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30 août 2026 7 30 /08 /août /2026 12:18

Comme les Dupond.t, ils étaient deux - et quand dans un numéro spécial de son bulletin consacré à son histoire (n° 100, 3e trimestre 2009) l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) avait voulu présenter son premier président, Raymond Lavigne, elle avait commis des confusions avec un homonyme, ce que nous avait alors aimablement signalé... l'homonyme du président-fondateur de l'AAFC. Il est temps de dire qui était Raymond Lavigne, et surtout comment il a été le premier président de l'AAFC, créée en 1969. 

Raymond Lavigne (1922-2014)

Raymond Lavigne (1922-2014)

Raymond Lavigne était né au Bleymard, en Lozère, le 1er septembre 1922, d'un père receveur des PTT et d'une mère paysanne. Si son ascendance était auvergnate, et plus précisément du village du Calvinet, c'est dans le Lot qu'a grandi le jeune Raymond. Brillant élève, il est surveillant puis instituteur auxiliaire aux débuts de la Seconde guerre mondiale. Débarquant à Paris en novembre 1943, il commence une double vie - employé de bureau à la Sorbonne le jour, résistant la nuit, imprimant tracts et documents et s'affirmant surtout comme un spécialiste de la production de faux papiers. Combattant FTP lors de la Libération de Paris, il est démobilisé le 1er janvier 1946 et adhère au PCF et à l'Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF), dont il devient un des cadres de la fédération de la Seine. Il commence parallèlement une carrière de journaliste à partir de 1947, dans les quotidiens communistes Ce Soir (jusqu'à sa disparition en 1953) puis L'Humanité, avant d'intégrer L'Humanité Dimanche. C'est en tant que professionnel des médias qu'il participe à de nombreuses manifestations (étant blessé par la police en novembre 1947), qu'il suit l'affaire Henri Martin ou encore interviewe Pablo Neruda, Nazim Hikmet, Yves Montand et Jean-Paul Sartre au 3e Festival mondial de la Jeunesse à Berlin-Est en 1951. 

Raymond Lavigne s'était lié à d'autres intellectuels, notamment Robert Desnos et Jacques Prévert dans la Résistance, mais aussi Pascal Sevran, avec qui, auteur prolifique, il avait co-écrit un ouvrage paru en 1975, Les Rigolos. Marié à Simone Gaffié (plus connue sous son nom d'artiste : Serge Lebrail), autrice ou coautrice de chansons de Fernandel et Dalida, il s'est éteint à Aurillac le 28 mars 2014. 

Militant communiste fidèle, par ailleurs en première ligne dans la dénonciation d'André Marty, c'est à lui que revient la tâche d'organiser la visite à Pyongyang d'une délégation d'intellectuels en 1958 (dont Claude Lanzmann, Chris Marker, Armand Gatti, Francis Lemarque), ce dont rend ainsi compte son biographe du Maitron Marc Giovaninetti : 

 

En 1958, Raymond Lavigne, qui fut aussi pendant une dizaine d’années secrétaire du Syndicat national des journalistes CGT, avait été chargé de composer la première délégation occidentale destinée à être accueillie en Corée du Nord. Le voyage devait s’enchaîner avec un séjour en Chine communiste, et dura pour lui trois mois au total. Claude Lanzmann, le futur réalisateur de Shoah, qui en fit partie et le relate longuement dans son récent livre de souvenirs, davantage pour des raisons sentimentales que politiques, décrit leur groupe comme « un ensemble baroque et hétéroclite », une forme d’hommage à l’ouverture d’esprit de son organisateur, qui appliquait en cela les prescriptions d’alors de son parti.

Il incluait des journalistes de la « presse bourgeoise », Le Figaro par exemple, des cinéastes et des artistes comme Chris Marker, Armand Gatti, Francis Lemarque. Les deux hommes ne rapportent évidemment pas les mêmes souvenirs de voyage, mais partagent une certaine indulgence et nostalgie pour ces pays repliés sur leur régime.

Marc Giovaninetti observe que c'est en raison de l'organisation de ce déplacement en République populaire démocratique de Corée en 1958 qu'il est amené à devenir le premier président de l'AAFC lors de sa fondation en 1969, avec l'aide de Jean Kanapa (qui fut élu par ailleurs vice-président et rencontra Kim Il-sung en 1969, tandis qu'on retrouve Francis Lemarque, membre de la délégation de 1958, parmi les membres fondateurs) : 

[Raymond Lavigne] ne précise pas que dix ans plus tard, il eut à s’occuper de fonder et présider l’association d’amitiés franco-coréennes France-Pyongyang, ce dont il s’acquitta avec Jean Kanapa, notamment, en établissant son siège à Bagneux et en déposant les statuts au cours de l’année 1969. Il ne retourna pas pourtant séjourner en Extrême-Orient, et pour ce qui le concerne, l’association n’eut guère d’activité.

De façon étonnante, Raymond Lavigne n'aurait donc pas signalé à son biographe qu'il avait été le premier président de l'AAFC en 1969. Mais cela n'a rien de si surprenant lorsqu'on connaît les relations complexes entre le PCF et le Parti du travail de Corée, durablement ternies par l'affaire Sédillot - au demeurant, il faudra d'ailleurs attendre plusieurs années pour l'ouverture effective du bureau commercial de la République populaire démocratique de Corée en France, en 1972. Selon Marc Giovianinetti, Raymond Lavigne laissa ainsi rapidement la place à d'autres figures, parmi lesquelles nous pouvons citer le secrétaire général Michel Génot, l'universitaire Jean Suret-Canale, l'ancien ministre gaulliste Louis Terrenoire, le sénateur Philippe Machefer, l'ancien sénateur-maire André Aubry ainsi que l'ingénieur Guy Dupré

Fin de l'histoire ? Non. Car Raymond Lavigne, ancien résistant né en 1922 et décédé en 2014, organisateur du voyageur d'intellectuels à Pyongyang en 1958, ne serait pas l'ancien président de l'AAFC. Tout ce que vous avez lu jusqu'ici serait donc faux. Et Raymond Lavigne n'aurait pas menti lorsqu'il aurait passé sous silence son implication à l'AAFC - pour la bonne et simple raison qu'il n'en aurait sans doute jamais été membre. Menons une enquête, à l'instar de celle qu'aurait menées les héros de Raymond Lavigne, auteur de romans policiers... et aussi scénariste de l'album Pif à la chasse au lion

Tout d'abord, rappelez-vous ce fameux homonyme, dont nous vous parlions en début d'article, et qui avait écrit à l'AAFC lors de la parution de son numéro spécial en 2009. C'était Raymond Lavigne (1922-2014).

Et surtout, revenons aux sources. Dans le numéro du Journal officiel relatant la création de l'AAFC, nous lisons : 

Président : LAVIGNE Raymond.
6 Boulevard Poissonnière, Paris 13e.
Né le 20 mars 1924 à St-Brieuc.
Profession : Journaliste.

Le nom et le prénom sont les mêmes. La profession, aussi. Mais la date de naissance est différente : Raymond Lavigne "l'Auvergnat" (comme il s'appelait lui-même) est né le 1er septembre 1922 au Bleymard. Raymond Lavigne, président de l'AAFC, est né le 20 mars 1924 à Saint-Brieuc. Même les adresses ne coïncident pas : Raymond Lavigne "l'Auvergnat" a été secrétaire de section du PCF dans le 17e arrondissement de Paris, vivant dans le 8e arrondissement, à la limite du 17e. En 1969, Raymond Lavigne, président de l'AAFC, habite dans le 13e arrondissement - mais oublions cette information, manifestement erronée - car l'adresse (boulevard Poissonnière) ne se situe pas dans cet arrondissement...

A présent, consultons le registre des personnes décédées. Le seul Raymond Lavigne né en 1924 est décédé en 1990 - mais il est né à une autre date que le 20 mars et en Gironde, pas à Saint-Brieuc. 

On ne trouve non plus nulle trace d'un journaliste Raymond Lavigne autre que l'ancien résistant né en 1922... à part dans la déclaration en préfecture. Et si finalement les informations fournies à la préfecture avaient été fausses ? On a déjà vu que le nom de rue et l'adresse ne coïncident pas. 

Vous allez m'objecter le courrier reçu par l'AAFC en 2009. Certes, mais qui a parlé d'un deuxième Raymond Lavigne, sinon Raymond Lavigne "l'Auvergnat" ? Seulement Raymond Lavigne "l'Auvergnat".

Revenons à présent à la biographie de Raymond Lavigne : dans la Résistance, c'était un spécialiste des faux papiers... et des doubles identités (en 1943 il avait déjà réussi à s'enfuir du STO muni de faux papiers et d'une vraie permission pour rejoindre son père prétendument agonisant !). Que Raymond Lavigne "l'Auvergnat" ait donné de fausses informations lors de la déclaration de fondation de l'AAFC en préfecture en 1969, ce devait être un jeu d'enfant pour un spécialiste en la matière pendant la Seconde Guerre mondiale...

Ce qui nous semble aussi troublant est que Raymond Lavigne "l'Auvergnat" se soit empressé d'écrire à l'AAFC en 2009 pour parler d'un homonyme - comme s'il n'avait pas envie de revenir sur le fait qu'il avait été le premier président de l'AAFC. Une attitude totalement conforme à celle que notait son biographe du Maitron, pour qui Raymond Lavigne passait sous silence son rôle dans la création de l'AAFC. Et qui expliquerait aussi son peu d'implication par la suite dans l'AAFC.

Et quand André Aubry, alors président de l'AAFC, évoquait en 2009 le "brillant journaliste" Raymond Lavigne, il n'y a guère de doutes qu'il parlait bien de "l'Auvergnat" - et pas d'un obscur homonyme.

Bref, pour nous la cause est entendue : jusqu'à preuve du contraire, Raymond Lavigne, organisateur du voyage d'intellectuels à Pyongyang en 1958, a été sollicité onze ans plus tard (sans doute par le PCF comme organisation et par Jean Kanapa comme personne) pour prendre la présidence de l'AAFC. Dans une organisation où la discipline était de rigueur il s'est exécuté mais il a donné des informations erronées à la préfecture - ce qui lui a permis, quarante ans plus tard, de prétendre que ce n'était pas lui mais un homonyme (un peu comme disait Lionel Jospin, autre personnalité passée par Pyongyang, de son appartenance à l'OCI trotskyste : "ce n'est pas moi mais mon frère"). Au demeurant, les circonstances de la fondation de l'AAFC montrent que le président élu n'est pas très diligent : de longs mois s'écoulent entre la date de l'assemblée générale constitutive (le 14 avril 1969, soit la veille de l'anniversaire du Président Kim Il-sung, fondateur de la RPD de Corée) et la date de déclaration en préfecture (le 30 octobre). Le déclarant est Raymond Lavigne, demeurant toujours boulevard Poissonnière dans le 13e (sic) arrondissement de Paris. 

Pour des raisons que nous ignorons, Raymond Lavigne a manifestement pris ses distances avec l'AAFC assez tôt. Sans doute aurait-il alors été préférable que Jean Kanapa soit le président plutôt que le vice-président de l'AAFC lors de l'assemblée générale du 14 avril 1969, mais il a été décidé autrement... Un participant à cette assemblée générale, Christian Joineau, premier trésorier de l'AAFC, a été croisé des décennies plus tard dans une autre association historiquement de la mouvance communiste (l'ACCA), mais il n'avait plus de souvenirs de son passage - déjà ancien - à l'AAFC. Il est aujourd'hui âgé de 93 ans. Quant au premier secrétaire général de l'AAFC, Michel Génot, il est décédé le 8 décembre 2024, à l'âge de 85 ans. Très impliqué dans la vie de l'AAFC pendant de longues années, il s'en était ensuite éloigné, refusant avec son épouse le changement de nom de l'AAFC opéré en 1989, d' "Association d'amitié franco-coréenne Paris-Pyongyang" en simplement "Association d'amitié franco-coréenne", pour exprimer désormais la solidarité de l'Association avec l'ensemble du peuple coréen, du Nord, du Sud et de la diaspora. 

Sources : 

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26 juillet 2026 7 26 /07 /juillet /2026 10:31

Le 25 juin 1950, la guerre éclatait dans la péninsule coréenne. Trois années de combats allaient provoquer près de trois millions de morts.  Le 27 juillet 1953, l’accord d’armistice de Panmunjom mettait fin aux hostilités. Cet accord instaurait notamment la zone démilitarisée, sans établir de traité de paix. La guerre fut donc interrompue, mais juridiquement jamais véritablement close. Soixante-treize ans plus tard, cette situation demeure lourde de conséquences. La péninsule reste divisée, tandis que de nombreuses familles vivent séparées. La mémoire de la guerre continue de peser sur les relations entre les deux Corées. Elle nourrit aussi une méfiance durable entre Pyongyang, Séoul et Washington. Or une paix stable et durable, pour laquelle l'AAFC plaide de manière constante, ne peut reposer indéfiniment sur un simple cessez-le-feu.

Manifestation organisée à Paris par l'AAFC place de la République, le 27 juillet 2023, pour la paix en Corée

Manifestation organisée à Paris par l'AAFC place de la République, le 27 juillet 2023, pour la paix en Corée

L’absence de traité entretient un état de confrontation potentielle. Chaque camp justifie ainsi le renforcement de ses capacités par la nécessité de se protéger. Les États-Unis et la République de Corée (RdC, Corée du Sud) organisent régulièrement des exercices militaires conjoints. Conduit en 2026 du 9 au 19 mars, l’exercice Ulchi Freedom Shield a notamment mobilisé les forces américaines et sud-coréennes. Si ces manœuvres sont présentées par leurs organisateurs comme des entraînements défensifs, à Pyongyang, elles sont perçues comme un signal de pression militaire préparant une invasion de la péninsule. Cette divergence d’interprétation alimente le dilemme de sécurité, créant une logique d’escalade.

Le contexte international renforce encore cette inquiétude. En 2026, les États-Unis ont mené des opérations militaires contre l’Iran et ils sont également intervenus militairement au Venezuela au début de l’année. Ces événements sont observés avec attention par les autorités nord-coréennes. Ils peuvent être interprétés comme la preuve qu’aucune garantie politique n’est absolument durable. Dans ce contexte, Pyongyang ne paraît pas disposé à interrompre ses programmes militaires. Son objectif déclaré demeure le renforcement de ses capacités de dissuasion. Il ne s’agit pas ici de nier les inquiétudes exprimées par les autres parties mais de comprendre la logique stratégique qui pousse chaque acteur à s’armer. La paix exige précisément de prendre en compte ces perceptions réciproques.

Les progrès militaires nord-coréens récents sont bien documentés. En avril 2025, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a présenté le destroyer Choe Hyon. Ce bâtiment, d’environ 5 000 tonnes, représente une évolution importante de sa marine.  Le navire a été associé à des missiles de croisière et à des missiles balistiques de courte portée. Des essais de missiles de croisière stratégiques et antinavires ont été rapportés en avril 2026. En juin 2026, le Choe Hyon a été officiellement intégré à la flotte nord-coréenne. Un second destroyer, le Kang Kon, a ensuite fait l’objet d’essais de navigation. Le 3 juillet 2026, des tirs de missiles de croisière ont été effectués depuis le Kang Kon. Ces essais portaient également sur les canons, la guerre électronique et la détection des cibles. Ils témoignent d’un effort visant à moderniser progressivement les forces navales.

La Corée du Nord a aussi présenté en octobre 2025 un nouveau missile intercontinental. Baptisé Hwasong-20 par les autorités nord-coréennes, il fonctionnerait avec un combustible solide. Cette technologie peut réduire le temps nécessaire à la préparation d’un tir. Elle complique également la surveillance et l’anticipation des lancements. Les analystes soulignent cependant que certaines performances restent difficiles à vérifier indépendamment.

En février 2026, Pyongyang a annoncé vouloir développer de nouveaux missiles à longue portée. Le pays a également affiché son ambition de renforcer ses armes nucléaires tactiques. Ces annonces s’inscrivent dans un programme militaire engagé depuis plusieurs années. Elles montrent surtout que la course aux armements se poursuit malgré l’absence de guerre ouverte. Cette évolution devrait encourager, non décourager, la recherche d’une solution politique.

Un traité de paix permettrait d’abord de reconnaître officiellement la fin du conflit. Il pourrait inclure des garanties de sécurité pour toutes les parties. Il pourrait aussi prévoir des mécanismes de notification des exercices militaires. La création de zones tampons ou de mesures de confiance réduirait le risque d’incident. La reprise de contacts militaires directs permettrait d’éviter les malentendus. Des discussions pourraient également porter sur les familles séparées et l’aide humanitaire. À terme, un accord de paix devrait ouvrir la voie à une désescalade progressive. Celle-ci ne pourrait être crédible qu’avec des engagements réciproques et vérifiables. Aucune partie ne devrait être contrainte de renoncer brutalement à sa sécurité. La paix ne se décrète pas : elle se construit par étapes, dans le respect des préoccupations de chacun.

Le 27 juillet 1953 ne doit donc pas seulement être une date commémorative : il doit devenir le point de départ d’une nouvelle initiative diplomatique. Après soixante-treize années d’armistice, le temps est venu de remplacer la trêve par la paix. La péninsule coréenne mérite mieux qu’une guerre juridiquement suspendue. Elle mérite un avenir fondé sur le dialogue, la souveraineté et la coopération. Un traité de paix ne supprimerait pas immédiatement toutes les tensions mais il créerait le cadre indispensable pour réduire les arsenaux et restaurer la confiance. Dans un monde marqué par de nouvelles interventions militaires, cette démarche serait urgente. La sécurité durable ne naîtra pas de l’accumulation infinie des armes. Elle naîtra d’un accord politique capable de transformer la peur en garanties et la confrontation en coexistence.

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8 juillet 2026 3 08 /07 /juillet /2026 21:02

C'est avec une infinie tristesse que l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a appris la disparition brutale de Jihad Wachill, à l'âge de 49 ans. Militant communiste, il s'était tout particulièrement impliqué dans le combat pour la paix et était président du conseil francilien du Mouvement de la paix. Résolument engagé sur tous les fronts du combat international contre la guerre et contre l'impérialisme, il avait rejoint l'AAFC et était membre de notre bureau national. Nous présentons nos plus sincères condoléances à sa famille, ses proches et ses camarades. 

Jihad Wachill nous a brutalement quittés

Jihad Wachill était né au Liban, d'un père, Issa, originaire de l'île Maurice, et d'une mère, Véra, chrétienne libanaise. Issa Wachill a été un cadre de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Riche de cet héritage multiculturel, Jihad - dont le prénom signifie "paix" - avait repris le flambeau du combat solidaire avec les Palestiniens, tout en l'inscrivant dans la perspective plus large de la lutte contre l'impérialisme et du droit des peuples à l'autodétermination. Militant étudiant à l'UNEF en tant que membre de son bureau national, il avait aussi été collaborateur parlementaire à l'Assemblée nationale. Juriste de formation, il avait rejoint le ministère de l'économie et des finances, devenant contrôleur des finances publiques, et s'engageant à la CGT Finances publiques.

Jihad Wachill était d'une érudition exceptionnelle et attaché à tous les combats, même les moins connus et parfois décriés chez certains militants. A l'écoute des différentes opinions, il voulait comprendre pour analyser de manière dialectique le monde contemporain, gangréné par le retour de la guerre et du fascisme, en s'opposant résolument à l'extrême-droite, tout en étant par ailleurs membre du conseil national de l'ARAC. Cette rigueur intellectuelle et la conviction de l'engagement l'avaient conduit à non seulement dialoguer avec l'AAFC, mais aussi à rejoindre l'Association et à devenir l'un de ses dirigeants, en cohérence avec son combat pour la paix partout dans le monde. Internationaliste, il ne dissociait pas en effet la lutte politique menée par les progressistes en République de Corée de la situation globale dans la péninsule coréenne, hantée par le risque de retour d'un conflit meurtrier.

Après le 7 octobre 2023, c'est sur le terrain de la paix qu'il avait conduit en premier lieu ses actions militantes, étant de tous les manifestations, de toutes les discussions, en tant que secrétaire puis président du conseil francilien du Mouvement de la paix. Il avait réouvert le dialogue de l'organisation pacifiste avec des parlementaires de différentes sensibilités, tout en approfondissant le travail théorique par la tenue de conférences et de tables rondes ouvertes à des experts reconnus.

Son engagement militant, allié à une convivialité qui renforçait sa capacité de dialoguer et de convaincre, resteront pour nous un modèle et une source d'inspiration, à l'heure où il faut plus que jamais décloisonner les luttes.

Lire aussi : 

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4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 16:44

Créé en 2008 en tant que comité régional de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) en Bourgogne, élargi ensuite à l'ensemble de la nouvelle région administrative, le comité régional de l'AAFC Bourgogne-Franche-Comté s'est doté d'un blog qui propose plus de 300 articles non seulement sur la Corée dans la région, mais aussi sur un thème de spécialisation, les Coréens d'outre-mer. L'AAFC invite à découvrir ou redécouvrir le deuxième plus important des blogs de l'AAFC, qui a fait peau neuve avec une mise en page plus moderne. 

Les 27 et 28 septembre 2012, Son Excellence Yun Yong-il, ambassadeur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) auprès de l'Unesco, délégué général de la RPD de Corée auprès de la République française, avait visité la Côte d'Or et rencontré les étudiants en première année de mastère communication de l'Université de Bourgogne

Les 27 et 28 septembre 2012, Son Excellence Yun Yong-il, ambassadeur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) auprès de l'Unesco, délégué général de la RPD de Corée auprès de la République française, avait visité la Côte d'Or et rencontré les étudiants en première année de mastère communication de l'Université de Bourgogne

Le comité régional de l'AAFC en Bourgogne-Franche-Comté a relancé ses publications, toujours axées sur la culture et la solidarité : il présente ainsi un nouveau restaurant coréen à Dijon, ainsi que les cours de coréen dispensés au Centre de Linguistique Appliquée (CLA) de Besançon

Site de référence en langue française pour les Coréens vivant en dehors de Corée, le blog comporte des monographies sur les Coréens d'outre-mer dans une cinquantaine de pays, ainsi que des articles plus spécialisés, notamment autour de figures telles que Viktor Tsoï, icône du rock soviétique ou l'ancien footballeur du  DFCO Kwon Chang-hoon

L'AAFC invite toutes celles et tous ceux intéressés par le pays du Matin calme en Bourgogne-Franche-Comté à contacter le comité régional, notamment pour faire connaître leurs activités liés à la Corée.

PS : l'ancien blog est toujours référencé par erreur par Google sous forme d'un blog de démo. L'adresse du blog, hébergé par over-blog, est bien la suivante : Association d'amitié franco-coréenne - Comité Bourgogne-Franche-Comté

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24 juin 2026 3 24 /06 /juin /2026 23:03

Le 20 juin 2026, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a tenu son assemblée générale annuelle à Paris. Après avoir adopté le rapport d'activité et d'orientation et le rapport financier, les participants ont renouvelé les instances nationales de l'AAFC. Enfin, ils ont longuement discuté du voyage effectué en avril 2026 en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) par Jung-hee Lavorel-Kim, vice-présidente déléguée de l'AAFC. Ce déplacement, effectué au titre des Coréens d'outre-mer, a rendu compte des évolutions de la RPDC et de la coopération toujours nécessaire entre Français et Coréens. 

Assemblée générale 2026 de l'AAFC : maintenir le cap de la solidarité et de l'indépendance

Le rapport d'activité et d'orientation a rendu compte du contexte international dégradé, marqué notamment par les conflits en Ukraine et au Proche-Orient, dans lequel l'AAFC a poursuivi ses activités. L'accent a été mis une nouvelle fois sur les activités culturelles, avec notamment deux projections du film Moranbong le 15 mars 2025 à Paris et le 7 août 2025 à Limoges, cette dernière réunion ayant témoigné de la vitalité des comité locaux qui structurent l'AAFC en province. Alors que le retour au pouvoir des démocrates à Séoul laisse espérer une amélioration des relations inter-coréennes, l'AAFC reste fidèle à son cap : solidarité à l'égard des Coréens dans la conduite d'actions d'échange et de coopération, mais aussi indépendance vis-à-vis de tous les gouvernements. Comme lors des scrutins précédents, l'AAFC interrogera les candidats à l'élection présidentielle française de 2027 sur leurs positions par rapport à la question coréenne.

Le rapport financier, également adopté à l'unanimité, a témoigné d'une gestion financière saine, l'année 2025 s'étant à nouveau soldée par un excédent d'exploitation - ce qui ne doit pas toutefois pas occulter la nécessité de continuer à renforcer l'Association.

Puis les participants ont écouté une conférence de Jung-hee Lavorel-Kim, vice-présidente déléguée de l'AAFC, sur son déplacement en RPDC du 4 au 18 avril 2026, alors que le pays reste encore largement fermé aux visiteurs étrangers. Nous rendons compte plus en détail de ce voyage ci-après, dans les réponses à l'entretien que Jung-hee Lavorel-Kim a accordé à l'AAFC. Elle a souligné la modernisation du pays ainsi que l'intérêt des Coréens pour renforcer les échanges. A cet égard, alors que l'AAFC est prête à envoyer à nouveau des délégations dans le nord de la péninsule dès qu'elle le pourra au regard des invitations que lui donneront ses homologues coréens, les impressions de voyage de Jung-hee Lavorel-Kim ont donné lieu à des échanges nourris qui ont témoigné de la volonté des membres de l'AAFC de se faire leur le proverbe coréen : mieux avoir vu qu'une fois qu'entendu parler cent fois. 

Entretien avec Jung-hee Lavorel-Kim, vice-presidente déléguée de L’AAFC au sujet de son séjour en RPD de Corée du 4 au 18 avril 2026

 

Bonjour, Jung-hee. Tout d'abord, peut-on nous indiquer si les visites en RPD de Corée ont repris ?
Non, l'autorité nord-coréenne qui contrôle les contaminations par les maladies infectieuse n’a pas encore mis fin aux mesures de contrôle sanitaire. Les Nord-Coréens attendent encore que des décisions soient prises en ce sens.


En effet, l'AAFC est souvent sollicitée au sujet des voyages en RPD de Corée, après la quasi-interruption d'accueil de visiteurs étrangers au lendemain de l'épidémie de Covid-19...
La RPD de Corée attend une décision du gouvernement. 


En particulier, les représentations diplomatiques étrangères en RPDC ont souvent quitté le pays pendant et après la pandémie de Covid-19. Qu'en est-il aujourd'hui, notamment en ce qui concerne les pays européens, comme la France et l'Allemagne ? 
On attend toujours qu’elles reviennent en Corée.


En ce qui concerne l'accueil des Coréens d'outre-mer, comme toi, quel est l'organisme qui vous invite et comment s'est organisé matériellement votre accueil ? 
C'est une structure spécifique qui s'occupe des expatriés coréens de nationalité non coréenne.


Pour revenir à ton voyage, tu as eu l'occasion de visiter de nombreux lieux en dehors même de la capitale Pyongyang, qu'il s'agisse de Wonsan, du Mont Paektu et de Samjiyeon... Quelle impression en retires-tu quant aux évolutions du pays, qui a renoué avec la croissance économique, à l'ère de la politique "20x10" ? 
Oui, les Coréens travaillent à l’unisson et les développements dans des provinces plus reculées sont visibles.  Les autoroutes sont en mauvais état pour une grande partie du réseau mais lorsqu’on se déplace on aperçoit dans le paysage de nouvelles usines flambant neuf. 


Que peux-tu nous dire de la situation de l'agriculture ? J'ai vu que vous avez visité les serres de Kangdong. 
Le site est en effet impressionnant, car dans un village entier les serres ont été créées avec des matériaux en verre et en brique.


Le choix des lieux visités - notamment l'ensemble thermal de Yangduk, ou la plage de Wonsan - s'inscrit également dans une priorité accordée aux loisirs... 
Absolument. Le complexe thermal de Yangduk est dédié aux Coréens qui bénéficient de tarifs très avantageux.


Votre déplacement intervient quelques semaines après un nouveau congrès du Parti du travail de Corée, en début d'année. Comment les orientations ainsi définies se traduisent-elles dans les priorités de politique publique ? 
On voit partout, le long des routes et des rues, les slogans mettant en avant la sécurité nationale, l’autosuffisance économique et l’unité nationale, suivant l'idéologie révolutionnaire du camarade Kim Jong-un.


Vous avez eu une rencontre avec la Korfilm. Alors que l'AAFC s'est fortement impliquée dans la diffusion du cinéma de RPDC, que peux-tu nous en dire ? 
Oui, nous avons notamment discuté des problèmes techniques liés à l'envoi de fichiers. La Korfilm aimerait surtout trouver un distributeur de film coréens en Europe.


Merci Jung-hee.

Constructions anciennes et modernes à Pyongyang (photo : J.-H. Lavorel-Kim)

Constructions anciennes et modernes à Pyongyang (photo : J.-H. Lavorel-Kim)

Serres à Sinuiju (photo : J.-H. Lavorel-Kim)

Serres à Sinuiju (photo : J.-H. Lavorel-Kim)

Station balnéaire de Wonsan-Kalma  (photo : J.-H. Lavorel-Kim)

Station balnéaire de Wonsan-Kalma (photo : J.-H. Lavorel-Kim)

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 16:01

Le 28 mars 2026, l’Association d’amitié franco-coréenne a réuni à Paris ses adhérents pour une manifestation consacrée à la culture coréenne. Dans une ambiance très conviviale, les membres de l’AAFC ont pu découvrir le film de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) L’Histoire de notre maison et en apprendre davantage sur les idéologies directrices de la RPDC.

La réunion a commencé par la projection d’un film nord-coréen, L’Histoire de notre maison (우리집 이야기), réalisé en 2016 par Ri Yun-Ho. Cette projection était en soi un petit événement, tant les films de RPDC, surtout ceux bénéficiant de sous-titres en français, sont difficilement disponibles en France. Quelques films nord-coréens restent visibles sur certaines plateformes de vidéos en ligne, mais seulement avec des sous-titres en anglais, en espagnol, voire en russe, signe supplémentaire du déclin irrésistible de la langue française dans cette partie du monde...

Pendant l’édition 2016 du Festival du film de Pyongyang, L’Histoire de notre maison a gagné le prix du meilleur film et son actrice principale, Paek Sol-mi, le prix de la meilleure actrice. Par ailleurs, L’Histoire de notre maison a été le premier film nord-coréen projeté en public en Corée du Sud à l’occasion du Festival du film de Puchon en 2018.

Ce film est basé sur une histoire vraie, celle de Jang Jong-hwa, surnommée « la mère-enfant » en RPDC, une jeune femme qui avait déjà adopté sept orphelins avant ses 20 ans. Avant d’inspirer une œuvre de fiction, l’histoire de la jeune Jong-hwa avait attiré l’attention de la presse internationale, la chaîne des Etat-Unis CNN lui ayant consacré un reportage en 2015.1

Pendant le débat qui a suivi la projection, les participants ont commencé par regretter que les films nord-coréens ne soient pas davantage visibles en France, ce qui permettrait notamment de « tordre le coup » de certains clichés au sujet de la RPDC diffusés par des gros médias paresseux…

Bien sûr, L’Histoire de notre maison peut être qualifié de film de « propagande », à l’instar de nombre de productions venues des Etats-Unis, ou même françaises, véhiculant un message officiel ou, pour être gentil, dans l'air du temps... En l’occurence, grâce à son esprit altruiste, Jang Jong-hwa avait reçu le titre de « modèle pour la jeunesse » en mai 2015. Il était donc normal que son histoire exemplaire devienne le sujet d’un film.

Le débat a permis de rappeler que les autorités de RPDC promeuvent un modèle de mère idéale et mettent continuellement l'accent sur le rôle maternel de la femme. En outre, la crise qui a frappé la République populaire démocratique de Corée pendant les années 1990, marquées par de graves pénuries alimentaires et l’effondrement de divers systèmes de protection sociale, a été particulièrement propice à la mise en avant de figures héroïques maternelles, notamment celles prenant en charge les orphelins et les personnes âgées sans famille en les acceptant comme des membres de leur propre famille.2 Jang Jong-hwa peut être considérée comme une de ces figures, même si la situation s’est beaucoup améliorée depuis la fin des années 1990.

La conférence qui a suivi était consacrée aux doctrines professées officiellement en RPDC – Juche, Songun et Byongjin -, lesquelles restent le parent pauvre des études scientifiques. Elles sont pourtant affirmées en haut-lieu, y compris dans la constitution de la République populaire démocratique de Corée. Elles méritent donc d’être étudiées en raison de leur originalité. Ainsi, le Juche se base sur plusieurs principes, comme celui selon lequel l’homme est un « être social souverain », un « être social créateur » ou un « être social conscient ». Le Songun va, lui, insister sur la préséance donnée aux affaires militaires. Quant au Byongjin, à la conceptualisation moindre, il se traduit par un souci d’assurer le développement économique.

Ces doctrines doivent être contextualisées. On peut donc les dater nonobstant leur supposée date d’apparition. Le Juche correspond davantage au contexte de non-alignement des années 1970 dans lequel la RPDC, sous la direction du président Kim Il-sung, a été envisagée comme un exemple économique à suivre. Le Songun répondait, lui, au contexte d’isolement international des années 1990 dans lequel la RPDC, alors dirigée par Kim Jong-il, était confrontée à l’abandon de l’ancien soutien soviétique : l’armée a été ainsi un instrument de cohésion parce qu’elle assurait la défense du pays. Enfin, le Byongjin s’inscrit dans le contexte évident de changement de direction, le nouveau dirigeant Kim Jong-un mettant, à partir de 2012, l’accent sur la modernisation et une certaine ouverture économique. D’aucuns imputeront une plus faible conceptualisation à la relégation de l’écrit, les publics destinataires étant désormais moins attentifs à ce vecteur.

La réunion du 28 mars 2026, riche en débats et en informations diverses sur la RPDC, a montré, une fois de plus, qu’il existe toujours un public à la recherche d’un autre « son de cloche » à ce sujet. Rappelons que tout le monde peut adhérer à l’Association d’amitié franco-coréenne pour pouvoir en bénéficier.

 

1Tim Schwarz, ‘’Orphaned by famine: The 'child mother' caring for North Korea's parentless’’, CNN, 21 septembre 2015, https://edition.cnn.com/2015/09/21/asia/north-korea-orphan-mother/index.html

2Voir, par exemple, Hyeonjin Song, ‘’The Types and Meanings of Maternal Heroes in the North Korean Songun (Military First) Era’’, Journal of Peace and Unification, Vol. 8, No. 1, printemps 2018, Ewha Womans University, Corée du Sud, pp. 65-107, https://www.kci.go.kr/kciportal/landing/article.kci?arti_id=ART002353796

 

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1 janvier 2026 4 01 /01 /janvier /2026 10:00
En ce début d'année,
l'Association d'amitié franco-coréenne 
vous présente tous ses vœux de santé, de bonheur et de réussite.
Bonne année
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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 22:10

Le 2 octobre 2025, à Limoges, Camille Senon nous a quittés à l'âge de 100 ans. Depuis la disparition de Robert Hébras, en février 2023, elle était la dernière survivante du massacre d'Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944, lorsque la division Das Reich avait tué 642 femmes hommes, femmes et enfants du village martyr, que la jeune Camille, alors âgée de 19 ans, devait découvrir en proie aux flammes. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) salue la mémoire d'une femme engagée, qui avait aussi fait sienne la cause de la paix en Corée, en devenant présidente d'honneur du comité Nouvelle-Aquitaine de l'AAFC lors de sa création en 2016. 

En rouge au centre, Camille Senon, présidente d'honneur du comité régional Nouvelle-Aquitaine de l'AAFC, aux côtés de Liliane Boussel, présidente du comité, qui était proche de Camille Senon (photo : AAFC, 2016)

En rouge au centre, Camille Senon, présidente d'honneur du comité régional Nouvelle-Aquitaine de l'AAFC, aux côtés de Liliane Boussel, présidente du comité, qui était proche de Camille Senon (photo : AAFC, 2016)

Après le massacre d'Oradour-sur-Glane, auquel elle avait échappé de justesse en n'arrivant en train de Limoges qu'après les faits, elle avait perdu son père, son grand-père et de nombreux membres de sa famille, restant seule avec sa mère malade à charge, Catherine Chapelle. La militante cégétiste (et communiste, à partir de 1951), qui réussit en 1945 un concours de l'administration des PTT où elle gravit les différents échelons jusqu'à devenir CT-DIV à Nanterre CTA en 1976 puis à Paris-Montparnasse, s'engagea pleinement tant sur le front de la justice sociale que du combat pour la mémoire du massacre d'Oradour-sur-Glane.

Lors de la grève d'août 1953, elle était secrétaire de la section syndicale CGT de Paris-Chèques. Secrétaire générale du syndicat des services financiers de la Poste de 1955 à 1975, elle a été une des animatrices du mouvement social de mai-juin 1968.

En 1981, elle devint présidente de l'Association des familles de fusillés et massacrés de la Résistance française.

Après sa retraite en 1985, qui la conduit à retourner en Haute-Vienne, elle se consacra encore davantage à la mémoire des victimes du nazisme. 

En 2016, toujours solidaire des luttes des travailleurs, elle refusa d'être nommée commandeur de l'Ordre national du Mérite, entendant protester contre le recours à la procédure de l'article 49-3 de la Constitution pour l'adoption de la loi Travail

Soucieuse de transmettre la mémoire de ce qu'elle avait vécue, afin de faire à jamais cesser les horreurs de la guerre, elle était aussi pleinement engagée pour la paix en Corée, ayant accompagné à plusieurs reprises des étudiants coréens en déplacement à Oradour-sur-Glane et en visite au Musée de la Résistance à Limoges, notamment en 2014 et en 2016.

A ses proches et à ses camarades, l'AAFC adresse ses plus sincères condoléances. Les combats de Camille Senon resteront, à jamais, une puissante source d'inspiration. 

Sources : 

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20 novembre 2025 4 20 /11 /novembre /2025 12:59

Ancien président délégué, puis président (de 2007, après la mort de Jean Suret-Canale, à 2015) et président d'honneur (depuis 2015) de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), André Aubry nous a quittés le 14 novembre 2025, à l'âge de 94 ans. L'AAFC salue un artisan majeur du développement des relations d'amitié et de coopération entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), avec son ancien ami et camarade Guy Dupré, disparu un an plus tôt (André Aubry avait sollicité Guy Dupré pour devenir secrétaire général du CILRECO, lui-même ayant été le président fondateur du COFRECO, association de droit français gérant les activités du siège du CILRECO en France). Ancien sénateur des Hauts-de-Seine (1968-1977) et maire d'Antony (1977-1983), André Aubry était aussi une figure du communisme francilien, unaniment apprécié, fidèle jusqu'au bout à ses convictions. L'AAFC présente ses condoléances à ses deux fils et à sa famille, ses camarades et ses amis : son exemple est une source d'inspiration pour continuer à faire vivre les valeurs d'humanité et de solidarité qu'il a transmises à bon nombre des membres actuels et passés de l'AAFC. 

André Aubry, président délégué de l'AAFC, au premier rang à gauche, aux côtés de Robert Charvin et Guy Dupré, vice-présidents, lors de l'assemblée générale de l(AAFC du 16 février 2008 (photo : Alain Noguès)

André Aubry, président délégué de l'AAFC, au premier rang à gauche, aux côtés de Robert Charvin et Guy Dupré, vice-présidents, lors de l'assemblée générale de l(AAFC du 16 février 2008 (photo : Alain Noguès)

André Aubry était né le 1er août 1931 à Valognes, dans la Manche, de deux parents travaillant à la SNCF, Louis Aubry et Fernande Quoniam. Après avoir obtenu son CAP d'ajusteur, il commence à travailler en région parisienne et il adhère rapidement à la CGT et au PCF. Ses qualités d'orateur et d'organisateur lui valent de devenir, dès 1955, l'animateur de la section CGT de Krieg et Zivy à Montrouge, parallèlement à son activité au sein des associations de locataires et au Secours populaire, où il se lie avec Julien Lauprêtre - et il devait d'ailleurs être l'un des artisans, quatre décennies plus tard, de l'engagement humanitaire du SPF auprès des Coréens pendant les années de pénurie de la "dure marche". Formé aux écoles du Parti communiste, il entre au conseil municipal d'Antony dès 1955. Il y a siégé jusqu'en 2008.

L'un des benjamins des sénateurs français, élu dans les Hauts-de-Seine en 1968, il rejoint la commission des affaires économiques et du plan puis la commission des affaires sociales : comme il l'observera des années plus tard, à l'époque les sénateurs communistes de base n'avaient pas de collaborateurs et ils devaient rédiger seuls leurs interventions sur des sujets très techniques, pouvant éventuellement compter sur la seule aide des sténo-dactylos... C'est à la demande expresse de Jacques Duclos (alors président du groupe communiste du Sénat) qu'il s'investit sur le dossier (nord-)coréen : il visitera une première fois le RPD de Corée en 1972, à l'occasion du 60e anniversaire de la naissance du Président Kim Il-sung, puis initiera une démarche auprès du président du Sénat, Alain Poher, pour la création de l'actuel groupe interparlementaire au Sénat France-RPDC.

Elu conseiller général en 1976 (il sera réélu en 1982, jusqu'en 1988), il conquiert la mairie d'Antony en 1977 à la tête d'une liste d'union de la gauche. Son style, populaire et bon vivant, tranche avec celui de son prédécesseur Georges Suant, professeur passé de la gauche (SFIO, Parti socialiste autonome) à la droite. Après un mandat de six ans et au terme d'une campagne âpre, Patrick Devedjian lui succède à la mairie d'Antony : André Aubry sera le premier de ses opposants, animant jusqu'en 2013 un journal communiste local, Antony Hebdo. Il a été un maire bâtisseur, comme l'a rappelé le quotidien Le Parisien (qui oublie les logements étudiants à Antony) : 

Parmi ses réalisations, il participa activement au développement du logement social, fit construire le centre de loisirs Paul Roze, fermé aujourd’hui, et le collège Anne Franck avec Jean Nouvel. Il créa également le centre de vacances de Samoens. Il dota aussi la commune d’un cinéma, le Select, et rénova l’ancien théâtre Firmin Gémier.

Quand le PCF rompait avec le Parti du travail de Corée, lui restait fidèle à ses engagements, avec des militants communistes fidèles qu'il appelait ses "grognards", sachant aussi s'entourer d'une équipe d'experts ayant des profils complémentaires, comme l'ingénieur Guy Dupré, l'universitaire Robert Charvin (qui se spécialise, dans les années 1980 et 1990, sur les relations avec le Sud de la Corée) et l'ancien sénateur Bernard Hugo, avant de passer le flambeau à une nouvelle génération. Sous sa présidence, l'AAFC interpellera à de nombreuses reprises le gouvernement français sur l'anomalie que la France soit l'un des rares pays de l'Union européenne à ne pas avoir - toujours à ce jour - de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée. L'ouverture d'un bureau de coopération français à Pyongyang, en 2011, à la suite d'une mission confiée à Jack lang en 2009, avait toutefois représenté une première étape vers l'établissement de relations pleines et entières. 

Les membres de l'AAFC se souviennent de son accueil toujours chaleureux à son domicile, pour les réunions de bureau national, où le traditionnel "apéro-chips-saucisson" clôturait, à la bonne franquette, des débats parfois âpres mais qu'il voulait toujours respectueux - car sur une cause aussi difficile que celle de la Corée, il n'y a pas de place pour les querelles et les batailles d'ego dont il aura eu à coeur de toujours préserver l'AAFC. A celui qui appelait, à la fin de ses discours, à lever le verre de l'amitié, l'AAFC tient à reproduire son geste et n'aura qu'une formule : au revoir et merci - car, pour paraphraser la formule de Coluche fondant les Restaus du coeur, sans lui, l'AAFC n'existerait pas ; sans lui l'AAFC n'existerait plus.

Paek Song Chol, délégué permanent de la RPDC auprès de l'Unesco, a présenté ses condoléances à l'AAFC et à la famille d'André Aubry, de même que l'Association coréenne pour les échanges culturels avec les pays étrangers et l'Association d'amitié Corée-France, dont nous reproduisons ci-après le message :

A la triste nouvelle du décès de Monsieur André Aubry, Président d'honneur de l'Association d'amitié franco-coréenne, l'Association coréenne pour les échanges culturels avec les pays étrangers et l'Association d'amitié Corée-France expriment leurs plus sincères condoléances à la famille du défunt et à tous les membres de l'Association d'amitié franco-coréenne.

Monsieur André Aubry a consacré beaucoup d'efforts au renforcement des relations d'amitié et de solidarité entre les peuples de nos deux pays, Corée et France, et ses exploits resteront à jamais gravés dans notre mémoire.

Nous sommes convaincus que la famille du défunt et tous les membres de l'Association d'amitié franco-coréenne surmonteront la douleur de cette perte et poursuivront les efforts visant à renforcer les relations entre nos deux peuples.

L'AAFC rend hommage à son ancien président André Aubry
L'AAFC rend hommage à son ancien président André Aubry
L'AAFC rend hommage à son ancien président André Aubry
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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 14:05

Dominique Dionisi nous a quittés le 11 novembre 2025, à l'âge de 75 ans, des suites d'une longue maladie. Militant communiste (y compris à l'extérieur du PCF), il avait été élu local à Saint-Quentin-en-Yvelines, parallèlement à un engagement syndical à la CGT : il avait par exemple participé à l'organisation en octobre 2023 de la projection du dernier film de Ken Loach The Old Oak au Méliès à Montreuil, en présence de la secrétaire confédérale Sophie Binet. Brillant, cultivé, d'un humour qui pouvait être grinçant, il avait notamment été membre du comité national de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) - avant de démissionner en 2022, sur la base de désaccords que, comme toujours, il avait exprimé franchement - tout en restant un des plus fidèles commentateurs du blog de l'AAFC. L'AAFC lui rend hommage, en présentant ses condoléances à sa famille, ses amis et ses camarades. 

De formation graphiste publicitaire, Dominique Dionisi avait aussi été vendeur d'encyclopédies et avait gardé de sa vie professionnellle une double appétence pour la communication et la culture, mettant ses compétences au service d'engagements politiques qu'il poursuivait jusqu'à atteindre son but : le 10 mai 2017, il avait ainsi organisé une conférence à la maison de l'Amérique latine, sous le patronage de l'ambassade du Venezuela en France, en présence de quatre ambassadeurs d'Amérique latine et de représentants des apiculteurs, pour dénoncer les effets catastrophiques sur la biodiversité de la disparition des abeilles. C'était le résultat d'un travail de préparation mené pendant deux ans.

Très concerné par les questions internationales, il avait naturellement participé aux activités de l'AAFC pour dénoncer les risques de guerre dans la péninsule coréenne, divisée par le jeu des grandes puissances en 1945. Mais curieux et touche-à-tout, c'est sur des thématiques plus précises qu'il aurait été le plus impliqué, comme la question des droits des femmes en Corée du Sud - car il va sans dire que Dominique Dionisi, ancien membre du Parti communiste français (qui avait plaidé, sans succès, pour qu'il se renomme Parti communiste de France, ses adhérents pouvant être de différentes nationalités tout en vivant en France...), n'opposait pas les luttes sociales et la défense de l'environnement et des droits des minorités.

Son dernier combat avait porté sur la sauvegarde d'une mosaïque  murale monumentale de Fernand et Nadia Léger, que les deux artistes cubistes avaient conçue à Alfortville en 1955, à la suite d'un appel qu'il avait lancé avec Bernard Klein en 2023. La Flamme est aujourd'hui à l'abandon. Le projet de l'association de sauvegarde de La Flamme de Nadia et Fernand Léger, que présidait Dominique Dionisi, consiste à la réhabiliter pour en faire un centre culturel dédié aux arts plastiques. L'association a mobilisé et sensibilisé l'ensemble des acteurs publics, et le sénateur Pascal Savoldelli a saisi la ministre de la culture Rachida Dati. Nul doute que le projet aboutira si nous poursuivons la mobilisation largement initiée par Dominique Dionisi : ce sera le plus bel hommage qui pourra lui être rendu. 

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  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir la paix en Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la paix dans le monde
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