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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 21:03

Dans une lettre en date du 24 mai 2018 adressée au Président Kim Jong-un, le Président Donald Trump a annoncé l'annulation du sommet prévu avec le dirigeant nord-coréen à Singapour le 12 juin prochain. Cette décision a été annoncée le jour même (coïncidence ou provocation ?) où la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) procédait au démantèlement du site d'essais nucléaires de Punggye-ri, qui était parfaitement fonctionnel, en présence de journalistes étrangers. Tous les observateurs se posent aujourd'hui la question : que va-t-il arriver à présent, le courrier du Président Trump évoquant la puissance militaire américaine dans une menace d'intervention militaire à peine voilée ? 

La lettre du Président Donald Trump au Président Kim Jong-un

La lettre du Président Donald Trump au Président Kim Jong-un

Depuis une semaine, le ton s'était durci entre Pyongyang et Washington, la RPD de Corée dénonçant les manoeuvres militaires Max Thunder, mettant en cause le parallèle avec la dénucléarisation de la Libye et condamnant l'influence des néoconservateurs emmenés par le conseiller à la sécurité nationale du président américain John Bolton. Plus fondamentalement, les gestes de bonne volonté de Pyongyang n'ont eu aucun répondant côté américain, les Etats-Unis restant vagues sur un possible calendrier de levée progressive des sanctions, faisant légitimement douter les Nord-Coréens de la bonne foi américaine.

Ce sont cependant les Etats-Unis qui ont pris l'initiative de la rupture, dans un courrier de seulement une vingtaine de lignes où le Président Donald Trump a dénoncé "la colère" et "l'hostilité" selon lui de la Corée du Nord, sans donner de détails, pour juger qu'un tel sommet serait "inapproprié, en l'état" : 

Malheureusement, considérant l’immense colère et l’hostilité affichée dans vos récentes déclarations, j’estime qu’il est inapproprié, en l’état, de procéder à ce sommet tant attendu.

Le président américain a certes dessiné une ouverture de reprise des discussions, mais si sa stratégie est celle de faire monter les enchères, elle a très peu de chances de faire fléchir les Nord-Coréens qui y verront un chantage  - ce sont au contraire les Américains qui devront réviser leurs exigences à la baisse pour espérer retourner à la table des négociations qu'ils viennent de quitter de manière fracassante : 

Si vous changez d’avis par rapport à ce sommet important, n’hésitez pas à m’appeler ou à m’écrire. Le monde, et la Corée du Nord en particulier, ont perdu une grande occasion pour une paix durable et une grande prospérité. Cette opportunité manquée est un moment vraiment triste de l’histoire.

Enfin, la lettre de Donald Trump contient la menace d'une possible intervention militaire des Etats-Unis : 

Vous parlez de vos capacités nucléaires, mais les nôtres sont si énormes et puissantes que je prie Dieu que nous n’ayons jamais à en faire usage.

Les présidents sud-coréen Moon Jae-in (qui avait rencontré Donald Trump deux jours plus tôt et n'a donc manifestement pas réussi à le faire fléchir) et russe Vladimir Poutine ont jugé la décision du Président Trump regrettable. Pis, le chef d'Etat sud-coréen a manifestement été placé devant le fait accompli, sans concertation préalable, la présidence sud-coréenne précisant en effet que Séoul "cherche à comprendre quelles sont les intentions du Président Trump et leur signification". De fait, le revirement américain affaiblit une nouvelle fois la parole américaine vis-à-vis des autres pays du monde, faisant apparaître Donald Trump comme versatile, brouillon (l'hypothèse a été avancée d'un malentendu dès l'origine entre Washington et Pyongyang sur le processus de dénucléarisation) et surtout étant sous l'influence des courants les plus militaristes et interventionnistes de son administration - quelques semaines après l'annulation unilatérale de l'accord sur le nucléaire iranien.

Pour Donald Trump, cet échec diplomatique marque non seulement un retour au point de départ (le territoire américain reste à portée des missiles nord-coréens dotés d'armes nucléaires), mais le commandant en chef américain a aussi isolé et affaibli son pays : dans le bras-de-fer qui se joue avec Pékin sur les questions commerciales, la question coréenne a entretemps rapproché Pékin de Pyongyang (avec la possibilité que la Chine décide en pratique d'assouplir l'application des sanctions à l'encontre de la RPD de Corée) et fragilisé l'alliance américano-sud-coréenne, en plaçant le Président Moon Jae-in dans une position inconfortable et en hypothéquant les chances de retour au dialogue intercoréen qui, à un moment à un autre, passera par une levée au moins partielle des sanctions internationales. Or, en revenant à la politique de pression maximale contre Pyongyang, l'administration américaine reporte les perspectives d'assouplissement des sanctions internationales.

Mais pire que le statu quo il existe le risque d'une action militaire américaine, et donc d'une escalade des tensions : plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne juge prioritaire de garantir la paix maintenant dans la péninsule coréenne.

Mise à jour le 25 mai 2018 : dans un communiqué publié par l'agence nord-coréenne KCNA le 25 mai 2018, Kim Kye-gwan, Premier vice Ministre des Affaires étrangères de la RPD de Corée, a jugé l'annulation du sommet "extrêmement regrettable" et "inattendue", rappelant la "détermination" de Pyongyang à s'asseoir à la table des négociations avec les Etats-Unis "à tout moment et de quelque manière que ce soit".

Sources :  

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