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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 13:24

Après la nette défaite de son parti aux élections législatives, la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye s'est d'abord murée dans le silence. Il a fallu attendre cinq jours pour qu'elle daigne reconnaître, le 18 avril, le changement de majorité parlementaire, en déclarant qu'elle "coopèrerait étroitement" avec la nouvelle majorité démocrate. Mais les termes choisis sont étranges : non seulement elle n'a exprimé aucune responsabilité personnelle dans la défaite du parti qui la soutenait, mais elle continue à plaider pour une réforme du marché du travail lourdement impopulaire, à l'origine de l'échec du Parti Saenuri (conservateur) aux législatives : ce déni de réalité est caractéristique d'un régime autoritaire dont la Corée du Sud présente de plus en plus de signes caractéristiques.

Défaite aux législatives, Park Geun-hye s'enferme dans un déni de réalité

Le 19 avril, lors d'une rencontre avec les participants sud-coréens aux 9e Abilympics (olympiades des métiers des personnes handicapées) qui ont eu lieu fin mars 2016 à Bordeaux, la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye a réaffirmé sa volonté de mener à bien son projet de réforme du code du travail, en déclarant : 

Si le gouvernement s’efforce à mener la réforme du travail, c’est parce qu’on pense que le changement du marché du travail contribuera grandement non seulement aux personnes handicapées mais aussi à l’économie.

http://french.yonhapnews.co.kr/national/2016/04/19/0300000000AFR20160419002200884.HTML

La référence aux personnes handicapées étant manifestement de pur opportunisme (pour mémoire, Mme Park s'est faite élire sur un programme - notamment - de défense des droits des femmes qu'elle s'est empressée d'enterrer une fois élue à la Maison Bleue), il reste l'essentiel : à savoir qu'elle n'envisage apparemment pas ni de changer de gouvernement, ni de ligne politique. Dès lors, que valent ses déclarations - tardives - selon lesquelles elle accepte le verdict des urnes et coopèrera avec la nouvelle majorité parlementaire ?

La démocratie consiste à accepter sa défaite électorale, pas à forcer une majorité qui vous est hostile à appliquer votre programme : Mme Park Geun-hye révèle une nouvelle fois son absence de respect des valeurs démocratiques.

Peut-être la Présidente pense-t-elle retourner un à un les députés d'opposition, en multipliant les pressions comme elle a su le faire, depuis plus de deux ans, vis-à-vis de ses opposants : interdiction d'un parti politique (le Parti progressiste unifié), censure des journalistes et des artistes, mensonges et manipulations des services de renseignement... Si telle est son intention, le conflit avec les démocrates apparaît inévitable, et la vigilance s'impose plus que jamais pour défendre les libertés démocratiques et la paix - car la guerre est l'exutoire classique des régimes autoritaires qui sombrent, Mme Park Geun-hye ayant multiplié les propos guerriers vis-à-vis de la Corée du Nord, les autorités sud-coréennes appelant ainsi à "décapiter" le régime du Nord. Pour sa part, comme elle le faisait dès les années 1970 en s'opposant à la Corée du Sud du général Park Chung-hee (père de Mme Park Geun-hye) et en défendant les défenseurs sud-coréens de la démocratie et des libertés, l'Association d'amitié franco-coréenne répondra présente dans le combat antifasciste.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 19:40

Le 13 avril 2016, les électeurs sud-coréens sont appelés aux urnes pour renouveler leur Parlement. Et, comme à l'accoutumée à la veille d'élections, les autorités conservatrices au pouvoir à Séoul tentent de faire souffler le vent du Nord, c'est-à-dire de manipuler l'actualité intercoréenne pour garder le pouvoir. Mais en exploitant la défection de 13 employés d'un restaurant nord-coréen à l'étranger au mépris des règles les plus élémentaires de sécurité pour ces derniers, la manoeuvre est particulièrement nauséabonde et enfreint les règles les plus élémentaires du droit d'asile, qui a pour principe de ne pas mettre en danger la personne qui a cherché refuge dans un pays étranger.

Une conférence de presse a été convoquée d'urgence pour annoncer la "bonne nouvelle" de la défection de 13 Nord-Coréens.

Une conférence de presse a été convoquée d'urgence pour annoncer la "bonne nouvelle" de la défection de 13 Nord-Coréens.

La politique nord-coréenne de la droite au pouvoir à Séoul n'est pas populaire dans l'opinion publique, et elle le sait : malgré le matraquage de médias largement acquis aux conservateurs, les Sud-Coréens se rendent parfaitement compte que les sanctions et la politique de tensions avec Pyongyang qu'a attisée Séoul, depuis que la droite est revenue à la Maison Bleue en 2008, n'ont fait que rendre la péninsule coréenne encore plus dangereuse, tout en accroissant le fardeau des dépenses militaires dans des proportions qui mettent en péril toute velléité de relance économique ou de redistribution sociale - l'argent public doit être orienté vers la préparation de la guerre, pas vers la réduction du chômage ou la satisfaction des besoins sociaux les plus élémentaires.

Dans ce contexte, la manoeuvre autour des défecteurs nord-coréens engagée à la veille des élections législatives du 13 avril consiste à démontrer que la politique de sanctions serait efficace - mieux, qu'elle entraînerait des défections de plus en plus nombreuses de Nord-Coréens et précipiterait donc l'effondrement de la République populaire démocratique de Corée dont rêvent la Présidente Mme Park Geun-hye et ses conseillers.

C'est dans ce contexte que, le 8 avril, la Présidence sud-coréenne s'est directement impliquée dans l'organisation d'une conférence de presse consacrée à la défection collective de 13 employés d'un même restaurant nord-coréen à l'étranger. Cette décision a été prise contre l'avis du ministère sud-coréen de la Réunification, qui a rappelé que la règle est de ne pas rendre publiques les défections pour ne pas menacer la sécurité des transfuges nord-coréens et de leurs familles. Mais dans sa rage de remporter les élections au prix de toutes les manipulations Mme Park Geun-hye a ignoré cette règle, s'empressant de diffuser la nouvelle de cette défection miraculeuse intervenue seulement la veille, le 7 avril - car il y a urgence à gagner les élections, dussent des êtres humains (les défecteurs et leurs familles) en souffrir : toujours prompt à dénoncer les violations des droits de l'homme au Nord, les autorités de Séoul révèlent ainsi leur peu de considération pour la vie humaine de leurs compatriotes. La conservation du pouvoir est à ce prix.

Comme si la ficelle n'était pas assez grosse, des annonces de défection plus anciennes (datant de 2015) ont opportunément surgi les jours qui ont suivi - à savoir celles d'un officier nord-coréen du renseignement et d'un diplomate nord-coréen qui était en poste en Afrique. La presse aux ordres à Séoul a bien travaillé.

Pourtant, s'il a bien un élément qui ressort des prises de position du Nord quant aux élections à venir en Corée du Sud, c'est que les autorités nord-coréennes ont fait savoir publiquement qu'elles envisageaient la réouverture de la zone économique de Kaesong en cas de victoire de l'opposition sud-coréenne aux législatives. Une information capitale, mais soigneusement passée sous silence en Corée du Sud mais aussi dans la quasi-totalité des médias occidentaux : il n'est pas bon de faire savoir que c'est la politique de la droite sud-coréenne qui a ruiné le dialogue intercoréen patiemment élaboré par les administrations démocrates à Séoul, entre 1998 et 2008. En dissimulant cette prise de position du Nord et en donnant au contraire un large écho à la manoeuvre de manipulation des élections engagée par Mme Park, les médias, qu'ils soient sud-coréens ou occidentaux, se rendent complices d'un déni de démocratie.

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 20:14

La résolution 2270 du Conseil de sécurité des Nations Unies a imposé un régime de sanctions sans précédent contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), auxquelles s'ajoutent les sanctions unilatérales prises, notamment, par les Etats-Unis et la Corée du Sud. Enfin, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont engagé des exercices militaires d'une ampleur sans précédent, les autorités sud-coréennes menaçant le Nord d'une "opération de décapitation préventive". Dans ce contexte, la RPD de Corée n'a pas seulement haussé le ton : elle a riposté en prenant des mesures dans les domaines de la défense, d'une part, et économique, d'autre part.

Riposte nord-coréenne

Selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA, le Maréchal Kim Jong-un a appelé le 11 mars 2016 à un renforcement des capacités militaires nucléaires du pays :

Il a donné pour tâche d' effectuer plus de tests d'explosions nucléaires afin d'estimer le pouvoir de destruction des ogives nucléaires nouvellement produites et de mener d'autres tests pour soutenir la capacité d'attaque nucléaire.

http://www.kcna.kp/

Ces déclarations interviennent après le tir par la Corée du Nord de missiles à courte portée à plusieurs reprises (notamment le 10 mars 2016), et l'annonce qu'elle pouvait miniaturiser des têtes nucléaires sur des missiles - une capacité dont le commandement militaire américain ne l'estime pas capable, quitte pourtant à contredire des déclarations antérieures.

Au plan économique, en réaction aux nouvelles sanctions unilatérales prises à son encontre par le Sud, le Comité pour la réunification pacifique de la patrie de la RPDC a annoncé, le 10 mars 2016, l'annulation de tous les accords économiques avec le Sud et la "liquidation" des biens des entreprises sud-coréennes implantées au Nord - principalement dans la zone de Kaesong, qui a fermé en février toujours sur l'initiative du Sud, ce qui pourrait signifier leur mise à disposition de la RPD de Corée.

L'Association d'amitié franco-coréenne ne peut constater qu'avec une extrême amertume l'effondrement en quelques semaines des derniers acquis de la politique de rapprochement intercoréenne du "rayon de soleil" (1998-2008). En étant à l'initiative de mesures ensuite dupliquées par Pyongyang, les dirigeants sud-coréens auront joué un rôle majeur dans cette liquidation, dont ils endossent ainsi la première responsabilité. Il s'agit du réflexe habituel d'un régime autoritaire, qui cherche ainsi à détourner l'attention publique des difficultés de la vie quotidienne tout en cherchant à justifier des restrictions grandissantes aux libertés publiques.  

Sources :

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 21:07

Le 8 mars 2016, la République de Corée (Corée du Sud) a annoncé de nouvelles sanctions unilatérales - s'ajoutant à celles du Conseil de sécurité des Nations Unies - contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Si leur portée est relativement limitée pour la RPD de Corée puisque les échanges de personnes entre les deux Corée avaient déjà pratiquement cessé, et que la fermeture de la zone industrielle de Kaesong a mis fin aux derniers échanges économiques intercoréens, il en va en revanche différemment pour la Russie, Séoul ayant décidé dans ce cadre de mettre fin au projet de liaison transferroviaire entre les deux Corée et la Fédération de Russie. 

La Russie, principale victime des nouvelles sanctions sud-coréennes contre la Corée du Nord ?

En renforçant le régime d'interdiction d'entrée dans ses eaux territoriales des navires ayant transité par la RPD de Corée, les nouvelles sanctions unilatérales décidées par la Corée du Sud correspondent à une interprétation maximaliste de la résolution 2270 du Conseil de sécurité des Nations Unies, créant un embargo qui s'inscrit dans une logique connue, dont les néo-conservateurs sont très friands : celle de l'étranglement économique d'un autre pays dans le but de précipiter l'effondrement de son régime politique.

En outre, les nouvelles sanctions de Séoul ont élargi la liste des entités et personnes placées sur une "liste noire",  les coupant des circuits financiers. Par ailleurs, les Sud-Coréens à l'étranger sont priés de ne pas fréquenter les restaurants nord-coréens à l'étranger - mais cette dernière mesure est surtout d'affichage, l'interdiction étant déjà mise en oeuvre via les représentations diplomatiques sud-coréennes dans le monde, avec l'appui d'un vaste réseau de mouchards, dûment rémunérés, sans équivalent dans aucune démocratie parlementaire. Mais peut-être s'agit-il à présent, pour les services de renseignement sud-coréens (NIS), d'utiliser cette nouvelle mesure pour poursuivre des citoyens coréens lambda à l'étranger, en faisant une application hors de leurs frontières (donc illégale) de la loi de sécurité nationale (LSN) qui interdit les échanges humains Nord-Sud sans autorisation expresse - et donc de se réserver la possibilité d'engager des poursuites dès lors que les Sud-Coréens retourneront dans leur pays ? De la part du NIS, qui viole de manière massive les libertés fondamentales et dont les pouvoirs viennent encore d'être renforcés dans le cadre d'une loi dite antiterroriste, rien ne peut être exclu.

Mais l'élément le plus significatif est bien le coup d'arrêt donné au projet de rapprochement ferroviaire entre la Russie et les deux Corée (ligne dite Rajin-Khasan), qui aurait pourtant été bénéfique à l'ensemble des parties prenantes, dans le cadre de la mise en oeuvre de l'interdiction faite aux navires ayant mouillé en Corée du Nord de se rendre en Corée du Sud, comme l'a précisé l'agence officielle sud-coréenne Yonhap :

Cette interdiction a entraîné l'interruption du projet Rajin-Khasan entre les deux Corées et la Russie. Ce projet vise à acheminer en Corée du Sud du charbon russe et autres marchandises via voies ferroviaire et maritime, en passant par la Corée du Nord. Il était une des exceptions aux sanctions de 2010 interdisant les échanges inter-frontaliers.

Séoul a informé aujourd’hui la Russie de l’interruption du projet de coopération trilatéral. “Le gouvernement a expliqué à la Russie que l'application de nouvelles sanctions est une décision inévitable en réponse à l'essai nucléaire nord-coréen”, à déclaré l'envoyé sur le nucléaire Kim Hong-kyun lors d’un point de presse.

http://french.yonhapnews.co.kr/northkorea/2016/03/08/0500000000AFR20160308003300884.HTML

Une fois encore, ce sont bien les autorités conservatrices de Corée du Sud (au pouvoir depuis 2008) qui prennent l'initiative de dégrader encore davantage les relations intercoréennes - quitte à contredire une nouvelle fois les engagements pris par la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye en personne, mais cette fois à l'égard de son homologue russe Vladimir Poutine. ce choix apporte aussi la preuve que le discours de Mme Park en faveur du dialogue et des échanges intercoréens était de pur affichage, sans volonté sincère de rapprochement pacifique avec le Nord. A Séoul comme à Washington, les néoconservateurs sont unis dans leur volonté de combiner le recours aux sanctions économiques et aux pressions militaires pour provoquer un changement de régime au Nord, suivant un processus appliqué dans d'autres parties du monde - et quelles que soient les souffrances des populations.

Autre source :

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 20:51

Après la décision sud-coréenne de "suspendre" les activités de la zone industrielle de Kaesong, où 124 entreprises sud-coréennes emploient 54.000 ouvriers nord-coréens, la Commission pour la réunification pacifique de la Corée, basée en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), a annoncé, le 11 février 2016, que les Sud-Coréens devaient quitter Kaesong et que les avoirs des entreprises sud-coréennes seraient saisis.  

Camions sud-coréens quittant la zone industrielle de Kaesong

Camions sud-coréens quittant la zone industrielle de Kaesong

Avec la fermeture de la zone industrielle de Kaesong, qui avait ouvert en 2004, c'est - hélas - le dernier symbole de la réconciliation et de la coopération intercoréennes qui disparaît. Selon la Commission (nord-coréenne) pour la réunification pacifique de la Corée, tous les Sud-Coréens (soit 280 personnes) devaient avoir quitté la zone le 11 février 2016 à 17 heures (heure locale), et tous les biens des entreprises sud-coréennes seraient saisis :

Nous saisissons tous les avoirs des entreprises sud-coréennes et sociétés alliées, y compris les machines, les matières premières et les biens.

La Commission nord-coréenne a déclaré qu'il s'agissait de la conséquence de la décision de fermeture prise par les autorités sud-coréennes, qui en payaient ainsi le "prix élevé" :

Les forces ennemies sud-coréennes vont faire l'expérience du prix élevé et douloureux qu'elles doivent payer pour avoir fermé le complexe industriel de Kaesong.

En annonçant que la zone de Kaesong redevenait une zone militaire - ce qu'elle était avant sa création et son ouverture en 2004 - et que les points de passage Nord-Sud le long de la zone démilitarisée étaient fermés, c'est le triste retour à la situation ex ante : celle d'une époque - antérieure à 1998 - où les échanges intercoréens étaient pratiquement nuls, et les relations Nord-Sud presque exclusivement commandées par des impératifs militaires et de sécurité. En huit ans, les conservateurs sud-coréens au pouvoir à Séoul auront détruit tous les acquis de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord (1998-2008), qui avait valu le Prix Nobel de la Paix à l'ancien Président Kim Dae-jung.

S'il convient d'être prudent quant au caractère définitif des décisions annoncées ce 11 février 2016 - par le passé, la saisie des biens du complexe touristique des Monts Kumgang n'a pas été suivie de leur réattribution - la logique d'escalade des tensions qui prévaut dans les relations Nord-Sud n'incite pas à l'optimisme.

L'histoire de la diplomatie montre qu'il est plus facile de détruire que de construire : sensible au désarroi des petits entrepreneurs sud-coréens qui ont souvent tout investi à Kaesong, l'Association d'amitié franco-coréenne forme le voeu que les fruits d'années de dialogue intercoréen - qui ont permis de bâtir des relations de compréhension mutuelle - ne soient pas totalement annihilés, et que la dialogue se rouvrira au plus vite, face au danger jamais éteint d'un conflit qui dévasterait une nouvelle fois la péninsule coréenne, deux générations après les atrocités de la guerre de Corée.

 

Sources :

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 13:15

Le 10 février 2016, en rétorsion contre le lancement d'un satellite par la RPDC trois jours plus tôt, les autorités de la République de Corée (Corée du Sud) ont annoncé la "suspension" des activités de la zone économique intercoréenne de Kaesong, au Nord de la péninsule, où 124 entreprises du Sud emploient 54 000 ouvriers nord-coréens dans des activités manufacturières. Cette décision unilatérale est un mauvais coup porté aux relations intercoréennes, alors que les échanges intercoréens - 2 milliards de dollars par an - sont à présent presque exclusivement limités aux activités de la zone de Kaesong, après que les "mesures du 24 mai" (2010) eurent déjà pratiquement suspendu tous les autres courants d'échanges.

La zone économique intercoréenne de Kaesong

La zone économique intercoréenne de Kaesong

Dans le bras-de-fer entre les deux Corée, il est de bon ton, dans les médias occidentaux, de présenter le Nord comme un Etat provocateur ne respectant pas ses engagements, et le Sud comme responsable et ouvert au dialogue. Cette idée reçue est pourtant sans cesse contredite par les faits.

Depuis le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul en février 2008, ces derniers n'ont de cesse de saper un par un les fondements du dialogue intercoréen, patiemment mis en place par leurs prédécesseurs démocrates pendant la décennie de la "politique du rayon de soleil" (1998-2008). La zone économique intercoréenne de Kaesong avait jusqu'à présent résisté aux vicissitudes de l'évolution des relations Nord-Sud : tel n'est plus le cas avec la décision du gouvernement de Mme Park Geun-hye, ce 10 février 2016, de "suspendre" les activités de cette zone. Ce faisant, la fille du très auritaire général Park Chung-hee, qui avait gouverné la Corée du Sud d'une main de fer entre 1962 et 1979, fait un pas que même son prédécesseur, le Président Lee Myung-bak, n'avait osé franchir. En outre, elle trahit ouvertement l'engagement que son gouvernement avait pris le 14 août 2013 avec la RPDC - suite à une première suspension des activités de la zone de Kaesong pendant quatre mois en 2013 - de ne pas soumettre celles-ci aux aléas des relations géopolitiques. En effet, cet accord stipulait, en son point 1 :

 

Le Sud et le Nord tâchent de ne pas répéter une suspension du complexe par l’interdiction de son accès ou par le retrait des travailleurs et de garantir la normalité des activités, comme l’accès du personnel sud-coréen au complexe, le travail des ouvriers nord-coréens et la protection des biens des entreprises, quelle que soit la situation géopolitique.

Ce non-respect des engagements a été justifié par le fait que, selon le désormais bien mal-nommé ministère sud-coréen de la "Réunification", les 100 millions de dollars de devises que retirerait chaque année le Nord du fonctionnement du complexe industriel serviraient au développement des programmes militaires et spatiaux. Evidemment, une telle corrélation est des plus douteuses, car elle supposerait de tracer l'affectation de chaque dollar de la RPDC... mais ce faisant, Mme Park Geun-hye et ses ministres entonnent l'un des airs favoris des néoconservateurs américains et sud-coréens, selon lesquels il faut étrangler économiquement la RPDC, quelles que puissent être les conséquences catastrophiques - notamment humanitaires - produites, dans tous les pays du monde et à toutes les époques, par une politique d'embargo cynique, étrangère au bien-être des populations.

Accessoirement, les chefs d'entreprise sud-coréens présents à Kaesong vont être, une nouvelle fois, les victimes collatérales de la politique nord-coréenne des "faucons" sud-coréens, ce qu'ils ont immédiatement déploré. Séoul leur a promis une indemnisation, dont les modalités et le montant n'ont évidemment pas été précisés. 

Enfin, en choisissant de se retirer volontairement de la RPD de Corée, la Corée du Sud est amenée à disparaître économiquement du champ des échanges internationaux de la Corée du Nord, qui deviendrait ainsi encore un peu plus dépendante de ses relations avec la Chine. Avant sa disparition, l'ancien président sud-coréen Kim Dae-jung, à l'origine de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord, avait exprimé la crainte que la RPD de Corée ne soit absorbée économiquement par la Chine, contrariant ainsi toute perspective future de réunification. C'est ce scénario catastrophe qu'a décidé de réaliser, en pleine connaissance de cause, la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye. Décidément, à Séoul, il n'y a pas que dans le domaine des droits politiques et sociaux que s'opère un retour vers le passé.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 21:26

Après l'annonce, le 2 février 2016, par les autorités de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qu'elles procèderaient au lancement d'un satellite entre le 8 et le 25 février prochains (à une date ainsi proche de l'anniversaire de naissance du Général Kim Jong-il, le 16 février 1942), les Etats-Unis ont vivement protesté, en plaidant une nouvelle fois pour le renforcement, attendu, des sanctions, après que la RPD de Corée eut revendiqué, le 6 janvier 2016, un essai réussi de bombe H. Dans ce contexte, il semble utile de rappeler les positions de la RPD de Corée, en faveur de la réunification de la péninsule, ainsi que pour assurer sa propre sécurité - objectif qui sous-tend son développement d'armes nucléaires. C'est dans cette perspective que nous publions ci-après, traduit de l'anglais, de larges extraits d'une analyse développée par Mme Choe Un-ju, chercheur à l'Institut pour la paix et le désarmement du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, en date du 21 janvier 2016, et intitulée "L'indépendance, la réunification pacifique et la grande unité nationale : les principes fondamentaux pour la réunification de la Corée".

Les dirigeants nord et sud-coréens Kim Jong-il et Roh Moo-hyun, lors du sommet intercoréen d'octobre 2007.

Les dirigeants nord et sud-coréens Kim Jong-il et Roh Moo-hyun, lors du sommet intercoréen d'octobre 2007.

L'analyse de Mme Choe Un-ju insiste tout d'abord sur l'aspiration des Coréens à la réunification de leur pays, en insistant sur le rôle des forces étrangères dans sa division :  

Cela fait plus d'un demi-siècle que la Corée, nation homogène ayant une histoire de plus de 5 000 ans, a été divisée en deux par les forces étrangères.

Même le nom du pays, la Corée, qui était célébré comme celui du "pays du matin calme", est maintenant désigné, depuis 70 ans, comme "la Corée du Nord" et "la Corée du Sud'.

Les images émouvantes des réunions, longuement attendues, des membres de familles divisées au Nord et au Sud, et leurs adieux déchirants, ne peuvent être vus nulle part ailleurs au monde.

La réunification nationale est devenue le désir le plus ardent des Coréens qui ont vécu avec une telle peine depuis si longtemps.

Non seulement les Coréens, mais tous les peuples qui aiment la paix dans le monde aspirent à une réunification rapide de la Corée qui ouvrirait une nouvelle ère de paix et de prospérité dans la péninsule et la région.

Dans son adresse de nouvel an de cette année, Son Excellence M. Kim Jong-un a mis en avant l'idée d'indépendance dans les relations intercoréennes et les questions liées à la réunification conformément aux désirs et aux exigences de la nation, à savoir la sauvegarde de la paix et de la sécurité en éliminant les dangers de la guerre dans la péninsule coréenne, et accorder toute leur valeur aux déclarations conjointes Nord-Sud et à leur mise en œuvre. Ces idées forment la grande bannière sous laquelle réaliser rapidement le désir ancien de notre nation et l'aspiration mondiale pour la paix.

C'est dans ce contexte que l'arme nucléaire nord-coréenne, présentée comme ayant un caractère purement défensif, est considérée comme garantissant l'équilibre des forces dans la péninsule coréenne, et par conséquent comme un atout pour la paix et la réunification - en resituant cette question dans le contexte global de la présence militaire américaine en Asie et de la rivalité stratégique avec la Chine, qui n'est toutefois pas expressément nommée :

Des experts de sécurité américains, de sensibilité conservatrice, ont récemment affirmé qu'une péninsule coréenne réunifiée continuerait d'être sous le parapluie nucléaire américain et maintiendrait les pays voisins dans la dépendance des Etats-Unis. Ces affirmations prouvent que des discussions ont lieu entre les Etats-Unis et la Corée du Sud.

Les autorités sud-coréennes essaient de trouver un compromis entre les intérêts stratégiques des Etats-Unis et ceux des puissances régionales "en promettant la lune", à savoir que les forces américaines ne bougeraient pas au-delà du 38e parallèle même après une "réunification" soutenue par les Etats-Unis avec leur parapluie nucléaire comme pilier principal. Le Sud s'en tient ainsi à une "diplomatie de la réunification" pour obtenir un soutien à une "réunification" menée par le Sud.

Toutefois, les Etats-Unis, qui sont les maîtres de la Corée du Sud, tentent de contraindre la Corée du Sud dans une alliance militaire Etats-Unis - Japon - Corée du Sud, pour ainsi étouffer la RPDC et contenir les puissances voisines qui sont ses rivaux stratégiques.

En réalité, la réunification poursuivie tant par les Etats-Unis que par la Corée du Sud vise à déployer le parapluie nucléaire américain sur toute la péninsule coréenne et à assurer la domination américaine sur l'Asie du Nord-Est.

Au regard de l'équilibre des forces en Asie du Nord-Est, cela supprimerait la zone tampon qui empêche un affrontement direct entre les Etats-Unis et les puissances régionales, et placerait finalement la Corée sur la ligne de front d'une confrontation nucléaire entre les grandes puissances.

Les Etats-Unis ont trompé le monde quand ils ont promis que l'OTAN ne se déploierait pas plus à l'Est si l'ancienne Union soviétique soutenait la réunification allemande. Les Etats-Unis rejouent ce jeu de dupes stratégiques en Asie du Nord-Est.

Il est normal que les puissances régionales soient prudentes à propos de la "diplomatie de la réunification" de la Corée du Sud dans la mesure où elle sert les intérêts stratégiques des Etats-Unis.

L'idée défendue par la RPDC d'une réunification indépendante est de créer un juste Etat réunifié qui contrebalancerait la stratégie agressive américaine de domination de l'Asie et garantirait les intérêts stratégiques des puissances régionales de manière équilibrée, avec une force de dissuasion nucléaire défensive.

La dissuasion nucléaire défensive de la RPDC garantit solidement l'équilibre des forces dans la région. Elle désamorce les viles tentatives d'un "système de réunification" soutenu par le parapluie nucléaire américain, et assure ainsi une réunification pacifique de la Corée fondée sur la coexistence de deux systèmes.

Sur la base de cette analyse, l'auteur réaffirme la proposition de la RPDC de conclure un traité de paix et la nécessité de mettre en oeuvre les déclarations conjointes Nord-Sud pour le dialogue intercoréen, en vue d'avancer vers la réunification de la péninsule.

Il ressort que la RPD de Corée - dont la Constitution proclame qu'elle est un Etat doté de l'arme nucléaire - n'entend pas abandonner ses armes nucléaires contre des garanties de sécurité (ou d'autres contreparties américaines), mais les considère comme une composante essentielle de l'équilibre des forces stratégiques, dans les rapports non seulement entre les Etats-Unis et la RPDC, mais aussi des Américains avec les autres puissances asiatiques.

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 18:29

Chaque année, le discours prononcé par le Maréchal Kim Jong-un à l'occasion du nouvel an est étudié et analysé en détail - non seulement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), mais aussi à l'étranger par les spécialistes des questions coréennes - pour les orientations qu'il donne sur la politique interne et externe de la RPD de Corée. Le discours du nouvel an 2016 prend cette année une importance particulière, à quelques mois du VIIe Congrès du Parti du travail de Corée - le premier depuis 1980. Comme les années précédentes, il met l'accent sur l'édification d'un pays puissant et prospère. Par ailleurs, en dépit des vives réticences qu'ont opposées en 2015 les conservateurs sud-coréens à l'approfondissement du dialogue Nord-Sud, le Maréchal Kim Jong-un réaffirme l'engagement de la RPD de Corée pour le dialogue, la paix et la réunification dans la péninsule.

Discours de nouvel an de Kim Jong-un : "notre Parti considère le bien-être du peuple comme la première de toutes les affaires nationales"

Saluant non seulement les militaires et les civils nord-coréens oeuvrant à l'édification de la patrie socialiste, mais s'adressant aussi "aux frères du Sud et aux Coréens de la diaspora qui luttent pour la réunification de la patrie, aspiration de la nation, de même qu’aux peuples progressistes et aux amis étrangers", le dirigeant suprême exprime d'emblée le voeu que "toutes les familles débordent de concorde et d’affection et que les rires de bonheur de nos chers enfants retentissent plus haut".

Revenant ensuite sur l'année écoulée, marquée par le 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, il souligne en premier lieu les réalisations économiques - ainsi que les exploits sportifs obtenus - en associant constamment le peuple travailleur à ces succès :

On a vu s’ériger les centrales des Héros-Jeunes de Paektusan, les centrales en étages de Chongchongang, le Palais de la science et de la technique, la cité des scientifiques Mirae, la ferme coopérative de culture légumière de Jangchon et d’innombrables autres monuments et villages merveilleux dignes du socialisme, concrétisation des idées et de la politique du Parti, montrant le dynamisme de notre patrie qui avance en faisant en un an ce que les autres ne pourraient faire qu’en dix ans.

Après l'accord conclu avec le Sud en août 2015, il exprime sa conviction que la politique du Parti a permis d'éloigner le danger d'un nouveau conflit armé qui aurait ravagé la péninsule coréenne.

La jeunesse et l'éducation occupent une place primordiale dans le discours du Maréchal Kim Jong-un, conformément à la politique qu'il a menée depuis quatre ans (marquée notamment par l'allongement à douze ans, en 2012, de la durée de la scolarité obligatoire) : après la référence liminaire aux enfants des familles coréennes, il adresse à la jeunesse des félicitations particulièrement appuyées comme étant les "dignes continuateurs de la cause révolutionnaire Juche", et mentionne in fine la jeunesse comme l'une des composantes sociales (à côté de la classe ouvrière, mentionnée à plusieurs reprises en tant que telle, des intellectuels et des cadres) devant contribuer au développement de l'économie nationale.

Evoquant le congrès à venir du Parti du travail de Corée, il souligne l'objectif de renforcer l'économie nationale pour élever le niveau de vie de la population, développant ensuite les problèmes économiques actuels dont la résolution apparaît ainsi comme une priorité. Au premier rang figure le "problème de l’énergie électrique" - décrit également comme la "pénurie d’électricité" (suivant une formule peu habituelle s'agissant des difficultés rencontrées) - qui requiert non seulement l'accroissement des capacités de production de l'électricité sous ses différentes formes (y compris à partir du charbon) - en mentionnant tout particulièrement la construction de la centrale de Tanchchon - mais aussi, de manière nouvelle, les économies d'énergie. Sont également évoqués le transport ferroviaire (dont l'obsolescence est un handicap au développement économique) et la production métallurgique, encore loin du niveau maximum qu'elle a atteint en 1990, avant le recul économique de la "dure marche". Par ailleurs, la référence à la lutte contre "la pollution de l’atmosphère, des cours d’eau et des mers" s'inscrit dans le cadre des objectifs de développement durable, tels qu'ils ont été réaffirmés lors de la conférence de Paris sur le climat par le ministre des Affaires étrangères en décembre 2015.

Comme les années antérieures, des instructions spécifiques portent sur le potentiel de défense du pays. L'accent est mis sur la formation et la discipline, et non sur le développement des armes non conventionnelles - en ne mentionnant pas la force de dissuasion nucléaire - et sur les capacités balistiques. Depuis le troisième essai nucléaire nord-coréen survenu le 12 février 2013, les médias conservateurs américains et sud-coréens annoncent régulièrement la survenue imminente d'un quatrième essai nucléaire, ou d'un nouveau tir de missile à longue portée. Cette omission dans le discours du dirigeant nord-coréen doit donc être appréciée comme la poursuite, au contraire, par la RPD de Corée d'une politique de la main tendue, pour réduire les tensions dans la péninsule, en s'abstenant d'initiatives qui auraient entraîné un nouveau cycle de tensions et de sanctions.

Suivant un usage bien établi, la réunification de la Corée et les relations internationales occupent la fin du discours - et ont retenu plus particulièrement (sinon exclusivement) l'attention des commentateurs étrangers.

Concernant les rapports Nord-Sud, le Maréchal Kim Jong-un blâme ouvertement les autorités sud-coréennes pour avoir mené en 2015 une politique de confrontation, alors que l'anniversaire de la libération de la Corée de l'occupation japonaise, en 1945, aurait au contraire dû créer un contexte favorable :

L’année dernière marquée par le 70e anniversaire de la libération du pays, nous avons lancé un appel invitant à ouvrir une large voie à la réunification indépendante grâce à l’union des forces de toute la nation, et nous nous sommes attachés à le réaliser. Pourtant, les forces anti-réunification et hostiles à l’amélioration des rapports Nord-Sud se sont démenées pour des manœuvres belliqueuses, créant ainsi une situation critique au bord de la guerre et suscitant une grande inquiétude à l’intérieur comme à l’extérieur. Les autorités sud-coréennes, allant à l’encontre du dialogue Nord-Sud et de l’amélioration des rapports Nord-Sud, ont poursuivi ouvertement le « changement de régime » de notre part et, l’« unification des régimes », leur thèse unilatérale, aggravant ainsi la méfiance et l’affrontement entre le Nord et le Sud.

En dépit de ces difficultés, les autorités nord-coréennes réaffirment qu'elles sont prêtes à renouer le dialogue avec le Sud, en incitant les autorités sud-coréennes à appliquer avec sincérité les précédents accords Nord-Sud (notamment les déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007) qui ont été signés au nom du Gouvernement sud-coréen, et non des démocrates qui étaient alors au pouvoir à Séoul. En effet, les conservateurs revenus à la présidence sud-coréenne en 2008 ont tourné le dos aux perspectives de rapprochement Nord-Sud qui avaient ainsi été ouvertes, l'opposition démocrate leur reprochant d'avoir joué un rôle essentiel dans la dégradation des relations intercoréennes.

Vis-à-vis des Etats-Unis, mentionnés explicitement cette année à de nombreuses reprises, les critiques nord-coréennes se fondent sur trois arguments : le refus opposé par Washington à la proposition de Pyongyang de signer un traité de paix en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953 ayant clos les combats de la guerre de Corée ; l'exploitation de l'argument des droits de l'homme ; les exercices militaires de grande ampleur que les Etats-Unis et leurs alliés ont poursuivis dans la péninsule coréenne l'an passé. En cas de guerre provoquée par les Etats-Unis, la RPD de Corée exprime clairement sa volonté de riposter.

Envers le reste du monde (dont aucun pays n'est nommé, ni le traditionnel allié chinois, ni la Russie avec laquelle la RPDC a opéré un rapprochement depuis 2014), le discours de nouvel an du Maréchal Kim Jong-un réaffirme enfin la position traditionnelle de Pyongyang favorisant l'essor de relations d'échanges et de coopération :
 

Notre Parti et le gouvernement de notre République renforceront davantage la solidarité avec les peuples du monde entier s’opposant à l’agression, à la guerre, à la domination et à l’asservissement, élargiront et développeront les relations d’amitié et de coopération avec tous les pays qui respectent la souveraineté de notre pays et nous traitent amicalement.

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 18:02

Alors qu'une délégation de 150 bouddhistes sud-coréens s'est rendue en novembre 2015 au temple Singyesa, au Nord de la péninsule, des délégations de catholiques sud-coréens ont également visité récemment  la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) : après qu'une douzaine de membres de l’Association des prêtres catholiques pour la justice (CPAJ) eurent célébré à Pyongyang, le 23 octobre 2015, une messe pour la réunification des deux Corées, une délégation de quatre évêques et treize prêtres de la République de Corée (Corée du Sud) s'est rendue en RPD de Corée début décembre 2015, ayant abouti à un accord pour que des prêtres sud-coréens puissent célébrer la messe au Nord à l'occasion des grandes fêtes liturgiques.

Le cardinal André Yeom Soo-jung, archevêque de Séoul, est aussi administrateur apostolique de Pyongyang.

Le cardinal André Yeom Soo-jung, archevêque de Séoul, est aussi administrateur apostolique de Pyongyang.

Le cardinal André Yeom Soo-jung a des raisons de se réjouir : la visite en Corée du Nord de quatre évêques et treize prêtres sud-coréens, début décembre 2015, est l'aboutissement de discussions engagées depuis 2000, date du premier sommet intercoréen. Ce déplacement représente une avancée importante en ce sens. Pour le cardinal,

 

Nous avons négocié avec la Corée du Nord pendant plus de dix ans dans l’espoir d’envoyer des prêtres de Séoul s’occuper de la vie religieuse des croyants de Corée du Nord. Nous faisons actuellement de notre mieux pour parvenir à un accord sur la question. J’espère que la récente visite pourra représenter le point de départ d’un nouvel accord.

La délégation catholique en RPD de Corée a célébré la messe dans la cathédrale Changchung, en présence, selon le quotidien La Croix, de 70 laïcs nord-coréens.

Selon Radio Vatican, citant la conférence des évêques catholiques de Corée, un accord a été conclu afin que des prêtres sud-coréens aillent régulièrement RPD de Corée pour célébrer des offices lors des principales fêtes religieuses. La première visite est prévue à l'occasion de Pâques, en mars 2016. Radio Vatican a salué "un signe d'apaisement important".

Une autre question, qui semble en revanche encore en discussion, est que des prêtres sud-coréens puissent aussi administrer les sacrements au Nord de la péninsule, où la communauté catholique est estimée à 3 000 fidèles.

Alors que les rencontres interreligieuses représentent traditionnellement un canal essentiel du dialogue Nord-Sud intercoréen, l'Eglise catholique de Corée du Sud, qui a toujours défendu les partisans de la démocratie, bénéficie d'une image progressiste et est ouverte à la réunification. Lors de sa visite en Corée du Sud en août 2014, le pape François avait appelé au pardon et à l'union entre tous les Coréens.

En mars 2013, l'Association des catholiques de RPD de Corée avait adressé un message de félicitations au pape François - ce qui était un signe que l'élection du nouveau souverain pontife était de nature à favoriser la reprise du dialoque.

Lire aussi, sur le blog de l'AAFC :

Sources :

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 22:32

Les discussions intercoréennes, menées au niveau des vice-ministres, se sont conclues sans aucun accord le samedi 12 décembre 2015, après deux jours de discussions à Kaesong. Aucune date n'a été fixée pour une réunion ultérieure. L'agence de presse KCNA de la RPD de Corée a blâmé la partie sud-coréenne pour l'échec du dialogue, en indiquant que celle-ci n'avait pas voulu aborder certaines questions clés - comme la reprise du tourisme intercoréen dans les monts Kumgang, au Nord, interrompu depuis juillet 2008 - malgré ses efforts, tout en déplorant des exigences "déraisonnables" du Sud (dans une allusion probable à la demande d'excuses pour le naufrage du Cheonan en 2010). Mais quelle est la vraie raison de cet énième échec de la tentative de reprise des discussions Nord-Sud, qui se sont fortement dégradées depuis le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul en 2008 ?

Depuis 2008, toutes les tentatives pour relancer le tourisme intercoréen dans les monts Kumgang, qui était géré par le conglomérat sud-coréen Hyundai Asan, se sont heurtées à une fin de non-recevoir des autorités sud-coréennes. Les seules réalisations tangibles - acceptées, voire initiées par le Sud - ont été la reprise des réunions de familles séparées de part et d'autre du trente-huitième parallèle.

Ces blocages de la partie Sud peuvent s'expliquer de manière très simple : depuis 2008, les conservateurs sud-coréens revenus aux affaires à Séoul misent sur un effondrement - qu'ils espèrent imminent - de la Corée du Nord. La présidente sud-coréenne Park Geun-hye l'a encore rappelé récemment, en appelant les membres d'un organisme qu'elle a mis en place à se préparer à une réunification susceptible de survenir, selon elle, du jour au lendemain : il ne saurait y avoir aveu plus patent de l'espoir d'un effondrement de la RPD de Corée, qui invalide donc toute politique de coopération Nord-Sud à moyen et long termes.

Dans cette perspective, la reprise du tourisme intercoréen des Monts Kumgang, en apportant des capitaux au Nord, est mal vue de Séoul, car non seulement elle conduirait les visiteurs sud-coréens à sortir des clichés d'un Nord hostile savamment entretenus par la propagande de Séoul, mais elle contribuerait à améliorer la situation économique de la RPD de Corée, et donc à contrarier l'objectif des autorités sud-coréennes de favoriser un changement de régime, ou à tout le moins une instabilité économique, voire politique, au Nord.

Les réunions de familles séparées ne sont pas une exception à ce schéma général de pensée de la droite sud-coréenne : les personnes concernées sont âgées, et constituent le coeur de l'électorat conservateur. Favoriser de telles rencontres avant que les témoins ne disparaissent est payant dans l'opinion publique sud-coréenne à court terme, sans être contradictoire avec l'objectif de Séoul d'un changement de régime au Nord à une date rapprochée - lequel constitue l'alpha et l'oméga de la politique intercoréenne de la droite sud-coréenne, de Lee Hoi-chang (candidat malheureux des conservateurs aux élections présidentielles de 1997 et 2002) à Lee Myung-bak et Park Geun-hye. Seule la méthode a changé : alors que Lee Hoi-chang était ouvertement hostile à tout dialogue avec le Nord (ce qui a pesé dans ses échecs électoraux successifs), Lee Myung-bak (élu président en 2007) et Park Geun-hye (présidente depuis 2012), cherchent à masquer leurs intentions pour ne pas heurter de front une opinion publique majoritairement attachée au développement des relations Nord-Sud, tout en créant les conditions de la rupture. Ainsi, l'un et l'autre exigent des excuses de la RPD de Corée pour le naufrage du Cheonan en mars 2010, dont on sait qu'il n'était nullement imputable au Nord, les conservateurs sud-coréens ont fait croire, comme en août dernier, que des mines auraient été posées par des Nord-Coréens du côté Sud de la DMZ - lire http://www.amitiefrancecoree.org/tag/naufrage%20du%20%22cheonan%22/.  

Sources :

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