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16 juillet 2026 4 16 /07 /juillet /2026 13:36

De 1987 à 1999, la ville communiste de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, a été jumelée avec la grande ville portuaire de Nampo, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette histoire reste encore largement à écrire, alors qu'il s'agit à notre connaissance du seul jumelage d'une commune française avec une ville nord-coréenne. 

Le barrage-écluse de la mer de l'Ouest, à 6 kilomètres de Nampo

Le barrage-écluse de la mer de l'Ouest, à 6 kilomètres de Nampo

De cette coopération décentralisée, dont on retrouve les débuts, en 1987, sur un site recensant les différents jumelages de villes françaises, il ne reste plus grand-chose - sinon une plaque de la ville de Montreuil dans la tour aux idées du Juche, à Pyongyang.

Un court article de Camille Sari, indiquant que ce jumelage (auquel il a participé) a pris fin en 1999, y revient brièvement, en indiquant qu'il impliquait aussi des prospections pour des échanges économiques avec la région coréenne autonome de Yanbian, dans la province de Jilin, la capitale du district autonome coréen étant Yanji, où l'auteur s'est rendu :  

Par ailleurs, j'ai prospecté avec des entreprises est-parisiennes dans la région autonome coréenne, partie intégrante de la République Populaire de Chine.

Camille Sari revient sur les liens historiques entre la Chine et la RPDC, largement issus des combats menés en commun pendant la guerre de Corée. Le projet de coopération décentralisée avec la ville de Yanji n'a semble-t-il pas davantage abouti que sa proposition de coopération avec Changchun, capitale de la province de Jilin : 

A l'issue de mes investigations sur place, j'ai conseillé à la municipalité montreuilloise de conclure un partenariat avec la capitale de la province de Jilin à savoir Changchun bastion de FAW, fabriquant de voitures et véhicules utilitaires conjointement avec Volkswagen.

On apprend sinon que des délégations de la ville de Montreuil se sont rendues à plusieurs reprises en RPDC dans le cadre du jumelage avec Nampo - et c'est probablement lors de l'un de ces voyages qu'a été apposée la plaque de la ville de Montreuil.

Pour l'anecdote, c'est le même maire de Montreuil, Jean-Pierre Brard, qui a quitté le Parti communiste français en 1996, qui initiera le jumelage avec Nampo et y mettra fin - devenant d'ailleurs ensuite l'un des plus vifs contempteurs (comme ici et ) du régime nord-coréen. 

Principale source : 

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10 juin 2026 3 10 /06 /juin /2026 11:20

Les 8 et 9 juin 2026, le dirigeant chinois Xi Jinping a effectué une visite d'Etat en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Il s'agissait de son premier déplacement dans le nord de la péninsule depuis 2019 - et également de son premier voyage à l'étranger cette année, ce que témoigne de l'intérêt renouvelé de Pékin pour Pyongyang en cette année du 65e anniversaire de la signature du traité d'amitié et de coopération entre les deux pays. Alors que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avait été reçu avec faste à Pékin à l'occasion des cérémonies du 80e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale, Pyongyang a pris soin de célébrer et mettre en scène l'amitié sino-coréenne avec le même éclat.  

Que retenir de la visite d'Etat de Xi Jinping en Corée du Nord ?

L'unité entre la République populaire de Chine et la République populaire démocratique de Corée a été une nouvelle fois réaffirmée, au nom de la construction du socialisme, du maintien de la paix et du respect de la souveraineté nationale, afin de donner un nouvel élan aux relations bilatérales. De fait, l'hommage rendu aux soldats chinois morts pendant la guerre de Corée rappelait une solidarité d'armes ancienne, alors qu'aujourd'hui c'est aux côtés des Russes que les Nord-Coréens combattent en Ukraine - l'Union soviétique n'ayant alors, pour sa part, pas été directement impliquée dans la guerre de Corée. Pour beaucoup d'observateurs extérieurs, cette visite avait déjà pour objectif, côté chinois, de réaffirmer la présence de Pékin en Corée du Nord, Pyongyang ayant resserré ses liens avec Moscou depuis la signature d'un partenariat stratégique global en juin 2024. 

Si la Chine rejette désormais sur les Etats-Unis la dégradation de la situation sécuritaire dans la péninsule coréenne (alors qu'auparavant elle avait voté les sanctions contre les programmes nucléaires et balistiques nord-coréens), elle continue de voir dans l'armement nucléaire nord-coréen un facteur d'escalade militaire et plaide pour une négociation en vue d'une dénucléarisation de toute la péninsule coréenne. Ce sujet de divergence entre les deux alliés, chinois et nord-coréen, ne figure pas dans les comptes rendus des échanges de Xi Jinping avec son homologue nord-coréen, alors que les opérations militaires américaines au Proche-Orient et au Vénézuela ont conduit Pyongyang à réaffirmer le caractère irréversible de son programme nucléaire militaire. 

Mettant l'accent sur ce qui les rapproche, Xi Jinping et Kim Jong-un ont proclamé leur volonté de développer leurs relations dans tous les domaines, notamment économique. Selon le communiqué de presse publié par l'agence officielle chinoise Xinhua :

"Les deux parties ont également eu des discussions approfondies sur la préservation de la paix et de la stabilité régionales et mondiales, a déclaré M. Xi, alors qu'il assistait, en compagnie de son épouse Peng Liyuan, au déjeuner organisé par M. Kim et son épouse Ri Sol Ju.

M. Xi a remercié M. Kim pour son accueil chaleureux et l'organisation soignée de la visite, soulignant que celle-ci lui avait permis de ressentir encore plus profondément la chaleur et l'amitié manifestées par le Parti, le gouvernement et le peuple de la RPDC envers le Parti, le gouvernement et le peuple chinois.

La compréhension mutuelle entre la Chine et la RPDC s'est approfondie et élargie et la voie de développement à suivre pour l'avenir est désormais plus claire et plus précise, a indiqué M. Xi.

M. Xi s'est par ailleurs dit prêt à collaborer avec M. Kim pour promouvoir ensemble un développement accru des relations Chine-RPDC et donner un nouvel élan à la cause socialiste des deux pays.

Pour sa part, M. Kim a déclaré que la visite de M. Xi avait été un succès total, envoyant au monde un message positif selon lequel la RPDC et la Chine renforcent encore leur coopération amicale, ce qui suscite un vif intérêt de la part de nombreuses parties.

La visite de M. Xi revêt une grande importance pour les relations bilatérales et le développement futur de la région, a-t-il dit, soulignant que son pays était disposé à concrétiser avec sérieux le consensus important atteint lors de cette visite, à favoriser de nouveaux résultats concrets dans la coopération bilatérale et à faire progresser les relations entre la RPDC et la Chine vers un nouveau niveau plus élevé."

Que retenir de la visite d'Etat de Xi Jinping en Corée du Nord ?
Que retenir de la visite d'Etat de Xi Jinping en Corée du Nord ?
Que retenir de la visite d'Etat de Xi Jinping en Corée du Nord ?
Que retenir de la visite d'Etat de Xi Jinping en Corée du Nord ?

Photos : KCNA.

Sources : 

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25 décembre 2025 4 25 /12 /décembre /2025 11:23

En l'absence de statistiques officielles exhaustives, l'économie de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est appréhendée à travers un ensemble de critères. Qu'il s'agisse de l'inauguration récente de nouveaux ensembles industriels et tertiaires dans le cadre de la politique de développement régional 20 x 10, ou des estimations de la Banque centrale de la République de Corée (RdC, Corée du Sud), les indicateurs sont au vert, indiquant une croissance économique relativement soutenue depuis 2023, après la pandémie liée au Covid-19 et dans le contexte d'un rapprochement avec la Russie

De nouveaux hôtels ont été inaugurés dans le complexe touristique de Samjiyeon

De nouveaux hôtels ont été inaugurés dans le complexe touristique de Samjiyeon

La politique de développement régional 20 x 10 vise à construire chaque année des industries locales modernes dans 20 villes ou comtés au cours des 10 prochaines années, soulignant la volonté d'un développement économique de l'ensemble du territoire, alors que la capitale Pyongyang a souvent à la pointe de la modernisation. Après l'inauguration il y a un an, en décembre 2024, d'un ensemble d'industries dans le comté de Songchon, dans la province du Pyongan du Sud, les médias nord-coréens ont mis à la une en décembre 2025 l'achèvement de nouveaux chantiers, dans les secteurs tant industriels que tertiaires. 

Le 15 décembre 2025, des industries régionales ont été inaugurées dans le comté de Rangnim, dans la province montagneuse de Jagang, située au nord-ouest du pays, rappelant l'accent mis sur l'élévation du niveau de vie de la population et le développement de productions locales.   

Inaugurations d'usines régionales à Rangnim

Inaugurations d'usines régionales à Rangnim

Le même jour, des usines régionales étaient inaugurées à Sinyang (dans le Pyongan du Sud), à Puryong (dans le Hamgyong du Nord) et à Taegwan (dans le Pyongan du Nord). Des cérémonies se sont tenues le lendemain à Hwangju (Hwanghae du Nord).

D'autres manifestations ont eu lieu en présence du président Kim Jong-un, le 20 décembre pour l'inauguration des hôtels Ikal et Milyong, dans le complexe touristique de Samjiyeon, aux pieds du Mont Paektu. Le 21 décembre, toujours à Samjiyeon, des cérémonies se sont tenues pour trois autres hôtels, Sobaeksu, Chongbong et Potnamu - rappelant la volonté des autorités nord-coréennes de développer le tourisme.  

Hôtel Chongbong, inauguré à Samjiyeon

Hôtel Chongbong, inauguré à Samjiyeon

Le 24 décembre 2025, Kim Jong-un, secrétaire général du Parti du travail de Corée et président de la commission des affaires d'Etat, était présent à la cérémonie d'ouverture d'un ensemble d'industries légères et de loisirs inauguré à Jongphyong, dans la province du Hamgyong du Sud, sur un chantier mené par l'armée. Citant le dirigeant nord-coréen, l'agence KCNA a observé que la construction d'une "civilisation avancée" ne se limitait pas aux aspects matériels, mais portait également sur tous les aspects de la vie intellectuelle et culturelle. 

Croissance économique : regain confirmé en Corée du Nord
Photos ci-dessus : cérémonies d'inauguration à Jongphyong, le 24 décembre 2025

Photos ci-dessus : cérémonies d'inauguration à Jongphyong, le 24 décembre 2025

S'agissant de sources extérieures à la RPDC sur l'économie nord-coréenne, la Banque centrale de Corée apporte des éclairages relativement complets. Ces données ne sont pas totalement exemples de possibles biais politiques : elles tendent souvent à donner un aperçu plus favorable des évolutions de la situation économique et sociale au Nord quand les démocrates, partisans du dialogue intercoréen et d'un rapprochement progressif, sont au pouvoir à Séoul - alors que les conservateurs espèrent davantage un effondrement de la RPDC. Sous ces réserves, et alors même qu'un président de droite était encore l'hôte de la Maison Bleue en 2024, un consensus se dégage pour considérer que la RPDC connaît un regain de croissance économique après la fin de la pandémie liée au coronavirus, et la fermeture du pays pendant plus de quatre ans à la plupart des échanges extérieurs. 

Selon la Banque centrale sud-coréenne, le PIB nord-coréen a augmenté de 3,1 % en 2023 et de 3,7 % en 2024, la croissance en 2024 ayant étant portée par les secteurs de la construction (+ 12,3 %) et de l'industrie minière et manufacturière (+ 7,6 %), alors que l'agriculture et la forêt auraient enregistré une baisse de 1,9 %, malgré une hausse de 1,8 % de la production de riz (à 2,15 millions de tonnes). S'agissant des conditions de vie, selon la même source l'espérance de vie à la naissance s'élève à 72,5 ans pour les hommes et 78,8 ans pour les femmes, soit des niveaux supérieurs à ceux de la Russie, de l'Ukraine ou du Vietnam, comparables à ceux du Mexique et de la Bulgarie. 

Après la compensation de la crise liée au Covid-19, l'accélération de la croissance économique en 2024 s'inscrit dans le contexte d'une coopération accrue avec la Russie, dans tous les domaines. Les nouveaux partenariats économiques avec Moscou ne sont pas reflétées par les données, parcellaires, du commerce international, reconstituées à partir des statistiques douanières des partenaires économiques de la RPDC, lesquelles montrent toujours une part écrasante de la Chine. De fait, il est estimé que les alliés de la RPDC - Chine et Russie en tête - n'appliquent plus strictement - voire n'appliquent plus - les sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies, dans un nouveau contexte des relations internationales où la RPDC n'est plus un paria pour les compétiteurs des puissances occidentales. 

Sources :

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4 septembre 2025 4 04 /09 /septembre /2025 19:16

A la différence des pays occidentaux, qui ont largement boycotté les cérémonies commémorant à Pékin la fin de la Seconde guerre mondiale, la République de Corée (RdC, Corée du Sud) a été représentée par Woo Won-shik, président de l'Assemblée nationale. Toutefois, dix ans plus tôt, c'était la présidente Park Geun-hye qui représentait son pays - soit depuis cette date le signe d'un certain retrait, dans un contexte de tensions entre la République populaire de Chine et la RdC, même si les deux pays entretiennent toujours des liens économiques privilégiés.

Woo Won-shik, président de l'Assemblée nationale (Gukhoe) de la République de Corée

Woo Won-shik, président de l'Assemblée nationale (Gukhoe) de la République de Corée

La construction de plusieurs tours d'acier par Pékin dans la zone maritime provisoire, à cheval entre les eaux de la Chine et de la RdC, constitue un sérieux irritant dans les relations bilatérales.

Revenant sur ce point lors de l'entretien qu'il a eu à Pékin avec son homologue chinois, Zhao Leji, président du Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire, Woo Won-shik a, selon son bureau, demandé à la Chine de traiter "de manière prudente" les questions liées à la mer Jaune, afin de ne pas empêcher le développement des relations bilatérales.

Le président du Gukhoe a également mentionné le développement du partenariat stratégique bilatéral entre les deux pays, en exprimant le souhait qu'ils oeuvrent de concert à la paix et à la stabilité régionale - dans une formulation qui n'évoque pas directement la question nucléaire nord-coréenne, alors que la RdC est l'un des proches alliés de Washington en Asie du Nord-Est, les deux pays menant régulièrement des manoeuvres militaires communes régulièrement fustigées par Pyongyang.

Avant le début de la parade militaire, Woo Won-shik et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, présent au premier rang des invités, ont échangé une poignée de main, toujours selon le bureau de Won. Le président Lee Jae-myung souhaite améliorer les relations intercoréennes, en ayant également encouragé au dialogue américano - nord-coréen lors de sa rencontre avec le président américain Donald Trump le 25 août dernier - lors de laquelle le dirigeant américain avait exprimé son souhait de rencontrer son homologue nord-coréen cette année. 

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3 septembre 2025 3 03 /09 /septembre /2025 15:32

A l'occasion des cérémonies organisées à Pékin pour le 80e anniversaire de la victoire sur le Japon impérial lors de la Seconde guerre mondiale, les dirigeants russe et nord-coréen Vladimir Poutine et Kim Jong-un sont apparus aux côtés du président chinois Xi Jinping le 3 septembre 2025. C'est la première fois qu'ils apparaissent ensemble. C'est aussi la première apparition du leader de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) dans une manifestation multilatérale, au premier rang de la vingtaine de chefs d'Etat présents, alors que protocolairement ce sont les chefs d'Etat les plus anciennement en fonctions qui occupent les premières places. Ce déplacement constitue un succès pour la diplomatie chinoise, qui rappelle ainsi le lien privilégié de la République populaire de Chine avec la RPDC, forgé dans les combats menés en commun face aux nationalistes chinois, puis pendant la Seconde guerre mondiale et enfin durant la guerre de Corée

Xi Jinping entouré de Vladimir Poutine et de Kim Jong-un (photo : Xinhua)

Xi Jinping entouré de Vladimir Poutine et de Kim Jong-un (photo : Xinhua)

Quand dans un tweet au ton volontiers ironique le président américain Donald Trump (qui a demandé à l'ambassadeur américain à Pékin de ne pas participer aux cérémonies de commémoration de la victoire dans la Seconde guerre mondiale) a prié Xi Jinping d'adresser ses salutations à Vladimir Poutine et Kim Jong-un qui avec la Chine "conspirent ensemble contre les Etats-Unis", il y a un fond de vérité : Pékin veut apparaître comme le chef de file des pays opposés à l'hégémonie occidentale. Le pouvoir chinois a ainsi ostensiblement mis en scène sa proximité tant avec la Russie qu'avec la RPDC. Le moment choisi n'est pas anodin : si la victoire dans la Seconde guerre mondiale a valu à Moscou et à Pékin un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, pour sa part la résistance coréenne, alors que la péninsule était soumise à la colonisation japonaise, a joué un rôle important dans la défaite de l'impérialisme nippon, y compris en Mandchourie.

Lors d'une rencontre bilatérale, Vladimir Poutine a remercié Kim Jong-un pour sa contribution à la guerre en Ukraine - non seulement par sa fourniture d'armements, mais aussi au regard des combats menés par les soldats nord-coréens aux côtés des militaires russes, en vantant leur héroïsme, à la suite du partenariat stratégique global conclu entre les deux pays en juin 2024. Le dirigeant nord-coréen avait d'ailleurs rendu hommage aux soldats morts sur le front. A présent, les observateurs attendent un éventuel premier sommet tripartite avec Xi Jinping, ainsi qu'un nouveau sommet bilatéral entre Xi Jinping et Kim Jong-un. En tout état de cause, alors que le leader nord-coréen avait été un temps pressenti pour se rendre à Moscou lors des cérémonies du 70e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale, la Chine a réussi un coup de maître en étant choisie par Pyongyang comme destination pour le premier déplacement de son dirigeant, depuis son accession au pouvoir en 2011, dans le cadre d'une manifestation multilatérale. Ce faisant, et nonobstant l'approfondissement des liens fraternels entre Moscou et Pyongyang, la Chine rappelle qu'elle reste le premier partenaire de la RPDC - notamment au plan économique, alors même que c'était sur l'initiative de Moscou (et pas de Pékin) qu'il avait été mis fin, en mars 2024, au mandat du comité d'experts des Nations unies sur les sanctions contre la Corée du Nord.

Le contraste est aussi saisissant avec la dégradation des relations bilatérales de Pyongyang, tant avec Moscou qu'avec Pékin, lorsque les deux grands voisins de la RPDC votaient et renforçaient les sanctions au sein du Conseil de sécurité des Nations unies en raison de la poursuite par Pyongyang de ses programmes balistiques et nucléaires militaires. Les trois dirigeants mis en avant par les médias chinois sont aussi ceux des trois puissances présentes en Asie de l'Est qui disposent de l'arme nucléaire. Au demeurant, l'expérience du combat acquise par la Corée du Nord sur le front ukrainien tend également à renforcer ses capacités militaires.

Sources : 

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23 avril 2024 2 23 /04 /avril /2024 15:32

Alors que la fermeture de ses frontières par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pendant plus de trois ans, entre janvier 2020 et juillet 2023, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, avait mis un coup d'arrêt aux échanges de délégations, les autorités nord-coréennes multiplient à présent les accueils de personnalités étrangères et reprennent les visites en dehors de la péninsule coréenne. Dans ce contexte, une délégation du Parti du travail de Corée (PTC) conduite par Kim Song-nam, directeur du département international du PTC, a visité la Chine, le Vietnam et le Laos entre le 21 mars et le 2 avril 2024. Il s'agissait principalement de développer non seulement les échanges bilatéraux, mais aussi les relations avec les partis frères des trois autres démocraties populaires d'Asie : la solidarité mutuelle, tant au plan international que dans la construction du socialisme, a été évoquée à chacune des étapes de la tournée est-asiatique de la délégation nord-coréenne. 

La délégation du PTC saluée au retour de son déplacement en Chine, au Vietnam et au Laos

La délégation du PTC saluée au retour de son déplacement en Chine, au Vietnam et au Laos

En Chine, la délégation du PTC a rencontré notamment Wang Yi, directeur du bureau central des Affaires étrangères du Parti communiste chinois (PCC) et qui exerce parallèlement les fonctions de ministre des Affaires étrangères, Wang Huning, président de la Conférence consultative politique du peuple chinois, membre du comité permanent du bureau politique (BP) du PCC, secrétaire du secrétaire général du PCC, et Liu Jianchao, directeur du département international du PCC. 

Malgré le renforcement récent des liens russo-nord-coréens, la Chine reste le principal partenaire de la RPDC, la plus grande partie des exportations nord-coréennes vers la Chine étant d'ailleurs désormais formées, selon les statistiques douanières, par les perruques et les faux cils. L'année 2024 marque le 75e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la République populaire de Chine, fondée en 1949, et la RPD de Corée. Elle est célébrée comme l'année de l'amitié sino-(nord)-coréenne, dont le lancement a été officialisé à l'occasion de la visite en RPDC de Zhao Leji, président du comité permanent de l'Assemblée nationale populaire chinoise, reçu par le secrétaire général du PTC Kim Jong-un. Zhao Leji est considéré comme le numéro 3 du PCC et est la plus haute personnalité chinoise à visiter la RPDC depuis le déplacement de Xi Jinping en 2019. 

Dans ce contexte, lors de la visite en Chine de la délégation du PTC le ministre des Affaires étrangères chinois a mis l'accent sur l'amitié sino-coréenne et une solidarité y compris sur la scène internationale alors que, dans le contexte de la guerre en Ukraine, la Chine désigne les Etats-Unis comme les principaux responsables de la montée des tensions en Asie du Nord-Est. Wang Yi a ainsi mentionné le renforcement de la "communication stratégique" et de la "coopération tactique" entre les deux pays. Selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA : 

Wang Yi a déclaré que la position et la volonté constantes du parti, du gouvernement et du peuple chinois étaient de défendre de manière honorable, de consolider de manière excellente et de développer avec succès l'amitié sino-RPDC fondée sur le sang et la richesse commune précieuse, et a exprimé sa conviction que les relations amicales entre les deux pays progresseraient de manière inébranlable sous la direction stratégique du secrétaire général Xi Jinping et du secrétaire général Kim Jong Un, malgré tous les défis et toutes les difficultés.

Il a affirmé que la Chine renforcerait, comme toujours, la communication stratégique et la coopération tactique avec la RPDC sur la scène internationale afin de défendre fermement les intérêts communs des deux partis et des peuples des deux pays et de promouvoir l'amitié entre la Chine et la RPDC.

Wang Yi recevant Kim Song-nam à la résidence Diaoyutai, à Pékin le 23 mars 2024

Wang Yi recevant Kim Song-nam à la résidence Diaoyutai, à Pékin le 23 mars 2024

Au Vietnam, la délégation conduite par Kim Song-nam a eu des échanges avec, entre autres, Truong Thi Mai, cheffe de la commission centrale d'organisation du Parti communiste vietnamien (PCV), et Le Hoai Trung, secrétaire du comité central du PCV et qui dirige également le comité central des affaires étrangères du PCV.

La RPDC a soutenu le Vietnam dans sa lutte de libération nationale, même si l'établissement des relations diplomatiques entre la République socialiste du Vietnam et la République de Corée (Corée du Sud) en 1992 a ensuite fait de la Corée du Sud un partenaire économique majeur du Vietnam. En février 2019, le Vietnam avait organisé le sommet de Hanoï entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président américain de Donald Trump.

Ayant mentionné le cinquième anniversaire du déplacement du dirigeant nord-coréen au Vietnam (mais pas le sommet lui-même, dont les résultats ont été in fine assez maigres), Truong Thi Mai a rappelé le soutien de la RPDC à la lutte de libération nationale du peuple vietnamien, tout en mettant également l'accent sur le développement futur des relations bilatérales. Dans son intervention, Kim Song-nam a davantage mis l'accent sur la lutte anti-impérialiste. 

Kim Song-nam et Truong Thi Mai, à Hanoï le 26 mars 2024

Kim Song-nam et Truong Thi Mai, à Hanoï le 26 mars 2024

Lors de son déplacement au Laos, la délégation du PTC a rencontré notamment Thongloun Sisoulith, secrétaire général du Parti révolutionnaire populaire lao (PRPL), et qui exerce parallèlement les fonctions de Président de la République, et Thongsavanh Phomvihane, qui dirige le comité des relations extérieures du PRPL.

Selon KCNA, Thongsavanh Phomvihane a déclaré que le PRPL et le gouvernement laotien soutenaient pleinement la politique du PTC et la RPDC pour défendre la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne. Toujours d'après KCNA, Thongloun Sisoulith a salué "le développement rapide" de la RPDC "sous la direction énergique et chevronnée" du secrétaire général Kim Jong-un. 

Reçu par le secrétaire du PRPL, le directeur du département international du PTC a mentionné le combat conjoint mené avec le Laos sur la voie pour réaliser une véritable justice internationale. 

Alors qu'il est d'usage protocolaire que les échanges se situent à un niveau identique à celui de la délégation reçue, le directeur Kim Song-nam, par ailleurs porteur d'un message verbal de Kim Jong-un, secrétaire général du PTC, président de la commission des affaires de l'Etat, a été reçu au Laos à un niveau supérieur à celui de son rang politique. Cette rencontre - qualifiée de courtoisie - traduit un intérêt plus particulier du Laos pour renforcer ses liens avec la RPDC. Elle s'inscrit également dans le contexte de la présidence laotienne de l'ASEAN en 2024, alors que le forum régional de l'ASEAN, dont la RPDC est membre, est consacré aux questions multilatérales de sécurité. Certains observateurs évoquent la possibilité que la ministre des Affaires étrangères nord-coréenne Choe Son-hui y participe cette année. - sans que le compte rendu des échanges avec la délégation du PTC ne comporte d'indication sur ce sujet.

Le Président Thongloun Sisoulith (à droite) recevant Kim Song-nam le 29 mars 2024

Le Président Thongloun Sisoulith (à droite) recevant Kim Song-nam le 29 mars 2024

Sources : 

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24 juillet 2023 1 24 /07 /juillet /2023 21:43

Le 24 juillet 2023, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé qu'une délégation du parti et du gouvernement chinois se rendrait en RPD de Corée à l'occasion de la commémoration du 70e anniversaire de l'armistice de la guerre de Corée. Cette annonce a surtout retenu l'attention dans la mesure où il s'agit de la première visite d'une délégation étrangère dans le pays depuis que la RPD de Corée a fermé ses frontières, en janvier 2020, pour endiguer la propagation de l'épidémie de Covid-19

Li Hongzhong, qui conduira la délégation du PCC et du gouvernement chinois

Li Hongzhong, qui conduira la délégation du PCC et du gouvernement chinois

Si la Corée du Nord n'a officiellement enregistré son premier cas de Covid-19 qu'en mai 2022, la vulnérabilité de la population face aux épidémies avait justifié une fermeture des frontières dès le déclenchement de la pandémie, en janvier 2020. Les restrictions aux échanges - humains et de marchandises - auraient, selon la Banque de Corée (du Sud), entraîné une contraction du PIB nord-coréen de 4,5 % à 4,6 % pendant l'année 2020-2021. La victoire revendiquée dès 2022 par les autorités nord-coréennes dans la lutte contre l'épidémie, ainsi que la nécessité de restaurer les échanges, avaient conduit nombre d'observateurs - y compris les agences de voyage avec laquelle l'AAFC est en contact - à envisager une réouverture des frontières dès la fin de l'année 2022. Si celle-ci n'est toujours pas fixée avec précision, la visite prochaine d'une délégation officielle chinoise semble indiquer une annonce prochaine en ce sens.

Alors que les volontaires chinois ont joué un rôle décisif, aux côtés des Nord-Coréens, dans les combats de la guerre de Corée, le fait que la première délégation officielle étrangère à revenir en RPD de Corée soit chinoise constitue un symbole de l'étroitesse des liens tissés entre les deux pays dans tous les domaines. Selon KCNA, la délégation serait menée par Li Hongzhong, membre du Bureau politique du Parti communiste chinois (PCC), qui représentera tant son parti que le gouvernement chinois - les fonctions étatiques et partisanes étant étroitement imbriquées, aussi bien en Chine qu'en Corée du Nord.

Sources : 

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3 juin 2023 6 03 /06 /juin /2023 21:46

Le 31 mai 2023, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a reconnu l'échec du lancement du satellite de reconnaissance militaire Chollima-1, en début de matinée, depuis le site de lancement Sohae. Alors que la RPDC entend poursuivre ses programmes militaires face aux menaces des Etats-Unis et de leurs alliés - dans un contexte d'escalade des tensions, marqué notamment par l'adoption de la déclaration de Washington - les puissances occidentales ne sont pas parvenues à faire condamner Pyongyang au Conseil de sécurité des Nations unies, Pékin et Moscou mettant en cause l'attitude des Etats-Unis dans la péninsule coréenne. 

Lancement du satellite Chollima-1 le 31 mai 2023 (source : KCNA)

Lancement du satellite Chollima-1 le 31 mai 2023 (source : KCNA)

Dans une certaine démarche de transparence, l'agence officielle nord-coréenne KCNA a reconnu l'échec du lancement et tenu à en analyser les raisons, dans l'attente d'un examen plus approfondi des causes de cet insuccès - avant l'annonce d'un second lancement, après une phase de tests, dès que possible : 

La fusée porteuse Chollima-1 est tombée dans la mer de Corée occidentale (...) en raison du démarrage anormal du moteur du second étage après la séparation du premier étage pendant un vol normal. Le porte-parole de la NADA [NdA : l'agence spatiale nord-coréenne] a attribué cet échec au manque de fiabilité et de stabilité du système de moteur de type nouveau appliqué à la fusée porteuse Chollima-1 et au caractère instable du carburant utilisé.

Si Pyongyang avait prévenu le Japon du lancement du satellite (comme il est d'usage pour ses programmes spatiaux qui sont présentés comme étant pacifiques), le tir du 31 mai a entraîné des alertes inappropriées en République de Corée (Corée du Sud) et au Japon - soulevant des interrogations sur leur caractère opérationnel. Un appel aux Séoulites à se préparer à une évacuation était erroné, de l'avis même du ministère de l'intérieur sud-coréen, faute de menace sur Séoul. De même, les autorités nippones ont retiré, une demi heure après l'avoir lancé, un appel aux habitants d'Okinawa les exhortant à se mettre à l'abri. En 2012 et en 2016, La RPDC avait procédé à des lancements de satellites qui avaient survolé Okinawa.

Sans surprise, les Etats-Unis ont dénoncé une violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, étant rejoints par Séoul et Tokyo dans leurs condamnations.

Mais la Chine et la Russie ont réitéré leur position, constante depuis un veto opposé en mai 2022 à une proposition américaine de renforcement des sanctions contre la RPD de Corée, selon laquelle les Occidentaux ont une responsabilité majeure dans l'escalade des tensions, en pointant - à l'instar de Pyongyang - l'impact de la déclaration de Washington. Les deux membres permanents du CSNU ont exhorté les Etats-Unis et leurs alliés à faire diminuer le niveau des tensions et à renouer avec la voie du dialogue, en soulignant que leur proposition conjointe de novembre 2021, en mettant fin à des sanctions toujours plus lourdes, a pour objectif de "favoriser la désescalade, la confiance mutuelle et l'unité" parmi les 15 membres du Conseil de sécurité, selon la formule de Geng Shuang, ambassadeur adjoint de la Chine aux Nations unies.

Sources :

- 38 North

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23 avril 2023 7 23 /04 /avril /2023 13:59

Si la situation en Ukraine concentre les regards de l'opinion publique occidentale, celle en Asie du Nord-Est connaît de nouveaux développements potentiellement porteurs de risque de conflit - que l'AAFC appelle à prévenir par la voie du dialogue, afin d'éviter une course aux armements. Des déclarations récentes du président sud-coréen ont par ailleurs associé les questions de Taïwan et de la Corée, créant d'importantes tensions entre Séoul et Pékin. 

Kim Jong-un visitant l'agence spatiale nord-coréenne NADA, le 18 avril 2023

Kim Jong-un visitant l'agence spatiale nord-coréenne NADA, le 18 avril 2023

En annonçant avoir réussi le lancement d'un missile balistique Hwasong-18 à combustible solide (en l'occurrence, du propergol), le 14 avril 2023, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) dispose d'un certain avantage stratégique, puisqu'un missile à combustible solide est plus simple à déployer et offre davantage de liberté quant au délai de lancement qu'un missile à combustible liquide, lequel doit être tiré en un laps de temps plus court.

L'agence de presse nord-coréenne KCNA a réitéré la position classique de Pyongyang, selon laquelle cette composante de la force de dissuasion nucléaire de la RPD de Corée visait à prévenir un conflit nucléaire :

La dissuasion nucléaire militaire de la RPDC se développe rapidement (...) pour accroître de manière continue la puissance de la force stratégique de la RPDC et qu'elle devienne une entité dotée d'une superpuissance et d'une force absolue, une grande force capable de prévenir l'holocauste nucléaire et toutes sortes de potentielles et dangereuses invasions ennemies, ainsi qu'un glaive puissant pour défendre la justice et la paix.

Par ailleurs, après l'essai concluant d'un prototype en décembre 2022, le lancement d'un satellite de reconnaissance a été un objectif réaffirmé par le Président Kim Jong-un lors d'une visite de l'agence spatiale nord-coréenne NADA, qui célébrait ses dix ans, ce 18 avril 2023. Cette perspective a été accueillie fraîchement à Tokyo : le 22 avril, le Japon a annoncé avoir mis son armée en état d'alerte pour abattre un potentiel missile balistique nord-coréen qui mettrait en orbite un satellite d'observation. 

La veille, le 21 avril, la Corée du Nord avait rejeté l'appel des pays du G7 l'appelant à "s'abstenir" de tout nouvel essai nucléaire ou tir de missile balistique intercontinental (prohibé par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, CSNU).  Pyongyang a fustigé ce qu'elle considère comme relevant de sa politique intérieure.

De fait, la nouvelle partition bipolaire, entre les Etats-Unis et les Occidentaux d'une part (ainsi que le Japon et la Corée du Sud), la Chine et la Russie d'autre part, rend peu probable l'adoption de nouvelles sanctions par le CSNU en cas d'essai nucléaire ou de tir d'un missile ICBM par la RPD de Corée.

Dans ce contexte, les déclarations du président sud-coréen Yoon Seok-yeol, selon lesquelles les prétentions chinoises sur Taïwan présentent des similarités avec la situation dans la péninsule coréenne, ont lié les deux thèmes et entraîné une dégradation des relations bilatérales avec Pékin : après une protestation de la Chine, la République de Corée a convoqué l'ambassadeur chinois. Puis Pékin a annoncé avoir déposé plainte contre Séoul, à la veille d'une rencontre entre les présidents américain et sud-coréen prévue du 24 au 26 avril 2023. 

Sources : 

- Ouest France

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2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 21:23

Alors que les sanctions internationales de plus en plus lourdes prises contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à partir de 2006 ont pu être adoptées grâce au ralliement de la Russie et de la Chine aux propositions des Etats-Unis et de leurs alliés au Conseil de sécurité des Nations unies, le nouveau contexte international, marqué par les tensions croissantes entre les Etats-Unis, d'une part, la Russie et la Chine, d'autre part, offre une opportunité pour Pyongyang de renforcer ses échanges avec Moscou et Pékin - alors que la RPDC a annoncé réouvrir ses frontières après avoir déclaré terminée l'épidémie de "fièvre" (interprétée comme une épidémie de Covid-19) - et fermé ses frontières avec la Chine il y a plus de deux ans et demi, en début d'année 2020. 

Rencontre à Vladivostok, Le 25 avril 2019, entre Kim Jong-un, président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie.

Rencontre à Vladivostok, Le 25 avril 2019, entre Kim Jong-un, président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie.

Si le renforcement des relations bilatérales de la RPDC avec la Russie et la Chine s'était traduit, en 2019, par des rencontres au sommet entre leurs dirigeants (du Président Kim Jong-un à Vladivostok en avril 2019, et du Président Xi Jinping en RPD de Corée les 20 et 21 juin 2019), la fermeture des frontières dans le contexte international de la lutte de pandémie de Covid-19 avait mis fin à ces échanges au plus haut niveau quelques mois plus tard. Durement touchée par les sanctions internationales, l'économie nord-coréenne avait nettement reculé, selon les estimations occidentales - en l'absence de statistiques officielles publiées par la RPDC.

Le nouveau contexte international offre à Pyongyang une opportunité de renforcer ses échanges avec ses deux principaux voisins - et tout d'abord au plan diplomatique. Lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, la RPDC a dénoncé la responsabilité selon elle des Etats-Unis et de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) - dénonçant par ailleurs les perspectives de création d'un OTAN asiatique qui se constituerait autour des alliances militaires privilégiées de Washington avec Tokyo et Séoul. De fait, l'agence de renseignement sud-coréenne a été la première, en Asie, à rejoindre cette année le groupe de défense cyber de l'OTAN.

La possibilité d'un axe Moscou-Pékin-Pyongyang apparaît dans les analyses partagées de ces trois puissances contre l'hégémonie américaine, nonobstant la position de la Chine qui, sur la guerre en Ukraine, modère son ton pour préserver ses relations économiques avec les puissances occidentales. 

Entre la Russie et la RPD de Corée, le fait le plus notable est la reconnaissance par Pyongyang des républiques de Donetsk et de Lougansk le 13 juillet 2022. La RPD de Corée est également apparue prête à participer à la reconstruction économique de ces zones en guerre, par l'envoi de travailleurs - ce qui s'inscrirait dans le prolongement d'une pratique ancienne, naguère de la Corée du Sud, et de la Corée du Nord jusqu'aux récentes sanctions internationales l'interdisant à Pyongyang. De fait, les sanctions ne seraient alors plus appliquées par la Russie - du moins, sur ce point.  

A l'occasion de l'anniversaire de la libération de la Corée le 15 août 1945, les courriers échangés au niveau des chefs d'Etat traduisent la volonté de renforcer les relations bilatérales. Vladimir Poutine a rappelé les combats menés "entre l'Armée rouge et les patriotes de Corée" pour la libération de la péninsule de l'occupation japonaise pendant la Seconde guerre mondiale, et exprimé son souhait de renforcer "la sécurité et le stabilité de la Corée". Kim Jong-un lui a répondu en observant qu'un "front commun" permettait de contrer "les menaces et les provocations des forces hostiles".

Alors que Pyongyang a critiqué la visite de Nancy Pelosi à Taïwan, et rappelé sa position de principe sur une seule Chine (à l'instar de Moscou), les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes d'août 2022 (les plus importantes depuis 2018, bien que d'une ampleur non rendue publique) ont été dénoncées non seulement par la RPD de Corée, mais aussi par la Chine - et par l'ambassadeur russe à Pyongyang. Alors que les experts occidentaux s'attendent à un nouvel essai nucléaire nord-coréen, il semble improbable que Pékin et Moscou accepteraient alors de renforcer les sanctions contre la RPD de Corée, voire même de se joindre à une condamnation verbale. Le 26 mai 2022, la Chine et la Russie avaient opposé leur veto à une proposition de résolution, d'origine occidentale, appelant à renforcer les sanctions contre la RPD de Corée après le lancement par cette dernière de plusieurs missiles balistiques. La Chine et la Russie appellent à présent au dialogue avec Pyongyang et à commencer à lever les sanctions. Si les Occidentaux venaient à prendre de nouvelles sanctions contre la RPDC, celles-ci n'auraient qu'une portée somme toute réduite - vu la quasi-absence de relations et d'échanges avec la Corée du Nord.

La situation géopolitique actuelle a déjà fait une victime : les relations intercoréennes, qui s'étaient réchauffées pendant la présidence du démocrate Moon Jae-in en République de Corée (Corée du Sud), sont au plus bas. Le nouveau président conservateur Yoon Suk-yeol, qui avait déjà qualifié la RPD de Corée d' "ennemi principal" de la Corée du Sud pendant la campagne électorale en mars 2022, a profité de l'anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août 2022, pour formuler une proposition consistant à apporter une aide économique au Nord en contrepartie de sa dénucléarisation. Les observateurs étaient sceptiques sur la réponse de Pyongyang à ce qui apparaissait surtout comme une opération de communication à peu de frais pour apparaître vouloir un dialogue : en effet, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait formulé une proposition très proche en 2008, qui avait été rejetée par le Nord. Sans surprise, la RPD de Corée avait répondu quelques jours plus tard que sa sécurité internationale n'était pas négociable - et pas à vendre.

Alors que la France et l'Union européenne se démarquent des Etats-Unis sur la montée des tensions avec la Chine (notamment, s'agissant de la France, lors de la conclusion de l'alliance militaire AUKUS entre l'Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, en septembre 2021), il apparaîtrait utile de promouvoir le dialogue et de prévenir les risques d'escalade et de tensions à la frontière est de la Russie, dans et autour de la péninsule coréenne. Dans le site d'analyse de référence sur la Corée du Nord 38 North, Jagannath Panda ne dit pas autre chose, en soulignant qu' "il est impératif d'empêcher une confrontation de type russe en Asie du Nord-est". Nous faisons nôtres ces propos raisonnables et de bon sens.

 

Sources :

Jagannath Panda, "Will Pyongyang's NATO tirades pay dividends", 38 North, 19 août 2022

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