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19 août 2018 7 19 /08 /août /2018 13:21

Le 18 août 2018, les athlètes nord et sud-coréens ont défilé ensemble, sous le drapeau de la Corée réunifiée, lors de la cérémonie d'ouverture des dix-huitièmes Jeux asiatiques d'été (Asiad) au stade Gelaro Bung Karno, à Jakarta, en Indonésie. C'était la onzième fois que les Coréens marchaient ensemble lors de l'ouverture d'une compétition sportive internationale - et la deuxième fois cette année après les Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang. Alors que des équipes conjointes ont été constituées dans plusieurs disciplines, les Jeux asiatiques apparaissent comme une nouvelle manifestation du rapprochement Nord-Sud dans le domaine sportif - aujourd'hui à la pointe de la reprise des échanges inter-coréens. 

Rapprochement sportif inter-coréen : émotion et fierté lors du défilé conjoint en ouverture des Jeux asiatiques

Avec un millier d'athlètes, les Coréens - du Nord et du Sud - sont la nation la plus fortement représentée aux 18e Jeux asiatiques, devant l'Indonésie et la Chine - mais si l'on compte séparément les Nord et les Sud-Coréens, les Sud-Coréens n'arrivent qu'en troisième place. 

Non seulement les objectifs en termes de médailles sont une fois encore élevés (pour mémoire, aux précédents Jeux asiatiques, à Incheon, en 2014, la Corée du Sud s'était classée deuxième au tableau des médailles, avec 79 médailles d'or, 70 médailles d'argent et 79 médailles de bronze, et la Corée du Nord septième avec 11 médailles d'or, 11 médailles d'argent et 14 médailles de bronze), mais la constitution d'équipes conjointes inter-coréennes donnent un fort contenu politique et diplomatique à cette compétition : les trois sports concernés sont le basketball féminin, l'aviron (dans trois épreuves) et les courses de bateau-dragon, un sport nautique d'équipe propre à l'Asie qui utilise une pirogue appelée bateau-dragon. Le bateau de l'équipe masculine (qui participera aux épreuves sur 200 m, 500 m et 1 000 m) a été baptisé du nom de Taedong, le fleuve qui arrose Pyongyang, et celui de l'équipe féminine (qui concourra sur les distances de 200 m et 500 m), Hangang, le fleuve qui baigne Séoul.

C'est ainsi sous les acclamations de soutiens venus de toute la Corée que les athlètes ont défilé ensemble, tandis que le Premier ministre sud-coréen Lee Nak-yeon et le vice-Premier ministre nord-coréen Ri Ryong-nam se levaient ensemble, en se tenant par la main et en levant les bras au ciel, lorsque sont apparus les sportifs du Pays du matin calme.

Le Premier ministre sud-coréen Lee Nak-yeon (à gauche) et le vice-Premier ministre nord-coréen Ri Ryong-nam, lors de l'ouverture des Jeux asiatiques, le 18 août 2018

Le Premier ministre sud-coréen Lee Nak-yeon (à gauche) et le vice-Premier ministre nord-coréen Ri Ryong-nam, lors de l'ouverture des Jeux asiatiques, le 18 août 2018

Alors que lors du défilé d'ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang, le porte-drapeau masculin était un Sud-Coréen plus âgé (Won Yun-jong, né en 1985) et la porte-drapeau une Nord-Coréenne plus jeune (Hwang Chung-gum, née en 1995), pour les Jeux asiatiques de Jakarta-Palembang les deux porte-drapeaux de la Corée étaient cette fois un Nord-Coréen plus jeune (Ju Kyong-chol, footballeur né en 1997) et une Sud-Coréenne plus âgée (Lim Yung-hui, née en 1980, capitaine de l'équipe de basketball dont elle est la doyenne, et qui comprend aussi des Nord-Coréennes). La Corée a été la quinzième équipe à entrer dans le stade, tandis que retentissait le chant Arirang, pièce maîtresse du patrimoine folklorique commun à toute la péninsule.

La basketteuse Lim Yung-hui (Sud) et le footballeur Ju Kyong-chol (Nord), porte-drapeaux de l'équipe coréenne unifiée lors de la cérémonie d'ouverture

La basketteuse Lim Yung-hui (Sud) et le footballeur Ju Kyong-chol (Nord), porte-drapeaux de l'équipe coréenne unifiée lors de la cérémonie d'ouverture

D'autres événements sportifs inter-coréens récents montrent qu'il s'agit d'un des domaines où la coopération Nord-Sud est la plus florissante : après la victoire de l'équipe mixte inter-coréenne lors de l'Open de Corée, le 21 juillet 2018 à Daejeon, des jeunes footballeurs sud-coréens ont participé du 13 au 18 août 2018 à un tournoi international des moins de 15 ans (U15) à Pyongyang réunissant également des joueurs biélorusses, chinois, ouzbeks et russes, et des matchs de football inter-coréens ont eu lieu à Séoul, le 11 août 2018, entre les travailleurs des deux pays. A cette occasion, la délégation nord-coréenne s'est rendu sur la tombe de Jeon Tae-il, ouvrier du textile s'étant immolé par le feu en 1970 pour dénoncer les conditions du travail alors en vigueur dans le sud de la Corée. 

Principales sources : 

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 11:47

Le 15 août, jour de la libération de la Corée de la colonisation japonaise (1910-1945), est célébré dans les deux parties de la péninsule divisée. Au Sud, il s'agit également de la fête nationale : le 15 août 2018, à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation de la République de Corée proclamée le 15 août 1948, le Président Moon Jae-in a prononcé un discours au Musée national de Corée à Yongsan, à Séoul, où il a souligné la nécessité de surmonter la division nationale, en observant que  "même si l'unification politique est encore bien loin de nous, établir la paix entre le Sud et le Nord, visiter librement les deux [parties divisées de la Corée] et former une communauté économique conjointe seraient une véritable libération pour nous [Coréens]". Cette thématique de la libération totale de la Corée en mettant fin à la séparation et à la division est partagée avec la République populaire démocratique de Corée, alors que la tenue du troisième sommet inter-coréen à Pyongyang vient d'être annoncée d'ici fin septembre 2018. 

Le Président Moon Jae-in, le 15 août 2018

Le Président Moon Jae-in, le 15 août 2018

Pour fonder le sentiment de communauté nationale, certaines références sont incontournables. Pour les Coréens, le combat pour l'indépendance est rappelé lors de la célébration de la libération, le 15 août. Dans son discours du 15 août 2018, prononcé symboliquement à Yongsan qui a été pendant 114 ans une base militaire japonaise puis américaine en plein coeur de Séoul (cet emplacement doit désormais devenir un parc à vocation écologique), le Président Moon Jae-in a mis l'accent sur la lutte des femmes dans le combat pour la restauration de la souveraineté nationale : 

Même si les femmes subissaient de fortes discriminations tant en raison du système patriarcal que des inégalités économiques et sociales, elles se sont engagées dans le mouvement pour l'indépendance avec une indomptable volonté.

La travailleuse Kang Ju-ryong de l'Usine de caoutchouc Pyeongwon à Pyongyang a lancé un mouvement de protestation sur le toit du Pavillon Eulmildae, haut de 12 mètres, pour dénoncer les réductions unilatérales de salaires par le Japon impérialiste en 1931. Elle a crié pour la libération des femmes et la libération du travail.

A cette époque, les salaires des travailleurs coréens représentaient moins de la moitié de ceux des travailleurs japonais, et les travailleuses coréennes gagnaient elles-mêmes moins de la moitié de ce que percevaient leurs collègues masculins. Sa résistance acharnée a conduit à sa mort deux mois après sa libération de prison. Elle a été décorée à titre posthume, en 2007, de la médaille patriotique, dans le cadre de l'Ordre du Mérite pour la Fondation nationale.

En 1932, Gujwa-eup sur l'île de Jeju a été l'épicentre d'un combat par les plongeuses anti-japonaises lancé par cinq femmes : Ko Cha-dong, Kim Gye-seok, Kim Ok-nyeon, Bu Deok-nayng et Bu Chun-hwa. Le mouvement de lutte anti-japonais s'est étendu à près de 800 plongeuses, et quelque 17 000 femmes ont participé à 238 rassemblements pendant trois mois. Aujourd'hui, un monument au mouvement anti-japonais des plongeuses de l'île de Jeju a été dressé à Gujwa-eup.

Depuis le Jour de la Libération l'an dernier, le gouvernement a identifié 202 combattantes indépendantistes et leurs noms figurent fièrement dans l'histoire de la Libération. Parmi elles, 26 patriotes ont été distinguées en recevant aujourd'hui des honneurs et des décorations. Les autres continueront d'être honorées.

Tous les efforts pour la Libération recevront le crédit et l'estime qu'ils méritent. Le gouvernement continuera d'identifier davantage de combattants du mouvement pour l'indépendance sans discrimination fondée sur le genre ou le rôle qu'ils ont joué. Je suis convaincu que la complète mise à jour de l'histoire inconnue du mouvement d'indépendance et des militants pour l'indépendance marquera l'accomplissement d'une nouvelle libération.

Revenant par ailleurs sur les progrès accomplis depuis sept mois dans le dialogue entre les différentes parties impliquées dans la péninsule coréenne, le Président Moon Jae-in a rappelé l'alliance américano-sud-coréenne et fait une mention particulière des efforts accomplis par la Chine de Xi Jinping et l'Allemagne d'Angela Merkel. Il a aussi souligné que la paix, allant de pair avec la dénucléarisation de la péninsule, figurerait à l'ordre du jour du sommet de Pyongyang, en septembre 2018, ainsi que le développement des échanges Nord-Sud, sur la base de la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 : 

Je visiterai Pyongyang le mois prochain en portant les voeux du peuple (coréen]. Nous, les deux dirigeants, confirmerons la mise en oeuvre de la Déclaration de Panmunjom et ferons un pas décisif vers la déclaration de la fin de la guerre de Corée et la signature d'un traité de paix, ainsi que la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne.

A cet égard, pour lever notamment les réticences d'une partie de l'opinion publique, en Corée du Sud et à l'étranger, quant au coût supposé de la réunification, le président sud-coréen a mis en avant les bénéfices économiques à attendre de la formation d'une communauté économique inter-coréenne, en citant explicitement l'exemple de la construction européenne : 

Selon une étude effectuée par un think tank public, l'impact économique de la coopération économique entre le Sud et le Nord devrait atteindre 170.000 milliards de wons (150 milliards de dollars) sur les 30 prochaines années.

Selon le Président Moon Jae-in, les bénéfices proviendront notamment du rétablissement des liaisons ferroviaires inter-coréennes, de l'exploitation de certaines ressources naturelles et de la reprise des activités des zones économiques de Kaesong et des Monts Kumgang.

Il s'agit d'une feuille de route ambitieuse, dont la mise en oeuvre dépend de la volonté des différentes parties et, s'agissant du projet économique, de la levée de sanctions économiques qui tuent les populations. 

Sources : 

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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 21:09

A l'issue d'une rencontre entre délégations nord et sud-coréennes de haut niveau le 13 août 2018 dans la zone démilitarisée, les deux parties ont convenu - dans un communiqué de presse conjoint - de l'organisation d'un troisième sommet inter-coréen à Pyongyang (après ceux de juin 2000 et d'octobre 2007) d'ici fin septembre 2018 - à une date plus précise restant donc à confirmer publiquement. Après les deux rencontres au sommet entre les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in les 27 avril et 26 mai 2018, il s'agit de la mise en oeuvre d'un des engagements pris dans le cadre de la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 (laquelle ne parlait toutefois d'une visite du président sud-coréen à Pyongyang qu' "à l'automne", sans davantage de précisions), témoignant de la reprise concrète des échanges Nord-Sud - qui s'est d'ores et déjà concrétisée par la participation commune à des événements sportifs et culturels (dans les prochains jours, les athlètes des deux parties de la Corée défileront ensemble aux Jeux asiatiques et formeront des équipes communes dans plusieurs disciplines) et la reprise attendue, fin août, des réunions de familles séparées de part et d'autre du trente-huitième parallèle. 

Poignée de mains entre les chefs des deux délégations : pour le Nord (à gauche), Ri Son-gwon, Président du Comité pour la réunification pacifique du pays ; pour le Sud (à droite), Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification

Poignée de mains entre les chefs des deux délégations : pour le Nord (à gauche), Ri Son-gwon, Président du Comité pour la réunification pacifique du pays ; pour le Sud (à droite), Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification

Est-ce le début d'un processus d'institutionnalisation de rencontres au sommet régulières entre le Nord et le Sud ? Le Président Moon Jae-in en avait émis le souhait, et de fait - alors qu'il n'est encore qu'au début de son mandat présidentiel de cinq ans, commencé il y a quinze mois - il aura rencontré plus souvent le dirigeant suprême nord-coréen, le Président Kim Jong-un (trois fois en six mois) que tous ses prédécesseurs, sur une durée pourtant beaucoup plus longue (deux rencontres en près de 70 ans). En relations internationales, des réunions régulières (comme les sommets du G7/G8) permettent en effet d'aborder au plus haut niveau des sujets d'intérêt commun, d'arrêter des priorités et de prendre des décisions communes.

Le troisième sommet inter-coréen à Pyongyang devrait ainsi être d'abord l'occasion de préciser la feuille de route des échanges inter-coréens, telle que définie lors de la déclaration de Panmunjom le 27 avril 2018. La partie Nord a manifesté des attentes face à ce qu'elle perçoit comme des atermoiements du Sud - en particulier dans le domaine économique, où la reprise des échanges - notamment le redémarrage de la zone économique de Kaesong - est entravée par les sanctions internationales prises à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée. En effet, si les autorités sud-coréennes ont envisagé la possibilité d'une levée partielle des sanctions, elles s'en tiennent à une position solidaire de celle de Washington, qui affirme qu'il n'y aura de levée des sanctions qu'à l'issue du processus de dénucléarisation de la Corée du Nord. Pour leur part, les autorités nord-coréennes ont dénoncé les "méthodes de gangster" des Américains, en estimant que leurs gestes de bonne volonté dans le domaine nucléaire et balistique (y compris le rapatriement de restes de soldats américains morts en Corée) n'ont pas été payés de retour. Selon Pyongyang, les Etats-Unis doivent à leur tour préciser les garanties de sécurité qu'ils entendent apporter et s'engager dans une levée au moins partielle des sanctions - les plus sévères jamais mises en place dans le cadre des Nations unies. Pour cela, eu égard notamment à la proximité entre les services secrets sud-coréens et américains (qui sont des canaux privilégiés du dialogue autour de la péninsule coréenne), la Corée du Sud pourrait transmettre des messages aux Américains pour faire réussir le processus engagé lors du sommet de Singapour entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un.

Dans ce contexte, et en attendant que soit précisé le contenu des discussions inter-coréennes qui seront à l'ordre du jour du sommet de septembre 2018, le troisième sommet Nord-Sud à Pyongyang apparaît comme l'une des étapes dans les multiples rencontres diplomatiques entre les acteurs principaux dans la péninsule coréenne (les deux Etats coréens, les Etats-Unis, la Chine et la Russie). 

Ces différents points ont par ailleurs été abordés par Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne, à l'antenne de RT France, dans le journal télévisé de 21h du 13 août 2018.

Source principale : Yonhap

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 08:19

En apparence, tout va bien : de nouvelles rencontres de familles séparées sont prévues fin août, des événements sportifs sont organisés en commun, et les échanges culturels ne sont pas en reste - des films nord-coréens étant par exemple à l'affiche du Festival international du film fantastique de Bucheon... Mais les signes concrets de reprise des échanges inter-coréens ne signifient pas pour autant que d'intenses - et complexes - négociations ne se mènent pas en coulisses, bien au contraire. Dans ce contexte, rendre public son mécontentement ou ses attentes est une tactique de négociation classique, consistant à prendre à partie la (les) opinion(s) publique(s). C'est ce que les deux gouvernements coréens ont fait récemment et quasi-simultanément, ouvertement et sans fards en ce qui concerne l'agence officielle sud-coréenne Yonhap, et pour le Nord plus discrètement (il n'y a pas de changement de ton actuellement vis-à-vis des autorités sud-coréennes dans les dépêches de l'agence officielle nord-coréenne KCNA) mais dans un article au ton incisif du Rodong Sinmun, qui est l'organe officiel du Parti du travail de Corée. 

La ministre des Affaires étrangères sud-coréenne Kang Kyung-wha et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, à New York le 20 juillet 2018

La ministre des Affaires étrangères sud-coréenne Kang Kyung-wha et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, à New York le 20 juillet 2018

Tempête à la Maison Bleue, siège de la présidence sud-coréenne - le Rodong Sinmun, organe officiel s'il en est des autorités nord-coréennes, a critiqué - certes, sans le nommer - le Président Moon Jae-in, ce dont a rendu compte l'agence sud-coréenne Yonhap dans une dépêche suffisamment importante pour que nous la reproduisons ci-après dans son intégralité : 

Le quotidien nord-coréen Rodong Sinmun a attaqué ce vendredi le président Moon Jae-in dans ce qui semble illustrer un mécontentement croissant face à la lenteur des progrès dans les relations et la coopération intercoréennes.

L’organe de presse officiel du Parti du travail a qualifié dans un éditorial d'«insolents» et d'«inutiles» les propos que Moon a tenus récemment sur le sommet Corée du Nord-Etats-Unis du 12 juin.

Bien que le quotidien n'ait pas mentionné directement Moon, il faisait référence à la conférence donnée la semaine dernière par Moon à Singapour au cours de laquelle il a appelé Pyongyang et Washington à mettre en œuvre ce que leurs dirigeants ont décidé en juin, tout en les mettant en garde contre le jugement grave du monde s’ils ne parvenaient pas à le faire.

Le journal a également souligné que des questions «importantes» que les deux Corées doivent aborder restaient en suspens pour une durée indéterminée, critiquant le Sud pour avoir sapé la coopération intercoréenne en citant les sanctions imposées contre la Corée du Nord comme prétexte.

Il était rare que le média nord-coréen s’en prenne au président sud-coréen depuis le sommet intercoréen du 27 avril à l’issue duquel les dirigeants se sont mis d’accord pour mettre fin aux actes d’hostilité l’un contre l’autre.

Yonhap

Pour apprécier quelle est effectivement la portée des critiques des autorités de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à l'égard de la République de Corée (Corée du Sud), nous avons consulté les versions anglophones de deux médias nord-coréens à la date du 22 juillet 2018. Tout d'abord, nous n'avons alors noté aucun changement de ton concernant l'agence de presse KCNA (à la différence de Yonhap, qui s'interroge soudain sur la mention par la RPDC de la "crise économique" en Corée du Sud, alors que la couverture par les médias nord-coréens des manifestations de mécontentement social au Sud est un thème récurrent), les obstacles aux progrès dans les relations Nord-Sud étant mis sur le compte des forces anti-réunification (au premier rang desquelles l'opposition conservatrice). En revanche, dans la rubrique "relations inter-coréennes" de la version anglophone en ligne du Rodong Sinmun, une sévère critique des autorités sud-coréennes est formulée dans un article daté du 21 juillet 2018, signé de Kim Chun Sun (la précision est importante, puisqu'il ne s'agit donc pas du point de vue officiel d'un des organismes de pouvoir nord-coréens). L'argumentaire est conduit selon trois axes principaux : le manque de progrès dans les relations inter-coréennes imputé aux autorités sud-coréennes (ce que met justement en avant l'article de l'agence Yonhap, en estimant que le changement de ton à Pyongyang traduit des attentes nord-coréennes quant au développement des relations Nord-Sud) ; les velléités de la Corée du Sud de se présenter comme la force motrice dans les relations Nord-Sud, voire dans les relations Etats-Unis - Corée du Nord (ce qui serait humiliant pour le Nord, ravalé au rang de suiveur de politiques décidées ailleurs qu'à Pyongyang) ; la dépendance de la Corée du Sud vis-à-vis de ses "maîtres" américains. Selon Kim Chun Sun, 

Les autorités sud-coréennes font grand bruit pour la mise en oeuvre de la déclaration de Panmunjom dans leurs discussions avec nous. Mais elles n'ont pas encore pris de mesures pratiques pour une amélioration fondamentale des relations Nord-Sud, en lisant sur le visage de leurs maîtres américains, et laissent par conséquent pendantes, de manière permanente, d'importantes questions entre le Nord et le Sud.

C'est un principe clair tiré de l'histoire passée que la Corée du Sud a échoué à jouer ne serait-ce que le rôle d'un assistant - ne parlons même pas de "force motrice" - alors qu'elle est prise dans un cercle vicieux où elle flatte l'une des parties et est rejetée par une autre partie, où elle voit l'une des parties interférer après qu'elle a fait partager ses vues par l'autre partie.

Faire des "mises en garde" inutiles, se retrouver enserré dans l'absurde "théorie de la force motrice", pourrait porter atteinte au processus de paix dans la péninsule coréenne et avoir des résultats décevants en offrant la possibilité à des forces malhonnêtes de pêcher en eaux troubles.

Rodong Sinmun

S'il est évident que les deux parties auxquelles fait allusion l'auteur de cette tribune sont les Etats-Unis et la RPD de Corée, d'autres formulations ont une certaine ambiguïté toute diplomatique - et que ne peut que renforcer le fait que nous avons opéré la traduction en français d'un article déjà traduit du coréen en anglais, la double traduction pouvant entraîner des pertes de sens. En particulier, les "forces malhonnêtes" contre lesquelles il est mis en garde sont-elles à l'intérieur ou à l'extérieur du gouvernement sud-coréen ? S'agit-il de l'opposition conservatrice, d'une partie de l'administration sud-coréenne nommée sous les présidences conservatrices (et dont elle peut partager les vues) ou de sensibilités internes à l'actuel gouvernement sud-coréen, plus réticentes au dialogue ? Les différences de positions vis-à-vis de Pyongyang sont patentes à Washington (John Bolton étant le chef de file de ceux qui ne croient pas au dialogue avec la Corée du Nord). De telles sensibilités existent certainement aussi à Séoul, même si elles sont plus difficiles à identifier avec certitude. 

Un point saillant de la critique nord-coréenne - que ne met pas en avant la (courte) dépêche de l'agence Yonhap citée plus haut - est la volonté de Pyongyang de dissocier les relations inter-coréennes des relations Etats-Unis - Corée du Nord, largement centrées sur la question nucléaire. Une telle attente n'est pas nouvelle, et s'est jusqu'à présent heurtée à une fin de non-recevoir de Séoul, qui entend maintenir l'alliance militaire avec Washington et déclare partager totalement la position américaine d'une levée des sanctions seulement après la dénucléarisation complète de la RPD de Corée. Ayant rencontré le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo à New York le 20 juillet 2018, Kang Kyung-wha, ministre des Affaires étrangères de la République de Corée aurait rappelé comme suit la position de Séoul, selon l'agence Yonhap : 

La ministre a rappelé aux journalistes présents avant le début de l’entretien [avec Mike Pompeo] que la Corée du Nord a à multiples reprises affiché un «engagement clair» de dénucléarisation complète, notamment au cours du sommet de Singapour le mois dernier, entre Kim et Trump. «Nous espérons qu’ils tiennent cet engagement», a-t-elle poursuivi.

A la presse sud-coréenne, Kang a dit après les réunions qu’un consensus existait entre les membres du Conseil [de sécurité des Nations Unies, également rencontrés à New York] sur le besoin de maintenir les sanctions contre le régime nord-coréen jusqu’à la dénucléarisation totale.

Yonhap

Alors que le dernier cycle de négociations à Pyongyang, avec Mike Pompeo, sur la mise en oeuvre de la dénucléarisation de la RPD de Corée à la suite du sommet de Singapour ne s'est pas déroulé dans les meilleures conditions (comme en a témoigné une dénonciation à Pyongyang des "méthodes de gangster" de Washington), il est évident que le soutien public affiché de Séoul à la ligne de négociations dure des Etats-Unis avec la RPD de Corée n'a pu être reçu qu'avec mécontentement à Pyongyang.  Le commentaire de Kim Chun Sun dans le Rodong Sinmun est la réponse du berger à la bergère. 

Mais le gouvernement sud-coréen du Président Moon Jae-in, très attaché à la poursuite des échanges Nord-Sud, a parfaitement reçu le message nord-coréen, et une ouverture significative a été faite par Mme Kang Kyung-wha à New York : la possibilité d'un allègement partiel des sanctions sans attendre la fin du processus de dénucléarisation. Ainsi, toujours selon l'agence Yonhap, 

[Mme Kang] a souligné qu’il pourrait y avoir un assouplissement des sanctions seulement en cas de progrès vers la dénucléarisation, tout en notant qu’une levée «limitée» pouvait être nécessaire pour conserver le dialogue avec Pyongyang.

Yonhap

La levée des sanctions est vitale pour la République populaire démocratique de Corée. A présent, Pyongyang attend toutefois autre chose que des mots : des gestes concrets de Séoul... et de Washington. Le double processus de négociation (inter-coréen et entre Pyongyang et Washington) est plus que jamais en cours. Mais il n'est pas un long fleuve tranquille.

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 12:53

C'est une équipe formée du Sud-Coréen Jang Woo-jin et de la Nord-Coréenne Cha Hyo-sim qui a remporté la finale en doubles mixtes de l'Open de Corée - l'une des étapes du Pro-Tour de tennis de table, organisée par l'Association (sud-)coréenne de tennis de table sous l'égide de la Fédération internationale de tennis de table (ITTF), le 21 juillet 2018 à Daejeon. Un succès spectaculaire qui rappelle l'obtention du titre de championne du monde de l'équipe coréenne unifiée en 1991, après la formation d'une équipe commune aux Mondiaux de tennis de table en 2018 en Suède, et témoigne du dynamisme et du succès des échanges intercoréens dans le domaine sportif.

De gauche à droite, Cha Hyo-sim et Jang Woo-jin, lors du quart de finale contre les Hongkongais Ho Kwan Kit et Lee Ho Ching le jeudi 19 juillet 2018 à l'Open de Corée

De gauche à droite, Cha Hyo-sim et Jang Woo-jin, lors du quart de finale contre les Hongkongais Ho Kwan Kit et Lee Ho Ching le jeudi 19 juillet 2018 à l'Open de Corée

L'émotion était palpable - dans les tribunes où les supporters coréens criaient "Nous sommes unis !", mais aussi - et d'abord - parmi les deux joueurs. Jang Woo-jin a ainsi déclaré : 

J'ai vu Hyo Sim pleurer pendant la cérémonie, et cela m'a brisé le coeur de devoir dire au revoir maintenant.

En effet, la loi sud-coréenne de sécurité nationale interdit toujours tout contact non autorisé préalablement entre Nord et Sud-Coréens, même au sein d'une même famille.

Seize joueurs nord-coréens ont participé à l'édition 2018 de l'Open de Corée.

En finale, les deux Coréens ont battu les Chinois Wang Chuqin et Sun Yingsha, qui ont remporté le premier jeu (11-5) afin de perdre les trois suivants face à la redoutable équipe coréenne (11-3, 11-4 et 11-8).


 

Jang Woo-jin et Cha Hyo-sim lors de finale de l'Open de Corée

Jang Woo-jin et Cha Hyo-sim lors de finale de l'Open de Corée

Mise à jour le 29 juillet 2018 : une révélation de l'Open de Corée a par ailleurs été le jeune Nord-Coréen Ham Yu-song, vainqueur (épreuves individuelles) pour les moins de 21 ans, puis qui lors de la compétition générale a battu le numéro 11 mondial, le Japonais Kenta Matsudeira. Ce résultat est d'autant plus intéressant que ce sont les joueuses nord-coréennes qui obtiennent leurs meilleurs résultats pour la RPD de Corée - le manque de ressources financières handicapant la Corée du Nord pour atteindre les premières places mondiales dans les épreuves masculines.
 

Ham Yu-song à l'Open de Corée

Ham Yu-song à l'Open de Corée

Sources : ​​​​​​​

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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 13:53

La petite salle du restaurant coréen Morann, dans le 15e arrondissement, était pleine ce jeudi 12 juillet 2018 (et la majorité des participants français, parmi eux des membres de l'AAFC), pour entendre Mme Kim Jung-hee, Sud-Coréenne naturalisée française, faire le récit de son quatrième voyage en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), du 19 au 26 mai 2018. Une présentation suivie d'une discussion qui a également montré l'attachement des Coréens d'outre-mer à être pleinement acteurs du processus de rapprochement intercoréen en cours. 

Mme Kim Jung-hee

Mme Kim Jung-hee

D'emblée, Mme Kim a dû préciser que s'intéresser à la Corée du Nord, en Corée du Sud, n'est jamais neutre, et s'y rendre encore moins : le poids de l'éducation, longtemps marquée par un fort anticommuniste, fait soupçonner tout visiteur de sympathies communistes. Kim Jung-hee répond très simplement qu'aller en Corée du Nord consiste pour elle à s'intéresser à la moitié de son pays, certes divisé mais partageant une même culture et une même langue. Se déclarant très touchée par la rencontre à Panmunjom, le 27 avril 2018, entre les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un, elle est convaincue de la possibilité d'un avenir de paix si la réconciliation se poursuit.

S'appuyant sur les nombreuses photos qu'elle a pu prendre au cours de son récent séjour en mai 2018, elle a mis en évidence les changements qu'elle a observés depuis sa première visite en 2014 : un usage qui se généralise du vélo, un code vestimentaire marqué par un recours accru aux couleurs vives et la coquetterie de plus en plus prononcée des femmes...

C'est sur la vie quotidienne qu'elle a choisi de mettre l'accent, chacune de ses visites étant marquée par la conduite d'actions de coopération dans les domaines agricole et alimentaire : elle a ainsi visité la ferme-prairie de Sepodeungpan, au nord de la zone démilitarisée (acronyme anglais : DMZ), où les pluies abondantes du printemps 2018 ont été la promesse de bonnes récoltes cette année. La ferme de Sepodeungpan s'étend sur 50 000 hectares, entre 450 et 600 mètres d'altitude, et met l'accent sur l'élevage caprin et bovin en comptant aujourd'hui 100 000 têtes de bétail - l'objectif étant de porter ce nombre à 500 000 têtes. La ferme est caractérisée par un degré élevé de mécanisation (avec un système de contrôle central permettant notamment d'échanger des informations sur les bêtes malades, les paysans étant en outre très fiers que les machines à peser les bêtes soient fabriquées en RPD de Corée, de même selon eux que 90 % des tracteurs qu'ils utilisent) et un recours intensif aux énergies renouvelables (éolienne et solaire, des petits panneaux solaires - ici d'origine chinoise - étant installés sur les toits des différentes habitations). La ferme tire profit de son environnement naturel, mais elle le subit également : certains endroits trop ventés sont impropres à l'agriculture et à l'élevage - pour mémoire, un sixième seulement de la superficie totale de la Corée du Nord est constituée de terres arables. Un important effort est consacré à diminuer le taux d'acidité des terres.

La ferme constitue une agroville, disposant de son propre Institut de recherche vétérinaire, sanitaire et alimentaire, qui a été visité par des équipes originaires d'Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas. Pour sa part, l'Italie a fourni des plants de pommiers.

Si la ferme-prairie de Sepodeungpan a constitué l'élément le plus original de la visite de Mme Kim Jung-hee en Corée du Nord, sur lequel ce compte rendu met l'accent, elle a pu se déplacer largement dans le reste du pays : à Wonsan, en cours d'aménagement de manière à devenir une station balnéaire de première importance, à Gosong (port desservant les monts Kumgang, où le dynamique tourisme intercoréen s'est brutalement arrêté en juillet 2008 et où les installations hôtelières sud-coréennes - comme l'hôtel Haekeumgang - se dégradent fortement), la zone démilitarisée - où elle a pu voir l'arbre planté par les deux présidents le 27 avril 2018 - et bien sûr Pyongyang, où la construction de nouvelles avenues témoigne du renouveau architectural en cours. 

Interrogée sur la nature des actions de coopération qu'elle conduit, Kim Jung-hee a précisé collecter des dons avec une demi-douzaine d'amis Coréens de par le monde, notamment des Coréens des Etats-Unis, les sommes recueillies ayant permis l'achat de pompes, de canalisations ou encore de filets pour protéger les plantations de jeunes arbres. 

L'exposé de Mme Kim, puis les réponses claires aux questions qui lui ont été posées, toujours dans un très bon français, a été empreint de cet enthousiasme qui témoigne combien la réunification fait toujours vibrer de nombreux Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora, même après 70 ans d'une cruelle séparation. 

Photo AAFC

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 20:53

Le 10 juillet 2018, les organisateurs du Festival international du film fantastique de Bucheon (BiFan) - créé en 1997 et dont la programmation s'est élargie à d'autres genres (film d'horreur, thriller, film d'animation...) - ont annoncé que la prochaine édition du festival, à partir du 12 juillet et jusqu'au 22 juillet, comporterait la projection de neuf films nord-coréens, dont trois longs métrages et six courts métrages. Un choix de programmation exceptionnel et courageux, alors que la simple détention et a fortiori la diffusion de créations culturelles de la République populaire démocratique de Corée (RPD de Corée) reste interdite et punie en République de Corée (du Sud), sauf autorisation, en application de la loi de sécurité nationale

Neuf films nord-coréens à l'affiche au Festival international du film fantastique de Bucheon

Les organisateurs du festival ont entendu s'inscrire dans le climat de détente des relations Nord-Sud depuis les deux sommets intercoréens du printemps 2018 (le 27 avril et le 26 mai), et qui se traduisent également par l'organisation en commun d'événements sportifs

Le Festival international du film fantastique de Bucheon va organiser une projection spéciale de films nord-coréens pour refléter l'atmosphère de paix grandissante sur la péninsule coréenne et a récemment obtenu l'autorisation du gouvernement pour les projeter.

Les films nord-coréens projetés, qui datent de 1980 à 2016, comportent notamment The Story of Our Home, comédie primée au Festival international du film de Pyongyang (PIFF) lors de sa sortie en 2016, et Comrade Kim Goes Flying, comédie romantique retraçant le récit d'une trapéziste de la troupe de cirque de Pyongyang, et co-production du Belge Anja Daelemans, du Coréen Kim Gwang-hun et du Britannique Nicholas Bonner, diffusé notamment - lors de sa sortie en 2012 - au Festival international du film de Toronto et au Festival international du film de Busan. 

Image de "The Story of our Home"

Image de "The Story of our Home"

Sources : StraitsTimes, Yonhap

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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 10:07

Le 22 juin 2018, Nord et Sud-Coréens se sont mis d'accord pour de nouvelles réunions de familles coréennes séparées : du 20 au 26 août prochain, 100 Nord-Coréens et 100 Sud-Coréens se retrouveront après plus de 60 ans de séparation, sans possibilité de se contacter ni le plus souvent de possibilité d'avoir de nouvelles de leurs proches installés de l'autre côté de la zone démilitarisée. Ces retrouvailles entre membres de familles divisées, qui constituent l'un des résultats les plus concrets de la déclaration signée à Panmunjom le 27 avril 2018 entre les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in, seront les premières depuis octobre 2015

Debout, de gauche à droite : Pak Yong-il, vice-président du Comité pour la réunification pacifique du pays de la République populaire démocratique de Corée, et Park Kyung-seo, président de la Croix-Rouge de la République de Corée, à l'issue de l'accord sur les réunions de familles séparées, le 22 juin 2018, dans un hôtel des Monts Kumgang.

Debout, de gauche à droite : Pak Yong-il, vice-président du Comité pour la réunification pacifique du pays de la République populaire démocratique de Corée, et Park Kyung-seo, président de la Croix-Rouge de la République de Corée, à l'issue de l'accord sur les réunions de familles séparées, le 22 juin 2018, dans un hôtel des Monts Kumgang.

C'est le 4 août que les deux parties, à l'issue de discussions menées via leurs organisations des Croix Rouges, échangeront les listes des heureux élus qui participeront à ces réunions chargées d'émotion. Pour les seuls Sud-Coréens, 132 124 personnes ont déposé une candidature pour retrouver leurs proches qui se trouvent au nord de la péninsule - et seulement 57 000 sont encore en vie. Les dates retenues sont proches du 15 août, date de la libération de la Corée de l'occupation japonaise en 1945 et qui est une fête nationale commune à l'ensemble des Coréens - et qui coïncidera également cette année, au Sud, avec le 70e anniversaire de la fondation de la République de Corée en 1948.

Le spectaculaire rapprochement intercoréen opéré depuis le début de l'année a produit d'autres résultats dans différents domaines, sur le long chemin de la réconciliation Nord-Sud et de la réunification :

- d'importantes discussions se sont tenues dans le domaine militaire et de la sécurité le 14 juin : parmi les sujets abordés, ont figuré notamment le rétablissement complet des lignes de communication militaires, avant le possible établissement d'une ligne directe entre les chefs militaires ; la réaffirmation de l'accord de 2004 pour prévenir les accrochages accidentels en mer Jaune ; une perspective de démilitarisation, à titre d'essai, du village de la trêve à Panmunjom ; l'excavation des restes de soldats morts pendant la guerre de Corée dans la zone démilitarisée... ; 
- au plan sportif, les deux parties divisées de la Corée défileront ensemble lors des Jeux asiatiques qui se tiendront à Jakarta et Palembang, en Indonésie, du 18 août au 2 septembre 2018, et formeront des équipes unifiées dans plusieurs disciplines ; un  match de basketball intercoréen aura lieu à Pyongyang autour du 4 juillet, date anniversaire de la première déclaration conjointe Nord-Sud en 1972, et un match retour est prévu à Séoul cet automne ;
- concernant les échanges non gouvernementaux, un groupe civique sud-coréen favorable à la mise en oeuvre de l'esprit de la déclaration du 15 juin 2000 a pu se rendre en RPD de Corée ;
- au plan économique, si les sanctions n'ont pas encore été levées, des réunions ont eu lieu cette semaine pour préparer l'ouverture (y compris matérielle) du bureau de liaison pour la reprise des échanges intercoréens qui s'ouvrira à Kaesong, au Nord, tandis que des banques sud-coréennes ont mis en place des groupes de travail pour anticiper la reprise du financement de projets inter-coréens

Principales sources :
KCNA

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 09:43

S'étant tenu le 26 mai 2018, deux jours après que le Président Donald Trump avait annoncé l'annulation de son sommet avec le Président Kim Jong-un, le quatrième sommet intercoréen a donné lieu à des commentaires convergents du Président Moon Jae-in et de l'agence nord-coréenne KCNA : la volonté de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de procéder à sa dénucléarisation reste intacte, et Pyongyang a réitéré son souhait que la rencontre avec le président américain ait lieu comme prévu. Ce dont le Président Donald Trump s'est réjoui, en revenant sur les termes de son courrier du 24 mai 2018, en déclarant à des journalistes : "Ça avance très bien. On vise le 12 juin à Singapour. Ça n'a pas changé." Mais le temps presse pour que les Etats-Unis définissent clairement les contreparties qu'ils apporteront aux engagements pris par la RPD de Corée.

Le sommet Kim-Trump de nouveau sur les rails : l'urgence pour les Etats-Unis de préciser la nature de leurs contreparties

C'est à une demande du dirigeant nord-coréen exprimée le 25 mai que s'est tenu le sommet du 26 mai 2018, en un temps record, confirmant ainsi que la RPD de Corée avait placé ses espoirs dans la République de Corée (Corée du Sud) pour ramener Washington à la table des négociations. Le Président Moon Jae-in a évoqué la nécessité de dissiper les malentendus dans les échanges entre Washington et Pyongyang, tout en insistant auprès de Pyongyang sur le désir du Président Donald Trump de réussir la tenue du sommet de Singapour. Ainsi qe l'a précisé KCNA, "Kim Jong-un a remercié Moon Jae-in pour ses importants efforts pour le sommet RPDC-Etats-Unis prévu le 12 juin".

Le Président Moon Jae-in a cependant souligné les attentes de la RPD de Corée en matière de garanties de sécurité de la part des Etats-Unis, soulignant ainsi les engagements que doit prendre Washington en ce domaine - et sur lesquels l'administration américaine reste vague quant aux modalités, au-delà des déclarations de principe :

Ce qui reste incertain pour le président Kim Jong-un, c’est la confiance qu’il peut accorder à la promesse des Etats-Unis de mettre fin aux relations hostiles et de garantir la sécurité de la Corée du Nord après sa dénucléarisation.

Les deux dirigeants coréens ont exprimé leur volonté commune de mettre en œuvre la déclaration de Panmunjom et de garantir la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne, en convenant de se rencontrer souvent à l'avenir pour favoriser le dialogue.

Enfin, le Président Moon Jae-in a affirmé son intention de permettre la tenue d'un sommet trilatéral (réunissant les dirigeants des deux Corée et des Etats-Unis) qui permette de transformer l'accord d'armistice de 1953 en un traité de paix. Il a déclaré, cité par l'agence sud-coréenne Yonhap : 

Le sommet Corée du Nord-Etats-Unis doit être tenu avec succès et je souhaite voir des efforts pour mettre fin officiellement à la guerre (de Corée) à travers un sommet trilatéral entre le Sud, le Nord et les Etats-Unis.

Les deux Etats coréens ont affiché une large convergences de vues sur la nécessité de favoriser la paix, la prospérité et le développement dans la péninsule. Il reste maintenant à s'assurer que les Etats-Unis seront bien sur la même ligne, et qu'ils éviteront des demandes déraisonnables de nature à faire échouer le processus - ils devront effectuer des gestes au fur et à mesure du processus de dénucléarisation nord-coréen. Ces contreparties, non exhaustives, peuvent être les suivantes :

- définition d'un mécanisme permanent, complet et irréversible de sécurité collective, pouvant impliquer la Chine et la Russie comme garants d'un accord de non-agression par les Etats-Unis, ainsi que la mise en place d'un canal de dialogue militaire direct avec Pyongyang au-delà d'un cadre de discussion multilatéral,
- levée progressive de toutes les sanctions, internationales et bilatérales, et garanties données à la RPD de Corée de pouvoir accéder aux financements internationaux,
- pleine possibilité pour Pyongyang de pouvoir mener les programmes de recherche scientifiques nécessaires à son développement économique, en levant les obstacles aux coopérations internationales,
- établissement de relations diplomatiques bilatérales entre Washington et Pyongyang et organisation d'événements culturels et sportifs communs...

Les attentes nord-coréennes sont cohérentes avec sa volonté d'être un acteur de la communauté internationale reconnu à part entière, disposant des mêmes droits que les autres Etats souverains : il appartient à présent au Président Donald Trump de répondre à ces exigences légitimes.

Sources :

- KCNA ;

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 12:53

Le 26 mai 2018, Kim Jong-un, Président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Moon Jae-in, Président de la République de Corée (Corée du Sud), se sont rencontrés à nouveau, cette fois dans la partie nord de la zone démilitarisée (DMZ). Ce second sommet, un mois seulement après l'adoption de la déclaration de Panmunjom, s'est tenu très rapidement, sans annonce préalable, après une nouvelle valse-hésitation du Président Donald Trump ayant décidé l'annulation puis le possible maintien du sommet avec le Président Kim Jong-un, prévu le 12 juin 2018 à Singapour. L'annonce du président américain, effectuée sans concertation avec les Sud-Coréens, est apparue comme un camouflet pour le Président Moon Jae-in, qui a immédiatement organisé une réunion du Conseil de sécurité nationale et a ainsi repris la main en engageant un dialogue direct avec le Nord - la rencontre faisant une nouvelle fois apparaître le Président Kim Jong-un comme un interlocuteur responsable et raisonnable. En effet, si l'administration américaine apparaît dangereusement imprévisible, l'engagement de la RPD de Corée sur la voie de la dénucléarisation est pour sa part parfaitement clair : Pyongyang a ainsi procédé à la destruction du site d'essais nucléaires de Punggye-ri - le 24 mai, le jour même de la première annonce du Président Donald Trump - et réagi avec prudence et retenue aux propos de ce dernier sur l'annulation du sommet de Singapour. Plus que jamais, les Coréens - des deux entités étatiques se partageant le territoire de la péninsule - prennent en mains leur destin eux-mêmes. 

Nouvelle rencontre Moon Jae-in - Kim Jong-un : les Coréens prennent la main face à une administration américaine versatile

C'est la présidence sud-coréenne (la Maison bleue) qui a annoncé la rencontre surprise entre les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un, tout en précisant que les résultats des discussions (qui ont duré deux heures, de 15h à 17h) donneraient lieu à une communication le lendemain par le Président Moon Jae-in lui-même.

Deux questions ont été abordées selon la présidence sud-coréenne : la mise en oeuvre de la déclaration de Panmunjom et la préparation du sommet prochain avec les Etats-Unis. Selon Yoon Young-chan, conseiller aux relations publiques du président sud-coréen : 

Les deux dirigeants ont échangé leurs opinions franchement pour mettre en œuvre la déclaration de Panmunjom du 27 avril et organiser avec succès le sommet Corée du Nord-Etats-Unis.

En termes diplomatiques, une discussion franche signifie que les points de désaccord ont été clairement exprimés. 

A gauche, le Président Moon Jae-in et Suh Hoon, directeur des services de renseignement ; à droite, le Président Kim Jong-un et Kim Yong-chol, vice-président du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC), directeur du département du Front uni du PTC.

A gauche, le Président Moon Jae-in et Suh Hoon, directeur des services de renseignement ; à droite, le Président Kim Jong-un et Kim Yong-chol, vice-président du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC), directeur du département du Front uni du PTC.

Si la déclaration de Panmunjom a porté entre autres sur les relations intercoréennes, elle visait aussi plus largement la dénucléarisation de - toute - la péninsule coréenne et la mise en place d'un traité de paix (impliquant aussi les Etats-Unis et la Chine), 65 ans après les combats de la guerre de Corée (1950-1953) s'étant terminés par un simple accord d'armistice. Les manoeuvres militaires des Etats-Unis et de leurs alliés Max Thunder, ayant commencé le 11 mai pour une durée de deux semaines, avaient ainsi été dénoncées par Pyongyang comme contraire à la déclaration de Panmunjom, entraînant l'annulation d'une réunion Nord-Sud. D'autres questions entravent le progrès des relations intercoréennes, notamment le sort de douze serveuses nord-coréennes d'un restaurant en Chine s'étant retrouvées en Corée du Sud dans des circonstances troubles, et dont la RPD de Corée exige le rapatriement.

L'autre préoccupation majeure des deux parties ce samedi 26 mai 2018 était toutefois de permettre la tenue du sommet entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un en échangeant leurs informations et en coordonnant leurs interventions. A cet égard, le Président Moon Jae-in a pu faire état de sa rencontre avec son homologue américain le 22 mai, tandis que le Président Kim Jong-un a reçu à Pyongyang à plusieurs reprises le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, partisan d'une ligne réaliste à Washington face aux partisans d'une position dogmatique emmenés par le conseiller présidentiel John Bolton - Pyongyang ayant clairement fait savoir qu'elle ne voulait pas comme interlocuteur de ce partisan acharné de la guerre en Irak et des interventions militaires américaines aux quatre coins de la planète.

Sources : 

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