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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 00:01

Dans la légende construite par les médias conservateurs autour de Mme Park Geun-hye, l'actuelle présidente sud-coréenne, l'image de la "princesse orpheline" (sic), dont les deux parents ont été assassinés successivement, occupe une place majeure. La vérité est en réalité plus complexe, renvoyant par ailleurs aux débats, qui ont notamment animé les révolutionnaires français, sur les figures du tyrannicide et la légitime élimination de ceux qui oppriment le peuple.

Mort de Yuk Young-soo : des zones d'ombre que la droite sud-coréenne a toujours refusé de lever

 

Le 15 août 1974, pendant les cérémonies de l'indépendance de la Corée vis-à-vis du Japon, des coups de feu éclatent en direction du "général-président" Park Chung-hee, à la tête du régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la République de Corée : si l'auteur du coup d'Etat de 1961 a échappé à l'attentat, son épouse, Yuk Young-soo, a en revanche été grièvement blessée à la tête et est décédée des suites de ses blessures. Sa fille, Park Geun-hye, lui a alors succédé comme première dame.

Mun-se-gwang.jpgL'auteur des tirs, un Coréen du Japon de nationalité nord-coréenne, Mun Se-gwang (ici après son arrestation), qui serait entré en Corée du Sud avec un passeport japonais, aurait reconnu - avec l'aide des méthodes musclées de la police sud-coréenne, alors réputées pour leur usage de la torture - avoir agi sous couvert de l'Association des résidents coréens du Japon (Chongryon). Mais la RPD de Corée niera farouchement toute implication, tandis que le passeport de Mun Se-gwang entraînera de forte tensions entre Tokyo et Séoul. Né en 1951, Mun Se-gwang a été condamné à mort et pendu fin 1974.

La version officielle, largement travaillée et diffusée par les services de renseignement sud-coréens, est celle que l'on peut aujourd'hui lire dans les médias occidentaux, et notamment lors de la campagne puis de l'élection de Mme Park Geun-hye, fille de Park Chung-hee, à la présidence de la République à Séoul : Yuk Young-soo aurait été assassinée par un agent nord-coréen ce qui, dans le contexte actuel de tensions intercoréennes, est considéré comme une preuve supplémentaire des intentions bellicistes de la RPDC...

Malheureusement pour les services sud-coréens, comme dans l'affaire du Cheonan (un navire sud-coréen dont le dramatique naufrage, ayant entraîné 46 morts en mars 2010, a été imputé par Washington et Séoul à la Corée du Nord sans preuves convaincantes), la thèse officielle souffre de graves imperfections : dans le cadre des travaux de la commission "Vérité et réconciliation" mise en place par les administrations démocrates au pouvoir à Séoul entre 1998 et 2008, les étonnantes conditions de l'implication de Mun Se-gwang ont réouvert le nécessaire débat sur la base de preuves historiques irréfutables. Un représentant de la commission a ainsi déclaré au quotidien indépendant sud-coréen Hankyoreh, en 2007, que "des doutes sur la façon dont l'assassin, Mun Se-gwang, pourrait avoir participé à l'événement sans carte d'identité ont été soulevés à de multiples reprises. Il est impératif que nous clarifions la vérité".

Mais en 2008 le retour au pouvoir des conservateurs sud-coréens à la Maison bleue à Séoul a entraîné la suspension des travaux de la commission Vérité et réconciliation. Parmi les soutiens de la droite figurent en effet les héritiers du régime militaire. Ces derniers auraient-ils peur de la vérité sur la mort de Yuk Young-soo ?

 

L'assassinat de Park Chung-hee et les motivations de Kim Jae-kyu

 

Le 26 octobre 1979, à l'issue d'un banquet, le "général-président" Park Chung-hee était assassiné par le chef des services de renseignement sud-coréens, Kim Jae-kyu, épaulé par plusieurs de ses hommes. Aujourd'hui réputé proche d'opposants comme le conservateur Chang Chun-ha (dont des preuves de son assassinat par Park Chung-hee en 1975 ont été apportées récemment) et le cardinal Kim Sou-hwan, Kim Jae-kyu déclara avoir agi par patriotisme et pour restaurer la démocratie en Corée du Sud, suivant un plan muri après l'adoption de la très autoritaire Constitution Yusin en 1972. La sincérité de son geste est renforcée par les enregistrements de ses procès, rendus publics en 2011. Arrêté (photo ci-dessous, source : Hankyoreh), torturé et condamné à mort, il fut exécuté par pendaison le 24 mai 1980, comme l'ensemble des personnes impliquées dans la disparition du général Park. Les militaires avaient entretemps maintenu leur pouvoir à Séoul par l'entremise de leur nouvel homme fort, le général Chun Doo-hwan.

kim_jae_kyu.jpg

En tant que directeur de la Korean Central Intelligence Agency (KCIA), Kim Jae-kyu avait auparavant été impliqué dans les plus sombres manoeuvres du général Park, comme l'enlèvement en plein Paris puis l'assassinat d'un de ses prédécesseurs, Kim Hyeong-wook, qui s'était retiré aux Etats-Unis où "il [avait] témoigné devant la sous-commission du Congrès et détaillé les liens entre la secte Moon et la KCIA. Parmi ses révélations figure la mise en place de Radio Free Asia, qui émet en liaison avec la CIA américaine, tout en fustigeant la corruption de membres du Congrès américain achetés par le dictateur Park Chung-hee" (source : Roger Faligot, Paris Nid d'espions, Parigramme, 2009, p. 53).

Les rivalités personnelles, non seulement entre Kim Jae-kyu et Park Chung-hee, mais aussi entre le directeur de la KCIA et le chef de la puissante garde présidentielle, Cha Ji-cheol (partisan, comme Park Chung-hee, de méthodes plus musclées de répression de l'opposition), ainsi qu'une dispute le soir du 26 octobre 1979 dont Cha sera une des premières victimes selon le film des événements aujourd'hui bien établi, ont aussi été invoquées à l'appui du geste de Kim Jae-kyu.

L'hypothèse selon laquelle ce dernier aurait bénéficié d'appuis de l'étranger, notamment des Etats-Unis, doit être étayée par des éléments matériels. Dans ce cas, il a été avancé que les Etats-Unis auraient soit pu s'inquiéter du tournant de plus en plus autoritaire de l'évolution du régime Park Chung-hee (ce qui serait toutefois été une première dans l'histoire de la Corée du Sud : à aucun moment les militaires américains stationnés dans la péninsule n'ont freiné les régimes autoritaires en Corée du Sud dans leurs ardeurs, bien au contraire ; il n'y a guère qu'en 1960 qu'ils n'ont pas soutenu Syngman Rhee renversé par une révolution démocratique), soit qu'ils auraient souhaité empêché un rapprochement intercoréen alors en préparation. Aucune de ces possibilités n'est du reste exclusive du fait que Kim Jae-kyu a manifestement agi par refus du régime Yusin, selon les témoignages d'opposants au régime militaire et les entretiens conservés dans les archives, audibles malgré la voix de Kim Jae-gyu cassée par la torture.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Histoire de la Corée
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)