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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 21:27

Si les médias sud-coréens ont tenté de faire ressortir la convergence de vues entre le Coréen Moon Jae-in et l'Américain Donald Trump lors de la visite du premier au second, ou du moins la prise en compte des attentes sud-coréennes par l'administration américaine, la réalité mérite d'être nuancée au regard de l'obstination de Donald Trump à marteler le même message néoconservateur - ce qu'a analysé John Burton dans un article publié dans Nikkei Asian Review, que nous publions ci-après traduit de l'anglais, avec pour titre et sous-titre (en français) "Moon face à un Trump obstiné lors de sa visite aux Etats-Unis" - "Les négociations commerciales ont pris une importance inattendue lors des discutions américano-coréennes", même si l'on peut objectivement s'interroger sur ce que Moon Jae-in aurait pu davantage obtenir, au regard du peu de considérations manifestement de l'administration Trump pour la République de Corée et les Sud-Coréens.

 

"Moon face à un Trump obstiné lors de sa visite aux Etats-Unis" (John Burton)

Le président sud-coréen Moon Jae-in était conscient qu’il lui faudrait faire preuve de discernement durant sa rencontre à Washington avec le président américain Donald Trump, qui privilégie les affinités personnelles avant tout autre chose dans ses relations avec les dirigeants étrangers.

 

La rencontre du 30 juin a été perçue comme le premier grand test pour Moon, qui a été élu sept semaines après la destitution de son prédécesseur. Les chances étaient grandes que cette réunion puisse déterminer le futur de l’alliance américano-sud-coréenne en matière de sécurité à un moment où la Corée du Nord accélère le développement de ses programmes nucléaires et balistiques.

 

Les médias américains avaient prédit un affrontement entre les deux dirigeants, Moon privilégiant une approche plus conciliante envers la Corée du Nord que celle de l’administration Trump, qui favorise un durcissement des sanctions. La majeure partie des diplomates américains se méfient de Moon du fait du durcissement de l’attitude des Etats-Unis envers la Corée du Nord. Moon fut le chef de cabinet de Roh Moo-hyun, le président sud-coréen de 2003 à 2008, qui était perçu comme un défenseur d’une politique d’apaisement face à la Corée du Nord.

 

Les conseillers de Moon ont organisé la visite comme un exercice soigneusement calibré de relations publiques visant à gagner la confiance de l’administration Trump et de l’opinion publique américaine.

 

Moon, par exemple, s’est servi de sa poignante histoire personnelle pour délivrer le message indiquant que l’alliance militaire américaine est le fondement de la démocratie sud-coréenne. Son premier geste après avoir atterri à Washington fut de visiter le Musée National du Corps des Marines, qui commémore la grande opération d’évacuation de réfugiés nord-coréens fin 1950 durant de la Guerre de Corée, réfugiés parmi lesquels se trouvaient les parents de Moon.

 

Moon a également tenté de minimiser les différents avec l’administration Trump concernant les problèmes sécuritaires. Le sujet le plus controversé est le récent déploiement du système antibalistique américain Terminal High Altitude Area Defense, auquel Moon s’est opposé durant sa campagne pour la présidence de la République. Bien que le système THAAD soit prévu pour défendre la Corée du Sud contre une attaque de missiles nord-coréenne, la Chine y voit une menace potentielle à l’encontre de sa force nucléaire stratégique et a imposé des restrictions sur les importations sud-coréennes en représailles.

 

Peu avant la rencontre, Moon a affirmé qu’il ne bloquerait pas la mise en place du système THAAD comme il l’avait suggéré auparavant, mais qu’il retarderait son complet déploiement jusqu’à ce qu’une étude exhaustive sur son impact environnemental soit menée à son terme. Moon espère que ce délai lui donnera le temps de répondre aux inquiétudes de la population sud-coréenne ainsi qu’à celles du gouvernement chinois.

 

Moon était accompagné lors de son voyage aux Etats-Unis par plus d’une cinquantaine de chefs d’entreprise qui se sont engagés à y investir 12,8 milliards de dollars pendant les cinq prochaines années ainsi qu’à dépenser 22,4 milliards de dollars supplémentaires dans le gaz naturel et l’aéronautique, entre autres.

 

Les reproches américains

 

Mais si Moon pensait que ces actions amadoueraient Trump, il découvrit rapidement la réalité après s’être assis pour discuter avec le président américain et son cabinet. Le dirigeant sud-coréen a reçu en public un exposé donné par le Secrétaire Américain au Commerce Wilbur Ross, qui a reçu une décoration du gouvernement sud-coréen pour ses efforts visant à aider à reconstruire l’économie du pays après la crise financière de 1997.

 

Ross se plaignit du fait que Séoul continue à maintenir des barrières douanières sur les produits américains, dans des secteurs tels que l’automobile, en dépit de la mise en place d’un accord bilatéral de libre-échange en 2011. Le déficit commercial avec la Corée du Sud a plus que doublé pour atteindre les 27 milliards de dollars depuis.

 

Gary Cohn, le conseiller économique en chef de Trump, a accusé la Corée du Sud de servir d’intermédiaire pour l’exportation de produit métallurgiques chinois bon marché. La Corée du Sud est le deuxième plus grand exportateur d’acier vers les Etats-Unis et pourrait subir des pénalités douanières une fois que l’enquête américaine sur le dumping sur le commerce mondial de l’acier sera terminée.

 

Dans une déclaration commune face aux médias avec Moon, Trump a affirmé qu’il souhaiterait renégocier l’accord commercial bilatéral avec Séoul, qu’il a décrit comme étant « pas exactement une bonne affaire » et « injuste envers le travailleur américain ». Il a également suggéré que Séoul devrait payer davantage « pour assurer un partage équitable du coût lié à la présence militaire américaine en Corée du Sud ».

 

Les officiels sud-coréens ont admis après coup avoir été pris de court par la sévère critique de l’administration Trump concernant les échanges commerciaux. « Nous pensions que le thème central du sommet serait la sécurité, mais ce fut seulement lors des dernières 48 heures que nous avons compris que le commerce serait d’une importance équivalente », indique un fonctionnaire sud-coréen en charge du commerce.

 

L’attitude de Trump envers Moon représente une volte-face soudaine dans l’approche de son administration vis-à-vis des échanges commerciaux avec la Chine et la Corée du Sud ainsi que par rapport à sa position concernant la menace nucléaire nord-coréenne. Cela marque également un renversement de la rhétorique employée durant sa campagne présidentielle, il accusait alors à la fois Pékin et Séoul de se comporter comme des passagers clandestins au sein des échanges économiques mondiaux.

 

Le paramètre chinois

 

Tôt au cours de son mandat, Trump surprit un grand nombre d’observateurs en acceptant de diminuer l’intensité de ses critiques envers les pratiques commerciales chinoises en échange de l’acceptation par Pékin de la mise en place de sanctions économiques renforcées à l’encontre de Pyongyang afin de l’aider à freiner son programme nucléaire et balistique.

 

Cependant, depuis peu, Trump a indiqué avoir perdu patience face au manque de résultats de la Chine. Le 29 juin, son administration a imposé des sanctions sur plusieurs entités chinoises commerçant avec la Corée du Nord, en approuvant au même moment une vente d’armement à Taiwan pour un montant de 1,4 milliard de dollar entraînant une réaction furieuse de la part de Pékin.

 

En critiquant la politique commerciale sud-coréenne, Trump a également insinué que la Corée du Sud devait se ranger derrière une politique américaine plus agressive envers Pyongyang si elle désire éviter des problèmes dans l’exportation de ses marchandises vers les Etats-Unis.

 

Bien que le président américain ait réaffirmé son soutien à l’alliance militaire avec la Corée du Sud, il semble accorder peu de valeur au désir de Moon de régler la crise nucléaire par le dialogue, arguant que « l’ère de la patience stratégique avec la Corée du Nord a échoué ».

 

Moon s’est retrouvé dans une situation délicate en tentant de défendre sa politique « alliant les sanctions au dialogue », cela même lorsqu’il se fait l’avocat de la ligne dure prônée par Trump en déclarant que « les menaces et les provocations du Nord feront face à une réponse impitoyable ».

 

La question principale est de savoir si Moon, qui bénéficie d’une popularité dépassant les 80%, souffrira politiquement une fois rentré dans son pays du peu de résultats à faire valoir. Les Sud-Coréens ont témoigné de l’indice de confiance le plus faible concernant Trump parmi les pays asiatiques, 17%, selon une nouvelle étude menée par le Pew Research Center. Moon est d’ores et déjà critiqué pour avoir promis que son pays investirait massivement aux Etats-Unis alors qu’une hausse des dépenses est nécessaire au niveau national pour faire face au chômage record de la jeunesse.

 

La popularité de Moon dans son pays se fonde principalement sur ses efforts pour mettre un terme à la bipolarisation entre conservateurs et progressistes dans l’espoir de voir émerger une nouvelle politique de synthèse. En matière de diplomatie, cela signifie l’affirmation de l’importance de l’alliance militaire américano-sud-coréenne, tout en demandant la reconnaissance des intérêts légitimes de la Corée du Sud dans la mise en place d’une politique commune avec la Corée du Nord. Cet objectif est maintenant remis en question à la lumière de la récente visite de Moon aux Etats-Unis.

 

Tel le jeune idéaliste dans le film de 1939, « Monsieur Smith au Sénat », Moon a déjà découvert que la capitale américaine pouvait être un cimetière pour les espoirs que l’on caresse.


Article original en anglais : 

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 20:50

Le 4 juillet 2017, soit le jour de la fête nationale américaine, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a procédé au tir d'un missile balistique de type Hwasong-14 : elle affirme avoir lancé avec succès, pour la première fois, un missile balistique intercontinental (acronyme anglais : ICBM). Si les experts étrangers discutent la portée de ce tir, de nouveau unanimement critiqué par les Etats-Unis et les pays occidentaux car contrevenant aux sanctions des Nations Unies, il marque en tout cas un nouveau progrès dans le programme balistique nord-coréen, posant de nouveau la question de l'efficacité de la politique de sanctions pour empêcher le développement des programmes balistiques et nucléaires de la RPD de Corée. 

Photo (non datée) de lancement d'un missile balistique de type Hwasong-14

Photo (non datée) de lancement d'un missile balistique de type Hwasong-14

Selon les autorités nord-coréennes, le lancement, décidé et supervisé par le Maréchal Kim Jong-un, aurait permis à l'engin d'atteindre une altitude de 2 802 km. Il aurait volé sur une distance de 933 km, avant de tomber dans la mer de l'Est. Toujours selon les médias de la RPDC, la Corée du Nord, puissance nucléaire, serait désormais dotée d'ICBM lui permettant de "frapper tout endroit au monde". 

Si les militaires occidentaux ont été très prudents sur la portée de ce tir, la Russie, d'après les données paramétriques, a estimé qu'il s'agissait d'un tir de portée intermédiaire - soit une catégorie immédiatement inférieure à celle des missiles de type ICBM, dont la portée est supérieure à 5 600 kilomètres. Pour sa part, David Wright de l'Union of Concerned Scientists, estime, avec d'autres experts, la portée du missile nord-coréen à 6 700 kilomètres, ce qui permettrait à la RPDC d'atteindre l'Alaska. Les Etats-Unis ont ensuite reconnu qu'il s'agissait bien du lancement d'un ICBM. Dans tous les cas, les progrès du programme balistique nord-coréen sont réels, et ceux-ci se sont manifestement accélérés sous l'impulsion du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un depuis son arrivée au pouvoir en 2011.

Sur les motivations des programmes balistiques et nucléaires de la RPDC, l'historienne Juliette Morillot observe, dans un entretien à 20 minutes, que leur développement procède d'un sentiment légitime d'insécurité des Nord-Coréens face à la politique américaine, aujourd'hui marquée par l'imprévisibilité de l'administration Trump : 

La Corée du Nord se sent menacée par les Américains, et de fait, elle l’est. En atteste il y a quelques semaines l’annonce par Trump de l’envoi d’un porte-avions américain dans la zone. Kim Jong-un craint que Donald Trump, qui a 28.000 soldats américains postés sur le sol sud-coréen, ne décide d’envoyer ses troupes envahir la Corée du Nord. D’ailleurs, entre Donald Trump et Kim Jong-un, c’est bien Donald Trump qui est le plus imprévisible des deux.

Pour Europe 1 et le JDD, le journaliste Vivien Vergnaud souligne que la poursuite du programme balistique nord-coréen s'inscrit dans "un contexte de menaces répressives" : 

La Corée du Nord réalise des tirs de missiles balistiques dans un contexte de menaces répressives, qu'elles viennent des sanctions des Nations Unies portées par les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud.

Pour l'auteur Philippe Pons, les programmes militaires nord-coréens ne s'inscrivent ainsi plus dans une logique de négociation (qui consisterait à les arrêter, voire les démanteler, en contrepartie notamment de garanties de sécurité), mais "relèvent d'une nécessité stratégique" : 

Les programmes nucléaires et balistiques nord-coréens ne sont plus une monnaie d'échange dans une négociation : ils relèvent d'une nécessité stratégique.

Comme le souligne des experts nord-américains cités par Laurent Barthélémy (bureau de l'AFP à Washington), il convient que l'administration américaine prenne acte de l'échec de la politique de sanctions et se fixe d'autres objectifs de négociation que ceux, désormais dépassés, d'une dénucléarisation de la péninsule coréenne :

Pour un certain nombre d'experts américains, les États-Unis n'ont plus d'autre choix aujourd'hui que de prendre acte des progrès de Pyongyang, et de rechercher désormais des objectifs moins ambitieux qu'un abandon pur et simple de son programme de missiles nucléaires.

«Aujourd'hui, la fenêtre pour négocier une dénucléarisation de la péninsule coréenne», objectif traditionnel de l'administration américaine, «est close», a déclaré à l'AFP Jeffrey Lewis, un chercheur de l'Institut Middlebury des études internationales, dont le siège est en Californie.

Washington doit prendre acte des progrès nord-coréens et désormais chercher à «réduire la tension» avec Pyongyang, «tout en renforçant la dissuasion» face aux armes nucléaires du régime, explique-t-il.

«Ça ne sert à rien de faire pression pour empêcher le passage d'un seuil déjà franchi», a renchéri Adam Mount, un expert du cercle de réflexion Center for American progress, à Washington.

Cette position réaliste et raisonnable est celle de Moscou et Pékin, qui relançaient le même jour (avant le tir nord-coréen) leur proposition que Washington et Séoul suspendent leurs manoeuvres militaires dans la péninsule coréenne, en contrepartie d'un gel (et non d'un démantèlement) de ses programmes balistiques et nucléaires militaires par Pyongyang. La Chine, qui préside par ailleurs le Conseil de sécurité des Nations Unies au mois de juillet, a affirmé, par la voix de son ambassadeur aux Nations Unies Liu Jeyi, la nécessité de diminuer les tensions pour empêcher des conséquences "désastreuses", en revenant à la table des négociations : 

Si les tensions s'enveniment... Tôt ou tard, cela va devenir hors de contrôle et les conséquences seront désastreuses (...) Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre trop longtemps sans que le dialogue ait lieu.

Mais Donald Trump, qui a réagi par un tweet de colère au tir balistique nord-coréen ("La Corée du Nord vient juste de lancer un autre missile. Ce type n'a-t-il rien de mieux à faire de sa vie ?") est-il prêt à agir de manière raisonnable ? Formons le voeu que la communauté internationale saura l'en convaincre, pour la paix et la prospérité non seulement de l'Asie du Nord-Est, mais aussi les nôtres, au regard des conséquences effroyables qu'aurait un affrontement militaire entre ces deux puissances nucléaires que sont la Corée du Nord et les Etats-Unis.

Source : 

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 13:07

Le 30 juin 2017, à l'occasion de la première visite aux Etats-Unis de Moon Jae-in, nouvellement élu président de la République de Corée (Corée du Sud), un communiqué conjoint a été publié avec son homologue américain Donald Trump. Alors que le déplacement des chefs d'Etat sud-coréens aux Etats-Unis après leur élection est vu à Séoul comme un exercice obligé, cette rencontre au sommet était attendue et observée au regard des distances qu'avait prises Moon Jae-in avec les Etats-Unis au cours de sa campagne électorale. Si de l'aveu même des communicants de chaque partie il s'agissait pour les deux hommes d'apprendre à se connaître et que certains sujets ont donné lieu à des discussions "franches" (soit, en langage diplomatique, l'expression nette de divergences), le moment n'était pas à l'expression publique de désaccords - mais plutôt à l'affichage d'un "consensus de façade" (selon l'expression des journalistes du quotidien Le Monde Stéphanie Le Bars et Philippe Pons) - tandis que sur la forme Moon Jae-in n'a pas été reçu dans la résidence privée de Donald Trump à Mar-a-Lago, contrairement au Premier ministre japonais.

Que retenir du sommet entre Moon Jae-in et Donald Trump ?

Surtout, éviter les sujets qui fâchent : le communiqué conjoint américano-sud-coréen exclut ainsi la délicate question du déploiement en Corée du Sud du bouclier de missiles américain THAAD, dont le nouveau chef d'Etat sud-coréen a obtenu qu'il soit suspendu

Si le sujet de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est a priori moins conflictuel - les deux pays partagent au moins l'objectif de mettre fin aux programmes balistiques et nucléaires de Pyongyang, tout en poursuivant leurs manoeuvres militaires conjointes de grande ampleur et en accroissant les sanctions internationales contre la Corée du Nord - la volonté sud-coréenne de dialoguer avec la Corée du Nord n'a guère de répondant à ce jour aux Etats-Unis, le président américain ayant commencé à mettre en place des sanctions contre les entreprises chinoises commerçant avec la RPD de Corée, et jugé utile de souligner que sa patience était à bout - même s'il ne fait que poursuivre dans ses grandes lignes la politique nord-coréenne de son prédécesseur, en augmentant toujours davantage les sanctions contre la RPDC. Néanmoins, en s'affirmant ouvert au dialogue, Donald Trump a apparemment modéré son approche et tenu compte du changement de majorité à Séoul - c'est du moins ce que veut accréditer l'agence officielle de presse sud-coréenne, en présentant le communiqué conjoint Washington-Séoul sous le titre : "Trump soutient l'initiative sud-coréenne de redémarrer le dialogue avec Pyongyang", tout en citant par ailleurs le communiqué conjoint selon lequel les deux partes
"ont affirmé leur engagement à mettre en œuvre pleinement les sanctions actuelles et imposer de nouvelles mesures destinées à appliquer une pression maximale sur la Corée du Nord". Dans l'avion qui le conduisait à Washington, Moon Jae-in avait ainsi déclaré être pour la reprise inconditionnelle du dialogue avec la Corée du Nord : 

Il ne s’agit pas de récompenser la Corée du Nord pour son comportement répréhensible, mais Séoul et Washington devraient examiner ensemble ce qu’ils pourraient lui offrir en échange d’un gel de son programme nucléaire (...) Nous devons engager un dialogue avec Pyongyang (...) Sans condition.

Autre sujet de discorde, l'accord de libre-échange Etats-Unis - République de Corée, entré en vigueur en 2012, dont Donald Trump a souligné pendant sa rencontre au sommet avec Moon Jae-in qu'il entendait le renégocier. Comme le souligne l'agence Yonhap, le communiqué conjoint mentionne seulement la nécessité de créer les conditions d'un commerce "équitable" : 

A propos des questions économiques, Moon et Trump se sont mis d'accord pour créer des conditions du marché «équitables» pouvant aider à résoudre le déficit commercial des Etats-Unis.

Le communiqué n'a cependant pas fait allusion à une renégociation imminente de l'accord de libre-échange (ALE) entre les deux pays qui a été décrit dans le passé par le président américain comme un «accord horrible».

Enfin, alors que la Corée du Sud a réaffirmé son engagement à soutenir les Etats-Unis dans la lutte contre l'Etat islamique et, plus largement, contre le terrorisme, les Américains ont fait un geste en direction des Sud-Coréens en évoquant la possibilité de transférer à Séoul le commandement opérationnel des forces sud-coréennes en temps de guerre, qui avait été refusé par les conservateurs sud-coréens, mais sous certaines conditions également soulignées par l'agence Yonhap : 

Le communiqué a aussi noté que les dirigeants ont également convenu de travailler en vue d'assurer dans les meilleurs délais le transfert à Séoul du contrôle opérationnel en temps de guerre des forces sud-coréennes, une mesure qui a été initialement convenue il y a plus d'une décennie mais qui a été reportée à une date indéterminée sous l'ancien gouvernement conservateur.

Le transfert dépendra toutefois des futures acquisitions de Séoul en matière de capacités de défense indépendantes, a-t-il indiqué.

Au final, le déplacement de Moon Jae-in aux Etats-Unis n'a certes pas levé tous les points de désaccord avec l'administration Trump, mais a permis de poser les conditions d'une poursuite et d'une éventuelle évolution des termes de l'alliance traditionnelle américano-sud-coréenne, au regard des attentes de chacune des deux parties. 

Sources :

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 12:25

Si les échanges intercoréens redémarrent en dehors des circuits intergouvernementaux, les autorités de la République de Corée (au Sud) et de la République populaire démocratique de Corée (au Nord) ont formulé des propositions de reprise des discussions qui, au-delà de leur rejet par l'autre partie, témoignent que les deux Etats explorent bien la voie d'un nouveau dialogue. 

Dialogue intercoréen : les deux gouvernements se jaugent

Lorsque Moon Jae-in dénonce la RPD de Corée comme "irrationnelle", il faut y voir une réaction après que le Nord eut décrit le Président sud-coréen comme le "porte-parole" de Washington - alors qu'une rencontre au sommet entre Donald Trump et Moon Jae-in doit intervenir la semaine prochaine. Au regard des échanges très vifs, de part et d'autre, sous les présidences conservatrices à Séoul, ces propos, pour peu diplomatiques qu'ils soient, restent somme toute modérés.

La première proposition de reprise du dialogue est venue du Sud, lorsque Moon Jae-in a déclaré que la cessation par Pyongyang de ses "provocations" permettrait une reprise sans conditions des discussions entre le Nord et le Sud. Ces propos ont été particulièrement mal accueillis par la RPD de Corée, qui cherche à découpler les questions de sécurité (tenant selon elle à ses relations avec Washington) du dialogue intercoréen.

La RPD de Corée a ensuite mis sur la table un moratoire de ses essais nucléaires si Washington et Séoul arrêtaient leurs manoeuvres militaires. La proposition n'est pas nouvelle (elle avait déjà été formulée en janvier 2015), mais elle se rapproche d'une suggestion de Pékin vis-à-vis des Etats-Unis (suspendre les exercices militaires des Etats-Unis et de leurs alliés en contrepartie d'un gel par la RPD de Corée de ses activités balistiques et nucléaires). Plus encore, Moon Jae-in pense que la dénucléarisation de la péninsule coréenne exige d'abord un moratoire des activités nucléaires de Pyongyang, et son conseiller spécial pour la diplomatie et la sécurité, Moon Chung-in, a proposé lors d'un forum à Washington la diminution de l'ampleur des exercices militaires menés conjointement avec les Etats-Unis, en contrepartie d'une suspension par la RPD de Corée de ses essais nucléaires et balistiques.

Si les termes du dialogue restent différents, ils n'en tendent pas moins à se rapprocher. Reste à savoir si, sur ces questions où Séoul ne se désolidarise jamais totalement des Etats-Unis, quelle pourrait être la réaction de l'administration Trump.

Source : 

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 10:29

L'étudiant américain Otto Warmbier avait été arrêté en janvier 2016 en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), où il s'était rendu dans le cadre d'un voyage touristique organisé par l'agence Young Pioneer Tours, après avoir confessé avoir tenté de voler une affiche de propagande. Condamné à quinze ans de travaux forcés, il avait été libéré le 13 juin dernier, après une médiation par le département d'Etat américain sur laquelle ce dernier est resté très discret. Libéré en état de coma, (un "état d'éveil non réactif", selon les médecins), Otto Warmbier est décédé six jours plus tard, à l'âge de 22 ans.

Otto Warmbier, lors de son procès à Pyongyang

Otto Warmbier, lors de son procès à Pyongyang

Avant d'examiner les termes du débat sur les causes de la mort d'Otto Warmbier, l'Association d'amitié franco-coréenne souhaite tout d'abord témoigner de sa profonde tristesse quant à ce dénouement tragique, tant pour le jeune homme - certes mort auprès des siens - que pour sa famille. Quels que soient les actes commis par l'étudiant américain, peut-être un rapatriement sanitaire plus précoce aurait-il été nécessaire. Si la médecine n'est pas une science exacte, nous formulons l'espoir que, à l'avenir, dans des circonstances similaires, une solution diplomatique soit explorée  dès que possible pour empêcher que de tels drames se reproduisent.

Selon la RPD de Corée, Otto Warmbier souffrait de botulisme, une maladie paralytique rare mais grave, d'origine infectieuse et pouvant aboutir à une paralysie des muscles, notamment respiratoires.

A son retour aux Etats-Unis, le jeune homme avait subi une batterie d'examens, qui ne permettaient pas de déterminer avec précision les causes de son grave état de santé, comme l'a indiqué le Washington Post :

Les docteurs disent ne pas savoir ce qui a causé les dommages cérébraux. A la question de savoir si ce pouvait être le résultat de coups ou d'autres violences pendant son emprisonnement, ils ont répondu que Warmbier ne présentait aucun signe de traumatisme, ni de fractures sévères ou cicatrisées.

Daniel Kanter, directeur d'unité médicale de soins intensifs en neuroscience, a au contraire affirmé que l'origine de la lésion cérébrale apparue dans les résultats des IRM correspondait à un arrêt cardiopulmonaire avec des dommages aux tissus cérébraux dus à un manque d'irrigation en sang du cerveau.

Toujours selon les médecins, il n'aurait pas été trouvé de traces de botulisme dans le corps d'Otto Warmbier et les lésions sont antérieures à avril 2016, suivant les résultats de deux IRM envoyés par les médecins nord-coréens à leurs collègues américains. 

Malgré ces conclusions médicales prudentes, un certain nombre de médias ont relayé la thèse d'une mort suite à des coups et blessures, entretenue par le département d'Etat américain - bien que ce dernier affirme ne pas pouvoir dire si Otto Warmbier aurait été frappé en RPDC, par égards pour la famille qui, pour sa part, a mis vivement en cause les autorités nord-coréennes avant même la libération du jeune homme.

Alors que trois autres citoyens américains (un homme d'affaires et deux universitaires) restent détenus en Corée du Nord - ils constituent d'ailleurs pratiquement les seuls ressortissants étrangers arrêtés en RPDC - la disparition d'Otto Warmbier dégrade encore un peu plus les relations bilatérales déjà tendues entre Pyongyang et Washington.


Sources :

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 21:53

Le 7 juin 2017, le Président de la République de Corée Moon Jae-in a annoncé la suspension du déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles antimissile THAAD, dans l'attente que soit menée une étude d'impact environnemental. Cependant, deux jours plus tard la Maison Bleue - siège de la présidence sud-coréenne - a annoncé que le déploiement du THAAD se déroulera "comme prévu". Décryptage.

Militante dans le comté de Seongju, site retenu pour le déploiement de THAAD, fait signer une pétition contre THAAD.

Militante dans le comté de Seongju, site retenu pour le déploiement de THAAD, fait signer une pétition contre THAAD.

L'annonce du Président Moon Jae-in a été saluée par tous ceux qui veulent la paix et refusent la course aux armements en Asie du Nord-Est : le déploiement du très controversé dispositif THAAD est suspendu dans l'attente des résultats d'une étude d'impact, qui pourrait durer plus d'un an, qui devrait notamment mesurer l'impact sur la santé du champ magnétique du radar AN/TPY-2. Une telle étude d'impact était obligatoire, mais avait été omise dans le but manifestement d'accélérer la mise en place de THAAD avant l'élection présidentielle du 9 mai, remportée par l'opposition démocrate, pour mettre le nouveau chef de l'Etat devant le fait accompli.  

Non seulement il s'agissait de passer en force contre l'opinion publique, mais la réalité même du déploiement de THAAD a été cachée par l'armée sud-coréenne au Président Moon Jae-in : fin mai, un rapport qui lui avait été transmis afin de préparer sa rencontre aux Etats-Unis avec Donald Trump, en juin, avait délibérément supprimé un passage indiquant l'arrivée de quatre camions lanceurs de missiles sur le sol sud-coréen. Il ne fait guère de doute que cette indiscipline de l'armée, qui a entraîné le renvoi du vice-ministre de la Défense en charge des affaires politiques, conjuguée aux efforts déployés par le ministère de la Défense pour empêcher l'étude d'impact environnemental, a pesé dans l'annonce du Président Moon Jae-in sur la suspension de la mise en oeuvre de THAAD.

Mais suspension ne signifie pas démantèlement de THAAD, comme l'a souligné le surlendemain Chung Eui-yong, chef du bureau de la sécurité nationale à la présidence sud-coréenne :

Le gouvernement gérera le déploiement du THAAD selon ses principes tout en étant pleinement conscient des menaces nucléaires et balistiques de la Corée du Nord (...) Le gouvernement n'a pas l'intention de changer fondamentalement ce qui a été promis dans le cadre de l'alliance Corée – États-Unis.

L'administration Moon Jae-in marche sur des œufs. Elle ne peut pas se permettre une remise en cause immédiate et radicale de THAAD, surtout à la veille d'un sommet américano-sud-coréen, vu la relation militaire entre Séoul et Washington. Le président sud-coréen ne peut pas non plus afficher une autre attitude que la fermeté face aux lancements répétés de missiles par la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), au risque sinon de perdre toute crédibilité dans l'opinion publique sud-coréenne.

L'étude d'environnement a aussi le mérite de laisser du temps au temps, tout en freinant l'escalade engendrée par le déploiement de THAAD : Moon Jae-in a adopté, de manière courageuse et prudente, la seule position réaliste et crédible pour abaisser les tensions qu'avait attisée l'administration conservatrice dans la péninsule coréenne.

Sources :

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 10:45

Après l'annonce du Président américain Donald Trump que son pays se retirait de l'accord de Paris (COP21) sur le climat, approuvé en décembre 2015 par 195 pays (en présence notamment de Ri Su-yong, ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée, qui a été le troisième pays d'Asie à ratifier l'accord), les réactions ont été diverses en Corée : si la République de Corée (Corée du Sud), alliée de Washington, a seulement jugé cette décision "regrettable", la RPD de Corée (Corée du Nord) a vivement critiqué l'administration américaine.

Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat

Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat

Alors que les sujets de friction ne manquent pas avec Washington (notamment sur le déploiement du système américain de missiles antimissile THAAD, que le nouveau président sud-coréen Moon Jae-in entend voir suspendu, après qu'un scandale est né du déploiement en catimini de lanceurs sur le territoire sud-coréen), l'administration sud-coréenne a réagi de manière modérée à l'annonce du retrait américain de la COP21 - la Corée du Sud étant par ailleurs mise en cause pour ses efforts insuffisants dans la lutte contre le changement climatique. L'initiative de Donald Trump a en effet seulement été qualifiée de "regrettable" par le ministère sud-coréen des Affaires étrangères :

Il est regrettable que la solidarité et les efforts mondiaux pour une (meilleure) réponse au changement climatique aient été affaiblis en raison de la décision des Etats-Unis de se retirer de l'accord de Paris.

Yonhap

A contrario, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a vivement critiqué, le 6 juin 2017, une décision "égoïste", alors que le réchauffement climatique est "l'un des plus graves défis actuels auquel fait face l'humanité"

L'annonce américaine du retrait de l'Accord de Paris appelle à une critique et une vive condamnation dans le monde.

La politique de "l'Amérique d'abord" prônée par Trump a conduit au retrait de l'Accord de Paris. C'est le paroxysme de l'égoïsme et d'un vide moral marqué par la recherche de leur propre bien-être même au détriment de toute la planète et, dans le même temps, une décision stupide et à courte vue qui méconnaît que la protection globale de l'environnement est dans leur propre intérêt.

KCNA

Cette décision a été rapprochée de l'égoïsme américain sur d'autres sujets, notamment la question nucléaire en Corée, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères appelant les autres pays Etats à cesser d'être suivistes vis-à-vis de l'administration Trump.

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 22:16

Le 3 juin 2016, à l'initiative des États-Unis et avec l'accord de la Chine, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité une nouvelle résolution renforçant les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Le Conseil de sécurité des Nations unies renforce les sanctions contre la Corée du Nord

La résolution 2356 a ajouté à la liste des sanctions quatorze personnes et quatre institutions nord-coréennes – dont une banque et deux compagnies commerciales – portant à 53 le nombre des personnes et à 46 celui des entités de la RPD de Corée soumises aux sanctions des Nations unies. Pour les personnes concernées, les mesures consistent en un gel de leurs avoirs à l'étranger et une interdiction de voyager.

Si les États-Unis ont applaudi à l'adoption de cette résolution à l'unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité (y compris la Chine, liée à la RPDC par des accords politiques, économiques et militaires qui en font son principal partenaire étranger), la portée des mesures, qui ont fait l'objet de négociations avec Pékin, est en-deçà de ce qu'espéraient les Américains et leurs alliés : les nouvelles sanctions sont ciblées et ne consistent pas en de nouvelles restrictions commerciales, notamment sur les approvisionnements de la Corée du Nord en hydrocarbures – ce qui aurait eu pour effet d'asphyxier encore davantage l'économie nord-coréenne. Néanmoins, cette résolution du Conseil de sécurité est la septième depuis 2006 – et la première qui intervient après des tirs de missile balistiques nord-coréens de moyenne portée.

Si la Chine a une nouvelle fois appelé au dialogue, cette initiative des Nations unies portée par les États-Unis ne s'inscrit pas dans une démarche de retour à la table des négociations – alors que quelques jours plus tôt Washington a effectué un exercice d'interception de missile, clairement perçu comme une mise en garde contre Pyongyang, et que se poursuit le déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles antimissile Terminal High Altitude Defence Area (THAAD), vivement dénoncé par Pékin et Moscou comme une atteinte à leur sécurité.

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 13:38

Après le tir de missile de moyenne portée auquel a procédé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 21 mai 2017, le Conseil de sécurité des Nations Unies a tenu une réunion d'urgence à la demande des Etats-Unis, du Japon et de la République de Corée (Corée du Sud) le 23 mai. Dans une déclaration publiée la veille, le président du Conseil de sécurité des Nations unies avait exprimé une condamnation "énergique" "du tout récent lancement de missiles balistiques effectué par la République populaire démocratique de Corée le 21 mai 2017", tout en ajoutant que "les membres du Conseil sont convenus que le Conseil de sécurité devait continuer à suivre de près la situation et de prendre d'autres mesures substantielles, y compris de sanctions, conformément à la détermination qu'il a précédemment exprimée". De fait, dès le 16 mai (à la suite du précédent tir de missile nord-coréen, intervenu le 14 mai), les Etats-Unis avaient déclaré travailler avec la Chine à l'adoption d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), dont ils souhaitent qu'elle renforce les sanctions contre la RPD de Corée - sans exclure néanmoins un dialogue avec Pyongyang. Nul doute que le tir de missile du 21 mai va renforcer la détermination américaine.

La représentante américaine aux Nations unies, Mme Nikki Haley, aux côtés de ses homologues japonais Koro Bessho (à gauche) et sud-coréen Cho Tae-yul (à droite), le 16 mai 2017

La représentante américaine aux Nations unies, Mme Nikki Haley, aux côtés de ses homologues japonais Koro Bessho (à gauche) et sud-coréen Cho Tae-yul (à droite), le 16 mai 2017

Déjà, réunir ses alliés : tel est le sens de la conférence de presse qu'a tenue Mme Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, le 16 mai 2017, flanquée de ses homologues japonais et sud-coréen, en marge d'une réunion d'urgence du CSNU qu'avait convoquée Washington après le tir nord-coréen du 14 mai 2017.

Ensuite, élargir le front anti-Pyongyang pour isoler la RPD de Corée : à l'occasion de sa conférence de presse, Mme Haley a indiqué qu'elle travaillait avec la Chine à l'adoption d'une nouvelle résolution du CSNU renforçant les sanctions contre la RPD de Corée, ce qui serait une première après un tir de moyenne portée nord-coréen : par le passé, les sanctions contre Pyongyang ont toujours fait suite à des essais nucléaires ou des lancements de satellite, jamais à des tirs de courte ou de moyenne portée auxquels procède très régulièrement la Corée du Nord.

Le 16 mai, la représentante américaine n'a cependant pas exclu de "parler" avec Pyongyang, mais en posant des conditions, à savoir un "arrêt total du processus nucléaire et de tout essai" de missiles. Par le passé, Pyongyang a proposé de "suspendre" son processus nucléaire - jamais de l'arrêter totalement.


Si les Etats-Unis, qui cherchent à agir de concert avec la Chine, proposent apparemment une alternative sanctions ou dialogue (les deux processus pouvant être conduits conjointement, comme veut le faire croire Washington), en pratique il est pour le moins improbable que Pyongyang revienne à la table des négociations après des sanctions pour des tirs de missile de courte ou de moyenne portée n'ayant jamais entraîné, par le passé, l'adoption de nouvelles sanctions à son encontre. A ce stade, la proposition de dialogue de Mme Haley est purement rhétorique : il faudra que Washington fasse des propositions concrètes et réalistes si l'administration Trump veut apparaître sincère, aux yeux des dirigeants nord-coréens, dans sa volonté d'ouvrir des négociations.

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 21:09

Une semaine après le tir d'un missile de portée intermédiaire Hwasong-12, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à un nouveau tir de missile balistique, également de portée moyenne, le 21 mai 2017. Lancé depuis la province du Pyongan du Sud, l'engin a parcouru environ 500 kilomètres. A la demande des Etats-Unis, de la République de Corée (du Sud) et du Japon, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira le 23 mai 2017.

Tir de missile Hwasng-12, le 14 mai 2017, d'une portée estimée entre 3500 et 4200 kilomètres.

Tir de missile Hwasng-12, le 14 mai 2017, d'une portée estimée entre 3500 et 4200 kilomètres.

Si la RPD de Corée n'a pas procédé cette année à un essai nucléaire (il y en avait eu deux en 2016), ni au lancement (annoncé et attendu) d'un missile balistique intercontinental, la fréquence de ses tirs de missile de moyenne portée (celui auquel elle a procédé le 21 mai 2017 était le dixième de l'année) indique une volonté de ne rien céder, alors que Washington - par la voix du secrétaire d'Etat Rex Tillerson - venait d'annoncer cette semaine que les Etats-Unis n'entendent pas procéder à un changement de régime en Corée du Nord, tout en soulignant qu'une guerre dans la péninsule aurait des conséquences catastrophiques.

L'entourage du Président Trump, alors en déplacement à Riyad, a minimisé le tir de missile du 21 mai, en observant que sa portée était inférieure à celle du missile Hwasong-2 lancé une semaine plus tôt. Néanmoins, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira (à la demande de Washington, de Séoul et de Tokyo) dès mardi - de nouvelles sanctions n'étant pas exclues, à condition de trouver un terrain d'entente avec Pékin.

Les protestations de Tokyo et de Séoul sont cependant différentes, l'une et l'autre capitales soulignant l'occasion manquée par Pyongyang de renouer le dialogue, notamment après l'élection  en Corée du Sud de Moon Jae-in, favorable au dialogue intercoréen. Mais si, au contraire, Pyongyang ne multipliait pas les initiatives pour renouer le dialogue, en position de force ? Les Nord-Coréens peuvent par ailleurs tirer argument de la très forte intensité des exercices militaires américano - sud-coréens en cours : tant que ceux-ci n'auront pas pris fin, il est pour le moins improbable que les tensions reculent autour de la péninsule. L'objectif actuel est de maîtriser l'escalade.

Si la Corée du Sud peut se sentir non prise en considération par les tirs de missile balistique à répétition de Pyongyang (celui du 21 mai était le deuxième depuis l'investiture du Président Moon Jae-in), la Corée du Nord considère cependant que sa sécurité dépend d'un dialogue direct avec Washington, recherché de manière constante par Pyongyang - suivant un schéma dans lequel la RPDC réduit la République de Corée et le Japon au rang de supplétifs des Etats-Unis.

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