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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 19:16

Alors que les tensions en Corée ont encore monté d'un cran avec le déploiement effectif en Corée du Sud du dispositif américain de missiles antimissile THAAD (dont la Chine a demandé la suspension "immédiate"), le Président américain Donald Trump a créé la surprise en déclarant, lors d'un entretien le 1er mai 2017 avec Bloomberg dans le bureau Ovale, qu'il était prêt à rencontrer son homologue nord-coréen Kim Jong-un. Mais un tel sommet est-il possible, à quelle échéance et sous quelles conditions ? Décryptage.

Donald Trump, lors de son entretien avec Bloomberg le 1er mai 2017

Donald Trump, lors de son entretien avec Bloomberg le 1er mai 2017

Pour apprécier à leur juste mesure les déclarations de Donald Trump, commençons déjà par les citer exactement :

S'il était approprié pour moi de rencontrer [Kim Jong-un], je le ferais tout à fait, je serais honoré de le faire (...) La plupart des hommes politiques ne le diraient jamais, mais je vous dis que dans les circonstances appropriées, je le rencontrerais. Nous avons un scoop.

Si ce n'est pas la première fois que Donald Trump évoque un possible sommet avec le Maréchal Kim Jong-un, il ne s'était jamais exprimé aussi clairement depuis son investiture - alors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à une série récente de tirs de missiles balistiques. Ce changement de ligne a d'ailleurs été salué par la Chine (pour le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, "nous avons pris note des déclarations de la partie américaine et des signaux positifs qu’elles transmettent") - alors que Pékin déploie d'importants efforts diplomatiques en appelant toutes les parties à la retenue, pour prévenir les risques réels d'escalade militaire dans la péninsule. Par ailleurs, Donald Trump et Vladimir Poutine - lui aussi favorable au retour au dialogue - ont eu un échange téléphonique dans lequel ils ont évoqué, entre autres, les situations en Syrie et en Corée.

Les revirements rapides de position de l'administration Trump incitent à la prudence : conformément à ses déclarations de campagne, le chef d'Etat américain a annoncé que Séoul devrait payer le prix du déploiement de THAAD. Face à la levée de boucliers qu'une telle annonce a suscité en Corée du Sud, Washington a opéré un repli - qui n'est peut-être que tactique, dans l'attente de négociations sur les conditions financières de la présence américaine en Corée du Sud. Les Sud-Coréens devront s'habituer à une administration présidentielle américaine plus imprévisible.

Par ailleurs, des conditions à une rencontre au sommet sont posées par la partie américaine : Donald Trump est prêt à un tel sommet "dans les circonstances appropriées" - lesquelles ne sont manifestement pas réunies aujourd'hui. Alors que les attentes de Pyongyang sont bien connues (dans un premier temps, suspendre ses activités nucléaires et balistiques en contrepartie d'un allègement des sanctions ou que soient stoppés les exercices de guerre américano-sud-coréens, engager de vraies négociations pour un traité de paix avec des garanties de non-agression...), Washington n'a fait aucun geste : pis, elle conduit les plus grandes manoeuvres militaires au monde et accélère le déploiement de THAAD dans le but manifeste de mettre le (la) futur(e) président(e) sud-coréen(ne), qui sera élu(e) le 9 mai, devant le fait accompli. Si Donald Trump ne donne pas des signes concrets d'ouverture, ses espoirs d'un sommet bilatéral risquent de n'avoir guère plus de consistance que ceux qu'entretenait naguère le président conservateur sud-coréen Lee Myung-bak (2008-2012) qui, après avoir mis fin à la quais-totalité des échanges intercoréens, a tenté (en vain) d'organiser un sommet intercoréen. Il est ainsi temps que, au sein de l'administration Trump, émergent des intermédiaires crédibles d'un dialogue avec Pyongyang, qui seraient à même de gagner la confiance des autorités nord-coréennes. Assurément, un tel processus prendra du temps, en semaines ou plus probablement en mois - indépendamment de la façon de négocier de Donald Trump, très commercial (comme l'a relevé le Kremlin), privilégiant les relations interpersonnelles et n'hésitant pas à manier une plus grosse carotte et à agiter un plus gros bâton que ne le faisaient ses prédécesseurs à la Maison Blanche.

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 16:26

La politique nord-coréenne de Barack Obama avait été qualifiée de "patience stratégique", dans la mesure où elle ne visait pas un conflit direct avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), mais consistait à attendre, sinon un changement de politique de Pyongyang en matière d'essais nucléaires et balistiques sous l'effet de sanctions internationales toujours accrues, du moins un effondrement de la RPD de Corée. Face à l'échec de cette stratégie, Donald Trump avait dit qu'il mènerait une autre politique - mais sans préciser laquelle. De fait, il a repris l'essentiel des pratiques de l'administration Obama - intensifier les manoeuvres militaires, accélérer la course aux armements (notamment le déploiement en Corée du Sud du système de missiles THAAD), accroître toujours plus les sanctions contre la RPD de Corée et faire pression sur la Chine pour leur application - sans aller (du moins à ce jour) jusqu'à la confrontation, en n'hésitant pas à pratiquer le bluff. Sauf que Donald Trump manifeste aussi, à la différence de Barack Obama, des signes d'impatience, appelant aussi plus ouvertement à un changement de régime de Pyongyang : en un mot, la position américaine a glissé de la patience à l'impatience stratégique, avec son cortège d'imprévisibilité et de risques accrus de guerre.

Donald Trump "Puis-je appuyer sur le bouton maintenant ?", son interlocuteur "Non, Monsieur le Président", D. Trump : "Et maintenant ?", son interlocuteur "Non, Monsieur le Président", etc.

Donald Trump "Puis-je appuyer sur le bouton maintenant ?", son interlocuteur "Non, Monsieur le Président", D. Trump : "Et maintenant ?", son interlocuteur "Non, Monsieur le Président", etc.

Le 25 avril 2017, à l'occasion de la célébration du 85e anniversaire de la fondation de l'Armée populaire de Corée, la RPD de Corée a mené des exercices de tir de grande envergure autour du port de Wonsan. Comme en écho, le lendemain les Etats-Unis et la République de Corée (Corée du Sud), dans le cadre de leurs manoeuvres conjointes, ont mené eux aussi des exercices de tir à Pocheon, dans la province du Gyeonggi, qui ont impliqué plus de 3 000 soldats des deux pays, des hélicoptères d'attaque Apache AH-64E et des véhicules de combat Bradley M1A2. Si les médias occidentaux aiment à montrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un supervisant les manoeuvres et les tirs de son pays, nous avons appris, à l'occasion d'une publicité peu ordinaire des exercices américano - sud-coréens soulignée par l'agence Yonhap ("c'est la première fois que des exercices de tirs ont été montrés au public"), que les dirigeants sud-coréens étaient impliqués de la même manière que leurs homologues nord-coréens : selon Yonhap, "le président par intérim et le Premier ministre Hwang Kyo-ahn, le ministre de la Défense Han Min-koo, plusieurs milliers de résidents locaux et des journalistes ont observé cet exercice".

Mais les Etats-Unis veulent aller encore plus loin : le 25 avril 2017, de nouveaux équipements du dispositif Terminal High Altitude Area Defense (THAAD) sont arrivés en Corée du Sud, en particulier des équipements radar. THAAD consiste à détruire les missiles balistiques de portée moyenne ou intermédiaire en phase finale d'approche  en s'écrasant contre eux (hit-to-kill). La Chine a fait part aux Etats-Unis de ses graves préoccupations dans un contexte de montée des tensions, en appelant Washington et Séoul à arrêter le déploiement de THAAD. Lors de la conférence annuelle de Moscou sur la sécurité internationale, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, a critiqué THAAD comme constituant un "facteur extrêmement déstabilisant" en Asie du Nord-Est, en appelant à ne pas avoir "la main lourde", faute de quoi les conséquences pourraient être "catastrophiques". Pékin - qui, comme la Russie, a déployé des troupes près des frontières coréennes - a été encore plus explicite sur l'origine des tensions, en appelant ouvertement Washington à la retenue. Signe manifeste d'un agacement chinois vis-à-vis des Etats-Unis, alors que Pékin avait suspendu pendant trois semaines ses vols à direction de et vers la Corée, ceux-ci viennent de reprendre.


Alors que Pyongyang a utilisé une rhétorique guerrière (elle s'est déclarée prête à répondre aux menaces américaines, en diffusant une vidéo montrant une attaque balistique contre les Etats-Unis), l'administration de Donald Trump a annoncé qu'elle procèderait à un test de missile balistique intercontinental (ICBM) à tête nucléaire Minuteman III. Si ces essais ont lieu en moyenne quatre fois par an, le moment semble particulièrement mal choisi. En outre, selon David Krieger, président de la Fondation pour l'âge de la paix nucléaire, la politique américaine - consistant à faire ce qu'elle interdit aux autres - témoigne d'un "deux poids, deux mesures évident", selon l'expression de l'agence russe RT. D'après David Krieger,

[Les Américains] voient leurs propres tests comme justifiés et utiles, alors qu'ils considèrent ceux de la Corée du Nord comme menaçants et déstabilisants (...) Ce dont nous avons besoin, c'est de diplomatie plutôt que de provocations militaires (...) Les menaces, que ce soit sous forme de tweets, de groupes de porte-avions à capacité nucléaire ou d'essais de missiles nucléaires, ne font qu'augmenter les dangers pour nous tous.

Si la diplomatie consiste bien à prévenir les provocations militaires et à éviter les actions déstabilisatrices, espérons que les dirigeants occidentaux sauront faire preuve de sang-froid vis-à-vis de leur collègue Donald Trump en l'incitant à la retenue, alors que lui-même et les membres de son administration ont engagé une tournée diplomatique dont nous pouvons subodorer le but : obtenir le blanc-seing d'une improbable "communauté internationale" pour engager une guerre, le moment venu. La paix est en danger, mobilisons-nous !

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 18:54

La semaine dernière, l'annonce que l'USS Carl Vinson (un des plus grands navires de guerre américain) serait au large de la Corée pour dissuader d'une éventuelle initiative nord-coréenne (essai nucléaire, lancement d'un missile balistique intercontinental...) - qui n'a pas eu lieu - avait suscité de nombreux commentaires quant à l'imminence d'un conflit. Sauf que l'USS Carl Vinson ne s'est jamais approché de la Corée, dans la région de laquelle il ne parviendra qu'aux alentours du 25 avril - comme prévu de longue date dans le cadre des exercices militaires américano - sud-coréens. Retour sur un immense bluff de l'administration Trump.

L'USS Carl Vinson dans le détroit de la Sonde

L'USS Carl Vinson dans le détroit de la Sonde

Comme l'a indiqué l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, au moment où le Président américain Donald Trump menaçait la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) d'une réaction sans précédent en cas de nouvel essai nucléaire ou de lancement d'un missile balistique intercontinental, l'instrument supposé de cette riposte - le bâtiment USS Carl Vinson - se trouvait en réalité à des milliers de kilomètres au sud de la péninsule coréenne, dans le détroit de la Sonde :

Mais à ce moment précis, le porte-avions en question, l’USS Carl Vinson, était dans le détroit de la Sonde, selon une photo diffusée et une légende indiquant que «l’USS Carl Vinson (CVN 70) est en transit dans le détroit de la Sonde. Un déploiement dans le Pacifique Ouest du groupe aéronaval d’attaque du porte-avions Carl Vinson est prévu».

http://french.yonhapnews.co.kr/international/2017/04/19/0400000000AFR20170419001100884.HTML

Alors pourquoi ces rodomontades ? Dans le but manifestement de montrer que lui, Donald Trump, n'inscrirait pas ses pas dans ceux de son prédécesseur Barack Obama sur la question nord-coréenne. Et qu'importe si le mensonge devait finalement être éventé : le temps médiatique a ses raisons. L'annonce de Donald Trump donnant des coups de menton a reçu un écho bien plus important que les révélations sur la manipulation de l'opinion publique concernant le porte-avions Carl Vinson, et c'est bien tout ce qui compte. A toutes fins utiles, de nouveaux éléments de langage ont été servis aux médias internationaux qui ont docilement suivi la feuille de route de l'administration US, à savoir que le Carl Vinson aurait finalement changé de cap et sera de toute manière au large de la Corée autour du 25 avril.

Des images satellite auraient facilement révélé la supercherie. Mais si en ce domaine le site étonnamment bien informé 38 North nous indique en temps réel les prochains essais ou tirs de missile nord-coréens (réels ou supposés), dans le cas américain les mêmes sources se taisent. S'agissant des Etats-Unis, il est interdit de toucher au secret-défense ; dans l'autre cas, nous avons à faire à la stratégie classique de manipulation de l'opinion publique, via les médias dits de référence, par le Pentagone et le département d'Etat.

Mais il y a peut-être aussi une autre raison, plus pragmatique : le Président Donald Trump trouve soudain de nombreuses vertus à la politique chinoise envers la RPD de Corée - après n'avoir cessé de critiquer Pékin pour sa gestion du dossier nord-coréen). Pour ce faire, rien ne vaut une preuve patente de l'estime qu'on a pour son nouveau partenaire : et si Donald Trump avait délibérément menti à l'opinion publique américaine et internationale dans le seul but de s'afficher avec la Chine qui aurait finalement su, en tout état de cause, grâce aux moyens militaires dont elle dispose, la réalité sur le USS Carl Vinson ? Après les revirements de position sur la Russie et la Syrie, Donald Trump n'est plus à un retournement de veste près. Jusqu'au prochain coup de tête de l'imprévisible président américain.

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 16:11

Alors que nombre d'experts prédisaient que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) procèderait à un tir de missile balistique intercontinental, voire à un nouvel essai nucléaire, à l'occasion du 105e anniversaire de la naissance de son fondateur, le Président Kim Il-sung, le 15 avril 2017, Pyongyang a finalement effectué un tir de missile de courte ou moyenne portée - comme elle le fait tous les mois ou deux mois - dans la matinée du 16 avril 2017 (et non pas un essai nucléaire comme a cru bon de l'écrire 20 minutes... illustrant la difficulté  du métier de journaliste consistant à savoir lire et reproduire les dépêches AFP). Selon les militaires américains et sud-coréens, cet essai a échoué. Cette nouvelle étape dans l'escalade militaire autour de la péninsule coréenne fait apparaître qu'il s'agit d'une riposte nord-coréenne graduée face aux manœuvres militaires en cours conduites de manière également très régulière par les Etats-Unis et leurs alliés (malgré le silence éloquent de la plupart des médias occidentaux). L'administration Trump refuse de rendre public le contenu des mesures qu'elle envisagerait de prendre (le cas échéant unilatéralement), suivant une attitude renforçant toujours davantage le danger d'une escalade vers la guerre.

Une parade militaire a été organisée par la RPD de Corée à l'occasion de la fete nationale du 15 avril 2017.

Une parade militaire a été organisée par la RPD de Corée à l'occasion de la fete nationale du 15 avril 2017.

C'est à un nouvel essai de missile, d'une portée inconnue (courte ou moyenne portée ?), auquel a procédé la RPD de Corée le 16 avril 2017. Manifestement, Pyongyang a entendu riposter à l'envoi du porte-avions nucléaire USS Carl Vinson au large de la péninsule coréenne : une initiative fortement médiatisée de l'administration américaine (bien qu'en rien nouvelle), qui visait à dissuader Pyongyang de procéder au lancement d'un missile intercontinental (ICBM) ou à un nouvel essai nucléaire. Et de fait, la RPD de Corée n'a ni testé pour la première fois un ICBM, ni procédé à un sixième essai nucléaire. Il n'empêche : le fait que la RPD de Corée refuse de se soumettre aux injonctions de Washington est insupportable à l'administration américaine, qui a déclaré qu'elle se rapprochait de la Chine - et cru bon de préciser que Donald Trump, adepte des tweets intempestifs, n'avait pas de commentaires à faire. La diplomatie secrète, qui a conduit au carnage de la Première guerre mondiale, a encore des beaux restes parmi les néo-conservateurs américains partisans de faire la guerre aux quatre coins de la planète.

Le tir nord-coréen est intervenu après l'arrivée en République de Corée (Corée du Sud) du vice-président américain Mike Pence.

En réalité, face à l'imprévisible Donald Trump capable de frapper de manière unilatérale la Syrie (qu'il confond par ailleurs avec l'Irak...) alors même qu'il recevait le Chinois Xi Jinping, il serait irréaliste et dangereux pour la RPD de Corée de se soumettre au bon vouloir erratique du chef des armées de la première puissance militaire mondiale, qui hésite entre attaquer la Corée du Nord, saboter son système de défense ou assassiner son dirigeant. La RPD de Corée a des raisons légitimes de vouloir se protéger de ces menaces en développant une capacité de dissuasion nucléaire crédible, c'est-à-dire s'appuyant sur des capacités balistiques éprouvées. Tel était le sens de l'essai du 16 avril, tout échec étant par lui-même riche d'enseignements en ce domaine.

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:09

Au lendemain des frappes américaines en Syrie et d'un sommet avec la Chine, les Etats-Unis de Donald Trump ont opéré une démonstration de force au large de la péninsule coréenne en y déployant le porte-avions polyvalent à propulsion nucléaire USS Carl Vinson qui, avec ses 100 000 tonnes, est un des plus grands navires militaires au monde. Alors que les Nord-Coréens ont fait savoir qu'ils étaient "prêts à la guerre", l'inquiétude grandit sur cette nouvelle imprudence - certains diront, cette nouvelle provocation - de l'administration américaine qui élève le risque d'un conflit armé majeur causant des millions de morts, alors que le danger de guerre dans la région a atteint son paroxysme depuis des décennies. 

Qui veut la guerre en Corée ?

Les exercices de guerre ne font jamais bon ménage avec la paix : alors qu'ils sont actuellement engagés dans les plus grandes manoeuvres militaires au monde avec les troupes sud-coréennes, les Etats-Unis ont jugé utile de déployer dans la péninsule coréenne le porte-avions USS Carl Vinson - officiellement pour dissuader Pyongyang de procéder à un nouvel essai nucléaire ou un nouveau tir balistique à la veille du 105e anniversaire de la naissance du Président Kim Il-sung, qui sera célébré le 15 avril 2017. La réalité de l'équilibre des forces est bien évidemment autre. La RPD de Corée n'a pas plus de raisons aujourd'hui qu'hier de procéder à une attaque contre l'un ou l'autre de ses voisins, renforçant sa capacité de dissuasion nucléaire pour prévenir toute agression par la superpuissance américaine après avoir tiré les leçons des guerres en Irak et en Libye. En revanche, avec leur frappes en Syrie les Etats-Unis n'ont pas caché que, pour leur part, ils ne font que très peu de cas de la légalité internationale et du cadre des Nations Unies (ni même d'une autorisation parlementaire, Donald Trump ayant fait passer une mesure dès janvier 2017 lui permettant de procéder à une première frappe nucléaire dite "préventive", sans l'aval du Congrès), s'arrogeant le droit de frapper qui il voulait quand il voulait.

Mais la Corée du Nord a un potentiel militaire bien supérieur à celui du gouvernement syrien, en proie à une guerre civile internationalisée. C'est ce qu'a observé à juste titre le congressiste démocrate Ted Lieu, élu de Californie, réserviste de l'armée de l'air :

A la différence de la Syrie, la Corée du Nord a des bombes et peut faire pleuvoir son artillerie sur la Corée du Sud. Vous faites n'importe quoi et des millions de personnes peuvent mourir dans la péninsule coréenne.

A ceux qui, en France ou ailleurs, applaudissent bruyamment aux frappes américaines en Syrie, l'Association d'amitié franco-coréenne adresse cette mise en garde : en encourageant l'administration américaine à agir unilatéralement, vous vous comportez en alliés objectifs des faucons américains qui veulent semer la guerre partout dans le monde. Si un conflit éclatait par votre légèreté, vous auriez à répondre de votre irresponsabilité devant les familles des trop nombreuses victimes innocentes d'un conflit que l'on peut et doit empêcher, pour peu que l'opinion publique internationale se mobilise pour refuser une escalade mortifère.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 19:00

Le 7 avril 2017, les tirs en Syrie de 59 missiles de croisière Tomahawk par les navires américains USS Porter et USS Ross contre les forces loyales au Président Bachar el-Assad ont révélé que, conformément au remaniement de ses équipes de conseillers, le président américain Donald Trump entendait  adopter une ligne encore plus militariste et interventionniste que son prédécesseur Barack Obama. L'initiative en Syrie a ainsi posé la question d'une éventuelle aventure militaire en Corée - mais sur ce sujet les Etats-Unis ont d'abord sondé la Chine, lors d'une rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping dans le complexe hôtelier de Mar-a-Lago, en Floride, dont peu d'éléments ont filtré - faisant ainsi renaître la détestable pratique de la diplomatie secrète, qui a été l'une des causes majeures du déclenchement de la Première guerre mondiale. 

Sommet Xi Jinping - Donald Trump à Mar-a-Lago.

Sommet Xi Jinping - Donald Trump à Mar-a-Lago.

Loin de réfréner les ardeurs de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à poursuivre son programme nucléaire et balistique, l'attaque militaire américaine en Syrie a bien au contraire conforté les dirigeants nord-coréens dans leur volonté de doter leur pays d'une force de dissuasion nucléaire crédible face à l'imprévisible Donald Trump. Tout en dénonçant l' "agression américaine" et une violation de la souveraineté nationale de la Syrie, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, cité par l'agence nord-coréenne KCNA, a ainsi déclaré :

L'attaque de missiles américains visant la Syrie constitue un acte d'agression flagrant et impardonnable à l'encontre d'un État souverain, que nous condamnons fermement (...) Ce qui se passe aujourd'hui témoigne du fait que notre décision de renforcer notre puissance militaire était un choix un million de fois juste.

https://fr.sputniknews.com/international/201704081030806789-syrie-etats-unis-attaque-coree-du-nord/

Plus que la Syrie, c'est toutefois vers le sommet Xi Jinping - Donald Trump que se sont tournés les regards des observateurs pour savoir si, comme il l'avait menacé, le Président américain prendrait l'initiative d'agir seul si la République populaire de Chine n'adoptait pas une position plus dure vis-à-vis de Pyongyang.

A cet égard, les communiqués très convenus publiés par chacune des deux parties ne permettent guère de connaître la teneur exacte des échanges - et encore moins sur la question coréenne (très certainement abordée) que sur d'autres dossiers.

Au-delà des exercices habituels d'autosatisfaction de Donald Trump
(celui-ci a déclaré : "je pense que nous avons accompli d'immenses progrès dans nos relations avec la Chine" et s'est extasié d'avoir eu une relation "extraordinaire" avec son homologue chinois), ce que révèle le communiqué chinois de l'agence Xinhua - Pékin étant plus transparent que Washington dans le contenu de ces discussions - est le primat accordé aux questions économiques et commerciales (les vives critiques de Donald Trump contre la Chine en ce domaine ayant été l'un de ses thèmes de campagne). La partie chinoise a aussi insisté sur l'importance de renforcer la coopération et les mécanismes de dialogue sur les questions stratégiques, dans une critique à peine voilée contre toute tentation d'agir unilatéralement des Chinois alors que l'attaque américaine en Syrie est intervenue pendant la rencontre au sommet. Selon Xinhua,

[Xi Jinping] a proposé que les deux parties lancent les programmes d'échanges annuels convenus et mettent en place ou améliorent le mécanisme de notification mutuelle en cas d'opération militaire majeure ainsi que le code de conduite en cas de rencontre militaire navale ou aérienne.

Dans l'immédiat, il est très probable que la Chine, qui a surtout cherché à comprendre l'administration Trump lors de ce premier échange avant de réajuster sa politique américaine, réactivera notamment ses contacts avec Pyongyang en veillant, une nouvelle fois, à abaisser le niveau des tensions à sa frontière coréenne.

Quant aux Etats-Unis, ils ont laissé filtrer dans les médias ce que pourraient être les nouvelles options (précisons-le : à ce stade, à l'étude, faute de consensus) de leur politique coréenne. Selon NBC News, citant les travaux du Conseil de sécurité national américain, ces pistes consistent tout d'abord à envisager le redéploiement d'armes nucléaires américaines en Corée du Sud, où elles ont été retirées au début des années 1990. Comme le soulignent les auteurs de l'article de NBC News, cette action sans précédent depuis la fin de la guerre froide, constitueraient un "geste indéniablement provocateur".

Autre provocation américaine sur la table : assassiner le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, reprenant ainsi le thème d'un nanar qui avait notamment eu comme rôle d'accréditer les opinions publiques occidentales à cette hypothèse, ces dernières étant par ailleurs manipulées sur la vraie origine du piratage des studios Sony Pictures qui ont produit le film (dans la bataille pour la désinformation, les bruits de bottes contre la Corée du Nord se sont d'ailleurs opportunément accompagnés d'une relance de la campagne de dénigrement attribuant à la Corée du Nord le piratage et le casse de la Banque centrale du Bangladesh).

Toujours dans le domaine de la manipulation, la troisième option avancée par le Conseil national de sécurité américain porte, précisément, sur le sabotage et l'infiltration de la Corée du Nord pour détruire leurs infrastructures et empêcher les progrès balistiques (avant d'aller encore plus loin - par une action de déstabilisation interne de type guérilla - dans un deuxième temps ?). Les supplétifs sud-coréens des Etats-Unis seraient affectés à ces basses besognes.


En tout état de cause, pour l'administration Trump la guerre avec la Corée du Nord semble déjà décidée et il ne resterait plus à en définir que le calendrier et les modalités - ce qui ne manque pas d'inquiéter nombre de responsables et anciens responsables américains face à une décision irréfléchie et déraisonnable.

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 15:45

Dans un article du Japan Times publié le 3 avril 2017, Jesse Johnson a longuement cité William Perry, ancien secrétaire à la Défense sous l'administration Clinton (1994-1997) pro-japonais, qui insiste sur la nécessité d'une approche réaliste concernant la question nord-coréenne - en évitant les postures idéalistes. Nous avons traduit cet article en français (grâce à BA) dans la mesure où il illustre, dans une publication japonaise, l'actuel dilemme de l'administration Trump vis-à-vis de Pyongyang (même si W. Perry doute que l'administration Trump suive ses recommandations de reprise du dialogue) : à la fois envisager un dialogue avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) sur des positions réalistes (en particulier, rechercher la non-prolifération et un gel des programmes militaires plutôt qu'un improbable abandon à ce stade de ses armes nucléaires par la RPDC, proposer un moratoire des essais nucléaires et balistiques en contrepartie d'actions américaines sur le terrain économique ou diplomatique), éviter la guerre mais aussi renforcer la présence militaire américaine des Etats-Unis (notamment le déploiement d'armes nucléaires au Japon). Si l'AAFC partage pleinement le constat de William Peery sur l'échec des politiques nord-coréennes des Etats-Unis depuis 2000, le réalisme pragmatique et l'objectif pacifiste de William Perry, elle se démarque en revanche nettement de sa volonté de relancer la course aux armements nucléaires et balistiques dans la mesure où celle-ci est porteuse, précisément, de risques de guerre - et traduit au demeurant un certain cynisme consistant à faire ce qu'on reproche aux autres (à savoir, prendre une posture guerrière et renforcer son arsenal militaire et celui de ses alliés pour négocier en position de force). Dans ce contexte, alors que la RPD de Corée a procédé à un nouveau tir de missile de moyenne portée le 5 avril 2017, à la veille d'une rencontre aux Etats-Unis entre Donald Trump et Xi Jinping (le numéro un américain ayant réaffirmé sa solidarité avec Tokyo et menacé la Chine d'agir unilatéralement, y compris militairement, contre Pyongyang si Pékin ne se ralliait pas à la position américaine), la République de Corée (Corée du Sud) a procédé, le 6 avril 2017, à l'essai d'un missile susceptible d'atteindre tout le territoire nord-coréen : quand la Corée du Nord est sanctionnée par les Nations Unies pour son programme nucléaire et balistique, s'agissant de Séoul toutes les outrances sont non seulement permises, mais bien encouragées par Washington - comme le prouve la position de William Perry dont rend compte Jesse Jonhson pour le Japan Times. Mais si, au fond, Pyongyang ne cherchait par ses initiatives conduites depuis l'entrée en fonctions de Donald Trump à atteindre par ce moyen son objectif constant d'un dialogue direct avec les Etats-Unis ?

L’approche de l’ancien secrétaire américain à la Défense concernant la Corée du Nord : Traitez-la telle qu’elle est, pas comme vous souhaiteriez qu’elle soit

Par Jesse Johnson

Journaliste au Japan Times

Le 3 avril 2017

 

« Nous devons traiter la Corée du Nord telle qu’elle est, pas comme nous voudrions qu’elle soit. »

 

C’était la phrase clé de la préface du rapport transmis aux dirigeants japonais, sud-coréens et américains après que celui qui était alors secrétaire à la Défense des États-Unis eut effectué une visite sans précédent à Pyongyang.

 

Près de 18 ans plus tard, ces mots sonnent toujours vrais pour Perry. L’ancien secrétaire à la Défense de l’administration Clinton est devenu l’un des visages les plus connus d’un mouvement en plein essor pressant Washington, ainsi que les autres nations clés, de mettre en place des objectifs réalistes et de traiter à nouveau sur le plan diplomatique le programme nucléaire et d’armement.

 

Selon Perry, les récentes approches et stratégies concernant le Nord, manquant d’une compréhension claire des objectifs de Pyongyang, ont échoué dès leur mise en place. Le résultat a été une montée en puissance de son programme d’armement, que n'avaient prévu ni les analystes américains, ni les responsables gouvernementaux.

 

« Je crois que notre approche devrait être orienté vers une évaluation de ce que sont leurs buts » a déclaré Perry au Japan Times. « Je pense que nos négociations devraient être orientées sur ce que sont leurs buts. Nos politiques, nos stratégies, devraient être orientées vers la minimisation des dangers. Je ne pense pas que ce fut le cas précédemment. »

 

Cela pourrait inclure des compromis tels qu’un moratoire ou des accords sur l’arrêt du programme de missiles balistiques intercontinentaux en échange de rétributions, comme une aide économique ou une reconnaissance sur le terrain diplomatique.

 

Ne pas prendre en compte les motivations derrière les provocations nord-coréennes pourrait selon Perry voir les États-Unis, la Corée du Sud – et par extension le Japon – se retrouver impliqués dans un nouveau conflit coréen.

 

Dans un article écrit pour le site internet Politico, il écrit qu’il est probablement trop tard pour démanteler le programme nucléaire du Nord. À la place, il indique que le but doit être désormais de le contenir.

 

Citant Sigfried Hecker, l’ancien directeur du Laboratoire National de Los Alamos qui a visité à quatre reprises le réacteur de Nyongbyon au Nord, Perry écrit que les négociations « sont condamnées à continuer à échouer » si elles sont basées sur le principe de servir à ce que la Corée du Nord abandonne son arsenal nucléaire.

 

Il avance que les États-Unis pourraient commencer avec des objectifs plus modestes en se servant des Trois Non («Three Nos ») proposés par Hecker (1. Pas de nouvelles armes ; 2. Pas de meilleures armes ; 3. Pas de prolifération), ajoutant cela aux différentes aides offertes à Pyongyang. L’accomplissement de ces objectifs ne serait pas seulement d’une grande valeur concernant la sécurité, mais pourrait également être un « tremplin » pour des négociations à venir avec pour but ultime la dénucléarisation de la péninsule coréenne, déclare Perry.

 

Près d'un accord

 

Désigné comme étant le coordinateur de la politique nord-coréenne par Clinton en 1998, Perry a supervisé une étude qui a amené Washington à être plus proche que jamais d’un accord mettant un frein au programme nucléaire et balistique de Pyongyang.

 

Perry, qui a été décoré de l’Ordre du Soleil Levant par l’Empereur du Japon en 2002, gère maintenant le William J Perry Project, un organisme chargé d’éduquer le public sur les dangers des armes nucléaires. Il donne souvent des conférences et a visité le mois dernier la Chine et Taïwan.

 

Ce dernier voyage rappelait son passage au secrétariat de la défense, faisant la navette à travers l’Asie de l’Est, où Perry a activement cherché à réunir les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon pour apporter de la stabilité à la péninsule coréenne.

 

En 1999, il a ainsi délivré au Nord une proposition de Clinton pour que l’embargo économique visant le pays depuis 50 ans soit graduellement levé en échange d’un ensemble de concessions majeures, incluant un accord mettant un terme à son programme de missiles balistiques.

 

Le travail de Perry a été à la base d’un nombre considérable de visites par les hauts dignitaires des deux pays et de l'idée grandissante à cette époque qu’un accord pouvait être atteint.

 

Mais alors que l’administration Clinton touchait à sa fin en 2000, et que le nouveau Président George W. Bush se préparait à entrer à la Maison Blanche, cet élan a perdu de sa vigueur.

 

Les États-Unis ont été « cruellement proches » de garantir un accord avec la Corée du Nord pour éliminer ses missiles à moyenne et à longue portées et arrêter ses exportations de produits balistiques, comme l'a écrit Wendy Sherman, ancienne conseillère spéciale du Président et du secrétaire d’État en charge de la Corée du Nord, dans un éditorial du New York Times en mars 2001. Elle a pressé Bush de saisir cette chance

 

Dix mois plus tard, l’environnement avait changé. Les États-Unis titubaient, blessés par les attaques terroristes du 11 septembre et cherchaient vengeance, et l’Irak, l’Iran et le terrorisme Islamique étaient devenus le centre d’intérêt principal de la Maison Blanche.

 

Avec Téhéran et Bagdad, Pyongyang a été inclus dans ce que Bush a appelé « l’axe du mal ».

 

« Le président Bush a délibérément mis un terme aux négociations – qui étaient quasiment achevées – on peut concevoir que ces dernières auraient réglé ce problème », indique Perry. « Il a fait cela en pensant qu’il y aurait de nouvelles discussions dans des termes qui lui seraient plus favorables. Cela n’a évidemment pas fonctionné, que ce soit pour lui ou pour les tentatives de l’administration Obama. »

 

« Sans mesurer la valeur théorique de ce qu’ils sont en train de faire, le résultat est pour le moins prévisible », ajoute Perry, analysant l’état présent des négociations.

 

Dans son livre de 2015 « My Journey at the Nuclear Brink », il résume les résultats de la politique américaine envers le Nord depuis l’administration Clinton comme étant « peut-être l’exercice diplomatique le plus infructueux de l’histoire de notre pays ».

 

« Mon analyse est que la raison pour laquelle ils n’ont pas réussi dans le cas de l’administration Bush est qu’ils étaient détournés de cette question par la guerre en Irak » nous dit Perry. « Ils n’ont pas accordé suffisamment de temps ou d’attention à ce sujet. Qui sait ce qui aurait pu se produire s’ils en avaient fait une priorité et s’étaient mis au travail là-dessus. Mais cela n’a pas été le cas. »

 

Le risque d’une nouvelle guerre

 

Cependant, déclare Perry, alors que l’administration Bush était préoccupée par le Moyen-Orient, son successeur, le Président Barack Obama, avait quant à lui une politique dans le cadre de laquelle le programme nucléaire et balistique du Nord a continué à se développer.

 

Cela s’appelle « La Patience Stratégique ». « Ce que j’en ai compris, ce que la Patience Stratégique signifie est que – Si nous attendons suffisamment longtemps, la Corée du Nord va s’effondrer. – Je pense qu’il s’agit d’un espoir désespéré. Je serais heureux de voir le régime tomber, mais il n’y a aucune raison de croire que cela va se produire » indique Perry.

 

A la place, les peurs de Perry qui sont susceptibles de se réaliser dans l’atmosphère sécuritaire tendue entourant la péninsule coréenne sont la survenue d’hostilités de petite envergure menant à un conflit de grande ampleur impliquant les États-Unis et le Japon.

 

« Si cela se produit, si une nouvelle guerre de Corée venait à voir le jour, le Nord perdrait sûrement … et à ce moment-là, voyant la fin du régime, ils pourraient déclencher un Armageddon nucléaire » ajoute Perry. « Donc on peut imaginer le scénario dans lequel ils démarrent une guerre inintentionnellement et que dans ce cas ils utilisent leurs bombes atomiques dans un dernier sursaut. »

 

Selon Perry, ce scénario est le plus probable parmi les différentes théories concernant la façon dont le Nord pourrait provoquer un conflit. Il exclut toute sorte d’attaque surprise contre la Corée du Sud, le Japon ou les États-Unis, indiquant qu’un tel mouvement serait « suicidaire » et serait en contradiction avec l’objectif numéro 1 de Pyongyang : la survie du régime

 

« Ils ne veulent pas être des martyrs. Ce n’est pas al-Qaida ou l’Etat Islamique », déclare-t-il

 

« Cependant, l’utilisation de leurs armes sera dictée par l’utilisation dont elles ont été prévues pour … d’abord et avant tout la survie du régime, le maintien au pouvoir de la dynastie des Kim.

 

« Cela, j’en suis certain, est leur objectif principal. »

 

Et tandis que le chef d’État nord-coréen Kim Jong Un et son régime ont souvent été qualifiés de « fous », y compris le mois dernier par l'ancien candidat à la présidence républicain, le sénateur John McCain, Perry croit qu’il s’agit d’une idée fausse.

 

« Les personnes affirmant qu’ils sont fous ont je pense tort » déclare-t-il « La Corée du Nord est un Etat paria. Ils prennent des décisions extravagantes, mais ces dernières sont destinées à consolider leur emprise sur le pouvoir. »

 

Selon Perry, une compréhension de cet état de fait est nécessaire, peu importe la politique adoptée par les États-Unis concernant le Nord

 

Une ouverture pour des négociations ?

 

Le nouveau président américain Donald Trump a promis que la politique de son gouvernement envers Pyongyang différerait de celle d'Obama, et le secrétaire d'État Rex Tillerson a ainsi déclaré la fin de la Patience Stratégique.

 

Trump a parlé alternativement de s’asseoir à table pour manger un hamburger avec Kim Jong-un et de faire tout son possible pour l'empêcher de maîtriser la technologie pour monter une arme nucléaire sur un missile à longue portée capable de frapper les États-Unis continentaux.

 

Mais après l’essai par le Nord de quatre missiles le mois dernier, qui était présenté comme la simulation d’une attaque américaine au Japon, Trump a adopté un ton nettement plus sévère.

 

Le mois dernier, Tillerson a déclaré que toutes les options - y compris des frappes militaires préventives - étaient « sur la table ». Plus tôt cette année, il a également nié une affirmation de Kim selon laquelle les préparatifs étaient en phase finale, en disant : « Cela n'arrivera pas. »

 

Le Nord a répondu avec sa propre rhétorique, attaquant l'administration Trump concernant son approche du problème nord-coréen et en la rapprochant des actions de l'administration Obama.

 

Ces gesticulations mises à part, Perry pense qu’il y a une ouverture pour des discussions.

 

« Il pourrait réellement essayer de négocier avec eux, ce qui serait une bonne chose – s’il part d’une véritable compréhension du passif de chacun », a déclaré Perry à propos de Trump, en précisant qu'un bon négociateur doit s'efforcer de comprendre l'autre partie.

 

« Je pense comprendre les Nord-Coréens, ce qui me rend un peu pessimiste à propos de négociations basées sur les menaces et les intimidations. »

 

Au-delà de la compréhension des objectifs du Nord, Perry estime qu’il y a une autre composante qui est essentielle de prendre en compte pour les États-Unis pour que les négociations avec Pyongyang soient efficaces : la Chine.

 

« Nous devons discuter en conjonction avec la Chine, ce que nous n'avons jamais fait dans le passé », a déclaré M. Perry. « Même si nous nous sommes tous deux présents ensembles dans les pourparlers à six, nous n'avons jamais eu une compréhension commune de la menace ni de stratégie mutuelle sur la façon de procéder. »

 

Désormais – de par les relations tendues de Pyongyang avec Beijing, son patron d’autrefois – le moment est peut-être opportun, avance-t-il.

 

« Je pense que ce qui s’est passé au cours des dernières années est que les Chinois ont acquis une meilleure compréhension du danger représenté par les armes atomiques nord-coréennes », ajoute Perry. « Ils sont beaucoup plus préoccupés par ce sujet qu’ils pouvaient l’être il y a quelques années. »

 

Compte tenu de cela, il nous indique qu’il existe une réelle possibilité d’arriver au moins à une stratégie de négociation commune.

 

« Si nous y arrivons, cela améliorera grandement les réussites des pourparlers », nous dit Perry.

 

Parler durement

 

Certains experts, y compris Perry, prédisent que si les États-Unis ne parviennent pas à fixer des objectifs raisonnables, ils pourraient risquer par inadvertance de provoquer une situation désastreuse dans la région. Un de ces résultats pourrait voir le Japon et la Corée du Sud entreprendre de développer leurs propres capacités nucléaires - quelque chose que Trump a sous-entendu lors de la campagne présidentielle - et ainsi déstabiliser davantage la région.

 

« Je comprends pourquoi les Japonais sont dans le désarroi, mais je souhaite également penser quelles sont leurs alternatives viables », soutient Perry. « L’une d’entre elle serait qu’ils construisent leurs propres armes nucléaires … ils pourraient ainsi menacer de répondre aux provocations par leurs propres moyens … C’est, à mon avis, une très mauvaise idée mais cela pourrait se produire. »

 

Une autre option, ajoute-t-il, serait de renforcer la confiance que les Japonais portent aux États-Unis en demandant à Washington de faire une mise au point plus claire sur sa politique de dissuasion.

 

« La façon la plus sûre de le faire serait de nous demander de déployer certaines de nos armes nucléaires au Japon», déclare M. Perry, en s’appuyant sur l'exemple de l'Allemagne. Les armes atomiques américaines y ont d'abord été déployées pendant la guerre froide comme moyen d'afficher la volonté de Washington de protéger le pays.

 

« Lorsque vous commencez à parler durement, vous devez commencer à réfléchir à ce que sont les alternatives réalistes », note Perry. « Aucune d'entre elle n'est très attrayante. »

 

Selon Perry, la stratégie des États-Unis et du Japon s'oriente vers une garantie de dissuasion prolongée et la fourniture de systèmes de défense antimissiles balistiques limités - une politique qui n'est pas différente de celle du prédécesseur de Trump.

 

Pour l'ancien secrétaire à la Défense, cette perspective - un retour potentiel au statu quo - est insensée.

 

« Il est frustrant de penser que vous comprenez le problème et de le voir partir dans des directions très différentes de celles que vous souhaiteriez », déclare-t-il. « Je pourrais vous expliquer ce que je pense pouvoir fonctionner, mais je n'ai aucune raison de croire que cela va être tenté. »

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 01:47

Fondé en 1986, FAIR (Fairness & Accuracy In Reporting, « équité et précision des reportages ») est un groupe d'observateurs des médias aux Etats-Unis, « offrant une critique documentée de la censure et des partis pris médiatiques » et entendant faire vivre le Premier amendement de la Constitution américaine, relatif à la liberté d'expression, « par la promotion d'une plus grande diversité de la presse et l'examen minutieux des pratiques médiatiques qui mettent de côté l'intérêt public, les minorités et les points de vue divergents ». A cet égard, le traitement des affaires coréennes, et en particulier de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), constitue un cas d'école, avec des médias dominants qui multiplient les préjugés et font peu de place aux analyses s'écartant d'une ligne quasi-officielle imputant tous les torts à la seule Corée du Nord. Cette dernière semble prise dans un étau médiatique dont les deux mâchoires seraient les attaques sur le thème des droits de l'homme et les attaques sur le thème du danger que représente pour le reste du monde la RPDC, petit pays de 25 millions d'habitants soumis à un embargo féroce depuis plusieurs décennies et ayant subi une guerre d'anéantissement entre 1950 et 1953. Il est aujourd'hui avéré que certains témoignages spectaculaires servant aux offensives médiatiques anti-RPDC sur le terrain des droits de l'homme, par exemple ceux de Park Yeonmi et de Shin Dong-hyuk, sont mensongers ou, pour le moins, très douteux. Sur l e terrain de la « menace » nord-coréenne, beaucoup d'analyses relayées par les médias sont aussi sujettes à cautio n, comme le démontre FAIR dans un article - dont l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) propose ici une traduction en français – qui s'appuie sur l'exemple d'un célèbre groupe de réflexion (think tank) alimentant régulièrement les grands médias américains puis occidentaux, groupe connu pour servir les intérêts du complexe militaro-industriel et de gouvernements étrangers. De leur côté, les médias, aux Etats-Unis, en France et ailleurs, sauf rares exceptions, semblent avoir renoncé à l'objectivité et à tout travail sérieux d'explication - voire à la déontologie -  dès qu'il s'agit de la Corée du Nord, malgré l'importance des affaires coréennes pour la paix et la sécurité du monde. L'étau médiatique dans lequel est prise la Corée est une machine à désinformer pour ensuite pousser les peuples vers la guerre, comme l'a encore dénoncé l'AAFC dans son communiqué du 20 mars 2017.

Une fondation de droite et des cartes terrifiantes sur le nucléaire orientent le récit au sujet de la « menace » nord-coréenne

Par Adam Johnson

22 mars 2017

 

Les tensions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord sont de retour dans la presse après une série de tests balistiques et des menaces proférées via le compte Twitter présidentiel. Pendant ce temps, un groupe de réflexion conservateur – qu'on croyait moribond – a refait son apparition grâce à son alignement sur Donald Trump. Le résultat est que la Heritage Foundation a fourni l'ossature du récit à la base des relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis à l'ère Trump, tournant en boucle dans des douzaines d'articles de presse et d'apparitions télévisuelles.

Les experts de la Heritage sont intervenus à l'occasion d'articles consacrés à la Corée du Nord par le Washington Post (28 février 2017 et 19 mars 2017), le New York Times (16 mars 2017), AP (19 mars 2017), le Christian Science Monitor (17 mars 2017), le Boston Herald (9 mars 2017), la BBC (17 mars 2017), Fox News (10 mars 2017), CNN (15 mars 2017), MSNBC (19 mars 2017), CNBC (7 mars 2017), Voice of America (24 février 2017) et Vox (17 mars 2017).

Le plus célèbre des experts de la Heritage est l'ancien analyste de la CIA Bruce Klingner, lequel joue la partition du Faucon Raisonnable, en insistant sur le fait que la Corée du Nord est « en train d'accroître [ses] capacités nucléaires et balistiques » et constitue une « une menace existentielle pour la Corée du Sud et le Japon et sera bientôt une menace directe pour le continent des Etats-Unis », mais en s'opposant à un bombardement préventif ou à une invasion tant que la menace n'est pas « imminente » - un terme qu'il ne définit jamais exactement (mais que, il convient de le noter, l'actuel secrétaire d'Etat utilise pour décrire la situation).

Avec l'analyste politique Michaela Dodge et le directeur du Centre d'études asiatiques de la Heritage Walter Lohman, Klingner truffe les reportages des médias de citations présentant la Corée du Nord et la Chine comme les seules à mal se comporter, soulignant l'urgente nécessité d'un « leadership » militaire des Etats-Unis, et appelant fréquemment à augmenter les dépenses militaires :

"Fondamentalement, après la Guerre froide, nous avons pris des vacances au lieu de moderniser la force de dissuasion nucléaire", a déclaré Michaela Dodge, une analyste spécialisée dans la politique nucléaire militaire au Centre pour la défense nationale de la Heritage Foundation.

CNBC, 7 mars 2017

"Il y a chez eux ce sentiment d'être assurés pour le moment", a dit Bruce Klingner, directeur de recherche pour l'Asie du Nord-Est à la Heritage Foundation à Washington, "mais le Japon et la Corée du Sud sont comme des petits chiens agités qui ont constamment besoin d'être rassurés et sont tout le temps nerveux."

New York Times, 16 mars 2017

"La Chine a été une partie du problème plutôt qu'une partie de la solution", a affirmé Bruce Klingner, directeur de recherche à la Heritage Foundation, qui décrit la Corée du Nord comme une menace militaire globale..."[La Chine a] une réponse neutre et ne veut pas porter de jugement de valeur quand elle appelle les deux Corée à ne pas accroître les tensions, alors que c'est seulement sa Corée qui agit ainsi."

CNN, 15 mars 2017

MSNBC (19 mars 2017) a récemment reçu Klingner pour un entretien désinvolte et dépourvu de tout sens critique. L'animateur Jacob Soboroff a lancé des balles faciles à propos des sinistres intentions de la Corée du Nord et de l'urgence d'une prééminence militaire des Etats-Unis, en utilisant une variante de l'astuce rhétorique du « certains disent que » pour faire passer des suppositions très contestables sur les motivations de la Corée du Nord :

De nombreuses personnes ont interprété ces dernières actions, provocations de la part de la Corée du Nord, comme un message lancé directement aux Etats-Unis. Pourquoi, selon votre estimation, la Corée du Nord est-elle si concentrée sur les Etats-Unis d'Amérique ?

Qui sont ces « nombreuses personnes » ? Quelles sont leurs motivations ? Des experts ont-ils été sondés quant aux intentions de la Corée du Nord ? Soboroff ne le dit pas.

La Terrifiante Carte Imaginaire sur le Nucléaire

Un élément clé des rapports sur le programme d'armes nucléaires de la Corée du Nord est la Terrifiante Carte Imaginaire sur le Nucléaire montrant un missile balistique intercontinental totalement hypothétique, dont-la-fabrication-n'a-pas-encore-été-prouvée, atteignant le continent américain.

Un exemple récent paru dans le New York Times (4 mars 2017) montre les pièges posés par la Terrifiante Carte Imaginaire sur le Nucléaire.

« Portée croissante de la Corée du Nord - La portée potentielle des armes actuelles de la Corée du Nord, en particulier les missiles KN-14 et KN-18, permettrait à ses têtes nucléaires d'atteindre la majeure partie du monde »

« Portée croissante de la Corée du Nord - La portée potentielle des armes actuelles de la Corée du Nord, en particulier les missiles KN-14 et KN-18, permettrait à ses têtes nucléaires d'atteindre la majeure partie du monde »

Il faut noter la présence de deux missiles, le KN-14 et le KN-08, en bas à droite, couvrant les Etats-Unis. Ces missiles n'ont pas été testés par la Corée du Nord, contredisant donc le seul critère retenu dans le tableau associé, à savoir « les fusées actuellement testées ». Il faut noter la mention du tableau, précisant que les deux missiles prétendument capables d'atteindre les Etats-Unis sont exclus dudit tableau.

« L'arsenal nord-coréen - Les fusées actuellement testées présentent une large gamme de tailles et de capacités »

« L'arsenal nord-coréen - Les fusées actuellement testées présentent une large gamme de tailles et de capacités »

Foreign Policy (10 mars 2017) a également utilisé une carte similaire et trompeuse qui enterrait le fait que la portée indiquée, laissant croire qu'une bombe nucléaire pourrait être lancée sur les Etats-Unis, n'avait, en réalité, pas été démontrée.

Les missiles KN-14 et KN-08, « pas encore testés »

Les missiles KN-14 et KN-08, « pas encore testés »

Ces fusées devaient être incluses afin que le Terrifiant Grand Cercle Nucléaire couvre le territoire continental des Etats-Unis, de sorte que le Times et Foreign Policy ont joué avec la capacité théorique des missiles pour aider à relever le niveau de la menace.

Même si les plus petits cercles figurant sur ces cartes représentent des missiles qui ont été testés, cela ne doit pas induire les lecteurs en erreur en les laissant penser que les portées revendiquées pour ces missiles ont réellement été démontrées par les tests nord-coréens. Par exemple, le plus grand cercle suivant sur ces cartes – d'un rayon de 2 200 miles [3 500 kilomètres] incluant les Philippines, Guam et une partie de la Thaïlande – représente le missile nord-coréen Musudan. D'après un compte-rendu exhaustif des essais balistiques de la Corée du Nord paru dans Business Insider (29 octobre 2016) :

Cette année, la Corée du Nord a mené jusqu'à aujourd'hui huit tests de missiles Musudan. Tous les lancements, à l'exception du sixième le 22 juin, ont été considérés comme des échecs.

Le missile du test qui a réussi a parcouru 250 miles [400 kilomètres] (Business Insider, 21 juin 2016), un peu plus du dixième de la portée revendiquée du missile sur les cartes de la menace nord-coréenne. La Corée du Nord a conduit par la suite un autre test du Musudan avec succès, atteignant une portée de 310 miles [500 kilomètres] (CNN, 13 février 2017). La plus grande distance parcourue par un missile au cours des tests de la Corée du Nord est, en réalité, de 620 miles, soit 998 kilomètres (New York Times, 5 mars 2017).

Dans la soirée du mardi 21 mars 2017, un autre missile a explosé « dans les secondes » qui ont suivi le lancement. Jusqu'à présent, l'affirmation selon laquelle ce missile peut atteindre Tokyo, sans parler de la Thaïlande, relève de la spéculation.

A gauche : « La portée maximale des tests balistiques réalisés à ce jour est de 998 km (New York Times, 5 mars 2017). »  A droite : « La portée maximale, d'après les spéculations sur la capacité balistique, est de 13 000 km (Heritage Foundation). »

A gauche : « La portée maximale des tests balistiques réalisés à ce jour est de 998 km (New York Times, 5 mars 2017). » A droite : « La portée maximale, d'après les spéculations sur la capacité balistique, est de 13 000 km (Heritage Foundation). »

Bien sûr, la première carte illustre toujours un danger potentiel pour les millions de personnes vivant dans son rayon, mais les récits guerriers sont rarement fondés sur des menaces fabriquées de toutes pièces, plutôt en exagérant ces menaces ou en les mettant en avant. La portée potentielle de la Corée du Nord présente certainement un intérêt pour les médias, mais combien de lecteurs parcourant ces Terrifiantes Cartes Imaginaires sur le Nucléaire en viennent à penser qu'il s'agit de portées réelles, testées et basées sur la capacité actuelle ? L'écart entre ce qui est objectivement vrai et ce qui est possible se brouille en un hiver nucléaire dévorant le monde.

La Heritage Foundation diffuse sa propre Terrifiante Carte Imaginaire sur le Nucléaire, au travers de publications telles que Business Insider (10 février 2016, 16 février 2016, 2 décembre 2016), Daily Caller (11 février 2016) et Real Clear Defense (9 février 2016) qui l'ont insérée dans des articles traitant de la capacité nucléaire de la Corée du Nord parus au cours de l'année dernière :

« La Corée du Nord étend la portée de ses missiles pour couvrir le territoire continental des Etats-Unis – Le lancement par la Corée du Nord de son Taepodong 3 [le dimanche 7 février 2016] a mis en évidence une portée estimée de 13 000 kilomètres – signifiant qu'elle peut maintenant atteindre toutes les parties des Etats-Unis. Auparavant, sa portée était estimée à 10 000 kilomètres. »

« La Corée du Nord étend la portée de ses missiles pour couvrir le territoire continental des Etats-Unis – Le lancement par la Corée du Nord de son Taepodong 3 [le dimanche 7 février 2016] a mis en évidence une portée estimée de 13 000 kilomètres – signifiant qu'elle peut maintenant atteindre toutes les parties des Etats-Unis. Auparavant, sa portée était estimée à 10 000 kilomètres. »

Ce graphique est presque toujours inséré dans les articles au sujet de la capacité nucléaire de la Corée du Nord mais, après examen, concerne seulement la capacité non nucléaire de la Corée du Nord. Il se peut que ce tour de passe-passe n'ait pas été l'intention du créateur de la carte – qui établit clairement que celle-ci n'implique pas une charge nucléaire — mais c'est ainsi qu'elle est présentée dans de nombreux articles, associée avec des gros titres mettant en garde contre l'ambition nucléaire de la Corée du Nord.

Que la Corée du Nord puisse atteindre le territoire continental des Etats-Unis avec des missiles non nucléaires reste du domaine de la spéculation. Le propre rapport de la Heritage Foundation sur la question (Daily Signal, 9 février 2016) utilise les termes « peut avoir » et « pourrait » quand il décrit la prétendue portée de 13 000 kilomètres – un chiffre obtenu en examinant les composants techniques et en résumant la capacité potentielle, plutôt qu'en s'appuyant sur la preuve concrète d'un test balistique. Ce calcul apparaît dans un article unique et non signé du journal japonais Mainichi (8 février 2016), lequel ne donne pas la source originale de ce chiffre.

D'autres médias, tels que Business Insider (13 janvier 2017), Time (8 mars 2017) et le Washington Post (8 février 2016), rapportent qu'il est peu probable ou inconnu que la Corée du Nord dispose actuellement de la capacité de bombarder les Etats-Unis, encore moins avec une bombe nucléaire.

Selon Luke Coffey de la Heritage Foundation, le chiffre de 13 000 km – nécessaire pour étendre la portée jusqu'à inclure toute la partie continentale des Etats-Unis – vient du ministre sud-coréen de la Défense. Quand on lui a demandé précisément à quelle date le ministre avait fait cette déclaration, ou un lien vers un endroit où cette déclaration apparaît, Coffey a répondu : « Je ne suis pas votre chercheur. Cherchez par vous-même. » La seule citation trouvée sur le site Internet de la Heritage renvoyait à la source anonyme du Mainichi.

La Heritage ne divulgue pas la liste de ses donateurs, et a connu des affaires de conflits d'intérêts dans le passé. A la fin des années 1990, elle a été critiquée pour avoir accepté un financement de 1 million de dollars directement de la part du gouvernement sud-coréen. Un article de 2015 paru dans The Intercept (15 septembre 2015) a montré la relation intime existant entre la fondation et la société Lockheed Martin en contrat avec l'armée, la Heritage concevant les supports de communication nécessaires au travail de lobbying auprès du Congrès pour étendre le programme du F-22, en poussant à l'achat de 20 avions destinés à être revendus au Japon, à l'Australie et « probablement à la Corée du Sud ». Mackenzie Eaglen, le chercheur nommé dans les courriers électroniques, nie avec véhémence les allégations sur une contrepartie.

La Heritage Foundation n'a pas répondu aux demandes de commentaires de la part de FAIR au sujet de son financement, ni si elle reçoit ou non des dons du gouvernement sud-coréen ou de ses fondations associées.

Bien qu'il y ait eu des rapports épars évoquant une querelle au sujet de la mise en place du système de santé, la Heritage Foundation a été incroyablement influente dans l'administration Trump, ayant écrit beaucoup de ses propositions de coupes budgétaires et concevant les politiques à un niveau élevé.

 

Adam Johnson est un analyste contribuant à FAIR.org. Il peut être suivi sur Twitter à @AdamJohnsonNYC.

 

Article original :

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 19:04

Le 13 mars 2017, l'auteur et militant canadien Stephen Gowans a publié sur son site What's left une analyse des exercices de guerre américano - sud-coréens en cours - qui constituent les plus grandes manœuvres militaires au monde. Nous publions ci-après une traduction de cet article par BA, qui rappelle l'état des forces en présence et permet ainsi de comprendre qui menace réellement qui.

Le porte-avion USS Carl Vinson, qui participe aux manoeuvres en cours

Le porte-avion USS Carl Vinson, qui participe aux manoeuvres en cours

Le Pentagone à la tête de troupes fortes de 300,000 hommes pour la répétition d’une invasion une semaine après que la Maison Blanche a envisagé une action militaire contre la Corée du Nord

Le 13 mars 2017

Par Stephen Gowans

Les États-Unis et la Corée du Sud procèdent aux plus grandes manœuvres conjointes de leur histoire [1], une semaine après que la Maison Blanche a annoncé qu’elle envisageait une intervention militaire contre la Corée du Nord pour changer son régime [2]. Les manœuvres conduites par les États-Unis impliquent :

• 300,000 soldats sud-coréens
• 17,000 soldats américains
• Le porte-avion géant USS Carl Vinson
• Des chasseurs furtifs US F-35B et F-22
• Des bombardiers US B-18 et B-52
• Des avions de chasse sud-coréens F-15 et KF-16 [3].


Les États-Unis définissent les exercices comme étant « purement défensifs » [4] mais cette catégorisation est trompeuse. Les manœuvres ne sont pas défensives au sens où elles constitueraient un entraînement pour faire face à une possible invasion nord-coréenne et repousser son armée au-delà du 38e parallèle dans l’éventualité d’une attaque de sa part, mais elles envisagent une invasion de la Corée du Nord afin de rendre son arsenal nucléaire non opérationnel, détruire son commandement militaire et assassiner son chef d’Etat.

Les exercices ne peuvent être envisagés comme « défensifs » que si et seulement s'ils sont assimilés à une réponse face à une première attaque nord-coréenne, ou à une répétition pour une frappe préventive contre une agression anticipée venant du Nord. Dans les deux cas, ils sont liés à une invasion, et les protestations de Pyongyang qui avance que les forces américaines et sud-coréennes s’entraînent dans ce but sont fondées.

Mais l’éventualité d’une attaque nord-coréenne contre le Sud est extrêmement faible. Pyongyang est dépassée par Séoul en termes de dépenses militaires dans un rapport de 4 contre 1 [5], et l’armée sud-coréenne peut compter sur un système d’armement plus sophistiqué que celui du Nord. En outre, les forces sud-coréennes ne sont pas seulement épaulées par la puissance militaire sans précédent dans l’histoire des États-Unis, mais sont sous son commandement. Une attaque de la Corée du Nord contre le Sud serait suicidaire, et sa plausibilité est donc inexistante, en particulier à la lumière de la doctrine nucléaire des États-Unis qui autorise l’emploi d’armes atomiques contre la Corée du Nord. En effet, les dirigeants américains ont rappelé à de nombreuses occasions aux Nord-Coréens que leur pays pourrait être réduit à l'état de « briquettes de charbon » [6]. Quiconque dans l'Etat américain croit sincèrement que la Corée du Sud est sous la menace d’une attaque venue du Nord tient des propos risibles.

Les manœuvres sont conduites dans le cadre du plan opérationnel 5015 qui « vise à supprimer les armes de destruction massive du Nord et prépare… une attaque préventive dans l’éventualité d’une attaque nord-coréenne imminente, ainsi que des raids de « décapitation » visant les dirigeants. » [7]

En rapport avec ces raids, les exercices impliquent « l’Unité des Missions Spéciales US responsable pour la mort de Oussama Ben Laden en 2011, qui inclue la SEAL Team Six. » [8] Selon l’enquête d’un journal, la « participation des forces spéciales aux manœuvres…peut être une indication que les deux parties répètent l’assassinant de Kim Jong-un. » [9]

Un officiel américain a déclaré à l’agence de presse sud-coréenne Yonhap que « un nombre plus important de membres des forces spéciales américaines va participer cette année… pour procéder à des entraînements d’infiltration au Nord, de suppression de son commandement militaire et de destruction de ses installations militaires clés. » [10]

Étonnamment, malgré le fait de participer à ses exercices hautement provocateurs – qui ne peuvent avoir pour conséquence que de rendre fébriles les Nord-Coréens et de les placer sous une menace immédiate – le ministre sud-coréen de la défense nationale a annoncé que « la Corée du Sud et les Etats-Unis surveillaient attentivement les mouvements des soldats au nord pour se préparer à des provocations à venir. » [11]

L’idée que Washington et Séoul doivent être en alerte à propos des « provocations » nord-coréennes au moment où le Pentagone et son allié sud-coréen répètent une invasion, ainsi qu’une frappe de « décapitation » contre Pyongyang, représente ce que le spécialiste de l’Asie de l’Est Tim Beal appelle « un cas particulier d’irréalité. » [12] Ajoutant à l’irréalité, cette répétition d’invasion arrive au moment où la Maison Blanche annonce urbi et orbi qu’elle envisage une action militaire pour changer le régime du pays.

En 2015, la Corée du Nord a proposé de suspendre son programme d’armement nucléaire en échange de la suspension des exercices militaires des États-Unis dans la péninsule. Le Département d’État américain a refusé cette offre de façon péremptoire, arguant qu’elle liait la « routine » des manœuvres militaires à ce que Washington exige de Pyongyang, à savoir la dénucléarisation. À la place, la Maison Blanche « insistait pour que le Nord abandonne son programme d’armement nucléaire préalablement à toutes négociations » [14]

En 2016, la Corée du Nord a réitéré la proposition. Ce à quoi le président Américain Barack Obama a répondu que Pyongyang allait « devoir faire mieux que ça » [15]

Au même moment, le prestigieux Conseil des relations étrangères dirigé par Wall Street a publié un rapport opérationnel qui conseillait à Washington de ne pas signer un traité de paix avec la Corée du Nord aux conditions de Pyongyang, à savoir un départ des troupes américaines de la péninsule. Si les États-Unis se retiraient ainsi, leur position stratégique par rapport à la Chine et à la Russie en particulier et leur capacité de menacer ces deux adversaires majeurs seraient affaiblies, avertissait le rapport. En conséquence, Washington a été incitée à éviter de promettre à Pékin que toute aide concernant la Corée du Nord serait récompensée par une réduction de sa présence militaire dans la péninsule. [16]

Plus tôt ce mois-ci, la Chine a réitéré la proposition de Pyongyang. « Pour désamorcer la crise imminente dans la péninsule, la Chine [propose] que, en tant que première étape, [la Corée du Nord] suspende ses activités balistiques et nucléaires en échange d’un arrêt des manœuvres militaires américano-coréennes de grande envergure. Cette suspension-pour-une-suspension peut aider à éliminer le dilemme sécuritaire et faire revenir les différentes parties à la table des négociations » a avancé Pékin. [17]

Washington a immédiatement rejeté la proposition, ainsi que le Japon. L’ambassadeur japonais aux Nations unis a rappelé au monde que le but des États-Unis n’est pas de « geler-pour-geler mais de dénucléariser la Corée du Nord. » [18] Ce texte est un rappel implicite que les Américains ne changeront pas leur approche concernant Pyongyang (ils suspendent une épée de Damoclès nucléaire au-dessus de leurs têtes) et continueront de procéder à une répétition d’invasion tous les ans.

Le refus de négocier, ou la demande que l’autre partie donne immédiatement ce que l’on souhaite comme précondition pour entamer les discussions (donne-moi ce que je veux, après je parlerai), est caractéristique de l’approche adoptée par Washington depuis 2003. Pressé par Pyongyang de négocier un traité de paix, le Secrétaire d’État Américain Colin Powell a rétorqué : « Nous ne faisons pas de pactes ou de traités de non-agression, ou de choses de cette nature. » [19]

Au sein de cette situation d'irréalité si particulière construite par les États-Unis, la Russie, ou plus spécifiquement son président, Vladimir Poutine, est régulièrement accusée par Washington de commettre des « agressions », qui selon eux incluent les exercices militaires le long de la frontière russe avec l’Ukraine. Ces manœuvres, d’une ampleur bien inférieure à celles très vastes conduites par les Américano-Sud-Coréens, sont définies comme « hautement provocantes » [20] par les officiels américains, pendant que la répétition d’invasion menée par le Pentagone est décrite comme habituelle et « défensive par nature ».

Mais imaginez que Moscou ait mobilisé 300,000 soldats russes le long de la frontière ukrainienne avec pour plan opérationnel d’envahir l’Ukraine, de neutraliser ses ressources militaires, de détruire son commandement militaire, et d’assassiner son président, une semaine après que le Kremlin ai déclaré qu’il envisageait une intervention militaire en Ukraine pour renverser le régime ? Qui, excepté quelqu’un empêtré dans une vision très particulière de la réalité, pourrait interpréter cela comme étant « purement défensif par nature » ?

Notes

1. “THAAD, ‘decapitation’ raid add to allies’ new drills,” The Korea Herald, 13 mars 2017; Elizabeth Shim, “U.S., South Korean drills include bin Laden assassination team,” UPI, 13 mars 2017.

2. Jonathan Cheng and Alastair Gale, “North Korea missile test stirs ICBM fears,” The Wall Street Journal, 7 mars 2017.

3. “S. Korea, US begins largest-ever joint military drills,” KBS World, March 5, 2017; Jun Ji-hye, “Drills to strike N. Korea taking place,” Korea Times, 13 mars 2017.

4. Jun Ji-hye, “Drills to strike N. Korea taking place,” Korea Times, 13 mars 2017.

5. Alastair Gale and Chieko Tsuneoka, “Japan to increase military spending for fifth year in a row,” The Wall Street Journal, 21 décembre 2016.

6. Bruce Cumings, “Latest North Korean provocations stem from missed US opportunities for demilitarization,” Democracy Now !, 29 mai 2009.

7. “THAAD, ‘decapitation’ raid add to allies’ new drills,” The Korea Herald, 13 mars 2017.

8. “U.S., South Korean drills include bin Laden assassination team,” UPI, 13 mars 2017.

9. Ibid.

10. “U.S. Navy SEALs to take part in joint drills in S. Korea,” Yonhap, 13 mars 2017.

11. Jun Ji-hye, “Drills to strike N. Korea taking place,” Korea Times, 13 mars 2017.

12. Tim Beal, “Looking in the right direction: Establishing a framework for analyzing the situation on the Korean peninsula (and much more besides),” Korean Policy Institute, 23 avril 2016.

13. Choe Sang-hun, “North Korea offers U.S. deal to halt nuclear test,” The New York Times, 10 janvier 2015.

14. Eric Talmadge, “Obama dismisses NKorea proposal on halting nuke tests,” Associated Press, 24 avril 2016.

15. Ibid.

16. “A Sharper Choice on North Korea: Engaging China for a Stable Northeast Asia,” Independent Task Force Report No. 74, Council on Foreign Relations, 2016.

17. “China limited in its self-appointed role as mediator for Korean peninsula affairs,” The Hankyoreh, 9 mars 2017.

18. Farnaz Fassihi, Jeremy Page and Chun Han Wong, “U.N. Security Council decries North Korea missile test,” The Wall Street Journal, 8 mars 2017.

19. “Beijing to host North Korea talks,” The New York Times, 14 août 2003.

20. Stephen Fidler, “NATO struggles to muster ‘spearhead’ force to counter Russia,” The Wall Street Journal, 1er décembre 2014.

Article original en anglais :

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 15:29

Le 19 mars 2017, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'est félicitée du test réussi d'un nouveau moteur de fusée - au moment où le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson était en visite à Pékin, où il a rencontré le Président Xi Jinping. Si la RPD de Corée souligne que cet essai, réalisé en présence du Président Kim Jong-un, présente un caractère scientifique, d'aucuns y voient un pied de nez aux Etats-Unis... et à la Chine - alors que l'annonce coïncide avec la rencontre bilatérale de haut niveau entre Rex Tillerson et Xi Jinping. Au-delà des faits, la situation actuelle fait ressortir l'intérêt de revenir à la table des négociations, comme l'a montré le Professeur Kazuto Suzuki dans un entretien au quotidien Le Monde

En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

En février 2016, la RPD de Corée a réussi la mise sur orbite du satellite artificiel Kwangmyonsong-4.

Pour l'agence nord-coréenne KCNA, l'affaire est entendue : il s'agit d'un progrès scientifique majeur, qui répond aux objectifs de l'ambitieux programme spatial national. Ainsi, selon KCNA :

Le développement et la mise au point d’un moteur à haute poussée nouvelle génération va aider à consolider les bases scientifiques et technologiques qui nous permettront d’atteindre le niveau mondial en matière de lanceurs de satellites et d’intervention dans l’espace (...) Le leader a souligné que le succès de ce test est un événement d’une signification historique et il a déclaré qu’il s’agissait d’une renaissance pour le programme de fusées du pays.

L'administration Trump ne l'interprètera certainement pas en ce sens, alors que le Président américain a déclaré qu'il empêcherait la RPD de Corée de se doter de missiles balistiques intercontinentaux pouvant atteindre le territoire américain, et que - de longue date - les Etats-Unis assimilent (de manière sinon abusive, tout au moins hâtive) les programmes balistique et spatial conduits parallèlement par la Corée du Nord.

Après avoir déclaré à Séoul lors de son actuelle tournée en Extrême-Orient (Chine, Corée, Japon) qu'il n'excluait pas l'option militaire contre Pyongyang, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson - un ancien ingénieur d'Exxon, républicain bon teint par ailleurs opposé aux sanctions contre la Russie - se retrouve dos au mur, alors qu'il s'efforce d'amener la Chine à se rapprocher des positions américaines, notamment sur la question coréenne. Cette coopération est entravée par des divergences stratégiques majeures (notamment le début du déploiement en Corée du Sud, en février 2017, du système américain de missiles antibalistique THAAD, qui a conduit la Chine à mettre en place des sanctions économiques contre Séoul). En outre, Washington avait déjà opposé une fin de non-recevoir au récent plan chinois de sortie de crise ayant conduit à l'escalade actuelle sur la question coréenne.

Rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 19 mars 2017.

Rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping au Palais de l'Assemblée du Peuple, à Pékin, le 19 mars 2017.

Dans ce contexte, le communiqué commun publié suite à la rencontre entre Rex Tillerson et Xi Jinping, esquivant les points de divergence, tend à montrer que l'administration Trump n'a pas encore arrêté sa politique coréenne - tout en faisant par ailleurs le constat de l'échec de la politique dite de "patience stratégique" conduite par l'administration Obama.

Ce n'est pas la première fois que Pyongyang prend une initiative de nature à fortement déplaire aux Etats-Unis lors d'une rencontre bilatérale de haut niveau - le 12 février 2017, les autorités nord-coréennes avaient déjà procédé à un tir balistique de moyenne portée alors que le Président américain Donald Trump recevait le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

Il y a clairement, côté nord-coréen, l'engagement d'une diplomatie consistant à aller jusqu'au bord de la rupture (le tir du 12 février n'était pas un essai nucléaire, lequel aurait entraîné à coup sûr le renforcement des sanctions internationales contre la RPD de Corée ; de même, le 19 mars, il a été procédé à un essai de moteur de fusée, non au lancement d'une fusée ni à un tir balistique de longue portée). Par ailleurs, la RPD de Corée manifeste une volonté claire d'indépendance par rapport à la Chine - après avoir subi la décision chinoise de suspendre les achats de charbon nord-coréen.

Pour autant, il est hautement improbable - contrairement à ce que peuvent prétendre certains médias occidentaux - que la RPD de Corée envisage sérieusement une action militaire contre ses voisins ou les Etats-Unis, ne serait-ce qu'au regard du très net déséquilibre des forces.

Dans un entretien qu'il a donné au quotidien Le Monde, publié dans l'édition des 19 et 20 mars 2017, le Japonais Kazuto Suzuki, professeur de relations internationales à l'université d'Hokkaido, ancien membre du comité d'experts auprès du Comité des sanctions des Nations Unies sur le dossier iranien, estime que les conseillers militaires de Donald Trump décourageront ce dernier à engager des frappes militaires contre Pyongyang, car "même si leurs forces arrivent à détruire les installations, ils ne se débarrasseront pas des ingénieurs et du savoir que les Coréens ont accumulés" (on peut ajouter que la RPD de Corée a dû mettre à l'abri d'une attaque aérienne ses installations les plus sensibles, ainsi que son stock d'uranium et ses armes nucléaires). Dès lors, le professeur Kazuto Suzuki envisage clairement une négociation avec la RPD de Corée (que rechercherait par ailleurs cette dernière), en évitant que la Corée du Nord ne favorise la prolifération des armes nucléaires. A cette fin, il propose, en s'inspirant du précédent iranien, de reconnaître la Corée du Nord comme une puissance nucléaire :

Nous devons admettre cet état de fait - la Corée du Nord est une puissance nucléaire - et le considérer non pas comme un précédent mais comme un cas extrême. Nous devons ramener la Corée du Nord à l'intérieur du TNP [NdA : Traité de non-prolifération nucléaire]. C'est ce langage qui a été utilisé dans les négociations avec l'Iran.
Téhéran a obtenu le droit de posséder un nombre limité de centrifugeuses, un stock d'uranium appauvri et un réacteur à eau lourde, des concessions destinées à permettre des activités d'enrichissement qui ne sont pas destinées à fabriquer une bombe. Le président américain George W. Bush avait rejeté cette possibilité qui avait été négociée dès 2005 par la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne avec l'Iran de Mohammad Khatami. Cette option du "zéro enrichissement", défendue par M. Bush, a été abandonnée par Barack Obama, ce qui a permis de conclure l'accord nucléaire. M. Obama est ainsi passé du "zéro enrichissement" à "zéro bombe". Ce fut un tournant dans la négociation et cela peut aussi se produire avec la Corée du Nord.

En posant d'excellentes questions (retour de la RPD de Corée dans le régime du TNP, qui implique des obligations en matière de non-prolifération et de contrôle des activités ; reconnaissance de la Corée du Nord comme d'un Etat doté de l'arme nucléaire, à l'instar des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ; différence entre les activités d'enrichissement et la production de bombes nucléaires), le professeur Kazuto Suzuki montre qu'il y a du "grain à moudre" pour une négociation sur le nucléaire nord-coréen. Mais pour ce faire l'administration Trump devra faire preuve de pragmatisme, ce que lui a d'ailleurs proposé la Chine dans son dernier plan de sortie de crise qui a été rapidement rejeté par Washington. Au-delà des postures guerrières destinées, entre autres, à rassurer des administrations conservatrices sur le départ (s'agissant de la Corée du Sud) ou enfermées dans un anti-coréanisme primaire flattant les instincts de l'opinion publique (en ce qui concerne le gouvernement japonais de Shinzo Abe), Donald Trump est aujourd'hui confronté à résoudre, en homme d'Etat, une crise internationale à laquelle son prédécesseur a été incapable de mettre fin de manière satisfaisante sinon dans l'intérêt de la paix, du moins au regard des intérêts américains. 

Sources :

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