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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 13:37

Emotion en Corée après la révélation que des réservistes de l'armée sud-coréenne utilisaient des photos des dirigeants nord-coréens comme cibles pour leurs exercices de tir. Le commandement de l'Armée populaire de Corée de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a réagi le vendredi 3 juin en menaçant de représailles. Déplorant vivement des comportements qui ne peuvent que dégrader encore davantage les relations intercoréennes, l 'Association d'amitié franco-coréenne dénonce les actes commis par les réservistes sud-coréens comme une provocation qui appelle la plus ferme condamnation.

 

north_korea_military_parade.jpgEn mai 2011, des réservistes sud-coréens ont utilisé comme cibles pour leurs exercices de tirs des photos des dirigeants nord-coréens. Les faits se sont produits dans des centres d'entraînement de l'armée, qui a donc cautionné des actes de dénigrement de la RPD de Corée qui restaient jusqu'ici l'apanage des seuls activistes d'extrême-droite, que le gouvernement Lee Myung-bak s'est toujours refusé à interdire - contrairement à certaines manifestations de gauche. Une attitude qui révèle une inquiétante conception de la liberté d'expression, puisque si des soldats sud-coréens peuvent manifestement, en toute impunité, mettre gravement en cause un Etat étranger et ses dirigeants, plusieurs dizaines d'autres officiers sud-coréens sont, eux, menacés de poursuites pour s'être inscrits sur un forum de discussion classé pro-Nord par les autorités sud-coréennes.

 

Le vendredi 3 juin, le porte-parole de l'état-major interarmées de l'Armée populaire de Corée de la RPD de Corée a dénoncé une nouvelle provocation dans l'escalade de la tension, en rappelant qu'un drapeau de la RPD de Corée avait également été pris pour cible l'année dernière. Face à ces mises en cause du système socialiste de la RPD de Corée, l'état-major interarmées de la RPD de Corée a menacé de "représailles militaires totales" si les responsables de cette affaire ne sont pas punis. Il demande également des excuses des autorités sud-coréennes et des garanties que de tels actes ne se reproduiront pas.

 

L'état-major interarmées de l'Armée populaire de Corée a rappelé que les autorités sud-coréennes ont créé un climat engendrant l'hostilité à l'égard de la RPD de Corée: en 2010, le ministre de la Défense sud-coréen Kim Kwan-jin a appelé à resserrer les rangs face à la Corée du Nord décrite comme "l'ennemi principal".

 

L'AAFC rappelle la légitime émotion des habitants de tous les pays quand ses symboles nationaux sont piétinés, ainsi de l'émoi du peuple américain quand le drapeau des Etats-Unis est brûlé en n'importe quel pays du monde. Les citoyens et les soldats nord-coréens se gardent de tout geste vis-à-vis des symboles de la République de Corée (du Sud) ou des Etats-Unis qui pourrait être interprété comme une provocation. Il convient que les autorités sud-coréennes assurent que soient tout autant respectés les symboles et les dirigeants de la République populaire démocratique de Corée, qui plus est par les fonctionnaires (civils ou militaires) qui représentent l'Etat. L'AAFC estime enfin que tout doit être mis en oeuvre pour éviter une nouvelle escalade de la tension dans cette partie du monde où, plus que jamais, la paix est nécessaire.

 

Sources : AAFC, KBS, KCNA.

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 21:39

DeuxCor-e.jpgLe 30 mai 2011, la Commission de la Défense nationale (CDN) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a publié un communiqué condamnant l'escalade de la tension, "ayant atteint un degré extrême", à laquelle conduit, selon la CDN, les actions conduites par "le groupe de traîtres de Lee Myung-bak". Cette déclaration et ses conséquences - la rupture du dialogue militaire intercoréen et la fermeture du bureau de liaison dans les monts Kumgang - doivent être resituées dans leur contexte. Le 18 mai 2011, la Corée du Sud a transmis officiellement à la RPD de Corée une invitation au Sommet sur la sécurité nucléaire qui doit avoir lieu à Séoul en mars 2012. Cette proposition avait été faite le 9 mai par le président sud-coréen Lee Myung-bak au cours d'une visite officielle à Berlin,  Lee Myung-bak annonçant que le président de la CDN, Kim Jong-il, serait invité au sommet de Séoul s'il promettait de renoncer à ses armes nucléaires. Par la voix de son Comité pour la réunification pacifique de la Corée, la RPDC avait alors qualifié l'invitation lancée par le président sud-coréen de "ridicule" et visant à désarmer le pays pour pouvoir l’envahir. De nombreux analystes, y compris en Corée du Sud, doutent aussi de la sincérité de Lee Myung-bak.

 

Le 9 mai, à Berlin, le président sud-coréen Lee Myung-bak a proposé d'inviter le président de la Commission de la Défense nationale de la RPDC, Kim Jong-il, au Sommet sur la sécurité nucléaire qui doit se tenir à Séoul en mars 2012 "si la Corée du Nord se met d'accord fermement avec la communauté internationale pour sa dénucléarisation". La veille, Lee avait déclaré que "les armes nucléaires du Nord sont un obstacle à l'unification" et demandé à nouveau que la RPDC présente ses excuses pour le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan le 26 mars 2010 - la RPDC niant toute responsabilité dans ce naufrage - et pour ses tirs d'artillerie contre l'île sud-coréenne de Yeonpyeong le 23 novembre 2010 – la RPDC affirmant n’avoir fait que riposter à des tirs de l'artillerie sud-coréenne vers son territoire.


Avec cette proposition, Lee Myung-bak a demandé une fois de plus à la Corée du Nord de prendre la "décision stratégique" d'abandonner ses armes nucléaires pour pouvoir participer à une réunion internationale sur la sécurité nucléaire, mais il n'a pris aucune mesure susceptible de hâter une telle décision. Au contraire, les autorités sud-coréennes, en plus de continuer d'exiger des excuses de la part de Pyongyang pour la perte du Cheonan et pour le bombardement de l'île de Yeonpyeong, se sont lancées avec les Etats-Unis dans une série d’exercices militaires d'une ampleur sans précédent dirigés contre la Corée du Nord.

 

Le 11 mai, l'agence de presse nord-coréenne KCNA a fait part du refus du Comité pour la réunification pacifique de la Corée, organisme de la RPDC en charge des relations Nord-Sud.

 

Pour le porte-parole du Comité, cité par KCNA, les remarques faites par Lee Myung-bak à Berlin ont constitué "une provocation flagrante à l’égard du système et de la dignité de la RPDC et un mépris intolérable à l’égard de l’opinion publique [en Corée] et à l’étranger ainsi que des efforts positifs de la RPDC pour le dialogue".

 

Le porte-parole nord-coréen a poursuivi : "Lee, non content de se lancer dans une bruyante campagne anti-réunification en Corée du Sud, s’est permis de faire de telles remarques irréfléchies à l’étranger. Ce n’était que le dernier effort visant à refroidir l’atmosphère menant à davantage de dialogue, à faire taire les critiques le blâmant pour l’effondrement des relations inter-coréennes et pour l’échec de sa politique envers le Nord, et à justifier l’escroquerie nucléaire contre la RPDC et les actions pour accroître la confrontation avec celle-ci."


Il
a considéré que les excuses demandées par la Corée du Sud pour le naufrage du Cheonan et les tirs d’artillerie sur Yeonpyeong révèlent une "intention de défier la RPDC jusqu’au bout, sans chercher le dialogue avec elle". Quant au démantèlement des armes nucléaires de la RPDC, posé comme condition préalable au dialogue par Lee Myung-bak, il ne s’agit "que d’une tentative ridicule visant à désarmer la RPDC et à réaliser l’ambition de l’envahir en collusion avec les Etats-Unis".

 

Le porte-parole du Comité pour la réunification pacifique s’est enfin attaché à remettre en question la pertinence de la tenue d’un sommet sur la sécurité nucléaire en Corée du Sud sous l’égide du président Lee Myung-bak :

 

"La grande ironie est que Lee, un pantin au service des Etats-Unis dans leurs démarches pour une guerre nucléaire, va s’agiter sur le plan diplomatique avant l'ouverture de ce qu'il appelle un sommet nucléaire en Corée du Sud, la plus grande base avancée pour une guerre nucléaire et le plus vaste arsenal nucléaire au monde.


"Les peuples du monde savent bien qu’il a déclaré vouloir se mettre à la remorque des Etats-Unis et suivre une politique de confrontation entre compatriotes après son arrivée au pouvoir et qu’il s’est vanté de tout à fait se passer de dialogue inter-coréen pendant la durée de son mandat."

 

Pour Cheong Wook-sik, de l'organisation sud-coréenne Réseau civil pour une Corée pacifique, la faisabilité et la sincérité de la proposition du président sud-coréen sont douteuses, rappelant qu’une invitation similaire avait été lancée en avril 2010 lors du premier Sommet sur la sécurité nucléaire de Washington,  peu après que la Corée du  Sud fut choisie pour accueillir le sommet suivant. Pyongyang avait alors décliné l'invitation, déclarant que la RPD de Corée ne participerait pas à un tel sommet tant que les Etats-Unis ne changeront pas leur politique nucléaire "impérialiste".

 

En outre, Lee Myung-bak a déclaré n'envisager la réunification de la Corée que comme une absorption du Nord par le Sud et a même souhaité qu’éclatent au Nord des soulèvements du type "Révolution tunisienne du Jasmin". Pour Cheong Wook-sik, ce type d’attitude de la part du président sud-coréen rend hautement improbable une participation de la RPDC au sommet de Séoul en mars 2012.

 

Comme le remarque Cheong, en avril 2012 auront lieu en RPDC les célébrations du centième anniversaire de la naissance du président Kim Il-sung. A cette date, la RPD de Corée vise à accéder au statut de "pays puissant et prospère". D'après Cheong, l'avenir de la péninsule coréenne dépendra alors de ce que la RPDC considère être la puissance et la prospérité : la possession d’un arsenal nucléaire garant de sa sécurité, ou une dénucléarisation permettant d'améliorer la situation du pays par une plus grande ouverture au reste du monde, la dénucléarisation étant le dernier voeu du président Kim Il-sung avant son décès en 1994.

 

Dans ce contexte, la déclaration de la Commission de la Défense nationale de la RPD de Corée, le 30 mai 2011, est l'étape ultime - mais prévisible - de la dégradation des relations intercoréennes, en opposant les actions minant l'unité et la réconciliation nationales conduites par "le groupe de traîtres de Lee Myung-bak" et "la proposition généreuse de la RPDC d'ouvrir une nouvelle phase de réconciliation, de coopération, de paix et de réunification à travers un large dialogue et des conditions sans préalable", proposition rejetée par Séoul. Les exercices militaires conduits par le gouvernement sud-coréen à Yangju et Incheon s'inscrivent dans cette logique de confrontation.

 

En conséquence, le communiqué de la CDN de la RPDC a déclaré (1) que "l'armée et le peuple de la RPD de Corée ne négocieront jamais avec le traître Lee Myung-bak et son clan", (2) que la RPDC va lancer une campagne nationale pour s'opposer à la politique de confrontation conduite par Lee Myung-bak et (3) que, dans une première étape, l'Armée populaire de Corée rompt le dialogue militaire Nord-Sud et ferme le bureau de liaison des monts Kumgang.

 

Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne établit une distinction entre, d’une part, la question des relations inter-coréennes, laquelle, par définition, concerne la Corée du Nord et la Corée du Sud, et, d’autre part, la question nucléaire, laquelle est liée à la menace militaire que font peser les Etats-Unis sur la RPDC en l'absence de traité de paix entre ces deux pays. L'AAFC apporte donc son soutien au dialogue inter-coréen, en particulier aux déclarations Nord-Sud des 15 juin 2000  et 4 octobre 2007, rejetées par l'administration du président sud-coréen Lee Myung-bak. Et, tout en soutenant le dialogue inter-coréen, l'AAFC appelle à la conclusion d'un véritable traité de paix dans la péninsule coréenne pour remplacer l'Accord d'armistice de 1953 signé par la RPDC, les Etats-Unis et la République populaire de Chine (la Corée du Sud avait alors refusé de signer l'Accord d'armistice). La négociation et la signature d'un traité de paix, éventuellement dans le cadre des pourparlers à six (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon), constituent la seule initiative capable de garantir une paix durable en Corée et une étape indispensable vers la dénucléarisation totale de la péninsule coréenne et l'élimination d'un foyer de tension majeur menaçant la paix mondiale.

 

Arrivé au pouvoir en Corée du Sud en février 2008, le président conservateur Lee Myung-bak a voulu lier à tout prix les questions des relations inter-coréennes et de la dénucléarisation de la seule Corée du Nord, faisant de cette dénucléarisation un préalable. Ainsi, le dialogue entre Pyongyang et Séoul est, de fait, soumis à l’ingérence d’une puissance étrangère, en contravention du premier principe pour la réunification de la Corée, figurant dans le communiqué conjoint signé par le Nord et le Sud en 1972.

 

Résultat : en seulement trois ans, le gouvernement Lee Myung-bak a ruiné les progrès accomplis en 40 ans de dialogue inter-coréen et a pris le risque de faire reculer la paix – et la dénucléarisation qui devrait en découler – pourtant essentielle pour la Corée et le reste du monde. Face à un tel constat, l’appel lancé depuis Berlin par Lee Myung-bak pour que la RPDC accepte d’échanger sa force de dissuasion nucléaire contre un simple strapontin dans une réunion internationale manque évidemment de sincérité et n’a pas de sens : oui, si elle en avait la volonté, la Corée du Sud pourrait jouer un rôle de médiateur et aider à rebâtir la confiance entre les Etats-Unis et la RPDC ; non, la Corée du Sud n’est pas à même de fournir les garanties nécessaires pour que la Corée du Nord renonce à son programme nucléaire.

 

Sources :

"Président Lee : 'Les armes nucléaires du Nord sont un obstacle à l'unification'", Yonhap, 8 mai 2011

"Lee fait part de son intention d'inviter le leader nord-coréen si Pyongyang s'engage à se dénucléariser", Yonhap, 9 mai 2011

"CPRK Denounces Lee Myung Bak's Provocative Remarks against DPRK", KCNA, 11 mai 2011

"La Corée du Nord notifiée officiellement de l'invitation de Lee à Kim", Yonhap, 18 mai 2011

Cheong Wook-sik, "Recommendations for Kim Jong-il to visit Seoul in Spring 2012", Peace Network, 24 mai 2011

"DPRK Will Not Deal with Lee Myung Bak: Spokesman for NDC of DPRK", KCNA, 30 mai 2011

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 13:02

Après avoir visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'invitation des autorités nord-coréennes, avec trois autres anciens chefs d'Etat et de gouvernement (Martti Ahtisaari, Mary Robinson et Gro Brundtland), l'ancien président américain Jimmy Carter a été reçu à Séoul, où ses propositions pour relancer les dicussions intercoréennes, en vue de la reprise des pourparlers à six, et accorder une aide alimentaire aux populations nord-coréennes, ont été non seulement froidement rejetées par le gouvernement sud-coréen, mais aussi blâmées par des groupes d'extrême-droite. Comment expliquer ce manque de respect à l'égard d'anciens chefs d'Etat ? L'AAFC replace ces réactions dans une stratégie du gouvernement Lee Myung-bak pour faire monter les enchères dans d'éventuelles négociations intercoréennes.

 

Un accueil peu respecteux du statut de Jimmy Carter, Martti Ahtisaari, Mary Robinson et Gro Brundtland

 

jimmy_carter_kim_sung_hwan.jpgRefus du président sud-coréen Lee Myung-bak de recevoir Jimmy Carter et trois anciens chefs d'Etat et de gouvernement, qui ont dû se contenter de rencontres avec le ministre sud-coréen des Affaires étrangères  et le ministre de la Réunification ; fin de non-recevoir aux propositions des quatre anciens dirigeants (dont deux Prix Nobel de la paix) de relancer le dialogue Nord-Sud et d'apporter une aide aux populations nord-coréennes menacées par la faim ; enfin, insultes ("porte-paroles de la Corée du Nord", "pièce maîtresse du régime nord-coréen"...) proférées par l'extrême-droite sud-coréenne  via notamment  ses relais d'influence dans les milieux universitaires et les ONG dites de défense des droits de l'homme en Corée du Nord, et abondamment reprises par la presse conservatrice sud-coréenne et les médias publics contrôlés par le gouvernement sud-coréen, qui passent en revanche sous silence les positions de l'opposition et des militants pour la réunification de la Corée. Rarement des réactions aussi violentes et irrespectueuses auront accompagné la visite à Séoul d'un ancien chef d'Etat américain, au vu des liens exceptionnels entre Washington et Séoul : sans l'intervention américaine dans la guerre de Corée, le régime sud-coréen du très autoritaire Syngman Rhee se serait effondré, et le "miracle économique" sud-coréen n'aurait pas eu lieu dans les années 1960 et 1970 sans les injections massives de capitaux américains.

 

Les fausses raisons : le contenu de l'offre de dialogue nord-coréenne et l'absence de rencontre avec Kim Jong-il

 

L'agence de presse sud-coréenne Yonhap  tente d'imposer  une interprétation de ces réactions exceptionnellement violentes en citant, sous couvert d'anonymat, un responsable  sud-coréen : "Il y a un consensus qu'il n'y a rien de nouveau dans le message de Kim [Jong-il] et que le Nord devrait parler directement à Séoul s'il a quelque chose à dire". Mais en réalité il n'y a aucun consensus dans l'opinion sud-coréenne sur la politique nord-coréenne du gouvernement Lee Myung-bak, et c'est la première fois que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il évoque publiquement, dans un message remis solennellement à quatre anciens chefs d'Etat et de gouvernement, la possible tenue d'un sommet intercoréen avec le président Lee Myung-bak, sans mettre de conditions au dialogue Nord-Sud. Répondant à ce qui est - du moins officiellement - la position de Séoul (le président Lee Myung-bak avait le premier déclaré, dès son entrée en fonctions en 2008, puis encore en janvier 2010, qu'il était prêt à un sommet intercoréen et à un dialogue intercoréen sans conditions préalables), cette nouvelle offre de Pyongyang s'inscrit dans une succession de gestes d'ouverture. La Corée du Nord vient ainsi de proposer - ce qu'a accepté Séoul -  une démarche commune vis-à-vis du Japon pour faire accepter la dénomination "mer de l'Est", plutôt que celle de "Mer du Japon" que Tokyo a fait accepter dans la toponymie officielle internationale au siècle dernier. Mais l'ouverture de la RPDC n'exclut pas des réactions de fermeté : l'agence officielle nord-coréenne KCNA a annoncé que, après le retrait unilatéral de la concession accordée au groupe sud-coréen Hyundai Asan pour le tourisme dans les monts Kumgang, cette région devenait une "zone spéciale pour le tourisme international", suite à l'adoption en ce sens, le 29 avril 2011, d'un décret du praesidium de l'Assemblée populaire suprême.

 

La presse conservatrice et les médias publics sud-coréens ont esquissé une autre explication à ce qu'ils appellent pudiquement le "froid" accueil réservé à Jimmy Carter, Martti Ahtisaari, Mary Robinson et Gro Brundtland : à Pyongyang, les quatre anciens chefs d'Etat et de gouvernement n'ont pas rencontré le président de la Commission de la défense nationale Kim Jong-il, dont ils ont seulement reçu un message. Mais cette thèse doit aussi être écartée. En effet, il est rien moins qu'incertain qu'une telle rencontre fût possible, les dépêches de l'agence nord-coréenne KCNA ne faisant pas état de visites ni de réceptions du dirigeant Kim Jong-il pendant la période où Jimmy Carter et ses collègues du groupe des Anciens se trouvaient à Pyongyang. Ces derniers ont été reçus avec tous les égards dus à leur rang : leur réception par le président Kim Yong-nam, qui exerce les fonctions de chef de l'Etat en tant que président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême, a d'ailleurs été à la une des informations nord-coréennes  de KCNA le 27 avril 2011. Les interlocuteurs à Séoul du groupe des Anciens ont été d'un niveau nettement inférieur à ceux des responsables qu'ils ont rencontrés à Pyongyang.

 

S'estimant en position de force, le gouvernement Lee Myung-bak n'envisage qu'un dialogue direct avec Pyongyang

 

Kim Sung-hwan, ministre sud-coréen des Affaires étrangères, a abondé dans le sens du responsable anonyme sud-coréen cité par Yonhap, en précisant qu'il existe de multiples canaux pour un dialogue Nord-Sud. De fait, le gouvernement Lee Myung-bak privilégie d'autant plus un éventuel dialogue direct avec Pyongyang qu'il s'estime en position de force.

 

Tout d'abord, les critiques mezza voce des Etats-Unis ne sont pas aujourd'hui de nature à impressionner le pouvoir sud-coréen, qui a obtenu de Washington la multiplication depuis un an de la conduite d'exercices militaires conjoints : le multilatéralisme affiché de la diplomatie américaine de Barack Obama s'est traduit, en Corée, par un alignement de Washington sur les positions maximalistes de l'actuel pouvoir sud-coréen, qui dispose de puissants relais dans les cercles néo-conservateurs américains bien représentés au Congrès. L'actuel gouvernement américain ne semble pas avoir pris toute la mesure de l'opiniâtreté des Coréens, aujourd'hui manifestée par Séoul dans ses rapports avec Washington, et dont rendait ainsi compte un ancien ambassadeur français en Corée du Sud : "à la différence d'autres comportements asiatiques, marqués par l'allusion et la circonvolution, le Coréen va droit au but, revendique et exige, avec une énergie redoublée s'il a affaire à des étrangers. Il est persuadé qu'une chose demandée avec assez de force ne peut que lui être accordée et il arrive souvent que son calcul soit juste (...). Nunch'i ou "mesure de l'oeil", le mot désigne à la fois cette évaluation ["savoir jusqu'où on peut aller"] et l'attitude et les ressorts de l'autre (...) Il n'empêche que le nunch'i soit toujours en faveur en Corée comme méthode d'approche d'un supérieur" (Frédéric Max, La Corée du Sud, L'Harmattan, 1984, p. 145).

 

Ensuite, les autorités sud-coréennes ont aussi réussi à rallier à leur point de vue la majorité de l'opinion internationale suite à deux dramatiques incidents. Le naufrage du Cheonan est aujourd'hui cité par la plupart des médias occidentaux comme une provocation nord-coréenne, alors qu'un examen attentif des faits montre qu'il s'agit de toute évidence d'un accident étranger à la Corée du Nord et auquel elle n'avait par ailleurs aucun intérêt. Puis, lors des graves affrontements intercoréens de Yeonpyeong en novembre dernier, la réplique nord-coréenne ayant causé des morts du côté du Sud a été justifiée par Pyongyang comme faisant suite à un tir dans ses eaux territoriales, ce qu'a nié Séoul sans fournir à l'appui des preuves incontestables - comme des images satellitaires. Enfin, la réaction sud-coréenne a probablement entraîné des morts du côté du Nord, mais ce sujet a aussi été évacué dans les médias sud-coréens et internationaux, confortant l'image de victime de la Corée du Sud. Les autorités sud-coréennes s'estiment ainsi aujourd'hui dans leur droit pour exiger des excuses de Pyongyang suite au naufrage du Cheonan et à l'incident de Yeonpyeong, préalablement à l'engagement de tout dialogue intercoréen. Une telle condition peut reporter indéfiniment la reprise des discussions Nord-Sud.

 

Enfin, les médias sud-coréens, proches du pouvoir pour 90 % d'entre eux, diffusent à l'envi la thèse d'une fragilisation du pouvoir nord-coréen entré dans une phase de transition, malgré l'absence de preuves fiables sur une quelconque instabilité politique à Pyongyang.  La presse conservatrice, représentée par les quatre quotidiens les plus vendus, tous proches de la majorité (Chosun Ilbo, Joongang Ilbo, Dong-A Ilbo et Hanguk Ilbo), plaide enfin, sous diverses raisons, pour une non-reprise de l'aide alimentaire aux Nord-Coréens, en espérant ainsi affaiblir le gouvernement nord-coréen, tout en tentant de contester - toujours sans preuves - le constat alarmiste partagé par les ONG présentes en Corée du Nord et les agences des Nations Unies sur la situation alimentaire au Nord de la péninsule.

 

Du besoin pour Séoul de discréditer tout médiateur dans d'éventuelles discussions intercoréennes

 

Conformément à cette ligne stratégique, l'actuel  pouvoir sud-coréen souhaite discréditer tout médiateur possible dans les relations Nord-Sud, y compris d'anciens présidents américains, ne souhaitant pas devoir s'engager dans d'éventuelles discussions qui pourraient le conduire à des concessions.

 

De ce point de vue, la photo (ci-dessus) diffusée par l'agence Yonhap est lourde de sens : alors que Jimmy Carter et les autres dirigeants du groupe des Anciens sont venus discuter à Séoul, on voit l'ancien président américain à la seule écoute du ministre sud-coréen des Affaires étrangères, dans une position qui accentue la différence d'âge entre les deux hommes : légèrement voûté, la bouche mi-ouverte, Jimmy Carter a les yeux dans le vide. La même dépêche de Yonhap fait par ailleurs quasiment l'impasse sur les autres anciens chefs d'Etat et de gouvernement présents, dont elle ne cite même pas les noms : il est en effet plus aisé d'accréditer la thèse de la manipulation par Pyongyang d'un homme présenté comme âgé que de quatre anciens chefs d'Etat et de gouvernement, dont deux anciens prix Nobel de la paix, tous chevronnés, et ayant aussi exercé d'autres responsabilités éminentes sur la scène internationale et qui n'ont guère été des thuriféraires de la RPD de Corée : alors directrice générale de l'OMS, Gro Harlem Brundtland avait vivement critiqué la situation sanitaire en Corée du Nord, lors d'une visite dans le pays en 2001... Son appel aujourd'hui à aider les populations nord-coréennes n'en a que plus de poids. Il a été passé sous silence dans les médias sud-coréens.

 

Face à cette lourde offensive médiatique, l'AAFC réaffirme partager pleinement les efforts et les démarches du groupe des Anciens pour qu'advienne une ère de paix et de prospérité dans la péninsule coréenne.

 

Source principale : Yonhap (dont photo). 

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 23:03

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) accuse la Corée du Sud d'avoir enlevé quatre de ses ressortissants. Ceux-ci faisaient partie d'un groupe de 31 personnes dont l'embarcation a accidentellement franchi le 5 février 2011 la limite séparant les deux Corée en mer de l'Ouest (mer Jaune). Le 28 mars, 27 personnes ont finalement pu retourner en RPDC alors que, selon les autorités de Séoul, les quatre autres ont choisi de rester au Sud. Cette version est contestée par les Coréens rapatriés au Nord, dont dix ont tenu une conférence de presse le 21 avril à Pyongyang. Selon eux, le groupe a été « enlevé, maltraité et forcé à rester en Corée du Sud » dans ce qui apparaît comme un nouvel épisode de la guerre psychologique relancée contre le Nord par le président conservateur sud-coréen Lee Myung-bak suite à la publication des résultats, contestés, d'une enquête accusant Pyongyang d'avoir torpillé une corvette sud-coréenne, le Cheonan, le 26 mars 2010.


ConfPress_21042011-1.jpg

Le 21 avril 2011, dix citoyens de la RPDC ont tenu une conférence de presse, à laquelle participaient notamment des journalistes de Chine, de Russie et des Etats-Unis, déclarant que le groupe de 31 personnes dont ils faisaient partie a été enlevé et retenu pendant plus de cinquante jours par les autorités sud-coréennes.

 

Ok Song-hyok, un travailleur du secteur de la construction de la ville de Haeju, sur la côte ouest de la péninsule coréenne, a expliqué que le groupe a été enlevé par les autorités sud-coréennes le 5 février après avoir quitté le village de Tongpo-ri, dans le comté de Kangryong de la province du Hwanghae du Sud, pour pêcher. Pendant plus de cinquante jours, ces citoyens nord-coréens ont alors subi des pressions de toutes sortes pour faire défection en Corée du Sud.

 

Ri Un-gu, fermier dans une ferme coopérative de Haeju, a déclaré qu'après 2h30 de navigation, des vedettes rapides de la marine sud-coréenne ont intercepté leur embarcation.

 

Or, en 2h30, le navire n'aurait pas eu le temps d'atteindre la « ligne de limite nord » (NLL), séparant les deux Corée en mer de l'Ouest, et encore moins l'île de Yeonpyeong, même en étant emporté par le courant de marée.

 

Selon le fermier de Haeju, cela prouve clairement que leur navire n'a pas pénétré dans les eaux du Sud et que la marine sud-coréenne a enlevé le groupe de pêcheurs en profitant de l'épais brouillard régnant à ce moment là.

 

Réfutant l'assertion des autorités sud-coréennes selon laquelle le navire nord-coréen était échoué sur la plage quand il a été découvert, M. Ri a affirmé que son moteur fonctionnait normalement et qu'il évoluait dans des eaux d'au moins 20 mètres de profondeur.


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Pak Mun-sik, travailleur d'une coopérative de pêcheurs de Haeju, a témoigné du fait que la marine sud-coréenne a usé de brutalités contre le groupe sans défense.

 

Pyon Kyong-il, un lycéen de Haeju, a dit s'être trouvé à bord du navire en compagnie de sa mère pour admirer les paysages à l'occasion du Nouvel An lunaire. Les soldats sud-coréens l'ont matraqué alors qu'il se tenait debout sur le pont.

 

Choe Chun-yong, une habitante de Haeju, a révélé que les membres du groupe étaient détenus dans trois pièces de baraquements de l'armée sud-coréenne, dont les fenêtres étaient occultées pour les empêcher de regarder dehors. De cinq à sept soldats étaient chargés de les surveiller et ne les autorisaient ni à se rencontrer ni à se parler. D'après Cho Chun-yong, les soldats sud-coréens n'hésitaient pas à entrer dans la pièce réservée aux femmes et à les menacer de sévices sexuels en leur criant « Nous vous jetterons toutes nues à la mer si vous ne nous obéissez pas ».

 

Hyong Sun-bok, habitante de Haeju, a évoqué une opération menée par les autorités sud-coréennes pour forcer les citoyens du Nord à faire défection au Sud dès le premier jour de leur enlèvement.

 

Ri Hyang-hwa, habitante de Haeju, a parlé d'une « opération méprisable pour la forcer à faire défection au Sud avec son mari », ajoutant que les autorités sud-coréennes ont interrogé séparément la mère et son fils pour tenter de semer la discorde entre parents dans le but de les obliger à faire défection au Sud à n'importe quel prix.

 

Pour Ok Song-hyok, les quatre citoyens du Nord restés au Sud n'ont pas fait défection mais sont détenus contre leur gré par les autorités sud-coréennes qui les utilisent dans le cadre d'une campagne de diffamation contre la RPDC. Devant les représentants de la presse internationale réunis le 21 avril, Ok Song-hyok a donc demandé le retour sans délais de ces quatre personnes en RPDC.

 

ConfPress_21042011-3.jpgLe gouvernement sud-coréen a réfuté entièrement ces affirmations qu’il juge « sans fondement », préférant ne pas y répondre.

 

Pourtant, les premiers rapports parus dans la presse après l'interrogatoire par les autorités sud-coréennes des 31 Coréens du Nord ayant « dérivé » dans les eaux du Sud, faisaient état de leur volonté unanime de rentrer chez eux. Ainsi, le 8 février, le quotidien sud-coréen conservateur Dong-A Ilbo rapportait que « la vérification finale [du groupe d'enquête sud-coréen] suggère que les 31 cherchent tous à rentrer chez eux ». Que s'est-il passé après le 8 février dans les casernes de l'armée sud-coréenne pour que quatre citoyens de RPDC « choisissent » finalement de rester en Corée du Sud ?

 

Le 22 avril, le gouvernement sud-coréen a rejeté la dernière proposition de la RPDC de tenir des pourparlers entre les Croix-Rouges des deux Corée en vue de discuter du sort de ces quatre citoyens nord-coréens.

 

Le 30 mars, deux jours après le rapatriement des 27 citoyens nord-coréens, la Croix-Rouge de RPDC avait déjà proposé la tenue d’une rencontre de travail visant à vérifier que les quatre personnes restées au Sud avaient bel et bien voulu faire défection. Proposition refusée par le ministère sud-coréen de la Réunification au motif plutôt étrange de « respecter le souhait de ces Nord-Coréens ».

 

 

Sources :

- "Inhabitants of DPRK Interviewed after Their Repatriation from South", KCNA, 21 avril 2011

- "Early Inter-Korean Red Cross Contact Once Again Urged", KCNA, 22 avril 2011

- "31 sea border-crossing N. Koreans to be repatriated", Dong-A Ilbo, 8 février 2011

- « Séoul rejette la proposition de Pyongyang de discuter du sort de ses quatre ressortissants », KBS, 22 avril 2011

- « Les nord-Coréens rapatriés accusent Séoul d’avoir tenté de les kidnapper », KBS, 22 avril 2011

- « Pyongyang veut rencontrer les quatre défecteurs nord-Coréens », KBS, 31 mars 2011

 

 


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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 21:38

La coopération technique peut-elle ouvrir la voie à une reprise du dialogue intercoréen ? En tout cas, une des conséquences du séisme et du tsunami au Japon - suite auquel les deux gouvernements coréens ont décidé d'aider les populations de l'archipel nippon - a été d'engager des négociations Nord-Sud dans le domaine de la recherche volcanique, alors que la dernière éruption du Mont Paektu, point culminant de la péninsule situé à la frontière sino-coréenne, date de 1903.

 

lac_chon.jpgLe 6 avril 2011, le gouvernement sud-coréen a proposé la tenue d'une nouvelle session de discussions avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sur la recherche volcanique, en proposant une réunion le 12 avril dans la ville nord-coréenne de Kaesong. Les négociations ont été engagées le mois dernier, sur la proposition de Pyongyang. Une première rencontre a eu lieu le 29 mars dans la ville sud-coréenne de Munsan, où une délégation nord-coréenne de 13 membres conduite par Yoon Yong-geun a rencontré 4 géologistes sud-coréens.

 

Les deux parties ont alors convenu de la nécessité d'une étude conjointe des activités volcaniques du Mont Paektu, point culminant de la péninsule coréenne (2.744 m), situé à la frontière avec la Chine. Le Mont Paektu est l'une des trois montagnes sacrées de la Corée, où aurait été fondé le royaume de Ko-Choseon en 2.333 avant J.-C. avant d'avoir été, selon les historiens nord-coréens, le théâtre de combats de la guérilla antijaponaise conduite par Kim Il-sung. Bien que le Mont Paektu soit inactif depuis sa dernière éruption en 1903, certains experts estiment qu'il pourrait toujours avoir un noyau actif, et qu'une éruption aurait des effets plus importants que celle survenue en 2010 en Islande.

 

Parmi les autres montagnes volcaniques en Corée, le mont Halla (1.950 mètres), sur l'île sud-coréenne de Jeju, a connu ses dernières éruptions en 1002 et 1007. Toujours au Sud, le volcan de l'île Ulleung est inactif depuis sa dernière éruption en 7.350 avant J.-C.

 

Ces échanges interviennent alors que le séisme et le tsunami au Japon ont relancé les discussions sur les risques liés à l'activité volcanique. La coopération technique, sur des questions présentant un intérêt commun pour l'ensemble de la péninsule coréenne, apparaît ainsi comme l'un des principaux champs du dialogue intercoréen.

 

Sources : KCNA, wikipedia, Xinhua.

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 00:05

Le 17 mars 2011, le gouvernement sud-coréen a rejeté l'offre nord-coréenne de reprise des pourparlers à six (entre les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule. La proposition de Pyongyang faisait suite à des discussions bilatérales entre la Chine, hôte des pourparlers à six, et la Russie, puis entre la Russie et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). En posant de multiples conditions à une reprise des discussions multilatérales, le gouvernement de Lee Myung-bak apparaît comme le principal obstacle à l'ouverture d'un dialogue qui permettrait pourtant de créer les conditions d'un régime de sécurité collective en Asie du Nord-Est, et ainsi d'apaiser les tensions sur le dernier front de la guerre froide.

 

En déclarant ne mettre aucune condition préalable à la reprise des pourparlers à six, tout en se déclarant disposer à inclure son programme d'enrichissement à base d'uranium dans le champ des discussions, le gouvernement nord-coréen avait fait des concessions pour la réouverture du dialogue sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

 

Mais pas plus que les offres de Pyongyang pour la reprise du dialogue intercoréen, ces gestes d'ouverture de la RPDC n'ont pu assouplir l'intransigeance de Séoul. Kim Sung-hwan, ministre sud-coréen des Affaires étrangères, a déclaré que la bonne volonté nord-coréenne devait se manifester "en actions", et pas "en paroles" : les ultra-conservateurs au pouvoir à Séoul ne conçoivent ainsi de discussion avec Pyongyang que sur les conditions d'un renconcement de la RPDC à ses garanties sa sécurité. Une telle position est inacceptable, car ne posant pas les conditions d'un dialogue égal entre les différentes parties.

 

alexei-borodavkin.jpgLe chef de la diplomatie sud-coréenne a affirmé devant la presse que l'offre de Pyongyang est "insuffisante et ne correspond pas à la position des autres parties qu'il faut créer les justes conditions d'un dialogue". Mais cette affirmation péremptoire ignore les positions d'au moins deux des autres Etats parties aux pourparlers à six, puisque l'offre de dialogue de la RPDC est précisément le résultat des discussions russo-chinoises, puis des échanges entre les officiels nord-coréens et le représentant russe en visite à Pyongyang, le vice-ministre des Affaires étrangères Alexei Borodavkin.

 

L'AAFC dénonce le gouvernement sud-coréen comme le principal responsable de l'échec du dialogue en Asie du Nord-Est. Afin de mettre fin aux trop nombreux affrontements intercoréens qui ont endeuillé la péninsule, l'AAFC appelle chacune et chacun à signer et faire signer la pétition pour un traité de paix en Corée afin de terminer une guerre qui n'a jamais pris fin.

 

Sources :

AAFC

"S. Korea rejects North N-talks offer", AFP, 18 mars 2011

 

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 23:16

Dans son édition du 5 février 2011, le Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, a appelé au dialogue entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et la République de Corée (du Sud) pour améliorer les relations intercoréennes et résoudre la crise dans la péninsule coréenne. Ce nouvel appel nord-coréen à la résolution des différends Nord-Sud par la voie du dialogue intervient à la veille de la reprise des pourparlers militaires intercoréens de haut niveau, le 8 février.

Le 5 février 2011, le Rodong Sinmun a déclaré que, pour mettre fin à la situation de confrontation politique et militaire dans la péninsule coréenne, il est urgent d'améliorer les relations Nord-Sud.

 

Le respect et la confiance mutuels permettront de mettre fin aux incompréhensions et de s'engager sur la voie de la coopération et de la réconciliation, toujours selon le quotidien du Parti du travail de Corée. Ce dernier rappelle par ailleurs que le gouvernement, les partis politiques et les institutions sociales de la RPD de Corée ont fait une déclaration commune le 5 janvier 2011 ayant proposé un dialogue sans conditions préalables avec le Sud, afin de discuter ouvertement des moyens d'éliminer l'incompréhension et la méfiance, ainsi que de réaliser la paix et la prospérité.

 

Le Rodong Sinmun a également rappelé que, au cours du mois passé, les ministères concernés de RPDC ont proposé plusieurs voies de dialogue avec la Corée du Sud, notamment pour la reprise du tourisme intercoréen dans les monts Kumgang, le dialogue militaire et des discussions concernant la zone industrielle de Kaesong.

 

Des échanges interparlementaires ont également été proposés par la Corée du Nord.

 

Si le gouvernement sud-coréen a décliné la plupart de ces offres de dialogue comme manquant, selon lui, de "sincérité", il a accepté le principe de discussions militaires de haut niveau, qui doivent avoir lieu le 8 février.

 

Sources : AAFC, Xinhua

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 21:42

Le 20 janvier 2011, la République de Corée (du Sud) a accepté la proposition de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) d'ouvrir des discussions militaires de haut niveau, après avoir rejeté des propositions analogues de Pyongyang au second semestre de l'année 2010. Plus tôt en début d'année 2011, les deux Corée avaient réouvert une ligne téléphonique d'urgence. Ces signes d'apaisement sont de nature à prévenir la survenue d'autres incidents tragiques comme ceux de l'île Yeonpyeong, le 23 novembre 2010.

 

070226_k01_u.jpgSelon la radiotélévision publique sud-coréenne KBS, le 20 janvier 2011 "Séoul a décidé d’accepter la proposition de Pyongyang d’organiser une réunion militaire de haut rang. [La RPDC] avait envoyé, ce matin, un message téléphonique".

 

Le gouvernement sud-coréen a indiqué qu'il formulerait des propositions à son homologue nord-coréen pour la tenue de réunions de travail préparatoires, tout en réaffirmant son objectif d'une dénucléarisation de la péninsule coréenne.

 

La réouverture d'un dialogue militaire intercoréen de haut niveau, sur l'initiative de Pyongyang, est de nature à éviter des affrontements tragiques comme ceux de l'île Yeonpyeong, le 23 novembre 2010.

 

Deux semaines plus tôt, Séoul a refusé une autre proposition de la RPDC de reprendre le dialogue intercoréen entre l'ensemble des organisations sociales et politiques du Nord et du Sud.

 

Sources : AAFC et KBS (dont photo).

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 15:59

DeuxCor-e.jpgLe 5 janvier 2011, le gouvernement, les partis politiques et les organisations sociales de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ont publié une déclaration conjointe appelant à l'ouverture, sans condition, d'un dialogue avec les autorités, partis et organisations de Corée du Sud afin de surmonter les malentendus et la méfiance entre les deux parties et d'assurer la paix et la prospérité dans la péninsule coréenne. Les graves crises qui ont secoué la péninsule en 2010 – année du soixantième anniversaire du déclenchement de la Guerre de Corée – montrent la nécessité d'un tel dialogue et l'échec des sanctions et pressions de toutes sortes, voire le caractère éminemment dangereux de ces dernières. L'Association d'amitié franco-coréenne apporte donc son soutien à cette déclaration et espère que les autorités sud-coréennes finiront par y répondre favorablement, dans l'intérêt de la paix en Corée, en Asie et dans le monde. Voici le texte intégral de la déclaration du 5 janvier dans la version française figurant sur le site Internet de la RPD de Corée Naenara.

 

 

Déclaration conjointe

du gouvernement, des partis politiques

et des organisations sociales de la RPD de Corée

 

Face à la grave situation prévalant aujourd'hui dans la péninsule coréenne, entre le Nord et le Sud, le gouvernement, les partis politiques et les organisations sociales de la RPD de Corée ont tenu une réunion conjointe et discuté des problèmes majeurs concernant les moyens de remédier à cette situation et d'ouvrir une nouvelle phase pour la paix et la réunification du pays. Et ils déclarent:

 

Une nouvelle année a annoncé son arrivée sur le sol de ce pays qui se tord de douleur de la division nationale.

 

L'an 2011 ouvre la seconde décennie du 21ème siècle.

 

Au tournant du siècle, quelle joie et quelle extase notre nation n'a-t-elle pas éprouvées, le regard tourné vers l'horizon lumineux du nouveau siècle pour la réunification du pays.

 

Mais, cette joie et cette extase se sont évanouies en fumée et les rapports Nord-Sud sont dégringolés aujourd'hui dans un état si catastrophique que l'on a dû assister à des canonnades fiévreuses de part et d'autre.

 

Quel crève-cœur pour notre nation de vivre divisée de siècle en siècle, sans pouvoir refaire son unité. Et quelle tragédie plus douloureuse et quelle honte plus accablante encore pour elle de se battre une partie contre l'autre sous les yeux de la communauté internationale.

 

Notre nation vit depuis les temps immémoriaux sur le même territoire, ayant dans la veine le même sang, et quelle raison a-t-elle de se méfier, de s'affronter et de se battre en «ennemis», divisée en deux.

 

Ce sont les forces extérieures qui ont scindé notre nation. Ce sont leurs manœuvres de provocation de la guerre qui sont à l'origine de l'actuel état de confrontation exacerbée entre le Nord et le Sud.

 

Les différences d'idéologie et de régime ne peuvent donner naissance à la méfiance et à l'hostilité. Les réalités l'ont démontré de façon éloquente.

 

L'actuelle situation critique est due entièrement à la politique servilement pro-américaine et dirigée contre les compatriotes des autorités conservatrices de Corée du Sud.

 

En réglant perfidement leur allure sur la politique hostile et les manœuvres de guerre des Etats-Unis contre notre République, elles ont réduit à néant en 3 ans de leur gouvernement toutes les réalisations enregistrées en matière de rapports Nord-Sud depuis la publication de la Déclaration commune du 15 Juin et aggravé la situation au point de la mettre au bord de la guerre.

 

La guerre n'est ni le jeu ni la joute oratoire.

 

Si une guerre éclate de nouveau sur ce sol, le fléau sera incommensurable.

 

Quelle raison aurait-elle, notre nation, une des plus fortement attachées à la justice, des plus intelligentes et des plus sages du monde, de se détester, de se quereller et de se battre, divisée en deux.

 

Le temps est trop précieux pour qu'on le dilapide dans un cercle vicieux de dénigrement, de controverse et de confrontation entre le Nord et le Sud.

 

Il ne faut plus tolérer que les richesses de notre nation s'écoulent dans cette sorte de guerre d'usure absurde.

 

Si les deux parties de notre nation s'exècrent et s'affrontent l'une l'autre, c'est notre nation qui en pâtit alors que les forces extérieures en bénéficient en pêchant en eau trouble.

 

Si notre nation unit sa volonté et sa force et qu'elle œuvre la main dans la main, elle pourra se faire prévaloir comme une des nations les plus dignes, les plus puissantes et les plus prospères du monde.

 

Le Nord et le Sud sont appelés à faire de cette seconde décennie du 21ème siècle une décennie d'espérance pour la fin de la tragédie de la division nationale, pour la réunification et la prospérité du pays.

 

Compte tenu des impératifs de l'actuelle situation, partant de la mission et des responsabilités qu'ils assument devant l'époque et la nation, de même que de leur détermination patriotique d'écrire une nouvelle histoire pour la réunification indépendante du pays, la paix et la prospérité et selon la volonté de toute la nation d'y parvenir, le gouvernement, les partis politiques et les organisations sociales de la République Populaire Démocratique de Corée font solennellement aux autorités, aux partis politiques et aux organisations sociales de Corée du Sud une proposition importante que voici:

 

1. Nous vous proposons courtoisement de procéder sur une large échelle au dialogue et aux négociations avec notre partie.

 

Par la voie de la confrontation, on ne peut jamais résoudre le problème des rapports Nord-Sud, ne pouvant provoquer que le conflit armé et la guerre. C'est le bilan des trois dernières années.

 

Seuls le dialogue et les négociations peuvent remédier à l'actuelle situation critique.

 

En vue d'améliorer les rapports Nord-Sud mis dans une pire crise, nous désirons procéder au dialogue et aux négociations avec tous les partis politiques et toutes les organisations sociales de Corée du Sud, qu'ils soient gouvernementaux ou non-gouvernementaux, au pouvoir ou de l'opposition, progressistes ou conservateurs, y compris les autorités sud-coréennes.

 

Surtout, nous souhaitons une ouverture prompte et sans condition des pourparlers entre les autorités pourvues de la réalité du pouvoir et des responsabilités.

 

Le Nord et le Sud ont la bonne expérience d'avoir réglé à l'amiable, de façon intelligente, les problèmes posés devant eux par le dialogue et les négociations et ils ont les principes et les déclarations déjà adoptés.

 

Si le Nord et le Sud s'assoient à une table ronde, ils pourront dissiper le malentendu et la méfiance et étudier ensemble et à cœur ouvert les moyens à employer pour réaliser la paix et la prospérité.

 

2. Nous sommes prêts à rencontrer en tout temps et lieu, sans égard à leur passé, toutes les personnes qui veulent œuvrer la main dans la main avec nous.

 

Face à la grave situation d'aujourd'hui, tout Coréen qui vit sur ce sol ne peut ni ne doit rester indifférent. Si l'on laisse aller cette situation, on ne pourra éviter de grands désastres.

 

Si une guerre éclate sur ce sol, personne ne pourra rester sain et sauf, pas plus que le parti au pouvoir ni les conservateurs.

 

La réconciliation, la collaboration, la paix et la réunification sont la cause pan-nationale concernant toutes les couches sociales du Nord et du Sud. C'est notre nation qui doit en être artisan et c'est elle qui en bénéficiera.

 

Pour cette grande cause de la nation, le présent a plus de poids que le passé et le demain, plus que le présent.

 

Nous nous déclarons prêts à nous entretenir en tout temps et lieu, en faveur de la grande union nationale, avec tous ceux qui se soucient de la situation actuelle et du sort de la nation, par-dessus les différences d'appartenance, d'opinion et de croyance et sans égard à leurs antécédents.

 

Quand tous les Coréens unissent leur volonté, leur intelligence et leur force, le danger de guerre sera écarté et le jour de la paix, de la réunification et de la prospérité poindra.

 

3. Nous discuterons et règlerons par le dialogue, les négociations et le contact tous les problèmes concernant les affaires importantes de la nation y compris la détente, la paix, la réconciliation, l'union et la collaboration.

 

A l'heure actuelle, de nombreux problèmes concernant le sort, les intérêts, le développement commun et la coprospérité de la nation restent en suspens entre le Nord et le Sud et attendent la solution.

 

Le Nord et le Sud doivent donc procéder loyalement à la discussion de tous ces problèmes concernant les affaires importantes de la nation en transcendant les intérêts et la stratégie de leurs partis et leurs opinions et idéaux et faire tout leur possible pour trouver des points de consentement et d'accord.

 

4. Dans l'immédiat, pour créer un climat favorable à l'amélioration des rapports Nord-Sud, nous proposons de cesser tout acte de dénigrement et de diffamation réciproque et tout acte de nature à irriter l'un contre l'autre.

 

Ce genre d'acte est une étincelle pouvant aggraver les rapports Nord-Sud, une mèche susceptible de provoquer des conflits armés.

 

En pleins tourbillons de diffamation et de calomnie et dans un remous d'actes d'excitation l'un contre l'autre, on ne peut tenir comme il faut le dialogue et les négociations et, même si l'on s'assoit à une table ronde, on ne peut en espérer le succès.

 

Le Nord et le Sud ont déjà convenu par leurs déclarations communes, y compris celle du 4 Juillet, d'interrompre tout acte de ce genre. Aussi appelons-nous les deux parties de la Corée à cesser dès maintenant tout acte de dénigrement et de provocation qui peut raviver le malentendu et la méfiance réciproques et insuffler le sentiment de confrontation et d'hostilité entre elles.

 

Invariable est notre position d'améliorer les rapports Nord-Sud, de réaliser la réconciliation et l'union inter-coréennes et d'ouvrir une phase décisive pour la paix et la réunification de la péninsule coréenne à travers le dialogue et les négociations.

 

Nous sommes sûrs de voir s'ouvrir une telle phase en cette première année de la seconde décennie du 21ème siècle.

 

Le gouvernement, les partis politiques et les organisations sociales de la RPD de Corée espèrent que les autorités, les partis politiques et les organisations sociales de Corée du Sud répondront positivement à notre proposition et à notre appel sincère visant à remédier à l'actuelle situation critique prévalant dans la péninsule coréenne, entre le Nord et le Sud, et que tous les Coréens du Nord, du Sud et de la diaspora y apporteront leur soutien et leur encouragement agissants, de même que les gouvernements, les partis politiques et les organisations sociales de tous les pays du monde, toutes les institutions internationales et tous les peuples progressistes, épris de justice, de vérité et de paix.

 

Source : Nouvelles de Pyongyang

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 00:48

 

Alors que le bilan humain du bombardement de l'île de Yeonpyeong par l'artillerie nord-coréenne, le 23 novembre 2010, en réponse à des tirs sud-coréens, s'est encore alourdi (quatre morts du côté sud-coréen, dont deux civils), les Etats-Unis ont annoncé l'envoi en mer de l'Ouest (mer Jaune) de plusieurs bâtiments de guerre dont un porte-avions à propulsion nucléaire, afin de « dissuader » la Corée du Nord. Loin de contribuer à la résolution du conflit dans cette zone disputée par les deux Corée depuis 1953, un tel déploiement de force militaire ne fait qu'attiser les tensions qui ont abouti aux violents accrochages du 23 novembre.

 

USS George WashingtonDu 28 novembre au 1er décembre 2010, le porte-avions américain USS George Washington et son groupe aéronaval composé des croiseurs lance-missiles USS Cowpens, USS Shiloh, USS Stethem et USS Fitzgerald participeront à des manoeuvres avec la marine sud-coréenne à l'ouest de la péninsule coréenne, a annoncé le Commandement des forces combinées américano-sud-coréennes (CFC). Ce nouvel exercice militaire est présenté comme purement défensif par le CFC qui déclare démontrer ainsi « la force de l'alliance entre les Etats-Unis et la République de Corée [du Sud] et notre engagement pour la stabilité régionale par la dissuasion ».

 

Le 23 novembre, les tirs nord-coréens contre l'île de Yeonpyeong avaient été provoqués par des exercices militaires sud-coréens menés à quelques kilomètres seulement de la ligne de limite nord (Northern Limit Line, NLL) tracée unilatéralement par les Etats-Unis en 1953 en mer de l'Ouest et refusée depuis par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Les manoeuvres navales américano-sud-coréennes prévues du 28 novembre au 1er décembre se dérouleront aussi en mer de l'Ouest mais dans les eaux internationales. L'Armée populaire de Corée (du Nord) craint néanmoins que ces manoeuvres dissimulent une réelle attaque. « L'Armée populaire de Corée procédera sans hésiter à une deuxième et à une troisième puissante attaque de représailles physiques » en cas de nouvelles « provocations militaires », a indiqué la mission de Panmunjom de l'Armée populaire de Corée dans un avertissement envoyé aux troupes américaines en Corée du Sud.

 

La République populaire de Chine est, elle aussi, résolument opposée à des manoeuvres américano-sud-coréennes au large de ses côtes. Après le bombardement de Yeonpyeong, le gouvernement chinois, tout  en déplorant les pertes humaines et matérielles, a déclaré que les parties concernées doivent trouver des solutions pacifiques négociées à leurs litiges et œuvrer ensemble à la préservation de la paix et de la stabilité de la péninsule coréenne. Le gouvernement chinois s'oppose à tout acte qui porte atteinte à cette paix et à cette stabilité, à l'instar de manoeuvres aéronavales américano-sud-coréennes en mer Jaune.

 

Lors d'un précédent exercice américano-sud-coréen, en juillet 2010, le gouvernement chinois avait déjà été très clair à ce sujet : « Nous nous opposons fermement à toute activité menée par les navires et les avions militaires étrangers en mer Jaune et dans les autres zones au large des côtes chinoises, qui affecte nos intérêts sécuritaires. Nous espérons que les différentes parties concernées pourront, dans le contexte actuel, faire preuve de sang-froid et de retenue pour éviter une escalade de la tension dans la région. »

 

A l'époque, la Corée du Nord venait d'être accusée d'avoir coulé une corvette sud-coréenne, le Cheonan, le 23 mars 2010 au large de l'île de Baengnyeong, toujours à proximité de la NLL contestée. Les conclusions de l'enquête américaine et sud-coréenne imputant le naufrage du Cheonan à la RPDC ont depuis été contestées, notamment par un membre de l'équipe d'enquête, par des scientifiques indépendants et par les experts de la Marine russe.

 

La Corée du Sud et les Etats-Unis mènent régulièrement des exercices militaires en commun, perçus par la RPDC comme autant de répétitions d'une attaque contre elle. Ces exercices ont été nombreux en 2010, surtout après le naufrage du Cheonan, mobilisant des moyens aéronavals importants, particulièrement du côté américain :

 

Du 8 au 18 mars 2010, les exercices annuels Key Resolve et Foal Eagle ont mobilisé 10 000 soldats des forces américaines stationnées en Corée du Sud et 8 000 soldats américains venus de l'étranger. Il est à noter qu'une partie de ces exercices s'est prolongée jusqu'au 30 avril, alimentant la thèse du « tir ami » pour expliquer le naufrage du Cheonan.

 

Du 25 au 28 juillet 2010, suite au naufrage du Cheonan, les marines américaine et sud-coréenne ont mené les manoeuvres « Invincible Spirit » avec, notamment, la participation d'un porte-avions, d'un sous-marin à propulsion nucléaire, de nombreux avions dont des chasseurs furtifs. Initialement prévu en mer de l'Ouest, cet exercice s'est finalement déroulé en mer de l'Est (mer du Japon), suite aux protestations du gouvernement chinois. Selon le Commandement des forces combinées, cet exercice de lutte anti-sous-marine était destiné à « envoyer à la Corée du Nord un message clair que son comportement agressif doit cesser ».

 

Du 16 au 26 août 2010, l'exercice annuel Ulji Freedom Guardian a mobilisé 30.000 soldats américains et 56.000 soldats sud-coréens.

 

Du 27 septembre au 1er octobre 2010, après un report, le deuxième exercice de lutte anti-sous-marine de la série entamée en juillet avec « Invincible Spririt » a eu lieu, cette fois en mer de l'Ouest.

 

Ces déploiements de force à répétition, prenant à chaque fois la RPDC pour cible, n'ont fait qu'accroître la tension autour de la péninsule coréenne, notamment en mer de l'Ouest, jusqu'aux affrontements du 23 novembre. Ils tuent l'espoir de voir se créer une zone de paix en mer de l'Ouest, création pourtant prévue dans la Déclaration pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité signée le 4 octobre 2007 par les dirigeants du Nord et du Sud de la Corée :

 

« Le Nord et le Sud ont décidé d'établir une 'zone spéciale de paix et de collaboration de la mer de l'Ouest' englobant Haeju et ses environs maritimes et de promouvoir activement l'établissement d'un secteur de pêche commun et d'un secteur maritime de paix, la construction d'une zone économique spéciale, l'utilisation du port de Haeju, le passage direct des navires civils à ce port et l'utilisation commune de l'embouchure du fleuve Rimjin. »

 

ZonedePaix_MOuest.jpgProjets inter-coréens pour la zone spéciale de paix et de collaboration de la mer de l'Ouest prévue dans la Déclaration du 4 octobre 2007  : (1) zone de pêche commune, (2) port de Haeju, (3) zone industrielle de Haeju, (4) zone maritime de l'embouchure du fleuve Rimjin, (5) route maritime directe vers Haeju (source : Korea Report)

 

A partir de 2008, le président sud-coréen le conservateur Lee Myung-bak, reniant la parole de la République de Corée, a méthodiquement liquidé la « Sunshine Policy », la politique dite du rayon de soleil menée par ses prédécesseurs Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, symbolisée par l'historique Déclaration du 15 juin 2000. Au nom d'une prétendue réciprocité dans les rapports Nord-Sud, Lee Myung-bak a exigé que la Corée du Nord renonce préalablement à son programme nucléaire militaire. Pourtant, le programme nucléaire nord-coréen ne concerne pas les relations inter-coréennes mais bien les relations entre la RPDC et les Etats-Unis en l'absence de traité de paix entre ces deux pays. Les présidents Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun avaient bien compris la singularité des relations entre les deux Corée : l'essai nucléaire effectué par la RPDC en octobre 2006 n'a pas empêché, un an plus tard, la signature de la Déclaration du 4 octobre 2007. Quand il regarde les ruines fumantes de Yeonpyeong, Lee Myung-bak pense-t-il à la « Sunshine Policy » qu'il a détruite ?

 

 

Sources :

- Xinhua, « La RPDC accuse les USA de "déformer" l'incident de tirs d'obus et menace de représailles en cas de nouvelles "provocations », 25 novembre 2010

- Reuters, "Why are U.S.-S.Korea drills so sensitive", 25 novembre 2010

- Déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei, sur l'échange de tirs entre la RPDC et la République de Corée, Beijing, 24 novembre 2010

- Communiqués de presse du Commandement des forces combinées : "Combined Forces Command will conduct the annual Key Resolve and Foal Eagle 2010 exercises March 8-18 with portions of Foal Eagle continuing until April 30", 17 février 2010 ; "Exercise Ulchi Freedom Guardian Announced", 23 juillet 2010 ;  "Combined Alliance Naval and Air Exercise Concludes", 29 juillet 2010 ; "Anti-Submarine Warfare Exercise", 24 septembre 2010 ; "Naval Readiness Exercise Announced", 24 novembre 2010

- Quotidien du Peuple, « La RPDC dénonce les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes », 19 août 2010

- Korea Report, "Confrontation in the West Seat Area Begs Peaceful Settlement", 24 novembre 2010

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