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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 23:04

Lee Yeda est le premier objecteur de conscience sud-coréen à avoir obtenu l'asile politique - en l'occurrence en France. Le 24 novembre 2015, il a animé une conférence, organisée par le collectif SOLIDA (Solidarité, Liberté, Démocratie en Asie) - Paris, sur l'objection de conscience en République de Corée (Corée du Sud) à Paris. Constitué notamment de Japonais et de Coréens, SOLIDA était invitée par l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), qui a participé aux rassemblements organisés par le collectif depuis août contre la révision de l'article 9 de la Constitution japonaise, qui autorisera pour la première fois depuis 1945 l'envoi de troupes japonaises à l'étranger pour intervenir sur des terrains de bataille, contre la volonté d'une majorité de Japonais pacifistes. L'AAFC soutient le combat pour l'introduction d'un service alternatif au service militaire.

Conférence de Lee Yeda sur l'objection de conscience en Corée du Sud

En ouverture de la conférence, Olivier Bouchard a rappelé que les événements tragiques survenus le 13 novembre 2015 à Paris avaient conduit à reporter la manifestation prévue le lendemain par le collectif SOLIDA contre la construction des bases navales militaires de Henoko, à Okinawa, et de Jeju, en Corée du Sud, et pour le maintien de l'article 9 de la Constitution japonaise. Il a réaffirmé l'engagement de SOLIDA pour la paix et la liberté en Asie de l'Est, dans un contexte où la lutte antiterroriste sert à justifier des restrictions des libertés fondamentales. Les participants ont observé une minute de silence en mémoire des victimes des attentats de Paris.

Conférence de Lee Yeda sur l'objection de conscience en Corée du Sud

Puis Lee Yeda a présenté la question de l'objection de conscience en Corée du Sud, en utilisant un Powerpoint en grande partie préparé par Yang Yeo-ok militante du collectif "World without war" ("Un monde sans guerre") qui lutte en Corée du Sud pour obtenir, notamment, la création d'un service civil alternatif au service militaire.

Lee Yeda a tout d'abord rappelé le contexte politique et historique de la Corée du Sud, pays de conscription où le service militaire s'inscrit dans une logique de militarisation de la société, dès l'école. Avec un montant de 34 milliards de dollars, le budget militaire national est le dixième plus élevé au monde. Les effectifs militaires sont de 640 000 soldats, soit le triple de la France, pourtant plus peuplée que la Corée du Sud.

Depuis 1945, 20 000 Sud-Coréens ont été emprisonnés comme objecteurs de conscience. Chaque année, 600 jeunes hommes purgent une peine moyenne de prison d'une durée moyenne de dix-huit mois parce qu'ils refusent d'effectuer leur service militaire, qui dure de 21 à 24 mois et est suivi de 8 années dans la réserve. 90 % d'entre eux sont des témoins de Jéhovah ; à côté d'eux, une proportion croissance de Sud-Coréens refusent également d'être incorporés comme pacifistes ou font ce choix pour des motifs politiques.

Conférence de Lee Yeda sur l'objection de conscience en Corée du Sud

Les objecteurs de conscience ont non seulement un casier criminel qui les prive de certains droits fondamentaux, mais ils sont également stigmatisés socialement et professionnellement : il est en effet d'usage que les employeurs demandent une attestation concernant le service militaire.

L'absence d'alternative au service militaire en Corée du Sud est contraire aux engagements internationaux du pays, et cette situation a été sanctionnée par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. Le ministère de la Défense a cependant renoncé au projet, lancé par l'ancienne majorité démocrate en septembre 2007, d'introduire un système alternatif au service militaire, en pointant le "manque de consensus national". Les conservateurs au pouvoir à Séoul tirent également prétexte de la situation de confrontation avec la Corée du Nord.

Revenant sur son histoire personnelle, Lee Yeda a pris conscience de son refus d'effectuer le service militaire et de porter les armes pour tuer d'autres êtres vivants dès l'âge de 14 ans, à la lecture du manga Buddha d'Osamu Tezuka. Il reproche également l'engagement de l'armée sud-coréenne sur des théâtres d'opérations militaires extérieures, au Vietnam et en Afghanistan, bien loin du discours officiel selon lequel l'armée protège les populations. Ayant obtenu l'asile politique en France à l'été 2013 comme objecteur de conscience, il s'exprime dans les médias pour défendre l'objection de conscience et refuser la militarisation de la Corée du Sud. Avant lui, un objecteur de conscience, bouddhiste, Oh Tae-yang, avait tenu pour la première fois une conférence de presse en Corée du Sud, le 4 février 2002, pour défendre des objectifs similaires.

A l'issue de l'exposé de Lee Yeda, les questions ont porté notamment sur les sursis accordés aux étudiants, les interventions militaires sud-coréennes à l'étranger et les conséquences qu'encourent les familles des objecteurs de conscience.

Une déclaration des étudiants japonais de SEALDs a été lue, pour dénoncer l'implantation d'une base militaire à Henoko (à Okinawa), de même que le témoignage d'un soldat américain, en janvier 2015, recueilli par des Okinawaïens exprimant sa compréhension et sa solidarité avec les habitants de l'île refusant la destruction d'un environnement naturel exceptionnel pour construire une nouvelle base militaire. Ces prises de position ont déterminé la position du collectif SOLIDA, sollicité par le Mouvement de la Paix en France, dans son combat pour la paix.

Conférence de Lee Yeda sur l'objection de conscience en Corée du Sud

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC Politique sud-coréenne
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)