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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 13:48

Favori de la prochaine élection présidentielle sud-coréenne (dont la date a été fixée au 9 mai 2017, après la destitution de Mme Park Geun-hye), le démocrate (opposition) Moon Jae-in a déclaré, le 12 mars 2017, que la République de Corée (Corée du Sud) devait apprendre à dire "non" aux Etats-Unis. Bien qu'opposé au déploiement du systèmes de missiles THAAD, Moon Jae-in a par ailleurs critiqué les sanctions prises par la Chine suite à la mise en oeuvre de THAAD en Corée du Sud, en disant que le dispositif THAAD constituait une question de "souveraineté nationale". Indépendance par rapport aux Etats-Unis (notamment sur la question nord-coréenne), refus de l'unilatéralisme chinois, Moon Jae-in s'inscrit dans la tradition progressiste coréenne, pour laquelle la défense de la souveraineté nationale est un marqueur fondamental des différences politiques avec les conservateurs, pro-américains.

Moon Jae-in, le 12 mars 2017.

Moon Jae-in, le 12 mars 2017.

En France, défendre la souveraineté nationale est souvent considérée comme une position de droite - alors même que les Montagnards autour de Robespierre et les Communards défendaient la souveraineté nationale.

Tel n'est pas le cas en Corée, pays divisé après 1945 sous le jeu des grandes puissances. La Corée du Nord, dont le régime est issu de la résistance nationale antijaponaise et qui s'estime menacée par l'impérialisme américain, fait de la défense de la souveraineté nationale un principe fondamental de sa politique extérieure, voire de sa politique tout court. Au Sud, les régimes autoritaires qui se sont succédé pendant plus de 40 ans (et dont les conservateurs au pouvoir sont les héritiers), ont limité autant que faire se peut l'épuration des éléments projaponais à la libération, puis ont considéré l'alliance avec les Etats-Unis comme un principe de base de tout le système politique et social. En retour, les Etats-Unis ont soutenu les régimes très autoritaires qui se sont mis en place à Séoul, afin de disposer, au Sud de la Corée, d'un poste avancé - ayant créé une de leurs plus grandes bases militaires à l'étranger dans le centre même de la capitale sud-coréenne. Pour cimenter cette alliance, les nouvelles élites sud-coréennes se sont converties à un christianisme inspiré des églises américaines, ont fait de l'apprentissage de l'anglais une priorité nationale et envoient leurs enfants étudier chez le "grand frère" américain, pour s'imprégner de la langue, de la culture et des idées américaines. 

Dans ce contexte, les conservateurs sud-coréens voient avec hostilité tout dialogue préludant à une réunification avec la Corée du Nord qui refuse encore et toujours l'hégémonie culturelle américaine, quand les progressistes campent sur des positions inverses.

Tel sera l'un des enjeux, sinon l'enjeu majeur, de l'élection présidentielle sud-coréenne du 9 mai 2017 : savoir si se maintiendront au pouvoir à Séoul des conservateurs favorables à subordonner les intérêts sud-coréens à ceux de la puissance américaine.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 18:52

Né à Saint-Pétersbourg, enseignant à l'Université Kookmin de Séoul, Andrei Lankov est un universitaire russe spécialiste de la Corée dont il est un des meilleurs observateurs, marqué à droite - dont l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ne partage ainsi pas, loin s'en faut, toutes les prises de position. Pour rendre compte des mesures économiques en cours en République populaire démocratique de Corée, ainsi que de la diversification des productions agricoles, et de l'inefficacité des sanctions, nous avons traduit ci-après un article d'Andrei Lankov paru dans le quotidien sud-coréen anglophone The Korea Times, traduit de l'anglais par BA.

Un nouveau produit fait depuis peu fureur sur les marchés nord-coréens – les fraises. Les deux ou trois dernières années ont été marquées par la prolifération de serres, où les agriculteurs nord-coréens produisent des fruits inconnus jusqu’alors.

Cette industrie en Corée du Nord est privée, et son émergence a largement été rendue possible par les réformes agraires de Kim Jong-un. Désormais, les producteurs peuvent négocier des accords avec les coopératives agricoles et louer des terrains où ils peuvent mettre en place des serres.

Construire de tels équipements n’est pas donné. Les fraises et melons que l’on y produit sont encore trop chers pour n’être accessibles qu’au quart de la population le plus aisé. Il faut néanmoins se souvenir que le nombre de personnes pouvant goûter de si délicieux produits se chiffrait en une fraction d’un pour cent, donc l’amélioration est conséquente.

Ainsi, concernant l’économie nord-coréenne, un grand nombre de bonnes nouvelles sont apparues récemment. Malgré les échos des inondations et des sécheresses, il n’y a plus de pénurie de nourriture. Le prix des céréales est stable depuis des années. Il y a beaucoup de travaux de construction à Pyongyang, dans les villes de province, et même dans les campagnes lointaines. Les Nord-Coréens s’habillent mieux que jamais. La nuit venue, les grandes villes ne sont plus recouvertes par les ténèbres – grâce aux panneaux solaires, il y a de la lumière dans les maisons nord-coréennes. La Corée du Nord reste de loin la nation la plus pauvre d’Asie de l’Est, mais est significativement meilleure qu’il y a 10 ou 20 ans.

La plupart, sinon tous ces changements sont guidés par l’expansion inavouée mais puissante de l’économie privée. Ce sont les entrepreneurs privés qui coopèrent avec les agriculteurs pour construire des serres, ce sont les investisseurs privés qui mettent leur argent dans des projets de construction ; ce sont les négociants privés qui achètent, vendent et transportent les panneaux solaires qui constellent dorénavant les appartements de Pyongyang et les habitations à la campagne.

Il est regrettable que les décideurs américains restent largement ignorants de ces changements et vivent toujours dans un monde dominé par des images médiatiques grossièrement dépassées d’une Corée du Nord dystopie sur le point de s’effondrer. Peut-être que s'ils avaient davantage d’opportunités de goûter les fraises nord-coréennes, ils deviendraient moins confiants en ce qui concerne les sanctions contre le régime. En effet, il est remarquable que l’amélioration actuelle de la situation économique en Corée du Nord coïncide globalement avec la mise en place de sanctions strictes internationales prévues pour mettre l’économie à genoux, créant ainsi les conditions pour un mécontentement interne ne laissant au gouvernement nord-coréen d’autre choix que d’abandonner son arsenal nucléaire.

De l’aveu général, même si de telles sanctions réussissaient vraiment à détériorer l’économie, elles ne pousseraient pas Pyongyang à envisager une dénucléarisation. Les décideurs nord-coréens ont depuis longtemps décidé que le programme atomique constitue une condition vitale à la survie du régime. Il y a peu de doutes que s’ils devaient décider entre l’abandon de leur programme nucléaire et ignorer les morts de famine d’innombrables paysans nord-coréens, ils sacrifieront les paysans, pas la bombe. Heureusement, grâce au renouveau de l’économie nord-coréenne, une telle décision reste théorique. Les changements de la dernière décennie démontrent que les dirigeants nord-coréens peuvent avoir le beurre et l’argent du beurre. Ils peuvent autoriser les entrepreneurs privés à générer de la croissance tout en se félicitant de l’avancée remarquablement rapide de leurs programmes nucléaire et balistique.

Tout indique un vrai triomphe du système de marché à un endroit où la plupart des partisans d’un tel système le détestent passionnément. Mais cela signifie également que les perspectives pour l’avenir sont moins optimistes. La Corée du Nord va rester une puissance nucléaire. Il n’y a aucune chance pour que les sanctions internationales, si spectaculairement inefficaces, aient le plus petit impact sur la politique future du pays.

On admet que la Corée du Nord en voie de développement est moins susceptible de déclencher une guerre nucléaire. Peut-être que tant que la nouvelle classe dirigeante, maintenant constituée à la fois par des impitoyables apparatchiks du parti et par d’audacieux entrepreneurs, reste au pouvoir, la Corée du Nord va se comporter plus prudemment que par le passé. Après tout, la facilité d’accès à des véhicules de luxe pour les dirigeants et à des fraises fraîches pour les masses tendent à rendre une nation moins belliqueuse. Toutefois, il s’agit d’un pari incertain. Il semble de plus en plus probable que l’on doive vivre avec une Corée du Nord possédant l’arme nucléaire, hautement répressive politiquement, mais s’enrichissant au fil des années et même des décennies à venir.

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 13:39

Dans la matinée du 6 mars 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé au tir de quatre missiles balistiques - apparemment de courte ou de moyenne portée, les travaux des experts américains et sud-coréens étant encore en cours à l'heure où nous publions ces lignes. Ces nouveaux tirs apparaissent comme une riposte à l'engagement des manoeuvres militaires conjointes américano - sud-coréennes qui, année après année, mobilisent un nombre croissant d'hommes en recourant à des équipements toujours plus sophistiqués, et sont ainsi dénoncés par Pyongyang comme des préparatifs d'invasion de la péninsule.

Tir d'un missile à partir d'un sous-marin par la RPDC le 23 avril 2016

Tir d'un missile à partir d'un sous-marin par la RPDC le 23 avril 2016

Le 1er mars 2017 a commencé l'exercice militaire annuel Foal Eagle, devant mobiliser 290 000 soldats sud-coréens et 10 000 soldats américains, ainsi que le porte-avions USS Carl Vinson. Ils doivent être suivis, à partir du 13 mars, de l'exercice militaire Key Resolve, basé sur une simulation informatique, pour une durée de deux semaines. Ces manoeuvres militaires - les plus grandes au monde, et de surcroît d'une ampleur sans précédent cette année de l'aveu même d'un responsable militaire sud-coréen à l'agence séoulite Yonhap - mobilisent notamment le dernier cri des bombardiers américains - qui sont l'une des armes favorites des Etats-Unis pour attaquer un pays. Ainsi, parmi l'équipement stratégique utilisé pour ces exercices, on retrouve l'avion de chasse furtif F-35B, déployé en janvier dernier sur la base aérienne américaine au Japon.  Doivent aussi être mobilisés un bombardier stratégique B-1B et un bombardier nucléaire  B-52, tous deux basés à Guam, ainsi qu'un avion de chasse furtif F-22 stationné au Japon.

La RPD de Corée avait promis de riposter fermement à ce qu'elle dénonce comme la répétition générale d'un plan d'invasion. De fait, les exercices participent à la mise en oeuvre du plan opérationnel OPLAN 5027, dont le but revendique est  « l'élimination du régime nord-coréen » et l'anéantissement de l'armée nord-coréenne.

La réaction militaires des autorités nord-coréennes a consisté, ce 6 mars, dans le lancement de quatre missiles balistiques en direction de la mer de l'Est, qui ne constituent manifestement pas des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, citant le Comité des chefs d’état-major interarmées (JCS) du ministère sud-coréen de la Défense :

Les quatre projectiles ont été tirés vers 7h34 depuis le site de lancement de Tongchang-ri, dans la province du Pyongan du Nord, et ont été détectés à 7h36, a précisé le JCS dans un communiqué. Tous les engins ont volé environ 1.000 km et atteint une altitude de 260 km avant de retomber dans la mer de l'Est.

«La Corée du Sud et les Etats-Unis sont en train d'effectuer une analyse minutieuse sur les informations supplémentaires. Il faudra un certain temps pour obtenir les résultats de l’analyse», a ajouté le JCS.

Vu le nombre de missiles et la distance de vol, il ne s’agirait pas de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) capables d'atteindre la côte est du continent américain, a évalué le ministère de la Défense lors d'un point de presse.

Plus tôt dans la journée, des officiels ont noté que les projectiles pourraient être confondus avec des ICBM s'ils sont lancés avec un grand angle.

Des experts ont quant à eux estimé qu'il s'agirait de missiles de courte portée Scud (500-700 km) ou de missiles de portée moyenne Rodong (1.300-1.500 km).

Yonhap, 6 mars 2017

Les Etats-Unis, le Japon et la République de Corée (Corée du Sud) ont vivement dénoncé une "provocation" contrevenant aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour leur part, la Russie et la Chine ont appelé l'ensemble des parties à faire preuve de retenue.

Les tirs de missiles balistiques nord-coréens, de même que les exercices de guerre américano - sud-coréens, s'inscrivent dans une escalade des tensions où chaque partie riposte en graduant sa réponse. Washington justifie l'intensification chaque année des manoeuvres militaires menées avec ses alliés par la poursuite des programmes nucléaire militaire et balistique nord-coréens, tandis que la RPD de Corée répond qu'elle n'a d'autre choix pour défendre sa souveraineté que de disposer d'une capacité de dissuasion nucléaire... et donc de répondre aux menaces américaines par de nouveaux essais nucléaires et/ou tirs de missiles. 

Cette escalade des tensions traduit une impasse, dont seule une reprise du dialogue permettra de sortir. Malheureusement, à ce jour, Washington et Séoul entendent accélérer la course aux armements, en envisageant le déploiement en Corée du Sud d'armes nucléaires tactiques ainsi que l'accélération de la mise en place du système de missiles balistiques THAAD - vivement dénoncé comme une menace par la Russie et la Chine (laquelle a par ailleurs commencé à prendre des mesures de rétorsion économique vis-à-vis de la Corée du Sud suite au déploiement de THAAD) :

Washington a par ailleurs annoncé, le 5 mars, étudier la possibilité de déployer en Corée du Sud des armements nucléaires tactiques en guise de dissuasion. Séoul et Washington ont également décidé d’accélérer l’installation en Corée du Sud du Thaad (Terminal High Altitude Area Defense – système de missiles antibalistiques américain).

Le Monde, 6 mars 2017

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 17:36

Les tensions liées à la mise en place du système de missiles antibalistiques américain THAAD ont augmenté d’un cran depuis que le gouvernement chinois sanctionne les Etats-Unis à travers son allié sud-coréen - avec l'annulation notamment de visites de groupes touristiques sud-coréens en Chine prises en charge par des tours opérateurs chinois. Alors que les Etats-Unis ont encore accru la portée de leurs exercices de guerre annuels menés en coopération avec l'armée sud-coréenne (les manoeuvres militaires "Foal Eagle" ont démarré le 1er mars 2017 pour une durée de deux mois, impliquant 300 000 hommes et le porte-avions à propulsion nucléaire USS Carl Vinson, avant l'exercice de commandement "Key Resolve", basé sur une simulation informatique, qui débutera le 13 mars), la péninsule est à nouveau le théâtre d’un combat qui la dépasse et dont elle serait la principale victime en cas de conflit ouvert. Nous publions ci-après le témoignage et l'analyse d'un Français ayant vécu en République de Corée (Corée du Sud), pour rendre compte des enjeux géopolitiques et sécuritaires dans lesquels est impliquée la péninsule coréenne.

Les croix des églises chrétiennes illuminent le ciel de la nuit séoulite.

Les croix des églises chrétiennes illuminent le ciel de la nuit séoulite.

« Le premier centimètre c’est le plus dur, le plus coûteux... pour les suivants ça va tout seul ! » Louis-Ferdinand Céline, 1937

Les élites sud-coréennes mais également une grande partie de sa population qui subissent des atteintes incessantes à la souveraineté et aux intérêts fondamentaux de la nation semblent s’être depuis longtemps résignées à cet état de fait.

Il est ainsi difficile de trouver des opposants à la présence américaine au Sud qui s’apparente de bien des manières à une occupation militaire. S’opposer aux Etats-Unis, c’est être un communiste en puissance et donc l’ennemi de la nation.

La télévision et la culture pop inondant le pays ont fini de réduire le peu d’esprit critique qui restait en abreuvant la population de programmes d’une rare indigence ("le temps de cerveau disponible", aurait-on dit dans un autre contexte), esprit critique déjà mis à mal par la loi sur la sécurité nationale, toujours en vigueur en 2017.

Les Américains sont ainsi au Sud en terrain conquis ayant transformé Séoul en une réplique asiatique d’une de leurs banlieues où les myriades d’enseignes américaines, inconnues des Européens, font concurrence aux églises évangélistes dont les néons la nuit ne manquent pas de surprendre le touriste se rendant dans le pays pour la première fois.

On comprend qu'au final les manifestations n'aient pas été plus importantes concernant le déploiement du système de missiles antibalistiques américain THAAD.

Ce dernier sous prétexte de fournir une défense contre une attaque nucléaire du Nord (qui de l’aveu même des faucons de Washington n’a aucune chance de se produire, les dirigeants en poste à Pyongyang étant tout sauf suicidaires) est en fait un élément central dans la guerre froide qui va en s’intensifiant entre les Etats-Unis et la République populaire de Chine.

Une nouvelle bipolarisation du monde est en marche et la péninsule coréenne de par sa position stratégique va, malgré elle, être amenée à nouveau à y jouer un rôle crucial.

"L'avenir se décide dorénavant en Asie" (Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américaine, 2011).

"L'avenir se décide dorénavant en Asie" (Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américaine, 2011).

Après les catastrophes successives issues de la politique arabe des néo-conservateurs américains et la résistance de plus en plus forte des pays d’Amérique latine face à l’ingérence venue du Nord dans leur politique et leur économie, les Etats-Unis ont choisi de recentrer leurs efforts impérialistes en Asie.

Le choix de cette zone est tout sauf anodin, car ce qui peut sembler nouveau dans le jeu diplomatique américain est en fait un retour à l’ordre antérieur où dans un climat de guerre froide, ils y combattaient déjà « la tyrannie communiste » en s'érigeant en chevaliers du monde libre dans les années 1950, sur le sol de la péninsule coréenne.

Le continent asiatique a toujours été en ligne de mire de Washington, y voyant au mieux un futur débouché commercial, mais plus souvent un territoire où placer des dirigeants soumis à leurs intérêts, ne coïncidant que rarement avec ceux des populations.

Cette idéologie, qui cache bien entendue une volonté d’hégémonie, a subtilement été transposée par le complexe militaro-industriel avide de conflits armés à un certain nombre de pays arabes laïcs qui ont ainsi subi la vindicte américaine, avec des résultats inquiétants en termes de démocratie, de stabilité et de légitimité des nouveaux pouvoirs mis en place dans les années 2000.

Le cas de la Libye et de son chef d’Etat le colonel Mouammar Kadhafi a été suivi attentivement depuis Pyongyang, les autorités nord-coréennes y avant vu, à raison, la preuve que l’on ne pouvait pas faire confiance aux dirigeants occidentaux.

En 2003, la Libye a en effet été poussée par les Américains à abandonner son programme nucléaire en échange de la normalisation des relations diplomatiques et du retrait de la Libye de la liste des pays soutenant le terrorisme.

On se souvient tous ainsi de ces images insolites du dirigeant libyen plantant sa tente sur la pelouse d’un célèbre palace parisien avant de rencontrer en grande pompe le Président Nicolas Sarkozy.

Quelques années plus tard, les avions de chasses de ces mêmes pays devenus théoriquement non-hostiles bombardaient l’armée légale libyenne en soutien à une rébellion constituée en grande partie d’islamistes qui ne reculent pas dans l'emploi de procédés terroristes pour s'opposer à l'Occident. A contrario, si Mouammar Kadhafi et Saddam Hussein avaient été en possession d’un arsenal nucléaire, même minime, ily a fort à parier qu'ils seraient toujours aux commandes de leurs pays respectifs.

Avant et après : la leçon libyenne.Avant et après : la leçon libyenne.

Avant et après : la leçon libyenne.

Cette expérience a renforcé Pyongyang dans sa volonté d’assurer sa sécurité par l’arme atomique, gage ultime de sa sécurité et de son indépendance en conformité avec l’idéologie du Juche, au cœur de la politique nord-coréenne.

Dans les négociations qu'elles proposent à leurs adversaires stratégiques, les autorités nord-coréennes ne parlent ainsi plus d’une dénucléarisation du pays mais d’un gel de leur production d’armes nucléaires moyennant des contreparties - et en particulier de véritables garanties de sécurité. La Corée du Nord est et veut désormais être reconnue comme une puissance nucléaire, engageant des pourparlers directs avec les Etats-Unis - sans le Japon, ni la Corée du Sud, soumis aux intérêts américains.

Les Etats-Unis sont en effet chez eux au sud de la zone démilitarisée et s’y comportent comme puissance occupante depuis 1945, bien aidés par leurs alliés fidèles que sont les conservateurs sud-coréens, héritiers de dictatures militaires - qui étaient d'ailleurs parfois plus indépendantes des Etats-Unis.

Dans cet ordre d'idées, il est logique que les conservateurs n’aient rien trouvé à redire à la mise en place du système de missile THAAD qui selon eux renforce la « coopération » militaire américano-coréenne, qu’ils considèrent, non sans raison, comme étant le fondement de la politique de défense de la République de Corée.

Les Etats-Unis étant en perte de vitesse sur le continent asiatique comptent ainsi sur une remilitarisation du nord-est du continent pour y rétablir un rapport de forces en leur faveur, la cible n’étant plus l’Union Soviétique (bien que la Russie commence à y regagner une certaine influence) mais la Chine, plus grande puissance régionale qui tente non sans succès de reprendre sa place d’Empire du Milieu.

Les Américains, bien qu'éloignés de cette région du globe à la fois géographiquement et culturellement, ont à la faveur de la défaite japonaise de 1945, pris pied dans l'archipel nippon, et au Sud de la péninsule coréenne - leur intérêt n'étant évidemment pas de quitter ces postes avancés.

GIs à Panmunjom.

GIs à Panmunjom.

La division du pays constitue finalement une aubaine pour les deux grandes puissances.

Les Etats-Unis jouent sur la peur de la Corée du Nord pour introduire en Corée un arsenal de guerre impressionnant qui serait bien entendu inacceptable en temps de paix ou même de guerre froide (comme en avait témoigné la crise des missiles de Cuba en 1962), tandis que la Chine qui n'est certes pas favorable au programme nucléaire nord-coréen préfère cet état de fait à une réunification du pays qui deviendrait vraisemblablement pro-américain et fortement nationaliste, risquant de ce fait de réveiller les velléités indépendantistes des nombreuses minorités qui constituent sa population, en premier lieu la forte population ethnique coréenne présente entres autres dans la province du Yanbian.

Enfin, Séoul bénéficie grâce à la présence des GI’s sur son sol d’une défense militaire à moindre coût (ce que Donald Trump durant sa campagne avait déclaré vouloir remettre en cause) et son développement économique a été soutenue dans une relation de subordination envers les Américains - la Corée du sud ayant apporté le deuxième plus important contingent de soldats lors de la guerre du Vietnam, après les Etats-Unis.

Il reste à voir quel sera l’impact à moyen et long termes du déploiement de THAAD en Corée du Sud, qu'on peut considérer comme une nouvelle crise des missiles - alors que l'attitude conciliante de Nikita Khrouchtchev en 1962 avait contribué à sa mise à l'écart.

Pour sa part, la RPD de Corée avait compris à cette occasion que jamais l’URSS ne s’engagerait dans un conflit armé contre les Etats-Unis et qu’elle devait de ce fait assurer par elle-même sa défense. L'augmentation importante du budget militaire nord-coréen a été une conséquence directe de la crise des missiles de Cuba.

Il est probable que la même analyse puisse être faite en 2017 (avec la Chine dans le rôle de l'URSS), la Chine n'étant pas encline à intervenir militairement en Corée, contrairement à l'intervention des volontaires chinois lors de la guerre de Corée (1950-1953). Elle fera cependant tout pour contrecarrer les plans de Washington, et bien que Séoul soit maintenant beaucoup plus proche d’un point de vue économique voire idéologique de Pékin, elle visera à défendre Pyongyang, refusant  une réunification qui mettrait clairement en péril l’équilibre régional au profit des Américains.

L’intérêt des Coréens du Sud comme du Nord dans ces querelles d’hégémonies semble bien loin, l'histoire de la Corée victime des appétits des grandes puissance se répétant une nouvelle fois .

La position stratégique de la péninsule est trop importante pour qu’elle soit laissée à un peuple qui n'en a jamais agressé un autre, fort d'une histoire plusieurs fois millénaire, et que les puissances ont divisé pour mieux régner depuis maintenant plus de 70 ans.

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 20:18

Le 25 février 2017 le département d'Etat américain a refusé d'accorder des visas d'entrée aux Etats-Unis à une délégation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) conduite par Choe Son-hui, directrice de l'Amérique du Nord au ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, et qui aurait dû rencontrer d'anciens responsables américains à New York début mars. En refusant ainsi de maintenir des canaux de contact informel avec la RPD de Corée, l'administration Trump porte une responsabilité claire dans le refus du dialogue et la détérioration des relations internationales en Asie du Nord-Est.

Kim Kye-gwan, vice-ministre des Affaires étrangères de RPDC, et Choe Son-hui, directrice de l'Amérique du Nord au ministère des affaires étrangères de RPDC

Kim Kye-gwan, vice-ministre des Affaires étrangères de RPDC, et Choe Son-hui, directrice de l'Amérique du Nord au ministère des affaires étrangères de RPDC

En l'absence de relations directes continues entre Washington et Pyongyang, les rencontres d'officiels nord-coréens avec d'anciens responsables américains jouent un rôle utile de maintien des échanges et du dialogue - la partie nord-coréenne pouvant ainsi faire part de ses intentions à la partie américaine qui, en ce qui la concerne, ne représente pas l'administration américaine, ainsi libre ensuite de donner suite (ou non) aux propositions formulées par la RPD de Corée. De tels canaux de dialogue sont un facteur de paix et de stabilité en Asie du Nord-Est, que l'administration Obama a toujours maintenus - en dépit de sa politique de sanctions toujours accrues à l'égard de la Corée du Nord. Des échanges - qu'il faut donc qualifier d'informels - ont ainsi eu lieu entre Washington et Pyongyang en octobre 2016 à Kuala Lumpur, puis en novembre 2016 à Genève.

Les refus de visa n'ayant pas à être motivés, le département d'Etat américain n'a pas donné les motifs de son refus d'entrée sur le territoire des Etats-Unis de la délégation nord-coréenne qu'aurait conduite Choe Son-hui.

Cette décision de l'administration Trump signe une fin de non-recevoir à la proposition de la Corée du Nord, formulée dans un commentaire publié par le quotidien du Parti du travail Rodong Sinmun, que les Etats-Unis revoient leur politique "hostile" à l'égard de Pyongyang. Selon le quotidien,

L’actuelle administration américaine doit prendre une décision courageuse pour changer sa politique au lieu de suivre la politique d’hostilité contre la Corée du Nord qui échoue totalement.

Sources :

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 12:15

Dans la matinée du 12 février 2017, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé depuis la base de Banghyon à un tir de missile balistique, considéré comme étant de moyenne portée par les experts américains et sud-coréens. La RPD de Corée a procédé à huit tirs de missile de moyenne portée en 2016. Il s'agit du premier tir de missile balistique depuis l'entrée en fonctions,  le 20 janvier 2017, du Président américain Donald Trump, qui reçoit actuellement le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Ce tir intervient par ailleurs à quelques jours de la célébration du 75e anniversaire de la naissance du Dirigeant Kim Jong-il, le 16 février prochain.

Missile nord-coréen à portée intermédiaire sur son véhicule TEL (tracteur-élévateur-lanceur) pendant une parade militaire à Pyongyang

Missile nord-coréen à portée intermédiaire sur son véhicule TEL (tracteur-élévateur-lanceur) pendant une parade militaire à Pyongyang

Comme les précédents tirs de missile ou lancements de satellite par la RPD de Corée, qui contreviennent aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et étaient déjà souvent intervenus à la veille de dates anniversaires de la RPD de Corée, la dernière initiative de Pyongyang a soulevé de vives protestations des administrations conservatrices en fonctions à Séoul et Tokyo, soutenues sans réserves par l'administration américaine. De ce point de vue, Donald Trump - qui a déclaré être "à 100 %" derrière le Japon - s'inscrit dans la continuité de son prédécesseur Barack Obama. Mais pouvait-il faire autrement, alors qu'il reçoit en ce moment même Shinzo Abe ? Enfin, contrairement à ce que d'aucuns observateurs avaient envisagé, l'administration Trump n'a ni procédé à l'interception du missile nord-coréen, ni procédé à des frappes en RPDC sur la base de lancement.

Plusieurs interrogations se posent néanmoins. D'une part, quelle est la nature exacte du tir de missile nord-coréen ? D'autre part, pourrait-il  y avoir de nouvelles sanctions contre la RPD de Corée, ainsi qu'une intensification des exercices militaires américano-sud-coréens (qui reprendront dans quelques semaines) et une accélération du déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles antimissile THAAD ?

En réponse à la première question, les experts américains et sud-coréens estiment à ce stade - en l'absence par ailleurs de réaction officielle nord-coréenne - qu'il s'agit d'un nouveau tir de missile de moyenne portée, et non du lancement d'un missile balistique intercontinental (acronyme anglais : ICBM), comme attendu après le discours de Nouvel An du Maréchal Kim Jong-un. Des missiles avaient été repérés par les Occidentaux depuis plusieurs semaines sur leur rampe de lancement ; les militaires sud-coréens avaient estimé, dans un premier temps, qu'il s'agissait d'ICBM, avant de se rétracter en déclarant qu'il s'agissait de missiles de moyenne portée.

Selon l'agence sud-coréenne Yonhap, il s'agirait d'une version améliorée d'un missile de moyenne portée de type Rodong, qui aurait parcouru 500 kilomètres avant de tomber en mer de l'Est - soit 100 kilomètres de plus que les Rodong. Par ailleurs, l'altitude de vol aurait diminué de 1 400 à 550 kilomètres, traduisant un progrès dans la technologie balistique en ce qui concerne la poussée du moteur et le poids de l'engin.

Outre l'intérêt militaire scientifique pour la RPD de Corée de procéder à ce nouveau lancement, le moment retenu semble indiquer une volonté de tester la réaction de l'administration Trump. Cette manière de faire, consistant à agir en premier en prenant une initiative contraire à la volonté des Etats-Unis et de leurs alliés, n'est pas nouvelle pour Pyongyang, qui entend ainsi créer un rapport de forces avant d'éventuelles négociations.

Le pari n'est pas sans risques, puisque ce tir de moyenne portée (s'il est bien confirmé qu'il s'agit d'un tir de moyenne portée) pourrait entraîner, contrairement aux précédents tirs de ce type, l'adoption par le Conseil de sécurité d'une nouvelle résolution alourdissant les sanctions internationales contre Pyongyang. Mais y aurait-il une unanimité en ce sens au sein du Conseil de sécurité, notamment de la part de la Chine et de la Russie, qui condamnent par ailleurs le déploiement de THAAD en Corée du Sud ? Alors que Moscou et Pékin ne se sont pas empressés de réagir à la dernière initiative nord-coréenne, Pyongyang teste sans doute autant la Chine et la Russie que les Etats-Unis de Donald Trump.

Sources :

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 17:25

Selon des informations provenant de l'armée sud-coréenne, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a installé sur des pas de tir mobiles deux missiles balistiques intercontinentaux (ICBM, qui appartiendraient à la classe KN-08, selon l'appellation américaine et sud-coréenne) d'une portée de 13 000 kilomètres, susceptibles d'atteindre le territoire américain. Si un tir intervenait, il serait dans la continuité des déclarations faites par le Président Kim Jong-un dans son discours de Nouvel An 2017, selon lesquelles « tant que les États-Unis et leurs suiveurs n'abandonneront pas leurs exercices de guerre », la RPDC « continuera de renforcer son potentiel d'autodéfense et sa capacité à mener une attaque préventive avec comme pivot ses forces nucléaires », tout en ayant alors précisé que « les tests d'un missile balistique intercontinental [étaient] en phase finale ».

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un en inspection militaire

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un en inspection militaire

Après avoir rendu compte en termes factuels de l'investiture du Président américain Donald Trump le 20 janvier 2017, le quotidien du Parti du travail de Corée (le Rodong Sinmun) a réaffirmé, ce 23 janvier, la ligne diplomatique nord-coréenne fondée sur le renforcement des capacités d'autodéfense afin de maintenir la pix et la sécurité dans la péninsule et en Asie du Nord-Est, faisant ainsi leurs le proverbe latin si vis pacem, para bellum ("si tu veux la paix, prépare la guerre") :

Notre politique étrangère constante pour sauvegarder la paix tant dans le monde que sur la péninsule coréenne est de renforcer de manière continue notre potentiel d'autodéfense et des frappes préventives basées sur la puissance nucléaire.

Dans ce contexte, la RPDC considère que le changement de présidence aux Etats-Unis ne change en rien son approche des questions de défense, marquées par la poursuite des manoeuvres militaires américano - sud-coréennes, la mise en place du système de missiles THAAD en Corée du Sud, ainsi que le déploiement par Séoul d'une unité spéciale, qui comptera 2 000 hommes en 2019, chargée de mener des opérations clandestines au Nord, notamment pour éliminer le dirigeant nord-coréen.

Le président américain Donald Trump avait déclaré, suite au discours de Nouvel An de Kim Jong-un, que jamais des ICBM nord-coréens n'atteindraient le territoire américain. En déclarant depuis qu'il entendait développer un bouclier antimissile (pour se prémunir, prétendument, d'initiatives de pays tels que la Corée du Nord et l'Iran), Donald Trump a, semble-t-il, précisé ses intentions en la matière, qui ne sont en fait que le recyclage de vieilles lunes de l'administration Obama.

Il y a en revanche une rupture avec l'administration démocrate sortante dans le rôle que le nouveau Président américain entend faire jouer à ses alliés, et en l'occurrence la Corée du Sud, pour qu'ils bénéficient du parapluie nucléaire et balistique américain. Comme l'a observé le Professeur émérite Moon Chung-in de l'Université Yonsei, dans un entretien donné au quotidien progressiste sud-coréen Hankyoreh, alors que Donald Trump est plus intéressé par la géo-économie (notamment en ce qui concerne les relations Chine-Etats-Unis) que par la géopolitique, le nouveau Président entend que la Corée du Sud renforce son effort de défense pour partager ce fardeau :

[Donald Trump] a un sens aigu que les Etats-Unis seraient le bienfaiteur et ses alliés les bénéficiaires. La question primordiale est dans quelle mesure l'ajustement du coût supporté conjointement par l'alliance américano-sud-coréenne doit être assuré par les deux parties. Il y a tout d'abord la question du partage du fardeau de la défense. La Corée du Sud consacre 2,4 % de son PIB aux dépenses militaires, et Trump pourrait demander de l'augmenter au niveau américain de 4,3 %. Se pose ensuite la question du partage du coût de la défense lié aux forces américaines [stationnées en Corée du Sud]. La Corée du Sud en prend en charge environ la moitié et Trump pourrait demander de porter cette part à 100 %. Ces ajustements pourraient être rendus plus difficiles par une résistance en Corée du Sud.

Le pari nord-coréen est visiblement de pousser Donald Trump à négocier, comme Pyongyang l'a fait précédemment avec d'autres administrations américaines. Ce pari est audacieux, sinon risqué, puisque si la Corée du Nord a pu poursuivre son programme nucléaire et balistique en dépit des sanctions internationales, celles-ci pèsent fortement sur l'économie nationale, tout en ayant évité jusqu'à présent que les tensions inhérentes au cycle des sanctions et des initiatives militaires nord-coréennes ne conduisent à un affrontement direct. La conviction des dirigeants nord-coréens est cependant qu'il n'y a pas d'autre possibilité, face aux Etats-Unis qui n'ont manifesté aucune volonté sincère de dialogue, pour dissuader d'une attaque militaire telle qu'elle a été menée par les Américains et leurs alliés dans d'autres parties du monde, et rouvrir un cycle de dialogue dans une position plus favorable - ce qui est en soi cohérent avec la logique de poursuite de l'effort militaire dans un conflit lorsque s'ouvrent des perspectives de dialogue, afin d'ouvrir ces négociations dans la situation la plus favorable sur le terrain militaire.

Sources :

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 13:37

Alors que le président américain élu Donald Trump doit entrer en fonctions le 20 janvier 2017, une escalade verbale a été observée entre le nouveau numéro un américain et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ; alors que le discours de Nouvel An du Président Kim Jong-un a affirmé que la RPDC envisageait un test de missile balistique intercontinental (donc susceptible d'atteindre le territoire américain), avant que les autorités nord-coréennes précisent que cet essai pouvait intervenir à tout moment, Donald Trump a déclaré, dans deux tweets, d'une part, que "cela n'arriverait pas", et d'autre part a blâmé la Chine pour son absence de soutien, selon lui, sur le dossier coréen. Décryptage.

Comment interpréter l'escalade verbale entre la Corée du Nord et Donald Trump ?

Tout d'abord, il convient de resituer dans leur contexte les propos nord-coréens : Pyongyang a toujours affirmé que, face à la position américaine consistant à refuser tout dialogue sur la question nucléaire, la Corée du Nord n'avait d'autre choix que de se doter d'un potentiel de dissuasion nucléaire - accompagné de capacités balistiques crédibles. Si la RPD de Corée a réussi à mettre sur orbite des satellites, la technologie balistique militaire est sensiblement différente (quoi que prétendent les Etats-Unis en parlant de tests de missile "déguisés") et elle n'a pas encore procédé à un lancement réussi de missile balistique intercontinental (ICBM). Un tel essai s'inscrirait donc dans la continuité du programme balistique nord-coréen poursuivi depuis des années.

S'agissant du Président américain Donald Trump, ses propos ont fait couler beaucoup d'encre : comment envisage-t-il d'empêcher la Corée du Nord de procéder à un lancement d'ICBM ? Compte-t-il, comme ses détracteurs lui en prêtent l'intention, procéder à des frappes militaires sur le site de lancement en Corée du Nord, ou encore intercepter l'ICBM en vol ? Donald Trump ne le dit pas. Or une frappe militaire entraînerait de probables représailles nord-coréennes, tandis que l'interception d'un ICBM en plein vol est une opération technologique complexe - qui pourrait échouer.

Ou bien Donald Trump envisage-t-il de dialoguer, directement avec la Corée du Nord ou multilatéralement (en impliquant les Chinois) ? Sa critique constante de la politique économique extérieure chinoise, associée la puissance du lobby pro-Taïwan dans son entourage, ne plaide pas a priori en faveur d'un tel scénario. Par ailleurs, agir en Corée du Nord sans consultation de la Chine serait une faute diplomatique.

La vérité est qu'il y a loin entre la posture et les déclarations, d'une part, et les actes, d'autre part, et qu'il faut être prudent à ne pas surinterpréter des réactions exprimées "à chaud" sur un compte personnel : il y a une administration présidentielle et des parlementaires dont Donald Trump devra tenir compte, avant de gloser sur ses intentions - même si, à ce jour, l'hypothèse d'un dialogue direct avec Kim Jong-un (qu'il avait avancée pendant sa campagne électorale) a visiblement du plomb dans l'aile.

Source :

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 12:27

La désinformation sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ne doit rien au hasard : poursuivant des méthodes élaborées pendant la guerre froide, des fonds publics américains ou sud-coréens financent des officines dont le but est de produire des fausses informations à destination des médias. Dans le cas de la Corée du Nord, la ficelle est particulièrement énorme, mais elle marche sur un public occidental peu familier de l'Asie, et a fortiori de la Corée du Nord, comme le montre le chercheur russe Konstantin Asmolov dans un article traduit en français par Diane Gilliard pour New Eastern Outlook, paru sur le site Internet Le Saker francophone, et que nous reproduisons ci-après, après un précédent article de Konstantin Asmolov traduit par Diane Gilliard reproduit dans nos colonnes le 30 novembre 2016, sur la responsabilité des Etats-Unis dans le développement du programme nucléaire nord-coréen.

Corée du Nord : Comment Radio Free Asia a diffusé la série complète d’histoires à dormir debout
Par Konstantin Asmolov – le 26 novembre 2016 – Source New Eastern Outlook

Récemment, une organisation comme Radio Free Asia s’est hissée de manière magistrale au sommet de la liste des auteurs à l’origine de bobards. Cette entité à but non lucratif a son siège aux États-Unis et, théoriquement, occupe la même place que Radio Free Europe / Radio Liberty pendant la Guerre froide. Cependant, comme l’auteur a vécu à une époque où les émissions de Radio Liberty devaient être écoutées plus comme des «voix interdites ou prohibées», il a l’occasion de comparer la qualité et la fiabilité de l’information diffusée par les deux stations de radio. Bien que l’on puisse penser, après les informations sur les coupes de cheveux obligatoires à la Kim Jong-un ou sur la distribution de drogues aux ouvriers construisant des bâtiments nationaux importants économiquement, qu’il soit difficile de trouver quelque chose de plus odieux, l’autre jour, Radio Free Asia a réussi à se surpasser.

Voici une nouvelle info à sensation : le 28 août, le sarcasme a été interdit en Corée du Nord. Pendant les réunions massives d’ouvriers mourant de faim et réprimés, on leur dit que la satire ou le sarcasme, dans des discussions concernant les autorités nord-coréennes, seraient considérées comme un «acte d’hostilité», semblable à de la calomnie. Par exemple, des mots comme «C’est encore une embrouille américaine», que les Coréens utilisent seulement pour plaisanter sur la tendance de leur gouvernement à accuser le Département d’État des États-Unis pour tous leurs problèmes, ont été également interdits. En plus, la phrase «idiot, qui ne voit pas le monde qui nous entoure» avait été prohibée, car elle peut se référer au gouvernement du pays. Ceci a été largement dû au fait que des graffitis sur des murs de Pyongyang et dans d’autres villes contiennent beaucoup de telles expressions. C’est la manière dont le public manifeste son mécontentement croissant à l’égard des autorités, en dépit du fait que celles-ci ont toujours recouvert les graffitis de peinture pour empêcher les slogans de se répandre.

Comme d’habitude, une source anonyme des provinces nord-coréennes de Ryanggangdo et Chagangdo, dans l’arrière-pays pauvre et inaccessible, était à l’origine de la nouvelle à sensation. C’est d’ailleurs très pratique, puisque la vérification de l’existence de la source se heurte à de nombreux obstacles.

L’information a été reprise par plusieurs tabloïds, y compris le Sun, et ensuite elle suit mécaniquement le même chemin que la célèbre information sur l’exécution de Jang Song-taek en le faisant dévorer par une meute de chiens affamés. D’abord les tabloïds reprennent le message de RFA, puis les plus petits tabloïds le diffusent eux aussi et, au bout d’une chaîne de reprises, l’information devient plus raffinée et est encore retouchée. À la fin, la source originelle de l’information est inconnue, ayant été omise intentionnellement ou non.

Ce n’est cependant pas le premier tuyau de poêle de ce genre. Au cours des derniers mois, RFA a franchi d’importantes étapes pour remporter le titre de champion toutes catégories des histoires à dormir debout.

Le 10 juin, «il s’est avéré» que sous le couvert de Coréens du Nord sortant du pays pour travailler et gagner un peu de monnaie étrangère, la RPDC envoie des troupes au Moyen-Orient et que leur nombre a augmenté de manière importante ces deux… trois dernières années. C’est dû au fait que l’armée n’a pas besoin de payer de salaire aux soldats, et ils sont plus faciles à contrôler, puisqu’ils obéissent à des commandements militaires. En 2010, il y avait jusqu’à 70 personnes, mais comme il est suggéré ici, leur nombre a significativement augmenté depuis lors. D’ailleurs, avant d’être envoyés au Moyen-Orient, les militaires laissent pousser leurs cheveux pour ressembler à des civils. Donc si vous voyez quelqu’un qui ne ressemble pas à un soldat, ne vous y trompez pas, son apparence pourrait avoir été modifiée à dessein !

Le 17 juillet, la RFA a rapporté, citant Asia Press International comme sa source, que toutes les photos appartenant aux membres de la famille de Kim avaient été retirées des manuels scolaires pour ne pas laisser les enfants dessiner par dessus.

Il se trouve que leurs sources avaient obtenu 75 types de livres différents sans portraits de Kim Il Sung, Kim Jong Il ou Kim Jong-un. La RFA a été muette sur le fait que de tels portraits ne pouvaient pas se trouver dans des manuels de mathématiques, par exemple ; et que le niveau de la tendances au culte de la personnalité envers Kim est différent de ce que l’on dit sur lui, qui est souvent diabolisé. Et le bobard affirmant que «tout le monde est invité à adopter la même coupe de cheveux que le leader» vient de cette tendance.

Le 15 juillet, on nous a parlé de l’attaque des «forces de la résistance» contre la patrouille frontalière – un soldat a été tué, un autre gravement blessé. La source a dit que les soldats ont été arrosés de pierres, et qu’ils se sont enfuis, oubliant leurs munitions.

Le 10 août, la RFA a fait un reportage sur la famine et les troubles au sein de l’armée de Corée du Nord, où les soldats ne sont nourris qu’avec de la soupe liquide, sans viande : la raison en est la corruption généralisée et le vol parmi les officiers.

Le 26 septembre, on nous a parlé de l’exode massif des habitants du nord vivant dans les zones frontalières de la Corée du Sud, où il y a eu de graves inondations. Comment ils ont réussi à s’échapper à travers tout le pays (les inondations ont touché les régions du nord) et pourquoi cette information n’est pas apparue dans les médias de Corée du Sud reste obscur. Cependant, Free Asia sait mieux. Il s’avère que l’exode de masse est intervenu après que le système de barbelés surveillant la frontière et les passages a été endommagé par les inondations. Aujourd’hui, la région est soumise à des inspections spéciales et des interrogatoires, qui ne se limitent pas uniquement aux questions relatives au contrôle de la frontière, mais aussi à la suppression de l’usage des téléphones mobiles ou au fait que les habitants regardent des films et des séries télévisées sud-coréennes.

Le 5 octobre, se référant au rapport sur l’état du réseau à haut débit présenté par l’Union internationale des télécommunications (UIT) et l’UNESCO, Free Asia a rapporté que le taux d’utilisation d’Internet par les Coréens du Nord est inférieur à 1%, ce qui correspond à la République de Nauru, située dans l’île corallienne du même nom, dans le Pacifique occidental, dont il est connu qu’elle n’était pas incluse dans le rapport et que les méthodes de calcul elles-mêmes sont discutables.

Enfin, le 14 novembre, RFA a rapporté que la RPDC a lancé une campagne de collecte de feuilles d’aluminium, pour les utiliser dans la fabrication de filets de camouflage. Même les écoliers auraient pris part à la collecte de ce «matériel stratégique», recherchant des paquets de cigarettes vides fabriqués avec des feuilles d’aluminium. Selon les sources de l’émission de radio, les feuilles sont utilisées pour fabriquer des filets de camouflage qui interfèrent avec les satellites espions américains. Les autorités ont pressé les citoyens de soutenir les forces armées nationales et de collecter des feuilles, qu’elles nomment un «matériel stratégique». L’auteur admire l’habileté des propagandistes à faire exploser le mème Internet à propos des «chapeaux en feuilles d’étain» utilisés par un grand nombre de théoriciens du complot pour contrer les «armes psychotroniques».

Bon, on ne peut que souhaiter à Radio Free Asia un succès continu dans la diffusion ce genre d’histoires à dormir debout. L’auteur a hâte d’obtenir l’«information» que la Corée du Nord a tué tous les phoques pour la cinquième fois ou sacrifié des enfants en masse au serpent-crapaud géant. Dans l’ensemble, c’est la Corée du Nord, un lugubre régime tyrannique. Comment peut-on être sûr à 100% qu’il n’y a pas de serpent-crapaud ?

L’auteur a déjà écrit auparavant qu’il est grand temps pour la Corée du Nord de modifier sa propagande, car son style anachronique conduit à des contradictions ou à des déclarations sur la situation actuelle, qui réfutent le point de vue de l’ennemi, conduisant à une réaction contraire à celle attendue parmi l’auditoire européen ou russophone. Néanmoins, il semble que Radio Free Asia et d’autres médias propagandistes similaires se sont fixé pour tâche de rattraper les Nord-Coréens dans l’odieux et l’extravagant. Au point qu’à l’avenir, peut-être, cette diabolisation à outrance cessera d’être efficace.

Konstantin Asmolov, docteur en Histoire, premier chercheur associé au Centre d’études coréennes de l’Institut pour les études sur l’Extrême-Orient de l’Académie des sciences de Russie, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Nadine pour le Saker francophone

Source :

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 19:00

Il aurait fallu près de trois mois pour que les Etats membres du Conseil de sécurité des Nations Unies (au premier rang desquels les Etats-Unis et la Chine) se mettent d'accord, le 30 novembre 2016, sur une nouvelle résolution renforçant les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), suite à l'essai nucléaire nord-coréen du 9 septembre 2016. L'Association d'amitié franco-coréenne déplore vivement une logique d'escalade des tensions, alors que les politiques de sanctions ont montré leur inefficacité quant à l'objectif de bloquer le développement des programmes nucléaire et balistique nord-coréens, mais frappent en revanche les populations les plus fragiles.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a encore renforcé les sanctions contre la Corée du Nord

Une fois encore, ce sont les sanctions économiques - sans lien avec les programmes militaires et balistiques - qui sont renforcées, dans l'objectif d'une asphyxie de la RPD de Corée et d'un effondrement du régime nord-coréen, conformément à l'idéologie néo-conservatrice : plafonnement des exportations de charbon nord-coréennes vers la Chine (soit une perte de revenus annuelle pour la RPDC estimée à 700 millions de dollars), interdiction d'exportation de plusieurs minerais (cuivre, zinc, nickel), des hélicoptères et des statues, ces dernières constituant l'un des domaines d'excellence de la RPDC.

La liste noire des personnes, administrations et entreprises (gel d’avoirs et interdiction de voyager), ciblées car en lien supposé avec les programmes nucléaire et balistique, comprend 21 nouveaux noms.

La liste des produits de luxe interdits d'exportation vers la Corée du Nord est complétée par les tapis et la vaisselle dite "de luxe", ainsi que par 18 produits ou technologie à usage dual (c'est-à-dire pouvant être utilisés à des fins civiles ou militaires).

Enfin, en méconnaissance du respect de la souveraineté diplomatique des Etats, la résolution jette la suspicion sur chaque diplomate nord-coréen, en entendant limiter la taille des représentations diplomatiques nord-coréennes à l'étranger et en interdisant aux diplomates de la RPD de Corée de détenir plus d'un compte bancaire.

Principale source :

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