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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 19:24

Au milieu de toutes les déclarations officielles concernant la dénucléarisation de la Corée du Nord et la levée d'une partie des sanctions américaines, quel peut être l'avis de l'opinion publique nord-coréenne elle-même? On peut en avoir une première idée grâce à Kang I-ruk, correspondant à Pyongyang du quotidien des Coréens du Japon Choson Sinbo dans lequel est paru l'article suivant.


Répondant à l'agence KCNA, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a indiqué le 27 juin 2008 que les Etats-Unis s'étaient engagés, conformément à l'accord du 3 octobre 2007, à retirer la Corée du Nord de la "liste des Etats soutenant le terrorisme" et à lever les sanctions économiques prises à l'encontre de la RPDC en vertu du Trading with the Enemy Act, la loi américaine sur le commerce avec les pays ennemis. "Nous apprécions et nous félicitons de cette mesure positive", a déclaré le porte-parole.


Cette réponse a été diffusée par tous les médias nord-coréens.

Les habitants de la capitale nord-coréenne, Pyongyang, en particulier ont prêté une grande attention à cette information. Un "tournant ouvrant la voie à une ère nouvelle" et susceptible de transformer une relation faite de confrontation et de méfiance en une relation de coexistence pacifique, est ainsi l’opinion majoritairement répandue chez les habitants.


Méfiance profonde


Les habitants de Pyongyang se félicitent de la levée des sanctions prises par les Etats-Unis contre leur pays.


Pourtant après la déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, certains appellent à la prudence, préférant attendre que les Américains lèvent vraiment les sanctions et effacent le pays de leur liste noire, preuve de la profonde méfiance que nourrissent les Coréens du Nord vis-à-vis des Etats-Unis.


A leurs yeux, les Etats-Unis sont capables de ne pas tenir une promesse, comme ils l'ont fait en de multiples occasions.


Les Etats-Unis ont ainsi dénoncé unilatéralement l'Accord-cadre qu'ils avaient signé avec la RPDC en octobre 1994. Par cet accord, les Etats-Unis s'étaient engagés à fournir une centrale nucléaire à eau légère (LWR) à la RPDC avant 2003 en échange du gel du réacteur nord-coréen existant et des installations liées, dans l'attente de leur démantèlement. Suite à cet accord, la Corée du Nord remplissait ses obligations en continuant d'adhérer au Traité de non-prolifération (TNP).


Mais le temps a montré que le texte de l'accord de 1994 n'était qu'une promesse vide faite par l’administration Clinton en attendant la chute du régime nord-coréen. Quand, avec l'assistance d'autres pays, les Etats-Unis ont entamé, tardivement, les travaux de la centrale LWR en 1997, il n'était plus possible de respecter l'échéance de 2003.


Après l’arrivée au pouvoir de l’administration Bush, les Etats-Unis ont totalement dénoncé l'accord. En octobre 2002, l'envoyé spécial du président Bush en Corée du Nord, déclara que la RPDC avait "reconnu officiellement son programme d'enrichissement de l’uranium" et provoquait une "seconde crise nucléaire" en Corée (*). Cette "bonne raison" justifiait de ne plus fournir le fioul promis ni de construire de centrale à eau légère.


Plus tard, des pourparlers réunissant les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon aboutissaient à la déclaration conjointe du 19 septembre 2005, indiquant la voie et les moyens pour parvenir à la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Les Etats-Unis étaient obligés d'y participer. Mais peu après avoir signé la déclaration du 19 septembre, les Américains appliquèrent une autre sanction, financière, contre la Corée du Nord, ce qui conduit à un nouveau blocage des négociations.


Toujours la volonté d’agir


En octobre 2006, après l’essai nucléaire nord-coréen, les pourparlers à six ont repris et des contacts entre les Etats-Unis et la RPDC ont pu avoir lieu. A cette occasion, les Nord-Coréens ont émis une exigence importante : que les Etats-Unis abandonnent leur politique hostile vis-à-vis de la Corée, politique qui avait amené à l’essai nucléaire de 2006, et montrent leur bonne volonté non en paroles mais en "actes concrets".


Ce principe "action pour action" a régné tout au long des négociations entre les Etats-Unis et la RPDC pour devenir, aux yeux des Nord-Coréens, le critère essentiel permettant d’analyser et de juger l'état de leurs relations avec les Américains.


Les habitants de Pyongyang sont très attentifs à ces "actes concrets" dans le cadre des pourparlers à six, les actions entreprises par les Américains ayant souvent été différentes des déclarations initiales. Mais, pour les Pyongyangeois, les Américains donnent maintenant le "bon exemple" de ce qu'il faut faire pour parvenir à la dénucléarisation de la péninsule coréenne.


Les événements de ces dernières années, à l'instar de la "seconde crise nucléaire", ont asséné une leçon importante : les accords bilatéraux entre Coréens et Américains peuvent toujours être dénoncés dès qu’il y a violation du contrat entre les deux pays.


Mais la déclaration conjointe du 19 septembre 2005 a été permise grâce au dialogue multilatéral, à la différence de l'Accord-cadre de 1994. Comme pour les autres pays participant aux négociations, le respect de leurs obligations par les Etats-Unis doit absolument être vérifié par la communauté internationale.


Les habitants de Pyongyang disent que si la déclaration conjointe du 19 septembre est respectée, il ne sera plus possible que les Américains "forcent" les Coréens.


Ils sont persuadés que leur pays honorera les promesses faites à la communauté internationale. Mais si la Corée bouge, les Etats-Unis doivent aussi bouger.


Les habitants de Pyongyang pensent clairement que la situation est en train d'évoluer. Ils connaissent par cœur la réponse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, mais c'est surtout cette phrase qui retient leur attention : "Ce qui est important pour l’avenir, c'est que les Etats-Unis renoncent complètement à leur politique hostile vis-à-vis de la Corée, raison pour laquelle nous avons développé l'arme nucléaire."


Il semble que les Pyongyangeois soient convaincus que des actions "simultanées" des Coréens et des Américains ne suscitent pas qu'un simple changement temporaire de la situation, mais ouvrent la voie à un grand changement historique mettant enfin un terme à cette vieille confrontation.

Kang I-ruk
Choson Sinbo

30 juin 2008

 Lien vers l'article original


(*) NdT :
il s'agit du sous-secrétaire d’Etat James Kelly qui a rapporté que des responsables nord-coréens lui avaient avoué l’existence d’un programme d'enrichissement de l'uranium lors de sa visite d’octobre 2002 à Pyongyang. Cet "aveu" a été nié par la Corée du Nord pour qui Kelly a compris sa déclaration du droit à un programme d'enrichissement de l'uranium comme une déclaration de l'existence d'un tel programme. Cette mauvaise interprétation a conduit les Etats-Unis à suspendre leurs engagements de l’Accord-cadre de 1994, et incité en retour la Corée du Nord à se retirer du Traité de non-prolifération au cours du mois de janvier suivant et à reprendre son programme nucléaire militaire.

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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 14:59

Après la remise, la veille, d'une déclaration sur ses activités nucléaires, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a détruit, le vendredi 27 juin 2008, la tour de refroidissement du complexe de Yongbyon, comme l'AAFC l'avait annoncé. Unanimement saluée par la communauté internationale, la destruction de la tour de refroidissement a été filmée par les chaînes de télévision des six Etats parties aux négociations sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

"Action contre action" dans les relations américano - nord-coréennes


"Un premier pas" vers la dénucléarisation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) : c'est en ces termes positifs que le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda a salué la destruction de la tour de refroidissement du complexe nucléaire de Yongbyon, devant des représentants de la presse internationale et du département d'Etat américain, le vendredi 27 juin 2008. La veille, Pyongyang avait remis une déclaration de ses activités nucléaires militaires. Ce document, transmis à la Chine, devait ensuite être remis aux quatre autres parties aux déclarations à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne : les Etats-Unis, la Corée du Sud, la Russie et le Japon.

 

Dynamitage de la tour de refroidissement du complexe nucléaire de Yongbyon (photo : Reuters)


L'accord à six parties, signé à Pékin, le 13 février 2007, prévoyait un renoncement de Pyongyang à ses activités nucléaires militaires, en contrepartie de garanties économiques et de sécurité. Si la RPDC avait désactivé son réacteur nucléaire de Yongbyon en juillet 2007, les autres parties à l'accord n'avaient pas honoré intégralement leurs engagements de livraison d'énergie à la RPDC. Les nouveaux gestes accomplis par Pyongyang ouvrent cependant la voie à de telles livraisons d'énergie à la RPDC par Washington.

Par ailleurs, conformément au principe "action contre action", le président américain George W. Bush a ordonné la levée des restrictions limitant le commerce avec les pays ennemis des Etats-Unis, et notifié au Congrès son intention de retirer la RPDC de la liste des Etats soutenant le terrorisme, ouvrant ainsi le délai de 45 jours pour que cette décision entre en vigueur.

Fureur des néo-conservateurs américains, partisans de l'affrontement avec la Corée du Nord

Le changement d'attitude de l'administration américaine, dont l'extrême fermeté à l'égard de la RPDC avait conduit Pyongyang à se doter de l'arme nucléaire en octobre 2006, a suscité la fureur des milieux néo-conservateurs américains. Interrogé par la presse sur ce récent accord américano-nord-coréen, le vice-président Dick Cheney a quitté la salle en signe de protestation, laissant au département d'Etat américain le soin de répondre. Dans l'attente du retrait de Pyongyang de la liste des Etats soutenant le terrorisme, il est ainsi probable que les "faucons" de l'administration américaine, fermement soutenus par le candidat républicain à l'élection présidentielle John McCain, relancent leur campagne médiatique sur la "Corée du Nord Etat voyou". Dans l'immédiat, ils relèvent que la déclaration remise par la RPDC ne comporte pas la liste des armes nucléaires que détient Pyongyang et ne mentionne pas un éventuel programme d'enrichissement à base d'uranium, ni des coopérations nucléaires avec d'autres Etats, notamment la Syrie, pourtant loin d'être confirmées.

Il est généralement estimé que la RPDC dispose de quarante à soixante tonnes de plutonium, permettant de fabriquer cinq à douze bombes.

Accusé de complaisance vis-à-vis d'Etats comme l'Iran et la Corée du Nord, dont il s'était déclaré prêt à rencontrer les dirigeants pour rechercher un accord diplomatique, le candidat démocrate Barack Obama a poursuivi son exercice de contorsions en s'affichant partisan d'une diplomatie... "directe et agressive" (sic).  

Pour faire face à l'hostilité affichée de certains de ses partisans, le président américain et la secrétaire d'Etat Condoleeza Rice ont déclaré qu'il fallait atteindre que des expertises sur place confirment l'exactitude de la déclaration nord-coréenne, et que les questions non traitées dans le document remis le 26 juin seraient abordées à des étapes ultérieures à des négociations.

Le Japon et la France doivent tenir compte du changement dans les relations US-RPDC

Pour sa part, le Japon n'est pas favorable à un retrait de Pyongyang de la liste des Etats soutenant le terrorisme sans, préalablement, un règlement complet de la question de ses ressortissants enlevés par les services secrets nord-coréens dans les années 1970 et 1980. Washington a donné des garanties - verbales - sur l'importance qu'elle attachait à cette question, sans qu'elle n'ait constitué un préalable pour engager la procédure de retrait de Pyongyang de la liste des Etats qui soutiennent le terrorisme.

En déplacement à Tokyo, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes, a dû sortir de la position habituelle de non-réponse de Paris. Tout en
déclarant attendre les conclusions des experts de l'AIEA, il a précisé que, si la déclaration remise par Pyongyang allait dans le sens d'un démantèlement complet de ses activités nucléaires, "il n'y a pas de raison que nos relations ne s'améliorent pas, jusqu'à l'établissement de relations diplomatiques", alors que la France est le dernier grand pays de l'Union européenne à ne pas avoir établi de relations diplomatiques avec Pyongyang. Le ministre des affaires étrangères a ajouté : "si la négociation entamée avec la Corée du Nord se déroule bien, nous devrons évoluer nous-mêmes. On ne pourrait pas comprendre que si un pays se plie aux exigences de la communauté internationale, les rapports ne soient pas transformés avec ce pays".

Selon l'AAFC, l'établissement de relations diplomatiques entre la France et la RPDC devant se concrétiser tôt ou tard, la principale question est de savoir si la France précèdera ou suivra les Etats-Unis et le Japon dans ce processus, alors qu'elle s'est déjà fait damer le pion par les autres Etats européens dans la défense de ses intérêts en RPDC. (sources : AFP, Le Monde, The Washington Post, AAFC) 

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 15:25

Dans un communiqué publié le mardi 10 juin 2008, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a réaffirmé l'engagement de Pyongyang contre toute forme de terrorisme. Un rappel qui intervient à la veille de la reprise, attendue, des négociations multilatérales sur le nucléaire nord-coréen, alors que Pyongyang demande toujours son retrait de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme.

"Avec le soutien du gouvernement, le ministère des Affaires étrangères de la RPDC a déclaré que la RPDC maintiendra sa position consistant à s'opposer à toute forme de terrorisme et à tout soutien au terrorisme" : c'est en ces termes sans ambiguïté qu'un communiqué du ministère des Affaires étrangères (MAE) de RPDC a rappelé, le mardi 10 juin 2008, la position constante de Pyongyang dans la lutte contre le terrorisme.

La réaffirmation d'une position constante, à la veille de la reprise attendue des pourparlers sur le nucléaire

Le communiqué de MAE de RPDC, cité par l'agence officielle nord-coréenne KCNA, poursuit en réaffirmant que la Corée du Nord "va respecte ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire", et va également "
prendre part aux efforts  internationaux pour éviter que la substance, l'équipement et la  technologie soient utilisés pour la production d'armes nucléaires, biochimiques et radioactives, en détectant les moyens des  terroristes et des organisations qui les soutiennent".

Cette déclaration était manifestement attendue par les Etats-Unis et les autres parties aux négociations multilatérales (Chine, Corée du Sud, Russie, Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, dont les négociations doivent reprendre : en contrepartie de la cessation de ses activités nucléaires militaires, la RPDC demande que soit honoré l'accord de Pékin du 13 février 2007, qui prévoir la livraison d'un million de tonnes de fioul lourd ou leur équivalent. Un autre enjeu est le retrait de la RPDC de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme, qui a actuellement pour effet de couper la Corée du Nord des financements internationaux.

L'engagement de la Corée du Nord dans la lutte contre le terrorisme

L'AAFC tient à souligner le caractère éminemment politique de l'inclusion de la RPDC dans la liste des Etats soutenant le terrorisme au regard de ses prises de position :

- de manière constante, la RPDC a dénoncé les attentats terroristes qui ont frappé les Etats-Unis et leurs intérêts, non seulement après le 11 septembre 2001, mais également lors des attaques contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kénya en août 1998, lors de l'attentat à Bali, en Indonésie, en octobre 2002, et de l'explosition à la bombe à Riyad, en Arabie Saoudite, en mai 2003 ;

- la RPDC a soutenu les Nations-Unies dans la lutte contre le terrorisme, en particulier la résolution de l'Assemblée générale des Nations-Unies sur les mesures pour éliminer le terrorisme du 12 décembre 2000, la stratégie globale contre-terroriste des Nations-Unies du 8 septembre 2006 et la mise en oeuvre de la résolution 1373 du 28 septembre 2001 du Conseil de sécurité des Nations-Unies ;

- après l'attaque, le 30 octobre 2007, d'un navire nord-coréen, le Tae Hong Dan, par des pirates au large de la Somalie, le soutien apporté par la marine américaine a témoigné concrètement de la coopération possible entre Américains et Nord-Coréens dans la lutte contre le terrorisme.

Le Tae Hong Dan, au moment où montent à bord les équipes de la marine américaine.

(photo : US Navy)

 

Enfin, la RPDC a réaffirmé à plusieurs reprises, notamment le 31 mars 2004, son absence de tout lien avec Al Qaida.

La liste des Etats soutenant le terrorisme : un instrument politique

Dans ce contexte, quel est le fondement de la présence de la Corée du Nord dans la liste des Etats soutenant le terrorisme ? De manière constante, dans ses rapports annuels, le département d'Etat américain ne mentionne plus la Corée du Nord comme un des soutiens du terrorisme depuis 1987, date d'un attentat contre un avion de ligne sud-coréen dont la RPDC a par ailleurs nié la responsabilité. Au demeurant, la responsabilité - celle-ci reconnue - de la Libye dans d'autres attentats contre des avions de ligne n'a pas empêché son retrait de la liste des Etats soutenant le terrorisme. Sans doute le rapprochement de la Libye avec les puissances occidentales, dont elle est devenue un partenaire commercial respectable, n'est-il pas étranger à ce changement de statut de la Libye en 2006, trois ans après une lettre au Conseil de sécurité des Nations-Unies où elle avait déclaré renoncer au terrorisme.

Si le département d'Etat américain a relevé, selon lui, d'autres incidents mettant en cause les autorités nord-coréennes (comme l'enlèvement supposé en Thaïlande, en 1999, d'un diplomate nord-coréen ayant fait défection), ils ne justifient pas la présence dans la liste des Etats soutenant le terrorisme.

Pour qu'un Etat soit retiré de la liste des Etats soutenant le terrorisme, un rapport au Congrès doit être déposé au moins 45 jours avant que les parlementaires américains ne se prononcent sur cette décision. Deux conditions sont demandées : l'absence de soutien au terrorisme international au cours des six mois précédents, et un engagement pour le futur de l'Etat concerné.

Les néo-conservateurs américains, qui avaient été extrêmement actifs pour rapporter les allégations de faux-monnayage nord-coréen, se sont employés récemment à montrer que la Corée du Nord soutiendrait le Hezbollah et les Tigres tamouls (LTTE), tous deux désignés par les Etats-Unis comme des organisations terroristes.

Car c'est tout l'intérêt de la plasticité de la notion de "groupe terroriste" : le gouvernement français désignait ainsi comme terroriste le FLN pendant la guerre d'Algérie. Or, précisément, dans son appui constant aux mouvements de décolonisation, la RPDC avait été un des plus fermes soutiens du FLN... (Sources : Xinhua, KCNA, Crosswalk, AAFC)

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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 13:22

Selon les médias sud-coréens, les pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne pourraient reprendre fin mai 2008. De fait, la visite d'une délégation d'experts américains en République populaire démocratique de Corée, du 22 au 24 avril 2008, manifeste un rapprochement entre les positions de Pyongyang et de Washington.

Après plusieurs mois d'interruption, les discussions multilatérales à six (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) sur la dénucléarisation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pourraient reprendre fin mai 2008, selon les médias sud-coréens cités par l'agence russe RIA Novosti.

Le 9 avril 2008, Pyongyang avait annoncé un accord avec Washington, avant qu'une délégation d'experts nucléaires américains ne se rende en RPDC du 22 au 24 avril 2008. Selon le ministère des affaires étrangères de RPDC cité par l'agence nord-coréenne KCNA, la délégation américaine comportait des représentants du département d'Etat, de la Maison Blanche, ainsi que des experts des ministères américains de la Défense et de l'Energie.

Toujours selon l'agence KCNA, les discussions entre Américains et Nord-Coréens ont porté sur le contenu de la déclaration de ses activités nucléaires militaires remise par Pyongyang fin 2007, que Washington considérait jusqu'alors comme incomplète. 

Les discussions sur le nucléaire nord-coréen sont basées sur le principe "action contre action" : chacune des parties doit respecter ses engagements pour une nouvelle étape de négociations en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne, en contrepartie de garanties politiques, économiques et de sécurité pour Pyongyang.


La reprise attendue des pourparlers à six interviendrait après la nomination d'un nouveau négociateur par la Corée du Sud mi-avril, M. Kim Suk, et malgré les accusations par Washington d'une coopération nucléaire militaire entre la Corée du Nord et la Syrie. Ces accusations, mal étayées, ont pu être perçues comme une tentative des faucons néo-conservateurs américains (parmi lesquels John Bolton, ancien ambassadeur américain aux Nations-Unies) d'empêcher la reprise des pourparlers à six, souhaitée a contrario par le négociateur américain Christopher Hill et les partisans d'une diplomatie plus pragmatique au sein du département d'Etat. (sources : AAFC, Ria Novosti, KCNA)

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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 23:28

A l'issue de deux jours de discussion avec George W. Bush à Camp David, les 18 et 19 avril 2008, le nouveau président sud-coréen Lee Myung-bak a manifesté sa volonté de faire de l'axe Washington-Séoul le pivot de sa politique étrangère.

Une première : c'est le terme qui revient dans la presse pour caractériser le degré d'intimité apparemment inégalé entre un chef d'Etat américain, George W. Bush, et un président sud-coréen, Lee Myung-bak, élu le 19 décembre 2007, à l'issue de deux jours de discussions à Camp David les 18 et 19 avril 2008.

L'hôte personnel de George W. Bush


En réponse à l'engagement de Lee Myung-bak de "consolider davantage la relation traditionnelle avec les Etats-Unis", George W. Bush avait décidé de traiter son hote comme un intime et pas seulement comme un président de la République, en l'invitant à Camp David plutôt qu'à la Maison Blanche.


Une première également, dans la symbolique de leur conférence de presse commune et, plus encore, dans l'invitation personnelle lancée par Lee Myung-bak à George W. Bush et son épouse Laura de visiter la Corée du Sud dès cet été.


Une diplomatie au service des intérêts économiques et militaires américains

Une première, enfin, sur le fond par l'alignement inconditionnel et nouveau de Séoul sur Washington, pour une série de sujets qui avaient fait l'objet de désaccords persistants entre les deux pays :

 

  • - la levée de l'embargo sur les importations de viande américaine, malgré la crise de l'encéphalopathie spongiforme bovine ou "maladie de la vache folle" ;

  • - en dépit de l'opposition des paysans coréens et des milieux culturels, et sans attendre le vote du Parlement, l'engagement de ratifier, d'ici la fin de l'année, l'accord de libre-échange avec les Etats-Unis ; comme l'a souligné le Wall Street Journal, une telle mesure "fera monter en flèche les ventes de biens américains à l'étranger et créera également de nouvelles opportunités pour les entreprises américaines de services financiers" ;

  • enfin, l'alignement du discours sur la Corée du Nord : tout en réaffirmant le principe du maintien des troupes américaines en Corée du Sud, Lee Myung-bak et George W. Bush ont prétendu privilégier le dialogue avec Pyongyang, mais dans le cadre des pourparlers à six parties : il s'agit d'un gage donné aux Japonais, dès l'origine réticents à l'accord de Pékin de février 2007, et surtout (comme l'a souligné le diplomate américain Michael Armacost) aux conservateurs sud-coréens qu'il n'y aurait pas d'accord bilatéral entre Washington et Pyongyang sans l'aval de Séoul, alors même que la Corée du Nord a réaffirmé que ses armes nucléaires participent de sa stratégie de défense vis-à-vis de Washington.


En voulant s'affirmer non seulement comme le meilleur allié de Washington en Extrême-Orient, mais aussi comme l'ami personnel de George W. Bush, Lee Myung-bak verse de l'eau au moulin des critiques nord-coréennes qui l'accusent d'être un "sycophante" des Etats-Unis. Il rompt surtout avec la politique de ses prédécesseurs Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, qui avaient considéré que les relations intercoréennes devaient se décider entre les Coréens eux-mêmes, et non sous l'influence des puissances étrangères. (sources : Xinhua, AAFC)

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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 18:25

Par John Feffer [1] - L'Asie du Nord-Est a poussé un soupir de soulagement en apprenant les derniers progrès des négociations avec la Corée du Nord sur le nucléaire. Les perspectives pour l'intégration de la Corée du Nord dans la communauté internationale et l'édification d'une structure de paix et de sécurité dans la région n'ont jamais été aussi favorables. Mais les gros titres des journaux sont trompeurs quand ils évoquent un rapprochement des points de vue des Etats-Unis et de la Corée du Nord concernant la déclaration des programmes nucléaires de cette dernière. Alors que des discussions de paix ont lieu dans le cadre des actuels pourparlers à six, les tendances au militarisme dans la région racontent une tout autre histoire.

Même si, vue de l'extérieur, elle paraît relativement paisible, l'Asie du Nord-Est est en fait au coeur du complexe militaro-industriel mondial. Les armées qui se font face dans cette région - les armées des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, du Japon et des deux Corée - sont les plus grandes du monde. Elles représentent au moins 65% des dépenses militaires mondiales.


L'Asie du Nord-Est n'est pas seulement une des régions les plus militarisées du monde, elle est actuellement au centre d'une course majeure aux armements. Cinq des six pays participant aux négociations visant à mettre fin au programme nucléaire nord-coréen ont augmenté d'au moins 50% leurs dépenses militaires au cours des cinq dernières années.


Les événements récents ne font qu'empirer les choses. La Guerre froide se rallume dans la péninsule coréenne suite à l'entrée en fonction du nouveau président de Corée du Sud, le conservateur Lee Myung-bak. La Chine tente désespérément d'étouffer les feux qui se déclenchent à sa périphérie, du Tibet au Xinjiang. Et au Japon, des politiciens nationalistes cherchent à abolir la "constitution pacifique" du pays.


La course aux armements en Asie du Nord-Est, largement masquée jusqu'à aujourd'hui, menace d'éclater au grand jour.


L'aspect le plus paradoxal de cette course aux armements se situe en Corée même. Même si les deux parties de la péninsule ont mis en place des entreprises en commun, des projets touristiques et de nombreux échanges culturels au cours de la dernière décennie, les deux camps continuent à consacrer des sommes considérables à leurs armées.   


Les présidents sud-coréens Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun ont mis en avant leur politique d'engagement avec le Nord. Mais entre 1999 et 2006, les dépenses militaires de la Corée du Sud ont grimpé de plus de 70%. En 2007, la Corée du Sud a lancé son premier croiseur équipé du système Aegis [2] et a annoncé son intention d'en construire trois autres d'ici 2020 pour un coût de 1 milliard de dollars chacun. Le nouveau président sud-coréen Lee Myung-bak soutient cette idée d'une nouvelle marine de haute mer, et les dépenses militaires sud-coréennes augmenteront d'environ 10% par an jusqu'en 2020. Bien qu'elle consacre entre un quart et un tiers de tout son produit intérieur brut (PIB) à l'armée, la Corée du Nord ne peut pas suivre le Sud, lequel dépense pour son armée autant, si ce n'est plus, que le PIB total du Nord. Le déclin de l'économie nord-coréenne a miné la position de ses forces conventionnelles, raison pour laquelle Pyongyang a opté en premier lieu pour un programme nucléaire. En d'autres termes, la crise nucléaire actuelle en Asie du Nord-Est est au moins en partie le résultat de l'accélération de la course aux armements conventionnels dans la région et de l'incapacité de la Corée du Nord à soutenir le rythme.


Cette approche de "la paix à travers la force" dans la péninsule coréenne doit beaucoup à la politique suivie par la plus puissante des forces militaires présentes dans la région.


Les Etats-Unis, responsables de presque la moitié du total des dépenses militaires globales, sont les premiers à pousser à la course aux armements au niveau régional comme mondial. L'administration de George W. Bush a accru les dépenses militaires de 74% depuis 2001. Une part importante du budget de 607 milliards de dollars demandé par le Pentagone pour 2009, lequel n'inclut même pas les financements supplémentaires des guerres menées en Irak et en Afghanistan, servira à maintenir et à étendre la présence militaire américaine dans le Pacifique. Et aucun des principaux candidats à la présidence n'a recommandé de geler, et encore moins de réduire, les dépenses militaires des Etats-Unis.


Les éléments coûteux pour le budget de l'an prochain que sont le porte-avions dernier cri CVN-78 et le croiseur DDG-1000 de la classe Zumwalt, ne sont que de peu d'utilité dans la lutte contre le terrorisme. Les plans à long terme du Pentagone qui veut bâtir une marine de 313 navires visent à s'opposer à la seule grande puissance que les Etats-Unis voient à l'horizon : la Chine.  


La Chine dépense actuellement autour de 50 milliards de dollars par an pour son armée. Mais si les estimations américaines sont correctes, le budget que consacre la Chine à sa défense s'approche de 120 milliards de dollars, ce qui en fait le deuxième pays du monde pour les dépenses militaires. Avec cet argent, la Chine poursuit un ambitieux programme naval qui lui permettra de se doter de cinq sous-marins nucléaires d'attaque et d'un porte-avions de taille moyenne supplémentaires.    


La Chine modernise aussi ses forces aériennes avec une mise à niveau de ses chasseurs, de ses avions ravitailleurs et de ses avions de transport. Cependant, même avec ce programme de modernisation, l'armée chinoise ne soutient pas la comparaison avec les forces américaines présentes dans la région du Pacifique et ne tente pas de rivaliser avec les ambitions mondiales des Etats-Unis.


La stratégie des Etats-Unis pour contrebalancer la puissance croissante de la Chine dans la région a consisté en partie à pousser le Japon à se doter d'une armée "normale". La constitution pacifique du Japon a contraint les capacités offensives de l'armée japonaise, toujours désignées comme forces d'auto-défense, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.


En ce moment, un groupe d'influence composé de responsables du parti au pouvoir veut se libérer de ces contraintes. Les militaires japonais ne sont pas satisfaits de ce qui est déjà une armée d'excellente qualité. Cette année, les forces aériennes vont être renforcées par des capacités de ravitaillement en vol leur permettant d'effectuer des missions de bombardement à longue distance.


Sur la liste des voeux de l'Agence japonaise de Défense - élevée l'année dernière au rang de ministère - figurent aussi un porte-avions, des avions furtifs F-22 Raptor, des sous-marins à propulsion nucléaire, et des missiles à longue portée. Les dépenses du Japon pour sa défense restent à un bas niveau, et il est le seul pays de la région à ne pas avoir augmenté significativement son budget militaire. Mais cela va changer dans le cadre de la "modernisation" de l'armée et de la politique étrangère du pays.

   

Une alliance plus étroite entre les armées américaine et japonaise n'est que le commencement. Au prochain sommet entre les présidents Bush et Lee Myung-bak, une des propositions sur la table sera une nouvelle alliance de sécurité pour l'Asie réunissant les Etats-Unis, la Corée du Sud, le Japon et peut-être d'autres pays d'Asie du Sud-Est et d'Océanie.


De telles discussions sur des alliances explicites, à l'instar des initiatives de Washington visant à installer un système mondial de défense anti-missile et à empiéter sur les intérêts de la Russie en Asie centrale, n'ont fait qu'inciter Moscou à relever ses propres dépenses militaires et à faire monter en puissance la coopération avec la Chine. Avec la croissance restaurée de l'économie russe dopée par les ventes d'énergie, les dépenses russes d'armements ont recommencé à s'envoler avec le nouveau millénaire, quadruplant entre 2000 et 2006.       


La vieille rivalité géopolitique opposant les puissances continentales du "heartland" eurasiatique aux puissances maritimes du "rimland" réapparaît. [3] La Chine, la Russie et les pays d'Asie centrale ont créé l'Organisation de coopération de Shanghai. De leur côté, les Etats-Unis sont en train de se constituer un chapelet de pays alliés allant de l'Inde à l'Australie et au Japon pour relever ce défi lancé par l'Eurasie.  


Cette spirale de la course aux armements menace toutes les victoires de court-terme, telles que le récent compromis entre les Etats-Unis et la Corée du Nord. Et elle accroît la nuisance de ce qui serait autrement des litiges plutôt mineurs, comme la dispute entre Japonais et Coréens autour des îles Tokdo/Takeshima.

 

Mais la course aux armements en Asie du Nord-Est et au niveau mondial ne représente pas seulement une menace potentielle. La communauté internationale a besoin de beaucoup d'argent pour affronter toute une série de menaces actuelles - la prolifération nucléaire, le changement climatique, la déstabilisation provoquée par le fossé entre riches et pauvres. Beaucoup d'experts pensent que, en détournant des fonds nécessaires aux besoins humains, cette nouvelle course aux armements est elle-même une menace pour l'humanité.

 

Inter Press Service, 14 avril 2008 - article original (en anglais) disponible ici

Traduction : AAFC 

 
Notes du traducteur


[1] John Feffer est le codirecteur de Foreign Policy In Focus à l'Institut des études politiques de Washington, DC. Il est l'auteur, entre autres ouvrages, de North Korea, South Korea: US Policy and the Korean Peninsula [Corée du Nord, Corée du Sud : la politique des Etats-Unis et la péninsule coréenne], Seven Stories Press, 2003.

 

[2] Le système de combat américain Aegis consiste en un radar tridimensionnel à balayage électronique de détection et de poursuite automatique avancé. Véritable bouclier de la flotte (l'égide, en anglais "aegis", était le bouclier du dieu grec Zeus), ce radar à haute puissance peut exécuter des fonctions de détection, de recherche et de poursuite de plus de 200 missiles simultanément et à plus de 200 mille marins (environ 370 kilomètres) de portée.

[3] En géopolitique, le "heartland" correspond aux pays situés au coeur du continent eurasiatique, par opposition au "rimland", les pays situés à sa périphérie
.

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 13:52

Après plusieurs mois de blocage, la question du nucléaire nord-coréen a connu de réels progrès : la Corée du Nord a annoncé le 9 avril 2008 un accord avec Washington, alors que les Américains font état d'avancées qui restent encore, selon eux, à concrétiser.

A l'issue d'une rencontre à Singapour entre les négociateurs nord-coréen Kim Kye-gwan et américain Christopher Hill, un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères a annoncé, le 9 avril 2008, que les deux parties étaient parvenues à un accord sur le désarmement nucléaire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). 

Pour sa part, Christopher Hill fait état de progrès, mais pas encore d'un accord formel, dans la mise en oeuvre de l'accord conclu à Pékin, le 13 février 2007, entre six pays (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) en vue d'une dénucléarisation militaire complète de la péninsule coréenne, sous réserve de contreparties économiques et politiques de Washington.

Un des principaux points d'achoppement est la déclaration par la RPDC de l'ensemble de ses activités nucléaires militaires : la liste remise par la Corée du Nord en novembre 2007 est jugée incomplète par les Américains. Selon le ministère nord-coréen des Affaires étrangères, un "consensus" aurait été atteint "sur la proposition américaine d'accorder une compensation politique et sur la déclaration concernant le nucléaire, essentielle à l'application de l'accord". Selon les observateurs occidentaux, cette compensation politique pourrait porter sur le retrait de la RPDC de la liste des pays soutenant les organisations terroristes, alors qu'il s'agit d'un des moyens prônés par les néo-conservateurs américains pour
couper la Corée du Nord des circuits financiers internationaux

Alors que les Nord-Coréens se félicitent de l'efficacité du dialogue bilatéral avec les Etats-Unis, Christopher Hill a déclaré que tout accord devrait être approuvé par les six parties à l'accord de Pékin, en soulignant qu'un élément clé des discussions concernait la quantité de plutonium déclarée par la RPDC. (sources : AFP, International Herald Tribune, VOA News)

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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 20:17

Alors que les catastrophes naturelles de 2006 et 2007 font craindre des pénuries alimentaires en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), le nouveau président, conservateur, de Corée du Sud entend revenir sur la Sunshine Policy, la politique initiée par l’ancien président Kim Dae-jung et poursuivie par son successeur Roh Moo-hyun. Cette politique avait permis un rapprochement spectaculaire entre les deux Corée toujours "techniquement" en guerre depuis le cessez-le-feu de 1953. La nouvelle approche du gouvernement sud-coréen fait naître des tensions dans la péninsule coréenne, en accord avec la stratégie prônée par les néo-conservateurs américains qui veulent un effondrement en Corée du Nord.

 

Le nouveau chef d’état-major interarmées sud-coréen, Kim Tae-young (ici avec le général Burwell B. Bell, commandant des forces américaines en Corée du Sud), menace de frapper préventivement la Corée du Nord  et la Corée du Nord menace à son tour de répliquer et d'interrompre le dialogue avec sa voisine du Sud… La presse reprend les accusations de contrefaçon monétaire lancées contre la Corée du Nord mais il n'existe aucune preuve nouvelle [1]... L’accord conclu à Pékin le 13 février 2007 entre les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon, qui a fait avancer le processus de dénucléarisation de la péninsule coréenne, est maintenant bloqué car les Etats-Unis refusent de respecter leurs engagements au prétexte que la Corée du Nord n'a pas respecté les siens [2]… Ainsi, depuis le 27 février 2008 et l’entrée en fonction du président Lee Myung-bak en Corée du Sud, la stratégie de la tension chère aux néo-conservateurs américains semble à nouveau à l’œuvre dans la péninsule coréenne. Il s’agit de mettre la Corée du Nord "sous pression" à un moment où les difficultés économiques dues à 57 ans d'embargo sont encore aggravées par les catastrophes naturelles des deux dernières années.


Même si le président Lee Myung-bak doit son élection aux questions économiques plus qu’à sa conception des relations inter-coréennes, les néo-conservateurs proches de l’administration Bush voient dans l’arrivée d’un conservateur au pouvoir en Corée du Sud l’occasion de prendre leur revanche sur les diplomates du Département d’Etat américain qui ont commis le crime suprême, aux yeux des neocons, de s'être assis à la même table que les Nord-Coréens à Pékin.


Surtout, les néo-conservateurs américains ont toujours pour objectif final l’effondrement de la Corée du Nord, un objectif clairement rappelé, avec les moyens d’y parvenir, le 17 mars 2008 dans les colonnes du Wall Street Journal par John Bolton, ancien ambassadeur américain auprès de l’Organisation des Nations Unies. [3] Bolton est aussi un membre éminent de l’American Enterprise Institute, le think tank inventeur de la notion d’"axe du mal" et grand promoteur de l’intervention des Etats-Unis en Irak... Dans cet article, après avoir critiqué le rapprochement inter-coréen voulu par les prédécesseurs de Lee Myung-bak et assassiné les négociations à six qui ont abouti à l’accord de Pékin, Bolton expose cinq moyens destinés à "sauver notre politique nord-coréenne" (comprendre "suivre la politique prônée par les néo-conservateurs américains à l'égard de la Corée du Nord") :

 

- affirmer que la Corée du Nord refuse de respecter ses engagements ;

- stopper les pourparlers à six sur le programme nucléaire nord-coréen, voire négocier sans (sic) la Corée du Nord;

- renforcer la pression internationale contre la Corée du Nord, en contraignant ses principaux partenaires, en premier lieu la Chine et la Russie, à appliquer plus durement les résolutions de l’ONU et à obéir aux initiatives américaines "contre la prolifération" ;

- étrangler économiquement (selon les propres termes de Bolton) la Corée du Nord en la coupant du système financier international ;

- se préparer à fournir une aide humanitaire suite à un afflux de réfugiés nord-coréens ou à un effondrement du pays.


A la lecture de ce menu, plusieurs commentaires s’imposent :

 

D’abord, on ne saurait mieux étaler au grand jour la lutte d’influence qui se joue au sein de l’administration américaine entre les diplomates du Département d’Etat, partisans des négociations avec la RPDC, et leurs adversaires néo-conservateurs dont les intérêts semblent mieux servis par une situation tendue dans la péninsule coréenne. Les néo-conservateurs américains n’ont jamais voulu des pourparlers à six qu’ils considèrent, dans le meilleur des cas, comme un moyen de figer les choses en attendant un hypothétique effondrement de la RPDC.

 

Ensuite, aux côtés de la Corée du Sud et du Japon, liés aux Etats-Unis par des traités de défense depuis les années 1950, la Russie et la Chine, moins hostiles à la RPDC, sont considérées comme de simples supplétifs chargés d’appliquer le volet "anti prolifération" de la politique américaine vis-à-vis de la Corée du Nord. Lancée en mai 2003 par le président Bush, l’Initiative de sécurité contre la prolifération (ISP) vise à contribuer à empêcher la prolifération des armes de destruction massive, de leurs vecteurs et des matériels connexes, grâce à des efforts d’interdiction renforcés. L'ISP préfigure elle-même, tout en la mettant en œuvre, la résolution 1540 du Conseil de sécurité des Nations Unies. [4] L’ISP et la résolution 1540 s’ajoutent à d’autres résolutions (1695, 1718...) sanctionnant expressément la RPDC suite aux essais balistique et nucléaire de 2006, résolutions dont les néo-conservateurs, notamment par la voix de l’ex-ambassadeur Bolton, trouvent l’application trop timide. L’ISP et la résolution 1540 ne sont donc pas de simples outils destinés à lutter contre la "prolifération" dont se rendrait coupable, entre autres, la Corée du Nord, mais paraissent aussi constituer un moyen commode d’enfoncer un coin entre la RPDC et ses puissants voisins et partenaires.


Enfin, et c’est peut-être le plus grave, déjà durement touchée par les catastrophes naturelles depuis le milieu des années 1990, la RPDC est obligée de consacrer une grande partie de ses ressources limitées à sa défense en raison de la tension qui prévaut dans la péninsule coréenne. Dans ce contexte, les néo-conservateurs, John Bolton en tête, font preuve d’un cynisme absolu en déclarant à la fois vouloir provoquer une crise économique en RPDC et, la main sur le cœur, que les Etats-Unis feront tout avec leurs alliés pour répondre à l’urgence humanitaire qui ne manquera pas de survenir. Pour "étrangler économiquement" la RPDC, ils continuent à prendre prétexte de l’histoire éculée de la fabrication de fausse monnaie par les Nord-Coréens, histoire à laquelle les experts croient de moins en moins mais qui permet d’isoler la Corée du Nord d’un système financier averse au risque.


La Corée du Nord est donc l’objet d’un véritable siège, de ceux qui ont lieu lorsqu’un assaillant rencontre une ville ou une forteresse qui refuse la reddition et ne peut pas être prise facilement par un assaut direct. L’objectif est alors encerclé, avec pour effet la coupure de ses lignes d’approvisionnement, des machines destinées à faciliter l’assaut ou à bombarder la ville sont approchées et des opérations de sape ont lieu. Dans le domaine militaire, l’ensemble de ces actions menées en vue de s’emparer d’une place forte ou d’une position ennemie s’appelle la poliorcétique. Un joli mot venant du grec pour quelque chose qui rappelle le Moyen Age.

 


[1] Lire notamment l'article paru le 3 avril 2008 dans le quotidien sud-coréen Dong-a Ilbo (conservateur), "La Corée du Nord continue à fabriquer de faux dollars". Sous ce titre accrocheur, l'article du Dong-a-Ilbo n'apporte aucune information nouvelle prouvant une implication de la Corée du Nord, reprend des accusations anciennes et révèle seulement que Stuart Levey, sous-secrétaire au Trésor américain en charge de la lutte contre le terrorisme et du renseignement financier a déclaré la veille devant le Congrès des Etats-Unis que le Secret Service "continue à enquêter" sur les faux billets toujours en circulation, ce qui est la moindre des choses pour un service en charge de la lutte contre la fausse monnaie...


[2] Les Etats-Unis prétendent ainsi que la Corée du Nord a laissé passer la date butoir du 31 décembre 2007, fixée par l'accord du 13 février 2007, sans déclarer l'ensemble de ses programmes nucléaires. La Corée du Nord affirme de son côté avoir remis cette déclaration dès novembre.


[3] John R. Bolton, "Salvaging Our North Korea Policy", Wall Street Journal, 17 mars 2008.


[4] La résolution 1540, adoptée le 28 avril 2004 par le Conseil de sécurité des Nations Unies, "demande à tous les États de mener, avec l’aval de leurs autorités légales nationales, dans le respect de leur législation et conformément au droit international, une action coopérative visant à prévenir le trafic illicite des armes nucléaires, chimiques ou biologiques, de leurs vecteurs et des matériels connexes."

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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 15:13

Le vendredi 28 mars 2008, la Corée du Nord a procédé à des tirs de missile de courte portée en Mer Jaune (ouest de la Corée). Ces exercices interviennent alors que Pyongyang a mis en garde Washington contre les conséquences que pourraient avoir, pour la mise en oeuvre de l'accord de Pékin du 13 février 2007, les allégations américaines sur un programme nucléaire nord-coréen d'enrichissement de l'uranium.

Le 13 février 2007, un accord était signé à Pékin entre six pays (la Corée du Nord, la Corée du Sud, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Plus d'un an plus tard, la mise en oeuvre de cet accord reste incertaine. Si la Corée du Nord a procédé à la désactivation de la centrale nucléaire de Yongbyon, les Etats-Unis n'ont pas procédé à l'ensemble des livraisons d'énergie prévues par l'accord de Pékin. Par ailleurs, la liste de l'ensemble de ses activités nucléaires, que Pyongyang déclare avoir remise en novembre 2007, est jugée incomplète par Washington.

Le 28 mars 2008, la Corée du Nord a accusé les Etats-Unis d'empêcher à présent la mise en oeuvre de l'accord de Pékin en continuant d'alléguer, d'une part, que la Corée du Nord poursuivrait un programme clandestin d'enrichissement de l'uranium et, d'autre part, qu'elle aiderait la Syrie à se doter de l'arme nucléaire. Dans une déclaration à l'agence officielle nord-coréenne KCNA, un responsable du ministère nord-coréen des Affaires étrangères a fait savoir que "si les Etats-Unis continuent de retarder la résolution du problème nucléaire en exigeant ce qui n'existe pas, cela aura des conséquences sérieuses sur la désactivation souhaitée des installations nucléaires."

L'audition par le Congrès américain du responsable des renseignements américains pour la Corée du Nord, M. Joseph deTrani, en février 2007, avait déjà sérieusement remis en question l'existence d'un programme clandestin nord-coréen d'enrichissement de l'uranium. David Albright, président de l'Institut pour la science et la sécurité internationale (ISSI) et ancien inspecteur de l'ONU, avait fait la comparaison avec la prétendue détention par les Irakiens d'armes de destruction massive pour justifier le déclenchement de la guerre par les Américains.


Dans ce contexte tendu, la Corée du Sud et les Etats-Unis ont procédé début mars à des exercices militaires conjoints vivement dénoncés par Pyongyang, mais considérés par Séoul et Washington comme des exercices habituels entre ces deux alliés. Le vendredi 28 mars, la Corée du Nord a annoncé avoir procédé  en Mer Jaune à sept tirs de missile mer-mer Styx de courte portée, des tirs "de routine". Si la présidence sud-coréenne a déclaré qu'il s'agissait "simplement d'une partie de l'entraînement militaire habituel" de la Corée du Nord, les Etats-Unis ont dénoncé une attitude "non constructive".


La question nucléaire a également des conséquences sur les relations intercoréennes dont l'évolution a été rendue incertaine par l'élection en Corée du Sud, le 19 décembre 2007, du président Lee Myung-bak. Ce dernier a fait campagne en dénonçant la politique nord-coréenne de son prédécesseur, selon lui trop conciliante. Le jeudi 27 mars, onze Sud-Coréens ont été expulsés de la zone industrielle de Kaesong, en Corée du Nord, où sont installées des entreprises sud-coréennes, après que le président sud-coréen ait réaffirmé sa volonté de conditionner la poursuite de la politique d'ouverture économique aux progrès sur le dossier nucléaire nord-coréen.


L'AAFC déplore vivement que la coopération économique intercoréenne soit ainsi instrumentalisée à des fins politiques et subordonnée à la tactique des stratèges néoconservateurs de la Maison-Blanche. D'autant plus que les procédés utilisés rappellent le triste précédent de l'Irak. (sources : Ria Novosti, Le Monde).

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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 11:17

Alors que la mise en oeuvre de l'accord de Pékin sur le nucléaire nord-coréen reste bloquée, la rencontre à Genève entre les négociateurs américain et nord-coréen, le jeudi 13 mars 2008, n'a pas donné de résultats immédiats. Dans le même temps, les déclarations du vice-président américain Dick Cheney sur les exportations supposées de missiles balistiques par la Corée du Nord alimentent les tensions bilatérales. 

Une issue est-elle en vue pour débloquer la mise en oeuvre de l'accord signé à Pékin, le 13 février 2007, en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne ? Si le dialogue se poursuit, les tensions alimentées par l'administration américaine tendent à éloigner un nouvel accord.

Les différends entre les deux parties sont connues : pour les Etats-Unis, la liste fournie par la Corée du Nord sur ses activités nucléaires est incomplète. Pour sa part, la Corée du Nord pointe que les Etats-Unis n'ont pas procédé à l'ensemble des livraisons d'énergie prévues par l'accord de Pékin.

Dans ce contexte, les négociateurs nord-coréen Kim Kye-gwan et américain Christopher Hill se sont rencontrés à Genève le jeudi 13 mars 2008. Lors d’une conférence de presse à l’issue de ces échanges, Christopher Hill a déclaré que les deux parties étaient dans "une meilleure position" à la fin de ces discussions, qui n'ont toutefois pas donné de résultats immédiats. Le négociateur américain a par ailleurs rappelé l'objectif du gouvernement américain d'arriver à un accord avant la fin de cette année.

Toutefois, les signaux donnés par l'administration américaine alimentent les tensions. le vice-président américain Dick Cheney dénonce la Corée du Nord comme "le pays le plus actif en matière de proliférations de technologies balistiques". Mais ces propos sont en contradiction directe avec le rapport au Sénat, le 11 mars 2008, du général Burwell Baxter Bell, commandant des troupes américaines en Corée du Sud. En effet, selon le général Bell, les dernières exportations de savoir-faire nord-coréen en la matière remontent à 2005.

Doit-on interpréter les propos du vice-président Cheney comme une volonté unilatérale de rompre les discussions américano-nord-coréennes ? Plus fondamentalement, ils reflètent les contradictions internes à l'administration américaine : quand les néo-conservateurs alimentent volontairement les tensions, les partisans de l’engagement avec la Corée du Nord continuent manifestement de rechercher un accord. Les suites de la remise du rapport de Christopher Hill à son gouvernement donneront peut-être une orientation décisive, mais en partie dépendante de rapports de forces malheureusement extérieurs à la situation réelle dans la péninsule coréenne.

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