Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 11:01

L'agence américaine Associated Press (AP), qui dispose de bureaux à Pyongyang, a pu rencontrer et interroger, le 1er août 2014, deux citoyens des Etats-Unis détenus en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour "crimes contre l'Etat", dans l'attente imminente de leur procès : Jeffrey Edward Fowle (56 ans) et Matthew Todd Miller (24 ans). Selon AP, les deux hommes ont demandé l'aide du gouvernement américain, mais Jeffrey Fowle indique n'avoir reçu "aucune réponse". Les entretiens faisaient suite aux demandes répétées de l'agence AP, auxquelles les autorités nord-coréennes ont donc accepté de répondre positivement. Ce geste humanitaire vis-à-vis des deux détenus et de leurs familles indique également que la RPDC laisse la porte ouverte à des négociations avec le gouvernement américain, ce qui pourrait alors conduire à une mesure de clémence vis-à-vis de Jeffrey Fowle et Matthew Miller - comme ce fut le cas par le passé vis-à-vis des autres Américains arrêtés en RPDC depuis l'armistice de la fin de la guerre de Corée, la visite de Bill Clinton en 2009 ayant par exemple abouti à la libération des journalistes Laura Ling et Euna Lee qui étaient entrées illégalement en Corée du Nord.

Jeffrey Fowle

Jeffrey Fowle

Matthew Miller

Matthew Miller

La rencontre entre l'agence AP et Jeffrey Fowle et Matthew Miller, arrêtés l'un et l'autre depuis plus de trois mois, avait été autorisée à condition de ne pas rendre public le lieu où s'est déroulé l'entretien. Les journalistes américains ont pu leur poser des questions et ont diffusé une vidéo d'eux. Jeffrey Fowle a montré une lettre qu'il avait écrite en RPDC.

Les deux hommes, qui n'étaient pas en costume de prisonnier, ont déclaré être en bonne santé et bien traités, et autorisés à faire des sorties quotidiennes. Mais ces conditions pourraient changer après l'ouverture de leur procès, a indiqué Jeffrey Fowle.

Matthew Miller est entré en RPDC le 10 avril 2014. Selon l'agence de presse nord-coréenne KCNA, il a déchiré son visa à son arrivée en Corée et crié qu'il demandait l'asile politique. Ayant vécu en Corée du Sud il y a quatre ans, après avoir rendu visite à son frère qui y servait dans l'armée de l'air, il avait enseigné l'anglais et appris le coréen au Sud de la péninsule, comme l'a précisé une de ses voisines, Carol Stewart, dans un entretien donné le 1er juillet. Carol Stewart n'a ensuite plus parlé aux médias, sur la demande de la famille de Matthew Miller.

Entré en RPDC le 29 avril 2014, Jeffrey Fowle a déclaré qu'il avait été arrêté après avoir laissé une bible dans un lieu public (une discothèque) qu'il visitait avec son groupe à Chongjin. Selon sa famille, Jeffrey Fowle n'était pas en mission pour son église. Marié et père de trois enfants, il a ajouté : "Les perspectives sont plutôt sombres en ce qui me concerne. Je ne sais pas quel pourrait être le pire scénario, mais j'ai besoin d'aide pour me sortir de cette situation. Je demande donc au Gouvernement de m'aider". Il a précisé n'avoir reçu aucune réponse des autorités américaines.

La même remarque sur une demande d'aide et son absence de réponse a été formulée par Matthew Miller, dans l'attente d'un procès devrait avoir lieu prochainement (peut-être d'ici un mois selon Jeffrey Fowle) et conduire à des condamnations à de longues peines de prison pour "crimes contre l'Etat". Les actes hostiles qu'ils ont commis méconnaissaient leur statut de touristes, selon les autorités nord-coréennes, qui n'ont pas encore annoncé publiquement la date des procès.

Un troisième Américain est détenu en Corée du Nord : Pae Jun-ho (Kenneth Bae) a été arrêté en novembre 2012 et condamné en mai 2013 à quinze ans de travaux forcés, pour prosélytisme religieux et espionnage. Le cas de Kenneth Bae est plus complexe, non pas tant en raison de ses origines coréennes que du fait qu'il s'était déjà rendu à plusieurs reprises en RPDC et que les faits incriminés apparaissaient plus lourds que pour Jeffrey Fowle et Matthew Miller. Selon toutes apparences plus soucieuses du cas de Kenneth Bae que de ceux de Jeffrey Fowle et Matthew Miller, les autorités américaines ont demandé à plusieurs reprises la libération de Kenneth Bae, en arguant notamment de son état de santé. Sa mère avait été autorisée à lui rendre visite en octobre 2013. Dans un entretien qu'il a récemment donné aux Nord-Coréens du Japon, il a déclaré se sentir "abandonné" par le gouvernement américain.

Sur la base des observations de l'agence RIA Novosti citant une ONG américaine, le Centre d'information sur la peine de mort, les remarques du gouvernement américain concernant les conditions de détention de ses deux ressortissants en attente de jugement ne peuvent pas être considérées comme valables par Pyongyang au regard des propres pratiques de la justice américaine et ne font ainsi que diminuer les chances des trois Américains d'être libérés. Selon Ria Novosti, "les Etats-Unis sont connus pour mener une politique étonnamment similaire (NdA : à celle de la Corée du Nord) concernant les détenus étrangers" en ce qui concerne les motifs des arrestations et les condamnations. Trente étrangers ont même été arrêtés et exécutés aux Etats-Unis depuis 1979 sans avoir eu accès aux autorités consulaires de leur pays, en méconnaissance des dispositions de l'article 36 de la convention de Vienne sur les relations consulaires.

Sources :

Partager cet article
Repost0
29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 15:44

En juillet 2014, la République populaire démocratique (RPDC, Corée du Nord) a accueilli 38 fonctionnaires et représentants du monde économique sud-coréens pour une visite d’une semaine dans le port de Rajin, formant avec Sonbong la zone économique spéciale (ZES) de Rason, près de la frontière avec la Fédération de Russie. Ceux-ci se sont déclarés favorables au projet, malgré les appels pressants des Etats-Unis à rejoindre un front commun de sanctions contre la Russie suite aux événements d'Ukraine. Le choix de la Corée du Sud de soutenir le projet russo-nord-coréen de relier le Transsibérien à la péninsule coréenne permettrait de dynamiser la ZES de Rason et ferait bénéficier la Corée du Sud d’un approvisionnement en charbon russe. Il ferait aussi progresser les relations intercoréennes

Une participation sud-coréenne au projet de « rail eurasien » pour dynamiser la zone économique spéciale de Rason?

Située sur la rive ouest de la rivière Tumen, la zone économique spéciale de Rajin-Sonbong, d'une superficie de 746 km², a été fondée en 1991 sous la juridiction du Comité de la coopération économique extérieure de la République populaire démocratique de Corée afin d’accueillir des investisseurs étrangers intéressés par le potentiel économique et géographique de la Corée du Nord. Renommée Rason en 2000, cette zone économique spéciale - inspirée des modèles de Hong Kong et de Macao - constitue la première ouverture de la RPDC sur l’économie mondiale, bénéficiant d'une juridiction spéciale. Cette zone intègre un centre de transit de cargos, une plate-forme de correspondance (hub) pour les exportations de la RPDC mais aussi une zone touristique avec plusieurs parcours guidés. En 1996, la ZES abritait déjà 51 entreprises étrangères pour un total de 37 millions de dollars investis et l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (UNIDO) estimait alors que l’investissement total se porterait à 150 millions de dollars. Son statut a été modifié en 2010 pour lui accorder une plus grande autonomie. En 2012, la ZES a accueilli sa première foire internationale consacrée au commerce.

 

Rason s’appuie notamment sur un complexe de trois ports qui en font sa force majeure : Rajin, Sonbong et Chongjin, dont les capacités cumulées atteignent 14 millions de tonnes. La localisation du site de la ZES, à l’embouchure du fleuve Tumen, a d’abord attiré l’attention du gouvernement et d’investisseurs chinois qui percevaient Rason comme une manière de désenclaver économiquement les trois provinces du nord-est de la Chine (Liaoning, Jilin et Heilongjiang). Depuis, la République populaire de Chine est le premier investisseur de la zone et opère deux jetées dans le port, une pour l’exportation de charbon et l’autre pour les containers. L’Université de Yanbian a conclu le 7 juin dernier un partenariat avec la ZES de Rason pour offrir formation et soutien juridique à celle-ci. La Russie s’est également très tôt intéressée aux possibilités offerte par cette zone économique spéciale située juste à sa frontière : elle suit la Chine en termes d’investissements et opère une jetée utilisée pour le charbon. Les connections terrestres avec la Chine ont été rénovées en 2010 et depuis un accord de 2008 entre le dirigeant de la RPD de Corée Kim Jong-il et le président russe Vladimir Poutine, la RPDC et la Russie ont achevé de restaurer en septembre 2013 une liaison ferroviaire de 54 kilomètres entre la ville russe de Khasan et Rason.

Inauguration de la ligne Rajin-Khasan le 22 septembre 2013

Inauguration de la ligne Rajin-Khasan le 22 septembre 2013

C’est dans ce contexte de projet ferroviaire qu’est intervenue, en juillet 2014, la visite d’une semaine de 38 fonctionnaires et représentants économiques sud-coréens appartenant à la compagnie ferroviaire KORAIL, à l’aciériste POSCO et à la compagnie maritime Hyundai Merchant Marine Co, à l'invitation du gouvernement de la RPDC. Cette visite avait pour but de décider de la faisabilité d’une participation sud-coréenne au projet russo-nord-coréen de connecter le Transsibérien via Khasan à la ville de Rajin. Les représentants de ce consortium trilatéral ainsi que les envoyés gouvernementaux se sont déclarés intéressés par les possibilités offertes par ce projet. Les trois entreprises envisagent donc de réaliser un transport-test de charbon russe par voie ferrée jusque Rajin puis de l’expédier par mer vers le port sud-coréen de Pohang. Si cette participation devait se concrétiser, il semble que le consortium sud-coréen achèterait la moitié des parts de la Russie dans la nouvelle jetée construite à Rajin, capable de recevoir 4 millions de tonnes de charbon. Un tel projet dynamiserait indubitablement la ZES de Rason en la transformant en plaque tournante pour le transport international.

 

Cette initiative économique bénéficie d’un soutien ferme des autorités sud-coréennes et russes : la présidente sud-coréenne Park Geun-hye et le président russe Vladimir Poutine sont tombés d’accord lors d’une rencontre en novembre 2013 à Séoul sur le soutien à apporter à l’implantation des firmes sud-coréennes dans ce projet. De plus, Park Geun-hye met en avant comme vision politique de son mandat une « initiative eurasienne », appelant à la construction de plus d’infrastructures de transport et à la libération du commerce entre toutes les nations eurasiennes pour créer un marché commun géant rivalisant avec l’Union Européenne. Le gouvernement nord-coréen est très favorable à cette participation sud-coréenne dans ce projet et espère qu’il constituera un terreau fertile pour faire avancer les relations intercoréennes.

 

En revanche, le choix opéré par la Corée du Sud, qui la rapprocherait de la Fédération de Russie, s'oppose frontalement aux récents appels lancés par les Etats-Unis. Suite à une réunion le 28 juillet 2014 avec des représentants français, allemands, britanniques et italiens pour décider des sanctions à appliquer contre la Russie, le secrétaire assistant adjoint au Counter Threat Finance and Sanctions (TFS) du département d’Etat américain, Peter Harrell, en visite à Séoul, s’est rendu au ministère des Affaires étrangères pour demander la coopération sud-coréenne dans ce front commun de sanctions. Le gouvernement sud-coréen a répondu via un communiqué que l’annexion de la Crimée par la Russie n’était pas acceptable. Il n'a cependant annoncé aucune sanction à l’encontre de la Fédération de Russie, afin de ne pas détériorer les relations bilatérales avec un potentiel partenaire majeur dans un projet intéressant toute l'Asie orientale.

 

Sources :

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 22:19

Après la conclusion à Stockholm, le 29 mai 2014, d'un accord entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), Pyongyang a mis en place au plus haut niveau un comité chargé de réouvrir la question des personnes disparues, et qui auraient ainsi pu être enlevées par les Nord-Coréens selon les autorités japonaises  ; en contrepartie et comme convenu, le gouvernement japonais a levé, le 3 juillet, certaines des sanctions sur les échanges économiques et de personnes avec la Corée du Nord, tandis que par ailleurs la procédure de vente du bâtiment de l'Association générale des résidents (nord-)coréens au Japon a été interrompue. Dans ce contexte qui ouvre des perspectives nouvelles d'amélioration des relations bilatérales, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a repris la vieille politique américaine du "big stick" ("gros bâton") en indiquant, lors d'un entretien téléphonique le 7 juillet 2014 avec son homologue japonais Fumio Kishida, que Washington verrait d'un mauvais oeil une visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe en RPD de Corée et que, plus généralement, les Etats-Unis voulaient des "discussions" (et pas seulement une information préalable) si une telle visite devait se concrétiser. De fait, le dialogue nippo - nord-coréen fissure le front du refus qu'ont mis en place les Américains vis-à-vis de la Corée du Nord (pas de dialogue, pas d'échanges avant que Pyongyang n'ait accepté préalablement et sans contreparties de renoncer à ses armes nucléaires et à son programme balistique) : sous couvert de prétendue "coopération" avec Séoul et Tokyo sur la question nucléaire nord-coréenne, les Etats-Unis veulent conduire la politique nord-coréenne du gouvernement japonais - alors qu'eux-mêmes se sont bien gardés d'associer Tokyo aux contacts informels qu'ils ont eu avec les Nord-Coréens. Sous des dehors de remise au pas, l'avertissement américain vis-à-vis du Japon apparaît comme un aveu de faiblesse : n'ayant à aucun moment trouvé à redire à la diplomatie nationaliste du gouvernement Abe, les Etats-Unis paient aujourd'hui le prix de la liberté qu'ils ont laissée à leur allié japonais pour réaffirmer sa volonté de puissance et mener une politique étrangère indépendante - au grand dam de ses voisins sud-coréen et chinois, qui peuvent ainsi apprécier le peu de considération des Etats-Unis pour leurs propres revendications nationales. 

Comment le Japon est devenu le maillon faible du front du refus américain du dialogue avec Pyongyang

Jusqu'à présent, le nationalisme du gouvernement japonais de Shinzo Abe n'avait guère suscité de réactions des autorités américaines - de fait, n'avaient-elles pas tout lieu de se féliciter de pouvoir compter sur la remilitarisation de leur allié japonais, qui a renié de façon incroyable, par une simple déclaration, le pacifisme résultant des dispositions de l'article 9 de sa Constitution - en affirmant que le Japon pourrait désormais intervenir non plus seulement pour assurer sa propre sécurité, mais aussi sur des théâtres d'opérations extérieures dans le cadre de ses alliances militaires ?

De même, quand le Président Barack Obama, lors de sa récente tournée est-asiatique, a soutenu les positions vietnamiennes dans leurs revendications territoriales contre la Chine en mer du Sud, il s'est bien gardé de prendre en revanche position sur les différends territoriaux entre le Japon et la Corée du Sud d'une part, le Japon et la Chine d'autre part. La Chine a compris le message qu'elle était bien devenue le rival stratégique des Etats-Unis, et la République de Corée (Corée du Sud) qu'elle n'avait rien à attendre d'un quelconque soutien américain dans ses différends avec le Japon. Dès lors, les Chinois et les Sud-Coréens se sont rapprochés face à la résurgence du nationalisme japonais, en condamnant à la fois le refus par Tokyo de reconnaître les crimes commis pendant la Seconde guerre mondiale à l'encontre des "femmes de réconfort", et la réinterprétation unilatérale, lourde de menaces pour la paix, de l'article 9 de la Constitution japonaise.

Constatant l'inertie américaine, le gouvernement japonais a pour sa part pleinement pu avancer ses pions pour développer une diplomatie indépendante, alors que la détérioration de ses relations avec Pékin et Séoul l'avait isolé sur la scène extrême-orientale.

Ainsi isolé, Shinzo Abe a cherché, à l'instar de son prédécesseur Junichiro Koizumi et après l'échec sur le même sujet de la précédente administration démocrate, à marquer des points sur le dossier, extrêmement sensible pour l'opinion publique, des Japonais en Corée du Nord, enlevés contre leur gré selon les autorités nippones, et dont le sort a été au coeur de l'accord conclu à Stockholm, le 29 mai 2014, entre Pyongyang et Tokyo. Un mois après, cet accord a commencé à porter ses premiers fruits selon la méthode, dont le succès a été éprouvé, du dialogue par étapes, action par action, chacune des parties s'engageant selon les progrès accomplis par l'autre partie.

A la différence des Etats-Unis et (depuis le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul) de la Corée du Sud, le Japon ne met pas la question nucléaire nord-coréenne au centre de ses relations avec la RPD de Corée. Dès lors, face au front de refus du dialogue que lui opposent Washington et Séoul, Pyongyang a disposé d'un levier de négociation avec Tokyo sur une question distincte de celle du nucléaire.

Tout en se félicitant officiellement des progrès sur la question des citoyens japonais "portés disparus", les Etats-Unis et la Corée du Sud ont observé avec inquiétude la rapidité des avancées du dialogue nippo-nord-coréen, d'autant plus inattendues pour leurs chancelleries que les échanges étaient depuis longtemps bloqués. L'exigence américaine, exprimée par le secrétaire d'Etat John Kerry le 7 juillet dans un entretien téléphonique avec le ministre des Affaires étrangères japonais, d'être désormais partie prenante de tout nouveau pas en avant dans les relations bilatérales entre Tokyo et Pyongyang sonne comme un aveu que les Etats-Unis ont été mis devant le fait accompli, et qu'en tant que puissance dominante du Japon ils veulent désormais reprendre la main. Il n'est cependant pas certain que ces propos peu diplomatiques soient du goût des nationalistes japonais au pouvoir à Tokyo... Par comparaison, les récents échanges diplomatiques entre Séoul et Tokyo - à l'issue desquels le Japon a réaffirmé sa solidarité avec les Etats-Unis et la Corée du Sud dans leur front du refus sur le nucléaire nord-coréen - ont été plus habilement menés.

Mais quel est l'objet du soudain affolement américain et sud-coréen ? Le 3 juin 2014, Fumio Kishida, ministre des Affaires étrangères japonais, avait déclaré, devant la commission des affaires étrangères et de la défense de la Chambre des conseillers, qu'une des options sur la table était une visite à Pyongyang. Dès lors, l'hypothèse d'un déplacement en RPD de Corée du Premier ministre Shinzo Abe, à l'instar de son prédécesseur Junichiro Koizumi, était clairement évoquée - la date de septembre ayant été avancée par les médias.

Après le coup de téléphone américain, Fumio Kishida a dû rétropédaler et déclarer qu'un tel déplacement n'était - certes - pas à l'ordre du jour des discussions avec Pyongyang. Pour les Etats-Unis, le scénario catastrophe où le Japon briserait le front du refus du dialogue avec la RPDC a ainsi pu être évité. Mais si Washington continue de pratiquer la politique de l'esquive et de la reconnaissance du fait accompli par Tokyo, il n'y a aucune raison objective que le Japon se conforme davantage aux desiderata états-uniens.

Sources :

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 07:48

122 anciennes « femmes de réconfort » ont porté plainte le mercredi 25 juin 2014 auprès de la chambre du district central de Séoul contre le gouvernement sud-coréen pour avoir été forcées à avoir des relations sexuelles avec des soldats américains dans des « zones spéciales » mises en place et gérées par le Gouvernement dans les années 1950-1960. Ces pratiques gouvernementales violant les droits des femmes font écho aux pratiques d’esclavage sexuel pratiquées par les Japonais pendant la Seconde guerre mondiale, pour lesquelles les victimes demandent une reconnaissance de ces crimes par les autorités japonaises ainsi qu'une compensation.

Le général Park Chung-hee, après le coup d'Etat de 1961, avec le général Guy S. Meloy. Le général Park a exclu la prostitution pour l'armée américaine du champ d'application des lois contre la prostitution en Corée.

Le général Park Chung-hee, après le coup d'Etat de 1961, avec le général Guy S. Meloy. Le général Park a exclu la prostitution pour l'armée américaine du champ d'application des lois contre la prostitution en Corée.

L’histoire contemporaine de la Corée est marquée à ses origines par une série de drames majeurs pour la péninsule jusqu’alors sous suzeraineté chinoise. En premier lieu, l’annexion par le Japon en 1910 ouvre la voie à 35 ans de colonisation brutale et d’exploitation des ressources comme des habitants pour alimenter l’empire et la machine de guerre nippons. Si les hommes sont réquisitionnés pour le travail forcé ou le service militaire, les femmes subissent également le joug de l’occupant qui cherche des distractions « sécurisées » pour ses troupes et ses travailleurs. Plusieurs centaines de milliers de jeunes femmes de toute l’Asie de l’Est ont été prostituées à disposition des soldats japonais pendant la Seconde guerre mondiale, et c’est la péninsule coréenne qui a le plus souffert de cet esclavage.


La reddition du Japon en août 1945 voit les armées soviétique et américaine avancer jusqu’au 38ème parallèle, contribuant ainsi à diviser durablement la Corée jusqu’à la guerre civile de 1950 à 1953 qui entérine cette séparation. Dans les années 1950 – 1960, la jeune République de Corée (du Sud) cherche à divertir les troupes américaines et onusiennes pendant la guerre puis de garder les G.I.s sur son territoire pour sa protection avec le problème majeur d’occuper des soldats inactifs. Pendant la guerre de Corée, l'armée sud-coréenne met en place de manière structurée des bordels militaires à destination de l’armée américaine en enrôlant, souvent de manière trompeuse, de jeunes femmes. Même après la fin des hostilités, près de 60% des prostituées travaillent encore à proximité des camps américains. En 1960, deux membres de l’Assemblée nationale sud-coréenne font même une demande officielle auprès du Gouvernement pour la constitution d’un approvisionnement en prostituées aux troupes alliées afin d’empêcher celles-ci d’aller dépenser leur argent au Japon.


Le 25 juin 2014, 122 femmes ayant travaillé dans ces bordels militaires pour soldats américains - mis en place par l’administration Syngman Rhee pendant la guerre de Corée (1950 – 1953) - ont porté plainte collectivement contre le Gouvernement auprès de chambre du district central de Séoul pour esclavage sexuel et viol des droits de l’homme. Elles ont été forcées par les autorités à fournir des services sexuels dans des conditions dégradantes aux militaires dans les « zones spéciales » situées près des camps américains dès 1957. Toutes décrivent un système très organisé avec des visites médicales obligatoires et clament l’existence de camps géré par l’Etat destinés à accueillir celles d’entre-elles atteintes par des maladies sexuellement transmissibles (MST). Les plaignantes demandent  10 millions de won (9850$ / 7280€) à titre de compensation, une enquête publique pour dévoiler la vérité sur cet esclavage sexuel ainsi que des excuses officielles de la part du Gouvernement. Elles estiment avoir été sacrifiées pour permettre le décollage économique post-guerre de la Corée du Sud, alors que selon certaines estimations les activités générées par les camps américains - y compris la prostitution - auraient représenté jusqu'à 25 % du PIB sud-coréen dans les années 1960.


Si, depuis 2008, des ONG locales et régionales s’emploient à rassembler les témoignages de ces femmes abusées par les autorités qui prétendaient à l’époque recruter des « patriotes » et des « diplomates civiles », il s’agit cependant de la toute première plainte officielle en Corée du Sud concernant les bordels militaires à destination des alliés. Une situation extrêmement délicate pour les autorités sud-coréennes qui considèrent cette question des « femmes de réconfort » comme de la responsabilité unique du Japon de la Deuxième guerre mondiale et font des compensations ainsi que de la reconnaissance de ces crimes contre l’humanité un sujet primordial du dialogue bilatéral.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient pleinement les démarches des victimes des soldats américains, qui ont dû se prostituer dans un cadre mis en place avec et par les autorités sud-coréennes, en considérant que rien ne saurait justifier de telles atteintes aux droits fondamentaux des personnes.

Sources :

Partager cet article
Repost0
13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 15:08

A partir du 16 juillet 2014, les Etats-Unis et la République de Corée (Corée du Sud) engageront de nouveaux exercices militaires conjoints, qui associeront par ailleurs les troupes japonaises les 21 et 22 juillet au large de l'île de Jeju, où la construction d'une base navale rencontre une vive opposition de ses habitants. Le maintien de ces exercices de guerre apparaît comme une fin de non-recevoir aux offres répétées de dialogue formulées par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) depuis plusieurs semaines. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) déplore que Washington et Séoul se soient sciemment engagés une nouvelle fois sur la voie de l'escalade des tensions dans la péninsule coréenne, en rejetant les propositions de Pyongyang qui auraient permis de faire avancer la cause de la paix dans l'une des régions les plus militarisées de la planète. Dans ce contexte, les tirs balistiques et de roquettes nord-coréens de ces derniers jours apparaissent comme la réponse du berger à la bergère.

Préparatifs des exercices militaires conjoints américano - sud-coréens.

Préparatifs des exercices militaires conjoints américano - sud-coréens.

A écouter certains médias occidentaux, les nouveaux tirs de missiles balistiques à courte portée auxquels a procédé la RPD de Corée dans la nuit du 12 au 13 juillet 2014 - qui constitueraient les 14e tirs de roquettes et le 5e tirs de missiles depuis le début de l'année - seraient une nouvelle preuve des intentions belliqueuses des autorités nord-coréennes. Mais les exercices de guerre américano - sud-coréens, qui seront engagés du 16 au 21 juillet (puis étendus au Japon les 21 et 22 juillet), sont pourtant d'une toute autre ampleur que les exercices de routine nord-coréens. Par ailleurs, la distorsion des faits consistant à omettre les vraies causes de l'escalade actuelle nécessite de rappeler certains éléments de contexte.

Le 30 juin, la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée appelait - déjà - les autorités sud-coréennes à arrêter les hostilités militaires, notamment en suspendant les exercices militaires prévus en juillet. Malgré le refus des conservateurs au pouvoir à Séoul d'engager toute discussion, Pyongyang réitérait son offre de dialogue en proposant, le 7 juillet, d'envoyer une équipe de supporters nord-coréens lors des Jeux asiatiques qui auront lieu à Incheon (au Sud de la péninsule) du 19 septembre au 4 octobre prochains, de mettre fin aux exercices militaires américano-sud-coréens conjoints que la RPDC dénonce comme des préparatifs d'invasion de la péninsule coréenne, de s'engager dans la mise en oeuvre des déclarations intercoréennes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 et, enfin, d'arrêter les coopérations avec d'autres pays sur le programme nucléaire nord-coréen - dont Pyongyang considère qu'il relève d'une question de sécurité distincte des relations Nord-Sud. Les autorités sud-coréennes ont seulement accepté le premier point - l'accueil de supporters nord-coréens, ce qui constitue en soi un événement (des supporters nord-coréens ne s'étaient plus rendus au Sud pour un événement sportif depuis 2005, pour les championnats asiatiques d'athlétisme d'Incheon, à l'époque de la politique du "rayon de soleil").

Non seulement le Sud a fait la sourde oreille aux propositions du Nord, mais les préparatifs des exercices militaires conjoints se poursuivent sans changement notable, alors même qu'ils s'ajoutent à deux séries annuelles d'exercices conjoints. Le 11 juillet, le porte-avions de 97.000 tonnes USS George Washington est ainsi entré dans le port sud-coréen de Pusan. C'est dans ce contexte que l'Armée populaire de Corée a procédé à de nouveaux tirs de courte portée et que la commission de la défense nationale (CDN) de la RPD de Corée a déclaré que "les exercices à venir défiaient les récents appels répétés de Pyongyang pour mettre fin à la confrontation politique et militaire et améliorer les relations Nord-Sud". Toujours selon la CDN, les exercices militaires s'inscrivent en porte-à-faux par rapport aux "efforts sincères de l'armée et du peuple de la RPD de Corée de faire diminuer les tensions dans la péninsule coréenne et de créer une atmosphère pacifique".

Il n'y a pourtant pas de fatalité à la montée des tensions dans la péninsule coréenne, ni à ce que la voix de la raison ne puisse enfin se faire entendre. Mais une réponse envisageant le long terme nécessite que les Etats-Unis acceptent de voir la réalité en face : ne pouvant pas ou ne souhaitant pas s'engager dans un conflit armé en Corée, ils n'ont pas d'autre choix que de revenir à la table des négociations, comme le proposent les Nord-Coréens. Mais les intérêts des industriels de l'armement - premiers bénéficiaires des exercices militaires à répétition autour de la péninsule coréenne - et la pression des néoconservateurs pèsent manifestement d'un tout autre poids dans les prises de décision de l'administration Obama.

Sources :

Partager cet article
Repost0
4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 08:21

Au risque de décevoir les tintinophiles, le Migouk (qui peut aussi être orthographié Miguk) n'a rien à voir avec le Yéti - ou Migou. "Migouk" est le nom sous lequel les Coréens désignent les Etats-Unis depuis le 19ème siècle.  Retour sur l'origine du mot.

A la fin du XVIIIème siècle, le catholicisme tente de s'introduire en Extrême-Orient. Les lettrés confucéens orthodoxes, qui dominaient alors culturellement le royaume de Corée (Choson), s'opposèrent à cette influence. Ils lui assimilèrent les expéditions conduites par les puissances impérialistes européennes et américaine pour forcer la Corée à s'ouvrir au commerce extérieur, voire coloniser la péninsule, tout en pillant au passage certains trésors du pays - et qu'ils tentaient de justifier notamment par la condamnation à mort de prêtres catholiques entrées illégalement et secrètement en Corée.

Les Etats-Unis ne furent pas inactifs sur ce terrain. En 1853, une canonnière américaine, l'USS South America, resta dix jours à Pusan. Un des incidents le plus connu est celui du General Sherman, en 1866, du nom d'un navire de la compagnie commerciale britannique Meadows and Co., et qui - contrairement à l'expédition de 1853 - se solda par la mort de l'équipage, tué par les habitants de Pyongyang - dont le grand-père paternel du Président Kim Il-sung, Kim Un-u, selon l'historiographie nord-coréenne. Ce dénouement servit de prétexte à l'expédition américaine en Corée en 1871, qui conduisit à la mort de 300 Coréens. En 1882, le royaume de Choson dut signer un traité commercial avec les Etats-Unis.

La Corée, qui avait choisi une politique diplomatique isolationniste, se tourna vers la puissance suzeraine chinoise pour savoir qui étaient les nouveaux venus en Extrême-Orient. Les Chinois désignèrent les Américains comme venant du pays nommé "America" qui, par transformations phonétiques successives et l'utilisation du mot "guk" (pays ou Etat en coréen), devint - et demeura - "Miguk".

Timbre édité en 1964 en RPD de Corée, commémorant l'attaque du "General Sherman" (1866)

Timbre édité en 1964 en RPD de Corée, commémorant l'attaque du "General Sherman" (1866)

Partager cet article
Repost0
30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 22:38

Le Centre de recherche Woodrow Wilson, qui publie et analyse des documents d'archives de la guerre froide, a mis en ligne dix documents d'archives sur les relations entre les Black Panthers et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) au cours de la période 1969-1971, issus des archives personnelles d'Eldridge Cleaver, alors l'un des dirigeants du Black Panther Party (BPP). A partir de la fin des années 1960, le BPP a pleinement soutenu la RPD de Corée au nom de la solidarité anti-impérialiste, dans la recherche d'un modèle socialiste propre à chaque pays.

 

Dans des articles publiés en 2012, Benjamin R. Young, alors étudiant en mastère auteur d'un mémoire sur les relations entre les Black Panthers et la RPD de Corée au cours de la période s'écoulant de l'automne 1969 à l'hiver 1971 (sujet sur lequel il s'apprêtait alors à poursuivre ses travaux dans le cadre d'une thèse de doctorat), a mis en évidence le rôle fondamental d'Eldridge Cleaver, ministre de l'Information du BPP, pour le développement des relations de son organisation avec la Corée du Nord. Pendant deux ans, Eldridge Cleaver a effectué plusieurs voyages en RPDC - notamment en février 1970, avec Byron Booth (alors vice-ministre de la Défense du BPP), dans le cadre de la Conférence mondiale des journalistes anti-impérialistes, et en mai 1970, avec les représentants d'autres organisations de la gauche radicale américaine, comme le Mouvement pour une armée démocratique et la Garde Rouge de San Francisco.

 

Les principes d'indépendance nationale et d'autonomie, fondements des idées du Juche qui constituent l'idéologie directrice de la RPD de Corée, ont alors été repris et mis en valeur par le BPP, qui a considéré les idées du Juche du Président Kim Il-sung comme l'adaptation du marxisme-léninisme aux conditions propres à la Corée. Le BPP les a repris dans la perspective de la libération et de l'émancipation des peuples opprimés.

 

Mais ce sont aussi les réalisations obtenues par la Corée du Nord - alors plus développée que la Corée du Sud - en termes notamment d'accès à l'éducation gratuite, la santé gratuite et l'électricité, qui ont vivement impressionné Eldridge Cleaver - au point que sa femme Kathleen Cleaver s'est rendue à Pyongyang en 1970, avec leur fils Maceo, pour y accoucher, le 31 juillet 1970, d'une fille qui a reçu un nom coréen : Joju Younghi.

Affiche du Black Panther Party, en solidarité avec la Corée du Nord

Affiche du Black Panther Party, en solidarité avec la Corée du Nord

Après 1971, Benjamin R. Young a relevé moins de références à la RPDC dans les publications des Black Panthers - ce qu'il explique par la répression dont est alors victime le BPP, ce qui l'a conduit à se recentrer sur ses activités sur le territoire américain. Néanmoins, le BPP a continué de consacrer des articles à la situation en Corée, aux idées du Juche ou encore aux droits des femmes dans le Nord de la péninsule.

 

Le fait qu'un parti politique étranger considère comme l'une de ses tâches principales de diffuser les écrits du Président Kim Il-sung n'était alors pas exceptionnel - et pas seulement de la part de partis communistes : en France, le Parti socialiste unifié (PSU) a aussi contribué à la diffusion des idées du Juche (et l'un de ses représentants, le Professeur Edmond Jouve, préside toujours une société européenne des idées du Juche). Par ailleurs, les Nord-Coréens ont cultivé des liens avec d'autres organisations de la gauche radicale américaine, et l'exemple du BPP n'est donc pas isolé. Par exemple, dans la période récente des délégations du Workers of the World Party (WWP) ont envoyé des délégations à Pyongyang, et le WWP met en avant comme mot d'ordre le retrait des troupes américaines de tous les théâtres d'opérations extérieurs - en mentionnant explicitement la Corée du Nord.

 

Sources :

Partager cet article
Repost0
31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 23:35

Les deux Corée ont procédé à des échanges d'obus le 31 mars 2014. Cet épisode est le dernier en date d'une escalade, récurrente chaque année dans le cadre des exercices militaires conjoints américano - sud-coréens. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) déplore cette montée des tensions, lourde de risques d'affrontements, en plaidant pour un retour à une solution négociée aux questions de sécurité toujours en suspens dans l'une des régions les plus militarisées de la planète.

61c4b820ab4f23c1d030f81626391d064e389ca3-19jjlbi.jpg
Les exercices militaires conjoints américano - sud-coréens, et des rencontres entre responsables américains, japonais et sud-coréens en vue de créer une coalition tripartite contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), qui a dénoncé dans ces "exercices de guerre" les préparatifs d'une invasion de la péninsule. Par ailleurs, les autorités nord-coréennes ont décidé de répliquer en procédant à des tirs répétés de courte et moyenne portées. De manière inhabituelle, les Etats-Unis ont décidé de saisir le Conseil de sécurité des Nations Unies à propos de ces exercices pourtant routiniers de l'armée nord-coréenne, même si leur occurrence au moment des manoeuvres conduites conjointement par Washington et Séoul n'est pas un hasard. La condamnation par les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies a eu une portée simplement verbale, aucune sanction supplémentaire n'ayant été adoptée.

L'escalade a franchi une nouvelle étape quand, le 31 mars 2014, l'armée sud-coréenne a déclaré avoir répliqué par le tir de 300 obus au tir par la Corée du Nord, selon elle, de 500 obus dans la zone maritime contestée par les deux Etats coréens. La RPD de Corée avait pourtant prévenu, comme elle ne le fait pas systématiquement, qu'elle conduirait des manoeuvres militaires dans cette zone contestée. L'armée sud-coréenne a réagi très vivement contre ce qu'elle a qualifié de "provocation" pouvant appeler des "représailles" : "Si le Nord réagit à nos tirs de riposte légitime et s'en sert comme d'un prétexte à une nouvelle provocation contre nos eaux maritimes et nos îles, nous engagerons de fermes représailles". Comme à chaque phase de tensions intercoréenne, les médias occidentaux ont pris parti en relayant largement les images fournies par l'armée sud-coréenne, en montrant notamment les habitants de l'île Baengnyeong réfugiés dans des abris.

L'accusation de "provocations" vis-à-vis de la partie adverse n'est pas nouvelle. La différence ces dernières semaines est que, à plusieurs reprises, la RPD de Corée a esquissé les voies d'une sortie de crise, mais ni Séoul, ni Washington n'ont répondu - du moins publiquement - à cette offre d'ouverture, alors même que Pyongyang et Tokyo ont repris un dialogue bilatéral au plus haut niveau depuis 2012.

La veille des échanges de tirs, dans un communiqué publié le 30 mars, le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée avait jugé "illégale" la déclaration du Conseil de sécurité des Nations Unies condamnant les tirs "justifiés" auxquels avait procédé l'Armée populaire de Corée, en déplorant la grave mise en cause par les Etats-Unis et leurs alliés du "climat de détente créé dans la péninsule coréenne grâce à la politique active et aux efforts sincères pour la paix déployés cette année par la RPDC". Lancés le 27 mars, les exercices Ssangyong ont été dénoncés comme le plus important engagement de forces depuis 1993 dans le cadre des exercices annuels Key Resolve et Foal Eagle.

Sources : KCNA, Le Monde et AFP (photo).

Partager cet article
Repost0
22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 10:12

Nucléaire RPDC-USADans une déclaration en date du 14 mars 2014, le Comité de la défense nationale (CDN) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a exposé sa « position de principe quant à la politique hostile des Etats-Unis » à l'égard de la RPDC. Cette déclaration intervient dans un contexte d'attaques multiples, militaires et médiatiques, contre la RPDC, qu'il s'agisse des exercices militaires américano-sud-coréens menés de fin février à début avril ou de la publication, le 17 février, d'un rapport controversé sur les droits de l'homme en Corée du Nord.

Dans sa déclaration du 14 mars 2014, le Comité de la défense nationale de la RPD de Corée, plus haute instance du pays, rappelle sa « position de principe » en trois points.

Premièrement, dans un contexte tendu par les manoeuvres militaires conjointes annuelles américano-sud-coréennes, auxquelles ont répondu cette année plusieurs tirs de missiles à courte portée par l'Armée populaire de Corée, le CDN demande aux Etats-Unis d'abandonner leur « politique hostile » à l'égard de la RPDC et de lever toutes les mesures découlant de cette politique :

« [La politique hostile des Etats-Unis] à l'égard de la RPDC est la plus féroce qui soit, destinée à saper l'idéologie de la RPDC et à abattre son système social au moyen de la démocratie à l'américaine et de l'économie de marché, et à engloutir tous les Coréens et l'ensemble de la Corée par la force des armes et l'agression. [...]

Depuis l'origine, les Etats-Unis sont le chef du clan de la provocation et de l'agression. En même temps, ils se dépeignent en apôtre de la paix alors qu'ils sont un génie de la guerre et de la destruction de sinistre réputation, tout en lançant des accusations sans fondement contre les autres. [...]

Les Etats-Unis seraient bien avisés d'abandonner de leur propre gré toutes les mesures injustes dans tous les domaines avant d'avoir à faire face aux conséquences désastreuses de leur politique hostile anachronique à l'égard de la RPDC. […] »

Deuxièmement, pour le Comité de la défense nationale de la RPDC, la dénucléarisation de l'ensemble de la péninsule coréenne doit avoir comme corollaire des garanties de sécurité des Etats-Unis accusés de pratiquer un « chantage nucléaire » depuis les années 1950, ce qui a obligé la RPDC à se doter à son tour de moyens de dissuasion:

« Les Etats-Unis doivent avoir une idée et une attitude correctes vis-à-vis de la force de dissuasion nucléaire de la RPDC, arrêter de se conduire de manière stupide et renoncer aux remarques inconscientes selon lesquelles le 'démantèlement en premier de ses armes nucléaires' par la RPDC est l''axe majeur' de la politique hostile à son égard.

Comme la RPDC l'a clairement exposé en diverses occasions, la question nucléaire dans la péninsule coréenne trouve son origine dans l'introduction d'armes nucléaires par les Etats-Unis en Corée du Sud dans les années 1950. [...]

Depuis, Washington a expédié divers types de moyens de frappe nucléaire dans les environs de l'espace aérien, maritime et terrestre de la RPDC, accroissant la menace nucléaire et le chantage contre elle. Il a ainsi délibérément posé des obstacles sur la voie d'une dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Cette situation a contraint la RPDC à se doter d'une force de dissuasion nucléaire d'auto-défense pour préserver la souveraineté du pays et de la nation. [...]

Insistant pour que soit mis fin à la menace et au chantage nucléaires des Etats-Unis, les soldats et le peuple de la RPDC consentiront aussi des efforts soutenus à l'avenir pour parvenir à la dénucléarisation de la péninsule. [...] 

L'attitude de la RPDC est d'attendre en faisant preuve de la plus haute patience le moment où la Maison Blanche aura a sa tête une personne avec des idées et une méthode de pensée normales.

Les Etats-Unis doivent garder à l'esprit que les effort de l'armée et du peuple de la RPDC pour développer sa force de dissuasion nucléaire d'auto-défense se poursuivront et que, les unes après les autres, des mesures supplémentaires seront prises pour en démontrer la puissance tant que la menace et le chantage nucléaires des Etats-Unis continueront comme aujourd'hui. […] »

Troisièmement, et il s'agit de l'élément le plus novateur de cette déclaration, le Comité de la défense nationale dénonce la « campagne sur les droits de l'homme »orchestrée par les Etats-Unis, dont la pièce maîtresse est un rapport publié le 17 février 2014 sous l'égide des Nations Unies, fruit du lobbying intense des néo-conservateurs américains. En ce sens, la déclaration de la CDN peut être considérée comme une réponse officielle des autorités nord-coréennes à ce rapport. En outre, il n'est pas nouveau que, dès que s'esquisse la possibilité d'un dialogue dans la péninsule coréenne, les faucons de l'administration américaine resortent opportunément la question des droits de l'homme pour prévenir la possibilité - qu'ils refusent - de discussions avec Pyongyang :

« Les Etats-Unis doivent cesser immédiatement leur campagne sur les 'droits de l'homme' contre la RPDC. [...]

Il est vrai que le peuple de la RPDC n'est pas encore aussi riche que d'autres.

Toutefois, son armée et son peuple ne sont pas envieux d'une société capitaliste corrompue et malade telle que celle des Etats-Unis où les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, où la loi de la jungle et les pratiques arbitraires et autoritaires se développent et où les droits de l'homme sont bafoués sans pitié. [...]

Les Etats-Unis seraient bien inspirés de se mêler de leurs propres affaires, en faisant attention à leur situation, avant de dire des choses insensées au sujet des autres. [...]

Plus les Etats-Unis persisteront à suivre leur scénario consistant à obliger la RPDC à démanteler sa force de dissuasion nucléaire au moyen de sophismes de bandit, plus ils intensifieront leur campagne visant à nuire au prestige d'une RPDC pleine de dignité et à diffamer son système social par une conspiration au sujet des 'droits de l'homme', plus ils amèneront délibérément la situation de la péninsule au bord de la guerre, en colportant des rumeurs à propos de 'provocations et menaces', plus ils entreront gravement en contradiction avec eux-mêmes et devront faire face à une triste et sombre perspective de déclin.

Les Etats-Unis feraient mieux de renoncer au plus vite à leur politique hostile usée envers la RPDC et de mener une nouvelle politique réaliste avant qu'il soit trop tard. Cela bénéficierait aux intérêts des Etats-Unis mais aussi à la sécurité de leur territoire.

Les Etats-Unis devraient juger la situation avec sang-froid et prendre une décision politique conforme au courant de l'époque.

L'armée et le peuple de la RPDC, allant de l'avant avec vigueur emplis de la confiance en la victoire finale, ne toléreront jamais la politique hostile des Etats-Unis et sont résolus à la mettre en échec. »

Par ailleurs, la déclaration du 14 mars du Comité de la défense national de la RPDC ne mentionne pas les autorités sud-coréennes, au moment où la Présidente Park Geun-hye met en place une nouvelle structure (qu'elle préside) pour, selon elle, améliorer les relations intercoréennes et préparer la réunification. Si le dialogue entre les Etats-Unis et la RPDC paraît actuellement bloqué, le champ des possibles semble donc plus ouvert s'agissant des relations inter-coréennes.


Source : KCNA, "NDC of DPRK Clarifies Principled Stand on US Hostile Policy toward It", 15 mars 2014 (traduction : AAFC)

Partager cet article
Repost0
6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 09:47

Alors que les Etats-Unis et la République de Corée (du Sud) ont engagé des manoeuvres militaires conjointes, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à des tirs d'essai de missiles de courte portée le 27 février puis le 3 mars 2014. Si la réponse de Pyongyang est classique - les tirs n'ont pas donné lieu à une forte publicité par les médias nord-coréens, étant de bien moindre ampleur que les exercices militaires américano - sud-coréens -, elle a suscité des réactions contradictoires à Washington et à Séoul, indiquant que les Etats-Unis et la Corée du Sud sont toujours à la recherche d'une nouvelle politique nord-coréenne, entre dialogue (les autorités sud-coréennes ont proposé par ailleurs d'organiser sur une base régulière des rencontres de familles séparées), manoeuvres et nouvelles sanctions. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) espère que saura triompher la voix du dialogue et de la raison, par-delà les postures bellicistes qui ne peuvent que conduire à l'escalade.

Initialement, selon des déclarations du Pentagone une semaine avant les tirs de missiles, la RPDC avait le droit de procéder à des tirs de missiles de courte portée... avant que l'armée américaine ne se déjuge en les interprétant comme une violation des résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité des Nations Unies, au motif qu'ils utiliseraient une technologie balistique prohibée par lesdites résolutions. Une fois ces éléments de langage établis, ils ont été répétés par l'allié sud-coréen. Par aillerus, dans un partage des rôles répondant à un scénario bien huilé, Kim Min-seok, porte-parole du ministère de la défense sud-coréen, a renchéri en déclarant que les tirs pourraient donner lieu à la demande de nouvelles sanctions au Conseil de sécurité des Nations Unies.

En fait, la possibilité que de telles sanctions soient adoptées - ce serait sans précédent contre des tirs de courte portée - est très faible, et reposerait sur une interprétation juridique pour le moins contestable qui n'emporterait probablement pas l'adhésion de la Chine et de la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Au-delà du bruit médiatique que cherchent à entretenir les communicants des armées américaine et sud-coréenne (et qui leur permet d'occulter leurs propres manoeuvres, bien réelles et d'une toute autre ampleur, conduites au même moment), ces valses-hésitations sont extrêmement éclairantes sur l'absence de politique claire de Washington et de Séoul vis-à-vis de Pyongyang : le maniement conjoint de la carotte et du bâton montre une hésitation entre les voies du dialogue, des manoeuvres et des sanctions, dont l'expérience a montré qu'elles ne pouvaient pas être menées de front, avec des résultats tangibles et probants, dans le cas de la péninsule coréenne. Et avec cette différence, de surcroît, que seule la Corée du Sud propose aujourd'hui la "carotte" de nouvelles coopérations intercoréennes qui bénéficieraient à l'ensemble de la péninsule... Le maintien par Washington d'une ligne de fermeté est voué à l'échec, mais de toute évidence des négociations se poursuivent en coulisses, notamment avec la Chine, qui plaide pour le dialogue et la négociation.

Sources : AAFC, Hankyoreh, Le Monde.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?