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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 19:40

Le 13 avril 2016, les électeurs sud-coréens sont appelés aux urnes pour renouveler leur Parlement. Et, comme à l'accoutumée à la veille d'élections, les autorités conservatrices au pouvoir à Séoul tentent de faire souffler le vent du Nord, c'est-à-dire de manipuler l'actualité intercoréenne pour garder le pouvoir. Mais en exploitant la défection de 13 employés d'un restaurant nord-coréen à l'étranger au mépris des règles les plus élémentaires de sécurité pour ces derniers, la manoeuvre est particulièrement nauséabonde et enfreint les règles les plus élémentaires du droit d'asile, qui a pour principe de ne pas mettre en danger la personne qui a cherché refuge dans un pays étranger.

Une conférence de presse a été convoquée d'urgence pour annoncer la "bonne nouvelle" de la défection de 13 Nord-Coréens.

Une conférence de presse a été convoquée d'urgence pour annoncer la "bonne nouvelle" de la défection de 13 Nord-Coréens.

La politique nord-coréenne de la droite au pouvoir à Séoul n'est pas populaire dans l'opinion publique, et elle le sait : malgré le matraquage de médias largement acquis aux conservateurs, les Sud-Coréens se rendent parfaitement compte que les sanctions et la politique de tensions avec Pyongyang qu'a attisée Séoul, depuis que la droite est revenue à la Maison Bleue en 2008, n'ont fait que rendre la péninsule coréenne encore plus dangereuse, tout en accroissant le fardeau des dépenses militaires dans des proportions qui mettent en péril toute velléité de relance économique ou de redistribution sociale - l'argent public doit être orienté vers la préparation de la guerre, pas vers la réduction du chômage ou la satisfaction des besoins sociaux les plus élémentaires.

Dans ce contexte, la manoeuvre autour des défecteurs nord-coréens engagée à la veille des élections législatives du 13 avril consiste à démontrer que la politique de sanctions serait efficace - mieux, qu'elle entraînerait des défections de plus en plus nombreuses de Nord-Coréens et précipiterait donc l'effondrement de la République populaire démocratique de Corée dont rêvent la Présidente Mme Park Geun-hye et ses conseillers.

C'est dans ce contexte que, le 8 avril, la Présidence sud-coréenne s'est directement impliquée dans l'organisation d'une conférence de presse consacrée à la défection collective de 13 employés d'un même restaurant nord-coréen à l'étranger. Cette décision a été prise contre l'avis du ministère sud-coréen de la Réunification, qui a rappelé que la règle est de ne pas rendre publiques les défections pour ne pas menacer la sécurité des transfuges nord-coréens et de leurs familles. Mais dans sa rage de remporter les élections au prix de toutes les manipulations Mme Park Geun-hye a ignoré cette règle, s'empressant de diffuser la nouvelle de cette défection miraculeuse intervenue seulement la veille, le 7 avril - car il y a urgence à gagner les élections, dussent des êtres humains (les défecteurs et leurs familles) en souffrir : toujours prompt à dénoncer les violations des droits de l'homme au Nord, les autorités de Séoul révèlent ainsi leur peu de considération pour la vie humaine de leurs compatriotes. La conservation du pouvoir est à ce prix.

Comme si la ficelle n'était pas assez grosse, des annonces de défection plus anciennes (datant de 2015) ont opportunément surgi les jours qui ont suivi - à savoir celles d'un officier nord-coréen du renseignement et d'un diplomate nord-coréen qui était en poste en Afrique. La presse aux ordres à Séoul a bien travaillé.

Pourtant, s'il a bien un élément qui ressort des prises de position du Nord quant aux élections à venir en Corée du Sud, c'est que les autorités nord-coréennes ont fait savoir publiquement qu'elles envisageaient la réouverture de la zone économique de Kaesong en cas de victoire de l'opposition sud-coréenne aux législatives. Une information capitale, mais soigneusement passée sous silence en Corée du Sud mais aussi dans la quasi-totalité des médias occidentaux : il n'est pas bon de faire savoir que c'est la politique de la droite sud-coréenne qui a ruiné le dialogue intercoréen patiemment élaboré par les administrations démocrates à Séoul, entre 1998 et 2008. En dissimulant cette prise de position du Nord et en donnant au contraire un large écho à la manoeuvre de manipulation des élections engagée par Mme Park, les médias, qu'ils soient sud-coréens ou occidentaux, se rendent complices d'un déni de démocratie.

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 15:17

Le 13 avril 2016 les électeurs sud-coréens renouvelleront les 300 sièges de la Chambre des députés pour la vingtième législature (2016-2020). A quatre jours du scrutin, l'AAFC revient sur la situation politique et les enjeux des élections, avant une diffusion en direct des résultats sur sa page Facebook le mercredi 13 avril à partir de 13h (heure française). 

Le vote anticipé, pour les électeurs indisponibles le 13 avril, se tient les 8 et 9 avril.

Le vote anticipé, pour les électeurs indisponibles le 13 avril, se tient les 8 et 9 avril.

Les précédentes élections de 2012 et l'assemblée sortante

Le taux de participation s'était élevé à 54,3 % en 2012.

Lors des élections législatives du 11 avril 2012, le Parti Saenuri (conservateur), de l'actuelle présidente Mme Park Geun-hye, avait remporté 152 sièges sur 300, dont 127 sièges obtenus dans les circonscriptions pourvues au scrutin majoritaire (43,4 % des voix) et 25 sièges au scrutin de liste national proportionnel (42,8 %). Une autre formation conservatrice, absorbée depuis par le Saenuri, le Parti de l'avancement de la liberté, avait décroché 5 sièges, dont 3 sièges dans les circonscriptions (2,2 % des voix à l'échelle nationale) et 2 sièges à la proportionnelle (3,2 %). Une dernière formation conservatrice, le Parti de la vision coréenne, avait recueilli entre 0,2 % des voix (dans les circonscriptions) et 0,7 % (proportionnel), sans obtenir de siège, soit un total de voix pour les conservateurs de 45,8 % (circonscriptions) à 46,7 % (proportionnelle).

Le Parti démocrate unifié (PDU, libéral, opposition) avait remporté 127 sièges, dont 106 au scrutin majoritaire (39,1 %) et 21 à la proportionnelle (36,5 %). Le Parti progressiste unifié (PPU), socialiste, avait décroché 13 sièges, dont 7 dans les circonscriptions (4,7 %), où des accords de désistement avaient été conclus avec le PDU, et 6 à la proportionnelle (10,3 %), portant le nombre de sièges de l'opposition à 140 (sur 300). 3 députés élus au scrutin majoritaire n'appartenaient à aucun parti. Une seule autre formation politique avait recueilli plus de 1 % des voix (mais aucun siège), le Nouveau parti progressiste (socialiste) : 1,1 % à la proportionnelle, et 0,5 % dans les circonscriptions.

292 des 300 sièges sont pourvus dans l'assemblée sortante soumise à renouvellement. Le Parti Saenuri dispose de 146 sièges. L'opposition démocrate s'est scindée en deux : le Parti Minjoo (102 sièges) et le Parti du peuple, plus centriste, constitué notamment autour d'Ahn Cheol-su (20 sièges). Le PPU s'est également divisé : 5 députés ont rejoint une nouvelle formation, le Parti de la Justice. Les autres députés ont ensuite été déchus de leur mandat, du fait de l'interdiction du PPU. Parmi les autres sièges figurent essentiellement des députés conservateurs non réinvestis par leur parti, et qui sont donc considérés comme des élus indépendants.

Par ailleurs, les élections législatives précèdent le scrutin présidentiel prévu en décembre 2017, pour lequel le chef de l'Etat sortant ne peut pas être candidat à sa réélection.

Le mode de scrutin

Les circonscriptions ont été redécoupées dans les semaines précédant le scrutin pour tenir compte des évolutions démographiques, parallèlement à une diminution du nombre de sièges attribués à la proportionnelle : le 13 avril, 253 sièges seront pourvus dans le cadre des circonscriptions et 47 sièges attribués à la proportionnelle, suivant des listes nationales, entre les formations ayant recueilli plus de 3 % des suffrages exprimés.

Les sièges dans les circonscriptions relèvent du scrutin uninominal majoritaire à un tour, en vigueur dans les pays anglo-saxons comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

A la date du 31 mars 944 candidatures avaient été enregistrées dans les circonscriptions, y compris des candidats s'étant retirés ultérieurement.

Les forces politiques en présence et les intentions de vote

Selon l'institut de sondages indépendant Real Meter, au niveau national (pour le seul scrutin proportionnel), le dernier sondage dont la publication était autorisée (à la date du 7 avril 2016) donnait 34,4 % pour le Parti Saenuri, 27,3 % pour le Parti Minjoo, 16,8 % pour le Parti du Peuple et 8,3 % pour le Parti de la Justice, le solde correspondant aux intentions de vote pour les autres partis (moins de 4 % au total) et aux personnes interrogées n'ayant pas déclaré d'intentions de vote. Au cours des derniers mois les sondages ont été marqués par une érosion des intentions de vote en faveur du Parti Saenuri (qui a perdu 7 points en deux mois) et une progression du Parti du Peuple et du Parti de la Justice (de 5 points chacun). Cette évolution rend compte de la défiance croissante des citoyens sud-coréens envers les partis politiques traditionnels.

Le mode de scrutin, essentiellement majoritaire à un tour, favorise cependant les conservateurs, qui avec moins de 35 % des intentions de vote (contre plus de 50 % pour l'ensemble des forces d'opposition) pourraient néanmoins progresser nettement en sièges : ils visent l'obtention de 180 députés sur 300, voire une majorité de deux tiers des sièges (200 sur 300) qui leur permettrait d'engager des révisions constitutionnelles sans passer d'accord avec l'opposition. Cependant, la baisse continue des intentions de vote en leur faveur, le maintien des candidatures de députés sortants non réinvestis par le Saenuri après s'être opposés à la Présidente Park Geun-hye, l'adoption de la très controversée loi sur l'antiterrorisme et l'implication de proches ou de membres de la majorité dans l'affaire des "Panama papers" sont autant de facteurs qui rendent de moins en moins certain le succès attendu des conservateurs.

Le meilleur atout de la majorité, minoritaire en voix, est la division de l'opposition, pourtant unie dans sa critique de la politique économique du Gouvernement et sa dénonciation des atteintes aux libertés publiques. En effet, l'opposition présente trois candidats dans la plupart des circonscriptions. Cette situation résulte notamment de la volonté du dirigeant du Parti du Peuple Ahn Cheol-su de représenter une alternative aux principales forces politiques (Saenuri et Minjoo) dans l'espoir d'être élu Président de la République en décembre 2017. Ahn Cheol-su a tardivement levé l'interdiction faite à ses candidats d'opérer des désistements réciproques avec le Parti Minjoo dans les circonscriptions, tandis que des retraits ont aussi eu lieu sur une base locale entre le Parti Minjoo et le Parti de la Justice. Sauf coup de théâtre dans les derniers jours précédant le vote (et qui ne changeront pas le fait que les bulletins de vote sont déjà imprimés et seront mis à la disposition des électeurs), ces désistements - souvent réciproques - resteront cependant l'exception.

Le Parti Minjoo espère néanmoins bénéficier d'un vote utile pour obtenir jusqu'à 130 sièges, mais beaucoup d'observateurs estiment que, dans le contexte actuel et sauf si la tendance à la baisse du Parti Saenuri se poursuivait et s'accentuait, rester au-dessus de la barre des 100 sièges ne serait déjà pas un échec. Le Parti du Peuple ne devrait pour sa part remporter de circonscriptions que dans le Jeolla, très largement acquis à l'opposition et où sa division comporte peu de risques, à l'exception du siège d'Ahn Cheol-su dans la région capitale. Son but est de décrocher 20 sièges, pour former un groupe parlementaire autonome.

A gauche, le Parti de la Justice a bénéficié de sa position comme la seule formation à conserver une représentation parlementaire après l'interdiction du PPU, et d'hériter ainsi de relais syndicaux du PPU. S'il devrait obtenir des sièges à la proportionnelle, ses députés dans les circonscriptions sont tous menacés. Enfin, le résultat des autres formations de gauche sera à examiner : l'Union populaire a été constituée il y a quelques mois par d'anciens membres du PPU et regroupe d'ores et déjà plus de militants que le Parti de la Justice, même si ses chances d'obtenir des sièges dans les circonscriptions, où il concourt, sont très faibles. Le Parti Vert (0,5 % au scrutin proportionnel en 2012) espère une percée au scrutin de liste, mais la barre des 3 % pour décrocher des sièges apparaît très difficile à atteindre. Enfin, le Nouveau parti progressiste (1,1 % au scrutin proportionnel en 2012, contre près de 3 % en 2008) apparaît en perte de vitesse, son recul ayant profité notamment au Parti de la Justice et aux écologistes.

Le vote en Corée du Sud reste très régionalisé (les progressistes remportant tous les sièges dans le Jeolla, dans le Sud-Ouest, et les conservateurs remportant au contraire des majorités écrasantes dans le Sud-Est), même si les sondages par circonscription font apparaître des glissements avec des percées locales des démocrates dans l'Est.

Un facteur décisif sera ainsi la capacité de chaque camp à mobiliser ses électeurs, alors que traditionnellement les élections législatives ne mobilisent qu'environ un électeur sur deux en Corée du Sud. La mise en place du vote anticipé, pour la première fois dans le cadre d'élections législatives (aux élections locales du 4 juin 2014, 11,5 % des électeurs avaient voté de manière anticipée), vise à pallier une abstention que d'aucuns craignent élevée, malgré l'importance des enjeux. Alors que le Parti Saenuri prédomine chez les plus de 50 ans, plus enclins à se rendre aux urnes, une enquête de la Commission électorale nationale aurait fait apparaître une plus forte progression de l'asbtention dans cette tranche d'âge... mais s'agit-il des résultats d'une enquête objective, ou d'une tentative du pouvoir de mobiliser son électorat ? Réponse le 13 avril.

Sources :
 

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 20:20

C'est un rassemblement exceptionnel qui a eu lieu à Paris, le 2 avril 2016 place du Châtelet, à l'appel du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), à la hauteur des atteintes gravissimes aux libertés publiques que comporte la nouvelle loi antiterroriste en Corée du Sud : pour le retrait de cette loi et pour la libération de tous les prisonniers politiques en Corée du Sud, la manifestation du 2 avril a réuni des Français et des Coréens unis dans une même volonté de ne pas laisser la répression politique et antisyndicale s'exercer en toute impunité dans la Corée du Sud de Mme Park Geun-hye.

Rassemblement exceptionnel à Paris pour les droits de l'homme en Corée du Sud

Confier aux services de renseignement sud-coréens, fer de lance de la répression au Sud de la péninsule coréenne, la responsabilité de la lutte antiterroriste contre un ennemi terroriste créé de toutes pièces ce serait comme confier à un pyromane la responsabilité des services d'incendie : c'est pourtant ce que fait la loi antiterroriste, adoptée dans la nuit du 2 au 3 mars 2016 en Corée du Sud, sans consensus partisan - les députés d'opposition ayant boycotté la séance publique après s'être engagés dans une obstruction parlementaire sans précédent dans l'histoire du pays.

Fidèle à son combat historique en faveur des droits de l'homme et des libertés publiques en Corée du Sud, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a soutenu la manifestation du CILD place du Châtelet à Paris le 2 avril 2016, pour le retrait de la loi antiterroriste et la libération de tous les prisonniers politiques en Corée du Sud - dont des portraits géants étaient affichés par les membres de l'Alliance coréenne présents.

Patrick Kuentmann, secrétaire général de l'AAFC, refoulé de Corée du Sud, a rappelé la façon dont l'Agence nationale de renseignement sud-coréennes (NIS), non contente de s'immiscer dans la vie politique intérieure de la Corée du Sud (ce qui a entraîné la condamnation d'un ancien dirigeant des services du NIS), cherche également à empêcher la libre expression des étrangers qui, comme les militants de l'AAFC, ont le mauvais goût de pointer du doigt la dérive autoritaire et sécuritaire des autorités conservatrices au pouvoir à Séoul.

Rassemblement exceptionnel à Paris pour les droits de l'homme en Corée du Sud

Alors que l'année croisée France-Corée semble avoir anesthésié toute velléité des autorités françaises de porter la moindre critique à l'encontre des atteintes grandissantes aux droits de l'homme en Corée du Sud, pratiquant un mensonge dans lequel même le Département d'Etat américain n'ose pas se fourvoyer, les élections législatives du 13 avril 2016 en Corée du Sud offrent une chance historique de stopper la descente aux enfers de la démocratie sud-coréenne, en soutenant les démocrates et l'opposition victimes des atteintes aux droits de l'homme : il appartient à toutes celles et tous ceux qui, en France et dans le monde, ne veulent pas voir resurgir les années de plomb de la junte militaire, naguère dirigée par le général Park Chung-hee, père de l'actuelle présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye, de tout faire pour empêcher que l'irréparable ne survienne à Séoul.

Rassemblement exceptionnel à Paris pour les droits de l'homme en Corée du Sud

Lire le compte rendu détaillé de la manifestation sur le site du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud :

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 11:31

Le 16 avril 2014, le naufrage du ferry Sewol a causé la mort de 304 passagers, pour la plupart des lycéens en voyage scolaire. La gestion calamiteuse de la catastrophe et les manoeuvres des conservateurs pour empêcher toute enquête indépendante ont soulevé la colère des familles des victimes et de l’opinion publique. Le film The Truth Shall Not Sink with Sewol (« La vérité ne doit pas couler avec le Sewol »), co-réalisé par le journaliste Lee Sang-ho et le documentariste Ahn Hae-ryong, a révélé ces démarches des autorités sud-coréennes qui ont réagi par la pratique de la censure : elles ont d'abord tout fait pour déprogrammer la projection du film lors du prestigieux Festival international du film de Pusan, et comme les organisateurs du festival refusaient de céder, elles ont pratiqué l'intimidation et les rétorsions financières, ainsi que l'a détaillé un article du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud. A l'occasion du deuxième anniversaire de la tragédie, deux projections exceptionnelles du film ont cependant lieu à Paris, les 15 et 16 avril 2016 : des projections-débats exceptionnelles en France, auxquelles il faut assister pour comprendre et montrer que la liberté doit l'emporter sur les manoeuvres et les intimidations d'un pouvoir autoritaire.

"La vérité ne doit pas couler avec le Sewol" : projections exceptionnelles à Paris du film que les autorités sud-coréennes veulent censurer

Première projection-débat : vendredi 15 avril 2016 (18h-21h), EHESS (105 boulevard Raspail, 75006 Paris), amphithéâtre François Furet

Entrée libre dans la limite des 300 places disponibles.

17.00 : accueil des intervenants par le collectif organisateur.
18.00 : projection documentaire en VOST français (accueil du public, présentation & projection).
19.30 : débat à l'issue de la projection (fin à 21.00).

 

Deuxième projection-débat : samedi 16 avril 2016 (19h-22h), Inalco - Langues' O (65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris), grand amphithéâtre

Entrée libre dans la limite des 400 places disponibles.

18.00 : accueil des intervenants par le collectif organisateur.
19.00 : projection documentaire en VOST français (accueil du public, présentation & projection).
20.30 : débat à l'issue de la projection (fin à 22.00)

Plus d'informations sur les deux événements sur Facebook :

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 20:43

Le projet de loi contre le terrorisme a soulevé une opposition parlementaire sans précédent en République de Corée (Corée du Sud). En effet, il confèrerait de nouveaux pouvoirs exorbitants du droit commun à l'Agence nationale de renseignement (NIS), bras armé de la répression des autorités sud-coréennes. Alors que l'opposition démocrate a engagé une bataille d'obstruction parlementaire marquée par des interventions des députés d'une durée sans précédent dans l'histoire de la démocratie parlementaire sud-coréenne, le bras-de-fer avec les conservateurs au pouvoir à Séoul suscite un intérêt nouveau de l'opinion publique, ce qui pourrait réouvrir le jeu en vue des élections législatives du 13 avril 2016 - pour lesquelles le parti Saenuri est actuellement favori grâce aux manoeuvres de division de l'opposition engagées par Ahn Cheol-su et d'autres anciens responsables du parti démocrate, ainsi devenus les alliés objectifs des forces conservatrices autoritaires.

Tribunes du Parlement sud-coréen (le Gukhoe), le 28 février 2016

Tribunes du Parlement sud-coréen (le Gukhoe), le 28 février 2016

Dans son éditorial du 24 février 2016, le quotidien sud-coréen d'opposition Kyunghyang Shinmun a souligné que le projet de loi antiterroriste, initié par le Président de l'Assemblée nationale Chung Ui-hwa, s'il ne produira que des effets douteux en matière de lutte contre le terrorisme, aura au moins une conséquence certaine : renforcer encore davantage les pouvoirs de l'agence nationale de renseignement (NIS), un organe situé en dehors de tout contrôle parlementaire comme l'exigerait une démocratie normale, et dont le quotidien rappelle le rôle partisan et l'implication majeure dans les atteintes aux libertés publiques en Corée du Sud :

Pour prévenir les actes terroristes, il est difficile de faire confiance à une agence de renseignement accusée d'avoir piraté le téléphone portable des citoyens, fomenté une affaire d'espionnage et intervenue dans l'élection présidentielle en publiant des commentaires en ligne. Il est extrêmement dangereux de dire à l'agence de renseignement qu'elle doit mettre en oeuvre la loi de prévention du terrorisme. En plus, les services de renseignement ne sont pas soumis à un contrôle démocratique s'agissant de leur budget et de leurs activités.

La manipulation de l'élection présidentielle de 2012 par le NIS a en effet soulevé la colère de l'opinion publique sud-coréenne, les forces de renseignement ayant constitué de tout temps l'appui le plus solide des partisans des régimes autoritaires en Corée du Sud. Ce sont elles qui ont orchestré un procès truqué ayant permis l'interdiction du principal parti de gauche, le Parti progressiste unifié, avec la complicité des organes judiciaires, et qui fabriquent des espions pour maintenir un état de terreur en Corée du Sud. Dès lors, on ne sera pas surpris d'apprendre qu'ils forment un organe qui s'est autonomisé, ne rendant plus compte à personne, dans ses manoeuvres pour imposer un nouvel ordre autoritaire. Et c'est bien à ce NIS, fossoyeur de la démocratie sud-coréenne, que le pouvoir autoritaire aux manettes à Séoul entend confier la protection des citoyens contre une prétendue menace terroriste. 

Car ce que vise le projet de loi, ce n'est pas seulement le terrorisme, mais bien toute "activité qui met en danger la vie d'une personne ou son intégrité physique dans le but d'interférer avec l'exercice par l'Etat de son autorité". Un manifestant s'oppose aux forces de l'ordre qui - elles - n'hésitent pas à faire preuve d'une violence inouïe en toute impunité, comme pour l'infortuné Baek Nam-gi, toujours entre la vie et la mort après la répression sauvage des forces de l'ordre lors de la manifestation du 13 novembre 2015 ? Il tombera, demain, sous le coup de la loi antiterroriste.

Les autorités étatiques pourraient, demain, obtenir la suppression d'un message sur Internet ou d'une image qu'ils jugent de nature à inciter au terrorisme. Les caricaturistes poursuivis pour avoir osé critiquer la très autoritaire présidente de la République, Mme Park Geun-hye, n'ont désormais qu'à bien se tenir.

Le projet de loi vise à instituer un pouvoir de contrôle intégral de l'ensemble des activités d'une personne seulement suspecte de terrorisme ou plutôt - devrait-on dire - d'activités anti-étatiques. Il comprend un panel de mesures (mise sous surveillance des communications électroniques, perquisitions à domicile, interdictions de voyager à l'étranger...) avec comme simple - et mince - filet de contrôle la seule mise en place d'un comité antiterroriste placé sous l'autorité du Premier ministre. Mais de quel pouvoir effectif disposera ce comité, face à une agence toute-puissante qui agit déjà en dehors de tout contrôle démocratique et parlementaire ?

Dans ce climat où une chape de plomb s'abat sur une démocratie sud-coréenne déjà bien mal en point, des signes d'espoir sont venus de la vigoureuse opposition manifestée par les démocrates au Parlement, des manifestations de rue et d'un intérêt inédit pour les travaux parlementaires - suite aux débats sur les forums de discussion, qui constituent un outil privilégié pour la liberté d'expression en Corée du Sud. Ceux qui osent s'opposer à la dérive autoritaire de la Corée du Sud, dont le projet de loi antiterroriste est l'expression la plus aboutie, méritent tout notre respect : nous leur devons un entier soutien, afin de ne pas permettre le retour aux milliers d'assassinats de l'ère de la junte militaire sud-coréenne.

Principales sources :

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 20:50

Depuis la répression qui s'est abattue sur le syndicat KCTU, au lendemain de la manifestation du 14 novembre 2015, les autorités sud-coréennes veulent limiter la liberté de manifestation. C'est dans ce contexte que l'ONG Amnesty International, afin de protester contre les atteintes aux libertés fondamentales en République de Corée (Corée du Sud), a décidé d'organiser, le 24 février 2016, une manifestation d'un style nouveau à Séoul dans laquelle les manifestants étaient... des hologrammes.

Des manifestants hologrammes à Séoul

Des images ressortent des rassemblements de masse à Séoul : celles de manifestants aux prises avec les policiers qui les repoussent loin, très loin, de la Maison bleue, siège de la présidence de la République, mais aussi du centre-ville. C'est donc symboliquement devant le palais illuminé de Gyeongbokgung, au coeur de la capitale sud-coréenne, où les manifestations sont interdites, qu'Amnesty International a organisé une manifestation d'hologrammes, afin de protester contre la remise en cause de la liberté de réunion, ainsi que l'a expliqué Tom Rainey Smith, coordinateur de l'ONG : 

Ces hologrammes symbolisent la disparition du droit de réunion, ce qui est une tendance récente et très inquiétante. En particulier dans l'endroit où nous nous trouvons, entre le siège de la présidence et la place de Gwanghwamun, les manifestations sont systématiquement interdites. Nous sommes donc ici pour souligner que ce droit de réunion est un droit fondamental, auquel [le gouvernement] oppose des forces policière démesurées. Manifester à travers des fantômes est vraiment une mesure de dernier recours.

Lors de la dernière grande manifestation à Séoul, le 14 novembre 2015, un militant paysan, Baek Nam-gi, a été grièvement blessé par les forces de l'ordre suite à un usage disproportionné des canons à eau. Il est toujours dans le coma, entre la vie et la mort.

La manifestation d'une vingtaine d'hologrammes a été organisée en liaison avec la population coréenne, invitée à envoyer par Internet des messages audiodiffusés lors de la manifestation. Au moment où nous écrivions ces lignes, le pouvoir sud-coréen s'interrogeait toujours pour savoir si cette manifestation virtuelle était bien conforme à la loi...

Cette initiative intervient au moment où les autorités sud-coréennes tentent de faire passer en force au Parlement un projet de loi "antiterroriste", qui donnera des moyens accrus aux services de renseignement - réputés pour leur brutalité, à l'origine de milliers de morts (au bas mot) pendant la période du régime militaire - pour réprimer toute opposition au nom d'une lutte contre le terrorisme abusivement assimilé à la critique des institutions étatiques.

Source principale :

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 21:05

Les citoyens de la République de Corée (Corée du Sud) renouvelleront leur Parlement le 13 avril prochain, pour une durée de quatre ans. Un an et demi avant l'élection présidentielle de décembre 2017, pour laquelle la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye ne pourra pas briguer un nouveau mandat, les conservateurs apparaissent en position de force - en grande partie grâce aux divisions de l'opposition.

Ce graphique montre la répartition des intentions de vote - selon l'institut de sondages Real Meter - entre les conservateurs (en rouge), les démocrates du Parti Minjoo (en bleu), les centristes du Parti du peuple (en vert) et les sociaux-démocrates du Parti de la justice (en jaune).

Ce graphique montre la répartition des intentions de vote - selon l'institut de sondages Real Meter - entre les conservateurs (en rouge), les démocrates du Parti Minjoo (en bleu), les centristes du Parti du peuple (en vert) et les sociaux-démocrates du Parti de la justice (en jaune).

Le 23 février 2016 les principaux partis sud-coréens ont annoncé être parvenu à un accord sur le redécoupage électoral des circonscriptions en vue des législatives du 13 avril prochain. Selon cet accord, qui devrait être entériné lors de la séance du 26 février, 253 sièges seront attribués au scrutin uninominal majoritaire à un tour, et 47 sièges à la proportionnelle, suivant des listes nationales, entre les formations ayant recueilli plus de 3 % des voix. Le nombre de sièges répartis à la proportionnelle est en baisse (de 54 à 47). 

Alors que les conservateurs du Parti Saenuri au pouvoir (157 sièges dans le Parlement sortant) recueillent des intentions de vote comparables à l'opposition, la division de cette dernière et le mode de scrutin la pénalisent une nouvelle fois. Le Parti Minjoo de Corée dispose actuellement de 108 sièges, le Parti du peuple de 17 sièges et le Parti de la justice de 5 sièges. Créé officiellement le 10 février 2016, le Parti du peuple est né d'une scission du Parti démocrate (devenu le Parti Minjoo de Corée) sur une ligne plus centriste, autour d'Ahn Cheol-soo - richissime homme d'affaires et ancien candidat à l'élection présidentielle de 2012, ayant dû se retirer après avoir été l'objet d'une campagne de dénigrement orchestrée par le services de renseignement sud-coréens - et de Kim Han-gil.

Selon l'institut de sondages sud-coréen Real Meter, le parti Saenuri bénéficie de 41,7 % des intentions de vote, le Parti Minjoo de Corée de 26,7 %, le Parti du peuple de 11,7 % et le Parti de la justice - seule formation de gauche au Parlement depuis l'interdiction du Parti progressiste unifié, dans des conditions non conformes aux règles démocratiques internationales - de 3,5 %.

Si les démocrates du Parti Minjoo du Parti du peuple ne parviennent pas à s'entendre dans les circonscriptions, leur défaite apparaît quasi-certaine. Alors que Ahn Cheol-soo avait initialement séduit une frange de l'électorat conservateur, il apparaît aujourd'hui essentiellement soutenu par des démocrates. Dans un contexte de recul continu des intentions de vote pour le Parti du Peuple, ses dirigeants endosseront une responsabilité certaine en cas de victoire des conservateurs, alors que ces derniers ont engagé la Corée du Sud sur la voie de la plus grave régression des libertés politiques depuis trente ans.
 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 22:58

Lors d'une conférence de presse qu'il a tenue le 13 décembre 2015, Ahn Cheol-soo a annoncé son départ de l'Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (ANPD, opposition démocrate) en vue de créer sa propre formation politique (et un groupe autonome au sein de l'Assemblée nationale). Un temps favori de l'élection présidentielle de décembre 2012, avant de se retirer au profit de Moon Jae-in, aujourd'hui président de l'ANPD qui avait finalement été battu par Mme Park Geun-hye, Ahn Cheol-soo avait ensuite rejoint l'ANPD, dont il était devenu le co-président. Les échecs répétés de l'opposition démocrate lors des élections partielles ont toutefois conduit Ahn Cheol-soo à prendre ses distances avec l'ANPD, et à réitérer ses appels en faveur d'une nouvelle façon de faire de la politique. A moins de quatre mois des élections législatives prévues le 13 avril 2016, si le départ d'Ahn Cheol-soo fragilise apparemment l'ANPD, son profil centriste et attrape-tout lui permet aussi de rallier des électeurs conservateurs jusqu'à présent acquis au Parti Saenuri (droite, au pouvoir), rendant in fine plus incertaine l'issue du dernier scrutin maljeur avant l'élection présidentielle de décembre 2017 - pour laquelle la présidente sortante ne peut pas être candidate à sa succession. 

Ahn Cheol-soo, à l'issue de sa conférence de presse du 13 décembre 2015

Ahn Cheol-soo, à l'issue de sa conférence de presse du 13 décembre 2015

Les divergences avaient été mises en scène pour préparer la rupture : le 6 décembre 2015, Ahn Cheol-soo avait d'abord exigé - sans succès - du Président de l'ANPD Moon Jae-in une convention pour changer les pratiques du parti, avant d'annoncer son propre départ de l'ANPD une semaine plus tard, le 13 décembre. Bien que membre de l'opposition, Ahn Cheol-soo a décoché ses principales flèches contre son ancienne formation politique :

Le parti d'opposition ne peut pas aujourd'hui offrir d'alternative au peuple. Il ne peut pas changer le monde ni offrir au peuple l'espoir d'un nouveau gouvernement. Le parti a refusé jusqu'à présent de plus grands changements, soucieux de défendre ses propres intérêts.

Ainsi placée sous les feux de l'actualité, la formation politique d'Ahn Cheol-soo est créditée de plus de 16 % des intentions de vote aux législatives du 13 avril 2016 dans deux sondages récents : 16,4 % selon une enquête publiée par le quotidien d'opposition Hankyoreh, 16,5 % selon l'institut de sondages sud-coréen Real Meter.

Mais alors que ce départ devrait d'abord pénaliser l'ANPD, Ahn Cheol-soo parvient également à rallier des électeurs conservateurs du Parti Saenuri, crédité de 26,6 % (selon le Hankyoreh) à 35,2 % (selon Real Meter) des intentions de vote, l'écart avec l'ANPD (26,5 % pour le Hankyoreh à 28 % pour Real Meter) s'étant réduit.

Mais Ahn Cheol-soo parviendra-t-il, davantage que d'autres hommes politiques sud-coréens avant lui, à ancrer dans la durée une troisième force (ni démocrate, ni conservatrice), dans un paysage électoral où le mode de scrutin - essentiellement uninominal majoritaire à un tour (malgré une dose de proportionnelle aux législatives) favorise le bipartisme ?

A cet égard, il aura impérativement besoin d'alliés, qui soient notamment implantés régionalement, dans un pays où les bases électorales restent d'abord régionales. Il faudra observer s'il parviendra à rallier les députés démocrates du Honam, notoirement opposés à Moon Jae-in (l'un d'entre eux, Moon Byeong-ho, a annoncé son départ de l'ANPD dès le lendemain de la conférence de presse d'Ahn Cheol-soo), ou encore le député indépendant (ex-démocrate) Chun Jung-bae, qui l'avait emporté le 29 avril 2015 contre le candidat soutenu officiellement par l'ANPD lors d'une élection partielle à Gwangju, dans le district de Seogu, dans la province du Jeolla qui est un bastion traditionnel de l'opposition. Chun Jung-bae avait ensuite annoncé, en septembre, son intention de créer son propre parti.

Sources :

Chun Jung-bae, en septembre 2015

Chun Jung-bae, en septembre 2015

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 22:46

Le 19 décembre 2015, une nouvelle manifestation à Séoul a rassemblé des milliers de participants - à l'appel notamment du syndicat KCTU, dont l'arrestation du président Han Sang-gyun, à la veille de cette nouvelle journée d'action, pour le grief de "sédition" (inusité depuis  1986, à l'époque du régime militaire à Séoul) témoigne d'un nouveau tour de vis dans la répression antisyndicale en cours à Séoul. Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est solidaire des militants qui luttent pour la démocratie politique et syndicale en Corée du Sud.

Nouveau rassemblement pro-démocratie à Séoul, pour faire entendre la voix de la liberté et de la justice

Si les motifs des précédentes manifestations n'avaient pas suffi - refus de l'imprimatur gouvernemental sur les futurs livres scolaires d'histoire, condamnation de la répression antisyndicale - l'arrestation pour "sédition" du président de la Confédération coréenne des syndicats (acronyme anglais, KCTU) Han Sang-gyun aurait suffi à galvaniser les participants pour la troisième journée d'action depuis celle du 14 novembre 2015, qui avait réuni un nombre record de manifestants - ce qui avait entraîné un raid policier sans précédent dans les locaux de la KCTU. Visiblement, après le Parti progressiste unifié banni il y a un an, la très autoritaire Park Geun-hye semble décidée à interdire à présent la KCTU.

A l'annonce de l'arrestation de son principal dirigeant, la KCTU a d'ailleurs publié, le 18 décembre 2015, un communiqué où elle a dénoncé les manoeuvres en cours visant in fine à l'interdire :

 

La police essaie de présenter toute la KCTU comme une organisation violente et illégale, afin retirer comme des voleurs les fondements de notre existence légale.

Par dérision, les organisateurs ont appelé la manifestation du 19 décembre "fête de la sédition" - un délit passible de dix ans de prison. Ils ont également déclarer espérer le prompt rétablissement de Baek Nam-gi, leader paysan toujours entre la vie et la mort après les affrontements lors de la manifestation du 14 novembre : si des échauffourées ont bien eu lieu, le sort de Baek nam-gi suffit à rappeler qui disposait de la capacité de tuer, entre les forces de l'ordre et les manifestants.

Plus sensibles que leurs confrères européens à l'évolution de la situation politique en Corée du Sud, les journalistes américains s'alarment de la dérive autoritaire en cours au Sud de la Corée, en rappelant que Park Geun-hye est la fille du général Park Chung-hee dont le régime avait assassiné des milliers d'opposants.

Soulignant que les conservateurs au pouvoir à Séoul n'aiment pas les divergences d'opinion ("distate for dissent"), l'agence Associated Press souligne que la répression antisyndicale s'inscrit dans le cadre plus général d'un recul de la liberté d'opinion :

Des poursuites ont été engagées ces derniers mois, pour crime de diffamation, à l'encontre de journalistes et de militants qui ont publiquement critiqué Park [Geun-hye].

De fait, au milieu des tambours et des cornes de brume, les participants ont appelé une nouvelle fois, le 19 décembre, à la démission de la chef de l'Etat.

Alors que les élections législatives se tiendront en Corée du Sud au printemps prochain, la volonté de faire taire l'opposition la plus déterminée témoigne de la volonté des autorités sud-coréennes de tout faire pour conserver un pouvoir gagné, en 2012, sur fond de manipulation de l'opinion, sinon des votes.

Sources :

Lire également, sur le blog de l'AAFC :

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 00:15

Si la visite en France de la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye à l'occasion de la conférence de Paris sur le climat (COP21) ne peut soulever cette année aucune protestation dans la rue - toutes les manifestations étant interdites depuis les attentats terroristes du 13 novembre 2015 - sa répression féroce des opposants soulève des protestations de plus en plus visibles en Amérique du Nord - davantage en tout cas qu'en France, malgré l'influence croissante du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, qui s'est constitué cette année à Paris. Cette vigilance outre-Atlantique sur les atteintes aux droits de l'homme dans le Sud de la Corée n'est pas nouvelle : si, à la fin des années 1970, le Président Jimmy Carter avait tenté - en vain - d'infléchir le soutien inconditionnel US à la junte militaire alors dirigée par le père de l'actuelle présidente, en déplorant son bilan déplorable dans le domaine des libertés publiques et de la démocratie, une réelle prise de conscience avait alors commencé à émerger dans la société américaine, où vit une communauté coréenne de 2 millions de membres. Aujourd'hui, alors que chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles quant au cours autoritaire qu'imprime Mme Park à la politique sud-coréenne, c'est à nouveau un des principaux quotidiens américains, le New York Times, qui s'est illustré en consacrant un éditorial, le 19 novembre dernier, à la dérive anti-démocratique de la Corée du Sud contemporaine, intitulé "La Corée du Sud prend pour cibles les opposants". Nous publions ci-après, traduits de l'anglais, de larges extraits de cet éditorial.

Les manifestations à Séoul du 14 novembre 2015, contre le révisionnisme historique des livres scolaires (visant à présenter sous un jour favorable le régime ultra-autoritaire du général Park Chung-hee, père de l'actuelle présidente), et les réformes visant à la déréglementation accrue du marché du travail, ont servi de prétexte au déclenchement d'une nouvelle vague de répression, à présent dirigée d'abord contre l'unique syndicat qui s'était opposé au corporatisme de feu le régime militaire, après l'interdiction du principal parti de gauche en décembre 2014.

Les manifestations à Séoul du 14 novembre 2015, contre le révisionnisme historique des livres scolaires (visant à présenter sous un jour favorable le régime ultra-autoritaire du général Park Chung-hee, père de l'actuelle présidente), et les réformes visant à la déréglementation accrue du marché du travail, ont servi de prétexte au déclenchement d'une nouvelle vague de répression, à présent dirigée d'abord contre l'unique syndicat qui s'était opposé au corporatisme de feu le régime militaire, après l'interdiction du principal parti de gauche en décembre 2014.

Les Sud-Coréens peuvent être fiers d'avoir transformé une dictature en une démocratie vivante (...) C'est pourquoi il faut s'alarmer des intentions manifestes de la Présidente Park Geun-hye de revenir en arrière s'agissant des libertés démocratiques (...).

Le week-end dernier, des dizaines de milliers de Sud-Coréens ont battu le pavé pour refuser deux initiatives répressives du Gouvernement. La première vise à remplacer les manuels scolaires d'histoire des écoles sud-coréennes, aujourd'hui choisis de manière indépendante, par des manuels diffusés par le Gouvernement. La seconde consiste à modifier la législation sur le travail pour faciliter les licenciements par les conglomérats financiers dont le capital est familial.

Mme Park tente également de contrôler les critiques et les oppositions sur les médias sociaux et Internet. Samedi, Lee Sir-goo, co-dirigeant de l'application de messagerie en ligne la plus populaire en Corée du Sud, a dû démissionner. Il est menacé de poursuites pénales pour n'avoir pas empêché des adolescents de publier des photos obscènes, mais des voix critiques affirment que le véritable objectif est de le punir pour avoir résisté aux efforts de surveillance [d'Internet] du Gouvernement et refusé de limiter l'expression des opinions critiques vis-à-vis du Gouvernement.

Mme Park est la fille du Général Park Chung-hee, un ancien officier de l'armée impériale japonaise pendant l'époque coloniale et le dictateur militaire de la Corée du Sud de 1961 à 1979. Réhabiliter son père apparaît comme son unique objectif pour que les élèves sud-coréens apprennent une version de leur histoire nationale étouffant la vérité - tout particulièrement pendant l'époque où les libertés démocratiques étaient vues comme un obstacle à l'industrialisation.

(...) Le plus grand risque pour la réputation internationale de la Corée du Sud n'est pas économique mais politique, à savoir la main lourde de Mme Park dans ses tentatives pour réécrire l'histoire et écraser les oppositions.

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