Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 23:17

Le 6 avril 2018, la Cour centrale du district de Séoul a condamné l'ancienne présidente Park Geun-hye (66 ans) - destituée le 10 mars 2017 à la suite de l'affaire Choi Soon-sil - à une peine de 24 ans de prison et à une amende de 18 milliards de won (soit 13,89 millions d'euros). Si les médias ont titré sur les chefs d'accusation de corruption et de trafic d'influence, ce sont aussi certaines atteintes aux libertés publiques qui ont été jugées, en particulier l'établissement d'une "liste noire" qui visait notamment à priver des milliers d'artistes de tout accès aux subventions publiques.

Le fauteuil vide de la prévenue Park Geun-hye

Le fauteuil vide de la prévenue Park Geun-hye

C'était le procès du siècle en République de Corée (Corée du Sud), dont le verdict a été retransmis en direct à la télévision ce 6 avril 2018 - mais en l'absence de la prévenue, qui a refusé de comparaître, après avoir cessé de se présenter aux auditions pour dénoncer la prolongation de six mois de sa durée de détention, en octobre 2017 (afin de permettre aux juges de mener à bien leurs investigations). En écopant d'une peine de 24 ans de prison (les procureurs proposaient 30 ans), Mme Park Geun-hye est plus lourdement condamnée que son ancienne confidente et gourou Choi Soon-sil (20 ans de prison). Ce qui est logique compte tenu des responsabilités plus importantes qui incombaient à la chef de l'Etat, et aussi des atteintes aux libertés publiques qui ont été jugées. Elle a été reconnue coupable de 16 chefs d'accusation, dont ceux de corruption, abus de pouvoir, coercition et divulgation de secrets d'Etat, qui recoupent assez largement les motifs de sa destitution.

Le système de corruption mis en place à son profit et celui de Choi Soon-sil a été tout particulièrement mis en avant. Comme l'a observé Yonhap, citant la cour : 

 

Park a reçu 7,3 milliards de wons de pots-de-vin de Samsung, selon la Cour. Sept milliards de wons de dessous-de-table ont été versés par le conglomérat Lotte à une fondation à but non lucratif appartenant à Choi, a-t-elle ajouté.

La Cour a estimé Park coupable d'avoir forcé SK, le troisième conglomérat du pays, à payer 8,9 milliards de wons à l'une des entreprises de Choi, bien que la somme n'ait jamais été versée. Elle a aussi poussé d'autres grandes entreprises à faire affaire avec des entreprises dirigées par Choi et ses connaissances, a dit le juge.

Comme le relève également l'agence Yonhap, la "liste noire" a aussi été invoquée à l'appui du jugement : 

Elle a aussi été reconnue coupable d'avoir ordonné de créer une liste noire d'artistes critiques envers son administration. Ceux qui figuraient sur cette liste se voyaient interdits de subventions publiques.

La Cour l'a de plus désignée coupable d'avoir renvoyé ou rétrogradé les fonctionnaires qui n'ont pas voulu désavantager les artistes figurant sur la liste.

A l'extérieur du tribunal, des partisans de la chef de l'Etat déchue défendaient encore et toujours leur héroïne : les conservateurs continuent toujours de peser davantage dans la société et la politique sud-coréennequ'une prétendue influence socialiste ou communiste.

Sources : 

Partager cet article
Repost0
26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 13:04

Le 26 mars 2018, Moon Jae-in, président de la République de Corée (Corée du Sud), a signé le projet de loi de révision constitutionnelle qui devra faire l'objet d'une adoption par le Parlement à la majorité qualifiée des deux tiers avant, dans ce cas, d'être soumis à un référendum en même temps que les élections locales du 13 juin prochain : un pari audacieux compte tenu du poids au Parlement des conservateurs, par ailleurs très offensifs sur la question des relations Nord-Sud, et en dépit d'une image dégradée par les déboires judiciaires des deux derniers chefs de l'Etat, issus de leurs rangs : Lee Myung-bak et Park Geun-hye.

Le secrétaire du président de la République pour les affaires civiles Cho Kuk présente le projet de loi de révision constitutionnelle, lors d'une conférence de presse, le 21 mars 2018.

Le secrétaire du président de la République pour les affaires civiles Cho Kuk présente le projet de loi de révision constitutionnelle, lors d'une conférence de presse, le 21 mars 2018.

La révision constitutionnelle est populaire dans l'opinion publique. Elle comporte un ensemble varié de mesures, dont l'une des plus connues est le passage d'un mandat présidentiel unique non renouvelable immédiatement de 5 ans (suivant un dispositif mis en place après la chute du régime militaire, pour éviter le phénomène des généraux présidents qui se maintenaient pendant - trop - longtemps au pouvoir) par un mandat de 4 ans (calqué sur la durée de la législature parlementaire) renouvelable une fois - cette mesure ne s'appliquant pas pour le président sortant Moon Jae-in.

Mais d'autres mesures sont tout aussi importantes : abaissement de 19 à 18 ans de l'âge de la majorité électorale, pouvoir accrue des collectivités territoriales dans le cadre d'un processus de décentralisation, consécration dans la Constitution de nouveaux droits et libertés pour les citoyens... y compris la possibilité de restreindre la propriété privée de la terre pour des motifs d'intérêt public, ce que les conservateurs considèrent comme une atteinte intolérable aux libertés individuelles et une mesure "socialiste". Ces derniers, à l'instar des centristes, veulent pour leur part renforcer les pouvoirs du Premier ministre. La discussion sera tendue, la Corée du Sud ayant une tradition de recherche de consensus transpartisan qui sera en l'espèce une obligation compte tenu du seuil de majorité qualifiée (deux tiers) à atteindre. Le parti démocrate, au pouvoir, est ouvert à des propositions sur des questions telles que le renforcement des pouvoirs de l'opposition parlementaire.

Ce débat constitutionnel intervient à un moment où la politique intercoréenne de Moon Jae-in, soutenue dans l'opinion publique, se heurte aux critiques de l'opposition conservatrice traditionnellement hostile aux mesures de rapprochement avec le Nord, et qui souligne la nécessité selon elle de maintenir le cap de l'alliance avec les Etats-Unis. Les conservateurs, nettement distancés dans les sondages d'opinion, souffrent d'une image dégradée : l'ancienne chef de l'Etat Park Geun-hye, issue de leurs rangs, a été destituée après des manifestations de plusieurs millions de personnes et avoir engagé la Corée du Sud sur la voie d'une dérive autoritaire, et 30 ans de prison ont été requis contre elle fin février dans une affaire de corruption et de concussion. Son prédécesseur également conservateur, Lee Myung-bak, vient d'être arrêté dans une autre affaire de corruption organisée en famille et a refusé de se soumettre à l'interrogatoire du Parquet. Les accusations contre lui sont très lourdes, comme l'a rappelé l'agence sud-coréenne Yonhap :


 

L’ancien président, âgé de 76 ans, est accusé entre autres d’avoir détourné près de 35 milliards de wons (32 millions de dollars) à des fins personnelles et d’avoir échappé au fisc.

Il est aussi accusé d’abus de pouvoir, d’abus de confiance et de violation des lois électorales.

Le succès de la révision constitutionnelle dépendra aussi des équilibres qui seront trouvés au Parlement, dans un contexte de réorganisation de l'opposition : le Parti du peuple d'An Cheol-soo, "troisième homme" de la présidentielle de mai 2017, jusqu'alors plutôt plus proche des démocrates que des conservateurs, a fusionné en février 2018 avec des dissidents du parti conservateur qui avaient formé le parti Bareun après avoir voté la destitution de la présidente Park Geun-hye : la nouvelle formation, le Parti Bareun du futur, a subi des défections sur sa gauche (14 députés du Parti du peuple ont fondé le Parti pour la paix et la démocratie) et sur sa droite (des députés du parti Bareun ont rejoint le Parti de la Liberté de la Corée, conservateur).

A l'issue de ce processus de recomposition, et comme l'illustre le graphique ci-dessous, le Parti démocratique, au pouvoir, occupe 121 des 300 sièges (en bleu sur le graphique) du Parlement (dont 7 sièges sont actuellement vacants), devant le Parti de la Liberté de la Corée (116 sièges, en rouge), le Parti Bareun du futur (30 sièges, en bleu clair), le Parti pour la paix et la démocratie (14 sièges, en vert), le Parti de la Justice (social-démocrate, 6 sièges, en jaune), le parti Minjung (gauche, 1 siège, en orange) et le Parti des patriotes coréens (scission d'extrême-droite du parti conservateur, 1 siège, en bleu foncé).

Le nouveau paysage politique sud-coréen à l'heure de la révision constitutionnelle et du prochain sommet intercoréen

Sources :

Partager cet article
Repost0
2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 21:22

Le 27 février 2018, la commission du travail et de l'environnement de la République de Corée (Corée du Sud) a réduit la durée maximale hebdomadaire de travail de 68 heures à 52 heures, dans le cadre d'un accord entre la majorité progressiste et l'opposition conservatrice. Les discussions ont notamment porté sur le taux de majoration des heures supplémentaires, alors que la durée annuelle de travail en Corée du Sud est l'une des plus élevée parmi les pays industrialisés membres de l'OCDE (en 2016, 2 069 heures par an, contre 1 763 heures en moyenne dans l'OCDE). 

La Corée du Sud réduit le temps de travail

L'accord trouvé au Parlement le 27 février 2018 permet au Président Moon Jae-in d'honorer l'une de ses promesses de campagne : réduire la durée du travail pour laisser plus de temps libre aux salariés, mais aussi engager un processus de partage du temps de travail en augmentant les embauches dans une économie en phase de ralentissement (selon certaines estimations, la mesure créerait entre 600 000 et 700 000 emplois). D'autres effets positifs sont escomptés - comme relancer le taux de natalité, l'un des plus bas au monde (en moyenne, 1,2 enfant par femme), mais en ce domaine d'autres mesures joueront un effet plus décisif (en particulier, la réduction des frais - très élevés - liés à l'éducation, et la mise en place d'un système de protection sociale plus ambitieux dans le cadre d'une politique nataliste). 

Dans le droit actuel, la durée hebdomadaire de travail est de 40 heures, auxquelles peuvent s'ajouter 12 heures supplémentaires et 16 heures de travail le week-end, soit 68 heures. Désormais, les heures de week-end seront incluses dans le total des heures supplémentaires, soit une durée maximale de travail de 52 heures.

Par ailleurs, le jour de la Libération (le 15 août) et la fête nationale de l'Indépendance (le 1er mars) deviennent des jours fériés payés.

La nouvelle réglementation entrera progressivement en vigueur : à compter de juillet 2018 pour les entreprises comptant au moins 300 salariés, de janvier 2020 pour les entreprises de 50 à 299 salariés et de juillet 2021 pour les entreprises de moins de 50 salariés. Cinq secteurs (contre vingt-six auparavant) pourront déroger à la durée légale : les transports et la santé. 

La réforme a soulevé des critiques, tant à gauche qu'à droite. A gauche, les syndicats demandaient que la majoration des heures supplémentaires soit de 100 %, et non - comme voté - de 50 % pour les 8 premières heures et de 100 % pour les 4 heures suivantes. Le régime actuel de majorations étant plus favorable, il en résultera des baisses de salaires. A droite, il est mis en avant la corrélation de cette mesure avec l'augmentation du salaire minimum de 16,4 % intervenue le 1er janvier 2018 : la hausse du coût du travail et les conséquences de la baisse du temps de travail en termes d'embauche sont dénoncées comme des entraves à la compétitivité des entreprises.

Sources : 

Partager cet article
Repost0
14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 13:28

A l'automne 2016, l'éclatement du scandale Choi Soon-sil - du nom de la confidente de la Présidente Park Geun-hye, qui exerçait sur elle l'influence d'un gourou - avait conduit à des manifestations monstres en République de Corée et partout dans le monde, jusqu'à la destitution de la chef de l'Etat, aujourd'hui derrière les verrous. Un an et demi plus tard, Choi Soon-sil et plusieurs acteurs du scandale du "Choigate" ont été condamnés à de lourdes peines de prison - en attendant le procès Park Geun-hye.

De gauche à droite : Choi Soon-sil, An Chong-bum et Shin Dong-bin

De gauche à droite : Choi Soon-sil, An Chong-bum et Shin Dong-bin

Les sentences sont tombées le 13 février 2018, prononcées par la Cour centrale du district de Séoul : Choi Soon-sil a été condamnée à 20 ans de prison et au paiement d'une amende de 16 milliards de won (soit 13,5 millions d'euros) - la peine requise par le procureur était de 25 ans de prison, le paiement d'une amende de 118,2 milliards de won et une confiscation de 7,7 milliards de won ; Shin Dong-bin, PDG du groupe Lotte, a écopé d'une peine de 2 ans et demi de prison ferme ; An Chong-bum, ancien conseiller de la Présidente Park Geun-hye en charge de la coordination des politiques, a été condamné à une peine d'emprisonnement de 6 ans, assortie du paiement d'une amende de 100 millions de won (soit un peu plus de 75 000 euros).

Choi Soon-sil, qui devait répondre de 18 chefs d'accusation, a été condamnée pour corruption, abus de pouvoir et coercition : elle avait utilisé son influence auprès de Mme Park Geun-hye pour faire verser, par une cinquantaine de groupes industriels sud-coréens (dont Samsung, Lotte et SK), à deux fondations à but non lucratif qu'elle contrôlait (Mir et K-Sports), la somme de 77,4 milliards de won (soit 58 millions d'euros). Il s'agissait de fait d'extorsions de fonds, faute de contreparties, suivant des pratiques proprement mafieuses conduites au sommet de l'Etat sud-coréen - coordonnées par An Chong-bum, alors conseiller présidentiel, ayant par ailleurs bénéficié de pots-de-vin en tant qu'intermédiaire. Mme Choi a également exercé une influence occulte sur les affaires de l'Etat, sans fonctions officielles, ayant notamment eu accès à des documents classés.

La justice a estimé que les pratiques de coercition étaient imputables à Mme Park Geun-hye (toujours en détention, l'enquête se poursuivant), et résultaient de demandes de Mme Choi Soon-sil. Les juges ont aussi mis en cause le rôle central de Mme Park dans la création des fondations de Mme Choi.

Shin Dong-bin du groupe Lotte a été condamné à une peine de prison ferme dans la mesure où il aurait bénéficié de contreparties fiscales pour les magasins du conglomérat Lotte.

Si les condamnations mettent en avant les crimes de corruption et coercition, les faits les plus graves sont bien le détournement à cette fin de l'appareil d'Etat, utilisé dans le cadre par ailleurs d'une dérive autoritaire sans précédent du pouvoir sud-coréen ayant multiplié arrestations d'opposants et usage immodéré de la force publique ayant conduit à la mort d'un manifestant, avec la complicité des chefs d'Etat occidentaux - au premier rang desquels François Hollande, qui a reçu avec faste son homologue sud-coréenne tout en se taisant sur les atteintes grandissantes aux libertés publiques, le ministre des Affaires étrangères allant même jusqu'à reprendre à son compte les éléments de langage du pouvoir autoritaire sud-coréen pour justifier les arrestations d'opposants.

Concernant en tout cas les anciens responsables sud-coréens, le jugement des crimes politiques est attendu dans le cadre du futur procès Park Geun-hye.

 

Les anciens chefs d'Etat François Hollande et Park Geun-hye

Les anciens chefs d'Etat François Hollande et Park Geun-hye

Source :

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 22:35

Le philosophe Jean Salem, professeur à l'Université de la Sorbonne, a disparu dans la nuit du 13 au 14 janvier 2018, à l'âge de 65 ans. Spécialiste de Démocrite et d'Epicure, il était également un intellectuel engagé, et la Corée avait fait partie des causes qui lui avaient tout particulièrement tenu à coeur et pour lesquelles il avait continué de s'investir jusqu'à la fin. Adhérent à l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), il était devenu le président du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, fondé en 2015 après l'interdiction du Parti progressiste unifié, afin de lutter contre la dérive autoritaire qui a frappé la République de Corée sous la décennie conservatrice des présidents Lee Myung-bak et Park Geun-hye (2008-2017), et qui travaille aujourd'hui, entre autres, à la libération des prisonniers politiques et syndicaux, la levée des mécanismes répressifs et la défense des droits des minorités. Homme modeste et généreux, altruiste, soutenant d'autant plus pleinement les causes justes qu'elles se heurtent trop souvent à l'indifférence (comme la question des droits de l'homme au Sud de la Corée), Jean Salem confessait son admiration pour les courageux militants sud-coréens pour la démocratie qui se sont engagés dans un combat digne de David contre Goliath - accablés par la complicité des capitales occidentales envers un pouvoir sud-coréen qui a emprisonné (et emprisonne toujours) plus de six cents objecteurs de conscience et des dizaines de militants politiques et syndicaux (en n'apportant pas non plus les soins médicaux nécessaires à ceux qui en avaient besoin), sur la base de procès truqués. L'AAFC rend hommage à un grand homme, dont elle souhaite retracer l'engagement pour la cause coréenne, et présente ses condoléances à sa famille, ses amis et ses proches.

Source : L'Humanité (https://www.humanite.fr/disparition-sagesse-et-resistance-les-atomes-crochus-de-jean-salem-648699)

Source : L'Humanité (https://www.humanite.fr/disparition-sagesse-et-resistance-les-atomes-crochus-de-jean-salem-648699)

La première rencontre de l'AAFC avec Jean Salem avait eu lieu à l'occasion d'une mobilisation pour que justice soit rendue aux "femmes de réconfort", cet euphémisme désignant les anciennes esclaves sexuelles, coréennes et originaires d'autres pays d'Asie, d'Europe et d'Océanie, exploitées dans les bordels militaires de l'armée impériale japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale. A cette occasion, nous lui avions appris que son père Henri Alleg (lui aussi militant communiste, anticolonialiste et anti-impérialiste) s'était engagé pendant des décennies à l'AAFC, pour la paix et la réunification de la Corée. D'une grande modestie, Henri Alleg ne s'en était jamais vanté. Jean Salem devait à son tour rejoindre l'AAFC et poursuivre son engagement à nos côtés jusqu'à sa récente disparition, sans jamais briguer la moindre responsabilité aux niveaux national et local : la recherche des honneurs lui était définitivement étrangère.

Il avait été de tous les combats du peuple sud-coréen en lutte pour les libertés politiques et syndicales (étant notamment présent aux manifestations du 1er mai 2015 à Séoul), permettant que s'expriment à l'Université de la Sorbonne, notamment dans le cadre du séminaire  « Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre » qu'il avait créé et animé, non seulement d'anciennes "femmes de réconfort" coréennes, mais aussi les militants politiques en butte à la répression et les familles des victimes du dramatique naufrage du ferry "Sewol", où ont péri plus de 300 Coréens, principalement des lycéens en voyage scolaire, du fait de la déréglementation libérale, de la corruption des propriétaires du navire et de  l'incurie des autorités gouvernementales.

Jean Salem avait aussi donné la parole à Robert Charvin, vice-président de l'AAFC, dans le cadre du séminaire  « Marx au XXIe siècle », pour démonter les mécanismes de diabolisation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et de la Russie. Il avait aussi préfacé la réédition, parue en 2017 chez Delga, de l'ouvrage "Comment peut-on être Coréen (du Nord) ?".

Plus récemment, lors du colloque international pour la paix et la réunification en Corée organisé à Paris par l'AAFC les 23 et 24 juin 2017, Jean Salem nous avait permis que les interventions du premier jour, à caractère universitaire, se tiennent dans le cadre prestigieux de la Sorbonne. Malgré la maladie, il avait tenu à ouvrir le colloque, témoignant alors de sa connaissance réelle des réalités de la péninsule coréenne, et de sa solidarité pleine et sincère avec les militants sud-coréens.

Jean Salem était un homme intègre, un intellectuel combattant, un ami indéfectible. Il nous manquera.

Partager cet article
Repost0
9 janvier 2018 2 09 /01 /janvier /2018 20:06

A l'issue de la première rencontre de haut niveau organisée depuis plus de 2 ans entre Nord et Sud-Coréens au "village de la trêve" à Panmunjom, dans la zone démilitarisée, le 9 janvier 2018, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a confirmé sa participation aux Jeux olympiques et paralympiques de Pyeongchang, qui se tiendront en République de Corée (Corée du Sud) en février-mars prochains. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avait ouvert la perspective d'une participation aux JO d'hiver dans son discours de Nouvel An, tandis que le Président sud-coréen Moon Jae-in avait ensuite obtenu l'accord des Etats-Unis pour reporter les manoeuvres militaires conjointes prévues au premier trimestre 2018. Les deux parties ont également rétabli le dialogue sur les questions militaires. 

Poignée de main entre les chefs des deux délégations : Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification de la République de Corée (à droite), et Ri Son-gwon, président de la Commission de la RPD de Corée pour la réunification pacifique de la Corée (à gauche).

Poignée de main entre les chefs des deux délégations : Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification de la République de Corée (à droite), et Ri Son-gwon, président de la Commission de la RPD de Corée pour la réunification pacifique de la Corée (à gauche).

Le ton chaleureux de la rencontre a été donné par Ri Son-gwon, qui a souligné la volonté du peuple coréen - de tous les Coréens - de progresser sur la voie de la paix et de la réunification : 

Offrons au peuple un cadeau précieux pour le Nouvel An, a lancé le Nord-Coréen. On dit qu’un voyage entrepris à deux dure plus longtemps qu’un voyage solitaire.

Cho Myoung-gyon, chef de la délégation sud-coréenne, a partagé ce rêve et cette ambition, en répondant que "le peuple souhaite ardemment voir le Nord et le Sud aller vers la paix et la réunification".

De fait, les sujets du communiqué de presse conjoint dépassent la seule question de la participation nord-coréenne aux Jeux olympiques et paralympiques de Pyeongchang (qui a été actée). A cet égard, la RPDC désire envoyer non seulement des athlètes, mais aussi des officiels de haut niveau, des journalistes, des observateurs et des supporteurs, ainsi que des troupes artistiques et une équipe de démonstration de Taekwon-do, le sport national de combat coréen. Les modalités opérationnelles de cette participation (trajet - par voie terrestre ? -, logement, sécurité) devront donner lieu à des discussions ultérieures. L'idée que les athlètes du Nord et du Sud défilent sous une bannière commune, comme cela avait été le cas aux Jeux olympiques de 2000, 2004 et 2006, n'a pas été retenue - du moins à ce stade.

Le deuxième grand thème abordé a porté sur les questions militaires. Après le rétablissement d'une ligne de communication civile quelques jours plus tôt, le Nord a annoncé la réouverture de la ligne de communication militaire avec le Sud, suspendue en février 2016 - après que le Sud avait décidé d'arrêter les activités de la zone économique conjointe de Kaesong. Les deux parties ont convenu d'engager des discussions sur les questions militaires, de manière à réduire les tensions dans la péninsule - et par voie de conséquences le risque d'accrochages meurtriers qui n'ont que trop endeuillé la péninsule coréenne depuis la signature de l'accord d'armistice, en juillet 1953.

Le Sud a demandé l'organisation de réunions de familles séparées de part et d'autre du 38e parallèle, à l'occasion du Nouvel An lunaire, qui tombera cette année le 16 février, cette date coïncidant avec la période des Jeux olympiques (du 9 au 25 février). Le communiqué conjoint ne mentionne pas cette question, qui devra en tout état de cause faire l'objet de consultations en RPD de Corée, avant d'être traitée par des échanges entre les Croix-Rouges des deux Etats.

La reprise du dialogue intercoréen a été saluée à Pékin et même à Washington - Donald Trump voulant y voir un signe du bien-fondé de sa ligne intransigeante pour ramener Pyongyang à la table des négociations. D'aucuns diront toutefois que les Américains ont plutôt été mis par les Coréens devant le fait accompli, et qu'il était difficile à l'administration américaine de se mettre en porte-à-faux.

Ce pragmatisme n'est pas partagé par l'opposition sud-coréenne (conservatrice) du Parti de la Liberté de la Corée, toujours hostile à tout dialogue avec le Nord et pro-américaine, et qui a vivement dénoncé la reprise de discussions fragilisant, selon elle, l'alliance américano-sud-coréenne. Ce point de vue n'est pas partagé par l'opinion publique sud-coréenne qui, à 75 %, approuve les initiatives prises pour progresser sur le (long) chemin du rétablissement du dialogue et des échanges Nord-Sud, réduits à néant au cours des deux présidences sud-coréennes conservatrices (2008-2017). Pendant cette décennie perdue pour la réunification de la Corée, la stratégie des conservateurs au pouvoir à Séoul avait consisté à lier les relations intercoréennes et les programmes balistique et nucléaire nord-coréens, tout en apportant un appui inconditionnel aux sanctions internationales contre la RPDC : elle s'était révélée un fiasco non seulement pour la réconciliation Nord-Sud et la diminution durable des tensions, mais aussi d'un point de vue stratégique, n'ayant pas empêché la RPD de Corée de se doter d'une force de dissuasion nucléaire vis-à-vis des Etats-Unis.

Mais cette influence néfaste des conservateurs ne doit pas être sous-estimée, compte tenu du très fort lobbying médiatique qu'ils exercent, notamment dans les médias néo-conservateurs à Séoul et à l'étranger : comme par le passé, ils devraient ouvrir un nouveau front médiatique en remettant au premier plan de l'actualité la question des droits de l'homme au Nord, sur la base d'éléments avérés ou fabriqués. Ainsi, le Sud a évoqué à Panmunjom la question du dialogue sur la dénucléarisation de la RPDC (thème favori des néoconservateurs), soulevant sans surprise de "fortes objections" du Nord, selon les termes de l'agence sud-coréenne Yonhap : Pyongyang a toujours considéré que la question nucléaire relève de ses relations avec les Etats-Unis, et non du dialogue Nord-Sud ; la mention sud-coréenne de ce sujet, sauf si elle visait à donner des gages aux néoconservateurs dans un but tactique de politique intérieure, est de nature à faire échouer la reprise du dialogue Nord-Sud, qui devra encore être consolidée. Le rétablissement de la confiance mutuelle, mise à mal par 9 ans de duplicité des conservateurs sud-coréens qui ont détruit les échanges Nord-Sud sous prétexte d'établir de nouveaux paradigmes, constitue bien un processus long et difficile. 

Sources : 

Partager cet article
Repost0
27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 09:33

Il y a pratiquement deux ans jour pour jour, un accord était signé, le 28 décembre 2015, entre les ministres des Affaires du Japon et de la République de Corée (Corée du Sud) afin de résoudre "de manière finale et irréversible" la question des "femmes de réconfort" - euphémisme désignant les centaines de milliers d'esclaves sexuelles, souvent coréennes, de l'armée japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale. L'accord avait alors été bruyamment salué par les Etats-Unis, soucieux de renforcer la cohésion entre leurs alliés en Asie du Nord-Est et qui - dans les conflits entre la Corée et le Japon - prennent traditionnellement le parti de Tokyo, ainsi que par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, qui avait bâti sa carrière sur un soutien loyal (pendant près de quarante ans) à tous les gouvernements qui se sont succédé à Séoul, y compris les plus autoritaires. Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), de concert avec les organisations de défense des anciennes victimes de l'esclavage sexuel et l'opposition sud-coréenne, avait immédiatement dénoncé un accord inique, marquant un recul sans précédent pour la reconnaissance des crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort".

Après son élection le 9 mai 2017, le Président Moon Jae-in (qui s'était engagé pendant la campagne à revenir sur le déshonorant accord de décembre 2015) a mis en place un groupe d'enquête au sein du ministère des Affaires étrangères dont le chef, Oh Tai-kyu, a divulgué, le 27 décembre 2017, les clauses cachées à l'opinion publique et aux victimes, ainsi que l'implication de la présidence sud-coréenne.

Statue d'une jeune femme, symbolisant les anciennes victimes, devant l'ambassade du Japon à Séoul

Statue d'une jeune femme, symbolisant les anciennes victimes, devant l'ambassade du Japon à Séoul

Après la Première guerre mondiale, un consensus semblait devoir s'imposer quant à la nécessité de mettre fin à la "diplomatie secrète" - c'est-à-dire ces accords cachés, dont la conclusion, par le jeu des alliances, avait favorisé la montée des tensions ayant conduit au déclenchement du premier conflit généralisé à l'échelle de la planète. Mais la diplomatie secrète avait de beaux jours devant elle, notamment de la part des gouvernements d'Etats autoritaires ne voulant pas assumer leurs décisions de politique étrangère vis-à-vis de leurs opinions publiques.

Lorsque la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye avait finalisé la conclusion de l'accord du 28 décembre 2015 sur les "femmes de réconfort" (car on sait désormais que les négociations avaient été en pratique menées par la présidence de la République, et non par le ministre des Affaires étrangères, seul mis en avant dans la publicité autour de l'accord), elle pensait faire coup double. D'une part, elle s'attirerait les faveurs des nationalistes japonais, vus comme de précieux alliés par de larges pans de la droite et  de l'extrême-droite sud-coréennes face aux progressistes sud-coréens et à la Corée du Nord (l'accord de décembre 2015 était une condition posée par Tokyo pour un sommet entre elle-même et le Premier ministre japonais Shinzo Abe). D'autre part, elle pensait obtenir les faveurs de l'opinion publique en apparaissant comme la première chef d'Etat de la République de Corée à obtenir un règlement de la question des anciennes esclaves sexuelles de l'armée impériale japonaise, très sensible dans l'opinion publique non seulement coréenne, mais internationale - de plus en plus de voix s'élevant pour dénoncer les crimes sexuels perpétrés en temps de guerre.

Toutefois, les nombreux reculs assumés publiquement par Séoul lors de la conclusion de cet accord l'avaient rendu inacceptable à une majorité de Sud-Coréens - notamment le fait qu'il éludait la responsabilité morale de l'Etat japonais dans la mise en place du système d'esclavage sexuel, et que la République de Corée s'engageait à ne plus évoquer cette question dans les relations internationales, en contrepartie de la mise en place par le Japon d'un fonds d'indemnisation des victimes doté de 7,6 millions d'euros. Les associations défendant les anciennes femmes de réconfort, non consultées par les autorités sud-coréennes, avaient dénoncé un accord humiliant, où le silence de la Corée du Sud était acheté pour une poignée de yens.   

Avec les conclusions des travaux de la commission d'enquête dirigée par Oh Tai-kyu, contenues dans un rapport de trente pages, il est désormais de notoriété publique que l'administration Park Geun-hye a de surcroît voulu laisser certaines clauses secrètes, comme l'engagement des autorités sud-coréennes à ne pas favoriser les actions de groupes civiques tendant à ce que soient érigées des statues, de par le monde, représentant d'anciennes femmes de réconfort alors adolescentes ou jeunes femmes. La statue la plus connue est celle qui se trouve devant l'ambassade du Japon à Séoul. Lors de la conclusion de l'accord de décembre 2015, le Japon avait insisté sur la responsabilité des autorités sud-coréennes à retirer cette statue, et Séoul avait ensuite dit publiquement envisager une telle possibilité - qui ne s'était pas concrétisée, du fait de l'opposition et de la colère des Coréens.

Le rapport de la commission d'enquête précise que Séoul a cédé à la demande de Tokyo de mentionner les statues des femmes de réconfort dans l'accord, que les discussions sur l'accord avaient été menées pendant des années au niveau des directeurs d'administration japonais et sud-coréen et que des instructions avaient été données aux diplomates sud-coréens de ne plus évoquer ce sujet. Enfin, les associations de défense des femmes de réconfort avaient été tenues à l'écart des discussions et mises devant le fait accompli lors de l'annonce publique de l'accord, afin que les protestations des victimes ne soient pas un obstacle à la réconciliation nippo-sud-coréenne voulue par Mme Park.

Tous les mercredi des manifestations ont lieu à Séoul pour que justice soit rendue aux femmes de récconfort. Le 28 juin 2017, de jeunes Coréens en visite en France ont effectué une manifestation du mercredi place du Trocadéro, à Paris (source : AAFC, http://www.amitiefrancecoree.org/2017/06/sur-le-parvis-des-droits-de-l-homme-manifestation-du-mercredi-pour-que-justice-soit-rendue-aux-femmes-de-reconfort.html).

Tous les mercredi des manifestations ont lieu à Séoul pour que justice soit rendue aux femmes de récconfort. Le 28 juin 2017, de jeunes Coréens en visite en France ont effectué une manifestation du mercredi place du Trocadéro, à Paris (source : AAFC, http://www.amitiefrancecoree.org/2017/06/sur-le-parvis-des-droits-de-l-homme-manifestation-du-mercredi-pour-que-justice-soit-rendue-aux-femmes-de-reconfort.html).

Source :

Partager cet article
Repost0
18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 21:36

Le 23 mai 2009, l'ancien Président de la République de Corée Roh Moo-hyun (2003-2008) se donnait la mort, poursuivi par des accusations calomnieuses de corruption. Sa disparition tragique soulevait une immense vague d'émotion, en Corée et au-delà. Huit ans après, un film documentaire, dont le titre peut se traduire par Notre Président Roh Moo-hyun, lui rend hommage et atteint les 2 millions d'entrées au box office sud-coréen. Le réalisateur, Lee Chang-jae, n'est pourtant pas connu pour son engagement progressiste. Le succès de son film tient certes à un contexte spécifique (la révolution des bougies a chassé de la Maison Bleue la très autoritaire Park Geun-hye, avant qu'une élection présidentielle anticipée ne mène au pouvoir le démocrate Moon Jae-in, ancien proche collaborateur du Président Roh Moo-hyun). Mais plus encore, Lee Chang-jae a su montrer la profonde humanité de l'ancien avocat des droits de l'homme devenu chef de l'Etat, à travers des dizaines de témoignages qui font ressortir la communion entre un dirigeant et son peuple. 

Affiche du film

Affiche du film

Si le documentaire est en France un genre cinématographique à l'audience relativement limitée, tel n'est pas le cas en Corée du Sud :  le succès époustouflant remporté par Notre Président Roh Moo-hyun (titre anglais : Our President) fait écho à l'audience qu'obtiennent plus largement les productions cinématographiques ayant un contenu historique. A cet égard, le drame The Attorney (en français, Le Défenseur) de Yang Woo-seok, sorti en Corée fin 2013, était déjà consacré à l'ancien Président, tandis que le drama  biographique coréen Anarchist from Colony, de Lee Joon-ik, également sorti cette année, met en lumière le militant anarchiste Park Yeol et a été en tête du box office la semaine de sa sortie, en dépassant alors les 800 000 entrées. Des choix non sans risques dans une société où la férule des conservateurs (au pouvoir à Séoul entre 2008 et 2017) a conduit à multiplier les entraves à la liberté de création, notamment pour les cinéastes : la sortie de The Attorney avait donné lieu à des pressions de la présidence sud-coréenne sur le conglomérat CJ, dont la filiale CGV avait eu le malheur de produire avec The Attorney un film inspiré du combat pour les droits démocratiques...

Il y a quinze ans, l'élection de Roh Moo-hyun avait été une surprise pour tous les observateurs (les premiers sondages ne le créditaient que de 2 % des intentions de vote) : le candidat démocrate avait bâti son succès sur une campagne relayée par Internet qui lui avait valu une incroyable popularité auprès des électeurs les plus jeunes, devenus ses relais les plus fervents, alors même qu'ils étaient enfants ou n'étaient pas nés pendant les années de plomb du régime militaire qu'avait combattu sans relâche Roh Moo-hyun. Si ses choix politiques avaient ensuite entraîné une désillusion dans l'électorat progressiste, les circonstances tragiques de sa disparition ont contribué à élever au rang de mythe celui qui a indiscutablement été le chef de l'Etat sud-coréen le plus attaché aux valeurs démocratiques. 

Dans un très bon article consacré au film documentaire de Lee Chang-jae, Philippe Mesmer souligne le charisme exercé par l'ancien Président : 

Trente-neuf personnes interviennent. Comme Lee Hwa-choon, un membre des services secrets chargé de le surveiller, et qui deviendra son ami. "Sa voix claire et sonnante, ses jurons, ses blagues, je n'oublierai jamais tout cela", raconte-t-il.

Impressionnée par la lutte victorieuse du peuple coréen au Sud de la péninsule qui a abattu le régime autoritaire et corrompu de Mme Park Geun-hye (combat que, dans notre pays, nous avons soutenu sans réserve et seuls parmi les Français, au prix pour certains des nôtres d'être désormais interdits de séjour en Corée du Sud), l'Association d'amitié franco-coréenne voit, dans le succès de Notre Président Roh Moo-hyun, le signe de l'esprit toujours vivant du combat qui doit être mené à son terme pour la démocratie, la paix et les droits de l'homme. 

Source principale : 

Partager cet article
Repost0
15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 08:50

Le 13 octobre 2017, l'annonce de profits records (et supérieurs aux prévisions) de Samsung Electronics a coïncidé avec la démission surprise de son dirigeant Kwon Oh-hyun, entraînant un recul du titre de la société de 0,5 % sur la Bourse de Séoul. Alors que les analystes se perdent en conjectures sur l'origine du départ de "Mr Chip", l'un des artisans du succès de la branche phare du chaebol, un rapprochement est effectué avec la condamnation en août dernier, à cinq ans de prison, de l'héritier et dirigeant de fait de Samsung Lee Jae-yong, pour corruption, abus de biens sociaux et parjure. Le petit-fils du fondateur du groupe familial, réputé autant pour son succès économique éclatant (il pèse 23 % du PIB sud-coréen) que pour son autoritarisme et ses atteintes aux libertés syndicales et à la santé des salariés, avait été inculpé en février 2017 dans le cadre de l'affaire Choi Soon-sil - du nom de la gourou de l'ancienne Présidente Park Geun-hye, destituée puis emprisonnée à la suite du plus retentissant scandale de corruption politico-financier de l'histoire de la Corée du Sud. Ainsi, des millions de Coréens avaient battu le pavé pendant des mois pour exiger non seulement son départ du pouvoir, mais aussi le jugement des responsables politiques et financiers impliqués dans l'affaire Choi Soon-sil. 

Kwon Oh-hyun

Kwon Oh-hyun

L'annonce, le 13 octobre 2017, des excellents résultats trimestriels de Samsung Electronics aurait dû avoir un impact très positif sur sa valeur boursière : de juillet à septembre 2017, selon les premières estimations de l'entreprise, le bénéfice d'exploitation se serait élevé à 14 500 milliards de won (soit 11 milliards d'euros) pour un chiffre d'affaires de 46 milliards d'euros, soit un triplement par rapport aux résultats obtenus un an plus tôt - dans un contexte alors marqué par les graves défaillances du Galaxy Note 7 - de trop nombreux smartphones ayant pris feu. Samsung Electronics  est une filiale à 100 % du groupe Samsung, et son chiffre d'affaires en fait actuellement le numéro 1 mondial de l'électronique grand public, devant Apple. 

Or le titre a perdu 0,5 % en une journée sur la Bourse de Séoul. En effet, ce même vendredi 13 octobre 2017, le dirigeant Kwon Oh-hyun, âgé de 64 ans et qui avait rejoint le groupe en 1985 comme chercheur, annonçait, dans une lettre aux salariés du groupe, qu'il quitterait ses fonctions à la tête de Samsung Electronics (et également comme PDG de Samsung Display) en mars 2018, invoquant un nécessaire changement générationnel dans un contexte de "crise sans précédent" : 

Maintenant plus que jamais, l'entreprise a besoin d'un nouveau leader et il est temps pour moi de passer au prochain chapitre de ma vie (...) Alors que nous [Samsung ; NDLR] sommes confrontés à une crise sans précédent, je crois que le temps est venu pour l'entreprise de travailler avec un nouvel esprit et un leadership plus jeune afin de mieux répondre aux challenges liés aux changements rapides de l'industrie de l'électronique.

Comme le souligne Yann Rousseau des Echos, l'impact de cette décision doit être mesuré au regard de l'effet d'entraînement de la division des puces mémoires pour la dynamique de Samsung Electronics et, ce faisant, pour tout le groupe Samsung, alors que les pré-commandes du Galaxy Note 8 auraint été les plus importantes jamais enregistrées pour cette gamme de téléphones de Samsung (selon le dirigeant de la branche smartphones, D.J. Koh) :  

Samsung Electronics cherche à identifier les moteurs de croissance qui lui permettront, à moyen terme, de maintenir son niveau exceptionnel de profits, jusqu'ici porté par sa domination du marché mondial des composants. Sur le troisième trimestre, la division du groupe en charge de la conception, de la production et de la vente des puces mémoires NAND et DRAM a, encore une fois, été la plus dynamique et la plus profitable tant le groupe domine ce marché. Son unité en charge des dalles de type OLED («organic light-emitting diode») bat aussi des records, grâce aux commandes d'écrans des marques de smartphones premium qui ne peuvent se tourner vers aucun fournisseur alternatif.

Ces branches de Samsung ont d'ailleurs, ces derniers mois, profité des bonnes ventes de la nouvelle génération d'iPhone , auxquels elles fournissent des mémoires ou des écrans. Selon les dernières projections de Counterpoint Technology Market Research, chaque vente d'iPhone X d'Apple à 1.000 dollars rapportera 110 dollars à Samsung Electronics.

Même si Kwon Oh-hyun n'en dit pas un mot, tous les observateurs ont en tête un possible lien avec la récente condamnation à cinq ans de prison de Lee Jae-yong, 49 ans, petit-fils du fondateur du groupe Samsung, Lee Byung-chul, et dirigeant de facto de celui-ci, en raison de l'état de santé du dirigeant de droit, Lee Kun-hee, père de Lee Jae-yong. La crise à laquelle fait allusion Kwon Oh-hyun semble en effet "exclusivement d'ordre politique" (pour reprendre les termes utilisés par Johann Breton dans un article des Numériques), liée à la situation judiciaire de Lee Jae-yeong.

Dans la culture confucéenne propre à l'ensemble de la péninsule coréenne, marquée par le respect des anciens et le culte des fondateurs, il est habituel que les fonctions de direction économique, politique ou encore religieuse se transmettent de génération en génération (par exemple, la présidente sud-coréenne, récemment chassée du pouvoir par la rue, Mme Park Geun-hye, avait construit sa carrière politique et bâti ses réseaux sur l'image de son père le général Park Chung-hee, ayant mis en place le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud, à l'origine de milliers de morts, mais dont la présidence avait coïncidé avec le développement économique spectaculaire du pays). Il n'est donc pas si surprenant, pour les Sud-Coréens, que Lee Jae-yong (qui aime se faire appeler Jay Y. Lee, suivant une forme américanisée de son nom) continue de diriger son empire familial depuis sa prison, l'allégeance au leader étant vue comme une vertu cardinale - et c'est d'ailleurs bien en termes de besoins d'un nouveau leader que s'est exprimé Kwon Oh-hyun, de quinze ans l'aîné de Lee Jae-yong. Ne faut-il donc pas voir dans le retrait de Kwon Oh-hyun l'effet d'une disgrâce et d'une décision prise pour Lee Jae-yong pour réaffirmer son pouvoir total sur le groupe alors que sa condamnation (dont il a fait appel, et pour laquelle il plaide non coupable) pourrait être de nature à favoriser la contestation de sa position - tandis d'autres membres de sa famille occupent des fonctions économiques importantes (la soeur de Lee Jae-yong, Lee Boo-jin, est la femme la plus riche de Corée du Sud et dirige la chaîne d'hôtels Shilla) ? En effet, Kwon Oh-hyun était vu comme le numéro trois de l'empire Samsung, après Lee Kun-hee (empêché pour raisons de santé) et Lee Jae-yong (emprisonné). Compte tenu du peu de transparence qui entoure les décisions internes à Samsung (une entreprise capitaliste n'ayant pas vocation à avoir un fonctionnement démocratique), rien à notre connaissance ne permet à ce stade d'étayer cette hypothèse, dans un pays où les fortunes économiques se sont le plus souvent bâties à l'ombre du colonisateur japonais puis avec les protections des régimes autoritaires qui ont tenu le haut du pavé à Séoul pendant quatre des sept décennies ayant suivi la fondation de la République de Corée en 1948. 

Sources :

Partager cet article
Repost0
12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 11:23

Après son élection à la présidence de la République de Corée le 9 mai 2017, le démocrate Moon Jae-in a déclaré, lors de son serment d'investiture, qu'il "allait éliminer la culture d'un président autoritaire", et instaurerait une communication régulière tant avec l'opinion publique qu'avec l'opposition. D'ores et déjà, ce sont toutefois les chantiers diplomatiques qui représentent la priorité : à cet égard, il a effectué plusieurs annonces, qui manifestent la volonté d'une plus grande indépendance diplomatique vis-à-vis des Etats-Unis.

Vers une nouvelle diplomatie sud-coréenne

L'élection présidentielle s'étant tenue de manière anticipée suite à la destitution de Mme Park Geun-hye, il n'y a pratiquement pas eu de période de transition entre l'élection et l'investiture du nouveau chef de l'Etat. Après avoir prêté serment devant l'Assemblée nationale le 10 mai 2017 (soit le lendemain du scrutin), le Président Moon Jae-in a immédiatement procédé à de premières nominations : Lee Nak-yon au poste de Premier ministre, Suh Hoon à la direction des services de renseignement (NIS), Im Jong-seok comme secrétaire général de la présidence et Joo Young-hoon comme responsable de la sécurité pour la présidence de la République. Le changement immédiat à la direction du NIS - ainsi que la volonté affirmée de mettre fin aux ingérences du NIS dans la vie politique sud-coréenne - est le signe manifeste d'une volonté de démocratisation, tandis que le choix d'un spécialiste des questions intercoréennes sous les précédentes administrations démocrates traduit l'idée que le NIS pourrait cesser d'être un bras armé des lobbies anti-Corée du Nord.

S'agissant plus généralement des relations diplomatiques, Moon Jae-in a exprimé la volonté de renouer le dialogue et les échanges Nord-Sud pratiquement réduits à néant après neuf ans d'administrations conservatrices (2008-2017), en poursuivant par le dialogue plus que par la coercition et les sanctions l'objectif de dénucléariser la péninsule coréenne. Il souhaite la reprise des réunions de familles séparées, la réouverture de la zone économique de Kaesong ainsi que du tourisme intercoréen dans les monts Kumgang.

Sur le déploiement du système américain de missiles THAAD, Moon Jae-in souhaite l'engagement d'une négociation avec les Etats-Unis et la Chine, la seconde étant fermement opposée au dispositif THAAD qui rompt l'équilibre stratégique en Asie du Nord-Est. L'installation de THAAD a été suspendue dès l'élection, après avoir été accélérée dans les semaines précédant le scrutin - tandis que l'administration Trump a exprimé sa volonté de faire participer davantage la Corée du Sud au paiement de ce dispositif de sécurité. Un sommet Moon-Trump est ainsi évoqué.

Vis-à-vis du Japon, Moon Jae-in a enfin déclaré qu'il remettrait en cause l'accord inique conclu, fin 2015, sur la question des anciennes esclaves sexuelles de l'armée impériale japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale ( "femmes de réconfort").

Sources :

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?