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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 13:08

Jugé pour sa tentative de coup d'Etat en tentant de proclamer la loi martiale en décembre 2024, l'ancien Président de la République de Corée (RdC) Yoon Seok-yeol a été condamné le 19 février 2026 à la prison à perpétuité, alors que la peine de mort était requise. Cette lourde condamnation s'ajoute à celles prononcées contre d'autres dirigeants conservateurs alors au pouvoir à Séoul - notamment l'ancien ministre de la Défense Kim Yong-hyun (30 ans) et Han Duck-soo (23 ans), Premier ministre au moment des faits, et qui avait exercé les fonctions de chef de l'Etat par intérim (Yoon ayant été destitué) avant de faire lui-même l'objet d'une motion de censure

Face à la résistance de Yoon après sa destitution, un assaut avait dû être lancé contre sa résidence (mars 2025)

Face à la résistance de Yoon après sa destitution, un assaut avait dû être lancé contre sa résidence (mars 2025)

Alors que ses partisans agitaient des drapeaux sud-coréens et américains à l'extérieur du tribunal et que certains fondaient en larmes, Yoon est resté impassible à l'annonce du verdict. A-t-il pensé à l'ironie du sort qui l'a conduit, lui l'ancien procureur ayant dirigé l'enquête pour corruption à l'encontre de la Présidente Park Geun-hye et de Choe Soon-sil, de se retrouver condamné à une peine encore plus lourde pour des faits bien plus graves - l'insurrection, laquelle constitue un crime contre l'Etat ? Son rôle dans la procédure à l'encontre de la Présidente Park avait été un tremplin pour sa carrière, lui permettant d'accéder au poste de procureur général en 2019, avant qu'il ne devienne le candidat à l'élection présidentielle du parti conservateur - celui de Park Geun-hye - et accède ainsi à la magistrature suprême. 

L'absence totale de remords de Yoon, qui maintient qu'il n'aurait fait que lutter contre la subversion communiste, a joué dans sa condamnation à une très lourde peine - la plus lourde parmi l'ensemble des co-accusés. Mais alors que la RdC a aboli de fait la peine de mort depuis 1997, il a échappé à la peine capitale au regard de son amateurisme dans sa tentative rapidement avortée d'imposer la loi martiale, laquelle n'a pas fait de morts, selon la décision rendue qui estime, par ailleurs, qu'il a tenté de limiter l'usage de la force.

Au regard des précédents de chefs d'Etat condamnés en Corée du Sud, il est toutefois probable qu'il bénéficiera, à son tour, d'une grâce présidentielle.  

Sources :

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28 janvier 2026 3 28 /01 /janvier /2026 23:04

Ancien Premier ministre de la République de Corée (juin 2004-mars 2006), Lee Hae-chan était l'une des figures les plus éminentes du camp démocrate, qu'il avait rejoint lors des luttes des années 1970 pour la démocratie, ayant ainsi puissamment contribué à la chute du régime militaire. Agé de 73 ans, Lee Hae-chan est décédé d'un arrêt cardiaque le 25 janvier 2026 à Hô Chi Minh ville, alors qu'il était en déplacement professionnel au Vietnam. L'Association d'amitié franco-coréenne salue la mémoire d'un combattant de la liberté et d'un homme d'Etat qui aura dévoué sa vie à l'intérêt général. 

Lee Hae-chan, en 2019

Lee Hae-chan, en 2019

Né le 10 juillet 1952 dans le comté de Cheongyang, dans la province du Chungcheong du sud, il était le fils d'un ancien maire de Cheongyang, ayant quitté son poste après la révolution d'avril 1960

Il rejoint le mouvement étudiant d'opposition au régime autoritaire dès 1972, ce qui lui vaudra d'être emprisonné à deux reprises, pendant un an et pendant deux ans et demi. Ayant travaillé pour Amnesty Korea, il a mis l'accent sur les activités éditoriales et a été l'un des promoteurs du quotidien Hankyoreh lorsque le titre a été créé, à la fin de l'année 1987. 

L'ancien militant pour les droits de l'homme endosse alors le costume d'homme d'Etat. Il est élu député pour la première fois en 1988, et il sera réélu six fois. Ministre de l'éducation de mars 1998 à mai 1999 après l'alternance démocratique de 1998, ouverte par la victoire de Kim Dae-jung, il a été le Premier ministre du président démocrate Roh Moo-hyun entre juin 2004 et mars 2006. Après avoir dirigé le Parti démocrate pendant deux ans, d'août 2018 à août 2020, il avait quitté l'Assemblée nationale en mai 2020. 

Après l'élection de Lee Jae-myung, à laquelle il avait contribué, il avait continué à s'investir sur la question des relations intercoréennes, en devenant vice-président du Conseil consultatif sur l'unification pacifique (acronyme anglais, PUAC). Il devait d'ailleurs assister à Hô Chi Minh ville à une réunion du bureau Asie-Pacifique du PUAC lorsqu'il est décédé. 

Le Président Lee a salué avec émotion la mémoire de Lee Hae-chan sur sa page Facebook : 

Aujourd'hui, la république de Corée a perdu un grand mentor dans l'histoire de la démocratie (...) Tout comme une rivière peut serpenter mais finit par se jeter dans la mer, le chemin vers la démocratie, la réunification pacifique et le développement équilibré qu'il a cherché à réaliser se poursuivra.

Les obsèques institutionnelles de ce défenseur ardent de la démocratie et de l'unification de la Corée sont organisées à Séoul du 27 au 31 janvier 2026.

Sources : 

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14 janvier 2026 3 14 /01 /janvier /2026 21:02

Ancien procureur de la République, élu chef de l'Etat le 10 mai 2022, Yoon Seok-yeol (Parti du pouvoir au peuple, conservateur) avait tenté un coup d'Etat contre l'Assemblée nationale en proclamant la loi martiale le 3 décembre 2024. Son échec, grâce à la mobilisation populaire et des chefs de l'opposition, avait précipité la destitution de l'ancien magistrat, prononcée par plus de deux tiers des députés le 14 décembre 2024. Cette mesure avait été confirmée par la Cour constitutionnelle le 4 avril 2025. L'audience du procès pour insurrection vient de s'achever : parmi les accusés, Yoon Seok-yeol est le seul contre qui la peine de mort a été requise, alors que l'ancien président de la République a continué de plaider non-coupable. Le verdict est attendu le 19 février 2026. 

Portrait officiel de l'ancien Président Yoon Seok-yeol

Portrait officiel de l'ancien Président Yoon Seok-yeol

Dans son verdict, le procureur spécial adjoint Park Eok-su a dénoncé la tentative de s'accaparer les pouvoirs par Yoon Seok-yeol en proclamant la loi martiale, pour la première fois depuis 1980 : 

L'ancien président Yoon a proclamé la loi martiale dans l'objectif de rester au pouvoir pendant longtemps en s'emparant des pouvoirs judiciaire et législatif (...) La nature du crime est grave alors qu'il a mobilisé des ressources physiques qui devaient être utilisées uniquement dans l'intérêt de la collectivité nationale.

Alors que le très autoritaire Yoon a prétendu n'avoir fait que tenter de rétablir "l'ordre constitutionnel", dénonçant à présent un climat selon lui de "purges" et de "répression", l'absence de tout repentir a aussi pesé dans un verdict pour lequel le Code pénal de la République de Corée ne prévoit qu'un nombre limité de peines : la peine de mort ou la réclusion criminelle à perpétuité avec ou sans travaux forcés.

Dans les semaines ayant précédé la tentative de coup d'Etat, les survols de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) par des drones sud-coréens avaient visé à susciter des ripostes militaires de Pyongyang de nature qui auraient justifié la proclamation de la loi martiale à Séoul. Malheureusement pour Yoon, ce scénario ne s'était pas concrétisé. Il n'en avait pas moins motivé la proclamation de l'état d'urgence par la nécessité de protéger le pays des "forces communistes nord-coréennes" et d' "éliminer les éléments hostiles à l'Etat". En pratique, il s'agissait notamment d'arrêter les chefs de file de l'opposition et de suspendre le fonctionnement du Parlement. L'armée avait ainsi tenté d'investir l'Assemblée nationale, protégée par des fonctionnaires parlementaires, des députés et leurs collaborateurs. 

Des jurons ont accompagné la peine requise par le Parquet, alors que les partisans fanatisés d'extrême-droite de l'ancien chef de l'Etat, qui adhérent à son discours d'une réalité parallèle, représentent toujours une menace pour la démocratie.  

Alors que la peine de mort est abolie en pratique par la République de Corée depuis décembre 1997, un précédent chef de l'Etat, le général Chun Doo-hwan, auteur du coup d'Etat de 1979 et artisan de l'écrasement sanglant du soulèvement de Gwangju en 1980, avait été condamné à mort en 1996. Sa peine avait été commuée en détention à vie, puis il avait été gracié et libéré après être resté deux ans en prison.

Sources : 

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1 octobre 2025 3 01 /10 /octobre /2025 20:30

Alors que l'ancien président de la République française Nicolas Sarkozy a été condamné à cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé et exécution provisoire, d'autres anciens chefs de l'Etat de la République de Corée (Corée du Sud) ont aussi été condamnés et incarcérés - avant que plusieurs d'entre eux ne bénéficient ensuite de graces présidentielles. Nous vous proposons d'examiner plus avant les cas de cinq anciens chefs d'Etat sud-coréens ayant été emprisonnés.  

Portrait officiel du président Yoon Seok-yeol

Portrait officiel du président Yoon Seok-yeol

Ancien procureur de la République, Yoon Seok-yeol (Parti du pouvoir au peuple, conservateur) est devenu président de la République le 10 mai 2022. N'ayant jamais eu une majorité parlementaire, mis en cause dans la gestion d'une bousculade mortelle à Itaewon le soir d'Halloween, Yoon est devenu très impopulaire et a usé de moyens peu respectueux de la démocratie. Il a tenté d'instituer la loi martiale le 3 décembre 2024, officiellement pour lutter contre "les forces anti-étatiques", visant ainsi "les forces communistes nord-coréennes". Il renonce à ce coup d'Etat sous la pression de l'Assemblée nationale qui le destitue ensuite à la majorité qualifié des deux tiers le 14 décembre 2024. Peu coopératif dans l'enquête sur la tentative d'instaurer la loi martiale, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt le 31 décembre 2024. Après avoir résisté à une première tentative d'arrestation à son domicile par la police, Yoon a finalement été arrêté le 15 janvier 2025 et placé en détention provisoire le 19 janvier 2025, avant d'être remis en liberté le 8 mars 2025, son mandat d'arrêt ayant été annulé la veille. Sa destitution a été confirmée par la Cour constitutionnelle le 4 avril 2025.

Inculpé pour abus de pouvoir depuis le 1er mai 2025, l'ancien président Yoon est poursuivi pénalement pour insurrection - ce qui lui fait encourir la peine de mort (qui n'est plus appliquée en République de Corée depuis décembre 1997) ou la détention à perpétuité. Le 9 juillet 2025, il fait à nouveau l'objet d'un mandat d'arrêt conduisant à son incarcération, celle-ci visant à éviter la destruction de preuves. Son épouse Kim Keon-hee a aussi été placée en détention provisoire, dans le cadre d'une autre enquête pour corruption et manipulation boursière. 

Park Geun-hye

Park Geun-hye

Avant Yoon Seok-yeol, Park Geun-hye (Parti Saenuri, conservateur) avait été la première chef d'Etat sud-coréenne destituée à la suite d'un vote de l'Assemblée nationale. Elue le 19 décembre 2012 à l'issue d'un scrutin entachée par des ingérences des services secrets sud-coréens, Park, fille du général Park Chung-hee arrivé au pouvoir par le coup d'Etat du 16 mai 1961, est entrée en fonctions le 25 février 2013. Son mandat est entaché par le dramatique naufrage du ferry Sewol, le 16 avril 2014.

Après la défaite des conservateurs aux élections législatives d'avril 2016, c'est toutefois l'affaire Choi Soon-sil, du nom d'une mystique proche de Park exerçant sur cette dernière une relation d'emprise, mêlée à des trafics d'influence et des cas de corruption, qui va précipiter la chute de la fille du général Park, renversée par une motion de destitution votée le 9 décembre 2016 et confirmée par la Cour constitutionnelle le 10 mars 2017. 

Arrêtée et placée en détention provisoire le 30 mars 2017, Park Geun-hye est inculpée pour abus de pouvoir, coercition, corruption et divulgation de secrets d'Etat. Condamnée à 22 ans de prison pour corruption, abus de pouvoir et violation de la loi électorale (au regard notamment de l'ingérence des services secrets dans son élection), après avoir été reconnue coupable pour la première fois le 6 avril 2018, Park a finalement été graciée le 24 décembre 2021 par son successeur, le démocrate Moon Jae-in, dans "une perspective d'unité nationale" et en raison de son état de santé. 

Prédécesseur direct de Mme Park Geun-hye, Lee Myung-bak (Grand parti national, conservateur) a été élu président de la République le 19 décembre 2007 et a exercé ses fonctions de 2008 à 2013. Il a été inculpé pour corruption, abus de pouvoir, détournements de fonds et évasion fiscale le 9 avril 2018, condamné à une peine de quinze ans de prison le 5 octobre 2018 puis libéré sous caution pour raisons de santé le 6 mars 2019. 

Président de la République de 1988 à 1993, le général Roh Tae-woo (conservateur) a été condamné à dix-sept ans de prison en appel pour son implication dans la répression du soulèvement de Gwangju et pour corruption. Arrêté le 16 novembre 1995, il a été libéré et gracié début 1998, sur l'intervention du président démocrate Kim Dae-jung, ancien opposant lui-même condamné à mort par le régime militaire dont Roh avait été le dernier président élu, dans une volonté de réconciliation nationale.  

Président de la République entre 1980 et 1988, le général Chun Doo-hwan (conservateur) a été poursuivi pour son implication dans le coup d'Etat de 1979, la répression du soulèvement de Gwangju et pour corruption. Il a été condamné à mort en 1996, avant que sa peine soit commuée en détention à vie en 1997. Il a aussi été libéré et gracié par Kim Dae-jung, après être resté en prison pendant deux ans. 

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3 juin 2025 2 03 /06 /juin /2025 15:45

Une élection présidentielle anticipée s'est tenue en République de Corée (Corée du Sud) le 3 juin 2025. Le scrutin s'est polarisé autour de la destitution du président Yoon Seok-yeol (Parti du pouvoir au peuple, PPP, conservateur), qui avait tenté un coup d'Etat militaire en décembre 2024, et dont le PPP ne s'est pas réellement désolidarisé. La victoire du chef de la principale formation d'opposition, le démocrate Lee Jae-myung, adversaire malheureux de Yoon Seok-yeol en 2022, clôt une page difficile de l'histoire de la République de Corée - alors que le nouveau chef de l'Etat a eu une attitude courageuse lors de la tentative de coup d'Etat - où il était menacé d'arrestation.

Lee Jae-myung

Lee Jae-myung

Selon les résultats définitifs, Lee Jae-myung a obtenu 49,42 % des suffrages exprimés, devant Kim Moon-soo (PPP), qui a recueilli 41,15 % des voix, et l'ancien dirigeant du parti conservateur, ayant créé sa propre formation (le Nouveau parti de la réforme), de sensibilité plus centriste, Lee Jun-seok (8,34 %). Lee Jae-myung et Kim Moon-soo partagent la particularité d'avoir tous les deux été gouverneurs de la province de Gyeonggi. Kwon Yeong-guk, candidat du Parti démocratique du travail (issu notamment du Parti de la justice, gauche), n'a obtenu que 0,98 % des voix, et un indépendant, l'homme d'affaires Song Jin-ho, 0,1 %. Le scrutin a été marqué par une forte participation (79,38 %).

Né en 1964 à Andong, Lee Jae-myung est issu d'une famille défavorisé, ce qui l'a conduit à devoir travailler comme ouvrier (un accident du travail lui a laissé un bras handicapé). Lee Jae-myung est devenu avocat en prenant des cours du soir. Il a participé au soulèvement démocratique de juin 1987 ayant conduit au rétablissement de l'élection du président de la République au suffrage universel direct en 1988, avant l'élection d'un candidat civil au scrutin de 1992. Alors maire de Seongnam, il échoue à l'investiture à la candidature démocrate à la présidentielle de 2017 (remportée par Moon Jae-in), avant d'emporter ce scrutin interne en 2022 mais d'échoue de peu face au conservateur Yoon Seok-yeol (47,83 % contre 48,56 %). 

Victime d'une campagne de harcèlement judiciaire, l'ayant conduit à engager une grève de la faim, Lee Jae-myung a également fait l'objet d'une tentative d'assassinat en janvier 2024, témoignant d'une dégradation du climat politique devenu de plus en plus violent en Corée du Sud sous la présidence de Yoon Seok-yeol.

Plusieurs défis structurels attendent également le nouveau chef de l'Etat : le ralentissement économique, alors que la République de Corée est ciblée par la guerre commerciale lancée par l'administration Trump (qui exige par ailleurs que Séoul augmente sa contribution au stationnement de troupes américaines), un taux de natalité devenu le plus faible au monde, ou encore une situation internationale incertaine. Si les démocrates sont traditionnellement favorables au dialogue intercoréen, la décision de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), en janvier 2024, de voir désormais la Corée du Sud comme un Etat étranger a certes été motivée par les choix de l'administration Yoon - mais le changement de président ne garantit pas le retour à une reprise du dialogue entre les deux Corée.


Sources : 

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21 avril 2025 1 21 /04 /avril /2025 18:07

Après la destitution du président Yoon Seok-yeol (Parti du pouvoir au peuple, PPP, conservateur) le 4 avril 2025, à la suite de sa tentative de coup d'Etat le 3 décembre 2024, la date de l'élection présidentielle anticipée en République de Corée (Corée du Sud) a été fixée au 3 juin 2025. Le nouveau chef de l'Etat sera désigné au suffrage universel direct par un scrutin uninominal majoritaire à un tour qui devrait une nouvelle fois favoriser les deux principales formations politiques, le Parti démocrate (centre-gauche) et le PPP. Les processus de désignation des candidats ont débuté : le premier tour de l'élection primaire du PPP a ainsi commencé ce lundi 21 avril 2025.

Le palais présidentiel, appelé la Maison bleue, a été inauguré à Séoul en 1991

Le palais présidentiel, appelé la Maison bleue, a été inauguré à Séoul en 1991

Le PPP du président sortant aborde ce scrutin en d'autant plus mauvaise posture qu'il ne s'est pas vraiment désolidarisé de l'ancien chef d'Etat Yoon Seok-yeol, alors que se tient son procès pénal pour insurrection. Les électeurs démocrates et indépendants étaient massivement favorables à la destitution du Président Yoon, et les intentions de vote cumulées des candidats potentiels du PPP (testés séparément) atteignent, au mieux, 32 %, en-deçà des intentions de vote pour le PPP en cas d'élections générales.

Comme pour le Parti démocrate, la primaire pour désigner le candidat combine le vote des membres du parti et des sondages auprès de l'ensemble de l'opinion publique. Il doit se dérouler en plusieurs étapes parmi les huit candidats déclarés, pour n'en retenir plus que quatre, avant de départager les deux finalistes le 29 avril. Les favoris sont l'ancien ministre de l'emploi et du travail Kim Moon-soo, l"ancien maire de Daegu Hong Joon-pyo et l'ancien président du PPP Han Dong-hoon, Kim Moon-soo tend à se détacher de ses rivaux dans les sondages.

De l'autre côté de l'échiquier politique, l'ancien challenger du précédent scrutin présidentiel en 2022, Lee Jae-myung, qui avait été battu sur le fil par Yoon Seok-yeol (48,56 % contre 47,83 %), fait figure de grand favori : les sondages le créditent de 37 % à 50 % des voix. Avocat de formation, ancien gouverneur de la province de Gyeonggi entre 2018 et 2021, Lee Jae-myung a été victime d'une tentative d'assassinat en janvier 2024. Il a été au premier plan pour s'opposer à la tentative de coup d'Etat de Yoon Seok-yeol et dénoncer la dérive autoritaire des conservateurs au pouvoir, déjà lourdement défaits lors des législatives du 10 avril 2024. Au sein du Parti démocrate, Lee Jae-myung est concurrencé par Kim Dong-yeon, actuel gouverneur de la province de Gyeonggi, et Kim Kyoung-soo, ancien gouverneur de la province du Gyeongsang du Sud.

Parmi les autres candidats attendus sur la ligne de départ, l'ancien Premier ministre de 2017 à 2020 (démocrate) Lee Nak-yon devrait représenter le Parti démocratique du nouveau futur, et l'ancien dirigeant du PPP Lee Jun-seok, le Parti de la réforme (conservateur). L'un et l'autre sont crédités d'environ 3 % dans les sondages, avec un avantage pour Lee Jun-seok, chassé de la direction du PPP à la suite d'un scandale sexuel pour lequel il a été innocenté, et qui peut espérer émerger comme le "troisième homme" de cette élection.

Les partis de gauche devraient aussi avoir leurs propres candidats : le Parti progressiste doit organiser une primaire pour départager les anciens députés Kim Jae-yeon et Kang Seong-hee, tandis que plusieurs formations non représentées au Parlement (Parti de la justice, Parti vert, Parti du travail) et des syndicats ont engagé une procédure pour désigner un ou une candidat(e) commun(e) sous la bannière de Transformation sociale. La candidate du Parti de la justice, Sim Sang-jung (2,38 % en 2022), avait été accusée d'avoir divisé le vote progressiste et permis l'élection de Yoon Seok-yeol ; depuis, le Parti de la justice a perdu sa représentation parlementaire lors des élections générales d'avril 2024, après une alliance inédite avec le Parti vert qui s'est révélée infructueuse.

L'ancien Premier ministre conservateur Hwang Kyo-ahn, qui avait été président par intérim après la destitution de Park Geun-hye, entend aussi concourir comme indépendant. Il avait auparavant rejoint le Parti de la liberté de la Corée (PLC), qui se situe à la droite du PPP, en s'appuyant notamment sur certains milieux évangéliques et anticommunistes qui ont été très en pointe dans le soutien au président Yoon Seok-yeol. L'élection anticipée du 3 juin 2025 permettra d'observer si ce courant se réorganise en dehors du PPP, alors que le pasteur ultra-conservateur Jeon Kwang-hoon, ancien président du Conseil chrétien de Corée, a aussi fait part de son intention d'être candidat.

Le mode de scrutin, majoritaire à un tour, devrait toutefois entraîner le retrait de candidats au profit notamment de ceux qui seront désignés par le PPP et le Parti démocrate.

Les enjeux de politique intérieure portent notamment sur la réforme des retraites et une révision de la Constitution qui pourrait, entre autres, limiter le pouvoir de veto du Président de la République, dont Yoon Seok-yeol avait fait un large usage face à une Assemblée qui, dès le premier jour de son élection, avait été dominée par l'opposition démocrate. En politique étrangère, la République de Corée est confrontée à l'augmentation des droits de douane décidée par l'administration Trump, ainsi qu'à la demande répétée du président américain que Séoul finance davantage la présence de soldats et d'équipements américains sur le sol coréen - le locataire de la Maison Blanche ayant sinon menacé d'un retrait américain. Par ailleurs, les démocrates sont favorables à la reprise du dialogue avec Pyongyang, dans la continuité de la politique du rayon de soleil des précédentes administrations démocrates, alors que la détérioration des relations intercoréennes sous le mandat de Yoon a conduit les Nord-Coréens à abandonner, en janvier 2024, l'objectif de réunification du pays. A cet égard, Lee Jae-myung a accueilli favorablement une possible réouverture du dialogue entre Donald Trump et Kim Jong-un, comme le premier en a évoqué la possibilité.

Principales sources : 

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4 avril 2025 5 04 /04 /avril /2025 10:17

C'est la fin d'un long feuilleton politico-judiciaire : à l'unanimité, le 4 avril 2025, les huit juges en fonctions de la Cour constitutionnelle de Corée ont voté pour la destitution du président de la République de Corée Yoon Seok-yeol (conservateur), qui avait tenté un coup d'Etat par l'imposition de la loi martiale le 4 décembre 2024, alors qu'une majorité qualifiée de six juges était requise. Une élection présidentielle anticipée sera organisée dans un délai de 60 jours, pour laquelle le président du Parti démocrate, Lee Jae-myung, rival malheureux de Yoon lors du scrutin de 2022, fait figure de favori. 

Emblème de la Cour constitutionnelle de Corée

Emblème de la Cour constitutionnelle de Corée

Des explosions de joie ont accueilli l'annonce de la destitution, souhaitée par une nette majorité de Sud-Coréens qui manifestaient en nombre depuis des mois, alors que la consternation et l'accablement ont éclaté parmi les partisans de Yoon Seok-yeol. Si une partie des conservateurs avait voté la motion de destitution (qui requérait un vote conforme de deux tiers des députés, au sein de l'Assemblée nationale à majorité démocrate), le camp conservateur avait finalement largement fait bloc derrière le président Yoon, apparaissant déterminé à conserver à tout prix le pouvoir exécutif, tandis que l'ancien procureur Yoon s'est enfermé dans une attitude de déni.

De fait, le verdict est un désaveu cinglant pour Yoon Seok-yeol et ses partisans, les cinq chefs d'accusation ayant tous été retenus. Selon l'agence sud-coréenne Yonhap : 

L'enjeu du procès était de déterminer s'il a enfreint la loi en s'engageant dans cinq actions clés, à savoir la proclamation de la loi martiale, la rédaction d'un décret de la loi martiale, le déploiement de troupes à l'Assemblée nationale, la perquisition à la Commission nationale des élections (NEC) et la prétendue tentative d'arrestation de politiciens. La cour a donc clairement reconnu que Yoon a violé gravement la loi et la Constitution incluant l'instauration de la loi martiale, la tentative de bloquer les activités du Parlement en déployant des troupes militaires, la perquisition de la NEC et le projet d'arrestation de politiciens.

La Cour constitutionnelle a reconnu la totalité des cinq chefs d'accusation en concluant qu'il y a eu une violation critique de la loi et de la Constitution. Aucun juge n'a affiché d'opposition à cette décision malgré quelques avis supplémentaires dans les détails. La cour a aussi rejeté les prétentions des avocats de Yoon sur l'illégalité de la procédure de la motion de destitution et le retrait d'un chef d'accusation en particulier, l'insurrection de Yoon, dans le procès en destitution. La Cour les a jugés légaux.

De plus, la cour a indiqué que l'instauration de la loi martiale n'entrait pas dans le respect des conditions requises et la situation au moment des faits n'était pas dans un état d'urgence. Quant à la répétition des motions de destitution et à la réduction du budget de l'Etat par le Parti démocrate, la Cour constitutionnelle a jugé que ces points pourraient être traités avec l'exécution normale du pouvoir, notamment le procès en destitution et l'exercice du droit de veto par le président.

La Cour constitutionnelle étant une juridiction suprême, il n'existe pas de voie de recours pour le président Yoon, qui devra par ailleurs encore répondre de ses actions devant la justice pénale, pour incitation à l'insurrection. 

Le soulèvement des Coréens après la tentative d'imposer la loi martiale avait montré, une fois de plus, l'attachement profond aux valeurs démocratiques en République de Corée, tandis que la mobilisation d'éléments divers d'extrême-droite en faveur de Yoon a témoigné de la persistance d'un courant réactionnaire, voyant une forme de modèle dans le régime militaire qu'a connu la République de Corée entre 1961 et 1993. 

Principale source : 

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19 janvier 2025 7 19 /01 /janvier /2025 22:25

Après une première tentative ayant échoué le 3 janvier 2025, le président Yoon Seok-yeol a finalement été arrêté le 15 janvier 2025 puis placé en détention provisoire le 19 janvier 2025. Ces mesures exceptionnelles interviennent alors que le chef de l'Etat, ayant fait l'objet d'une motion de destitution après sa tentative d'imposer la loi martiale le 4 décembre 2024, refusait de répondre aux convocations des enquêteurs après avoir été entendu une première fois, tout en multipliant les communiqués contre ce qu'il qualifie de violations de l'Etat de droit.

Les policiers devant la résidence de Yoon Seok-yeol, où il s'était retranché, lors de la tentative d'arrestation du 3 janvier 2025

Les policiers devant la résidence de Yoon Seok-yeol, où il s'était retranché, lors de la tentative d'arrestation du 3 janvier 2025

Si Yoon Seok-yeol a appelé ses partisans à s'exprimer pacifiquement (le 15 janvier, il avait accepté son arrestation afin, selon ses termes, d'éviter "un bain de sang"), la décision de le placer en détention provisoire n'en a pas moins entraîné un assaut du tribunal - la Cour du district ouest de Séoul. 45 personnes ont été arrêtées pour les dégâts ainsi causés. Les cinq blessés graves à l'issue de ces affrontements sont exclusivement des policiers.  

La détention provisoire, d'une durée maximale de 20 jours, vise à éviter la destruction de preuves. Lors de l'audition du 19 janvier 2025 à laquelle Yoon s'est cette fois présenté, le Bureau d'enquête sur la corruption des hauts fonctionnaires (CIO) l'a accusé d'avoir ordonné l'encerclement de l'Assemblée nationale pour l'empêcher de se prononcer sur la loi martiale, d'avoir voulu arrêter des personnalités politiques de premier plan et tenté d'occuper les locaux de la Commission nationale des élections (CNE). Yoon Seok-yeol et ses avocats ont réfuté toutes ces accusations, en soulignant que la proclamation de la loi martiale faisait partie des pouvoirs propres du chef de l'Etat et en la justifiant par la mise en cause de plusieurs ministres, contraints à la démission, par une majorité de députés. Ils ont aussi prétendu que les forces militaires n'étaient pas assez nombreuses pour paralyser l'Assemblée nationale - niant l'évidence d'une volonté d'empêcher les députés de se réunir. 

Jouant au maximum la carte de la victimisation, Yoon Seok-yeol est ainsi parvenu à redonner des couleurs dans les sondages au Parti du pouvoir au peuple (PPP), alors que la radicalisation de certains partisans de Yoon est de nature à instaurer un climat de guerre civile.

Principales sources : 

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3 janvier 2025 5 03 /01 /janvier /2025 14:34

Si la résistance héroïque des Sud-Coréens contre l'assaut du Parlement lors de la tentative d'imposer la loi martiale, les 3 et 4 décembre 2024, avait montré la vitalité de la démocratie en République de Corée, l'admiration le cède à la stupeur face à l'acharnement du président Yoon Seok-yeol, contre qui a été votée une motion de destitution, à se maintenir au pouvoir à tout prix, enfermé dans une attitude de déni, alors que ses partisans manifestent en permanence devant son domicile, où son arrestation a échoué le 3 janvier 2024. 

Des assistants parlementaires et des fonctionnaires barricadent l'accès à l'Assemblée nationale, avant l'arrivée des troupes de la loi martiale, lors de la tentative de coup d'Etat des 3 et 4 décembre 2024

Des assistants parlementaires et des fonctionnaires barricadent l'accès à l'Assemblée nationale, avant l'arrivée des troupes de la loi martiale, lors de la tentative de coup d'Etat des 3 et 4 décembre 2024

Yoon Seok-yeol refuse de répondre aux convocations du Bureau d'enquête sur la corruption des hauts fonctionnaires (CIO) et s'est retranché dans sa résidence de Séoul, protégé par des soldats du Commandement de défense de la capitale, d'une part, et les gardes du service de sécurité présidentielle (PSS), d'autre part - car, même s'il a fait l'objet d'une motion de destitution, il reste protégé. A proximité, des manifestants appellent les uns à son départ, les autres à ce qu'il résiste face à ce qu'ils considèrent comme un complot communiste, dans un amalgame entre l'opposition démocrate et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Des évangélistes conservateurs font aussi partie des ultras à la pointe du mouvement pro-Yoon : on peut estimer le courant de soutien au président Yoon à quelque 10 % de l'opinion publique sud-coréenne, une fraction de même importance ayant choisi de soutenir l'ancienne présidente Park Geun-hye après sa destitution en 2016. 

Et Yoon Seok-yeol n'entend pas décevoir ses partisans : il a promis de "lutter jusqu'au bout", cherchant à endosser le costume du résistant. 

Face à une attitude aussi peu coopérative, le CIO a décidé de lancer un mandat d'arrêt - une première contre un chef de l'Etat en exercice, même sous le coup d'une procédure de destitution. Les forces protégeant Yoon, et notamment de la PSS, ont empêché son arrestation le 3 janvier 2025 : les affrontements pendant plus de 5 heures et demie ont conduit le CIO à suspendre le mandat d'arrêt contre Yoon, afin notamment de protéger les enquêteurs. 

Concernant la procédure de destitution, sur les trois juges constitutionnels devant être nommés, le président par intérim Choi Sang-mok n'a accepté de nommer que deux des trois candidats proposés par les parlementaires - un candidat des démocrates et un autre du parti présidentiel, exigeant que l'opposition démocrate, majoritaire, trouve un compromis avec les conservateurs sur le troisième candidat. Une attitude qui montre que les conservateurs, malgré leur forte impopularité que ne fait que renforcer l'attitude du président Yoon, n'entendent rien lâcher de l'exercice du pouvoir, contribuant à encore approfondir la crise politique.

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27 décembre 2024 5 27 /12 /décembre /2024 14:10

Depuis la tentative de coup d'Etat perpétrée par le président Yoon Seok-yeol (Parti du pouvoir au peuple, PPP, conservateur), la République de Corée (Corée du Sud) est en crise politique. Après qu'une motion de destitution a été adoptée par les députés à l'encontre du président Yoon, ce dernier a été suspendu de ses fonctions dans l'attente d'une décision de la Cour constitutionnelle qui statuera définitivement. Dans cette attente, l'intérim des fonctions de chef de l'Etat a été exercé par le Premier ministre Han Duck-soo, mais seulement pendant 13 jours, du 14 au 27 décembre 2024 : en effet, une motion de destitution à l'encontre de Han Duck-soo a été adoptée par le Parlement sud-coréen, le Gukhoe, le 27 décembre. 

Choi Sang-mok est le nouveau président par intérim

Choi Sang-mok est le nouveau président par intérim

Un chef d'Etat peut-il impunément renverser un régime démocratique et rester en fonctions ? Oui, si la justice tranche en ce sens... Or, en République de Corée, ce sont les neuf membres de la Cour constitutionnelle qui devront se prononcer à la majorité qualifié d'au moins six juges. Dans une tentative désespérée pour s'accrocher au pouvoir, les conservateurs avaient trouvé la parade : le président par intérim refusait de procéder à la nomination de trois membres de la Cour constitutionnelle, suivant les propositions d'un Parlement dominé par l'opposition - si bien qu'il aurait suffi que, parmi les six juges en fonctions, un seul se prononce contre la constitutionnalité de la motion de destitution adoptée par le Parlement pour que Yoon Seok-yeol revienne en poste, comme si de rien n'était.

Dans ce contexte, les députés ont annoncé qu'ils adopteraient une motion de destitution à l'encontre du président par intérim, le Premier ministre Han Duck-soo. Mais si une majorité qualifiée des deux tiers des députés est clairement requise pour l'adoption d'une motion de destitution à l'encontre d'un président de la République élu, ce seuil de majorité s'applique-t-il en cas d'intérim des fonctions présidentielles ? Oui, selon le PPP, non, selon le président de l'Assemblée nationale Woo Won-shik, pour qui une majorité simple (151 députés sur 300) suffit... La motion de destitution a été adoptée par les 192 députés de l'opposition, pour une série de motifs dépassant la seule question de la nomination de nouveaux juges constitutionnels, et faisant plus largement référence aux manoeuvres d'obstruction des conservateurs - selon les démocrates - dans les suites à apporter à la tentative de coup d'Etat. Selon Yonhap :

Dans le texte de la motion de destitution contre le président par intérim, le Parti démocrate a critiqué Han pour son refus des motions pour des enquêtes spéciales sur les affaires impliquant Kim Keon Hee, l'épouse du président Yoon, et sur la mort d'un caporal des Marines, ainsi que pour complot, approbation tacite et délaissement volontaire des actes d'insurrection, tentative de gouvernance conjointe du pays avec Han Dong-hoon (l'ancien chef du parti au pouvoir), refus de la nomination d'un procureur indépendant permanent pour l'enquête sur l'insurrection et refus de nommer des juges constitutionnels.

Si le chef du PPP a annoncé qu'il saisirait la Cour constitutionnelle d'un vote selon lui illégal, le Premier ministre a pris acte que ses fonctions de président par intérim étaient suspendues dans l'attente d'une décision de la Cour constitutionnelle, qui devra donc se prononcer également sur cette seconde motion de destitution. Choi Sang-mok, vice Premier ministre et ministre de l'économie et des finances, a immédiatement commencé à exercer l'intérim des fonctions présidentielles. 

Le paradoxe du système politique sud-coréen est que le Gouvernement ne reflète pas la majorité politique de l'Assemblée nationale. Après avoir échoué aux élections législatives du 10 avril 2024, le président Yoon Seok-yeol avait refusé le verdict des urnes en continuant de choisir des ministres conservateurs et en opposant son veto aux textes adoptés par les démocrates majoritaires au Parlement - y compris sur le budget pour l'année 2025, ce qui l'avait amené à décréter la loi martiale en prenant prétexte d'une prétendue instabilité intérieure et extérieure. Il avait notamment tenté - en vain - de provoquer une escalade avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en multipliant les survols de drones au dessus de Pyongyang. Le ministre de la Défense, le général Kim Yong-hyun, aurait planifié ces opérations. Kim Yong-hyun a ensuite été placé en détention, suspect d'avoir proposé au président Yoon de décréter la loi martiale puis d'avoir ordonné l'assaut contre le Parlement. Risquant la peine de mort, Kim Yong-hyun a tenté de se suicider immédiatement après son arrestation, le 10 décembre 2024.

Si l'équilibre des pouvoirs en République de Corée est inspiré de celui américain, l'impossibilité de parvenir à des compromis transpartisans en montre clairement les limites. Le très conservateur, très autoritaire et très impopulaire président Yoon est l'un des responsables majeurs de cette impasse politique. Dans un régime démocratique, seules trois issues sont envisageables : soit un changement des pratiques politiques, en imposant au chef de l'Etat une cohabitation avec un Premier ministre ayant le soutien d'une majorité de députés ; soit une élection présidentielle anticipée, en faisant trancher les électeurs (mais les conservateurs du PPP, en très mauvaise posture dans les sondages, retardent au maximum une telle échéance) ; soit une révision constitutionnelle (qui suppose toutefois l'approbation de 200 députés sur 300), qui donnerait au président de la République des fonctions comparables à celles, par exemple, de son homologue allemand, ou du roi d'Espagne.

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