix en Europe pendant des décennies, et il est de plus en plus connu pour son bellicisme avec son obsession pour d'autres guerres au Moyen-Orient et en Amérique du Sud.

Ce n'est pas un hasard si des critiques se font maintenant entendre aux Etats-Unis quant au fait que Bolton est un belliciste parlant de guerre au Président alors qu'il a lui-même échappé au service militaire, affirmant qu'il ne souhaitait pas mourir dans une rizière en Asie du Sud-Est.1

Finalement, il convient de qualifier Bolton de conseiller à la destruction de la sécurité sabotant la paix et la sécurité plutôt que de conseiller à la sécurité œuvrant à garantir la sécurité.

Il n'est pas du tout étrange que des mots pervers sortent toujours de la bouche d'un homme structurellement déficient, et une telle erreur humaine mérite de disparaître au plus vite. » (KCNA, 27 mai 2019)

Avant cette cinglante critique de Bolton venue de RPDC, le Président des Etats-Unis Donald Trump avait lui-même semblé vouloir adoucir les propos de son conseiller à la sécurité nationale.

« La Corée du Nord a lancé quelques petites armes, qui ont dérangé certains de mon peuple et d'autres mais pas moi », écrivait ainsi le Président des Etats-Unis sur son compte Twitter le 26 mai, ajoutant penser que le dirigeant de la RPDC « tiendra sa promesse envers moi ».

Cette péripétie confirme les bonnes relations personnelles entre Kim Jong-un et Donald Trump, dont faisait ainsi état l'agence nord-coréenne KCNA au lendemain du sommet de Hanoï, malgré l'échec apparent du sommet : « Les dirigeants suprêmes des deux pays [Kim Jong-un et Donald Trump] ont apprécié que leur seconde rencontre à Hanoï a offert une occasion importante d'approfondir le respect et la confiance mutuels et de porter les relations entre les deux pays à un nouveau palier. »

Plus que la question du caractère légitime ou non des exercices militaires menés par la Corée du Nord en mai 2019, les réactions que ces exercices ont suscitées, à Pyongyang et à Washington, posent la question du maintien au sein de l'administration américaine du « super faucon » John Bolton, considéré comme le responsable de l'échec du sommet de Hanoï.

 

Sources :

1 NdT : Alors que John Bolton soutenait la guerre du Vietnam, il refusa de servir dans une unité combattante, préférant s'engager dans la Garde nationale et étudier dans une école de droit après l'obtention de son diplôme en 1970 à l'université Yale. « J'avoue que je ne souhaitais pas mourir dans une rizière en Asie du Sud-Est », a écrit Bolton au sujet de sa décision, à l'occasion de la 25ème réunion de sa promotion. « Je considérais que la guerre était déjà perdue au Vietnam. » (Ross Goldberg et Sam Kahn, "Bolton’s conservative ideology has roots in Yale experience", Yale Daily News, 28 avril 2005)

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