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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 13:05

Isolement de la Corée du Nord ? Dès 7h du matin, lundi 12 février, dans le journal télévisé de Russia Today France (en français) a été diffusée l’opinion de l’AAFC.

Les Etats-Unis veulent-ils vraiment la paix en Corée ?

En effet, malgré une actualité tragique en Russie avec l’écrasement d’un avion de ligne qui a été le principal sujet du journal télévisé, Russia Today a sollicité le point de vue de Benoît Quennedey, président de l’AAFC sur l’aspect diplomatique des JO. Puis les différents journaux télévisés suivants ont repris son intervention.

La chaîne a présenté « l’attitude de marbre du vice-président Mike Pence lors de l’apparition de la délégation coréenne pendant la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques » qu’elle a qualifiée d’attitude symptomatique de « vouloir isoler économiquement et diplomatiquement la Corée du Nord » puis a questionné Benoît Quennedey sur sa perception des évènements : « rapprochement spectaculaire après une année terrible de montée des tensions », «volonté sincère du président Moon-Jae-in mais aussi du Dirigeant Kim Jong-un, exprimée dans son discours du premier janvier, de renouer le dialogue ».

La vraie question étant selon Benoît Quennedey de savoir ce qu’il en sera de l’attitude des autres puissances impliquées, et en particulier celle des Etats-Unis, une fois la trêve olympique terminée.

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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 16:51

Si les gouvernements occidentaux ont dit saluer le retour au dialogue intercoréen à l'occasion des Jeux olympiques de Pyeongchang, il y a loin de la coupe aux lèvres : en réalité, rien n'indique que les Etats-Unis et les Etats membres de l'Union européenne ont renoncé à leurs plans de guerre dans la péninsule coréenne : au contraire. Plus que jamais, il importe que tous les partisans de la paix se mobilisent pour inciter les gouvernements occidentaux à renouer réellement le dialogue sur la question coréenne.

Le général américain Robert B. Neller, actuel commandant du corps des Marines

Le général américain Robert B. Neller, actuel commandant du corps des Marines

Le 16 janvier, les Etats-Unis et le Canada co-organisaient une réunion entre Occidentaux et leurs alliés à Vancouver pour réaffirmer la nécessité, selon eux, de maintenir, voire d'accroître les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - alors que la RPDC est aujourd'hui le pays le plus sanctionné au monde avec des conséquences particulièrement néfastes sur les populations, Washington renonce moins que jamais à l'arme des sanctions comme alternative à la guerre pour provoquer un changement de régime.

Mais vouloir étrangler la RPDC n'exclut évidemment pas de poursuivre les provocations bellicistes : le 26 janvier 2018, le général Robert Neller, qui commande le corps des Marines, s'est félicité des exercices de guerre menés avec une intensité sans précédent autour de la péninsule coréenne, en rappelant que les préparatifs d'une guerre étaient en cours. Le même jour, le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis rappelait, après une tournée en Asie, que l'option militaire restait sur la table. Bien sûr, ces responsables américains prétendent être pour le dialogue ; en réalité, ils multiplient les initiatives et les déclarations de nature à empêcher toute diminution des tensions.

L'Association d'amitié franco-coréenne réaffirme plus que jamais que le camp de la paix doit se mobiliser, pour obtenir des gouvernements occidentaux des engagements concrets qui montreraient une vraie volonté des Etats-Unis et de leurs alliés de s'engager sur la voie du dialogue en Corée :

- procéder à une première diminution des sanctions nationales et internationales, afin de préserver la vie des populations, en autorisant en particulier la reprise des activités du complexe intercoréen de Kaesong, suspendu il y a deux ans ;

- prolonger le moratoire sur les exercices de guerre américano-sud-coréens au-delà de la trêve olympique, qui prendra fin avec les Jeux paralympiques de Pyeongchang fin mars ;

- stopper l'escalade militaire en Asie du Nord-Est, en suspendant immédiatement le déploiement du système de missiles antimissile THAAD ;

- répondre favorablement à la proposition sino-russe de double moratoire (sur ses essais nucléaires et balistiques par la RPDC, de leurs manoeuvres militaires par les Etats-Unis) ;

- établir des relations diplomatiques complètes entre la RPD de Corée, d'une part, la France, les Etats-Unis et le Japon, d'autre part ;

- encourager des échanges bilatéraux dans les domaines culturel et sportif pour renouer avec les coopérations concrètes qui permettent de renforcer les relations de coopération et de créer un climat propice au dialogue.

Sources :

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 23:18

Dans son discours de Nouvel An, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a utilisé une image très classique pour rappeler que, la République populaire démocratique de Corée disposant désormais d'une force de dissuasion nucléaire, "le bouton nucléaire [était] toujours sur son bureau". Si ses voeux comportaient de (vraies) annonces - comme la proposition de rouvrir le dialogue inter-coréen, laquelle s'est traduite par la réouverture de la ligne téléphonique d'urgence entre les deux Etats coréens - c'est bien évidemment la phrase sur le "bouton nucléaire" qui a fait les gros titres de la presse néo-conservatrice, toujours à l'affût du moindre indice pour justifier une nouvelle guerre américaine, moteur de l'industrie de guerre et facteur de spéculation pour le plus grand profit du "big business" de Wall Street. Sauf que le Président Donald Trump en a fait - une nouvelle fois - des tonnes, au point de susciter interrogations, incrédulité, rires et stupeur. Mais, au fond, qui est vraiment Donald Trump pour s'exprimer ainsi ? (Psych)analyse (de salon).

Freud, reviens !

En déclarant dans un tweet que lui aussi avait un "bouton" nucléaire, mais qu'il était "plus gros", Donald Trump a une nouvelle fois illustré son sens avéré de la nuance, du mot mesuré, de la subtile analyse diplomatique : 

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un vient juste de déclarer que “le bouton nucléaire est constamment sur son bureau”. Quelqu'un dans son régime appauvri et affamé pourrait-il l'informer que moi aussi j'ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et puissant que le sien et mon bouton à moi fonctionne !

Le Figaro

La référence est évidemment inexacte (il ne s'agit pas d'un bouton nucléaire mais d'une mallette), inappropriée (le principe du dissuasion nucléaire - du faible au fort - ne se mesure pas en nombre d'ogives nucléaires, mais bien dans le fait de disposer d'une capacité de riposte nucléaire) et manifestement erronée (il y a aujourd'hui un consensus parmi les experts que la RPD de Corée dispose de missiles intercontinentaux vecteurs potentiels de têtes nucléaires et qu'elle maîtrise la capacité de miniaturiser des ogives). Mais il y a bien longtemps que les électeurs américains n'attendent plus de leur "commandant suprême" une compétence militaire ou diplomatique - sinon Donald Trump n'aurait jamais été élu.

Ce que révèle surtout ce dernier tweet de Donald Trump - après des précédents illustres, et avant bien d'autres - est un message qui n'a rien de subliminal pour quiconque a un minimum de connaissances en psychanalyse. Alors, s'il est vain de gloser en termes psychiatriques (ce qui, comme toute question médicale, est dépourvu de sens en l'absence d'examen clinique, et constitue une manière bien trop aisée d'évacuer une question politique en la renvoyant dans le champ de l'irrationnel), posons-nous franchement la seule question qui vaille : y a-t-il un psychanalyste à la Maison Blanche, qui permette de comprendre le refoulé et les aspirations d'un homme doté de pouvoirs sans équivalent au monde pour faire la guerre ? A cet égard, le fait que Donald Trump ait réévoqué des propos qu'il aurait tenus en 1994 pour dénoncer l'accord alors conclu par Bill Clinton sur le nucléaire nord-coréen révèle une volonté obsessionnelle de se justifier sans cesse et de se placer au centre de tout. La question psychanalytique n'est pas anodine : il en va de la sécurité du monde contre le risque d'une nouvelle guerre nucléaire. Heureusement, comme le rappellent avec humour certains caricaturistes face à la gravité de la menace, des collaborateurs veillent et retiennent leur Président...

Freud, reviens !

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 21:23

A la suite du nouveau tir par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) d'un missile balistique intercontinental le 29 novembre 2017, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté le 22 décembre 2017, à l'unanimité de ses membres, la résolution 2397 qui alourdit encore davantage les sanctions contre la RPD de Corée. L'Association d'amitié franco-coréenne dénonce une décision qui frappera encore un peu plus les populations nord-coréennes, désormais menacées dans leur existence même, tout en éloignant toujours davantage les perspectives d'un retour au dialogue dans la péninsule coréenne - alors que les Etats-Unis et leurs alliés poursuivent délibérément une escalade dangereuse des tensions vers la guerre. 

Au centre : Nikki Haley, ambassadrice américaine aux Nations unies, vote la résolution 2397

Au centre : Nikki Haley, ambassadrice américaine aux Nations unies, vote la résolution 2397

Comme toujours, les Etats-Unis avaient placé la barre plus haut en vue de concessions à faire ensuite vis-à-vis de la Chine et de la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies dotés d'un droit de veto - qu'ils n'utilisent pas sur la question coréenne, affaiblissant d'autant leur position de possibles négociateurs entre les positions anglo-américaines, d'un côté, et nord-coréennes, de l'autre.

L'approvisionnement en produits pétroliers de la Corée du Nord est une fois encore réduit, désormais à hauteur de 75 % par rapport aux besoins ex ante (étant limité à 4 millions de barils par an, et 500 000 barils par an pour les produits raffinés), dans le but évident d'asphyxier l'économie nord-coréenne, quitte à faire mourir des dizaines ou des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ainsi privés d'un accès essentiel à des ressources énergétiques indispensables - en empêchant les tracteurs de rouler, les bateaux de pêche de naviguer et les camions et trains de transporter les produits alimentaires vers les zones qui ne sont pas autosuffisantes. Le mensonge des autorités américaines en instaurant un embargo pétrolier (que Washington aurait voulu sinon total, du moins à hauteur de 90 % de la consommation du pays) consiste à tenter de faire croire que le pétrole importé par les Nord-Coréens servirait d'abord à des fins militaires, pour les programmes balistiques et nucléaires. Se joignant à ce concert de voix hypocrites, l'ambassadeur britannique Matthew Rycroft a osé affirmer que la résolution "garantissait que nous ne rendons pas la vie plus difficile pour les pauvres gens de Corée du Nord".

Les Etats membres disposeront de pouvoirs renforcés pour fouiller et arraisonner les navires nord-coréens - mais pas en haute mer, comme Washington en avait caressé l'espoir, au mépris du droit international de la mer.

Les travailleurs étrangers nord-coréens devront être rapatriés dans un délai de 2 ans (les Etats-Unis voulaient un délai d'un an, mais ont dû reculer sous la pression de la Chine et de la Russie).

La liste déjà très longue des produits nord-coréens touchés par les restrictions commerciales grandit encore : bois, certains équipements électriques, véhicules de transport, métaux industriels, magnésite...

Enfin, des personnalités et entités supplémentaires sont placées sur la liste noire des interdictions bancaires.

Pendant ce temps, les Etats-Unis peuvent continuer, en toute impunité, de menacer de détruire complètement la Corée du Nord, mener les plus grandes manoeuvres militaires en temps de paix, au large de la péninsule coréenne, et semer la guerre et la désolation aux quatre coins de la planète, tout en poursuivant le programme nucléaire militaire le plus avancé au monde. Le droit en général - et le droit international des organes des Nations unies en particulier - n'est jamais que le reflet des rapports de force : d'hier (avec le fait colonial) à aujourd'hui (avec la violation de la souveraineté des Etats, en Irak, en Libye et en Syrie), les puissances occidentales ont su instrumentaliser le droit international public au profit de leurs seuls intérêts et d'industries de guerre qui ont besoin que les gouvernements américain et européens entretiennent le cycle sans fin des tensions et des sanctions. Que vaut alors la vie de quelque 26 millions de Nord-Coréens face à une telle logique ?

Sources : 

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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 10:09

"Vigilant ACE" est la plus grande manoeuvre militaire aérienne conjointe américaine-sud-coréenne jamais menée, du 4 au 8 décembre 2017 : quelques jours seulement après le plus puissant tir de missile balistique nord-coréen réalisé à la date d'aujourd'hui (celui d'un missile nouveau, de type Hwasong-15), l'administration américaine choisit l'escalade militaire des tensions dans la péninsule coréenne. Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne continue de plaider pour la paix et le dialogue en refusant ces exercices de guerre, et en estimant que c'est la puissance militaire la plus forte - les Etats-Unis, dont le budget militaire est au bas mot 100 fois celui de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - qui doit d'abord faire preuve de retenue pour désamorcer le risque d'un conflit dont les conséquences seraient désastreuses pour tous les peuples d'Asie du Nord-Est, au premier rang desquels les Coréens, les Japonais, les Chinois et les Russes. La "feuille de route sino-russe" est aujourd'hui le vecteur diplomatique le plus adapté pour retourner au dialogue dans la région Asie-Pacifique où se concentrent trois des plus puissantes armées du monde (celles des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie) et quatre Etats dotés de l'armée nucléaire (les trois précédents plus la Corée du Nord).

Le chasseur américain furtif de type F-22 participera aux plus grandes manoeuvres aériennes à ce jour menées conjointement par les aviations américaine et sud-coréenne.

Le chasseur américain furtif de type F-22 participera aux plus grandes manoeuvres aériennes à ce jour menées conjointement par les aviations américaine et sud-coréenne.

Si les exercices militaires aériens conjoints américano-sud-coréens sont menés fréquemment (de précédents exercices "Vigilant ACE" ont eu lieu en 2015), leur occurrence n'est pas régulière et ceux conduits du 4 au 8 décembre 2017 sont sans précédent par leur ampleur - quoi qu'en disent les communicants militaires de Washington et Séoul. Dans ce contexte, un éditorial du Rodong Sinmun, quotidien du Parti travail de Corée, au pouvoir à Pyongyang, a dénoncé une nouvelle "provocation", en rejetant ainsi la thèse américaine d' "exercices défensifs par nature", alors que l'administration américaine a menacé une nouvelle fois de destruction totale la Corée du Nord : 

C’est une provocation ouverte, tous azimuts, contre la [République populaire démocratique de Corée] qui pourrait déboucher sur une guerre nucléaire à tout moment.

L'agence sud-coréenne Yonhap a ainsi décrit les moyens déployés pour ces exercices militaires aériens, qui mobiliseront 230 appareils des flottes des deux pays : 

Un total de 230 avions militaires des deux pays se joindront à l'exercice, dont certains stationnés à l'étranger, dont 12 chasseurs furtifs, six F-22 et six F-35A. Seront également mobilisés six avions de guerre électronique, une dizaine de chasseurs F-15C et une dizaine d'avions de chasse F-16.

Quelques F-35B stationnés au Japon devraient voler au-dessus de la Corée du Sud durant l'exercice. Ils seront rejoints par les chasseurs F-15K, KF-16 et F-5.

Les deux pays mèneront des simulations de frappes aériennes contre des cibles nucléaires et balistiques nord-coréennes et des tracteur-érecteur-lanceurs (TEL) nord-coréens.

Ces exercices s'ajoutent aux manoeuvres militaires menées plusieurs fois par an autour de la péninsule coréenne par les Etats-Unis et leurs alliés, lesquels participent plus ouvertement à la mise en oeuvre du plan opérationnel OPLAN 5027 qui préparent notamment  « l'élimination du régime nord-coréen » et l'anéantissement de l'armée nord-coréenne. Les plans opérationnels américains de guerre en Corée ont été actualisés et complétés cette année par l'administration américaine, dans le contexte de montée des tensions avec la RPD de Corée. 

Sources :

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29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 08:55

Le 29 novembre 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à un nouveau tir de missile balistique intercontinental (acronyme anglais : ICBM) d'un missile de type Hwasong-15, capable d'atteindre l'ensemble du territoire américain. Les autorités nord-coréennes se sont félicité que leur pays dispose d'une force de dissuasion nucléaire complète pour faire face aux menaces des Etats-Unis. 

L'annonce du tir réussi a été faite à la télévision centrale de la RPD de Corée par la présentatrice Ri Chun-hee

L'annonce du tir réussi a été faite à la télévision centrale de la RPD de Corée par la présentatrice Ri Chun-hee

Selon les autorités nord-coréennes, l'engin a atteint une altitude de 4 475 kilomètres avant de s'abîmer en mer de l'Est à 950 kilomètres du site de lancement, après avoir survolé l'archipel nippon. Au regard de sa trajectoire, sa portée a été estimée à 13 000 kilomètres - la plus importante pour un missile balistique intercontinental nord-coréen à ce jour. Selon les experts occidentaux, le missile de type Hwasong-15 peut ainsi atteindre la totalité du territoire américain, ce qu'a confirmé l'agence nord-coréenne KCNA :  

Le système d'armes de type ICBM Hwasong-15 est un missile intercontinental équipé d'une ogive lourde extra-large capable de frapper la totalité du continent américain.

Doté d'une ogive nucléaire, ce missile de type ICBM représente ainsi une capacité de frappe (et donc de dissuasion) nucléaire complète. Le Point, dans un article ayant pour source l'Agence France Presse, a ainsi parlé de "bras d'honneur au président Trump", qui avait réaffirmé, lors de sa récente tournée asiatique, que jamais la RPD de Corée ne se doterait d'une telle force de dissuasion nucléaire et avait multiplié ces dernières semaines les manifestations hostiles à l'encontre de la Corée du Nord - manoeuvres militaires, nouvelles sanctions unilatérales, réinscription de la RPDC sur la liste des Etats soutenant le terrorisme. Comme toujours, cette attitude a provoqué la réaction de Pyongyang : le tir du 29 novembre 2017 montre sa volonté continue de renforcer ses capacités d'autodéfense, et non de céder à un diktat imposé par le plus lourd régime de sanctions jamais instauré au monde depuis la création des Nations unies en 1945.

Face à l'échec de la politique américaine de montée continue des tensions et des sanctions pour endiguer la puissance militaire nord-coréenne, dont le fiasco menace la paix en Asie du Nord-Est et dans le monde, l'Association d'amitié franco-coréenne plaide une nouvelle fois pour la paix par une sortie de crise dans le cadre d'un dialogue renouvelé, impliquant l'ensemble des parties concernées - comme le propose notamment la feuille de route sino-russe d'un double moratoire (de ses essais nucléaires et balistiques par Pyongyang, de ses manoeuvres militaires par Washington).

Source : 

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 11:24

Poursuivant en Chine sa tournée asiatique, le Président Donald Trump a renoué avec sa rhétorique fleurie et toute en nuances sur le dirigeant nord-coréen et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Parallèlement, le 11 novembre 2017, ont commencé de nouveaux exercices militaires conjoints américano-sud-coréens, prévus pour une durée de quatre jours. Ces nouvelles initiatives, qu'on peut qualifier soit de provocations et/ou d'incitations à la guerre soit de démonstrations de force suivant le point de vue adopté, confrontent en réalité les Etats-Unis à un risque accru d'impuissance militaire et d'isolement diplomatique sur le dossier coréen, signant l'échec d'une politique élaborée au coup par coup, en l'absence d'une vision stratégique approfondie qui prendrait en compte les intérêts et les objectifs des différentes parties. 

Le porte-avions USS Ronald Reagan dans la mer de l'Est, au large de la Corée (photo d'archives)

Le porte-avions USS Ronald Reagan dans la mer de l'Est, au large de la Corée (photo d'archives)

Dans la tête de Donald Trump : une logique binaire et l'occultation d'un risque sans précédent d'isolement diplomatique américain sur la question coréenne

Un jour Donald Trump tente de séduire les Sud-Coréens en évitant les propos insultants et belliqueux vis-à-vis des Nord-Coréens, et un autre à Pékin il vitupère à nouveau contre la RPD de Corée... Cette inconstance ne doit pas s'interpréter en termes relevant d'une psychologie de café du commerce (invoquant, au choix, la folie, la colère ou une imprévisibilité maladive), mais bien dans le cadre de l'objectif que poursuit, de manière constante, le numéro un américain : il avait affirmé, en début d'année, que, lui président et contrairement à ses prédécesseurs taxés d'impuissance et de faiblesse, jamais il n'accepterait que la Corée du Nord se dote d'une capacité de dissuasion nucléaire comportant des armes et des vecteurs susceptibles d'atteindre le territoire américain. Cette perspective étant devenue réalité, et le Président Donald Trump refusant de se dédire, il estime dès lors ne disposer que de deux choix : soit la Corée du Nord renonce (volontairement ou sous la contrainte) à sa capacité de dissuasion nucléaire, soit elle est vouée à disparaître en tant qu'Etat et régime politique, dans le cadre d'une guerre ou (à moindres frais, en termes de vies de soldats américains) sous l'effet de sanctions sans précédent visant à l'effondrement économique, politique et social de la RPD de Corée. 

Les termes de cette équation ainsi posés, Donald Trump sait qu'il a besoin de la Chine pour asphyxier la Corée du Nord, dont elle est (de très loin) le premier partenaire économique, et juge que, vis-à-vis de Pékin, la politique de la mise en garde est la plus efficace - mâtinée de menaces à peine voilées de rétorsions, en partie mises en oeuvre, contre les intérêts économiques chinois. Concernant la Corée du Sud, ce doit être un allié à ménager, tant en termes militaires (les Etats-Unis préférant toujours que les supplétifs étrangers de leurs soldats s'exposent le plus fortement et perdent le plus grand nombre d'hommes) qu'au regard de sa capacité à potentiellement saper les objectifs de politique nord-coréenne de l'administration Trump : le Président Moon Jae-in est contre la guerre, hostile à ce que son pays se dote d'armes nucléaires - comme l'avait ouvertement envisagé Donald Trump - et favorable au dialogue intercoréen pour sortir de la crise actuelle.

Si lors de sa récente visite à Séoul Donald Trump a essayé de plaire aux dirigeants et à l'opinion publique de la République de Corée, c'est parce qu'il n'avait pas le choix. Mais le spectaculaire réchauffement des relations sino-sud-coréennes mises à mal par le déploiement de THAAD, ce progrès étant à mettre à l'actif du Président Moon Jae-in, ne signe-t-il pas au contraire pour l'administration Trump le risque que se dessine une stratégie alternative à la sienne ? Donald Trump ne peut ignorer que la politique nord-coréenne des Etats-Unis est fortement impopulaire à l'étranger (sauf peut-être dans les milieux conservateurs, qui sont majoritaires, au Japon), car elle comporte les risques d'une escalade militaire vers une guerre qui satisferait essentiellement l'objectif stratégique d'une invulnérabilité du territoire américain, tout en exposant à de très lourdes pertes non seulement la Corée du Nord, mais aussi ses voisins dont Washington recherche pourtant l'assentiment et l'appui.

La Chine, comme l'observe d'ailleurs un dossier de l'hebdomadaire L'Express qu'on ne peut pas accuser d'anti-américanisme primaire, renforce ainsi sa position d'acteur incontournable d'une sortie de crise en Corée : en ne prenant pas partie pour la RPDC tout en votant et en appliquant (après les avoir modérées au regard des intentions américaines) les sanctions internationales contre la Corée du Nord, Pékin apparaît comme une puissance ayant une diplomatie raisonnable, favorable au dialogue, susceptible de rallier à ses positions tous les Etats concernés par la crise en cours, y compris potentiellement les Etats-Unis s'il y aura une prise de conscience de l'impasse actuelle. Plus Donald Trump multiplie les provocations verbales et militaires, plus il renforce la diplomatie chinoise qui a tenté, certes jusqu'ici sans grand succès (à part en direction de la Russie), de rallier d'autres pays (l'Allemagne, la France...) à ses appels à une sortie de la crise par la voie diplomatique. Mais l'idée chemine, et pourrait un jour mettre en échec la politique nord-coréenne des Etats-Unis fondée sur une fuite en avant dont l'objectif final (une guerre nucléaire ou l'effondrement d'un pays doté d'armes nucléaires, qui seraient disséminées dans le monde, parallèlement à des flux massifs de population en dehors de la RPDC), constituent des scénarios catastrophes, sauf dans la tête de Donald Trump et d'une poignée de représentants de l'appareil d'Etat américain qui semblent ne pas correctement prendre en compte toutes les données de l'équation.

Exercices de guerre : le gouffre financier et l'impuissance militaire au regard des coûts humains d'un improbable conflit au sol

Dans l'esprit de Donald Trump, ce qui compte le plus n'est en effet pas tant ce que peuvent penser ses homologues à Séoul, Pékin ou Tokyo que d'apparaître, aux yeux de l'opinion publique américaine (et donc des médias qui façonnent l'opinion), comme le commandant militaire invincible de la Grande Amérique, et cette nécessité est sans cesse renforcée par les revers réels ou potentiels sur la scène intérieure ou en d'autres endroits du monde. C'est contre l'intelligentsia qu'il a gagné de manière inattendue l'élection américaine. C'est à nouveau contre tout ce que les Etats-Unis (et le monde occidental) compte d'experts et d'analystes de la question coréenne qu'il entend imposer sa politique nord-coréenne comme prétendument rationnelle et consensuelle, en mobilisant pour sa cause des médias qu'il n'hésite pas à vilipender par ailleurs. Le procédé n'est pas nouveau : la propagande de guerre repose sur ce schéma invariant, plus d'une fois mis en oeuvre dans les guerres conduites par l'hyperpuissance américaine.

Un des éléments de langage majeurs porte sur les manoeuvres militaires américaines, qu'il faut donc légitimer comme nécessaires et défensives par nature face à la menace supposée d'un régime nord-coréen qui serait incontrôlable et prêt à tout. A compte du 11 novembre 2017, comme le signale l'AFP, des exercices inédits de grande ampleur associent ainsi de nouveau GIs et soldats sud-coréens, moins d'un mois après les précédentes manoeuvres conjointes

Des bâtiments de la marine de guerre sud-coréenne se sont joints samedi à trois porte-avions américains, dans une démonstration de force inédite à l'adresse de la Corée du nord, dont les ambitions nucléaires sont au centre de la tournée en Asie du président américain Donald Trump.

L'exercice conjoint dans le Pacifique occidental, qui doit se poursuivre durant quatre jours, mobilise les porte-avions USS Ronald Reagan, USS Nimitz et USS Theodore Roosevelt, ainsi que sept navires sud-coréens, dont trois destroyers, a précisé le ministère sud-coréen de la Défense.

C'est la première fois depuis dix ans que des manœuvres de ce type mobilisent trois porte-avions.

"L'exercice est destiné à renforcer la dissuasion contre les menaces nucléaires et les missiles de la Corée du nord, et à démontrer notre préparation à repousser toute action provocatrice du Nord", a déclaré un porte-parole du ministère.

La dépêche de l'AFP aurait pu être encore plus favorable à la politique nord-coréenne de Donald Trump, en mentionnant les tirs nucléaires et balistiques de la RPDC (interrompus depuis plus de deux mois, contrairement aux initiatives américaines qui, elles, n'ont jamais cessé). Mais elle n'en sert pas moins lourdement les intérêts de la propagande de guerre (ou de préparation à la guerre) américaine, en mentionnant les dernières déclarations du Président Trump vis-à-vis de la Corée du Nord et en évitant de dire que ses envolées verbales, s'ajoutant aux provocations militaires, relèvent de la seule volonté américaine, et pas d'une dissuasion contre un ennemi cent fois moins puissant militairement.

Poursuivons en effet la citation de cette dépêche de l'AFP qui, après une concession à la neutralité attendue d'une agence de presse (son auteur dit que les Nord-Coréens seront mécontents, mais minimise ces critiques en employant les termes non neutres de "régime de Pyongyang"), cite encore une fois les éléments de langage du gouvernement américain et évite soigneusement à l'endroit des Etats-Unis les termes "provocations", "exercices de guerre" et autres expressions toujours réservées à la seule Corée du Nord, tout en prêtant à la seule partie nord-coréenne le fait, pourtant avéré dans les documents stratégiques américains, que ces manoeuvres militaires ont bien un caractère offensif. Enfin, la dépêche de l'APF conclut de manière assez extraordinaire sur la volonté prétendue de dialogue et de conciliation du Président Donald Trump : 

Le régime de Pyongyang dénonce régulièrement ces manœuvres, destinées selon lui à préparer une invasion de son territoire, et réplique parfois avec ses propres manœuvres militaires ou des tirs de missile. Les bâtiments américains vont conduire des exercices de défense, de surveillance maritime, de riposte aérienne, entre autres opérations, a indiqué de son côté la marine américaine.

Ces manœuvres interviennent dans la foulée de la visite du président Trump à Séoul et Pékin, dominées par la menace nucléaire nord-coréenne. Dans un discours musclé devant l'Assemblée nationale sud-coréenne, Donald Trump a appelé mercredi le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un à ne jamais sous-estimer la détermination de l'Amérique et à renoncer à son programme nucléaire, avant de dénoncer les horreurs d'une "dictature cruelle".

Mais au cours de sa tournée actuelle en Asie, Donald Trump s'est parfois montré plus conciliant en évoquant des "progrès" et de possibles négociations.

Mais l'administration américaine voudrait-elle mener une nouvelle guerre de Corée qu'il est douteux qu'elle dispose des moyens nécessaires, y compris en termes de préparation stratégique. Dans un rapport rédigé à la demande du Congrès américain, le Pentagone, par la voix de l'amiral Michael Dumont, vice-directeur de l'état-major interarmées, a indiqué que découvrir et  "neutraliser" les armes nucléaires nord-coréennes - qui est l'objectif affiché d'un conflit avec la RPDC - nécessiterait l'envoi de troupes au sol, ce que les Etats-Unis sont en général particulièrement réticents à opérer étant donné la faible acceptation par l'opinion publique américaine de pertes humaines importantes dans un conflit. Or, une guerre au sol entraînerait des pertes élevées, que le rapport du Pentagone reconnaît par ailleurs être incapable d'évaluer dans un aveu d'impréparation qui a inquiété des députés démocrates. Enfin, le même rapport estime probable, en cas de guerre terrestre, l'utilisation par la Corée du Nord d'armes biologiques et chimiques - alors même que les Etats-Unis ont utilisé de telles armes en Corée entre 1950 et 1953 - ce qui dépasse le seuil de tolérance des Américains. Mais si l'on remplaçait les soldats américains au sol par des Sud-Coréens ? Une telle guerre américaine aérienne avec des supplétifs sud-coréens au sol relève en réalité d'une double erreur d'analyse, en ce qui concerne l'acceptation d'un conflit par les Sud-Coréens et d'une capacité américaine à ne perdre pratiquement aucun homme : la Corée du Nord dispose des moyens et d'une volonté de résistance à une invasion que n'avait pas l'Irak de 2003...

En outre, les manoeuvres militaires à répétition des Etats-Unis et de leurs alliés sont coûteuses pour le contribuable américain. Ce sujet budgétaire n'est pourtant jamais évoqué dans la couverture médiatique de ces exercices, sans doute parce qu'il serait de nature à affaiblir le consensus qui tend à s'établir dans la société et la classe politique américaine en cas de conflit - propagande de guerre oblige. Il n'en demeure pas moins que l'hostilité de l'appareil d'Etat américain à une guerre aujourd'hui mal anticipée, qui pourrait constituer un nouveau bourbier comme naguère au Vietnam, conjuguée aux critiques de nombreux élus démocrates, force l'administration Trump à en rabattre : plus l'armée américaine montre ses muscles, moins elle est capable d'agir réellement dans une guerre. Au fond, dans l'alternative présentée ci-dessus quand nous avons essayé de comprendre le mode de pensée du président américain, Donald Trump (ou à défaut les généraux et les diplomates qui lui sont fidèles) sait que la voie la plus sûre serait de soumettre la Corée du Nord à un régime de sanctions tel que le pays n'aurait d'autre choix que l'alternative suivante :

- négocier un diktat où elle désarmerait unilatéralement face à un pays qui pourrait continuer de la menacer,

- être exposée au risque d'un effondrement et d'une révolte intérieure dont rêvent, en vain, les néo-conservateurs depuis un quart de siècle. En cela, l'administration Trump diffère sensiblement de celles qui l'ont précédées, en cherchant à provoquer encore plus activement un processus d'effondrement qui ne s'est pas produit. 

Oui, mais comment justifier aux yeux des autres pays du monde qu'il faut encore renforcer les sanctions contre le pays déjà le plus lourdement sanctionné au monde, qui exerce un droit d'auto-défense, et dont les populations sont confrontées, sinon à l'effondrement à court terme, du moins à une pénurie d'énergie et à une nouvelle famine sous l'empire des sanctions actuelles ? 

L'espoir américain d'une réaction nord-coréenne qui permettrait d'accroître les sanctions internationales et de provoquer l'effondrement espéré de la Corée du Nord 

Pour renforcer les sanctions contre la RPDC, l'administration Trump a impérativement besoin que la Corée du Nord réagisse à ses manoeuvres militaires et à ses provocations verbales dûment assumées - ou, pour reprendre une métaphore du monde de la corrida, ait l'attitude du taureau face auquel le toréador agite un chiffon rouge avant de l'abattre.

Malheureusement pour Washington, l'administration nord-coréenne, loin de tomber dans ce piège, combine de manière très rationnelle les objectifs d'autodéfense du pays (qui ont justifié l'accélération de la mise en place d'une force de dissuasion complète face à une administration américaine considérée comme décidée à lui faire subir le sort de l'Irak en 2003 et de la Libye en 2011) et une auto-restriction dans la poursuite de ses programmes nucléaires militaires et balistiques au regard de l'impact des sanctions internationales sur l'économie du pays et les conditions de vie de la population. Dans ce contexte, les autorités nord-coréennes ont évité, jusqu'à présent, de réagir face aux provocations américaines de Donald Trump lors de son actuelle tournée asiatique - ce qui a conduit ce dernier à affirmer bruyamment qu'il avait remporté une manche dans son bras-de-fer contre la Corée du Nord, et que sa politique nord-coréenne serait donc (selon lui) couronnée de succès, alors que les risques d'isolement diplomatique n'ont jamais été aussi élevés et l'impuissance militaire aussi patente.

Dans ce contexte, les Nord-Coréens ont rappelé une nouvelle fois qu'ils étaient ouvert au dialogue, mais pas à un diktat qui consisterait pour eux à abandonner tout moyen de défense face à la politique hostile des Etats-Unis, comme le rappelle une autre dépêche de l'AFP citée par Le Point

"Nous ne sommes pas opposés au dialogue mais nous ne mettrons jamais les questions liées aux intérêts suprêmes de la Corée du Nord et de la sécurité de ses citoyens sur la table des négociations", soulignait une tribune publiée dans le journal gouvernemental Minju Joson.

Face à l'escalade des tensions et des sanctions entretenues par l'administration Trump, la porte du dialogue et d'une issue négociée à la crise reste ainsi ouverte. Mais les partenaires des Etats-Unis sauront-ils trouver les moyens de les convaincre de sortir d'une impasse qui leur permet, à court terme, d'affermir l'image d'un Donald Trump se posant en chef de guerre toujours victorieux (car évitant soigneusement le combat réel), se rêvant en leader d'un monde dit libre dans sa croisade contre le Mal, nostalgique de la geste reaganienne ayant conduit à la victoire américaine dans la guerre froide ? Le monde a changé, mais les logiciels intellectuels de certaines têtes (mal-)pensantes sont restés bloqués dans un passé révolu, quand leurs concurrents - Chine et Russie en tête - se frottent les mains de pouvoir exercer une influence renforcée par les erreurs d'analyse américaines.

Sources : 

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7 novembre 2017 2 07 /11 /novembre /2017 23:18

Le Président américain Donald Trump n'est pas aimé de l'immense majorité des Sud-Coréens, qui s'inquiètent - y compris dans les rangs des services secrets - d'être les premières victimes d'un conflit que pourrait déclencher l'imprévisible chef d'Etat américain. Par ailleurs, il avait inutilement moqué son homologue sud-coréen en affirmant, cet été, qu'il était inutile de rechercher l'apaisement avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Sans doute faut-il voir dans sa volonté de réconquérir les coeurs sud-coréens la raison principale du ton nettement plus conciliant qu'il a adopté lors de sa visite des 7 et 8 novembre 2017 en République du Corée (Corée du Sud), soucieux de séduire un allié de premier plan dans son bras-de-fer avec la Corée du Nord. 

Manifestation à Séoul le 5 novembre 2017

Manifestation à Séoul le 5 novembre 2017

C'est aux cris de "Nous sommes contre la guerre !" et "Il faut négocier la paix !" que les progressistes sud-coréens ont défilé à Séoul le 5 novembre 2017, deux jours avant le début de la visite de Donald Trump dans leur pays. Moins nombreux, les conservateurs ont pour leur part manifesté pour afficher leur soutien à la politique américaine et à l'alliance Séoul-Washington. 

Mais le 7 novembre 2017 le président américain ne s'était pas laissé aller à l'une de ses formules à l'emporte-pièce qui font les choux gras des commentateurs de son compte Twitter. Au contraire, l'heure était à l'apaisement et à la célébration de l'unité entre les Etats-Unis et la Corée du Sud qui aurait, selon Washington et Séoul, fait plier Pyongyang...


Séducteur, Donald Trump a donc dit ce que les Sud-Coréens attendaient d'entendre : qu'il serait souhaitable de revenir à une solution négociée, en affirmant également - lors de sa visite à Camp Humphreys : "On trouve toujours une solution, il faut qu'on trouve une solution". Il a également réaffirmé l'engagement de défense des Américains envers les Sud-Coréens. Enfin, alors que l'accord de libre-échange est en cours de renégociation, le Président américain s'est dit confiant que les discussions aboutissent à un accord équitable - sans préciser ce que restait le contenu d'un tel accord. Dans ce contexte, le Président Moon Jae-in a pu réaffirmer publiquement son souhait d'empêcher une nouvelle guerre de Corée sans apparaître en porte-à-faux avec un Donald Trump naguère ouvertement va-t-en-guerre.

Les deux chefs d'Etat lors de leur conférence de presse conjointe

Les deux chefs d'Etat lors de leur conférence de presse conjointe

En contrepoint, plusieurs mesures ont cependant été annoncées dans le sens d'une poursuite de la course aux armements, y compris nucléaires : la charge utile des missiles sud-coréens ne sera désormais plus limitée et les Sud-Coréens se doteront de moyens nouveaux, dont des sous-marins nucléaires - ce qui entre d'ailleurs en contradiction avec le principe selon lequel il ne serait pas réintroduit d'armes nucléaires au Sud de la péninsule. Le ton change, mais les intentions bellicistes demeurent. Il en faudra ainsi encore beaucoup pour amener les Etats-Unis à envisager sincèrement des négociations de paix, seules à même de permettre une désescalade des tensions qui ont atteint cet été un degré de dangerosité sans précédent depuis au moins 1994.

Sources : 

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 21:53

Dans son numéro 3461 (du 1er au 7 novembre 2017), l'hebdomadaire L'Express a consacré sa couverture et un épais dossier (p. 30-45) au "retour de la bombe" nucléaire, en faisant le constat que l'horizon d'un monde sans armes nucléaires, posé comme objectif en 2009, apparaît s'être considérablement éloigné au regard, notamment, de l'escalade entre les puissances dotées de l'arme nucléaire que sont les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). L'Association d'amitié franco-coréenne revient sur ce dossier, auquel ont contribué une dizaines de journalistes et d'experts, pour ce qui concerne son domaine de compétence : la situation dans et autour de la péninsule coréenne. 

Photo de couverture du magazine

Photo de couverture du magazine

D'emblée, reconnaissons qu'il s'agit d'un dossier fouillé et apportant de manière claire de nombreuses informations utiles pour le néophyte : il donne à la fois des points de repère (en soulignant le tournant qu'a constitué l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, p. 31, ou en mentionnant l'inefficacité de la politique de l'actuelle administration américaine pour empêcher la Corée du Nord de se doter d'une force de dissuasion nucléaire, p. 32) et apporte des informations assez détaillées : il n'y a toujours pas de traité de paix depuis l'accord d'armistice de 1953, aboutissant effectivement à la situation d'un "conflit gelé" (titre de l'encadré p. 33) ; l'arsenal nord-coréen compterait désormais entre 30 et 60 bombes (p. 35), tandis que 93 % du stock mondial d'armes nucléaires reste détenu par les Etats-Unis et la Russie (p. 42)...

Quelques erreurs grossières altèrent toutefois la qualité de l'analyse : non, la Chine ne soutient pas "indéfectiblement" la Corée du Nord (p. 32), dont elle vote et applique les sanctions à son encontre ; non la Corée du Nord n'a pas été "jusqu'à menacer de frapper l'île de Guam" (p. 33), mais a envisagé de procéder à des tirs de missiles dans les eaux internationales en direction de l'île de Guam ; non, la Corée du Nord n'a pas une armée de 1,4 million d'hommes (chiffre fantaisiste établi par la seule CIA) qui "se prépare à affronter à nouveau son voisin du Sud" ; non, les Etats-Unis n'ont pas "parfois" bombardé au napalm la Corée du Nord, mais bien fait un usage systématique du napalm pendant la guerre de Corée, détruisant un pays pour soi-disant le sauver. De même, il est regrettable que les justifications ayant conduit la RPDC (comme l'Iran) à se doter de l'arme nucléaire relèvent des poncifs et de propos outranciers qu'on croirait issus d'un manuel de propagande de guerre (p. 33 : "puissances régionales devenues incontrôlables", "vieux nationalismes qui ne demandent qu'à disposer de nouvelles armes technologiques ou de missiles balistiques pour compenser leur arriération ou leur isolement", en oubliant au passage que les dernières sanctions contre la Corée du Nord, visant à la priver de 90 % de ses recettes d'exportations, sont le fait des Etats-Unis et de leurs alliés, et pas d'une supposée volonté nord-coréenne...). Il manque cruellement  (toujours p. 33) une analyse stratégique rigoureuse qui aurait rappelé la stratégie de la dissuasion nucléaire (du faible au fort), telle que l'a développée la France du Général de Gaulle, et que reprend aujourd'hui à son compte la Corée du Nord. A ignorer totalement la doctrine nucléaire nord-coréenne, le dossier de L'Express conforte l'image lourdement erronée d'un pays soi-disant irrationnel et incontrôlable.

Heureusement, l'entretien avec Juliette Morillot rappelle quelques faits évidents sur le rapport de forces réel entre Washington et Pyongyang ou encore la volonté des dirigeants nord-coréens de ne pas subir le sort de leurs homologues irakiens (en 2003) et libyens (en 2011). Cependant, les propos recueillis par Vincent Hugeux donnent parallèlement la parole à Valérie Niquet, qui affiche un néo-conservatisme américain bon teint (se félicitant de la présence américaine en Asie: "Heureusement qu'ils le sont !", s'exclame-t-elle p. 39) et multiplie les affirmations d'autorité : non, Mme Niquet, la Corée n'est pas "soutenue financièrement à bout de bras par la Chine" (p. 37, mais qu'a donc fait la Chine pour mériter un tel bashing dans ce dossier ?), de même qu'il ne suffit pas d'affirmer péremptoirement "quand on veut contrôler on contrôle" (p. 37) dans une volonté malhonnête d'accabler la Chine de tous les maux (comme s'y emploient les néo-conservateurs américains), tout en menaçant ce pays de sanctions américaines si elle ne coopère pas assez avec les Etats-Unis, ainsi que le rappelle opportunément (toujours p. 37) notre porte-voix des faucons américains. De même, les propos bellicistes de Valérie Niquet, farouchement hostile au dialogue, reçoivent une couverture exceptionnelle dans un hebdomadaire que l'on a connu moins prompt à afficher avec autant de complaisance le point de vue du lobby américain pro-guerre. Reconnaissons cependant que l'interview croisée de Juliette Morillot et Valérie Niquet a le mérite de souligner que, selon les deux expertes, le risque de guerre nucléaire est faible (p. 38) - une opinion d'ailleurs partagée par Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (p. 44). Enfin, Juliette Morillot rappelle le rôle positif, pour le dialogue et la paix, que pourraient jouer la France d'Emmanuel Macron et l'Union européenne. Toutefois, cette perspective aussitôt balayée comme inacceptable par Mme Niquet - dont les propos clôturent l'interview en assénant une nouvelle contre-vérité (obsessionnelle dans la tête des néo-conservateurs), la fantasmatique "coopération Pyongyang-Pékin" (p. 39) permettant soi-disant à la RPDC de gagner du temps dans la mise en place de son programme nucléaire... auquel la Chine est en réalité fermement opposée, refusant une course aux armements nucléaire et conventionnels dans la région. Non seulement le journaliste ayant conduit l'entretien, Vincent Hugeux, ne juge pas utile de tempérer Mme Niquet, mais il conclut son article sur ces propos délirants et gravement erronés.

Enfin, l'analyse tend à être déséquilibrée en ce qu'elle déforme ou oublie, volontairement ou non, des informations de base. Ainsi, le lecteur pourrait croire, à la vue de la photo d'une manifestation renvoyant dos à dos Donald Trump et Kim Jong-un (et prise comme de juste devant l'ambassade nord-coréenne à Berlin, insinuant d'où viendrait la menace principale...), que telle serait la position de l'ONG Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (acronyme anglais, ICAN), prix Nobel de la Paix 2017 : rien n'est plus inexact, ICAN soutenant en réalité une pétition qui appelle au retour au dialogue et à la fin des menaces américaines sur la Corée du Nord pour sortir de l'impasse et empêcher un conflit meurtrier. Si L'Express s'inquiète légitimement et à juste titre d'un conflit dont les conséquences seraient catastrophiques (la fin de l'article p. 35 a un ton alarmiste parfaitement compréhensible), son atlantisme naturel le conduit à sous-estimer la grave menace sur la paix que pose Donald Trump : si l'article en page 34 s'intitule bien "Si les Etats-Unis passaient à l'action...", il passe sous silence les propos du président américain aux Nations unies voulant "détruire" la Corée du Nord, menaçant de l'emploi d'armes nucléaires ou préconisant encore leur retour sur le sol sud-coréen. A n'insister que sur les intentions qui sont prêtées à la Corée du Nord (et les accusations sont aussi lourdes que non étayées, comme celle selon laquelle des agents nord-coréens infiltrés au Sud seraient prêts à mener des opérations terroristes, sic), l'hebdomadaire oublie de mentionneur que des exercices de guerre, bien réels ceux-là, sont menés par les Etats-Unis au large de la Corée, plusieurs fois par an, et sont les plus grands au monde dans une zone qui n'est pas en guerre.

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 19:55

L'ancien diplomate nord-coréen Thae Yong-ho n'était nullement un familier des cercles dirigeants de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et il a encore moins une connaissance directe de ce que peuvent penser les Nord-Coréens, dès lors qu'il a passé la plus grande partie des dix dernières années de sa vie à l'étranger en dehors de la Corée du Nord. Il a su toutefois se créer une légende, avec l'aide des services secrets de l'Etat qui l'a accueilli (la Corée du Sud), dans la grande tradition de la guerre froide : celui d'être un "défecteur de haut niveau", dont la parole bénéficie d'une exposition médiatique sans commune mesure avec la connaissance réelle d'un Etat où il n'a plus mis les pieds depuis des années. Cette situation lui garantit ainsi des conditions d'existence avantageuses, à la condition de satisfaire ceux qui sont, selon toute son évidence, son nouvel employeur (et lui assurent en tout cas une protection inaccessible au Sud-Coréen ordinaire), les services secrets sud-coréens (National Intelligence Service, NIS), de sinistre réputation pour leurs atteintes systématiques et répétées aux droits de l'homme. Dans ce contexte, au regard de l'étroitesse des relations tissées entre le NIS et la CIA, il était attendu que Thae Yong-ho se voit garantir un accès aux autorités américaines, en faisant croire qu'il serait un témoin "unique"  : il a été longuement entendu par la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des Etats-Unis. Nous revenons donc ci-après sur les messages - inédits, car prônant un dialogue direct entre Washington et Pyongyang - qu'a entendu faire passer le NIS via un de ses agents d'influence de haut niveau.

Thae Yong-ho est un agent d'influence de haut niveau des services de renseignement sud-coréens

Thae Yong-ho est un agent d'influence de haut niveau des services de renseignement sud-coréens

Nous ne reviendrons pas sur les banalités alignées par Thae Yong-ho concernant le développement de mécanismes d'économie de marché en Corée du Nord - qui ne sont en aucun cas une nouveauté (les premières mesures économiques prises en ce sens par les autorités nord-coréennes datent d'il y a près de 20 ans) et encore moins une révélation pour toute personne connaissant un peu cet Etat. Nous ne reviendrons pas non plus sur l'énième prédiction d'un effondrement imminent de la Corée du Nord - qui est l'un des airs favoris qu'aiment entonner les néo-conservateurs de tous les pays, du NIS en général et de M. Thae en particulier : plus les années passent sans que les faits ne donnent raison à notre Nostradamus de salon, plus ce dernier se sent obligé d'apporter force détails dans son exercice périlleux de voyance. Naturellement, en bon militant néo-con, Thae Yong-ho prend soin de ne pas incriminer des sanctions sans équivalent au monde qui sont de nature à faire de nombreuses victimes parmi les Nord-Coréens : vivant pour sa part dans un appréciable confort matériel, Thae Yong-ho est un partisan résolu de cette politique. Non, si effondrement il doit y avoir, c'est parce que la révolte gronderait, affirme-t-il doctement, en n'hésitant pas, au passage, à se contredire lui-même : il parle d'un régime de "terreur" - le mot fait toujours mouche, depuis l'exécution de Robespierre par les réactionnaires thermidoriens qui ont été bien plus violents que l'homme qu'ils ont condamné à l'échafaud - mais estime en même temps que le contrôle gouvernemental sur la population s'affaiblit...

Si nous nous intéressons ici aux propos de Thae Yong-ho, agent de haut niveau du NIS, ce n'est pas pour entendre leurs sempiternelles et prétentieuses prédictions, mais parce qu'ils révèlent - ce qui est rare - une mise en cause quasi-explicite de la politique américaine actuelle de l'administration Trump, en encourageant le Président des Etats-Unis à rencontrer son homologue, le Président Kim Jong-un. Selon une dépêche de l'AFP, abondamment reprise dans les médias français :

"Nous devons prendre en compte le sacrifice humain que comporterait l'option militaire", a-t-il prévenu, assurant qu'à la moindre action de l'armée américaine Pyongyang déchaînerait dans l'instant le feu contre la Corée du Sud voisine. Y compris dans le cas d'une frappe préventive limitée, lui a demandé une parlementaire? "Oui", a-t-il asséné, avant de supplier: "avant toute action militaire, il est nécessaire de rencontrer Kim Jong-Un, pour tenter de comprendre sa manière de penser et de le convaincre qu'il sera détruit s'il continue ainsi".

Ces quelques phrases sont capitales, et constituent à notre sens la seule information importante : les services secrets sud-coréens, restés très influents dans le processus de décision politique et militaire à Séoul malgré l'alternance politique de mai 2017, ne veulent pas d'une attaque américaine, même "limitée" - parce qu'ils craignent que leur pays ne soit aux premières loges d'un conflit et qu'elle engendrerait une escalade aux conséquences imprévisibles. Quant à la proposition d'une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un, sauf à supposer que ce soit un moyen pour l'administration américaine de faire passer un message à la RPDC (ce qui est hautement improbable, car Thae Yong-ho est considéré comme un traître dénué de principes à Pyongyang), elle représente bel et bien le point de vue du NIS, qui cherche ainsi habilement à gagner à sa cause la Chambre des représentants américains. Au moment où l'envie de Donald Trump d'en découdre militairement avec la Corée du Nord fait consensus contre elle dans l'appareil d'Etat américain, et avant la visite à Séoul du numéro un américain, la démarche est intelligente et rejoint les positions de l'Association d'amitié franco-coréenne pour retrouver le chemin du dialogue et de la paix dans la péninsule coréenne.

Source :

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