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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 13:14

Après le tir de quatre missiles par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 6 mars 2017, en réaction au lancement de manoeuvres militaires conjointes américano - sud-coréennes d'une ampleur sans précédent, la tension a encore monté d'un cran avec le début du déploiement, au sud de la péninsule, du dispositif américain de missiles antibalistiques Terminal High Altitude Area Defense (THAAD), dont les premiers équipements sont arrivés à Osan, au sud de Séoul le 7 mars 2017. La République populaire de Chine a réagi par la voie de son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, qui, lors d'une conférence de presse s'étant tenue le 8 mars, a réitéré l'opposition de son pays au déploiement de THAAD, tout en esquissant les voies d'une sortie de crise qui permettrait de préserver la paix et la stabilité en Asie du Nord-Est.

Wang Yi, lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017.

Wang Yi, lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017.

Dans la doxa néoconservatrice, l'affaire est entendue : la Chine serait toujours in fine l'alliée d'une Corée du Nord belliqueuse et aventurière, et la course aux armements entretenue en Asie du Nord-Est par les Etats-Unis relèverait de la légitime défense du Japon et de la République de Corée (Corée du Sud) face à un adversaire pourtant infiniment moins puissant (le budget militaire américain est plus de 100 fois supérieur à celui de la Corée du Nord).

Mais avec le début du déploiement de THAAD en Corée du Sud, Pékin dénonce à présent ouvertement l'utilisation du prétexte nord-coréen pour redéployer les forces armées américaines dans la région Asie-Pacifique et bien contrecarrer, en premier lieu, la montée en puissance de la Chine. Lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017, le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi a rappelé "solennellement" l'opposition de son pays au déploiement de THAAD :


 

Nous demandons à la Corée du Sud de ne pas insister à vouloir prendre ce chemin, car le résultat ne peut qu'être dommageable pour les autres et ne peut que faire du mal à soi-même.

Plus qu'un moyen d'intercepter un hypothétique missile nord-coréen (dont la réussite technique serait de surcroît hasardeuse), le dispositif THAAD permet un espionnage militaire de la Russie et de la Chine, et affaiblit donc les capacités d'autodéfense de Pékin et Moscou.

Wang Yi a usé d'une métaphore ferroviaire pour analyser la situation en Corée, en évoquant l'image de

 

deux trains qui accélèrent l'un en face de l'autre sans qu'aucun des deux ne veuille céder le passage.

Dans ce contexte, la Chine renvoie dos à dos les deux Etats coréens. Vis-à-vis de Pyongyang, Pékin a suspendu les importations de charbon nord-coréen suite à l'essai balistique auquel a procédé la RPD de Corée le 12 février 2017. Selon une source très proche des services de renseignement américains (Radio Free Asia), la RPD de Corée aurait réagi en suspendant ses exportations de terres rares vers la Chine. Enfin, la Chine a donné son accord sur le communiqué de presse du Conseil de sécurité des Nations unies, rédigé par les Etats-Unis,  condamnant les tirs de missiles balistiques nord-coréens du 6 mars 2017, adopté à l'unanimité des membres du Conseil de sécurité.

Il n'est pas nouveau que la Chine applique les sanctions internationales contre la Corée du Nord, dont elle a toujours désapprouvé le programme nucléaire. En revanche, les sanctions économiques prises à l'encontre de la Corée du Sud suite au déploiement de THAAD sont relativement inédites par leur ampleur. Ainsi, les agences de voyages chinoises ont suspendu leurs circuits touristiques en Corée du Sud. 

Un autre sujet concerne le conglomérat sud-coréen de l'agroalimentaire Lotte, qui a cédé à l’armée sud-coréenne un terrain de golf pour accueillir le système THAAD. Les activités de 23 magasins du groupe Lotte ont été suspendues par les autorités chinoises pour infraction aux règles de sécurité incendie. Les autorités sud-coréennes dénoncent une mesure de rétorsion contre THAAD et entendent saisir l'Organisation mondiale du commerce (OMC). En tout état de cause, des manifestations appelant au boycott des produits sud-coréens ont éclaté en Chine, alors qu'un nombre croissant de voix appelle, en Chine, à "sanctionner la Corée du Sud".

Manifestation à Jilin (Chine) contre le déploiement de THAAD et pour le boycott des produits sud-coréens.

Manifestation à Jilin (Chine) contre le déploiement de THAAD et pour le boycott des produits sud-coréens.

Dans ce contexte, les propositions chinoises d'une sortie de crise ne doivent pas être interprétées comme de nature à favoriser la Corée du Nord ou bien les Etats-Unis et la Corée du Sud, mais traduisent bien une volonté de renouer le dialogue - tout en préservant les intérêts chinois.

Lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017, Wang Ji a ainsi déclaré :

Afin de désamorcer la crise qui se prépare dans la péninsule, la Chine propose que, dans un premier temps, [la Corée du Nord] suspende ses programmes nucléaire et balistique, en échange de l'arrêt des manœuvres militaires à grande échelle des Etats-Unis et de la Corée du Sud.

Cette proposition est raisonnable : elle reprend le principe "action contre action" qui avait permis d'aboutir à de précédents accords sur la question nucléaire en Asie du Nord-Est, en visant à créer un climat de confiance mutuel et à engager une désescalade par étapes, dans laquelle  chacune des parties s'engage à accomplir simultanément un geste d'apaisement. De fait, les Etats-Unis avaient déjà arrêté leurs exercices de guerre dans les années 1990 pour créer les conditions d'un dialogue avec Pyongyang - et une telle initiative ne serait donc pas nouvelle. Pour sa part, la Corée du Nord a proposé à de multiples reprises de suspendre son programme nucléaire et balistique contre la reprise de dialogue en vue de parvenir à des garanties de sécurité, qui pourraient lui permettraient de renoncer in fine à sa force de dissuasion nucléaire - mais elle ne peut pas accepter le diktat de l'administration Obama consistant en un désarmement nucléaire complet, unilatéral et sans contreparties.

La proposition chinoise est désormais sur la table. Les Etats-Unis et la Corée du Sud vont-ils sérieusement l'envisager, ou préfèreront-ils s'entêter dans une course aux armements qui ne peut que précipiter les dangers de guerre en Asie ?

Principales sources :

 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Chine-Corée Relations internationales de la Corée
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)