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8 août 2018 3 08 /08 /août /2018 17:47

Les élections locales du 13 juin 2018 en République de Corée se sont soldées par une victoire sans précédent des démocrates au pouvoir(parti Minjoo) et un effondrement historique du Parti de la Liberté de la Corée (PLC, conservateur). Si les démocrates ont indéniablement profité d'un contexte international favorable marqué par la détente sur la péninsule coréenne, au lendemain du sommet historique à Singapour entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un, le verdict des urnes a aussi sanctionné la ligne ultra-conservatrice du dirigeant du PLC, Hong Joon-pyo, adversaire résolu du dialogue inter-coréen, qui a quitté la direction de son parti. Toutefois, cette évolution de la scène politique n'apparaît pas relever de l'accident de parcours : deux mois après les scrutins locaux le vent politique continue de souffler à gauche en Corée du Sud. En effet, non seulement les progressistes n'ont jamais obtenu autant d'intentions de vote dans les enquêtes d'opinion, avec une percée au sein du bloc progressiste du Parti de la Justice (social-démocrate, opposition) dans un pays où les idées de gauche ont toujours été ultra-minoritaires, mais les conservateurs ont choisi comme président de leur comité d'urgence un transfuge démocrate, Kim Byong-joon, qui fait ouvertement l'apologie de l'ancien président démocrate Roh Moo-hyun.

Politique sud-coréenne : le vent souffle à gauche

Dans la dernière enquête d'opinion de l'institut de sondages Realmeter, rendue publique le 6 août 2018 (graphique ci-dessus), les progressistes obtiennent un nombre record d'intentions de vote :

- toujours largement en tête, les démocrates du parti Minjoo (progressiste, au pouvoir), devancent de plus de 25 % leurs principaux concurrents (42,8 %) ; la grande majorité des sièges du Parlement sud-coréen étant pourvus au scrutin majoritaire uninominal à un tour, si les élections législatives se tenaient aujourd'hui, le parti du Président Moon Jae-in bénéficierait donc d'un raz-de-marée ;

- les conservateurs du Parti de la Liberté de la Corée ne sont plus crédités que de 17,6 % des intentions de vote, talonnés par les sociaux-démocrates du Parti de la Justice (14,3 %) ; si ces derniers bénéficient d'un regain de sympathie après le suicide dramatique de Roh Hoe-chan, une inversion des courbes n'est plus à prévoir, surtout si l'on considère qu'aux dernières élections locales les conservateurs obtenaient encore trois fois plus de voix que le Parti de la Justice ; si le Parti de la Justice devenait la principale force d'opposition en Corée du Sud à l'issue des élections législatives prévues en 2020, il en résulterait une forte pression sur les démocrates pour infléchir leur politique dans un sens plus social et plus favorable aux libertés démocratiques ;

- le transfuge démocrate Ahn Cheol-soo, qui a fait une alliance de circonstances avec des dissidents conservateurs au sein du Parti Bareunmirae, n'apparaît pas aujourd'hui comme une alternative crédible (5,8 % des intentions de vote) : le tournant à droite de la girouette politique qu'est Ahn Cheol-soo lui a aliéné le soutien des progressistes (dont une fraction a fondé le Parti pour la paix et la démocratie, crédité de 2,8 % des intentions de vote), sans élargir sa base électorale en direction des conservateurs ;

Si le Parti de la Justice représente en Corée du Sud la gauche la plus modérée au sein du paysage politique (plus proche en France du Parti socialiste ou d'EELV que de la France insoumise), c'est la première fois qu'une formation mettant au premier plan la justice sociale recueille autant d'intentions de vote depuis le début des années 2000 (le Parti démocratique du travail avait alors été crédité au maximum de 18 % des intentions de vote, avant de recueillir 13 % des voix lors des élections législatives de 2004). Une alternative de gauche aux démocrates au pouvoir devient donc une option politique crédible en Corée du Sud. 

Signe de la prise de conscience des conservateurs qu'ils doivent changer de logiciel politique, ces derniers ont choisi comme président de leur comité d'urgence le modéré Kim Byong-joon, qui a été un collaborateur du Président (démocrate) Roh Moo-hyun, dont il considère qu'il doit être un modèle pour les conservateurs.

Kim Byung-joon fleurissant la tombe de l'ancien président démocrate Roh Moo-hyun, le 30 juillet 2018

Kim Byung-joon fleurissant la tombe de l'ancien président démocrate Roh Moo-hyun, le 30 juillet 2018

Kim Byung-joon a été encore plus loin en critiquant ouvertement le général président Park Chung-hee, qui avait mis en place le régime plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud... et père de l'ancienne présidente Park Geun-hye, destituée sur fond de corruption et de dérive autoritaire, qui purge aujourd'hui une peine de 32 ans de prison - mais dont la faction conserve des partisans au sein du Parti Saenuri (conservateur).

Si la ligne politique qu'entend incarner Kim Byung-joon ne signifie nullement un ralliement à la majorité démocrate (le nouveau leader des conservateurs met sur le même plan Park Chung-hee et le président en fonctions Moon Jae-in, en les taxant tous deux de "nationalisme"), elle représente une inflexion autour d'une défense du libéralisme économique, marqueur traditionnel d'une partie (au moins) de la droite modérée dans les démocraties occidentales. Les conservateurs vont-ils abandonner leur tendance à se positionner comme les défenseurs de l'ordre prétendument anticommuniste (en réalité, anti-Corée du Nord), pro-militaires et pro-valeurs puritaines incarnées par certaines églises évangélistes, incluant l'héritage de la junte militaire qui a dirigé pendant des décennies la Corée du Sud et des lois liberticides, dont certaines toujours en vigueur en Corée du Sud (comme la loi de sécurité nationale) ? Les débats internes au parti conservateur promettent d'être âpres, et rien ne permet de prédire que Kim Byung-joon ne sera pas mis en minorité, ou a minima devoir composer avec des opposants internes et mettre de l'eau dans son vin. Mais la promesse existe, pour la première fois, que l'exercice du pouvoir par les conservateurs en Corée du Sud ne soit plus synonyme, sinon de régime autoritaire, du moins d'une dérive autoritaire du régime politique - comme cela a été le cas sous les présidences Lee Myung-bak (2008-2013) et Park Geun-hye (2013-2017). 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 21:46

Le 23 juillet 2018, le député Roh Hoe-chan (Parti de la justice, social-démocrate) s'est suicidé en se défenestrant depuis l'étage de l'immeuble où vivait sa mère, à Séoul, alors qu'il allait être entendu dans une affaire de financement politique. L'Association d'amitié franco-coréenne présente ses condoléances à sa famille - notamment son épouse Kim Ji-sun, militante pour les droits des travailleurs -, à ses amis et à ses proches. Elle rend hommage à un homme intègre et sincère, qui a été une figure majeure du combat courageux pour la démocratie, la justice sociale et les droits de l'homme en République de Corée. Une grande voix s'est tue, mais sachons nous montrer fidèles aux combats qu'elle a menés et aux valeurs qu'elle a défendues inlassablement, au prix de la liberté.

Des dizaines de milliers de personnes, hommes et femmes politiques de tout bord politique comme simples citoyens, ont rendu un dernier hommage à Roh Hoe-chan dans la chapelle ardente qui a été dressée à sa mémoire à l’hôpital Severance de l’Université Yonsei.

Des dizaines de milliers de personnes, hommes et femmes politiques de tout bord politique comme simples citoyens, ont rendu un dernier hommage à Roh Hoe-chan dans la chapelle ardente qui a été dressée à sa mémoire à l’hôpital Severance de l’Université Yonsei.

Né le 31 août 1956 à Pusan dans une famille de la classe moyenne, Roh Hoe-chan était un homme qui ne renonçait jamais. Allant au contact de la classe ouvrière, il s'était fait embaucher comme soudeur en 1982 pour organiser les salariés, devenant l'artisan de la création de la Fédération d'Incheon des travailleurs démocratiques. Comme beaucoup d'autres militants pour les droits humains en Corée du Sud, Roh Hoe-chan a alors payé un lourd tribut au titre de son engagement pour les libertés démocratiques : en 1989 il a été arrêté et condamné à 30 mois de prison pour violation de la "loi de sécurité nationale", instrument privilégié de répression des gouvernements autoritaires, toujours en vigueur en Séoul.

Avocat spécialisé dans la défense des droits de l'homme, il était de ceux qui avaient appelé inlassablement la gauche (longtemps persécutée en Corée du Sud, encore récemment en décembre 2014 avec la dissolution arbitraire du Parti progressiste unifié) à s'organiser malgré les échecs électoraux, après le départ du pouvoir des militaires en 1993. Dès lors, il a fait partie de différents regroupements de la gauche sud-coréenne, notamment le Parti démocratique du travail (PDT) entre 2000 et 2008, sous les couleurs duquel il est élu une première fois député à l'Assemblée nationale (2004-2008), avant d'être l'un des fondateurs du Nouveau parti progressiste (NPP) en 2008. En 2011, il rejoint le Parti progressiste unifié (PPU), et redevient peu après député à l'issue des élections législatives de 2012. Après le scandale qui secoue le PPU sur le mode de désignation de ses candidats aux élections, il a été l'un des fondateurs du Parti de la justice, sous la bannière duquel il avait été réélu à l'Assemblée nationale en 2016. 

Roh Hoe-chan avait eu le courage de s'attaquer à la toute-puissante firme Samsung, en publiant en 2005 sur Internet les noms de procureurs impliqués dans un scandale de corruption autour du conglomérat. Cela lui avait valu, après une longue procédure, une condamnation à une peine de prison pour violation du secret des communications : il ne fait pas bon s'opposer aux puissances de l'argent en Corée du Sud.

La disparition tragique de Roh Hoe-chan est liée au scandale d'influence de l'opinion (en générant artificiellement des réponses positives aux commentaires politiques sur le principal moteur de recherche sud-coréen, Naver) par un blogueur connu sous le nom de Druking, à propos duquel le militant et avocat des droits de l'homme a laissé un message avant de mettre fin à ses jours : 

J'ai reçu deux paiements représentant au total 40 millions de won [30 000 euros] du Groupe de Co-évolution économique en mars 2016. Ils ne m'on rien demandé et je ne leur ai rien promis en retour (...).
Ce que j'ai ensuite découvert est que dans la mesure où c'était une donation volontaire faite par de multiples personnes, j'étais supposé suivre les procédures pour les donations. Mais je ne l'ai pas fait. C'était un choix stupide et une décision honteuse (...)

Au vu des faits, il est ignominieux de parler de corruption - il s'agit de non-respect des règles de financement des partis politiques. Mais pour l'intègre avocat Roh, c'était une faute inacceptable : dans un dévouement extraordinaire qui rappelle le combat d'autres militants pour la démocratie et la justice sociale en Corée du Sud qui ont eux aussi mis fin à leur jour, ainsi que le suicide de l'ancien président Roh Moo-hyun, il s'est excusé auprès des membres de son parti avant de faire le choix de se sacrifier. 

Egalement ancien avocat pour les droits de l'homme et militant pour la démocratie en Corée du Sud à l'époque de la junte militaire, le Président Moon Jae-in a salué les combats de Roh Hoe-chan : 

Je n’étais pas dans le même parti que Roh mais nous avons œuvré ensemble pour rendre la société coréenne plus progressiste alors que nous faisions de la politique à la même époque (...) Je pense que (Roh) a contribué grandement à élargir le champ de notre politique en menant le mouvement progressiste coréen.

Plus encore que les hommages des anciens concurrents ou adversaires de Roh, ce sont toutefois les multiples cris de douleur de ceux qui ont été défendus par l'avocat et militant qui retentissent avec le plus de force, comme les personnes handicapées qui rappellent son engagement dans l'adoption de la loi de 2005 contre les discriminations des personnes handicapées.

Un humaniste, un homme de combats et de principes nous a quittés trop tôt, révélant par contraste le caractère insoutenable de la politique sud-coréenne, quand tant de vrais corrompus continuent, eux, de crier au complot et aux machinations. La vertu reste décidément une idée neuve en Corée. 

Sources :

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29 juillet 2018 7 29 /07 /juillet /2018 14:17

L'affaire Alexandre Benalla a pris des proportions inédites dans la France de la Cinquième République - le comportement d'un proche du chef de l'Etat tendant à dominer la vie politique et à occulter d'autres débats pourtant essentiels, de la révision constitutionnelle à la politique économique et sociale du gouvernement. A l'Association d'amitié franco-coréenne, cette focalisation sur l'entourage d'un chef d'Etat évoque pour nous une autre affaire - l'affaire Choi Soon-sil, du nom de la confidente de l'ombre de la Présidente Park Geun-hye, dont les révélations ont entraîné la destitution de la présidente sud-coréenne, par ailleurs aujourd'hui en prison. Toutes proportions gardées (il n'y a pas de comportement fautif d'Emmanuel Macron au regard de la loi française, contrairement à Mme Park Geun-hye, et pas davantage aujourd'hui de mouvement de masse en France tendant au départ du Président de la République française), nous avons souhaité établir une comparaison quant aux ressorts et aux déroulés politiques des deux affaires, qui illustrent le poids pris par les médias et le rôle des oppositions politiques et de citoyens non membres d'un mouvement politique dans les régimes parlementaires, à tendance présidentialiste, que sont la République française et la République de Corée.

A gauche, manifestation "pour aller chercher Macron" à Paris, le 28 juillet 2018 ; à droite, manifestation contre la Présidente Park Geun-hye, à Séoul, le 10 décembre 2016.A gauche, manifestation "pour aller chercher Macron" à Paris, le 28 juillet 2018 ; à droite, manifestation contre la Présidente Park Geun-hye, à Séoul, le 10 décembre 2016.

A gauche, manifestation "pour aller chercher Macron" à Paris, le 28 juillet 2018 ; à droite, manifestation contre la Présidente Park Geun-hye, à Séoul, le 10 décembre 2016.

La question du rôle et de la place des confidents de l'ombre et de la réaction du chef d'Etat à la tempête médiatique

Le pouvoir moderne, dans les régimes dits de démocratie parlementaire, prône la transparence de la vie politique. Mais les conseillers de l'ombre et confidents ont toujours existé, et ne sont pas prêts de disparaître, car ils remplissent des fonctions essentielles pour les chefs d'Etat qui, ne serait-ce que parce que ce sont des êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses, ont besoin de s'appuyer sur des personnes de confiance, situées en dehors de tout organigramme officiel. Sur ce point, un bémol est cependant à souligner entre Choi Soon-sil et Alexandre Benalla : la première n'avait aucune fonction dans l'appareil d'Etat, quand le second était un chargé de mission (certes dont les fonctions n'apparaissent pas, comme d'autres, dans les publications de la composition des cabinets ministériels au Journal officiel de la République française), parfaitement identifié et identifiable dans l'entourage d'Emmanuel Macron - même si le grand public ne l'a découvert que tardivement.

Cependant, les opinions publiques ont des réactions de rejet comparables : à la dénonciation de la "gourou" Mme Choi fait écho celle du "barbouze" M. Benalla, l'un et l'autre réduits au statut d'affreux.

Dans ce contexte, la volonté de Mme Park Geun-hye - comme celle d'Emmanuel Macron - d'attendre pour réagir publiquement, de minimiser la portée des révélations des médias et (surtout) de ne pas se désolidariser de leurs (anciens) conseillers, sans présenter d'excuses, autorise toutes les interprétations, réelles ou fantasmées, quant au fait qu'on cacherait quelque chose de bien plus grave à l'opinion publique. Cette défiance à l'encontre du détenteur de l'autorité politique permet dès lors qu'il y ait place pour le déroulement d'un feuilleton médiatique, chaque jour apportant de nouvelles révélations.

Si la nature des relations entre Emmanuel Macron et Alexandre Benalla dépassait la seule sphère publique (comme dans le cas de Park Geun-hye et de Choi Soon-sil), puisqu'on vient d'apprendre qu'Alexandre Benalla possédait les clés de la résidence de Brigitte Macron au Touquet, mais reste encore peu connue, une différence de taille est qu'Emmanuel Macron existe politiquement indépendamment d'Alexandre Benalla, apparu tardivement dans l'entourage du chef de l'Etat (en 2016) - contrairement à Choi Soon-sil, qui dominait totalement l'ancienne présidente Park depuis les années 1970.

Pouvoir et contre-pouvoirs

La République de Corée, comme la République française, ayant mis des places des systèmes d'équilibre des pouvoirs, le rôle des médias et des oppositions est crucial et sujet à débats dans le développement des deux affaires.

Emmanuel Macron, comme avant lui Park Geun-hye, dénonce une tempête dans un verre d'eau, surmédiatisée et instrumentalisée selon lui par l'opposition. L'un et l'autre ont également choisi de ne pas affronter directement sur ce point les journalistes réputés proches de l'opposition, nourrissant ainsi des critiques sur leur prétendu autoritarisme (avéré dans le cas de la Présidente Park, objet pour le moins de débats dans le cas d'Emmanuel Macron si l'on considère les discussions que suscite le projet de révision constitutionnelle, mais entaché par l'attitude violente d'Alexandre Benalla). Cependant, quelque autoritaire qu'ait été Mme Park Geun-hye, et bien qu'ayant envisagé le recours à la loi martiale, elle n'a pas fait tirer sur les manifestants et n'a pas engagé l'appareil d'Etat dans une répression systématique. Dans un régime de démocratie parlementaire où s'exerce l'alternance politique, des freins puissants existent à l'usage immodéré de la force par la puissance publique.

S'agissant des oppositions politiques, celles-ci ont eu une attitude d'abord prudente en Corée du Sud (avant de se mettre au diapason des manifestants et de l'opinion publique), quand en France les parlementaires d'opposition sont au contraire aux avant-postes dans la dénonciation du pouvoir. Cette différence montre d'ailleurs que la tradition parlementaire est plus ancrée dans la vie politique française - en Corée du Sud, le Parlement a finalement eu le dernier mot, en votant la destitution de la Présidente Park, mais seulement après des mois de controverses politiques.

Si des manifestations - liées seulement marginalement aux mouvements politiques traditionnels - sont à relever dans les deux affaires, celles-ci ont pour l'heure une ampleur limitée dans le cas de l'affaire Benalla. En Corée du Sud, au contraire, elles ont été un facteur déterminant dans la chute de la Présidente Park Geun-hye. 

Les dénouements politiques et juridiques

Dans le cas de l'affaire Choi Soon-sil, la destitution de la Présidente Park Geun-hye n'était pas écrite d'avance, mais a été rendue possible par une conjonction de facteurs qui n'existent pas en France :

- la majorité parlementaire de la Présidente Park Geun-hye était étroite depuis les élections législatives d'avril 2016, ce qui n'est pas le cas pour Emmanuel Macron, qui dispose d'une large majorité à l'Assemblée nationale ;
- les luttes de factions sont intenses en Corée du Sud, si bien qu'une partie des députés conservateurs n'était pas favorable à la Présidente Park et a joint ses voix à celles de l'opposition pour la destituer ; en France, la République en Marche a été créée par et pour Emmanuel Macron et son groupe parlementaire à l'Assemblée nationale fait bloc autour du chef de l'Etat ; l'incertitude pourrait venir de députés issus d'autres partis politiques (notamment, PS, LR, UDI, PRG...), dont le destin politique est moins lié à celui du Président de la République française, mais jusqu'à présent et dans la tradition parlementaire française, la pratique des transfuges est exceptionnelle (et plutôt dans le sens de rejoindre les rangs de la majorité, comme en 1988) ; bref, si le droit constitutionnel français autorise théoriquement la destitution du chef de l'Etat, tous les constitutionnalistes s'accordent pour dire qu'une telle hypothèse n'a aucune chance de se produire aujourd'hui en France ; 
- non rééligible, la Présidente Park Geun-hye avait été affaiblie par une série de scandales et de mauvaises gestions de crise, notamment le naufrage du ferry Sewol, alors que dans le cas de l'affaire Benalla, il s'agit plutôt d'une première crise politique pour le Président Emmanuel Macron.

Enfin, le volet judiciaire de l'affaire Benalla est aujourd'hui très limité, et circonscrit au seul cas de l'ancien conseiller présidentiel : s'il y a bien eu usurpation d'attributs de la fonction publique, l'affaire n'a pas de volet financier, contrairement à l'affaire Park Geun-hye où les détournements de fonds publics ont conduit à des condamnations à des peines de plusieurs dizaines d'années de prison pour Choi Soon-sil et Park Geun-hye.

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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 19:35

Les élections locales qui se sont tenues en République de Corée (Corée du Sud) le 13 juin 2018 ont consacré la suprématie des démocrates au pouvoir, qui selon les premiers résultats ont remporté 14 des 17 postes de gouverneurs de province ou maires de grande ville (ainsi que 10 des 12 sièges de député remis en jeu lors des législatives partielles qui se sont tenues le même jour), à l'issue d'un scrutin marqué par un taux de participation relativement élevé (60,2 %). Les conservateurs du Parti de la Liberté de la Corée n'ont conservé que 2 de leurs bastions : la ville de Daegu et la province du Gyeongsang du Nord, en enregistrant des défaites sans précédent - notamment dans le Gyeongsang du Sud. Le dernier des 17 postes de gouverneurs ou maires de grande ville, dans l'île de Jeju, est revenu à un candidat indépendant. Le Président Moon Jae-in apparaît conforté dans sa politique de réformes et d'ouverture au Nord, au lendemain du sommet historique à Singapour entre les présidents américain Donald Trump et nord-coréen Kim Jong-un.

Carte montrant les résultats aux postes de gouverneurs et maires de grandes villes après dépouillement d'un peu plus de 53 % des bulletins : les démocrates sont en bleu, les conservateurs en rouge, les sociaux-démocrates du Parti de la Justice en jaune, les progressistes du Parti pour la paix et la démocratie en vert et un candidat indépendant en gris.

Carte montrant les résultats aux postes de gouverneurs et maires de grandes villes après dépouillement d'un peu plus de 53 % des bulletins : les démocrates sont en bleu, les conservateurs en rouge, les sociaux-démocrates du Parti de la Justice en jaune, les progressistes du Parti pour la paix et la démocratie en vert et un candidat indépendant en gris.

Le raz-de-marée démocrate annoncé a bien eu lieu, une des victoires les plus importantes étant la réélection à la mairie de Séoul (qui concentre 20 % de la population du pays), pour un troisième mandat, de Park Won-soon, avec plus du double des voix (56 % contre 22 %) de son plus proche adversaire, conservateur.

Si les conservateurs du Parti de la Liberté de la Corée (PLC) sont en déroute par rapport au précédent scrutin de 2014  (ils avaient fait presque jeu égal avec les démocrates), ils peuvent se consoler en restant la première force d'opposition : l'alliance de droite plus modérée, au sein du Parti Bareun du futur, entre l'ancien candidat à l'élection présidentielle (jusqu'alors considéré comme un progressiste) Ahn Cheol-soo, arrivé troisième à Séoul, et des dissidents du PLC, n'est arrivé en première ou en deuxième positions dans aucune des 17 élections majeures au poste de gouverneur de province ou maire de grande ville. Le virage conservateur du Parti Bareun du futur lui a aliéné ses anciens soutiens dans les bastions démocrates du sud-ouest de la Corée, où la deuxième place est revenue aux progressistes du Parti pour la paix et la démocratie, ou encore aux sociaux-démocrates du Parti de la Justice (6 % à Gwangju, mais très loin des 84 % du candidat démocrate), dont les résultats ne sont toutefois pas à la hauteur des attentes. De même, la gauche radicale ou écologiste n'a enregistré que de très faibles scores (avec un peu plus de 2 % pour le Parti vert dans l'île de Jeju).

La vague démocrate n'a donc pas seulement emporté les conservateurs (dont le dirigeant, l'ultra-conservateur et farouche opposant au dialogue intercoréen Hong Joon-pyo, ancien adversaire malheureux du Président Moon Jae-in lors de l'élection présidentielle de mai 2017, a laissé sous-entendre qu'il quitterait la direction du PLC), mais aussi les progressistes non affiliés au Parti démocrate de Corée (PDC) au pouvoir, les sociaux-démocrates et les autres formations de gauche.

Résultats détaillés

- Parlements de province (824 sièges)
Parti démocrate de Corée (PDC) : 647 sièges (+ 298 sièges par rapport à 2014)
Parti de la Liberté de la Corée (PLC) : 116 sièges (- 300)
Parti de la Justice (PJ) : 11 sièges (+ 11)
Parti Bareun du Futur (PBF) : 5 sièges (ne concourait pas en 2014)
Parti pour la Paix et la Démocratie (PPD) : 3 sièges (ne concourait pas en 2014)
Parti populaire (PP, Minjung), Parti travailliste (PT), Parti des Patriotes Coréens (PPC), Parti Vert (PV) : 0 siège

- Maires de municipalités (226 mairies)
PDC : 149 mairies (+ 71)
PLC : 53 mairies (- 64)
PPC : 5 mairies (ne concourait pas en 2014)
Autres partis (PJ, PBF, PP, PT, PPC, PV) : 0 mairie

- Conseils municipaux ( 2 927 sièges)
PDC : 1 625 sièges (+ 468)
PLC : 995 sièges (- 418)
PPD : 48 sièges (ne concourait pas en 2014)
PJ : 26 sièges (+ 15)
PBF : 19 sièges (ne concourait pas en 2014)
PP : 11 sièges (ne concourait pas en 2014)
PT : 0 siège (- 6)
PPC : 0 sièges (0)
PV : 0 siège (0)

Sources :

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 21:01

Largement médiatisée à la veille des élections législatives sud-coréennes du 13 avril 2016, la défection en République de Corée (Corée du Sud) d'un responsable et de douze serveuses d'un restaurant nord-coréen en Chine (dont on a appris depuis qu'il était situé à Ningbo) avait été présentée par les conservateurs au pouvoir à Séoul comme une défection "de masse" exceptionnelle, censée prouvée la justesse de la politique de confrontation avec le Nord des autorités sud-coréennes de l'époque - car c'était prétendument une preuve manifeste de l'effondrement imminent de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), rendant inutile - voire contre-productive - une approche intercoréenne fondée sur le dialogue . Mais aussitôt la Corée du Nord avait dénoncé un "enlèvement" orchestré par les services de renseignement sud-coréens du National Intelligence Service (NIS) et exigé le rapatriement des jeunes femmes : une demande réitérée après des révélations récentes du responsable nord-coréen du restaurant ayant fait défection, selon lesquelles il était un agent du NIS depuis 2014 et que ses employeurs lui auraient demandé de rejoindre la Corée du Sud avec les douze serveuses, à l'insu de ces dernières.

Défection des serveuses nord-coréennes : nouvelles déclarations embarrassantes pour les services de renseignement sud-coréens (NIS)

A l'instar de l'opposition démocrate, l'Association d'amitié franco-coréenne s'était interrogée au printemps 2016 sur ce qui avait l'apparence d'une possible manoeuvre préélectorale, dont le modus operandi avait outrepassé les règles solidement établies quant à l'accueil des défecteurs nord-coréens en Corée du Sud. En particulier, la nouvelle avait été annoncée sans respecter les étapes ordinaires en cas d'arrivée d'un transfuge nord-coréen en Corée du Sud, comme s'il fallait médiatiser l'affaire à quelques jours des élections législatives ; puis les services de renseignement sud-coréen avaient totalement pris en charge les jeunes femmes, leur interdisant tout contact extérieur, et se substituant à elles lors de leur audience ; enfin, ces dernières avaient reçu de manière accélérée la nationalité sud-coréenne, et quand le NIS était interrogé sur la rapidité de ces procédures d'exception, il avait rétorqué que "peu importent les circonstances" de leur départ... La question est pourtant cruciale : les jeunes femmes étaient-elles consentantes de rejoindre en Corée du Sud (le libre choix du responsable du restaurant nord-coréen - Heo Gang-il - ne semblant, quant à lui, guère fait l'objet de doutes) ?

Depuis, Heo Gang-il s'est exprimé dans la très populaire émission "Spotlight" de la chaîne sud-coréenne JTBC, en accusant ouvertement le NIS d'avoir tendu un piège, lui-même ayant été un agent du NIS. Selon l'Agence France Presse, 

[M. Heo] a expliqué avoir été recruté par le Service national du renseignement sud-coréen (NIS) en 2014 en Chine.

Deux ans après, craignant d’être démasqué, il a demandé à son agent traitant d’organiser sa défection. A la dernière minute, dit-il, l’agent lui a demandé de venir avec ses employées.

«Les 12 serveuses ne savaient pas où elles allaient», a-t-il déclaré. «Je leur ai dit qu’on changeait d’endroit».

L'émission de Spotlight a également donné la parole à l'une des serveuses ayant fait défection qui n'aurait compris où elle se rendait qu'une fois arrivée devant l'ambassade de Corée du Sud en Malaisie, mettant en cause les menaces de M. Heo et déclarant qu'elle souhaitait à présent retourner en Corée du Nord : 

Le gérant Heo nous a menacées, a dit qu’il raconterait aux autorités qu’on regardait des séries télévisées sud-coréennes et que nous serions exécutées, ou exilées en province, et que nos familles seraient également touchées.

Avec le recul, c’était n’importe quoi mais sur le moment, je n’avais pas d’autre choix. Si c’était possible, même maintenant, j’aimerais retourner auprès de ma mère.

M. Heo explique avoir choisi de s'exprimer car le NIS lui aurait fait des promesses qu'il n'a pas tenues. Selon l'AFP, 

M. Heo a, dit-il, décidé de parler car il n’a pas vu venir ce qu’on lui avait promis -- un emploi au NIS et une médaille.

Face à l'ampleur du scandale, l'actuel gouvernement sud-coréen a choisi de faire bloc autour du NIS en rejetant les accusations à l'encontre des services de renseignement. Auditionné par la commission des Affaires étrangères du Parlement quelques jours plus tard le 17 mai 2018, le ministre de la Réunification Cho Myoung-gyon a évoqué une défection volontaire selon KBS, qui a également rejeté la thèse d'une manoeuvre préélectorale : 

Le ministre sud-coréen de la Réunification a affirmé hier que les 12 employées du restaurant nord-coréen en Chine qui ont fait défection au Sud début avril 2016 l’ont fait selon leur libre arbitre (...).

Il a ainsi coupé court à la rumeur selon laquelle cette défection en masse avait été orchestrée par le Service national du renseignement (NIS) sud-coréen pour servir de faire-valoir au gouvernement conservateur de l’époque en amont des élections législatives qui se sont tenues le 16 avril de la même année.

Venant du ministre chargé de la Réunification, ces déclarations ont évidemment eu un impact négatif sur les relations Nord-Sud et elles mettent en péril les réunions de familles séparées prévues le 15 août 2018. Alors que le Président Moon Jae-in s'appuie, comme ses prédécesseurs, sur les services de renseignement pour sa politique à l'égard de la RPD de Corée, il manifeste une nouvelle fois sa volonté de gouverner en s'appuyant sur les ministères en charge de la défense et du maintien de l'ordre et - conformément à ce choix - il défend le NIS, y compris au titre des actions menées par ce dernier pendant la dérive autoritaire de sa prédécesseur Mme Park Geun-hye. Ce faisant, il coupe court aux intentions que lui prête (contre toute évidence) une partie des conservateurs : le Président Moon Jae-in serait celui qui abrogerait la loi de sécurité nationale (LSN) ou encore établirait un service militaire alternatif. Dénoncés comme de graves atteintes aux droits de l'homme par les ONG et les Nations unies, l'application de la LSN et l'emprisonnement des objecteurs de conscience ne sont pas prêts de prendre fin. 

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 09:01

Si l'annonce du sommet intercoréen avait encore fait grimper la côte de popularité du Président Moon Jae-in (avec des opinions favorables de l'ordre de 70 %), les conservateurs du Parti de la Liberté de la Corée (PLC), menés par l'ancien candidat à l'élection présidentielle Hong Joon-pyo, dont la formation est toujours le principal parti d'opposition, restent arc-boutés sur des positions pour le moins réticentes vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), tout en ayant empêché la tenue d'un référendum constitutionnel qui aurait eu lieu en même temps que les élections locales du 13 juin 2018. Ces positions, certes minoritaires dans l'opinion publique, rappellent toutefois qu'il existe, en République de Corée (Corée du Sud), une sensibilité hostile par principe au dialogue avec la Corée du Nord, dont les représentants à la présidence sud-coréenne pendant 9 ans (2008-2017) ont d'ailleurs une lourde responsabilité dans la dégradation des relations intercoréennes pendant cette décennie perdue pour la réunification. Affaiblis mais déterminés, les conservateurs anti-Corée du Nord peuvent encore mobiliser des relais puissants pour faire échouer les promesses de paix, de dialogue et de réconciliation - notamment dans certains médias néoconservateurs et dans des officines anticommunistes créées et alimentées par les crédits américains pendant la guerre froide, certains ayant un intérêt objectif à ce que la guerre froide ne prenne jamais fin en Asie.  

Le Président Moon Jae-in, le 24 avril 2018

Le Président Moon Jae-in, le 24 avril 2018

Le 24 avril 2018, à quelques jours du sommet intercoréen, le Président Moon Jae-in faisait part de son regret de ne pas pouvoir soumettre son projet de révision constitutionnelle (qui avait été déposé sur le bureau de l'assemblée le 26 mars 2018) à l'approbation des citoyens le même jour que les élections locales, le 13 juin 2018. En effet, faute de majorité suffisante à l'Assemblée nationale, les démocrates au pouvoir n'ont pas réussi à faire adopter une nouvelle loi sur les référendums nationaux - l'ancien texte ayant été déclaré anticonstitutionnel en 2014, car ne permettant pas la participation des citoyens sud-coréens qui résident à l'étranger.

Si les oppositions parlementaires étaient en désaccord sur le contenu du projet de révision constitutionnelle, ce débat n'a même pas pu être mené, compte tenu de l'obstruction parlementaire pour faire adopter la loi sur les référendums nationaux. Selon le Président Moon Jae-in, 

L'Assemblée nationale a empêché un vote sans même délibérer sur le projet de révision constitutionnelle proposé par le président sur la base du souhait du peuple.

Cette attitude relève d'une stratégie plus large de rejet systématique de la politique gouvernementale par la principale formation d'opposition, le Parti de la Liberté de la Corée (qui a obtenu 24 % des voix à l'élection présidentielle de mai 2017), concurrencé par un rassemblement de centre-droit, le Parti Bareun du futur, constitué de démocrates et de conservateurs en rupture de ban. Selon l'institut de sondages Realmeter, dans une enquête dont les résultats ont été rendus publics le 26 avril 2018, le taux de soutien du parti Minjoo (au pouvoir) s'élevait alors à 52,7 %, devant le Parti de la Liberté de la Corée (20,9 %), le Parti de la Justice (social-démocrate, 5,7 %), le Parti Bareun du futur (5,7 %) et le Parti pour la Paix et la Démocratie (démocrate, 2,9 %). 

Alors que le Président Moon Jae-in a appelé à une union nationale autour du sommet intercoréen, cette proposition a été sèchement rejetée par le leader conservateur Hong Joon-pyo, qui a dénoncé un "show politique" et une politique de capitulation comparée à l'attitude des démocraties face à Adolf Hitler en 1938 : 

Si la Corée du Nord n’abandonne pas ses armes nucléaires, tout accord entre les deux Corées ne fera que bénéficier à l’ennemi (...) La comédie de la paix intercoréenne de l’administration Moon affaiblit l’alliance avec les Etats-Unis (...) Cela me rappelle l’accord de Munich de Chamberlain en 1938.

La loi de Godwin se vérifie (à savoir que plus une discussion dure longtemps, plus la probabilité d'une comparaison avec les nazis ou Adolf Hitler approche de 1) ; elle signifie surtout que la prophétie des conservateurs sud-coréens doit se réaliser, au risque sinon pour eux d'être marginalisés définitivement - alors que les élections locales du 13 juin pourraient leur faire perdre d'importantes positions. 

Dans ce contexte, les conservateurs - qui dominent la presse sud-coréenne, sont majoritaires dans la haute hiérarchie militaire et ont des relais parmi les églises protestantes, au sein de l'administration des Etats-Unis et d'autres pays occidentaux (la prudence des communiqués de certains gouvernements occidentaux, après le sommet du 27 avril 2018, témoigne de cette influence) - doivent faire échouer le dialogue intercoréen, par tous les moyens. Il y a là un risque majeur, à ne pas négliger, pour la poursuite de l'actuelle séquence diplomatique. Face aux menaces qui pèsent sur un processus encore fragile, l'AAFC espère que l'électorat rejettera, le 13 juin, les partisans des tensions et de la marché à la guerre, dont le jusqu'au-boutisme avait conduit le monde au bord du gouffre d'une guerre nucléaire en 2017. 

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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 23:17

Le 6 avril 2018, la Cour centrale du district de Séoul a condamné l'ancienne présidente Park Geun-hye (66 ans) - destituée le 10 mars 2017 à la suite de l'affaire Choi Soon-sil - à une peine de 24 ans de prison et à une amende de 18 milliards de won (soit 13,89 millions d'euros). Si les médias ont titré sur les chefs d'accusation de corruption et de trafic d'influence, ce sont aussi certaines atteintes aux libertés publiques qui ont été jugées, en particulier l'établissement d'une "liste noire" qui visait notamment à priver des milliers d'artistes de tout accès aux subventions publiques.

Le fauteuil vide de la prévenue Park Geun-hye

Le fauteuil vide de la prévenue Park Geun-hye

C'était le procès du siècle en République de Corée (Corée du Sud), dont le verdict a été retransmis en direct à la télévision ce 6 avril 2018 - mais en l'absence de la prévenue, qui a refusé de comparaître, après avoir cessé de se présenter aux auditions pour dénoncer la prolongation de six mois de sa durée de détention, en octobre 2017 (afin de permettre aux juges de mener à bien leurs investigations). En écopant d'une peine de 24 ans de prison (les procureurs proposaient 30 ans), Mme Park Geun-hye est plus lourdement condamnée que son ancienne confidente et gourou Choi Soon-sil (20 ans de prison). Ce qui est logique compte tenu des responsabilités plus importantes qui incombaient à la chef de l'Etat, et aussi des atteintes aux libertés publiques qui ont été jugées. Elle a été reconnue coupable de 16 chefs d'accusation, dont ceux de corruption, abus de pouvoir, coercition et divulgation de secrets d'Etat, qui recoupent assez largement les motifs de sa destitution.

Le système de corruption mis en place à son profit et celui de Choi Soon-sil a été tout particulièrement mis en avant. Comme l'a observé Yonhap, citant la cour : 

 

Park a reçu 7,3 milliards de wons de pots-de-vin de Samsung, selon la Cour. Sept milliards de wons de dessous-de-table ont été versés par le conglomérat Lotte à une fondation à but non lucratif appartenant à Choi, a-t-elle ajouté.

La Cour a estimé Park coupable d'avoir forcé SK, le troisième conglomérat du pays, à payer 8,9 milliards de wons à l'une des entreprises de Choi, bien que la somme n'ait jamais été versée. Elle a aussi poussé d'autres grandes entreprises à faire affaire avec des entreprises dirigées par Choi et ses connaissances, a dit le juge.

Comme le relève également l'agence Yonhap, la "liste noire" a aussi été invoquée à l'appui du jugement : 

Elle a aussi été reconnue coupable d'avoir ordonné de créer une liste noire d'artistes critiques envers son administration. Ceux qui figuraient sur cette liste se voyaient interdits de subventions publiques.

La Cour l'a de plus désignée coupable d'avoir renvoyé ou rétrogradé les fonctionnaires qui n'ont pas voulu désavantager les artistes figurant sur la liste.

A l'extérieur du tribunal, des partisans de la chef de l'Etat déchue défendaient encore et toujours leur héroïne : les conservateurs continuent toujours de peser davantage dans la société et la politique sud-coréennequ'une prétendue influence socialiste ou communiste.

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26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 13:04

Le 26 mars 2018, Moon Jae-in, président de la République de Corée (Corée du Sud), a signé le projet de loi de révision constitutionnelle qui devra faire l'objet d'une adoption par le Parlement à la majorité qualifiée des deux tiers avant, dans ce cas, d'être soumis à un référendum en même temps que les élections locales du 13 juin prochain : un pari audacieux compte tenu du poids au Parlement des conservateurs, par ailleurs très offensifs sur la question des relations Nord-Sud, et en dépit d'une image dégradée par les déboires judiciaires des deux derniers chefs de l'Etat, issus de leurs rangs : Lee Myung-bak et Park Geun-hye.

Le secrétaire du président de la République pour les affaires civiles Cho Kuk présente le projet de loi de révision constitutionnelle, lors d'une conférence de presse, le 21 mars 2018.

Le secrétaire du président de la République pour les affaires civiles Cho Kuk présente le projet de loi de révision constitutionnelle, lors d'une conférence de presse, le 21 mars 2018.

La révision constitutionnelle est populaire dans l'opinion publique. Elle comporte un ensemble varié de mesures, dont l'une des plus connues est le passage d'un mandat présidentiel unique non renouvelable immédiatement de 5 ans (suivant un dispositif mis en place après la chute du régime militaire, pour éviter le phénomène des généraux présidents qui se maintenaient pendant - trop - longtemps au pouvoir) par un mandat de 4 ans (calqué sur la durée de la législature parlementaire) renouvelable une fois - cette mesure ne s'appliquant pas pour le président sortant Moon Jae-in.

Mais d'autres mesures sont tout aussi importantes : abaissement de 19 à 18 ans de l'âge de la majorité électorale, pouvoir accrue des collectivités territoriales dans le cadre d'un processus de décentralisation, consécration dans la Constitution de nouveaux droits et libertés pour les citoyens... y compris la possibilité de restreindre la propriété privée de la terre pour des motifs d'intérêt public, ce que les conservateurs considèrent comme une atteinte intolérable aux libertés individuelles et une mesure "socialiste". Ces derniers, à l'instar des centristes, veulent pour leur part renforcer les pouvoirs du Premier ministre. La discussion sera tendue, la Corée du Sud ayant une tradition de recherche de consensus transpartisan qui sera en l'espèce une obligation compte tenu du seuil de majorité qualifiée (deux tiers) à atteindre. Le parti démocrate, au pouvoir, est ouvert à des propositions sur des questions telles que le renforcement des pouvoirs de l'opposition parlementaire.

Ce débat constitutionnel intervient à un moment où la politique intercoréenne de Moon Jae-in, soutenue dans l'opinion publique, se heurte aux critiques de l'opposition conservatrice traditionnellement hostile aux mesures de rapprochement avec le Nord, et qui souligne la nécessité selon elle de maintenir le cap de l'alliance avec les Etats-Unis. Les conservateurs, nettement distancés dans les sondages d'opinion, souffrent d'une image dégradée : l'ancienne chef de l'Etat Park Geun-hye, issue de leurs rangs, a été destituée après des manifestations de plusieurs millions de personnes et avoir engagé la Corée du Sud sur la voie d'une dérive autoritaire, et 30 ans de prison ont été requis contre elle fin février dans une affaire de corruption et de concussion. Son prédécesseur également conservateur, Lee Myung-bak, vient d'être arrêté dans une autre affaire de corruption organisée en famille et a refusé de se soumettre à l'interrogatoire du Parquet. Les accusations contre lui sont très lourdes, comme l'a rappelé l'agence sud-coréenne Yonhap :


 

L’ancien président, âgé de 76 ans, est accusé entre autres d’avoir détourné près de 35 milliards de wons (32 millions de dollars) à des fins personnelles et d’avoir échappé au fisc.

Il est aussi accusé d’abus de pouvoir, d’abus de confiance et de violation des lois électorales.

Le succès de la révision constitutionnelle dépendra aussi des équilibres qui seront trouvés au Parlement, dans un contexte de réorganisation de l'opposition : le Parti du peuple d'An Cheol-soo, "troisième homme" de la présidentielle de mai 2017, jusqu'alors plutôt plus proche des démocrates que des conservateurs, a fusionné en février 2018 avec des dissidents du parti conservateur qui avaient formé le parti Bareun après avoir voté la destitution de la présidente Park Geun-hye : la nouvelle formation, le Parti Bareun du futur, a subi des défections sur sa gauche (14 députés du Parti du peuple ont fondé le Parti pour la paix et la démocratie) et sur sa droite (des députés du parti Bareun ont rejoint le Parti de la Liberté de la Corée, conservateur).

A l'issue de ce processus de recomposition, et comme l'illustre le graphique ci-dessous, le Parti démocratique, au pouvoir, occupe 121 des 300 sièges (en bleu sur le graphique) du Parlement (dont 7 sièges sont actuellement vacants), devant le Parti de la Liberté de la Corée (116 sièges, en rouge), le Parti Bareun du futur (30 sièges, en bleu clair), le Parti pour la paix et la démocratie (14 sièges, en vert), le Parti de la Justice (social-démocrate, 6 sièges, en jaune), le parti Minjung (gauche, 1 siège, en orange) et le Parti des patriotes coréens (scission d'extrême-droite du parti conservateur, 1 siège, en bleu foncé).

Le nouveau paysage politique sud-coréen à l'heure de la révision constitutionnelle et du prochain sommet intercoréen

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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 21:22

Le 27 février 2018, la commission du travail et de l'environnement de la République de Corée (Corée du Sud) a réduit la durée maximale hebdomadaire de travail de 68 heures à 52 heures, dans le cadre d'un accord entre la majorité progressiste et l'opposition conservatrice. Les discussions ont notamment porté sur le taux de majoration des heures supplémentaires, alors que la durée annuelle de travail en Corée du Sud est l'une des plus élevée parmi les pays industrialisés membres de l'OCDE (en 2016, 2 069 heures par an, contre 1 763 heures en moyenne dans l'OCDE). 

La Corée du Sud réduit le temps de travail

L'accord trouvé au Parlement le 27 février 2018 permet au Président Moon Jae-in d'honorer l'une de ses promesses de campagne : réduire la durée du travail pour laisser plus de temps libre aux salariés, mais aussi engager un processus de partage du temps de travail en augmentant les embauches dans une économie en phase de ralentissement (selon certaines estimations, la mesure créerait entre 600 000 et 700 000 emplois). D'autres effets positifs sont escomptés - comme relancer le taux de natalité, l'un des plus bas au monde (en moyenne, 1,2 enfant par femme), mais en ce domaine d'autres mesures joueront un effet plus décisif (en particulier, la réduction des frais - très élevés - liés à l'éducation, et la mise en place d'un système de protection sociale plus ambitieux dans le cadre d'une politique nataliste). 

Dans le droit actuel, la durée hebdomadaire de travail est de 40 heures, auxquelles peuvent s'ajouter 12 heures supplémentaires et 16 heures de travail le week-end, soit 68 heures. Désormais, les heures de week-end seront incluses dans le total des heures supplémentaires, soit une durée maximale de travail de 52 heures.

Par ailleurs, le jour de la Libération (le 15 août) et la fête nationale de l'Indépendance (le 1er mars) deviennent des jours fériés payés.

La nouvelle réglementation entrera progressivement en vigueur : à compter de juillet 2018 pour les entreprises comptant au moins 300 salariés, de janvier 2020 pour les entreprises de 50 à 299 salariés et de juillet 2021 pour les entreprises de moins de 50 salariés. Cinq secteurs (contre vingt-six auparavant) pourront déroger à la durée légale : les transports et la santé. 

La réforme a soulevé des critiques, tant à gauche qu'à droite. A gauche, les syndicats demandaient que la majoration des heures supplémentaires soit de 100 %, et non - comme voté - de 50 % pour les 8 premières heures et de 100 % pour les 4 heures suivantes. Le régime actuel de majorations étant plus favorable, il en résultera des baisses de salaires. A droite, il est mis en avant la corrélation de cette mesure avec l'augmentation du salaire minimum de 16,4 % intervenue le 1er janvier 2018 : la hausse du coût du travail et les conséquences de la baisse du temps de travail en termes d'embauche sont dénoncées comme des entraves à la compétitivité des entreprises.

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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 13:28

A l'automne 2016, l'éclatement du scandale Choi Soon-sil - du nom de la confidente de la Présidente Park Geun-hye, qui exerçait sur elle l'influence d'un gourou - avait conduit à des manifestations monstres en République de Corée et partout dans le monde, jusqu'à la destitution de la chef de l'Etat, aujourd'hui derrière les verrous. Un an et demi plus tard, Choi Soon-sil et plusieurs acteurs du scandale du "Choigate" ont été condamnés à de lourdes peines de prison - en attendant le procès Park Geun-hye.

De gauche à droite : Choi Soon-sil, An Chong-bum et Shin Dong-bin

De gauche à droite : Choi Soon-sil, An Chong-bum et Shin Dong-bin

Les sentences sont tombées le 13 février 2018, prononcées par la Cour centrale du district de Séoul : Choi Soon-sil a été condamnée à 20 ans de prison et au paiement d'une amende de 16 milliards de won (soit 13,5 millions d'euros) - la peine requise par le procureur était de 25 ans de prison, le paiement d'une amende de 118,2 milliards de won et une confiscation de 7,7 milliards de won ; Shin Dong-bin, PDG du groupe Lotte, a écopé d'une peine de 2 ans et demi de prison ferme ; An Chong-bum, ancien conseiller de la Présidente Park Geun-hye en charge de la coordination des politiques, a été condamné à une peine d'emprisonnement de 6 ans, assortie du paiement d'une amende de 100 millions de won (soit un peu plus de 75 000 euros).

Choi Soon-sil, qui devait répondre de 18 chefs d'accusation, a été condamnée pour corruption, abus de pouvoir et coercition : elle avait utilisé son influence auprès de Mme Park Geun-hye pour faire verser, par une cinquantaine de groupes industriels sud-coréens (dont Samsung, Lotte et SK), à deux fondations à but non lucratif qu'elle contrôlait (Mir et K-Sports), la somme de 77,4 milliards de won (soit 58 millions d'euros). Il s'agissait de fait d'extorsions de fonds, faute de contreparties, suivant des pratiques proprement mafieuses conduites au sommet de l'Etat sud-coréen - coordonnées par An Chong-bum, alors conseiller présidentiel, ayant par ailleurs bénéficié de pots-de-vin en tant qu'intermédiaire. Mme Choi a également exercé une influence occulte sur les affaires de l'Etat, sans fonctions officielles, ayant notamment eu accès à des documents classés.

La justice a estimé que les pratiques de coercition étaient imputables à Mme Park Geun-hye (toujours en détention, l'enquête se poursuivant), et résultaient de demandes de Mme Choi Soon-sil. Les juges ont aussi mis en cause le rôle central de Mme Park dans la création des fondations de Mme Choi.

Shin Dong-bin du groupe Lotte a été condamné à une peine de prison ferme dans la mesure où il aurait bénéficié de contreparties fiscales pour les magasins du conglomérat Lotte.

Si les condamnations mettent en avant les crimes de corruption et coercition, les faits les plus graves sont bien le détournement à cette fin de l'appareil d'Etat, utilisé dans le cadre par ailleurs d'une dérive autoritaire sans précédent du pouvoir sud-coréen ayant multiplié arrestations d'opposants et usage immodéré de la force publique ayant conduit à la mort d'un manifestant, avec la complicité des chefs d'Etat occidentaux - au premier rang desquels François Hollande, qui a reçu avec faste son homologue sud-coréenne tout en se taisant sur les atteintes grandissantes aux libertés publiques, le ministre des Affaires étrangères allant même jusqu'à reprendre à son compte les éléments de langage du pouvoir autoritaire sud-coréen pour justifier les arrestations d'opposants.

Concernant en tout cas les anciens responsables sud-coréens, le jugement des crimes politiques est attendu dans le cadre du futur procès Park Geun-hye.

 

Les anciens chefs d'Etat François Hollande et Park Geun-hye

Les anciens chefs d'Etat François Hollande et Park Geun-hye

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