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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 20:32

Le 1er juin 2018, le Président Donald Trump a reçu dans le Bureau Ovale le général Kim Yong-chol, vice-président du Comité central du Parti du travail de Corée, directeur du département du Front uni, porteur d'une lettre du Président Kim Jong-un qu'il a remis en mains propres au chef d'Etat américain. Donald Trump a ensuite confirmé que les avancées réalisées lors de la visite de Kim Yong-chol aux Etats-Unis permettaient de confirmer la tenue historique du sommet du 12 juin 2018 à Singapour, appelé à être le premier entre un président américain en exercice et le dirigeant suprême de la République populaire démocratique de Corée (RPD de Corée).  

Kim Yong-chol et Donald Trump à la Maison blanche le 1er juin 2018

Kim Yong-chol et Donald Trump à la Maison blanche le 1er juin 2018

Quand les Nord-Coréens décrivaient, pendant la campagne présidentielle américaine, le candidat Donald Trump comme un homme sage et avisé, ils faisaient un pari que d'aucuns pouvaient juger risqué au regard de l'escalade continue des tensions de l'année 2017 entre les deux pays. Mais rétrospectivement le choix était le bon : au regard du refus de l'administration américaine de changer ses schémas de pensée (comme l'ont ensuite montré la résistance de l'appareil d'Etat - et des démocrates - à suivre le Président Donald Trump lorsqu'il a annoncé qu'il entendait rencontrer le Président Kim Jong-un), la diplomatie atypique du numéro un américain offre la possibilité de sortir d'une impasse dans les relations bilatérales et pour la paix dans cette partie du monde, préjudiciable à toutes les parties, qui était connue sous le nom de "patience stratégique".

Certes, en l'absence de communication publique sur le contenu des négociations, tout porte à croire que les différends demeurent - en particulier, sur la portée et le calendrier de la dénucléarisation nord-coréenne, sur le contenu des garanties de sécurité qu'apporteraient les Etats-Unis et sur la levée des sanctions par les Etats-Unis dont Pyongyang demande qu'elle s'opère au fur et à mesure de la mise en oeuvre de ses propres engagements, et non en fin de processus, comme le proposent les partisans à Washington de l'épreuve de force - qui ne font que remettre au goût du jour la vieille politique du diktat ayant de vagues apparences de dialogue et qu'aucun Etat souverain ne peut accepter de son plein gré.

Cependant, la volonté est partagée d'aller de l'avant pour tendre vers l'atteinte d'objectifs partagés, la paix, la sécurité collective et la dénucléarisation dans la péninsule coréenne, dans le cadre d'un processus dont l'administration présidentielle américaine a désormais conscience qu'il sera long et complexe. 


A ceux qui objecteront que, 18 ans plus tôt, un autre haut responsable nord-coréen (le vice-maréchal Jo Myong-rok), avait été reçu dans le Bureau Ovale, sans que ne s'enclenche alors un processus conduisant à la dénucléarisation et à la paix en Corée, il convient de répondre que le contexte est très différent : en 2000, l'administration Clinton était en fin de mandat et avait répondu favorablement à la demande des républicains de ne pas engager le futur président élu. Plus fondamentalement, les Nord-Coréens étaient encore loin d'être en mesure de réaliser leur premier essai nucléaire - auquel ils ne devaient procéder que six ans plus tard, en octobre 2006 - si bien qu'à l'époque nombreux étaient ceux, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, qui attendaient (faisant déjà leur les mirages de la patience stratégique) l'effondrement d'un régime nord-coréen qu'ils estimaient de surcroît incapable de se doter d'une force de dissuasion nucléaire. Dix-sept ans plus tard, en 2017, tous leurs paris s'étaient avérés faux : la RPD de Corée n'a pas connu le destin de l'Union soviétique et les missiles nord-coréens dotés d'armes nucléaires peuvent atteindre le territoire américain. Il s'est donc opéré un retour au réalisme diplomatique et militaire, loin des rêveries idéalistes de ceux qui s'émerveillaient de la fin de l'histoire avec la victoire américaine dans la guerre froide, et qui explique qu'aujourd'hui les chances d'une normalisation des relations entre Washington et Pyongyang, dans le cadre d'un accord global, n'aient jamais été aussi élevées - même si le processus en cours peut encore s'enrayer.

A bien des égards, le tournant en cours est comparable à celui qui avait vu le Vietnam normaliser ses relations avec les Etats-Unis, une génération après la fin de la guerre, et qui avait conduit à une reconfiguration diplomatique globale en Asie du Sud-Est. Pyongyang a parfaitement compris l'avantage qu'elle peut retirer de la rivalité sino-américaine, en jouant la carte américaine pour sortir de son isolement ou en resserrant l'alliance avec la Chine en cas d'échec du processus diplomatique qui résulterait d'un raidissement américain. Quel que soit le scénario, elle joue gagnant à tous les coups.

Sources :
 

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 19:41

Le général Kim Yong-chol, vice-président du Comité central du Parti du travail de Corée et directeur du département du Front uni (en charge des relations intercoréennes), est parti pour les Etats-Unis pour préparer le sommet de Singapour, prévu le 12 juin, entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un. Ayant fait carrière dans les services de renseignement, le général Kim Yong-chol est l'un des hommes de confiance du Maréchal Kim Jong-un : lors du dernier sommet entre ce dernier et le Président Moon Jae-in le 26 mai 2018, Kim Yong-chol siégeait à droite du Président Kim Jong-un. Autant dire que son avis aura du poids sur la tenue de la première rencontre au sommet américano - nord-coréenne, où son homologue côté américain est le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, également issu des services, qui a déjà rencontré plusieurs fois le dirigeant nord-coréen à Pyongyang.

Kim Yong-chol reçu à Cuba par Raul Castro Ruiz le 24 mai 2018

Kim Yong-chol reçu à Cuba par Raul Castro Ruiz le 24 mai 2018

Comme souvent pour les personnalités nord-coréennes, les informations biographiques proviennent de sources ouvertes du renseignement sud-coréen devant être prises avec prudence, notamment pour les dates de naissance et les débuts de carrière (avant des mentions dans les sources publiques nord-coréennes), car souvent erronées faute en particulier de recoupements suffisants.

Sous ces réserves méthodologiques, Kim Yong-chol serait né en 1946 et aurait servi comme jeune officier de liaison à partir de 1968 auprès de la commission militaire d'armistice, réunissant les anciennes parties à la guerre de Corée dans la zone démilitarisée. 

Son ascension a suivi celle du Général Kim Jong-il, plus âgé que lui de quelques années : le général Kim Yong-chol a conduit des délégations nord-coréennes lors des discussions militaires intercoréennes en 1992 et en 2006-2007, et on le retrouve dans les différents événements intercoréens de la période du "rayon de soleil" (1998-2008) d'amélioration des relations Nord-Sud. Sa nomination comme vice-président du Comité central du Parti du travail de Corée, en charge du département du Front uni, à l'issue du septième congrès du Parti du travail de Corée s'étant tenu en mai 2016, consacre son rôle dans les relations intercoréennes, à une période où celles-ci étaient au plus bas. Il a conduit la délégation nord-coréenne lors des cérémonies de clôture des Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud. 

Certains médias conservateurs ont alors voulu faire croire qu'il aurait orchestré le dramatique naufrage de la corvette "Cheonan" : non seulement son implication supposée ne repose sur aucun élément tangible (comme l'a alors rappelé le gouvernement sud-coréen), mais la responsabilité nord-coréenne est largement battue en brèche et jugée non prouvée dans les milieux du renseignement occidental,  étant ouvertement remise en cause par un ancien membre du groupe d'enquête (le 26 mai 2010), par des chercheurs indépendants d'universités américaines (le 12 juillet 2010), ou encore par des experts de la marine russe (juillet 2010) invités par Séoul à examiner les « preuves » de la culpabilité de la Corée du Nord.

Dotée d'une forte personnalité, le général Kim Yong-chol est décrit par les services sud-coréens comme un homme intègre, intelligent et entièrement dévoué au Président Kim Jong-un : en d'autres termes, un modèle de grand commis de l'Etat en République populaire démocratique de Corée.

Sources : 

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 09:43

S'étant tenu le 26 mai 2018, deux jours après que le Président Donald Trump avait annoncé l'annulation de son sommet avec le Président Kim Jong-un, le quatrième sommet intercoréen a donné lieu à des commentaires convergents du Président Moon Jae-in et de l'agence nord-coréenne KCNA : la volonté de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de procéder à sa dénucléarisation reste intacte, et Pyongyang a réitéré son souhait que la rencontre avec le président américain ait lieu comme prévu. Ce dont le Président Donald Trump s'est réjoui, en revenant sur les termes de son courrier du 24 mai 2018, en déclarant à des journalistes : "Ça avance très bien. On vise le 12 juin à Singapour. Ça n'a pas changé." Mais le temps presse pour que les Etats-Unis définissent clairement les contreparties qu'ils apporteront aux engagements pris par la RPD de Corée.

Le sommet Kim-Trump de nouveau sur les rails : l'urgence pour les Etats-Unis de préciser la nature de leurs contreparties

C'est à une demande du dirigeant nord-coréen exprimée le 25 mai que s'est tenu le sommet du 26 mai 2018, en un temps record, confirmant ainsi que la RPD de Corée avait placé ses espoirs dans la République de Corée (Corée du Sud) pour ramener Washington à la table des négociations. Le Président Moon Jae-in a évoqué la nécessité de dissiper les malentendus dans les échanges entre Washington et Pyongyang, tout en insistant auprès de Pyongyang sur le désir du Président Donald Trump de réussir la tenue du sommet de Singapour. Ainsi qe l'a précisé KCNA, "Kim Jong-un a remercié Moon Jae-in pour ses importants efforts pour le sommet RPDC-Etats-Unis prévu le 12 juin".

Le Président Moon Jae-in a cependant souligné les attentes de la RPD de Corée en matière de garanties de sécurité de la part des Etats-Unis, soulignant ainsi les engagements que doit prendre Washington en ce domaine - et sur lesquels l'administration américaine reste vague quant aux modalités, au-delà des déclarations de principe :

Ce qui reste incertain pour le président Kim Jong-un, c’est la confiance qu’il peut accorder à la promesse des Etats-Unis de mettre fin aux relations hostiles et de garantir la sécurité de la Corée du Nord après sa dénucléarisation.

Les deux dirigeants coréens ont exprimé leur volonté commune de mettre en œuvre la déclaration de Panmunjom et de garantir la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne, en convenant de se rencontrer souvent à l'avenir pour favoriser le dialogue.

Enfin, le Président Moon Jae-in a affirmé son intention de permettre la tenue d'un sommet trilatéral (réunissant les dirigeants des deux Corée et des Etats-Unis) qui permette de transformer l'accord d'armistice de 1953 en un traité de paix. Il a déclaré, cité par l'agence sud-coréenne Yonhap : 

Le sommet Corée du Nord-Etats-Unis doit être tenu avec succès et je souhaite voir des efforts pour mettre fin officiellement à la guerre (de Corée) à travers un sommet trilatéral entre le Sud, le Nord et les Etats-Unis.

Les deux Etats coréens ont affiché une large convergences de vues sur la nécessité de favoriser la paix, la prospérité et le développement dans la péninsule. Il reste maintenant à s'assurer que les Etats-Unis seront bien sur la même ligne, et qu'ils éviteront des demandes déraisonnables de nature à faire échouer le processus - ils devront effectuer des gestes au fur et à mesure du processus de dénucléarisation nord-coréen. Ces contreparties, non exhaustives, peuvent être les suivantes :

- définition d'un mécanisme permanent, complet et irréversible de sécurité collective, pouvant impliquer la Chine et la Russie comme garants d'un accord de non-agression par les Etats-Unis, ainsi que la mise en place d'un canal de dialogue militaire direct avec Pyongyang au-delà d'un cadre de discussion multilatéral,
- levée progressive de toutes les sanctions, internationales et bilatérales, et garanties données à la RPD de Corée de pouvoir accéder aux financements internationaux,
- pleine possibilité pour Pyongyang de pouvoir mener les programmes de recherche scientifiques nécessaires à son développement économique, en levant les obstacles aux coopérations internationales,
- établissement de relations diplomatiques bilatérales entre Washington et Pyongyang et organisation d'événements culturels et sportifs communs...

Les attentes nord-coréennes sont cohérentes avec sa volonté d'être un acteur de la communauté internationale reconnu à part entière, disposant des mêmes droits que les autres Etats souverains : il appartient à présent au Président Donald Trump de répondre à ces exigences légitimes.

Sources :

- KCNA ;

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 22:16

Après avoir annulé par voie épistolaire le sommet prévu à Singapour avec le Président Kim Jong-un, le Président Donald Trump a affirmé le lendemain que les discussions se poursuivaient avec les Nord-Coréens et qu'il était possible que le sommet ait finalement lieu, peut-être même à la date initialement prévue du 12 juin 2018. Un revirement que le chef d'Etat américain justifie par la réaction de Pyongyang, qui avait rapidement exprimé ses regrets quant à l'annulation du sommet par la voix de Kim Kye-gwan, Premier vice-Ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et dans laquelle Donald Trump a voulu voir une "déclaration productive et chaleureuse" de Pyongyang. En tout cas (et sur ce point le chef d'Etat américain a raison) la Corée du Nord veut réellement que le sommet se tienne.

Trump évoque la possibilité de tenir finalement le sommet avec Kim Jong-un

Le Président américain affiche la satisfaction de ceux qui pensent avoir réussi un coup de maître dans une négociation difficile, alors qu'en fait les Nord-Coréens n'ont guère varié dans leurs positions, tout en durcissant leur discours depuis une dizaine de jours afin de clarifier les termes de la discussion : oui à un sommet, mais pas à un chèque en blanc sur une dénucléarisation sans contreparties. Pyongyang attend toujours des gestes concrets de Washington tout au long du processus de dénucléarisation. Mais Donald Trump y est-il prêt ? Rien n'est moins sûr, ses silences à ce sujet pouvant donner lieu à toutes les spéculations.

Adepte des réactions intempestives, le président américain a-t-il tenté un coup de bluff en faisant mine d'annuler le sommet, tout en ne prévenant pas par ailleurs les Sud-Coréens ? C'est possible. Plus fondamentalement, face à une administration hostile depuis le début à une rencontre avec le dirigeant nord-coréen et qui a trouvé un appui de circonstance dans les "néo-cons" interventionnistes menés par le conseiller présidentiel John Bolton, la position américaine tangue, peinant manifestement à définir des objectifs clairs - mais il reste encore un peu plus de deux semaines pour lever les incertitudes, sur un processus qui ne peut être que long. En face, la Corée du Nord veut - légitimement - savoir où elle va. Dès lors, tout est possible, du rétablissement du sommet, à son report ou à la confirmation de son annulation... Réponse au prochain épisode.

Source : 

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 21:03

Dans une lettre en date du 24 mai 2018 adressée au Président Kim Jong-un, le Président Donald Trump a annoncé l'annulation du sommet prévu avec le dirigeant nord-coréen à Singapour le 12 juin prochain. Cette décision a été annoncée le jour même (coïncidence ou provocation ?) où la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) procédait au démantèlement du site d'essais nucléaires de Punggye-ri, qui était parfaitement fonctionnel, en présence de journalistes étrangers. Tous les observateurs se posent aujourd'hui la question : que va-t-il arriver à présent, le courrier du Président Trump évoquant la puissance militaire américaine dans une menace d'intervention militaire à peine voilée ? 

La lettre du Président Donald Trump au Président Kim Jong-un

La lettre du Président Donald Trump au Président Kim Jong-un

Depuis une semaine, le ton s'était durci entre Pyongyang et Washington, la RPD de Corée dénonçant les manoeuvres militaires Max Thunder, mettant en cause le parallèle avec la dénucléarisation de la Libye et condamnant l'influence des néoconservateurs emmenés par le conseiller à la sécurité nationale du président américain John Bolton. Plus fondamentalement, les gestes de bonne volonté de Pyongyang n'ont eu aucun répondant côté américain, les Etats-Unis restant vagues sur un possible calendrier de levée progressive des sanctions, faisant légitimement douter les Nord-Coréens de la bonne foi américaine.

Ce sont cependant les Etats-Unis qui ont pris l'initiative de la rupture, dans un courrier de seulement une vingtaine de lignes où le Président Donald Trump a dénoncé "la colère" et "l'hostilité" selon lui de la Corée du Nord, sans donner de détails, pour juger qu'un tel sommet serait "inapproprié, en l'état" : 

Malheureusement, considérant l’immense colère et l’hostilité affichée dans vos récentes déclarations, j’estime qu’il est inapproprié, en l’état, de procéder à ce sommet tant attendu.

Le président américain a certes dessiné une ouverture de reprise des discussions, mais si sa stratégie est celle de faire monter les enchères, elle a très peu de chances de faire fléchir les Nord-Coréens qui y verront un chantage  - ce sont au contraire les Américains qui devront réviser leurs exigences à la baisse pour espérer retourner à la table des négociations qu'ils viennent de quitter de manière fracassante : 

Si vous changez d’avis par rapport à ce sommet important, n’hésitez pas à m’appeler ou à m’écrire. Le monde, et la Corée du Nord en particulier, ont perdu une grande occasion pour une paix durable et une grande prospérité. Cette opportunité manquée est un moment vraiment triste de l’histoire.

Enfin, la lettre de Donald Trump contient la menace d'une possible intervention militaire des Etats-Unis : 

Vous parlez de vos capacités nucléaires, mais les nôtres sont si énormes et puissantes que je prie Dieu que nous n’ayons jamais à en faire usage.

Les présidents sud-coréen Moon Jae-in (qui avait rencontré Donald Trump deux jours plus tôt et n'a donc manifestement pas réussi à le faire fléchir) et russe Vladimir Poutine ont jugé la décision du Président Trump regrettable. Pis, le chef d'Etat sud-coréen a manifestement été placé devant le fait accompli, sans concertation préalable, la présidence sud-coréenne précisant en effet que Séoul "cherche à comprendre quelles sont les intentions du Président Trump et leur signification". De fait, le revirement américain affaiblit une nouvelle fois la parole américaine vis-à-vis des autres pays du monde, faisant apparaître Donald Trump comme versatile, brouillon (l'hypothèse a été avancée d'un malentendu dès l'origine entre Washington et Pyongyang sur le processus de dénucléarisation) et surtout étant sous l'influence des courants les plus militaristes et interventionnistes de son administration - quelques semaines après l'annulation unilatérale de l'accord sur le nucléaire iranien.

Pour Donald Trump, cet échec diplomatique marque non seulement un retour au point de départ (le territoire américain reste à portée des missiles nord-coréens dotés d'armes nucléaires), mais le commandant en chef américain a aussi isolé et affaibli son pays : dans le bras-de-fer qui se joue avec Pékin sur les questions commerciales, la question coréenne a entretemps rapproché Pékin de Pyongyang (avec la possibilité que la Chine décide en pratique d'assouplir l'application des sanctions à l'encontre de la RPD de Corée) et fragilisé l'alliance américano-sud-coréenne, en plaçant le Président Moon Jae-in dans une position inconfortable et en hypothéquant les chances de retour au dialogue intercoréen qui, à un moment à un autre, passera par une levée au moins partielle des sanctions internationales. Or, en revenant à la politique de pression maximale contre Pyongyang, l'administration américaine reporte les perspectives d'assouplissement des sanctions internationales.

Mais pire que le statu quo il existe le risque d'une action militaire américaine, et donc d'une escalade des tensions : plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne juge prioritaire de garantir la paix maintenant dans la péninsule coréenne.

Mise à jour le 25 mai 2018 : dans un communiqué publié par l'agence nord-coréenne KCNA le 25 mai 2018, Kim Kye-gwan, Premier vice Ministre des Affaires étrangères de la RPD de Corée, a jugé l'annulation du sommet "extrêmement regrettable" et "inattendue", rappelant la "détermination" de Pyongyang à s'asseoir à la table des négociations avec les Etats-Unis "à tout moment et de quelque manière que ce soit".

Sources :  

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 21:58

Le 16 mai 2018, une rencontre intercoréenne a été reportée et Kim Kye-gwan, premier vice-ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), a annoncé la possibilité de "reconsidérer" le sommet envisagé le 12 juin prochain entre la RPD de Corée et les Etats-Unis - alors que ces derniers ont engagé des exercices militaires de grande ampleur Max Thunder, dénoncés par Pyongyang comme le maintien d'une politique hostile à son égard et contrevenant aux engagements pris par les deux Corée dans le cadre de la déclaration de Panmunjom, le 27 avril 2018. Cet avertissement, lancé à la veille du sommet entre les présidents américain Donald Trump et sud-coréen Moon Jae-in le 22 mai prochain, signifie que la Corée du Nord ne désarmera pas unilatéralement. L'avertissement est clair : le sommet du 12 juin n'aura pas lieu s'il devait consister en un chèque en blanc de la RPD de Corée, s'engageant sur la voie de la dénucléarisation sans contreparties tangibles et concrètes des Etats-Unis.

Sommet du 12 juin : Pyongyang ne signera pas de chèque en blanc

Selon l'agence nord-coréenne KCNA, Kim Kye-gwan, interlocuteur expérimenté et reconnu des Etats-Unis au sein de l'administration nord-coréenne, a fait savoir qu'il n'y aurait pas de désarmement unilatéral de la RPD de Corée : 

[Si Washington] nous met au pied du mur et exige unilatéralement que nous renoncions à l’arme nucléaire, nous n’aurions plus d’intérêt pour des discussions.

En d'autres termes, les Etats-Unis devront aussi faire des concessions, dans le cadre d'un dispositif de type "action contre action" (chaque partie faisant simultanément un pas vers l'autre pour créer les conditions de la confiance mutuelle et de la poursuite du processus), sans attendre le stade ultime du démantèlement du programme nucléaire nord-coréen - comme l'entend au contraire le conseiller présidentiel à la sécurité nationale John Bolton.

Ce dernier, partisan de la guerre en Irak (qu'il justifie aujourd'hui encore, y compris le mensonge sur les armes de destruction massive) et de l'étranglement économique de la RPD de Corée, est une vieille connaissance des Nord-Coréens : faucon parmi les faucons, il a toujours été de ceux qui voulaient attaquer la Corée du Nord et s'engager sur le terrain de la propagande de guerre, en faisant prospérer l'idée qu'on ne pourrait pas négocier avec les Nord-Coréens car ils mentiraient forcément.

Il n'est donc pas surprenant que Kim Kye-gwan ait ciblé à plusieurs reprises John Bolton : alors que les discussions se sont engagées avec le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, imposer John Bolton dans les négociations serait considéré par les Nord-Coréens comme une provocation et un motif de rupture. 

Les limites posées par Pyongyang n'ont pas été vaines : la République de Corée (Corée du Sud) a annoncé qu'elle ne participerait pas aux manoeuvres militaires Max Thunder (qui seront donc limitées aux Etats-Unis et au Japon), lesquelles n’empiéteront pas par ailleurs sur le territoire aérien sud-coréen. 

Pour sa part, le Président Donald Trump a publiquement désavoué John Bolton en rejetant le scénario "à la libyenne" esquissé par ce dernier de dénucléarisation de la Corée du Nord, et ajouté qu'il offrirait de sérieuses garanties de sécurité à la RPD de Corée et des perspectives de prospérité économique comparables à celles actuelles de la Corée du Sud - ce qui sous-entend que les sanctions seraient levées et que les entreprises étrangères, notamment américaines, pourraient investir en Corée du Nord.

Ces propos sont certes encourageants, mais ils doivent maintenant se traduire en engagements concrets de la part de Washington : il n'y aura pas de calendrier de dénucléarisation nord-coréen si en même temps les Etats-Unis ne précisent pas la nature de leurs engagements de sécurité et ne lèvent pas progressivement les sanctions économiques qu'ils ont imposées à la Corée du Nord. Le précédent de la rupture de l'accord nucléaire iranien, en révélant la versatilité de la parole américaine, incite évidemment les Nord-Coréens à exiger des garanties.

Sources : 

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13 mai 2018 7 13 /05 /mai /2018 09:41

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) continue d'avancer rapidement sur la voie de sa dénucléarisation, en procédant comme convenu dans moins de deux semaines - sans attendre le sommet avec le Président Donald Trump le 12 juin 2018 - au démantèlement d'un élément majeur de son programme nucléaire : selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée reproduit par l'agence nord-coréenne KCNA, le site d'essais nucléaires du village de Punggye sera démantelé entre le 23 et le 25 mai prochains (selon les conditions diplomatiques), en présence de journalistes étrangers de Chine, de Russie, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la République de Corée (Corée du Sud). 

Pyongyang invite les médias internationaux à couvrir le démantèlement du site de Punggye-ri entre le 23 et le 25 mai 2018

L'annonce du démantèlement du site d'essais nucléaires de Punggye avait été faite dès la réunion du Comité central du Parti du travail de Corée du 20 avril 2018, une semaine avant le sommet intercoréen du 27 avril 2018 entre les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in - lors de laquelle il avait été confirmé que le processus serait mené de manière transparente, en mai 2018, et en présence de journalistes et d'experts étrangers. 

Conformément à leurs engagements, les autorités nord-coréennes ont rendu publique, le 12 mai 2018, la date de la destruction du site de Punggye, ainsi que ses modalités techniques : 

Conformément à la décision de la troisième réunion plénière du septième Comité central du Parti du travail, l'Institut des armes nucléaires et les autres institutions concernées sont en train de prendre des mesures techniques en vue de démanteler le site d'essais nucléaires du nord de la RPDC dans le but d'assurer la transparence de l'arrêt du site nucléaire.

Une cérémonie de démantèlement est prévue entre les 23 et 25 mai, selon les conditions météorologiques.

Le démantèlement du site d'essais nucléaires se déroulera dans l'ordre suivant : provoquer l'effondrement de tous les tunnels du site d'essais par explosion, bloquer complètement les entrées, retirer toutes les installations d'observation ainsi que les instituts de recherche et structures des unités de garde sur le site.

Parallèlement au démantèlement, les gardes et chercheurs seront retirés et la zone autour du site sera complètement fermée.

Le communiqué du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a aussi donné des détails précis sur la couverture de cette opération par les médias de cinq autre pays, en précisant leurs conditions d'accueil, de transport et d'hébergement :

[Le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée] a l'intention d'autoriser non seulement les médias locaux mais aussi les journalistes d'autres pays à effectuer une couverture sur le terrain afin de montrer, de manière transparente, que le site d'essais nucléaires du nord du pays sera conduit conformément à la décision de la troisième réunion plénière du septième Comité central du Parti du travail de Corée.

Au regard de l'espace exigu du site d'essais, les journalistes d'autres pays seront limités à ceux venant de la Chine, de la Russie, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Corée du Sud.

Les journalistes invités viendront de Corée du Sud et des pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies, à l'exception notable de la France - ce qui traduit l'effacement de notre pays sur la question nucléaire dans la péninsule coréenne, et peut aussi être interprété comme une conséquence de la volonté des gouvernements français successifs de ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée - contrairement à tous les autres pays de l'Union européenne (sauf l'Estonie), à la différence notamment du Royaume-Uni dont les journalistes seront, quant à eux, bien invités à venir couvrir la destruction du site d'essais nucléaires. 

La mesure a une portée réelle : elle traduit l'engagement concret de la RPD de Corée dans le processus de dénucléarisation - contrairement à des informations erronées relayées par certains médias, des experts ont souligné que le site, encore utilisé lors du sixième essai nucléaire nord-coréen le 3 septembre 2017, restait parfaitement opérationnel.

A l'annonce de cette décision, un mois avant son sommet avec le Président Kim Jong-un, le Président Donald Trump a salué une décision "intelligente".

Sources :
- KCNA

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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 12:24

Dans un tweet, le Président Donald Trump a annoncé le 10 mai 2018 que sa rencontre avec le Président Kim Jong-un aurait lieu le 12 juin 2018 à Singapour, en ajoutant : "Nous allons tous les deux essayer d'en faire un moment très particulier pour la Paix Mondiale !". Cet optimisme du président américain fait écho aux déclarations des autorités nord-coréennes, qui ont fait état d'un accord très satisfaisant après la deuxième rencontre à Pyongyang entre le Président Kim Jong-un et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, revenu eux Etats-Unis le 10 mai 2018 en même temps que les trois Coréens américains libérés après avoir été emprisonnés en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Kim Jong-un et Mike Pompeo à Pyongyang

Kim Jong-un et Mike Pompeo à Pyongyang

Après de longues tergiversations sur le lieu et la date du sommet, c'est finalement la cité-Etat de Singapour qui a été retenue : celle-ci a de bonnes relations tant avec les Etats-Unis qu'avec la RPD de Corée et a une expérience des rencontres internationales. C'est à Singapour que s'étaient rencontrés les présidents chinois Xi Jinping et taïwanais Ma Ying-jeou en 2015, et que se tiennent les forums de dialogue de Shangri-La - du nom de l'hôtel où se réunissent chaque année, à l'initiative du think tank qu'est l'Institut International pour les Etudes Stratégiques (acronyme anglais, IISS), des réunions intergouvernementales dans le domaine de la défense entre des ministres de la Défense et des militaires des puissances présentes dans la région Asie-Pacifique. Il est d'ailleurs envisagé que le sommet américano - nord-coréen ait lieu à Shangri-La.

Utilisant des procédés plus inspirés des négociations commerciales que de la diplomatie traditionnelle, l'administration Donald Trump a placé la barre très haut - en particulier, l'absence de levée, même partielle, des sanctions internationales avant le démantèlement complet de l'arsenal nucléaire nord-coréen - pour obtenir davantage - probablement un calendrier de désarmement nucléaire de la RPD de Corée. Quoi qu'il en soit, l'hypothèse - un moment envisagée par le Président Trump - de quitter le sommet en cas de désaccord n'est plus d'actualité. A minima le sommet de Singapour listera les thèmes de discussion et posera les bases d'un accord sur la méthode, renvoyant ultérieurement le règlement des points de désaccord. Au regard des réactions des différentes parties, il est cependant raisonnable de ne pas envisager d'échec à ce stade, et même d'espérer aller plus loin sur la voie de la paix en Asie du Nord-Est, du désarmement et de la levée des sanctions - alors que Pyongyang a multiplié les gestes de bonne volonté, de la fermeture du site d'essais nucléaires de Punggye-ri à la libération des Américains détenus en Corée du Nord, sur décision personnelle du dirigeant. Au demeurant, le Président Kim Jong-un n'aurait pas effectué deux visites en un mois et demi en Chine s'il n'avait pas la volonté d'aboutir et de garantir ses arrières (rendant compte de la visite du dirigeant nord-coréen les 7 et 8 mai 2018, le Président Xi Jinping a ainsi souligné auprès de son homologue américain, si besoin était, qu'il fallait prendre en compte les préoccupations de sécurité de Pyongyang).

Ce qui ne signifie pas que le Président Donald Trump ne tentera pas de pousser plus loin son avantage ni de faire monter les enchères, menaçant de tout rompre au dernier moment et à tout moment. Ce qui serait surprenant serait plutôt l'absence de tensions et d'incertitudes, d'autant que les Nord-Coréens sont d'excellents négociateurs et que la pression de certains milieux est forte, au sein du lobby militaro-industriel américain, pour faire échouer la rencontre et revenir à un climat de confrontation. Mais le Président Donald Trump, qui caresse désormais l'espoir d'obtenir le prix Nobel de la paix, a tout intérêt à réussir.

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10 mai 2018 4 10 /05 /mai /2018 10:11

Dans la nuit du mercredi 9 mai au jeudi 10 mai 2018, le président américain Donald Trump et son épouse Melania ont accueilli, dès leur arrivée à l'aéroport, les trois Américains - tous d'origine coréenne - qui étaient emprisonnés en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Ayant déploré les conditions tragiques de la libération d'Otto Warmbier en juin 2017, l'Association d'amitié franco-coréenne, l'AAFC salue ce dénouement diplomatique heureux - intervenu à l'occasion d'une nouvelle visite à Pyongyang du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo. Ce déplacement préparait le sommet entre les présidents Kim Jong-un et Donald Trump, dont ce dernier a annoncé qu'il se tiendrait le 12 juin à Singapour. La libération des trois Américains apparaît comme un nouveau geste d'ouverture et de bonne volonté des autorités nord-coréennes. 

Donald et Melania Trump accueille à l'aéroport les trois Américains libérés

Donald et Melania Trump accueille à l'aéroport les trois Américains libérés

La nouvelle était attendue, notamment depuis la visite à Stockholm mi-mars de Ri Yong-ho, ministre des Affaires étrangères de la RPD de Corée - la Suède représentant les intérêts consulaires des Etats-Unis en Corée du Nord. 

Si ce n'est pas la première fois que des citoyens américains sont détenus puis libérés en RPD de Corée, notamment à l'occasion de la visite de personnalités américaines (par exemple pour les journalistes Laura Ling et Euna Lee, en août 2009, à l'occasion d'une visite de l'ancien président américain Bill Clinton), et que la mesure de libération intervient sur décision spécifique et personnelle du plus haut dirigeant du pays (le Président de la commission des Affaires d'Etat Kim Jong-un a amnistié les trois hommes), cette décision s'inscrit pour sa part clairement dans le contexte d'une perspective d'évolution des relations bilatérales entre Pyongyang et Washington. C'est aussi un succès personnel pour le président Donald Trump qui, quelle que soit l'issue du sommet à venir avec le Président Kim Jong-un, réussit d'ores et déjà sur une question où son prédécesseur Barack Obama avait échoué, en ce qui concerne le plus ancien des trois détenus coréens américains en Corée du Nord. 

En effet, deux des hommes libérés, Kim Hak-song et Kim Sang-duk (ou Tony Kim), avaient été arrêtés en 2017 pour "actes hostiles" contre la RPD de Corée. Ils travaillaient à l'Université des sciences et des technologies de Pyongyang, université privée en Corée du Nord - dont les activités sont par ailleurs rendues plus difficiles depuis l'interdiction de principe faite aux citoyens américains de se rendre en RPDC, après la disparition d'Otto Warmbier.

Le troisième citoyen américain, Kim Dong-chul, est un pasteur et homme d'affaires, qui avait été condamné en avril 2016 à dix ans de travaux forcés pour espionnage. Des activités de prosélytisme religieux sont menées auprès des Nord-Coréens par des protestants sud-coréens ou d'origine coréenne en Chine du Nord-Est.

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 19:55

La dénucléarisation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) devrait être le principal thème du sommet entre les Présidents Kim Jong-un et Donald Trump, prévu en mai ou juin. A cet égard, entre les positions de la déclaration de Panmunjom adoptée lors du sommet intercoréen du 27 avril 2018 et les attentes américaines, un certain nombre de questions restent en suspens - comme le rappelle le fait que les termes de "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible" (correspondant à la position de Washington) ne figureront pas dans le communiqué devant être publié ce 9 mai 2018, à l'issue du sommet entre la République de Corée (Corée du Sud), la République populaire de Chine et le Japon. 

Le site nucléaire du village (ri) de Punggye, en Corée du Nord

Le site nucléaire du village (ri) de Punggye, en Corée du Nord

Affirmée à trois reprises au paragraphe 4 de la déclaration de Panmunjom, la "dénucléarisation complète" de la péninsule coréenne est présentée comme un "objectif" à atteindre : 

Le Nord et le Sud ont confirmé l’objectif commun d’aboutir à une péninsule coréenne sans armes nucléaire grâce à une dénucléarisation complète.

On notera que, corollairement à la dénucléarisation à terme (il s'agit d'un "objectif") de la RPDC, le but poursuivi est que toute la péninsule coréenne - donc y compris le Sud, aujourd'hui sous le "parapluie" nucléaire américain - devienne une zone exempte d'armes nucléaires.

De leur côté, les autorités américaines précisent que la dénucléarisation doit non seulement être "complète", mais également "vérifiable" et "irréversible". 

Actuellement, et en amont du sommet intercoréen, la RPD de Corée a suspendu ses essais nucléaires (après en avoir mené six, entre octobre 2006 et septembre 2017), mais n'a pas (encore) pris l'engagement de ne plus en mener - alors que la fin des essais nucléaires nord-coréens devrait aller de pair avec son adhésion au Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN), dont les inspecteurs seraient ainsi en mesure de vérifier les engagements de Pyongyang. En particulier, dans le cadre du TICEN sont mis en place des détecteurs sismiques et acoustiques d'essais nucléaires.

La fin des essais ne signifie pas non plus la fin des programmes nucléaires. Enfin, la dénucléarisation ne deviendra effective qu'à l'issue d'une troisième étape : après la fin des essais nucléaires puis des programmes nucléaires, le démantèlement de l'arsenal nucléaire (le nombre d'ogives nucléaires détenues par la RPD de Corée étant par ailleurs inconnu).

Dans une manifestation supplémentaire de bonne volonté, les autorités nord-coréennes ont également annoncé la fermeture du site d'essais nucléaires de Punggye - qui, contrairement à des informations erronées diffusées dans plusieurs médias - est dans un état qui le rend aujourd'hui parfaitement utilisable, comme l'ont montré les experts du site 38 North, aujourd'hui le site public le mieux informé sur les questions militaires liées à la Corée du Nord. Toujours sur le site 38 North, pour passer d'abord de la phase de la suspension à celle de l'arrêt des essais nucléaires, Jon Wolfsthal souligne l'utilité de combiner les engagements de dénucléarisation de la RPDC avec son adhésion au TICEN, ainsi que la nécessité que la fermeture du site de Punggye fasse l'objectif de vérifications par les équipes d'inspection du TICEN, qui devront également pouvoir accéder à d'autres sites.

Le chemin sera donc long vers la dénucléarisation "complète, vérifiable et irréversible" de la Corée du Nord, dont il est difficile d'envisager qu'elle avance sur cette voie sans bénéficier de contreparties tout au long du processus (conformément au principe "action pour action", qui a rendu possible les précédentes phases de négociations sur le nucléaire nord-coréen). Si officiellement l'administration américaine - notamment par la voix du "faucon" John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du Président Donald Trump - exclut tout geste des Etats-Unis avant la phase de démantèlement des armes nucléaires, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, qui a rencontré le Président Kim Jong-un, évite ostensiblement d'adopter publiquement une position aussi maximaliste, conscient qu'aucun pays au monde n'a jamais désarmé de son plein gré, unilatéralement et sans contreparties. Tôt ou tard, les préoccupations légitimes de sécurité de la RPD de Corée et un calendrier de levée des sanctions devront être mis sur la table des négociations, si l'on veut que celles-ci aboutissent.

Sources : 

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