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17 janvier 2018 3 17 /01 /janvier /2018 21:45

Réunis à Bruxelles le 23 janvier 2018, les ministres chargés des finances de l'Union européenne (UE) devraient retirer huit des dix-sept pays inscrits en décembre 2017 sur la liste noire des paradis fiscaux de l'UE, dont la République de Corée (Corée du Sud) - une liste noire hautement critiquable et critiquée puisqu'elle ne comporte aucun pays européen. L'Association d'amitié franco-coréenne se félicite de cette décision à venir - même si la République de Corée restera dans la liste dite grise. 

Gangnam, le quartier des affaires de Séoul

Gangnam, le quartier des affaires de Séoul

Dès que la nouvelle rendue avait été publique selon laquelle la Corée du Sud constituait un paradis fiscal selon l'Union européenne, l'AAFC avait exprimé sa stupeur face à une décision disproportionnée et injuste au regard des exemptions fiscales, bien plus importantes, de pays tels que, par exemple, le Liechtenstein. Il n'en demeure pas moins qu'il existe des pratiques d'évasion fiscale vers des paradis fiscaux trop systématiques de la part de certains grands groupes sud-coréens, lesquelles relèvent toutefois autant - sinon davantage - du régime d'atteinte à la libre concurrence et d'une perte de ressources publiques extrêmement dommageable pour les administrations et les citoyens de la République de Corée. 

Le gouvernement sud-coréen avait déploré une décision qui porte atteinte à l'image du pays et annoncé qu'il travaillerait avec les autorités européennes pour retirer la Corée du Sud de la liste noire, ce qui va donc être le cas un mois et demi plus tard. Mais la Corée du Sud aurait-elle dû y figurer ? Nous estimons que non.

Sources : 

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11 janvier 2018 4 11 /01 /janvier /2018 22:17

Dans un article publié le 26 décembre 2017 dans Le Journal russe (édition fédérale n° 7460 / 294), sous le titre "L'année qui aura le visage de Kim" (Jong-un), Fiodor Loukianov, professeur et chercheur à l'Ecole supérieure d'économie, estimait que, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ayant atteint son objectif de disposer d'une force de dissuasion nucléaire opérationnelle, s'engagerait sur un retour aux négociations, notamment pour desserrer l'étau des sanctions économiques. Une analyse qui s'est avérée prémonitoire, au regard de l'offre de dialogue du Maréchal Kim Jong-un dans son discours de Nouvel An : après que le dialogue intercoréen eut été renoué à l'occasion des Jeux olympiques de Pyeongchang, au sud de la péninsule, le Président Moon Jae-in de la République de Corée a annoncé être prêt à rencontrer son homologue nord-coréen, tandis que le Président Donald Trump a affirmé qu'il était également prêt à des discussions avec le Président Kim Jong-un. Nous traduisons ci-après du russe l'article de Fiodor Loukyanov. 

"L'année qui aura le visage de Kim" (Fiodor Loukyanov)

À la veille du Nouvel An je me suis intéressé auprès d’un collègue japonais à connaître comment à Tokyo on regarde la Corée du Nord et si l'escalade possible de la crise autour des armes nucléaires et des missiles inquiète. À ma surprise, il a réagi tranquillement : il n’y aura probablement plus de provocations, Pyongyang a atteint ses buts (la création d’un potentiel de dissuasion nucléaire) et maintenant il se concentrera sur ses outils diplomatiques. Sa nouvelle tâche sera de réduire la pression sur l'économie, du fait des sanctions, pression qui a considérablement augmenté l’année passée. Washington n’est pas intéressé à une guerre, les généraux qui entourent étroitement Trump ne veulent pas de risques superflus. Mon interlocuteur résumait ainsi : des négociations directes sont possibles en 2018. Ce que cherche depuis le début la RPDC.

Dans toute l'abondance des très importants événements internationaux de 2017 le problème nord-coréen se trouve mis en relief. Le régime du Djouche, venant par ses racines du système mondial du socialisme de la deuxième moitié du XXe siècle, a expérimenté ce système pendant presque 30 ans. Après la disparition de l'URSS certains croyaient que les jours de Pyongyang étaient comptés. D’abord le principal modèle et soutien avait disparu, ensuite dans les vagues de la démocratisation générale la Corée du Nord était de plus en plus curieusement regardée comme un anachronisme (pour certains simplement comme un pays de sauvages). Mais le scénario s'est trouvé plus capricieux. La famille Kim a tiré la conclusion de la crise de ses anciens alliés, qui tentaient d'apaiser les tensions intérieures par une libéralisation dirigée. Serrer les boulons, ne pas laisser place aux doutes, ne pas faire preuve de faiblesse politique - cette recette a fonctionné. Le pouvoir en RPDC a changé déjà deux fois de mains depuis ce temps, le pays a subi l'épreuve d'une crise économique et d'une terrible famine mais a tenu ferme, et à un moment donné sont apparues de prudentes réformes qui ont permis de passer d’un régime de survie de crise à un modèle de développement original.

En dehors de la stabilité intérieure il y a un problème de stabilité extérieure, ici la direction nord-coréenne a manifesté aussi son sens politique. Le travail intensif sur le programme nucléaire a commencé bien avant qu'il ne soit devenu clair que les « dictatures hors-normes » quitteront la scène politique non seulement par la force des idées et la pression économique, mais aussi par l'intervention armée. De sorte que leur seule garantie est leur capacité à causer un préjudice inacceptable en retour. Saddam Hussein, Mohamar Kadhafi... s’en sont occupés mais en observant de près on voit combien fut lamentable le destin de ceux qui ont hésité dans cette voie. Le chef de la RPDC est un joueur très prudent et qui comprend ce qu’il fait.

2017 a été l’année décisive. D'une part, une série d’actions ostentatoires de Pyongyang d’essais nucléaires et de lancement de missiles, l'ignorance complète de la réaction de la communauté internationale. D’autre part les menaces du côté des États-Unis jusqu'à la déclaration du président Trump à la tribune de l'Assemblée Générale de l'ONU sur sa volonté d’anéantir la Corée du Nord. Au milieu de l’année on a commencé à parler sérieusement de la possibilité d’une guerre. Vers l'automne on a commencé à en voir apparaître les contours. La pression des sanctions au Conseil de sécurité de l'ONU a atteint presque le niveau maximum. Mais rien ne s'est passé. Et maintenant on se met à parler d’une possible détente.

Dans toute cette histoire il y a deux composantes. L’une est liée à la spécificité du régime nord-coréen, extrêmement original et personnalisé. La volonté de Kim Jong-un d’aller tout droit courageusement et d’élever les enjeux impressionne, de plus la plupart des observateurs reconnaissent que le leader de la RPDC est très prudent et agit en complète compréhension de la situation.

Mais il y a une autre composante. La crise nord-coréenne est un exemple caractéristique de ce qui se produit quand le système international demeure en état de déséquilibre, que tous les acteurs clés sont occupés par la résolution de leurs propres problèmes et ne sont pas intéressés par le dénouement des problèmes complexes. Kim Jong-un longtemps avant Trump a formulé pour lui-même son principal slogan : "la Corée du Nord - avant tout". C'est pourquoi Kim n'est pas du tout troublé par la réaction du dehors, il ne démord assurément pas de sa ligne. Il sait aussi que malgré les votes unanimes au Conseil de sécurité, les grandes puissances ne se retrouveront pas dans une approche commune du problème nucléaire dans la péninsule coréenne. La nécessité du maintien du régime de non-prolifération n'est contestée par personne, mais pratiquement tous ont d'autres buts et priorités propres.

2017 a démontré définitivement la sortie des anciens schémas, le changement des modèles de conduite, considérés comme des axiomes durant les trois dernières décennies. À l'avant-garde les États-Unis dont le tournant « vers leurs propres affaires » n'a pas commencé avec Trump mais est devenu évident et clair. L'Amérique ne refuse pas la première place, mais ne prétend plus au « poste de leader global ». Cela influence tous les autres et ouvre des possibilités pour les autres acteurs mais les plonge aussi dans un état de désarroi. Pour certains, la domination des États-Unis était devenue un état naturel et le point de départ pour adapter leur propre conduite et ils ne savent pas trop que faire, quand la force prédominante tourne le dos.

Dans ce contexte la stratégie de la Corée du Nord, qui s'est toujours orientée vers elle-même, en préférant compter sur ses propres forces, se trouve plus adaptée dans ces nouvelles conditions. Un résultat inattendu.

Traduction du russe en français YB.

Article original en russe : 

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 23:16

"Nous voulons la paix en Corée !" c'est ce qu'ont exigé les bouddhistes coréens lors d'une manifestation pour la paix qu'ils ont organisée le samedi 23 décembre 2017, à Paris, au Mur de la Paix - à l'occasion d'une journée internationale de mobilisations de par le monde initiées par la Fondation pour la paix (The Peace Foundation). Le Mouvement de la Paix et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont participé à la manifestation parisienne, dont ils soutiennent pleinement les objectifs pour le retour au dialogue dans la péninsule coréenne, la levée des sanctions, le double moratoire (des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes et des essais balistiques et nucléaires par la Corée du Nord), afin de déclencher une dynamique qui permette la conclusion d'un traité de paix. 

Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris

Le défi était de taille : rassembler des citoyens originaires de quatre pays (Allemagne, Corée, France, Vietnam) l'avant-veille de Noël, pour exprimer - en quatre langues (allemand, anglais, coréen, français) - l'aspiration universelle à la paix, alors que la montée des tensions autour de la péninsule coréenne pourrait enclencher un conflit aux conséquences catastrophiques. Mais les bouddhistes coréens de Paris ont gagné leur pari, en réussissant leur seconde manifestation pour la paix en France en l'espace de quelques semaines. 

Le lien a été fait avec les manifestations qui ont vu, il y a d'un an, des millions de Coréens manifester, partout dans le monde, afin de renverser le régime autoritaire et corrompu de la Présidente Park Geun-hye, désormais déchue et emprisonnée. 

Les organisateurs, membres de l'église bouddhiste Jungto de Paris, ont appelé toutes celles et tous ceux qui aspirent à la paix à les rejoindre, à la veille de l'ouverture des Jeux olympiques d'hiver à Pyeongchang qui doivent symboliser la volonté de paix et de dialogue : 

La paix ne se fera pas seule. La paix doit être créée de notre propre volonté. La paix doit commencer par soi-même. Tous vos souhaits et vos efforts sincères ouvriront la voie à la réalisation de la paix dans la péninsule coréenne et dans le monde. Rejoignez-nous pour la paix. Avec vos prières, vos actions, vos contributions ou une campagne sur les réseaux sociaux. Quelle que soit la façon que vous ressentez le mieux, rejoignez-nous pour la paix dans la péninsule coréenne.

Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris

Au nom du Mouvement de la Paix, Gérard Halie a rappelé que la péninsule coréenne avait été divisée contre son gré, par le jeu des grandes puissances, après la fin de la Seconde guerre mondiale, et avait été ravagée par la guerre de Corée (1950-1953) qui avait causé des millions de morts. 

Benoît Quennedey, Président de l'Association d'amitié franco-coréenne, a dénoncé l'indifférence des gouvernements occidentaux et de l'opinion publique internationale face au renforcement continu des sanctions initiées par les Etats-Unis qui frappent d'abord, sinon exclusivement, les 26 millions de femmes, d'hommes et d'enfants de la Corée du Nord.

Le rassemblement a été ponctué de chants et de danses, se terminant par un parcours tout autour du Champ de Mars. Le combat pour la paix doit se poursuivre, jusqu'à la victoire !

Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris
Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris
Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris

Photos AAFC. 

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 10:12

La police australienne vient d'arrêter un de ressortissants, âgé de 59 ans, d'origine coréenne, au motif qu'il aurait été lié aux activités commerciales de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) liées aux "armes de destruction massive" - devenant ainsi la première personne à être mise en examen sous l'empire de la loi du Commonwealth relative aux armes de destruction massive. Il encourt une peine maximale de dix ans de prison. Les informations sont en partie contradictoires, y compris sur le nom et le prénom mêmes de la personne arrêtée, qui s'appellerait toutefois Choi Chan Han (de premiers articles de presse avaient parlé de Choi Han Chan, et d'autres de M. Chan, confondant l'usage coréen consistant à placer le nom de famille - M. Choi - avant le prénom, contredit par l'usage anglo-saxon de rétablir l'ordre, habituel en Europe et suivi par de nombreux Anglo-Saxons d'origine coréenne, de placer le prénom avant le nom). Le Premier ministre australien Malcolm Turnbull a été d'une virulence rare, accusant Choi Chan Han d'être l'agent d'un Etat qu'il a décrit comme criminel. La réalité est cependant un peu plus complexe que ce qui ressort des propos - très à la Donald Trump - de Malcolm Turnbull. Eclairage en plusieurs points, sous réserve bien évidemment des informations ultérieures que livrera notamment une enquête qui ne fait que commencer, et dont il faut espérer qu'elle soit impartiale.  

Un homme d'affaires qui n'est pas impliqué dans le commerce d' "armes de destruction massive"

Tout d'abord, malgré le motif de l'arrestation, il n'est pas possible - du moins à ce stade de l'enquête - de décrire Choi Chan Han comme un vendeur d'armes de destruction massive, terme mal défini mais décrivant habituellement des armes non conventionnelles, comme des bombes nucléaires ou des armes chimiques. Ce qui lui est reproché est d'avoir vendu (selon les sources) des composants de missiles ou du matériel électronique pouvant être utilisé par Pyongyang à des fins militaires, ce qui ne correspond pas à la définition classique des armes de destruction massive.

Par ailleurs, les premiers articles de presse indiquent que Choi Chan Han a été plus généralement un intermédiaire commercial de la RPD de Corée : parmi les produits qu'il vendait à la Corée du Nord, ou les produits nord-coréens qu'il vendait à l'étranger, figurait ainsi du... charbon nord-coréen, à destination du Vietnam et de l'Indonésie. Or, le charbon est l'une des principales exportations de la Corée du Nord. Il est donc possible que les activités commerciales de Choi Chan Han ne portaient pas principalement sur du matériel à usage militaire ou potentiellement militaire. 

Pas une menace pour l'Australie, pas un espion

Peut-être pour éviter un vent de panique dans l'opinion publique, les autorités australiennes ont cru bon de préciser que les activités de Choi Chan Han ne mettaient pas en cause la sécurité de l'Australie, et qu'il n'était pas davantage un espion à la solde de Pyongyang.

Les autorités australiennes chargées de l'enquête ont déclaré que Choi Chan Han, d'origine (sud-)coréenne, aurait agi pour des motifs "purement patriotiques", sans préciser exactement lesquels (empêcher la destruction totale promise par Donald Trump à la Corée du Nord en lui permettant de se doter d'une force de dissuasion nucléaire vis-à-vis des Etats-Unis, ou encore contourner l'embargo sans précédent contre le pays ?). En tout état de cause, il apparaît comme un agent commercial, qui tirait probablement (ce sera à prouver) des revenus d'activités par ailleurs risquées, car enfreignant les lois et règlements australiens pris en application des sanctions nationales et internationales contre la Corée du Nord. Ce sont souvent des Nord-Coréens qui agissent ainsi, pouvant bénéficier d'un rapatriement dans leur pays si les choses tournent mal : Choi Chan Han, citoyen australien, n'était pas dans ce cas de figure ; l'importance du risque encouru renforce l'hypothèse d'une action conduite pour des convictions politiques. 

Les sanctions contre la Corée du Nord en question

A cet égard, comment justifier que la Corée du Nord soit le pays le plus lourdement sanctionné au monde, l'embargo commercial portant désormais sur des produits vitaux pour l'économie et la vie des Nord-Coréens - comme le pétrole ? Ce que prouve l'arrestation de Choi Chan Han est que chacun(e) d'entre nous ne souhaitant pas voir potentiellement mourir des millions d'hommes, de femmes et d'enfants nord-coréens, sous l'empire d'un régime de sanctions proprement inhumain, doit appeler à la levée des sanctions sans lien avec les programmes militaires nord-coréens.

En outre, les autorités nord-coréennes, qui doivent protéger leurs populations comme tout gouvernement, font ce qui est leur pouvoir pour contourner un tel régime de sanctions : les intermédiaires comme Choi Chan Han sont à cet égard pour elles des personnes précieuses, quel que soit le coût par ailleurs de leurs services comme intermédiaires - car il en va de la vie d'êtres humains. On observera néanmoins que plus les intermédiaires demandent et obtiennent des commissions élevées, plus l'approvisionnement en produits de première nécessité pour les populations est accru et plus des intermédiaires peu scrupuleux s'enrichissent grâce aux sanctions internationales qui - rappelons-le - ont été inutiles pour empêcher la Corée du Nord de se doter d'une force de dissuasion nucléaire.

Du deux poids deux mesures chez les marchands d'armes

Pour revenir au cas de Choi Chan Han (à savoir la vente d'armes ou de composants militaires ou à usage dual - civil ou militaire - prohibés) il apparaît que de telles situations n'ont rien d'exceptionnel : l'interdiction de ventes d'armes vers des zones en guerre est une mesure classique du droit international. Sauf que la Corée n'est que formellement en état de guerre (malgré l'absence de traité de paix depuis l'accord d'armistice de 1953, il n'y a pas de combats réguliers mettant aux prises deux armées en guerre) et que les sanctions dépassent largement le cadre des produits militaires ou à usage dual. C'est une situation à nulle autre semblable au monde, mettant une nouvelle fois en cause le bien-fondé des sanctions des Nations unies. 

Plus encore, les Etats-Unis, l'Australie et de nombreux autres Etats abritent sur leur sol des marchands et des fabricants d'armes, qui accumulent pour leur part des fortunes parmi les plus importantes au monde. Et eux peuvent dormir tranquillement sur leurs deux oreilles, ne craignant pas une arrestation par la police australienne, à la différence d'un homme qui agissait manifestement seul au sein de sa société et n'était pas davantage à la tête d'un empire industriel, mais avait le malheur de commercer avec un Etats mis à l'index de la société internationale par les Etats-Unis, tout en étant ressortissant d'un pays étroitement aligné sur Washington. 

Sources : 

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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 16:09

Planète Paix, mensuel du Mouvement de la paix, a consacré le dossier de son numéro 626 (novembre 2017) à la question coréenne, sous le titre "Corées : éviter l'engrenage". Dans un article faisant le point sur l'historique des armes nucléaires en Corée, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a également rappelé la nécessité de relancer le dialogue multilatéral en engageant sans délai un "double moratoire" (de ses essais balistiques et nucléaires par la République démocratique de Corée, de leurs manoeuvres militaires par les Etats-Unis et leurs alliés) en vue, à terme, de parvenir à la conclusion d'un traité de paix, en lieu et place de l'accord d'armistice du 27 juillet 1953. L'AAFC lance un appel à l'ensemble des organisations et militants pacifistes pour refuser l'escalade vers un conflit dévastateur entre puissances nucléaires en Asie du Nord-Est.  

Dans Planète Paix, nous avons rappelé que les Coréens, nombreux à Hiroshima et à Nagasaki en 1945, avaient été le deuxième peuple de l'histoire le plus touché (après les Japonais) par la seule utilisation à ce jour de l'arme nucléaire, et que les forces armées américaines, tout en détruisant méthodiquement la Corée du Nord pendant la guerre de Corée (1950-1953) en recourant à un usage massif du napalm, avaient alors menacé d'utiliser à nouveau l'arme nucléaire. Aujourd'hui, des voix s'élèvent dans les milieux néoconservateurs, à Washington, à Séoul et à Tokyo, pour suggérer la réintroduction d'armes nucléaires américaines en Corée du Sud, voire pour que la Corée du Sud devienne elle-même une puissance nucléaire américaine - mais cette dernière perspective a été rejetée par le président de la République de Corée (Corée du Sud), le démocrate Moon Jae-in.

Face aux menaces de "destruction totale" de leur pays par l'administration américaine, les Nord-Coréens ont développé l'arme nucléaire dans une logique de dissuasion (du faible au fort) comme, avant eux auparavant, les Français sous la présidence du Général de Gaulle.

Opposés par principe aux armes nucléaires (la République populaire démocratique de Corée a été le seul Etat doté de l'arme nucléaire à voter, en octobre 2016, la résolution L. 41 du premier comité de l'Assemblée générale des Nation unies en vue de l'élimination complète des armes nucléaires), les Nord-Coréens jugent cependant que les conditions ne sont aujourd'hui pas réunies pour un désarmement unilatéral, quand l'administration Trump envisage une guerre totale. C'est pourquoi, plus que jamais, nous estimons, de concert avec les responsables de la Campagne internationale pour l'élimination des armes nucléaires (ICAN, Prix Nobel de la paix 2017), qu'il est plus que jamais nécessaire de retrouver la voie du dialogue multilatérale en Corée. Il s'agirait d'avancer vers la conclusion d'un traité de paix dans la péninsule coréenne et l'établissement de mécanismes de sécurité collective qui apportent de réelles garanties de non-agression à la Corée du Nord. 

L'AAFC dans "Planète Paix" : l'exigence d'un traité de paix en Corée
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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 23:39

Malgré des sanctions sans précédent, l'économie nord-coréenne apparaît aujourd'hui résiliente, après un taux de croissance estimé à près de 4 % en 2016 par les autorités sud-coréennes elles-mêmes. Un universitaire chinois, Jin Jingyi, en rend compte après deux voyages dans le pays (mai et novembre 2017), dans un article du quotidien sud-coréen (progressiste) Hankyoreh, traduit de l'anglais par YB - en s'interrogeant toutefois jusqu'à quand la République populaire démocratique de Corée pourrait ainsi résister aux sanctions internationales.

Les militaires se rassemblent pour un spectacle de feu d'artifice sur les rives du fleuve Taedong à Pyongyang le 1er décembre pour célébrer le lancement réussi du missile Hwasong-15.

Les militaires se rassemblent pour un spectacle de feu d'artifice sur les rives du fleuve Taedong à Pyongyang le 1er décembre pour célébrer le lancement réussi du missile Hwasong-15.

L'économie nord-coréenne florissante semble démentir l'efficacité des sanctions

Quand j'ai visité la Corée du Nord fin mai dernier [NdT : 2017], ma plus grande question était de savoir combien de temps le Nord pourrait résister aux sanctions de la communauté internationale. Mais cette question a été rendue sans intérêt pratique du fait des changements étrangement positifs visibles dans ce pays. Le pays débordait tellement d'énergie que je me suis demandé si « les sanctions sans précédent » existaient vraiment. Les universitaires disaient que l'économie nord-coréenne était florissante et de telles remarques prenaient partout leur sens.

Au début du mois dernier [novembre 2017], je suis allé en Corée du Nord encore une fois. C'était au début de l'hiver, mais le temps à Pyongyang m’a semblé exceptionnellement froid, comme s’il reflétait les dures sanctions mises en oeuvre. Cela m'a rappelé une nouvelle fois la question de savoir pendant combien de temps le Nord pourrait endurer des sanctions d'une telle dureté. Après que la Corée du Nord a réalisé son sixième essai nucléaire le 3 septembre [2017], les sanctions de la communauté internationale ont mis le Nord sous une pression cruelle.

Pendant ma visite, j’ai eu la chance de voir une réunion de 5 000 scientifiques des sciences sociales venus de tout le pays pour la troisième convention des sciences sociales de Corée du Nord, qui avait lieu pour la première fois en 45 ans. Quand j'ai entendu les applaudissements assourdissants, les acclamations et les slogans criés avec passion, je suis arrivé à la conclusion que plus la pression et les sanctions étaient fortes, plus elles renforçaient le régime en exacerbant l'animosité envers la communauté internationale.

Mais ce que j'ai trouvé de plus mystérieux encore était que la convention ait duré un jour et demi et que soient à peine mentionnés les mots "nucléaire", "missile" ou "sanctions" dans les remarques formulées par un des membres nouvellement élus du Bureau Politique du Parti du travail de Corée, par ailleurs Vice-Président du parti. Le mot "sanctions" est à peine apparu pendant les conversations avec les scientifiques nord-coréens au sujet de l’économie de leur pays. Comment cela est-il possible ? En dépit de la vive assurance répandue dans le monde extérieur que la Corée du Nord ne pourra pas tenir encore longtemps et qu’elle s'effondrera bientôt, les Nord-Coréens semblent accepter cette situation avec une sérénité remarquable.

J'ai demandé directement aux experts nord-coréens combien de temps ils pourraient endurer les nouvelles et dures sanctions de la communauté internationale. En réponse, ils m'ont indiqué qu'ils avaient toujours été sous le coup des sanctions. Après des décennies de sanctions ils avaient appris comment s'en accommoder. Ils ont soutenu qu'ils n'étaient pas sous le coup de sanctions parce qu'ils développaient des armes nucléaires, mais que c'est parce qu'ils développaient des armes nucléaires que les Etats-Unis menaçaient leur sécurité avec ces sanctions. Cela suffisait à faire de Kim Jong-un un "héros légendaire" luttant hardiment contre les Etats-Unis, le plus fort pays au monde, avec ses armes nucléaires et ses missiles. Finalement, il est possible de conclure que les sanctions renforcées ont donné une légitimité accrue au gouvernement de Kim Jong-un et l'ont conduit à réaliser des accomplissements comparables à ceux de ses grand-père et père, Kim Il-sung et Kim Jong-il.

À part le fait que le temps était exceptionnellement froid pour un début d'hiver, il n’y avait pas beaucoup de changement à Pyongyang depuis la fin mai. Pendant les cinq premières années de la direction de Kim Jong-un, les sanctions ont diminué de moitié l'approvisionnement du pays en pétrole brut. Il en a résulté un doublement du prix de l'essence, qui se vendait maintenant à environ 10 renminbi (1.51 $ américain) par litre. Mais le prix des bus et des taxis, fonctionnant à l’essence, n’a pas monté du tout. Le prix du riz est aussi resté stable. Il n'y avait toujours aucune indication que l'économie chancellerait. Même les experts nord-coréens s'en étonnaient.

Comme les Nord-Coréens ne sont pas des surhommes, ils seront sûrement affectés par les dures sanctions mises en oeuvre sur le long terme. La question, cependant, est que le Nord a depuis longtemps pris des mesures pour se préparer aux sanctions. Dans le cas où les réserves de pétrole brut seraient complètement coupées, le Nord consacrerait ses efforts à extraire du pétrole brut du charbon et à ses propres réserves de pétrole [NdT : pétrole offshore, aujourd'hui non exploité]. Pour conserver le pétrole lourd, il a développé une méthode d'ignition sans fuel dans ses centrales fonctionnant au charbon.
 

La Corée du Nord a aussi affecté de grandes quantités du charbon, désormais interdit à l’exportation, à la consommation énergétique intérieure et augmenté la part des usines fonctionnant au charbon dans son mix énergétique. Elle transfère la technologie avancée de son industrie d'armement vers l'industrie légère et augmente fortement la part des produits de l'industrie légère réalisés dans le pays. Les leaders nord-coréens affirment qu'ils remédieront au manque d'énergie et résoudront complètement l'approvisionnement alimentaire d'ici à 2020. Combien de temps la Corée du Nord peut-elle tenir avec de telles méthodes ? Si la direction nationale continue à épuiser ses moyens avec de dures sanctions dures empêchant un dynamisme nouveau, il y a peu de chance que l'économie grandisse. Mais les expressions imperturbables qu'on peut lire sur les visages des Nord-Coréens suggèrent clairement qu'ils ont la force de continuer à endurer.

Le jour précédant mon départ il y a eu des fortes chutes de neige à Pyongyang. C'était le signe qu'une autre malédiction glaciale s’annonçait. Mais ce jour-là, au moins, il faisait anormalement chaud pour la saison.

Par Jin Jingyi , professeur du Centre de Langues étrangères de l’université de Beijing.

Traduit par YB de l’édition anglaise du journal Sud-Coréen Hankyoreh du 4 décembre 2017.

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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 14:55

Réunis le 5 décembre 2017, les ministres en charge des finances des 28 Etats membres de l'Union européenne ont adopté une liste noire de 17 "paradis fiscaux", c'est-à-dire d'Etats ou d'entités jugés non suffisamment coopératifs dans la lutte contre l'évasion fiscale. Et, surprise, selon les informations divulguées dans la presse figure dans cette liste la République de Corée (Corée du Sud).

La Corée du Sud, un paradis fiscal : vraiment ?

Les scandales en série (LuxLeaks, Panama Papers...) ont suscité une réaction (tardive) des autorités de l'Union européenne pour définir une liste de paradis fiscaux, même si les Etats membres n'ont pas (encore ?) pu se mettre d'accord sur les sanctions à appliquer. Selon Bruno Le Maire, ministre français des finances :

Nous avons adopté aujourd’hui [5 décembre 2017] au niveau de l’UE une liste d’États qui ne font pas le nécessaire pour lutter contre l’évasion fiscale. Cette liste qui est une liste noire comprend 17 États.

http://www.lesoir.be/127847/article/2017-12-05/coree-du-sud-mongolie-tunisie-une-liste-noire-de-17-paradis-fiscaux-adoptee-par

Selon une source diplomatique largement reprise dans la presse, 17 pays figurent dans la liste noire de l'Union européenne (UE) : Bahreïn, Barbade, Corée du Sud, Emirats Arabes Unis, Grenade, Guam, Îles Marshall, Macao, Mongolie, Namibie, les Palaos, Panama, Samoa, les Samoa américaines, Sainte Lucie, Trinidad et Tobago et Tunisie. 17 autres pays figurent dans une liste grise, c'est-à-dire qu'ils ont pris des engagements qui doivent faire l'objet d'un suivi.

Surprise : aucun Etat européen ne figure dans cette liste. Selon les explications données par l'Union européenne, les critères retenus les excluent en effet de facto, comme l'observent les journalistes du quotidien Le Monde Anne Michel et Cécile Ducourtieux :

Pour éviter d’être classées sur la liste noire définitive, les juridictions devaient théoriquement respecter trois grands critères définis par Bruxelles fin 2016 :
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/12/05/paradis-fiscaux-l-union-europeenne-doit-se-prononcer-sur-une-liste-noire-de-18-pays_5224741_3234.html#98rQVRVsMpXoi7e9.99se conformer aux standards d’échange automatique de données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), éviter de favoriser l’implantation de sociétés offshore et s’engager à accepter, d’ici à fin 2017, les lignes directrices de lutte contre l’évasion fiscale des multinationales de l’OCDE. L’Union a choisi d’exclure d’emblée les pays européens de cette liste : ils sont déjà censés se conformer au droit de l’UE en matière de lutte contre l’évasion et la fraude fiscales.

Le problème est bien l'écart entre le droit et le pratique : les entités concernées sont "censées se conformer au droit de l'UE". En outre, l'absence de sanctions rend aujourd'hui l'exercice totalement vain.

Enfin, si la Corée du Sud a effectivement pratiqué une déréglementation libérales qui pose de sérieuses questions, croit-on sérieusement que c'est dans cet Etat de plus de 50 millions d'habitants, membre de l'OCDE et du G20, que se réfugient les riches contribuables voulant échapper au fisc ?

Au regard de ces interrogations, l'AAFC déplore vivement qu'un pays tel que la Corée du Sud soit jeté à la vindicte de l'opinion publique européenne et internationale

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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 00:29

Malgré les menaces - ou peut-être au contraire en raison de ces dernières - proférées par les Etats-Unis de "détruire complètement" la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) "en cas de guerre", selon les propos de S.E. Nikki Haley, ambassadrice américaine au Nations Unies, le Conseil de sécurité des Nations Unies est apparu plus que jamais divisé après le lancement par Pyongyang, le 29 novembre 2017, de son plus puissant missile balistique intercontinental à ce jour

Bras-de-fer Pyongyang / Washington : l'évidence d'une solution diplomatique

Les Etats-Unis ont beau menacer d'abattre sur Pyongyang les foudres d'une guerre impitoyable, ils ont échoué : la RPDC est bel et bien devenue une puissance nucléaire à part entière, en dépit des plus lourdes sanctions jamais imposées dans l'histoire des Nations unies. En outre, l'hypothèse de frappes américaines est désormais hautement improbable. Car tout d'abord, où frapper ? Les armes nucléaires nord-coréennes sont disséminées sur son territoire, enfouies et non localisées. Par ailleurs, une riposte nord-coréenne serait telle - notamment pour ses voisins sud-coréen et japonais - que le scénario d'une frappe en premier des Etats-Unis n'a le soutien de pratiquement aucun Etat, et ne reçoit pas davantage l'assentiment de l'appareil d'Etat américain conscient des conséquences qui en découlerait. Le Président Donald Trump a perdu son bras-de-fer avec le Maréchal Kim Jong-un.

Dans ce contexte les Etats-Unis espèrent encore utiliser la carte des sanctions, afin de provoquer l'effondrement de la RPD de Corée. Sauf que les dernières sanctions restant à appliquer consistent à ce que les partenaires de la Corée du Nord rompent tous leurs liens économiques, politiques et diplomatiques avec cette dernière, à commencer par son approvisionnement en pétrole. Cette hypothèse est cependant rejetée par la Chine, par laquelle transite plus des quatre cinquièmes des échanges économiques extérieurs de la Corée du Nord - tandis que la Russie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, dénonce l'attitude américaine qui aurait selon elle provoqué les réactions nord-coréennes : 

Notre opinion est négative : nous avons à plusieurs reprises souligné que la pression des sanctions est épuisée et que toutes ces résolutions qui ont imposé des sanctions impliquaient nécessairement de reprendre un processus politique et de reprendre les négociations (...) Les récentes actions des Etats-Unis semblent avoir été dirigées délibérément pour provoquer des actions brusques de Pyongyang.

Le Soir

C'est la première fois qu'une initiative de Pyongyang que les Etats-Unis et leurs alliés qualifient de "provocation" suscite un tel renversement de l'imputation des responsabilités par un membre permanent du Conseil de sécurité, en l'occurrence la Russie.

Dans ce contexte, la sagesse consiste à reconnaître la situation actuelle et à prôner un dialogue sur des bases réalistes, comme le rappelle l'éditorialiste de RTL Alain Duhamel, pourtant d'ordinaire favorable à une ligne qu'on qualifierait d'euro-atlantiste : 

"La Corée du Nord est la neuvième puissance nucléaire du monde après les cinq membres du Conseil de sécurité des Nations-Unies, le Pakistan, l'Inde et Israël", constate avec gravité Alain Duhamel (...).

La voie diplomatique n'apparaît pas utopique pour Alain Duhamel : de nombreux pays ont un intérêt à l'emprunter. "La Corée du Sud en premier : si la Corée du Nord est détruite, la Corée du Sud le sera aussi. La Chine, limitrophe, le Japon, qui serait visé. La Corée du Nord a atteint son objectif en acquérant l'arme nucléaire pour garantir son indépendance."

Si demander aux Nord-Coréens de renoncer à l'arme nucléaire est utopique, un contrôle serait envisageable. "On peut imaginer un plafond nucléaire et un contrôle de ce plafond", espère l'éditorialiste.

Pour la paix en Corée et dans le monde, il est en effet temps de sortir des postures idéologiques pour reconnaître la réalité nouvelle des équilibres stratégiques et engager les négociations sur la base d'une limitation de la puissance nucléaire nord-coréenne - et non plus d'un utopique désarmement nucléaire unilatéral par la Corée du Nord dans lequel Pyongyang n'obtiendrait aucune contrepartie, tant en termes de sécurité nationale que d'arrêt de l'escalade militaire américaine dans la région Asie-Pacifique (et des menaces militaires étatsusiennes dans cette partie du monde). Oui, la feuille de route russo-chinoise est bien la seule voie de sortie crédible de l'impasse actuelle, où a conduit l'impéritie de l'administration Trump.

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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 22:25

Si la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'est abstenue, depuis le 15 septembre 2017, de toute nouvelle initiative militaire (essai nucléaire, tir de missile) de nature à aggraver les tensions, tel n'est pas en revanche le choix opéré par l'administration américaine du Président Donald Trump : sous son impulsion, les Etats-Unis ont engagé de nouveaux exercices de guerre conjoints avec la République de Corée à compter du 11 novembre dernier, mis en place unilatéralement de nouvelles sanctions contre des organisations et des individus de nationalités chinoise et nord-coréenne et réinscrit la RPD de Corée sur la liste des Etats soutenant le terrorisme. Cette volonté américaine continue de faire peser des menaces de guerre, l'escalade n'étant évitée que par la retenue nord-coréenne - mais jusqu'à quand ? Dans ce contexte lourd de menaces, la Chine et la Russie ont présenté une feuille de route visant à revenir sur la voie de la paix et du dialogue en Asie du Nord-Est. Mais ces deux puissances seront-elles entendues ? Certains responsables politiques y font obstacle, comme le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Donald Trump à la base militaire de Camp Humphreys, en Corée du Sud, le 7 novembre 2017

Donald Trump à la base militaire de Camp Humphreys, en Corée du Sud, le 7 novembre 2017

Ce n'est malheureusement pas parce que la question coréenne n'est plus à la une de l'actualité que les tensions diminuent : le fait est que seules les initiatives nord-coréennes sont mises en exergue par les médias occidentaux, celles des Etats-Unis et de leurs alliés étant systématiquement sous-évaluées quant aux dangers qu'elles font courir sur la paix dans la région Asie-Pacifique.

La menace est d'abord d'ordre militaire : comme l'a souligné un article publié par BFM TV le 11 novembre 2017, les manoeuvres militaires qui ont été engagées du 11 au 14 novembre 2017 ont été exceptionnelles par l'ampleur des moyens déployés, en ayant mobilisé trois porte-avions de l'armée américaine : 

L'exercice conjoint dans le Pacifique occidental, qui doit se poursuivre durant quatre jours, mobilise les porte-avions USS Ronald Reagan, USS Nimitz et USS Theodore Roosevelt, ainsi que sept navires sud-coréens, dont trois destroyers, a précisé le ministère sud-coréen de la Défense. C'est la première fois depuis dix ans que des manœuvres de ce type mobilisent trois porte-avions.

L'administration américaine resserre par ailleurs son étau économique sur la Corée du Nord : le 21 novembre 2017, le département du Trésor américain a annoncé sanctionner une nouvelle personnalité chinoise, 13 entités chinoises et nord-coréennes supplémentaires ainsi que 20 nouveaux navires appartenant à des compagnies nord-coréennes, qui seront donc désormais coupés du système financier américain. Si, selon l'agence sud-coréenne Yonhap, ces mesures sont justifiées par des "soupçons" de financement des programmes militaires de la RPDC, aucune preuve n'est apportée quant à la réalité de ces accusations, les autorités américaines multipliant les arguments d'autorité sur de prétendus contournements des sanctions. Au contraire figurent dans cette liste des entités administratives nord-coréennes ayant des activités commerciales très générales, dont le nom même ("bureau de l'administration maritime", "ministère des Transports terrestres et maritimes") ne corrobore pas véritablement l'hypothèse d'une quelconque implication dans des activités militaires. Celle-ci est d'autant plus douteuse qu'il existe une séparation stricte entre l'administration civile et l'administration militaire en RPDC.

Montrant son peu de connaissance des réalités économiques nord-coréennes, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a par ailleurs déclaré, à la suite de Donald Trump, que les sanctions commenceraient à avoir de l'effet comme le prouveraient "de longues queues d'attente dans les stations-service" - dans un pays où pourtant la grande majorité des habitants n'ont pas de voiture individuelle ou de véhicule professionnel. 

Enfin, la réinscription par Washington, toujours fin novembre, de la Corée du Nord dans la liste des Etats soutenant le terrorisme, sans faits nouveaux de nature à justifier cette décision, relève autant de l'unilatéralisme discrétionnaire américain (destiné à provoquer une réaction de Pyongyang, laquelle justifierait ainsi de nouvelles sanctions ?) que d'un plan d'asphyxie économique de la RPDC poursuivi de manière constante par les Etats-Unis, afin de provoquer l'effondrement de son système économique et social.


Conscientes des risques de conflit que comporte une telle escalade des tensions, la Chine et la Russie plaident, de manière constante, pour un double gel : de ses essais nucléaires et balistiques par la Corée du Nord, de la poursuite de leurs manoeuvres militaires et de l'alourdissement continu des sanctions par les Etats-Unis et leurs alliés. Lors d'une session du club de discussions Valdaï, qui réunit hommes politiques, experts et universitaires ainsi qu'hommes d'affaires, qui s'est tenue à Séoul le 27 novembre 2017, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Igor Morgoulov a présenté les trois étapes de la feuille de route russo-chinoise :

- tout d'abord, le "double gel", avec une révision à la baisse des exigences attendues de la part de Washington (non plus la suspension des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, mais la diminution de leur intensité et de leur ampleur), afin de faire baisser les tensions diplomatiques et militaires ;

- puis l'engagement de négociations bilatérales directes entre Pyongyang et Washington d'une part, Séoul et Pyongyang d'autre part ;

- enfin, des négociations multilatérales portant sur la mise en place d'un dispositif collectif de maintien de la paix et de la sécurité en Asie du Nord-Est, impliquant notamment la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Si le gouvernement allemand - dans un pays où le sentiment pacifiste est très puissant - a soutenu la proposition du "double gel", celle-ci continue de se heurter à l'hostilité de plusieurs puissances internationales de premier plan. Au premier rang de celles-ci figure, le Japon, dont le Premier ministre a profité des tensions militaires actuelles pour provoquer et remporter largement des élections législatives anticipées en se déclarant "100 % d'accord" avec Donald Trump - suivant une position réaffirmée par le ministre des Affaires étrangères Taro Kono lors d'une rencontre à Moscou avec son homologue russe Sergueï Lavrov, le 24 novembre 2017.


Mais la France serait peut-être aussi sur la ligne dure, de manière plus surprenante au regard des déclarations du Président Emmanuel Macron quant au nécessaire retour à une tradition diplomatique "gaullo-mitterrandienne". Il est vrai cependant que le porte-parole de ces étranges déclarations de sympathie pour les "faucons" américains était le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, lors d'une rencontre à Pékin avec le Premier ministre chinois Li Keqiang. Or M. Le Drian est effet un des "transfuges" les plus visibles de la présidence de François Hollande, sous le mandat duquel il avait exercé les fonctions de ministre de la Défense et été en pointe dans l'engagement de la France sur de multiples terrains de guerre à l'étranger, comme la Syrie. En prenant le contrepied de la ligne diplomatique du Président Emmanuel Macron, sans doute M. Le Drian jouait-il l'une de ses innombrables partitions personnelles qui lui ont valu de devoir changer de département ministériel au printemps 2017 et d'être encadré par une administration plus respectueuse des lignes politiques fixées par le nouveau chef de l'Etat.

Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne reste comme toujours solidaire de toute initiative tendant à favoriser la paix et le dialogue en Asie du Nord-Est, quels qu'en soient les initiateurs. 

Sources : 

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 11:24

Poursuivant en Chine sa tournée asiatique, le Président Donald Trump a renoué avec sa rhétorique fleurie et toute en nuances sur le dirigeant nord-coréen et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Parallèlement, le 11 novembre 2017, ont commencé de nouveaux exercices militaires conjoints américano-sud-coréens, prévus pour une durée de quatre jours. Ces nouvelles initiatives, qu'on peut qualifier soit de provocations et/ou d'incitations à la guerre soit de démonstrations de force suivant le point de vue adopté, confrontent en réalité les Etats-Unis à un risque accru d'impuissance militaire et d'isolement diplomatique sur le dossier coréen, signant l'échec d'une politique élaborée au coup par coup, en l'absence d'une vision stratégique approfondie qui prendrait en compte les intérêts et les objectifs des différentes parties. 

Le porte-avions USS Ronald Reagan dans la mer de l'Est, au large de la Corée (photo d'archives)

Le porte-avions USS Ronald Reagan dans la mer de l'Est, au large de la Corée (photo d'archives)

Dans la tête de Donald Trump : une logique binaire et l'occultation d'un risque sans précédent d'isolement diplomatique américain sur la question coréenne

Un jour Donald Trump tente de séduire les Sud-Coréens en évitant les propos insultants et belliqueux vis-à-vis des Nord-Coréens, et un autre à Pékin il vitupère à nouveau contre la RPD de Corée... Cette inconstance ne doit pas s'interpréter en termes relevant d'une psychologie de café du commerce (invoquant, au choix, la folie, la colère ou une imprévisibilité maladive), mais bien dans le cadre de l'objectif que poursuit, de manière constante, le numéro un américain : il avait affirmé, en début d'année, que, lui président et contrairement à ses prédécesseurs taxés d'impuissance et de faiblesse, jamais il n'accepterait que la Corée du Nord se dote d'une capacité de dissuasion nucléaire comportant des armes et des vecteurs susceptibles d'atteindre le territoire américain. Cette perspective étant devenue réalité, et le Président Donald Trump refusant de se dédire, il estime dès lors ne disposer que de deux choix : soit la Corée du Nord renonce (volontairement ou sous la contrainte) à sa capacité de dissuasion nucléaire, soit elle est vouée à disparaître en tant qu'Etat et régime politique, dans le cadre d'une guerre ou (à moindres frais, en termes de vies de soldats américains) sous l'effet de sanctions sans précédent visant à l'effondrement économique, politique et social de la RPD de Corée. 

Les termes de cette équation ainsi posés, Donald Trump sait qu'il a besoin de la Chine pour asphyxier la Corée du Nord, dont elle est (de très loin) le premier partenaire économique, et juge que, vis-à-vis de Pékin, la politique de la mise en garde est la plus efficace - mâtinée de menaces à peine voilées de rétorsions, en partie mises en oeuvre, contre les intérêts économiques chinois. Concernant la Corée du Sud, ce doit être un allié à ménager, tant en termes militaires (les Etats-Unis préférant toujours que les supplétifs étrangers de leurs soldats s'exposent le plus fortement et perdent le plus grand nombre d'hommes) qu'au regard de sa capacité à potentiellement saper les objectifs de politique nord-coréenne de l'administration Trump : le Président Moon Jae-in est contre la guerre, hostile à ce que son pays se dote d'armes nucléaires - comme l'avait ouvertement envisagé Donald Trump - et favorable au dialogue intercoréen pour sortir de la crise actuelle.

Si lors de sa récente visite à Séoul Donald Trump a essayé de plaire aux dirigeants et à l'opinion publique de la République de Corée, c'est parce qu'il n'avait pas le choix. Mais le spectaculaire réchauffement des relations sino-sud-coréennes mises à mal par le déploiement de THAAD, ce progrès étant à mettre à l'actif du Président Moon Jae-in, ne signe-t-il pas au contraire pour l'administration Trump le risque que se dessine une stratégie alternative à la sienne ? Donald Trump ne peut ignorer que la politique nord-coréenne des Etats-Unis est fortement impopulaire à l'étranger (sauf peut-être dans les milieux conservateurs, qui sont majoritaires, au Japon), car elle comporte les risques d'une escalade militaire vers une guerre qui satisferait essentiellement l'objectif stratégique d'une invulnérabilité du territoire américain, tout en exposant à de très lourdes pertes non seulement la Corée du Nord, mais aussi ses voisins dont Washington recherche pourtant l'assentiment et l'appui.

La Chine, comme l'observe d'ailleurs un dossier de l'hebdomadaire L'Express qu'on ne peut pas accuser d'anti-américanisme primaire, renforce ainsi sa position d'acteur incontournable d'une sortie de crise en Corée : en ne prenant pas partie pour la RPDC tout en votant et en appliquant (après les avoir modérées au regard des intentions américaines) les sanctions internationales contre la Corée du Nord, Pékin apparaît comme une puissance ayant une diplomatie raisonnable, favorable au dialogue, susceptible de rallier à ses positions tous les Etats concernés par la crise en cours, y compris potentiellement les Etats-Unis s'il y aura une prise de conscience de l'impasse actuelle. Plus Donald Trump multiplie les provocations verbales et militaires, plus il renforce la diplomatie chinoise qui a tenté, certes jusqu'ici sans grand succès (à part en direction de la Russie), de rallier d'autres pays (l'Allemagne, la France...) à ses appels à une sortie de la crise par la voie diplomatique. Mais l'idée chemine, et pourrait un jour mettre en échec la politique nord-coréenne des Etats-Unis fondée sur une fuite en avant dont l'objectif final (une guerre nucléaire ou l'effondrement d'un pays doté d'armes nucléaires, qui seraient disséminées dans le monde, parallèlement à des flux massifs de population en dehors de la RPDC), constituent des scénarios catastrophes, sauf dans la tête de Donald Trump et d'une poignée de représentants de l'appareil d'Etat américain qui semblent ne pas correctement prendre en compte toutes les données de l'équation.

Exercices de guerre : le gouffre financier et l'impuissance militaire au regard des coûts humains d'un improbable conflit au sol

Dans l'esprit de Donald Trump, ce qui compte le plus n'est en effet pas tant ce que peuvent penser ses homologues à Séoul, Pékin ou Tokyo que d'apparaître, aux yeux de l'opinion publique américaine (et donc des médias qui façonnent l'opinion), comme le commandant militaire invincible de la Grande Amérique, et cette nécessité est sans cesse renforcée par les revers réels ou potentiels sur la scène intérieure ou en d'autres endroits du monde. C'est contre l'intelligentsia qu'il a gagné de manière inattendue l'élection américaine. C'est à nouveau contre tout ce que les Etats-Unis (et le monde occidental) compte d'experts et d'analystes de la question coréenne qu'il entend imposer sa politique nord-coréenne comme prétendument rationnelle et consensuelle, en mobilisant pour sa cause des médias qu'il n'hésite pas à vilipender par ailleurs. Le procédé n'est pas nouveau : la propagande de guerre repose sur ce schéma invariant, plus d'une fois mis en oeuvre dans les guerres conduites par l'hyperpuissance américaine.

Un des éléments de langage majeurs porte sur les manoeuvres militaires américaines, qu'il faut donc légitimer comme nécessaires et défensives par nature face à la menace supposée d'un régime nord-coréen qui serait incontrôlable et prêt à tout. A compte du 11 novembre 2017, comme le signale l'AFP, des exercices inédits de grande ampleur associent ainsi de nouveau GIs et soldats sud-coréens, moins d'un mois après les précédentes manoeuvres conjointes

Des bâtiments de la marine de guerre sud-coréenne se sont joints samedi à trois porte-avions américains, dans une démonstration de force inédite à l'adresse de la Corée du nord, dont les ambitions nucléaires sont au centre de la tournée en Asie du président américain Donald Trump.

L'exercice conjoint dans le Pacifique occidental, qui doit se poursuivre durant quatre jours, mobilise les porte-avions USS Ronald Reagan, USS Nimitz et USS Theodore Roosevelt, ainsi que sept navires sud-coréens, dont trois destroyers, a précisé le ministère sud-coréen de la Défense.

C'est la première fois depuis dix ans que des manœuvres de ce type mobilisent trois porte-avions.

"L'exercice est destiné à renforcer la dissuasion contre les menaces nucléaires et les missiles de la Corée du nord, et à démontrer notre préparation à repousser toute action provocatrice du Nord", a déclaré un porte-parole du ministère.

La dépêche de l'AFP aurait pu être encore plus favorable à la politique nord-coréenne de Donald Trump, en mentionnant les tirs nucléaires et balistiques de la RPDC (interrompus depuis plus de deux mois, contrairement aux initiatives américaines qui, elles, n'ont jamais cessé). Mais elle n'en sert pas moins lourdement les intérêts de la propagande de guerre (ou de préparation à la guerre) américaine, en mentionnant les dernières déclarations du Président Trump vis-à-vis de la Corée du Nord et en évitant de dire que ses envolées verbales, s'ajoutant aux provocations militaires, relèvent de la seule volonté américaine, et pas d'une dissuasion contre un ennemi cent fois moins puissant militairement.

Poursuivons en effet la citation de cette dépêche de l'AFP qui, après une concession à la neutralité attendue d'une agence de presse (son auteur dit que les Nord-Coréens seront mécontents, mais minimise ces critiques en employant les termes non neutres de "régime de Pyongyang"), cite encore une fois les éléments de langage du gouvernement américain et évite soigneusement à l'endroit des Etats-Unis les termes "provocations", "exercices de guerre" et autres expressions toujours réservées à la seule Corée du Nord, tout en prêtant à la seule partie nord-coréenne le fait, pourtant avéré dans les documents stratégiques américains, que ces manoeuvres militaires ont bien un caractère offensif. Enfin, la dépêche de l'APF conclut de manière assez extraordinaire sur la volonté prétendue de dialogue et de conciliation du Président Donald Trump : 

Le régime de Pyongyang dénonce régulièrement ces manœuvres, destinées selon lui à préparer une invasion de son territoire, et réplique parfois avec ses propres manœuvres militaires ou des tirs de missile. Les bâtiments américains vont conduire des exercices de défense, de surveillance maritime, de riposte aérienne, entre autres opérations, a indiqué de son côté la marine américaine.

Ces manœuvres interviennent dans la foulée de la visite du président Trump à Séoul et Pékin, dominées par la menace nucléaire nord-coréenne. Dans un discours musclé devant l'Assemblée nationale sud-coréenne, Donald Trump a appelé mercredi le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un à ne jamais sous-estimer la détermination de l'Amérique et à renoncer à son programme nucléaire, avant de dénoncer les horreurs d'une "dictature cruelle".

Mais au cours de sa tournée actuelle en Asie, Donald Trump s'est parfois montré plus conciliant en évoquant des "progrès" et de possibles négociations.

Mais l'administration américaine voudrait-elle mener une nouvelle guerre de Corée qu'il est douteux qu'elle dispose des moyens nécessaires, y compris en termes de préparation stratégique. Dans un rapport rédigé à la demande du Congrès américain, le Pentagone, par la voix de l'amiral Michael Dumont, vice-directeur de l'état-major interarmées, a indiqué que découvrir et  "neutraliser" les armes nucléaires nord-coréennes - qui est l'objectif affiché d'un conflit avec la RPDC - nécessiterait l'envoi de troupes au sol, ce que les Etats-Unis sont en général particulièrement réticents à opérer étant donné la faible acceptation par l'opinion publique américaine de pertes humaines importantes dans un conflit. Or, une guerre au sol entraînerait des pertes élevées, que le rapport du Pentagone reconnaît par ailleurs être incapable d'évaluer dans un aveu d'impréparation qui a inquiété des députés démocrates. Enfin, le même rapport estime probable, en cas de guerre terrestre, l'utilisation par la Corée du Nord d'armes biologiques et chimiques - alors même que les Etats-Unis ont utilisé de telles armes en Corée entre 1950 et 1953 - ce qui dépasse le seuil de tolérance des Américains. Mais si l'on remplaçait les soldats américains au sol par des Sud-Coréens ? Une telle guerre américaine aérienne avec des supplétifs sud-coréens au sol relève en réalité d'une double erreur d'analyse, en ce qui concerne l'acceptation d'un conflit par les Sud-Coréens et d'une capacité américaine à ne perdre pratiquement aucun homme : la Corée du Nord dispose des moyens et d'une volonté de résistance à une invasion que n'avait pas l'Irak de 2003...

En outre, les manoeuvres militaires à répétition des Etats-Unis et de leurs alliés sont coûteuses pour le contribuable américain. Ce sujet budgétaire n'est pourtant jamais évoqué dans la couverture médiatique de ces exercices, sans doute parce qu'il serait de nature à affaiblir le consensus qui tend à s'établir dans la société et la classe politique américaine en cas de conflit - propagande de guerre oblige. Il n'en demeure pas moins que l'hostilité de l'appareil d'Etat américain à une guerre aujourd'hui mal anticipée, qui pourrait constituer un nouveau bourbier comme naguère au Vietnam, conjuguée aux critiques de nombreux élus démocrates, force l'administration Trump à en rabattre : plus l'armée américaine montre ses muscles, moins elle est capable d'agir réellement dans une guerre. Au fond, dans l'alternative présentée ci-dessus quand nous avons essayé de comprendre le mode de pensée du président américain, Donald Trump (ou à défaut les généraux et les diplomates qui lui sont fidèles) sait que la voie la plus sûre serait de soumettre la Corée du Nord à un régime de sanctions tel que le pays n'aurait d'autre choix que l'alternative suivante :

- négocier un diktat où elle désarmerait unilatéralement face à un pays qui pourrait continuer de la menacer,

- être exposée au risque d'un effondrement et d'une révolte intérieure dont rêvent, en vain, les néo-conservateurs depuis un quart de siècle. En cela, l'administration Trump diffère sensiblement de celles qui l'ont précédées, en cherchant à provoquer encore plus activement un processus d'effondrement qui ne s'est pas produit. 

Oui, mais comment justifier aux yeux des autres pays du monde qu'il faut encore renforcer les sanctions contre le pays déjà le plus lourdement sanctionné au monde, qui exerce un droit d'auto-défense, et dont les populations sont confrontées, sinon à l'effondrement à court terme, du moins à une pénurie d'énergie et à une nouvelle famine sous l'empire des sanctions actuelles ? 

L'espoir américain d'une réaction nord-coréenne qui permettrait d'accroître les sanctions internationales et de provoquer l'effondrement espéré de la Corée du Nord 

Pour renforcer les sanctions contre la RPDC, l'administration Trump a impérativement besoin que la Corée du Nord réagisse à ses manoeuvres militaires et à ses provocations verbales dûment assumées - ou, pour reprendre une métaphore du monde de la corrida, ait l'attitude du taureau face auquel le toréador agite un chiffon rouge avant de l'abattre.

Malheureusement pour Washington, l'administration nord-coréenne, loin de tomber dans ce piège, combine de manière très rationnelle les objectifs d'autodéfense du pays (qui ont justifié l'accélération de la mise en place d'une force de dissuasion complète face à une administration américaine considérée comme décidée à lui faire subir le sort de l'Irak en 2003 et de la Libye en 2011) et une auto-restriction dans la poursuite de ses programmes nucléaires militaires et balistiques au regard de l'impact des sanctions internationales sur l'économie du pays et les conditions de vie de la population. Dans ce contexte, les autorités nord-coréennes ont évité, jusqu'à présent, de réagir face aux provocations américaines de Donald Trump lors de son actuelle tournée asiatique - ce qui a conduit ce dernier à affirmer bruyamment qu'il avait remporté une manche dans son bras-de-fer contre la Corée du Nord, et que sa politique nord-coréenne serait donc (selon lui) couronnée de succès, alors que les risques d'isolement diplomatique n'ont jamais été aussi élevés et l'impuissance militaire aussi patente.

Dans ce contexte, les Nord-Coréens ont rappelé une nouvelle fois qu'ils étaient ouvert au dialogue, mais pas à un diktat qui consisterait pour eux à abandonner tout moyen de défense face à la politique hostile des Etats-Unis, comme le rappelle une autre dépêche de l'AFP citée par Le Point

"Nous ne sommes pas opposés au dialogue mais nous ne mettrons jamais les questions liées aux intérêts suprêmes de la Corée du Nord et de la sécurité de ses citoyens sur la table des négociations", soulignait une tribune publiée dans le journal gouvernemental Minju Joson.

Face à l'escalade des tensions et des sanctions entretenues par l'administration Trump, la porte du dialogue et d'une issue négociée à la crise reste ainsi ouverte. Mais les partenaires des Etats-Unis sauront-ils trouver les moyens de les convaincre de sortir d'une impasse qui leur permet, à court terme, d'affermir l'image d'un Donald Trump se posant en chef de guerre toujours victorieux (car évitant soigneusement le combat réel), se rêvant en leader d'un monde dit libre dans sa croisade contre le Mal, nostalgique de la geste reaganienne ayant conduit à la victoire américaine dans la guerre froide ? Le monde a changé, mais les logiciels intellectuels de certaines têtes (mal-)pensantes sont restés bloqués dans un passé révolu, quand leurs concurrents - Chine et Russie en tête - se frottent les mains de pouvoir exercer une influence renforcée par les erreurs d'analyse américaines.

Sources : 

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