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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 10:58

Alors que l'escalade militaire se poursuit dangereusement dans la péninsule coréenne - le 31 août 2017, les Etats-Unis ont déployé dans le ciel coréen deux bombardiers stratégiques B-1B et quatre chasseurs furtifs F-35B, conjointement avec des appareils sud-coréens, après le survol du Japon par un missile nord-coréen Hwasong-12 deux jours plus tôt - la Russie continue, de concert avec la Chine, à mettre en garde contre les risques que comporte une telle escalade des tensions. Les prises de position de Moscou témoignent d'une implication accrue sur le dossier coréen, dont l'approche au Conseil de sécurité des Nations unies tend ainsi à évoluer d'un duopole Washington-Pékin vers un tripole Washington-Pékin-Moscou. 

Sergueï Lavrov (à gauche) et Rex Tillerson (à droite) se sont entretenus par téléphone le 30 août 2017 sur la situation internationale.

Sergueï Lavrov (à gauche) et Rex Tillerson (à droite) se sont entretenus par téléphone le 30 août 2017 sur la situation internationale.

Le 30 août 2017, le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson a appelé son homologue russe Sergueï Lavrov. La question coréenne figurait parmi les sujets évoqués, avec la Syrie et la situation dans le golfe persique. Selon un communiqué ensuite publié par le ministère des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a affirmé qu'un renforcement des sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) serait "contre-productif et dangereux" : 

Sergueï Lavrov a de nouveau souligné qu'il n'y avait d'autre solution possible que des moyens politiques et diplomatiques pour réduire les tensions dans la péninsule coréenne. Il a estimé indispensable de s'abstenir de toute démarche militaire qui risquerait de déboucher sur des conséquences imprévisibles. Dans le même temps, il a noté que la Russie estimait contre-productif et dangereux de durcir les sanctions contre la Corée du Nord.

Après le lancement de deux missiles balistiques intercontinentaux les 4 et 28 juillet 2017 par la RPD de Corée, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité de ses membres (y compris la Chine et la Russie), le 5 août 2017, la résolution 2371, qui a très fortement alourdi les sanctions contre la Corée du Nord - son impact est estimé à 1 milliard de dollars par an sur les revenus d'exportations de la RPDC (soit plus de 3% de son PIB, en données non corrigées en parité de pouvoir d'achat).

Avant que Sergueï Lavrov ne s'exprime, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, cité par l'agence russe RIA Novosti, avait exprimé la "préoccupation" russe face à l'évolution de la situation et déclaré que les manoeuvres militaires américano - sud-coréennes avaient "joué leur rôle en provoquant Pyongyang à un nouveau tir" le 29 août 2017, soulignant ainsi les responsabilités partagées des différents acteurs dans l'escalade en cours. En outre, alors que le programme initial des exercices de guerre américano-sud-coréens Ulji Freedom Guardian (UFG) ne mentionnait pas le déploiement de bombardiers stratégiques B-1B, ceux-ci ont fait leur apparition dans le ciel coréen, le dernier jour des manoeuvres UFG et le surlendemain du tir nord-coréen. 

La Russie, comme la Chine, a condamné le lancement du missile Hwasong-12 du 29 août 2017 comme contrevenant aux résolutions du CSNU qui enjoignent à la RPDC de ne pas procéder à des tirs balistiques ou à des essais nucléaires. Toutefois, Moscou et Pékin estiment que les sanctions ne sont pas une fin de soi et que la voie diplomatique est la seule possible pour dénouer la crise. Après l'adoption de la résolution 2371, un éditorial du Global Times, réputé proche des autorités chinoises, publié le 10 août, avait affirmé que, en cas de conflit entre les Etats-Unis et la RPDC, la Chine resterait neutre au cas où Pyongyang lancerait en premier un missile qui menacerait le sol américain, et qu'elle empêcherait les Etats-Unis et la Corée du Sud de s'attaquer à la Corée du Nord pour y entraîner un changement de régime.


Depuis des mois, la Chine et la Russie plaident pour une désescalade se fondant sur une suspension des exercices militaires américains ainsi que de ses tirs balistiques et nucléaires par la RPD de Corée. Si ce discours n'a pas été entendu par Pyongyang, qui poursuit la constitution d'une force de dissuasion nucléaire, il n'a pas davantage reçu d'écho à Washington, Séoul, Tokyo, Londres ou Paris. Les derniers événements tendent pourtant à montrer que, si Moscou et Pékin avaient été davantage écoutés, la crise n'aurait pas atteint ses proportions actuelles - mais il n'est jamais trop tard pour retrouver le chemin du dialogue et de la raison, bien que le coût d'un retour à la table des négociations (en termes, notamment, de levée des sanctions) augmente désormais pour les Etats-Unis et leurs alliés.

Au demeurant, la Chine et la Russie peuvent avoir le sentiment d'avoir été instrumentalisées par Washington dans le vote de la résolution 2371 du CSNU, âprement discutée entre les différents membres permanents du Conseil de sécurité : si les Etats-Unis s'étaient alors engagés envers Pékin et Moscou à rechercher les voies d'une solution diplomatique, impliquant une discussion avec la RPDC, en contrepartie de leur accord sur le projet de résolution, il s'agirait d'un marché de dupes, au regard des propos enflammés du président américain Donald Trump - qui a de nouveau déclaré, après le tir nord-coréen du 29 août, que toutes les options (y compris militaires) étaient sur la table.


Les propos de Sergueï Lavrov dans son entretien avec Rex Tillerson impliquent que Moscou, dans la situation actuelle, opposerait donc son veto à un renforcement des sanctions contre la RPDC. Ils peuvent être analysés comme la conséquence des discussions passées entre Washington et Moscou sur la question coréenne, qui faisait jusqu'à présent l'objet de discussions principalement entre la Chine et les Etats-Unis - ces deux pays se mettant d'accord à partir d'un texte rédigé par les Américains, avant de soumettre une version commune aux autres membres du CSNU. Ses initiatives récentes tendent à montrer que Moscou entend jouer un rôle plus actif, dessinant un tripole l'impliquant davantage dans les discussions au sein du CSNU relatives à la péninsule coréenne. La Russie avait déjà bloqué, en juillet, l'adoption d'une déclaration par le CSNU à la suite du tir nord-coréen du 4 juillet 2017. Sans remettre en cause sa coopération avec la Chine sur ce dossier, elle dit clairement s'opposer à de nouvelles sanctions, à la différence de Pékin. Par ailleurs, elle développe ses analyses propres - elle a ainsi affirmé que le tir lancé le 4 juillet 2017 par la RPDC n'était pas un ICBM - et met en place de nouveaux canaux d'échanges économiques russo-nord-coréens, posant les bases d'un rôle diplomatique et stratégique accru

Ce retour de la Russie peut être favorisé par le net refroidissement des relations sino-nord-coréennes  : lors des dernières cérémonies officielles à Pyongyang, à l'occasion de l'anniversaire de la Libération le 15 août, il n'y avait pas de délégation officielle chinoise, et le dirigeant Kim Jong Un n'a d'ailleurs pas reçu de responsables de l'Etat ou du Parti chinois depuis la commémoration de la fondation du Parti du travail de Corée en octobre 2015 - alors que, a contrario, il a reçu un représentant du PC cubain à l'été 2016. 

Enfin, la Russie coopère avec les Etats-Unis sur d'autres dossiers internationaux, comme celui syrien, ce qui a créé des habitudes de discussion qui pourraient être mises à profit pour régler la crise coréenne. Lors du sommet du G20 à Hambourg, les 7 et 8 juillet 2017, Donald Trump avait ainsi demandé à Vladimir Poutine de l'aider sur le dossier nord-coréen.

Vladimir Poutine et Kim Yong Nam, président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée, au Kremlin le 9 mai 2015.

Vladimir Poutine et Kim Yong Nam, président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée, au Kremlin le 9 mai 2015.

Sources : 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Russie-Corée
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