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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 10:07

Le 22 juin 2018, Nord et Sud-Coréens se sont mis d'accord pour de nouvelles réunions de familles coréennes séparées : du 20 au 26 août prochain, 100 Nord-Coréens et 100 Sud-Coréens se retrouveront après plus de 60 ans de séparation, sans possibilité de se contacter ni le plus souvent de possibilité d'avoir de nouvelles de leurs proches installés de l'autre côté de la zone démilitarisée. Ces retrouvailles entre membres de familles divisées, qui constituent l'un des résultats les plus concrets de la déclaration signée à Panmunjom le 27 avril 2018 entre les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in, seront les premières depuis octobre 2015

Debout, de gauche à droite : Pak Yong-il, vice-président du Comité pour la réunification pacifique du pays de la République populaire démocratique de Corée, et Park Kyung-seo, président de la Croix-Rouge de la République de Corée, à l'issue de l'accord sur les réunions de familles séparées, le 22 juin 2018, dans un hôtel des Monts Kumgang.

Debout, de gauche à droite : Pak Yong-il, vice-président du Comité pour la réunification pacifique du pays de la République populaire démocratique de Corée, et Park Kyung-seo, président de la Croix-Rouge de la République de Corée, à l'issue de l'accord sur les réunions de familles séparées, le 22 juin 2018, dans un hôtel des Monts Kumgang.

C'est le 4 août que les deux parties, à l'issue de discussions menées via leurs organisations des Croix Rouges, échangeront les listes des heureux élus qui participeront à ces réunions chargées d'émotion. Pour les seuls Sud-Coréens, 132 124 personnes ont déposé une candidature pour retrouver leurs proches qui se trouvent au nord de la péninsule - et seulement 57 000 sont encore en vie. Les dates retenues sont proches du 15 août, date de la libération de la Corée de l'occupation japonaise en 1945 et qui est une fête nationale commune à l'ensemble des Coréens - et qui coïncidera également cette année, au Sud, avec le 70e anniversaire de la fondation de la République de Corée en 1948.

Le spectaculaire rapprochement intercoréen opéré depuis le début de l'année a produit d'autres résultats dans différents domaines, sur le long chemin de la réconciliation Nord-Sud et de la réunification :

- d'importantes discussions se sont tenues dans le domaine militaire et de la sécurité le 14 juin : parmi les sujets abordés, ont figuré notamment le rétablissement complet des lignes de communication militaires, avant le possible établissement d'une ligne directe entre les chefs militaires ; la réaffirmation de l'accord de 2004 pour prévenir les accrochages accidentels en mer Jaune ; une perspective de démilitarisation, à titre d'essai, du village de la trêve à Panmunjom ; l'excavation des restes de soldats morts pendant la guerre de Corée dans la zone démilitarisée... ; 
- au plan sportif, les deux parties divisées de la Corée défileront ensemble lors des Jeux asiatiques qui se tiendront à Jakarta et Palembang, en Indonésie, du 18 août au 2 septembre 2018, et formeront des équipes unifiées dans plusieurs disciplines ; un  match de basketball intercoréen aura lieu à Pyongyang autour du 4 juillet, date anniversaire de la première déclaration conjointe Nord-Sud en 1972, et un match retour est prévu à Séoul cet automne ;
- concernant les échanges non gouvernementaux, un groupe civique sud-coréen favorable à la mise en oeuvre de l'esprit de la déclaration du 15 juin 2000 a pu se rendre en RPD de Corée ;
- au plan économique, si les sanctions n'ont pas encore été levées, des réunions ont eu lieu cette semaine pour préparer l'ouverture (y compris matérielle) du bureau de liaison pour la reprise des échanges intercoréens qui s'ouvrira à Kaesong, au Nord, tandis que des banques sud-coréennes ont mis en place des groupes de travail pour anticiper la reprise du financement de projets inter-coréens

Principales sources :
KCNA

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 09:43

S'étant tenu le 26 mai 2018, deux jours après que le Président Donald Trump avait annoncé l'annulation de son sommet avec le Président Kim Jong-un, le quatrième sommet intercoréen a donné lieu à des commentaires convergents du Président Moon Jae-in et de l'agence nord-coréenne KCNA : la volonté de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de procéder à sa dénucléarisation reste intacte, et Pyongyang a réitéré son souhait que la rencontre avec le président américain ait lieu comme prévu. Ce dont le Président Donald Trump s'est réjoui, en revenant sur les termes de son courrier du 24 mai 2018, en déclarant à des journalistes : "Ça avance très bien. On vise le 12 juin à Singapour. Ça n'a pas changé." Mais le temps presse pour que les Etats-Unis définissent clairement les contreparties qu'ils apporteront aux engagements pris par la RPD de Corée.

Le sommet Kim-Trump de nouveau sur les rails : l'urgence pour les Etats-Unis de préciser la nature de leurs contreparties

C'est à une demande du dirigeant nord-coréen exprimée le 25 mai que s'est tenu le sommet du 26 mai 2018, en un temps record, confirmant ainsi que la RPD de Corée avait placé ses espoirs dans la République de Corée (Corée du Sud) pour ramener Washington à la table des négociations. Le Président Moon Jae-in a évoqué la nécessité de dissiper les malentendus dans les échanges entre Washington et Pyongyang, tout en insistant auprès de Pyongyang sur le désir du Président Donald Trump de réussir la tenue du sommet de Singapour. Ainsi qe l'a précisé KCNA, "Kim Jong-un a remercié Moon Jae-in pour ses importants efforts pour le sommet RPDC-Etats-Unis prévu le 12 juin".

Le Président Moon Jae-in a cependant souligné les attentes de la RPD de Corée en matière de garanties de sécurité de la part des Etats-Unis, soulignant ainsi les engagements que doit prendre Washington en ce domaine - et sur lesquels l'administration américaine reste vague quant aux modalités, au-delà des déclarations de principe :

Ce qui reste incertain pour le président Kim Jong-un, c’est la confiance qu’il peut accorder à la promesse des Etats-Unis de mettre fin aux relations hostiles et de garantir la sécurité de la Corée du Nord après sa dénucléarisation.

Les deux dirigeants coréens ont exprimé leur volonté commune de mettre en œuvre la déclaration de Panmunjom et de garantir la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne, en convenant de se rencontrer souvent à l'avenir pour favoriser le dialogue.

Enfin, le Président Moon Jae-in a affirmé son intention de permettre la tenue d'un sommet trilatéral (réunissant les dirigeants des deux Corée et des Etats-Unis) qui permette de transformer l'accord d'armistice de 1953 en un traité de paix. Il a déclaré, cité par l'agence sud-coréenne Yonhap : 

Le sommet Corée du Nord-Etats-Unis doit être tenu avec succès et je souhaite voir des efforts pour mettre fin officiellement à la guerre (de Corée) à travers un sommet trilatéral entre le Sud, le Nord et les Etats-Unis.

Les deux Etats coréens ont affiché une large convergences de vues sur la nécessité de favoriser la paix, la prospérité et le développement dans la péninsule. Il reste maintenant à s'assurer que les Etats-Unis seront bien sur la même ligne, et qu'ils éviteront des demandes déraisonnables de nature à faire échouer le processus - ils devront effectuer des gestes au fur et à mesure du processus de dénucléarisation nord-coréen. Ces contreparties, non exhaustives, peuvent être les suivantes :

- définition d'un mécanisme permanent, complet et irréversible de sécurité collective, pouvant impliquer la Chine et la Russie comme garants d'un accord de non-agression par les Etats-Unis, ainsi que la mise en place d'un canal de dialogue militaire direct avec Pyongyang au-delà d'un cadre de discussion multilatéral,
- levée progressive de toutes les sanctions, internationales et bilatérales, et garanties données à la RPD de Corée de pouvoir accéder aux financements internationaux,
- pleine possibilité pour Pyongyang de pouvoir mener les programmes de recherche scientifiques nécessaires à son développement économique, en levant les obstacles aux coopérations internationales,
- établissement de relations diplomatiques bilatérales entre Washington et Pyongyang et organisation d'événements culturels et sportifs communs...

Les attentes nord-coréennes sont cohérentes avec sa volonté d'être un acteur de la communauté internationale reconnu à part entière, disposant des mêmes droits que les autres Etats souverains : il appartient à présent au Président Donald Trump de répondre à ces exigences légitimes.

Sources :

- KCNA ;

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 12:53

Le 26 mai 2018, Kim Jong-un, Président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Moon Jae-in, Président de la République de Corée (Corée du Sud), se sont rencontrés à nouveau, cette fois dans la partie nord de la zone démilitarisée (DMZ). Ce second sommet, un mois seulement après l'adoption de la déclaration de Panmunjom, s'est tenu très rapidement, sans annonce préalable, après une nouvelle valse-hésitation du Président Donald Trump ayant décidé l'annulation puis le possible maintien du sommet avec le Président Kim Jong-un, prévu le 12 juin 2018 à Singapour. L'annonce du président américain, effectuée sans concertation avec les Sud-Coréens, est apparue comme un camouflet pour le Président Moon Jae-in, qui a immédiatement organisé une réunion du Conseil de sécurité nationale et a ainsi repris la main en engageant un dialogue direct avec le Nord - la rencontre faisant une nouvelle fois apparaître le Président Kim Jong-un comme un interlocuteur responsable et raisonnable. En effet, si l'administration américaine apparaît dangereusement imprévisible, l'engagement de la RPD de Corée sur la voie de la dénucléarisation est pour sa part parfaitement clair : Pyongyang a ainsi procédé à la destruction du site d'essais nucléaires de Punggye-ri - le 24 mai, le jour même de la première annonce du Président Donald Trump - et réagi avec prudence et retenue aux propos de ce dernier sur l'annulation du sommet de Singapour. Plus que jamais, les Coréens - des deux entités étatiques se partageant le territoire de la péninsule - prennent en mains leur destin eux-mêmes. 

Nouvelle rencontre Moon Jae-in - Kim Jong-un : les Coréens prennent la main face à une administration américaine versatile

C'est la présidence sud-coréenne (la Maison bleue) qui a annoncé la rencontre surprise entre les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un, tout en précisant que les résultats des discussions (qui ont duré deux heures, de 15h à 17h) donneraient lieu à une communication le lendemain par le Président Moon Jae-in lui-même.

Deux questions ont été abordées selon la présidence sud-coréenne : la mise en oeuvre de la déclaration de Panmunjom et la préparation du sommet prochain avec les Etats-Unis. Selon Yoon Young-chan, conseiller aux relations publiques du président sud-coréen : 

Les deux dirigeants ont échangé leurs opinions franchement pour mettre en œuvre la déclaration de Panmunjom du 27 avril et organiser avec succès le sommet Corée du Nord-Etats-Unis.

En termes diplomatiques, une discussion franche signifie que les points de désaccord ont été clairement exprimés. 

A gauche, le Président Moon Jae-in et Suh Hoon, directeur des services de renseignement ; à droite, le Président Kim Jong-un et Kim Yong-chol, vice-président du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC), directeur du département du Front uni du PTC.

A gauche, le Président Moon Jae-in et Suh Hoon, directeur des services de renseignement ; à droite, le Président Kim Jong-un et Kim Yong-chol, vice-président du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC), directeur du département du Front uni du PTC.

Si la déclaration de Panmunjom a porté entre autres sur les relations intercoréennes, elle visait aussi plus largement la dénucléarisation de - toute - la péninsule coréenne et la mise en place d'un traité de paix (impliquant aussi les Etats-Unis et la Chine), 65 ans après les combats de la guerre de Corée (1950-1953) s'étant terminés par un simple accord d'armistice. Les manoeuvres militaires des Etats-Unis et de leurs alliés Max Thunder, ayant commencé le 11 mai pour une durée de deux semaines, avaient ainsi été dénoncées par Pyongyang comme contraire à la déclaration de Panmunjom, entraînant l'annulation d'une réunion Nord-Sud. D'autres questions entravent le progrès des relations intercoréennes, notamment le sort de douze serveuses nord-coréennes d'un restaurant en Chine s'étant retrouvées en Corée du Sud dans des circonstances troubles, et dont la RPD de Corée exige le rapatriement.

L'autre préoccupation majeure des deux parties ce samedi 26 mai 2018 était toutefois de permettre la tenue du sommet entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un en échangeant leurs informations et en coordonnant leurs interventions. A cet égard, le Président Moon Jae-in a pu faire état de sa rencontre avec son homologue américain le 22 mai, tandis que le Président Kim Jong-un a reçu à Pyongyang à plusieurs reprises le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, partisan d'une ligne réaliste à Washington face aux partisans d'une position dogmatique emmenés par le conseiller présidentiel John Bolton - Pyongyang ayant clairement fait savoir qu'elle ne voulait pas comme interlocuteur de ce partisan acharné de la guerre en Irak et des interventions militaires américaines aux quatre coins de la planète.

Sources : 

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 21:01

Largement médiatisée à la veille des élections législatives sud-coréennes du 13 avril 2016, la défection en République de Corée (Corée du Sud) d'un responsable et de douze serveuses d'un restaurant nord-coréen en Chine (dont on a appris depuis qu'il était situé à Ningbo) avait été présentée par les conservateurs au pouvoir à Séoul comme une défection "de masse" exceptionnelle, censée prouvée la justesse de la politique de confrontation avec le Nord des autorités sud-coréennes de l'époque - car c'était prétendument une preuve manifeste de l'effondrement imminent de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), rendant inutile - voire contre-productive - une approche intercoréenne fondée sur le dialogue . Mais aussitôt la Corée du Nord avait dénoncé un "enlèvement" orchestré par les services de renseignement sud-coréens du National Intelligence Service (NIS) et exigé le rapatriement des jeunes femmes : une demande réitérée après des révélations récentes du responsable nord-coréen du restaurant ayant fait défection, selon lesquelles il était un agent du NIS depuis 2014 et que ses employeurs lui auraient demandé de rejoindre la Corée du Sud avec les douze serveuses, à l'insu de ces dernières.

Défection des serveuses nord-coréennes : nouvelles déclarations embarrassantes pour les services de renseignement sud-coréens (NIS)

A l'instar de l'opposition démocrate, l'Association d'amitié franco-coréenne s'était interrogée au printemps 2016 sur ce qui avait l'apparence d'une possible manoeuvre préélectorale, dont le modus operandi avait outrepassé les règles solidement établies quant à l'accueil des défecteurs nord-coréens en Corée du Sud. En particulier, la nouvelle avait été annoncée sans respecter les étapes ordinaires en cas d'arrivée d'un transfuge nord-coréen en Corée du Sud, comme s'il fallait médiatiser l'affaire à quelques jours des élections législatives ; puis les services de renseignement sud-coréen avaient totalement pris en charge les jeunes femmes, leur interdisant tout contact extérieur, et se substituant à elles lors de leur audience ; enfin, ces dernières avaient reçu de manière accélérée la nationalité sud-coréenne, et quand le NIS était interrogé sur la rapidité de ces procédures d'exception, il avait rétorqué que "peu importent les circonstances" de leur départ... La question est pourtant cruciale : les jeunes femmes étaient-elles consentantes de rejoindre en Corée du Sud (le libre choix du responsable du restaurant nord-coréen - Heo Gang-il - ne semblant, quant à lui, guère fait l'objet de doutes) ?

Depuis, Heo Gang-il s'est exprimé dans la très populaire émission "Spotlight" de la chaîne sud-coréenne JTBC, en accusant ouvertement le NIS d'avoir tendu un piège, lui-même ayant été un agent du NIS. Selon l'Agence France Presse, 

[M. Heo] a expliqué avoir été recruté par le Service national du renseignement sud-coréen (NIS) en 2014 en Chine.

Deux ans après, craignant d’être démasqué, il a demandé à son agent traitant d’organiser sa défection. A la dernière minute, dit-il, l’agent lui a demandé de venir avec ses employées.

«Les 12 serveuses ne savaient pas où elles allaient», a-t-il déclaré. «Je leur ai dit qu’on changeait d’endroit».

L'émission de Spotlight a également donné la parole à l'une des serveuses ayant fait défection qui n'aurait compris où elle se rendait qu'une fois arrivée devant l'ambassade de Corée du Sud en Malaisie, mettant en cause les menaces de M. Heo et déclarant qu'elle souhaitait à présent retourner en Corée du Nord : 

Le gérant Heo nous a menacées, a dit qu’il raconterait aux autorités qu’on regardait des séries télévisées sud-coréennes et que nous serions exécutées, ou exilées en province, et que nos familles seraient également touchées.

Avec le recul, c’était n’importe quoi mais sur le moment, je n’avais pas d’autre choix. Si c’était possible, même maintenant, j’aimerais retourner auprès de ma mère.

M. Heo explique avoir choisi de s'exprimer car le NIS lui aurait fait des promesses qu'il n'a pas tenues. Selon l'AFP, 

M. Heo a, dit-il, décidé de parler car il n’a pas vu venir ce qu’on lui avait promis -- un emploi au NIS et une médaille.

Face à l'ampleur du scandale, l'actuel gouvernement sud-coréen a choisi de faire bloc autour du NIS en rejetant les accusations à l'encontre des services de renseignement. Auditionné par la commission des Affaires étrangères du Parlement quelques jours plus tard le 17 mai 2018, le ministre de la Réunification Cho Myoung-gyon a évoqué une défection volontaire selon KBS, qui a également rejeté la thèse d'une manoeuvre préélectorale : 

Le ministre sud-coréen de la Réunification a affirmé hier que les 12 employées du restaurant nord-coréen en Chine qui ont fait défection au Sud début avril 2016 l’ont fait selon leur libre arbitre (...).

Il a ainsi coupé court à la rumeur selon laquelle cette défection en masse avait été orchestrée par le Service national du renseignement (NIS) sud-coréen pour servir de faire-valoir au gouvernement conservateur de l’époque en amont des élections législatives qui se sont tenues le 16 avril de la même année.

Venant du ministre chargé de la Réunification, ces déclarations ont évidemment eu un impact négatif sur les relations Nord-Sud et elles mettent en péril les réunions de familles séparées prévues le 15 août 2018. Alors que le Président Moon Jae-in s'appuie, comme ses prédécesseurs, sur les services de renseignement pour sa politique à l'égard de la RPD de Corée, il manifeste une nouvelle fois sa volonté de gouverner en s'appuyant sur les ministères en charge de la défense et du maintien de l'ordre et - conformément à ce choix - il défend le NIS, y compris au titre des actions menées par ce dernier pendant la dérive autoritaire de sa prédécesseur Mme Park Geun-hye. Ce faisant, il coupe court aux intentions que lui prête (contre toute évidence) une partie des conservateurs : le Président Moon Jae-in serait celui qui abrogerait la loi de sécurité nationale (LSN) ou encore établirait un service militaire alternatif. Dénoncés comme de graves atteintes aux droits de l'homme par les ONG et les Nations unies, l'application de la LSN et l'emprisonnement des objecteurs de conscience ne sont pas prêts de prendre fin. 

Sources :

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 21:58

Le 16 mai 2018, une rencontre intercoréenne a été reportée et Kim Kye-gwan, premier vice-ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), a annoncé la possibilité de "reconsidérer" le sommet envisagé le 12 juin prochain entre la RPD de Corée et les Etats-Unis - alors que ces derniers ont engagé des exercices militaires de grande ampleur Max Thunder, dénoncés par Pyongyang comme le maintien d'une politique hostile à son égard et contrevenant aux engagements pris par les deux Corée dans le cadre de la déclaration de Panmunjom, le 27 avril 2018. Cet avertissement, lancé à la veille du sommet entre les présidents américain Donald Trump et sud-coréen Moon Jae-in le 22 mai prochain, signifie que la Corée du Nord ne désarmera pas unilatéralement. L'avertissement est clair : le sommet du 12 juin n'aura pas lieu s'il devait consister en un chèque en blanc de la RPD de Corée, s'engageant sur la voie de la dénucléarisation sans contreparties tangibles et concrètes des Etats-Unis.

Sommet du 12 juin : Pyongyang ne signera pas de chèque en blanc

Selon l'agence nord-coréenne KCNA, Kim Kye-gwan, interlocuteur expérimenté et reconnu des Etats-Unis au sein de l'administration nord-coréenne, a fait savoir qu'il n'y aurait pas de désarmement unilatéral de la RPD de Corée : 

[Si Washington] nous met au pied du mur et exige unilatéralement que nous renoncions à l’arme nucléaire, nous n’aurions plus d’intérêt pour des discussions.

En d'autres termes, les Etats-Unis devront aussi faire des concessions, dans le cadre d'un dispositif de type "action contre action" (chaque partie faisant simultanément un pas vers l'autre pour créer les conditions de la confiance mutuelle et de la poursuite du processus), sans attendre le stade ultime du démantèlement du programme nucléaire nord-coréen - comme l'entend au contraire le conseiller présidentiel à la sécurité nationale John Bolton.

Ce dernier, partisan de la guerre en Irak (qu'il justifie aujourd'hui encore, y compris le mensonge sur les armes de destruction massive) et de l'étranglement économique de la RPD de Corée, est une vieille connaissance des Nord-Coréens : faucon parmi les faucons, il a toujours été de ceux qui voulaient attaquer la Corée du Nord et s'engager sur le terrain de la propagande de guerre, en faisant prospérer l'idée qu'on ne pourrait pas négocier avec les Nord-Coréens car ils mentiraient forcément.

Il n'est donc pas surprenant que Kim Kye-gwan ait ciblé à plusieurs reprises John Bolton : alors que les discussions se sont engagées avec le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, imposer John Bolton dans les négociations serait considéré par les Nord-Coréens comme une provocation et un motif de rupture. 

Les limites posées par Pyongyang n'ont pas été vaines : la République de Corée (Corée du Sud) a annoncé qu'elle ne participerait pas aux manoeuvres militaires Max Thunder (qui seront donc limitées aux Etats-Unis et au Japon), lesquelles n’empiéteront pas par ailleurs sur le territoire aérien sud-coréen. 

Pour sa part, le Président Donald Trump a publiquement désavoué John Bolton en rejetant le scénario "à la libyenne" esquissé par ce dernier de dénucléarisation de la Corée du Nord, et ajouté qu'il offrirait de sérieuses garanties de sécurité à la RPD de Corée et des perspectives de prospérité économique comparables à celles actuelles de la Corée du Sud - ce qui sous-entend que les sanctions seraient levées et que les entreprises étrangères, notamment américaines, pourraient investir en Corée du Nord.

Ces propos sont certes encourageants, mais ils doivent maintenant se traduire en engagements concrets de la part de Washington : il n'y aura pas de calendrier de dénucléarisation nord-coréen si en même temps les Etats-Unis ne précisent pas la nature de leurs engagements de sécurité et ne lèvent pas progressivement les sanctions économiques qu'ils ont imposées à la Corée du Nord. Le précédent de la rupture de l'accord nucléaire iranien, en révélant la versatilité de la parole américaine, incite évidemment les Nord-Coréens à exiger des garanties.

Sources : 

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 20:54

Les échanges économiques intercoréens ont été réduits à néant pendant la décennie perdue (pour la réunification) des présidences conservatrices sud-coréennes (2008-2017) : dans un premier temps, les mesures du 24 mai [2010], suspendant tous les échanges économiques sauf ceux de la zone de Kaesong, ont été adoptées en représailles au naufrage de la corvette Cheonan, alors même que les "preuves" de l'implication nord-coréenne ne sont pas crédibles ; dans un second temps, en février 2016, les autorités de Séoul ont décidé de "suspendre" les activités de la zone économique intercoréenne de Kaesong, entraînant sa fermeture, alors que celle-ci avait été un symbole de la coopération Nord-Sud. Dans ce contexte, et alors que les sanctions internationales empêchent actuellement toute reprise des échanges économiques intercoréens, la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 envisage - en termes prudents - une telle perspective. 

La zone économique intercoréenne de Kaesong en février 2017, avant sa fermeture

La zone économique intercoréenne de Kaesong en février 2017, avant sa fermeture

Il faut lire en détail la déclaration de Panmunjom pour en apprécier la portée s'agissant de la relance des échanges économiques Nord-Sud : 

Le Nord et le Sud sont convenus, en vue d’un développement équilibré de l’économie nationale et d’une prospérité commune, de promouvoir activement les points convenus dans la Déclaration du 4 Octobre et, en premier lieu, de prendre des mesures pratiques visant à relier les réseaux ferroviaires et routiers des côtes est et ouest, à les moderniser et à les mettre en fonctionnement.

Cette prudence s'explique par le fait que les Etats-Unis prétendent ne pas vouloir, à ce stade, de levée des sanctions internationales contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), même partielle, avant que le processus de dénucléarisation de la RPD de Corée ne soit mené à son terme. Si cette position maximaliste peut être appelée à évoluer (dans un processus de dialogue, il faut que chaque partie fasse simultanément des pas, ce qui n'est pas aujourd'hui le cas de Washington), les autorités sud-coréennes n'étaient pas en mesure, lors du sommet de Panmunjom, d'aller beaucoup plus loin.

Mais la réaffirmation des mesures définies dans la déclaration du 4 octobre 2007 permet de dessiner les contours d'une future reprise des échanges Nord-Sud, une fois les sanctions levées. 

Premier objectif - le seul explicitement réaffirmé le 27 avril 2018 : la modernisation et le rétablissement des réseaux ferroviaires et routiers, alors que l'obsolescence des réseaux nord-coréens est un obstacle majeur à la modernisation de l'économie de la RPD de Corée. Plus précisément, la déclaration du 4 octobre 2007 avait précisé quelles étaient les liaisons ferroviaires et routières prioritaires : 

Ils ont décidé de délibérer sur le problème du réaménagement et de la réparation de la ligne ferroviaire Kaesong-Sinuiju et de l'autoroute Kaesong-Pyongyang pour les utiliser en commun et d'accélérer ces travaux (...) d'entamer celle de la deuxième tranche, de commencer le trafic ferroviaire entre Munsan et Pongdong (...)

Au-delà de la péninsule, la République de Corée serait ainsi reliée à la Chine et à la Russie. En revanche, les liaisons dans le domaine du gaz - qui permettraient à la RPD de Corée d'obtenir des droits de transit - ne figuraient pas explicitement dans la déclaration du 4 octobre 2007.

La déclaration du 4 octobre 2007 prévoyait également des investissements conjoints, notamment pour l'exploitation du très riche potentiel minier nord-coréen (réévalué récemment à la hausse, les réserves en terres rares du pays ayant été considérées comme pouvant être les premières au monde) : 

Ils ont décidé d'encourager les investissements pour leur collaboration économique, de promouvoir vigoureusement la construction des infrastructures économiques et l'exploitation des ressources et d'y attribuer prioritairement diverses conditions de faveur et un traitement préférentiel en accord avec les particularités de la collaboration intercoréenne.

La même déclaration de 2007 envisageait également un partage des ressources halieutiques autour de Haeju, la mise en place d'une zone économique spéciale dans cette région et l'utilisation commune de l'embouchure du fleuve Rimjin : 

Ils ont décidé d'établir une «zone spéciale de paix et de collaboration de la mer de l'Ouest» englobant Haeju et ses environs maritimes et de promouvoir activement l'établissement d'un secteur de pêche commun et d'un secteur maritime de paix, la construction d'une zone économique spéciale, l'utilisation du port de Haeju, le passage direct des navires civils à ce port et l'utilisation commune de l'embouchure du fleuve Rimjin.

La déclaration du 4 octobre 2007 envisageait également le développement de la zone industrielle de Kaesong, qui n'était pas montée en puissance comme initialement prévu avant même sa fermeture en février 2016 (moins de 60 000 ouvriers nord-coréens y travaillaient alors, contre un objectif de 730 000 travailleurs nord-coréens lors de l'achèvement de la construction du parc industriel) : 

Ils ont décidé de terminer dans les meilleurs délais la construction de la première tranche de la zone industrielle de Kaesong (...)

Enfin, la déclaration du 4 octobre 2007 envisageait  "diverses mesures d'assurance institutionnelle, y compris pour la circulation, la communication et le dédouanement", ainsi que des coopérations plus sectorielles (construction navale, en citant spécifiquement les sites d'Anbyon et Nampo, et sans plus de précisions : agriculture, santé, médecine, protection de l'environnement, cette liste n'étant pas limitative).

Incontestablement, si la reprise des échanges Nord-Sud devait se concrétiser à la faveur de la levée des sanctions internationales (et de celles additionnelles décidées par le gouvernement sud-coréen), les domaines sont nombreux pour la création de richesse économique favorable aux deux parties de la péninsule - ce qui permettrait aussi, à Séoul, de battre en brèche l'argument des conservateurs sur le prétendu fardeau économique d'un rapprochement avec le Nord. Dans l'immédiat, exploiter le potentiel minier nord-coréen, combiner le recours à la main-d'oeuvre qualifiée, disciplinée et bon marché du Nord et aux capitaux du Sud, et partager des ressources maritimes représenterait une opportunité économique exceptionnelle pour les économies tant nord-coréenne que sud-coréenne. La prospérité n'est peut-être pas encore au coin de la rue, comme l'affirmait le président américain Herbert Hoover, mais certainement au détour des futurs tracés des liaisons Nord-Sud.

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 20:52

Lors des quarts de finale des championnats du monde de tennis de table, qui se déroulent actuellement à Halmstad en Suède, les joueuses de la République de Corée (Corée du Sud) et de la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) ont choisi de ne pas s'affronter, pour former une équipe commune qui affrontera le Japon (vainqueur de l'Ukraine) en demi-finale, le vendredi 4 mai 2018. Si la formation d'une équipe coréenne unifiée a des précédents en tennis de table (notamment en double féminin en 1991, avec le titre de championnes du monde alors obtenu par les Sud-Coréennes Hong Cha-ok et Hyun Jung-hwa et les Nord-Coréennes Yu Son-bok et Ri Bun-hui), c'est la première fois que la réunification a lieu pendant le déroulement d'une compétition sportive. Un symbole puissant, une semaine seulement après le sommet historique du 27 avril 2018 entre les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in, ayant donné lieu à l'adoption de la déclaration de Panmunjom dans laquelle les deux dirigeants soulignaient la nécessité de participer en commun à des événements sportifs.

Mondiaux par équipes de tennis de table : les Coréens font équipe commune

Dans un communiqué, la Fédération internationale de tennis de table (acronyme anglais, ITTF) a salué le voeu des Coréennes de former une seule équipe et l'accord trouvé entre les dirigeants des deux sélections, en précisant qu'elle avait donné son accord : 

Les deux équipes n'ont pas souhaité s'affronter pour une place en demi-finale. Les discussions (...) ont débouché sur un accord entre les dirigeants des sélections de Corée du Nord et de Corée du Sud, validé par la Fédération internationale (ITTF), de présenter une équipe de Corée unie pour les demi-finales.

Lors des phases de groupe, les Sud-Coréennes avaient dominé le groupe D, en se classant devant (dans cet ordre) Hong Kong (autre demi-finaliste de la compétition, face à la Chine), l'Allemagne, la Thaïlande, le Luxembourg et le Brésil, en remportant tous leurs matchs, accédant ainsi directement aux quarts de finale.

Au sein du groupe C, les Nord-Coréennes avaient fini deuxième de leur groupe, après la Roumanie et devant Taïwan, mais avaient elles aussi accédé aux quarts de finale en battant les Russes contre toute attente.

Mondiaux par équipes de tennis de table : les Coréens font équipe commune

L'Association d'amitié franco-coréenne souhaite plein succès aux Coréennes qui pourraient, 27 ans après la victoire en double féminin en 1991, faire vaciller le colosse chinois.

Mise à jour 4 mai 2018 : les Coréennes se sont inclinées face au Japon, qui a remporté ses 3 matchs. Kasumi Ishikawa a remporté difficilement son duel contre la Nord-Coréenne Kim Song-i (11-4, 6-11, 11-8, 11-13, 16-14). De l'avis général, l'équipe coréenne unifiée a été plus forte que si les Nord et les Sud-Coréennes avaient concouru séparément.

Sources : 

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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 21:20

Sommet historique intercoréen du 27 avril 2018, démantèlement annoncé du site d’essais nucléaires nord-coréen dès le mois de mai, avant le sommet entre les présidents Kim Jong-un et Donald Trump (que ce dernier envisage désormais dans un délai de 3 à 4 semaines)... CNews en parlait le 29 avril 2018, à partir de 21h15, lors d'un débat avec Benoît Quennedey, président de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC), dans l’émission de Harold Hyman « L’Actu à la carte ». Quelques jours plus tôt, le président de l'AAFC avait par ailleurs répondu aux questions de Claire Tervé pour le Huffington Post sur ce qu'un traité de paix changerait dans la péninsule coréenne.

Comprendre le sommet intercoréen : retour sur l'émission « L'Actu à la carte » sur CNews du 29 avril 2018

Sur le plateau pour parler de l’actualité concernant la Corée, après un sujet sur la situation en Arménie, se trouvait également Kim Souya, artiste plasticienne vivant à Paris, et active dans la communauté sud-coréenne en France.

Pendant dix minutes Harold Hyman a donné la parole aux deux intervenants en commençant par l’émotion soulevée par la rencontre entre Moon-Jae-in et Kim Jong-un.

D’abord Kim Souya a déclaré avoir passé une nuit blanche, compte tenu du décalage horaire, pour regarder en direct cette rencontre, et en a été émue au point d’en pleurer et a assuré « ne pas être la seule ». C’est la première fois qu’elle entendait la voix du leader du Nord qu’elle a décrite « avec un petit accent charmant ».

Ensuite Benoît Quennedey a donné son sentiment sur « l’emballement des évènements ». Il a fait le parallèle avec l’année 2017 et le contraste avec la situation d’aujourd’hui, en mettant l’accent sur la prise en mains par les deux parties coréennes de leur destin commun et sur l’importance de la déclaration commune qui va bien au-delà des rencontres au sommet de 2000 et 2007 en abordant à présent la question de la paix. « Cette fois-ci il semble que ce soit la bonne » et « on est peut-être sur une nouvelle ère ».

Harold Hyman a repris l’historique de la question nucléaire dans la péninsule en présentant une illustration récapitulative et a demandé en quoi cette fois-ci cela déboucherait positivement.

Benoît Quennedey a expliqué que la Corée du Nord maintenant possède un armement qui lui permet de discuter sur un pied d’égalité avec les Etats-Unis évoquant la « sérénité des Nord-Coréens » qui veulent désormais passer à un stade de prospérité et de développement économique.

L’animateur s’adressant à Kim Souya lui a demandé si en tant que Sud-Coréenne elle était prête à payer plus d’impôts pour aider ses frères du Nord a obtenu une réponse immédiate « Bien sûr et ce n’est pas seulement moi », puis ajoutant que « ce n’est pas vrai » qu’au Sud on se désintéresse de la situation au Nord. Une séquence d’émotion qui a poussé l’expert de l’Arménie encore présent sur le plateau à s’exprimer « il y a une fierté coréenne qui aujourd’hui est amenée à s’exprimer de manière très forte ».

Kim Souya a repoussé les craintes concernant l’avenir de « la démocratie sud-coréenne » et « l’arrivée d’idées néfastes en provenance du Nord ».

Enfin les deux intervenants ont insisté sur le sentiment d’unité entre les deux parties divisées de la Corée et sur la marche vers la paix et la dénucléarisation.

Conclusion de Harold Hyman « la sincérité sera le mot-clé de l’avenir ».

On peut remarquer que cette émission, pas seulement par ses intervenants, mais aussi par l’attitude presque bienveillante de son animateur témoigne d’un nouveau souffle dans la présentation médiatique en France de la situation dans et autour de la péninsule coréenne.

 

Revoir l'émission « L’Actu à la carte » du 29 avril 2018 (le sujet coréen est évoqué à partir de 11'07") : 

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 21:28

Le troisième sommet intercoréen, qui s'est tenu pour la première fois au sud de la péninsule coréenne, le 27 avril 2018, a conduit à l'adoption d'un communiqué conjoint qui a évoqué non seulement le développement des relations Nord-Sud, mais dressé aussi la perspective de la paix et l'objectif d'une dénucléarisation de la Corée. Le bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), qui a plaidé inlassablement pour un traité de paix, même lorsque la montée des tensions pouvait sembler nous désavouer, a maintenu le cap et tient aujourd'hui à saluer une rencontre historique, en publiant le communiqué que nous reproduisons ci-après. 

Bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne

Paris, le 28 avril 2018

 

La déclaration de Panmunjom a ouvert une ère nouvelle pour la paix et la réunification en Corée

 

Le 27 avril 2018 à Panmunjom, dans la zone démilitarisée séparant la péninsule coréenne en deux, s'est tenue une rencontre riche en émotions et en symboles entre Kim Jong-un, Président de la Commission des Affaires d'État de la République populaire démocratique de Corée, et Moon Jae-in, Président de la République de Corée.

À l'issue de ce sommet inter-coréen, les deux dirigeants ont adopté une déclaration conjointe.

En soulignant qu'il n'y aurait plus jamais de guerre dans la péninsule coréenne et qu'une ère nouvelle de paix avait débuté, ils ont signifié la volonté des Coréens de tourner la page d'un conflit fratricide et de reprendre en main leur destin en exerçant eux-mêmes leur souveraineté, dans le respect des principes du droit international proclamé par la Charte des Nations unies : l'escalade des tensions et des confrontations doit désormais cesser et les sanctions internationales être levées, conformément et concomitamment à la mise en œuvre de l'engagement d'une dénucléarisation de toute la péninsule coréenne.

La déclaration de Panmunjom détaille les moyens de préserver la paix et d'empêcher la survenue des incidents de frontière meurtriers qui ont trop souvent endeuillé la péninsule coréenne : diminution annoncée des armements, transformation de la zone démilitarisée en zone de paix, échanges militaires réguliers, cessation de l'envoi de messages de propagande hostile.

Les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in ont également relancé les échanges Nord-Sud : reprise des projets de rétablissement des liaisons ferroviaires et terrestres, nouvelles réunions de familles séparées, organisation d'événements conjoints... La voie est donc ouverte pour une institutionnalisation des échanges et des rencontres régulières, avec l'invitation faite au Président Moon Jae-in de visiter le Nord dès cet automne.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) salue une déclaration historique, fruit des efforts de tout le peuple coréen, qui jette les bases pour établir une paix durable, promouvoir les échanges et favoriser la réunification entre les deux parties divisées de la péninsule coréenne.

L'AAFC appelle désormais l'ensemble des acteurs de la communauté internationale à favoriser effectivement la mise en place d'un système de sécurité collective, corollaire indispensable à une prévention efficace des conflits, au désarmement et à la démilitarisation.

Militant depuis sa fondation, en 1969, pour la paix et la réunification de la Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne a toujours refusé la voie de l'escalade militaire et de l'isolement de la République populaire démocratique de Corée sur la scène internationale. Confortée dans ses choix pour la paix et la réunification de la Corée, elle ne militera que plus activement encore, en réitérant son appel aux autorités françaises pour qu'elles établissent des relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée, mais aussi pour qu'elles jouent un rôle positif afin d'appuyer le processus en cours.

 

Contact : M. Benoît Quennedey, président de l'AAFC, 06 87 24 93 00

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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 16:27

A l'issue du sommet intercoréen qui s'est tenu le 27 avril 2018, la déclaration conjointe adoptée a "confirmé l'objectif commun d'aboutir à une péninsule coréenne sans armes nucléaires grâce à une dénucléarisation complète". Si les médias internationaux ont largement commenté cet engagement pour la dénucléarisation (dont les modalités devront être précisées), celui-ci s'inscrit dans le cadre plus général de mesures de prévention des conflits, de la définition d'un principe de désarmement et de la mise en place de mécanismes de dialogue militaire - qui permettront ainsi d'éviter les accrochages meurtriers et les risques d'escalade. Ces mesures sont d'autant plus significatives que l'armée de la République de Corée (Corée du Sud) reste subordonnée au commandement américain en cas de guerre. 

Prévention des conflits, désarmement, dialogue militaire : les engagements nouveaux de la déclaration de Panmunjom

Les mesures relatives aux questions militaires font principalement l'objet du deuxième point de la déclaration, intitulé "le Nord et le Sud s'attacheront en commun à atténuer la grave tension militaire et à éliminer effectivement le danger de guerre dans la péninsule coréenne".  

A cette fin, la déclaration prévoit tout d'abord de mettre fin à la propagande par haut-parleur et celle envoyée par ballon (du Sud vers le Nord, à l'initiative notamment d'activistes anti-Corée du Nord) : 

Le Nord et le Sud sont convenus de cesser sur tous les plans, notamment sur terre, sur mer et dans l’air, tous genres d’actes d’hostilité l’un à l’égard de l’autre de nature à provoquer une tension et un conflit militaire.

Dans l’immédiat, ils sont convenus de cesser à partir du 1er mai l’émission par haut-parleur et l’épandage de tracts et tous les autres actes d’hostilité dans les parages de la ligne de démarcation militaire, d’en supprimer les moyens correspondants et de transformer la zone démilitarisée en une zone de paix réelle.

La transformation de la zone démilitarisée en zone de paix est un projet ancien. Si ses modalités à long terme restent à déterminer (a été évoquée la possibilité d'en faire un parc naturel, dont la diversité est remarquable), une mesure immédiate consisterait à mettre en place une coopération conjointe pour lutter contre les feux de forêt. Il conviendra dans tous les cas de déminer cette région.

La déclaration conjointe souligne ensuite la nécessité d'empêcher les accrochages meurtriers dans la zone maritime autour de la ligne de limite Nord (acronyme anglais : NLL), définie unilatéralement par les Américains à la fin de la guerre de Corée, et dont le tracé est très défavorable à la République populaire démocratique de Corée au regard du droit maritime international : 

Le Nord et le Sud sont convenus de prendre des mesures effectives visant à convertir les parages de la « limite nord » de la mer de l’Ouest en zone de paix pour prévenir des conflits militaires éventuels et à permettre une pêche en sûreté.

L'idée de faire de cette région une zone de pêche dont les prises seraient partagées plus équitablement qu'aujourd'hui entre les deux Corée avait déjà été évoquée pendant la décennie du "rayon de soleil" (1998-2008) de rapprochement intercoréen, mais elle serait à présent concrétisée, la neutralisation de cette zone permettant de sortir par le haut du débat sur le tracé de cette frontière de fait.

Enfin, la déclaration du 27 avril 2018 souligne la nécessité de mettre en place un dialogue militaire régulier : 

Le Nord et le Sud sont convenus, en fonction de l’activation de la coopération, des échanges, du va-et-vient et des contacts entre eux, de prendre différentes mesures visant à les assurer sur le plan militaire.

En vue de résoudre sans délai par consultation les problèmes militaires surgis entre eux, le Nord et le Sud sont convenus d’ouvrir de fréquents pourparlers entre les autorités militaires, notamment entre ministres de la Défense, et, en premier lieu, des pourparlers militaires au rang de généraux dans le courant du mois de mai.

Par ailleurs, le dernier chapitre de la déclaration définit un objectif global de désarmement, et pas seulement nucléaire : 

Le Nord et le Sud sont convenus de procéder au désarmement par étape en fonction de l’atténuation de la tension militaire et de l’établissement de la confiance militaire effective entre eux.

Concrètement, cela signifierait non seulement une diminution des forces militaires conventionnelles, mais aussi une réduction du nombre de soldats - dont le principe a été posé à plusieurs reprises par le Nord. A terme, un tel engagement signifierait donc la fin de la conscription obligatoire, ce qui serait un changement considérable dans les sociétés nord et sud-coréennes.  

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