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21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 13:14

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a fait une nouvelle fois le premier pas dans la mise en place d'une réponse diplomatique globale à la crise autour de la péninsule coréenne qui a atteint son paroxysme en 2017 : à la suite d'une réunion du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC) s'étant tenue la veille, les médias nord-coréens ont annoncé la suspension, à compter du 21 avril 2018, des essais nucléaires et des essais de missiles balistiques intercontinentaux, ainsi que le démantèlement du site d'essais nucléaires situé près du village (ri) de Punggye, dans la province du Hamgyong du Nord. Cette décision spectaculaire, prise à moins d'une semaine de la tenue du troisième sommet intercoréen (le 27 avril 2018) et après la visite en Corée du Nord du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, a été unanimement saluée et traduit la fermeté des engagements de Pyongyang à s'engager sur la voie de sa dénucléarisation - pour peu qu'elle obtienne les garanties de sécurité et la levée des sanctions économiques qu'elle est légitimement en droit d'attendre en tant qu'Etat souverain.

La Corée du Nord annonce la suspension de ses essais nucléaires et de missiles balistiques intercontinentaux : un signal pour une réponse diplomatique globale

Dans le compte rendu de la session du Comité central du PTC, l'agence KCNA a tout d'abord souligné que la suspension des programmes nucléaires et balistiques avait pu être décidée au regard des progrès obtenus en la matière pour la défense nationale du pays : 

Premièrement, nous déclarons solennellement que l'essai nucléaire subcritique, l'essai nucléaire souterrain, ayant rendu les armes nucléaires plus petites et plus légères, et le développement d'une très puissante arme nucléaire et de ses moyens balistiques ont été conduits dans le cadre de la campagne de mise en oeuvre de la ligne du parti de développement simultané sur deux fronts, et c'est ainsi que le travail pour équiper des têtes nucléaires sur des fusées balistiques a été mené de manière fiable.

Deuxièmement, nous allons arrêter les essais nucléaires et les tests de missiles balistiques intercontinentaux à compter du 21 avril de l'an 107 du Juche (2018).

Le site d'essais nucléaires situé au nord de la RPDC sera démantelé pour garantir en toute transparence l'interruption des essais nucléaires.

Ces décisions ont été resituées dans le contexte des efforts faits par la RPD de Corée pour le désarmement mondial, tandis qu'était réaffirmé l'engagement de Pyongyang à ne pas utiliser l'arme nucléaire en premier (ainsi qu'à lutter contre la prolifération nucléaire), sauf si elle faisait elle-même l'objet d'une menace d'attaque nucléaire ou d'une "provocation nucléaire" : 

Troisièmement, l'interruption des essais nucléaires correspond à un processus important pour le désarmement mondial, et la RPDC va rejoindre les efforts et les souhaits internationaux d'un arrêt complet des essais nucléaires.

Quatrièmement, la RPDC n'utilisera pas d'armes nucléaires et ne procédera à des transferts ni d'armes nucléaires, ni de technologies nucléaires, en toute circonstance, sauf en cas de menace nucléaire ou de provocation nucléaire contre elle.

Enfin, il est souligné que la priorité est donnée au développement d'une puissante économie socialiste - ce qui signifie que la dénucléarisation de la RPDC, qui ne pourra être réalisée que par étapes et dans le cadre d'un principe "action contre action", où chaque partie fera simultanément un pas vers l'autre, devra conduire à une levée des sanctions internationales. A cet égard, la balle est désormais dans le camp américain pour concrétiser cette promesse de paix, de désarmement et de prospérité dans la péninsule coréenne.

Source principale : KCNA.

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 12:39

A une semaine du troisième sommet intercoréen prévu le 27 avril 2018, Moon Jae-in, Président de la République de Corée (Corée du Sud), a donné une conférence de presse au cours de laquelle il a lié ce sommet et la rencontre entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un, envisagée (dans une date et en un lieu encore à confirmer) fin mai ou début juin 2018. La perspective est celle d'un accord global autour de la péninsule coréenne, qui lierait la dénucléarisation de la péninsule et la conclusion d'un traité de paix - alors que la guerre de Corée s'est terminée par un simple accord d'armistice.

Le Président Moon Jae-in, lors d'une conférence de presse à la Maison Bleue le 19 avril 2018

Le Président Moon Jae-in, lors d'une conférence de presse à la Maison Bleue le 19 avril 2018

Si les hypothèses vont bon train sur les enjeux et les conclusions à attendre des deux sommets à venir (Corée du Nord-Corée du Sud et Corée du Nord-Etats-Unis), un intense cycle de négociations diplomatiques a commencé - les délais étant rapprochés - comme en a d'ailleurs témoigné la visite à Pyongyang, du 30 mars au 1er avril, de Mike Pompeo, directeur de la CIA récemment nommé secrétaire d'Etat par le Président Donald Trump, où il a eu un échange avec le Président Kim Jong-un. Son déplacement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a confirmé du même coup que les discussions sont menées par le canal des services de renseignement (et non par la voie diplomatique), ce qui est habituel s'agissant des relations intercoréennes, moins classique pour la diplomatie américaine, y compris en ce qui concerne la péninsule coréenne.

Lors de la conférence de presse qu'il a donnée à la Maison Bleue à une semaine du troisième sommet intercoréen, le Président Moon Jae-in a clairement observé que cette rencontre s'inscrivait dans un cycle plus global, dont les résultats devraient être appréciés à l'issue du sommet entre les présidents Kim Jong-un et Donald Trump :

Nous ne parlerons de dialogue fructueux que lorsque le tout premier sommet nord-coréano-américain aura eu lieu, et pas seulement le sommet Sud-Nord (...) Nous aurons besoin d'idées audacieuses et de solutions créatives pour réussir les deux sommets et ne pas répéter les erreurs du passé.

Quand il évoque la nécessité selon lui de "ne pas répéter les erreurs du passé", le Président Moon Jae-in parle manifestement du besoin qu'il n'y ait pas deux lignes diplomatiques parallèles, conduites par Séoul et Washington. Ainsi, les objectifs attendus des deux sommets sont imbriqués, et ils lient dénucléarisation de la péninsule, conclusion d'un accord de paix, relance des relations intercoréennes et (il est important de souligner que ces questions sont présentées comme une conséquence des trois premières) levée des sanctions contre la RPD de Corée et normalisation des relations entre Pyongyang et Washington d'une part, Pyongyang et Tokyo d'autre part , dessinant ainsi la perspective d'un accord global :

Si la dénucléarisation est conclue lors des sommets Sud-Nord et Corée du Nord-Etats-Unis, il ne sera pas très difficile de se mettre d’accord en principe sur un cadre large comme l'établissement d'un régime de paix, la normalisation des relations Corée du Nord-Etats-Unis et une aide internationale pour le développement économique du Nord (...) Les relations Sud-Nord pourront se développer lorsque la question nucléaire nord-coréenne sera résolue et que les sanctions internationales seront levées. Nous sommes dans une situation où nous ne pouvons pas améliorer les relations Séoul-Pyongyang uniquement sur la base d'un dialogue réussi entre le Sud et le Nord. Les relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis doivent également être améliorées et celles Pyongyang-Tokyo aussi. Les rapports Sud-Nord pourront s’améliorer quand tous ces problèmes seront réglés.

Donald Trump ne semble pas être sur une autre ligne, qui a confirmé la rencontre entre Mike Pompeo et le Président Kim Jong-un, a rappelé que cinq lieux étaient à l'étude pour le sommet avec Kim Jong-un (dont probablement Pyongyang, Washington et la zone démilitarisée) et a aussi observé l'importance, lui aussi, de conclure un traité de paix :

Mike Pompeo a rencontré Kim Jong-un en Corée du Nord la semaine dernière. La rencontre s’est bien déroulée et une bonne relation s’est établie. Les détails du sommet sont à l’étude (...) Nous envisageons cinq lieux (...) Je crois vraiment qu’il y a beaucoup de bonne volonté. Nous verrons ce qu’il advient, comme je dis toujours. Car à la fin, c’est le résultat qui compte. (...) La Corée du Sud a des projets de rencontre avec la Corée du Nord pour voir s’ils peuvent mettre fin à la guerre. Et ils ont ma bénédiction à ce sujet (...) les gens n’ont pas conscience que la guerre de Corée ne s’est pas terminée.

Toutefois, la partie américaine a été prudente quant aux modalités de concrétisation des engagements de la République populaire démocratique de Corée sur sa dénucléarisation, laissant clairement entendre que le sommet Etats-Unis - Corée du Nord devrait conduite à l'adoption d'une feuille de route en posant des principes, dont les détails (cruciaux) devraient ensuite être précisés. Dans ce contexte, il faudra donc que chacun fasse des avancées simultanément, conformément au principe "action contre action" qui a toujours prévalu dans les échanges diplomatiques sur la question coréenne, notamment lors des pourparlers à quatre (les deux Corée, les Etats-Unis et la Chine) puis à six parties (les mêmes, plus la Russie et le Japon).

Sources :

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5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 21:42

Si l'atmosphère est à la détente autour de la péninsule coréenne avant les prochains sommets intercoréen (confirmé le 27 avril) et Etats-Unis - République populaire démocratique de Corée (RPDC) (envisagé fin mai), Washington et ses alliés ne cèdent pour l'heure sur rien : le 30 mars 2018, les Nations unies ont complété la liste des entités soumises aux sanctions liées à la RPDC en ajoutant une cinquantaine de navires et de sociétés, accusées d'aider au contournement des sanctions par Pyongyang ; enfin, le 1er avril, les manoeuvres militaires conjointes Foal Eagle ont commencé pour une durée de quatre semaines, et impliqueront cette année 300 000 soldats sud-coréens et plus de 11 500 soldats américains. Dans ce contexte, le chercheur russe Alexandre Vorontsov s'est interrogé, dans un article publié le 29 mars 2018 sur le site du club Valdaï : « Les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes feront-elles échouer le sommet Trump - Kim Jong-un ?» Nous reproduisons ci-après cet article traduit du russe.

Les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes feront-elles échouer le sommet Trump - Kim Jong-un ?

Le 1er avril 2018 commencent les grandes manoeuvres militaires annuelles américano-sud-coréennes retardées d’un mois à cause des jeux olympiques à Pyeongchang. Leur différence importante est qu’elles se déroulent maintenant sur fond de préparation du sommet sensationnel entre les leaders de la RPDC et des Etats-Unis, qui doit avoir lieu en mai. Cela crée une complication supplémentaire, et un défi à la situation unique existant dans la péninsule coréenne.

En Corée s’est créée une situation encore impensable il y a un mois, une situation dans laquelle les leaders, à la limite de la guerre « chaude » pendant toute l'année passée, de la RPDC d'une part, et des États-Unis et de la Corée du Sud d’autre part, de manière inattendue pour la plupart des politiques et des experts de tous les pays, ont décidé de mettre de côté les menaces mutuelles et non seulement de passer à des négociations, ce que les États-Unis refusaient avant tout, mais en seulement deux mois pour préparer et réaliser deux rencontres au sommet.

La plus surprenante a été l’annonce du début de la préparation du sommet américano-nord-coréen. Cet événement semble surtout unique parce qu'il a été préparé par la voie des services spéciaux des deux pays de façon strictement confidentielle sans notification – y compris au ministère des Affaires étrangères et dans les autres départements concernés. Un article du New York Times décrit en détail l'histoire secrète de l’action des chefs des services de renseignement des Etats-Unis, de la Corée du sud et de la RPDC, et l’affaiblissement important du rôle du ministère des Affaires étrangères des Etats-Unis dans la politique étrangère, et son inactivité croissante y compris dans les affaires coréennes.

Un tel retournement rapide des événements a engendré une masse de questions, sur ses raisons avant tout, sur l’ordre du jour des futures négociations, le lieu de leur tenue. Chaque partie donne son interprétation de ces événements.

Washington, comme cela était prévisible, présente l'initiative de Kim Jong-un exclusivement comme sa victoire et le résultat du régime sévère de sanctions et de la pression militaro-politique, qui ont finalement effrayé la direction de la RPDC et l'ont obligée à aller à la capitulation.

Pyongyang explique son initiative, d’un point de vue diamétralement opposé, comme une manifestation de sa bonne volonté et de son aspiration sincère à la paix, déjà plus d'une fois manifestées par lui mais maintenant renforcées par sa possession d’un solide potentiel de défense. Comme on le sait, la Corée du Nord à la fin de novembre 2017 a annoncé l'achèvement de ses programmes de création d’armements nucléaires et balistiques, ayant réalisé un bouclier nucléaire garantissant sa sécurité.

L'analyse des premiers messages des officiels des capitales des Etats principaux intéressés, en premier lieu les Etats-Unis, ne permet pas d’envisager avec optimisme la possibilité même de la tenue réelle de ce sommet Etats-Unis-RPDC et, si la rencontre a lieu, de ses résultats possibles.

Il est évident que pour le moment les positions des parties restent inchangées et que Washington et Séoul aspirent avant tout à mettre en valeur leur puissance militaire ainsi que leur solidarité inébranlable dans leurs actions concernant la Corée du Nord.

Les États-Unis et la Corée du Sud continuent d’affirmer que le bilan final des négociations peut être seulement la dénucléarisation complète de la RPDC. De plus, comme auparavant, sont mises en avant des exigences préalables. Comme l’a déclaré le 9 mars l'attaché de presse de la maison blanche Sarah Sanders : « Le Président ne participera pas à une rencontre s’il ne voit pas des avancées réelles et des actions concrètes réalisées par la Corée du Nord afin que le président obtienne quelque chose (avant la tenue de la rencontre). »

Washington demande aussi que « tout accord avec la RPDC soit accompagné par un mécanisme contraignant de vérification ayant pour but une dénucléarisation irréversible ».

De plus ni Donald Trump, ni Moon Jae-in n'ont l'intention non seulement de cesser, mais même d'affaiblir les sanctions contre Pyongyang pendant la préparation et la tenue des sommets. C'est-à-dire qu’ils ont l'intention d'intensifier la pression sur Kim Jong-un pour le rendre plus accommodant.

Comme il est facile de le remarquer, tout cet ensemble d’exigences déjà avancées plus d'une fois par les Etats-Unis et leurs alliés a toujours été rejeté catégoriquement par Pyongyang comme inacceptable. Il nous semble difficile de penser que cette fois Kim Jong-un, qui a affirmé plusieurs fois que son potentiel balistique et nucléaire ne pouvait pas être l'objet de négociations, accepte l'ultimatum américain.

Au début de mars 2018 les diplomates coréens ont fait connaître leur nouvelle approche de la gestion des affaires avec les États-Unis. La RPDC propose une formule de négociations, dans lesquelles chaque partie aura la possibilité de mettre en discussion n'importe quelle question présentant un intérêt et une préoccupation pour elle. Sans conteste c'est une position considérablement plus souple en comparaison de la précédente dans laquelle Pyongyang insistait catégoriquement en affirmant « nous ne participerons à aucune négociation comportant à l’ordre du jour nos programmes balistiques et nucléaires ». Maintenant la partie nord-coréenne a transmis à Washington par les émissaires sud-coréens le fait que Kim Jong-un a exprimé « son attachement à la dénucléarisation de la péninsule coréenne et a fait savoir qu'il n’y a pas de raisons à la possession de l'armement nucléaire en l'absence de menaces militaires pour la RPDC ». Il a aussi mentionné à maintes reprises le testament de son grand-père, le fondateur de la République populaire et démocratique de Corée Kim Il-sung, qui voulait voir le futur de la péninsule coréenne dans un statut dénucléarisé. Ce que Pyongyang comprend comme garanties extérieures de sa sécurité, il l’a aussi expliqué plus d'une fois : le retrait des troupes américaines de la Corée du Sud et de l'armement nucléaire américain des territoires proches de la RPDC (le Japon, l'île de Guam etc… ), la cessation des manœuvres régulières américano-sud-coréennes, l'établissement de relations diplomatiques avec les États-Unis et le Japon, le retrait des sanctions internationales et unilatérales, l'octroi d’aide économique à titre de compensation du préjudice causé par les sanctions.

C’est clair que cette position est jugée abusive par Washington, aussi elle a déjà été rejetée et le sera probablement cette fois aussi.

Mais quelque chose a tout de même changé. Les mots sont absolument nouveaux, mais le plus sérieux de ces dernières années c’est cette session de jeux et de manoeuvres diplomatique. Ce fait en lui-même mérite une estimation positive. Cependant on peut discuter sur son ampleur. À notre avis elle est très limitée.

Certes, le représentant spécial de Moon Jae-in à Pyongyang s'est mis d'accord sur quelque chose qui reste entre les lignes des documents publiés et que nous ne connaissons pas. Le président sud-coréen tâche d'être « un vrai Coréen » pour Pyongyang et un allié sûr pour Washington, ce qui est très difficile.

C'est pourquoi on peut admettre que l'information et les détails des accords, qui ont été réellement atteints à Pyongyang, puis qui ont été rapportés à Washington par les gens du Sud, ne sont pas identiques et ont une tonalité différente. C'est pourquoi en cas d’arrêt du projet ambitieux qui se dessine, Washington et Pyongyang pourront dire qu’ils étaient informés d'une manière inadéquate par un intermédiaire et qu’ils se sont incorrectement compris l'un l'autre.

Cependant le jeu a commencé et (en tout cas du côté nord-coréen) il est bien élaboré. Pendant les Jeux olympiques à Pyeongchang ils ont réussi à établir des contacts avec les représentants américains. De plus Pyongyang se base sur le fait que ses atouts se sont réellement renforcés. D'une part, les États-Unis sont sérieusement inquiets des succès du programme balistique et nucléaire de la Corée du Nord et croient en sa capacité à porter le feu nucléaire sur la partie continentale de l'Amérique.

D'autre part, Washington avec déception est persuadé que ses deux alliés d'Extrême Orient - le Japon conservateur de Shinzo Abe et la Corée du sud du « libéral » Moon Jae-in - rejettent catégoriquement toute variante d’opération militaire des États-Unis contre la RPDC. À Washington visiblement il est devenu clair que si l’on ignore la position très négative des alliés et que l’on porte quand même un coup militaire à la Corée du Nord, selon la conception « du nez ensanglanté » promue activement par les faucons de l'administration Trump ces derniers mois, on peut non seulement aggraver les relations avec Tokyo et Séoul, mais aussi les perdre comme alliés. Une telle réalité valable naturellement à un certain degré a réduit le champ d’action de Washington.

De plus, ayant commencé contrairement à la volonté de Washington et se prolongeant de manière dynamique, le progrès dans les relations intercoréennes a donné à Pyongyang un levier déterminé d'influence sur les États-Unis.

Au total la latitude de Washington dans la péninsule coréenne et autour d’elle a été relativement réduite, et les positions de négociation de Pyongyang se sont affermies d’autant. Dans ces conditions la RPDC a décidé de passer à l'offensive diplomatique, en espérant l’obtention de dividendes limités mais réels. À titre de geste de bonne volonté elle s’est fixé volontairement elle-même un moratoire d’essais balistiques et nucléaires pendant la période précédant la tenue des deux sommets. Ce qui est probablement favorisé par le cycle technologique actuel du développement de leurs programmes militaires, ne nécessitant pas en ce moment de tirs de missiles. (Washington, sûrement, interprétera ce pas comme une manifestation de faiblesse et de concession du Nord sous la pression des Américains).

Au cours des prochaines enchères diplomatiques les gens du Nord espèrent au minimum réussir à obtenir de leurs adversaires sinon l’arrêt des manoeuvres d'avril américano-sud-coréennes militaires au moins la réduction considérable de leur volume, mais l'essentiel est non seulement le point d’arrêt à un durcissement ultérieur, mais aussi un certain affaiblissement partiel des sanctions économiques. Probablement, ils réussiront à adoucir la position actuelle inébranlable de Washington de dénucléarisation immédiate et à lancer un mouvement graduel vers ce but avec le gel temporaire de leurs activités balistiques et nucléaires sur la base d’actions réciproques. C'est-à-dire au fond pousser les États-Unis vers une solution dans le cadre du modèle semblable à la proposition russo-chinoise du 4 juillet 2017 sur un double gel et un plan de règlement du problème coréen en trois étapes.

Prédire les résultats à venir de l’étape en cours dans le bras-de-fer diplomatique est impossible. Beaucoup dépend du rapport des forces de politique intérieure en Corée du Sud et particulièrement aux États-Unis, où jusqu'ici les positions des « faucons » étaient plus fortes que celles des « négociateurs » (le remplacement au poste du secrétaire d'État « colombe » [1], le retour à la maison Blanche du « néoconservateur charismatique » John Bolton en est une confirmation). Le processus fragile de dialogue peut échouer à n'importe quel moment.

D'autre part l'histoire récente se rappelle les cas où une série de présidents des États-Unis (Bill Clinton, George Bush junior) ont commencé par une rude confrontation avec la RPDC, puis ont évolué vers un chemin constructif de négociation. Cela aussi fait partie de la tradition américaine en politique extérieure. On ne peut pas sous-estimer non plus « le facteur Trump », qui avec son imprévisibilité est capable d’orienter rapidement le vecteur des négociations dans n’importe quelle direction.

Et à ce moment critique, contrairement aux fuites plus d'une fois organisées de l'information selon laquelle les manœuvres Foal Eagle et Key Resolve pourraient être supprimées cette année, ces plus grandes manoeuvres annuelles des troupes des États-Unis et de la Corée du Sud, potentiellement capables de faire dérailler le fragile processus diplomatique, commenceront quand même le 1er avril.

Cependant nous recevons des participants aux sommets en préparation des signaux contradictoires. Si on examine les paramètres quantitatifs, ces manoeuvres sont même un peu plus grandes que celles de l'année passée. En 2017 participaient 320 000 militaires, y compris 15 000 Américains, cette année 323 000 en tout dont 23 000 soldats US. [1] De plus, leur durée (d'habitude presque deux mois) est un peu réduite. Le scénario est devenu aussi moins combatif et plus « délicat ». N'est pas mentionné le but de « la décapitation », c'est-à-dire de la liquidation la plus rapide de la direction supérieure de la Corée du Nord. La retenue et la modicité des tâches de combat ont même provoqué des protestations de l'opposition conservatrice en Corée du Sud dont les leaders déclarent que « la réduction du niveau des manoeuvres et de la confiance militaire entre les États-Unis et la Corée du sud envoient un signal incorrect à Kim Jong-un  ». Ce n’est pas par hasard si les médias américains et sud-coréens remarquent que « Kim Jong-un a manifesté une retenue et une flexibilité inattendues quant aux manoeuvres de cette année ».

Naturellement, une telle humeur pacifique du leader nord-coréen exclut quelque réaction rude du côté de Pyongyang sur l’entraînement des militaires américains et de Corée du Sud et confirme son intention sérieuse de mener à bon terme la préparation de la rencontre avec le locataire de la Maison Blanche

Il n'y a pas de nécessité d’expliquer que, quels que soient les résultats du sommet « Trump – Kim », ce sera un événement qui marquera l’histoire. Et c’est précisément ce but, et non les manoeuvres militaires au sud de la péninsule coréenne, qui est actuellement la priorité absolue pour Kim Jong-un

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[1] "U.S. and South Korea to Resume Joint Military Exercises", 19 mars 2018, New York Times [NdT : ces données correspondent aux informations disponibles lors de la publication de l'article]

Alexandre Vorontsov est en charge du Département de Corée et de Mongolie à l’Institut d’études de l’Extrême-Orient de l’Académie des sciences de la Fédération de Russie. De 1998 à 2000 il a été professeur invité à l’université de Seoul, de 2000 à 2002 deuxième secrétaire à l’ambassade de la Fédération de Russie à Pyongyang. Il a également enseigné aux Etats-Unis et au Japon.

Le Club de discussion « Valdaï » (en russe, Международный дискуссионный клуб « Валдай ») est un forum international annuel qui vise à rassembler des experts pour débattre de la Russie et de son rôle dans le monde.

Traduction du russe pour l’AAFC par YB. Article original (en russe) : 

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23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 13:31

Coup sur coup, le Président Donald Trump vient de remplacer deux de ses plus proches collaborateurs : Mike Pompeo, jusqu'alors directeur de la CIA, succède à Rex Tillerson comme secrétaire d'Etat, et John Bolton devient conseiller à la sécurité nationale en remplacement du général H. R. McMaster. Les deux hommes ont la réputation de "faucons" et leur nomination soulève des interrogations sur la volonté de négociation de l'administration Trump vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), alors que Donald Trump a accepté la proposition du Président Kim Jong-un de le rencontrer.

Nul ne sait pourquoi Donald Trump s'est séparé de Rex Tillerson et H.R. McMaster maintenant : l'un et l'autre auraient-ils fait part trop ouvertement de leurs réticences à répondre aussi rapidement positivement à une invitation à le rencontrer du Maréchal Kim Jong-un ? Les relations de Rex Tillerson avec Donald Trump étaient notoirement mauvaises, le président américain n'hésitant pas à railler publiquement les efforts diplomatiques de son secrétaire d'Etat sur la question nord-coréenne. En revanche, le général H.R. McMaster n'était pas spécialement un modéré partisan du dialogue.

Ce qui est certain est que Donald Trump a choisi, avec Mike Pompeo et John Bolton, deux hommes très proches de ses idées (notamment dans la critique de l'accord sur le nucléaire iranien de la précédente administration démocrate), qui n'appartiennent pas au sérail administratif alors que le président américain veut s'affranchir de la tutelle de l'appareil d'Etat. Ce sont des hommes à sa main, dont il sait qu'ils lui seront fidèles.

John Bolton est une vieille connaissance de l'AAFC, qui a souligné combien ce partisan de la guerre en Irak en 2003 a été un des grands promoteurs du refus de tout dialogue avec la Corée du Nord et de son étranglement économique par des sanctions toujours accrues, afin de privilégier le rapport de forces en envisageant l'option militaire.

Après l'annonce de la rencontre Donald Trump-Kim Jong-un, il a toutefois appuyé la décision américaine, en intervenant sur la chaîne Fox News dont il est l'un des analystes :

Cette vidéo mérite d'être analysée en détail : elle montre tout d'abord que John Bolton justifie une rencontre au sommet par le fait que les missiles nord-coréens sont sur le point de pouvoir atteindre le territoire américain et qu'il fallait donc empêcher un tel scénario de se produire. Ces déclarations sont intéressantes en ce qu'elles témoignent qu'un dialogue pourrait finalement n'être que la dernière alternative, du point de vue de Donald Trump, après la prise de conscience que les sanctions n'ont pas empêché les progrès des programmes nucléaires et balistiques de la RPD de Corée. En son temps, déjà, l'administration Bush avait dû se résoudre aux pourparlers à six après avoir initialement placé la Corée du Nord parmi les pays de l'Axe du mal... ce changement de ligne avait alors été dénoncé par John Bolton, entre autres.

Surtout, John Bolton sur Fox News ne semble montrer ni optimisme, ni enthousiasme quant à la rencontre à venir, comme s'il anticipait (et désirait) un échec.

Si les Américains demandent aux Nord-Coréens de désarmer unilatéralement et sans conditions, avant même la levée partielle des sanctions, et sans aucune contrepartie immédiate en termes de sécurité pour la RPDC, une telle proposition ne pourrait qu'être rejetée par Pyongyang. La RPDC, prudente, n'a toujours pas communiqué publiquement sur le sommet à venir avec Donald Trump, semblant ainsi prendre en considération la possibilité d'un scénario où cette rencontre n'aurait jamais lieu, faute d'accord sur des principes de base - lieu, date et termes de l'accord. Dans tous les cas, mieux vaudrait reporter la rencontre avec Donald Trump (aujourd'hui envisagée d'ici fin mai 2018) que parvenir à un accord mal ficelé, dans lequel les deux parties ne s'entendraient pas sur ses termes mêmes - notamment ce qu'il faut entendre par dénucléarisation de la Corée du Nord.

Il faut que l'équipe dont s'est entouré Donald Trump apprenne à faire preuve de patience dans un processus diplomatique par nature long et complexe, et dans lequel les attentes de l'autre partie doivent être prises en compte. Nul doute que Séoul et Pékin, voire Moscou, le rappelleront à Washington par les canaux les plus appropriés. Alors seulement Donald Trump pourra espérer entrer dans l'histoire comme le président américain ayant mis fin à un contentieux avec la Corée du Nord vieux de plus de deux générations, à l'image de son prédécesseur Richard Nixon qui avait été l'un des artisans de la fin de la guerre au Vietnam, après avoir lui aussi commencé par intensifier l'effort de guerre et la présence militaire américaine dans cette partie du monde.

Sources :

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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 21:13

Le 12 mars 2018, le quotidien russe Nezavissimaïa Gazeta a publié un article d'Alexandre Zakharovitch Jebine, qui dirige le Centre des études coréennes de l'Institut  de l'Extrême-Orient de l'Académie des Sciences de la Fédération de Russie, intitulé "Trump et Kim sont prêts à se parler, mais sur des sujets différents", avec en sous-titre "Washington et Pyongyang vont enfin savoir l'un et l'autre qu'ils sont ouverts au dialogue".  Alors que les hypothèses sont nombreuses sur les modalités du dialogue à venir américano-nord-coréen, avant le sommet bilatéral attendu en mai 2018, l'Association d'amitié franco-coréenne publie ci-après, traduite du russe, l'analyse de l'un des meilleurs experts de la question coréenne, qui rend compte de la question cruciale des objectifs à atteindre (traduction YB).

"Trump et Kim sont prêts à se parler, mais sur des sujets différents" (Alexandre Jebine)

Alors candidat à l'élection présidentielle, Donald Trump avait dit qu'il était prêt à parler avec Kim Jong-un en mangeant un hamburger. Perçue comme une plaisanterie, cette phrase peut donner lieu, d'ici fin mai, à l’un des événements les plus significatifs de la politique internationale. Les membres de la délégation sud-coréenne venue visiter il y a quelques jours Pyongyang, et reçue par Kim, lui ont communiqué personnellement le désir du leader nord-coréen de le rencontrer "le plus vite possible" en qualité de président américain. Тrump a accepté cette invitation orale. Le lieu et la date de la rencontre restent à étudier.

Lors de la rencontre avec la délégation sud-coréenne, Kim, au dire des visiteurs, a confirmé sa volonté de négociation avec les États-Unis et a promis de s'abstenir de nouveaux tirs de missiles et d’essais nucléaires. Il a aussi déclaré que la RPDC n'aurait plus besoin de l'arme nucléaire quand disparaîtra la menace militaire contre elle et que l’on aura donné à son pays des garanties de sécurité.

On peut se demander si la solution à une telle menace sera trouvée ou non, et si les garanties, sur lesquelles il faudra se mettre d'accord, seront jugées assez sûres par Pyongyang . Ainsi, l'accord des Nord-Coréens sur la dénucléarisation (s'il a été réellement donné) n’est pas du tout inconditionnel ni irréversible, comme il est souligné à Washington. Il est significatif que Pyongyang a préféré de ne pas communiquer pour le moment sur le sommet prochain avec les États-Unis.

D'une manière ou d'une autre, Washington et Pyongyang ont signalé enfin l'un à l'autre qu’ils sont ouverts à des négociations. Mais si les Nord-Coréens déclarent qu'ils sont prêts à parler sans conditions préalables, les Américains continuent à insister pour que la RPDC fournisse "des preuves convaincantes" de son refus d'un arsenal nucléaire. Il n'est pas exclu que ceux qui à Washington trouvent que Trump a accepté trop facilement la rencontre avec Kim tâchent de faire de ce point une condition à sa tenue. De plus les Américains refusent toujours, au moins publiquement, de concrétiser les mesures qu'ils pourraient adopter pour prendre en compte les préoccupations de la RPDC en matière de sécurité.

À Pyongyang il y a un désaccord sur une telle approche. Un représentant du ministère des Affaires étrangères de la RPDC a déclaré que "le dialogue auquel nous aspirons est un dialogue dans lequel les parties examinent et résolvent les questions d'intérêt mutuel sur une base d’égalité". Le lendemain de la rencontre de Kim avec la délégation sud-coréenne, le principal journal du parti dirigeant de la RPDC Rodong Sinmun a écrit que le développement de l'arme nucléaire était "un choix juste", qui a permis "de façon certaine de garantir la paix dans la péninsule coréenne, en Asie du nord-est et dans le monde entier".

Les tweets de Trump, dans lesquels il partage sa joie que la RPDC s'abstiendra désormais de tirs de missiles, confirment que les Américains ne sont pas tant préoccupés par l'arme nucléaire nord-coréenne que par la possibilité qu'elle menace les villes américaines. Selon l’expression de Trump, c’est précisément le refus de cette situation qui peut devenir la raison d’une frappe préventive contre la République populaire et démocratique de Corée.

Dans de telles conditions, l’élaboration urgente d’un ordre du jour qui pourrait éliminer la menace de la guerre revêt une importance primordiale. La résolution en premier lieu du problème des missiles, comme l'une des principes sources de déstabilisation, pourrait devenir l’un des scénarios possibles.

Ainsi, en réponse à l’arrêt par Pyongyang de ses tirs de missiles balistiques intercontinentaux (ICMB) et des ogives qui leur sont associées, le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait confirmer le droit de la RPDC de procéder à des lancement pacifiques de fusées spatiales, conformément à l'accord sur les principes de l’activité des États concernant l'étude et l'utilisation de l'espace spatial, y compris la Lune et les autres corps célestes (Accord sur l'espace). D’ailleurs, la RPDC est partie à cet accord.

Le renoncement par la RPDC à des tirs ultérieurs de missiles ICBM (intercontinentaux et balistiques) diminuerait immédiatement l'acuité du conflit avec les États-Unis, en supprimant la menace de frappe sur les villes américaines - un scénario sur lequel Trump s'est engagé ce qu'il ne devienne jamais une réalité. À son tour, Pyongyang recevrait la reconnaissance de son droit au lancement de satellites, droit auquel il ne renoncera jamais dans tous les cas, et en même temps la levée de l'interdiction de tous les tirs utilisant des technologies balistiques. En tenant compte de l’adhésion de la RPDC à l'accord mentionné, l'interdiction indiquée est très contestable du point de vue du droit international et a été introduite au Conseil de sécurité de l'ONU sur l'insistance des États-Unis, et seulement contre la RPDC.

La dissociation de la question des missiles et de celle des armes nucléaires pourrait résoudre encore un autre problème : la question du contrôle, si sensible pour la RPDC. Il est facile de déterminer n'importe quel tir de missile et ses caractéristiques avec l'aide des moyens nationaux de contrôle. C'est pourquoi des inspections sur place, au moins dans une première étape, ne sont pas nécessaires. Il est facile pour des spécialistes de déterminer si un tir donné a une orbite circumterrestre et porte une charge (celle d’un satellite) ou si la fusée vise un objectif conventionnel éloigné de plusieurs milliers de kilomètres.

Bien sûr on pourra objecter qu’une telle solution ne prend pas en considération les intérêts du Japon et de la Corée du Sud. Mais elle permet d'obtenir l'essentiel, à savoir réduire nettement ou même supprimer la menace d'un conflit de grande ampleur.

Quant aux fusées de la RPDC à moyenne et courte portées, en prenant en compte la rivalité constante de Pyongyang et Séoul et leur non-préparation à quelque concession mutuelle, les programmes de missiles du Nord et du Sud devront probablement être soumis à des restrictions identiques. C’est pourquoi il serait rationnel d’examiner la question de l’adhésion des deux pays au régime de contrôle international des technologies balistiques.

Les demandes de Tokyo envers le programme de missiles de RPDC, ainsi limité, n'auraient plus de fondements sérieux. Le lancement récent par le Japon d’un satellite-espion, qui 24 heures sur 24 est au-dessus de Pyongyang en orbite géostationnaire, ne crée pas moins de menaces pour la sécurité de la RPDC que le survol du Japon pendant quelques secondes par une fusée nord-coréenne dans l'espace extraterrestre.

Les accords indiqués pourraient être mis en forme dans une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU supprimant les sanctions, qui seraient devenues superflues avec de tels accords, et établissant un programme précis de retrait des restrictions qui demeureraient pour prendre en compte l'exécution par la RPDC de ses obligations en matière de missiles.

À présent, un plan large de résolution de la question complexe du nucléaire dans la péninsule coréenne n'est pas examiné en pratique. Mais il est extrêmement important de commencer à avancer dans cette direction. Un accord sur les missiles pourrait constituer un premier pas sur cette voie.

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9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 00:51

Après la rencontre entre le Président Kim Jong-un et une délégation sud-coréenne de haut rang en visite en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), les émissaires de la République de Corée (Corée du Sud) ayant visité Pyongyang se sont rendus aujourd'hui à Washington où ils ont remis un message du dirigeant nord-coréen au président américain. Le Président Donald Trump a laissé la primeure de l'annonce à Chung Eui-yong, chef du bureau de la sécurité nationale auprès du Président Moon Jae-in, qui a fait savoir peu après 19 heures (heure de Washington, 1 heure du matin heure française) que le Président Kim Jong-un avait invité le Président Donald Trump à le rencontrer "le plus tôt possible". Le président américain a annoncé qu'il rencontrerait le dirigeant nord-coréen d'ici mai. Si le lieu de la rencontre n'a pas été précise, nous estimons probable que celle-ci ait lieu en Corée du Nord.

Kim Jong-un invite Donald Trump à le rencontrer : accord du président américain pour un sommet d'ici mai

L'annonce est spectaculaire, et traduit une brutale accélération de l'histoire dans la péninsule coréenne quelques jours seulement après l'annonce du troisième sommet intercoréen fin avril : pour la première fois, un sommet se tiendra entre un président américain en exercice et le dirigeant suprême de la République populaire démocratique de Corée, dans les trois mois à venir. L'objet des discussions portera sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne - cet objectif ayant été réaffirmé par le Président Kim Jong-un dans son message au Président Donald Trump. Dans l'immédiat, la RPDC ne procédera pas à de nouveaux tirs de missiles ni essais balistiques.

Dans le message lu par Chung Eui-yong, ce dernier a souligné que, selon Séoul, ce résultat était le fruit de la solidarité de la communauté internationale pour la dénucléarisation de la Corée du Nord - y compris de la politique de sanctions. Il a été précisé que la RPDC ne demandait pas la suspension des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes, dans un nouveau geste d'ouverture pour créer les conditions d'un dialogue en vue d'une paix durable dans la péninsule coréenne.

Si les modalités des discussions et les autres points de l'accord à trouver n'ont pas été précisés, il est attendu que Pyongyang ne renoncera à sa force de dissuasion nucléaire qu'en contrepartie d'engagement réels : non seulement la levée des sanctions et des garanties de sécurité concrètes ainsi que de non-agression (dans le cadre de la signature d'un traité de paix et de la mise en place d'un mécanisme de sécurité collective, comme l'AAFC en est l'avocate depuis de nombreuses années ?), mais aussi potentiellement l'établissement de relations diplomatiques entre Pyongyang et Washington et des contreparties économiques.

Si les sujets sont nombreux, parvenir à un accord d'ici la célébration du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, le 9 septembre 2018, pourrait constituer un objectif pour les autorités nord-coréennes, qui ont toujours recherché un dialogue direct avec les Etats-Unis et pourraient, avec la levée des sanctions, atteindre plus facilement l'objectif de création d'une puissance prospère, alors que l'élévation du niveau de vie de la population a été placé au premier rang des buts politiques dès son arrivée au pouvoir en décembre 2011.

Source : 

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 08:25

"C'est exceptionnel. Cela a largement dépassé toutes nos attentes" : c'est en ces termes qu'a réagi le professeur Kim Yong-hyun, spécialiste des questions nord-coréennes à l'université Dongguk de Séoul, à la rencontre à Pyongyang entre le Président Kim Jong-un et la délégation sud-coréenne représentant le Président Moon Jae-in le 5 mars 2018. De fait, non seulement la tenue d'un troisième sommet intercoréen, dans des délais très rapprochés, dès fin avril, apparaît désormais acquise, mais la République de Corée (Corée du Sud) s'est repositionnée au centre du jeu diplomatique en créant les conditions d'un dialogue direct entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), objectif de longue date de Pyongyang, par ailleurs seul à même de permettre un cycle durable de diminution des tensions autour de la péninsule coréenne, pour progresser vers la paix et l'instauration de mécanismes pérennes de sécurité collective en Asie du Nord-Est. De fait, les émissaires sud-coréens doivent partir pour Washington dès jeudi pour informer la partie américaine des propositions nord-coréennes, en étant par ailleurs porteurs d'un message du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, alors que la RPDC a mis sur la table, de façon spectaculaire, l'ouverture de négociations qui conduiraient à terme à sa dénucléarisation, en contrepartie d'engagements de sécurité des Etats-Unis et de la normalisation des relations bilatérales. 

La délégation sud-coréenne rendra compte à Washington des propositions nord-coréennes dès jeudi

Dans une économie de marché les bourses sont un indicateur avancé du sentiment dominant parmi les élites politiques et économiques : en titrant "Une rencontre programmée entre les Etats-Unis et la Corée du Nord favorise la reprise" [des marchés boursiers], le journal Times of Malta va peut-être vite en besogne en anticipant un dialogue entre Washington et Pyongyang, mais il traduit l'idée dominante que, à ce stade, Nord-Coréens et Américains s'asseoiront bien à la table des négociations - alors que le président sud-coréen Moon Jae-in a mis en garde contre tout optimisme prématuré, en soulignant qu'il s'agissait du tout début d'un processus.

Si les premières réactions du Président Donald Trump ont été encourageantes (il a salué des déclarations "très positives" de Pyongyang, jugées "sincères", qu'il a par ailleurs considérées comme résultant des sanctions et donc de la politique américaine qu'il conduit), les Etats-Unis pouvaient difficilement réagir autrement d'un strict point de vue de communication - il n'est pas possible, aux yeux de l'opinion publique et de leur allié sud-coréen, d'apparaître comme refusant d'avancer vers la paix, après l'annonce d'un sommet intercoréen. L'échange qu'auront à Washington, jeudi, les autorités américaines et les représentants de la délégation sud-coréenne ayant visité Pyongyang qui leur transmettront les positions nord-coréennes, devrait permettre aux Etats-Unis de donner une réponse officielle.

Comme l'a cependant affirmé le président américain (il faut essayer, quitte à voir ce qu'il en résultera), il serait surprenant qu'Américains et Nord-Coréens n'engagent pas ouvertement des discussions, alors que les divergences restent importantes - jusqu'à une période récente, les Etats-Unis entendaient que la Corée du Nord renonce unilatéralement et immédiatement à sa dissuasion nucléaire avant d'entamer le reste des négociations, alors que Pyongyang a seulement ouvert la perspective d'une dénucléarisation à terme. La discussion sera donc globale et longue, alors que la RPDC manifeste déjà pour sa part des signes de bonne volonté en proposant de poursuivre son moratoire actuel de fait sur ses essais nucléaires et balistiques tant que le dialogue sera en cours - alors même que les Etats-Unis n'entendent pas de leur côté, à ce stade, suspendre leurs manoeuvres militaires prévues fin mars, les plus grandes au monde en temps de paix, et régulièrement dénoncées par Pyongyang comme la répétition d'une opération d'invasion de son territoire. L'élément prometteur pour le dialogue est que tant la Corée du Nord (qui dispose désormais d'une capacité de dissuasion nucléaire opérationnelle) que les Etats-Unis sont convaincus d'être en position de force pour négocier à présent.

Une des principales inconnues reste les équilibres qui se mettront en place au sein de l'administration américaine, et sur lesquels Donald Trump devra trancher : comme l'ont montré Juliette Morillot et Dorian Malovic dans leur récent ouvrage Le monde selon Kim Jong-un, une légende tenace (du story telling dit-on aujourd'hui), répétée à l'envi, veut que les Nord-Coréens n'aient pas respecté l'accord sur le nucléaire de 1994, et que donc ils ne seraient pas un partenaire fiable. Une réécriture des faits à l'opposé de ce qui s'est passé, puisque les Nord-Coréens ont bien suspendu leur programme nucléaire pendant de nombreuses années, mais la propagande (en l'occurrence, néo-conservatrice) a la vie dure dès lors qu'elle bénéficie de puissants relais d'opinion, comme l'a montré naguère la saga des pseudo-armes de destruction massive en Irak.

Sources : 

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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 11:45

Selon un rapport des Nations unies réalisé en 2017 mais non publié à ce jour, ayant fuité dans les médias (le New York Times a publié un article à ce sujet le 27 février 2018, et des extraits ont aussi pu être lus par des membres de l'agence américaine Associated Press), la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) aurait coopéré avec la Syrie pour la production d'armes chimiques, dans le cadre de 40 livraisons par voie maritime entre la RPDC et la Syrie entre 2012 et 2017, via des sociétés-écrans. Ces échanges porteraient plus précisément sur des composants potentiels d'armes balistiques et chimiques : le rapport évoque "le transfert en Syrie de valves de résistances spéciales et de thermomètres connus pour être utilisés dans des programmes d'armements chimiques", ainsi que de céramiques résistant à l'acide et supposées avoir été utilisées pour des usines d'armes chimiques. Ces opérations auraient échappé aux services de renseignement américains. Elles ont été dénoncés comme une violation de l'embargo sur les armes à destination de la Syrie.

Toujours selon le rapport non publié auquel ont eu accès les médias américains précités, des techniciens nord-coréens travailleraient également sur des sites d'armes chimiques et de pièces pour missiles. Le gouvernement syrien a démenti, en déclarant qu'il n'y avait pas sur son territoire de telles sociétés nord-coréennes et que les seuls Nord-Coréens présents travaillaient dans le domaine de la coopération sportive, pour l'entraînement d'athlètes et de gymnastes.

Le gouvernement russe a mis en cause les méthodes selon lui insuffisamment rigoureuses des équipes des Nations unies en charge de ce dossier.

La nouvelle est intervenue à un moment critique, deux jours après de nouvelles accusations d'utilisation d'armes chimiques par les forces syriennes dans la Ghouta orientale. En outre, l'information conforte la politique nord-coréenne de Washington, alors que les Etats-Unis entendent renforcer les sanctions contre la Corée du Nord (ils ont d'ailleurs adopté des sanctions unilatérales qualifiées de "sans précédent", visant également d'autres pays, dont la Chine), en dépit de la trêve olympique (qui n'est d'ailleurs pas achevée, les Jeux paralympiques commençant dans quelques jours). Cette trêve a donné lieu à un spectaculaire rapprochement intercoréen, vécu à contre-coeur par l'administration Trump.

La question des armes chimiques en Syrie est particulièrement sensible : la Syrie, qui a rejoint la Convention sur l'interdiction des armes chimiques en 2013, a toujours nié avoir utilisé des armes chimiques (malgré des accusations d'utilisation dans la Ghouta orientale, avant que la Syrie ne rejoigne la Convention sur l'interdiction des armes chimiques). En janvier 2016 l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a déclaré que le stock syrien d'armes chimiques avait été supprimé. Cependant, des accusations continuent d'être portées contre Damas sur l'utilisation d'armes chimiques, qui se serait poursuivie après 2013. Le 14 février 2018, le président français Emmanuel Macron avait affirmé que toute utilisation d'armes chimiques entraînerait une riposte contre le gouvernement syrien, mais qu'il fallait des preuves incontestables sur l'utilisation avérée d'armes chimiques prohibées contre les populations civiles. Les Etats-Unis avaient, quant à eux, décidé dès avril 2017 le lancement de 59 missiles de croisière contre la base syrienne à l'origine de l'attaque de Khan Cheikhoun, qui avait selon eux impliqué l'utilisation d'armes chimiques par les forces gouvernementales syriennes. 

Le 1er mars 2018, l'agence officielle nord-coréenne KCNA a publié un démenti sur la coopération avec Damas en matière d'armes chimiques émanant du directeur de la presse de l'Institut pour les études américaines du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée. Dans cette déclaration, Pyongyang a affirmé être opposé non seulement à la production et à la détention d'armes chimiques, mais à leur principe même - tout en dénonçant les Etats-Unis, principal producteur d'armes dans le monde (et ayant utilisé des armes chimiques - dont le napalm - et bactériologiques à grande échelle pendant la guerre de Corée), pour avoir monté de toutes pièces un dossier d'accusation servant leur politique belliciste à l'égard de la Corée du Nord. La RPDC est signataire de l'accord de Genève qui interdit l'utilisation d'armes chimiques en cas de guerre. En revanche, à l'instar de l'Egypte, du Soudan du Sud et d'Israël (qui a signé le traité mais ne l'a pas ratifié), la RPDC n'a pas rejoint la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, qui vise à interdire les armes chimiques et à détruire les arsenaux existants, dans le cadre de vérifications menées sous l'égide de l'OIAC.

Nous publions ci-après une dépêche de l'agence Reuters, que nous avons traduite de l'anglais, qui resitue les lourds enjeux que comporte cette question : production ou non d'armes chimiques tendant à corroborer la thèse de leur utilisation, pouvant servir de justification à une intervention américaine, éventuellement dans le cadre d'une coalition ; rôle ou pas de la Corée du Nord permettant d'accroître les sanctions contre elle, comme le souhaite Washington qui ferait ainsi d'une pierre deux coups, en visant à la fois Damas et Pyongyang.

Médias d'Etat : la Corée du Nord nie un lien avec la Syrie pour la production d'armes chimiques"

Séoul (Reuters) - Selon des comptes rendus des médias d'Etat de jeudi dernier, la Corée du Nord a rejeté les rapports selon lesquels elle a coopéré avec la Syrie pour la production d'armes chimiques, les rejetant comme une fabrication des Etats-Unis pour accroître la pression sur elle.

L'agence publique KCNA a cité un porte-parole de l'institut de recherches sur les études américaines du ministère des Affaires étrangères : selon lui, l'argument des Etats-Unis selon lequel la RPDC a aidé la Syrie à produire des armes chimiques "n'a pas de sens".

Selon le porte-parole cité par KCNA, "comme nous l'avons clairement dit à plusieurs reprises, notre République ne développe, ne produit ni ne stocke des armes chimiques et est opposée aux armes chimiques elles-mêmes."

Robert Wood, ambassadeur américain à la Conférence du désarmement, a déclaré mercredi qu'il y avait historiquement une relation entre les deux pays en matière de missiles et de composants d'armes chimiques.

Deux cargaisons nord-coréennes à une agence gouvernementale syrienne en charge du programme d'armes chimiques du pays ont été interceptées ces six derniers mois, selon un rapport confidentiel des Nations unies sur les violations des sanctions contre la Corée du Nord.

La Corée du Nord est placée sous un régime de sanctions des Nations unies depuis 2006 à propos de ses programmes balistiques et nucléaires, et le Conseil de sécurité a accru les mesures en réponse à six essais nucléaires et à plusieurs lancements de missiles de longue portée.

Selon des sources diplomatiques ayant informé Reuters, le groupe de surveillance mondial des armes chimiques basé à La Haye a ouvert une enquête dimanche sur les attaques dans la région de Ghouta orientale, tenue par les rebelles et assiégée, pour déterminer si des armes interdites ont été utilisées.

La Syrie a signé la convention internationale d'interdiction des armes chimiques en 2014, comme partie d'un accord négocié par Moscou pour éviter les attaques américaines aériennes, intervenues comme mesure de rétorsion à une attaque utilisant un gaz neurotoxique ayant tué des centaines de personnes, pour laquelle Washington a accusé Damas. Dans les années qui ont suivi, les réserves déclarées de gaz mortels interdits de la Syrie ont été détruites suivant une surveillance internationale.

Reportage de Ju-min Park, publication par Alistair Bell

Reuters

La Corée du Nord nie coopérer avec la Syrie pour la production d'armes chimiques

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 22:23

Le 20 février 2018, le ministre de la Défense de la République de Corée (Corée du Sud) Song Young-moo a annoncé qu'une annonce serait faite sur la reprise des manoeuvres militaires conjointes avec les Etats-Unis entre la clôture des Jeux paralympiques (le 18 mars 2018) et la fin du mois de mars, tant en ce qui concerne leur calendrier que leur ampleur. Ces exercices de guerre Key Resolve / Foal Eagle, qui se tiennent régulièrement mais augmentent en intensité et tendent à se tenir chaque année de plus en plus tôt, sont dénoncés par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme la préparation de plans d'invasion de son territoire - et, de fait, comportent des simulations de mise en oeuvre de tels plans. Cette année, à la demande des autorités sud-coréennes, ils avaient été repoussés pendant toute la durée de la trêve olympique. 

Exercice militaire conjoint américano-sud-coréen impliquant des unités de chars à Pocheon

Exercice militaire conjoint américano-sud-coréen impliquant des unités de chars à Pocheon

La trêve olympique aura donc une fin. Mais en annonçant suffisamment en amont la reprise de leurs exercices militaires conjoints avec les Etats-Unis (les plus importants au monde hors zones de guerre), les Sud-Coréens font preuve de prudence - tant vis-à-vis des Nord-Coréens (qu'ils évitent de prendre de court) que des Américains (au fond inquiets du rapprochement intercoréen à Pyeongchang, comme l'a fait apparaître l'attitude hostile du vice-président Mike Pence). 

Le Président Moon Jae-in, dont le pays avait été marginalisé pendant la crise de l'été dernier, a en tout cas réussi un spectaculaire rétablissement diplomatique en reprenant la main sur la question coréenne, en étant pleinement acteur du rapprochement Nord-Sud - lequel pourrait d'ailleurs avoir des conséquences inédites avec la possibilité évoquée par le gouverneur de la province sud-coréenne de Gangwon (qui accueille les Jeux olympiques d'hiver) le 18 février 2018 - que le Nord et le Sud co-organisent les Jeux asiatiques d'hiver 2021. Le Nord a réagi favorablement à cette proposition, qui serait une première dans les relations intercoréennes pour un événement sportif si elle se concrétisait. 

Si les observateurs s'inquiètent des réactions nord-coréennes après la reprise des exercices militaires Key Resolve et Foal Eagle, qui pourraient justifier que la RPDC reprenne ses programmes balistiques et nucléaires pour répondre à cette menace, l'attitude sud-coréenne sera examinée dans une perspective plus globale : la reprise (ou non), qui a été annoncée, des échanges d'informations dans le domaine militaire pour éviter une escalade non souhaitée et incontrôlée ; la réponse du Président Moon Jae-in à la proposition du Président Kim Jong-un de venir à Pyongyang ; enfin, l'attitude des Sud-Coréens par rapport aux sanctions internationales - et aux sanctions additionnelles mises en place unilatéralement par Séoul. 

Sources : 

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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 22:37

Si dans un bel ensemble les chaînes de télévision nationale agitent une improbable menace d'attaque nucléaire nord-coréenne, le programme nucléaire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sert en revanche de prétexte  commode à une menace nouvelle d'utilisation d'armes nucléaires qui est, elle, d'autant plus vraisemblable et plus dangereuse qu'elle émane de la première puissance militaire du monde, la plus interventionniste dans l'histoire de l'humanité et la seule au monde à avoir utilisé l'arme atomique. Dans l'indifférence des mêmes télévisions nationales hexagonales, le 2 février 2018 le Pentagone a fait état de la nouvelle "posture nucléaire" des Etats-Unis, qui complète sa stratégie de défense nationale : le peu qui a été rendu public de ce document  (une quinzaine de pages sur 54, laissant craindre le pire dans la partie restée secrète) ouvre des perspectives nouvelles et effrayantes d'utilisation de bombes nucléaires dites "miniatures". Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne appelle à soutenir le dialogue intercoréen et les efforts pour la paix en Asie du Nord-Est ,dans le cadre des  actuels Jeux olympiques de Pyeongchang, afin que l'argument nord-coréen cesse de servir d'alibi à des menaces américaines de guerre nucléaire dont la mise à exécution serait apocalyptique.

Image parue dans "The Economist", avec comme titre "Un insurgé à la Maison blanche"

Image parue dans "The Economist", avec comme titre "Un insurgé à la Maison blanche"

L'hiver nucléaire se rapproche : au nom prétendument de la lutte contre la Chine, la Russie, l'Iran, la Corée du Nord, ainsi que de terroristes par définition non dotés d'armes nucléaires, la nouvelle "posture nucléaire" des Etats-Unis envisage, comme le précise Gille Paris dans un article du quotidien Le Monde, de compléter les composantes terrestre, aérienne et maritime de l'armement nucléaire américain par la production d'armes dites tactiques, "de faible puissance", "terre-terre ou mer-terre", embarquées à bord de sous-marins ou de bombardiers.

Mais de quoi s'agit-il ? Le lecteur du Monde n'en saura rien, sinon que ces nouvelles armes nucléaires n'entrent pas dans les catégories actuellement couvertes par les accords de limitation des armements nucléaires (et qu'elles devraient donc relancer la course à la bombe). De même, il devra se contenter des propos (mensongers, nous le verrons ci-après) du Pentagone selon lesquels il s'agirait de renforcer la "dissuasion" nucléaire face à des risques d'attaque "nucléaire ou non nucléaire" des Etats-Unis - attaque dont le journaliste Gilles Paris précise toutefois qu'elle est définie en termes tellement flous qu'il peut s'agit de "cyberattaques massives" - sans définir ce qui est "massif", alors même que la cyberguerre a d'ores et déjà commencé - avec des assaillants qui ne sont pas forcément ceux que l'on croit.


Dans l'édition du 7 février 2018 du Canard enchaîné, Claude Angeli précise que la fabrication du premier lot (à savoir 30 bombes nucléaires "miniaturisées") de ces nouvelles armes de destruction massive est déjà programmée :

Ces petites merveilles de technologie mortifère, disponibles au plus tard dans deux ans, seront d'une puissance nettement inférieure à la bombe lancée en 1945 sur Hiroshima (environ 15 kilotonnes). Elles ne provoqueront jamais autant de destructions que les missiles de 150 à 475 kilotonnes dont disposent les armées américaines, mais, que l'on se rassure, elles auront des effets "incendiaires et radioactifs" remarquables, selon un expert militaire.

Il a fallu un an aux experts du Pentagone pour répondre à la demande de l'administration Trump, qui se mettait tout juste en place, formulée le 27 janvier 2017, de mettre au point ces nouvelles armes - avant donc le déclenchement du cycle des tensions qui ont crû autour de la Corée tout au long de l'année 2017, prouvant une nouvelle fois - si besoin était - que le programme nucléaire nord-coréen est évidemment un prétexte à la définition d'une posture stratégique qui répond à une volonté délibérée, et non à des circonstances spécifiques.

Comme le précise Claude Angeli, il s'agit d'envisager une nouvelle forme de conflit ciblé - utilisant des armes nucléaires, ce qui est sans précédent, et remettant en cause la logique de dissuasion nucléaire (invoquée hypocritement par les experts du Pentagone), laquelle sert aujourd'hui de justification au maintien d'un arsenal nucléaire par les Etats qui disposent aujourd'hui de la bombe. Selon Claude Angeli, les Etats-Unis deviennent ainsi le premier Etat au monde à théoriser et à revendiquer l'utilisation en premier d'armes nucléaires :

[Donald Trump] veut pouvoir tirer le premier et donner une méchante leçon à un présumé ennemi, tels la Corée du Nord ou l'Iran, si l'envie lui en prend. Le président américain aurait ainsi la possibilité de mener un conflit nucléaire limité, ce qui est une remise en question des principes de la dissuasion.

Ce comportement de la puissance américaine est non seulement contraire à tous les principes de dissuasion régissant l'emploi de l'arme nucléaire dans le monde contemporain, mais cette nouvelle doctrine nucléaire effrayante entraînerait de surcroît, et contré leur gré, les alliés des Etats-Unis (France, Corée du Sud...) dans une guerre nucléaire qu'ils refusent.

Il est temps que, tous ensemble, gouvernements comme opinions publiques, au-delà des différences de système politique et économique, disions stop à la folie nucléaire de l'administration Trump, si nous voulons empêcher l'apocalypse nucléaire que nous promettent de nouveaux docteurs Folamour derrière les écrans de fumée des menaces iranienne ou nord-coréenne fabriquées ou grossies à dessein.

Bombes nucléaires "miniatures" : jusqu'où ira la folie nucléaire américaine ?

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