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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 21:07

Le 8 mars 2016, la République de Corée (Corée du Sud) a annoncé de nouvelles sanctions unilatérales - s'ajoutant à celles du Conseil de sécurité des Nations Unies - contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Si leur portée est relativement limitée pour la RPD de Corée puisque les échanges de personnes entre les deux Corée avaient déjà pratiquement cessé, et que la fermeture de la zone industrielle de Kaesong a mis fin aux derniers échanges économiques intercoréens, il en va en revanche différemment pour la Russie, Séoul ayant décidé dans ce cadre de mettre fin au projet de liaison transferroviaire entre les deux Corée et la Fédération de Russie. 

La Russie, principale victime des nouvelles sanctions sud-coréennes contre la Corée du Nord ?

En renforçant le régime d'interdiction d'entrée dans ses eaux territoriales des navires ayant transité par la RPD de Corée, les nouvelles sanctions unilatérales décidées par la Corée du Sud correspondent à une interprétation maximaliste de la résolution 2270 du Conseil de sécurité des Nations Unies, créant un embargo qui s'inscrit dans une logique connue, dont les néo-conservateurs sont très friands : celle de l'étranglement économique d'un autre pays dans le but de précipiter l'effondrement de son régime politique.

En outre, les nouvelles sanctions de Séoul ont élargi la liste des entités et personnes placées sur une "liste noire",  les coupant des circuits financiers. Par ailleurs, les Sud-Coréens à l'étranger sont priés de ne pas fréquenter les restaurants nord-coréens à l'étranger - mais cette dernière mesure est surtout d'affichage, l'interdiction étant déjà mise en oeuvre via les représentations diplomatiques sud-coréennes dans le monde, avec l'appui d'un vaste réseau de mouchards, dûment rémunérés, sans équivalent dans aucune démocratie parlementaire. Mais peut-être s'agit-il à présent, pour les services de renseignement sud-coréens (NIS), d'utiliser cette nouvelle mesure pour poursuivre des citoyens coréens lambda à l'étranger, en faisant une application hors de leurs frontières (donc illégale) de la loi de sécurité nationale (LSN) qui interdit les échanges humains Nord-Sud sans autorisation expresse - et donc de se réserver la possibilité d'engager des poursuites dès lors que les Sud-Coréens retourneront dans leur pays ? De la part du NIS, qui viole de manière massive les libertés fondamentales et dont les pouvoirs viennent encore d'être renforcés dans le cadre d'une loi dite antiterroriste, rien ne peut être exclu.

Mais l'élément le plus significatif est bien le coup d'arrêt donné au projet de rapprochement ferroviaire entre la Russie et les deux Corée (ligne dite Rajin-Khasan), qui aurait pourtant été bénéfique à l'ensemble des parties prenantes, dans le cadre de la mise en oeuvre de l'interdiction faite aux navires ayant mouillé en Corée du Nord de se rendre en Corée du Sud, comme l'a précisé l'agence officielle sud-coréenne Yonhap :

Cette interdiction a entraîné l'interruption du projet Rajin-Khasan entre les deux Corées et la Russie. Ce projet vise à acheminer en Corée du Sud du charbon russe et autres marchandises via voies ferroviaire et maritime, en passant par la Corée du Nord. Il était une des exceptions aux sanctions de 2010 interdisant les échanges inter-frontaliers.

Séoul a informé aujourd’hui la Russie de l’interruption du projet de coopération trilatéral. “Le gouvernement a expliqué à la Russie que l'application de nouvelles sanctions est une décision inévitable en réponse à l'essai nucléaire nord-coréen”, à déclaré l'envoyé sur le nucléaire Kim Hong-kyun lors d’un point de presse.

http://french.yonhapnews.co.kr/northkorea/2016/03/08/0500000000AFR20160308003300884.HTML

Une fois encore, ce sont bien les autorités conservatrices de Corée du Sud (au pouvoir depuis 2008) qui prennent l'initiative de dégrader encore davantage les relations intercoréennes - quitte à contredire une nouvelle fois les engagements pris par la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye en personne, mais cette fois à l'égard de son homologue russe Vladimir Poutine. ce choix apporte aussi la preuve que le discours de Mme Park en faveur du dialogue et des échanges intercoréens était de pur affichage, sans volonté sincère de rapprochement pacifique avec le Nord. A Séoul comme à Washington, les néoconservateurs sont unis dans leur volonté de combiner le recours aux sanctions économiques et aux pressions militaires pour provoquer un changement de régime au Nord, suivant un processus appliqué dans d'autres parties du monde - et quelles que soient les souffrances des populations.

Autre source :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Russie-Corée Relations intercoréennes
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)