Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 09:50

Le 9 mai 2019, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a testé deux missiles à courte portée en les lançant en direction de l'est depuis la région de Kusong, dans le nord-ouest de la RPDC. Selon le Comité des chefs d'état-major interarmées de la Corée du Sud, ces deux missiles ont volé pendant 420 et 270 km au-dessus du territoire nord-coréen avant de retomber dans la mer de l'Est (mer du Japon). Le 4 mai, la RPDC avait procédé à un premier essai d'un tel missile depuis la presqu'île de Hodo, près de Wonsan, sur la côte orientale, ainsi qu'à des exercices de systèmes de lance-roquettes multiples. La RPDC qualifie ces lancements d'« exercice militaire régulier », mais, le 25 mai, quelques heures avant l'arrivée au Japon du président américain Donald Trump pour une visite d'Etat de quatre jours, son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, a déclaré  à Tokyo qu'il n'y avait « aucun doute » sur le fait que la RPDC a violé des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies en lançant ce que Bolton a décrit comme des « missiles balistiques ». Cette dernière sortie de Bolton, un « super faucon » partisan de longue date d'une ligne très dure à l'égard de la Corée du Nord, a suscité une vive réaction de la part de la RPDC.

Test d'un missile nord-coréen à courte portée le 9 mai 2019 (source : KCNA)

 

Le 27 mai 2019, l'agence officielle KCNA citait un porte-parole du ministère nord-coréen des affaires étrangères :

« Bolton, conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis a réagi à l'exercice militaire régulier de notre armée, déclarant qu'il s'agit d'une violation des "résolutions" du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette déclaration va vraiment au-delà de l'ignorance.

En ce qui concerne les "résolutions" du CSNU, auxquelles Bolton fait référence de manière irréfléchie, jamais une seule fois nous ne les avons reconnues ou avons été restreints par elles, parce qu'elles sont une négation totale et scandaleuse du droit à l'existence et au développement d'un pays souverain, comme nous l'avons déjà déclaré à plusieurs reprises.

Si un objet est lancé, il est tenu de suivre une trajectoire. Ce qui compte pour les Etats-Unis, ce n'est pas la portée mais l'interdiction même d'un lancement utilisant la technologie balistique. Cela équivaut finalement à exiger de la RPDC qu'elle renonce à son droit à l'autodéfense.

Notre exercice militaire n'a visé personne et n'a pas mis en danger les pays environnants, mais Bolton prétend avec acharnement qu'il constitue une violation des "résolutions", en se mêlant imprudemment des affaires internes des autres. Nul besoin d'être très perspicace pour deviner que Bolton a clairement une structure mentale différente de celle des gens ordinaires.

Bolton, comme il l'a lui-même avoué, a servi de "marteau" pour "briser" l'Accord-cadre signé en 1994 par la RPDC et les Etats-Unis, et il est bien connu en tant que "maniaque de la guerre" opposé à la RPDC et qui a conçu diverses politiques provocatrices telles que la désignation de notre pays comme membre de l'"axe du mal", une frappe préventive et un changement de régime.

Pire encore, Bolton s'est tenu à l'avant-garde de la direction de la guerre en Irak et de l'abrogation du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire qui a permis de garantir la paix en Europe pendant des décennies, et il est de plus en plus connu pour son bellicisme avec son obsession pour d'autres guerres au Moyen-Orient et en Amérique du Sud.

Ce n'est pas un hasard si des critiques se font maintenant entendre aux Etats-Unis quant au fait que Bolton est un belliciste parlant de guerre au Président alors qu'il a lui-même échappé au service militaire, affirmant qu'il ne souhaitait pas mourir dans une rizière en Asie du Sud-Est.1

Finalement, il convient de qualifier Bolton de conseiller à la destruction de la sécurité sabotant la paix et la sécurité plutôt que de conseiller à la sécurité œuvrant à garantir la sécurité.

Il n'est pas du tout étrange que des mots pervers sortent toujours de la bouche d'un homme structurellement déficient, et une telle erreur humaine mérite de disparaître au plus vite. » (KCNA, 27 mai 2019)

Avant cette cinglante critique de Bolton venue de RPDC, le Président des Etats-Unis Donald Trump avait lui-même semblé vouloir adoucir les propos de son conseiller à la sécurité nationale.

« La Corée du Nord a lancé quelques petites armes, qui ont dérangé certains de mon peuple et d'autres mais pas moi », écrivait ainsi le Président des Etats-Unis sur son compte Twitter le 26 mai, ajoutant penser que le dirigeant de la RPDC « tiendra sa promesse envers moi ».

Cette péripétie confirme les bonnes relations personnelles entre Kim Jong-un et Donald Trump, dont faisait ainsi état l'agence nord-coréenne KCNA au lendemain du sommet de Hanoï, malgré l'échec apparent du sommet : « Les dirigeants suprêmes des deux pays [Kim Jong-un et Donald Trump] ont apprécié que leur seconde rencontre à Hanoï a offert une occasion importante d'approfondir le respect et la confiance mutuels et de porter les relations entre les deux pays à un nouveau palier. »

Plus que la question du caractère légitime ou non des exercices militaires menés par la Corée du Nord en mai 2019, les réactions que ces exercices ont suscitées, à Pyongyang et à Washington, posent la question du maintien au sein de l'administration américaine du « super faucon » John Bolton, considéré comme le responsable de l'échec du sommet de Hanoï.

 

Sources :

1 NdT : Alors que John Bolton soutenait la guerre du Vietnam, il refusa de servir dans une unité combattante, préférant s'engager dans la Garde nationale et étudier dans une école de droit après l'obtention de son diplôme en 1970 à l'université Yale. « J'avoue que je ne souhaitais pas mourir dans une rizière en Asie du Sud-Est », a écrit Bolton au sujet de sa décision, à l'occasion de la 25ème réunion de sa promotion. « Je considérais que la guerre était déjà perdue au Vietnam. » (Ross Goldberg et Sam Kahn, "Bolton’s conservative ideology has roots in Yale experience", Yale Daily News, 28 avril 2005)

Partager cet article
Repost0
23 mai 2019 4 23 /05 /mai /2019 20:26

Le 21 mai 2019, l'ambassadeur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) auprès des Nations unies a tenu une conférence de presse au siège de l'ONU, à New York, pour exiger la libération d'un cargo nord-coréen saisi par les Etats-Unis quelques jours plus tôt. Cette conférence de presse est la troisième initiative de la RPDC en une semaine pour alerter l’opinion publique internationale sur une action des Etats-Unis s’inscrivant dans leur stratégie de « pression maximale » à l'encontre de la RPDC, stratégie en partie responsable de l'échec du sommet de Hanoï de février 2019 entre Donald Trump et Kim Jong-un.

Le cargo nord-coréen Wise Honest, le 12 juin 2017 à Vladivostok (photo : www.marinetraffic.com)

Le 9 mai 2019, le département américain de la Justice annonçait avoir saisi le cargo Wise Honest (17 061 tonnes, deuxième plus gros navire de la flotte marchande nord-coréenne) soupçonné d'avoir violé la loi américaine et le régime des sanctions internationales adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies à l'encontre de la RPDC. Washington affirme que le Wise Honest a été utilisé illégalement pour transporter du charbon nord-coréen et apporter de la machinerie lourde en RPDC, tandis que les paiements pour la maintenance du navire ont été faits en dollars américains au moyen de banques américaines. Les sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies interdisent au Nord de transférer du charbon et d'autres marchandises, et une loi américaine de 2016 interdit à certaines entités et individus de RPDC d'utiliser le système financier américain.

Le Wise Honest avait été saisi une première fois le 1er avril 2018 par les autorités indonésiennes pour avoir tenté de transporter 25 000 tonnes de charbon nord-coréen. Le 11 mai 2019, suite à sa saisie par les autorités des Etats-Unis, le Wise Honest a été déplacé dans le port de Pago Pago, dans les Samoa américaines.

La RPDC a immédiatement demandé le retour de son navire saisi. Le 14 mai, un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères, cité par l'agence KCNA, a ainsi qualifié la saisie du Wise Honest d'« autre acte calculé des Etats-Unis pour mettre à genoux la RPDC en exerçant une "pression maximale" » et d'« acte qui contrarie totalement l'esprit fondamental de la déclaration commune du 12 juin [2018] RPDC-Etats-Unis pour établir de nouvelles relations bilatérales ».

« Compte tenu des conséquences ultérieures de leur acte odieux sur l'évolution de la situation politique, il vaudrait mieux que les Etats-Unis nous rendent le navire dans l'immédiat », a poursuivi le porte-parole nord-coréen. « Nous allons surveiller prudemment les réactions de Washington. »

« Le temps où les Etats-Unis dirigeaient à leur guise le monde est révolu et s'ils croient que nous sommes l'une des nations sur lesquelles ils peuvent exercer le "pouvoir américain", ils ont complètement tort », a souligné le porte-parole.

« Le fait que les Etats-Unis obligent les autres pays à respecter leur droit national constitue une violation brutale du droit international universel stipulant qu'en aucun cas, un Etat souverain ne peut faire l'objet du pouvoir judiciaire d'un autre pays », a-t-il insisté.

Le porte-parole a ajouté que « les Etats-Unis ont avancé comme une des raisons de la saisie de notre cargo "les résolutions des sanctions contre la Corée du Nord adoptées par le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies", mais nous les rejetons et dénonçons toujours comme elles portent sérieusement atteinte à notre souveraineté », a-t-il ajouté.

L'affaire est jugée suffisamment grave par les autorités nord-coréennes pour que l'ambassadeur de la RPDC auprès des Nations unies, Kim Song, adresse une lettre le 17 mai 2019 au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, insistant sur le caractère illégal de l'action des Etats-Unis et l’aggravation des tensions qu'elle peut entraîner :

Monsieur le Secrétaire général,

Je vous adresse cette lettre au sujet de l'incident de la saisie du cargo "Wise Honest" appartenant la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

Les Etats-Unis ont récemment commis un acte illégal et scandaleux en amenant le cargo de la RPDC aux Samoa (Etats-Unis), associant le navire à une violation de la loi intérieure américaine, et cet acte de dépossession a clairement montré que les Etats-Unis sont bel et bien un pays gangster qui ne se soucie pas du tout du droit international.

Les sanctions unilatérales, telles que le "Sanctions Act" à l'encontre de la RPDC, basé sur la loi intérieure américaine, que les Etats-Unis ont utilisé comme base pour la dépossession du navire, sont une action illégale enfreignant la Charte des Nations unies et le droit international, selon la résolution adoptée lors de la 62e session de l'Assemblée générale des Nations unies, et un principe universellement reconnu du droit international est aussi que, en aucun cas, un Etat souverain ne peut être soumis à la juridiction d'autres pays.

De plus, les Etats-Unis ont commis un acte empiétant sur la souveraineté en enfreignant de façon flagrante la Charte des Nations unies par la dépossession du cargo sur lequel s'exerce la pleine souveraineté de la RPDC.

Parce que l’inquiétude grandit plus que jamais au niveau international quant à l’impact probable qu’aura l’acte odieux des Etats-Unis sur la situation dans la péninsule coréenne, je pense que le Secrétaire général des Nations unies doit prendre des mesures urgentes de façon à contribuer à la stabilité de la péninsule coréenne et prouver l’impartialité des Nations unies.

Nous suivrons les actions entreprises par les Nations unies.

KCNA, 18 mai 2018

En réponse à la lettre de l’ambassadeur nord-coréen, le porte-parole du secrétariat général des Nations Unies, Stéphane Dujarric, a indiqué le 20 mai que le secrétariat général ne peut guère intervenir pour que la Corée du Nord récupère son cargo. « Il revient aux Etats membres de traiter les questions relatives au possible contournement des sanctions » décidées par le Conseil de sécurité, a seulement affirmé le porte-parole.

Face à ce qui s’apparente à une fin de non-recevoir de la part du secrétariat général des Nations unies, l’ambassadeur de la RPDC a tenu une conférence de presse le lendemain 21 mai au siège de l'Organisation à New York, un événement rare.

Kim Song, ambassadeur de la RPDC auprès des Nations unies, pendant sa conférence de presse, le 21 mai 2019 à New York (photo : ONU)

 

Au cours de cette conférence de presse, l'ambassadeur Kim a déclaré que la RPDC « observera avec attention chacun des mouvements des Etats-Unis » et a averti que ces derniers « devraient réfléchir aux conséquences que cet acte scandaleux [la saisie du cargo Wise Honest] pourrait avoir sur les développements futurs ».

Le représentant nord-coréen a ajouté que la RPDC condamne « dans les termes les plus forts » la saisie du navire car « c'est un produit de la politique hostile extrême des Etats-Unis contre la RPDC ».

« Des sanctions unilatérales et une application extraterritoriale de la juridiction nationale d'un pays tiers ne peuvent être aucunement justifiées, notamment par la loi internationale », a-t-il répété.

La saisie d'un cargo est en ligne avec la stratégie d'« étranglement économique » de la RPDC, théorisée, entres autres et depuis longtemps, par John Bolton, actuel conseiller à la sécurité nationale du Président Trump. Dans un contexte de blocage des négociations entre la RPDC et les Etats-Unis sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne suite à l'échec du sommet de Hanoï des 27 et 28 février 2019, l'affaire du Wise Honest rend plus incertaine une reprise rapide des pourparlers entre Washington et Pyongyang, et en rappelle une autre : le blocage d'avoirs nord-coréens dans une banque de Macao en septembre 2005, à la demande des Etats-Unis, sur des accusations bancales, de l'avis même d'experts occidentaux reconnus de ces questions, de blanchiment d'argent. Cette action américaine hostile intervenait immédiatement après - et malgré - la signature d'un important accord aux pourparlers à six pays sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Les avoirs de la RPDC avaient finalement été débloqués au printemps 2007, mais un an et demi avait été perdu dans le règlement de la crise coréenne. La frange la plus belliqueuse de l'administration américaine qui était alors à la manœuvre semble l'être encore aujourd'hui.

 

Sources :

Partager cet article
Repost0
18 mars 2019 1 18 /03 /mars /2019 21:31

Le président des Etats-Unis Donald Trump et le dirigeant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) Kim Jong-un ont tenu les 27 et 28 février 2019 à Hanoï leur second sommet pour discuter d'un démantèlement du programme nucléaire nord-coréen en échange de garanties de sécurité et d'une levée des sanctions. Mais les négociations ont pris fin sans qu'un accord soit signé, même si les deux dirigeants se sont quittés en bons termes. L'opposition entre la RPDC et les Etats-Unis se double d'une dispute entre les partisans d'une approche progressive, action pour action, de la dénucléarisation de la Corée du Nord, et les partisans d'une dénucléarisation totale et immédiate de cette dernière, approche du « tout ou rien » qui a toujours échoué.

Interrogé par l'agence Reuters le 5 mars 2019, Moon Chung-in, conseiller spécial pour la sécurité du président sud-coréen Moon Jae-in, a observé que les Etats-Unis avaient durci soudainement leur position en appelant la Corée du Nord à un démantèlement total de ses programmes nucléaire et balistique, en dépit de l'espoir né auparavant d'un accord pour une approche par étapes.

« Les Etats-Unis ont formulé des demandes excessives à l'égard de la Corée du Nord pour parvenir à grand accord, tandis que le Président Kim [Jong-un] était trop confiant quant à sa capacité à persuader [le président américain Donald] Trump de faire ce qu'il veut pour la fermeture du principal complexe nucléaire de Yongbyon  », a dit Moon Chung-in.

Le conseiller du président sud-coréen a notamment pointé un discours prononcé le 31 janvier 2019 à l'université Stanford par l'envoyé spécial américain pour la question nucléaire Stephen Biegun, dans lequel ce dernier promettait de rechercher des engagements parallèles et une « feuille de route pour des négociations et des déclarations ».

Mais à Hanoï, la partie américaine a rétro-pédalé et appelé à un accord global, a affirmé Moon.

« Après le discours de Biegun à Stanford, j'avais la forte impression qu'ils étaient réalistes, mais, lors du sommet, ils ont vraiment adopté une position du "tout ou rien" », a dit Moon, déclarant aussi qu'on serait parvenu à un accord si le Nord s'était engagé à abandonner ses activités d'enrichissement de l'uranium menées sur d'autres sites que sa principale usine de Yongbyon.

Le 4 mars 2019, à Washington, Stephen Biegun a déclaré lors d'une conférence que « la diplomatie était toujours très active », même si les Etats-Unis observent attentivement ce qu'il se passe sur un site nord-coréen de lancement de fusée où un nouveau tir pourrait être imminent. En effet, selon le Centre d'études stratégiques et internationales (Centre for Strategic and International Studies), un groupe de réflexion américain, des images prises par satellite révèlent une reprise des activités sur la base de lancement de Sohae (ou Tongchang-dong Pongdong-ri, sur la côte occidentale de la RPDC), signe de possibles préparatifs d'un lancement. Biegun a aussi rejeté l'approche progressive voulue par la Corée du Nord, en disant qu'un allègement des sanctions en échange de mesures partielles reviendrait à financer les programmes d'armement nord-coréens.

L'échec apparent du sommet de Hanoï a été un coup dur pour le Président Moon Jae-in, lequel promeut un engagement avec la Corée du Nord et a tenu trois sommets avec le Dirigeant Kim Jong-un en 2018 (en avril, mai et septembre). En particulier, le président sud-coréen espérait qu'un accord apporterait un assouplissement des sanctions américaines et permettrait un redémarrage de la coopération économique inter-coréenne, y compris de la zone industrielle de Kaesong (fermée en février 2016) et de la zone touristique des monts Kumgang (fermée en juillet 2008).

Pour le conseiller du Président Moon, la Corée du Sud pourrait jouer un rôle de facilitateur entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. La tâche des Sud-Coréens risque cependant de ne pas être facile car, aux Etats-Unis, John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du Président Donald Trump, ne cesse depuis la fin du sommet de Hanoï d'envoyer des messages destinés à faire pression sur la RPDC.

John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du Président Trump

John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du Président Trump

Considéré comme un « super-faucon » à l'égard de la Corée du Nord - dont il a théorisé depuis longtemps l'« étranglement économique » afin de la faire céder -, Bolton semblait en retrait pendant le second sommet entre les Etats-Unis et la RPDC, mais il s'est retrouvé ensuite en première ligne dans la campagne de pression contre cette dernière.

Ainsi, dans des entretiens accordés aux chaînes américaines NBC et Fox News le 10 mars 2019, Bolton a adressé une mise en garde à la Corée du Nord suite aux informations selon lesquelles les activités avaient repris sur la base de lancement de Sohae. Interrogé sur ce qu'il pensait d'un possible prochain lancement de missile ou de satellite par la Corée du Nord, Bolton a répondu : « Je ne vais pas spéculer sur ce que montrent les images d'un satellite commercial en particulier. [...]  Nous voyons exactement ce que [les Nord-Coréens] font maintenant. Nous gardons les yeux grand ouverts, et nous n'avons aucune illusion sur ce que sont leurs capacités. »

Bolton a aussi rappelé que Trump a déclaré à plusieurs reprises considérer la suspension des tests nucléaires et balistiques comme un signe positif. Mais interrogé sur la possibilité de mettre fin aux négociations si la Corée du Nord lançait un satellite ou un missile, Bolton a répondu qu'il ne spéculerait sur cela non plus, ajoutant que Trump est « confiant quant à ses relations » avec Kim Jong-un. On peut interpréter ce message comme un avertissement indirect à destination de la Corée du Nord pour qu'elle ne prenne pas des mesures susceptibles d'aggraver la situation, du point de vue américain.

Bolton a poursuivi en insistant sur le « grand accord » voulu par Washington, à savoir une levée des sanctions en échange d'un abandon par la Corée du Nord de toutes ses armes de destruction massive, dont ses armes nucléaires et ses missiles balistiques.

« Depuis le début, nous avons aussi inclus les les armes chimiques et biologiques parmi leurs armes de destruction massive à éliminer  », a dit Bolton. « C'est important pour la Corée du Sud et pour le Japon [où sont déployées des troupes américaines] »

Concernant une approche progressive de la dénucléarisation de la Corée du Nord, Bolton a adressé une fin de non-recevoir, déclarant que le Président Trump est « déterminé à éviter les erreurs faites par les présidents précédents, l'une de ces erreurs étant de tomber dans le piège nord-coréen du action pour action ».

Bolton a donc réaffirmé l'intention des Etats-Unis de maintenir les sanctions en place contre la RPD de Corée, laquelle « veut la levée des sanctions économiques », ce qui permet « à l'avantage économique [des Etats-Unis] dû aux sanctions de mettre la pression sur la Corée du Nord ».

« L'avantage est maintenant du côté [des Etats-Unis], pas de la Corée du Nord », a expliqué Bolton. C'était « une des raisons pour lesquelles tous les commentateurs et experts prédisant un accord à Hanoï avaient tort ».

Ces déclarations du conseiller à la sécurité nationale du Président des Etats-Unis sonnent comme un demi-aveu : le sommet de Hanoï était voué à l'échec parce que des membres éminents de l'administration américaine, partisans d'une solution maximaliste, inacceptable en l'état - le renoncement immédiat et total de la Corée du Nord à sa force de dissuasion nucléaire en échange de vagues promesses économiques et de sécurité -, l'avaient décidé.

Ce changement de pied de l'administration américaine, après les espoirs soulevés par la rencontre de Singapour de juin 2018, ne pouvait qu'inciter la République populaire démocratique de Corée à envisager une révision de sa propre position.

Ainsi, le 15 mars 2019, au cours d'une rencontre avec la presse étrangère à Pyongyang, la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, Choe Son-hui, a annoncé que la RPDC réexaminait si elle continuera ou non les pourparlers de dénucléarisation avec les Etats-Unis et maintiendra ou non le moratoire sur les tirs de missiles.

« Nous n'avons, en aucun cas, ni l'intention de céder aux demandes des Etats-Unis [proposées lors du sommet de Hanoï], ni la volonté d'engager des négociations de ce genre », a indiqué la vice-ministre Choe.

Elle a ajouté que le Dirigeant Kim Jong-un décidera bientôt de rester ou non sur la voie du dialogue et de s'abstenir ou non de tirer des missiles et d'effectuer des essais nucléaires, une déclaration dans la droite ligne du discours de Nouvel an du dirigeant de la RPDC :

Si les Etats-Unis, au lieu de tenir les engagements qu’ils ont pris au vu et au su du monde entier, interprètent mal la patience du peuple coréen et tentent d'imposer certaines choses à la RPDC et de poursuivre toujours leurs sanctions et pressions contre elle, force nous serait de chercher une nouvelle voie permettant de sauvegarder la souveraineté du pays et les intérêts suprêmes de l’Etat ainsi que d’obtenir la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne.

Discours de Nouvel an de Kim Jong-un, 1er janvier 2019

Choe Son-hui n'a toutefois pas critiqué directement le Président Trump, tout en soulignant la bonne « alchimie » entre les dirigeants de RPDC et des Etats-Unis.

« Les relations personnelles entre les deux dirigeants suprêmes sont toujours bonnes et l'alchimie est mystérieusement merveilleuse », a-t-elle même fait remarquer.

Le bureau présidentiel sud-coréen Cheong Wa Dae a de son côté affiché sa ferme volonté de continuer à œuvrer à la reprise du dialogue de dénucléarisation entre Pyongyang et Washington quelle que soit la situation.

« En toutes circonstances, notre gouvernement travaillera pour la reprise des négociations Corée du Nord-Etats-Unis », a assuré Yoon Do-han, conseiller aux relations publiques du bureau présidentiel, dans un communiqué de presse.

Mais la volonté affichée de la Corée du Sud de servir d'intermédiaire entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, conjuguée au front uni offert par la Chine, la Russie et, bien sûr, la Corée du Nord en faveur d'une dénucléarisation par étapes et aux bons rapports personnels entre Kim Jong-un et Donald Trump seront-ils suffisants face à la « vieille » vision géopolitique des faucons de l'administration américaine désireux d'entretenir les tensions en Corée pour justifier un encerclement du grand adversaire stratégique des Etats-Unis qu'est la Chine ?

Le dispositif militaire des Etats-Unis en Asie de l'Est (Carte extraite de  Barthélémy Courmont et Céline Pajon, « La relation transatlantique et l'Asie du Nord-Est : front ou division? »,Centre d'études transatlantiques, août 2007)

 

Sources :

Partager cet article
Repost0
7 mars 2019 4 07 /03 /mars /2019 18:11

Kim Jong-un, dirigeant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Donald Trump, président des Etats-Unis d'Amérique, se sont rencontrés les 27 et 28 février 2019 à Hanoï au Vietnam, leur second sommet après celui de Singapour le 12 juin 2018. Ce sommet était essentiellement consacré aux mesures de dénucléarisation que la RPDC pourrait prendre et les contreparties que pourrait offrir Washington, telles qu'un assouplissement des sanctions. Mais aucun accord n'a été signé à Hanoï, les deux parties donnant des explications contradictoires à ce sujet : la Corée du Nord a demandé spécifiquement la levée des sanctions contenues dans les cinq résolutions les plus récentes adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies, alors que les Etats-Unis évoquent une demande nord-coréenne de levée totale des sanctions. Toutefois, malgré l'absence d'accord, aucune partie ne parle d'échec à propos de la rencontre de Hanoï.

Réunion élargie entre la RPDC et les Etats-Unis, le 28 février 2019 à Hanoï (photo : KCNA)

Réunion élargie entre la RPDC et les Etats-Unis, le 28 février 2019 à Hanoï (photo : KCNA)

Comment la question des sanctions a mis prématurément fin au sommet de Hanoï

Le 28 février 2019, à l'issue de sa rencontre avec le dirigeant de la RPDC Kim Jong-un à Hanoï, le président américain a déclaré n'avoir pas réussi à parvenir à un accord, la partie nord-coréenne exigeant la levée de toutes les sanctions imposées à Pyongyang sans donner suffisamment de mesures de dénucléarisation. « Au fond, ils voulaient que les sanctions soient levées dans leur intégralité, mais nous ne pouvions pas le faire », a déclaré Donald Trump au cours d'une conférence de presse.

« Ils étaient prêts à dénucléariser une grande partie des zones que nous voulions mais nous ne pouvions pas lever toutes les sanctions pour eux », a ajouté le Président américain.
Donald Trump a déclaré qu'il devait
« quitter » la discussion sans aucun accord, estimant qu'il n'était pas approprié de signer un document.

« Je veux vraiment supprimer les sanctions parce que je veux que [la RPDC] grandisse », a déclaré Trump. « Mais ils doivent céder plus. » Pour lui, les sanctions ont été un « dealbreaker » (briseur d'accord).

Toutefois, le 1er mars 2019, quelques heures après la déclaration du Président des Etats-Unis, le ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho a tenu une conférence de presse à l'hôtel Melia de Hanoï, où logeait la délégation nord-coréenne. Au cours de cette conférence, le ministre nord-coréen a réfuté les déclarations du Président Trump selon lesquelles la Corée du Nord avait demandé la levée de l'intégralité des sanctions prises à son encontre. « Nous avons seulement demandé la levée des sanctions comprises dans les cinq résolutions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies entre 2016 et 2017, et en particulier des sanctions qui pèsent sur l'économie civile et les moyens de subsistance du peuple », a dit le ministre.

En échange de cette levée partielle des sanctions, la Corée du Nord était prête à démanteler son principal site de production de matières nucléaires à Yongbyon, devant des experts américains et à travers des opérations conjointes de techniciens des deux pays. Etant donné le niveau actuel de confiance entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, c'est la plus grande mesure de dénucléarisation que la RPDC pouvait proposer, a ajouté le ministre nord-coréen des Affaires étrangères.

Lors du sommet, les Nord-Coréens ont également proposé de mettre par écrit l'engagement d'arrêter de façon permanente leurs essais d'armes nucléaires et lancements de missiles à longue portée « pour apaiser les préoccupations des Etats-Unis », selon Ri Yong-ho.

Mais les Etats-Unis, selon lui, ont insisté pour que la RPDC prenne une mesure « de plus » au-delà du démantèlement de l'usine de Yongbyon, une indication claire que la partie amérIcaine n'était pas prête à un accord.

Quelles sont les sanctions que la RPDC veut voir levées ?

De la résolution n°1695 de juin 2006 à la résolution n°2397 de décembre 2017, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté onze résolutions sanctionnant la République populaire démocratique de Corée pour ses programmes nucléaire et ballistique, dont six en 2016 et 2017. Il s'agit des résolutions n°2270 (mars 2016), n°2321 (novembre 2016), n°2356 (juin 2017), n°2371 (août 2017), n°2375 (septembre 2017), et n°2397 (décembre 2017). La résolution n°2356 du 3 juin 2017 ne faisant qu'ajouter des organisations et des individus nord-coréens à la liste des sanctions déjà votées par le Conseil de sécurité, on peut supposer que la RPDC demandait l'annulation des cinq autres résolutions.

En général, les sanctions imposées avant 2016 à la RPDC concernaient la fourniture de matériel militaires et de produits de luxe. Mais après le quatrième essai nucléaire du 6 janvier 2016 et le lancement d'un satellite le 7 février 2016les sanctions ont commencé à prendre pour cible l'ensemble de l'économie nord-coréenne (à partir de la résolution n°2270 votée le 2 mars 2016) et n'ont cessé de se renforcer. Ce sont les mesures contenues dans ces résolutions et visant l'« économie civile » (terme employé par opposition à l'économie militaire) que la RPDC veut voir abrogées.

Ainsi, la résolution n°2397 adoptée le 22 décembre 2017 limite la fourniture de produits pétroliers raffinés à la Corée du Nord à 500 000 barils par an. Si on considère que les résolutions précédentes fixaient cette limite à 2 millions de barils, la mesure figurant dans la résolution n°2397 apparaît extrêmement dure. En outre, la fourniture de pétrole brut est limitée à 4 millions de barils. Les produits pétroliers, raffinés ou non, étant utilisés pour faire fonctionner les centrales électriques thermiques, produire des engrais ou encore chauffer les serres agricoles, la limitation de l'importation de ces produits a bien un impact direct sur l'économie civile et sur les moyens de subistance du peuple.

Les résolutions sanctionnant la Corée du Nord adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies ont aussi limité ou interdit les exportations nord-coréennes de ressources naturelles telles que le charbon et l'acier, et l'emploi de la main d’œuvre nord-coréenne dans divers pays, les tenants d'une ligne dure à l'égard de la RPDC avançant comme argument que celle-ci utilise l'argent provenant des exportations de ressources minérales et de l'envoi de travailleurs à l'étranger pour financer ses programmes nucléaire et balistique.

Quant à la résolution n°2375 votée par le Conseil de sécurité le 12 septembre 2017, elle contient une disposition interdisant l'établissement d'entreprises communes avec des sociétés nord-coréennes et la fermeture des entreprises communes existantes dans les 120 jours. Compte tenu du besoin d'attirer les investissements étrangers en RPDC, cette dernière pourrait aussi demander la levée de cette restriction.

De l'aveu même de John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, et partisan de longue date d'une ligne très dure à l'égard de la RPDCles discussions ont pris fin après que les Nord-Coréens ont refusé un « big deal » (grande offre) proposé, semble-t-il au dernier moment, par la partie américaine, à savoir un renoncement total aux programmes nucléaire et balistique de la RPDC en échange d'avantages économiques, loin d'une approche progressive, action pour action, qui permettrait d'établir un niveau de confiance suffisant entre la RPD de Corée et les Etats-Unis après sept décennies de relations hostiles. « Le sujet, vraiment, était de savoir si la Corée du Nord était prête ou non à accepter ce que le président a appelé le "big deal" qui est de dénucléariser totalement sous une définition que le président a transmise à Kim Jong-un et d'avoir le potentiel pour un énorme avenir économique », a ainsi déclaré Bolton le 3 mars.

Toutefois, Bolton ne considère pas le sommet de Hanoï comme un échec. « Je considère [le sommet de Hanoï] comme un succès dans le sens où le président a protégé et promu les intérêts américains. » a-t-il dit lors d'une interview accordée à la chaîne américaine CBS.

Le sommet de Hanoï, nouvelle étape dans l'instauration de la confiance entre la RPDC et les Etats-Unis?

La RPDC ne considère par non plus que le sommet de Hanoï soit un échec, même si c'est pour des raisons différentes. L'Agence centrale de presse (nord-)coréenne, KNCA , a ainsi rendu compte du sommet  :

Kim Jong-un, président du Parti du travail de Corée et président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratiqiue de Corée, a eu une nouvelle rencontre et des discussions avec Donald J. Trump, président des Etats-Unis d'Amérique, jeudi [28 février 2019].
Le dirigeant suprême du Parti, de l'Etat et de l'armée Kim Jong-un a rencontré le président des Etats-Unis Donald J. Trump à l'hôtel Metropole de Hanoï à 9h, heure locale, et eu un entretien en tête-à-tête avant de tenir des discussions élargies en présence de leurs assistants.
Au cours des discussions en tête-à-tête et élargies, les dirigeants suprêmes des deux pays ont hautement apprécié le progrès remarquable accompli sur la voie historique de l'application de la déclaration commune de Singapour. Ils ont eu un échange de vues franc et constructif sur les problèmes pratiques qui se posent pour ouvrir une nouvelle époque d'amélioration des relations entre la RPDC et les Etats-Unis sur la base de ce progrès.
Pendant les discussions, ils se sont accordés à considérer que les efforts faits par les deux parties et les mesures proactives qu'elles ont prises pour atténuer les tensions et préserver la paix dans la péninsule coréenne et y parvenir à une dénucléarisation complète sont d'une grande signification pour promouvoir la confiance mutuelle et aboutir à un changement fondamental dans les relations bilatérales caractérisées depuis des décennies par la méfiance et l'hostilité.
Les dirigeants suprêmes ont écouté leurs opinions respectives sur les problèmes à résoudre sans faute à l'étape actuelle pour réaliser les objectifs communs figurant dans la déclaration commune de Singapour, et ont eu une discussion approfondie quant aux moyens d'y parvenir.
Ils ont exprimé leur conviction que, malgré la haute barrière d'antagonisme et de confrontation érigée par sept décennies de relations hostiles et l'existence d'obstacles et de difficultés inévitables sur le chemin qui voit s'écrire une nouvelle histoire des relations entre la RPDC et les Etats-Unis, ils pourront susciter une avancée significative dans les relations RPDC-Etats-Unis, comme le veulent les peuples des deux pays, s'ils se donnent fermement la main pour surmonter ces obstacles et difficultés en faisant preuve de sagesse et de patience.
Les dirigeants suprêmes des deux pays ont apprécié que leur seconde rencontre à Hanoï a offert une occasion importante d'approfondir le respect et la confiance mutuels et de porter les relations entre les deux pays à un nouveau palier.
Ils ont convenu, à l'avenir aussi, de rester en liaison étroite pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne et le développement considérable des relations entre la RPDC et les Etats-Unis, et de poursuivre des dialogues productifs en vue de résoudre les problèmes discutés au sommet de Hanoï.
Kim Jong-un a remercié Trump d’avoir bien voulu consentir des efforts énergiques pour la réussite de cette rencontre et de ces discussion en faisant un long voyage et lui a adressé un au revoir en promettant une nouvelle rencontre.

Agence centrale de presse coréenne, 1er mars 2019

En Corée du Sud, le Président Moon Jae-in a lui aussi fait part de sa confiance quant à la possibilité de voir la Corée du Nord et les Etats-Unis parvenir à terme à un accord sur la dénucléarisation en demandant à ses conseillers et ministres de chercher des moyens d'aider à réduire les divergences entre les deux parties.

« Je suis persuadé que les négociations Corée du Nord-Etats-Unis aboutiront à terme à un accord mais je vous demande d'œuvrer à une reprise rapide du dialogue de travail entre les deux [parties] car nous ne voulons pas que l'impasse se prolonge », a déclaré le Président Moon lors d'une réunion du Conseil de sécurité nationale sud-coréen le 4 mars 2019.

« Le deuxième sommet Corée du Nord-Etats-Unis, même s'il est très décevant concernant son résultat, a été l'occasion de constater des progrès très significatifs qui ont été réalisés à travers le dialogue entre les deux pays », a aussi noté le président sud-coréen.

Il a aussi souligné que le fait que les deux pays se sont abstenus d'accroître les tensions, même après avoir échoué à parvenir à un accord, laissait entrevoir la possibilité de progrès dans le futur.

Moon a en outre noté que l'amélioration des relations inter-coréennes serait un moyen de promouvoir le futur dialogue. « Ensuite, je vous demande de trouver activement des moyens d'accompagner le dialogue Corée du Nord-Etats-Unis en développant les relations inter-coréennes dans la limite des sanctions. En outre, je vous demande de préparer [le lancement] des projets de coopération inter-coréens qui ont été convenus en vertu de la déclaration de Panmunjom et de la déclaration de Pyongyang. »

Le Président Moon avait proposé plus tôt aux Etats-Unis d'utiliser la coopération économique inter-coréenne comme une de ses options afin de récompenser la Corée du Nord pour ses mesures de dénucléarisation.

De son côté, la Chine a appelé toutes les parties concernées à adopter une attitude constructive et à jouer un rôle actif dans le règlement de la question de la péninsule coréenne. « Nous espérons que la RPDC et les Etats-Unis poursuivront leurs pourparlers, feront un pas vers l'un et l'autre, tiendront compte de leurs préoccupations légitimes sur la base du respect mutuel et feront avancer la solution politique du problème de la péninsule coréenne », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères le 1er mars.

Il a souligné que la Chine est prête à continuer de jouer un rôle constructif dans ce processus et rappelé qu'elle a toujours proposé que le Conseil de sécurité des Nations unies (dont la Chine est un membre permanent) envisage de modifier les sanctions à l'encontre de la RPDC en fonction de l'évolution positive de la situation dans la péninsule coréenne. L'idée d'une levée progressive des sanctions contre la Corée du Nord en fonction des progrès constatés sur le terrain était déjà contenue dans la proposition chinoise d'une « dénucléarisation conditionnelle, réciproque et par étapes » (conditional, reciprocal, incremental denuclearization, CRID) de la Corée du Nord - et à laquelle celle-ci semble adhérer -, approche plus « réaliste et pratique » que la « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible » (complete, verifiable, irreversible denuclearization, CVID) exigée par les Etats-Unis et une nouvelle fois en échec à Hanoï le 28 février 2019.

 

Sources :

Partager cet article
Repost0
13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 12:14

​​​​​​Du 7 au 10 janvier 2019, Kim Jong-un, président du Parti du travail de Corée et président du Comité des affaires d'Etat de la République populaire de Corée (RPDC, Corée du Nord), a effectué sa quatrième visite en Chine (après celles de mars 2018, mai 2018 et juin 2018). Cette visite a revêtu un caractère particulièrement important alors qu'est attendue une seconde rencontre entre Kim Jong-un et le président des Etats-Unis Donald Trump.

Quatrième visite de Kim Jong-un en Chine : réaffirmation de l'unité entre la RPDC et la Chine sur les principaux dossiers

Kim Jong-un s'est entretenu dès le 8 janvier avec le secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois et président chinois, Xi Jinping. Dans une atmosphère décrite comme cordiale et amicale, les dirigeants Coréen et Chinois ont eu un échange de points de vue approfondi sur les relations bilatérales et les problèmes d'intérêt commun, et sont parvenus à des « consensus importants » sur le renforcement des relations entre les deux pays, ainsi que sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne et la résolution politique.

En cette année du 70e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la République populaire démocratique de Corée et la République populaire de Chine, les deux parties ont convenu d'œuvrer ensemble « pour faire progresser constamment les relations bilatérales dans la nouvelle ère, faire avancer le processus de règlement politique de la question de la péninsule coréenne, apporter plus de bénéfices aux peuples des deux pays, et contribuer à la paix, la stabilité, la prospérité et au développement de la région et du monde », d'après l'agence officielle chinoise Xinhua. 

Les deux dirigeants ont aussi réaffirmé leur position vis-à-vis de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

« La Corée du Nord continue à rester fidèle à son engagement de dénucléarisation et à résoudre les questions de la péninsule coréenne à travers des dialogues et négociations pour produire des résultats qui seront accueillis favorablement par la communauté internationale lors du deuxième sommet Corée du Nord-Etats-Unis », a dit Kim Jong-un cité par les médias chinois, une déclaration dans le droit fil de son message de Nouvel an.

Le dirigeant nord-coréen a également tenu à noter l'apaisement des tensions sur la péninsule coréenne l'année dernière et le rôle important de la Chine.

Le président chinois a de son côté évalué positivement les mesures prises par la Corée du Nord pour la paix et la dénucléarisation de la péninsule coréenne avant de noter que le processus de résolution politique des questions liées à la péninsule coréenne a réalisé des progrès importants grâce aux efforts communs des pays concernés dont la RPDC et la Chine.

« La Chine continue à soutenir l'orientation de la dénucléarisation de la péninsule coréenne et l'amélioration des relations entre les deux Corée », a affirmé Xi Jinping avant de se montrer favorable à la tenue de sommets entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, ainsi qu'à la résolution des inquiétudes légitimes de chacun des pays concernés à travers des dialogues.

Le président chinois a en outre promis que la Chine jouerait un rôle actif et constructif pour la paix et la stabilité sur la péninsule coréenne et sa dénucléarisation, ainsi que pour une stabilité permanente de la région. 

Quatrième visite de Kim Jong-un en Chine : réaffirmation de l'unité entre la RPDC et la Chine sur les principaux dossiers

Pour certains observateurs avertis, le front uni offert par la RPD de Corée et la RP de Chine à l'occasion de cette quatrième visite de Kim Jong-un permettra de parvenir à des progrès substantiels lors d'un prochain sommet entre la RPDC et les Etats-Unis, alors que ces derniers rencontrent des problèmes à l'intérieur et à l'extérieur.

Ainsi, selon Zamir Ahmed Awan, chercheur au Centre d'études chinoises de l'Université nationale des sciences et technologies d'Islamabad, et conseiller scientifique à l'ambassade du Pakistan à Pékin de 2010 à 2016 :

Le monde entier est concentré sur les moyens de faire progresser la dénucléarisation de la péninsule coréenne, à laquelle Kim Jong-un a réaffirmé être engagé tout en demandant une réponse positive de la part des Etats-Unis.

A la lumière de la situation géopolitique apparue récemment, on peut prédire la réponse des Etats-Unis. Donald Trump a annoncé qu'il retire les troupes américaines d'Afghanistan et de Syrie. Les Etats-Unis ont dépensé des sommes d'argent considérables en Afghanistan sans pouvoir gagner la guerre, et cherchent désormais la paix en négociant avec les Taliban. Ces campagnes militaires coûteuses ont affaibli les Etats-Unis.

Sur le front intérieur, Donald Trump a concédé du terrain aux démocrates au Congrès à l'issue des élections de mi-mandat, ce qui a fragilisé sa position. On s'attend donc, au cours d'un second sommet entre Kim et Trump, à ce que le président des Etats-Unis montre une certaine flexibilité et à ce que certains développements positifs aient lieu sur la voie de la paix et de la stabilité auxquelles aspirent les peuples du monde. 

Sources :

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 16:17

Le 1er janvier 2019, Kim Jong-un, président du Parti du travail de Corée (PTC), président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et commandant suprême de l'Armée populaire de Corée, a prononcé le traditionnel discours de Nouvel an, faisant le bilan de l'année écoulée et traçant les grandes lignes de l'année qui s'ouvre. Compte tenu des évolutions intervenues en 2018 dans les relations entre la RPDC et la Corée du Sud d'une part, entre la RPDC et les Etats-Unis d'autre part, cette allocution était particulièrement attendue cette année. Voici la traduction du compte rendu qu'en a fait l'agence de presse officielle KCNA.

Kim Jong-un, le 1er janvier 2019

Kim Jong-un, le 1er janvier 2019

Le dirigeant suprême Kim Jong-un a prononcé un discours à l'occasion du Nouvel an 2019.

Dans son discours de Nouvel an, il a adressé ses vœux chaleureux au peuple et à l'armée à travers le pays et aux compatriotes au Sud et à l'étranger, et exprimé son espoir que les dirigeants et amis de pays étrangers enregistrent des succès dans leur travail.

Il a déclaré que 2018 a été une année historique où, conformément à la ligne d’indépendance et à la décision stratégique du Parti du travail de Corée, de grands changements ont eu lieu dans la situation intérieure et extérieure et l’édification du socialisme a atteint un palier nouveau.

Notant qu'en cette année nouvelle nous sommes confrontés à la tâche d’ouvrir sûrement des perspectives pour le progrès de l’édification du socialisme grâce à l’élargissement et au renforcement de la capacité de développement indépendant du pays, il a dit que nous devons arborer le mot d'ordre « Ouvrons une nouvelle voie à la marche pour l’édification du socialisme en portant haut la bannière de la confiance en soi ! ».

Il a appelé à un essor révolutionnaire sur tous les fronts de l'édification du socialisme en considérant la confiance en soi comme une arme précieuse en vue de la prospérité.

Il a souligné le besoin de réussir à atteindre l’objectif stratégique du développement de l'économie nationale en comptant sur nos propres forces techniques et ressources ainsi que sur l’esprit créateur et l’enthousiasme révolutionnaire élevés du peuple entier, pour ainsi passer à une étape nouvelle de sa croissance.

Il a mis en évidence le besoin d'augmenter par tous les moyens le potentiel politique et idéologique de notre Etat.

Il a souligné le besoin d'accélérer l'édification d'une civilisation socialiste et de renforcer le potentiel de la défense national.

Il a dit que l'année dernière a été une année émouvante, marquée de changements spectaculaires jamais vus dans l’histoire de plus de 70 ans de la division.

En nous basant sur les réalisations précieuses de l’année dernière, marquée remarquablement d’événements sans précédent, nous devons faire, en 2019, de plus grands progrès dans l’effort pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité ainsi que pour la réunification du pays, a-t-il souligné.

Tous les Coréens doivent arborer le mot d'ordre « Appliquons en tous points les Déclarations historiques Nord-Sud pour inaugurer une période de pleine floraison de l’effort de paix, de prospérité et de réunification de la péninsule coréenne ! », a-t-il insisté.

Notant que notre volonté immuable est de mettre fin à la source des rapports d’hostilité militaire entre le Nord et le Sud et de transformer la péninsule coréenne en une zone de paix permanente et durable, il a appelé à étendre et développer sur tous les plans la collaboration et les échanges entre le Nord et le Sud pour raffermir la réconciliation et l’union nationales et permettre à tous les Coréens de bénéficier réellement de l’amélioration des rapports Nord-Sud.

Il a déclaré que nous ne tolérons jamais l’ingérence des forces extérieures qui entendent barrer la voie de notre nation vers la réconciliation, l’union et la réunification, en cherchant à subordonner les rapports Nord-Sud à leurs goûts et intérêts.

Il a déclaré que, l'année dernière, le PTC et le gouvernement de la RPDC se sont efforcés de façon responsable de sauvegarder la paix et la sécurité mondiales, d’élargir et renforcer les relations d’amitié avec différents pays.

Notant que la rencontre et la conférence au sommet entre la RPDC et les Etats-Unis, premières dans l’histoire, ont changé de façon spectaculaire les rapports RPDC-Etats-Unis, rapports les plus hostiles sur le globe, et ont contribué grandement à la paix et à la sécurité de la péninsule coréenne et de la région, il a souligné que c’était l'attitude immuable du PTC et du gouvernement de la RPDC, ainsi que sa ferme volonté, d’établir de nouvelles relations entre les deux pays comme l’exige le nouveau siècle, d'instaurer un système de paix permanent et durable dans la péninsule coréenne et d'aller vers une dénucléarisation complète comme stipulé dans la Déclaration conjointe RPDC-Etats-Unis du 12 Juin.

Il a ajouté que la RPDC n'avait pas l'intention de rester obstinément empêtrée dans l’histoire regrettable entre les deux pays, mais la volonté de résoudre au plus tôt le passé et à aller vers l’établissement de nouveaux rapports répondant aux aspirations des peuples des deux pays et aux impératifs de l’évolution de l’époque.

Comme l’a montré le progrès rapide des rapports Nord-Sud de l’an dernier, rien n’est impossible quand on prend la décision nécessaire, et si les partenaires de négociations osent se libérer chacun de son opinion invétérée, proposent, selon le principe de se reconnaître et de se respecter l’un l’autre, des projets équitables et procèdent avec une attitude correcte et la volonté de résoudre les problèmes, ils pourront parvenir sans faute à un aboutissement favorable à l’un et à l’autre, a-t-il déclaré.

Déclarant qu'il reste prêt à s’asseoir de nouveau n’importe quand avec le Président des Etats-Unis, il a également souligné qu'il s'efforcera d’obtenir un résultat digne d’être accueilli par la communauté internationale.

Mais si les Etats-Unis, au lieu de tenir les engagements qu’ils ont pris au vu et au su du monde entier, interprètent mal la patience du peuple coréen et tentent d'imposer certaines choses à la RPDC et de poursuivre toujours leurs sanctions et pressions contre elle, force nous serait de chercher une nouvelle voie permettant de sauvegarder la souveraineté du pays et les intérêts suprêmes de l’Etat ainsi que d’obtenir la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne, a-t-il souligné.

Il a appelé les pays voisins et la communauté internationale à soutenir les positions et efforts sincères de la RPDC tendant à stimuler l’évolution positive de la situation dans la péninsule coréenne et lutter contre tous les actes et défis de nature à détruire la paix et à contrecarrer la justice.

Il a souligné que le PTC et le gouvernement de la RPDC, suivant les idées d’indépendance, de paix et d’amitié, continueront à renforcer l’union et la coopération avec les pays socialistes et développeront les relations avec tous les pays qui traitent amicalement la RPDC.

"Supreme Leader Kim Jong Un Makes New Year Address", KCNA, 1er janvier 2019

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 23:13

Dans notre édition du 13 novembre 2018, nous mettions en garde contre un article du New York Times citant une étude qui entendait dénoncer les sites cachés de missiles de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Nous décrivions notamment des méthodes analogues à la désinformation sur les armes de destruction massive ayant conduit à la guerre d'Irak en 2003. De fait, le 17 novembre 2018 le journaliste d'investigation Tim Shorrock (à l'origine de la publication de preuves sur le fait que les Américains ont laissé faire en connaissance de cause le massacre de Kwangju en 1980) révélait, dans The Nation, comment l'article du New York Times s'inscrit bien dans une démarche de manipulation de l'opinion publique. Son enquête a été intitulée "Comment le New York Times a trompé l'opinion à propos de la Corée du Nord", par référence directe à l'article du New York Times qui dénonçait l'attitude selon lui "trompeuse" des autorités nord-coréennes.

Tim Shorrock

Tim Shorrock

Tim Shorrock observe tout d'abord que les prétendues révélations de l'étude à laquelle le New York Times a donné sa publicité planétaire émane d'un organisme, le Centre d'études stratégiques et internationales, qui est totalement intégré au complexe militaro-industriel américain. 

Alors que les auteurs de l'étude mettaient en garde contre la possibilité que "certaines informations puissent se révéler fausses ou incomplètes" (et ils savaient de quoi ils parlaient, puisque la présidence sud-coréenne devait réagir quasi-immédiatement sur les erreurs de cette étude), cette réserve méthodologique a totalement disparu dans l'article du New York Times qui a "révélé" l'information au monde entier. 

Et pour cause : l'auteur de l'article du New York Times, David Sanger, est un journaliste de "l'Etat profond", en l'occurrence un agent d'influence des services de renseignement qui l'alimentent en fuites dûment orchestrées - ce qui a permis à David Danger de devenir l'une des voix autorisées sur les programmes militaires nord-coréens. Pour Tim Shorrock, David Sanger n'est que depuis trop longtemps le porte-voix des services de renseignement américains.

Au-delà des divergences d'approches entre la République de Corée (Corée du Sud) et les Etats-Unis sur la question coréenne, il est désormais patent que les autorités américaines utilisent tous les moyens en leur pouvoir - à commencer par le pouvoir médiatique - pour imposer des réponses qui ne sont pas celles de Séoul - qui a dû, en l'espèce, contre-attaquer, mais n'a pas osé mettre directement en cause David Sanger et le  puissant New York Times.

Washington a lancé de longue date la guerre médiatique contre la Corée du Nord, et c'est le rôle des citoyens conscients d'empêcher que l'appareil de propagande des renseignements américains ne précipite la planète dans un nouveau conflit pour le seul profit du lobby militaro-industriel.

Sources : 

Partager cet article
Repost0
18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 23:20

La mise en place d'un comité conjoint américano-sud-coréen concernant les relations économiques avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a entraîné une réaction courroucée de Pyongyang, comme une tentative d'ingérence dans les relations Nord-Sud. De fait, les approches américaine et sud-coréenne concernant les sanctions à l'égard de la RPD de Corée divergent de plus en plus fortement, et un tel comité apparaît comme une forme de tutelle américaine, ainsi que l'a observé Oleg Kiryanov , correspondant à Séoul du journal Rossiyskaïa Gazeta, et par ailleurs diplômé de l’Université nationale de Séoul où il a étudié pendant six ans. Nous publions ci-après du russe (traduction YB) un article publié le 4 novembre 2018 dans Rossiyskaïa Gazeta, intitulé "Les Etats-Unis ont intimidé des hommes d'affaires sud-coréens qui sont allés en République populaire démocratique de Corée" (traduction AAFC-YB).

Manoeuvres militaires conjointes entre les Etats-Unis et la Corée du Sud

Manoeuvres militaires conjointes entre les Etats-Unis et la Corée du Sud

Les autorités des États-Unis continuent à exercer une pression directe sur les milieux d'affaires de la Corée du Sud, en les menaçant de sanctions en cas de tentatives de coopération économique avec Pyongyang. Après les coups de téléphone directs des collaborateurs du ministère des Finances des États-Unis aux banques sud-coréennes, qui ont commencé à manifester un intérêt au développement des liens avec la République populaire démocratique de Corée, les grands conglomérats locaux ont été visés par les représentants de l'ambassade des États-Unis à Séoul qui leur ont dit "de se préparer à un entretien avec les représentants du ministère des Finances".

Nous rappellerons que ces derniers temps les divergences entre les approches des États-Unis et de la Corée du Sud concernant la RPDC sont devenues évidentes. Si Washington continue à insister sur l'intensification de la pression sur Pyongyang, le gouvernement du Sud souligne la nécessité de lever certaines sanctions, en estimant que ce n'est que par la voie de concessions mutuelles qu'on peut encourager la RPDC à renoncer à l'arme nucléaire et réduire les tensions. L’écart de son allié "de la ligne générale" a fortement fâché Washington. Plus d'une fois les États-Unis ont déjà clairement adressé des avertissements à la République de Corée. Dans la même période les émissaires américains sont souvent venus à Séoul pour exercer des pressions sur le gouvernement. Bien qu'à Séoul on tente de ne pas étaler tout cela au grand jour c’est devenu tellement évident que le ministre de la Réunification de la Corée du Sud a reconnu des divergences d’approche avec les États-Unis.

Les États-Unis ont continué la tactique de la pression non seulement sur le gouvernement du Sud, mais aussi directement "avec des menaces ciblées" sur les personnes susceptibles de mener des coopérations avec le Nord. Les fonctionnaire du ministère des Finances des États-Unis ont téléphoné à toutes les grandes banques de la Corée du Sud qui, sous une forme ou une autre, ont déclaré être prêtes à une coopération avec la RPDC, et les ont mises en garde sur "la nécessité de respecter le régime de sanctions contre la RPDC", en faisant remarquer que, si les banques désobéissaient, les États-Unis pourraient également leur appliquer des sanctions. Il est évident que Washington a commencé à étudier les mesures à prendre si le gouvernement du Sud manifeste une "indépendance excessive" et donne aux banques l'ordre de commencer l'instruction des projets avec la RPDC.

C'est maintenant le tour des conglomérats sud-coréens. Les diplomates des États-Unis travaillant à l'ambassade de Séoul sont venus voir les directions de ces compagnies qui ont accompagné le président Moon Jae-in à Pyongyang en septembre, et ils ont dit aux hommes d'affaires "de se préparer à des appels téléphoniques du ministère des Finances des États-Unis". Selon les propos des diplomates le ministère américain voudrait entendre leurs explications au sujet des promesses faites à Pyongyang de développer la coopération avec la RPDC qu'envisagent les conglomérats sud-coréens avec le Nord. Moon Jae-in était accompagné d’une grande délégation économique, comprenant des représentants de la direction des principales entreprises de Corée dont Samsung, Hyundai, SK et LG.

Selon le journal sud-coréen Chosun Ilbo, les compagnies ont confirmé que l'ambassade des États-Unis leur a dit de s'attendre à des coups de téléphone du ministère des Finances américain et que de plus ceux-ci seraient uniquement adressés aux directeurs des compagnies.

Les experts sud-coréens ont fait à la fois le parallèle avec "les coups de téléphone directs" aux banques toujours par ce ministère des États-Unis et ont supposé raisonnablement que l'essentiel des conversations serait analogue : des avertissements sur "la nécessité de respecter les sanctions" et des menaces explicites de "prendre des mesures" si d'aventure les hommes d'affaires s'avisaient de désobéir.

Pourtant, très récemment, les États-Unis auraient changé d'avis sur le fait de téléphoner. "Nous avons entendu dire que les représentants des États-Unis ont renoncé, on ne sait pourquoi, à l'idée de nous téléphoner … Mais aucune explication n'a été donnée", a déclaré un représentant du conglomérat Hyundai. Ces propos ont été confirmés par Samsung, SK et LG.

Selon les politologues, tout s’est joué lors de la visite récente à Séoul du représentant spécial des États-Unis spécial pour la RPDC Stephen Biegun. En une semaine il n’a pas hésité à venir deux fois en Corée du Sud, et, en outre, lors de sa deuxième visite il a insisté pour que participent à la rencontre avec lui des personnes haut placées dans l'administration du président, et qui sont considérées comme les principaux partisans du développement de la coopération et de la réconciliation avec la RPDC. Après le départ de Biegun les États-Unis ont déclaré aussitôt qu'ils se sont mis d'accord pour créer avec la Corée du Sud un comité commun, qui s'occupera de la coordination de la politique en ce qui concerne la RPDC. Selon des sources internes aux cercles politiques de la Corée du Sud, cette structure réalisera des fonctions de surveillance et de contrôle quant à "le penchant excessif" de Séoul en ce qui concerne l'amitié avec Pyongyang. "Je ne peux pas dire précisément ce qu’a déclaré Biegun mais il a fait savoir que les États-Unis n’approuvent pas l'approche de la Corée du Sud et que Séoul doit modérer son ardeur et soutenir la ligne américaine. Ce nouveau comité s’est vu doter de grandes responsabilités, ce qui a satisfait Washington et garanti que les États-Unis cibleront et contrôleront toutes les actions du Sud concernant le Nord. C’est probablement pourquoi les États-Unis ont décidé qu'ils n'avaient plus de besoin de prévenir les compagnies directement", a expliqué une source sud-coréenne bien placée et voulant rester anonyme. Elle a reconnu aussi que "les coups de téléphone directs "des États-Unis" ont étonné fortement les banquiers locaux et les hommes d'affaires. Toujours selon la même source, "c'est une pratique réellement extraordinaire. Je ne cacherai pas que cela a blessé plusieurs Coréens que Washington tente de leur dire directement ce qu’ils doivent faire". Mais les Etats-Unis estiment visiblement qu’il est temps de passer à une plus pression plus forte.

Article original en russe : 

Partager cet article
Repost0
13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 23:08

Dans un contexte où le dialogue américano - nord-coréen est pour le moment suspendu, un certain nombre d'acteurs tentent de faire pencher la balance dans le sens d'un arrêt des discussions et d'un retour au cycle antérieur des tensions et des sanctions, dont ils espèrent qu'elles entraînent l'effondrement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). C'est ainsi qu'un rapport émanant notamment de milieux du renseignement, publié par un groupe ("Beyond Parallel") relevant d'un certain Centre d'études stratégiques et internationales, a été publié fort à propos dans le New York Times, pour démontrer la "grande supercherie" à laquelle se livrerait la Corée du Nord, en entretenant un réseau d'au moins vingt bases secrètes de missiles balistiques. Sauf que le contenu du rapport n'a rien de scoop, et encore moins valeur de preuve quant à une supposée duplicité dont ferait preuve Pyongyang dans ses discussions avec les Etats-Unis. 

Les photos de la base de Sakkanmol, présentées comme l'une des principales pièces à conviction

Les photos de la base de Sakkanmol, présentées comme l'une des principales pièces à conviction

Comme toujours, le rapport présente toutes les garanties attendues d'un travail d'experts dont les conclusions seraient recoupées, vérifiées et indubitables, en se fondant sur des images satellitaires et de "nombreux" entretiens avec des experts occidentaux du renseignement et des transfuges nord-coréens. 

Mais l'entreprise de déstabilisation du dialogue entre Washington et Pyongyang est tellement évidente, et par ailleurs contraire aux intérêts de Séoul, que c'est  la présidence sud-coréenne (citée par l'agence Yonhap) a jugé nécessaire de démonter, une à une, les conclusions d'un rapport destiné, une fois encore, à dresser l'opinion publique occidentale contre le régime de la RPD de Corée, suivant des méthodes qui rappellent la salve médiatique menée à grande échelle à la veille de l'invasion de l'Irak en 2003. 

Première faille du rapport : les informations données ne constituent pas un scoop, et sont d'ailleurs connues de longue date par Séoul et Washington qui dispose d'informations plus complètes et plus fiables.  Selon Kim Eui-kyeom, porte-parole de la présidence sud-coréenne cité par Yonhap : 

Les autorités des services de renseignement de la Corée du Sud et des Etats-Unis ont des informations beaucoup plus détaillées fournies par les satellites militaires et sont en train de suivre étroitement (cela).

Deuxième faille : l'amalgame opéré entre les missiles balistiques intercontinentaux et les missiles balistiques de courte et moyenne portée. Toujours selon le porte-parole de la présidence sud-coréenne cité par l'agence Yonhap, "les installations n'ont rien à voir avec les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et les missiles balistiques à portée intermédiaire (IRBM)". 

Troisième faille : Pyongyang ne s'est engagé en rien sur ces sites de missiles et ne peut donc pas être accusé d'en avoir dissimulé l'existence. Selon Yonhap, 

Le Nord n'a pas promis de fermer la base et il n'y a pas eu d'accord ou de négociations pour celle-ci, a souligné Kim.

Bref, beaucoup de bruit pour rien ? Non, car dans la guerre médiatique contemporaine l'ennemi à abattre doit faire l'objet d'attaques systématiques, sur tous les fronts, en engageant les grandes manoeuvres préalables sur le terrain de la manipulation des opinions publiques, sans laquelle aucune guerre ne peut aujourd'hui être menée en Occident, avant le déclenchement des hostilités.  

Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne amène à redoubler d'efforts dans le combat contre la désinformation, pour le dialogue et pour la paix.

Principale source : 

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 14:24

Après la publication d'un rapport d'une ONG américaine sur les droits des femmes en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), dont la large et soudaine médiatisation rappellent les méthodes traditionnelles du gouvernement américain et/ou d'officines pour influencer l'opinion publique, une initiative américaine prend le contre-pied de la politique suivie par l'administration Trump depuis juin 2018 sur le dossier coréen : à compter du 5 novembre 2018 les manoeuvres navales conjointes ont repris entre les armées américaine et sud-coréenne - alors que le président américain s'était engagé à suspendre ce qu'il qualifiait d' "exercices de guerre" et de "provocations". Faut-il y voir dans la publication du rapport de Human Rights Watch et les exercices militaires des provocations délibérées, ou seulement une manifestation supplémentaire des méthodes très peu diplomatiques de négociation de l'administration Trump - consistant à exercer une pression maximale pour faire céder l'interlocuteur, placé dos au mur ? L'incertitude est d'autant plus grande que les autorités américaines sont traversées de profondes divisions internes sur le dossier coréen, et qu'une partie de l'appareil d'Etat a, dès l'origine, tout fait pour faire échouer le dialogue en cours, souhaitant ardemment revenir à la vieille politique de l'étranglement économique et militaire des régimes non amis, malgré l'échec patent de cette politique pour empêcher la Corée du Nord de se doter d'une force de frappe nucléaire susceptible d'atteindre le territoire américain. 

Exercices conjoints le 19 septembre 2017 à Pohang

Exercices conjoints le 19 septembre 2017 à Pohang

Certes, ce ne sont pas les manoeuvres militaires de grande ampleur - les plus importantes au monde en temps de paix - qu'effectuaient plusieurs fois par an Washington et Séoul aux abords immédiats de la Corée du Nord. Mais comme le souligne l'agence officielle sud-coréenne Yonhap, il s'agit des premiers exercices conjoints depuis juin 2018, ce qui envoie un signal inquiétant vis-à-vis des autorités nord-coréennes. Suivant les éléments de langage de Séoul - totalement en phase avec ceux de Washington : 

La Corée du Sud et les Etats-Unis ont repris des exercices navals conjoints ce lundi pour la première fois depuis qu'ils ont été suspendus en juin pour faciliter la détente dans la péninsule coréenne.

Les alliés ont entamé le Korea Marine Exercise Program (KMEP), qui mobilise 500 hommes du corps des Marines sud-coréen, de la Force navale américaine stationnée à Okinawa, au Japon, et des équipements militaires comme des véhicules d'assaut amphibies.

La reprise des exercices fait suite à la décision des alliés de continuer leurs exercices au niveau des bataillons et de petite envergure alors qu'ils songent apparemment à suspendre les manœuvres de grande ampleur pour ne pas provoquer le régime communiste dans un contexte d'efforts pour la paix.

Yonhap

Toujours pour banaliser ce qui est une décision majeure, l'agence officielle Yonhap énumère le nombre d'exercices similaires conduits les années passées. Mais quel que soit l'habillage, une provocation reste une provocation, et le risque est que la Corée du Nord ne se considère plus liée par son engagement réciproque de suspendre ses tirs balistiques et nucléaires. Dès lors, une escalade peut survenir - et il faudra alors se souvenir que ce sont les Américains qui auront lancé les hostilités, avec l'accord des Sud-Coréens. 

Peu après l'engagement des exercices maritimes, une nouvelle visite à Pyongyang du secrétaire d'Etat Mike Pompeo a été reportée - sans qu'il ne soit précisé, à ce stade, quelle partie avait pris cette décision, ni pour quels motifs. Au printemps, le Président Donald Trump avait déjà annulé le sommet prévu avec le Président Kim Jong-un - avant de le rétablir après une médiation sud-coréenne. En août, il avait à nouveau reporté sine die un déplacement en Corée du Nord de Mike Pompeo, avant que les autorités nord-coréennes ne mettent en scène leur volonté intacte de dialogue lors des cérémonies de célébration du soixante-dixième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, le 9 septembre 2018 - ce qu'avait alors hautement apprécié Donald Trump. Les changements de ligne sont une constante de la méthode du coup de poing sur la table du chef d'Etat américain, mais qui en diplomatie sape plus sûrement la confiance mutuelle que dans une négociation commerciale où les objectifs à atteindre sont objectivement quantifiables. En tout état de cause, à Pyongyang, la question doit à présent se poser s'il l'on n'a pas fait preuve d'une trop grande faiblesse et d'une confiance excessive envers l'administration américaine.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?