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25 décembre 2018 2 25 /12 /décembre /2018 11:25

Le 12 décembre 2018, des représentants des armées nord et sud-coréenne ont franchi la ligne de démarcation militaire (LDM) séparant la Corée du Nord et la Corée du Sud pour visiter les postes de garde situés de l'autre côté. Ces visites étaient destinées à vérifier la fermeture et la démolition de postes de garde dans la zone démilitarisée (DMZ) conformément à l'Accord militaire global conclu par les deux parties le 19 septembre. C'était la première fois depuis la signature de l'Accord d'armistice en Corée, le 27 juillet 1953, que la Corée du Nord et la Corée du Sud menaient des inspections l'une chez l'autre. Plusieurs observateurs des questions coréennes estiment que ces inspections réciproques sont le signe d'une élévation significative du niveau de confiance entre les armées des deux Corée.

Suivant les dispositions fixées dans l'annexe 1 de l'Accord du 19 septembre 2018 sur l'application de la Déclaration de Panmunjom dans le domaine militaire (dit Accord militaire global), la Corée du Nord et la Corée du Sud ont démantelé à partir de novembre 2018 vingt postes de garde (dix de chaque côté). L'inspection du 12 décembre avait pour but de vérifier que les postes de garde ont bien été détruits. Sur les onze postes de garde initialement voués à la destruction de chaque côté, les deux parties sont convenues d'en garder chacune un pour sa valeur historique, lequel sera seulement désarmé.

Au total, onze équipes de sept personnes (cinq inspecteurs et deux photographes), chargées de visiter chacune un poste de garde, ont été mobilisées de chaque côté de la ligne de démarcation militaire, soit 154 militaires en tout (77 pour le Nord et 77 pour le Sud).

Pendant les dix premiers jours de décembre, la Corée du Nord et la Corée du Sud ont déminé la DMZ pour y faire passer des chemins reliant les postes de garde nord et sud-coréens, rendant possible les inspections mutuelles. Onze chemins entre le Nord et le Sud sont donc apparus dans la DMZ, chemins qu'ont parcourus les soldats nord et sud-coréens pour inspecter les postes de garde situés de l'autre côté.

Le 12 décembre 2018 à 9h, les inspecteurs militaires sud-coréens, en uniforme, se sont donc rendus au point de rendez-vous fixé sur la LDM, équipés de caméras et de divers appareils de contrôle. Les soldats nord-coréens les y attendaient pour les guider vers les postes de garde du côté nord.

Soldats de Corée du Nord et de Corée du Sud en inspection conjointe dans la zone démilitarisée séparant les deux Corée, le 12 décembre 2018

Les inspecteurs sud-coréens ont commencé par confirmer que les armes à feu, les équipements et les soldats avaient été retirés des postes de garde nord-coréens et que toutes les installations en surface, dont les postes d'observation et de tir, avaient été démantelées. Ils ont également vérifié que les installations souterraines, y compris les passages et les entrées, avaient été condamnées et détruites. Aux postes de garde que les deux parties ont accepté de conserver, les inspecteurs ont vérifié que les soldats et les armes à feu avaient été correctement retirés et que les postes avaient été rendus inutilisables. Les inspecteurs sud-coréens ont même eu recours à des équipements tels que des radars pénétrant le sol et des caméras endoscopiques pour s'assurer que les installations souterraines des postes de garde nord-coréens avaient été correctement éliminées.

De l'aveu même des inspecteurs sud-coréens, les soldats nord-coréens ont activement coopéré, sans montrer la moindre réticence. L'atmosphère était même amicale, les soldats nord et sud-coréens s'offrant des cigarettes, une scène à peine concevable jusqu'à présent.

Dans l'après-midi du 12 décembre, c'était au tour des équipes d'inspecteurs nord-coréens de se rendre au sud de la LDM pour y effectuer les mêmes tâches. Durant sa vérification, le Nord a donné des évaluations sur place « positives ».

Au sujet de ces inspections réciproques, le ministère sud-coréen de la Défense nationale a reconnu qu'elles sont « un cas extrêmement rare dans l'histoire du contrôle international des armements ».

Assistant à une retransmission en direct de l'inspection sur le terrain au Centre de gestion des crises de la Maison-Bleue (le siège de la présidence sud-coréenne), le Président Moon Jae-in a déclaré : « La fermeture des postes de garde et les inspections mutuelles constituent en elles-mêmes un nouveau chapitre des 65 ans d'histoire de la division de la péninsule coréenne entre nord et sud. Les soldats de la Corée du Sud et de la Corée du Nord ont marché le long des sentiers qu'ils ont tracés dans la DMZ, laquelle était autrefois le lieu d'une confrontation militaire tendue, et ils ont fermé et inspecté en toute transparence les postes de garde qui étaient une part de ce conflit – deux choses qui étaient auparavant inimaginables. »

Toujours le 12 décembre, le ministère sud-coréen de la Défense nationale a annoncé que « le Sud et le Nord examinent l'idée de créer un bureau de liaison dans la DMZ, destiné à soutenir l'effort conjoint en vue de récupérer les dépouilles de soldats disparus au combat ou prisonniers de guerre qui prendra place entre avril et octobre [2019] », prévu dans l'annexe 3 de l'Accord militaire global du 19 septembre. On s'attend donc à ce que les deux parties utilisent le bureau de liaison pour mener à bien l'identification des dépouilles retrouvées.

Au terme de l'analyse des résultats des vérifications effectuées sur le terrain, Suh Wook, directeur en chef de l'opération du Comité des chefs d'état-major interarmées de Corée du Sud a déclaré le 17 décembre que, « en conclusion, les deux parties ont confirmé via la vérification sur le terrain qu'elles ont fidèlement appliqué l'accord de retrait de postes de garde à titre d'essai comme stipulé dans l'accord du 19 septembre ».

Outre le retrait des postes de garde et la récupération de dépouilles de soldats dans la zone démilitarisée, l'Accord militaire global du 19 septembre prévoit de démilitariser la Zone de sécurité commune de Panmunjom et d'établir une zone maritime de paix et une zone pilote de pêche commune en mer de l'Ouest (mer Jaune). Autant de mesures de nature à réduire la tension militaire et à édifier la confiance dans la péninsule coréenne, et figurant en bonne place dans le projet de traité de paix en Corée rédigé dès 2008 par des juristes sud-coréens, relayé par l'Association d'amitié franco-coréenne et ayant fait l'objet d'une proposition de résolution à l'Assemblée nationale française le 13 octobre 2010.

 

Sources :

 

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18 décembre 2018 2 18 /12 /décembre /2018 20:22

Le 18 décembre 2018, un train sud-coréen utilisé pour l'inspection des lignes de chemins de fer en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est revenu au Sud au terme d'une mission de 18 jours destinée à vérifier l'état du réseau ferroviaire nord-coréen. Cette inspection s'inscrit dans le cadre des efforts visant à moderniser et à relier les chemins de fer des deux Corée, convenus lors du sommet intercoréen du 27 avril 2018, dix ans presque jour pour jour après l'accord signé entre le gouvernement nord-coréen et la Société des chemins de fer russes (RJD) pour la modernisation des voies ferrées reliant Rajin, en Corée du Nord, à Khasan, en Russie.

En décembre 2018, pour la première fois depuis la fin de la guerre de Corée (1950-1953), un train sud-coréen a circulé sur la partie orientale du réseau ferroviaire nord-coréen, appelée ligne Donghae ou Gyeongwon (Kyongwon), reliant le mont Kumgang et le fleuve Tumen qui, à l'extrémité nord-est de la Corée, marque la frontière de cette dernière avec la Chine et avec la Russie. Il a aussi circulé sur la partie occidentale du réseau nord-coréen, appelée ligne Gyeongui (Kyongi), reliant Kaesong à Sinuiju. Au total, ce train sud-coréen aura parcouru 2 600 kilomètres sur le réseau ferroviaire nord-coréen entre le 30 novembre et le 18 décembre 2018.

Les lignes de chemins de fer traversant la péninsule coréenne sont principalement utilisées par des trains de passagers à destination de villes chinoises dans leur partie occidentale, tandis que la ligne orientale est surtout utilisée par des trains de marchandise, à l'instar de celle passant par le port nord-coréen de Rajin et connectée depuis 2013 au réseau trans-sibérien.

Selon un responsable du ministère sud-coréen de l'Unification, des discussions entre les deux Etats coréens et des inspections additionnelles seront nécessaires pour trouver les meilleurs moyens de moderniser les chemins de fer nord-coréens. L'inspection menée du 30 novembre au 18 décembre 2018 n'en est pas moins une nouvelle étape importante dans la création d'une ligne devant, à terme, relier la péninsule coréenne à l'Europe de l'Ouest et capable de transporter des marchandises en moins de 20 jours, contre une quarantaine actuellement par la voie maritime.

L'inspection des chemins de fer nord-coréens et le début des travaux à la frontière inter-coréenne sont les résultats directs du sommet de Panmunjom du 27 avril 2018 à l'issue duquel les dirigeants des Corée du Nord et du Sud sont convenues « de prendre des mesures pratiques visant à relier les réseaux ferroviaires et routiers des côtes est et ouest, à les moderniser et à les mettre en fonctionnement » pour parvenir à « un développement équilibré de l’économie nationale » et à « une prospérité commune ».

L'inspection des chemins de fer nord-coréens a toutefois été retardée de plusieurs mois en raison des préoccupations des Etats-Unis concernant de possibles violations des sanctions imposées par les Nations unies à la RPDC. Le projet a finalement reçu le feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU.

Une cérémonie d'inauguration des travaux du projet de reconnexion ferroviaire et routière le long de la frontière inter-coréenne est prévue à la gare de Panmun le 26 décembre 2018, dix ans après le lancement de travaux similaires à la frontière russo-coréenne.

A l'époque (en 2008), ce progrès significatif dans le rapprochement « physique » de l'Europe et de l'Asie avait été souligné par l'Association d'amitié franco-coréenne, laquelle salue aujourd'hui les mesures concrètes prises pour l'application de la déclaration de Panmunjom.

 

Sources  :

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 23:54

Alors que la croissance économique de la République de Corée (Corée du Sud) continue de ralentir (ayant atteint 0,6 % en glissement trimestriel au troisième trimestre 2018), entraînant une révision à la baisse (de 2,9 % à 2,7 %) du taux de croissance prévu par la Banque centrale coréenne pour l'ensemble de l'année 2018, les perspectives de reprise des échanges économiques Nord-Sud sont susceptibles de dynamiser l'économie du pays. Les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) constituent cependant un lourd facteur d'incertitudes.

Le ministre des Finances Kim Dong-yeon (à gauche) s'entretenant avec le gouverneur de la Banque centrale Lee Ju-yeol (à droite), lors d'une audition parlementaire, le 29 octobre 2018.

Le ministre des Finances Kim Dong-yeon (à gauche) s'entretenant avec le gouverneur de la Banque centrale Lee Ju-yeol (à droite), lors d'une audition parlementaire, le 29 octobre 2018.

La présence de dirigeants de 17 entreprises sud-coréennes, dont les représentants des principaux conglomérats du pays, aux côtés du Président Moon Jae-in lors de sa visite à Pyongyang (du 18 au 20 septembre 2018) n'est pas passée inaperçue : indéniablement, les grands groupes sud-coréens - qui disposent tous d'instituts en charge des relations Nord-Sud (pour appréhender le Nord tant en termes de risque politique que d'opportunité d'investissements et de projets conjoints) - voient dans le rapprochement inter-coréen en cours l'occasion d'envisager une présence dans le Nord de la péninsule, qui combinerait les moindres coûts de la main-d'oeuvre disciplinée et bien formée du Nord et les capitaux du Sud. Une telle association capital-travail est d'ailleurs celle qui a été à l'oeuvre dans la zone économique de Kaesong jusqu'à sa fermeture en 2016, avec cette différence - de taille - que ce sont des PME sud-coréennes qui investissaient à Kaesong (même si le pilotage et l'infrastructure du projet dépendaient de Hyundai Asan, filiale du conglomérat Hyundai). Désormais, outre un possible redémarrage de la zone économique de Kaesong, la question est posée du possible investissement des grands groupes sud-coréens au Nord de la péninsule, parallèlement à la conduite d'études sur des projets structurants pour l'économie de l'ensemble de la Corée (comme le raccordement des réseaux routiers et ferroviaires, qui désenclaveraient le Sud de péninsule du reste du continent eurasiatique). 

L'actuel régime drastique de sanctions internationales contre la Corée du Nord ne permet pas aujourd'hui de (nouveaux) investissements économiques sud-coréens, mais le plaidoyer de Séoul pour l'assouplissement des sanctions ne répond pas seulement à des considérations politiques (payer en retour les efforts accomplis par Pyongyang dans son processus de dénucléarisation, tout en soutenant la poursuite du dialogue Nord-Sud, ne pas laisser la Chine être - de loin - le principal partenaire économique de la RPD de Corée), mais aussi à des préoccupations visant à freiner le ralentissement économique en cours - qui ne sont toutefois pas affichées comme telles. En attendant le déblocage de la situation diplomatique qui permettrait d'envisager la levée de tout ou partie des sanctions, les grands groupes sud-coréens n'ont pas eu besoin du feu vert gouvernemental pour envisager l'installation d'unités de production dans la moitié septentrionale du pays, partageant une proximité géographique et une langue commune avec le Sud. S'ajoutent, pour certains groupes, des considérations liées au parcours personnels des membres des familles dirigeant les conglomérats - comme dans le cas de Chung Ju-yung, ancien dirigeant du groupe Hyundai, originaire du Nord.

Des investissements conjoints inter-coréens pourraient s'appuyer soit sur des exemptions explicites, dûment approuvées, au régime international de sanctions contre la Corée du Nord, soit sur une révision générale du cadre des sanctions. Au demeurant, Pyongyang a fait de la levée au moins partielle des sanctions l'une de ses priorités diplomatiques.

En attendant une éclaircie de la situation internationale, les autorités sud-coréennes ont aussi la possibilité de lever tout ou partie des mesures dites du 24 mai, prises après le dramatique naufrage de la corvette Cheonan, attribué jusqu'à présent par Séoul - malgré le caractère peu convaincant de l'enquête officielle, et les conclusions contraires de nombreux experts indépendants - aux autorités nord-coréennes. Un tel geste est à portée de main pour l'administration Moon Jae-in, malgré la levée de boucliers prévisible des conservateurs qui, alors au pouvoir, avaient mis en place les mesures du 24 mai. 

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27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 22:21

Responsable du Département de Corée et de Mongolie à l’Institut d’Extrême-Orient de l’Académie des Sciences de la Fédération de Russie, le chercheur Alexandre Vorontsov a rendu compte des évolutions diplomatiques autour de la péninsule coréenne dans un article publié le 12 octobre 2018 sur le site du club Valdaï, intitulé « La diplomatie des sommets - le nouveau visage de la péninsule coréenne aujourd'hui ». En effet, les rencontres au plus haut niveau deviennent une caractéristique majeure du nouveau cours diplomatique autour de la Corée - ce qui, en contrepoint, peut être perçu comme une mise en cause de l'influence des administrations, de fait souvent peu enclines à adapter leurs grilles d'analyse. Nous publions ci-après une traduction en français de cet article russe, qui met en exergue le rôle d'autres acteurs (Corée du Sud, Russie et Chine) pour comprendre l'inflexion - mais aussi les contradictions - de la position américaine, entre dialogue et pression maximale sur Pyongyang, tout en soulignant la portée exceptionnelle - largement ignorée dans les médias occidentaux - de la déclaration du 19 septembre 2018.

Les leaders de la République populaire démocratique de Corée, de la République de Corée et des États-Unis se sont employés avec énergie et ardeur dans un dialogue personnel direct pour amener la péninsule coréenne du seuil de la guerre où elle est demeurée pendant plusieurs décennies, à un état de paix durable, et à sa complète dénucléarisation. En cas de réussite dans les tâches ainsi mentionnées apparaîtront les conditions et une base de départ pour la formation d’une structure radicalement nouvelle des relations internationales dans la péninsule coréenne et dans la région de l'Asie du Nord-Est.

L'assaut diplomatique

Comme on le sait, depuis le début de cette année et à la surprise de beaucoup d’hommes politiques et d’analystes, la situation militaire et politique dans la péninsule coréenne s'est retournée rapidement - d'une situation de guerre à une perspective de paix - et elle connaît une dynamique sous un format qui est déjà politico-diplomatique.

La « diplomatie des sommets » est devenue la carte de visite caractérisant l'état des affaires dans la péninsule coréenne aujourd'hui. Ont déjà eu lieu trois sommets entre les leaders des deux Corée, trois rencontres entre Kim Jong-un et Xi Jinping, et un sommet entre le président des États-Unis Donald Trump et le « chef suprême » de la RPDC Kim Jong-un le 12 juin à Singapour qui peut réellement être considéré comme historique. Il y a des raisons de s'attendre dans peu de temps à une nouvelle rencontre des chefs des États-Unis et de la RPDC. Figure à l'ordre du jour et, visiblement, déjà au niveau des services du protocole des deux pays, une organisation de la rencontre de Kim Jong-un et de Vladimir Poutine. Le tableau décrit ci-dessus représente un phénomène sans précédent. Dans la pratique mondiale on aura probablement du mal à trouver des exemples analogues à ces si puissants accélérateurs de l'activité diplomatique, opérés au niveau le plus élevé.

Cette tâche dans la recherche de la paix est réellement globale, grandiose et unique, et digne des appréciations les plus flatteuses et les plus enthousiastes.

Ce n’est pas un hasard si les journalistes ont souvent demandé à l'auteur de cet article qui pourrait être lauréat du prix Nobel de la paix, Kim Jong-un, Donald Trump ou Moon Jae-in.

La percée inter-coréenne

Au cours de la visite triomphale à Pyongyang du président de la Corée du Sud Moon Jae-in a été signée la « déclaration commune de septembre 2018 » comprenant beaucoup d'accords significatifs dans divers domaines, et même, ce qui est extrêmement important, dans le domaine militaire. Plus que tout, le fait que le thème de la solidarité inter-coréenne ait retenti beaucoup plus fortement que par le passé a sauté aux yeux des analystes spécialistes de la Corée. Séoul et Pyongyang, de façon plus décisive que jamais, ont accentué la priorité donnée à l'indépendance et à l'autodétermination de la nation coréenne, ainsi que l'aspiration et la volonté de résoudre leurs affaires et leurs problèmes nationaux par leurs propres forces.

La matérialisation d’une nouvelle disposition d'esprit et les réalités pratiques des relations entre Pyongyang et Séoul ont conduit le président sud-coréen à placer au premier plan les intérêts et les objectifs inter-coréens. Fait sans précédent, Séoul n'a pas informé à l’avance les États-Unis de l'accord militaire en préparation avec Pyongyang, à la suite de quoi le commandant en chef des forces armées américaines en Corée du Sud n'a appris qu'a posteriori ce fait très important pour la sécurité de la péninsule coréenne.

Nous avons eu l'occasion de visiter Pyongyang à la fin de septembre dernier et d’examiner avec les politologues locaux les perspectives des relations inter-coréennes à la lumière de la troisième rencontre qui venait de s’achever entre Kim Jong-un et Moon Jae-in.

Il est nécessaire de souligner que nos interlocuteurs avaient une très haute appréciation de cet événement et envisageaient l’avenir avec un optimisme évident. En commentant les accords concrets, insérés dans la Déclaration de Pyongyang sur la reprise de la coopération inter-coréenne économique, très problématique de notre point de vue, dans les conditions rigides imposées par les Américains, y compris les sanctions secondaires, ils mettaient en exergue le point suivant.

Malgré la résistance active du côté américain faisant largement appel aux sanctions, Séoul a quand même ouvert déjà sur le territoire de la zone industrielle de Kaesong, fermée par le gouvernement précédent, un bureau de liaison équipé de tout le nécessaire à un travail normal, y compris l'électricité et l'eau en provenance du territoire de la Corée du Sud. Le début du fonctionnement de cette institution est extrêmement important pour le lancement et la réalisation d’autres projets de coopération inter-coréens et de collaboration réciproque, inscrits dans le document signé à Pyongyang.

En ce qui concerne les programmes très ambitieux fixés par la Déclaration étaient affichées les affirmations suivantes.

Dans le cadre de la restauration du trafic ferroviaire entre les deux Corée prévue avant la fin de cette année sera entamé un travail sur l'itinéraire « occidental » le long de la côte de la mer Jaune comportant une liaison avec la Chine. Selon les estimations des experts nord-coréens, deux ans d’activité en commun seront nécessaires pour l'organisation d’un trafic régulier sur cet itinéraire. Puis commencera le travail sur l'« itinéraire oriental » avec liaison avec la Fédération de Russie.

En premier lieu seront entrepris des efforts pour la restauration du « tourisme dans les monts Kumgang » et les travaux dans la zone industrielle commune à Kaesong.

En ce qui concerne les plans de création d’une zone spéciale économique le long de la côte occidentale, il y accord réciproque. Ont commencé les consultations pour étudier la mise en œuvre. En ce qui concerne une zone spéciale économique touristique sur la côte orientale, il s’agit d’un accord de principe. L’assurance a été donnée que, pour la première fois, le 11e anniversaire de la déclaration du 4 octobre (le « deuxième sommet inter-coréen », suivant une idée constamment soutenue par Pyongyang, mais non par Séoul) et le 100anniversaire du mouvement du Premier mars 1919 (événement, qui traditionnellement est fêté largement au Sud, mais qui en RPDC était ignoré jusqu’ici) seront solennellement commémorés. Un espoir sérieux est né de voir que la présidence actuelle de Moon Jae-in permette de maintenir sous contrôle son opposition de droite, et de moderniser les relations américano-sud-coréennes vers la garantie d’une plus grande indépendance de la République de Corée.

Chez nous il n’y a aucun doute sur le fait que les résultats fructueux du troisième sommet inter-coréen à Pyongyang ont surpassé les attentes, probablement, de beaucoup d’hommes politiques dans le monde. De plus il s’est créé une impression d’attentes surévaluées et d’appréciations excessivement optimistes chez nos interlocuteurs.

La réaction de Donald Trump

Il est naturel que les résultats du sommet à Pyongyang aient beaucoup inquiété Washington. Les occupants de la maison Blanche ont ressenti encore plus vivement qu’ils deviennent des outsiders à la traîne dans le processus de plus en plus bouillonnant et dynamique de réconciliation inter-coréenne et de règlement du problème coréen.

Les raisons sont évidentes. Après le sommet fructueux États-Unis- RPDC à Singapour le 12 juin 2018 une dualité et une contradiction ont commencé à se manifester de plus en plus clairement dans la politique des États-Unis. D'une part, le chef de la Maison Blanche continuait à faire des révérences à l'adresse de Kim Jong-un, et d’autre part les actions des États-Unis se développaient selon le programme intransigeant des forces conservatrices de droite. Restent ainsi en vigueur la politique de maintien intégral des sanctions américaines et de la campagne de pression maximum contre la Corée du Nord jusqu'à la réalisation définitive par celle-ci de sa dénucléarisation complète irréversible et vérifiable, quelles que soient les réductions profondes et graduelles de ses armements par le Nord.

Mais Pyongyang a fait savoir nettement qu'il a l'intention de réaliser la dénucléarisation, aux dires de l'ambassadeur de la RPDC à Moscou, « seulement progressivement et en synchronisation avec les actions en retour de la part de Washington, en approfondissant la confiance mutuelle ». Et Séoul l'a pratiquement soutenu dans une telle approche. Et pas seulement Séoul. Dans les derniers mois et semaines la solitude stratégique et presque l'isolement des États-Unis quant à la poursuite de la ligne de pression maximum contre la RPDC ont commencé à se manifester toujours plus clairement. Non seulement la Russie et la Chine, et maintenant la Corée du Sud, mais aussi une série d’états d’Europe et d’ailleurs parlent de la contradiction entre des sanctions étranglant la Corée du Nord, prises suite aux provocations incessantes de sa part, et les réalités de la situation actuelle, marquée par un changement radical d'attitude de Pyongyang, et une nette amélioration de la situation militaro-politique dans la péninsule coréenne. Ceci s'est manifesté distinctement dans les interventions de plusieurs délégations au cours de la 73e session de l’Assemblée générale de l'ONU en septembre dernier. Autre exemple : la tenue à Moscou le 9 octobre des premières consultations à trois parties entre collaborateurs des ministres des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, de la République Populaire de Chine et de la République populaire démocratique de Corée. Il est ainsi souligné dans le communiqué final : « Prenant en compte les importants pas dans la direction de la dénucléarisation accomplis par la RPDC, les parties ont trouvé nécessaire et opportun de procéder à la révision par le Conseil de Sécurité de l'ONU des mesures de sanctions contre la RPDC. Une position commune contre les sanctions unilatérales est affirmée. »

Tout cela constitue assurément l'une des raisons majeures pour lesquelles Donald Trump, après avoir annulé la quatrième visite du secrétaire d'État américain Mike Pompeo à Pyongyang il y a trois semaines, l'a envoyé là-bas cette fois « dans la foulée » de la rencontre entre les chefs du Sud et du Nord. Cette fois Pompeo, arrivé à Pyongyang le 7 octobre, a mené des négociations très fructueuses et a eu une longue conversation avec Kim Jong-un (comme on le sait, pendant la visite précédente en juillet le secrétaire d'État n'avait pas été reçu par le leader de la RPDC). L'information sur le bilan de ces négociations est insuffisante. Mais on sait que les parties se sont mises d'accord pour créer des groupes de travail d’experts en vue de procéder aux actions pratiques de réalisation du processus de dénucléarisation, notamment un accord sur la liste des sites et moyens balistiques et nucléaires de la RPDC.

Il est possible que Trump ait tiré les conclusions nécessaires et ait réussi à « s'obliger » à entendre l'exigence de Pyongyang sur la nécessité de pas réciproques et à modifier précisément une ancienne position extrêmement obstinée, y compris en ce qui concerne l'atténuation graduelle des sanctions.

Si nos hypothèses se confirment, ce peut être le début de la formation d’un nouveau type de relations inter-coréennes, ainsi qu’une mise à jour significative du caractère des relations américano-nord-coréennes et américano-sud-coréennes. Et sur cette base peut apparaître une structure renouvelée des relations internationales dans et autour de la péninsule coréenne, dans laquelle le rôle indépendant du facteur intra-coréen sera beaucoup plus élevé.

 

Traduit du russe pour l’AAFC par YB.

 

Article original en russe :

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 22:01

Le 25 octobre 2018, les deux gouvernements coréens ont achevé le processus de démilitarisation de la zone commune de sécurité (acronyme anglais : JSA) située de part et d'autre du 38e parallèle, dans la zone démilitarisée. L'Association d'amitié franco-coréenne salue cette mesure qui met en oeuvre l'une des dispositions des mesures adoptées conjointement lors du sommet de Pyongyang de septembre 2018, permettant de diminuer les tensions ainsi que les risques d'affrontement accidentels, et s'inscrit dans le cadre de la déclaration du 19 septembre 2018 : mettre un terme aux rapports hostiles militaires en adoptant des mesures de confiance mutuelle, dont la portée dépasse de loin la dimension symbolique. 

La zone commune de sécurité (JSA) : enfin démilitarisée !

Pendant 20 jours, à compter du 1er octobre 2018, Nord et Sud-Coréens ont procédé à un travail de déminage dans la JSA, qui a par ailleurs permis de mettre à jour les restes de soldats morts pendant la guerre de Corée. Les vérifications sont prévues les 26 et 27 octobre 2018. 

Le 25 octobre, le retrait des postes militaires, des troupes et des armes à feu est devenu effectif à 13 h (heure locale), dans ce qui est devenu désormais l'une des
toutes premières zones tampons, démilitarisée, entre les deux parties de la Corée. Chacune des deux parties (Nord et Sud) pourra stationner 35 hommes (dont 5 officiers) dans la zone, qui sera ouverte aux civils coréens et aux touristes étrangers de 9h à 17h. 

Des discussions vont désormais définir le statut de l'organisme conjoint qui sera chargé de la gestion de la JSA.

Le processus de désarmement a été mené conjointement avec le Commandement des Nations unies en Corée (acronyme anglais : UNC), traduisant ainsi l'implication des Etats-Unis au-delà des échanges Nord-Sud. Alors que les secteurs (minoritaires) de l'opinion sud-coréenne hostiles à la politique de rapprochement inter-coréen avaient dénoncé une attitude qui consistait, selon eux, à mettre les Etats-Unis devant le fait accompli (traduisant que ces néo-conservateurs se sentent plus américains que sud-coréens...), une des vertus de cette mesure est également d'engager concrètement Washington sur la voie de la paix et du désarmement dans la péninsule coréenne - alors que le dialogue entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée en est encore à ses débuts..

Source : 

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14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 21:53

Le 12 octobre 2018 (près du pont des Arts) et le 14 octobre 2018 (près du centre Beaubourg), quatre artistes coréens ont effectué une performance à Paris pour la paix en Corée : la peintre Bae Dallae, le mime Lee Jung-hun, la violoncelliste Moon Jiyoon et le musicien Lee Han-joo, qui se sont par ailleurs produits pour les "femmes de réconfort" les 10, 11 et 13 octobre 2018, ont exprimé leur volonté qu'advienne une ère de paix et de prospérité, ouvrant la voie vers la réunification.

Un spectacle pour la paix en Corée

Pour l'Occidental, à qui la Corée évoque au mieux un pays lointain situé quelque part très à l'Est sur le continent eurasiatique, parler de division nationale est une question abstraite - mis à part pour les Allemands, qui ont eu, eux, à souffrir de la partition de leur pays pendant plus de quatre décennies. Mais l'histoire du peuple coréen depuis 1945 est modelée par cette séparation subie, produit d'une guerre froide qui n'a jamais pris fin sur le sol de la péninsule, à laquelle le spectaculaire rapprochement inter-coréen en cours ouvre l'espoir de mettre un terme - par l'action des Coréens eux-mêmes, sans ingérence extérieure.

La troupe artistique sud-coréenne a exprimé sa volonté et son espoir d'une ère nouvelle, vers une réunification symbole d'une explosion de couleurs - et de joie, joie de retrouver ses proches et une unité nationale plus que millénaire. Il est fréquent de figurer les deux parties divisées de la Corée sous des traits masculins et féminins : ici, Bae Dallae et Lee Jung-hun ont représenté la séparation puis l'union des corps, tout au long d'une performance impliquant une participation du public qui agitait les drapeaux de la Corée unifiée (la carte en bleu de la péninsule frappée sur fond blanc) et lançait des avions en papier multicolores vers les deux danseurs. Car la réunification et le dialogue inter-coréens seront bien l'expression d'une volonté collective, mobilisant l'élan de toute une nation.

A l'issue de la spectacle donné le 14 octobre 2018, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne, a souligné que celui-ci coïncidait avec la venue en Europe du Président Moon Jae-in, qui cherche en France - auprès du Président Emmanuel Macron, rencontré le 15 octobre - un soutien effectif à sa politique de rapprochement et de dialogue Nord-Sud, pour écarter définitivement les risques de guerre dans une péninsule dévastée par le feu des armes il y a 65 ans.

A cette fin, les organisateurs ont convié les participants à signer une pétition pour la paix en Corée et son corollaire immédiat : la levée des sanctions qui frappent les populations nord-coréennes et sont aujourd'hui en déphasage avec l'engagement de la Corée du Nord sur la voie de sa dénucléarisation.

Un spectacle pour la paix en Corée
Un spectacle pour la paix en Corée
Un spectacle pour la paix en Corée
Un spectacle pour la paix en Corée
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5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 22:12

Pour la première fois, la déclaration Nord-Sud du 4 octobre 2007 donne lieu à des commémorations conjointes des deux gouvernements coréens - en l'occurrence à Pyongyang, capitale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Réunion au Palais de la culture du peuple, à Pyongyang, le 5 octobre 2018

Réunion au Palais de la culture du peuple, à Pyongyang, le 5 octobre 2018

Forte de 160 personnes, la délégation sud-coréenne présente au nord de la péninsule pour la commémoration conjointe est dirigée par Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification, et Lee Hae-chan, président du parti Minjoo (démocrate, au pouvoir), et par ailleurs directeur exécutif de la Fondation Roh Moo-hyun. Si la veuve de l'ancien président sud-coréen, co-signataire de la déclaration du 4 octobre 2007 avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, n'a pas pu voyager en RPD de Corée, Geon-ho, le fils de l'ancien président Roh, fait partie de la délégation sud-coréenne en visite au nord.

Lors du rassemblement qui a eu lieu au Palais des études du peuple, Kim Yong-nam, président du Praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée, a exprimé son souhait de voir se développer les relations inter-coréennes dans tous les domaines. Ri Son-gwon, président du Comité pour la réunification pacifique de la patrie, basé au nord, a formulé le vœu de la reprise du tourisme inter-coréen dans les monts Kumgang et des activités de la zone économique de Kaesong.

En marge des cérémonies, des discussions ont également eu lieu pour détailler la reprise des échanges inter-coréens, conformément aux déclarations de Panmunjom du 27 avril 2018 et de Pyongyang du 19 septembre 2018, adoptées lors des deux sommets Nord-Sud entre les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in.

La volonté commune est d'empêcher que les aléas politiques ne bloquent la mise en œuvre des accords Nord-Sud, comme cela avait été le cas pour les déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 après le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul, en 2008.

Sources :
- KCNA ;

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27 septembre 2018 4 27 /09 /septembre /2018 19:28

Il y a un an, le Président américain Donald Trump menaçait de "détruire complètement" la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à la tribune des Nations Unies. Lors du débat général de la 73e session, qui s'est ouvert le 25 septembre 2018, le ton a radicalement changé - alors que les deux Etats coréens se sont engagés, depuis le début de l'année 2018, dans un processus accéléré de rapprochement et ont plaidé conjointement pour la dénucléarisation, la paix et la sécurité collective dans la péninsule coréenne. L'Association d'amitié franco-coréenne examine les déclarations et positions adoptées par trois des protagonistes du dossier coréen dans le contexte de la session 2018 de l'assemblée générale : les Etats-Unis d'Amérique, la République de Corée et le Japon.

La 73e session de l'Assemblée générale des Nations unies

La 73e session de l'Assemblée générale des Nations unies

Donald Trump, entre enthousiasme réel et répétition à la tribune des éléments de langage préparés par son administration

Le 26 septembre, dans le contexte de l'assemblée générale des Nations Unies, Donald Trump a fait état d'une "lettre extraordinaire" qu'il a reçue du Président Kim Jong-un, avant un second sommet dont la préparation conduira à une nouvelle visite du secrétaire d'Etat Mike Pompeo en RPD de Corée dès octobre. Tout en remerciant pour leurs efforts diplomatiques la Corée du Sud (il avait reçu le Président Moon Jae-in le 24 septembre), la Chine et (plus curieusement, effet de l'alliance nippo-américaine ?) le Japon, le président américain a exprimé sa conviction que la RPD de Corée était déterminée à avancer sur la voie de la paix et de la prospérité :

Je viens de montrer une lettre que j'ai reçue hier du dirigeant Kim, qui est une lettre extraordinaire (...) J'ai reçu d'autres lettres du dirigeant Kim. Il veut voir se réaliser des choses formidables pour la Corée du Nord, pour en faire une puissance économique, et ils ont le potentiel pour accomplir cela (...) Je crois que le dirigeant Kim Jong-un, un homme que j'ai appris à connaître et à aimer bien, veut la paix et la prospérité pour la Corée du Nord (...) Beaucoup de choses se passent dans les coulisses, loin des médias, ce que personne ne sait, mais elles se produisent néanmoins et elles se déroulent de manière très positive. Je pense donc que vous aurez de très bonnes nouvelles en provenance de Corée du Nord dans les mois et les années à venir.»

Yonhap

Conscient que fixer une date butoir pour la dénucléarisation de la RPD de Corée (comme l'y appellent les faucons de son administration) est le meilleur moyen de faire échouer le dialogue avec Pyongyang, le Président Donald Trump a déclaré, lors d'une conférence de presse, qu'il refusait de se laisser prendre dans un "jeu du calendrier", et que l'essentiel était de poursuivre le moratoire sur les essais nucléaires et balistiques (auxquels il semble avoir assimilé les tests d'engins spatiaux, dont les finalités sont pourtant très différentes) :

Si cela prend deux ans, trois ans ou cinq mois, peu importe. Il n'y a pas de test nucléaire et il n'y a pas de test de fusées.

Yonhap

Ces propos font écho aux déclarations du Président Kim Jong-un rapportés par des officiels sud-coréens, selon lesquels le dirigeant nord-coréen envisagerait une dénucléarisation de la péninsule coréenne avant la fin du mandat de quatre ans du président américain (soit fin 2021). Cette date butoir n'a toutefois été confirmée ni par des sources nord-coréennes, ni dans le cadre du dialogue américano-nord-coréen. Elle est revanche crédible avec la volonté probable de Pyongyang d'éviter qu'un changement éventuel de locataire à la Maison Blanche ne remette en cause la pérennité du processus engagé.

En même temps, le discours de Donald Trump devant les Nations Unies - probablement écrit par ses conseillers - a été en revanche très conventionnel, sans aspérités ni déclaration marquante, en réaffirmant surtout qu'il n'y aurait pas de levée des sanctions avant l'achèvement du processus de dénucléarisation de la Corée du Nord. Une telle affirmation est le meilleur moyen de faire échouer le dialogue avec Pyongyang, et correspond à une constante du discours américain actuel.

Moon Jae-in : favoriser la pleine intégration de Pyongyang sur la scène internationale

Soucieux de convaincre les autres membres des Nations Unies de la nécessité de prendre en compte la nouvelle priorité accordée par la RPD de Corée à l'économie, le Président Moon Jae-in a exhorté la communauté internationale à aider à la pleine intégration de la RPD de Corée :

Le 20 avril, la Corée du Nord a officiellement mis fin à sa politique de développement nucléaire et concentre à présent tous ses efforts dans le développement économique (...) La Corée du Nord est sortie d'elle-même de son long isolement pour s'ouvrir à nouveau au monde (...) Maintenant, il est temps pour la communauté internationale de répondre au nouveau choix et aux efforts de la Corée du Nord.

Yonhap

S'agissant des relations inter-coréennes, Séoul a d'ailleurs formulé de nouvelles propositions : le 27 septembre 2018, Kim Young-choon, ministre de la Pêche et des Océans, a fait part de la possibilité - discutée avec ses interlocuteurs nord-coréens - de créer une zone de pêche commune près de la frontière maritime occidentale ainsi que de moderniser certains ports nord-coréens.

L'appel à saisir la main tendue par Pyongyang s'adressait en premier lieu aux pays qui n'ont toujours pas établi de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée - parmi lesquels les Etats-Unis, le Japon et la France. Le Japon a exprimé sa volonté d'améliorer les relations bilatérales avec Pyongyang, tandis que la France, une fois de plus, a occulté la question coréenne dans l'intervention à la tribune d'Emmanuel Macron.

Shinzo Abe : pour une rencontre avec Kim Jong-un, vraiment ?

Le Japon étant manifestement soucieux de ne pas être à la remorque des Etats-Unis en se faisant marginaliser sur le dossier nord-coréen, son Premier ministre Shinzo Abe a exprimé sa volonté d'un sommet avec le dirigeant nord-coréen, mais en le limitant visiblement à un unique objet - le rapatriement des Japonais enlevés par les services nord-coréens il y a plusieurs décennies, et constituant un dossier que Pyongyang tend à considérer comme ayant été réglé.

Pour pouvoir résoudre le problème des enlèvements, je suis également prêt à mettre fin à la méfiance mutuelle avec la Corée du Nord, prendre un nouveau départ et rencontrer en face-à-face le président Kim Jong-un.

France 24

Mais le Japon est-il sincère dans sa volonté de dialogue avec Pyongyang - Shinzo Abe ayant quand même dû préciser qu'aucun sommet n'est en cours actuellement ? On peut en douter, tant le Japon a été en pointe, au cours de l'année 2017, pour sanctionner toujours davantage la Corée du Nord, et au regard de l'opportunité qu'ont alors constitué les tensions autour de la péninsule coréenne pour que le Premier ministre conservateur dissolve la chambre basse et élargisse sa majorité - en surfant sur un discours violemment anti-RPDC. 

Sans répondre à la proposition japonaise, le Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, a répondu que le Japon devait d'abord s'excuser pour ses crimes de guerre (des millions de travailleurs forcés, des centaines de milliers d'esclaves sexuelles et également des centaines de milliers de conscrits malgré eux à la fin de la colonisation japonaise) et apporter des compensations - comme il l'a fait par ailleurs sur ce point en 1965, lors de la normalisation des relations diplomatiques entre Séoul et Tokyo :

Notre peuple n'a pas oublié les péchés commis dans le passé par le Japon, même maintenant (...) Sans repentance, excuses et compensations pour les péchés du passé, (le Japon) ne pourra pas vivre avec confiance dans la communauté internationale.

Rodong Sinmun

La porte au dialogue n'est pas fermée. Mais Tokyo devra encore faire un effort pour l'ouvrir.

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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 21:25

Au troisième jour de sa visite en République populaire démocratique de Corée, ayant conduit à l'adoption de l'ambitieuse déclaration commune du 19 septembre riche de promesses pour la paix et le dialogue dans la péninsule et où il a été le premier président sud-coréen à s'adresser en public aux Nord-Coréens, Moon Jae-in, Président de la République de Corée, gravi le 20 septembre 2018 le Mont Paektu, aux côtés de Kim Jong-un, Président de la Commission des Affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette visite, proposée par le dirigeant nord-coréen, rendait compte du goût du président sud-coréen pour la randonnée en montagne - en 2004, il avait effectué une longue randonnée dans l'Himalaya. Elle a surtout été riche de symboles pour la réunification : le Mont Paektu est le point culminant de la péninsule coréenne, haut de 2 744 mètres ; il constitue le lieu mythique de naissance du peuple coréen - et selon les historiens nord-coréens aurait été le site de combats révolutionnaires anti-japonais menés par le Président Kim Il-sung, fondateur de la RPDC, et le Dirigeant Kim Jong-il y serait né le 16 février 1942. 

Une visite au Mont Paektu riche en symboles pour la réunification de la Corée

En accédant au Mont Paektu, le Président Moon Jae-in a formulé le voeu que beaucoup d'autres Sud-Coréens se rendent également, à l'avenir, au point culminant de la péninsule coréenne - et de fait, la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007 - restée sur ce point lettre morte - avait prévu la mise en place d'une ligne aérienne depuis Séoul et l'ouverture d'un tourisme inter-coréen au Mont Paektu, qui abrite le magnifique lac volcanique Chonji, ou lac du Paradis.

A cet égard, la première dame nord-coréenne Ri Sol-ju a déclaré à ses invités sud-coréens : 

Il existe de nombreuses légendes sur le mont Paektu. Une d'entre elle dit qu'un dragon y vivait et qu'il est monté (au paradis). Une autre raconte que des fées sont descendues du paradis pour y prendre un bain tant l'eau est propre. Maintenant que vous êtes venus ici, une nouvelle légende a été créée.

Pour sa part, la première dame sud-coréenne Kim Jung-sook était venue avec une bouteille d'eau de l'île de Jeju, à l'extrémité sud de la péninsule : elle en a vidé la moitié dans le lac Chonji et rempli l'autre moitié d'eau du lac, en symbole d'unification nationale.
 

Une visite au Mont Paektu riche en symboles pour la réunification de la Corée

Principale source : 

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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 21:14

Au deuxième jour de la visite du Président Moon Jae-in au Nord de la Corée, le 19 septembre 2018, de multiples accords et promesses témoignent d'une volonté résolue d'aller de l'avant dans les relations Nord-Sud et pour garantir la paix sur la péninsule coréenne. Le Président Kim Jong-un avait déjà signifié toute l'importance qu'il accorde à la visite du chef d'Etat sud-coréen en l'accueillant personnellement à l'aéroport puis en le recevant au siège du Comité central du Parti du travail de Corée. L'Association d'amitié franco-coréenne passe en revue les échanges extrêmement riches intervenus entre Nord et Sud-Coréens, qui attestent de l'ouverture d'une nouvelle ère sur le chemin de la réunification - après les graves reculs enregistrés pendant la décennie perdue pour la réunification (2008-2017) au cours des présidences Lee Myung-bak et Park Geun-hye.

Relations inter-coréennes : l'ouverture d'une nouvelle ère

De nouveaux engagements de Pyongyang sur la voie de la dénucléarisation, pour peu que les Etats-Unis jouent le jeu des garanties de sécurité

C'était le sujet le plus scruté par les médias occidentaux : la République de Corée (RC) allait-elle discuter avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) de nouvelles mesures sur la voie de la dénucléarisation, alors que le dialogue entre Washington et Pyongyang est actuellement au point mort (fin août 2018, le Président Donald Trump avait annulé en dernière minute la visite à Pyongyang du secrétaire d'Etat Mike Pompeo) ? Auparavant, le Président Kim Jong-un avait proposé une nouvelle rencontre au président américain, après le sommet du 12 juin à Singapour.

Lors d'une conférence de presse retransmise en direct à Séoul, le Président Moon Jae-in a fait savoir l'engagement des autorités nord-coréennes de franchir de nouvelles étapes sur la voie de la dénucléarisation, en particulier la fermeture définitive de son principal site de test de moteurs de missile :

Le Nord a convenu de fermer définitivement son site de tests de moteurs de missile de Tongchang-ri et son pas de tir en présence d'experts de pays concernés.

De même, la RPDC a envisagé la fermeture définitive de son site d'essais nucléaires de Yongbyon.

Ces engagements nord-coréens sont toutefois subordonnés à la prise de mesures correspondantes par les Etats-Unis, qui tardent jusqu'à présent tant à lever tout ou partie des sanctions prises contre la RPDC qu'à préciser le contenu des garanties de sécurité et de non-agression qu'ils apporteraient à la RPDC en contrepartie de sa dénucléarisation.

Les propositions nord-coréennes ont été saluées par le président américain Donald Trump dans un tweet et un sommet entre Washington et Séoul entre les Présidents Moon et Trump aura lieu le 24 septembre 2018, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Le Président Moon Jae-in informera alors plus en détail son homologue américain des intentions nord-coréennes.  

Des mesures conjointes pour assurer la sécurité et réduire les tensions

Un des volants les plus ambitieux du sommet, complétant très significativement les objectifs fixés dans la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, a été l'accord signé à Pyongyang, le 19 septembre 2018, au niveau des ministres de la Défense de la RC et de la RPDC :

- création de zones tampons, sur terre, sur mer (parallèlement à la réaffirmation de l'objectif de mettre en place une zone de pêche commune) et dans les airs (avec des dérogations pour la lutte contre les feux de forêts ou les transports de patients) - afin d'abaisser les tensions et éviter les affrontements accidentels, qui n'ont, selon l'AAFC, que trop souvent endeuillé les relations Nord-Sud ;
- suspension des exercices militaires près de la ligne de démarcation militaire, à compter du 1er novembre 2018 ;
- retrait de postes de garde à la frontière (à commencer par 11 postes de garde par le Nord et 11 postes de garde par le Sud d'ici la fin de l'année 2018) ;
- mesures en vue du désarmement de la zone conjointe de sécurité (acronyme anglais : JSA) ;
- mesures pour l'utilisation conjointe de l'estuaire du fleuve Han ;
- mise en place d'un programme de recherche des restes de soldats se trouvant dans la zone démilitarisée (DMZ).

Une commission militaire conjointe sera établie pour assurer le suivi de l'accord.

La reprise et le développement des échanges inter-coréens à caractère civil : vers un sommet inter-coréen à Séoul

Dans la continuité de la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, la déclaration signée à Pyongyang par les deux dirigeants le 19 septembre 2018 a prévu le lancement, avant la fin de l'année 2018, des travaux pour le rétablissement de leurs liaisons ferroviaires et routières.

Ils ont également convenu la réouverture de la zone économique spéciale de Kaesong, fermée en février 2016, et du complexe touristique inter-coréen des Monts Kumgang, arrêté en juillet 2008, mais - précision importante - quand les conditions auront été réunies. Cette formulation fait allusion aux sanctions internationales prises contre la RPDC qui font aujourd'hui obstacle à la relance de deux politiques phares des échanges et de la coopération Nord-Sud.

Le Nord et le Sud participeront ensemble à des événements sportifs internationaux, comme les Jeux olympiques de 2020. L'objectif a été fixé d'une co-organisation des Jeux olympiques d'été de 2032, ce qui serait une mesure sans précédent dans les relations inter-coréennes et d'autant plus exceptionnelle que les Jeux olympiques de Séoul, en 1988, avaient été boycottés par la RPDC, qui avait souhaité pouvoir accueillir certaines épreuves.

Enfin, le Président Kim Jong-un a indiqué vouloir se rendre à Séoul dans un avenir proche (soit avant la fin de l'année 2018 d'après le Président Moon Jae-in) : ce serait la première fois qu'un sommet inter-coréen aurait lieu au sud de la zone démilitarisée.

Sources :

KCNA

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