Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 08:55

Le 29 novembre 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à un nouveau tir de missile balistique intercontinental (acronyme anglais : ICBM) d'un missile de type Hwasong-15, capable d'atteindre l'ensemble du territoire américain. Les autorités nord-coréennes se sont félicité que leur pays dispose d'une force de dissuasion nucléaire complète pour faire face aux menaces des Etats-Unis. 

L'annonce du tir réussi a été faite à la télévision centrale de la RPD de Corée par la présentatrice Ri Chun-hee

L'annonce du tir réussi a été faite à la télévision centrale de la RPD de Corée par la présentatrice Ri Chun-hee

Selon les autorités nord-coréennes, l'engin a atteint une altitude de 4 475 kilomètres avant de s'abîmer en mer de l'Est à 950 kilomètres du site de lancement, après avoir survolé l'archipel nippon. Au regard de sa trajectoire, sa portée a été estimée à 13 000 kilomètres - la plus importante pour un missile balistique intercontinental nord-coréen à ce jour. Selon les experts occidentaux, le missile de type Hwasong-15 peut ainsi atteindre la totalité du territoire américain, ce qu'a confirmé l'agence nord-coréenne KCNA :  

Le système d'armes de type ICBM Hwasong-15 est un missile intercontinental équipé d'une ogive lourde extra-large capable de frapper la totalité du continent américain.

Doté d'une ogive nucléaire, ce missile de type ICBM représente ainsi une capacité de frappe (et donc de dissuasion) nucléaire complète. Le Point, dans un article ayant pour source l'Agence France Presse, a ainsi parlé de "bras d'honneur au président Trump", qui avait réaffirmé, lors de sa récente tournée asiatique, que jamais la RPD de Corée ne se doterait d'une telle force de dissuasion nucléaire et avait multiplié ces dernières semaines les manifestations hostiles à l'encontre de la Corée du Nord - manoeuvres militaires, nouvelles sanctions unilatérales, réinscription de la RPDC sur la liste des Etats soutenant le terrorisme. Comme toujours, cette attitude a provoqué la réaction de Pyongyang : le tir du 29 novembre 2017 montre sa volonté continue de renforcer ses capacités d'autodéfense, et non de céder à un diktat imposé par le plus lourd régime de sanctions jamais instauré au monde depuis la création des Nations unies en 1945.

Face à l'échec de la politique américaine de montée continue des tensions et des sanctions pour endiguer la puissance militaire nord-coréenne, dont le fiasco menace la paix en Asie du Nord-Est et dans le monde, l'Association d'amitié franco-coréenne plaide une nouvelle fois pour la paix par une sortie de crise dans le cadre d'un dialogue renouvelé, impliquant l'ensemble des parties concernées - comme le propose notamment la feuille de route sino-russe d'un double moratoire (de ses essais nucléaires et balistiques par Pyongyang, de ses manoeuvres militaires par Washington).

Source : 

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 11:24

Poursuivant en Chine sa tournée asiatique, le Président Donald Trump a renoué avec sa rhétorique fleurie et toute en nuances sur le dirigeant nord-coréen et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Parallèlement, le 11 novembre 2017, ont commencé de nouveaux exercices militaires conjoints américano-sud-coréens, prévus pour une durée de quatre jours. Ces nouvelles initiatives, qu'on peut qualifier soit de provocations et/ou d'incitations à la guerre soit de démonstrations de force suivant le point de vue adopté, confrontent en réalité les Etats-Unis à un risque accru d'impuissance militaire et d'isolement diplomatique sur le dossier coréen, signant l'échec d'une politique élaborée au coup par coup, en l'absence d'une vision stratégique approfondie qui prendrait en compte les intérêts et les objectifs des différentes parties. 

Le porte-avions USS Ronald Reagan dans la mer de l'Est, au large de la Corée (photo d'archives)

Le porte-avions USS Ronald Reagan dans la mer de l'Est, au large de la Corée (photo d'archives)

Dans la tête de Donald Trump : une logique binaire et l'occultation d'un risque sans précédent d'isolement diplomatique américain sur la question coréenne

Un jour Donald Trump tente de séduire les Sud-Coréens en évitant les propos insultants et belliqueux vis-à-vis des Nord-Coréens, et un autre à Pékin il vitupère à nouveau contre la RPD de Corée... Cette inconstance ne doit pas s'interpréter en termes relevant d'une psychologie de café du commerce (invoquant, au choix, la folie, la colère ou une imprévisibilité maladive), mais bien dans le cadre de l'objectif que poursuit, de manière constante, le numéro un américain : il avait affirmé, en début d'année, que, lui président et contrairement à ses prédécesseurs taxés d'impuissance et de faiblesse, jamais il n'accepterait que la Corée du Nord se dote d'une capacité de dissuasion nucléaire comportant des armes et des vecteurs susceptibles d'atteindre le territoire américain. Cette perspective étant devenue réalité, et le Président Donald Trump refusant de se dédire, il estime dès lors ne disposer que de deux choix : soit la Corée du Nord renonce (volontairement ou sous la contrainte) à sa capacité de dissuasion nucléaire, soit elle est vouée à disparaître en tant qu'Etat et régime politique, dans le cadre d'une guerre ou (à moindres frais, en termes de vies de soldats américains) sous l'effet de sanctions sans précédent visant à l'effondrement économique, politique et social de la RPD de Corée. 

Les termes de cette équation ainsi posés, Donald Trump sait qu'il a besoin de la Chine pour asphyxier la Corée du Nord, dont elle est (de très loin) le premier partenaire économique, et juge que, vis-à-vis de Pékin, la politique de la mise en garde est la plus efficace - mâtinée de menaces à peine voilées de rétorsions, en partie mises en oeuvre, contre les intérêts économiques chinois. Concernant la Corée du Sud, ce doit être un allié à ménager, tant en termes militaires (les Etats-Unis préférant toujours que les supplétifs étrangers de leurs soldats s'exposent le plus fortement et perdent le plus grand nombre d'hommes) qu'au regard de sa capacité à potentiellement saper les objectifs de politique nord-coréenne de l'administration Trump : le Président Moon Jae-in est contre la guerre, hostile à ce que son pays se dote d'armes nucléaires - comme l'avait ouvertement envisagé Donald Trump - et favorable au dialogue intercoréen pour sortir de la crise actuelle.

Si lors de sa récente visite à Séoul Donald Trump a essayé de plaire aux dirigeants et à l'opinion publique de la République de Corée, c'est parce qu'il n'avait pas le choix. Mais le spectaculaire réchauffement des relations sino-sud-coréennes mises à mal par le déploiement de THAAD, ce progrès étant à mettre à l'actif du Président Moon Jae-in, ne signe-t-il pas au contraire pour l'administration Trump le risque que se dessine une stratégie alternative à la sienne ? Donald Trump ne peut ignorer que la politique nord-coréenne des Etats-Unis est fortement impopulaire à l'étranger (sauf peut-être dans les milieux conservateurs, qui sont majoritaires, au Japon), car elle comporte les risques d'une escalade militaire vers une guerre qui satisferait essentiellement l'objectif stratégique d'une invulnérabilité du territoire américain, tout en exposant à de très lourdes pertes non seulement la Corée du Nord, mais aussi ses voisins dont Washington recherche pourtant l'assentiment et l'appui.

La Chine, comme l'observe d'ailleurs un dossier de l'hebdomadaire L'Express qu'on ne peut pas accuser d'anti-américanisme primaire, renforce ainsi sa position d'acteur incontournable d'une sortie de crise en Corée : en ne prenant pas partie pour la RPDC tout en votant et en appliquant (après les avoir modérées au regard des intentions américaines) les sanctions internationales contre la Corée du Nord, Pékin apparaît comme une puissance ayant une diplomatie raisonnable, favorable au dialogue, susceptible de rallier à ses positions tous les Etats concernés par la crise en cours, y compris potentiellement les Etats-Unis s'il y aura une prise de conscience de l'impasse actuelle. Plus Donald Trump multiplie les provocations verbales et militaires, plus il renforce la diplomatie chinoise qui a tenté, certes jusqu'ici sans grand succès (à part en direction de la Russie), de rallier d'autres pays (l'Allemagne, la France...) à ses appels à une sortie de la crise par la voie diplomatique. Mais l'idée chemine, et pourrait un jour mettre en échec la politique nord-coréenne des Etats-Unis fondée sur une fuite en avant dont l'objectif final (une guerre nucléaire ou l'effondrement d'un pays doté d'armes nucléaires, qui seraient disséminées dans le monde, parallèlement à des flux massifs de population en dehors de la RPDC), constituent des scénarios catastrophes, sauf dans la tête de Donald Trump et d'une poignée de représentants de l'appareil d'Etat américain qui semblent ne pas correctement prendre en compte toutes les données de l'équation.

Exercices de guerre : le gouffre financier et l'impuissance militaire au regard des coûts humains d'un improbable conflit au sol

Dans l'esprit de Donald Trump, ce qui compte le plus n'est en effet pas tant ce que peuvent penser ses homologues à Séoul, Pékin ou Tokyo que d'apparaître, aux yeux de l'opinion publique américaine (et donc des médias qui façonnent l'opinion), comme le commandant militaire invincible de la Grande Amérique, et cette nécessité est sans cesse renforcée par les revers réels ou potentiels sur la scène intérieure ou en d'autres endroits du monde. C'est contre l'intelligentsia qu'il a gagné de manière inattendue l'élection américaine. C'est à nouveau contre tout ce que les Etats-Unis (et le monde occidental) compte d'experts et d'analystes de la question coréenne qu'il entend imposer sa politique nord-coréenne comme prétendument rationnelle et consensuelle, en mobilisant pour sa cause des médias qu'il n'hésite pas à vilipender par ailleurs. Le procédé n'est pas nouveau : la propagande de guerre repose sur ce schéma invariant, plus d'une fois mis en oeuvre dans les guerres conduites par l'hyperpuissance américaine.

Un des éléments de langage majeurs porte sur les manoeuvres militaires américaines, qu'il faut donc légitimer comme nécessaires et défensives par nature face à la menace supposée d'un régime nord-coréen qui serait incontrôlable et prêt à tout. A compte du 11 novembre 2017, comme le signale l'AFP, des exercices inédits de grande ampleur associent ainsi de nouveau GIs et soldats sud-coréens, moins d'un mois après les précédentes manoeuvres conjointes

Des bâtiments de la marine de guerre sud-coréenne se sont joints samedi à trois porte-avions américains, dans une démonstration de force inédite à l'adresse de la Corée du nord, dont les ambitions nucléaires sont au centre de la tournée en Asie du président américain Donald Trump.

L'exercice conjoint dans le Pacifique occidental, qui doit se poursuivre durant quatre jours, mobilise les porte-avions USS Ronald Reagan, USS Nimitz et USS Theodore Roosevelt, ainsi que sept navires sud-coréens, dont trois destroyers, a précisé le ministère sud-coréen de la Défense.

C'est la première fois depuis dix ans que des manœuvres de ce type mobilisent trois porte-avions.

"L'exercice est destiné à renforcer la dissuasion contre les menaces nucléaires et les missiles de la Corée du nord, et à démontrer notre préparation à repousser toute action provocatrice du Nord", a déclaré un porte-parole du ministère.

La dépêche de l'AFP aurait pu être encore plus favorable à la politique nord-coréenne de Donald Trump, en mentionnant les tirs nucléaires et balistiques de la RPDC (interrompus depuis plus de deux mois, contrairement aux initiatives américaines qui, elles, n'ont jamais cessé). Mais elle n'en sert pas moins lourdement les intérêts de la propagande de guerre (ou de préparation à la guerre) américaine, en mentionnant les dernières déclarations du Président Trump vis-à-vis de la Corée du Nord et en évitant de dire que ses envolées verbales, s'ajoutant aux provocations militaires, relèvent de la seule volonté américaine, et pas d'une dissuasion contre un ennemi cent fois moins puissant militairement.

Poursuivons en effet la citation de cette dépêche de l'AFP qui, après une concession à la neutralité attendue d'une agence de presse (son auteur dit que les Nord-Coréens seront mécontents, mais minimise ces critiques en employant les termes non neutres de "régime de Pyongyang"), cite encore une fois les éléments de langage du gouvernement américain et évite soigneusement à l'endroit des Etats-Unis les termes "provocations", "exercices de guerre" et autres expressions toujours réservées à la seule Corée du Nord, tout en prêtant à la seule partie nord-coréenne le fait, pourtant avéré dans les documents stratégiques américains, que ces manoeuvres militaires ont bien un caractère offensif. Enfin, la dépêche de l'APF conclut de manière assez extraordinaire sur la volonté prétendue de dialogue et de conciliation du Président Donald Trump : 

Le régime de Pyongyang dénonce régulièrement ces manœuvres, destinées selon lui à préparer une invasion de son territoire, et réplique parfois avec ses propres manœuvres militaires ou des tirs de missile. Les bâtiments américains vont conduire des exercices de défense, de surveillance maritime, de riposte aérienne, entre autres opérations, a indiqué de son côté la marine américaine.

Ces manœuvres interviennent dans la foulée de la visite du président Trump à Séoul et Pékin, dominées par la menace nucléaire nord-coréenne. Dans un discours musclé devant l'Assemblée nationale sud-coréenne, Donald Trump a appelé mercredi le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un à ne jamais sous-estimer la détermination de l'Amérique et à renoncer à son programme nucléaire, avant de dénoncer les horreurs d'une "dictature cruelle".

Mais au cours de sa tournée actuelle en Asie, Donald Trump s'est parfois montré plus conciliant en évoquant des "progrès" et de possibles négociations.

Mais l'administration américaine voudrait-elle mener une nouvelle guerre de Corée qu'il est douteux qu'elle dispose des moyens nécessaires, y compris en termes de préparation stratégique. Dans un rapport rédigé à la demande du Congrès américain, le Pentagone, par la voix de l'amiral Michael Dumont, vice-directeur de l'état-major interarmées, a indiqué que découvrir et  "neutraliser" les armes nucléaires nord-coréennes - qui est l'objectif affiché d'un conflit avec la RPDC - nécessiterait l'envoi de troupes au sol, ce que les Etats-Unis sont en général particulièrement réticents à opérer étant donné la faible acceptation par l'opinion publique américaine de pertes humaines importantes dans un conflit. Or, une guerre au sol entraînerait des pertes élevées, que le rapport du Pentagone reconnaît par ailleurs être incapable d'évaluer dans un aveu d'impréparation qui a inquiété des députés démocrates. Enfin, le même rapport estime probable, en cas de guerre terrestre, l'utilisation par la Corée du Nord d'armes biologiques et chimiques - alors même que les Etats-Unis ont utilisé de telles armes en Corée entre 1950 et 1953 - ce qui dépasse le seuil de tolérance des Américains. Mais si l'on remplaçait les soldats américains au sol par des Sud-Coréens ? Une telle guerre américaine aérienne avec des supplétifs sud-coréens au sol relève en réalité d'une double erreur d'analyse, en ce qui concerne l'acceptation d'un conflit par les Sud-Coréens et d'une capacité américaine à ne perdre pratiquement aucun homme : la Corée du Nord dispose des moyens et d'une volonté de résistance à une invasion que n'avait pas l'Irak de 2003...

En outre, les manoeuvres militaires à répétition des Etats-Unis et de leurs alliés sont coûteuses pour le contribuable américain. Ce sujet budgétaire n'est pourtant jamais évoqué dans la couverture médiatique de ces exercices, sans doute parce qu'il serait de nature à affaiblir le consensus qui tend à s'établir dans la société et la classe politique américaine en cas de conflit - propagande de guerre oblige. Il n'en demeure pas moins que l'hostilité de l'appareil d'Etat américain à une guerre aujourd'hui mal anticipée, qui pourrait constituer un nouveau bourbier comme naguère au Vietnam, conjuguée aux critiques de nombreux élus démocrates, force l'administration Trump à en rabattre : plus l'armée américaine montre ses muscles, moins elle est capable d'agir réellement dans une guerre. Au fond, dans l'alternative présentée ci-dessus quand nous avons essayé de comprendre le mode de pensée du président américain, Donald Trump (ou à défaut les généraux et les diplomates qui lui sont fidèles) sait que la voie la plus sûre serait de soumettre la Corée du Nord à un régime de sanctions tel que le pays n'aurait d'autre choix que l'alternative suivante :

- négocier un diktat où elle désarmerait unilatéralement face à un pays qui pourrait continuer de la menacer,

- être exposée au risque d'un effondrement et d'une révolte intérieure dont rêvent, en vain, les néo-conservateurs depuis un quart de siècle. En cela, l'administration Trump diffère sensiblement de celles qui l'ont précédées, en cherchant à provoquer encore plus activement un processus d'effondrement qui ne s'est pas produit. 

Oui, mais comment justifier aux yeux des autres pays du monde qu'il faut encore renforcer les sanctions contre le pays déjà le plus lourdement sanctionné au monde, qui exerce un droit d'auto-défense, et dont les populations sont confrontées, sinon à l'effondrement à court terme, du moins à une pénurie d'énergie et à une nouvelle famine sous l'empire des sanctions actuelles ? 

L'espoir américain d'une réaction nord-coréenne qui permettrait d'accroître les sanctions internationales et de provoquer l'effondrement espéré de la Corée du Nord 

Pour renforcer les sanctions contre la RPDC, l'administration Trump a impérativement besoin que la Corée du Nord réagisse à ses manoeuvres militaires et à ses provocations verbales dûment assumées - ou, pour reprendre une métaphore du monde de la corrida, ait l'attitude du taureau face auquel le toréador agite un chiffon rouge avant de l'abattre.

Malheureusement pour Washington, l'administration nord-coréenne, loin de tomber dans ce piège, combine de manière très rationnelle les objectifs d'autodéfense du pays (qui ont justifié l'accélération de la mise en place d'une force de dissuasion complète face à une administration américaine considérée comme décidée à lui faire subir le sort de l'Irak en 2003 et de la Libye en 2011) et une auto-restriction dans la poursuite de ses programmes nucléaires militaires et balistiques au regard de l'impact des sanctions internationales sur l'économie du pays et les conditions de vie de la population. Dans ce contexte, les autorités nord-coréennes ont évité, jusqu'à présent, de réagir face aux provocations américaines de Donald Trump lors de son actuelle tournée asiatique - ce qui a conduit ce dernier à affirmer bruyamment qu'il avait remporté une manche dans son bras-de-fer contre la Corée du Nord, et que sa politique nord-coréenne serait donc (selon lui) couronnée de succès, alors que les risques d'isolement diplomatique n'ont jamais été aussi élevés et l'impuissance militaire aussi patente.

Dans ce contexte, les Nord-Coréens ont rappelé une nouvelle fois qu'ils étaient ouvert au dialogue, mais pas à un diktat qui consisterait pour eux à abandonner tout moyen de défense face à la politique hostile des Etats-Unis, comme le rappelle une autre dépêche de l'AFP citée par Le Point

"Nous ne sommes pas opposés au dialogue mais nous ne mettrons jamais les questions liées aux intérêts suprêmes de la Corée du Nord et de la sécurité de ses citoyens sur la table des négociations", soulignait une tribune publiée dans le journal gouvernemental Minju Joson.

Face à l'escalade des tensions et des sanctions entretenues par l'administration Trump, la porte du dialogue et d'une issue négociée à la crise reste ainsi ouverte. Mais les partenaires des Etats-Unis sauront-ils trouver les moyens de les convaincre de sortir d'une impasse qui leur permet, à court terme, d'affermir l'image d'un Donald Trump se posant en chef de guerre toujours victorieux (car évitant soigneusement le combat réel), se rêvant en leader d'un monde dit libre dans sa croisade contre le Mal, nostalgique de la geste reaganienne ayant conduit à la victoire américaine dans la guerre froide ? Le monde a changé, mais les logiciels intellectuels de certaines têtes (mal-)pensantes sont restés bloqués dans un passé révolu, quand leurs concurrents - Chine et Russie en tête - se frottent les mains de pouvoir exercer une influence renforcée par les erreurs d'analyse américaines.

Sources : 

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2017 2 07 /11 /novembre /2017 23:18

Le Président américain Donald Trump n'est pas aimé de l'immense majorité des Sud-Coréens, qui s'inquiètent - y compris dans les rangs des services secrets - d'être les premières victimes d'un conflit que pourrait déclencher l'imprévisible chef d'Etat américain. Par ailleurs, il avait inutilement moqué son homologue sud-coréen en affirmant, cet été, qu'il était inutile de rechercher l'apaisement avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Sans doute faut-il voir dans sa volonté de réconquérir les coeurs sud-coréens la raison principale du ton nettement plus conciliant qu'il a adopté lors de sa visite des 7 et 8 novembre 2017 en République du Corée (Corée du Sud), soucieux de séduire un allié de premier plan dans son bras-de-fer avec la Corée du Nord. 

Manifestation à Séoul le 5 novembre 2017

Manifestation à Séoul le 5 novembre 2017

C'est aux cris de "Nous sommes contre la guerre !" et "Il faut négocier la paix !" que les progressistes sud-coréens ont défilé à Séoul le 5 novembre 2017, deux jours avant le début de la visite de Donald Trump dans leur pays. Moins nombreux, les conservateurs ont pour leur part manifesté pour afficher leur soutien à la politique américaine et à l'alliance Séoul-Washington. 

Mais le 7 novembre 2017 le président américain ne s'était pas laissé aller à l'une de ses formules à l'emporte-pièce qui font les choux gras des commentateurs de son compte Twitter. Au contraire, l'heure était à l'apaisement et à la célébration de l'unité entre les Etats-Unis et la Corée du Sud qui aurait, selon Washington et Séoul, fait plier Pyongyang...


Séducteur, Donald Trump a donc dit ce que les Sud-Coréens attendaient d'entendre : qu'il serait souhaitable de revenir à une solution négociée, en affirmant également - lors de sa visite à Camp Humphreys : "On trouve toujours une solution, il faut qu'on trouve une solution". Il a également réaffirmé l'engagement de défense des Américains envers les Sud-Coréens. Enfin, alors que l'accord de libre-échange est en cours de renégociation, le Président américain s'est dit confiant que les discussions aboutissent à un accord équitable - sans préciser ce que restait le contenu d'un tel accord. Dans ce contexte, le Président Moon Jae-in a pu réaffirmer publiquement son souhait d'empêcher une nouvelle guerre de Corée sans apparaître en porte-à-faux avec un Donald Trump naguère ouvertement va-t-en-guerre.

Les deux chefs d'Etat lors de leur conférence de presse conjointe

Les deux chefs d'Etat lors de leur conférence de presse conjointe

En contrepoint, plusieurs mesures ont cependant été annoncées dans le sens d'une poursuite de la course aux armements, y compris nucléaires : la charge utile des missiles sud-coréens ne sera désormais plus limitée et les Sud-Coréens se doteront de moyens nouveaux, dont des sous-marins nucléaires - ce qui entre d'ailleurs en contradiction avec le principe selon lequel il ne serait pas réintroduit d'armes nucléaires au Sud de la péninsule. Le ton change, mais les intentions bellicistes demeurent. Il en faudra ainsi encore beaucoup pour amener les Etats-Unis à envisager sincèrement des négociations de paix, seules à même de permettre une désescalade des tensions qui ont atteint cet été un degré de dangerosité sans précédent depuis au moins 1994.

Sources : 

Partager cet article
Repost0
4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 21:53

Dans son numéro 3461 (du 1er au 7 novembre 2017), l'hebdomadaire L'Express a consacré sa couverture et un épais dossier (p. 30-45) au "retour de la bombe" nucléaire, en faisant le constat que l'horizon d'un monde sans armes nucléaires, posé comme objectif en 2009, apparaît s'être considérablement éloigné au regard, notamment, de l'escalade entre les puissances dotées de l'arme nucléaire que sont les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). L'Association d'amitié franco-coréenne revient sur ce dossier, auquel ont contribué une dizaines de journalistes et d'experts, pour ce qui concerne son domaine de compétence : la situation dans et autour de la péninsule coréenne. 

Photo de couverture du magazine

Photo de couverture du magazine

D'emblée, reconnaissons qu'il s'agit d'un dossier fouillé et apportant de manière claire de nombreuses informations utiles pour le néophyte : il donne à la fois des points de repère (en soulignant le tournant qu'a constitué l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, p. 31, ou en mentionnant l'inefficacité de la politique de l'actuelle administration américaine pour empêcher la Corée du Nord de se doter d'une force de dissuasion nucléaire, p. 32) et apporte des informations assez détaillées : il n'y a toujours pas de traité de paix depuis l'accord d'armistice de 1953, aboutissant effectivement à la situation d'un "conflit gelé" (titre de l'encadré p. 33) ; l'arsenal nord-coréen compterait désormais entre 30 et 60 bombes (p. 35), tandis que 93 % du stock mondial d'armes nucléaires reste détenu par les Etats-Unis et la Russie (p. 42)...

Quelques erreurs grossières altèrent toutefois la qualité de l'analyse : non, la Chine ne soutient pas "indéfectiblement" la Corée du Nord (p. 32), dont elle vote et applique les sanctions à son encontre ; non la Corée du Nord n'a pas été "jusqu'à menacer de frapper l'île de Guam" (p. 33), mais a envisagé de procéder à des tirs de missiles dans les eaux internationales en direction de l'île de Guam ; non, la Corée du Nord n'a pas une armée de 1,4 million d'hommes (chiffre fantaisiste établi par la seule CIA) qui "se prépare à affronter à nouveau son voisin du Sud" ; non, les Etats-Unis n'ont pas "parfois" bombardé au napalm la Corée du Nord, mais bien fait un usage systématique du napalm pendant la guerre de Corée, détruisant un pays pour soi-disant le sauver. De même, il est regrettable que les justifications ayant conduit la RPDC (comme l'Iran) à se doter de l'arme nucléaire relèvent des poncifs et de propos outranciers qu'on croirait issus d'un manuel de propagande de guerre (p. 33 : "puissances régionales devenues incontrôlables", "vieux nationalismes qui ne demandent qu'à disposer de nouvelles armes technologiques ou de missiles balistiques pour compenser leur arriération ou leur isolement", en oubliant au passage que les dernières sanctions contre la Corée du Nord, visant à la priver de 90 % de ses recettes d'exportations, sont le fait des Etats-Unis et de leurs alliés, et pas d'une supposée volonté nord-coréenne...). Il manque cruellement  (toujours p. 33) une analyse stratégique rigoureuse qui aurait rappelé la stratégie de la dissuasion nucléaire (du faible au fort), telle que l'a développée la France du Général de Gaulle, et que reprend aujourd'hui à son compte la Corée du Nord. A ignorer totalement la doctrine nucléaire nord-coréenne, le dossier de L'Express conforte l'image lourdement erronée d'un pays soi-disant irrationnel et incontrôlable.

Heureusement, l'entretien avec Juliette Morillot rappelle quelques faits évidents sur le rapport de forces réel entre Washington et Pyongyang ou encore la volonté des dirigeants nord-coréens de ne pas subir le sort de leurs homologues irakiens (en 2003) et libyens (en 2011). Cependant, les propos recueillis par Vincent Hugeux donnent parallèlement la parole à Valérie Niquet, qui affiche un néo-conservatisme américain bon teint (se félicitant de la présence américaine en Asie: "Heureusement qu'ils le sont !", s'exclame-t-elle p. 39) et multiplie les affirmations d'autorité : non, Mme Niquet, la Corée n'est pas "soutenue financièrement à bout de bras par la Chine" (p. 37, mais qu'a donc fait la Chine pour mériter un tel bashing dans ce dossier ?), de même qu'il ne suffit pas d'affirmer péremptoirement "quand on veut contrôler on contrôle" (p. 37) dans une volonté malhonnête d'accabler la Chine de tous les maux (comme s'y emploient les néo-conservateurs américains), tout en menaçant ce pays de sanctions américaines si elle ne coopère pas assez avec les Etats-Unis, ainsi que le rappelle opportunément (toujours p. 37) notre porte-voix des faucons américains. De même, les propos bellicistes de Valérie Niquet, farouchement hostile au dialogue, reçoivent une couverture exceptionnelle dans un hebdomadaire que l'on a connu moins prompt à afficher avec autant de complaisance le point de vue du lobby américain pro-guerre. Reconnaissons cependant que l'interview croisée de Juliette Morillot et Valérie Niquet a le mérite de souligner que, selon les deux expertes, le risque de guerre nucléaire est faible (p. 38) - une opinion d'ailleurs partagée par Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (p. 44). Enfin, Juliette Morillot rappelle le rôle positif, pour le dialogue et la paix, que pourraient jouer la France d'Emmanuel Macron et l'Union européenne. Toutefois, cette perspective aussitôt balayée comme inacceptable par Mme Niquet - dont les propos clôturent l'interview en assénant une nouvelle contre-vérité (obsessionnelle dans la tête des néo-conservateurs), la fantasmatique "coopération Pyongyang-Pékin" (p. 39) permettant soi-disant à la RPDC de gagner du temps dans la mise en place de son programme nucléaire... auquel la Chine est en réalité fermement opposée, refusant une course aux armements nucléaire et conventionnels dans la région. Non seulement le journaliste ayant conduit l'entretien, Vincent Hugeux, ne juge pas utile de tempérer Mme Niquet, mais il conclut son article sur ces propos délirants et gravement erronés.

Enfin, l'analyse tend à être déséquilibrée en ce qu'elle déforme ou oublie, volontairement ou non, des informations de base. Ainsi, le lecteur pourrait croire, à la vue de la photo d'une manifestation renvoyant dos à dos Donald Trump et Kim Jong-un (et prise comme de juste devant l'ambassade nord-coréenne à Berlin, insinuant d'où viendrait la menace principale...), que telle serait la position de l'ONG Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (acronyme anglais, ICAN), prix Nobel de la Paix 2017 : rien n'est plus inexact, ICAN soutenant en réalité une pétition qui appelle au retour au dialogue et à la fin des menaces américaines sur la Corée du Nord pour sortir de l'impasse et empêcher un conflit meurtrier. Si L'Express s'inquiète légitimement et à juste titre d'un conflit dont les conséquences seraient catastrophiques (la fin de l'article p. 35 a un ton alarmiste parfaitement compréhensible), son atlantisme naturel le conduit à sous-estimer la grave menace sur la paix que pose Donald Trump : si l'article en page 34 s'intitule bien "Si les Etats-Unis passaient à l'action...", il passe sous silence les propos du président américain aux Nations unies voulant "détruire" la Corée du Nord, menaçant de l'emploi d'armes nucléaires ou préconisant encore leur retour sur le sol sud-coréen. A n'insister que sur les intentions qui sont prêtées à la Corée du Nord (et les accusations sont aussi lourdes que non étayées, comme celle selon laquelle des agents nord-coréens infiltrés au Sud seraient prêts à mener des opérations terroristes, sic), l'hebdomadaire oublie de mentionneur que des exercices de guerre, bien réels ceux-là, sont menés par les Etats-Unis au large de la Corée, plusieurs fois par an, et sont les plus grands au monde dans une zone qui n'est pas en guerre.

Partager cet article
Repost0
2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 19:55

L'ancien diplomate nord-coréen Thae Yong-ho n'était nullement un familier des cercles dirigeants de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et il a encore moins une connaissance directe de ce que peuvent penser les Nord-Coréens, dès lors qu'il a passé la plus grande partie des dix dernières années de sa vie à l'étranger en dehors de la Corée du Nord. Il a su toutefois se créer une légende, avec l'aide des services secrets de l'Etat qui l'a accueilli (la Corée du Sud), dans la grande tradition de la guerre froide : celui d'être un "défecteur de haut niveau", dont la parole bénéficie d'une exposition médiatique sans commune mesure avec la connaissance réelle d'un Etat où il n'a plus mis les pieds depuis des années. Cette situation lui garantit ainsi des conditions d'existence avantageuses, à la condition de satisfaire ceux qui sont, selon toute son évidence, son nouvel employeur (et lui assurent en tout cas une protection inaccessible au Sud-Coréen ordinaire), les services secrets sud-coréens (National Intelligence Service, NIS), de sinistre réputation pour leurs atteintes systématiques et répétées aux droits de l'homme. Dans ce contexte, au regard de l'étroitesse des relations tissées entre le NIS et la CIA, il était attendu que Thae Yong-ho se voit garantir un accès aux autorités américaines, en faisant croire qu'il serait un témoin "unique"  : il a été longuement entendu par la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des Etats-Unis. Nous revenons donc ci-après sur les messages - inédits, car prônant un dialogue direct entre Washington et Pyongyang - qu'a entendu faire passer le NIS via un de ses agents d'influence de haut niveau.

Thae Yong-ho est un agent d'influence de haut niveau des services de renseignement sud-coréens

Thae Yong-ho est un agent d'influence de haut niveau des services de renseignement sud-coréens

Nous ne reviendrons pas sur les banalités alignées par Thae Yong-ho concernant le développement de mécanismes d'économie de marché en Corée du Nord - qui ne sont en aucun cas une nouveauté (les premières mesures économiques prises en ce sens par les autorités nord-coréennes datent d'il y a près de 20 ans) et encore moins une révélation pour toute personne connaissant un peu cet Etat. Nous ne reviendrons pas non plus sur l'énième prédiction d'un effondrement imminent de la Corée du Nord - qui est l'un des airs favoris qu'aiment entonner les néo-conservateurs de tous les pays, du NIS en général et de M. Thae en particulier : plus les années passent sans que les faits ne donnent raison à notre Nostradamus de salon, plus ce dernier se sent obligé d'apporter force détails dans son exercice périlleux de voyance. Naturellement, en bon militant néo-con, Thae Yong-ho prend soin de ne pas incriminer des sanctions sans équivalent au monde qui sont de nature à faire de nombreuses victimes parmi les Nord-Coréens : vivant pour sa part dans un appréciable confort matériel, Thae Yong-ho est un partisan résolu de cette politique. Non, si effondrement il doit y avoir, c'est parce que la révolte gronderait, affirme-t-il doctement, en n'hésitant pas, au passage, à se contredire lui-même : il parle d'un régime de "terreur" - le mot fait toujours mouche, depuis l'exécution de Robespierre par les réactionnaires thermidoriens qui ont été bien plus violents que l'homme qu'ils ont condamné à l'échafaud - mais estime en même temps que le contrôle gouvernemental sur la population s'affaiblit...

Si nous nous intéressons ici aux propos de Thae Yong-ho, agent de haut niveau du NIS, ce n'est pas pour entendre leurs sempiternelles et prétentieuses prédictions, mais parce qu'ils révèlent - ce qui est rare - une mise en cause quasi-explicite de la politique américaine actuelle de l'administration Trump, en encourageant le Président des Etats-Unis à rencontrer son homologue, le Président Kim Jong-un. Selon une dépêche de l'AFP, abondamment reprise dans les médias français :

"Nous devons prendre en compte le sacrifice humain que comporterait l'option militaire", a-t-il prévenu, assurant qu'à la moindre action de l'armée américaine Pyongyang déchaînerait dans l'instant le feu contre la Corée du Sud voisine. Y compris dans le cas d'une frappe préventive limitée, lui a demandé une parlementaire? "Oui", a-t-il asséné, avant de supplier: "avant toute action militaire, il est nécessaire de rencontrer Kim Jong-Un, pour tenter de comprendre sa manière de penser et de le convaincre qu'il sera détruit s'il continue ainsi".

Ces quelques phrases sont capitales, et constituent à notre sens la seule information importante : les services secrets sud-coréens, restés très influents dans le processus de décision politique et militaire à Séoul malgré l'alternance politique de mai 2017, ne veulent pas d'une attaque américaine, même "limitée" - parce qu'ils craignent que leur pays ne soit aux premières loges d'un conflit et qu'elle engendrerait une escalade aux conséquences imprévisibles. Quant à la proposition d'une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un, sauf à supposer que ce soit un moyen pour l'administration américaine de faire passer un message à la RPDC (ce qui est hautement improbable, car Thae Yong-ho est considéré comme un traître dénué de principes à Pyongyang), elle représente bel et bien le point de vue du NIS, qui cherche ainsi habilement à gagner à sa cause la Chambre des représentants américains. Au moment où l'envie de Donald Trump d'en découdre militairement avec la Corée du Nord fait consensus contre elle dans l'appareil d'Etat américain, et avant la visite à Séoul du numéro un américain, la démarche est intelligente et rejoint les positions de l'Association d'amitié franco-coréenne pour retrouver le chemin du dialogue et de la paix dans la péninsule coréenne.

Source :

Partager cet article
Repost0
1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 09:03

Si les tensions autour de la Corée ne font plus la une des médias, l'administration américaine continue cependant de multiplier les provocations militaires en concentrant ses troupes et ses armements dans une des régions déjà les plus militarisées au monde. Devraient s'ajouter prochainement de nouvelles provocations verbales, alors que le Président américain va engager sa première tournée internationale en Asie et visiter, dans ce cadre, la République de Corée (Corée du Sud) les 7 et 8 novembre 2017. S'il ne se rendra pas, faute de temps, dans la zone démilitarisée séparant les deux parties divisées de la Corée, ses conseillers ont annoncé qu'il serait le premier chef d'Etat américain à visiter Camp Humphreys, à Pyeongtaek. Camp Humphreys est un ensemble de bases militaires utilisées par les forces armées américaines et sud-coréennes dont l'extension, en 2005-2006, avait soulevé une vive opposition des paysans expropriés et des militants pacifistes. Pour faire le point sur l'escalade militaire engagée par l'administration américaine autour de la Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne a reproduit ci-après un article de Peter Symonds intitulé "Les Etats-Unis envoient leurs navires et avions de guerre aux portes de la Corée du Nord", publié le 31 octobre 2017 sur le site du Centre de recherche sur la mondialisation. Ce site canadien aujourd'hui multilingue, lancé en 2001, est devenu une source d'informations vérifiées et sourcées de premier plan, bien référencé dans les milieux universitaires, sur la guerre au terrorisme et les différents conflits dans le monde, notamment au Proche-Orient. Nous avons ajouté les liens intertexte dans le corps de l'article. L'AAFC, association indépendante de tout parti politique, rappelle par ailleurs que les opinions exprimées dans cet article (notamment l'appel à rejoindre une organisation politique dans le paragraphe de conclusion) sont celles de son auteur et n'engagent pas l'Association. 

Les Etats-Unis envoient leurs navires et avions de guerre aux portes de la Corée du Nord

Le secrétaire de la Défense James Mattis a encore averti la Corée du Nord que l’armée américaine était prête à anéantir le pays de 25 millions d’habitants à moins qu’il abandonne son arsenal nucléaire. La menace, appuyée de la croissance d’une présence militaire américaine sans précédent en Asie du Nord-Est, place cette région et le monde au bord d’une guerre catastrophique.

«Je n’arrive pas à imaginer une condition où les États-Unis accepteraient la Corée du Nord en tant que puissance nucléaire», a-t-il dit à des journalistes à Séoul samedi. «Détrompez-vous, toute attaque contre les États-Unis ou ses alliés sera vaincue, et tout usage d’armes nucléaires par le Nord sera contré par une réponse militaire massive qui sera efficace et écrasante.»

Le caractère des plans de guerre américains est offensif, et non pas défensif. En réponse à une question concernant une attaque américaine préventive contre la Corée du Nord afin d’empêcher une attaque possible contre Séoul, Mattis a confirmé, «oui, nous avons ces options». Sous l’OPLAN 5015, les forces des États-Unis et la Corée du Sud sont prêtes pour des frappes offensives massives contre l’infrastructure nucléaire, militaire et industrielle de la Corée du Nord, ainsi que des «raids de décapitation» par des forces spéciales pour assassiner ses dirigeants principaux.

Même si Mattis a souligné que «notre but n’est pas la guerre», le président américain Trump a dans les faits exclu toute autre option, à part la capitulation totale de la Corée du Nord aux demandes de Washington. Trump a réprimandé le secrétaire d’État Rex Tillerson plus tôt ce mois-ci pour lui avoir fait «perdre son temps» en tentant d’évaluer la possibilité de liens diplomatiques avec la Corée du Nord.

Trump est sur le point de commencer son voyage officiel en Asie cette semaine, qui comprendra une visite au Japon, en Corée du Sud et en Chine. Après avoir menacé devant l’ONU de «complètement anéantir» la Corée du Nord, il utilisera sans doute cette menace incendiaire pour menacer non seulement Pyongyang, mais la région tout entière, particulièrement la Chine que les États-Unis considèrent comme l’obstacle principal à leur hégémonie mondiale.

Ce voyage prendra place dans le contexte d’une démonstration de force massive de l’armée américaine près de la péninsule coréenne, incluant :

* Trois porte-avions nucléaires – l’USS Ronald Reagan, l’USS Nimitz et l’USS Theodore Roosevelt – qui se préparent pour des exercices conjoints avec leur groupe d’assaut. Chaque porte-avions est accompagné de six à dix navires de guerre, incluant des croiseurs, des contre-torpilleurs et des sous-marins nucléaires, et a une escadre aérienne de dizaines de chasseurs et d’autres aéronefs militaires.

* L’USS Michigan, un sous-marin nucléaire armé de plus de 150 missiles Tomahawk, qui s’est amarré en Corée de Sud le 17 octobre en préparation à des exercices conjoints avec l’USS Reagan. Le sous-marin transporte également des Navy SEAL. On aurait rapporté, d’après une escale en avril, qu’il avait aussi à son bord la fameuse SEAL Team Six, responsable d’avoir assassiné Oussama ben Laden.

* Toutes les bases militaires de la région, particulièrement en Corée du Sud, le Japon, Guam et l’Australie sont sans aucun doute dans un état d’alerte élevé. Le Pentagone a 28.500 employés militaires en Corée du Sud, près de 54.000 au Japon et environ 4,000 à Guam, en plus d’une flotte importante de navires et d’avions de combat. L’Australie joue dans les faits le rôle de base arrière pour les Marines, navires et avions américains, et abrite également des bases importantes de communications et d’espionnage. Deux frégates australiennes doivent arriver en Corée du Sud cette semaine pour des exercices conjoints.

* Le Pentagone se prépare à déployer, pour la première fois, un escadron d’avions de combat F-35A et 300 personnes vers la base américaine japonaise sur l’île d’Okinawa. La cinquième génération avancée de chasseurs furtifs pourrait très bien être utilisée dans une première vague pour détruire les défenses aériennes de la Corée du Nord et ouvrir la voie à un assaut aérien massif.

* L’Air Force américaine effectue une provocation militaire après l’autre avec des vols de bombardiers stratégiques B-52 et B1-B près de la Corée du Nord. Dimanche, le Commandement stratégique américain, responsable de l’arsenal nucléaire, rapportait qu’il avait envoyé un bombardier furtif B-2 des États-Unis jusqu’au Pacifique pour «familiariser l’équipe aérienne» et assurer «un degré élevé de préparation et d’efficacité». Contrairement au B1-B, le B-2 tout récent est capable de larguer des bombes nucléaires.

Ce vol clarifie les commentaires obscurs du vice-président américain Mike Pence pendant une visite vendredi dernier à la base aérienne de Minot en Dakota du Nord, qui abrite 26 B-52 capables d’attaques nucléaires et 150 sites de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM). Faisant référence à la Corée du Nord, Pence a déclaré: «Maintenant plus que jamais, votre commandant en chef (Trump) s’attend à ce que vous soyez prêts. Restez alertes, concentrez-vous sur votre mission.»

L’administration Trump se prépare à une guerre non seulement avec des armes conventionnelles, mais avec des bombes nucléaires dirigées contre la Corée du Nord et d’autres puissances telles que la Chine et la Russie qui pourraient rejoindre le conflit. La semaine dernière, l’Air Force a annoncé qu’elle se préparait à remettre ses bombardiers nucléaires B-52 en état d’alerte 24 heures. En même temps, tel que le rapportait le Guardian dimanche, l’administration Trump prépare un nouvel Examen du dispositif nucléaire qui ouvrira la porte à une série de nouvelles armes nucléaires et modifiera la réglementation de leur usage.

La seule conclusion à laquelle le régime de la Corée du Nord peut arriver est que le pays fait face à la menace imminente d’une attaque militaire américaine, avec des armes conventionnelles ou nucléaires. NKNews basé en Corée du Sud rapportait cette fin de semaine que la Corée du Nord organisait des exercices d’évacuation de masse dans les villes le long de la côte est.

Le monde est peut-être plus prêt d’une guerre nucléaire que jamais auparavant. Pendant l’impasse nucléaire extrêmement tendue entre les États-Unis et la Russie lors de la crise des missiles cubaine de 1962, les dirigeants américains et russes ont tenté de prévenir un échange nucléaire qui aurait dévasté le monde.

Par contre, Trump poussé par les contradictions insurmontables du capitalisme américain et mondial, avance avec un degré sans précédent d’insouciance afin d’intentionnellement enflammer des zones de tension en Asie, ainsi qu’au Moyen-Orient et en Europe de l’Est. Embrouillé dans une crise de politique intérieure après l’autre, et faisant face à l’hostilité publique à son programme d’austérité et de guerre, Trump est propulsé vers le déclenchement d’une guerre afin de canaliser les immenses tensions sociales vers l’extérieur contre un ennemi étranger.

Ces mêmes tensions poussent les travailleurs et les jeunes aux États-Unis et à travers le monde dans la lutte pour défendre leurs conditions de vie, leurs droits démocratiques de base et prévenir un conflit qui plongerait le monde dans la barbarie. Ce mouvement doit trouver une expression consciente dans le programme de l’internationalisme socialiste pour lequel lutte le Comité international de la Quatrième Internationale, afin de mettre fin au système capitaliste en faillite qui engendre la guerre et la misère sociale.

Peter Symonds

Article paru en anglais, WSWS, le 30 octobre 2017

Photo  : USS Michigan

Partager cet article
Repost0
16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 20:23

Si la Chine et la Russie exhortent les Etats-Unis à réengager des négociations avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour abaisser les tensions autour de la péninsule coréenne, c'est une tout autre voie qu'a choisie l'administration Trump : en décidant de conduire des manoeuvres militaires MCSOFEX au large de la Corée du 16 au 20 octobre 2017, Washington et Séoul attisent délibérément les braises, accroissant ainsi les risques d'une riposte de Pyongyang qui dénonce des préparatifs de guerre et pourrait, sous la menace, procéder à un nouveau tir de missile balistique. Alors, plus que jamais se pose la question : qui provoque qui en Corée ? 

Exercices de guerre MCSOFEX au large de la Corée

Ce sont des exercices navals de (très) grande ampleur qui ont commencé ce 16 octobre 2017 au large de la Corée (tant à l'ouest qu'à l'est de la péninsule), impliquant 40 navires américains et sud-coréens, dont :

- côté américain, le porte-avion à propulsion nucléaire USS Ronald Reagan, les destroyers Stethem et Mustin (de la classe Arleigh Burke) et les sous-marins USS Tucson et USS Michigan ;

- côté sud-coréen, un navire Aegis, qui interviendra aux côtés de l'avion de patrouille maritime P-3 Orion. 

Selon l'agence sud-coréenne Yonhap, 
l'avion électronique de guerre et de renseignement E-8 JSTARS, basé sur le Boeing 707, suivra les mouvements de troupes nord-coréennes.

Si deux fois par an les Etats-Unis, de concert avec leurs alliés sud-coréens, conduisent des manoeuvres militaires au large de la Corée, le choix de procéder à ces exercices en octobre ne répond à aucun calendrier préétabli, ni à de nouvelles nécessités stratégiques. Manifestement, il s'agit pour l'administration Trump de torpiller toute possibilité d'une issue négociée à la crise en cours, en actualisant ainsi les plans d'invasion de la Corée du Nord par de nouveaux préparatifs de guerre.


Face à cette provocation délibérée, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) appelle toutes et tous à refuser l'escalade militaire, à dénoncer les exercices de guerre américano-sud-coréens en cours et à plaider pour un retour à de vraies négociations, seul moyen de progresser vers la négociation d'un traité de paix et la mise en place d'un système de sécurité collective qui permettra la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne.

Sources : 

Partager cet article
Repost0
8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 10:49

Le 7 octobre 2017, quelques jours avant l'anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée (PTC) le 10 octobre 1945, s'est tenue la seconde session plénière du Comité central du PTC - la première session ayant été organisée dans la foulée du septième congrès du PTC, en mai 2016. Tout en réaffirmant l'objectif de développement simultané de l'économie et de la défense nationale (ligne byeongjin, toutefois présentée comme une simple adaptation des idées du Juche au contexte actuel), défini lors du septième congrès, les membres du Comité central ont pris en compte la situation nouvelle créée par les progrès accomplis en matière de dissuasion nucléaire ainsi que la politique de plus en plus hostile de l'administration américaine ayant conduit, nonobstant les menaces de destruction totale de la RPD de la Corée, à l'adoption de sanctions sans précédent dans le monde depuis 1945, tant en ce qui concerne leur légalité au regard de la charte des Nations unies que leur contenu (interdiction de 90% des échanges commerciaux, embargo pétrolier...). 

Kim Jong-un, lors de la session du Comité central, le 7 octobre 2017

Kim Jong-un, lors de la session du Comité central, le 7 octobre 2017

Dans son rapport, suivant le compte rendu publié par l'agence de presse nord-coréenne KCNA, le Maréchal Kim Jong-un a tout d'abord fait allusion à la "situation internationale compliquée" autour de la péninsule coréenne et aux conséquences qui en découlent pour le pays et le Parti, notamment en ce qui concerne les objectifs de développement économique et de construction du socialisme.

S'agissant de la situation internationale, comme nous l'avions déjà analysé au retour de notre séjour en RPDC en août 2017 à la suite notamment de nos échanges avec de hauts responsables du PTC, les Nord-Coréens font preuve de sérénité : après avoir réussi en juillet des tirs de missile balistiques intercontinentaux (susceptibles d'atteindre le territoire américain) et disposant de leurs armes nucléaires les plus puissantes à ce jour, les Nord-Coréens considèrent qu'ils sont désormais dotés d'une capacité de dissuasion nucléaire qui les met à l'abri d'une attaque américaine, comme celles subies par l'Irak en 2003 et la Libye en 2011. Dans son rapport, le Président Kim Jong-un est ainsi revenu sur la nécessité qu'a constitué la constitution d'une force de dissuasion nucléaire pour faire face aux menaces et au "chantage" des "impérialistes américains" (suivant une formulation habituelle, qui ne cite pas ni a fortiori ne met personnellement en cause le Président américain Donald Trump, ménageant ainsi un éventuel futur interlocuteur), et donc garantir la souveraineté et l'indépendance nationale du pays. Par ailleurs, le rapport du Président du Parti du travail de Corée se félicite de la "victoire" remportée pour sortir de "l'impasse avec les Etats-Unis, qui a duré depuis des siècles". Ces déclarations sont fondamentales pour comprendre l'état d'esprit actuel des dirigeants nord-coréens : ils estiment avoir (enfin) réalisé un équilibre des forces avec les Etats-Unis, et sont donc confiants pour parler à présent d'égal à égal avec leurs homologues américains - même si Kim Jong-un ne parle à aucun moment de reprise du dialogue avec Washington, son discours ne comporte pas davantage de menaces militaires à l'égard des Etats-Unis.

Les experts américains de la Corée du Nord sauront bien évidemment analyser ce message (indépendamment des canaux de discussions américano-nord-coréens, dont le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a rappelé publiquement l'existence) - mais s'engageront-ils à nouveau dans des pourparlers, comme l'y exhortent la Russie, la Chine ou encore la France ? Les récents propos ambigus de Donald Trump (déclarant que désormais, face à la Corée du Nord, "une seule chose marchera" [sous-entendu, l'option militaire]) ne doivent pas masquer le fait qu'il existe un consensus au sein de l'appareil d'Etat américain (diplomates et militaires au diapason) contre un conflit avec la RPD de Corée - ainsi que l'a par exemple analysé Le Canard enchaîné dans son édition du 4 octobre 2017. 

Une situation "rude" mais une sortie "victorieuse de l'impasse avec les Etats-Unis" (Kim Jong-un)

En attendant la décision américaine, les Nord-Coréens doivent faire face à l'urgence, à savoir un renforcement sans précédent des sanctions internationales. A cet égard, le Maréchal Kim Jong-un reconnaît que la situation est "rude", mais il exhorte les Nord-Coréens, sous la conduite du Parti, a redoubler d'efforts dans la construction d'une puissance socialiste indépendante comptant sur ses propres forces, recherchant l'autosuffisance dans tous les domaines (et qui serait ainsi, observons-le, à l'abri de représailles sur les échanges commerciaux) et mettant l'accent sur le progrès technologique et l'innovation. Dans ce contexte, il est plus que jamais fait appel à l'unité monolithique du peuple autour du Parti du travail de Corée, avec un rappel du rôle joué par les cellules et les comités du Parti, qui constituent ses organes de base.

Le session du Comité central a également été l'occasion de procéder à un rermaniement des instances dirigeantes du Parti :

Pak Kwang-ho, Pak Thae-song, Thae Jong-su, An Jong-su et Ri Yong-ho sont devenus membres à part entière du bureau politique (auparavant, ils n'étaient que membres suppléants, c'est-à-dire qu'ils peuvent participer aux discussions mais n'ont pas voix délibérative) ;
Choe Hwi, Pak Thae-dok, Kim Yo-jong et Jong Kyong-thaek sont devenus membres suppléants du bureau politique ; 
- Pak Kwang-ho, Pak Thae-song, Thae Jong-su, Pak Thae-dok, An Jong-su et Choe Hwi
 sont devenus de nouveaux vice-présidents du Parti, exerçant de fait les fonctions de directeur de département d'un Parti (par exemple, le département des relations internationales, le département du budget, etc.) ;
Choe Ryong-hae, Ri Pyong-chol, Jong Kyong-thaek et Jang Kil-song sont devenus membres de la Commission militaire centrale du PTC, qui a la haute main sur les forces militaires et de sécurité intérieure, ainsi que pour la définition de la politique de défense.

Sources : 
- KCNA
- North Korea Leadership Watch

Partager cet article
Repost0
7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 18:11

Le 6 octobre 2017, le prix Nobel de la paix a été attribué à la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (acronyme anglais : ICAN), coalition de plus de 500 ONG à l'origine  de l'adoption par 122 Etats membres des Nations unies, le 7 juillet 2017, du projet de traité sur l'interdiction des armes nucléaires - qui entrera en application 90 jours après que cinquante Etats l'auront ratifié. Cette décision, qui intervient dans un contexte de fortes tensions autour de la péninsule coréenne où l'usage et le déploiement d'armes nucléaires sont dangereusement évoqués, conforte l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) dans son action plaidant pour revenir à la table des négociations et engager une désescalade qui doit conduire, à terme, à l'avènement d'un monde sans armes nucléaires. 

Corée : avec l'ICAN, l'AAFC plaide pour un retour immédiat à la table des négociations

Deux jours après l'ouverture à la ratification du projet de traité pour l'interdiction des armes nucléaires, l'Association d'amitié franco-coréenne, dans un article exprimant sa position publié le 22 septembre 2017, soulignait l'urgence, pour sortir de l'impasse dans la péninsule coréenne, de s'engager résolument sur la voie d'un désarmement nucléaire multilatéral - impliquant l'ensemble des pays disposant d'armes nucléaires : 

La seule issue à la crise en cours sur le nucléaire nord-coréen consiste donc à ce que les Etats-Unis cessent de menacer la RPD de Corée avec des armes nucléaires (en apportant par ailleurs des garanties de sécurité à la Corée du Nord) et s'engagent eux aussi sincèrement, comme la France et le Royaume-Uni, vers une interdiction complète des armes nucléaires dont ils restent les principaux détenteurs (si l'on juge par les critères du nombre d'essais et de têtes nucléaires). Ce processus sera long, exigeant des concessions de toutes les parties (et pas seulement de la Corée du Nord), mais en tout état de cause ils ne peuvent pas demander aux autres ce qu'ils refusent d'accomplir eux-mêmes. Dans ce seul contexte, il serait raisonnable pour Pyongyang d'abandonner également ses armes nucléaires, qui sont aujourd'hui son assurance-vie face aux menaces extérieures.

Ce désarmement multilatéral doit, selon l'AAFC, être engagé simultanément par les Etats dotés de l'arme nucléaire et proportionnellement aux arsenaux nucléaires dont ils disposent, afin qu'il ne serve pas de prétexte à certains Etats pour conserver le monopole de l'arme de destruction massive, sans équivalent au monde, que constitue l'arme nucléaire. A cet égard, il convient de rappeler que, selon les données de l'ICAN, près de 94 % des ogives nucléaires sont détenues par deux pays, la Russie (8 500 ogives) et les Etats-Unis (7 700 ogives), devant (dans cet ordre) la France (300 ogives), le Royaume-Uni (250 ogives), la Chine (225 ogives), le Pakistan (environ 110 ogives), l'Inde (environ 100 ogives), Israël (80 ogives) et la Corée du Nord (moins de 10 ogives).

Si aucun des neuf Etats aujourd'hui dotés de l'arme nucléaire n'a participé aux discussions sur le traité pour l'interdiction des armes nucléaires, leurs motivations ne sont pas identiques, comme l'avait rappelé le vote, le 27 octobre 2016, au sein du premier comité de l'Assemblée générale des Nations unies sur la résolution L. 41
 qui prévoyait l'ouverture de négociations cette année sur un "instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète". La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) avait voté pour la résolution L. 41, réaffirmant ainsi sa position traditionnelle selon laquelle elle n'avait développé des armes nucléaires qu'à des fins de dissuasion, mais restait fondamentalement attachée à un monde sans armes nucléaires. La Chine, l'Inde et le Pakistan s'étaient abstenus. Les cinq autres Etats dotés de l'arme nucléaire (Etats-Unis, France, Israël, Royaume-Uni, Russie) avaient voté contre la résolution L. 41. Nous avions alors souligné que la France avait été particulièrement active pour s'opposer à cette démarche visant à l'interdiction des armes nucléaires : 

La France a été particulièrement en pointe dans l'opposition à ce texte, en faisant pression sur les eurodéputés français pour qu'ils s'opposent à une résolution au Parlement européen confortant la démarche de l'Assemblée générale des Nations unies. L'argumentaire français est qu'il fallait s'opposer à un texte "inefficace et déstabilisateur", et donc en rester aux instruments existants... qui ont fait la démonstration de leur inefficacité.

Sur la question coréenne, l'ICAN est à l'origine d'une pétition dont l'AAFC partage le principe et les objectifs, à savoir le retour immédiat aux pourparlers à six et la fin de l'escalade militaire par l'ensemble des parties - y compris la fin des exercices de guerre américano-sud-coréens : 

La crise actuelle dans la péninsule Coréenne nécessite une action immédiate en vue de désamorcer les tensions. Les manoeuvres militaires qui ont lieu en Corée du Sud doivent être arrêtées et aucun test de missiles ou d’arme nucléaire ne doit avoir lieu dans les pays impliqués dans ce conflit. Nous appelons donc les six pays qui ont été parties à des négociations dans le passé à retourner immédiatement à la table des négociations pour discuter les termes d’un traité de paix.

http://www.icanw.org/petitionfrench/

Cependant, par réalisme quant aux équilibres diplomatiques et aux réalités stratégiques, l'AAFC adapte cet appel de l'ICAN dans son positionnement. Nous préconisons d'abord, dans un premier temps, un double moratoire (de ses essais nucléaires et balistiques par la Corée du Nord, de leurs manoeuvres militaires et de la course aux armements par les Etats-Unis), concurremment à la levée en tout ou partie des sanctions internationales qui menacent la vie même des populations nord-coréennes, pour enclencher un processus de dialogue en recréant les conditions d'une confiance mutuelle entre l'ensemble des Etats parties aux pourparlers à six. Cette dynamique, reposant sur le principe "action contre action", doit ainsi conduire, à terme, au désarmement nucléaire effectif de toute la péninsule coréenne. 

Partager cet article
Repost0
28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 19:31

Dans le contexte actuel de tensions autour de la péninsule coréenne, les analyses de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont été reprises (par exemple dans un article de L'Humanité qui nous a longuement cités pour dénoncer l'impact des sanctions sur les populations) et nos responsables interrogés : Robert Charvin, vice-président de l'AAFC, a répondu à Initiative communiste, et Benoît Quennedey, président de l'AAFC, à Nice Matin ou encore à Russia Today. Nous reproduisons ci-après le contenu de son entretien à Russia Today, le 27 septembre 2017.

RT France : Des bombardiers américains se sont approchés des côtes nord-coréennes et le chef de la diplomatie nord-coréenne Ri Yong-ho a déclaré au siège des Nations unies que le monde entier devrait se souvenir que «les Etats-Unis ont été les premiers à déclarer la guerre». Un conflit armé est-il proche selon vous ?

Benoît Quennedey (B. Q.) : Aujourd'hui, on ne déclare plus la guerre à un pays comme cela. La déclaration de guerre en droit suppose – du moins dans le droit français – une consultation du Parlement. On en est aujourd’hui pour moi toujours au stade de la guerre verbale, ce qui est en soi est un signe inquiétant, mais il n'y a pas d'action militaire.

Les relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis ont été émaillées de nombreux incidents depuis 1953, à la fin de la guerre de Corée. Il n'y a d'ailleurs pas eu de traité de paix, que l'on attend toujours, mais un traité d'armistice. Il y a eu la capture du Pueblo, le navire espion américain, dans les eaux coréennes en 1968. Il y a eu des affrontements maritimes avec la Corée du Sud, qui ont fait des morts à plusieurs reprises, notamment en 2010 à Yeonpyeong.

Si l'hypothèse d'un conflit armé peut être prise au sérieux face à la montée des tensions et à l'escalade verbale en cours, nous sommes toujours dans le domaine du discours. De chaque côté, il y a une grande fébrilité, une volonté de montrer qu'on est prêt à tout. Par le passé, les Nord-Coréens ont pu tenir des propos beaucoup plus durs, affirmant que, s'ils étaient attaqués, ils noieraient Séoul sous une mer de feu. Ce qui est nouveau c'est que, auparavant, ils disaient «si nous sommes attaqués» et qu'aujourd'hui, ils laissent entendre que la guerre aurait commencé. Mais à mon sens, une guerre se définit par un enclenchement action / contre-action, suivi d'un engagement total ou partiel de forces armées des pays dans un conflit de long terme. Il y a eu la guerre de Corée entre 1950 et 1953. Il y a eu depuis un certain nombres d'actions militaires, mais on n'en est pas encore arrivé au stade de la guerre. 

RT France : Si la Corée du Nord abattait comme elle l'a promis un bombardier américain, cela suffirait-il à déclencher un conflit armé ?

B. Q. : La comparaison avec le Pueblo est peut-être l'exemple le plus parlant. On avait alors eu une longue crise entre les deux pays. Même si on assistait à une action de ce type, cela resterait de l'ordre de l'action militaire et pas de la guerre. Une action militaire même ponctuelle n'est pas encore la guerre, même si, effectivement, on s'en rapproche.

RT France : «Petit homme fusée», «vieux sénile»... Les joutes verbales semblent de plus en plus tourner à l'attaque personnelle entre Donald Trump et Kim Jong-un. Y a-t-il matière à s’inquiéter de la tournure que prend cette crise ?

B. Q. : Par rapport aux termes employés par les Nord-Coréens, il faut comprendre que nous ne sommes pas dans une culture occidentale. On trouve dans les discours des comparaisons ou des termes qui représentent la culture politique de chaque pays. Pour donner un exemple, dans la culture vietnamienne, une des insultes les plus courantes est de comparer les personnes à des animaux, et surtout aux insectes. Ce qui donne souvent, dans les traductions, le terme «vermine». Tout propos doit être resitué dans un contexte politique et culturel. S'agissant de la Corée du Nord, le fait qu'ils aient des propos extrêmement forts vis-à-vis des dirigeants américains n’est pas tout à fait nouveau. Je me rappelle cette formule qui avait à l'époque suscité un tollé : les autorités nord-coréennes avaient comparé Barack Obama à un singe. C'était, à mon sens, une métaphore bestiale que l'on retrouve très souvent dans le discours politique coréen aussi bien du nord que du sud – les Sud-Coréens ont régulièrement décrit des dirigeants nord-coréens sous la forme de cochons. Cela relève du bestiaire, ce n'est pas nouveau ou inédit dans ces cultures. D'ailleurs, la comparaison sur Barack Obama n'avait pas nécessairement de connotation raciste. Ce qui est beaucoup plus nouveau est de voir Donald Trump tenir des propos du même type vis-à-vis d'un autre dirigeant étranger, et cela de manière aussi régulière et répétée, donnant effectivement l'impression que cela tourne à l'affaire personnelle. 

Les Nord-Coréens n'ont pas toujours eu des termes aussi négatifs à son encontre. Pendant la campagne présidentielle américaine, Pyongyang avait dit de Donald Trump qu'il était avisé et sage. J'ai l'impression qu'aujourd'hui la rhétorique employée à son encontre est presque à la hauteur de la déception, de l'agacement. Ensuite, il ne faut pas oublier que, pendant la guerre de Corée, la Corée du Nord a été recouverte de bombes. Chaque famille nord-coréenne compte une victime de ce conflit dans ses membres. Le nombre d'entre elles a atteint un quart de la population du pays. Ces propos sont à la mesure d'un ressentiment qui dure depuis plusieurs générations. En quelque sorte, quand les autorités nord-coréennes visent Donald Trump, elles visent le commandant en chef d'une force armée hostile qui, pour eux, a détruit leur pays et le menace à nouveau des pires châtiments.

RT France : Le nouveau président sud-coréen, Moon Jae-in, n'est pas aussi pro-américain que ses prédécesseurs et son pays serait le premier à souffrir d'un conflit armé. A force de provocations et d'escalades verbales, Donald Trump risque-t-il de perdre un allié de poids dans la région ?

B. Q. : Ce qui est très dommage est que la Corée du Sud, qui serait aux premières loges d'un conflit, a été marginalisée. Quand Moon Jae-in était en campagne électorale, il avait dit qu'il ne fallait pas que la diplomatie de la Corée du Sud s'aligne systématiquement sur celle des Etats-Unis. C'étaient bien sûr des propos de campagne, puisqu'une de ses premières visites en tant que chef d'Etat fut à la Maison Blanche. Néanmoins, la partition politique en Corée du Sud fait que chez les démocrates, dont est issu Moon Jae-in, le sentiment nationaliste est plus ancré. Ils sont pour un dialogue avec le Nord. La dépendance vis-à-vis des Etats-Unis, et notamment la dépendance militaire, est quelque chose qu'ils vivent mal.

La démarche qu'a eue Moon Jae-in quand il a été élu était de dire qu'il fallait poursuivre le dialogue avec la Corée du Nord tout en maintenant l'alliance avec les Etats-Unis. Or, Donald Trump a eu un mot malheureux, quand il y a eu le premier essai balistique intercontinental nord-coréen le 4 juillet, en disant que, désormais, la Corée du Sud se rendait parfaitement compte que cela ne servait à rien de dialoguer avec la Corée du Nord. Il était en train de donner des leçons à un chef d'Etat étranger. Or ce qui caractérise la diplomatie internationale est précisément de dire que tous les chefs d'Etat sont à égalité, qu'ils soient à la tête d'un petit ou d'un grand pays.

Il faut aussi rappeler que l'élection de Donald Trump a été accueillie avec effroi par les Sud-Coréens. Quand on leur demandait pour qui ils auraient voté, 90% déclaraient Hillary Clinton. Il était donc déjà mal perçu par l'opinion publique. Ajoutons à cela le faible tropisme américain de Moon Jae-in... Le risque que court Donald Trump est de voir la Corée du Sud, sans renier l'alliance traditionnelle avec les Etats-Unis, chercher par les voies diplomatiques à se rapprocher de partenaires tiers comme la Russie et la Chine. Deux pays qui, contrairement à ce que l'on dit, ne sont pas pro-Corée du Nord. Il y a la position de la Corée du Nord, celle des Etats-Unis et de leurs alliés – avec plus ou moins de nuance – et enfin il y a la position de la Russie et de la Chine, qui ont plutôt tendance à renvoyer dos à dos les deux premières, appelant chacun à mettre un terme à cette escalade.

Le risque aujourd'hui n'est donc pas que la Corée du Sud, qui est de toute façon liée par des accords militaires, ne suive plus les Etats-Unis, mais que Séoul joue un rôle diplomatique de rapprochement avec d'autres pays, ce qui pourrait contrarier la politique américaine qui est aujourd'hui au durcissement. Moon Jae-in a d'ailleurs clairement dit que, fondamentalement, ni lui ni le peuple sud-coréen ne souhaitaient une escalade ni même une action militaire américaine.

RT France : Quelle stratégie devrait-on suivre selon vous afin d'enfin apaiser la situation ?

B. Q. : Aujourd'hui, ce que proposent les Américains et leurs alliés n'est pas un dialogue mais un diktat. Leur stratégie revient à dire : «Nous allons tellement vous pressurer que vous n'aurez plus de pétrole, vous aurez des risques de famine, votre économie va s’effondrer, on interdit vos échanges et ainsi vous reviendrez forcément à la table des négociations.». Ce genre de méthodes ressemble à celle choisie vis-à-vis de l'Allemagne après la Première Guerre mondiale. Croire que la Corée du Nord, contrainte et forcée, reviendra à la table des négociations, c'est mal connaître le pays qui dans les années 90 a connu une très grave pénurie alimentaire. Il faut aussi comprendre que l'idée que l'arme nucléaire est comme un principe d'assurance-vie du régime est tellement forte à Pyongyang que cette méthode ne peut qu'échouer.

D'ailleurs, les Américains n'ont jamais dit, après le vote des résolutions au Conseil de sécurité, qu'ils avaient un calendrier avec la Corée du Nord, un agenda pour revenir aux négociations, un temps de travail fixé. Au contraire, ils sont dans une logique, presque de politique intérieure, qui est de dire : «Nous ne pouvons pas ne rien faire.» Donald Trump avait dit que jamais les Nord-Coréens ne disposeraient d'une capacité de dissuasion qui puisse atteindre les territoires américains. C'est aujourd'hui le cas. 

A mon sens, la seule façon de revenir à un contexte moins tendu est de renouer un dialogue en prenant en compte les attentes de chaque partie. Celles nord-coréennes sont connues : avoir des garanties de sécurité et ne pas subir le sort de l'Irak en 2003 et de la Libye en 2011. Par conséquent, au moins dans un premier temps, il faut avoir des actions de chaque partie afin de créer des conditions de confiance qui permettront le retour au dialogue. Il faudrait que Pyongyang cesse les tirs de missiles et les essais nucléaires avec un moratoire d'une certaine période. De son côté, Washington devrait arrêter les manœuvres militaires et a fortiori les vols de bombardiers dans le ciel coréen à proximité de la Corée du Nord. Ce n'est pas quelque chose d'impossible puisqu'on l'avait déjà vu dans les années 1990, où les Américains avaient suspendu leurs manœuvres militaires pour justement abaisser les tensions avec la Corée du Nord. Cette politique est raisonnable. Elle est d'ailleurs proposée par la Chine et la Russie, qui sont totalement sur la même ligne.

La principale difficulté désormais est de convaincre les Américains de revenir à une vraie phase de négociations. Dire aux Nord-Coréens qu'on ouvrira un dialogue une fois qu'ils auront abandonné l'arme nucléaire n'est plus possible. La Corée du Nord est de fait un Etat doté de l'arme nucléaire. Elle a des préoccupations sécuritaires qui sont celles de tout Etat souverain.

La question principale, selon moi, n'est pas tant de savoir si on reviendra à une phase de dialogue, car on y reviendra. Toutes les crises autour de la Corée du Nord ont fini par retomber, y compris en 2013. L'important est de savoir si la baisse des tensions sera momentanée, si elle durera six mois, un an ou si on va pouvoir assister au vrai retour d'un cycle de dialogues. Les négociations dans un cadre à six parties – les deux Corées, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon – sur le nucléaire coréen ont été suspendues il y a maintenant près de huit ans

Dans tous les cas, les Nord-Coréens attendent une chose : un signe de la part des Américains ainsi qu'une prise en compte de leur part de la nouvelle réalité stratégique. C’est d'ailleurs ce qu'avait proposé Xi Jinping, qui avait dit qu'il serait bien que Donald Trump prenne son téléphone et appelle Kim Jong-un pour montrer qu'il l'estime. Quand on est dans l'invective verbale vis-à-vis que quelqu'un, il est difficile de renouer les fils du dialogue.

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

 

Source :

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?