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12 août 2026 3 12 /08 /août /2026 22:54

Fils d’un héros nationaliste mort après avoir tenté de défendre la souveraineté coréenne devant les puissances étrangères, Yi Yong fut marqué dès son enfance par la lutte contre le Japon. Mais son parcours ne se limita pas à l’héritage familial : passé par l’exil, les organisations militaires et les réseaux révolutionnaires d’Asie orientale, il devint après 1945 l’un des responsables de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Sa vie raconte le basculement d’un nationalisme coréen d’abord tourné vers la diplomatie vers la lutte armée puis la construction d'un nouvel Etat.

En 1931, le Dong-a Ilbo annonce l'arrestation de Yi Yong (sur la photo)

En 1931, le Dong-a Ilbo annonce l'arrestation de Yi Yong (sur la photo)

Yi Yong est une figure méconnue de l’histoire politique coréenne. Né le 7 avril 1888 à Bukcheong, dans le Hamgyong du Sud, il appartient à une génération qui a vécu l’effondrement de l’Empire coréen, l’installation de la domination japonaise, les guerres révolutionnaires d’Extrême-Orient et, finalement, la division de la péninsule. Sa trajectoire n’est pas celle d’un simple fonctionnaire devenu ministre : elle est celle d’un militant formé dans l’exil, passé par les réseaux militaires indépendantistes avant de participer à la construction de la Corée indépendante après 1945.

Son père, Yi Jun, occupait déjà une place importante dans l’histoire de la résistance coréenne. En 1907, il fut envoyé à La Haye avec deux autres représentants par l’empereur Kojong. Leur mission était de dénoncer le traité d’Eulsa, imposé par le Japon en 1905 et qui avait privé la Corée de sa souveraineté diplomatique. Les émissaires ne furent pas autorisés à prendre officiellement la parole lors de la conférence internationale, mais leur présence attira l’attention de la presse étrangère. Yi Jun mourut aux Pays-Bas pendant cette mission, dans des circonstances qui contribuèrent à faire de lui un martyr de la cause indépendantiste.

Cet épisode n’explique pas à lui seul l’engagement de Yi Yong, mais il donne à son histoire une dimension particulière. Il grandit dans le souvenir d’un père qui avait tenté de sauver l’indépendance coréenne par le droit et la diplomatie, à un moment où le Japon imposait déjà sa domination au pays. La génération de Yi Yong tira cependant une conclusion plus radicale de cet échec : puisque les puissances étrangères ne semblaient pas vouloir défendre la Corée, il fallait organiser la résistance par ses propres forces.

Après ses études au collège Boseong de Séoul, Yi Yong quitta la Corée et rejoignit Vladivostok en 1910, l’année même où l’annexion japonaise fut officiellement proclamée. La ville constituait alors un centre majeur de l’exil coréen. On y trouvait des militants nationalistes, des étudiants, des militaires et des révolutionnaires qui cherchaient à coordonner la lutte contre le pouvoir colonial. Pour Yi Yong, l’exil ne fut donc pas un simple refuge : il devint une école politique et militaire.

Dans les années suivantes, il s’engagea dans les forces indépendantistes coréennes actives en Sibérie et en Mandchourie. Il participa notamment à l’organisation d’unités armées et entra en contact avec les mouvements révolutionnaires chinois et soviétiques. Comme beaucoup de militants de son époque, il considérait que la libération nationale était inséparable d’un combat plus large contre l’impérialisme. Ses relations avec les milieux communistes se renforcèrent progressivement, sans faire disparaître pour autant la dimension patriotique de son engagement.

Cette évolution est essentielle pour comprendre Yi Yong. Le communisme ne représentait pas seulement, pour ces militants, une doctrine sociale importée de Russie ou de Chine. Il constituait aussi un cadre international, des ressources militaires et une organisation capables de soutenir la lutte contre le Japon. Dans les territoires où les exilés coréens combattaient, les frontières entre nationalisme, révolution sociale et communisme étaient souvent mouvantes.

Après la défaite japonaise de 1945, Yi Yong revint dans une Corée libérée mais profondément divisée. La péninsule fut séparée en deux zones d’occupation, soviétique au nord et américaine au sud. Alors que les tensions entre les deux camps s’aggravaient, il participa en avril 1948 à la conférence de Pyongyang, organisée pour rassembler les opposants à la division politique de la péninsule, en tant que représentant du Nouveau parti démocratique.

La fondation de la République populaire démocratique de Corée la même année ouvrit pour lui une nouvelle étape. Après avoir passé plusieurs décennies dans la clandestinité et l’exil, Yi Yong entra dans les institutions d’un État. Il fut nommé ministre de la Gestion urbaine dans le premier gouvernement de la RPDC dirigé par Kim Il-sung. Cette fonction montre que le régime ne cherchait pas seulement à s’appuyer sur de jeunes cadres communistes : il voulait aussi intégrer des vétérans de la lutte antijaponaise.

La guerre de Corée transforma encore ses responsabilités. En décembre 1951, Yi Yong devint ministre de la Justice, avant d’occuper en 1953 un poste de ministre sans portefeuille. 

Yi Yong mourut le 18 août 1954. En 1990, la Corée du Nord lui attribua à titre posthume le prix national de la Réunification, distinction créée cette même année pour honorer les personnalités ayant contribué à la réunification de la péninsule. Il fut également inhumé au cimetière des martyrs patriotiques à Pyongyang. Cette reconnaissance s’inscrivait dans la volonté du régime de rattacher son histoire à celle des résistants qui avaient combattu le Japon avant même la naissance de la République populaire démocratique de Corée.

Son parcours reste néanmoins plus complexe que le récit officiel qui en fut fait. Yi Yong fut à la fois le fils d’un nationaliste, un exilé, un combattant, un militant proche des révolutionnaires communistes et un responsable d’État. Ces identités ne se succédèrent pas toujours clairement : elles se mêlèrent au gré des guerres, des alliances et des bouleversements politiques qui transformèrent l’Asie orientale.

À travers lui, on comprend surtout pourquoi l’histoire de l’indépendance coréenne ne peut pas être réduite à une opposition simple entre nationalistes et communistes. Beaucoup de militants commencèrent par défendre la souveraineté de la Corée avant de rejoindre des mouvements révolutionnaires, parce que ceux-ci étaient les seuls à disposer de réseaux, d’armes et d’un soutien international. Yi Yong incarne cette génération prise entre le patriotisme, l’anticolonialisme et la révolution, dont l’itinéraire conduisit finalement à la construction de la RPD de Corée.

Sur cette photo du premier gouvernement de la RPD de Corée, en 1948, figure au troisième rang (troisième en partant de la droite)

Sur cette photo du premier gouvernement de la RPD de Corée, en 1948, figure au troisième rang (troisième en partant de la droite)

Sources : 

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7 août 2026 5 07 /08 /août /2026 18:33

Créateur de contenus basé en Espagne, actif sur Youtube depuis 2006, Templarius nous replonge dans l'univers des années 1970 et surtout 1980, en créant des vidéos de styles retrowave, synthwave et future funk - explorant des sous-genres aussi spécialisés que le giscardpunk. La dernière création Neon Seoul 1987 - Han miracle bittersweet decade est un petit joyau : sur fond d'images sud-coréennes d'époque, il revient, avec une musique originale et des paroles en coréen, sur cette période charnière pour la République de Corée, au moment du soulèvement démocratique de juin 1987 et des Jeux olympiques de Séoul en 1988.  

Un profond parfum de nostalgie et de grenade lacrymogène émane de ce titre qui célèbre le courage des mouvements étudiants, finalement venus à bout du régime militaire. Il rappelle aussi que la République de Corée s'engageait alors résolument sur la voie d'une croissance économique époustouflante, cédant parfois (souvent) au kitch, notamment dans des publicités aussi agressives que naïves pour un spectateur du XXIe siècle. Les chemins de la modernité des années 1980 sont tous les mêmes, à Séoul, Tokyo et Singapour. D'aucuns y verront peut-être aussi une annonce de la future architecture futuriste de Pyongyang, mais elle relève d'un style propre à toute l'Asie. 

Dans ce titre, sont ainsi réunies sur les deux faces d'un même 45 tours les ambivalences du miracle du fleuve Han. Sur fond de synthétiseur et des néons qui éclairent l'avènement d'une nouvelle ère, la musique et les paroles servent ici un message très différent des critiques du Royaume-Uni de Margaret Thatcher (dans le titre de Templarius Iron Lady) ou de la dystopie technologico-totalitaire de Giscardpunk, une France qui vivrait encore à l'heure d'un VGE devenu cyborg, du Minitel ou du TGV orange, symboles d'une modernité alternative. 

La République de Corée en transition de la fin des années 1980 annonce déjà la K-Pop, mais aussi les combats politiques exemplaires d'une société qui refuse encore et toujours de se soumettre à toute autorité illégitime, quelle qu'elle soit. 

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12 juillet 2026 7 12 /07 /juillet /2026 13:20

Alors que la France et la République de Corée (RdC, Corée du Sud) célèbrent en 2026 le 140e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques franco-coréennes, en 1886, le Musée Guimet propose, depuis le 20 mai et jusqu'au 31 août 2026, une exposition co-organisée avec le Musée national de Gyeongju sur l'histoire et l'art du royaume de Silla (57 av. J-C / 935 ap. J-C), l'un des plus brillants de la civilisation coréenne. 

"Silla : l'Or et le Sacré. Trésors royaux" : une exposition au Musée Guimet

Si les gouvernements français et coréen nous proposent une commémoration, riche en événements culturels, le Musée Guimet / Musée national des arts asiatiques nous offre, lui, un trésor plus que millénaire.

Après la période dite des trois royaumes, Silla est parvenu à une première unification d'une partie importante de la péninsule coréenne, après l'annexion de Gaya (567), du royaume de Baekje (660) et enfin d'une partie du royaume de Koguryo (668) par le roi Munmu, ouvrant la période dite du Silla unifié - jusqu'à la chute du royaume de Silla, en 935. 

Silla a développé un art très riche : dès la période maripgan (du 4e au début du 6e siècles) correspondant à l'essor du clan des Kim, l'orfèvrerie du Silla a commencé à produire non seulement les célèbres couronnes d'or, devenues emblématiques du royaume, mais aussi des parures de jade, des bijoux ouvragés et des grès figuratifs, témoignant de l'inscription du Silla dans un vaste réseau d'échanges, du Japon jusqu'à la mer Méditerranée. 

Les collections permanentes de Guimet comportent d'ailleurs, datant de cette période, des bijoux en or (pendentifs, boucles d'oreille), offerts par Arthur Sachs en 1951, et une couronne en bronze doré avec des pendentifs acquise à Tokyo en 1954 par Georges Salles, directeur des musées nationaux français. 

L'apogée du Silla unifié correspond à l'essor du bouddhisme et à la diffusion d'un art très inventif en dehors des tombes royales, gagnant les monastères et les pagodes, et s'exprimant plus particulièrement dans les représentations des bodhisattvas et des bouddhas. 

L'exposition temporaire, abritée au rez-de-jardin du Musée Guimet, couvre un champ très vaste : elle donne à découvrir des pièces dont certaines n'avaient jamais quitté la péninsule, grâce à une collaboration exceptionnelle avec le Musée national de Gyeongju, qui était la capitale du Silla. Les trésors du Silla étaient conservés dans des lieux à l'architecture monumentale, blottis dans des plaines verdoyantes entrecoupées de montagnes boisées. Le Musée Guimet nous invite à une déambulation dans l'histoire et à la découverte de lieux parmi les plus insolites de la Corée. 

Commissariat :
Arnaud Bertrand, conservateur des collections Corée – Chine ancienne au musée Guimet
Yim Jaewan, conservateur senior au musée national de Gyeongju
Yun Seogyeong, assistante conservatrice au musée national de Gyeongju

Informations pratiques :
Musée Guimet
6 Place d'Iéna, 75116 Paris, France. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h (dernier accès aux salles : 17h30).
Exposition en rez-de-jardin, du 20 mai au 31 août 2026. 

Temps de visite estimé : 1h30.
Tarifs et billetterie sur le site du Musée Guimet. Tarif plein : 15 euros. Tarif réduit : 12 euros. Gratuit pour les moins de 26 ans.

Sources :

- Pierre Cambon, L'Art coréen au Musée Guimet, Réunion des musées nationaux, 2001, pp. 46-54 et 280-286. 

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24 juin 2026 3 24 /06 /juin /2026 11:13

Le 22 juin 2026, les quelques 2 000 enseignes de Starbucks en République de Corée (RdC, Corée du Sud) ont fermé prématurément leurs portes pour former leurs personnels sur l'histoire et la société de la RdC - ainsi que les valeurs de l'entreprise. Cette décision fait suite à un scandale qui a détourné nombre de consommateurs de la marque gérée en RdC par le groupe Shinsegae. 

Les bâtiments du groupe Shinsegae qui, en RdC, exploite la marque Starbucks sous licence de la maison-mère américaine

Les bâtiments du groupe Shinsegae qui, en RdC, exploite la marque Starbucks sous licence de la maison-mère américaine

Tout a commencé par une campagne promotionnelle axée sur les gobelets réutilisables. Le 18 mai, Starbucks a décidé de promouvoir le "Tank day". Mais le mot "tank" a un deuxième sens, qu'on retrouve d'ailleurs à l'identique en français, pour désigner un char. Or le 18 mai fait référence en République de Corée au massacre de Gwangju, survenu en 1980, répression extrêmement violente par la junte militaire - alors au pouvoir à Séoul - d'un des soulèvements devenu emblématique de la lutte pour la démocratie et les droits de l'homme dans le sud de la péninsule.

Le scandale a été tel que le PDG de Starbucks Corée a été licencié - et les salariés tenus de suivre la formation dispensée le 22 juin dernier, même si d'aucuns s'interrogent sur la pertinence d'impliquer tous les salariés de l'entreprise. Le président du groupe Shinsegae a aussi dû présenter des excuses publiques, alors que l'indignation de l'opinion publique a entraîné des manifestations et une baisse importante des ventes.

L'affaire Starbucks est surtout l'expression d'un décalage entre une opinion publique plus politisée en RdC que dans la plupart des démocraties, et qui a encore refusé la tentative de coup d'Etat militaire de l'ancien président conservateur Yoon Seok-yeol - et des directions d'entreprise souvent ignorantes de l'histoire du pays.

Sources : 

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12 mars 2026 4 12 /03 /mars /2026 23:14

Ayant d'ores et déjà dépassé les 11 millions d'entrée au 31e jour de sa diffusion, le dernier long métrage de Jang Hang-jun The King's Warden raconte l'exil en 1457 de Danjong, sixième roi de la dynastie Choseon, renversé et mort prématurément à l'âge de 16 ans. Une histoire poignante très connue du public coréen qui a nourri de nombreux récits et oeuvres de fiction. 

"The King's Warden" : un récit émouvant sur le destin du roi Danjong

Avec un récit linéaire qui permet de suivre facilement l'intrigue, The King's Warden décrit avec brio le destin tragique du jeune souverain, incarné par Park Ji-hoon - ancien acteur enfant, chanteur et mannequin qui a commencé sa carrière en 2006 - repéré pour ses apparitions dans plusieurs dramas, notamment la série historique The King and I

Dans le film, nous sommes en 1457. Danjong est accueilli, avec son fidèle serviteur Mae-hwa dans une vallée montagneuse difficile d'accès par le chef de village, Eom Heung-do (joué par Yoo Hae-jin). Bien qu'il ait été renversé par son oncle Sejo, la partie n'est pas terminée pour Daejong et d'aucuns s'activent pour le rétablir dans ses droits de souverain légitime...

Un film historique sensible et émouvant, dont on attend avec impatience la sortie sur les écrans français.

Sources : 

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8 octobre 2025 3 08 /10 /octobre /2025 11:31

Le 10 octobre 2025, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) célèbre le 80e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée (PTC). Si la Constitution de la RPDC précise que celle-ci "déploie toutes ses activités sous la direction du PTC", en pratique le Front de la Patrie regroupe un ensemble d'organisations politiques et sociales au sein d'un front uni parmi lesquelles le PTC joue un rôle dirigeant. De fait, dans les années ayant suivi la libération de la Corée, on observe un important essor du PTC dont rend compte l'historien Charles K. Armstrong dans les extraits ci-après (p. 108-109 et 110), traduits par nos soins de l'anglais de son ouvrage The North Korean Revolution (1945-1950), publié par l'Université Cornell en 2003. Alors que Charles K. Armstrong, travaillant sur des sources nord-coréennes, évoque le PT nord-coréen (et pas le PTC) dans cette période qui précède la proclamation de deux Etats sur le sol de la péninsule coréenne, à l'été 1948, il montre comment la croissance du PTC, dès cette époque, en a fait une organisation rassemblant une proportion élevée de membres au sein de l'ensemble de la population, par comparaison avec les partis au pouvoir dans d'autres démocraties populaires. Les catégories sociales auxquelles il se réfère (paysans pauvres, travailleurs) correspondent à la classification alors établie par les autorités nord-coréennes.

La faucille, le marteau et le pinceau, symboles du PTC

La faucille, le marteau et le pinceau, symboles du PTC

[En août 1946], le nombre de membres du parti est de l'ordre de 300 000, globalement autant que ses concurrents du Parti démocratique de Corée et du Parti des Jeunes amis [NdT : chondoïste]. Les communistes, maintenant unis dans un seul parti, se sont immédiatement engagés dans un programme énergique de recrutement et de croissance organisationnelle. En moins de deux ans, le Parti du travail nord-coréen (acronyme anglais, NKWP) a plus que doublé son nombre de membres, pour atteindre les quelque 700 000 adhérents. Une politique active d'adhésion au sein de la paysannerie pauvre a été un élément clé de ce développement et visait à renforcer le contrôle du parti sur la vaste majorité de la population nord-coréenne. Mais la croissance rapide du NKWP, et la formation d'un "parti de masse" plutôt que d'un parti d'avant-garde léniniste classique, a créé des problèmes en soi. La stricte discipline du parti dans son ensemble et de la part de ses membres individuels est constamment soulignée dans les documents internes au parti (...).

Le NKWP a rapidement développé sa base parmi les paysans pauvres et les travailleurs. Les rapports nord-coréens donnent les nombres suivants de membres du parti aux premier et second congrès :

Août 1946 :

Nombre total de membres : 366 000, dont 73 000 travailleurs (14,7 %) et 105 000 paysans pauvres (35,0 %)

Mars 1948 :

Nombre total de membres : 700 000, dont 143 000 travailleurs (21 %) et 374 000 paysans pauvres (52 %)

Ainsi, en deux ans, environ 8 % de la population nord-coréenne (s'élevant à 9 millions) appartenait au parti au pouvoir, dont plus de la moitié étaient des paysans pauvres. La proportion des paysans pauvres et des travailleurs représentait près des trois quarts des membres du NKWP au printemps 1948. Un parti de masse, plutôt que le parti d'une élite avant-gardiste, devenait l'une des caractéristiques propres du système politique nord-coréen dès cette époque. 

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1 octobre 2025 3 01 /10 /octobre /2025 20:30

Alors que l'ancien président de la République française Nicolas Sarkozy a été condamné à cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé et exécution provisoire, d'autres anciens chefs de l'Etat de la République de Corée (Corée du Sud) ont aussi été condamnés et incarcérés - avant que plusieurs d'entre eux ne bénéficient ensuite de graces présidentielles. Nous vous proposons d'examiner plus avant les cas de cinq anciens chefs d'Etat sud-coréens ayant été emprisonnés.  

Portrait officiel du président Yoon Seok-yeol

Portrait officiel du président Yoon Seok-yeol

Ancien procureur de la République, Yoon Seok-yeol (Parti du pouvoir au peuple, conservateur) est devenu président de la République le 10 mai 2022. N'ayant jamais eu une majorité parlementaire, mis en cause dans la gestion d'une bousculade mortelle à Itaewon le soir d'Halloween, Yoon est devenu très impopulaire et a usé de moyens peu respectueux de la démocratie. Il a tenté d'instituer la loi martiale le 3 décembre 2024, officiellement pour lutter contre "les forces anti-étatiques", visant ainsi "les forces communistes nord-coréennes". Il renonce à ce coup d'Etat sous la pression de l'Assemblée nationale qui le destitue ensuite à la majorité qualifié des deux tiers le 14 décembre 2024. Peu coopératif dans l'enquête sur la tentative d'instaurer la loi martiale, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt le 31 décembre 2024. Après avoir résisté à une première tentative d'arrestation à son domicile par la police, Yoon a finalement été arrêté le 15 janvier 2025 et placé en détention provisoire le 19 janvier 2025, avant d'être remis en liberté le 8 mars 2025, son mandat d'arrêt ayant été annulé la veille. Sa destitution a été confirmée par la Cour constitutionnelle le 4 avril 2025.

Inculpé pour abus de pouvoir depuis le 1er mai 2025, l'ancien président Yoon est poursuivi pénalement pour insurrection - ce qui lui fait encourir la peine de mort (qui n'est plus appliquée en République de Corée depuis décembre 1997) ou la détention à perpétuité. Le 9 juillet 2025, il fait à nouveau l'objet d'un mandat d'arrêt conduisant à son incarcération, celle-ci visant à éviter la destruction de preuves. Son épouse Kim Keon-hee a aussi été placée en détention provisoire, dans le cadre d'une autre enquête pour corruption et manipulation boursière. 

Park Geun-hye

Park Geun-hye

Avant Yoon Seok-yeol, Park Geun-hye (Parti Saenuri, conservateur) avait été la première chef d'Etat sud-coréenne destituée à la suite d'un vote de l'Assemblée nationale. Elue le 19 décembre 2012 à l'issue d'un scrutin entachée par des ingérences des services secrets sud-coréens, Park, fille du général Park Chung-hee arrivé au pouvoir par le coup d'Etat du 16 mai 1961, est entrée en fonctions le 25 février 2013. Son mandat est entaché par le dramatique naufrage du ferry Sewol, le 16 avril 2014.

Après la défaite des conservateurs aux élections législatives d'avril 2016, c'est toutefois l'affaire Choi Soon-sil, du nom d'une mystique proche de Park exerçant sur cette dernière une relation d'emprise, mêlée à des trafics d'influence et des cas de corruption, qui va précipiter la chute de la fille du général Park, renversée par une motion de destitution votée le 9 décembre 2016 et confirmée par la Cour constitutionnelle le 10 mars 2017. 

Arrêtée et placée en détention provisoire le 30 mars 2017, Park Geun-hye est inculpée pour abus de pouvoir, coercition, corruption et divulgation de secrets d'Etat. Condamnée à 22 ans de prison pour corruption, abus de pouvoir et violation de la loi électorale (au regard notamment de l'ingérence des services secrets dans son élection), après avoir été reconnue coupable pour la première fois le 6 avril 2018, Park a finalement été graciée le 24 décembre 2021 par son successeur, le démocrate Moon Jae-in, dans "une perspective d'unité nationale" et en raison de son état de santé. 

Prédécesseur direct de Mme Park Geun-hye, Lee Myung-bak (Grand parti national, conservateur) a été élu président de la République le 19 décembre 2007 et a exercé ses fonctions de 2008 à 2013. Il a été inculpé pour corruption, abus de pouvoir, détournements de fonds et évasion fiscale le 9 avril 2018, condamné à une peine de quinze ans de prison le 5 octobre 2018 puis libéré sous caution pour raisons de santé le 6 mars 2019. 

Président de la République de 1988 à 1993, le général Roh Tae-woo (conservateur) a été condamné à dix-sept ans de prison en appel pour son implication dans la répression du soulèvement de Gwangju et pour corruption. Arrêté le 16 novembre 1995, il a été libéré et gracié début 1998, sur l'intervention du président démocrate Kim Dae-jung, ancien opposant lui-même condamné à mort par le régime militaire dont Roh avait été le dernier président élu, dans une volonté de réconciliation nationale.  

Président de la République entre 1980 et 1988, le général Chun Doo-hwan (conservateur) a été poursuivi pour son implication dans le coup d'Etat de 1979, la répression du soulèvement de Gwangju et pour corruption. Il a été condamné à mort en 1996, avant que sa peine soit commuée en détention à vie en 1997. Il a aussi été libéré et gracié par Kim Dae-jung, après être resté en prison pendant deux ans. 

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14 août 2025 4 14 /08 /août /2025 17:03

Titulaire d'une thèse de doctorat en anthropologie sociale et ethnologie, intitulée Transformations socioculturelles des Aïnous du Japon : rapports de pouvoir, violence et résistance aborigène à Hokkaidō, professeur invité à l'Université de Hokkaido, Lucien-Laurent Clercq est un spécialiste des Aïnous qui, à l'instar des Coréens pendant la colonisation japonaise, ont été soumis à une politique d'assimilation culturelle dont il expose le programme dans l'extrait, reproduit ci-après (pp. 24-26), de son introduction à l'ouvrage de Nukishio Kizô, Assimilation et vestiges des Aïnous. Manifeste précurseur autonome. Le livre de Nukishio Kizô a été publié pour la première fois en 1934, et republié par les Presses de l'Université du Québec en 2023 (ouvrage traduit du japonais par Sakurai Norio et Lucien-Laurent Clercq). A la veille du 80e anniversaire de la libération de la Corée de l'occupation japonaise, le 15 août 1945, nous mettons ainsi l'accent sur un aspect encore largement méconnu en Occident de l'idéologie impérialiste japonaise, qui s'appliquait non seulement aux Aïnous (peuple autochtone du Japon et de l'Extrême-Orient russe), mais aussi, entre autres, aux Ryukyuans (dont le royaume a été annexé par le Japon en 1879), aux Taïwanais (l'île de Formose étant devenue japonaise en 1895) et aux Coréens (colonisés à partir de 1910).

"Assimiler culturellement les identités non japonaises" (Lucien-Laurent Clercq)

Lucien-Laurent Clercq explique comment la constitution de l'empire japonais, au début du XXe siècle, s'est accompagnée de l'émergence et de la promotion d'un discours racialiste, reconnaissant certes une pluralité d'origines ethniques (y compris - et d'abord - de l'ethnie yamato majoritaire), mais pour prôner une assimilation des minorités conduisant à niant cette diversité :

Une théorie inédite (...) associant les habitants peuplant ce vaste empire à l'hétérogénéité des origines de l'ethnie yamato majoritaire au Japon, puisque celle-ci s'était constituée à travers l'apport de nombreuses "races" différentes. L'expansion coloniale étant légitimée par cette mixité de "races", il relevait du Japon de réunir tous ces peuples ayant bénéficié dans les temps anciens de la bienveillance du gouvernement impérial et avec lesquels le peuple yamato partageaient de lointaines origines. Les idéologues de l'empire s'appuyèrent sur cette théorie pour affirmer que (...) les sujets coloniaux étaient eux-mêmes des Japonais, dont les différences socioculturelles finiraient par s'effacer grâce aux politiques d'assimilation.

Ce processus d'impérialisation, note toujours Lucien-Laurent Clercq, avait déjà été conduit "par le passé à travers tout l'archipel". 

Les voies de l'assimilation ont été d'abord culturelles, conduisant à une adoption forcée de la langue et des coutumes japonaises, d'abord menée à Hokkaido (où réside la minorité aïnoue) avant une généralisation dans les colonies (dont la Corée et Taïwan) dans les années 1930 :

Il s'agissait donc d'assimiler les identités culturellement non japonaises (Ryûkyû, Aïnous, Coréens, Taïwanais, etc.) en contraignant leurs membres à adopter les coutumes et la langue nippones. Hokkaido fut l'un des lieux où ces méthodes furent d'abord mises en place avant qu'elles ne soient massivement adoptées à partir de 1930 dans toutes les colonies.

Lucien-Laurent Clercq relève enfin que cette idéologie s'inscrit dans celle de l'Etat-famille, faisant de l'empereur le père spirituel de la nation.

Enfin, les conséquences de cette idéologie intrinsèquement raciste étaient que les "races" inférieures étaient appelées à disparaître, au premier rang desquels les Aïnous, peuple autochtone dont la présence dans l'archipel, difficile à dater avec précision, est en tout cas antérieure à celle des Japonais (les estimations varient de 13 000 à 300 avant l'ère chrétienne) :

(...) les "races" inférieures avaient perdu le combat pour la survie et devaient donc disparaître. Cette idée s'appuyait sur un discours de la "race" justifiant les relations de domination des Japonais sur les Autochtones (...)

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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 14:23

Il y a 80 ans, le 6 août 1945, une bombe nucléaire ("Little Boy") était larguée par les Etats-Unis sur Hiroshima - avant une seconde attaque nucléaire sur Nagasaki trois jours plus tard. Le bombardement atomique sur Hiroshima a causé immédiatement 70 000 victimes, auxquelles se sont ajoutées des dizaines de milliers d'autres morts dans les mois suivants sous l'effet de maladies, de brûlures et de radiations. Environ 20 % des victimes sont coréennes, de nombreux Coréens ayant été déportés pour travailler au Japon qui colonisait alors la péninsule coréenne - et Hiroshima comptait une communauté de 140 000 Coréens lors de l'attaque. Une journaliste de la BBC, Hyojung Kim, a rencontré les derniers survivants, âgés, malades, abandonnés et stigmatisés.  Alors que les conséquences des radiations affectent aussi leurs descendants, il est plus que jamais urgent de connaître leurs témoignages pour ne pas oublier l'horreur des seuls bombardements nucléaires à ce jour dans l'histoire de l'humanité - et tout faire pour que plus jamais les armes nucléaires ne soient utilisées. 

La parole aux victimes coréennes du bombardement sur Hiroshima

Aujourd'hui âgée de 88 ans, Lee Jung-soon a ainsi témoigné de la dévastation et de la désolation causées par le bombardement nucléaire : 

Mon père était sur le point de partir au travail, mais il est soudainement revenu en courant et nous a dit d’évacuer immédiatement (...) Ils disent que les rues étaient remplies de morts – mais j’étais tellement choquée que tout ce dont je me souviens, c’est d’avoir pleuré. J’ai juste pleuré et pleuré.

Un autre survivant, Shim Jin-tae (83 ans), déplore qu'aucun pays n'a reconnu sa responsabilité dans la catastrophe. Ni les Etats-Unis ne se sont excusés pour l'attaque, ni le Japon pour avoir échoué à protéger les Coréens vivant à Hiroshima, tandis que les victimes ont été laissées à elles-mêmes par les autorités coréennes :

Pas le pays qui a largué la bombe. Pas le pays qui n’a pas su nous protéger. L’Amérique ne s’est jamais excusée. Le Japon fait comme s’il ne savait pas. La Corée ne vaut pas mieux. Ils se rejettent tous la faute – et nous, on reste seuls.

La journaliste de la BBC a rencontré les survivants et leurs familles à Hapcheon, en République de Corée (Corée du Sud), d'où ils étaient originaires et où la proportion de rapatriés a valu à la ville de 40 000 habitants le surnom de "Hiroshima de la Corée".

Les conséquences sanitaires sont lourdes, même si le lien de causalité avec l'attaque nucléaire est difficile a établir (à l'instar, par exemple, des victimes de la dioxine) : Mme Lee souffre d'un cancer de la peau, de la maladie de Parkinson et d’une angine de poitrine. Elle vit avec fils Ho-chang, qui a été diagnostiqué d’une insuffisance rénale et suit une dialyse dans l'attente d'une greffe.

Affectés aux tâches les plus ingrates dans le Japon colonial, ce sont souvent les Coréens qui, à Hiroshima, ont dû ramasser les corps et les brûler dans les cours d'école.

Enfant tué par un bombardement nucléaire (ici, à Nagasaki)

Enfant tué par un bombardement nucléaire (ici, à Nagasaki)

Le taux de mortalité parmi les Coréens à Hiroshima, avec 40 000 morts sur une population de 70 000, s'établit à 57,1 %, très au-dessus de la moyenne (33,7 %).

Identifiables par leurs maladies, notamment par leurs problèmes de peau, les survivants rapatriés à Hapcheon ont souffert de discriminations à leur retour en Corée. Et comme l'observe M. Shim, le devoir de mémoire et la reconnaissance sont plus importants qu'une compensation, au moment où les derniers survivants nous quittent peu à peu : 

La mémoire compte plus que les compensations (...) Nos corps se souviennent de ce que nous avons vécu… Si nous oublions, cela recommencera. Et un jour, il ne restera plus personne pour raconter l’histoire.

Photos : wikipédia.

Source : 

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28 juin 2025 6 28 /06 /juin /2025 10:56

Si l'alphabet coréen n'a été créé qu'au quinzième siècle, à l'initiative du roi Séjong, des systèmes plus anciens de transcription apportent un aperçu de la langue coréenne et constituent des témoignages de premier plan sur son évolution. En particulier, le hyangchal est un système de transcription utilisant des caractères chinois (hanja), qui pourrait être antérieur à un autre système de transcription (idu) codifié par Seol Chong en 692 - ou l'une des formes du idu selon d'autres auteurs.

L'alphabet coréen créé à l'initiative du roi Séjong

L'alphabet coréen créé à l'initiative du roi Séjong

Le hyangchal (qui veut dire littéralement "lettres vernaculaires") a été développé depuis environ le cinquième siècle dans le royaume de Silla (qui a pris fin au dixième siècle), lequel dominait alors culturellement les autres royaumes coréens. Ceux-ci auraient toutefois aussi utilisé le même système ou un système analogue, mais la transcription du coréen dans ces autres Etats est mal documentée. 

Dans le hyangchal, les caractères chinois utilisés doivent d'abord être vus comme une aide à la lecture phonétique du coréen.

Dans le hyangchal, chaque syllabe est transcrite avec un seul graphème. Le système d’écriture couvre non seulement les particules, les suffixes et les verbes auxiliaires, mais aussi les noms, les verbes, les adjectifs et les adverbes.

Il a été utilisé pour transcrire la poésie hyangga, dont nous sont parvenus seulement vingt-cinq poèmes (de l'ère Silla et de l'époque Koryo, qui a succédé à Silla), dont le poème Jemangmaega de Wolmyeongsa (월명사). Les poèmes hyangga sont considérés comme les plus anciens textes littéraires écrits en coréen. Les mots sont coréens et leur ordre est également propre à la langue coréenne. 

C'est le moine et poète Kyunyeo (923-973), lettré du clan de Hwangju Byeon, biographe de la fin de l'ère Silla, qui a utilisé pour la première fois le terme hyangchal pour transcrire la poésie hyangga.

Sources :

- Ho-Min Sohn, The Korean Language, Cambridge University Press, 1999.

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