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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 12:35

Il y a 16 ans, le 15 juin 2000, la déclaration conjointe Nord-Sud signée à Pyongyang par le Président sud-coréen Kim Dae-jung et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il ouvrait la voie à une nouvelle ère dans le dialogue intercoréen, en vue de la réunification pacifique de la péninsule coréenne, par les Coréens eux-mêmes. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) réaffirme que la Déclaration du 15 juin 2000 reste la pierre angulaire des échanges intercoréens en ayant ouvert les seules perspectives viables  pour parvenir à la réunification et à une paix durable dans la péninsule coréenne.

Kim Dae-jung, à gauche, et Kim Jong-il, à droite, lors de leur rencontre au sommet à Pyongyang en juin 2000

Kim Dae-jung, à gauche, et Kim Jong-il, à droite, lors de leur rencontre au sommet à Pyongyang en juin 2000

A ceux qui s'interrogent sur ce qu'il reste du dialogue et des échanges intercoréens, notamment après la fermeture du complexe industriel de Kaesong en février 2016, alors que ces échanges ont été menés avec succès pendant plus de 15 ans entre le Nord et le Sud de la péninsule, l'AAFC répond que la Déclaration du 15 juin 2000 s'inscrit dans un ensemble de déclarations et d'accords entre les deux Etats coréens - notamment la Déclaration du 4 octobre 2007. La déclaration historique du 15 juin 2000, et surtout les politiques qu'elle a permis de mettre en oeuvre ou qu'elle a favorisées (tourisme intercoréen des Monts Kumgang, investissements sud-coréens au Nord, réunions de familles séparées, échanges économiques qui avaient fait de la Corée du Sud le deuxième partenaire commercial de la Corée du Nord) a ainsi montré la pertinence du dialogue et des échanges pour progresser vers une réunification pacifique de la Corée, par les Coréens eux-mêmes. Si le dialogue intercoréen a été progressivement ruiné après le retour des conservateurs au pouvoir à Séoul en février 2008, les idées ne meurent pas, et le principe même d'échanges économiques, culturels et humains entre les deux Corée reste plus que jamais d'actualité : on ne fait pas reculer la peur et la défiance de l'autre sans se parler, se rencontrer, échanger, que ces discussions et échanges aient un caractère politique, social, économique, culturel ou militaire.

Dans ce contexte, l'AAFC reste fermement convaincue - comme du reste une majorité de Sud-Coréens, qui ont désavoué la politique conservatrice de Mme Park Geun-hye lors des élections législatives du 13 avril 2016 - que toute occasion doit être saisie pour renouer le fil du dialogue et les échanges. A cet égard, le septième congrès du Parti du Travail de Corée, en mai 2016, a réaffirmé la nécessité de considérer les Déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 comme les fondements du dialogue intercoréen pour avancer vers la réunification. Malheureusement, la Présidente Park Geun-hye a refusé une nouvelle fois cette main tendue au Sud, tout en faisant de sa fonction de chef de l'Etat un bastion pour poursuivre une politique agressive de refus de tout dialogue avec le Nord. Il reste à espérer que les élections présidentielles sud-coréennes de décembre 2017 permettront, enfin, l'élection à Séoul d'un chef de l'Etat qui refuse la logique de l'affrontement intercoréen - car lors des deux précédents scrutins, les candidats conservateurs Lee Myung-bak (en 2007) et Park Geun-hye (en 2012) ont été élus sur un programme mensonger vis-à-vis du Nord, dans lequel ils faisaient mine de vouloir poursuivre ou rétablir les relations Nord-Sud. Leur politique a été aux antipodes de leurs engagements. Les électeurs sud-coréens se feront-ils leurrer une troisième fois ? Réponse dans un an et demi.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 18:35

Dans un article publié le 9 juin 2016, Frédéric Ojardias (RFI) souligne les paradoxes de la culture du riz en Corée : alors que le Sud souffre d'une surproduction, le Nord lutte toujours pour l'autosuffisance alimentaire... mais les autorités conservatrices sud-coréennes refusent résolument d'envoyer les surplus au Nord. Une politique cohérente avec la stratégie de la droite sud-coréenne : il faut affamer la Corée du Nord dans l'espoit de provoquer un changement de régime. Décryptage.

Rizière près de Paju, au Sud de la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée

Rizière près de Paju, au Sud de la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée

Dans la péninsule coréenne, c'est toujours le Sud qui a bénéficié des meilleures terres agricoles et de la plus forte production de riz, base de l'alimentation des Coréens - et c'est donc aussi dans les régions méridionales que la population a le plus fortement augmenté, bien avant la partition. Quand la Corée souffrait de famine, les populations du Nord, les plus touchées, allaient dans la Mandchourie voisine, où s'est ainsi installée une forte minorité coréenne dès les années 1860.

Dans le Nord, où un sixième seulement des terres sont arables, le riz ne constitue d'ailleurs que la moitié de la production céréalière - la production de maïs étant pratiquement aussi importante que celle de riz. Après la disette des années 1990, dans un contexte marqué notamment par des catastrophes climatiques à répétition (sécheresses, inondations), les autorités nord-coréennes ont encouragé la diversification de la production agricole, et si la production céréalière a retrouvé un niveau proche de l'autosuffisance, les aléas climatiques maintiennent une situation d'insécurité alimentaire.

Malgré la partition de la péninsule entérinée par la création de deux Etats en 1948, la solidarité a joué : le Nord a fourni de l'électricité au Sud après la Libération et est venu en aide aux victimes sud-coréennes des inondations en 1984, tandis que le Sud a décidé de livrer des céréales au Nord touché par les pénuries alimentaires après 1992.

Mais tout cela, c'était avant : avant que les conservateurs ne reviennent au pouvoir en Corée du Sud en 2008. L'une de leurs premières actions a été de stopper les livraisons de céréales et d'engrais au Nord, au prétexte que les aides seraient détournées : le prétexte est facile, car toute ONG humanitaire sait bien que refuser d'aider des populations dans le besoin s'exerce au détriment de toutes les couches sociales.

Si la guerre consiste à causer des pertes pour l'ennemi en utilisant tous les moyens disponibles, le Sud - toujours techniquement en état de guerre avec le Nord - utilise l'une des armes les plus abominables qui soit par les dommages irréversibles qu'elle cause : l'arme alimentaire. Le Sud n'a pas l'arme nucléaire, mais elle dispose de l'arme alimentaire, et pire, elle l'utilise - contrairement à l'arme nucléaire nord-coréenne.

Dès lors, conformément à cette logique criminelle qui porte un nom (poliorcétique), que valent les constats que les surplus de riz sud-coréens ne cessent d'augmenter, sous l'effet notamment du changement des habitudes alimentaires entraînant une baisse de la consommation au Sud, alors que les prix rendent le riz sud-coréen a priori non compétitif sur les marchés étrangers - comme l'observe Frédéric Ojardias pour RFI :

 

Résultat : les Coréens mangent moins de 63 kg de riz par personne et par an. Soit moins de deux bols de riz par jour. C’est deux fois moins qu’il y a 30 ans. Mais si la consommation chute, la production augmente. La dernière récolte a été excellente. Pis, la Corée du Sud, qui refuse d’ouvrir son marché du riz, se voit en contrepartie obligée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) d’importer plus de 400 000 tonnes de riz par an.

Dans ce contexte, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient les efforts d'une partie des paysans sud-coréens d'envoyer les surplus au Nord - ce qui relève autant de considérations humanitaires que de la simple logique économique. Mais des raisonnements rationnels ne pèsent guère sur des autorités sud-coréennes enfermées dans une mentalité obsidionale de guerre froide, qui ont besoin de la peur et de la répression pour maintenir une poigne de fer sur le pays qu'elles gouvernent. Le capitalisme autoritaire a sa logique, sinistre.

Source :

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 12:23

En février 2016, le général Ri Yong-gil, chef d'état major des armées, était remplacé. Aussitôt, de nombreux médias occidentaux - mais certainement pas le blog de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) - annonçaient son exécution, et les services de renseignement sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) allaient même encore plus loin en donnant des statistiques très précises sur le nombre de personnes qui auraient été exécutées chaque année en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Pas de chance : au dernier Congrès du Parti du travail de Corée (PTC), non seulement le général Ri Yong-gil est réapparu bel et bien vivant, mais il a même été promu - en tant que membre suppléant du bureau politique du PTC et membre de la Commission militaire centrale (CMC). Ce n'est pas la première fois que des rumeurs, complaisamment entretenues par le NIS, sont démenties et que des personnes données mortes par le NIS ressuscitent (l'AAFC avait ainsi révélé la première une précédente fabrication de la désinformation signée NIS sur une personne soi-disant exécutée, réapparue ensuite vivante). L'AAFC analyse ce dernier exemple de duplicité des médias occidentaux, manipulés par une agence de renseignement aux ordres d'un pouvoir sud-coréen qui espère ainsi détouner l'attention sur ses propres turpitudes en matière de libertés publiques et de droits de l'homme.

Le général Ri Yong-gil

Le général Ri Yong-gil

Interrogée par Le Figaro, la coréanologue Juliette Morillot met en évidence le rôle du NIS et de certains groupes de pression sud-coréens d'extrême-droite dans la fabrique de la désinformation sur la Corée du Nord :

On ne peut analyser la Corée du Nord qu'à travers les apparitions et les discours à la télévision ou dans la presse; ou encore à travers les récits de transfuges ayant fui le pays. Quand une personnalité disparaît de la scène publique, les rumeurs d'exécution aussitôt commencent. Elles sont généralement annoncées par les services de renseignements sud-coréens, appuyées par des activistes chrétiens sud-coréens ou américains, avant d'être grossies par les médias.

La question que nous devons nous poser est double : pourquoi une telle attitude des services de renseignement sud-coréens (NIS), qui sont censés faire leur métier (collecter du renseignement) en toute objectivité s'ils sont des fonctionnaires au service de l'intérêt général, et pourquoi une telle duplicité de nombre de médias sud-coréens et occidentaux à leur égard ?

Tout d'abord, le NIS n'est pas tant une agence de renseignement au sens où on l'entend dans un régime démocratique qu'un outil de pouvoir au service de la droite sud-coréenne, et qui dispose d'une réelle autonomie et d'une toute-puissance - en dehors de tout contrôle démocratique - héritées de l'époque de la junte militaire sud-coréenne. La Corée du Sud a beau être devenue une démocratie parlementaire dans les années 1990 (avant de s'éloigner à nouveau de la démocratie à grands pas depuis 2008), le NIS n'a jamais été vraiment épuré ni réformé, et il a continué à jouer son rôle d'instrument politique et répressif. Par exemple, qui aurait cru que les services de renseignement du Chili de Pinochet étaient autre chose qu'un corps militaire, étranger à la démocratie, dont le rôle était de réprimer et éliminer les opposants chiliens et d'interférer dans la vie politique du pays à tous les niveaux ? C'était de même le rôle des services de renseignement sud-coréens pendant l'époque de la junte militaire, et ils ont retrouvé pleinement ce rôle avec le retour au pouvoir des conservateurs sud-coréens à Séoul en 2008. Ils sont aujourd'hui le bras armé des atteintes à la démocratie et aux droits de l'homme en Corée du Sud, ce qui passe par la nécessité selon eux de diffamer la Corée du Nord dans le but de réhausser, en contrepoint, le prestige du pouvoir qu'ils servent.

Et le pire, c'est que cela marche : par paresse ou facilité, beaucoup de journalistes sud-coréens ou occidentaux répètent les "éléments de langage" du NIS servis à la presse et aux faiseurs d'opinion. Mais il y a aussi les idiots utiles et les mercenaires, qui en toute connaissance de cause, pour une rétribution diverse, servent la soupe de la rumeur et de la désinformation.

En outre, le régime autoritaire sud-coréen utilise toute la gamme des procédés de manipulation de l'opinion publique nationale et internationale : faux témoins (comme la touchante Park Yeon-mi, la réfugiée nord-coréenne qui affabule mais dont le récit est devenu parole d'évangile et est vendu dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre grâce à l'argent sud-coréen), et surtout pressions multiples pour empêcher tout accès à une information non formatée par le NIS sud-coréen. Pour ce que nous savons, la spécialiste de la Corée Marie-Orange Rivé-Lasan a raconté comment les services de renseignement et l'ambassade de Corée du Sud en France lui ont intimé l'ordre de ne pas rencontrer un responsable l'AAFC, et nous avons appris récemment que des agents d'influence de la Corée du Sud font pression, en France, sur la commission Asie du Parti socialiste (PS) pour empêcher tout témoignage d'un membre de l'AAFC devant cette commission.

Mais que craint le pouvoir sud-coréen ? Pas tant la découverte de leurs manipulations sur la Corée du Nord que le fait de savoir et faire savoir que la Corée du Sud connaît une dérive autoritaire, que des faits sont manipulés (comme pour le naufrage du Cheonan, attribué à la Corée du Nord par la communauté des prétendus experts occidentaux de la Corée) ou encore qu'il y a des réfugiés politiques sud-coréens en France. Des réfugiés politiques sud-coréens ? Cela ne doit pas exister dit le NIS : l'un d'entre eux, Lee Yeda, parle dans les médias du monde entier (Corée du Sud, Japon, Allemagne...), mais pas en France où pourtant il vit et travaille. Le NIS fait décidément bien son travail auprès des journalistes français.

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 13:24

Après la nette défaite de son parti aux élections législatives, la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye s'est d'abord murée dans le silence. Il a fallu attendre cinq jours pour qu'elle daigne reconnaître, le 18 avril, le changement de majorité parlementaire, en déclarant qu'elle "coopèrerait étroitement" avec la nouvelle majorité démocrate. Mais les termes choisis sont étranges : non seulement elle n'a exprimé aucune responsabilité personnelle dans la défaite du parti qui la soutenait, mais elle continue à plaider pour une réforme du marché du travail lourdement impopulaire, à l'origine de l'échec du Parti Saenuri (conservateur) aux législatives : ce déni de réalité est caractéristique d'un régime autoritaire dont la Corée du Sud présente de plus en plus de signes caractéristiques.

Défaite aux législatives, Park Geun-hye s'enferme dans un déni de réalité

Le 19 avril, lors d'une rencontre avec les participants sud-coréens aux 9e Abilympics (olympiades des métiers des personnes handicapées) qui ont eu lieu fin mars 2016 à Bordeaux, la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye a réaffirmé sa volonté de mener à bien son projet de réforme du code du travail, en déclarant : 

Si le gouvernement s’efforce à mener la réforme du travail, c’est parce qu’on pense que le changement du marché du travail contribuera grandement non seulement aux personnes handicapées mais aussi à l’économie.

http://french.yonhapnews.co.kr/national/2016/04/19/0300000000AFR20160419002200884.HTML

La référence aux personnes handicapées étant manifestement de pur opportunisme (pour mémoire, Mme Park s'est faite élire sur un programme - notamment - de défense des droits des femmes qu'elle s'est empressée d'enterrer une fois élue à la Maison Bleue), il reste l'essentiel : à savoir qu'elle n'envisage apparemment pas ni de changer de gouvernement, ni de ligne politique. Dès lors, que valent ses déclarations - tardives - selon lesquelles elle accepte le verdict des urnes et coopèrera avec la nouvelle majorité parlementaire ?

La démocratie consiste à accepter sa défaite électorale, pas à forcer une majorité qui vous est hostile à appliquer votre programme : Mme Park Geun-hye révèle une nouvelle fois son absence de respect des valeurs démocratiques.

Peut-être la Présidente pense-t-elle retourner un à un les députés d'opposition, en multipliant les pressions comme elle a su le faire, depuis plus de deux ans, vis-à-vis de ses opposants : interdiction d'un parti politique (le Parti progressiste unifié), censure des journalistes et des artistes, mensonges et manipulations des services de renseignement... Si telle est son intention, le conflit avec les démocrates apparaît inévitable, et la vigilance s'impose plus que jamais pour défendre les libertés démocratiques et la paix - car la guerre est l'exutoire classique des régimes autoritaires qui sombrent, Mme Park Geun-hye ayant multiplié les propos guerriers vis-à-vis de la Corée du Nord, les autorités sud-coréennes appelant ainsi à "décapiter" le régime du Nord. Pour sa part, comme elle le faisait dès les années 1970 en s'opposant à la Corée du Sud du général Park Chung-hee (père de Mme Park Geun-hye) et en défendant les défenseurs sud-coréens de la démocratie et des libertés, l'Association d'amitié franco-coréenne répondra présente dans le combat antifasciste.

Source :

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 19:40

Le 13 avril 2016, les électeurs sud-coréens sont appelés aux urnes pour renouveler leur Parlement. Et, comme à l'accoutumée à la veille d'élections, les autorités conservatrices au pouvoir à Séoul tentent de faire souffler le vent du Nord, c'est-à-dire de manipuler l'actualité intercoréenne pour garder le pouvoir. Mais en exploitant la défection de 13 employés d'un restaurant nord-coréen à l'étranger au mépris des règles les plus élémentaires de sécurité pour ces derniers, la manoeuvre est particulièrement nauséabonde et enfreint les règles les plus élémentaires du droit d'asile, qui a pour principe de ne pas mettre en danger la personne qui a cherché refuge dans un pays étranger.

Une conférence de presse a été convoquée d'urgence pour annoncer la "bonne nouvelle" de la défection de 13 Nord-Coréens.

Une conférence de presse a été convoquée d'urgence pour annoncer la "bonne nouvelle" de la défection de 13 Nord-Coréens.

La politique nord-coréenne de la droite au pouvoir à Séoul n'est pas populaire dans l'opinion publique, et elle le sait : malgré le matraquage de médias largement acquis aux conservateurs, les Sud-Coréens se rendent parfaitement compte que les sanctions et la politique de tensions avec Pyongyang qu'a attisée Séoul, depuis que la droite est revenue à la Maison Bleue en 2008, n'ont fait que rendre la péninsule coréenne encore plus dangereuse, tout en accroissant le fardeau des dépenses militaires dans des proportions qui mettent en péril toute velléité de relance économique ou de redistribution sociale - l'argent public doit être orienté vers la préparation de la guerre, pas vers la réduction du chômage ou la satisfaction des besoins sociaux les plus élémentaires.

Dans ce contexte, la manoeuvre autour des défecteurs nord-coréens engagée à la veille des élections législatives du 13 avril consiste à démontrer que la politique de sanctions serait efficace - mieux, qu'elle entraînerait des défections de plus en plus nombreuses de Nord-Coréens et précipiterait donc l'effondrement de la République populaire démocratique de Corée dont rêvent la Présidente Mme Park Geun-hye et ses conseillers.

C'est dans ce contexte que, le 8 avril, la Présidence sud-coréenne s'est directement impliquée dans l'organisation d'une conférence de presse consacrée à la défection collective de 13 employés d'un même restaurant nord-coréen à l'étranger. Cette décision a été prise contre l'avis du ministère sud-coréen de la Réunification, qui a rappelé que la règle est de ne pas rendre publiques les défections pour ne pas menacer la sécurité des transfuges nord-coréens et de leurs familles. Mais dans sa rage de remporter les élections au prix de toutes les manipulations Mme Park Geun-hye a ignoré cette règle, s'empressant de diffuser la nouvelle de cette défection miraculeuse intervenue seulement la veille, le 7 avril - car il y a urgence à gagner les élections, dussent des êtres humains (les défecteurs et leurs familles) en souffrir : toujours prompt à dénoncer les violations des droits de l'homme au Nord, les autorités de Séoul révèlent ainsi leur peu de considération pour la vie humaine de leurs compatriotes. La conservation du pouvoir est à ce prix.

Comme si la ficelle n'était pas assez grosse, des annonces de défection plus anciennes (datant de 2015) ont opportunément surgi les jours qui ont suivi - à savoir celles d'un officier nord-coréen du renseignement et d'un diplomate nord-coréen qui était en poste en Afrique. La presse aux ordres à Séoul a bien travaillé.

Pourtant, s'il a bien un élément qui ressort des prises de position du Nord quant aux élections à venir en Corée du Sud, c'est que les autorités nord-coréennes ont fait savoir publiquement qu'elles envisageaient la réouverture de la zone économique de Kaesong en cas de victoire de l'opposition sud-coréenne aux législatives. Une information capitale, mais soigneusement passée sous silence en Corée du Sud mais aussi dans la quasi-totalité des médias occidentaux : il n'est pas bon de faire savoir que c'est la politique de la droite sud-coréenne qui a ruiné le dialogue intercoréen patiemment élaboré par les administrations démocrates à Séoul, entre 1998 et 2008. En dissimulant cette prise de position du Nord et en donnant au contraire un large écho à la manoeuvre de manipulation des élections engagée par Mme Park, les médias, qu'ils soient sud-coréens ou occidentaux, se rendent complices d'un déni de démocratie.

Source principale :

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 20:14

La résolution 2270 du Conseil de sécurité des Nations Unies a imposé un régime de sanctions sans précédent contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), auxquelles s'ajoutent les sanctions unilatérales prises, notamment, par les Etats-Unis et la Corée du Sud. Enfin, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont engagé des exercices militaires d'une ampleur sans précédent, les autorités sud-coréennes menaçant le Nord d'une "opération de décapitation préventive". Dans ce contexte, la RPD de Corée n'a pas seulement haussé le ton : elle a riposté en prenant des mesures dans les domaines de la défense, d'une part, et économique, d'autre part.

Riposte nord-coréenne

Selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA, le Maréchal Kim Jong-un a appelé le 11 mars 2016 à un renforcement des capacités militaires nucléaires du pays :

Il a donné pour tâche d' effectuer plus de tests d'explosions nucléaires afin d'estimer le pouvoir de destruction des ogives nucléaires nouvellement produites et de mener d'autres tests pour soutenir la capacité d'attaque nucléaire.

http://www.kcna.kp/

Ces déclarations interviennent après le tir par la Corée du Nord de missiles à courte portée à plusieurs reprises (notamment le 10 mars 2016), et l'annonce qu'elle pouvait miniaturiser des têtes nucléaires sur des missiles - une capacité dont le commandement militaire américain ne l'estime pas capable, quitte pourtant à contredire des déclarations antérieures.

Au plan économique, en réaction aux nouvelles sanctions unilatérales prises à son encontre par le Sud, le Comité pour la réunification pacifique de la patrie de la RPDC a annoncé, le 10 mars 2016, l'annulation de tous les accords économiques avec le Sud et la "liquidation" des biens des entreprises sud-coréennes implantées au Nord - principalement dans la zone de Kaesong, qui a fermé en février toujours sur l'initiative du Sud, ce qui pourrait signifier leur mise à disposition de la RPD de Corée.

L'Association d'amitié franco-coréenne ne peut constater qu'avec une extrême amertume l'effondrement en quelques semaines des derniers acquis de la politique de rapprochement intercoréenne du "rayon de soleil" (1998-2008). En étant à l'initiative de mesures ensuite dupliquées par Pyongyang, les dirigeants sud-coréens auront joué un rôle majeur dans cette liquidation, dont ils endossent ainsi la première responsabilité. Il s'agit du réflexe habituel d'un régime autoritaire, qui cherche ainsi à détourner l'attention publique des difficultés de la vie quotidienne tout en cherchant à justifier des restrictions grandissantes aux libertés publiques.  

Sources :

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 21:07

Le 8 mars 2016, la République de Corée (Corée du Sud) a annoncé de nouvelles sanctions unilatérales - s'ajoutant à celles du Conseil de sécurité des Nations Unies - contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Si leur portée est relativement limitée pour la RPD de Corée puisque les échanges de personnes entre les deux Corée avaient déjà pratiquement cessé, et que la fermeture de la zone industrielle de Kaesong a mis fin aux derniers échanges économiques intercoréens, il en va en revanche différemment pour la Russie, Séoul ayant décidé dans ce cadre de mettre fin au projet de liaison transferroviaire entre les deux Corée et la Fédération de Russie. 

La Russie, principale victime des nouvelles sanctions sud-coréennes contre la Corée du Nord ?

En renforçant le régime d'interdiction d'entrée dans ses eaux territoriales des navires ayant transité par la RPD de Corée, les nouvelles sanctions unilatérales décidées par la Corée du Sud correspondent à une interprétation maximaliste de la résolution 2270 du Conseil de sécurité des Nations Unies, créant un embargo qui s'inscrit dans une logique connue, dont les néo-conservateurs sont très friands : celle de l'étranglement économique d'un autre pays dans le but de précipiter l'effondrement de son régime politique.

En outre, les nouvelles sanctions de Séoul ont élargi la liste des entités et personnes placées sur une "liste noire",  les coupant des circuits financiers. Par ailleurs, les Sud-Coréens à l'étranger sont priés de ne pas fréquenter les restaurants nord-coréens à l'étranger - mais cette dernière mesure est surtout d'affichage, l'interdiction étant déjà mise en oeuvre via les représentations diplomatiques sud-coréennes dans le monde, avec l'appui d'un vaste réseau de mouchards, dûment rémunérés, sans équivalent dans aucune démocratie parlementaire. Mais peut-être s'agit-il à présent, pour les services de renseignement sud-coréens (NIS), d'utiliser cette nouvelle mesure pour poursuivre des citoyens coréens lambda à l'étranger, en faisant une application hors de leurs frontières (donc illégale) de la loi de sécurité nationale (LSN) qui interdit les échanges humains Nord-Sud sans autorisation expresse - et donc de se réserver la possibilité d'engager des poursuites dès lors que les Sud-Coréens retourneront dans leur pays ? De la part du NIS, qui viole de manière massive les libertés fondamentales et dont les pouvoirs viennent encore d'être renforcés dans le cadre d'une loi dite antiterroriste, rien ne peut être exclu.

Mais l'élément le plus significatif est bien le coup d'arrêt donné au projet de rapprochement ferroviaire entre la Russie et les deux Corée (ligne dite Rajin-Khasan), qui aurait pourtant été bénéfique à l'ensemble des parties prenantes, dans le cadre de la mise en oeuvre de l'interdiction faite aux navires ayant mouillé en Corée du Nord de se rendre en Corée du Sud, comme l'a précisé l'agence officielle sud-coréenne Yonhap :

Cette interdiction a entraîné l'interruption du projet Rajin-Khasan entre les deux Corées et la Russie. Ce projet vise à acheminer en Corée du Sud du charbon russe et autres marchandises via voies ferroviaire et maritime, en passant par la Corée du Nord. Il était une des exceptions aux sanctions de 2010 interdisant les échanges inter-frontaliers.

Séoul a informé aujourd’hui la Russie de l’interruption du projet de coopération trilatéral. “Le gouvernement a expliqué à la Russie que l'application de nouvelles sanctions est une décision inévitable en réponse à l'essai nucléaire nord-coréen”, à déclaré l'envoyé sur le nucléaire Kim Hong-kyun lors d’un point de presse.

http://french.yonhapnews.co.kr/northkorea/2016/03/08/0500000000AFR20160308003300884.HTML

Une fois encore, ce sont bien les autorités conservatrices de Corée du Sud (au pouvoir depuis 2008) qui prennent l'initiative de dégrader encore davantage les relations intercoréennes - quitte à contredire une nouvelle fois les engagements pris par la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye en personne, mais cette fois à l'égard de son homologue russe Vladimir Poutine. ce choix apporte aussi la preuve que le discours de Mme Park en faveur du dialogue et des échanges intercoréens était de pur affichage, sans volonté sincère de rapprochement pacifique avec le Nord. A Séoul comme à Washington, les néoconservateurs sont unis dans leur volonté de combiner le recours aux sanctions économiques et aux pressions militaires pour provoquer un changement de régime au Nord, suivant un processus appliqué dans d'autres parties du monde - et quelles que soient les souffrances des populations.

Autre source :

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 20:51

Après la décision sud-coréenne de "suspendre" les activités de la zone industrielle de Kaesong, où 124 entreprises sud-coréennes emploient 54.000 ouvriers nord-coréens, la Commission pour la réunification pacifique de la Corée, basée en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), a annoncé, le 11 février 2016, que les Sud-Coréens devaient quitter Kaesong et que les avoirs des entreprises sud-coréennes seraient saisis.  

Camions sud-coréens quittant la zone industrielle de Kaesong

Camions sud-coréens quittant la zone industrielle de Kaesong

Avec la fermeture de la zone industrielle de Kaesong, qui avait ouvert en 2004, c'est - hélas - le dernier symbole de la réconciliation et de la coopération intercoréennes qui disparaît. Selon la Commission (nord-coréenne) pour la réunification pacifique de la Corée, tous les Sud-Coréens (soit 280 personnes) devaient avoir quitté la zone le 11 février 2016 à 17 heures (heure locale), et tous les biens des entreprises sud-coréennes seraient saisis :

Nous saisissons tous les avoirs des entreprises sud-coréennes et sociétés alliées, y compris les machines, les matières premières et les biens.

La Commission nord-coréenne a déclaré qu'il s'agissait de la conséquence de la décision de fermeture prise par les autorités sud-coréennes, qui en payaient ainsi le "prix élevé" :

Les forces ennemies sud-coréennes vont faire l'expérience du prix élevé et douloureux qu'elles doivent payer pour avoir fermé le complexe industriel de Kaesong.

En annonçant que la zone de Kaesong redevenait une zone militaire - ce qu'elle était avant sa création et son ouverture en 2004 - et que les points de passage Nord-Sud le long de la zone démilitarisée étaient fermés, c'est le triste retour à la situation ex ante : celle d'une époque - antérieure à 1998 - où les échanges intercoréens étaient pratiquement nuls, et les relations Nord-Sud presque exclusivement commandées par des impératifs militaires et de sécurité. En huit ans, les conservateurs sud-coréens au pouvoir à Séoul auront détruit tous les acquis de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord (1998-2008), qui avait valu le Prix Nobel de la Paix à l'ancien Président Kim Dae-jung.

S'il convient d'être prudent quant au caractère définitif des décisions annoncées ce 11 février 2016 - par le passé, la saisie des biens du complexe touristique des Monts Kumgang n'a pas été suivie de leur réattribution - la logique d'escalade des tensions qui prévaut dans les relations Nord-Sud n'incite pas à l'optimisme.

L'histoire de la diplomatie montre qu'il est plus facile de détruire que de construire : sensible au désarroi des petits entrepreneurs sud-coréens qui ont souvent tout investi à Kaesong, l'Association d'amitié franco-coréenne forme le voeu que les fruits d'années de dialogue intercoréen - qui ont permis de bâtir des relations de compréhension mutuelle - ne soient pas totalement annihilés, et que la dialogue se rouvrira au plus vite, face au danger jamais éteint d'un conflit qui dévasterait une nouvelle fois la péninsule coréenne, deux générations après les atrocités de la guerre de Corée.

 

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 13:15

Le 10 février 2016, en rétorsion contre le lancement d'un satellite par la RPDC trois jours plus tôt, les autorités de la République de Corée (Corée du Sud) ont annoncé la "suspension" des activités de la zone économique intercoréenne de Kaesong, au Nord de la péninsule, où 124 entreprises du Sud emploient 54 000 ouvriers nord-coréens dans des activités manufacturières. Cette décision unilatérale est un mauvais coup porté aux relations intercoréennes, alors que les échanges intercoréens - 2 milliards de dollars par an - sont à présent presque exclusivement limités aux activités de la zone de Kaesong, après que les "mesures du 24 mai" (2010) eurent déjà pratiquement suspendu tous les autres courants d'échanges.

La zone économique intercoréenne de Kaesong

La zone économique intercoréenne de Kaesong

Dans le bras-de-fer entre les deux Corée, il est de bon ton, dans les médias occidentaux, de présenter le Nord comme un Etat provocateur ne respectant pas ses engagements, et le Sud comme responsable et ouvert au dialogue. Cette idée reçue est pourtant sans cesse contredite par les faits.

Depuis le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul en février 2008, ces derniers n'ont de cesse de saper un par un les fondements du dialogue intercoréen, patiemment mis en place par leurs prédécesseurs démocrates pendant la décennie de la "politique du rayon de soleil" (1998-2008). La zone économique intercoréenne de Kaesong avait jusqu'à présent résisté aux vicissitudes de l'évolution des relations Nord-Sud : tel n'est plus le cas avec la décision du gouvernement de Mme Park Geun-hye, ce 10 février 2016, de "suspendre" les activités de cette zone. Ce faisant, la fille du très auritaire général Park Chung-hee, qui avait gouverné la Corée du Sud d'une main de fer entre 1962 et 1979, fait un pas que même son prédécesseur, le Président Lee Myung-bak, n'avait osé franchir. En outre, elle trahit ouvertement l'engagement que son gouvernement avait pris le 14 août 2013 avec la RPDC - suite à une première suspension des activités de la zone de Kaesong pendant quatre mois en 2013 - de ne pas soumettre celles-ci aux aléas des relations géopolitiques. En effet, cet accord stipulait, en son point 1 :

 

Le Sud et le Nord tâchent de ne pas répéter une suspension du complexe par l’interdiction de son accès ou par le retrait des travailleurs et de garantir la normalité des activités, comme l’accès du personnel sud-coréen au complexe, le travail des ouvriers nord-coréens et la protection des biens des entreprises, quelle que soit la situation géopolitique.

Ce non-respect des engagements a été justifié par le fait que, selon le désormais bien mal-nommé ministère sud-coréen de la "Réunification", les 100 millions de dollars de devises que retirerait chaque année le Nord du fonctionnement du complexe industriel serviraient au développement des programmes militaires et spatiaux. Evidemment, une telle corrélation est des plus douteuses, car elle supposerait de tracer l'affectation de chaque dollar de la RPDC... mais ce faisant, Mme Park Geun-hye et ses ministres entonnent l'un des airs favoris des néoconservateurs américains et sud-coréens, selon lesquels il faut étrangler économiquement la RPDC, quelles que puissent être les conséquences catastrophiques - notamment humanitaires - produites, dans tous les pays du monde et à toutes les époques, par une politique d'embargo cynique, étrangère au bien-être des populations.

Accessoirement, les chefs d'entreprise sud-coréens présents à Kaesong vont être, une nouvelle fois, les victimes collatérales de la politique nord-coréenne des "faucons" sud-coréens, ce qu'ils ont immédiatement déploré. Séoul leur a promis une indemnisation, dont les modalités et le montant n'ont évidemment pas été précisés. 

Enfin, en choisissant de se retirer volontairement de la RPD de Corée, la Corée du Sud est amenée à disparaître économiquement du champ des échanges internationaux de la Corée du Nord, qui deviendrait ainsi encore un peu plus dépendante de ses relations avec la Chine. Avant sa disparition, l'ancien président sud-coréen Kim Dae-jung, à l'origine de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord, avait exprimé la crainte que la RPD de Corée ne soit absorbée économiquement par la Chine, contrariant ainsi toute perspective future de réunification. C'est ce scénario catastrophe qu'a décidé de réaliser, en pleine connaissance de cause, la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye. Décidément, à Séoul, il n'y a pas que dans le domaine des droits politiques et sociaux que s'opère un retour vers le passé.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 21:26

Après l'annonce, le 2 février 2016, par les autorités de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qu'elles procèderaient au lancement d'un satellite entre le 8 et le 25 février prochains (à une date ainsi proche de l'anniversaire de naissance du Général Kim Jong-il, le 16 février 1942), les Etats-Unis ont vivement protesté, en plaidant une nouvelle fois pour le renforcement, attendu, des sanctions, après que la RPD de Corée eut revendiqué, le 6 janvier 2016, un essai réussi de bombe H. Dans ce contexte, il semble utile de rappeler les positions de la RPD de Corée, en faveur de la réunification de la péninsule, ainsi que pour assurer sa propre sécurité - objectif qui sous-tend son développement d'armes nucléaires. C'est dans cette perspective que nous publions ci-après, traduit de l'anglais, de larges extraits d'une analyse développée par Mme Choe Un-ju, chercheur à l'Institut pour la paix et le désarmement du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, en date du 21 janvier 2016, et intitulée "L'indépendance, la réunification pacifique et la grande unité nationale : les principes fondamentaux pour la réunification de la Corée".

Les dirigeants nord et sud-coréens Kim Jong-il et Roh Moo-hyun, lors du sommet intercoréen d'octobre 2007.

Les dirigeants nord et sud-coréens Kim Jong-il et Roh Moo-hyun, lors du sommet intercoréen d'octobre 2007.

L'analyse de Mme Choe Un-ju insiste tout d'abord sur l'aspiration des Coréens à la réunification de leur pays, en insistant sur le rôle des forces étrangères dans sa division :  

Cela fait plus d'un demi-siècle que la Corée, nation homogène ayant une histoire de plus de 5 000 ans, a été divisée en deux par les forces étrangères.

Même le nom du pays, la Corée, qui était célébré comme celui du "pays du matin calme", est maintenant désigné, depuis 70 ans, comme "la Corée du Nord" et "la Corée du Sud'.

Les images émouvantes des réunions, longuement attendues, des membres de familles divisées au Nord et au Sud, et leurs adieux déchirants, ne peuvent être vus nulle part ailleurs au monde.

La réunification nationale est devenue le désir le plus ardent des Coréens qui ont vécu avec une telle peine depuis si longtemps.

Non seulement les Coréens, mais tous les peuples qui aiment la paix dans le monde aspirent à une réunification rapide de la Corée qui ouvrirait une nouvelle ère de paix et de prospérité dans la péninsule et la région.

Dans son adresse de nouvel an de cette année, Son Excellence M. Kim Jong-un a mis en avant l'idée d'indépendance dans les relations intercoréennes et les questions liées à la réunification conformément aux désirs et aux exigences de la nation, à savoir la sauvegarde de la paix et de la sécurité en éliminant les dangers de la guerre dans la péninsule coréenne, et accorder toute leur valeur aux déclarations conjointes Nord-Sud et à leur mise en œuvre. Ces idées forment la grande bannière sous laquelle réaliser rapidement le désir ancien de notre nation et l'aspiration mondiale pour la paix.

C'est dans ce contexte que l'arme nucléaire nord-coréenne, présentée comme ayant un caractère purement défensif, est considérée comme garantissant l'équilibre des forces dans la péninsule coréenne, et par conséquent comme un atout pour la paix et la réunification - en resituant cette question dans le contexte global de la présence militaire américaine en Asie et de la rivalité stratégique avec la Chine, qui n'est toutefois pas expressément nommée :

Des experts de sécurité américains, de sensibilité conservatrice, ont récemment affirmé qu'une péninsule coréenne réunifiée continuerait d'être sous le parapluie nucléaire américain et maintiendrait les pays voisins dans la dépendance des Etats-Unis. Ces affirmations prouvent que des discussions ont lieu entre les Etats-Unis et la Corée du Sud.

Les autorités sud-coréennes essaient de trouver un compromis entre les intérêts stratégiques des Etats-Unis et ceux des puissances régionales "en promettant la lune", à savoir que les forces américaines ne bougeraient pas au-delà du 38e parallèle même après une "réunification" soutenue par les Etats-Unis avec leur parapluie nucléaire comme pilier principal. Le Sud s'en tient ainsi à une "diplomatie de la réunification" pour obtenir un soutien à une "réunification" menée par le Sud.

Toutefois, les Etats-Unis, qui sont les maîtres de la Corée du Sud, tentent de contraindre la Corée du Sud dans une alliance militaire Etats-Unis - Japon - Corée du Sud, pour ainsi étouffer la RPDC et contenir les puissances voisines qui sont ses rivaux stratégiques.

En réalité, la réunification poursuivie tant par les Etats-Unis que par la Corée du Sud vise à déployer le parapluie nucléaire américain sur toute la péninsule coréenne et à assurer la domination américaine sur l'Asie du Nord-Est.

Au regard de l'équilibre des forces en Asie du Nord-Est, cela supprimerait la zone tampon qui empêche un affrontement direct entre les Etats-Unis et les puissances régionales, et placerait finalement la Corée sur la ligne de front d'une confrontation nucléaire entre les grandes puissances.

Les Etats-Unis ont trompé le monde quand ils ont promis que l'OTAN ne se déploierait pas plus à l'Est si l'ancienne Union soviétique soutenait la réunification allemande. Les Etats-Unis rejouent ce jeu de dupes stratégiques en Asie du Nord-Est.

Il est normal que les puissances régionales soient prudentes à propos de la "diplomatie de la réunification" de la Corée du Sud dans la mesure où elle sert les intérêts stratégiques des Etats-Unis.

L'idée défendue par la RPDC d'une réunification indépendante est de créer un juste Etat réunifié qui contrebalancerait la stratégie agressive américaine de domination de l'Asie et garantirait les intérêts stratégiques des puissances régionales de manière équilibrée, avec une force de dissuasion nucléaire défensive.

La dissuasion nucléaire défensive de la RPDC garantit solidement l'équilibre des forces dans la région. Elle désamorce les viles tentatives d'un "système de réunification" soutenu par le parapluie nucléaire américain, et assure ainsi une réunification pacifique de la Corée fondée sur la coexistence de deux systèmes.

Sur la base de cette analyse, l'auteur réaffirme la proposition de la RPDC de conclure un traité de paix et la nécessité de mettre en oeuvre les déclarations conjointes Nord-Sud pour le dialogue intercoréen, en vue d'avancer vers la réunification de la péninsule.

Il ressort que la RPD de Corée - dont la Constitution proclame qu'elle est un Etat doté de l'arme nucléaire - n'entend pas abandonner ses armes nucléaires contre des garanties de sécurité (ou d'autres contreparties américaines), mais les considère comme une composante essentielle de l'équilibre des forces stratégiques, dans les rapports non seulement entre les Etats-Unis et la RPDC, mais aussi des Américains avec les autres puissances asiatiques.

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