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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 21:53

Le 7 juin 2017, le Président de la République de Corée Moon Jae-in a annoncé la suspension du déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles antimissile THAAD, dans l'attente que soit menée une étude d'impact environnemental. Cependant, deux jours plus tard la Maison Bleue - siège de la présidence sud-coréenne - a annoncé que le déploiement du THAAD se déroulera "comme prévu". Décryptage.

Militante dans le comté de Seongju, site retenu pour le déploiement de THAAD, fait signer une pétition contre THAAD.

Militante dans le comté de Seongju, site retenu pour le déploiement de THAAD, fait signer une pétition contre THAAD.

L'annonce du Président Moon Jae-in a été saluée par tous ceux qui veulent la paix et refusent la course aux armements en Asie du Nord-Est : le déploiement du très controversé dispositif THAAD est suspendu dans l'attente des résultats d'une étude d'impact, qui pourrait durer plus d'un an, qui devrait notamment mesurer l'impact sur la santé du champ magnétique du radar AN/TPY-2. Une telle étude d'impact était obligatoire, mais avait été omise dans le but manifestement d'accélérer la mise en place de THAAD avant l'élection présidentielle du 9 mai, remportée par l'opposition démocrate, pour mettre le nouveau chef de l'Etat devant le fait accompli.  

Non seulement il s'agissait de passer en force contre l'opinion publique, mais la réalité même du déploiement de THAAD a été cachée par l'armée sud-coréenne au Président Moon Jae-in : fin mai, un rapport qui lui avait été transmis afin de préparer sa rencontre aux Etats-Unis avec Donald Trump, en juin, avait délibérément supprimé un passage indiquant l'arrivée de quatre camions lanceurs de missiles sur le sol sud-coréen. Il ne fait guère de doute que cette indiscipline de l'armée, qui a entraîné le renvoi du vice-ministre de la Défense en charge des affaires politiques, conjuguée aux efforts déployés par le ministère de la Défense pour empêcher l'étude d'impact environnemental, a pesé dans l'annonce du Président Moon Jae-in sur la suspension de la mise en oeuvre de THAAD.

Mais suspension ne signifie pas démantèlement de THAAD, comme l'a souligné le surlendemain Chung Eui-yong, chef du bureau de la sécurité nationale à la présidence sud-coréenne :

Le gouvernement gérera le déploiement du THAAD selon ses principes tout en étant pleinement conscient des menaces nucléaires et balistiques de la Corée du Nord (...) Le gouvernement n'a pas l'intention de changer fondamentalement ce qui a été promis dans le cadre de l'alliance Corée – États-Unis.

L'administration Moon Jae-in marche sur des œufs. Elle ne peut pas se permettre une remise en cause immédiate et radicale de THAAD, surtout à la veille d'un sommet américano-sud-coréen, vu la relation militaire entre Séoul et Washington. Le président sud-coréen ne peut pas non plus afficher une autre attitude que la fermeté face aux lancements répétés de missiles par la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), au risque sinon de perdre toute crédibilité dans l'opinion publique sud-coréenne.

L'étude d'environnement a aussi le mérite de laisser du temps au temps, tout en freinant l'escalade engendrée par le déploiement de THAAD : Moon Jae-in a adopté, de manière courageuse et prudente, la seule position réaliste et crédible pour abaisser les tensions qu'avait attisée l'administration conservatrice dans la péninsule coréenne.

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 10:45

Après l'annonce du Président américain Donald Trump que son pays se retirait de l'accord de Paris (COP21) sur le climat, approuvé en décembre 2015 par 195 pays (en présence notamment de Ri Su-yong, ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée, qui a été le troisième pays d'Asie à ratifier l'accord), les réactions ont été diverses en Corée : si la République de Corée (Corée du Sud), alliée de Washington, a seulement jugé cette décision "regrettable", la RPD de Corée (Corée du Nord) a vivement critiqué l'administration américaine.

Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat

Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat

Alors que les sujets de friction ne manquent pas avec Washington (notamment sur le déploiement du système américain de missiles antimissile THAAD, que le nouveau président sud-coréen Moon Jae-in entend voir suspendu, après qu'un scandale est né du déploiement en catimini de lanceurs sur le territoire sud-coréen), l'administration sud-coréenne a réagi de manière modérée à l'annonce du retrait américain de la COP21 - la Corée du Sud étant par ailleurs mise en cause pour ses efforts insuffisants dans la lutte contre le changement climatique. L'initiative de Donald Trump a en effet seulement été qualifiée de "regrettable" par le ministère sud-coréen des Affaires étrangères :

Il est regrettable que la solidarité et les efforts mondiaux pour une (meilleure) réponse au changement climatique aient été affaiblis en raison de la décision des Etats-Unis de se retirer de l'accord de Paris.

Yonhap

A contrario, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a vivement critiqué, le 6 juin 2017, une décision "égoïste", alors que le réchauffement climatique est "l'un des plus graves défis actuels auquel fait face l'humanité"

L'annonce américaine du retrait de l'Accord de Paris appelle à une critique et une vive condamnation dans le monde.

La politique de "l'Amérique d'abord" prônée par Trump a conduit au retrait de l'Accord de Paris. C'est le paroxysme de l'égoïsme et d'un vide moral marqué par la recherche de leur propre bien-être même au détriment de toute la planète et, dans le même temps, une décision stupide et à courte vue qui méconnaît que la protection globale de l'environnement est dans leur propre intérêt.

KCNA

Cette décision a été rapprochée de l'égoïsme américain sur d'autres sujets, notamment la question nucléaire en Corée, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères appelant les autres pays Etats à cesser d'être suivistes vis-à-vis de l'administration Trump.

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 22:16

Le 3 juin 2016, à l'initiative des États-Unis et avec l'accord de la Chine, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité une nouvelle résolution renforçant les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Le Conseil de sécurité des Nations unies renforce les sanctions contre la Corée du Nord

La résolution 2356 a ajouté à la liste des sanctions quatorze personnes et quatre institutions nord-coréennes – dont une banque et deux compagnies commerciales – portant à 53 le nombre des personnes et à 46 celui des entités de la RPD de Corée soumises aux sanctions des Nations unies. Pour les personnes concernées, les mesures consistent en un gel de leurs avoirs à l'étranger et une interdiction de voyager.

Si les États-Unis ont applaudi à l'adoption de cette résolution à l'unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité (y compris la Chine, liée à la RPDC par des accords politiques, économiques et militaires qui en font son principal partenaire étranger), la portée des mesures, qui ont fait l'objet de négociations avec Pékin, est en-deçà de ce qu'espéraient les Américains et leurs alliés : les nouvelles sanctions sont ciblées et ne consistent pas en de nouvelles restrictions commerciales, notamment sur les approvisionnements de la Corée du Nord en hydrocarbures – ce qui aurait eu pour effet d'asphyxier encore davantage l'économie nord-coréenne. Néanmoins, cette résolution du Conseil de sécurité est la septième depuis 2006 – et la première qui intervient après des tirs de missile balistiques nord-coréens de moyenne portée.

Si la Chine a une nouvelle fois appelé au dialogue, cette initiative des Nations unies portée par les États-Unis ne s'inscrit pas dans une démarche de retour à la table des négociations – alors que quelques jours plus tôt Washington a effectué un exercice d'interception de missile, clairement perçu comme une mise en garde contre Pyongyang, et que se poursuit le déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles antimissile Terminal High Altitude Defence Area (THAAD), vivement dénoncé par Pékin et Moscou comme une atteinte à leur sécurité.

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 13:38

Après le tir de missile de moyenne portée auquel a procédé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 21 mai 2017, le Conseil de sécurité des Nations Unies a tenu une réunion d'urgence à la demande des Etats-Unis, du Japon et de la République de Corée (Corée du Sud) le 23 mai. Dans une déclaration publiée la veille, le président du Conseil de sécurité des Nations unies avait exprimé une condamnation "énergique" "du tout récent lancement de missiles balistiques effectué par la République populaire démocratique de Corée le 21 mai 2017", tout en ajoutant que "les membres du Conseil sont convenus que le Conseil de sécurité devait continuer à suivre de près la situation et de prendre d'autres mesures substantielles, y compris de sanctions, conformément à la détermination qu'il a précédemment exprimée". De fait, dès le 16 mai (à la suite du précédent tir de missile nord-coréen, intervenu le 14 mai), les Etats-Unis avaient déclaré travailler avec la Chine à l'adoption d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), dont ils souhaitent qu'elle renforce les sanctions contre la RPD de Corée - sans exclure néanmoins un dialogue avec Pyongyang. Nul doute que le tir de missile du 21 mai va renforcer la détermination américaine.

La représentante américaine aux Nations unies, Mme Nikki Haley, aux côtés de ses homologues japonais Koro Bessho (à gauche) et sud-coréen Cho Tae-yul (à droite), le 16 mai 2017

La représentante américaine aux Nations unies, Mme Nikki Haley, aux côtés de ses homologues japonais Koro Bessho (à gauche) et sud-coréen Cho Tae-yul (à droite), le 16 mai 2017

Déjà, réunir ses alliés : tel est le sens de la conférence de presse qu'a tenue Mme Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, le 16 mai 2017, flanquée de ses homologues japonais et sud-coréen, en marge d'une réunion d'urgence du CSNU qu'avait convoquée Washington après le tir nord-coréen du 14 mai 2017.

Ensuite, élargir le front anti-Pyongyang pour isoler la RPD de Corée : à l'occasion de sa conférence de presse, Mme Haley a indiqué qu'elle travaillait avec la Chine à l'adoption d'une nouvelle résolution du CSNU renforçant les sanctions contre la RPD de Corée, ce qui serait une première après un tir de moyenne portée nord-coréen : par le passé, les sanctions contre Pyongyang ont toujours fait suite à des essais nucléaires ou des lancements de satellite, jamais à des tirs de courte ou de moyenne portée auxquels procède très régulièrement la Corée du Nord.

Le 16 mai, la représentante américaine n'a cependant pas exclu de "parler" avec Pyongyang, mais en posant des conditions, à savoir un "arrêt total du processus nucléaire et de tout essai" de missiles. Par le passé, Pyongyang a proposé de "suspendre" son processus nucléaire - jamais de l'arrêter totalement.


Si les Etats-Unis, qui cherchent à agir de concert avec la Chine, proposent apparemment une alternative sanctions ou dialogue (les deux processus pouvant être conduits conjointement, comme veut le faire croire Washington), en pratique il est pour le moins improbable que Pyongyang revienne à la table des négociations après des sanctions pour des tirs de missile de courte ou de moyenne portée n'ayant jamais entraîné, par le passé, l'adoption de nouvelles sanctions à son encontre. A ce stade, la proposition de dialogue de Mme Haley est purement rhétorique : il faudra que Washington fasse des propositions concrètes et réalistes si l'administration Trump veut apparaître sincère, aux yeux des dirigeants nord-coréens, dans sa volonté d'ouvrir des négociations.

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 21:09

Une semaine après le tir d'un missile de portée intermédiaire Hwasong-12, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à un nouveau tir de missile balistique, également de portée moyenne, le 21 mai 2017. Lancé depuis la province du Pyongan du Sud, l'engin a parcouru environ 500 kilomètres. A la demande des Etats-Unis, de la République de Corée (du Sud) et du Japon, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira le 23 mai 2017.

Tir de missile Hwasng-12, le 14 mai 2017, d'une portée estimée entre 3500 et 4200 kilomètres.

Tir de missile Hwasng-12, le 14 mai 2017, d'une portée estimée entre 3500 et 4200 kilomètres.

Si la RPD de Corée n'a pas procédé cette année à un essai nucléaire (il y en avait eu deux en 2016), ni au lancement (annoncé et attendu) d'un missile balistique intercontinental, la fréquence de ses tirs de missile de moyenne portée (celui auquel elle a procédé le 21 mai 2017 était le dixième de l'année) indique une volonté de ne rien céder, alors que Washington - par la voix du secrétaire d'Etat Rex Tillerson - venait d'annoncer cette semaine que les Etats-Unis n'entendent pas procéder à un changement de régime en Corée du Nord, tout en soulignant qu'une guerre dans la péninsule aurait des conséquences catastrophiques.

L'entourage du Président Trump, alors en déplacement à Riyad, a minimisé le tir de missile du 21 mai, en observant que sa portée était inférieure à celle du missile Hwasong-2 lancé une semaine plus tôt. Néanmoins, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira (à la demande de Washington, de Séoul et de Tokyo) dès mardi - de nouvelles sanctions n'étant pas exclues, à condition de trouver un terrain d'entente avec Pékin.

Les protestations de Tokyo et de Séoul sont cependant différentes, l'une et l'autre capitales soulignant l'occasion manquée par Pyongyang de renouer le dialogue, notamment après l'élection  en Corée du Sud de Moon Jae-in, favorable au dialogue intercoréen. Mais si, au contraire, Pyongyang ne multipliait pas les initiatives pour renouer le dialogue, en position de force ? Les Nord-Coréens peuvent par ailleurs tirer argument de la très forte intensité des exercices militaires américano - sud-coréens en cours : tant que ceux-ci n'auront pas pris fin, il est pour le moins improbable que les tensions reculent autour de la péninsule. L'objectif actuel est de maîtriser l'escalade.

Si la Corée du Sud peut se sentir non prise en considération par les tirs de missile balistique à répétition de Pyongyang (celui du 21 mai était le deuxième depuis l'investiture du Président Moon Jae-in), la Corée du Nord considère cependant que sa sécurité dépend d'un dialogue direct avec Washington, recherché de manière constante par Pyongyang - suivant un schéma dans lequel la RPDC réduit la République de Corée et le Japon au rang de supplétifs des Etats-Unis.

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 14:10

Le 14 mai 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a effectué un nouveau tir de missile - apparemment de moyenne portée. Plus que l'initiative elle-même (le précédent tir nord-coréen de ce type avait eu lieu il y a moins d'un mois, déjà un dimanche, le 16 avril dernier), dans un contexte marqué par les exercices de guerre américano-sud-coréens qui conduisent chaque partie à riposter, c'est le moment choisi par Pyongyang qui retient l'attention : la RPD de Corée a procédé à ce tir quelques jours seulement après l'élection et l'investiture du nouveau président sud-coréen Moon Jae-in, démocrate qui privilégie le dialogue plutôt que les sanctions pour aborder les relations Nord-Sud.

Tir de missile : la Corée du Nord teste l'administration Moon Jae-in

Une fois encore, ce sont les Américains et les Etats-Unis qui ont donné leur version de la dernière initiative sud-coréenne - même si lors des précédents tirs de missiles nord-coréens, les données factuelles apportées par Washington et Séoul se sont avérées globalement fiables.

Le tir - selon toute vraisemblance celui d'un missile balistique de portée intermédiaire - a eu lieu le dimanche 14 mai 2017 à 5h27 heure locale, depuis Kusong dans la province du Pyongan du Nord, en direction de la mer de l’Est. Le missile aurait parcouru 700 km, suivant un angle de tir pratiquement vertical.

Les condamnations les plus vives sont venues, comme d'habitude, des Etats-Unis et du Japon. Cependant, Donald Trump est apparu plutôt isolé à ce stade lorsqu'il a évoqué la nécessité selon lui de nouvelles sanctions contre la RPD de Corée. Ferme dans sa condamnation (en déclarant que "les autorités militaires doivent rester prêtes à répondre à n’importe quelle provocation militaire de la Coré du Nord" et en mentionnant "l’accélération du processus de conception du bouclier antimissile sud-coréen Korean Air and Missile Defense (KAMD)"), le Sud-Coréen Moon Jae-in n'a pas appelé à renforcer les sanctions contre Pyongyang, tout comme d'ailleurs l'Union européenne.

La position du nouveau président démocrate de la République de Corée est conforme à celle de ses prédécesseurs démocrates de la décennie du "rayon de soleil" de dialogue avec Pyongyang (1998-2008) : discuter avec la RPDC, certes, mais tout en maintenant l'alliance militaire avec les Etats-Unis et en condamnant la poursuite des programmes balistique et nucléaire nord-coréens. La vraie question est de savoir si Moon Jae-in liera ce sujet et celui des relations intercoréennes (comme les administrations conservatrices de Lee Myung-bak et Park Geun-hye), ou s'il tendra à les dissocier (à l'instar de Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun). Manifestement, le tir de missile de Pyongyang teste l'administration Moon Jae-in.

Si la Chine a également déclaré s'opposer aux violations par la Corée du Nord de ses obligations résultant des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, Pékin est de longue date favorable, de concert avec la Russie, à un règlement global de la question, en dénonçant également les initiatives américano-sud-coréennes.


Par ailleurs, au moment où les différentes parties (notamment Pyongyang et Washington) ont parlé de la possibilité de renouer le dialogue sous certaines conditions (restant à préciser), il ne fait guère de doutes que tant la RPDC que les Etats-Unis font monter les enchères pour aborder d'éventuelles négociations dans la meilleure position possible - même si les initiatives prises de part et d'autre n'encouragent pas de retour au dialogue, tout du moins à court terme. Pour ce faire, sans doute faudra-t-il au moins attendre la fin des manoeuvres militaires en cours conduites par Washington et Séoul.

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 11:23

Après son élection à la présidence de la République de Corée le 9 mai 2017, le démocrate Moon Jae-in a déclaré, lors de son serment d'investiture, qu'il "allait éliminer la culture d'un président autoritaire", et instaurerait une communication régulière tant avec l'opinion publique qu'avec l'opposition. D'ores et déjà, ce sont toutefois les chantiers diplomatiques qui représentent la priorité : à cet égard, il a effectué plusieurs annonces, qui manifestent la volonté d'une plus grande indépendance diplomatique vis-à-vis des Etats-Unis.

Vers une nouvelle diplomatie sud-coréenne

L'élection présidentielle s'étant tenue de manière anticipée suite à la destitution de Mme Park Geun-hye, il n'y a pratiquement pas eu de période de transition entre l'élection et l'investiture du nouveau chef de l'Etat. Après avoir prêté serment devant l'Assemblée nationale le 10 mai 2017 (soit le lendemain du scrutin), le Président Moon Jae-in a immédiatement procédé à de premières nominations : Lee Nak-yon au poste de Premier ministre, Suh Hoon à la direction des services de renseignement (NIS), Im Jong-seok comme secrétaire général de la présidence et Joo Young-hoon comme responsable de la sécurité pour la présidence de la République. Le changement immédiat à la direction du NIS - ainsi que la volonté affirmée de mettre fin aux ingérences du NIS dans la vie politique sud-coréenne - est le signe manifeste d'une volonté de démocratisation, tandis que le choix d'un spécialiste des questions intercoréennes sous les précédentes administrations démocrates traduit l'idée que le NIS pourrait cesser d'être un bras armé des lobbies anti-Corée du Nord.

S'agissant plus généralement des relations diplomatiques, Moon Jae-in a exprimé la volonté de renouer le dialogue et les échanges Nord-Sud pratiquement réduits à néant après neuf ans d'administrations conservatrices (2008-2017), en poursuivant par le dialogue plus que par la coercition et les sanctions l'objectif de dénucléariser la péninsule coréenne. Il souhaite la reprise des réunions de familles séparées, la réouverture de la zone économique de Kaesong ainsi que du tourisme intercoréen dans les monts Kumgang.

Sur le déploiement du système américain de missiles THAAD, Moon Jae-in souhaite l'engagement d'une négociation avec les Etats-Unis et la Chine, la seconde étant fermement opposée au dispositif THAAD qui rompt l'équilibre stratégique en Asie du Nord-Est. L'installation de THAAD a été suspendue dès l'élection, après avoir été accélérée dans les semaines précédant le scrutin - tandis que l'administration Trump a exprimé sa volonté de faire participer davantage la Corée du Sud au paiement de ce dispositif de sécurité. Un sommet Moon-Trump est ainsi évoqué.

Vis-à-vis du Japon, Moon Jae-in a enfin déclaré qu'il remettrait en cause l'accord inique conclu, fin 2015, sur la question des anciennes esclaves sexuelles de l'armée impériale japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale ( "femmes de réconfort").

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 19:16

Alors que les tensions en Corée ont encore monté d'un cran avec le déploiement effectif en Corée du Sud du dispositif américain de missiles antimissile THAAD (dont la Chine a demandé la suspension "immédiate"), le Président américain Donald Trump a créé la surprise en déclarant, lors d'un entretien le 1er mai 2017 avec Bloomberg dans le bureau Ovale, qu'il était prêt à rencontrer son homologue nord-coréen Kim Jong-un. Mais un tel sommet est-il possible, à quelle échéance et sous quelles conditions ? Décryptage.

Donald Trump, lors de son entretien avec Bloomberg le 1er mai 2017

Donald Trump, lors de son entretien avec Bloomberg le 1er mai 2017

Pour apprécier à leur juste mesure les déclarations de Donald Trump, commençons déjà par les citer exactement :

S'il était approprié pour moi de rencontrer [Kim Jong-un], je le ferais tout à fait, je serais honoré de le faire (...) La plupart des hommes politiques ne le diraient jamais, mais je vous dis que dans les circonstances appropriées, je le rencontrerais. Nous avons un scoop.

Si ce n'est pas la première fois que Donald Trump évoque un possible sommet avec le Maréchal Kim Jong-un, il ne s'était jamais exprimé aussi clairement depuis son investiture - alors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à une série récente de tirs de missiles balistiques. Ce changement de ligne a d'ailleurs été salué par la Chine (pour le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, "nous avons pris note des déclarations de la partie américaine et des signaux positifs qu’elles transmettent") - alors que Pékin déploie d'importants efforts diplomatiques en appelant toutes les parties à la retenue, pour prévenir les risques réels d'escalade militaire dans la péninsule. Par ailleurs, Donald Trump et Vladimir Poutine - lui aussi favorable au retour au dialogue - ont eu un échange téléphonique dans lequel ils ont évoqué, entre autres, les situations en Syrie et en Corée.

Les revirements rapides de position de l'administration Trump incitent à la prudence : conformément à ses déclarations de campagne, le chef d'Etat américain a annoncé que Séoul devrait payer le prix du déploiement de THAAD. Face à la levée de boucliers qu'une telle annonce a suscité en Corée du Sud, Washington a opéré un repli - qui n'est peut-être que tactique, dans l'attente de négociations sur les conditions financières de la présence américaine en Corée du Sud. Les Sud-Coréens devront s'habituer à une administration présidentielle américaine plus imprévisible.

Par ailleurs, des conditions à une rencontre au sommet sont posées par la partie américaine : Donald Trump est prêt à un tel sommet "dans les circonstances appropriées" - lesquelles ne sont manifestement pas réunies aujourd'hui. Alors que les attentes de Pyongyang sont bien connues (dans un premier temps, suspendre ses activités nucléaires et balistiques en contrepartie d'un allègement des sanctions ou que soient stoppés les exercices de guerre américano-sud-coréens, engager de vraies négociations pour un traité de paix avec des garanties de non-agression...), Washington n'a fait aucun geste : pis, elle conduit les plus grandes manoeuvres militaires au monde et accélère le déploiement de THAAD dans le but manifeste de mettre le (la) futur(e) président(e) sud-coréen(ne), qui sera élu(e) le 9 mai, devant le fait accompli. Si Donald Trump ne donne pas des signes concrets d'ouverture, ses espoirs d'un sommet bilatéral risquent de n'avoir guère plus de consistance que ceux qu'entretenait naguère le président conservateur sud-coréen Lee Myung-bak (2008-2012) qui, après avoir mis fin à la quais-totalité des échanges intercoréens, a tenté (en vain) d'organiser un sommet intercoréen. Il est ainsi temps que, au sein de l'administration Trump, émergent des intermédiaires crédibles d'un dialogue avec Pyongyang, qui seraient à même de gagner la confiance des autorités nord-coréennes. Assurément, un tel processus prendra du temps, en semaines ou plus probablement en mois - indépendamment de la façon de négocier de Donald Trump, très commercial (comme l'a relevé le Kremlin), privilégiant les relations interpersonnelles et n'hésitant pas à manier une plus grosse carotte et à agiter un plus gros bâton que ne le faisaient ses prédécesseurs à la Maison Blanche.

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 16:26

La politique nord-coréenne de Barack Obama avait été qualifiée de "patience stratégique", dans la mesure où elle ne visait pas un conflit direct avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), mais consistait à attendre, sinon un changement de politique de Pyongyang en matière d'essais nucléaires et balistiques sous l'effet de sanctions internationales toujours accrues, du moins un effondrement de la RPD de Corée. Face à l'échec de cette stratégie, Donald Trump avait dit qu'il mènerait une autre politique - mais sans préciser laquelle. De fait, il a repris l'essentiel des pratiques de l'administration Obama - intensifier les manoeuvres militaires, accélérer la course aux armements (notamment le déploiement en Corée du Sud du système de missiles THAAD), accroître toujours plus les sanctions contre la RPD de Corée et faire pression sur la Chine pour leur application - sans aller (du moins à ce jour) jusqu'à la confrontation, en n'hésitant pas à pratiquer le bluff. Sauf que Donald Trump manifeste aussi, à la différence de Barack Obama, des signes d'impatience, appelant aussi plus ouvertement à un changement de régime de Pyongyang : en un mot, la position américaine a glissé de la patience à l'impatience stratégique, avec son cortège d'imprévisibilité et de risques accrus de guerre.

Donald Trump "Puis-je appuyer sur le bouton maintenant ?", son interlocuteur "Non, Monsieur le Président", D. Trump : "Et maintenant ?", son interlocuteur "Non, Monsieur le Président", etc.

Donald Trump "Puis-je appuyer sur le bouton maintenant ?", son interlocuteur "Non, Monsieur le Président", D. Trump : "Et maintenant ?", son interlocuteur "Non, Monsieur le Président", etc.

Le 25 avril 2017, à l'occasion de la célébration du 85e anniversaire de la fondation de l'Armée populaire de Corée, la RPD de Corée a mené des exercices de tir de grande envergure autour du port de Wonsan. Comme en écho, le lendemain les Etats-Unis et la République de Corée (Corée du Sud), dans le cadre de leurs manoeuvres conjointes, ont mené eux aussi des exercices de tir à Pocheon, dans la province du Gyeonggi, qui ont impliqué plus de 3 000 soldats des deux pays, des hélicoptères d'attaque Apache AH-64E et des véhicules de combat Bradley M1A2. Si les médias occidentaux aiment à montrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un supervisant les manoeuvres et les tirs de son pays, nous avons appris, à l'occasion d'une publicité peu ordinaire des exercices américano - sud-coréens soulignée par l'agence Yonhap ("c'est la première fois que des exercices de tirs ont été montrés au public"), que les dirigeants sud-coréens étaient impliqués de la même manière que leurs homologues nord-coréens : selon Yonhap, "le président par intérim et le Premier ministre Hwang Kyo-ahn, le ministre de la Défense Han Min-koo, plusieurs milliers de résidents locaux et des journalistes ont observé cet exercice".

Mais les Etats-Unis veulent aller encore plus loin : le 25 avril 2017, de nouveaux équipements du dispositif Terminal High Altitude Area Defense (THAAD) sont arrivés en Corée du Sud, en particulier des équipements radar. THAAD consiste à détruire les missiles balistiques de portée moyenne ou intermédiaire en phase finale d'approche  en s'écrasant contre eux (hit-to-kill). La Chine a fait part aux Etats-Unis de ses graves préoccupations dans un contexte de montée des tensions, en appelant Washington et Séoul à arrêter le déploiement de THAAD. Lors de la conférence annuelle de Moscou sur la sécurité internationale, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, a critiqué THAAD comme constituant un "facteur extrêmement déstabilisant" en Asie du Nord-Est, en appelant à ne pas avoir "la main lourde", faute de quoi les conséquences pourraient être "catastrophiques". Pékin - qui, comme la Russie, a déployé des troupes près des frontières coréennes - a été encore plus explicite sur l'origine des tensions, en appelant ouvertement Washington à la retenue. Signe manifeste d'un agacement chinois vis-à-vis des Etats-Unis, alors que Pékin avait suspendu pendant trois semaines ses vols à direction de et vers la Corée, ceux-ci viennent de reprendre.


Alors que Pyongyang a utilisé une rhétorique guerrière (elle s'est déclarée prête à répondre aux menaces américaines, en diffusant une vidéo montrant une attaque balistique contre les Etats-Unis), l'administration de Donald Trump a annoncé qu'elle procèderait à un test de missile balistique intercontinental (ICBM) à tête nucléaire Minuteman III. Si ces essais ont lieu en moyenne quatre fois par an, le moment semble particulièrement mal choisi. En outre, selon David Krieger, président de la Fondation pour l'âge de la paix nucléaire, la politique américaine - consistant à faire ce qu'elle interdit aux autres - témoigne d'un "deux poids, deux mesures évident", selon l'expression de l'agence russe RT. D'après David Krieger,

[Les Américains] voient leurs propres tests comme justifiés et utiles, alors qu'ils considèrent ceux de la Corée du Nord comme menaçants et déstabilisants (...) Ce dont nous avons besoin, c'est de diplomatie plutôt que de provocations militaires (...) Les menaces, que ce soit sous forme de tweets, de groupes de porte-avions à capacité nucléaire ou d'essais de missiles nucléaires, ne font qu'augmenter les dangers pour nous tous.

Si la diplomatie consiste bien à prévenir les provocations militaires et à éviter les actions déstabilisatrices, espérons que les dirigeants occidentaux sauront faire preuve de sang-froid vis-à-vis de leur collègue Donald Trump en l'incitant à la retenue, alors que lui-même et les membres de son administration ont engagé une tournée diplomatique dont nous pouvons subodorer le but : obtenir le blanc-seing d'une improbable "communauté internationale" pour engager une guerre, le moment venu. La paix est en danger, mobilisons-nous !

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 18:54

La semaine dernière, l'annonce que l'USS Carl Vinson (un des plus grands navires de guerre américain) serait au large de la Corée pour dissuader d'une éventuelle initiative nord-coréenne (essai nucléaire, lancement d'un missile balistique intercontinental...) - qui n'a pas eu lieu - avait suscité de nombreux commentaires quant à l'imminence d'un conflit. Sauf que l'USS Carl Vinson ne s'est jamais approché de la Corée, dans la région de laquelle il ne parviendra qu'aux alentours du 25 avril - comme prévu de longue date dans le cadre des exercices militaires américano - sud-coréens. Retour sur un immense bluff de l'administration Trump.

L'USS Carl Vinson dans le détroit de la Sonde

L'USS Carl Vinson dans le détroit de la Sonde

Comme l'a indiqué l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, au moment où le Président américain Donald Trump menaçait la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) d'une réaction sans précédent en cas de nouvel essai nucléaire ou de lancement d'un missile balistique intercontinental, l'instrument supposé de cette riposte - le bâtiment USS Carl Vinson - se trouvait en réalité à des milliers de kilomètres au sud de la péninsule coréenne, dans le détroit de la Sonde :

Mais à ce moment précis, le porte-avions en question, l’USS Carl Vinson, était dans le détroit de la Sonde, selon une photo diffusée et une légende indiquant que «l’USS Carl Vinson (CVN 70) est en transit dans le détroit de la Sonde. Un déploiement dans le Pacifique Ouest du groupe aéronaval d’attaque du porte-avions Carl Vinson est prévu».

http://french.yonhapnews.co.kr/international/2017/04/19/0400000000AFR20170419001100884.HTML

Alors pourquoi ces rodomontades ? Dans le but manifestement de montrer que lui, Donald Trump, n'inscrirait pas ses pas dans ceux de son prédécesseur Barack Obama sur la question nord-coréenne. Et qu'importe si le mensonge devait finalement être éventé : le temps médiatique a ses raisons. L'annonce de Donald Trump donnant des coups de menton a reçu un écho bien plus important que les révélations sur la manipulation de l'opinion publique concernant le porte-avions Carl Vinson, et c'est bien tout ce qui compte. A toutes fins utiles, de nouveaux éléments de langage ont été servis aux médias internationaux qui ont docilement suivi la feuille de route de l'administration US, à savoir que le Carl Vinson aurait finalement changé de cap et sera de toute manière au large de la Corée autour du 25 avril.

Des images satellite auraient facilement révélé la supercherie. Mais si en ce domaine le site étonnamment bien informé 38 North nous indique en temps réel les prochains essais ou tirs de missile nord-coréens (réels ou supposés), dans le cas américain les mêmes sources se taisent. S'agissant des Etats-Unis, il est interdit de toucher au secret-défense ; dans l'autre cas, nous avons à faire à la stratégie classique de manipulation de l'opinion publique, via les médias dits de référence, par le Pentagone et le département d'Etat.

Mais il y a peut-être aussi une autre raison, plus pragmatique : le Président Donald Trump trouve soudain de nombreuses vertus à la politique chinoise envers la RPD de Corée - après n'avoir cessé de critiquer Pékin pour sa gestion du dossier nord-coréen). Pour ce faire, rien ne vaut une preuve patente de l'estime qu'on a pour son nouveau partenaire : et si Donald Trump avait délibérément menti à l'opinion publique américaine et internationale dans le seul but de s'afficher avec la Chine qui aurait finalement su, en tout état de cause, grâce aux moyens militaires dont elle dispose, la réalité sur le USS Carl Vinson ? Après les revirements de position sur la Russie et la Syrie, Donald Trump n'est plus à un retournement de veste près. Jusqu'au prochain coup de tête de l'imprévisible président américain.

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