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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 00:08

Ayant marqué une étape essentielle dans la démocratisation de la République de Corée (du Sud), le soulèvement populaire qui atteignit son point culminant en juin 1987 est également exemplaire de l'action coordonnée des forces démocratiques, jusqu'au rétablissement de l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Nous avons choisi de retenir sur la genèse et les principales phases de ce mouvement couronné de succès - à la différence du soulèvement de Kwangju, en 1980, ou des manifestations contre la reprise des importations de boeuf américain en 2008 - à partir de l'analyse de Seo Joong-seok, dans un ouvrage de référence sur l'histoire récente de la Corée du Sud publié en plusieurs langues (coréen, anglais, japonais, allemand et français) par la Fondation coréenne pour la démocratie (Korea Democracy Foundation. Celle-ci a été créée par une loi du 24 juillet 2001 pour transmettre l'esprit du mouvement démocratique et en commémorer les grandes dates.

Comme de nombreux mouvements démocratiques, le soulèvement de juin 1987 en Corée du Sud a été l'aboutissement de mouvements de contestation plus anciens, en réaction aux mesures antidémocratiques adoptées par le régime militaire du général Chun Doo-hwan (à gauche, en 1985) dans la seconde moitié de l'année 1986.

Le point de départ a été la mort d'un étudiant à l'Université nationale de Séoul, Park Jeong-chol, le 14 janvier 1987, suite à des tortures à l'eau par les forces de police que cherchèrent à dissimuler le gouvernement. Réclamant la vérité sur la mort de Park Jeong-chol, un comité spécial pour honorer la mémoire de ce martyr de la liberté a organisé le 3 mars une "Grande marche pacifique nationale pour l'abolition de la torture et la démocratisation". La junte militaire se raidit en annonçant le 13 avril l'interdiction de toute discussion sur la révision de la Constitution. Suite aux révélations apprises par un dissident politique emprirsonné, Yi Bu-yeong, le père Kim Seung-hun, de l'Association des prêtres catholiques pour la justice, annonça publiquement le 18 mai l'implication de hauts responsables dans l'assassinat par torture de Park Jeong-chol, entraînant un profond remaniement ministériel et le limogeage du directeur de la police nationale.

Le 27 mai était constitué le Quartier général du Mouvement national pour une constitution démocratique, à l'origine de la manifestation du 10 juin contre le meurtre de Park Jeong-chol et les mensonges du gouvernement. Au signal lancé par le retentissement de la cloche de la cathédrale de l'Eglise anglicane de Corée, les automobilistes de Séoul se joignirent au mouvement de protestation par un concert de klaxons, alors que les étudiants manifestaient sous les mots d'ordre d'abolition de la Constitution et de rejet de la dictature. La répression policière - il fut procédé à 3.800 arrestations - amplifia la contestation : interdits, les sit-in se poursuivirent dans l'enceinte de la cathédrale de Myeongdong, où le cardinal et les prêtres firent barrage à l'intrusion des forces de l'ordre. Les manifestations et les débats, quotidiens, eurent lieu à Séoul et en province, à l'appel notamment des associations d'étudiants, comme le Conseil des représentants d'étudiants de l'agglomération de Séoul. Des manifestations furent organisées dans 59 universités le 15 juin, 65 universités le 16 juin, 70 universités le 17 juin, 79 universités le 19 juin.

Le 18 juin, à l'appel du Quartier général du Mouvement national pour une constitution démocratique, 1,5 million de personnes (selon les organisateurs) manifestèrent dans 16 villes pour l'interdiction des gaz lacrymogènes, après l'émoi suscité par les images de Yi Han-yeol, étudiant tombé le visage en sang, le 9 juin, blessé par une grenade lacrymogène (image ci-dessous). Les forces de l'ordre procédèrent à 1.487 nouvelles arrestations le 18 juin. Manquant de grenades lacrymogènes, les policiers affrontèrent les protestataires dans des corps à corps, avant de procéder à 3.467 arrestations. Des cocktails Molotov avaient incendié ou endommagé deux commissariats, 29 postes de police et quatre permanences du parti au pouvoir, le Parti démocrate de la justice (PDJ).



Malgré les positions internes (minoritaires) des principales figures de l'opposition, Kim Young-sam et Kim Dae-jung, appelant à ouvrir des négociations avec le gouvernement soupçonné de vouloir proclamer l'état d'urgence, le Quartier général du Mouvement national pour une constitution démocratique décida d'appeler à la poursuite de la lutte, par l'organisation d'une marche le 26 juin, qui ajouta aux mots d'ordre "Abolition de la constitution scélérate !" et "A bas la dictature !" celui d' "Election du président au suffrage direct !". La Grande marche pacifique du 26 juin fut la plus grande manifestation organisée simultanément dans toute l'histoire de la Corée du Sud, dans 33 villes et 4 communes rurales, avec la participation de 1,5 million de personnes selon les organisateurs (200.000 selon le pouvoir, relayé par les médias conservateurs comme le quotidien Dong-a Ilbo).

Désemparé face à l'ampleur croissante des contestations, le pouvoir annonça par la voix de son candidat à l'élection présidentielle de décembre, Roh Tae-woo, la Déclaration du 29 juin, en 8 points, dont le rétablissement du suffrage universel direct pour l'élection du chef de l'Etat, l'amnistie de nombreux opposants politiques (dont Kim Dae-jung), des mesures en faveur de la liberté de la presse et de la liberté d'action des partis politiques. Les funérailles immenses de Yi Han-yeol, décédé le 3 juillet des suites de ses blessures - qui réunirent 1 million de personnes à Séoul, 500.000 à Kwangju et 300.000 à Pusan - indiquent que, sans les mesures d'apaisement du 29 juin, le régime militaire encourait le risque d'être balayé.

Ni les militaires au pouvoir, ni semble-t-il les Etats-Unis de Ronald Reagan, ne souhaitaient un bain de sang à la veille des Jeux olympiques de Séoul en 1988. Plus fondamentalement, le régime de Chun Doo-hwan semblait confiant dans sa capacité à remporter l'élection présidentielle du fait de la division de l'opposition entre Kim Young-sam et Kim Dae-jung, ce qui fut effectivement le cas. Mais un cap avait été franchi dans la démocratisation de la Corée du Sud : les acquis démocratiques de juin 1987 ne purent jamais être abolis.

Source : Seo Joong-seok, La Corée du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et étapes du mouvement démocratique, Fondation coréenne pour la démocratie, Séoul, 2007, pp. 299-317

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Histoire de la Corée
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Michel 24/11/2009 09:26


Très intéressant.


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