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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 19:00

Le 7 avril 2017, les tirs en Syrie de 59 missiles de croisière Tomahawk par les navires américains USS Porter et USS Ross contre les forces loyales au Président Bachar el-Assad ont révélé que, conformément au remaniement de ses équipes de conseillers, le président américain Donald Trump entendait  adopter une ligne encore plus militariste et interventionniste que son prédécesseur Barack Obama. L'initiative en Syrie a ainsi posé la question d'une éventuelle aventure militaire en Corée - mais sur ce sujet les Etats-Unis ont d'abord sondé la Chine, lors d'une rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping dans le complexe hôtelier de Mar-a-Lago, en Floride, dont peu d'éléments ont filtré - faisant ainsi renaître la détestable pratique de la diplomatie secrète, qui a été l'une des causes majeures du déclenchement de la Première guerre mondiale. 

Sommet Xi Jinping - Donald Trump à Mar-a-Lago.

Sommet Xi Jinping - Donald Trump à Mar-a-Lago.

Loin de réfréner les ardeurs de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à poursuivre son programme nucléaire et balistique, l'attaque militaire américaine en Syrie a bien au contraire conforté les dirigeants nord-coréens dans leur volonté de doter leur pays d'une force de dissuasion nucléaire crédible face à l'imprévisible Donald Trump. Tout en dénonçant l' "agression américaine" et une violation de la souveraineté nationale de la Syrie, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, cité par l'agence nord-coréenne KCNA, a ainsi déclaré :

L'attaque de missiles américains visant la Syrie constitue un acte d'agression flagrant et impardonnable à l'encontre d'un État souverain, que nous condamnons fermement (...) Ce qui se passe aujourd'hui témoigne du fait que notre décision de renforcer notre puissance militaire était un choix un million de fois juste.

https://fr.sputniknews.com/international/201704081030806789-syrie-etats-unis-attaque-coree-du-nord/

Plus que la Syrie, c'est toutefois vers le sommet Xi Jinping - Donald Trump que se sont tournés les regards des observateurs pour savoir si, comme il l'avait menacé, le Président américain prendrait l'initiative d'agir seul si la République populaire de Chine n'adoptait pas une position plus dure vis-à-vis de Pyongyang.

A cet égard, les communiqués très convenus publiés par chacune des deux parties ne permettent guère de connaître la teneur exacte des échanges - et encore moins sur la question coréenne (très certainement abordée) que sur d'autres dossiers.

Au-delà des exercices habituels d'autosatisfaction de Donald Trump
(celui-ci a déclaré : "je pense que nous avons accompli d'immenses progrès dans nos relations avec la Chine" et s'est extasié d'avoir eu une relation "extraordinaire" avec son homologue chinois), ce que révèle le communiqué chinois de l'agence Xinhua - Pékin étant plus transparent que Washington dans le contenu de ces discussions - est le primat accordé aux questions économiques et commerciales (les vives critiques de Donald Trump contre la Chine en ce domaine ayant été l'un de ses thèmes de campagne). La partie chinoise a aussi insisté sur l'importance de renforcer la coopération et les mécanismes de dialogue sur les questions stratégiques, dans une critique à peine voilée contre toute tentation d'agir unilatéralement des Chinois alors que l'attaque américaine en Syrie est intervenue pendant la rencontre au sommet. Selon Xinhua,

[Xi Jinping] a proposé que les deux parties lancent les programmes d'échanges annuels convenus et mettent en place ou améliorent le mécanisme de notification mutuelle en cas d'opération militaire majeure ainsi que le code de conduite en cas de rencontre militaire navale ou aérienne.

Dans l'immédiat, il est très probable que la Chine, qui a surtout cherché à comprendre l'administration Trump lors de ce premier échange avant de réajuster sa politique américaine, réactivera notamment ses contacts avec Pyongyang en veillant, une nouvelle fois, à abaisser le niveau des tensions à sa frontière coréenne.

Quant aux Etats-Unis, ils ont laissé filtrer dans les médias ce que pourraient être les nouvelles options (précisons-le : à ce stade, à l'étude, faute de consensus) de leur politique coréenne. Selon NBC News, citant les travaux du Conseil de sécurité national américain, ces pistes consistent tout d'abord à envisager le redéploiement d'armes nucléaires américaines en Corée du Sud, où elles ont été retirées au début des années 1990. Comme le soulignent les auteurs de l'article de NBC News, cette action sans précédent depuis la fin de la guerre froide, constitueraient un "geste indéniablement provocateur".

Autre provocation américaine sur la table : assassiner le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, reprenant ainsi le thème d'un nanar qui avait notamment eu comme rôle d'accréditer les opinions publiques occidentales à cette hypothèse, ces dernières étant par ailleurs manipulées sur la vraie origine du piratage des studios Sony Pictures qui ont produit le film (dans la bataille pour la désinformation, les bruits de bottes contre la Corée du Nord se sont d'ailleurs opportunément accompagnés d'une relance de la campagne de dénigrement attribuant à la Corée du Nord le piratage et le casse de la Banque centrale du Bangladesh).

Toujours dans le domaine de la manipulation, la troisième option avancée par le Conseil national de sécurité américain porte, précisément, sur le sabotage et l'infiltration de la Corée du Nord pour détruire leurs infrastructures et empêcher les progrès balistiques (avant d'aller encore plus loin - par une action de déstabilisation interne de type guérilla - dans un deuxième temps ?). Les supplétifs sud-coréens des Etats-Unis seraient affectés à ces basses besognes.


En tout état de cause, pour l'administration Trump la guerre avec la Corée du Nord semble déjà décidée et il ne resterait plus à en définir que le calendrier et les modalités - ce qui ne manque pas d'inquiéter nombre de responsables et anciens responsables américains face à une décision irréfléchie et déraisonnable.

Sources :

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 15:45

Dans un article du Japan Times publié le 3 avril 2017, Jesse Johnson a longuement cité William Perry, ancien secrétaire à la Défense sous l'administration Clinton (1994-1997) pro-japonais, qui insiste sur la nécessité d'une approche réaliste concernant la question nord-coréenne - en évitant les postures idéalistes. Nous avons traduit cet article en français (grâce à BA) dans la mesure où il illustre, dans une publication japonaise, l'actuel dilemme de l'administration Trump vis-à-vis de Pyongyang (même si W. Perry doute que l'administration Trump suive ses recommandations de reprise du dialogue) : à la fois envisager un dialogue avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) sur des positions réalistes (en particulier, rechercher la non-prolifération et un gel des programmes militaires plutôt qu'un improbable abandon à ce stade de ses armes nucléaires par la RPDC, proposer un moratoire des essais nucléaires et balistiques en contrepartie d'actions américaines sur le terrain économique ou diplomatique), éviter la guerre mais aussi renforcer la présence militaire américaine des Etats-Unis (notamment le déploiement d'armes nucléaires au Japon). Si l'AAFC partage pleinement le constat de William Peery sur l'échec des politiques nord-coréennes des Etats-Unis depuis 2000, le réalisme pragmatique et l'objectif pacifiste de William Perry, elle se démarque en revanche nettement de sa volonté de relancer la course aux armements nucléaires et balistiques dans la mesure où celle-ci est porteuse, précisément, de risques de guerre - et traduit au demeurant un certain cynisme consistant à faire ce qu'on reproche aux autres (à savoir, prendre une posture guerrière et renforcer son arsenal militaire et celui de ses alliés pour négocier en position de force). Dans ce contexte, alors que la RPD de Corée a procédé à un nouveau tir de missile de moyenne portée le 5 avril 2017, à la veille d'une rencontre aux Etats-Unis entre Donald Trump et Xi Jinping (le numéro un américain ayant réaffirmé sa solidarité avec Tokyo et menacé la Chine d'agir unilatéralement, y compris militairement, contre Pyongyang si Pékin ne se ralliait pas à la position américaine), la République de Corée (Corée du Sud) a procédé, le 6 avril 2017, à l'essai d'un missile susceptible d'atteindre tout le territoire nord-coréen : quand la Corée du Nord est sanctionnée par les Nations Unies pour son programme nucléaire et balistique, s'agissant de Séoul toutes les outrances sont non seulement permises, mais bien encouragées par Washington - comme le prouve la position de William Perry dont rend compte Jesse Jonhson pour le Japan Times. Mais si, au fond, Pyongyang ne cherchait par ses initiatives conduites depuis l'entrée en fonctions de Donald Trump à atteindre par ce moyen son objectif constant d'un dialogue direct avec les Etats-Unis ?

L’approche de l’ancien secrétaire américain à la Défense concernant la Corée du Nord : Traitez-la telle qu’elle est, pas comme vous souhaiteriez qu’elle soit

Par Jesse Johnson

Journaliste au Japan Times

Le 3 avril 2017

 

« Nous devons traiter la Corée du Nord telle qu’elle est, pas comme nous voudrions qu’elle soit. »

 

C’était la phrase clé de la préface du rapport transmis aux dirigeants japonais, sud-coréens et américains après que celui qui était alors secrétaire à la Défense des États-Unis eut effectué une visite sans précédent à Pyongyang.

 

Près de 18 ans plus tard, ces mots sonnent toujours vrais pour Perry. L’ancien secrétaire à la Défense de l’administration Clinton est devenu l’un des visages les plus connus d’un mouvement en plein essor pressant Washington, ainsi que les autres nations clés, de mettre en place des objectifs réalistes et de traiter à nouveau sur le plan diplomatique le programme nucléaire et d’armement.

 

Selon Perry, les récentes approches et stratégies concernant le Nord, manquant d’une compréhension claire des objectifs de Pyongyang, ont échoué dès leur mise en place. Le résultat a été une montée en puissance de son programme d’armement, que n'avaient prévu ni les analystes américains, ni les responsables gouvernementaux.

 

« Je crois que notre approche devrait être orienté vers une évaluation de ce que sont leurs buts » a déclaré Perry au Japan Times. « Je pense que nos négociations devraient être orientées sur ce que sont leurs buts. Nos politiques, nos stratégies, devraient être orientées vers la minimisation des dangers. Je ne pense pas que ce fut le cas précédemment. »

 

Cela pourrait inclure des compromis tels qu’un moratoire ou des accords sur l’arrêt du programme de missiles balistiques intercontinentaux en échange de rétributions, comme une aide économique ou une reconnaissance sur le terrain diplomatique.

 

Ne pas prendre en compte les motivations derrière les provocations nord-coréennes pourrait selon Perry voir les États-Unis, la Corée du Sud – et par extension le Japon – se retrouver impliqués dans un nouveau conflit coréen.

 

Dans un article écrit pour le site internet Politico, il écrit qu’il est probablement trop tard pour démanteler le programme nucléaire du Nord. À la place, il indique que le but doit être désormais de le contenir.

 

Citant Sigfried Hecker, l’ancien directeur du Laboratoire National de Los Alamos qui a visité à quatre reprises le réacteur de Nyongbyon au Nord, Perry écrit que les négociations « sont condamnées à continuer à échouer » si elles sont basées sur le principe de servir à ce que la Corée du Nord abandonne son arsenal nucléaire.

 

Il avance que les États-Unis pourraient commencer avec des objectifs plus modestes en se servant des Trois Non («Three Nos ») proposés par Hecker (1. Pas de nouvelles armes ; 2. Pas de meilleures armes ; 3. Pas de prolifération), ajoutant cela aux différentes aides offertes à Pyongyang. L’accomplissement de ces objectifs ne serait pas seulement d’une grande valeur concernant la sécurité, mais pourrait également être un « tremplin » pour des négociations à venir avec pour but ultime la dénucléarisation de la péninsule coréenne, déclare Perry.

 

Près d'un accord

 

Désigné comme étant le coordinateur de la politique nord-coréenne par Clinton en 1998, Perry a supervisé une étude qui a amené Washington à être plus proche que jamais d’un accord mettant un frein au programme nucléaire et balistique de Pyongyang.

 

Perry, qui a été décoré de l’Ordre du Soleil Levant par l’Empereur du Japon en 2002, gère maintenant le William J Perry Project, un organisme chargé d’éduquer le public sur les dangers des armes nucléaires. Il donne souvent des conférences et a visité le mois dernier la Chine et Taïwan.

 

Ce dernier voyage rappelait son passage au secrétariat de la défense, faisant la navette à travers l’Asie de l’Est, où Perry a activement cherché à réunir les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon pour apporter de la stabilité à la péninsule coréenne.

 

En 1999, il a ainsi délivré au Nord une proposition de Clinton pour que l’embargo économique visant le pays depuis 50 ans soit graduellement levé en échange d’un ensemble de concessions majeures, incluant un accord mettant un terme à son programme de missiles balistiques.

 

Le travail de Perry a été à la base d’un nombre considérable de visites par les hauts dignitaires des deux pays et de l'idée grandissante à cette époque qu’un accord pouvait être atteint.

 

Mais alors que l’administration Clinton touchait à sa fin en 2000, et que le nouveau Président George W. Bush se préparait à entrer à la Maison Blanche, cet élan a perdu de sa vigueur.

 

Les États-Unis ont été « cruellement proches » de garantir un accord avec la Corée du Nord pour éliminer ses missiles à moyenne et à longue portées et arrêter ses exportations de produits balistiques, comme l'a écrit Wendy Sherman, ancienne conseillère spéciale du Président et du secrétaire d’État en charge de la Corée du Nord, dans un éditorial du New York Times en mars 2001. Elle a pressé Bush de saisir cette chance

 

Dix mois plus tard, l’environnement avait changé. Les États-Unis titubaient, blessés par les attaques terroristes du 11 septembre et cherchaient vengeance, et l’Irak, l’Iran et le terrorisme Islamique étaient devenus le centre d’intérêt principal de la Maison Blanche.

 

Avec Téhéran et Bagdad, Pyongyang a été inclus dans ce que Bush a appelé « l’axe du mal ».

 

« Le président Bush a délibérément mis un terme aux négociations – qui étaient quasiment achevées – on peut concevoir que ces dernières auraient réglé ce problème », indique Perry. « Il a fait cela en pensant qu’il y aurait de nouvelles discussions dans des termes qui lui seraient plus favorables. Cela n’a évidemment pas fonctionné, que ce soit pour lui ou pour les tentatives de l’administration Obama. »

 

« Sans mesurer la valeur théorique de ce qu’ils sont en train de faire, le résultat est pour le moins prévisible », ajoute Perry, analysant l’état présent des négociations.

 

Dans son livre de 2015 « My Journey at the Nuclear Brink », il résume les résultats de la politique américaine envers le Nord depuis l’administration Clinton comme étant « peut-être l’exercice diplomatique le plus infructueux de l’histoire de notre pays ».

 

« Mon analyse est que la raison pour laquelle ils n’ont pas réussi dans le cas de l’administration Bush est qu’ils étaient détournés de cette question par la guerre en Irak » nous dit Perry. « Ils n’ont pas accordé suffisamment de temps ou d’attention à ce sujet. Qui sait ce qui aurait pu se produire s’ils en avaient fait une priorité et s’étaient mis au travail là-dessus. Mais cela n’a pas été le cas. »

 

Le risque d’une nouvelle guerre

 

Cependant, déclare Perry, alors que l’administration Bush était préoccupée par le Moyen-Orient, son successeur, le Président Barack Obama, avait quant à lui une politique dans le cadre de laquelle le programme nucléaire et balistique du Nord a continué à se développer.

 

Cela s’appelle « La Patience Stratégique ». « Ce que j’en ai compris, ce que la Patience Stratégique signifie est que – Si nous attendons suffisamment longtemps, la Corée du Nord va s’effondrer. – Je pense qu’il s’agit d’un espoir désespéré. Je serais heureux de voir le régime tomber, mais il n’y a aucune raison de croire que cela va se produire » indique Perry.

 

A la place, les peurs de Perry qui sont susceptibles de se réaliser dans l’atmosphère sécuritaire tendue entourant la péninsule coréenne sont la survenue d’hostilités de petite envergure menant à un conflit de grande ampleur impliquant les États-Unis et le Japon.

 

« Si cela se produit, si une nouvelle guerre de Corée venait à voir le jour, le Nord perdrait sûrement … et à ce moment-là, voyant la fin du régime, ils pourraient déclencher un Armageddon nucléaire » ajoute Perry. « Donc on peut imaginer le scénario dans lequel ils démarrent une guerre inintentionnellement et que dans ce cas ils utilisent leurs bombes atomiques dans un dernier sursaut. »

 

Selon Perry, ce scénario est le plus probable parmi les différentes théories concernant la façon dont le Nord pourrait provoquer un conflit. Il exclut toute sorte d’attaque surprise contre la Corée du Sud, le Japon ou les États-Unis, indiquant qu’un tel mouvement serait « suicidaire » et serait en contradiction avec l’objectif numéro 1 de Pyongyang : la survie du régime

 

« Ils ne veulent pas être des martyrs. Ce n’est pas al-Qaida ou l’Etat Islamique », déclare-t-il

 

« Cependant, l’utilisation de leurs armes sera dictée par l’utilisation dont elles ont été prévues pour … d’abord et avant tout la survie du régime, le maintien au pouvoir de la dynastie des Kim.

 

« Cela, j’en suis certain, est leur objectif principal. »

 

Et tandis que le chef d’État nord-coréen Kim Jong Un et son régime ont souvent été qualifiés de « fous », y compris le mois dernier par l'ancien candidat à la présidence républicain, le sénateur John McCain, Perry croit qu’il s’agit d’une idée fausse.

 

« Les personnes affirmant qu’ils sont fous ont je pense tort » déclare-t-il « La Corée du Nord est un Etat paria. Ils prennent des décisions extravagantes, mais ces dernières sont destinées à consolider leur emprise sur le pouvoir. »

 

Selon Perry, une compréhension de cet état de fait est nécessaire, peu importe la politique adoptée par les États-Unis concernant le Nord

 

Une ouverture pour des négociations ?

 

Le nouveau président américain Donald Trump a promis que la politique de son gouvernement envers Pyongyang différerait de celle d'Obama, et le secrétaire d'État Rex Tillerson a ainsi déclaré la fin de la Patience Stratégique.

 

Trump a parlé alternativement de s’asseoir à table pour manger un hamburger avec Kim Jong-un et de faire tout son possible pour l'empêcher de maîtriser la technologie pour monter une arme nucléaire sur un missile à longue portée capable de frapper les États-Unis continentaux.

 

Mais après l’essai par le Nord de quatre missiles le mois dernier, qui était présenté comme la simulation d’une attaque américaine au Japon, Trump a adopté un ton nettement plus sévère.

 

Le mois dernier, Tillerson a déclaré que toutes les options - y compris des frappes militaires préventives - étaient « sur la table ». Plus tôt cette année, il a également nié une affirmation de Kim selon laquelle les préparatifs étaient en phase finale, en disant : « Cela n'arrivera pas. »

 

Le Nord a répondu avec sa propre rhétorique, attaquant l'administration Trump concernant son approche du problème nord-coréen et en la rapprochant des actions de l'administration Obama.

 

Ces gesticulations mises à part, Perry pense qu’il y a une ouverture pour des discussions.

 

« Il pourrait réellement essayer de négocier avec eux, ce qui serait une bonne chose – s’il part d’une véritable compréhension du passif de chacun », a déclaré Perry à propos de Trump, en précisant qu'un bon négociateur doit s'efforcer de comprendre l'autre partie.

 

« Je pense comprendre les Nord-Coréens, ce qui me rend un peu pessimiste à propos de négociations basées sur les menaces et les intimidations. »

 

Au-delà de la compréhension des objectifs du Nord, Perry estime qu’il y a une autre composante qui est essentielle de prendre en compte pour les États-Unis pour que les négociations avec Pyongyang soient efficaces : la Chine.

 

« Nous devons discuter en conjonction avec la Chine, ce que nous n'avons jamais fait dans le passé », a déclaré M. Perry. « Même si nous nous sommes tous deux présents ensembles dans les pourparlers à six, nous n'avons jamais eu une compréhension commune de la menace ni de stratégie mutuelle sur la façon de procéder. »

 

Désormais – de par les relations tendues de Pyongyang avec Beijing, son patron d’autrefois – le moment est peut-être opportun, avance-t-il.

 

« Je pense que ce qui s’est passé au cours des dernières années est que les Chinois ont acquis une meilleure compréhension du danger représenté par les armes atomiques nord-coréennes », ajoute Perry. « Ils sont beaucoup plus préoccupés par ce sujet qu’ils pouvaient l’être il y a quelques années. »

 

Compte tenu de cela, il nous indique qu’il existe une réelle possibilité d’arriver au moins à une stratégie de négociation commune.

 

« Si nous y arrivons, cela améliorera grandement les réussites des pourparlers », nous dit Perry.

 

Parler durement

 

Certains experts, y compris Perry, prédisent que si les États-Unis ne parviennent pas à fixer des objectifs raisonnables, ils pourraient risquer par inadvertance de provoquer une situation désastreuse dans la région. Un de ces résultats pourrait voir le Japon et la Corée du Sud entreprendre de développer leurs propres capacités nucléaires - quelque chose que Trump a sous-entendu lors de la campagne présidentielle - et ainsi déstabiliser davantage la région.

 

« Je comprends pourquoi les Japonais sont dans le désarroi, mais je souhaite également penser quelles sont leurs alternatives viables », soutient Perry. « L’une d’entre elle serait qu’ils construisent leurs propres armes nucléaires … ils pourraient ainsi menacer de répondre aux provocations par leurs propres moyens … C’est, à mon avis, une très mauvaise idée mais cela pourrait se produire. »

 

Une autre option, ajoute-t-il, serait de renforcer la confiance que les Japonais portent aux États-Unis en demandant à Washington de faire une mise au point plus claire sur sa politique de dissuasion.

 

« La façon la plus sûre de le faire serait de nous demander de déployer certaines de nos armes nucléaires au Japon», déclare M. Perry, en s’appuyant sur l'exemple de l'Allemagne. Les armes atomiques américaines y ont d'abord été déployées pendant la guerre froide comme moyen d'afficher la volonté de Washington de protéger le pays.

 

« Lorsque vous commencez à parler durement, vous devez commencer à réfléchir à ce que sont les alternatives réalistes », note Perry. « Aucune d'entre elle n'est très attrayante. »

 

Selon Perry, la stratégie des États-Unis et du Japon s'oriente vers une garantie de dissuasion prolongée et la fourniture de systèmes de défense antimissiles balistiques limités - une politique qui n'est pas différente de celle du prédécesseur de Trump.

 

Pour l'ancien secrétaire à la Défense, cette perspective - un retour potentiel au statu quo - est insensée.

 

« Il est frustrant de penser que vous comprenez le problème et de le voir partir dans des directions très différentes de celles que vous souhaiteriez », déclare-t-il. « Je pourrais vous expliquer ce que je pense pouvoir fonctionner, mais je n'ai aucune raison de croire que cela va être tenté. »

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 01:47

Fondé en 1986, FAIR (Fairness & Accuracy In Reporting, « équité et précision des reportages ») est un groupe d'observateurs des médias aux Etats-Unis, « offrant une critique documentée de la censure et des partis pris médiatiques » et entendant faire vivre le Premier amendement de la Constitution américaine, relatif à la liberté d'expression, « par la promotion d'une plus grande diversité de la presse et l'examen minutieux des pratiques médiatiques qui mettent de côté l'intérêt public, les minorités et les points de vue divergents ». A cet égard, le traitement des affaires coréennes, et en particulier de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), constitue un cas d'école, avec des médias dominants qui multiplient les préjugés et font peu de place aux analyses s'écartant d'une ligne quasi-officielle imputant tous les torts à la seule Corée du Nord. Cette dernière semble prise dans un étau médiatique dont les deux mâchoires seraient les attaques sur le thème des droits de l'homme et les attaques sur le thème du danger que représente pour le reste du monde la RPDC, petit pays de 25 millions d'habitants soumis à un embargo féroce depuis plusieurs décennies et ayant subi une guerre d'anéantissement entre 1950 et 1953. Il est aujourd'hui avéré que certains témoignages spectaculaires servant aux offensives médiatiques anti-RPDC sur le terrain des droits de l'homme, par exemple ceux de Park Yeonmi et de Shin Dong-hyuk, sont mensongers ou, pour le moins, très douteux. Sur l e terrain de la « menace » nord-coréenne, beaucoup d'analyses relayées par les médias sont aussi sujettes à cautio n, comme le démontre FAIR dans un article - dont l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) propose ici une traduction en français – qui s'appuie sur l'exemple d'un célèbre groupe de réflexion (think tank) alimentant régulièrement les grands médias américains puis occidentaux, groupe connu pour servir les intérêts du complexe militaro-industriel et de gouvernements étrangers. De leur côté, les médias, aux Etats-Unis, en France et ailleurs, sauf rares exceptions, semblent avoir renoncé à l'objectivité et à tout travail sérieux d'explication - voire à la déontologie -  dès qu'il s'agit de la Corée du Nord, malgré l'importance des affaires coréennes pour la paix et la sécurité du monde. L'étau médiatique dans lequel est prise la Corée est une machine à désinformer pour ensuite pousser les peuples vers la guerre, comme l'a encore dénoncé l'AAFC dans son communiqué du 20 mars 2017.

Une fondation de droite et des cartes terrifiantes sur le nucléaire orientent le récit au sujet de la « menace » nord-coréenne

Par Adam Johnson

22 mars 2017

 

Les tensions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord sont de retour dans la presse après une série de tests balistiques et des menaces proférées via le compte Twitter présidentiel. Pendant ce temps, un groupe de réflexion conservateur – qu'on croyait moribond – a refait son apparition grâce à son alignement sur Donald Trump. Le résultat est que la Heritage Foundation a fourni l'ossature du récit à la base des relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis à l'ère Trump, tournant en boucle dans des douzaines d'articles de presse et d'apparitions télévisuelles.

Les experts de la Heritage sont intervenus à l'occasion d'articles consacrés à la Corée du Nord par le Washington Post (28 février 2017 et 19 mars 2017), le New York Times (16 mars 2017), AP (19 mars 2017), le Christian Science Monitor (17 mars 2017), le Boston Herald (9 mars 2017), la BBC (17 mars 2017), Fox News (10 mars 2017), CNN (15 mars 2017), MSNBC (19 mars 2017), CNBC (7 mars 2017), Voice of America (24 février 2017) et Vox (17 mars 2017).

Le plus célèbre des experts de la Heritage est l'ancien analyste de la CIA Bruce Klingner, lequel joue la partition du Faucon Raisonnable, en insistant sur le fait que la Corée du Nord est « en train d'accroître [ses] capacités nucléaires et balistiques » et constitue une « une menace existentielle pour la Corée du Sud et le Japon et sera bientôt une menace directe pour le continent des Etats-Unis », mais en s'opposant à un bombardement préventif ou à une invasion tant que la menace n'est pas « imminente » - un terme qu'il ne définit jamais exactement (mais que, il convient de le noter, l'actuel secrétaire d'Etat utilise pour décrire la situation).

Avec l'analyste politique Michaela Dodge et le directeur du Centre d'études asiatiques de la Heritage Walter Lohman, Klingner truffe les reportages des médias de citations présentant la Corée du Nord et la Chine comme les seules à mal se comporter, soulignant l'urgente nécessité d'un « leadership » militaire des Etats-Unis, et appelant fréquemment à augmenter les dépenses militaires :

"Fondamentalement, après la Guerre froide, nous avons pris des vacances au lieu de moderniser la force de dissuasion nucléaire", a déclaré Michaela Dodge, une analyste spécialisée dans la politique nucléaire militaire au Centre pour la défense nationale de la Heritage Foundation.

CNBC, 7 mars 2017

"Il y a chez eux ce sentiment d'être assurés pour le moment", a dit Bruce Klingner, directeur de recherche pour l'Asie du Nord-Est à la Heritage Foundation à Washington, "mais le Japon et la Corée du Sud sont comme des petits chiens agités qui ont constamment besoin d'être rassurés et sont tout le temps nerveux."

New York Times, 16 mars 2017

"La Chine a été une partie du problème plutôt qu'une partie de la solution", a affirmé Bruce Klingner, directeur de recherche à la Heritage Foundation, qui décrit la Corée du Nord comme une menace militaire globale..."[La Chine a] une réponse neutre et ne veut pas porter de jugement de valeur quand elle appelle les deux Corée à ne pas accroître les tensions, alors que c'est seulement sa Corée qui agit ainsi."

CNN, 15 mars 2017

MSNBC (19 mars 2017) a récemment reçu Klingner pour un entretien désinvolte et dépourvu de tout sens critique. L'animateur Jacob Soboroff a lancé des balles faciles à propos des sinistres intentions de la Corée du Nord et de l'urgence d'une prééminence militaire des Etats-Unis, en utilisant une variante de l'astuce rhétorique du « certains disent que » pour faire passer des suppositions très contestables sur les motivations de la Corée du Nord :

De nombreuses personnes ont interprété ces dernières actions, provocations de la part de la Corée du Nord, comme un message lancé directement aux Etats-Unis. Pourquoi, selon votre estimation, la Corée du Nord est-elle si concentrée sur les Etats-Unis d'Amérique ?

Qui sont ces « nombreuses personnes » ? Quelles sont leurs motivations ? Des experts ont-ils été sondés quant aux intentions de la Corée du Nord ? Soboroff ne le dit pas.

La Terrifiante Carte Imaginaire sur le Nucléaire

Un élément clé des rapports sur le programme d'armes nucléaires de la Corée du Nord est la Terrifiante Carte Imaginaire sur le Nucléaire montrant un missile balistique intercontinental totalement hypothétique, dont-la-fabrication-n'a-pas-encore-été-prouvée, atteignant le continent américain.

Un exemple récent paru dans le New York Times (4 mars 2017) montre les pièges posés par la Terrifiante Carte Imaginaire sur le Nucléaire.

« Portée croissante de la Corée du Nord - La portée potentielle des armes actuelles de la Corée du Nord, en particulier les missiles KN-14 et KN-18, permettrait à ses têtes nucléaires d'atteindre la majeure partie du monde »

« Portée croissante de la Corée du Nord - La portée potentielle des armes actuelles de la Corée du Nord, en particulier les missiles KN-14 et KN-18, permettrait à ses têtes nucléaires d'atteindre la majeure partie du monde »

Il faut noter la présence de deux missiles, le KN-14 et le KN-08, en bas à droite, couvrant les Etats-Unis. Ces missiles n'ont pas été testés par la Corée du Nord, contredisant donc le seul critère retenu dans le tableau associé, à savoir « les fusées actuellement testées ». Il faut noter la mention du tableau, précisant que les deux missiles prétendument capables d'atteindre les Etats-Unis sont exclus dudit tableau.

« L'arsenal nord-coréen - Les fusées actuellement testées présentent une large gamme de tailles et de capacités »

« L'arsenal nord-coréen - Les fusées actuellement testées présentent une large gamme de tailles et de capacités »

Foreign Policy (10 mars 2017) a également utilisé une carte similaire et trompeuse qui enterrait le fait que la portée indiquée, laissant croire qu'une bombe nucléaire pourrait être lancée sur les Etats-Unis, n'avait, en réalité, pas été démontrée.

Les missiles KN-14 et KN-08, « pas encore testés »

Les missiles KN-14 et KN-08, « pas encore testés »

Ces fusées devaient être incluses afin que le Terrifiant Grand Cercle Nucléaire couvre le territoire continental des Etats-Unis, de sorte que le Times et Foreign Policy ont joué avec la capacité théorique des missiles pour aider à relever le niveau de la menace.

Même si les plus petits cercles figurant sur ces cartes représentent des missiles qui ont été testés, cela ne doit pas induire les lecteurs en erreur en les laissant penser que les portées revendiquées pour ces missiles ont réellement été démontrées par les tests nord-coréens. Par exemple, le plus grand cercle suivant sur ces cartes – d'un rayon de 2 200 miles [3 500 kilomètres] incluant les Philippines, Guam et une partie de la Thaïlande – représente le missile nord-coréen Musudan. D'après un compte-rendu exhaustif des essais balistiques de la Corée du Nord paru dans Business Insider (29 octobre 2016) :

Cette année, la Corée du Nord a mené jusqu'à aujourd'hui huit tests de missiles Musudan. Tous les lancements, à l'exception du sixième le 22 juin, ont été considérés comme des échecs.

Le missile du test qui a réussi a parcouru 250 miles [400 kilomètres] (Business Insider, 21 juin 2016), un peu plus du dixième de la portée revendiquée du missile sur les cartes de la menace nord-coréenne. La Corée du Nord a conduit par la suite un autre test du Musudan avec succès, atteignant une portée de 310 miles [500 kilomètres] (CNN, 13 février 2017). La plus grande distance parcourue par un missile au cours des tests de la Corée du Nord est, en réalité, de 620 miles, soit 998 kilomètres (New York Times, 5 mars 2017).

Dans la soirée du mardi 21 mars 2017, un autre missile a explosé « dans les secondes » qui ont suivi le lancement. Jusqu'à présent, l'affirmation selon laquelle ce missile peut atteindre Tokyo, sans parler de la Thaïlande, relève de la spéculation.

A gauche : « La portée maximale des tests balistiques réalisés à ce jour est de 998 km (New York Times, 5 mars 2017). »  A droite : « La portée maximale, d'après les spéculations sur la capacité balistique, est de 13 000 km (Heritage Foundation). »

A gauche : « La portée maximale des tests balistiques réalisés à ce jour est de 998 km (New York Times, 5 mars 2017). » A droite : « La portée maximale, d'après les spéculations sur la capacité balistique, est de 13 000 km (Heritage Foundation). »

Bien sûr, la première carte illustre toujours un danger potentiel pour les millions de personnes vivant dans son rayon, mais les récits guerriers sont rarement fondés sur des menaces fabriquées de toutes pièces, plutôt en exagérant ces menaces ou en les mettant en avant. La portée potentielle de la Corée du Nord présente certainement un intérêt pour les médias, mais combien de lecteurs parcourant ces Terrifiantes Cartes Imaginaires sur le Nucléaire en viennent à penser qu'il s'agit de portées réelles, testées et basées sur la capacité actuelle ? L'écart entre ce qui est objectivement vrai et ce qui est possible se brouille en un hiver nucléaire dévorant le monde.

La Heritage Foundation diffuse sa propre Terrifiante Carte Imaginaire sur le Nucléaire, au travers de publications telles que Business Insider (10 février 2016, 16 février 2016, 2 décembre 2016), Daily Caller (11 février 2016) et Real Clear Defense (9 février 2016) qui l'ont insérée dans des articles traitant de la capacité nucléaire de la Corée du Nord parus au cours de l'année dernière :

« La Corée du Nord étend la portée de ses missiles pour couvrir le territoire continental des Etats-Unis – Le lancement par la Corée du Nord de son Taepodong 3 [le dimanche 7 février 2016] a mis en évidence une portée estimée de 13 000 kilomètres – signifiant qu'elle peut maintenant atteindre toutes les parties des Etats-Unis. Auparavant, sa portée était estimée à 10 000 kilomètres. »

« La Corée du Nord étend la portée de ses missiles pour couvrir le territoire continental des Etats-Unis – Le lancement par la Corée du Nord de son Taepodong 3 [le dimanche 7 février 2016] a mis en évidence une portée estimée de 13 000 kilomètres – signifiant qu'elle peut maintenant atteindre toutes les parties des Etats-Unis. Auparavant, sa portée était estimée à 10 000 kilomètres. »

Ce graphique est presque toujours inséré dans les articles au sujet de la capacité nucléaire de la Corée du Nord mais, après examen, concerne seulement la capacité non nucléaire de la Corée du Nord. Il se peut que ce tour de passe-passe n'ait pas été l'intention du créateur de la carte – qui établit clairement que celle-ci n'implique pas une charge nucléaire — mais c'est ainsi qu'elle est présentée dans de nombreux articles, associée avec des gros titres mettant en garde contre l'ambition nucléaire de la Corée du Nord.

Que la Corée du Nord puisse atteindre le territoire continental des Etats-Unis avec des missiles non nucléaires reste du domaine de la spéculation. Le propre rapport de la Heritage Foundation sur la question (Daily Signal, 9 février 2016) utilise les termes « peut avoir » et « pourrait » quand il décrit la prétendue portée de 13 000 kilomètres – un chiffre obtenu en examinant les composants techniques et en résumant la capacité potentielle, plutôt qu'en s'appuyant sur la preuve concrète d'un test balistique. Ce calcul apparaît dans un article unique et non signé du journal japonais Mainichi (8 février 2016), lequel ne donne pas la source originale de ce chiffre.

D'autres médias, tels que Business Insider (13 janvier 2017), Time (8 mars 2017) et le Washington Post (8 février 2016), rapportent qu'il est peu probable ou inconnu que la Corée du Nord dispose actuellement de la capacité de bombarder les Etats-Unis, encore moins avec une bombe nucléaire.

Selon Luke Coffey de la Heritage Foundation, le chiffre de 13 000 km – nécessaire pour étendre la portée jusqu'à inclure toute la partie continentale des Etats-Unis – vient du ministre sud-coréen de la Défense. Quand on lui a demandé précisément à quelle date le ministre avait fait cette déclaration, ou un lien vers un endroit où cette déclaration apparaît, Coffey a répondu : « Je ne suis pas votre chercheur. Cherchez par vous-même. » La seule citation trouvée sur le site Internet de la Heritage renvoyait à la source anonyme du Mainichi.

La Heritage ne divulgue pas la liste de ses donateurs, et a connu des affaires de conflits d'intérêts dans le passé. A la fin des années 1990, elle a été critiquée pour avoir accepté un financement de 1 million de dollars directement de la part du gouvernement sud-coréen. Un article de 2015 paru dans The Intercept (15 septembre 2015) a montré la relation intime existant entre la fondation et la société Lockheed Martin en contrat avec l'armée, la Heritage concevant les supports de communication nécessaires au travail de lobbying auprès du Congrès pour étendre le programme du F-22, en poussant à l'achat de 20 avions destinés à être revendus au Japon, à l'Australie et « probablement à la Corée du Sud ». Mackenzie Eaglen, le chercheur nommé dans les courriers électroniques, nie avec véhémence les allégations sur une contrepartie.

La Heritage Foundation n'a pas répondu aux demandes de commentaires de la part de FAIR au sujet de son financement, ni si elle reçoit ou non des dons du gouvernement sud-coréen ou de ses fondations associées.

Bien qu'il y ait eu des rapports épars évoquant une querelle au sujet de la mise en place du système de santé, la Heritage Foundation a été incroyablement influente dans l'administration Trump, ayant écrit beaucoup de ses propositions de coupes budgétaires et concevant les politiques à un niveau élevé.

 

Adam Johnson est un analyste contribuant à FAIR.org. Il peut être suivi sur Twitter à @AdamJohnsonNYC.

 

Article original :

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 19:04

Le 13 mars 2017, l'auteur et militant canadien Stephen Gowans a publié sur son site What's left une analyse des exercices de guerre américano - sud-coréens en cours - qui constituent les plus grandes manœuvres militaires au monde. Nous publions ci-après une traduction de cet article par BA, qui rappelle l'état des forces en présence et permet ainsi de comprendre qui menace réellement qui.

Le porte-avion USS Carl Vinson, qui participe aux manoeuvres en cours

Le porte-avion USS Carl Vinson, qui participe aux manoeuvres en cours

Le Pentagone à la tête de troupes fortes de 300,000 hommes pour la répétition d’une invasion une semaine après que la Maison Blanche a envisagé une action militaire contre la Corée du Nord

Le 13 mars 2017

Par Stephen Gowans

Les États-Unis et la Corée du Sud procèdent aux plus grandes manœuvres conjointes de leur histoire [1], une semaine après que la Maison Blanche a annoncé qu’elle envisageait une intervention militaire contre la Corée du Nord pour changer son régime [2]. Les manœuvres conduites par les États-Unis impliquent :

• 300,000 soldats sud-coréens
• 17,000 soldats américains
• Le porte-avion géant USS Carl Vinson
• Des chasseurs furtifs US F-35B et F-22
• Des bombardiers US B-18 et B-52
• Des avions de chasse sud-coréens F-15 et KF-16 [3].


Les États-Unis définissent les exercices comme étant « purement défensifs » [4] mais cette catégorisation est trompeuse. Les manœuvres ne sont pas défensives au sens où elles constitueraient un entraînement pour faire face à une possible invasion nord-coréenne et repousser son armée au-delà du 38e parallèle dans l’éventualité d’une attaque de sa part, mais elles envisagent une invasion de la Corée du Nord afin de rendre son arsenal nucléaire non opérationnel, détruire son commandement militaire et assassiner son chef d’Etat.

Les exercices ne peuvent être envisagés comme « défensifs » que si et seulement s'ils sont assimilés à une réponse face à une première attaque nord-coréenne, ou à une répétition pour une frappe préventive contre une agression anticipée venant du Nord. Dans les deux cas, ils sont liés à une invasion, et les protestations de Pyongyang qui avance que les forces américaines et sud-coréennes s’entraînent dans ce but sont fondées.

Mais l’éventualité d’une attaque nord-coréenne contre le Sud est extrêmement faible. Pyongyang est dépassée par Séoul en termes de dépenses militaires dans un rapport de 4 contre 1 [5], et l’armée sud-coréenne peut compter sur un système d’armement plus sophistiqué que celui du Nord. En outre, les forces sud-coréennes ne sont pas seulement épaulées par la puissance militaire sans précédent dans l’histoire des États-Unis, mais sont sous son commandement. Une attaque de la Corée du Nord contre le Sud serait suicidaire, et sa plausibilité est donc inexistante, en particulier à la lumière de la doctrine nucléaire des États-Unis qui autorise l’emploi d’armes atomiques contre la Corée du Nord. En effet, les dirigeants américains ont rappelé à de nombreuses occasions aux Nord-Coréens que leur pays pourrait être réduit à l'état de « briquettes de charbon » [6]. Quiconque dans l'Etat américain croit sincèrement que la Corée du Sud est sous la menace d’une attaque venue du Nord tient des propos risibles.

Les manœuvres sont conduites dans le cadre du plan opérationnel 5015 qui « vise à supprimer les armes de destruction massive du Nord et prépare… une attaque préventive dans l’éventualité d’une attaque nord-coréenne imminente, ainsi que des raids de « décapitation » visant les dirigeants. » [7]

En rapport avec ces raids, les exercices impliquent « l’Unité des Missions Spéciales US responsable pour la mort de Oussama Ben Laden en 2011, qui inclue la SEAL Team Six. » [8] Selon l’enquête d’un journal, la « participation des forces spéciales aux manœuvres…peut être une indication que les deux parties répètent l’assassinant de Kim Jong-un. » [9]

Un officiel américain a déclaré à l’agence de presse sud-coréenne Yonhap que « un nombre plus important de membres des forces spéciales américaines va participer cette année… pour procéder à des entraînements d’infiltration au Nord, de suppression de son commandement militaire et de destruction de ses installations militaires clés. » [10]

Étonnamment, malgré le fait de participer à ses exercices hautement provocateurs – qui ne peuvent avoir pour conséquence que de rendre fébriles les Nord-Coréens et de les placer sous une menace immédiate – le ministre sud-coréen de la défense nationale a annoncé que « la Corée du Sud et les Etats-Unis surveillaient attentivement les mouvements des soldats au nord pour se préparer à des provocations à venir. » [11]

L’idée que Washington et Séoul doivent être en alerte à propos des « provocations » nord-coréennes au moment où le Pentagone et son allié sud-coréen répètent une invasion, ainsi qu’une frappe de « décapitation » contre Pyongyang, représente ce que le spécialiste de l’Asie de l’Est Tim Beal appelle « un cas particulier d’irréalité. » [12] Ajoutant à l’irréalité, cette répétition d’invasion arrive au moment où la Maison Blanche annonce urbi et orbi qu’elle envisage une action militaire pour changer le régime du pays.

En 2015, la Corée du Nord a proposé de suspendre son programme d’armement nucléaire en échange de la suspension des exercices militaires des États-Unis dans la péninsule. Le Département d’État américain a refusé cette offre de façon péremptoire, arguant qu’elle liait la « routine » des manœuvres militaires à ce que Washington exige de Pyongyang, à savoir la dénucléarisation. À la place, la Maison Blanche « insistait pour que le Nord abandonne son programme d’armement nucléaire préalablement à toutes négociations » [14]

En 2016, la Corée du Nord a réitéré la proposition. Ce à quoi le président Américain Barack Obama a répondu que Pyongyang allait « devoir faire mieux que ça » [15]

Au même moment, le prestigieux Conseil des relations étrangères dirigé par Wall Street a publié un rapport opérationnel qui conseillait à Washington de ne pas signer un traité de paix avec la Corée du Nord aux conditions de Pyongyang, à savoir un départ des troupes américaines de la péninsule. Si les États-Unis se retiraient ainsi, leur position stratégique par rapport à la Chine et à la Russie en particulier et leur capacité de menacer ces deux adversaires majeurs seraient affaiblies, avertissait le rapport. En conséquence, Washington a été incitée à éviter de promettre à Pékin que toute aide concernant la Corée du Nord serait récompensée par une réduction de sa présence militaire dans la péninsule. [16]

Plus tôt ce mois-ci, la Chine a réitéré la proposition de Pyongyang. « Pour désamorcer la crise imminente dans la péninsule, la Chine [propose] que, en tant que première étape, [la Corée du Nord] suspende ses activités balistiques et nucléaires en échange d’un arrêt des manœuvres militaires américano-coréennes de grande envergure. Cette suspension-pour-une-suspension peut aider à éliminer le dilemme sécuritaire et faire revenir les différentes parties à la table des négociations » a avancé Pékin. [17]

Washington a immédiatement rejeté la proposition, ainsi que le Japon. L’ambassadeur japonais aux Nations unis a rappelé au monde que le but des États-Unis n’est pas de « geler-pour-geler mais de dénucléariser la Corée du Nord. » [18] Ce texte est un rappel implicite que les Américains ne changeront pas leur approche concernant Pyongyang (ils suspendent une épée de Damoclès nucléaire au-dessus de leurs têtes) et continueront de procéder à une répétition d’invasion tous les ans.

Le refus de négocier, ou la demande que l’autre partie donne immédiatement ce que l’on souhaite comme précondition pour entamer les discussions (donne-moi ce que je veux, après je parlerai), est caractéristique de l’approche adoptée par Washington depuis 2003. Pressé par Pyongyang de négocier un traité de paix, le Secrétaire d’État Américain Colin Powell a rétorqué : « Nous ne faisons pas de pactes ou de traités de non-agression, ou de choses de cette nature. » [19]

Au sein de cette situation d'irréalité si particulière construite par les États-Unis, la Russie, ou plus spécifiquement son président, Vladimir Poutine, est régulièrement accusée par Washington de commettre des « agressions », qui selon eux incluent les exercices militaires le long de la frontière russe avec l’Ukraine. Ces manœuvres, d’une ampleur bien inférieure à celles très vastes conduites par les Américano-Sud-Coréens, sont définies comme « hautement provocantes » [20] par les officiels américains, pendant que la répétition d’invasion menée par le Pentagone est décrite comme habituelle et « défensive par nature ».

Mais imaginez que Moscou ait mobilisé 300,000 soldats russes le long de la frontière ukrainienne avec pour plan opérationnel d’envahir l’Ukraine, de neutraliser ses ressources militaires, de détruire son commandement militaire, et d’assassiner son président, une semaine après que le Kremlin ai déclaré qu’il envisageait une intervention militaire en Ukraine pour renverser le régime ? Qui, excepté quelqu’un empêtré dans une vision très particulière de la réalité, pourrait interpréter cela comme étant « purement défensif par nature » ?

Notes

1. “THAAD, ‘decapitation’ raid add to allies’ new drills,” The Korea Herald, 13 mars 2017; Elizabeth Shim, “U.S., South Korean drills include bin Laden assassination team,” UPI, 13 mars 2017.

2. Jonathan Cheng and Alastair Gale, “North Korea missile test stirs ICBM fears,” The Wall Street Journal, 7 mars 2017.

3. “S. Korea, US begins largest-ever joint military drills,” KBS World, March 5, 2017; Jun Ji-hye, “Drills to strike N. Korea taking place,” Korea Times, 13 mars 2017.

4. Jun Ji-hye, “Drills to strike N. Korea taking place,” Korea Times, 13 mars 2017.

5. Alastair Gale and Chieko Tsuneoka, “Japan to increase military spending for fifth year in a row,” The Wall Street Journal, 21 décembre 2016.

6. Bruce Cumings, “Latest North Korean provocations stem from missed US opportunities for demilitarization,” Democracy Now !, 29 mai 2009.

7. “THAAD, ‘decapitation’ raid add to allies’ new drills,” The Korea Herald, 13 mars 2017.

8. “U.S., South Korean drills include bin Laden assassination team,” UPI, 13 mars 2017.

9. Ibid.

10. “U.S. Navy SEALs to take part in joint drills in S. Korea,” Yonhap, 13 mars 2017.

11. Jun Ji-hye, “Drills to strike N. Korea taking place,” Korea Times, 13 mars 2017.

12. Tim Beal, “Looking in the right direction: Establishing a framework for analyzing the situation on the Korean peninsula (and much more besides),” Korean Policy Institute, 23 avril 2016.

13. Choe Sang-hun, “North Korea offers U.S. deal to halt nuclear test,” The New York Times, 10 janvier 2015.

14. Eric Talmadge, “Obama dismisses NKorea proposal on halting nuke tests,” Associated Press, 24 avril 2016.

15. Ibid.

16. “A Sharper Choice on North Korea: Engaging China for a Stable Northeast Asia,” Independent Task Force Report No. 74, Council on Foreign Relations, 2016.

17. “China limited in its self-appointed role as mediator for Korean peninsula affairs,” The Hankyoreh, 9 mars 2017.

18. Farnaz Fassihi, Jeremy Page and Chun Han Wong, “U.N. Security Council decries North Korea missile test,” The Wall Street Journal, 8 mars 2017.

19. “Beijing to host North Korea talks,” The New York Times, 14 août 2003.

20. Stephen Fidler, “NATO struggles to muster ‘spearhead’ force to counter Russia,” The Wall Street Journal, 1er décembre 2014.

Article original en anglais :

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 15:29

Le 19 mars 2017, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'est félicitée du test réussi d'un nouveau moteur de fusée - au moment où le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson était en visite à Pékin, où il a rencontré le Président Xi Jinping. Si la RPD de Corée souligne que cet essai, réalisé en présence du Président Kim Jong-un, présente un caractère scientifique, d'aucuns y voient un pied de nez aux Etats-Unis... et à la Chine - alors que l'annonce coïncide avec la rencontre bilatérale de haut niveau entre Rex Tillerson et Xi Jinping. Au-delà des faits, la situation actuelle fait ressortir l'intérêt de revenir à la table des négociations, comme l'a montré le Professeur Kazuto Suzuki dans un entretien au quotidien Le Monde

En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

Pour l'agence nord-coréenne KCNA, l'affaire est entendue : il s'agit d'un progrès scientifique majeur, qui répond aux objectifs de l'ambitieux programme spatial national. Ainsi, selon KCNA :

Le développement et la mise au point d’un moteur à haute poussée nouvelle génération va aider à consolider les bases scientifiques et technologiques qui nous permettront d’atteindre le niveau mondial en matière de lanceurs de satellites et d’intervention dans l’espace (...) Le leader a souligné que le succès de ce test est un événement d’une signification historique et il a déclaré qu’il s’agissait d’une renaissance pour le programme de fusées du pays.

L'administration Trump ne l'interprètera certainement pas en ce sens, alors que le Président américain a déclaré qu'il empêcherait la RPD de Corée de se doter de missiles balistiques intercontinentaux pouvant atteindre le territoire américain, et que - de longue date - les Etats-Unis assimilent (de manière sinon abusive, tout au moins hâtive) les programmes balistique et spatial conduits parallèlement par la Corée du Nord.

Après avoir déclaré à Séoul lors de son actuelle tournée en Extrême-Orient (Chine, Corée, Japon) qu'il n'excluait pas l'option militaire contre Pyongyang, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson - un ancien ingénieur d'Exxon, républicain bon teint par ailleurs opposé aux sanctions contre la Russie - se retrouve dos au mur, alors qu'il s'efforce d'amener la Chine à se rapprocher des positions américaines, notamment sur la question coréenne. Cette coopération est entravée par des divergences stratégiques majeures (notamment le début du déploiement en Corée du Sud, en février 2017, du système américain de missiles antibalistique THAAD, qui a conduit la Chine à mettre en place des sanctions économiques contre Séoul). En outre, Washington avait déjà opposé une fin de non-recevoir au récent plan chinois de sortie de crise ayant conduit à l'escalade actuelle sur la question coréenne.

Rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 19 mars 2017.

Rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 19 mars 2017.

Dans ce contexte, le communiqué commun publié suite à la rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping, esquivant les points de divergence, tend à montrer que l'administration Trump n'a pas encore arrêté sa politique coréenne - tout en faisant par ailleurs le constat de l'échec de la politique dite de "patience stratégique" conduite par l'administration Obama.

Ce n'est pas la première fois que Pyongyang prend une initiative de nature à fortement déplaire aux Etats-Unis lors d'une rencontre bilatérale de haut niveau - le 12 février 2017, les autorités nord-coréennes avaient déjà procédé à un tir balistique de moyenne portée alors que le Président américain Donald Trump recevait le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

Il y a clairement, côté nord-coréen, l'engagement d'une diplomatie consistant à aller jusqu'au bord de la rupture (le tir du 12 février n'était pas un essai nucléaire, lequel aurait entraîné à coup sûr le renforcement des sanctions internationales contre la RPD de Corée ; de même, le 19 mars, il a été procédé à un essai de moteur de fusée, non au lancement d'une fusée ni à un tir balistique de longue portée). Par ailleurs, la RPD de Corée manifeste une volonté claire d'indépendance par rapport à la Chine - après avoir subi la décision chinoise de suspendre les achats de charbon nord-coréen.

Pour autant, il est hautement improbable - contrairement à ce que peuvent prétendre certains médias occidentaux - que la RPD de Corée envisage sérieusement une action militaire contre ses voisins ou les Etats-Unis, ne serait-ce qu'au regard du très net déséquilibre des forces.

Dans un entretien qu'il a donné au quotidien Le Monde, publié dans l'édition des 19 et 20 mars 2017, le Japonais Kazuto Suzuki, professeur de relations internationales à l'université d'Hokkaido, ancien membre du comité d'experts auprès du Comité des sanctions des Nations Unies sur le dossier iranien, estime que les conseillers militaires de Donald Trump décourageront ce dernier à engager des frappes militaires contre Pyongyang, car "même si leurs forces arrivent à détruire les installations, ils ne se débarrasseront pas des ingénieurs et du savoir que les Coréens ont accumulés" (on peut ajouter que la RPD de Corée a dû mettre à l'abri d'une attaque aérienne ses installations les plus sensibles, ainsi que son stock d'uranium et ses armes nucléaires). Dès lors, le professeur Kazuto Suzuki envisage clairement une négociation avec la RPD de Corée (que rechercherait par ailleurs cette dernière), en évitant que la Corée du Nord ne favorise la prolifération des armes nucléaires. A cette fin, il propose, en s'inspirant du précédent iranien, de reconnaître la Corée du Nord comme une puissance nucléaire :

Nous devons admettre cet état de fait - la Corée du Nord est une puissance nucléaire - et le considérer non pas comme un précédent mais comme un cas extrême. Nous devons ramener la Corée du Nord à l'intérieur du TNP [NdA : Traité de non-prolifération nucléaire]. C'est ce langage qui a été utilisé dans les négociations avec l'Iran.
Téhéran a obtenu le droit de posséder un nombre limité de centrifugeuses, un stock d'uranium appauvri et un réacteur à eau lourde, des concessions destinées à permettre des activités d'enrichissement qui ne sont pas destinées à fabriquer une bombe. Le président américain George W. Bush avait rejeté cette possibilité qui avait été négociée dès 2005 par la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne avec l'Iran de Mohammad Khatami. Cette option du "zéro enrichissement", défendue par M. Bush, a été abandonnée par Barack Obama, ce qui a permis de conclure l'accord nucléaire. M. Obama est ainsi passé du "zéro enrichissement" à "zéro bombe". Ce fut un tournant dans la négociation et cela peut aussi se produire avec la Corée du Nord.

En posant d'excellentes questions (retour de la RPD de Corée dans le régime du TNP, qui implique des obligations en matière de non-prolifération et de contrôle des activités ; reconnaissance de la Corée du Nord comme d'un Etat doté de l'arme nucléaire, à l'instar des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ; différence entre les activités d'enrichissement et la production de bombes nucléaires), le professeur Kazuto Suzuki montre qu'il y a du "grain à moudre" pour une négociation sur le nucléaire nord-coréen. Mais pour ce faire l'administration Trump devra faire preuve de pragmatisme, ce que lui a d'ailleurs proposé la Chine dans son dernier plan de sortie de crise qui a été rapidement rejeté par Washington. Au-delà des postures guerrières destinées, entre autres, à rassurer des administrations conservatrices sur le départ (s'agissant de la Corée du Sud) ou enfermées dans un anti-coréanisme primaire flattant les instincts de l'opinion publique (en ce qui concerne le gouvernement japonais de Shinzo Abe), Donald Trump est aujourd'hui confronté à résoudre, en homme d'Etat, une crise internationale à laquelle son prédécesseur a été incapable de mettre fin de manière satisfaisante sinon dans l'intérêt de la paix, du moins au regard des intérêts américains. 

Sources :

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 13:48

Favori de la prochaine élection présidentielle sud-coréenne (dont la date a été fixée au 9 mai 2017, après la destitution de Mme Park Geun-hye), le démocrate (opposition) Moon Jae-in a déclaré, le 12 mars 2017, que la République de Corée (Corée du Sud) devait apprendre à dire "non" aux Etats-Unis. Bien qu'opposé au déploiement du systèmes de missiles THAAD, Moon Jae-in a par ailleurs critiqué les sanctions prises par la Chine suite à la mise en oeuvre de THAAD en Corée du Sud, en disant que le dispositif THAAD constituait une question de "souveraineté nationale". Indépendance par rapport aux Etats-Unis (notamment sur la question nord-coréenne), refus de l'unilatéralisme chinois, Moon Jae-in s'inscrit dans la tradition progressiste coréenne, pour laquelle la défense de la souveraineté nationale est un marqueur fondamental des différences politiques avec les conservateurs, pro-américains.

Moon Jae-in, le 12 mars 2017.

Moon Jae-in, le 12 mars 2017.

En France, défendre la souveraineté nationale est souvent considérée comme une position de droite - alors même que les Montagnards autour de Robespierre et les Communards défendaient la souveraineté nationale.

Tel n'est pas le cas en Corée, pays divisé après 1945 sous le jeu des grandes puissances. La Corée du Nord, dont le régime est issu de la résistance nationale antijaponaise et qui s'estime menacée par l'impérialisme américain, fait de la défense de la souveraineté nationale un principe fondamental de sa politique extérieure, voire de sa politique tout court. Au Sud, les régimes autoritaires qui se sont succédé pendant plus de 40 ans (et dont les conservateurs au pouvoir sont les héritiers), ont limité autant que faire se peut l'épuration des éléments projaponais à la libération, puis ont considéré l'alliance avec les Etats-Unis comme un principe de base de tout le système politique et social. En retour, les Etats-Unis ont soutenu les régimes très autoritaires qui se sont mis en place à Séoul, afin de disposer, au Sud de la Corée, d'un poste avancé - ayant créé une de leurs plus grandes bases militaires à l'étranger dans le centre même de la capitale sud-coréenne. Pour cimenter cette alliance, les nouvelles élites sud-coréennes se sont converties à un christianisme inspiré des églises américaines, ont fait de l'apprentissage de l'anglais une priorité nationale et envoient leurs enfants étudier chez le "grand frère" américain, pour s'imprégner de la langue, de la culture et des idées américaines. 

Dans ce contexte, les conservateurs sud-coréens voient avec hostilité tout dialogue préludant à une réunification avec la Corée du Nord qui refuse encore et toujours l'hégémonie culturelle américaine, quand les progressistes campent sur des positions inverses.

Tel sera l'un des enjeux, sinon l'enjeu majeur, de l'élection présidentielle sud-coréenne du 9 mai 2017 : savoir si se maintiendront au pouvoir à Séoul des conservateurs favorables à subordonner les intérêts sud-coréens à ceux de la puissance américaine.

Source :

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 18:52

Né à Saint-Pétersbourg, enseignant à l'Université Kookmin de Séoul, Andrei Lankov est un universitaire russe spécialiste de la Corée dont il est un des meilleurs observateurs, marqué à droite - dont l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ne partage ainsi pas, loin s'en faut, toutes les prises de position. Pour rendre compte des mesures économiques en cours en République populaire démocratique de Corée, ainsi que de la diversification des productions agricoles, et de l'inefficacité des sanctions, nous avons traduit ci-après un article d'Andrei Lankov paru dans le quotidien sud-coréen anglophone The Korea Times, traduit de l'anglais par BA.

Un nouveau produit fait depuis peu fureur sur les marchés nord-coréens – les fraises. Les deux ou trois dernières années ont été marquées par la prolifération de serres, où les agriculteurs nord-coréens produisent des fruits inconnus jusqu’alors.

Cette industrie en Corée du Nord est privée, et son émergence a largement été rendue possible par les réformes agraires de Kim Jong-un. Désormais, les producteurs peuvent négocier des accords avec les coopératives agricoles et louer des terrains où ils peuvent mettre en place des serres.

Construire de tels équipements n’est pas donné. Les fraises et melons que l’on y produit sont encore trop chers pour n’être accessibles qu’au quart de la population le plus aisé. Il faut néanmoins se souvenir que le nombre de personnes pouvant goûter de si délicieux produits se chiffrait en une fraction d’un pour cent, donc l’amélioration est conséquente.

Ainsi, concernant l’économie nord-coréenne, un grand nombre de bonnes nouvelles sont apparues récemment. Malgré les échos des inondations et des sécheresses, il n’y a plus de pénurie de nourriture. Le prix des céréales est stable depuis des années. Il y a beaucoup de travaux de construction à Pyongyang, dans les villes de province, et même dans les campagnes lointaines. Les Nord-Coréens s’habillent mieux que jamais. La nuit venue, les grandes villes ne sont plus recouvertes par les ténèbres – grâce aux panneaux solaires, il y a de la lumière dans les maisons nord-coréennes. La Corée du Nord reste de loin la nation la plus pauvre d’Asie de l’Est, mais est significativement meilleure qu’il y a 10 ou 20 ans.

La plupart, sinon tous ces changements sont guidés par l’expansion inavouée mais puissante de l’économie privée. Ce sont les entrepreneurs privés qui coopèrent avec les agriculteurs pour construire des serres, ce sont les investisseurs privés qui mettent leur argent dans des projets de construction ; ce sont les négociants privés qui achètent, vendent et transportent les panneaux solaires qui constellent dorénavant les appartements de Pyongyang et les habitations à la campagne.

Il est regrettable que les décideurs américains restent largement ignorants de ces changements et vivent toujours dans un monde dominé par des images médiatiques grossièrement dépassées d’une Corée du Nord dystopie sur le point de s’effondrer. Peut-être que s'ils avaient davantage d’opportunités de goûter les fraises nord-coréennes, ils deviendraient moins confiants en ce qui concerne les sanctions contre le régime. En effet, il est remarquable que l’amélioration actuelle de la situation économique en Corée du Nord coïncide globalement avec la mise en place de sanctions strictes internationales prévues pour mettre l’économie à genoux, créant ainsi les conditions pour un mécontentement interne ne laissant au gouvernement nord-coréen d’autre choix que d’abandonner son arsenal nucléaire.

De l’aveu général, même si de telles sanctions réussissaient vraiment à détériorer l’économie, elles ne pousseraient pas Pyongyang à envisager une dénucléarisation. Les décideurs nord-coréens ont depuis longtemps décidé que le programme atomique constitue une condition vitale à la survie du régime. Il y a peu de doutes que s’ils devaient décider entre l’abandon de leur programme nucléaire et ignorer les morts de famine d’innombrables paysans nord-coréens, ils sacrifieront les paysans, pas la bombe. Heureusement, grâce au renouveau de l’économie nord-coréenne, une telle décision reste théorique. Les changements de la dernière décennie démontrent que les dirigeants nord-coréens peuvent avoir le beurre et l’argent du beurre. Ils peuvent autoriser les entrepreneurs privés à générer de la croissance tout en se félicitant de l’avancée remarquablement rapide de leurs programmes nucléaire et balistique.

Tout indique un vrai triomphe du système de marché à un endroit où la plupart des partisans d’un tel système le détestent passionnément. Mais cela signifie également que les perspectives pour l’avenir sont moins optimistes. La Corée du Nord va rester une puissance nucléaire. Il n’y a aucune chance pour que les sanctions internationales, si spectaculairement inefficaces, aient le plus petit impact sur la politique future du pays.

On admet que la Corée du Nord en voie de développement est moins susceptible de déclencher une guerre nucléaire. Peut-être que tant que la nouvelle classe dirigeante, maintenant constituée à la fois par des impitoyables apparatchiks du parti et par d’audacieux entrepreneurs, reste au pouvoir, la Corée du Nord va se comporter plus prudemment que par le passé. Après tout, la facilité d’accès à des véhicules de luxe pour les dirigeants et à des fraises fraîches pour les masses tendent à rendre une nation moins belliqueuse. Toutefois, il s’agit d’un pari incertain. Il semble de plus en plus probable que l’on doive vivre avec une Corée du Nord possédant l’arme nucléaire, hautement répressive politiquement, mais s’enrichissant au fil des années et même des décennies à venir.

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 13:39

Dans la matinée du 6 mars 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé au tir de quatre missiles balistiques - apparemment de courte ou de moyenne portée, les travaux des experts américains et sud-coréens étant encore en cours à l'heure où nous publions ces lignes. Ces nouveaux tirs apparaissent comme une riposte à l'engagement des manoeuvres militaires conjointes américano - sud-coréennes qui, année après année, mobilisent un nombre croissant d'hommes en recourant à des équipements toujours plus sophistiqués, et sont ainsi dénoncés par Pyongyang comme des préparatifs d'invasion de la péninsule.

Tir d'un missile à partir d'un sous-marin par la RPDC le 23 avril 2016

Tir d'un missile à partir d'un sous-marin par la RPDC le 23 avril 2016

Le 1er mars 2017 a commencé l'exercice militaire annuel Foal Eagle, devant mobiliser 290 000 soldats sud-coréens et 10 000 soldats américains, ainsi que le porte-avions USS Carl Vinson. Ils doivent être suivis, à partir du 13 mars, de l'exercice militaire Key Resolve, basé sur une simulation informatique, pour une durée de deux semaines. Ces manoeuvres militaires - les plus grandes au monde, et de surcroît d'une ampleur sans précédent cette année de l'aveu même d'un responsable militaire sud-coréen à l'agence séoulite Yonhap - mobilisent notamment le dernier cri des bombardiers américains - qui sont l'une des armes favorites des Etats-Unis pour attaquer un pays. Ainsi, parmi l'équipement stratégique utilisé pour ces exercices, on retrouve l'avion de chasse furtif F-35B, déployé en janvier dernier sur la base aérienne américaine au Japon.  Doivent aussi être mobilisés un bombardier stratégique B-1B et un bombardier nucléaire  B-52, tous deux basés à Guam, ainsi qu'un avion de chasse furtif F-22 stationné au Japon.

La RPD de Corée avait promis de riposter fermement à ce qu'elle dénonce comme la répétition générale d'un plan d'invasion. De fait, les exercices participent à la mise en oeuvre du plan opérationnel OPLAN 5027, dont le but revendique est  « l'élimination du régime nord-coréen » et l'anéantissement de l'armée nord-coréenne.

La réaction militaires des autorités nord-coréennes a consisté, ce 6 mars, dans le lancement de quatre missiles balistiques en direction de la mer de l'Est, qui ne constituent manifestement pas des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, citant le Comité des chefs d’état-major interarmées (JCS) du ministère sud-coréen de la Défense :

Les quatre projectiles ont été tirés vers 7h34 depuis le site de lancement de Tongchang-ri, dans la province du Pyongan du Nord, et ont été détectés à 7h36, a précisé le JCS dans un communiqué. Tous les engins ont volé environ 1.000 km et atteint une altitude de 260 km avant de retomber dans la mer de l'Est.

«La Corée du Sud et les Etats-Unis sont en train d'effectuer une analyse minutieuse sur les informations supplémentaires. Il faudra un certain temps pour obtenir les résultats de l’analyse», a ajouté le JCS.

Vu le nombre de missiles et la distance de vol, il ne s’agirait pas de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) capables d'atteindre la côte est du continent américain, a évalué le ministère de la Défense lors d'un point de presse.

Plus tôt dans la journée, des officiels ont noté que les projectiles pourraient être confondus avec des ICBM s'ils sont lancés avec un grand angle.

Des experts ont quant à eux estimé qu'il s'agirait de missiles de courte portée Scud (500-700 km) ou de missiles de portée moyenne Rodong (1.300-1.500 km).

Yonhap, 6 mars 2017

Les Etats-Unis, le Japon et la République de Corée (Corée du Sud) ont vivement dénoncé une "provocation" contrevenant aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour leur part, la Russie et la Chine ont appelé l'ensemble des parties à faire preuve de retenue.

Les tirs de missiles balistiques nord-coréens, de même que les exercices de guerre américano - sud-coréens, s'inscrivent dans une escalade des tensions où chaque partie riposte en graduant sa réponse. Washington justifie l'intensification chaque année des manoeuvres militaires menées avec ses alliés par la poursuite des programmes nucléaire militaire et balistique nord-coréens, tandis que la RPD de Corée répond qu'elle n'a d'autre choix pour défendre sa souveraineté que de disposer d'une capacité de dissuasion nucléaire... et donc de répondre aux menaces américaines par de nouveaux essais nucléaires et/ou tirs de missiles. 

Cette escalade des tensions traduit une impasse, dont seule une reprise du dialogue permettra de sortir. Malheureusement, à ce jour, Washington et Séoul entendent accélérer la course aux armements, en envisageant le déploiement en Corée du Sud d'armes nucléaires tactiques ainsi que l'accélération de la mise en place du système de missiles balistiques THAAD - vivement dénoncé comme une menace par la Russie et la Chine (laquelle a par ailleurs commencé à prendre des mesures de rétorsion économique vis-à-vis de la Corée du Sud suite au déploiement de THAAD) :

Washington a par ailleurs annoncé, le 5 mars, étudier la possibilité de déployer en Corée du Sud des armements nucléaires tactiques en guise de dissuasion. Séoul et Washington ont également décidé d’accélérer l’installation en Corée du Sud du Thaad (Terminal High Altitude Area Defense – système de missiles antibalistiques américain).

Le Monde, 6 mars 2017

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 17:36

Les tensions liées à la mise en place du système de missiles antibalistiques américain THAAD ont augmenté d’un cran depuis que le gouvernement chinois sanctionne les Etats-Unis à travers son allié sud-coréen - avec l'annulation notamment de visites de groupes touristiques sud-coréens en Chine prises en charge par des tours opérateurs chinois. Alors que les Etats-Unis ont encore accru la portée de leurs exercices de guerre annuels menés en coopération avec l'armée sud-coréenne (les manoeuvres militaires "Foal Eagle" ont démarré le 1er mars 2017 pour une durée de deux mois, impliquant 300 000 hommes et le porte-avions à propulsion nucléaire USS Carl Vinson, avant l'exercice de commandement "Key Resolve", basé sur une simulation informatique, qui débutera le 13 mars), la péninsule est à nouveau le théâtre d’un combat qui la dépasse et dont elle serait la principale victime en cas de conflit ouvert. Nous publions ci-après le témoignage et l'analyse d'un Français ayant vécu en République de Corée (Corée du Sud), pour rendre compte des enjeux géopolitiques et sécuritaires dans lesquels est impliquée la péninsule coréenne.

Les croix des églises chrétiennes illuminent le ciel de la nuit séoulite.

Les croix des églises chrétiennes illuminent le ciel de la nuit séoulite.

« Le premier centimètre c’est le plus dur, le plus coûteux... pour les suivants ça va tout seul ! » Louis-Ferdinand Céline, 1937

Les élites sud-coréennes mais également une grande partie de sa population qui subissent des atteintes incessantes à la souveraineté et aux intérêts fondamentaux de la nation semblent s’être depuis longtemps résignées à cet état de fait.

Il est ainsi difficile de trouver des opposants à la présence américaine au Sud qui s’apparente de bien des manières à une occupation militaire. S’opposer aux Etats-Unis, c’est être un communiste en puissance et donc l’ennemi de la nation.

La télévision et la culture pop inondant le pays ont fini de réduire le peu d’esprit critique qui restait en abreuvant la population de programmes d’une rare indigence ("le temps de cerveau disponible", aurait-on dit dans un autre contexte), esprit critique déjà mis à mal par la loi sur la sécurité nationale, toujours en vigueur en 2017.

Les Américains sont ainsi au Sud en terrain conquis ayant transformé Séoul en une réplique asiatique d’une de leurs banlieues où les myriades d’enseignes américaines, inconnues des Européens, font concurrence aux églises évangélistes dont les néons la nuit ne manquent pas de surprendre le touriste se rendant dans le pays pour la première fois.

On comprend qu'au final les manifestations n'aient pas été plus importantes concernant le déploiement du système de missiles antibalistiques américain THAAD.

Ce dernier sous prétexte de fournir une défense contre une attaque nucléaire du Nord (qui de l’aveu même des faucons de Washington n’a aucune chance de se produire, les dirigeants en poste à Pyongyang étant tout sauf suicidaires) est en fait un élément central dans la guerre froide qui va en s’intensifiant entre les Etats-Unis et la République populaire de Chine.

Une nouvelle bipolarisation du monde est en marche et la péninsule coréenne de par sa position stratégique va, malgré elle, être amenée à nouveau à y jouer un rôle crucial.

"L'avenir se décide dorénavant en Asie" (Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américaine, 2011).

"L'avenir se décide dorénavant en Asie" (Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américaine, 2011).

Après les catastrophes successives issues de la politique arabe des néo-conservateurs américains et la résistance de plus en plus forte des pays d’Amérique latine face à l’ingérence venue du Nord dans leur politique et leur économie, les Etats-Unis ont choisi de recentrer leurs efforts impérialistes en Asie.

Le choix de cette zone est tout sauf anodin, car ce qui peut sembler nouveau dans le jeu diplomatique américain est en fait un retour à l’ordre antérieur où dans un climat de guerre froide, ils y combattaient déjà « la tyrannie communiste » en s'érigeant en chevaliers du monde libre dans les années 1950, sur le sol de la péninsule coréenne.

Le continent asiatique a toujours été en ligne de mire de Washington, y voyant au mieux un futur débouché commercial, mais plus souvent un territoire où placer des dirigeants soumis à leurs intérêts, ne coïncidant que rarement avec ceux des populations.

Cette idéologie, qui cache bien entendue une volonté d’hégémonie, a subtilement été transposée par le complexe militaro-industriel avide de conflits armés à un certain nombre de pays arabes laïcs qui ont ainsi subi la vindicte américaine, avec des résultats inquiétants en termes de démocratie, de stabilité et de légitimité des nouveaux pouvoirs mis en place dans les années 2000.

Le cas de la Libye et de son chef d’Etat le colonel Mouammar Kadhafi a été suivi attentivement depuis Pyongyang, les autorités nord-coréennes y avant vu, à raison, la preuve que l’on ne pouvait pas faire confiance aux dirigeants occidentaux.

En 2003, la Libye a en effet été poussée par les Américains à abandonner son programme nucléaire en échange de la normalisation des relations diplomatiques et du retrait de la Libye de la liste des pays soutenant le terrorisme.

On se souvient tous ainsi de ces images insolites du dirigeant libyen plantant sa tente sur la pelouse d’un célèbre palace parisien avant de rencontrer en grande pompe le Président Nicolas Sarkozy.

Quelques années plus tard, les avions de chasses de ces mêmes pays devenus théoriquement non-hostiles bombardaient l’armée légale libyenne en soutien à une rébellion constituée en grande partie d’islamistes qui ne reculent pas dans l'emploi de procédés terroristes pour s'opposer à l'Occident. A contrario, si Mouammar Kadhafi et Saddam Hussein avaient été en possession d’un arsenal nucléaire, même minime, ily a fort à parier qu'ils seraient toujours aux commandes de leurs pays respectifs.

Avant et après : la leçon libyenne.Avant et après : la leçon libyenne.

Avant et après : la leçon libyenne.

Cette expérience a renforcé Pyongyang dans sa volonté d’assurer sa sécurité par l’arme atomique, gage ultime de sa sécurité et de son indépendance en conformité avec l’idéologie du Juche, au cœur de la politique nord-coréenne.

Dans les négociations qu'elles proposent à leurs adversaires stratégiques, les autorités nord-coréennes ne parlent ainsi plus d’une dénucléarisation du pays mais d’un gel de leur production d’armes nucléaires moyennant des contreparties - et en particulier de véritables garanties de sécurité. La Corée du Nord est et veut désormais être reconnue comme une puissance nucléaire, engageant des pourparlers directs avec les Etats-Unis - sans le Japon, ni la Corée du Sud, soumis aux intérêts américains.

Les Etats-Unis sont en effet chez eux au sud de la zone démilitarisée et s’y comportent comme puissance occupante depuis 1945, bien aidés par leurs alliés fidèles que sont les conservateurs sud-coréens, héritiers de dictatures militaires - qui étaient d'ailleurs parfois plus indépendantes des Etats-Unis.

Dans cet ordre d'idées, il est logique que les conservateurs n’aient rien trouvé à redire à la mise en place du système de missile THAAD qui selon eux renforce la « coopération » militaire américano-coréenne, qu’ils considèrent, non sans raison, comme étant le fondement de la politique de défense de la République de Corée.

Les Etats-Unis étant en perte de vitesse sur le continent asiatique comptent ainsi sur une remilitarisation du nord-est du continent pour y rétablir un rapport de forces en leur faveur, la cible n’étant plus l’Union Soviétique (bien que la Russie commence à y regagner une certaine influence) mais la Chine, plus grande puissance régionale qui tente non sans succès de reprendre sa place d’Empire du Milieu.

Les Américains, bien qu'éloignés de cette région du globe à la fois géographiquement et culturellement, ont à la faveur de la défaite japonaise de 1945, pris pied dans l'archipel nippon, et au Sud de la péninsule coréenne - leur intérêt n'étant évidemment pas de quitter ces postes avancés.

GIs à Panmunjom.

GIs à Panmunjom.

La division du pays constitue finalement une aubaine pour les deux grandes puissances.

Les Etats-Unis jouent sur la peur de la Corée du Nord pour introduire en Corée un arsenal de guerre impressionnant qui serait bien entendu inacceptable en temps de paix ou même de guerre froide (comme en avait témoigné la crise des missiles de Cuba en 1962), tandis que la Chine qui n'est certes pas favorable au programme nucléaire nord-coréen préfère cet état de fait à une réunification du pays qui deviendrait vraisemblablement pro-américain et fortement nationaliste, risquant de ce fait de réveiller les velléités indépendantistes des nombreuses minorités qui constituent sa population, en premier lieu la forte population ethnique coréenne présente entres autres dans la province du Yanbian.

Enfin, Séoul bénéficie grâce à la présence des GI’s sur son sol d’une défense militaire à moindre coût (ce que Donald Trump durant sa campagne avait déclaré vouloir remettre en cause) et son développement économique a été soutenue dans une relation de subordination envers les Américains - la Corée du sud ayant apporté le deuxième plus important contingent de soldats lors de la guerre du Vietnam, après les Etats-Unis.

Il reste à voir quel sera l’impact à moyen et long termes du déploiement de THAAD en Corée du Sud, qu'on peut considérer comme une nouvelle crise des missiles - alors que l'attitude conciliante de Nikita Khrouchtchev en 1962 avait contribué à sa mise à l'écart.

Pour sa part, la RPD de Corée avait compris à cette occasion que jamais l’URSS ne s’engagerait dans un conflit armé contre les Etats-Unis et qu’elle devait de ce fait assurer par elle-même sa défense. L'augmentation importante du budget militaire nord-coréen a été une conséquence directe de la crise des missiles de Cuba.

Il est probable que la même analyse puisse être faite en 2017 (avec la Chine dans le rôle de l'URSS), la Chine n'étant pas encline à intervenir militairement en Corée, contrairement à l'intervention des volontaires chinois lors de la guerre de Corée (1950-1953). Elle fera cependant tout pour contrecarrer les plans de Washington, et bien que Séoul soit maintenant beaucoup plus proche d’un point de vue économique voire idéologique de Pékin, elle visera à défendre Pyongyang, refusant  une réunification qui mettrait clairement en péril l’équilibre régional au profit des Américains.

L’intérêt des Coréens du Sud comme du Nord dans ces querelles d’hégémonies semble bien loin, l'histoire de la Corée victime des appétits des grandes puissance se répétant une nouvelle fois .

La position stratégique de la péninsule est trop importante pour qu’elle soit laissée à un peuple qui n'en a jamais agressé un autre, fort d'une histoire plusieurs fois millénaire, et que les puissances ont divisé pour mieux régner depuis maintenant plus de 70 ans.

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 20:18

Le 25 février 2017 le département d'Etat américain a refusé d'accorder des visas d'entrée aux Etats-Unis à une délégation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) conduite par Choe Son-hui, directrice de l'Amérique du Nord au ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, et qui aurait dû rencontrer d'anciens responsables américains à New York début mars. En refusant ainsi de maintenir des canaux de contact informel avec la RPD de Corée, l'administration Trump porte une responsabilité claire dans le refus du dialogue et la détérioration des relations internationales en Asie du Nord-Est.

Kim Kye-gwan, vice-ministre des Affaires étrangères de RPDC, et Choe Son-hui, directrice de l'Amérique du Nord au ministère des affaires étrangères de RPDC

Kim Kye-gwan, vice-ministre des Affaires étrangères de RPDC, et Choe Son-hui, directrice de l'Amérique du Nord au ministère des affaires étrangères de RPDC

En l'absence de relations directes continues entre Washington et Pyongyang, les rencontres d'officiels nord-coréens avec d'anciens responsables américains jouent un rôle utile de maintien des échanges et du dialogue - la partie nord-coréenne pouvant ainsi faire part de ses intentions à la partie américaine qui, en ce qui la concerne, ne représente pas l'administration américaine, ainsi libre ensuite de donner suite (ou non) aux propositions formulées par la RPD de Corée. De tels canaux de dialogue sont un facteur de paix et de stabilité en Asie du Nord-Est, que l'administration Obama a toujours maintenus - en dépit de sa politique de sanctions toujours accrues à l'égard de la Corée du Nord. Des échanges - qu'il faut donc qualifier d'informels - ont ainsi eu lieu entre Washington et Pyongyang en octobre 2016 à Kuala Lumpur, puis en novembre 2016 à Genève.

Les refus de visa n'ayant pas à être motivés, le département d'Etat américain n'a pas donné les motifs de son refus d'entrée sur le territoire des Etats-Unis de la délégation nord-coréenne qu'aurait conduite Choe Son-hui.

Cette décision de l'administration Trump signe une fin de non-recevoir à la proposition de la Corée du Nord, formulée dans un commentaire publié par le quotidien du Parti du travail Rodong Sinmun, que les Etats-Unis revoient leur politique "hostile" à l'égard de Pyongyang. Selon le quotidien,

L’actuelle administration américaine doit prendre une décision courageuse pour changer sa politique au lieu de suivre la politique d’hostilité contre la Corée du Nord qui échoue totalement.

Sources :

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