Le 22 juin 2016, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a réussi un tir de missile de moyenne portée de la classe Musudan. Cet essai est intervenu à quelques jours de manoeuvres militaires (qualifiées par l'AFP de "sans précédent") entre Washington, Tokyo et Séoul, dessinant une alliance trilatérale effectivement inédite entre la première puissance militaire du globe (les Etats-Unis), son allié le plus fidèle en Asie du Nord-Est (la République de Corée, ou Corée du Sud) et un pays (le Japon) dont la Constitution interdit en principe d'agir sur un théâtre d'opérations extérieures - mais ce principe a été remis en cause l'an passé, malgré des manifestations partout dans le monde - y compris en France, avec le soutien de l'Association d'amitié franco-coréenne - AAFC. Dans ce contexte lourd de menaces sur la paix, l'AAFC réaffirme plus que jamais sa conviction que c'est aux Etats-Unis, dont le montant du budget militaire atteint plus de 100 fois celui de la Corée du Nord, de s'abstenir d'initiatives guerrières qui accélèrent, en réaction, la course aux armements, notamment des pays qui peuvent légitimement s'estimer menacés par la superpuissance américaine, alors que Washington a déclenché le plus grand nombre de conflits dans le monde depuis la fin de la guerre froide.
Le 29 juin 2016 ont pris fin quatre jours de manoeuvres militaires conjointes entre les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon, impliquant un impressionnant déploiement de forces : 20 navires et sous-marins, 200 avions et près de 8 000 marins américains et sud-coréens. Les manoeuvres ont comporté des exercices anti-sous-marins, des exercices navals conduits au large de la côte Est de la péninsule, des entraînements aériens (y compris pour le soutien au transport logistique) accompagnés de simulations sur ordinateur.
Dans un exercice de communication parfaitement huilé, le commandement militaire américain a évoqué, la main sur le coeur, le besoin de défendre la Corée du Sud et le Japon, et d'assurer... la liberté des mers - précision pour le moins surprenante lorsqu'on sait que les cargaisons des navires nord-coréens peuvent, elles, faire l'objet de fouilles systématiques en application du dernier train de sanctions onusiennes : visiblement, la liberté des mers de la Corée du Nord s'arrête là où commence la liberté des Etats-Unis qui est, quant à elle, sans limites.
Le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a dénoncé une "nouvelle provocation militaire des Etats-Unis", qui dessinent un "scénario hégémonique pour perturber la paix et la sécurité régionales".
L'AAFC déplore vivement une logique d'escalade des tensions s'inscrivant dans la logique de "pivot asiatique" plaçant l'Est du continent asiatique en première ligne dans une logique d'escalade des risques de guerre. Plus que jamais, il est urgent de lever les sanctions unilatérales afin de renouer le dialogue avec Pyongyang, mettre fin aux manoeuvres militaires américaines à répétition dans cette région du monde et entamer de vraies négociations pour une péninsule coréenne libérée de la menace des armes nucléaires et de la présence des troupes étrangères.
Séoul, Tokyo et Washington ont participé mardi à des exercices militaires trilatéraux sans précédent visant à contrecarrer la menace de tirs de missile de la Corée du Nord, qui a qualifié ...
"Notre intention n'est pas de provoquer de réaction d'une quelconque nation, qu'il s'agisse de la RPDC ou d'aucune autre nation de la région ouest du Pacifique. C'est pour démontrer que nous sommes
Le monstrueux attentat terroriste perpétré, dans la nuit du 11 au 12 juin 2016, par un homme se revendiquant de Daech, et qui a ciblé le club gay le "Pulse" à Orlando, aux Etats-Unis, a causé 49 morts et 53 blessés, selon un dernier bilan. Comme lors de précédentes attaques terroristes dans le monde (notamment lors des attentats de Paris le 13 novembre 2015), les deux gouvernements coréens ont vivement condamné un acte de barbarie.
Message diffusé par la boîte de nuit où a été perpétré l'attentat
Le 13 juin 2016 l'agence officielle KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et le quotidien Rodong Sinmun ont rendu compte de l'attentat, en dénonçant l'organisation Etat Islamique (Daech) et le caractère homophobe de ce crime :
Par ailleurs, l'organisation terroriste internationale Etat islamique a déclaré que l'attaque contre la boîte de nuit gay d'Orlando, qui a causé 100 morts et blessés, avait été menée par l'un de ses combattants.
Les deux médias nord-coréens ont aussi rendu compte de la réaction du Président américain Barack Obama, citant ce dernier quand il a condamné cette "tuerie de masse" comme un "acte de terreur".
Au Proche-Orient, la RPD de Corée soutient de longue date la Syrie dans son combat contre l'organisation Etat islamique.
Pour sa part, la Présidente de la République de Corée (Corée du Sud), Mme Park Geun-hye, a présenté ses condoléances aux familles des victimes, en réaffirmant la solidarité traditionnelle de la Corée du Sud avec les Etats-Unis dans une lettre qu'elle a adressée au Président Barack Obama :
La Corée du Sud sera aux côtés des Etats-Unis (...) Nous prions pour les âmes des victimes et présentons nos profondes condoléances aux familles endeuillées. Nous prions aussi pour le prompt rétablissement des blessés (...) J’affiche ma grande solidarité à votre volonté ferme de ne pas céder à la peur.
Si la République de Corée n'est, pour sa part, pas directement engagée dans la guerre contre l'organisation Etat islamique, la présence d'un petit nombre de djihadistes en Corée du Sud avait soulevé dans la société une forte inquiétude, relayée par les médias sud-coréens en fin d'année dernière.
Dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 juin, les Américains ont-ils connu leur Bataclan ? A 2h02 du matin, un jeune homme se réclamant de l'organisation Etat islamique, et sans doute violemment...
En mars 2016 a eu lieu ce que de nombreux journalistes ont qualifié d'un des plus grosses casses bancaires de l'histoire : des pirates informatiques ont dérobé 81 millions de dollars à la Banque centrale du Bangladesh en piratant le réseau bancaire Swift - tandis que des attaques similaires ont eu lieu contre d'autres institutions financières. Alors que l'enquête semble progresser difficilement, un "scoop" a rapidement fait le tour de la planète à partir du 13 mai 2016, les médias répétant en boucle ce que l'un d'entre eux croit avoir découvert : la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) serait derrière cette attaque, ce qui serait l'implication pour la première fois d'une entité étatique dans des activités illicites de cette nature. La ficelle est très grosse, mais ça marche - comme toujours avec la Corée du Nord, pour laquelle la vérification des informations est le cadet des soucis de certains journalistes, dont c'est pourtant le B.A.-ba du métier. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) décortique les ressorts de cette nouvelle "intox" médiatique - encore une, mais particulièrement énorme - sur la Corée du Nord.
Le gouverneur de la Banque centrale du Bangladesh annonce sa démission après le braquage dont son établissement a été la victime.
L'implication supposée de la Corée du Nord repose manifestement sur un seul fait, pointé par la société américaine de sécurité informatique FireEye, chargée de l'enquête par les autorités du Bangladesh : les similitudes de mode opératoire avec le piratage dont l'entreprise Sony avait été victime, fin 2014. Manque de chance, comme le détaillait l'AAFC pour le piratage de Sony il y a un an et demi, "pour de nombreux experts en cybersécurité, les preuves avancées par le FBI contre Pyongyang ne tiennent pas la route" (L'Obs). Et pour faire bonne mesure, FireEye mentionne aussi le Pakistan. Le Pakistan, associé au terrorisme islamiste dans l'inconscient collectif occidental ? L' "axe du mal" imaginaire, inventé par George W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre en amalgamant des pays dont les intérêts divergent fondamentalement, a enfin un visage : celui du pirate informatique, qu'on imagine hirsute, âpre au gain et doté d'un sabre laser. Le FBI, qui a déployé beaucoup d'efforts pour accuser la Corée du Nord dans l'attaque informatique contre Sony, ne pouvait espérer meilleur scénario après le "casse du siècle" contre la Banque du Bangladesh qui, sans une faute d'orthographe commise par les cyberpirates, aurait pu coûter 1 milliard de dollars à l'institution bancaire.
Reprenons cependant un à un les éléments de ce nouveau procès fait à la Corée du Nord, assimilée à un Etat voyou - car qui d'autre qu'un voyou ou un gangster, peut s'adonner aux braquages de banque ?
Première révélation, selon Claude Fouquet des Echos : les hackers - qu'on découvre soudain disséminés en plusieurs groupes - auraient opéré depuis... la Corée du Nord (et, accessoirement, le Pakistan).
Selon Bloomberg, la société américaine de sécurité informatique FireEye, qui enquête sur ce vol à la demande de Dhaka, a repéré au moins trois groupes de cyber-pirates qui seraient impliqués. Deux d'entre eux auraient en partie été identifiés grâce à leurs signatures électroniques. Il s'agirait de groupes de hackers opérant depuis la Corée du Nord et le Pakistan, affirme ainsi FireEye.
Que la Corée du Nord, largement coupée des circuits informatiques mondiaux, opère directement depuis son territoire, serait une prouesse spectaculaire - même dans le cas de Sony le FBI n'avait pas osé proférer d'aussi gros bobards, préférant parler de connexions avec la Corée du Nord, et d'actions conduites en concertation avec des pirates basés dans d'autres pays.
Mais peut-être Claude Fouquet, qui n'est pas un expert informatique, n'a-t-il pas tout compris, et a-t-il procédé à des raccourcis hâtifs. Remontons donc à la source de l'information, c'est-à-dire aux médias américains ou pro-américains, comme le bien nommé site très atlantiste Atlantico qui évoque, de manière plus crédible mais curieusement sans les nommer, des Nord-Coréens plutôt motivés par la recherche d'informations que par l'argent :
Des experts engagés par la Banque centrale bangladaise ont publié un rapport dans lequel ils affirment qu'au moins trois groupes pirates sont encore présents dans le réseau : le premier répond au nom de Group Zero ; le second Group Two ; le troisième est un acteur étatique qui cherche à voler des informations plutôt que de l'argent.
De l'espionnage informatique ? C'est tout de suite moins excitant, et surtout tellement banal : pour ne citer qu'eux, les services de renseignement des Etats-Unis utilisent évidemment tous les moyens informatiques, licites et illicites, pour obtenir des informations sur leurs ennemis (et ceux qui se croient leurs amis), et pourtant aucun média majeur ne les accuse d'être un Etat-voyou ou un Etat-gangster. Eux, contrairement aux Nord-Coréens, doivent acheter des indulgences... Par contre, quand le FBI accuse la Corée du Nord, il sait pertinemment de quoi il parle.
La vérité, moins affriolante, est que dans le monde des pirates informatiques tout s'achète et tout s'échange, y compris les virus - dont celui utilisé dans la cyberattaque contre Sony - et qu'identifier un pirate sur cette base relève au mieux de l'ignorance, au pire de la manipulation.
Dans le cas de Sony, les experts informatiques indépendants sont convaincus que la Corée du Nord était une couverture idéale pour les hackers, qui n'avaient plus ensuite qu'à lancer les enquêteurs sur la fausse piste d'un mauvais film satirique sur le dirigeant nord-coréen, faisant ensuite avaler à une opinion publique américaine et internationale crédule qu'aller voir ce navet anti-Kim Jong-un était un acte de résistance et de défense de la liberté d'expression. Les réalisateurs du navet ne pouvaient espérer meilleure publicité, tandis que Barack Obama et le FBI pensaient sauver la face de Sony en pointant du doigt un Etat nimbé de mystère et puissant, forcément puissant.
Pour la Banque centrale du Bangladesh, comme pour Sony Pictures, il semble y avoir eu dans les deux cas des complicités internes et la recherche d'un gain immédiat, explicite pour la Banque du Bangladesh, plus qu'implicite s'agissant de Sony Pictures avec des demandes de rançon bel et bien formulées pour mettre fin au déballage sur la vie interne de l'entreprise.
Si l'on ajoute que les cibles des pirates informatiques (pas seulement la Banque du Bangladesh, mais aussi des établissements dans d'autres pays comme le Vietnam) ne recoupent vraiment pas la liste des ennemis (réels ou supposés) de la Corée du Nord, que la fondation mentionnée par les hackers serait philippine, un pays pro-Américain, on ne voit vraiment pas ce que les hackers nord-coréens - supposés être à la recherche d'informations non financières (mais lesquelles ? le numéro de compte d'un dirigeant bangladais aux antipodes de leurs préoccupations politiques, économiques et stratégiques ?) - auraient à faire dans la rocambolesque histoire du "plus gros casse informatique" de l'histoire. Sauf à nourrir des enquêteurs payés par la Banque centrale du Bangladesh pour justifier leurs émoluments (atteignant certainement une somme coquette), ou des journalistes en mal de copie devant justifier leur salaire. Si l'appât du gain est un mobile des plus banals, il est partagé bien au-delà des seuls hackers de la Bank of Bangladesh.
C'est une histoire aussi sinistre que rocambolesque qui a eu lieu en France et a impliqué les services de renseignement sud-coréens : en octobre 1979, l'ancien chef de l'Agence centrale de renseignement de Corée (du sud), la KCIA – prédécesseur de l'actuel Service national de renseignement (NIS)-, fut enlevé à Paris et éliminé par des agents aux ordres du régime sud-coréen de l'époque. Depuis 1979, malgré la mise en place d'une commission d'enquête en 2004, le mystère demeure sur les circonstances précises de cette affaire. Celle-ci est autant l'affaire d'une élimination, dans des conditions que certains qualifieront de « mafieuses », d'un ancien ami devenu gênant que l'affaire des différentes versions savamment distillées pour semer la confusion dans le public. Mais, malgré le brouillard volontairement entretenu, les services de renseignement sud-coréens apparaissent comme une organisation agissant selon le bon vouloir d'un régime alors dictatorial plutôt que selon la loi, en cumulant de manière exceptionnelle les compétences de la CIA et du FBI américains. Ainsi, en 1979, pour répondre aux besoins du régime sud-coréen aux abois, la KCIA a agi au mépris de la souveraineté d'un pays étranger – en l'occurrence la France – et même de la réputation internationale et de l'intérêt national de la République de Corée (du Sud).
L'ancien directeur de la KCIA, Kim Hyung-wook, lors de sa déposition devant la Chambre des représentants des Etats-Unis, en juin 1977
Né en 1925, Kim Hyung-wook dirigea de 1963 à 1969 l'Agence centrale de renseignement de Corée (Korea Central Intelligence Agency, ou KCIA, nom de l'agence sud-coréenne de renseignement entre 1961 et 1981), se montrant d'une fidélité sans bornes à l'égard du général Park Chung-hee, à la tête de la Corée du Sud de 1961 à 1979 et père de l'actuelle présidente sud-coréenne Park Geun-hye. En particulier, Kim Hyung-wook pilota en 1967 l'enlèvement de 17 citoyens sud-coréens résidant en Allemagne de l'Ouest d'où ils furent rapatriés à Séoul pour y être torturés sur des accusations de violation de la loi de sécurité nationale sud-coréenne et d'activités pro-Corée du Nord. Cet enlèvement faillit provoquer la rupture des relations diplomatique entre la République fédérale d'Allemagne et la Corée du Sud.
Puis Kim Hyung-wook tomba en disgrâce, prit ses distances avec le régime de Park Chung-hee, et, finalement, se réfugia aux Etats-Unis en 1973. Pendant son exil américain, il se montra un farouche opposant au régime Park, révélant la corruption et l'oppression de ce dernier. En juin 1977, il témoigna devant la Sous-commission sur les organisations internationales de la Commission sur les relations internationales de la Chambre des représentants (Commission Fraser), enquêtant sur les relations entre les Etats-Unis et la Corée du Sud. Là, l'ancien directeur de la KCIA dévoila notamment la corruption de membres du Congrès américain achetés par Park Chung-hee. En 1979, les mémoires de Kim Hyung-wook furent publiés au Japon, malgré les tentatives du régime Park de les bloquer.
Puis, en octobre 1979, Kim Hyung-wook se rendit en France, à Paris, où il disparut... quelques jours avant l'assassinat de Park Chung-hee par son propre chef des services de renseignement !
Depuis leur création, les services secrets sud-coréens – qu'il s'agisse de l'Agence centrale de renseignement, de l'Agence de planification de la sécurité nationale ou du Service national de renseignement – ont rarement hésité sur les moyens à employer, en Corée et à l'étranger. Ainsi, la KCIA aux ordres du général Park Chung-hee eut souvent recours à l'enlèvement et au meurtre vis-à-vis de ses opposants – dont l'enlèvement du futur président Kim Dae-jung, alors dissident, en 1973. Mais la disparition en 1979, à Paris, d'un ancien chef des services secrets sud-coréens devenu un farouche opposant au régime Park est sans doute l'énigme qui a suscité les hypothèses les plus folles.
Le 15 janvier 1981, parut dans le quotidien français Le Monde un article intitulé « Corée du Sud : un ancien chef des services secrets aurait été enlevé, à Paris, en octobre 1979 puis exécuté par Park-Chung-hee », présentant une version spectaculaire de la disparition de l'ancien chef de la KCIA, soufflée par de mystérieux « opposants sud-coréens » :
M. Kim Hyung-wook se serait mis à fréquenter les maisons de jeux, à Paris, en compagnie de M. Lee Sang-ryul, qui avait gagné sa confiance. Selon les opposants sud-coréens, celui-ci 'administra, alors, un anesthésique à M. Kim, en fit un colis qui passa sans problème à la douane et l'embarqua sur un avion cargo de la KAL (la compagnie aérienne sud-coréenne)', le 7 octobre [1979]. 'Le 16 octobre, poursuivent les opposants, alors qu'éclataient les émeutes de Pusan, M. Kim Hyung-wook, encadré d'agents de la KCIA, était introduit dans une pièce située au sous-sol de la Maison Bleue (la résidence du président)', où l'attendait Park Chung-hee, alors chef de l'Etat, qui devait être assassiné à son tour dix jours plus tard. Après un échange d'invectives 'le président Park exécuta lui-même M. Kim Hyung-wook, tirant à deux reprises sur lui, pratiquement à bout portant, tout en vociférant'.
Dans un reportage diffusé par la chaîne sud-coréenne MBC le 28 novembre 1999, Edwy Plenel, directeur de la rédaction du Monde de 1996 à 2004, dit ne pas en savoir plus sur les sources de l'article du 15 janvier 1981 :
Comment cela a-t-il été écrit à l'époque ? Ceux qui traitaient ces sujets-là sont partis à la retraite ou ont quitté le journal. Donc le chef du service international de l'époque n'est plus au Monde, le responsable du desk Asie - ceux qui traitent les informations à Paris-même - n'est plus là. […] Je pense que c'était un des journalistes du service international, qui était en relation, ici, avec des opposants sud-coréens, qui a recueilli leurs témoignages et qui a donné cette information.
Il fallut attendre 2005, soit 26 ans après les faits, pour qu'émerge une version officielle de la disparition de l'ancien chef de la KCIA. Sans lever toutes les interrogations, loin de là.
En Corée du Sud, pendant la présidence démocrate de l'ancien opposant Roh Moo-hyun, une Commission pour la vérité du Service national de renseignement fut créée, en novembre 2004, dans le but de conduire « des activités de recherche de la vérité concernant l'exercice illégal de la puissance publique par le NIS dans le passé, lequel a contribué à des abus en matière de droits de l'homme et à d'autres activités illégales ». Cette Commission pour la vérité était composée de membres de l'agence de renseignement et d'experts civils. En particulier, il était demandé au NIS de faire « tous les efforts pour gagner la confiance du public et empêcher de tels méfaits de se reproduire ».
Parmi les affaires troubles sur lesquelles devait se pencher la Commission pour la vérité figuraient, entre autres, l'enlèvement de citoyens sud-coréens en Allemagne en 1967, l'enlèvement de l'opposant Kim Dae-jung en 1973, la destruction en vol d'un avion de la compagnie sud-coréenne Korean Air en 1987 et, bien sûr, la disparition de Kim Hyung-wook.
Concernant la disparition de l'ancien directeur de l'agence de renseignement, la presse sud-coréenne se fit largement l'écho de l'enquête avant et après la publication du rapport de la Commission. La perspective d'une élucidation de cette affaire, après tant d'années de supputations diverses, fut perçue par les plus optimistes comme l'occasion de renforcer la démocratie et les droits de l'homme en Corée du Sud. Comme l'écrivait le journal sud-coréen de gauche Hankyoreh dans un éditorial du 19 février 2005 :
L'affaire montre la vérité hideuse et nue d'une dictature qui a utilisé un montant important de fonds publics pour tenter de calmer quelqu'un divulguant ses aberrations et allant finalement jusqu'à l'assassiner pour le faire taire à jamais. Le pays et le peuple étaient tenus à l'écart par une agence de renseignement qui était le fidèle serviteur d'un homme au pouvoir absolu. C'est la confirmation que le pouvoir absolu corrompt absolument.
Toutefois, à mesure qu'approchait la fin de l'enquête de la Commission pour la vérité, les versions de la disparition de Kim Hyung-wook, parfois incohérentes, se multiplièrent dans les médias sud-coréens.
Le 18 février 2005, quelques semaines avant la publication du rapport officiel de la Commission pour la vérité, le supplément mensuel du quotidien sud-coréen conservateur Chosun Ilbo distillait l'information d'un meurtre perpétré par des criminels opérant pour le compte d'agents de la KCIA, suivant une version qu'on peut penser être de nature à plutôt disculper la KCIA (compte tenu de la proximité du quotidien avec les services de renseignement) tout en donnant corps à des rumeurs salissant l'ancien maître espion devenu opposant accusé à demi-mots de vénalité:
L'ancien directeur de la KCIA qui a disparu, Kim Hyung-wook, a été assassiné à Paris en 1979 par une organisation criminelle locale aux ordres d'un agent de la KCIA, rapporte le Monthly Chosun. Il est dit que la KCIA a attiré Kim dans la capitale française où le gang s'est débarrassé de son corps, un service pour lequel il a été payé par l'agent.
La dernière édition du magazine publiée vendredi cite le témoignage de plusieurs anciens hauts responsables de la KCIA et de l'ancien député du Parti démocrate du millénaire Kim Gyeong-je, lequel fut le nègre de l'ancien directeur de la KCIA pour la rédaction de ses mémoires.
Mais l'agent désigné par les anciens responsables de la KCIA comme le cerveau de cette opération des services de renseignement à Paris a refusé de confirmer ces affirmations lors d'une rencontre avec le magazine.
Le magazine a rapporté qu'une actrice a été utilisée pour attirer Kim de son domicile dans le New Jersey à Paris,et que l'agent, se faisant passer pour un étudiant étranger, a guidé Kim dans la capitale française et l'a remis au gang parisien.
Dans un entretien accordé au Monthly Chosun, Kim Gyeong-je a dit que l'ancien chef de la KCIA lui a montré des 'lettres d'amour' envoyées par l'actrice d'origine coréenne juste avant qu'il disparaisse. L'ancien député a déclaré que Kim Hyung-wook est allé à Paris pour la rencontrer.
Plusieurs anciens hauts responsables de la KCIA ont affirmé que l'agent de renseignement est revenu en Corée deux jours après le meurtre. Ils ont dit que les services de renseignement français ne faisaient que suspecter ce qui était arrivé mais ne disposaient pas d'assez d'éléments pour mener une enquête active. Les anciens responsables ont attesté que les services de renseignement sud-coréens, ayant tiré les leçons de l'enlèvement bâclé du dissident Kim Dae-jung [qui sera élu président de la Corée du Sud en 1997], n'étaient pas impliqués eux-mêmes dans l'élimination de Kim. A la place, ils ont embauché un gang français local pour faire le boulot.
Pendant ce temps, Yun Il-gyun, qui était à l'époque le vice-directeur des opérations extérieures de la KCIA, a dit au Monthly Chosun qu'il s'est rendu au domicile de Kim dans le New Jersey en novembre 1978, et, après trois jours de négociations, a obtenu le manuscrit original des mémoires de l'ancien maître espion en échange de 500 000 dollars.
Mais Kim est revenu sur l'accord et a publié ses mémoires au Japon en avril 1979, date à laquelle les opérations ponctuelles destinées à empêcher leur publication ont cessé, a affirmé Yun. Son témoignage met fin à la croyance répandue que la KCIA avait offert à Kim 1,5 million de dollars pour arrêter la publication de ses mémoires, et que Kim est allé à Paris pour récupérer le million de dollars qu'il n'avait pas encore reçu.
Le 11 avril 2005, le magazine sud-coréen Sisa Journal, réputé pour le sérieux de ses analyses, sortit un scoop dans lequel un ancien agent de la KCIA, répondant au nom de Lee, avouait avoir enlevé et assassiné Kim Hyung-wook à Paris dans des conditions particulièrement sordides :
Nous avons enlevé l'ancien chef de la KCIA Kim Hyung-wook à Paris le 7 octobre 1979 dans un restaurant proche d'un casino. Nous surveillions l'entrée du restaurant où Kim avait prévu de rencontrer une actrice coréenne, et nous l'avons enlevé en prétendant être envoyés par l'actrice. Nous avons anesthésié Kim dans une Cadillac, nous l'avons emmené la nuit suivante dans un élevage de poulets situé à quatre kilomètres au nord-ouest de Paris, et nous l'avons jeté dans un broyeur pour en faire de l'aliment pour les volailles.
Au Sisa Journal, l'ancien agent livra aussi des détails sur la préparation et les suites de la mission : en 1978, M. Lee et les autres membres de l'équipe furent envoyés en Israël pour y être entraînés par le Mossad (le service de renseignement extérieur israélien). L'équipe chargée de l'assassinat quitta Israël dans un avion cargo et arriva en Belgique où les attendait une voiture pour les conduire à Paris. Ils restèrent à Paris seulement deux jours et, une fois leur mission accomplie, allèrent vers le sud, traversèrent la frontière espagnole comme de simples randonneurs et gagnèrent Gibraltar pour revenir en Israël toujours par avion cargo. Enfin, ils rentrèrent en Corée du Sud en passant par le Japon.
Mais Lee refusa de révéler si Park Chung-hee avait donné l'ordre d'éliminer Kim Hyung-wook. Ce détail avait son importance : une implication directe du président Park Chung-hee dans l'assassinat de son ancien chef des services secrets, en territoire étranger de surcroît, auraient pu ruiner les ambitions politiques de sa fille, alors à la tête du parti conservateur d'opposition en Corée du Sud. Comme l'écrivait le quotidien sud-coréen Dong-A Ilbo le 4 février 2005 :
S'il est avéré que l'ancien président Park a directement ordonné d'enlever et d'assassiner Kim Hyung-wook, cela pourrait porter un coup fatal à la fille de l'ancien président et actuelle dirigeante du Grand Parti national, Park Geun-hye, laquelle a repris l'actif et le passif de son père.
Bien sûr, les aveux de l'agent Lee au Sisa Journal firent réagir le NIS et la Commission pour la vérité. Le 26 avril 2005, un article du site sud-coréen Ohmynews cita une source du NIS participant à la Commission et selon laquelle les personnes impliquées dans l'affaire Kim Hyung-wook étaient prêtes à livrer leur « confession de conscience ». En revanche, toujours selon cette source, le NIS ne disposait d'aucun élément démontrant que la personne ayant parlé au Sisa Journal était bien un agent de la KCIA. Un autre élément particulièrement macabre du récit de M. Lee était pointé pour son incohérence par le chef de la Commission lui-même, le pasteur Oh Chung-il : comment transformer un corps humain en aliments pour volailles alors que ce type d'aliment est composé de matières sèches ?
Le 3 mai 2005, un autre article du site Ohmynews fit état de l'enquête menée par des journalistes de la chaîne MBC venus en France pour y vérifier les déclarations faites par M. Lee au Sisa Journal. En France, les journalistes de MBC découvrirent que le type de broyeur d'aliments pour volailles dans lequel Kim Hyung-wook était censé avoir été tué n'était pas en usage dans les années 1970. Quant à l'actrice qui, selon M. Lee, avait servi d'appât pour attirer Kim Hyung-wook à Paris, elle niait catégoriquement s'être trouvée dans cette partie du monde à l'époque.
Pressée par ces révélations multiples, la Commission pour la vérité du Service national de renseignement publia un rapport intermédiaire sur l'affaire Kim Hyung-wook le 25 mai 2005 (le rapport final de la Commission, rassemblant toutes les affaires étudiées, ne sera publié qu'en 2007).
La version contenue dans ce rapport était quelque peu différente des versions avancées précédemment : d'après la Commission, Kim Hyung-wook avait été liquidé à Paris le 7 octobre 1979 par des agents de la KCIA et des hommes de main embauchés pour accomplir la sale besogne, et son cadavre abandonné dans une forêt. Dans son compte rendu du rapport de la Commission pour la vérité, le quotidien sud-coréen JoongAng Ilbo écrivait le 26 mai 2005 :
Selon le rapport du service de renseignement, Kim Jae-kyu, qui dirigeait l'agence entre 1976 et 1979, ordonna aux responsables de l'agence en France de tuer l'ancien chef espion 'renégat'
Le rapport présente en détail comment Kim Jae-kyu demanda en septembre 1979 à Lee Sang-yul, alors principal agent de la KCIA à Paris, d'organiser l'assassinat. Le rapport dit que M. Lee fit appel à deux fonctionnaires de l'agence à Paris ainsi qu'à deux Européens de l'Est pour accomplir le meurtre.
Le 7 octobre 1979, Kim Hyung-wook appela M. Lee pour emprunter de l'argent, affirme le rapport. Monsieur Lee fit venir l'ancien chef espion aux Champs-Elysées en lui disant qu'il lui présenterait des prêteurs.
Les fonctionnaires de l'agence et les Européens de l'Est enlevèrent M. Kim en utilisant la voiture officielle de M. Lee. Les deux Européens de l'Est possédaient un pistolet fourni par les membres de l'agence d'espionnage [sud-]coréenne. Le rapport affirme qu'ils ont tué M. Kim de sept balles dans une petite forêt à l'extérieur de Paris. Puis ils ont recouvert son corps de feuilles avant de quitter les lieux. Les agents coréens ont refusé de révéler où ils avaient abandonné le cadavre de M. Kim, a déclaré le service.
Le service de renseignement a dit que la description des événements était basée sur les déclarations des fonctionnaires coréens de l'agence et sur des documents internes du service de l'époque. Il a dit que M. Lee, figure clé de l'affaire, a refusé de faire la moindre déclaration. Les journalistes ont tenté en vain de contacter M. Lee.
Kim Jae-kyu a été exécuté en 1980 pour avoir assassiné Park Chung-hee. Un responsable du renseignement a déclaré hier : 'Il n'a pas été établi que le Président Park a demandé à Kim Jae-kyu de tuer Kim Hyung-wook. Nous avons besoin d'informations supplémentaires.'
Le rapport de la Commission offrait donc une nouvelle version de l'histoire (la troisième) et était loin de répondre à toutes les questions : Lee Sang-yul, si prolixe avec le Sisa Journal un mois plus tôt, était soudain devenu muet. Quant à l'absence d'« informations supplémentaires » permettant, notamment, d'établir l'existence d'un ordre direct de Park Chung-hee d'éliminer son ancien homme de confiance, l'opinion y était préparée dès le mois de mars 2005 quand on apprit que des documents utiles à la manifestation de la vérité avaient mystérieusement disparu, probablement détruits par les services de renseignement eux-mêmes :
On a appris […] que des documents importants relatifs à la disparition de l'ancien directeur de l'Agence centrale de renseignement de Corée (KCIA), Kim Hyung-wook et à l'enlèvement de l'ancien président, alors dissident, Kim Dae-jung, ne sont plus en possession du Service national de renseignement (NIS), amenant certains à penser qu'ils ont été détruits. La Commission pour la vérité enquêtant sur des incidents suspects du passé de l'agence nationale de renseignement a déclaré avoir obtenu des documents du renseignement au sujet du directeur de la KCIA qui a disparu, lequel avait fui aux Etats-Unis en 1973 et menait des activités en opposition au président de l'époque, Park Chung-hee, mais qu'il n'existe aucun rapport sur les mouvements de Kim à partir de la veille de son arrivée à Paris le 1er octobre 1979. Kim a disparu quelques jours plus tard, le 7 octobre. La Commission enquête sur la possibilité que ces documents aient été intentionnellement détruits. Elle a appelé à témoigner plusieurs personnes liées à l'affaire, dont Lee Sang-yul, un ancien agent de renseignement qui opérait alors en France sous couverture d'un fonctionnaire de l'ambassade [de Corée du Sud], mais elle affirme qu'elles ne se montrent pas coopératives.
L'absence de preuves démontrant un ordre direct de Park Chung-hee déçut les défenseurs de la démocratie en Corée du Sud, comme le journal Hankyoreh qui écrivait dans un éditorial du 27 mai 2005 :
On ne peut pas dire que l'affaire Kim Hyung-wook a été révélée dans sa totalité. Il est difficile de croire l'explication selon laquelle la KCIA a fait seule ce qu'elle a fait, juste pour se protéger elle-même. La KCIA était une organisation subordonnée à Park, les événements menant directement à ce qui est arrivé concernaient la publication par Kim de mémoires traitant de détails intimes du régime et son témoignage à leur sujet devant une commission de la Chambre des représentants des Etats-Unis, et, de plus, Park montra en plusieurs occasions sa rage et son sentiment de trahison. Il y a besoin d'une clarification sur l'existence ou non d'un ordre de Park [pour éliminer Kim Hyung-wook]. Il y a eu tant de controverse quant à savoir si la KCIA avait entrepris d'elle-même d'enlever Kim Dae-jung en 1973, que ce serait beaucoup de penser qu'elle aurait pu fait une telle chose de sa propre initiative plus tard.
De leur côté, le Grand Parti national et les médias conservateurs sud-coréens, opposés au Président Roh Moo-hyun et méprisant la Commission pour la vérité du Service national de renseignement, n'avaient de cesse de mettre en doute la crédibilité de cette dernière. Ainsi, deux jours après la sortie du rapport de la Commission, le Chosun Ilbo, principal organe conservateur en Corée du Sud, publia un article critiquant un rapport « plein d'angles morts » et appelant à « enquêter sur la Commission » :
Une Commission pour la vérité du Service national de renseignement (NIS) sondant des épisodes troubles du passé du service a décidé de mettre fin, pour ainsi dire, à un mystère qui ne veut pas partir, à savoir ce qui est arrivé à l'ancien directeur de l'Agence centrale de renseignement de Corée (KCIA) Kim Hyung-wook. Tout ce que nous savons avec certitude est qu'il a disparu pendant la présidence de Park Chung-hee.
La Commission pour la vérité a publié un rapport intermédiaire dans lequel nous apprenons que des agents de la KCIA basés à Paris, sur les ordres du successeur de Kim à la tête de la KCIA, et un duo de gangsters d'Europe de l'Est qu'ils ont embauchés pour 100 000 dollars, ont emmené l'ancien maître espion dans une forêt à l'extérieur de Paris et l'ont abattu avec un pistolet à silencieux.
Il est dit que les témoignages en ce sens proviennent de l'homme de la KCIA à Paris à l'époque, Shin Hyeon-jin, qui a pris part à l'opération. Mais le rapport est plein d'angles morts.
Pour commencer, il est écrit dans le rapport que les tueurs ont recouvert le corps de Kim avec des feuilles mortes avant de quitter les lieux. Il a été dit que ces bois où Kim a été assassiné étaient situés à 50 mètres d'une route de banlieue. Il est donc difficile d'avaler que personne ne soit venu à cet endroit en 26 ans. Où sont passés les restes de Kim ? Shin, en tout cas, n'a pas pu se rappeler où se trouvent les bois, révèle la Commission. La cible du meurtre qu'il a commis était l'ancien chef de son organisation, mais Shin ne peut pas se rappeler où il l'a fait. Cela n'a aucun sens.
La Commission n'a pas non plus été en mesure de fournir des preuves matérielles parce que les tueurs ont égaré le pistolet à silencieux.
Parmi les dix membres civils de la Commision, aucun n'a rencontré Shin, apparemment. Les membres civils sont placés là pour surveiller la Commission afin que le NIS, qui est après tout la partie probablement coupable dans ces épisodes troubles, ne puisse pas fabriquer les résultats de l'enquête qui lui conviennent. Et ces membres civils ont simplement entériné ce que les responsables du NIS leur ont dit de leur enquête sur leurs anciens collègues et n'ont demandé aucune autre preuve.
Pourquoi cette hâte ? Quelle urgence a incité la Commission à rendre publics les résultats de cette enquête bâclée ? Si les questions sur le passé sombre de l'agence finissent par donner naissance à davantage de soupçons et de théories du complot, nous devrons mettre en place une autre commission pour la vérité afin d'enquêter sur la Commission pour la vérité.
Il est vrai que les conclusions de l'enquête de la Commission pour la vérité étaient loin d'être satisfaisantes. Mais, à la décharge de la Commission, les conservateurs sud-coréens, par l'intermédiaire de leurs médias, quand ce ne sont pas les services de renseignement eux-mêmes, ont bien contribué à embrouiller les choses et à lui mettre des battons dans les roues, y compris en répandant des rumeurs et en dissimulant des éléments nécessaires à la manifestation de la vérité.
Ainsi, quelques jours avant la publication du rapport de la Commission pour la vérité, la presse sud-coréenne fit état d'une nouvelle version (la quatrième, au moins) de la disparition de Kim Hyung-wook, à partir d'un « document déclassifié » américain contredisant l'hypothèse d'un assassinat à Paris. Le 20 mai 2005, il était écrit dans le Chosun Ilbo :
Un document déclassifié du département d'Etat américain contredit l'histoire selon laquelle l'ancien directeur de la KCIA Kim Hyung-wook a été attiré à Paris et assassiné dans des circonstances tout droit sorties d'un thriller d'espionnage, donnant une nouvelle vie à un mystère qui refuse de partir. Le document indique aussi que Kim s'est évaporé le 9 octobre 1979, deux jours après ce qu'on pensait.
L'édition de New York du Hankuk Ilbo a rapporté qu'un 'Rapport hebdomadaire sur la situation en Corée' adressé par le département d'Etat à l'ambassade des Etats-Unis en Corée [du Sud] le 29 février 1980 a affirmé être certain que Kim avait quitté Paris le 9 octobre avec un autre Coréen et s'était rendu à Dhahran en Arabie Saoudite en passant par Zurich en Suisse. C'est là qu'on perd sa trace.
Le rapport a dit que l'ambassade du Japon à Washington avait donné au département d'Etat les résultats des investigations menées en continu par Tokyo avec la police de Paris [sic] concernant la disparition de Kim. Il a ajouté que la police française n'avait pas eu d'autre choix que de clore son enquête après la confirmation que Kim était parti pour l'Arabie Saoudite.
Malgré le brouillage volontaire des pistes, toutes les versions - ou presque - de l'affaire Kim Hyung-wook s'accordent sur un point : des agents sud-coréens en poste à Paris ont joué un rôle dans la disparition de l'ancien chef de la KCIA, suivie de son meurtre probable. Plongés dans la tourmente de révélations sur un passé peu glorieux, les services de renseignement sud-coréens ont plus tard su se montrer reconnaissants pour le soutien apporté par la fille du général Park et ses amis conservateurs. Le retour d'ascenseur a pris la forme d'une élection présidentielle manipulée en 2012... La fille du général Park Chung-hee est désormais au pouvoir en Corée du Sud et les services de renseignement sud-coréens, rebaptisés NIS en 1999, peuvent à nouveau se comporter en dignes héritiers de la KCIA de la « grande époque ». En Corée comme à l'étranger.
A l'occasion d'un entretien donné à l'agence Reuters, Donald Trump, désormais seul candidat en lice pour l'investiture du Parti républicain à l'élection présidentielle américaine, s'est déclaré prêt au dialogue avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Cette prise de position tranche avec celle des "faucons" américains, partisans d'un changement de régime en République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord, RPDC), sur la ligne desquels se retrouve Hillary Clinton, très probable candidate démocrate à la prochaine présidentielle américaine.
La déclaration de Donald Trump sur ses relations avec la Corée du Nord s'il est élu est sans ambiguïté :
Je lui parlerais, je n'aurais aucun problème à lui parler
Pour le futur candidat républicain à l'élection présidentielle américaine, il s'agirait de parvenir à une dénucléarisation de la RPD de Corée. Interrogé, un responsable nord-coréen a déclaré que cette offre de dialogue n'était "pas une mauvaise chose", tout en précisant que la RPDC était prête au dialogue avec le futur président des Etats-Unis, quel qu'il soit. Cette position tranche radicalement avec celle de l'administration Obama, dont fait partie Mme Clinton, qui a refusé le dialogue avec la Corée du Nord et mis en place le régime de sanctions le plus sévère jamais établi contre Pyongyang.
Hillary Clinton, probable future adversaire de Donald Trump, a moqué une prise de position qu'elle a jugée iconoclaste et sa soi-disant fascination pour les régimes autoritaires - évitant ainsi le débat de fond, à savoir que l'administration Obama a conduit un effort de guerre très important et qu'elle représente, de fait, le camp de la guerre et des marchands d'armes. A contrario, rien ne permet à ce stade de dire que Donald Trump ne serait pas pour sa part un "isolationniste" - c'est-à-dire un partisan du désengagement des Etats-Unis dans les conflits mondiaux. Donald Trump a d'ailleurs évoqué à la fois un possible retrait des troupes américaines de Corée du Sud, une augmentation des dépenses à la charge de Séoul pour l'entretien de la présence militaire US au Sud de la péninsule et son accord de principe pour que la Corée du Sud se dote d'armes nucléaires - sous-entendu qu'elle assure elle-même sa défense, et non qu'elle dépende du parapluie nucléaire américain. Cette dernière prise de position ne sera toutefois certainement pas du goût de la Chine, hostile à toute course aux armements nucléaires dans la région - et refusant donc tant que Pyongyang et Séoul disposent de l'arme nucléaire.
A ce stade, si Hillary Clinton devrait donc bien représenter la continuité dans la diplomatie américaine en cas d'élection, Donald Trump réorienterait cette même diplomatie, suivant des lignes qui restent à préciser mais qui se dessinent progressivement.
Dans ce contexte, Ri Yong-ho est récemment devenu le nouveau ministre des Affaires étrangères de la RPD de Corée : le choix de cet ancien négociateur aux pourparlers sur la question nucléaire est interprété par les spécialistes comme le signe d'une volonté de dialogue et d'ouverture par Pyongyang.
A l'occasion d'une interview accordée à Reuters dans sa luxueuse Trump Tower de Manhattan, le candidat républicain à l'investiture américaine Donald Trump a exprimé sa volonté de rencontrer ...
Donald Trump et Kim Jong-Un. Photo AFP Donald Trump multiplie les prises de position iconoclastes. Dernière en date : renouer le dialogue avec Kim Jong-un, " chef suprême " de la République ...
Le Monde | * Mis à jour le Renouer le dialogue avec la Corée du Nord Point le plus marquant, Donald Trump se dit prêt à parler au dirigeant nord-coréen Kim Jong-un pour le convaincre de renonc...
North Korea has named Ri Yong-ho, its chief nuclear negotiator and former UK ambassador, as its new foreign minister in a diplomatic letter to the UK. Mr Ri, promoted from vice-foreign minister, is
Le 27 avril 2016, l'agence de presse officielle KCNA (Korean Central News Agency) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé que le 7e Congrès du Parti du travail de Corée (PTC) s'ouvrirait le 6 mai 2016 à Pyongyang en présence de 3 000 délégués - sans préciser la date de clôture (le précédent Congrès, en 1980, avait duré quatre jours). Alors que nombre d'observateurs étrangers s'attendent à l'annonce de nouvelles mesures économiques pour élever le rythme de croissance économique de la RPDC, parallèlement au renouvellement des instances dirigeantes du Parti, l'annonce publique de la date exacte du Congrès - dont la convocation avait donné lieu à un communiqué de l'agence KCNA le 29 octobre 2015 - intervient dans un contexte d'accélération des efforts pour le développement simultané de l'économie nationale et des capacités de défense.
Au plan économique, les Nord-Coréens sont engagés dans une nouvelle "bataille de la production" à l'approche du Congrès du PTC, la campagne des 70 jours : si elle suscite peu d'intérêt dans les médias occidentaux, elle n'en traduit pas moins la mobilisation de millions de travailleurs et d'étudiants en impactant fortement leur vie quotidienne, et fait ainsi l'objet d'une assez large couverture dans les médias nord-coréens.
Les initiatives prises par les autorités nord-coréennes dans le domaine militaire ont été en revanche largement couvertes en Occident, depuis l'essai nucléaire du 6 janvier 2016 : le 23 avril, la RPDC s'est félicité du "succès" du lancement d'un nouveau missile balistique mer-sol depuis un sous-marin sur sa côte Est. Si les commandements militaires américain et sud-coréen ont parlé d'un "échec", tout en dénonçant une violation des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies, il est avéré que, quel que soit le régime draconien de santions auquel elle est soumise, la Corée du Nord progresse dans l'obtention d'une capacité de frappe nucléaire sur le territoire américain à l'aide d'un missile balistique intercontinental, prétendant avoir déjà franchi ce seuil technologique.
En tout état de cause, la montée en puissance militaire de la RPDC est prise au sérieux par les Etats-Unis et leurs alliés : les exercices de guerre américano - sud-coréens de ce printemps sont d'une ampleur exceptionnelle, et un ancien conseiller du département d'Etat américain, Rober Einhorn, vient de rappeler lors du forum "Asan Plenum 2016" à Séoul que "les Etats-Unis ont déjà déclaré qu'ils étaient prêts à employer l'arme nucléaire en premier, si nécessaire, soit en Europe, soit en Asie de l'est afin de soutenir la Corée du Sud et le Japon. Cette approche fait toujours partie de la politique américaine". Cette constance de la politique américaine à envisager une attaque nucléaire en premier sur la Corée du Nord explique la volonté de Pyongyang de contrer cette menace en disposant elle-même d'une capacité de dissuasion nucléaire significative. Pour sa part, l'AAFC estime que l'escalade militaire en Asie du Nord-Est traduit la faillite de la politique occidentale de sanctions et d'isolement de la RPDC menée sans discontinuer par les administrations américaines successives (Barack Obama ayant avoué être un partisan de la théorie de l'effondrement nord-coréen développée par les faucons néo-conservateurs), et qu'il importe de revenir enfin au dialogue et à une volonté sincère de dénucléarisation de toutes les parties pour stopper l'engrenage de la guerre et de son corollaire, la course aux armements qui détourne des sommes importantes de politiques concourant directement au bien-être des populations.
Le Monde | * Mis à jour le Aucun détail n'a été donné sur ce congrès, le premier depuis 1980 qui avait alors duré quatre jours. Alors que les autorités l'évoquent depuis le mois d'octobre,...
Le Monde | * Mis à jour le Les médias officiels nord-coréen livrent une tout autre version, dimanche. Le dirigeant Kim Jong-Un a présenté l'essai comme " un succès édifiant ", affirmant que ...
Les Etats-Unis n'excluent pas la possibilité d'une attaque nucléaire préventive contre la Corée du Nord, rapporte Robert Einhorn, ex-conseiller du département d'Etat américain, chargé des qu...
La résolution 2270 du Conseil de sécurité des Nations Unies a imposé un régime de sanctions sans précédent contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), auxquelles s'ajoutent les sanctions unilatérales prises, notamment, par les Etats-Unis et la Corée du Sud. Enfin, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont engagé des exercices militaires d'une ampleur sans précédent, les autorités sud-coréennes menaçant le Nord d'une "opération de décapitation préventive". Dans ce contexte, la RPD de Corée n'a pas seulement haussé le ton : elle a riposté en prenant des mesures dans les domaines de la défense, d'une part, et économique, d'autre part.
Selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA, le Maréchal Kim Jong-un a appelé le 11 mars 2016 à un renforcement des capacités militaires nucléaires du pays :
Il a donné pour tâche d' effectuer plus de tests d'explosions nucléaires afin d'estimer le pouvoir de destruction des ogives nucléaires nouvellement produites et de mener d'autres tests pour soutenir la capacité d'attaque nucléaire.
Ces déclarations interviennent après le tir par la Corée du Nord de missiles à courte portée à plusieurs reprises (notamment le 10 mars 2016), et l'annonce qu'elle pouvait miniaturiser des têtes nucléaires sur des missiles - une capacité dont le commandement militaire américain ne l'estime pas capable, quitte pourtant à contredire des déclarations antérieures.
Au plan économique, en réaction aux nouvelles sanctions unilatérales prises à son encontre par le Sud, le Comité pour la réunification pacifique de la patrie de la RPDC a annoncé, le 10 mars 2016, l'annulation de tous les accords économiques avec le Sud et la "liquidation" des biens des entreprises sud-coréennes implantées au Nord - principalement dans la zone de Kaesong, qui a fermé en février toujours sur l'initiative du Sud, ce qui pourrait signifier leur mise à disposition de la RPD de Corée.
L'Association d'amitié franco-coréenne ne peut constater qu'avec une extrême amertume l'effondrement en quelques semaines des derniers acquis de la politique de rapprochement intercoréenne du "rayon de soleil" (1998-2008). En étant à l'initiative de mesures ensuite dupliquées par Pyongyang, les dirigeants sud-coréens auront joué un rôle majeur dans cette liquidation, dont ils endossent ainsi la première responsabilité. Il s'agit du réflexe habituel d'un régime autoritaire, qui cherche ainsi à détourner l'attention publique des difficultés de la vie quotidienne tout en cherchant à justifier des restrictions grandissantes aux libertés publiques.
North Korean leader Kim Jong Un watched a ballistic missile launch test and ordered the country to improve its nuclear attack capability by conducting more tests, the official KCNA news agency said ye
The North has decided to liquidate material related only to inter-Korean economic agreements On Mar. 10, North Korea's Committee for the Peaceful Reunification of the Fatherland, which is in charge
Le commandement conjoint américano - sud-coréen a annoncé que les manoeuvres militaires "Key Resolve" avaient débuté le 7 mars 2016 et continueraient jusqu'au 18 mars. Elles doivent se poursuivre par la conduite des exercices "Foal Eagle" jusqu'au 30 avril. Fermement attachée à la défense de la paix et au dialogue dans la péninsule coréenne, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) appelle à cesser ces exercices de guerre - d'une ampleur inédite cette année - en raison des graves risques d'escalade qu'elles comportent, dans un contexte déjà particulièrement tendu après l'adoption de la résolution 2270 par le Conseil de sécurité des Nations Unies.
Déplacement de blindés préparatoire aux manoeuvres, à Paju, au Nord de Séoul
Si les médias occidentaux, reprenant à leur compte les éléments de langage du commandement militaire conjoint américano-sud-coréen, ont largement mis en avant la déclaration de la Commission de la défense nationale (CDN) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) du 7 mars 2016, selon laquelle la RPDC n'excluait pas une frappe militaire "préventive", ils ont minimisé, voire omis, le contexte de cette déclaration - à savoir l'engagement le même jour de manoeuvres militaires conjointes entre les Etats-Unis et la République de Corée (Corée du Sud) d'une ampleur inédite, dans un contexte particulièrement tendu. En effet, non seulement la résolution 2270 du Conseil de sécurité des Nations Unies traduit un alourdissement sans précédent des sanctions contre la RPD de Corée, mais le déploiement du système antimissiles THAAD en Corée est désormais en discussion et les autorités sud-coréennes ont annoncé l'adoption dans la semaine de sanctions additionnelles à celles des Nations Unies. Cela fait beaucoup, et Washington et Séoul n'ignoraient pas que la RPD de Corée, qui a toujours vivement dénoncé les exercices conjoints américano - sud-coréens comme les préparatifs d'une guerre d'invasion, hausserait le ton.
Le communiqué de la CDN de la RPD de Corée a souligné que celle-ci conduisait un programme nucléaire à des fins d'autodéfense, et que le peuple et l'armée nord-coréens engageraient une "offensive générale" pour contrer les mouvements des Américains tendant à une guerre nucléaire; C'est sur cette base que le communiqué, dénonçant vivement les sanctions contenues dans la résolution 2270, a ensuite évoqué, dans un second point, une frappe nucléaire préventive. Si les mots ont un sens (et l'emploi du futur dans le communiqué est lui-même dénué d'ambiguïté), la CDN n'a jamais évoqué la possibilité d'engager les hostilités, mais se place bien dans une posture de réponse à une menace qu'elle considère comme majeure.
Les exercices militaires "Foal Eagle" vont impliquer 17 000 soldats américains. Les manoeuvres "Key Resolve" impliqueront tous les corps d'armée, et seront conduits parallèlement à des exercices menés par les marines américaines et sud-coréennes - qui n'ont, quant à eux, rien d'habituels. Selon l'agence officielle sud-coréenne Yonhap :
En parallèle à ces exercices annuels, les marines des deux pays ont entamé des exercices militaires de 10 jours, appelés Ssangyong, auxquels participent la 3e brigade américaine des Marines d’expédition, la 7e unité d’attaque de débarquement et la 76e unité mobile.
Pour les exercices conjoints des marines, quelque 9.200 Marines et 3.000 marins américains puis 5.000 Marines sud-coréens ont été mobilisés. Il est à noter aussi que 130 soldats australiens et 60 Néo-Zélandais seront présents à ces exercices. Des exercices de débarquement sur le long de la côte est, à Pohang, seront effectués le 12 mars prochain.
Ces exercices comporteront des simulations d'exercices de débarquement, officiellement à des fins défensives, mais pouvant, en réalité, également préparer le déploiement de troupes au Nord de la péninsule.
Le ton de l'agence officielle sud-coréenne Yonhap est ciselé : il n'insiste pas sur l'ampleur inédite des manoeuvres, tout en observant que des manoeuvres supplémentaires sont prévues dès à présent. Le message est apparemment double : à destination de l'opinion publique, accréditer l'idée de simples exercices de routine présentés comme défensifs ; pour les spécialistes et des autorités sud-coréennes particulièrement belliqueuses, faire état de ce qui est inédit et témoigner d'une montée en puissance. Dans cet exercice de communication de haute voltige, aucune mention n'est faite du plan opérationnel 5027 (OPLAN 5027), qui vise pourtant explicitement "l'élimination du régime nord-coréen" par une combinaison d'actions défensives et offensives, et est plus que jamais d'actualité pour les stratèges américains. Un plan qui comporte d'ailleurs des frappes préventives, mais bien américaines et sud-coréennes.
Mais ce qui se joue en Corée ne relève pas seulement de la logique d'affichage. Le risque est réel d'accrochages meurtriers, comme en novembre 2010, et d'une possible escalade : c'est cela qu'il faut empêcher à tout prix.
Le Commandement sud-coréano-américain a officialisé le début des exercices militaires conjoints Key Resolve et Foal Eagle ce lundi matin en mobilisant quelque 17.000 soldats américains et a in...
Après le vote par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 2 mars 2016, de la résolution 2270 qui a significativement alourdi les sanctions à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), les autorités nord-coréennes ont annoncé avoir placé leur arsenal nucléaire en état d'alerte : cité par l'agence KCNA de la RPD de Corée le 4 mars 2016, le Maréchal Kim Jong-un a en effet déclaré que "nous devons être toujours prêts à chaque instant à utiliser notre arsenal nucléaire". Si ces déclarations ont été accueillies avec scepticisme par les Etats-Unis quant aux capacités nucléaires de la RPD de Corée, les déclarations contradictoires des responsables américains, par le passé, amènent pourtant à faire apparaître un nouveau mensonge des Etats-Unis à l'opinion publique.
Le Maréchal Kim Jong-un
Après les déclarations des autorités nord-coréennes qu'elles plaçaient leur arsenal nucléaire en état d'alerte, les médias occidentaux ont largement cité un responsable américain qui, sous couvert d'anonymat, a déclaré que, selon Washington, la RPD de Corée n'avait pas prouvé avoir les moyens ni de miniaturiser une arme nucléaire, ni de la placer sur un missile balistique :
L’analyse du gouvernement américain n’a pas changé. Nous n’avons pas vu la Corée du Nord tester ni démontrer sa capacité à miniaturiser une tête nucléaire et la mettre sur un missile balistique
Ces deux conditions (miniaturisation, placement sur un missile) sont en effet requises pour disposer d'une capacité de dissuasion nucléaire consistant à prévenir toute attaque par des forces ennemies, comme l'a rappelé dans une analyse ABC News qui a également donné des évaluations de l'étendue de l'arsenal nucléaire nord-coréen.
En ce qui concerne le nombre d'armes nucléaires dont disposerait la RPD de Corée, un rapport du service d'études du département américain de janvier 2016 a estimé que, selon la plupart des sources occidentales, la Corée du Nord aurait produit de 30 à 40 kg de plutonium, soit une quantité suffisante pour produire au moins une demi-douzaine d'armes nucléaires. Le nombre d'armes nucléaires de la RPDC est souvent évalué entre 10 et 16, mais pourrait augmenter significativement - jusqu'à 20 en 2020, voire 100, selon une étude de 2015 du US-Korea Institute AT SAIS.
S'agissant de la capacité de la RPDC à placer ses armes nucléaires sur des missiles balistiques, ce ne sont pas les satellites nord-coréens qui représentent le vecteur adéquat, mais les missiles à longue porte KN08, comme l'a rappelé devant le Congrès, en février 2016, James Clapper, directeur de National Intelligence, qui a ajouté :
Nous estimons que la Corée du Nord a déjà pris des mesures dans cette direction, mais qu'il n'y a pas encore eu de lancement pour tester le système [d'arme nucléaire sur un missile].
En effet, comme l'AAFC le soulignait sur la base de travaux repris par le site 38 North, la fusée Unha 3, qui a lancé le satellite Kwangmyongsong-4, n'est pas un lanceur adapté pour une tête nucléaire, à la différence du missile intercontinental KN08, dont les plateformes mobiles sont beaucoup plus difficiles à repérer. Si l'armée et le gouvernement américains ont abusivement assimilé le lancement de la fusée Unha 3 à un essai de missile intercontinental, afin de justifier le renforcement des sanctions contre la Corée du Nord, la réalité technique, exposée par James Clapper devant le Congrès américain, est qu'à ce jour la Corée du Nord n'a pas effectué de lancement de missile intercontinental susceptible de porter une arme nucléaire, en n'ayant procédé qu'à des lancements de satellites spatiaux.
Mais qu'un tel essai n'ait pas encore eu lieu signifie-t-il que la RPD de Corée n'en a pas les capacités, et donc qu'elle ne serait pas en moyen de placer son arsenal nucléaire en état d'alerte ? C'est ce qu'affirment aujourd'hui - avec quelques précautions de langage - les responsables américains, contredisant les Nord-Coréens qui prétendent, quant à eux, être en mesure non seulement de miniaturiser des armes nucléaires (notamment dans une déclaration de mai 2015), mais aussi de les placer sur des missiles balistiques.
Cependant, les dirigeants de l'armée américaine n'ont pas toujours été aussi affirmatifs dans leur déni des capacités nucléaires nord-coréennes. En avril 2013, une déclaration déclassifiée de l'Agence de renseignement du ministère américain de la Défense (acronyme anglais DIA), lors d'une audition parlementaire, avait considéré comme plausible le fait que la Corée du Nord dispose déjà, à cette date (c'est-à-dire il y a près de trois ans), d'armes nucléaires pouvant être placées sur des missiles balistiques. Le porte-parole du Pentagone George Little avait ensuite démenti, en déclarant qu'il ne s'agissait pas d'une donnée du renseignement et que, "en outre, la Corée du Nord n'avait pas démontré sa pleine capacité" à se doter de missiles dotés d'armes nucléaires. Mais si l'on lit bien le texte, une absence de preuve ne veut pas dire une incapacité, d'autant plus que George Little parlait de "pleine capacité".
En octobre 2014, le Général Curtis Scaparrotti, qui commande les forces américaines dans la péninsule coréenne, avait déclaré que la RPDC était capable de miniaturiser ses armes nucléaires, compte tenu notamment de l'ancienneté des recherches accomplies par les Nord-Coréens en ce domaine. Le Pentagone avait à nouveau démenti, en affirmant qu'il n'y avait pas de preuves à l'appui des déclarations du Général Curtis Scaparrotti, mais qu'il n'y avait aucune raison de ne pas douter que les Nord-Coréens étaient proches d'atteindre cet objectif... il y a donc presque un an et demi.
Que peut-on conclure de ces déclarations successives et contradictoires ? Que la RPD de Corée n'a pas effectué de test de missile intercontinental prouvant de manière irréfutable sa capacité à installer des têtes nucléaires sur des missiles à longue portée, mais que la possibilité qu'elle dispose d'une telle capacité peut raisonnablement être envisagée - d'autant que cette hypothèse apparaissait déjà plausible il y a trois ans. Toutefois, les autorités américaines ont préféré démentir cette capacité des Nord-Coréens, pour des raisons que l'on peut considérer comme suit :
- reconnaître les progrès réalisés par la RPDC serait un aveu implicite de l'échec de la politique de sanctions par rapport à une solution diplomatique négociée, qu'ils ont clairement rejetée en élaborant la résolution 2270 qui approfondit la politique de sanctions ;
- leur communication, efficacement relayée par la quasi-totalité des médias occidentaux, a été basée sur une assimilation du lancement d'un satellite artificiel par Pyongyang à un test de missile intercontinental ; parler de la capacité (vraisemblable, mais non encore prouvée) des Nord-Coréens à placer une tête nucléaire sur un missile intercontinental conduirait à exposer les différences entre le programme spatial de la RPDC et celui de lancement de satellites, et donc à révéler qu'ils ont menti à l'opinion publique, en connaissance de cause. Après le désastre qu'a constitué la manipulation de l'opinion publique sur les armes de destruction massive irakiennes, un aveu de mensonge n'aura lieu que si les responsables américains y sont acculés.
Is Kim Jong-un 's order placing North Korea's nuclear weapons ready for use at a moment's notice to carry out preemptive attacks realistic? Does North Korea even have an arsenal of nuclear weapons?
WASHINGTON-North Korea probably has the capability to produce a nuclear warhead that could be mounted on a rocket, a top U.S. commander said Friday, moving it closer to building a nuclear missile ...
Le 2 mars 2016, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté, à l'unanimité de ses membres, la résolution 2270 qui impose un régime de sanctions d'une sévérité sans précédent contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) suite à l'essai nucléaire du 6 janvier 2016 et au lancement d'un satellite le 7 février 2016.
Comme attendu, la résolution 2270 comporte notamment une inspection de toutes les marchandises en provenance de ou à destination de la RPD de Corée, une interdiction totale d'exportation par la Corée du Nord de l'or, du titane et des terres rares, une limitation des exportations de charbon, de fer et de minerai de fer aux seules besoins de "subsistance" de la population (en visant à cibler les programmes nucléaire et balistique), des restrictions à la fourniture de carburants pour les avions et les fusées, et un élargissement de la liste des personnes et des entités placées sur liste noire.
Il s'agit de la résolution la plus sévère jamais adoptée contre la RPD de Corée. Les experts, à l'instar de Cheong Seong-chang de l'Institut Sejong, sont convaincus que ces nouvelles sanctions ne changeront pas la détermination de la RPDC à poursuivre ses programmes militaires nucléaire et balistique, mais qu'en revanche elles affecteront l'économie, et toucheront en premier lieu les populations :
Elles vont affecter le pays et accroître les souffrances de la population mais elles ne modifieront pas la détermination du régime à poursuivre ses ambitions nucléaires.
Si la Chine a déclaré qu'elle appliquerait pleinement la nouvelle résolution, une incertitude importante plane sur sa portée juridique, et donc son interprétation et sa mise en oeuvre.
Le ralliement - du moins partiel - de la Chine sur les positions américaines apparaît motivée par le fait qu'elle aurait obtenu un engagement des Etats-Unis qu'ils engagent des négociations avec la RPDC pour la signature d’un traité de paix, et qu'ils surseoient au déploiement en Corée du Sud du système THAAD (Terminal High Altitude Area Defense).
Mais l'adoption de la résolution 2270 intervient à la veille de manoeuvres régulières américano - sud-coréennes de grande ampleur, officiellement dirigées contre la RPDC mais ciblant tout autant la Chine, et après l'inauguration officielle, le 26 février 2016, de la base militaire de Jeju en Corée du Sud : si celle-ci vise soi-disant à empêcher des intrusions nord-coréennes, elle a bien comme objectif fondamental d'endiguer la montée en puissance militaire de la Chine.
Compte tenu de ces divergences profondes d'intérêts, l'unanimité du Conseil de sécurité dans l'adoption des nouvelles sanctions contre la RPD de Corée est loin de signifier le consensus de la communauté internationale que prétendent avoir atteint les Etats-Unis.
Le Monde | | Par Philippe Pons (Séoul - envoyé spécial) Lire aussi : La Corée du Nord veut lancer de nouveaux satellites L'arsenal des sanctions sera certes renforcé par rapport aux quatre tra...
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