Le 19 septembre 2026, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) s'est réunie à Paris. Elle a organisé une projection suivie d'un débat autour du film nord-coréen L'Appel de Kwangju (en anglais, Kwangju calls out), produit par la société Shin Film dirigée par Shin Sang-ok puis distribué en 1985 par la Korfilm, avec à l'affiche Jong Kon-jo pour la réalisation et Joo Dong-in pour le scénario. Il s'inscrit dans une série de longs métrages nord-coréens consacrés à la lutte d'indépendance coréenne contre l'occupation japonaise (et plus particulièrement, dans L'Appel de Kwangju, contre l'assimilation culturelle). Il constitue un témoignage doublement exceptionnel, d'un point de vue historique et cinématographique, en revenant sur un événement de 1929-1930. La séance a été suivie d'un buffet coréen, coïncidant avec la fête coréenne de Chuseok (tombant, en 2026, le 25 septembre) puis d'une discussion sur les prochaines manifestations culturelles de l'AAFC.
Revenons tout d'abord sur l'événement historique, qui sert de trame au long métrage. Selon un article de Han Sang-eon, le 3 novembre 1929 un incident éclate entre étudiants coréens et japonais dans la ville de Kwangju, au sud de la Corée : une Coréenne fait l'objet d'une agression sexuelle par un Japonais, ce qui entraîne une rixe où la police japonaise prend fait et cause pour les Japonais. Il s'ensuit un mouvement de protestation des étudiants, rejoints notamment par d'autres pans de la société, dont les cinéastes. Le soulèvement gagne l'ensemble de la Corée pendant plusieurs mois, en dénonçant de concert la domination coloniale et les violences sexuelles subies par les femmes qu'elle engendre. Le pouvoir colonial organise une répression violente, multipliant les arrestations. Le Mouvement étudiant de Kwangju, célébré après l'indépendance de la Corée en 1945 dans l'ensemble de la péninsule, a mis en valeur des héros de la lutte anticoloniale alors présents à Kwangju, comme Lee Hyo-jeong (1913-2010), appartenant elle-même à une famille illustre d'indépendantistes.
Le Mouvement étudiant de Kwangju a été une première fois adapté au cinéma, au Sud, par Lee Jae-myung, lui-même né à Kwangju, qui a produit Nameless Stars en 1959.
Produit au Nord, le long métrage L'Appel de Kwangju s'inscrit dans cette tradition historique et cinématographique. D'un point de vue franco-centré, il rappelle inévitablement les films français sur la Résistance, en dépeignant des figures ambiguës - avec ses résistants, ses collaborateurs et toute une gamme intermédiaire de personnages tiraillés entre des aspirations contraires, au regard notamment de leurs propres intérêts. L'originalité de L'Appel de Kwangju, qui en fait également un film typiquement coréen, est le schéma plus volontairement mélo-dramatique (servi par des travellings appuyés), l'insistance sur l'oppression culturelle avec la mise à l'index de la langue et de la culture coréennes, ainsi qu'un climat de violence exacerbé dans des scènes d'un grand réalisme (en l'occurrence, le réalisme socialiste). Les scènes de bataille, gigantesques, empruntent autant à l'historiographie du cinéma soviétique qu'au peplum hollywoodien. Mais ici c'est le sabre, et pas seulement le fusil, qui est l'outil de la répression japonaise, manié avec férocité contre les masses coréennes armées de bâtons. Le combat est inégal, mais l'espoir d'une restauration de la patrie anime la résistance, encore et toujours : malgré la douleur du martyr des héros, le happy end renvoie à la venue attendue d'un homme providentiel, jamais expressément nommé, et qui saura incarner, conduire et diriger la lutte de libération nationale jusqu'à la victoire.
Sources :
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